TUÉ GÉNÉRALE DE$ STETES
Peinture que tes anciens ont faite des Syrtes.
Les poètes et les orateurs , les historiens et les géographes de l'antiquité classique , se sont conjurés pour nous faire des Syrtes une peinture ef* frayante.
Tantôt c'est Apollonius de Rhodes qui nous montre les Argonautes poussés par la tempête aux côtes de Libye, et n'ayant, pour échapper au danger d'être engloutis au milieu des vases et des épaisses sargasses de la Syrte dévorante, d'autre ressource que de
charger sur leurs épaules Jeur navire échoué, pour le transporter, l'espace de douze jours et douze nuits de chemin, à travers les sables, jusqu'au lac de Triton , près du jardin dep Hespérides, et regagner de là, sous les auspices des dieux, les rivages opposés du Péloponèse.
Ou bien c'est Denys le Périégète , c'est Horace, Virgile, Properce, Sénèque le Tragique , Silius Italicus , Valerius Flaccus , qui stigmatisent ces Syrtes vaseuses, intumescentes , agitées, incertaines , barbares, inhospitalières , impitoyables, fertiles en naufrages.
ILES DE I^FfllQUE.
Ou kit* sneore c'est Lucain, rawtaftt ta marche de Caton( après la de&tedePharsale), depuis la Cyrénaïy* jusqu'en Numtdie, qui nous peint es m pompeux les redoutables Syrtes pe le général romain eut à traverser :
Us Srrta uMounenx qu'il trouve en son passage, >m pur fai éasplrlb «teiodres que sou ooarage. dont
. i tu» «arrife»
F* K«t tt mer ni terre , et sont toates les deux : ?-v- nharr les taux ea pour être tau couche , NvMesser jtsute à leur vague farouche, » soar celer toujours à leur» Qot* courroucés, Lr- aairue est trop basse ou ne l'est pas assez ; *>: it% basa spacieux ici l'onde est brisée,
U se dt* bis captifs ta terre est divisée» il m nez asaaigas , ces êtres incertains , J« seet é'aucaa usage au bonheur des humains.
fc*t &re ou'autrefois ces bancs si redoutables liaau sets Tonde atssrt enseveli leurs sables, frasa pesant le jour le flambeau qui nous Init itànst tes vapeurs plus que n'en rend la nuit , **• «3 cm* élevant ces eaux qui le nourrissent, M-» l'es apercevoir les Syrtes se tarissent; '.to.'tao cfterchant toujonje ce feu qu'elle entretient, l» *m esta prendra ce que l'onde en retieut.
larej eae vers ces lieux la rame audacieuse Eu pansé des Romains ta flotte spécieuie, l'atn st révoltant dan* ses propres climats, Pyatassstaurbillons latte contre les mats» 1 (*■: eéfer la vague à l'effort des orages , "- ST«ei agités il étend les rivages , "s ^adt, en forçant l'Irruption des eanx , 1 Jeu Sert* contrainte il en fait de nouveaux ; '-" i Toîle qu'il enfle a son choix il se joue , * '-J snae , ou la pousse au delà de la proue : 9< a <puinues aoehers, instruits par la terreur, Ftsftat paajer la voile et tromper sa fureur, û *»« Wur art s'oppose au vent qui les maîtrise : b ail toet dépouillé lui donne assez de prise.
*«• ntot que les mit* tombent dans leurs vais»
•esnx, Utrtatandu vent cède à celle des eaux : L« ae& qui sont eueor sur une mer profonde "*s**st aioJM la tourmente et le travail de l'onde j •*«« stilim des basses eonfosément épars k taenia est en proie à de doubles hasards , -• ^«Wï éléments appréhendant la guerre, •* »i» i*a doit périr par fonde ou par la terre : *e**st il a*aperroit que du même vaisseau ■s preac est sur le sable et la poupe est dans l'eau. '."«* et rHoanement de ces troupes captives " *f -rir iar la terre et ne voir point de rives, ^«passer en vais à le rigueur do sort -• Heaaiu du oeurrage et reapoir de la mortl
r Aprfi avoir longtemps erré parmi les sables "•» iuaca entrecoupés et des Syrtes coupables , Fen* la violence et do vent et des eaux , liftfaeae rejoint au reste des vaisseaux (*).
Tantôt ce sont des écrivains plus 3"rs, Polybe, Salluste , Strabon, ^,Sénèque le Philosophe, Pline , to* Chrysostôme, Solîn, Procope,
D Uesia, PkanmU. IX, traduction de Drébauf.
qui oous iwpntfltf *» biiitgriQDS. nous,
Signalent en géographes , ou nous rappellent en orateursles. périls imminents, que couraient les navires au milieu qe ces bancs vaseux où de capricieuses, marées les échouaient ou bien les saisissaient à l'improviste, où les eaux soulevées par la tempête se chargeaient à la fois de limon, de sables et de, cailloux énormes qu'elles entraînaient dans leur course, où la perte des vaisseaux était presque certaine sinon inévitable , emportés qu'ils étaient jpar cet affreux tourbillon : de là même était né le nom 4e Syrtes , qui faisait allusion è cet entraînement irrésistible des ondes courroucées»
Cependant, nous dit Strabon, l'audace des hommes. , qui a tenté toutes choses, n'a pas craint non plus de s'aventurer à naviguer le long de ces rivages. Nous tenons d'ailleurs, de Salluste , que l'eau était plus profonde contre la côte; et Scylax, aussi bien
?ue le Stadiasme anonyme , dont les léments sont peut-être plus anciens encore, nous fournissent la preuve que cette hardiesse exaltée par le géographe d'Amasie était de vieille date.
Les Syrtes d'après les modernes.
Aujourd'hui, observe aussi avec justesse le major Rennell, les perfectionnements de la navigation ont dépouillé les Syrtes d'une grande partie des terreurs qu'elles inspiraient; et le capitaine Beechey pense que les instructions nautiques des hydrographes modernes |es montreront moins formidables que les écrits de l'antiquité ne les représentaient.
Néanmoins, ce navigateur lui-même reconnaît que maintenant encore bien peu de navires voudraient se risquer a partir de Benghâzy pour traverser la grande Syrte, quand il souffle dans le golfe un vent un peu fort. C'est en général un vent de nord très-vif qui règne sur cette côte ; et elle est , en beaucoup d'endroits, tellement bordée de hauts-fonds , que l'atterrissetnent y est extrêmement difficile et hasardeux. Il faut reconnaître aussi que sur
L'UNIVERS
telle portion du littoral , où une plage unie, continue, à peine élevée au-dessus du niveau de la mer, présente une étendue de cent milles de long sur une largeur qui va jusqu'à cinquante milles , le flux et le reflux des eaux doivent être réellement formidables.
Aussi le comte de Sandwich, dans la relation qu'il nous a laissée de ses voyages autour de la Méditerranée, avoue-t-il les craintes sérieuses qu'il conçut pendant la traversée des Syrtes : « Les anciens, dit-il, considéraient avec beaucoup de raison la grande Syrte comme le passage le plus dangereux de la Méditerranée. Ce qui a rendu ce golfe si effrayant pour les anciens navigateurs, ainsi que pour les modernes, ce sont les bancs de sable qui s'étendent à une grande distance de la côte , en même temps que les courants de tous les points de la Méditerranée déferlent avec la plus grande violence sur le rivage ; en sorte que si un bâtiment est surpris par des calmes ou par des vents contraires , lorsqu'il est quelque peu voisin du golfe , il faut qu'il survienne en sa faveur un changement de vent soudain pour le sauver d'une destruction inévitable.
« Favorisés par notre fortune habituelle », continue le voyageur, « nous évitâmes ce danger ; mais, après une ennuyeuse navigation, nous nous trouvâmes, au milieu du calme, dans une position qui n'était pas sans danger , vers la partie occidentale de la petite Syrte, qui s'étend au loin le long de la cote , et qui est de même nature que celle dont nous venons de parler.
Pour comble d'infortune, nous commencions à nous trouver à court de provisions, n'ayant plus que quelque peu de bœuf salé, et de l'eau seulement pour cinq jours. Nous restâmes deux jours dans cette situation , pris
Ear le calme en vue de cette côte inospitalière, et nous commencions, comme nous en avions de trop justes motifs , à concevoir des craintes sérieuses pour notre sort, lorsqu'une brise favorable vint heureusement nous délivrer de ces tristes pensées en
nous portant en peu d'heures à un cinquantaine de milles dans le nord.
Etendue générale des Syrtes.
L'emplacement des Syrtes est corn pris , d'une manière générale, dans c oouble golfe où la Méditerranée s'en fonce dans les terres entre la Cyrénai que à Test et la régence de Tunis l'ouest. Les profondeurs extrême qu'elle atteint sont marquées, du coté , par la ville de Qâbes , de Pautr par la petite fie de Sidra que nou avons déjà signalée : de là les nom vulgaires de golfe de Qâbes et de golf de Sidra ou de la Sidre , commune ment donnés à ces deux rentrées du lit toral africain où les anciens plaçaient li petite et la grande Syrte ; et dans l'a< ception usuelle de ces dénominations on considère comme complète la sy nonymie respective de golfe de Qâbe et petite Syrte, de golfe de la Sidre € grande Syrte. Il n'y a point cependan une parfaite rigueur de langage dan cette double correspondance, en c que , à proprement parler , les Syrte n'étaient point ces golfes eux-mêmes mais bien les hauts-fonds de vase é de sable d'où ces golfes tiraient leu triste célébrité : il y a beaucoup plu de justesse à dire comme nos pères que les syrtes des anciens sont repré sentées par les Sèches de Barbarie.
Cette distinction n'est point le ré sultat d'un vain et futile purisme elle a une importance réelle pour lin telligence de certaines indications qu les anciens eux-mêmes nous ont lais sées touchant ces fameuses Syrtes Sans doute il est peu nécessaire d s'arrêter à distinguer les Sèches de golfes qui les renferment, lorsqu'il es question , d'une manière générale , d la petite ou de la grande Syrte ; mai il est des documents antiques où nou trouverons mentionnées , dans le gol!
même de la grande Syrte, deux Syrte distinctes : l'une qui est la grand Syrte proprement dite, l'autre qui es la Syrte Cyrénéenne, ayant chacun leur domaine propre, dont la limit commune était marquée par les Autel des Philènés, monuments fantastique
peut-être dès l'origine , dont la tradition sente perpétuait l'existence , et mi déterminent encore , après tant de siècles d'oubli , la démarcation des beviiks de Sert et de Bengbâzy.
Existence de deux Syrtes distinctes dans le golfe de la grande Syrte.
LeStadiasmeanonymede la Méditerranée, précieux reste d'une antiquité reculée, venu jusqu'à nous en subissant, tantôt 1 abréviation qui en a iat le périple de Scylax, tantôt la trnscription tronquée qui l'a introduit dans une compilation désordonnée doot nous n'avons même qu'un rogne et fautif exemplaire dans la Hbfotbèqoe royale de Madrid; le ttadiasme seul a fait la distinction fonndte de la Syrte des Cyrénéens et de la grande Syrte , séparées par les Autels des Philènes. Nulle antre part cette distinction n'est ainsi expliquée ; mas elle offre seule la clef d*un passée de Strabon qui a fort embarrassé les commentateurs, et qui leur semblait une contradiction manifeste de «que le savant géographe grec avait duaiUears lui-même : car, d'un côté, ii indique avec précision l'emplacement te Autels des Philènes sur le point œà&e de la côte qui correspond au fond da golfe; et, d'un autre côté, il les dit situés à peu prés au milieu aire le* Syrtes. Évidemment ce n'est raint ici entre la grande et la petite >me qu'il veut les mettre, ce qui impliquerait, en effet, une contradiction puante , mais bien entre la grande Snte et ta Syrte Cyrénéenne , c'est-àdire, sons une autre forme de langage, •d point même qu'il désigne ailleurs Gooe manière qui ne laisse prise à dQoioe incertitude.
Cest faute d'une perception exacte ^ cette distinction ancienne de trois Sjrtes, que l'on a cru voir les Autels «s Philènes marqués encore entre la petite et la grande Syrte, dans un
rouniment géographique célèbre , la Table Peatingénenne (*)• Mais on peut H Cest, comme chacun tait, une carte "tien de ringt pieds de long sur un pied fc ta, eonarvee jadis dans la btbliothè-
objecter, dès l'abord, que si, dans cette carte» fameuse, les lignes itinéraires offrent , dans la succession des étapes et les chiffres de distance qui y sont écrits, un document très-précieux, il n'en est pas de même de la délinéation des formes topographiques , à laquelle on ne saurait prêter une attention sérieuse. Mais cette délinéation elle-même, toute hideusement barbare qu'elle soit, ne consacre point, dans la question actuelle , le déplacement qu un premier coup d'oeil trop superficiel a cru y découvrir. Il est très-vrai qu'on y voit figurés, d'une
f)art un golfe dans lequel est écrite la égende Syrtes minores , d'autre part un autre golfe dans lequel est écrit Syrtes majores, tandis que les Autels des Philènes sont indiqués entre ces deux golfes ; mais on a oublié de remarquer que les Syrtes minores ne représentent point ici la petite Syrte
Eroprement dite , laquelle est tracée ien loin de là vers l'ouest , au couchant de l'iie de Girba. Les Syrtes minores de la Table Peutingénenne
Lsont placées fort à l'est de la grande eptis et de l'immense Sebkhah ou lac salé qui caractérise la plage occidentale du golfe de la Sidre ; et les Syrtes majores, figurées auprès de
que de Conrad Peutinger d'Augsbourç , et possédée aujourd'hui par la bibliothèque impériale de Vienne. La dénomination de Peutuigérienne , qui rappelle simplement l'ancien possesseur, n'a pas l'inconvénient du nom de Théodosiauie qui lui est fréquemment attribué, dans la pensée qu'elle date du temps de Théodose le Grand, ou de Théodose le Jeune : détermination sur laquelle les érudits sont loin de s'accorder. Nous croyons avoir démontré nous-même , dans un mémoire spécial, que l'exemplaire aujourd'hui existant, matériellement exécuté à Colmar par un moine dominicain du treizième siècle , est la reproduction d'un modèle dont la rédaction se rapporte au temps du partage de l'empire de Constantin le Grand entre ses trois Gis , Constantin, Constance et Constant : c'est done Table ConstanHne qu'il conviendrait de l'appeler, dans le cas où l'on tiendrait absolument à une dénomination corrélative i la date de sa composition.
so
L'UNIVEftS.
Bérénice, représentent évidemment la Syrte des Cyrénéens. La Table Peutingérienne place donc, tout comme le Stadiasme et tomme Straboo . les Autels des Philènes (*) entre les deux syrtes que Ton confond vulgairement sous l'appellation commune de grande Syrte, et non point entre celle-ci et le golfe de Qâbes, comme divers géographes modernes se Tétaient imaginé (**)• Nos vieilles cartes nous présentent aussi une distinction corrélative à celle que nous venons de signaler, lorsqu'elles donnent , à la partie occidenûentale du golfe de ta Sidre , le nom de golfe de Zédyq (déjà mentionné par rÉdrysy, par Eon Sayd et par Aboulfédâ), et qu'elles appliquent à la partie orieutale le nom de golfe deTini (***).
Séparation entre la grande et la petite Syrte.
Mais st les detirt Syrtes orientales comprises à la fois dans le golfe de la Sidre n'avaient , pour déterminer leur limite respective, que le seul point des Autels des Philènes, un grand espace, au contraire, s'étendait entre elles et la petite Syrte.
La grande Syrte, en effet, se terminait, vers l'occident, au cap appelé
(*) Dans l'itinéraire dit àiÀntomn (et qu'il est moins inexact d'appeler itinéraire d'Ethicus , du nom de son rédacteur), on voit .figurer, au lieu de la dénomination Arcs Plùlœnorum, le mot barbare de Banadedari, sans qu'on se soit encore rendu compte de cette singulière variante. C'est , ce nous semble, une simple erreur de copiste, qui a ainsi défiguré ce qui, dans les manuscrits primitifs, était probablement écrit Bomi id est arœy c'est-à-dire le nom grec (fkojxol), arvec son interprétation latine.
(**) Cest donc à tort que sur la carte dressée pour l'intelligence du Stadiasme, dans l'édition des Petits géographes grecs de Gail, on voit les Autels des Philènes transportés à cent milles à l'ouest de leur véritable position, ce qui entraine toute une série de doubles emplois pour les points intermédiaires.
(***) Maigre celle spécialisation, qu'on peut remarquer dans les cartes de Guillaume de Flsle et autres , le nom de golfe de Tiny est donné dans le Liber Rivcriarum au golfe de la Sidre tout entier.
aujourd'hui, d'après la carte de Bee chev, Pointe Zorug, ou, d'après 1; carte de Smyth, Pointe Karra, et for mant au sud-est un prolongement d\ cap de Mesrâthah. Celui-ci, remarqua ble par son triple promontoire, ei avait tiré , chez les anciens , la déno mination de Triérân akron; la point Kharra ou Zorug, moins élevée , cou verte de dattiers , signalée par quel ques flots rangés au-devant d'elle prenait de ceux-ci le nom de Kephala ou les Têtes, que Ptolémée et Straboi nous ont répété d'après les stadiasme antérieurs.
Un peu plus loin vers l'ouest, sou la pointe appelée Tabia dans les carte modernes, on aperçoit une embouchur de rivière en face de laquelle , à ui quart de mille de distance, est un peti flot rocheux offrant aux navires, sou son abri, un ancrage que les Arabe appellent le port d'Ugrah ; le nom d Ouédy Rahan, que porte aujourd'hu la rivière, semble conserver quelqu trace de celui de Kinyp* ou Kinyphc que lui donnaient les anciens; et 1 petite fie est précisément celle qu nous signale en cet endroit le Péripl de Scylax, et qu'on laissait à sa gauch pour arriver a Leptis la Grande, w connaissante de loin à sa blancheur.
Ce n'est qu'à Sahrata qu'on attei gnait la limite la plus orientale de t petite Svrte; là commençaient de non velles sèches , se prolongeant le Ion des rivages jusque vers Ehraqlyeh, c embrassant en leur large contour car taines fies assez considérables pou que nous ayons à leur consacrer quel ques pages : c'est d'abord Gerbeh puis le groupe de Qerqeneh, sans pai 1er d'autres îles plus petites dont non aurons à peine quelques mots à diri
ILE DE GERBEH.