‹ Iles de l'AfriqueChapitre 17 sur 82 · PETITES ILES ENTEE LES GJA'FA RYN ET LA G A LITE · texte numérisé non relu

PETITES ILES ENTEE LES GJA'FA RYN ET LA G A LITE

Abandonnons les trois Iles des Gja'faryn, et poursuivons, au large de la cote, notre route vers Fest, sans nous arrêter à chacun des îlots que nous verrons apparaître à notre droite, le long du rivage, dont il n'y a point lieu de les séparer historiquement : il nous suffira de les reconnaître au passage.

Ilôts bu voisinàob d'Obah. — Nous apercevrons d'abord l'ancienne Akra deScylax, devenue VAretehqotd des Arabes, défigurée par les modernes en Harschaoun, Risgom, Ishgowiy et dont les Espagnols ont fait Caracoles ou les Escargots, dénomination absolument synonyme de /*sula de UmacU que lui donnent tes cartes de Livio Sanuto, et de Instda Cochlearumdu Livre des Rivages.

Plus loin est Ftie des BényHnabyb, appelée aussi Hhabybah ou, comme on dit vulgairement, les tles flabibas, groupe formé d'une Ile principale, accompagnée au nord-est d'un Ilot beaucoup plus petit , et d'un grand nombre de roches isolées; peut-être est-ce l'ancienne fie Bartas de Scylax.

Puis nous relèverons, en avant des

L'UNIVERS

caps el-Andalos (*) et Falcon, deux fies que le Portulan de Jean d'Uzzano appelle al Cosebbe et Falcone; le second de ces noms est évidemment celui du cap voisin ; le premier, sous une forme quelque peu étrange, ne fait que reproduire le mot arabe de el-Qassab ou les Roseaux, appliqué également à un petit fleuve qui débouche vis-à-vis; sur les cartes modernes cette île est appelée Ile Plane , et cette dénomination , rapprochée de la précédente, nous donne lieu de penser que ce peut être là l'ancienne, île Psamathos de Scylax ; tandis que l'îlot du cap Falcon représenterait nie .4kion du même Périple (**).

Ensuite nous verrons apparaître le cap auquel nos cartes donnent le nom espagnol de la Âgttja (***), c'est-àdire de l'Aiguille, à cause d'un îlot qui se projette en avant, et qu'on appelle aussi Jguja ou l'Aiguille; le Livre des Rivages , qui paraît dater au moins du commencement du treizième siècle (****), nomme le cap Gristel et l'îlot Esbaphira; puis il indique le Marthaltheisi (plus exactement Mersày-

(*) Défiguré en lÀndles sur les cartes modernes.

(**) Ce Périple , qui procède d Vient en occident, indique, avant les îles Akion et Psamathos, les villes deThapsa, Kanoukkts, Sida et Ioulioti-Akra , qui paraissent correspondre à Tipasa, Gnnugi, une station indéterminée, et Gilua, de Hlûiéraire d'Élhicus.

(**") Abuja , qui se lit sur quelques cartes,est une prononciation populaire a'Agnja.

(****) Nous avons bien des fois cil 6 ce document curieux , encore inédit, dont le titre entier est Liber de existentiel riveriarum et formé maris nos tri, ce qu'il faut traduire : Le Livre du gisement des rivages et de la configuration de notre mer; c'est un manuscrit de la première moitié du treizième siècle, conservé au musée Britannique (bibliothèque Collonienne, Domilius, A. xnr, fol. 1 1 a); ce morceau sera compris dans une collection des petits géographes latins du moyen Age, que nous nous proposons de publier de concert avec M. Thomas "Wright, à qui nous devons la copie de cet intéressant opuscule.

el-teys) ou le port du Bouc, après lequel viennent les montagnes d'Arzéou avec les petits rochers que nous appelons encore îles dArzêou.

Bientôt nous arriverons en face de Vile aux Colombes, ainsi appelée des nombreux oiseaux de cette espèce qui y ont fixé leur séjour; aussi les Espa-

Îjnols lui donnent-ils en leur langue e nom de Palomas, et les Italiens celui de Colombi, comme les Arabes celui de Hhamâm.

Puis, dans Test du cap de Ténès, dépassant quelques îlots xollés au rivage près des montagnes des Béni- Hegjan , nous nous trouverons par le travers d'une île basse et noire , émergeant à peine de deux mètres (*), connue des caboteurs maures sous le nom de Gezyret el 'Àschàq ou l'île des Amants, en mémoire de deux amants malheureux qui vinrent y terminer leur existence. Elle est, suivant la remarque du docteur Shaw, aussi grande que l'île aux Colombes , et appartient aux Beny-Hawah ; le Livre des Rivages la nomme Insula Hukor, ce qui rappelle le nom de fVaqour donné par le schéryf Edrysy au port voisin , et que Livio Sanuto ainsi que la carte catalane de la bibliothèque du roi Charles V écrivent Àochor. Un peu

Slus loin , un îlot près du rivage nous ésigne l'emplacement de Bereschk , ancienne ville arabe auprès de laquelle le Portulan de Jean d'Uzzano aussi bien que les cartes de Livio Sanuto marquent une petite île.

Ilots du voisinage d'Alger. — Nous passons en vue de Scherschél où nous apercevons l'île , aujourd'hui liée à la terre ferme par une chaussée, oui sert à faire reconnaître en ce point 1 ancienne loi des Numides, la Césarée des Romains; puis apparaît en avant du Ras el-Amoush des cartes modernes, une petite île escarpée, dont le sommet, élevé de vingt mètres audessus des flots, est couronné de û-

(*) M. Bérard ne l'a trouvée indiquée sur aucune carte; elle ligure cependant, mais difficilement reconnaissante peut-être, sur celles du docteur Shaw et de Livio Sanuto.

coiers de Barbarie, et à laquelle Shaw donne le nom de Bérinschel; le Livre des Rivages aussi bien que la Géographie d'Edrysy appellent le cap Râsel- Bath&l , niais n'appliquent à l'île aucune dénomination particulière* Peu d'instants après nous dépassons le Hds et-Qanâther ou le cap des Ponts, extrémité occidentale du massif d'Alger, et nous apercevons la pointe Pescade avec les Ilots ramassés autour d'elle : là était le Mersày el-Dobbân ou port aux Mouches des Arabes ; et ces mouches , le Livre des Rivages nous donne à croire qu'elles ne sont autres que les îles mêmes qui surgissent en cet endroit (*). En même temps se dessine à Test la blanche ville d'Alger, ou , comme disent les Arabes, el-Gezâyr, c'est-à-dire les Iles; et nous savons en effet que les batteries avancées de la Marine et la tour du Phare sont élevées sur des Ilots réunis entre eu\ et au continent par des travaux exécutés au seizième siècle.

Près du cap Témedfous pointent quelques rochers noirâtres, dont le plus remarquable , appelé Sandja , parait avoir huit ou neuf mètres d'élévation; plus loin , à l'est, on voit un autre groupe analogue, appelé Aguelli, offrant en quelques parties jusqu'à vingt-sept mètres de haut. Ensuite, vers le cap Tedlès un petit Ilot boisé, et près du cap Sigli un Ilot de couleur rousse diversement haché dans tous les sens et tout à fait aride , se laissent à peine distinguer de la cote qui leur sert d'horizon : le second est nommé Sciude dans le Livre des Rivages.

Ilots du voisinage de Bougie.

— Plus près de Bougie, et mieux apercevable, nous apparaît une petite lie rocheuse, longue de cinq cents mètres, dont le sommet, tronqué et incliné vers l'ouest, a environ cinquante mètres de haut , et dont les flancs sont

Sarnis de quelque végétation ; le Livre es Rivages la dénomme Gerbe; mais soit que les mariniers de Pise se fus-

(*) «Mardi el^Dubben, id est Portus Musca», faciens cura iniula qi» est juxU Imam. »

sent approprié l'abri qu'elle offre aux petits bâtiments , soit par quelque autre motif qui nous échappe, l'ancien nom est remplacé, dans le Portulan de Jean d'Uzzano , par celui de Isola di Piza, qui devient Isola de Pisan dans le texte de Livio Sanuto, et Insuia Pisana dans ses cartes ; les hydrographes modernes ont adopté Pisan comme un nom propre, et I on voit figurer lie Pisan dans le beau travail de MM. Bérard et de Tessan.

Dans le golfe de Bougie, près de Manssouryah, est une lie reconnaissable à un petit mamelon conique arrondi qui occupe sa partie orientale , tandis qu'elle est basse et rocailleuse à son autre extrémité; puis, au cap Cavallo, parmi plusieurs roches basses et arides, une île plus considérable, élevée et conique, où l'on aperçoit quelque peu de végétation; un peu plus loin au nord-est une Ile plate , et plus loin encore dans la même direction une roche isolée , d'un rouçe de feu , accompagnée de quelques pointes de rochers noirs à fleur d'eau. Livio Sanuto réunit les deux premières sous < le nom d'Iles de Bougie , et appelle la troisième Isola de' CavalU ou lie aux Chevaux, ayant soin de remarquer qu'elle est placée en face d'un lieu nommé Ballaffia. Les noms de Mansow ria et de Bala/Jia, de Mansoria et de Balafia, de Mensulia et de G i sera bafie, se retrouvent dans le Portulan de Jean d'Uzzano , dans la carte catalane de la bibliothèque de Charles Y, et dans le Livre des Rivages , remontant ainsi du seizième au quinzième , au quatorzième, et jusqu'au commencement du treizième siècle ; mais l'application précise de ces dénominations n'est pas certaine : il n'existe, il est vrai, aucune d if Acuité quant à celle de Manssouryah qui est parfaitement bien (^terminée; mais le doute semble inextricable pour l'autre : d'après Sanuto , c'est l'île Plate qui répond à la fois à l'île aux Chevaux et à celle de Balafûa ; d'après les documents antérieurs, le nom de Balaflia désigne naturellement l'Ile la plus remarquable de ce parage; le docte voyageur Tbo-

1/0MVRR&

mas Sfaaw parle tant dette aussi de nie la plus considérable el la plus rapprochée du eap Cavallo, quand il la nomme « d'après tes Arabe» , Zeeri ei Hetie, plus exactement Getyret H Kkayl, c'est-à-dire Plie aux Cbevaux:

cette dénomination est conservée dans te beau travail de MM. Bérard et de Tessan; mais le nom de Roche AJk* y est transporté , d'après les indications de leurs pilotes, à Ptlot couleur de feu placé à cinq milles de là vers le nordest. Tout en acceptant, pour l'avenir, cette nomenclature, on ne peut se dissimuler que le nom de Gesira Jjafie, plus exactement Gezvret el-Aàfyth* c'est-à-dire île de la Santé, ou Balaffia9 plus exactement Ab<m-el-'Aâfye\ c'est-à-dire ie Père de la santé , était appliqué par les vieux portulans à 111e conique du cap Cavallo, ainsi que le démontre celui de Jean d'Uzzano en indiquant des distances relatives de dix milles vers Manssouryah, et de vingt milles sur Gygel fie schéryf Edrysy semble offrir un moyen facile de conciliation pour toutes ces divergences, en étendant aux trois fies consécutives la dénomination commune de Gezdyr et-'AQfyek.

ÎLOTS DU VOISINAGE DB StORA.—

Mais pendant que ces réflexions nous occupent, notre vaisseau est déjà loin ; Sans tenir aucun compte ni des roches qui se projettent en avant de Gygel , ni du Zert-Nabou% plutôt Gezyret-el- Naby ou île du Prophète, qui signale l'embouchure du Oued-el-Kebyr, nous Sommes arrivés par le travers du double golfe de Qollo et de Stora, où sont répandus plusieurs flots , placés en avant de chacun des caps rocheux de cette grande baie, et désignés dans les cartes les plus nouvelles sous les noms de Collo , Tzour Hamed-Djerbf(*), Tharsa, Srigina; mais un seul attire notre attention, et c'est ie dernier, dont la dénomination semble altérée de celle d'Ile aux Singes, qu'elle portait sur les cartes antérieures , et qui rappelle naturellement VîieEubœa

p Mieux Gezottr Alihmed elGerby} c'ttt Jt-dire les fies d'Ahmed le Gerfcin,

de Scylax, placée en face dès villes Pithéoousses : nulle part, en effet, sur toute la cote, les pitbèques ou singes sans queue ne sont aussi abondante que dans ee canton, et c'est bien là que nous conduit Diodore de Sicile, dans le récit de la campagne d'Ëumaque au delà de la seconde fiippone, jusqu'aux Pithéoousses.

A la pointe du cap de Fer, nous distinguons un flot rocheux, haut de trente-sept mètres ; puis , vers le cap Takousch, une autre fie rocheuse, peu élevée, d'un jaune roux, qui semble correspondre a l'île Hvdras de Ptoléraée , et à la Pierre de f Arabe des mariniers du moyen Age. Plus loin est l'Ile de Tabarque , rocher stérile, couronné de fortifications, et possédé aujourd'hui par les beys deTunis, lesquels s'en emparèrent en 1741, par surprise, sur les Lomellini de Gênes, qui l'avaient reçu en présent, comme salaire, pour avoir contribué efficacement à la mise en liberté du fameux Dragut.

Nous laissons cette lie à notre droite, pour arriver à la Galite.

LA GALITE.

Pendant que Tabarque nous reste à environ cinq milles au sud-est, et que nous mettons le cap sur la Galite, alors éloignée de nous d'une trentaine de milles au nord-nord-est, elle nous apparatt comme une terre haute et montagneuse, aux croupes arrondies, accompagnée à l'ouest d'une grosse roche, et à l'est d'une roehe plus grosse ? plus haute et plus abrupte , mais liée à la masse principale par une langue de terre déprimée. Le vent du ponant nous pousse droit au nordest, loin de la route directe, et nous n'essayons pas de le couper, car nous savons qu'un courant en sens contraire nous ramènera avec une force d'un mille par heure; bientôt l'île nous reste à l'ouest-nord-ouest, éloignée encore de vingt-cinq milles , et se montre à nous sous un tout autre aspect : le sommet principal est en arrière-plan, la roebe abrupte élève son pic devant nous, cachant entiè*»

ILES DE l'ÀttUQUE.

Hsthme déprimé qui la he* à la grand* terre, et se prolongeant vers la droit» en me crête inclinée, qui se relève ensuite tout à coup en cône tronqué à l'extrémité septentrionale de Pife. Puis, à distance égale de celleci , sur la droite et sur la gauche, des rochers s'élèvent du sein des eaux; ceux du nord-est sont appelés Cani ou les Chiens; ceux du sud-ouest, plus gros, nous offrent côte à côte une grosse roche massive, qu'on appelle lé GaHton (*), et un pic conique aigu qui a reçu le nom d'Aiguille. Si nous tournons la tête vers le sud, nous verrons, à cinq milles de distance, deux autres roches jumelles, que les anciens n'eussent pas manqué d'appeler Didymes s'ils nous les eussent signalées , et que les modernes ont dénommées, tantôt les Sore ou les Soreéie, c'est-à-dire les Sœurs , tantôt les FmH ou les FratelU, c'est-à-dire les Frères.

Enfin le courant nous amène à la Galite; ou, comme disent les mariniers de ees parages, la Galite exerce sur notre navire la puissance d'attraction dont elle est douée; nous abordons, et gravissant au sommet qui en tient à peu prés le centre, nous npus trouvons élevés à quatre cent soixanteseize mètres au-dessus de la mer; ses pentes, plus prolongées an sud-ouest , plus roWes dans les autres directions, aboutissent, en falaises ou en plages étroites, à la mer environnante , sauf au nord-est, où le sol, considérablement déprimé , se continue jusqu'à uns crête transversale, dirigée à peu près nord et snd , et montrant à ses extrémités, d'une part, le cône tronqué du eap Nord, de l'autre, le pic aux flânes rocheux et décharnés, qui élève sa tète escarpée à trois eent soixante* dix-sept mètres de hauteur. Dans son ensemble, Fîle offre donc la forme d'un T, incliné de l'ouest-sud-ouest à Pest-nord-est, présentant, au nord et au $ad9 deux haies inégales, dont

O C'est **** doute XXnsula Paimaria de Htoénwe sssrittae, à 40 ou tf stades de Os***

la plus grande et la plut sure est celle du sud.

Od y trouve un assez bon mouillage, bien abrité, où les seuls vents à craindre sont ceux de sud -ouest, sud , et sud-est, extrémemement rares dans la belle saison , et peu communs en hiver; encore leurs rafales , renvoyées §ar les terres , viennent à 1 encontre es vagues, et les empêchant de briser auprès du rivage, les repoussent à un mille au large. Le fond de la baie est une grande plage de galets , à l'est de laquelle est une aiguade suffisante pour fournir de l'eau douce à un bâtiment en toute saison; elle est située sous un rocher, dans une espèce de grotte basse et peu profonde. A une petite distance , à droite de la

§rotte, on voit aussi un petit filet 'eau provenant d'un ravin plus élevé ; et il existe encore trois autres sources sur la côte nord (*).

La nature du sol , d'après des renseignements dus à M. Bory de Saint- Vincent, qui Ta récemment exploré, est essentiellement volcanique ; la montagne principale est d'une roche trachytique remplie de belles laves.

Cest un lieu de repos pour les oiseaux de passage : aussi y trouve-t-on beaucoup d'oiseaux de proie qui les y attendent. Il y a quantité de lapins : des chèvres sauvages y vivent en troupes, et y sont de la plus belle espèce, les boucs ayant des crinières à la manière des lions. Ces animaux sont réduits à brouter des graminées rigides , et ont détruit plusieurs familles de plantes, telles que les légumineuses, dont on ne trouve plus une seule espèce.

Aussi , malgré la couche de terre végétale qui pourrait être cultivée, l'île n'offre - 1 - elle qu'un aspect triste et désolé. La pèche y procure du poisson en abondance, comme Silius Italicus en avait fait la remarque (**). Au dire

(*) Presque tous ces détails sont puisés dans l'excellent travail hydrographique de MM. Bérard cl de Tessan, à qui Ton doit ■ne belle carte de la Galite.

(**) , Et litas piscosa Galaete.

Punie, JUT, *5f •

L'UNIVERS

de Pline, le scorpion, fléau de l'Afrique, ne pouvait vivre à la Galite ; et les mariniers du moyen âge, dont Livio Sanuto se fait l'éoho, renchérissant sur le naturaliste romain, prétendaient que, non-seulement tout animal venimeux y mourait, de quelque part qu'il y fût apporté, mais même qu'un peu de poussière de la Galite , répandue quelque part que ce fût, y tuait soudain toutes les vipères et les scorpions.

Il y a eu des établissements sur cette fie; on y rencontre des débris d'anciennes constructions, des tas de pierres qui forment encore des enceintes. MM, Bérard et de Tessan ont vu même au sommet du pic un pan de muraille, probablement le reste d'une tour de garde : le ciment, d'une dureté extrême, leur parut composé de petits morceaux de briques; M. Bory de Saint-Vincent et ses compagnons auraient, dit-on, trouvé dans ces ruines quelques médailles puniques. Peutêtre le nom même de Vîle est-il punique, bien que Bochart, monomane, si nous osons parler ainsi d'un homme d'une telle érudition , monomane d'étymologies puniques , n'ait point indiqué celle-ci ; Ptoiémée l'écrit Calathe, Siiius Italicus Calacte, Mêla et Pline Galata, de même qu'Êtbicus, soit dans sa Cosmographie quadripartite et dans les abrégés qui en ont été publiés sous les noms d'Honorius et de Jules César, soit dans l'Itinéraire dit d'Antonin ; or, en rapprochant ces formes du mot arabe Qala'h, forteresse, on est porté à supposer que les premières sont de simples transcriptions grecques et latines d'une racine punique analogue à cette dernière.

Au quatorzième siècle, l'infant Louis d'Espagne, amiral de France, fils d'Alfonse le Déshérité, et arrière -petitûls de saint Louis, ayant obtenu du pape Clément VI , ainsi que nous le raconterons dans une autre partie de ce volume , la création , par une bulle du 15 novembre 1344, d'une principauté souveraine en sa faveur ( faible compensation de la perte du trône de Castille que détenait une branche usur-

patrice) , la Galite fut comprise avec les Canaries dans ce domaine Insulaire que le vaillant guerrier promettait de conquérir à la foi chrétienne; mais il ne paraît pas que le prince des Fortunées ait eu le temps d'aller prendre possession même de cette petite parcelle des États dont il avait reçu du pontife l'investiture solennelle.

La Galite a été souvent le refuge des pirates , des corsaires et des contrebandiers. Pendant les guerres de l'empire, les croiseurs anglais y avaient des vigies; aujourd'hui, c'est le rendez-vous et le dépôt des contrebandiers italiens qui apportent des munitions et des armes aux Arabes; les bateaux corailleurs, qui font presque tous ce métier, y relâchaient souvent avant

Îroe nos bâtiments de guerre vinssent es visiter.

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