‹ Iles de l'AfriqueChapitre 10 sur 82 · LES DAUPHINS · texte numérisé non relu

LES DAUPHINS

Après avoir dépassé cette pointe aride et sans abri, on aperçoit la ville de Parœtonium, qu'au moyen âge les Arabes appelaient encore el-Barètoun, et dont le nom actuel est Berek. ou bien, suivant quelques cartes, Monaddharah, c'est-à-dire lieu habité:

c'était jadis une ville importante par son commerce , et les navires partis d'Alexandrie ne manquaient pas de s'y arrêter ; c'était pour eux , après une course de quinze à dix-huit cents stades, une favorable station de ravitaillement et de repos.

Elle occupait l'extrémité orientale d'une petite baie allongée d'est en ouest /bordée de collines rocailleuses et stériles, resserrée à son ouverture,

io

I/UWIVÉÉS.

boulevard delà chrétienté pendant une glorieuse indépendance de près de trois siècles, Malte avait précédemment, sur la limite commune de l'Europe et de l'Afrique , flotté entre la domination africaine et celle de divers États européens. A travers toutes ces vicissitudes, Malte est toujours restée africaine : les conquérants étrangers ont disparu tour à tour, et les maîtres anglais qui se sont établis au sommet du rocher n'ont pu y étendre cjue des* rameaux exotiques; le Maltais indigène , qui pullule si prodigieusement sur ce coin de terre, le véritable Maltais est africain : son aspect, ses mœurs, son langage, le proclament hautement. En vain l'on invoquera comme indices d'une autre origine quelques-uns de ces monuments qu'on est convenu d'appeler cvclopéens et pélasgiques : la disposition des uns révèle des constructions phéniciennes, d'autres portent un nom arabe. La première population connue de l'île était phénicienne, soit qu'elle vint directement d'Orient ou des colonies phéniciennes d'Afrique; et dans tous les cas, les Carthaginois se l'assimilèrent complètement. Sous les dominateurs romains qui se substituèrent aux Carthaginois, tout comme aujourd'hui sous les dominateurs anglais, le fond de la population conserva sa physionomie native, ses habitudes propres , son patois national , et l'apôtre saint Paul, que la tempête poussa sur leurs côtes (*), ou plutôt saint Luc, histo-

(*) Celui de nos collaborateurs dont la

Elume élégante et facile a tracé l'histoire et i description de Malte, a cru avoir de bonnes raisons pour considérer comme fondée % sur une méprise l'opinion vulgaire sur le naufrage de saint Paul à Malte, préférant, comme Constantin Porphyrogénète, le conduire i Méléda du golfe Adriatique. Comme nous ne pouvons partager cette détermination , qu il nous soit permis d'indiquer ici les principaux faits qui s'opposent i ce qu'elle soit admise sérieusement.

Analysons d'abord cette partie du récit de saint Luc : Saint Paul , arrivé à la pointe orientale de Crète, au eau de Salmone, continua sa roule le long de fa côte méridionale,

rien de ce naufrage , les appelle en conséquence barbares, c'est-à-dire,

jusqu'à Assos , dont la rade parut peu convenable pour hiverner ; malgré les représentations de l'apôtre, qui prédisait une tempête prochaine, on fut d'avis de gagner le port de Phœnix , ouvert an sud-ouest et au nord-ouest, où l'hivernage serait plus commode ; Phœnix étant vers le nord-ouest d'Assos , un léçer vent de sud , qui s'élevait, sembla au capitaine du navire très-favorable pour son projet; mais i peine i la voile» le bâtiment fut assailli par un vent typlionien, c'est-à-dire tourbillonnant, connu en ces parages sous le nom d'ewvcfydom , ôvsuac tuçwvixoç txoXotfi&svoc eOpoxXufav ; au lieu de gagner Phœnix , comme on l'avait espéré , on fut poussé au sud vers la petite île Klauda, et continuant d'être emporté par la tempête, on craignit d'être entraîné vers la grande Syrte; il fallut jeter à la mer marchandises et agrès; enfin après treize jours de tourmente sur la mer Adriatique , èv t$ 'Afyuj, on se trouva an voisinage de la terre , et l'on vint échouer sut une pointe que la mer baignait de deux côtés; on gagna comme on put le rivage , on l'on fut accueilli avec beaucoup d'hospitalité par les barbares, et l'on apprit alors aue l'on était dans llle de Malte, près des domaines de Publius, le premier de File, «psnoç r>fc vqoou. On y passa l'hivernage, et reprenant la mer au bout de trois mois, sur un nouveau bâtiment appelé Castor etPoÙux, on toucha à Svracuse, à Reggio, à Pouuoles, et l'on arriva enfin à Rome.

Les trois mots euroclydon, Adriatique et barbares , ont servi d'argument en faveur de l'hypothèse que nous devons repousser : on a prétendu que le vent euroclyaon était un vent du sud-est, alléguant à ce sujet la ouadruple autorité de Pline , de Vitruve y o'Aristote et de Strabon; en second lieu, que la mer Adriatique n'avait jamais été autre que le golfe connu aujourd'hui sous ce nom ; enfin que les habitants de Malte , alors sous la domination romaine, n'auraient pu avec justesse être appelés barbares. Le point que la tradition désigne à Malte comme celui du naufrage de saint Paul n'est d'ailleurs pas le premier port maltais qui s'offre à un navire venant de Crète; et l'on ajoute encore que le mouvement maritime et commercial de Malte était trop actif pour qu'on eut à attendre pendant trois mois le départ d'un autre bâtiment.

Étrmfcers i h langue des Grecs et à ceHc des Latins. Quand les Arabes devinrent à leur tour maîtres de Malte , fls n'eurent aucune peine à façonner an langage mauresque les indigènes, qui parlaient déjà un idiome de la même famille ; tandis que , depuis Texpulsion des Maures, sept siècles et demi se sont écoulés sans altérer la

A tous ces arguments U réponse est facile. Les trois mois de séjour pendant l'hi- - n'oot rien que de très-naturel. L'at-

ILES i)E t/ÀFfelQUE.

it à ce que l'on appelle aujourd'hui le port de Saint-Pau], plutôt que sur un pûrphis oriental de l'île, n'a rien de surprenant ai l'on veut bien se rappeler que le navire était ballotté sur les flots au gré de ta teaopéte, et que c*est au milieu de la nuit que réqoipage pressentit le voisinage de la terre. Quant à l'épithète de barbares ou étrangers appliquée aux Maltais, il suffit d'admettre que le commun du peuple parlât le panique (chose tout k fait probable à ■«fiera), pour que celte épithète soit complètement justifiée. Pour ce qui est de la dénomination de mer Adriatique, donnée à toate In portion de la Méditerranée comprise entre U Syrie et le détroit de Libye, c'est une question résolue incontestablement pourfcNis les géographes instruits; et sans accumuler ici les citations, qu'il nous suffise de renvoyer au mémoire spécial de M. Letronae sur ce sujet Enfin, venant au premier et principal argument, il faut nous hiler de déclarer que , bien loin de trouver dans Pane, Vitruve, Aristote et Strabon , rexplieation du vent euroclydon, on n'a encore rencontré cette dénomination que dans le récit même de la navigation de saint Paal par l'auteur des Actes des apôtres; la Yulgate le traduit par un vent du nord-e$t, comme si le texte grec eût porté êvpooxuXwv ; i maïs érrmologiqnemeat l'euroclydon n'est ! autre chose qu'un vent d'est soufflant par rafales : an surplus un vent de sud-est eût i coudait Je navire précisément d'Assos à I Ptanu, où Ton voulait hiverner; tandis que l* dérive vers KJanda et la crainte d'élre Mosé dans la Syrie excluent évidemment ra coatnire cette direction du sud-est En/ta la note tenue par le Castor et Pollux, Joncs ta remit en mer après l'hivernage, tst priœément celle qu'on devait prendre ta noua de Malte, tandis qu'on n'avait (pelure de toucher à Syracuse si l'on fût parti deMétéda.

physionomie arabe de ce parler maltais, comme auparavant dix siècles de domination romaine n'avaient pu naturaliser sur ce sol rebelle le moindre germe latin auquel pût venir ensuite s'enter le roman de la Sicile ou des autres populations néo-latines de l'Europe méridionale.

La nomenclature géographique du groupe des îles maltaises est elle-même toute mauresque, depuis le Marsa Scirocco, c'est-à-dire le port d'Orient, qui se voit à l'extrémité est de Malte, jusqu'au Casai Garbo, c'est-à-dire le hameau du Couchant, dernier village a l'ouest de l'île de Goze; sans oublier, au sud, ce rocher de Folfola gu'une moqueuse plaisanterie transformait en principauté pour en inféoder ironiquement le titre aux chevaliers trop entichés d'une importance que leur; ordre n'avait plus.

Scylax attribuait Malte à l'Afrique; et Ptolémée la compte aussi expressément parmi les îles africaines; Pomponius Mêla et Pline le naturaliste se bornent à la dire placée vers l'Afrique; Ovide la montre battue par les flots dans le détroit de Libye (*), et le

Erince des orateurs romains, dans ses rillantes plaidoiries contre Verres, ayant à parler de Malte , se plaît à faire remarquer qu'un bras de mer assez large, et surtout périlleux, la tient séparée de la Sicile (**). Les descripteurs modernes de l'Afrique, tels qu'Olivier Dapper et Delacroix, ont compris Malte et ses annexes dans leurs compilations h istorico -géographiques. Ce n'est donc point une innovation que nous faisons en prenant le parti de les encadrer aussi dans notre travail.

Classement des lies africaines de la Méditerranée en diverses catégories.

Et maintenant que nous avons dé-

(*) « FertilU est M dits sierili vicina Cotyrst « lusula, qoaui Libyci rerberat unda freti.» (Fast. m i. 567.) (**) « Insala est Melita salis laie ab Sicilia mari, « periottlotoque disjoncta. •

( In Verr. it, *ê.)

io I/UWIVERS.

boulevard delà chrétienté pendant une glorieuse indépendance de près de trois siècles, Malte avait précédemment, sur la limite commune de l'Europe et de l'Afrique, flotté entre la domination africaine et celle de divers États européens. A travers toutes ces vicissitudes, Malte est toujours restée africaine : les conquérants étrangers ont disparu tour à tour, et les maîtres anglais qui se sont établis au sommet du rocher n'ont pu y étendre cjue des rameaux exotiques; le Maltais indigène , qui pullule si prodigieusement sur ce coin de terre, le véritable Maltais est africain : son aspect, ses mœurs, son langage, le proclament hautement. En vain Ton invoquera comme indices d'une autre origine quelques-uns de ces monuments qu'on est convenu d'appeler cvclopéens et pélasgiques : la disposition des uns révèle des constructions phéniciennes, d'autres portent un nom arabe. La première population connue de l'île était phénicienne, soit qu'elle vînt directement d'Orient ou des colonies phéniciennes d'Afrique; et dans tous les cas, les Carthaginois se l'assimilèrent complètement. Sous les dominateurs romains qui se substituèrent aux Carthaginois, tout comme aujourd'hui sous les dominateurs anglais , le fond de la population conserva sa physionomie native, ses habitudes propres , son patois national , et l'apôtre saint Paul , que la tempête poussa sur leurs côtes (*), ou plutôt saint Luc, histo-

(*) Celui de nos collaborateurs dont la plume élégante et facile a tracé l'histoire et fa description de Malte, a cru avoir de bonnes raisons pour considérer comme fondée % sur une méprise l'opinion vulgaire sur le naufrage de saint Paul i Malte, préférant, comme Constantin Porphyrogénète, le conduire à Méléda du golfe Adriatique. Comme nous ne pouvons partager cette détermination , qu il nous soit permis d'indiquer ici les principaux fai ts qui s'opposent à ce qu'elle soit admise sérieusement.

Analysons d'abord cette partie du récit de saint Luc : Saint Paul , arrivé à la pointe orientale de Crète, au eau de Salmone, continua sa route le long de ta côte méridionale,

rien de ce naufrage, les appelle en conséquence barbares, c'est-à-dire,

jusqu'à Assos , dont la rade parut peu convenable pour hiverner ; malgré les représentations de l'apôtre, qui prédisait une tempête prochaine , on fut d'avis de gagner le port de Phœnix , ouvert au sud-ouest et au nord-ouest, où l'hivernage serait pi as commode ; Phœnix étant vers le nord-ouest d'Assos , un léçer vent de sud , oui s'élevait, sembla au capitaine du navire très-favorable pour son projet; mais i peine i la voile, le bâtiment fut assailli par un vent tjrpf*onien, c'est-à-dire tourbillonnant, connu en ces parages sous le nom d'eurtclydon , £vt|ioç TUftwixoc ixoXoû|&svoc eOpoyXûtov ; au lieu de gagner Phœnix , comme on l'avait espéré, on fut poussé au sud vers la petite île Klauda, et continuant d'être emporté par la tempête, on craignit d'être entraîné vers la grande Syrte ; il fallut jeter à la mer marchandises et agrès; enfin après treize jours de tourmente sur la mer Adriatique , èv t$ 'Afyi'qc , on se trouva an voisinage de la terre , et l'on vint échouer sut une pointe que la mer baignait de deux côtés; on gagna comme on put le rivage , on l'on fut accueilli avec beaucoup d'hospitalité par les barbares, et l'on apprit alors aue l'on émit dans 111e de Malte, près des domaines de Publius, le premier de l'île, «psnoc Trfc vqoou. On y passa l'hivernage, et reprenant la mer au bout de trois mois, sur un nouveau bâtiment appelé Castor etPoUux, on loucha à Svracuse, à Reggio, à Pouuoles, et l'on arnva enfin à Rome.

Les trois mots eurocfydvn, Adriatique et barbares , ont servi d'argument en faveur de l'hypothèse que nous devons repousser ; on a prétendu que le vent euroclyaon était un vent du sud-est, alléguant à ce sujet la Quadruple autorité de Pline, de Titruve , a'Aristote et de Strabon ; en second lieu, que la mer Adriatique n'avait jamais été autre que le golfe connu aujourd'hui sous ce nom ; enfin que les habitants de Malte , alors sous la domination romaine, n'auraient pu avec justesse être appelés barbares. Le point que la tradition désigne à Malte comme celui du naufrage de saint Paul n'est d'ailleurs pas le premier port maltais qui s'offre à un navire venant de Crète; et l'on ajoute encore que le mouvement maritime et commercial de Malte était trop actif pour qu'on eût à attendre pendant trois mois le départ d'un autre bâtiment.

ILES i>Ê t'AFklQUE.

I la langue des Grecs et à celle des Latins. Quand les Arabes de- Tinrent à leur tour maîtres de Malte , ils n'eurent aucune peine à façonner tu langage mauresque les indigènes, qsa pariaient déjà on idiome de la même famille; tandis que, depuis rexpokion des Maures, sept siècles e% demi se sont écoulés sans altérer la

A «on ces arguments la réponse est fade, Le» trois mois de séjour pendant l'hivernage n'ont rien que de très-naturel. L'at- Ua i wirmcnt à ce que l'on appelle aujourd'hui k port de Saint-Paul, plutôt que sur un point pins oriental de l'île, n'a rien de surprenant si Ton veut bien se rappeler que le navire était ballotté sur les flots au gré de la tempête, et que c'est au milieu de la nuit que réqœpaçe pressentit le voisinage de la terre. Quant à l'épithète de barbares ou étrangers appliquée aux Maltais , il suffit tfadaettre que le commua du peuple parlât k panique (chose tout à fait probable à nos yeux), pour que celte épilhète soit cornp'iéleaBCDf justifiée. Pour ce qui est de la dénomination de mer Adriatique, donnée à ccate la portion de la Méditerranée comprise entre la Syrie et le détroit de Libye, c'est aoe question résolue incontestablement pour tous les géographes instruits; et sans Monnaies* ici les citations, qu'il nous suffise de renvoyer au mémoire spécial de M. Letrame sur ce sujet. Enfin , venant au premier et principal argument, il faut nous bâter de déclarer que , bien loin de trouver dans Pline, YitruYe, Aristote et Strabon , Tespiicatioft do vent euroclydoa, on n'a encore rencontré cette dénomination que dans le récit même de la navigation de saint Paal par l'auteur des Actes des apôtres; la Volgate le traduit par un vent du nord-est, comme si le texte grec eût porté èupooncvXwv ; mais étrmologiquement l'euroclydon n'est âotre enose qu'un vent d'est soufflant par rafaJes : an surplus un vent de sud-est eût conduit le navire précisément d'Assos à PU», où Ton voulait hiverner; tandis que la dérive vers KJauda et la crainte d'éire poussé dans la Syrie excluent évidemment sa eoaftaire cette direction du sud-est. Enfia la roof e tenue par le Castor et Poltux, taao'on remit en mer après l'hivernage, «si précisément celle qu'on devait prendre ta mmt de Malte, tandis qu on n'avait ç* kire de toucher à Syracuse si Ion fut pttdeMétéd*.

physionomie arabe de ce parler maltais, comme auparavant dix siècles de domination romaine n'avaient pu naturaliser sur ce sol rebelle le moindre germe latin auquel pût venir ensuite s'enter le roman de la Sicile ou des autres populations néo-latines de l'Europe méridionale.

La nomenclature géographique du groupe des îles maltaises est elle-même toute mauresque, depuis le Marsa Scirocco, c'est-à-dire le port d'Orient, gui se voit à l'extrémité est de Malte,

i'usqu'au Casai Garbo, c'est-à-dire le ïameau du Couchant, dernier village à l'ouest de l'île de Goze; sans oublier, au sud, ce rocher de Folfola ?[u'une moqueuse plaisanterie transorméit en principauté pour en inféoder ironiquement le titre aux chevaliers trop entichés d'une importance que leur^ ordre n'avait plus.

Scylax attribuait Malte à l'Afrique; et Ptolémée la compte aussi expressément parmi les îles africaines; Pom- Eonius Mêla et Pline le naturaliste se ornent à la dire placée vers l'Afrique; Ovide la montre battue par les flot* dans le détroit de Libye (*), et le prince des orateurs romains, dans ses brillantes plaidoiries contre Verres, ayant à parler de Malte , se plaît à faire remarquer qu'un bras de mer assez large, et surtout périlleux, la tient séparée de la Sicile (**). Les descripteurs modernes de l'Afrique, tels qu'Olivier Dapper et Delacroix, ont compris Malte et ses annexes dans leurs compilations historico -géographiques. Ce n'est donc point une innovation que nous faisons en prenant le parti de les encadrer aussi dans notre travail.

Classement des lies africaines de la Méditerranée en diverses catégories.

Et maintenant que nous avons dé-

(*) « FertilU est M élite sierili vicia* Coayrat « lusula, qaaui Libyci rerberat uada freti.» (Fait. m. 567.)

(**) « Inutita est Melita salis lato ab Sicilia mari, « paricnloeodae diajuncta. »

( In Verr. «y. 4«J

^UNIVERS

nom Korobios : on fit marché avec lui pour conduire une expédition qui serait envoyée dans le but exprès de reconnaître et d'examiner les lieux. Les explorateurs 9 guidés par Korobios, arrivèrent à Platée , en prirent possession; et laissant Korobios avec des provisions de vivres pour plusieurs mois , ils se rembarquèrent pour aller faire leur rapport à Théra.

Comme leur absence fut plus longue qu'ils n'avaient calculé, les vivres, manquèrent à Korobios, et il était dans une extrême disette quand, par bonheur. i| fut secouru par un navire de Samos que le vent d'est avait poussé loin de la route d'Egypte, et qui vint se réfugier à Platée, fcolajos, qui le commandait, renouvela les provisions de Korobios et lui fournit des vivres pour un ap , après quoi il repartit et se vit emporter par les vents contraires jusqu'au delà des Colonnes d'Hercule.

D'après te rapport de leurs commissaires, les Tberéens équipèrent deux grands bâtiments de transport, qu'ils remplirent de colons, et les envoyèrent à Platée , leur donnant pour chef un jeune seigneur appelé Battus. Ceux-ci, débarqués dans 111e , s'y établirent, et y restèrent deux ans , mais sans que rien leur prospérât; ce qui les détermina à transporter leurs demeures sur la terre ferme f à Àziris , localité charmante, entourée de collines boisées, et arrosée par un cours d'eau considérable* l'ancien Paliouros sans doute, le Ûuédy Tsemymeh de nos jours.

Platée avait un port , ou du moins un mouillage, qui souvent encore sert d'abri aux navires, ainsi que les Arabes de la côte en donnaient l'assurance naguère au voyageur Pacbo.

APHBODISIAS.

Après avoir dit adieu à Platée, nous reprenons notre route vers le nord pour doubler le Râs el-Tyn, que les anciens appelaient la Chersonèse des fils d'Antée (*) ; puis nous tournons à

(*) Xt|S£ow)0oc tûv 'Avrtôwv daniScylax:

c'est aussi 'Avctéttv qu'il faut lire dans un autre passage du même auteur, où Ton trouve 'AxitfSe

l'ouest nord-ouest, noussaluonsen passant la ville de Derneb, puis nous arrivons à une petite fie pfane, nommée Cars sur quelques cartes surannées (*), et répondant à lllot quç les anciens périples indiquent sous le nom dWphrodisiasj à dix stades du continent.

Elle avait un port, et possédait un temple de Vénus Aphrodite, qui lui avait valu sa dénomination* Ptolémée l'appelle aussi Laia ou île d'Aphrodite. Elle marquait, au temps d'Hérodote, la limite i laquelle confinaient de part et d'autre deux populations libyennes , savoir, à l'est, les Gigames, à f ouest les Asbystes,

IUM.

Poursuivons notre navigation : nous aurons bientôt dépassé le cap Bondaryah des géographes arabes, transformé en Bon- Andréa par les marins de la Méditerranée (**),mais auquel les cartes modernes ne donnent pnis que le nom de Râs el*Hélâij puis nous arrivons devant Mersày S&tsak, l'ancien ne Apollonie , qui était le port de Cyrène, placée elle-même à quatrevingts stades de là, dans les terres.

Quelques petites îles, qu'on aperçoit encore en ces parages, offraient en outre, suivant la remarque de Scylax, des points de refuge aux navires.

Continuant d'avancer à l'ouest, nous doublons le promontoire Phykous des géographes crées , appelé Râs Àoutsén par les Arabes et par nos anciennes cartps , jusqu'à ce que les hydrographes modernes , dont les réformes ne sont pas toujours^ries améliorations, aient préféré les dénominations tronquées de Ras-Sem et de Cap Razat, mauvaises toutes deux. Inclinant alors un peu vers le sud , nous venons jeter

(*) Livio Sanuto en fait mène deux lies, petites , rapprochées du continent, et distantes entre elles d'environ deux milles, sous le nom de Carte, écrit Carsse dans la carte catalane de Charles V, et Carde dans le portulan de Jean d'Uzzano.

(**) Ce nom est inscrit auprès deDerneh, et par conséquent très -loin de sa véritable place, dans une très-belle carte dressée pour le voyage de Della-CeUa.

renom à Toiomitah, qui a succédé à l'ancienne PtoiémaUy port de Barké; une île noua reste au nord -est, à moins cPun quart de lieue : c'est un gros rocher isolé, couropné de pans de mur. Son nom antique nous est révélé par le Stadiasme anonyme de la Méditerranée, qui rappelle lies; quant à son nom moderne, Tune des cartes jointes k la grosse compilation d'Olivier Dapper, porte Ile Amanea. C'est tout ce que nous en savons.

14 FOOTUHI PE BÉlrélUCfl.

Appareillons de nouveau, et quittant Je mouillage de Tolometa , avançons au sud-ouest, le long de cette cote jalonnée de ruines des cités an* tiques de la Pentapole. Deux cent cinquante stades nous conduisent devant Théoukérahy qui conserve presque intact son nom primitif de Tewheira, imposé par ses fondateurs cyrénéens, puis échangé, sous les Ptolémées, pour celui d'Àrsinoé, mais jamais entièrement effacé , et repris enfin exclusivement , au temps de la domination byzantine.

De là il nous faudra courir encore trois cent cinquante stades pour atteindre Bérénice, représentée par la moderne BetirGhâzy, et nous pourrons saluer, au passage, les restes tf AdrianopolU y vestiges romains sur cette plage jonchée de ruines grecques.

Forçons donc de rames et de voiles , et laissons Théoukérah fuir et disparaître derrière nous : bientôt nous apercevrons un promontoire qui se projette à l'occident, et qu'avoisinent des hautsfonds dont il faut se garer en les contournant; nous atteignons ensuite une petite île basse et noirâtre.

Le cap que nous avons doublé se nomme Brqkhea d'après le Stadiasme qui nous sert de guide; mais quel est le nom du petit tlot noirâtre, le Stadiasme ne nous le dit point; et Livio Sanuto, aussi bien que |es hydrographes modernes, le laissent anonyme sur leurs cartes. C'est Ptolémée qui nous apprendra comment nous devons rappeler : nous trouvons , en effet ,

en ses Tables une petite île voisine de Bérénice (*), désignée sous le nom de Mvrmex ou la Fourmi, et nous ne balançons pas à appliquer cette dénomination a l'îlot bas et noirâtre du Stadiasme.

Nous ne voulons cependant point dissimuler qu'en certaines éditions du géographe alexandrin , la position de Myrmex est donnée de manière à se placer non plus vis-à-vis de Bérénice , mais en face de Teukheira : et sur ce fondement sans doute, le voyageur Pacho a cru que cette Myrmex n'était autre chose que l'Ile voisine de Ptolémaïs , celle-là même que nous savons d'ailleurs s'être appelée Ilos.

C'est, au surplus, la moindre erreur qu'il ait commise à l'égard de ce nom ae Myrmex ; car , le rencontrant aussi dans une lettre de Synésius de Cyrène , qui fut évéque de Ptolémaïs au commencement du cinquième siècle de notre ère , Pacho s'est figuré qu'en parlant de Myrmex , l'éloquent évéque n'avait pu vouloir désigner que 1 île située en vue de Ptolémaïs; et comme la mention d'un phare se trouvait mêlée à celle de l'Ile dans la lettre de Synésius, notre voyageur en concluait 3u'un phare avait existé jadis sur l'Ile e Myrmex, au voisinage de Ptolémaïs ; et Pacho pouvait peut-être penser ainsi sans hésitatiou et sans scrupule, puisqu'il avait derrière lui, comme garantie , le grand nom géographique de Mannert , pour appuyer cette explication.

Mais quelque excusable que l'on soit de se tromper en si bonne compagnie , nous ne pouvons nous résoudre, nous, à continuer la tradition d'une aussi grave méprise: Synésius, partant d'A-

(*) La petite éditiom de Cologne (in-8* min. , i54o) , que nous considérons comme une des meilleures de la Géographie de Ptolémée, donne à Bérénice et à Myrmex les po&ilions suivantes :

Bérénice, longitude 47» 5o', latit. 3i" ao'.

Myrmex 47° 407, .... 3i° 5o'.

mais dans d'autres éditions c'est 48* au lieu de 47* que l'on trouve à la longitude d« Mvrmex.

I/UNIVERS

lexandrie d'Egypte poar retourner à Cyrène sa patrie , salue , au départ , le temple de Diane, et le Phare qui s'élève sur cette Myrmex que Ton appelle encore aujourd'hui 1 île du Phare. On voit combien il est éloigné encore de Cyrène et de Ptolémaïs !

Laissons donc auprès d'Alexandrie la Myrmex de l'évèque Synésius , et maintenons près de Bérénice celle du géographe Ptolémée*

LES HYPHALKS.

Maintenant, poursuivons notre route vers le sud-ouest pour doubler le cap Teyonni, qui est le Boreion akroterion ou cap Septentrional des anciens ; nous prenons ensuite droit au sud jusqu'à Hharqorah, dont le nom semble garder l'empreinte de celui de l'antique Herakleion; nous inclinons alors vers le sud-est, et nous laissons, sur la gauche , des ruines que Livio Sanuto appelle Sabrum, mais que des portulans plus récents nomment Sarabian, et qui de même est inscrit Sarabium dans la curieuse carte catalane de la Bibliothèque royale de Paris, et Qassr Sarabeyoun dans la géographie arabe du schéryf El-Edrysy : il est impossible d'y méconnaître le Serapeion de l'antiquité, mentionné dans le Stadiasme.

Sanuto, aussi bien que les levés hydrographiques modernes, indiquent un tlot devant Hharqorah, un autre devant Sarabevoun ; mais les anciens ne nous en ont rien dit , et nos cartes laissent anonymes ces petits rochers insignifiants ; nous n'avons ainsi nousmêmes aucun motif de nous y arrêter.

Continuons donc à contourner le fond du golfe obtus compris entre les blanches dunes de Hharqorah et le noirâtre Râs-el-Asouâd ou Tête de Nègre , ainsi appelé à cause de sa couleur. Avant d atteindre celui-ci , nous arrivons près de deux groupes de rochers, que les cartes françaises appellent les Trois Écueils et les Deux Ilots, et auxquels certaines cartes anglaises donnent le nom de Hammoot, qui peut-être doit être rétabli en celui de Hhamoud. Les frères Henri et Fré-

déric Beechey ont compté en cet en- i droit jusqu'à six rochers, formant deux groupes symétriques réunis par des brisants, a l'abri desquels les deux explorateurs reconnurent un bon ancrage pour les petits bâtiments; la côte opposée est basse, découpée en baies plates et sablonneuses , dont quelques-unes ont, en travers de leur entrée, des rochers qui fourniraient un bon refuge aux embarcations.

Au temps où furent recueillis les matériaux qui ont servi au compilateur anonyme du Stadiasme, tout ce groupe était considéré comme un seul flot submergé, qui élevait cependant encore au-dessus des flots quelques parties de ses rivages; et le nom d'T/yphales était alors appliqué à ces parages, tout comme au temps de Ptolémée, qui les nomme aussi, mais sans nous rappeler la nature insulaire de ces abris, appelés seulement Maritimse stationes (*) dans les versions latines de ses tables.

LES PONTIKNNES.

A quatre-vingts stades au delà des Hyphales, nous atteignons un nouveau groupe de petites îles que Scylax appelle d'un seul nom les trois Pontietunés (**) ; les cartes de Ptolémée nous

(*) Nous nous garderons bien d'adopter la correspondance que les frères Beechey proposent comme à peu près certaine, des stations maritimes de Ptolémée avec la position de Tabilba, plus méridionale d'une trentaine de» milles géographiques a l'égard de l'emplacement que nous leur assignons. Ce n'est pas que les Tables de 'Ptolémée ne soient assez imparfaites pour laisser un champ aussi considérable aux incertitudes, quand nulle autre donnée plus précise no vient aider à la détermination des synonymies modernes. Mais dans le cas actuel le Stadiasme nous offre assez de détails pour ne permettre point de se méprendre sur la situation véritable des Hyphales.

(**) Nfaoi novnod tpsïç. Cette indication manque à toutes les éditions de Scylax; mais elle est consignée dans un précieux manuscrit de la Bibliothèque du roi, dont les variantes ont été publiées par M. Miller

également en ces parages trois fies, respectivement nommées Misynos, Pontia et Gaia; le Stadiasme nous explique de son côté qu'on rencontre d'abord une roche ocrée offrant l'image d'un éléphant, puis, an sud-est de celle-ci , une fie haute appelée Pontia; enfin au midi de cette dernière , une autre île encore, appelée Mata.

Cette disposition relative des trois iodmdoaKtes insulaires réunies dans le même groupe, correspond à celle que Ptolémée leur assigne sur ses cartes, nrttant Pontia dans l'est-sud-est de Mîsynos , puis Gaia au sud de Pontia.

Et Ton ne peut douter, d'après une telle similitude , qu'il n'y ait identité bien constatée , non -seulement entre tfcrâ de l'un et Gaia de l'autre (toute b différence des noms pouvant ici erre le résultat d'une erreur d'écriture}, mais encore entre le rocher innommé ou simplement appelé Scoptftes par antonomase dans le Stadiasrae, et celui que Ptolémée a inscrit en ses tables sous le nom de Mîsynos. Cette correspondance a déjà été reconnue par Mannert , et nous ne pouvons que nous accorder entièrement avec lui sur ce point.

Et maintenant, si nous cherchons, à travers les âges, les synonymies géographiques des trois dénominations anciennes que nous venons de rappeler, nous n'aurons à consigner ici que le nom d'Ile aux Oiseaux, donné au groupe entier ou à la principale des fies qui le composent , sur les vieilles cartes, depuis celle de la bibliothèque ■le Charles Y jusqu'à celles de Livio Sannto, et d'autres plus récentes, mais aujourd'hui surannées.

Quant aux relèvements modernes, fa ne nous fournissent que les noms àt Gara et de Jshaifa pour répondre a ceux de Pontia et de Gaia; mais nous derons au moins aux frères Beeàer d'avoir esquissé en quelques mots n* description de ces deux lies, qu'ils

imm rolame destiné à faire suite aux jnâkatc* éditions des Petite Géographes

observèrent du rivage avec leurs lunettes. Garai est à six milles au large ' de la côte ; elle a un mille environ de diamètre; mais les brisants dont elle est flanquée à l'est et à l'ouest, et qui s'étendent à une distance considérable, donnent lieu de penser qu'elle était jadis bien plus grande qu'elle ne le paraît aujourd'hui ; elle s'élève du sein des eaux en montagnes blanches, trèsabruptes en certaines parties , et couronnées à leur sommet d'un .plateau verdoyant, sur lequel semblaient se montrer quelques vestiges de constructions. Quant à Ishaifa , c'est un rocher d'une blancheur remarquable, haut d'environ quarante pieds, escarpé de tous côtés, entouré d'ailleurs de brisants qui en rendent l'abord difficile : il n'est guère qu'à un mille du rivage.

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