M. CC LXXXV
« En cette année, Thedisio D'Oria et TJgolin de Vivaldo avec (Guy) son frère, et quelques autres , tentèrent un voyage nouveau et inusité, celui de llnde par l'Occident; ils armèrent a leurs mis deux galères bien équipées, emmenèrent avec eux deux moines franciscains, et se mirent a ns en route pour l'Inde.
• Ces deux galères naviguèrent beaucoup; mais quand elles furent en la nier de Guinée, Tune d'elles se trouva sur un bas - fond q*e manière à ne pouvoir naviguer ni aller de Tavant; mais l'autre continua sa marche et fit route par cette mer jusqu'à une ville d'Ethiopie, appelée Mena, où ils furent pris et détenus par les cens de ladite ville, qui sont des chrétiens d'Ethiopie, soumis au Prêtre- Jean ; la ville elle-même est sur le littoral , auprès du fleuve Gion. Us furent si bien retenus,
3 d'aucun d'eux n'est jamais revenu e ces contrées. Voilà ce qu'a raconté
«le noble génois Antoniotto Usodi- « mare. »
Usodimare dit lui-même, dans la lettre qu'il écrivait de Lisbonne à ses
Îiréanciers, pendant les préparatifs de 'expédition où il découvrit les lies du cap Vert , que , dans son précédent voyage, il avait rencontré un homme de sa nation, rejeton de ceux qui montaient la gaJère de Vivaldo, perdue cent soixante et dix ans auparavant; lequel affirmait que* sauf lui-même, il ne restait plus personne de leur race.
Ainsi les Français, les Catalans, les Maures, les Génois, avaient, le long de la côte africaine , fravé la voie aux explorations qui ont fait ensuite la gloire du prince Henri- Lès historiens portugais contemporains, moins exclusifs à cet égard que les critiques modernes, laissent poindre quelques indices des navigations des autres peue es en ces mêmes parages: quand iego Affonso, arrivé au cap Blanc en 1446, y eut fait planter une grande croix de bois: «Ce (levait être, dit « Zurara , une grande surprise pour « quelqu'un d'autre royaume qui a"a- « venture passât en vue de. cette cote, « sans rien savoir des voyages de uos p navires eu cette région, d apercevoir « chez les Maures un pareil signal. »
Aveu précieux ♦ en ce qu'il constate à la fois que des étrangers visitaient ces naers, et qu'ils pouvaient ignorer encore les prouesses maritimes des Lusiades. > .
Les- navigations portugaises, unqs r Atlantique notaient d'abord en effet que les essais graduels d'un peuple novice dans la pratique de la mer, et préludant seulement aux glorieuses destinées que lui réservaient, dans un avenir prochain, ses efforts soutenus, son audace croissante, et ses progrès merveilleux dans cette même carrière.
Il en était encore aux cinglages journaliers d'un timide cabotage, quand ses devanciers voguaient hardiment au large pour se rendre en droiture à leur destination. Un prince éclairé, le roi Denis le Libéral , avait préparé l'éducation nautique et la future énaancipàtion maritime du Portugal , en enga-
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géant à son service d'habiles marins étrangers; par un traité passé, en 1317, avec le génois Emmanuel Pezagno, il s'était attaché celui-ci comme amiral héréditaire, avec charge expresse de fournir et tenir toujours au complet un état-major de vingt officiers génois
Sour le commandement et la conduite e ses galères. Aussi ne doit-on point s'étonner que les cartes italiennes du moyen âge nous offrent le tracé exact des' archipels des Açores, de Madère et des Canaries , bien avant les dates assignées par les Portugais à leurs découvertes.
Quant aux Açores, les jésuites Gaspard Fructuoso et Antoine Cordeyro , qui y étaient nés tous deux , et qui en ont écrit des histoires détaillées, et l'oratorien Joseph Freire, auteur d'une biographie de l'infant dom Henri, devenue classique, s'accordent à placer la découverte et la colonisation successive de ces tles, depuis l'année 1431 jusqu'en 1460; et c'est Gonçalve Velho Cabrai à qui l'on fait honneur de la rencontre des Formigas en 1431, et de la première reconnaissance de Sai n te- Marie le 16 août 1433, comme de Saint- Michel le 8 mai 1444.
Cependant la carte catalane de Gabriel de Valsecca, datée de 1439, et sur laquelle est figuré l'archipel entier des Açores, offre en cet endroit une légende portant que «ces îles furent « trouvées par Diegue de Séville, pilote « du roi de Portugal, en l'année 1427. » — Cette légende ne paraît point s'appliquer aux deux Iles extrêmes de Corvo et de Flores , mais seulement à la série de Saint-George, Fayal, Pico, Tercère, Saint- Michel et Sainte-Marie, inscrites sous des noms qu'on ne retrouve point ailleurs , savoir : illa de Sperta, Guatrila, ylla de Vlnferno, y lia de Fruydots, y lia de Osels, plus un nom effacé.
Le père Cordeyro a mentionné, au surplus, en ce gui concerne Saint-Michel, une tradition d'après laquelle un Grec, surpris à Cadiz par une tempête, vers l'année 1370, plus de soixante et dix ans avant la découverte portugaise, avait été emporté jusqu'à cette île,
3u'il résolut dès lors de coloniser et e se faire concéder; mais ayant voulu d'abord en éprouver le climat, il y revint avec beaucoup de bétail , le perdit presque aussitôt, et se désista en conséquence de son projet.
Il est certain que les cartes du quatorzième siècle, en remontant jusqu'au portulan médicéen de 1351 , nous offrent tout l'archipel des Açores dessiné avec précision et détail , et avec une remarquable exactitude dans le groupement des îles , sauf un défaut général d'orientation qui les aligne du nord au sud, au lien du nord-ouest au sudest. Le portulan médicéen ne donne point le nom de chacune des îles, mais il leur attribue, par groupe, une appellation commune, comme Insvte de Cabrera pour les deux îles de Sainte- Marie et Saint-Michel; Insuie de Ventura site de Colombù pour les trois îles de Saint-George , Faval et Piro ; et Insuie de Corvïs mariais, pour les deux îles de Corvo et Flores ; Tercère seule a sa dénomination propre de insula de Brazi. Mais les cartes ultérieures nous offrent une nomenclature complète, qui conserve sa physionomie italienne même sur les cartes catalanes de 1375 et de 1400, et qui se retrouve encore sur la carte d'André Bianco de 1436, bien que défigurée dans l'inhabile déchiffrement de Formaléoni.
Petite et ronde, Sainte-Marie apparut comme un œuf à ses premiers découvreurs, qui l'appelèrent en conséquence VUovo,YOvo,ou VObo suivant la lecture douteusement exacte de Formaléoni. Saint-Michel, qui leur offrit sans doute des troupeaux de chèvres , reçut d'eux le nom de Cabrera , Capraria, ou peut-être Chaprera , que Formaléoni a lu Chapesa.
Tercère , ou la troisième , que les Portugais appelaient auparavant île de Jésus ou du Bon Jésus , est fameuse par son nom primitif dy Insula de Brazil, où certains rêveurs croyaient trouver, comme dans celui &JntUia, la révélation de quelque notion anticipée de l'Amérique , tandis qu'il s'agissait uniquement ici d'un bois de
teinture qui abondait dans Me comme
il aboode sur la terre ferme du Brésil. L'fte du Pic offrit sans doute à ses déeojrreurs abondance de pigeons ku rages, si Ton en juge par la déno mwjtion d'insula de Colombis ou di CotonU, ou bien simplement il Cokmbi, inscrite sur les cartes du quatorzième et du commencement du quinzième siècle.
L*/ie Fa val, que ses forêts de hêtres oot fait ainsi appeler vers le milieu du quinzième siècle, avait été visitée plus <fun siècle auparavant, et peut-être la première de toutes, sous l'influence (Tuue tempête qui y conduisit accidentellement quelque vaisseau; c'est du moins ce que semble constater le nom qui lui fut primitivement donné, et qui K iit uniformément Insvla de yen* kra (m de la Ventura sur toutes les cartes anciennes, même sur celle de Bianco, disons-le hardiment, bien que la légèreté de Forma léo ni ait burlesquement transformé ï'entura en Bentifia, comme pour susciter à plaisir les élucubrations des étymologistes , qui ae se sont fait faute d'expliquer gravement par l'arabe la billevesée du libraire vénitien.
Saint-George garde encore sa dénomination originaire, San Zorzo, San Zorzi ou Sancto Zorzi, due sans doute au patron du jour où elle fut abordée pour la première fois.
Ce fut probablement l'abondance des lapins qui valut à l'Ile de Flores son nom primitif de // Coniyi, défiguré en Coriios par Pormaleoni. Enfin, Corvo, la plus éloignée des Açores, garde encore, sous cette forme, le nom que lui avaient donné les premiers découvreurs, lesquels, à raison du nombre d'oiseaux de cette espèce
S'ils y avaient rencontrés, l'appetttiJnsttla de Corvis marinis ou de Corel mariniy que Formaléoni a lu Corbo marinas sur la carte d'Andréa Bianco.
Graciosa ne parait sur aucune de ces cartes.
De l'archipel des Açores, passons à celui de Madère : nous aurons à faire, en ce qui le concerne des observations
tout à fait semblables, La rencontre fortuite de Porto Santo par Jean Gonçal\ez Zarco , ne date qi\e de 1418 au plus tôt; la reconnaissance qu'il fit ensuite de Madère est de Tannée 1420.
fiarros avait reçu de la famille de ce seigneur communication d'une relation détaillée de son entreprise ; mais une autre relation circonstanciée ea avait été écrite par François Alcaforado qui eu.it aussi du voyage, et celle-ci contenait l'aveu très-explicite des indications fournies d'avance aux Portugais, sur l'existence et In position de Madère , par un pilote espagnol qui les avait reçues de quelques naufragés anglais ; ces derniers avaient été les compagnons d'infortune de Robert Macnam qui , sous le règne d'Edouard III d'Angleterre (en 1344) , s'était embarqué à Bristol pour passer en France avec une jeune lady qu il avait enlevée: une tempête les poussa à Madère, où Macham perdit sa maltresse, et mourut lui-même de chagrin quelques jours après; ses compagnons ayant repris la mer, abordèrent en Afrique , et devenus esclaves des Maures, eurent pour compagnon de captivité le pilote sévillan Jean de Morales, qui plus tard devint le guide de Jean Gonçalvez.
Mais les cartes italiennes et catalanes du quatorzième siècle contiennent déjà le tracé de tout cet archipel, y compris le petit groupe des trois fies Dé*' sertes,et même celui des Iles Sauvages : et sur toutes uniformément la nomenclature est italienne , avec cette particularité digne de remarque, que les dénominations imposés au quinzième siècle par les Portugais en sont la reproduction pure et simple , ou la traduction littérale. Ainsi Porto Sancto nous est déjà offert par le portulan medicéen de 1 361 , et Ton y voit Madère avec le nom de Insula de lo Legname, qui a absolument la même signification que Iiha da Madeira en portugais.
Les Insuie Déserte se trouvent également sur Je portulan medicéen ; mais les Insuie Salvatge ou Salvaze ne commencent à paraître que sur la carte catalane de 1 875.
Quant à rarchipel des Canaries , les
^tfu
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grands historiens des navigations portnçaisesdu quinzième siècle n'avaient
E»nt dissimulé l'antériorité de l'étaissenient , en ces îles , des français conduits par Béthencourt , dont 1 infant dom Henri acquit les droits en 1428, en échange de certains domaines à Madère. Or, Béthencourt était parti de Normandie au commencement de 1403, avec le dessein arrêté daller conquérir les Canaries , ce qui suppose la connaissance déjà acquise de leur situation : bien mieux , il amenait de France* avec lui, des interprètes canariens! La chronique rédigée par ses aumôniers contient, en outre, plus d'une indication curieuse, oè l'on peut trouver la preuve que ces tles étaient déjà fréquentées par les Espagnols et les Français, et la confirmation des traditions et des témoignages qui nous sont fournis par d'autres sources, sur de précédentes expéditions.
Ainsi , il y est dit que l'Ile de Lancelot... « souloit estre moult peuplée « de gens; mais les Espaignols et au- «très corsaires de mer les ont par « maintes fois prins et menés en ser- « vaige, tant qu'ils sont demeurés peu « de gens; car quand monsieur de Bé- « thencourt y- arriva , ils n'estoient en- « viron que trois cents personnes. »
De ces maintes foU> une au -moins nous est racontée avec quelque détail par les historiens espagnols et canariens : c'est celte où les vaisseaux équipés à Sévi Ile par une association fermée en 1 890 sous le patronage du roi de Castilte Henri m , et à la tête de laquelle se trouvait Gonzatve Peraza , s'abattirent , en 1 398 , sur cette île, la pillèrent, et enlevèrent fè chef du pays avec sa femme et cent soixantedix de leurs sujets.
Mais t'est par des tempêtes et des naufrages que les vaisseaux d'Europe étaient surtout Jetés aux Canaries ; on raconte que le biscayen Ferdinand dH-tanèl, oomted'Urena, aborda ainsi en î78ê è Gomère , où i Wut bien accueilli** laissa "son aumônier pour instruire tes indigènes* dans la foi chrétienne vque lé navire de Francisco Ltopez vint naufrager le 8 juillet '1869
sur les cdtes de la grande Canarie ; que le biscayen Martin Ruiz d'Avendano fut poussé en 1877 àLanceiote, et y trouva l'hospitalité la plus gracieuse.
La perte du navire de Francisco Lopez a la grande Canarie avait laissé dans l'tle treize naufragés , qui y vécurent tranquillement pendant sept années, au bout desquelles ils furent massacrés par les indigènes, et Béthencourt , à son arrivée , trouva le testament qu'ils avaient écrit douze ans auparavant pour recommander à ceux qui viendraient après eux , de se méfier de la perfidie des insulaires.
Mais il y a mieux : la chronique française cite à plusieurs reprises la carte nautique de ces parages, soit à propos de la distance du cap de Bugeder au fleuve de l'Or, soit à propos de 111e de Palme. « plus grande qu'elle « ne se monstre en la carte. » Or, nous avons en effet cette carte ou ses analogues, qui, dès 1851, nous offrent un tracé exact des Canaries , précisément avec les noms qu'elles portent encore aujourd'hui; sauf Ténérife, qui a repris son nom indigène au lieu de celui d'Ile de l'Enfer, que son volcan lui avait fait donner par les découvreurs européens.
Aucune trace des Portugais ne se laisse apercevoir dans cet espace de
f>Ius de quatre-vingts années avant 'expédition de Gil Ëannes; mais remontons un peu plus haut : nous voyons en 1344 Louis d'Espagne , arrière-petit-fils d'Alphonse le Sage et de saint Louis, recevoir à Avignon, du pape Clément VI , l'investiture des Ues Canaries à titre de principauté héréditaire, et le saint-père écrire aux rois de France, de Sicile, d'Aragon, de Castille, de Portugal, au dauphin de Viennois, et au doge de Gênes, pour leur recommander de prêter au nouveau souverain l'appui de leurs finances et dé leurs forces navales. La réponse d'Alphonse IV de Portugal, datée du 12 février 1345, contient ce passage remarquable : « Considérant que ces « îles nous sont plus voisines qu'a aucun « autre prince, et qu'elles pourraient « être plus convenablement subjuguées
c par nous, nous y avons appliqué no- « ne pensée , et<voulant mettre à exé-
■ cution notre dessein, nous y avons «envoyé, pour examiner l'état du « pays , des cens à nous et quelques
• navires v oui , abordant à ces fies , y « ont enlevé de force des hommes , des
• animaux et autres objets, qu'ils ont,
■ a notre grande satisfaction, ramenés « dans nos États. »
Cest là une révélation importante , dont ^explication semble , au premier aspect , offrir quelque ebose d embarrassant : quoi ?.ces-mémes Portugais , si novices dans l'art de naviguer au commencement du quinzième siècle , auraient déjà fait des expéditions aux Canaries dans la première moitié du siècle précédent? — Non; il n'y a là qu'une équivoque dont l'explication est faeîle : le roi de Portugal avait envoyé des vaisseaux- aux Canaries, rien n'est plus vrai; mais ce n'étaient pas des marins portugais qui les avaient conduits , et c'est le cas de se souvenir que Gênes était en possession de fournir à LI$bonne l'amiral héréditaire de ses flottes , les capitaines et les patrons de ses-gatères. On a retrouvé dans les papier* du célèbre Boccace le récit «Tune expédition de deux navires et une allège , envoyés en effet par le roi de Portugal, de Lisbonne aux Canaries, en 1341 , quatre ans avant la réponse nu pape Cfêment VI ; cette expédition ramena en Portugal des hommes, des dépouilles d'animaux et d'autres objets, comme le déclare cette réponse; c'est donc là précisément l'expédition dont Alphonse IV parle au souverain pontife. Or la relation elle-même nous dit que les capitaines des navires étaient italiens : c'étaient le génois Nicolosso di Recco, et le florentin AngeJino del Tegghia dei Corbizzi. Au point de me de la politique l'expédition était portugaise, il serait puéril de le nier; mais au point de vue de la science ette était1 italienne, il ne serait pas moins puéril de le méconnaître.
Ce riVst pas tout. Dans sa lettre au pape, Alphonse IV ajoute encore :
• Mats quand nous songions à envoyer,
• potr Conquérir ces nés , notre flotte
« avec de nombreuses troupes de cava- « tiers et de fantassins , la guerre , ai- • lumée d'abord entre nous et le roi «de Castille, puis entre nous et les « rois sarrasins, s'opposa à notre pro- « jet. » Est-ee à dinf que lu naissance de cette guerre, qui éclata à la fin de 1336, vint à la traverse des préparatifs déjà résolus pour la conquête des îles? ou bien que les soins de fa guerre , qui après avoir depuis 1336 occupé Alphonse contre la Castille, l'occupèrent jusqu'en 1844 contre les Sarrasins , ne lui avaient pas .encore permis de mettre à exécution ses vues sur les Canaries? Ce dernier sens paraît beaucoup plus probable. A moins qu'on ne voulût expliquer les choses de telle manière qu Alphonse aurait envoyé en 1341 l'expédition d'exploration , après ..avoir été 'empêché en 1386* par la guerre, d'envoyer une expédition de conquête.
Dans tous les cas, la* date de 1336 signalerait Jes plus anciennes tentajiws essayées , voire projetées par le gouvernement portugais.
Or cette date même est primée par cède que les (historiens, des Canaries attribuent à l'arrivée en ees Iles d'un navire français qui y fut poussé par (a tempête; 'le. père Abreu paiindo doqt on vante ^exactitude , dit que cet événement se place entre les années 13£6 et 1834. {.
On serait tenté de rattacher à cette indication le nom de Lancelot Maloisei, qui nous est fourni par* la précieuse chronique de fiéthencourt, lorsque, racontant les événements arrivés en l'île Lancelote à 4a fin de Tannée 1409, elle nous offre ce passage : « Aucuns « jours après transmit G ad i fer de ses « gens pour quérir de l'orge , car nous « n'avions plus de pain si peu non ; si « assemblèrent grande quantité d'orge, « et le mirent dans un vieil chastel que «Lancelot Maloisel avait jadis tait « faire , selon que Ton dit* »
Ce personnage, dont la trace était déjà si vieille au temps de L'arrivée de Betacncourt, mérite d'autant plus d'exciter notre curiosité, que suivant toute apparence c'est de lui que tenait non nom 411c même où il avait jadis
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bâti son ancien château ; cette hypothèse devient même une certitude dès qu'on fait quelque attention à une particularité aVne de remarque et qui est trop longtemps restée inaperçue, à savoir, que tout à côté, ou dans un voisinage plus ou moins immédiat du nom bien connu iïlnsula di Lanciloto , Lansalot, ou Lansaroto, inscrit sur tous les portulans des quatorzième et quinzième siècles, sans exception, on aperçoit souvent cet autre nom, Maloxelo, Maloxeli, Maroaelo ou * MaroxellO) qui complète ainsi le nom entier de Lanciloto Maloxelo , forme italienne oui correspond incontestablement à la forme française Lancelot Maloisel.
Ainsi voilà bien , désigné par son nom , le premier Européen , à notre connaissance , qui ait usé du droit de découverte en ces parafes en donnant ce nom même à l'île ou il s'était établi; et la postérité a consacré son droit en maintenant cette dénomination.
Mais il est une circonstance à laquelle on n'a point encore assez pris carde, à laquelle on n'a point attaché "attention et l'importance qu'elle mérite : c'est que toutes les cartes des quatorzième et quinzième siècles, sans exception aussi , en donnant le tracé des Canaries, peignent constamment Lancelote d'argent à la croix de gueu- . les , c'est à-dire aux armes de Gènes. Or les armes d'un État, placées de cette manière sur une terre éloignée , constatent îrréfragablement un droit de possession officiel et reconnu , de la part de cet État, sur le pays ainsi estampillé de ses armes; et dans le cas actuel , ce droit de possession de Gènes sur Lancelote se trouve constaté, dès 1351, par le portulan médicéen que nous avons tant de fois invoque.
Et si l'on se demande à quelle date remonte ce droit de possession , Pétrarque nous répondra, avec l'autorité qui s'attache à un pareil témoignage , que cette date est fort ancienne ; car il nous dit, lui né en 1304, qu'une flotte 4e guerre génoise avait pénétré aux Canaries tout un âge d'homme avant
lui : « Eô siquidem, patrum memoriâ, « Januensium arma ta classis penetra- « vit. » Cela nous reporte assez loin dans le treizième siècle ; et s'il nous faut, pour préciser les idées, énoncer un millésime grossièrement approximatif, nous hasarderons , sans tirer à conséquence , le chiffre conjectural de Cette prise de possession génoise,
2ui remonte si haut, remplaça-t-elle onc le droit de découverte et d'occupation première de Lancelot Maloisel , dont le souvenir au moins, sinon la durée, est constaté et perpétué par les mêmes monuments géographiques où demeure stéréotypé aussi le droit de Gènes? Kt faudra -t- il faire remonter l'établissement de Loncelot plus haut encore que l'occupation génoise? — Nullement; car loin de s'exclure l'un l'autre, ces deux droits se confondent; ils se confondent, disons-nous, car Gênes est fondée à revendiquer le nom de Maloisel, soit ou'il revête sa forme italienne de Matocello ou MarocellOy soit qu'il prenne. la forme latine de Malocelïus ou Malus-Aucellus, soit qu'il conserve la forme primitive française sous laquelle il vint se nationaliser jadis dans lu Ligurie. Ouvrons les annales de Gênes, et depuis le commemernent du douzième sièclejusqu'à la fin du seizième nous verrons cette noble famille figurer sans interruption sur la liste des premiers magistrats de la république; son nom se retrouve dans les marchés par lesquels saint Louis nolisait des navires génois pour ses saintes expéditions d'outrt-mer; il se retrouve encore sur la liste des officiers commandant les galères génoises au service de France sous Philippe de Valois; le prénom même de Lanciloto ou Lanzaroto se rencontre parmi ceux qui étaient en usage dans cette famille distinguée, complètement éteinte aujourd'hui; et pour qu'iî ue puisse nous rester aucun doute sur la nationalité génoise du premier occupant de Lancelote, un portulan dresse en 1455 par le génois Barthélemi Parcto, porte, auprès de cette île 9 l'inscription que
voie, et que l'abbé Andrée avait incorrectement lue : Lansaroto Maroxello jaauensis. A quelle date exacte, à quel degré précis , dans le tableau généalogique de sa maison, doit prendre sa place ce Lancelot? Nous laissons au zèle érudit et patriotique des savants génois le soin de le découvrir dans la poussière de leurs archives et de leurs papiers de famille.
En définitive, c'est à des vaisseaux dcGé-es, et en particulier au noble Génois Lancelot Maloisel qu'est due rrxpédition européenne la plus ancienne que nous connaissions, vers les Canaries. Ce résultat ne doit point étonner; il y aurait lieu d'être surpris, su contraire, qu'il en etH été autrement: l'Italie fut l'institutrice de l'Europe au moyen âge, comme elle l'avait ete dans les temps antiques; et Gènes avait donné un immense développe-
nient à sa marine bien avant que les puissances occidentales eussent pu, de proche en proche, s'enhardir a son exemple jusqu'à tenter d'aventureuses navigations vers les parages inconnus de l'Océan. Lancelot Maloisel en allant aux Canaries; Tédisio Do ri a et les frères Vivaldi en cherchant la roule de l'Inde par la merde Guinée, devançaient leur siècle , comme Christophe Colomb étonnait et devançait le sien en Balançant à la découverte du nouveau monde.
Les Portugais furent moins précoces ; mais la renommée et la puissance les dédommagèrent amplement de leur tardive entrée dans la carrière; et leur part, réduite à ses justes limites, est encore assez belle dans l'histoire des découvertes, pour qu'ils n'aient, de ce côté, rien à envier aux autres nations.
sn.