LES ILES BLANCHES
Non loin des fies Pontiennes, en poursuivant notre route vers le fond de la Syrte de Cyrène , nous arriverons, guidés par Scylax, à d'autres fies encore, appelées Blanches, après lesquelles on atteint immédiatement les Autels des Philènes. On se trouve alors tout au fond du golfe, et c'est peut-être au dernier flot qu'il faut appliquer le nom d'Euteletos, rapporté par le seul Pomponius Mêla. Quoi qu'il en soit de cette dénomination dont le sens paraît désigner, en effet, le terme où nous sommes parvenus, si Ton veut mesurer alors l'étendue entière du golfe depuis Bérénice et le fleuve Cinyps qui, vers l'est et vers l'ouest, en marquent respectivement les limites, jusqu'au point où il s'enfonce le plus profondément dans les terres , on comptera dans un sens trois jours et trois nuits de navigation directe entre Bérénice des Hespérides et les Autels des Philènes, et dans l'autre sens, quatre jours et quatre nuits entre le fleuve Cinyps et les îles Blanches.
Saurons -nous retrouver dans les relèvements modernes les îles ainsi appelées par Scylax? Nous y rencontrons, en effet, tout au fond du golfe, deux îles distinctes , avec les noms de
f,'OTIIVJUlg.
Brcdaa (*) et <ie Bvshaify; pt les récits des voyageurs nous ont d'ailleurs appris qu'en ces parages le sol est formé <fun grès rocheux, dont la blancheur est remarquable çt devient , au voisinage des Autels des Philènes, d'autant plus frappante, que là se montrent exceptionnellement, sur un sol déprimé, des dunes d'un sable roux ;ui servent (Je contraste. Livio Sanuto, e son côté , indique les mêmes fies, qu'il appelle Barda et Sidra, La fameuse carte catalane de la bibliothèque du roi Charles Y contient aussi ces deux noms; mais le premier y est écrit Bayda; or, c'est justement le mot usuel des Arabes pour dire bUmche(**)% et l'identité géographique se trouve ainsi confirmée à la fois par la similitude d'aspect, et par celle des dénominations.
(*) Le docteur Délia Cella écrit Berga; mais les cartes de Smyth et de Beechey portent Braigv, et la carte française de MM. Richard et Lottin écrit Bréga.
(**) Le schéryf Edrysy mentionne spécial»! ment en ces parages el-Gezyrah eLbaydh4t ou l'île Blanche, qui semble, malgré quelque difficulté sur les chiffres de distances , ne pouvoir être autre que File Çayda de Sanuto.
Là s'arrête pour nous c* cabotage minutieux où nous nous étions engages en suivant avec scrupule les directions nautiques que nous a léguées l'anti-
auité grecque, et qui nous oqt eonuit, de proche en proche, jusqu'au bord de ces formidables Sèches de Barbarie, plus redoutées encore des mariniers anciens sous le nom de Syrtes, où Ton hâtait sa marche pour gagner à grandes journées les ports de F Afrique proprement dite , peu soucieux de reconnaître dans l'intervalle quelques îlots riverains, au milieu de ces vastes bancs que les caprices de la mer couvraient et découvraient tour à tour.
La côte ainsi changeait d'aspect pour le navigateur : il n'y remarquait plus ces vingt rochers insignifiants dont il s'était jusque - là préoccupé; les îles où il abordait étaient plus rares et plus considérables : aussi l'intérêt éphémère de leur existen.ee antique n est-il point le* seul qui les recommande encore à notre attention : elles ont leur importance actuelle aussi bien que leurs traditions historiques; et leur description est une tâche nouvelle, qui fera l'objet 4ps sections suivantes.