‹ Iles de l'AfriqueChapitre 18 sur 82 · PETITES ILES ENTRE LA GALITE ET LES GJOCTAMER · texte numérisé non relu

PETITES ILES ENTRE LA GALITE ET LES GJOCTAMER

En quittant la Galite pour continuer notre navigation vers I est, nous rencontrerons sur notre route quelques îles, devant lesquelles nous passerons sans nous arrêter; il nous suffira de les apercevoir du bord.

La première, entourée d'écueils et de roches à fleur d'eau, porte, sur les cartes modernes, le nom de Cane ou Chien ; le Livre des Rivages , la carte catalane de Charles V, le Portulan de Jeand'Uzzano, lui donnent, sauf de légères variantes de forme, la même dénomination ; Livio Sanuto l'appelle Chelbi, et il est facile d'y reconnaître le mot arabe Kelb qui signifie également Chien. C'est l'Ile Drakontias de Ptoiémée, Drakontos d'Alexandre Polyhistor suivant que le rapporte Etienne de Byzance.

Plus loin , et plus rapprochée de la côte, est une autre Ile, inscrite sur les cartes de Smytli et sur celle de Falbe avec le nom de Pila; dans le Portulan de Jean d'Uzzano elle est appelée la Camalera, et, avec peu de différence, Gamelera dans la Géographie de Livio Sanuto , qui la dit bien connue des mariniers.

Puis Tient une troisième tle qui sem-

ble former à l'est an prolongement du cap Farina , le Kalon akroterion ou Brau promontoire des anciens, le Râs sidy 'Aly el-Mekky des Arabes de nos jours. Cette tle est vulgairement appelée, d'après sa forme basse et aplatie, Isola Piana par les Italiens , el- Gfzyreh el-Ouathyeh parles Arabes, et lie Plane sur les cartes françaises ; nuis c'est une appellation moderne :

Lino Sonuto la nomme Restantina et le Portulan de Jean d'Uzzano Rasta- /«. Dans l'antiquité elle porta le nom de Korsoura, ainsi que nous l'apprenons de Strabon, qui la place, ainsi o/Egimurus dont nous parlerons tout a l'heure, à l'entrée du golfe de Carthage. Peut-être le texte original de Scylax donnait -il une indication semblable; mais il est trop altéré pour qot nous voulions l'alléguer à ce sujet comme une autorité.

ILES GJOUAMER.

5ous voici arrivés devant un flot ptas grand, de forme triangulaire, mesurant à peu près deux milles de long sur un mille de base. Il est haut, escarpé, âpre, entouré de précipices, inhabité; mais il peut fournir de l'eau douce aux navires qui y relâchent, et nous nous y arrêtons un instant pour ie reconnaître, rappeler les souvenirs antiques que l'histoire y peut rattacher, et recueillir le récit d'un naufrage, que Savary de Brèves nous a consff *é dans la relation de ses voyages du Levant.

Cet îlot n'est guère qu'à dix ou onze milles du cap Bon ; quelques roches détachées émergent tout contre ses rivages; d'autres restent cachées sous I» eaux. A deux milles au sud-est , un autre îloi allongé, offrant à peine un demi-mille dans sa plus grande dimension, et symétriquement accompagné a ses deux* bouts de deux roches détachées, est considéré comme un appendice du premier, et motive la forme plurielle fréquemment donnée au nom de celui-ci.

Noms anciens et modernes des Gjouameb. — Nos vieilles cartes les appellent ensemble les Zimbres , ou

1% livraison. (Iles de l'Afrique

bien, distinctement, Zimbre et Zimbrot; les cartes plus modernes ont sans doute prétendu être plus exactes en écrivant Zembra; Livio Sanuto dit Zemola dans son livre et Zfmbala sur ses cartes; le Portulan de Jean d'Uzzano nous parle de Giemol et de Giemolino; la carte catalane de la bibliothèque de Charles V nomme Zemaiy et le Livre des Rivages Gimarl.

Le schéryf el-Edrysy nous donne la clef de ces dénominations en appelant Gjdmoùr el-Kébyr l'îlot principal, Gjâmour elSsagnyr Mot secondaire, et en les réunissant tous deux sous l'appellation plurielle é'el-Gjouâmer ; et ces formes elles - mêmes ont leur étymologie naturelle dans le nom antique, écrit en grec Jigimouros ou Mgimoros par Strabon, Ptolémée, Etienne de Byzance, et en latin /Egi»

murus par Ttte-Live , Pline le Naturaliste , et le compilateur Ethicus.

Mais avant ce nom , qui pour nous ne remonte qu'à Tite-Live, ou du moins à la date des événements par lui rapportés, c'est-à-dire à deux siècles avant notre ère , nous retrouvons dans le Périple de Scylax , antérieur à cette date d'un siècle et demi à peu près (*) . une autre dénomination que nous n'hésitons pas à appliquer à Egimunis, malgré la dissidence où nous nous trouvons , sur ce point, avec des érudits dont l'autorité est d'un grand poids.

« En face du promontoire d'Her- « mes, dit Scylax, se trouvent de pe- « tites tles ( savoir ) , l'île Pontia et « Kosyros. » Sans vouloir discuter ici ex-professo la question d'application du nom de Kosyros^ soit à Korsoura ou l'île Plane, soit a Kossoura ou la Pantellerie, nous pouvons constater du moins que , d'après la disposition générale du Périple, après nous avoir conduits du golfe de Hnammâmet dans celui de Carthage, à travers l'isthme qui les sépare , l'auteur énumère rétrospectivement les îles que le choix

(•) Nous n'entendons parler que des éléments relatifs à l'Afrique, sans nous occuper de la (|iieslion d'homogénéité et de simultanéité de la rédaction vulDate.

4e cette route lui a fait négliger, et qu'il reprend ensuite son canotage

rur ee rendre d'abord à Utique, put»

Bizerte, et de là à l'occident; ce qui semble exclure une désignation anticipée de 111e Plane sous le nom de Kosyros, indépendamment des autres motifs qui donnent lieu de penser que c'est la Pantellerie dont il a voulu parler. A plus forte raison devonsnous repousser l'opinion qui identifierait l'Ue Pontia de Scylax à une tle plus occidentale encore que l'île Plane, telle que la Drakontia* de Ptoléinée; puisque Scylax parle de deux fies voisines du promontoire d'Hermès , c'est-à-dire du cap Bon, et qu'il nomme d'abord Pontia et ensuite Kosyrot, il est naturel de reconnaître qu'il s'agit des fies situées vis-à-vie de ce cap, sans interposition d'autres fies, et que celle qui est nommée la première doit être à la fois ia plus wisine du cap, et la première dans la direction vers laquelle le navigateur grec appelle nos regards : c'est ainsi que, du port de Cartilage, avant de reprendre, sa route au nord et à l'ouest, i| ae ton rne encore vers la route de l'est, et nous y montre échelonnées Pontia, Kosyros, et les trois fies carthaginoises de Nelité, Gaulos et Lampas : n'est-il pas inévitable de reconnaître là Gjânjour, la Pantellerie, et le trio de Malte, le Goze et Lampedouse?

HlSTOllS ÀKCIIRNI D'ËaiMUlU*.

-T- Ainsi , Pontia fut le nom antique o> hle plus tard appelée iEgimurua : d'après une tradition recueillie par Pline, ces fies, ou plutôt ces écuals, qu'il appelle les Autels d'Égimore> avaient jadis été habités , et s'étaient affaissés au milieu des eaux. C'est sans doute à ces Autels d'Égimore que fait , allusion Virgile, quand il montre Enée, surpris par la tempête au sortir de Drépane, poussé sqr des rocher*, d'où il devait ensuite gagner Carthage. « Lee Italiens », dit ici le poète , « appellent 'Autels ces rochers « situés au milieu des flots * (*) ; et le

O «Sua Tpcitnt luti»mcd iii que in flactiboq , ans. • Virgile , Éoéide , liv. i , v. 108.

schoiiasteServiue, nous venant en aide, nous explique qu'il s'agit ici de cêi rochers situés entre l'Afrique, la Sicile et la Sardaigne, appelés Autels par les Italiens, de ce que les Carthaginois et les Romains y avaient conclu un traité, et^y avaient fixé la limite commune des deux empires. « Quelques-

• uns, ajoute-t-il, disent que c'était « une fie qui s'affaissa tout à coup, et « à la place de laquelle sont restés ces « rochers, où les prêtres de Carthage « viennent , à ce qu'on assure, accoin- « plir leurs cérémonies religieuses ; « d'autres les ont appelés Autels Nep-

• tuniens. »

Ce fut auprès d'Ëgimurus qu'en l'année 245 avant notre ère, le consul Marais Fabius Buteo, rencontrant la flotte carthaginoise qui prenait la route d'Italie, remporta une victoire navale signalée, dont une tempête vint arracher les fruits aux Romains en les poussant dans la Syrte, où leurs vaisseaux et leurs prises éprouvèrent un déplorable naufrage.

Le vieil historien des guerres puniques, Lucius Cœlius Antipater cité par Tite-Live, racontant le passage de Scipion en Afrique, Tan 204 avant notre ère, rapporte qu'à cela près qu'elle ne fut pas engloutie par fa mer, la flotte romaine éprouva toutes les horreurs d'une affreuse tempête, et qu'elle fut poussée de la côte de Carthage à l'fle d'Ëgimurus» d'où elle eut peaucoup de peine à regagner sa destination.

L'annéesuivante, pendant la trêve accordée aux Carthaginois pour négocier la paix avec Rome, des approvisionnements étaient envoyés de Sardaigne et de Sicile au camp de Scipion : Cnaeus Octavius, commandant le convoi de Sicile, fut assailli par une tempête en vue de l'Afrique; il gagna la cote avec ses trente vaisseaux de guerre , mais ses deux cents navires de charge furent poussés la plupart sur Me d'Ëgimurus ; et les Carthaginois, témoins de ce désastre , s'etant ameutés , forcèrent Asdrubal d'aller, avec une flçHe de cinquante vaisseaux , saisir à Éçijnur us ces navires désemparés, et de Tes

remorquer jusqu'à Carthage : acte de piraterie que Scipion ne tarda point à. leur faire payer bien cher.

3AUFRAGB DB TBOIS GALRBBS DB

Malts sub lbs G jouameb. — Ii semble que les Gjouâmer n'aient pu trouver place dans la mémoire des nommes qu'à ia faveur des désastres dont ils ont été le théâtre. Savary de Brères , qui voyageait dans le Levant avec une mission diplomatique , au commencement du dîx-septieme siècle, nous a conservé le récit d'un fait historique doot la scène fut aux Gjouâmer , ou .

comme il les appelle , aux Zimbres, et c'est encore d'un naufrage qu'il s'agit : trois galères de Malte y avaient Fait côte peu de temps avant que l'auteur arrivât à Tunis } où on lui donna les détails de ce sinistre. Ils sont assez sommaires pour pouvoir être reproduits ici sans inconvénient.

- Ce fut , dit le narrateur , le septième jour d'avril 1606, par un grand vent de levant et siroch , qui les porta sur les écueils. Les chevaliers voyant leurs vaisseaux brisés sur une côte ennemie, retirèrent leurs munitions et leur artillerie au sommet du grand Zimbre , et se fortifièrent dans les précipices de cet flot, assez défensible de sa nature. Ensuite les galères de Bizerte, toutes les gai io tes, les frégates et les brigaotins du pays étant venus pour s*en~emparer , ils se défendirent vaillamment et obligèrent les Turks à se retirer avec une perte de plus de trois cents hommes. Quelques jours après arriva un vaisseau de Sicile, qui jeta Pancre à cinq ou six milles, mit sa barque en mer, et, malgré les ondes et les vents courroucés, enleva en plusieurs fois, à la barbe de la milice de Tunis, tous les chevaliers et soldats gui purent s'y jeter , et fit voile vers Païenne. AJors les mahométans voyant la place affaiblie reprirent courage et rinrestirent de nouveau. Comme il n'jj était resté que les blessés et ceux qui se s'étaient pas hâtés de sauter dans (a barque , Us trouvèrent peu de résistance, et firent un grand butin tant de prisonniers que d'armes et de mufitâoo* de guerre. Ceci ne serait pas

arrivé sans le secours que vint porter aux naufragés le navire sicilien dont nous avons parlé; car, vingt-quatre heures après, l'orage ayant cesse et la mer s'étant apaisée, les galères de Sicile , qui seraient venues à leur aide , eussent pu poser leurs éperons jusque sur recueil , et auraient enlevé à loisir chevaliers, soldats, chiourme, canons, munitions, cordages, voiles, palmantes, bref tout l'attirail, et il n'y edt eu de perdu que le corps des vaisseaux. »

LA PANTELLEEIE.

Description.

À cinquante milles à l'est -sud -est des Gjouâmer se présente à nous l'tle vulgairement appelée la Pantellerie : nous en pouvons approcher sans crainte, car la sonde accuse tout autour un brassiage de vingt, trente, cinquante mètres ; cependant , il faut prendre garda à un récif, caché sous neuf mètres d'eau , à un mille et quart vers le large , au sud-ouest de nie ; il n'est dangereux v au surplus, que par une mer houleuse, et l'on n'a guère de motif de passer bien près du rivage de ce côté-la.

* TOPOGBAPHIE GENERALE. — Du

nord-ouest au sud-est, qui est le sens de sa plus grande dimension , l'tle offre une longueur de douze milles; elle a sept milles de largeur moyenne, et environ trente milles de circuit. Sa ferme générale se rapproche de l'ellipse , mais les contours en sont extrêmement dentelés. À partir de ia pointe Monadone qui en forme l'extrémité septentrionale , on côtoie d'abord des falaises arides et rocheuses jusqu'à la baie qui porte le nom de Cala délie cinque denli, ainsi nommée des nombreuses découpures de la rive. Un peu plus loin est la Punta Serafina, à laquelle succèdent les deux baies appelées Cala Tramontana et Cala Levante, extrêmement pittoresques dans leur aspect , et que sépare une pointe à l'extrémité de laquelle surgit (comme on en voit aux tles Êoiiennes de fréquents exemples) un rocher isolé qui âève au-dessus des eaux une haute cime, pendant que sa base reste, jus*

L'UNIVERS

3u*à une grande prorondeur, détachée e l'île principale. Un îlot semblable est situe à l'extrémité sud-est de la Pantellerie , élevant son cône rocheux en face de la Punta délia Fineslra , ainsi appelée d'une ouverture qu'on y remarque à une hauteur considérable au-dessus des eaux ; et un autre rocher pareil surgit en face de la pointe Sataria, à l'extrémité ouest de l'île.

Après la pointe délia Finestra, on rencontre , au sud , la Cala Rotonda ; en général cependant , depuis la Cala Levante jusqu'à la pointe Nica> la plus avancée au sud-ouest , les côtes orientales et méridionales offrent des pentes escarpées et inaccessibles , percées à leur base de grottes très-fréquentées par les pigeons sauvages, surtout celles du rocher voisin de la pointe délia Finestra.

Sur les rivages occidentaux, au contraire, on trouve beaucoup de points d'un facile accès, avec des pentes assez douces et agréablement boisées : c'est là qu'on rencontre d'abord la pointe Sciarra, puis la pointe Sataria: et Ton arrive, ainsi au nord -ouest de l'île, où s'ouvre le port principal, entre les pointes de Santa-Croce et de San- Leonardo : c'est un petit havre, de cinq à six cents mètres d'ouverture, avec quatre à cinq mètres d'eau diminuant graduellement jusqu'à deux mètres et moins encore, à mesure qu'on approche du fond de la baie, où la ville est bâtie. Il offre un très-bon mouillage pour les petits bâtiments du pays, sauf le cas où il souffle un fort vent du nord-ouest, qui y produit alors un violent ressac. Les gros navires sont forcés de mouiller à deux milles au large, environ, par une trentaine de mètres d'eau, sur un fond de sable. Dans l'intérieur du port sont disséminées plusieurs têtes de roches perçant la surface de l'eau, qui laissent un passage d'une centaine de mètres de large et d une dizaine de mètres de profondeur, entre elles et une pointe aigitè projetée en avant de la rive orientale du bassin, et qu'il faut doubler pour arriver au débarcadère.

, Cette lie est formée par un groupe oe montagnes fort élevées, décharnées, d'un aspect sauvage , sillonnées de gorges et de ravins , affectant une forme très-irrégulière, et ne présentant de tous côtés qu'escarpements, coupures, précipices, grottes et excavations de toute espèce. Le point culminant, qui est vers le centre de l'Ile , mesure une hauteur absolue de six cent soixante-treize mètres au-dessus du niveau de la mer.

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