‹ Iles de l'AfriqueChapitre 26 sur 82 · LES HABITANTS · texte numérisé non relu

LES HABITANTS

Caractère physique et moral.

La population des Açores doit naturellement présenter, dans son aspect extérieur, et sans doute aussi dans ses

Qualités morales , une sorte de fusion es éléments divers qui ont concouru à sa formation : les conquérants portugais , les colons flamands , les cultivateurs africains qui tour à tour y ont assis leur demeure, ont fourni i la masse commune des traits plus ou moins tranchés , qui ont dû influer d'une manière sensible sur les caractères généraux de la race née de leur* cohabitation. C'est ce que reconnaît en effet , au premier abord, l'observateur le moins attentif.

Au physique, les habitants des Açores sont très-supérieurs aux Portugais.

Les femmes ont le teint beaucoup plus clair, ou pour parler plus exactement, beaucoup moins jaune, avec des yeux et des cheveux ndirs; mais elles n'ont ni de jolis pieds ni de belle** formes. Elles sont renommées toutefois par leur fécondité , et il n'est pas rare de leur voir douze à quatorze ou quinze enfants. Quelques voyageurs portugais les ont représentées comme douées d'une grâce toute particulière, d'un air plein de dignité. « Je regret- « te , » dit un peu crûment le capitaine Boid , « de ne pouvoir adhérer * à ces clones, à moins que marcher « droite et roide, la tête enfoncée « dans un capuchon comme un ran- « tome accompagnant un enterre- « ment , ne paraisse un attribut spé- « cial de la dignité et de la grâce. * Les Açoréens sont en général forts et bien faits; leur figure est presque ovale , avec des pommettes un peu saillantes , des yeux noirs et brillants, une chevelure brune et fournie, le

L'UNIVERS

teint pâle et basané , surtout parmi les gens de la campagne , et une expression agréable de physionomie, ressemblant quelque peu a celle de leurs ancêtres mauresques.

Le portugais est leur langue , mais avec quelques variétés de dialecte dans certaines îles , et dans toutes un ton chantant césagréable.

Au moral, ils sont intelligents, très-laborieux quand ils se décident à travailler , paisibles , doux et polis ; le plus pauvre se montre toujours humain et hospitalier : dans toutes les cabanes, il y a pour les étrangers un lit propre que Ton rembourre, à Saint- Michel, avec la racine douce et soyeuse d'une sorte de fougère qui croît abondamment dans quelques parties de l'île.

Avec ces bonnes qualités , les Aço- .réens ont des défauts, qui tiennent, d'ailleurs, au système de gouvernement sous lequel ils ont vécu jusqu'à présent, bien plus qu'à leurs dispositions naturelles. Ils sont ignorants , superstitieux et bigots : les pénitences les plus rigoureuses , telles que les cilices, les ceintures armées de pointes, les pèlerinages à pied , sont souvent imposées par les confesseurs , ou volontairement pratiquées par les péuitents.

Distinction des diverses classes de la population.

Les gens des classes inférieures valent mieux que leurs frères de Portugal; on ne saurait leur reprocher, comme à ces derniers , d'être traîtres et vindicatifs , bien qu'ils n'hésitent pas à se servir du couteau lorsqu'ils y sont poussés par la colère. Ils sont enclins au larcin et le regardent presque comme un droit: aussi n'est-ce pas seulement pour mettre les plantations d'orangers à l'abri du vent que l'on a donné à leurs murs une si grande élévation; et un voyageur observe que les vergers ouverts de la France et de l'Allemagne rhénane seraient d'un pauvre revenu s'ils avaient pour voisins une race aussi portée au commu-

nisme que celle-ci. Cette habitude, et quelques autres particularités, les rapprochent beaucoup des lazzaroni de flapies, auxquels ils ressemblent en outre par la vivacité des gestes dont ils accompagnent leurs discours bruyants.

Ils sont généralement sobres; aussi les cabaretiers, pour les engager à boire , ont-ils soin de leur présenter d'abord une sorte de poisson salé trèsappétissant, accommodé avec une sauce fort connue sous le nom de Ungui cas , propre à exciter la soif, et dont ils sont très friands ; on les amène ainsi à boire chacun une à deux bonteilles de mauvais vin du pays , ce qui absorbe à peu près tout ce qu'ils gagnent.

Les femmes qui appartiennent à cette classe de la population sont obligées ici , comme presque partout , d'exécuter certains travaux qui semblent être au-dessus de leurs forces.

On est souvent surpris de la facilité avec laquelle elles portent des fardeaux énormes ; mais au>si elles perdent bientôt tous les attraits de leur sexe , elles se rident , deviennent effroyablement laides, et infirmes de bonne heure. RI les sont du reste trèsindustrieuses . et les paysannes, comme celles de nos campagnes, travaillent à 1a terre avec leurs maris.

Le costume des uns et des autres , bien qu'un peu différent entre les diverses îles , se rapproche en général des formes européennes. La coiffure appelée Carapuça, avec sa longue visière, ses deux cornes relevées et pointues, et son large couvre-nuque, est une des choses les plus singulières de ces Iles. Dans tu ut es les saisons on porte le manteau : c'est un aiticle si important pour la considération personnelle, que Ton voit souvent un paysan différer son mariage jusqu'à ce qu'il soit assez riche pour acheter cette pièce essentielle de sou costume* On rencontre rarement une femme , même des classes inférieures, qui n'ait, avec de grandes boucles d'oreilles, un collier pesant auquel est suspendu un crucitix ou une image de la Vierge , et ces bijoux sont toujours eu

or. Après s'en être parées pendant leur vie , les femmes qui ne comptent pas beaucoup sur d'autres économies, destinent le prix de ces objets à payer la pompe de leurs obsèques ; chose' de la plus haute importance pour un habitant des Açores. Du reste, ces insulaires sont généralement tiès-sales , presque toujours couverts de vermine, et sujets , par suite , aux éruptions cutanées , particulièrement à la gale.

Les classes moyennes , celles qui se livrent à l'industrie ou au commerce, ne constituent point ici, comme dans certains États du continent , la partie la plus morale de la population ; elles ne ressemblent même aux classes commerçantes et industrieuses de l'Europe que 'par leurs défauts et leurs vices.

Leur ignorance est excessive; le jeu forme pour ainsi dire leur seule occupation , et l'honnêteté n'est pas tontours suffisamment observée dans leurs relations d'affaires.

Quant aux classes supérieures, qui se composent des Morgados et de la noblesse du pays , c'est une race vaniteuse et tyran nique qui fait peser sur ceux qui dépendent d'elle le même despotisme dont elle a à souffrir de la part du gouvernement. Ces gens sont néanmoins charitables pour les pauvres, bons et affectueux envers les étrangers, d'un caractère conciliant, quoique orgueilleux à l'excès, avides d'ostentation i et affectant un luxe et une opulence souvent bien au-dessus de leurs revenus. Leur état d'abjection intellectuelle et morale n'est que trop frappant : ils ignorent à peu près complètement la situation politique, et Sresque l'existence des autres nations u monde. Après avoir passé leur journée dans la paresse et l'oisiveté, ils s'assemblent tour à tour les uns chez les autres pour jouer.

Leurs femmes n'ont aucune instruction, et ne possèdent guère d'autre talent que celui de la musique, qui est fort répandu , et dans lequel elles acquièrent quelquefois une remarquable habileté. Leur conversation est nulle, et leurs jours s'écoulent dans l' isolement et l'indolence. Elles ne sortent

que pour se rendre à l'église ou à quelque invitation, toujours accompagnées de leurs frères ou de leur pore.

Elles sont peu agréables de manières, bien qu'elles aient un fon 1s d aménité et de douceur qui , développé par l'éducation , en pourrait faire d'aimables compagnes dans la vie domestique et dans la vie sociale.

Leur seule occupation est de manger, boire, dormir aussi longtemps aue possible, ou de s'ac<:roupir les jambes croisées, derrière les treillages de leurs balcons pour voir ce qui se fait au dehors, sans autre société que celle de leurs servantes , qu'elles emploient à recueillir toute espèce de nouvelles sur leurs voisins ou leurs connaissances , distraction assortie à leur esprit trivial et à leur genre de vie. Elles sont passionnées pour la danse et pour la toilette ; mais bien

3ue les articles de modes leur viennent e France ou d'Angleterre, elles offrent dans leur mise aussi peu de goût que de propreté. Une des pièces indispensables de leur costume est un grand manteau de drap bleu ou de soie noire avec un vaste capuchon que l'on ferme si bien par-devant , qu'il ne laisse apercevoir qu'une petite portion du haut du visage.

Cependant depuis quelques années les relations que les événements politiques ont procurées aux A coréens des hautes classes avec les étrangers , ont grandement contribué à leur émancipation intellectuelle, et le Morgado tend chaque jour davantage à se rapprocher, par ses manières, des Anglais et des Français de même condition.

Nourriture, hMtations, manière de vivre.

Les paysans et le bas peuple des Tilles se nourrissent surtout d'ignames, de calebasses, de lupin , qu'ils accommodent à l'huile et au vinaigre, de poisson, et d'un p;iin de maïs assez grossier. Ils ne mangent jamais d'autre viande que celle de porc, et encore est-ce très-rarement, parce que si le paysan parvient à posséder un

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porc, il en destine le prix de vente à l'acquittement d'une partie de son fermage ; c'est , à cet égard , une de ses plus grandes ressources , attendu qu'il ne lui en coûte presque rien pour nourrir Tanimal.

Du reste les denrées sont à assez bas prix dans les villes; quelques détails nous sont donnés a ce sujet par le docteur Bullar , auteur tfun Hiver aux Açores. Malgré les désavantages de la saison , le prix courant, à Villa- Franca, en l'île Saint-Michel, se trouvait établi ainsi qu'il suit : les poulets, 60 centimes ; les canards, 1 fr. 85 c; le pain, 20 cent, la livre; le jambon, 40 cent, la livre; les œufs, trois à quatre pour 10 cent.; le lait, 40 cent, la pinte (un peu plus d'un litre) ; le beurre , t fr. 16 c. la livre; un poisson de la grosseur d'une truite de deux livres , 30 à 40 c. selon le marché ; 20 c. la bouteille de vin commun du pays: ce vin est à peine potable; mais on peut faire venir du Fayal, pour une bagatelle , du vin doux' ou Passado.

Le mode de construction adopté aux Açores pour les habitations est à peu près semblable à celui du Portugal, Extérieurement les villes et les villages semblent aussi régulièrement que proprement bâtis, et lorsqu'on les voit de la mer avec leurs églises et leurs couvents , ils présentent généralement un aspect vraiment pittoresque ; mais l'illusion se dissipe aussitôt que l'on y pénètre. De même que dans presque toutes les villes du Midi, les rues en sont mal pavées, toujours sales , et très-étroites afin de se garantir autant que possible des ardeurs du soleil. Les maisons sout

Sri nci paiement bâties en lave ; elles ont eux et trois étages, et des murs. ex traordinai renient épais dans lé but d'opposer une plus grande résistance aux secousses des tremblements de terre. Lesétables, les magasins, les boutiques, occupent invariablement le rez-de-chaussée; au-dessus sont les appartements des maîtres, qui, sous le climat chaud de l'archipel et par cela même, sont infectés, d'un

bout de l'année jusqu'à l'autre , surtout en été , des odeurs les plus nauséabondes , des insectes les plus dégoûtants. Toutes les maisons ont des varandas ou balcons garnis de treillages, que les Portugais ont hérités des Maures , et dont le caractère oriental est moins altéré ici que dans la mère patrie.

Le défaut de comfort dans ces habitations devait naturellement frapper les voyageurs anglais qui nous les ont décrites.

Cependant les habitants des points les plus fréquentés par les européens paraissent avoir apporté , depuis une vingtaine d'années, de grandes modifications dans leur manière de vivre.

Déjà en 1820 l'américain Webster remarquait que l'usage des carreaux de vitre et des chaises venait de s'introduire à Saint-Michel, que les maisons étaient plus propres, les meubles moins massifs et plus élégants ; mais on ne voyait encore, comme véhicules, que quelques grossiers cabriolets , et partout on observait une préférence marquée pour les choses brillantes et bizarres. Des fresques quelquefois assez belles couvraient les murs des appartements dans les maisons les plus modernes, et Ton \ oyait certains individus dépenser quelquefois plus de 10,000 francs pour décorer ainsi une pièce dune grandeur ordinaire.

Mais les vieux usages prévalent encore d.ms les basses classes. Les habitations du peuple ne sont que des cabanes , construites en pierre ou en terre et couvertes en chaume ; Tintérieur n'est guère divisé que par quelques nattes qui descendent du toit.

La cuisine est souvent dans une cabane séparée, dont la porte seule offre tirre issue à la fumée. On y voit peu de vases en fer , mais une poterie grossière de fabrication indigène. Les paysans mangent habituellement avec leurs doigts. Les lits sont Je plus ordinairement faits de feuilles de maïs , que l'on dessèche et que l'on passe ensuite une à une sur les dents d'un peigne.

Statistique. pour vous, vous faire une faveur, qui

. , ne se répétera qu'autant que vous la

Quant au nombre, la population de reconnaîtrez en le saluant partout où

Parchipel des Açores n'est pas , et n a V0U8 je rencontrerez , et en lui faisant

jamais été en rapport avec retendue en outre , ^àn* l'occasion, quelques

du sol. présents.

D'après les données recueillies par Des amis, même intimes, se visite docteur Webster, cette population ^^ rarement sans en réclamer d'àétait, en 1821, au-dessous de deux j^^ l'autorisation par un message cent mille âmes; dix ans après, le exprès, par exemple: « Madame X... capitaine anglais Boid en élève le total , envoie faire ses compliments à raaà 350,000 âmes ainsi réparties : « <}ame z..., et lui demande la per-

Sainte-Marie 5,500 âmes. « mission de venir se mettre à ses

Saint-Michel 1 10,000 « pieds cette après-midi. » A quoi il est

Tercère 40,000 répondu : « Dites à madame X... que

Graciosa 12,000 « la maison et le cœur sont à ses or-

Saint-George 20,000 « dres. » On guette alors l'arrivée de

Le Fayal 22,600 la visiteuse ; le maître de la maison

Le Pic 30,000 va la recevoir à la porte de la rue et

Flores 0,000 la conduit par la main jusqu'au sofa

Corvo 900 qui lui est exclusivement réservé dans

Tntii 9cft Aon w* ,e salon ; la dame du. loais prend un

Total . . . 250,000 âmes. giége ^ ya ^ placer ft ga j^^ tand jg

On ne peut guère s'expliquer un que ies autres membres de la famille

accroissement aussi considérable qu'en 6e rangent à la gauche. La toilette est

admettant, ou que le docteur Webster assortie à ces habitudes cérémonieu-

était resté au-dessous de la vérité , ou seS) et |a pjus grande tenue est presque

que I'augnientation constatée par le de rigueur.

capitaine Boid était due en majeure D'après cela, on ne doit point être

partie à une population flottante gros- surpris de la froideur glacée des réu-

sie par les intérêts politiques qui se moQS ou ies femmes d'un côté, tes

débattaient sur ce théâtre à l'époque hommes de l'autre , restent assis une

du séjour de cet officier. Peut être soirée entière presque sans se parier.

aussi y a-t-il dans le chiffre donné Les étrangers s'amusent d'abord de

par le capitaine Boid quelque exagéra- CPS bizarres manières, et en sont bien-

tion ou quelque incertitude. Il ajoute tôt excédés; aussi ceux qui s'établis-

que cette population est à peine le gem aux Açores ne voient-ils guère

sixième de celle que les Açores pour- qUe jeur8 compatriotes , autant du

raient nourrir si 1 on mettait en valeur moins qu'ils le peuvent sans risquer

les immenses terrains qui sont de- <ie se fajre des ennemis, meures incultes jusqu'à ce jour. Nous Leg présents que l'on doit faire à

avons déjà dit quelles causes ont em- certaines époques de l'année forment

péché les défrichements dans l'iuté- un article important de la politesse,

rieur des tles. et personne ne se permet d'y manquer.

. C'est à Noël qu'on doit avoir cette at-

Mceurs et coutumes. tention pour le boucher, le cordon-

Les Açoréens surpassent tous les nier, la -blanchisseuse; à Pâques, on

autres peuples sur l'article du cérémo- envoie à son médecin des fruits, des

niai; du plus riche au plus pauvre, confitures, des cochons de lait; au

nul ne néglige de vous saluer en pas- mardi gras, autres présents. Ceux

sant nul ne vous pardonnerait de ne qu'on offre aux personnes en place sont

sas loi rendre le salut. Le tailleur , le souvent d'un grand prix, et ne dispen*

cordonnier , ou tel autre ouvrier que sent pas d'en faire à chacun de leurs

roi» employez , croit, en travaillant domestiques*

L'UNIVERS

Les mariages se font sans beaucoup d'égard à l'Age respectif des parties contractantes : tantôt la femme a douze ans et le mari seize, tantôt il y a quarante ans de distance entre les deux époux. Une fille est rarement consultée sur son établissement : c'est à son père que s'adresse l'homme qui la recherche, et le père a souvent conclu tous les arrangements avant d'en parler à sa fille, qui ne refuse presque jamais de lui obéir. Mais un amant re?

buté par le père écrit à sa maîtresse , et la fait aisément consentir à se laisser conduire dans la maison d'une parente ou d'une amie, chez qui son père ne pourra la reprendre. Si cette mesure n'est pas praticable, l'amant obtient de sa maîtresse un écrit où elle déclare qu'elle veut l'épouser ; il porte cette déclaration au corrégidor , qui enjoint au père de donner son consentement, fait conduire la fille à l'église et nomme un prêtre pour Ja cérémonie. Peu de jours après, le père pardonne à sa fille et la reçoit dans sa maison.

Tous les mariages se célèbrent le matin et sont signalés par quatre jours de réjouissances. La femme , après le mariage, garde le nom quelle portait auparavant.

Amusements et fêtes.

Le jeu , les cérémonies religieuses ou militaires , tout ce qui peut amuser et distraire, est ardemment recherché par les A coréens. Ils sont passionnés pour la musique, depuis le paysan qui s'accompagne sur la guitare, jusqu'aux filles de Morgados qui, ne sachant quelquefois ni lire ni écrire, n'en déploient pas moins un grand talent sur le piano. Les femmes raffolent de la danse, surtout de la landau , qui est propre au pays et dont l'air et les figures ressemblent à ceux du boléro espagnol : elle a pénétré jusque dans les hautes classes, et forme le complément obligé de toutes les soirées, où du reste nos quadrilles sont également dansés.

On célèbre tous les ans , de Pâques

à la Pentecôte, une fête placée, à cause de ce dernier jour , sous Pinvocation du Saint-Esprit. Dans chaque paroisse , en effet , à la Pentecôte précédente , a été élu par la voie du sort, entre un certain nombre de candidats désignés par leurs concitoyens , un empereur* dont l'intronisation est célébrée seulement à Pâques; alors, pendant la grand'messe, le prêtre lui met à la main un sceptre bénit et sur la tête une couronne d'argent.

Il assiste au service divin a<sis sous un dais ; il est ensuite reconduit par tout le peuple, qui sème des fleurs sur son passage, et auquel, de son côté, il distribue avec son sceptre force bénédictions, jusqu'à un petit bâtiment ouvert, en pierres brutes, construit tout exprès pour cela dans chaque paroisse , et qui est appelé o theatro do Imperador, le théâtre de l'empereur; là , il siège en forme, environné de ses amis , devant une table sur laquelle il reçoit de pieux tributs de pain, de vin, d'œufs, de volailles, de viandes, qu'il bénit et distribue aux pauvres. L'empereur se retire ensuite avec son entourage, dans sa propre cabane, qu'on a eu le soin de réparer à neuf, de badigeonner et d'orner de branchages et de fleurs , et dans laquelle toute la compagnie reste à festiner, à exécuter divers jeux rustiques, à jouer de la guitare et à danser jusqu à la nuit.

La cérémonie se répète ainsi , chaque dimanche , durant les sept semaii.es, et rien n'égale l'émulation qu'elle excite parmi ceux qui sont appelés à y jouer le principal rôle; il n'est pas rare de les voir mettre en gage ou vendre le peu qu'ils possèdent pour exercer selon leurs désirs l'hospitalité qu'ils doivent pratiquer pendant toute la durée de leur règne , alors qu'ils sont obligés d'avoir table ouverte pour tous leurs amis. A l'expiration des sept semaines , la couronne et le sceptre sont rendus à l'église paroissiale, et restent déposés sur un plat d'argent jusqu'à l'an née suivante; et l'on élit incontinent un nouvel empereur, dont la maison, jusqu'à la Pâque prochaine, devient, tous les dimanches,

le Keu d'assemblée du village , le théâtre de la danse et des amusements.

Religion et culte.

La religion professée aux Açores est celle de la mère patrie , c'est-àdire la religion catholique romaine, mais avec une bigoterie superstitieuse qui étonne tes Portugais eux-mêmes.

Un évéché a été institué en 1534, à Àn^ra, capitale de tout l'archipel.

L'Etat pourvoit aux dépenses du clergé et de T Église; elles ne forment guère moins d'un tiers des dépenses totales, bien qu'elles ne s'élèvent pas au quart des dîmes payées au gouvernement, et dont le clergé jouissait autrefois exclusivement.

Le clergé àes Açores était jadis puissant et nombreux; les Franciscains et les Dominicains y possédaient des couvents riches et multipliés; les plaisirs mondains n'en étaient point bannis , tant s'en faut , et le carnaval y était fréquemment signalé par de honteux excès; les monastères de femmes étaient accessibles aux jeunes gens avec tout le cynisme des maisons de joie. Cette conduite scandaleuse appela, en 183*2, l'attention de l'empereur don Pedro, qui ferma les couvents, sécularisa les moines, et plaça l'Église dans les mêmes conditions que les autres services publics. Les pratiques extérieures du culte ont, du reste , peu souffert de ce nouveau régime; elles prennent une place trop importante dans la vie des A coréens pour que nous n'entrions pai , à ce sujet, dans quelques détails.

Les austérités du carême se rachètent publiquement, comme au surplus dans beaucoup de pays catholiques, moyennant un prix déterminé et gradue suivant l'étendue de la dispense , constatée par une bulle imprimée, dûment paraphée et scellée, qui devient le titre exprès des privilèges du possesseur ; celle qui permet seulement l'usage du beurre, des œufs et du fromage ne coûte que cent reis ou soixante de nos centimes. Nul ne néglige de se munir de cette pièce indis-

{>ensable , car aucun prêtre ne donne 'absolution qu'après s'être fait représenter , par son pénitent, l'exemplaire de la. bulle dont il a dû se pourvoir.

Les plus brillantes cérémonies du culte ont presque toutes lieu dans le carême. Les images que l'on promène dans les rues sont surchargées d'ornements et de bijoux en argent , en or , en diamants, en perles et pierres précieuses. Le docteur Webster a vu , à Saint-Michel , un crucifix de bois couvert de pierreries pour une valeur que l'on estimait à plus d'un million de contos de reis, ou six millions de francs.

C'est par les yeux, surtout, que le clergé s étudie à faire impression sur l'esprit des fidèles. Le vendredi saint, l'orateur chrétien chargé de prêcher la Passion , déploiera devant ses auditeurs un mouchoir empreint d'une figure sanglante et représentant le saint suaire. Puis, dans une procession solennelle, on verra figurer les divers personnages de ce drame tout entier, avec les instruments du sup-

Ïm'ce du Sauveur . et des suaires à 'empreinte sanglante seront confiés à des enfants pour les montrer par intervalles en criant : Ecce fiomo. El le dimanche de la résurrection, on verra dans l'église une figure monter vers la voûte et disparaître derrière un rideau pour représenter le retour au ciel du Dteu fait homme.

Maladies.

La vie indolente des Açoréens et leur amour des plaisirs sensuels les ex posent à plusieurs maladies organiques; la dyspepsie et l'hydropisie en enlèvent un grand nombre. Il y a peu de fièvres et de maladies inflammatoires, mais beaucoup d'affections cutanées , dues principalement à la malpropreté, et toujours mal soignées , parce que le peuple se persuade que l'application des remèdes serait dangereuse. Les sources thermales que possèdent quelques-unes des îles leur offriraient des ressources précieuses pour se guérir , mais ils ne savent ni ne veulent en

ss

profiter. Aux maladies psoriques, trèscommunes dans la classe pauvre , se joint quelquefois une sorte de lèpre , et même une véritable éléphantiasis.

La dyssenterie et le choléra ne sont point rares, dît-on, à l'époque des vendanges; mais on assure qu'on les guérit facilement en prenant, à la . température la plus élevée que Ton puisse supporter , un mélange d'eau , de vinaigre et de sucre.

Industrie et commerce.

Les Açores n'ont pas d'industrie manufacturière, car on ne peut donner ce nom à la fabrication isolée de quelques articles de première nécessité.

Dans les intervalles de repos que leur laissent les travaux agricoles , les femmes filent au fuseau le lin et le chanvre récoltés sur les lieux , et en font de la toile commune en assez grande quantité pour qu'elle Ggure au nombre des articles d'exportation.

Elles tissent aussi de grosses étoffes de laine avec la matière première que donnent les troupeaux indigènes. Le paysan tanne et prépare lui-même le cuir dont il a besoin ; il fabrique la poterie qui lui est nécessaire avec une argile plastique fournie par Sainte- Marie.

L'industrie agricole n'existe en réalité qu'au Fayal, parmi les descendants de ces colons flamands qui y transportèrent jadis les méthodes perfectionnées de la Flandre. Le reste de la population açoréenne se borne à suivre , dans ses cultures , les routines traditionnelles de la mère patrie.

Cependant , ces fies trouvent , dans la surabondance des productions du sol , un retour plus que suffisant des produits manufacturés qu'elles demandent à l'industrie étrangère , à laquelle elle offre ses oranges , ses vins , ses céréales et quelques autres denrées.

L'Angleterre vient y chercher envi- . ron cent vingt mille caisses d'oranges, deux mille pipes de vin et d'eau-devie , une certaine quantité d'orseille , en échange desquels elle donne des lainages, de la quincaillerie, des .ar-

ticles d'habillement de tous genres , de la papeterie , etc. Hambourg et la Russie y apportent de la poix, du fer , du verre, des cordages, et v prennent quatorze mille caisses d'oranges et six mille pipes de vin et d'eau-devie.

Au Portugal les Açores donnent surtout des vivres, une grande quantité de grains et de légumes (indépendamment de ceux qui servent au payement des rentes des propriétaires non résidants), du porc, du bœuf salé , du fromage et de la toile , commerce que l'on paye avec de la cbaux , du sel, du thé, des images, des crucifix, des indulgences , des dispenses et des reliques, ces cinq derniers articles se vendant publiquement dans les boutiques à des prix exorbitants.

Les Etats-Unis demandent, en échange de leurs douves, poisson, huile , graine de lin, goudron et bois, quatre mille pipes de vin , deux cents d'eau -de-vie, et douze mille caisses d'oranges.

Quant au Brésil, il donne du rhum, du café, du sucre, du coton, des bois, et les retours consistent en cinq mille pipes de vin et mille d'eau-devie, environ douze mille mètres de toile, des légumes de toute espèce, et quelques autres articles de moindre valeur.

Ce commerce emploie , chaque année , huit à neuf cents bâtiments d'un très- petit tonnage, à cause de l'absence de ports, ou d'ancrages qui puissent en tenir lieu. Les inconvénients des rades sont tels, que les navires sont presque toujours obligés de s'éloigner dès que le vent souffle du large , avant d'avoir complété la moitié de leur chargement qui , n'étant quelquefois composé que de marchandises faciles à altérer, est souvent perdu lorsque le navire revient pour l'achever.

On a souvent dit , et les écrivains portugais les premiers , que les Açores possédaient six ports de commerce : Horta, dans 1 île de Fayal ; Velias , à Saint-George ; Angra et Praya, àTercère; Porta Delgada et

rdla-Franca , h Saint-Michel; mais «s prétendus ports ne sont que des rades ouvertes , où Ton est exposé à •.eus les dangers et à tous les ineonroients que nous venons de signaler, sauf cependant celles de Horta et de Yîlia-Franca , dont la première est abritée par les tles voisines Saint- George et le Pic ; la seconde , par le soumet <Tun ancien cratère volcani-

Îie, désigné par le simple appellatif liheo; I une et l'autre pourraient , moyennant les dépenses nécessaires , devenir de beaux ports pour les navires de toute espèce. Si cela s'exécutait jimais, les Açores en retireraient de grands avantages commerciaux, la * mère patrie un accroissement notable de revenus, et cet archipel acquerrait en même temps une tout autre importance politique.

Gouvernement, administration civile et militaire y revenus et dépenses.

Les Açores , comme les autres colonies du Portugal , sont gouvernées par un fonctionnaire militaire qui prend le titre de capitaine général des Açores, Bien qu'il puisse être maintenu dans ses fonctions aussi longtemps qu'il platt au gouvernement , il n'est en principe nommé que pour trois ans , ce qui explique l'es-

Prit de rapacité et de concussion que on a trop souvent reproché à ces fonctionnaires. Ce gouverneur a sous ses ordres deux commandants secondaires nommés par le pouvoir royal et placés a la tête des deux arrondissements qui, arecjeJui que dirige personnellement le capitaine çénéral , forment les trois grandes divisions . politiques de l'archipel. Ces trois divisions sont : 1° l'arrondissement du Midi embrassant Tercère, Saint George et Gracieuse, et ayant pour chef- lieu Angra , capitale'de tout l'archipel et résidence du capitaine général ; 2° l'arrondissement de l'Ouest comprenant le Faval, le Pic, Flores et Corvo , avec ttorta pour cfaef-lieu ; 3° l'arrondissement de l'Est qui comprend les îles Sainte-Marie et

Saint-Michel , et dont le cheMieu est Ponta-Delgada.

Les fies autres que celles où résident ces trois fonctionnaires principaux , sont elles-mêmes sous l'autorité de commandants particuliers nommés par le capitaine général. A la suite des derniers événements politiques dont les Açores ont été le théâtre, les attributions de ces fonctionnaires ont été singulièrement modifiées. Jadis le pouvoir du gouverneur général était incontestablement moins contrôlé qae celui du roi ou de la reine, ses prérogatives plus grandes. Il jouissait de la puissance suprême sur tous les fonctionnaires municipaux et les autorités judiciaires , sur les fi nonces , l'agriculture, le commerce et la navigation, outre qu'il commandait en chef les forces militaires , ce qui , ajoutant encore à son influence, rendait inutile toute résistance à ses ordres, quelque tyranniques qu'ils fussent. Quant aux gouverneurs subalternes , ignorants, grossiers , ils ne voyaient dans leur position qu'un moyen de satisfaire leurs mauvaises passions, fût-ce en recourant à la force brutale.

L'administration civile est confiée , dans chaque arrondissement, à un corrégid/oty nommé de la même manière et pour le même temps que le gouverneur.

Les arrondissements sont divisés en districts , à la tête de chacun desquels se trouve un conseil de six membres, y compris le juge du district qui jeu

firéside les assemblées : celles-ci ont ieu deux fois par semaine; leur principal objet est la police du pays.

Le siège principal du gouvernement, soit militaire, soit civil, soit ecclésiastique, a été placé avec raison à Ancra dans l'île Tercère , à cause de la forée naturelle de cette île et de la facilité avec laquelle elle peut repousser les attaques de l'extérieur.

Les revenus des Açores et les dépenses auxquelles donne lieu leur administration , sont en rapport, avec, le peu d'importance qu'on leur a attribuée jusqu'à ce jour , avec l'état d'à*

#0 L'UMVERS.

bandon et d'inertie dans lequel elles il. description paiticuliàhe

végètent depuis si longtemps. Cepen- DES ILES. dant , et tels qu'ils sont , ces revenus

laissent entrevoir ce qu'ils pourraient Après avoir décrit d'une manière être si on mettait à profit les ressour- générale l'archipel des Açores dans ces de tous genres que possède cha- son ensemble, il convient de passer cune des tles de l'archipel. Voici un en revue successivement, et une à aperçu de l'ensemble de leur budget une, les divers' s tles qui le compoextrait de Pouvrage du capitaine Boid. sent , afin de signaler ce que chacune Recette» d'elles offre de spécialement remarquable. Dans quel ordre procéderons- Dîmes ' ,823,000 fr. nous à cet examen : est-ce d'après le

Douanes. . • • • • • 660,000 degré d'importance relative , ou sui-

Droit sur le sel et sur vant |eur rang chronologique de dé-

les mutations de pro- couverte et de colonisation -, ou bien,

priétés...... 240,000 préférant un mode de classification

Droits sur les livres et . pnr groupes, choisirons-nous la réparle papier. •••.••• 84,000 tition naturelle qui les agglomère sur

Taxes Sur la viande et trois points distincts et bien espacés,

sur le revenu des mai* ou |es indications ethnologiques dans

sons ..... . . ....... 180,000 lesquelles il faudra discerner les îles

Taxe sur le tabac, le sa- flamandes des îles portugaises, ou rn-

▼on et 1 orsciiie. . . .. 660,000 fin jPS circonscriptions politiques, dont

Total.... 51,147. 000 fr. les trois sections ne repondent ni au

■ groupement naturel des îles , ni aux

Dépenses. affinités originelles des habitants?

Appointements du ca- Nous opterons pour ce dernier parti,

pitaine général et des Parur« <i,,€ l'organisation politique , en

gouverneurs 30,000 fr. établissant une. hierarehie dans laquelle

Église et clergé 480,000 se trouvent échelonnés , a divers de- Magistrature! 50,500 *rév ,fS j>ouy,0,r* T re5,e4nl !a d/"

Administrations finan- pendançe des îles a 1 égard des chefs-

gj^g 27 Qoo lieux d arrondissement , et celle des

Armée 540 000 chefs- lieux d'arrondissement à l'égard

Instruction pubUaueV.'. 1^500 . d'"ne ™?^* unique, trace d'elle-

r n ■ même 1 arrangement le plus com-

Total. . . 1,1 47.000 fr. mode que nous puissions suivre pour

Excédant des revenus coordonner ces membres épars d'un

sur les dépenses 2,000,0P0 fr. 8eul corps, dont la tête est à Tercèrc,

" et les bras au Fayal et à Saint -Mi-

A cet excédant de deux millions de chel.

francs qui rentre chaque année dans ., . . ,-. ..

les caisses de la mère patrie, il faut arrondissement du Midi.

joindre les revenus des anciens biens --..i.-

du clergé, qui ont fait retour à l'État, tebcehb.

et qui donnent un autre excédant à Située vers le milieu de l'archipel

peu près aussi fort que le premier, des Açores, Tercère offre à peu près

déduction faite des rentes viagères ac- la forme d'un parallélogramme de 20

cordées aux moines et aux religieuses milles de long sur 12 milles de large,

sécularisés. Ainsi le Portugal retire dirigé de Toues ta Test, entre la pointe

annuellement des Açores une somme Serretta, dont la position est fixée par

d'au moins quatre millions de francs. 38° 4«f de latitude septentrionale. 29°

42* de longitude occidentale comptée du méridien de Paris ; et la pointe

tfalmeranda. qui se projette par 38* tf de latitude , et 29* 22' de longitade.

Le sol en est montagneux, surtout dans la partie centrale, où les hauteurs prennent le nom de Bagacina , se continuant à l'ouest sous le nom de Serrrtta, jusqu'à l'extrémité la plus occidentale de Me. Des pentes assez douces descendent vers le midi , tandis qu'au nord la côte ne présente que des rocs verticaux et anfractueux, dont les plus remarquables sont celui ds Peneireiro ou du Tamisier, et le Queimado ou Brûlé.

Les traces de Faction volcanique sr montrent de toutes parts : sur plusieurs points, les masses montagneu* ws, dans un état incontestable de caici nation, semblent avoir tout récemment subi la puissance des feux intérieurs. Des mornes entièrement formés de pierre-ponce friable et de tuf, paraissent prêts à s'écrouler et sïffaîsser sur les terres inférieures , aux premières pluies : il y a eu, en effet . de ces écoulements, et à des époques recalées ils paraissent avoir eu li.6» sur d'assez vastes espaces, ensevr .Usant dans leur chute les villages et ie bétail répandus sur les plaines sous-jacetites. Des arbres entiers , enveloppés dans ces désastres, sont cités avec assurance et montrés aux voyageurs comme des vestiges incontestables du déluge de Noé : le capitaine BoiJ en vit un près des hauteurs de Bagacina ; c'était un grand tronc, engagé sous les couches inférieures d'un amas de terrain volcanique; il ne différait en rien des arbres xivants d'alentour, et il conservait même tous ses caractères ligneux. La pierre-ponce existe partout en grande quantité , et Ton pourrait sans doute , en l'utilisant pour les arts, en faire une source de profit pour le pays.

L'éruption la plus récente dont on ait conservé le souvenir , est celle du pic de Bagacina qui , en 1761, jeta au dehors an courant de lave dont la nasse fluide s'avança jusqu'à près d'une lieue de la mer. A plusieurs reprises les tremblements de terre ont

causé des ravages considérables, et celui de 1614 renversa presque tous les édifices de la ville de Praya. Depuis cette époque . l'émission des vapeurs aux fumas d'Euxofre et en d'autres lieux a, dit-on, sensiblement diminué d'intensité, et des sources minérales ont disparu.

Du reste, au milieu des sites de Tercère, le peintre et le dessinateur

()euvent amplement donner carrière à eur génie; les formes heurtées et rudes des montagnes , des précipices et des cavernes , "aspect âpre et austère des régions volcaniques , s'y marient sans cesse au plus délicieux paysage.

En général, le sommet des hauteurs y est couvert de taillis , d'impénétrables broussailles, de cèdres rabougris, d'arbustes presque arborescents , tels que le myrte, le genévrier, le buis, tandis qu à leur base et dans les vallées croissent le pin et le hêtre. Tercère est , d'après les indigènes , celle de toutes ces fies qui a le plus de gibier; elle abonde, disent-ils, en lapins, cailles, bécasses et perdrix; mais le capitaine Boid dit n'y avoir vu que des myriades de lapins et une quantité prodigieuse de pigeons. Les porcs surpassent ceux des autres lies , non-seulement en grosseur , mais encore par la délicatesse de leur chair ; le gros bétail y est aussi d'une qualité supérieure.

Voici la manière toute particulière dont on y fait le beurre : on met une certaine quantité de crème dans une calebasse , à laquelle des femmes, tout en vaquant à leurs autres occupations , impriment un mouvement rotatoire rapide, jusqu'à ce que le beurre soit forme \ on le retire alors et on le sale immédiatement « J'avoue, dit le capitaine Boid , n'en avoir jamais mangé de plus parfait en Angleterre , ce qu'il faut attribuer à la qualité supérieure des pâturages , qui sont extrêmement riehes, bien que n'étant l'objet d'aucuns soins. »

La population, évaluée par ce même officier à quarante mille âmes , est répartie dans les trois villes d'Angra* Praya , Villonova , et dans quinze vil-

L'UNIVERS

laces, entre lesquels se fait remarquer principalement celui de Ribeirinha , qui pourrait passer pour uue charmante petite ville.

Angra , chef-lieu de l'île Tercère et de la comarca ou arrondissement du Sud» en inémetempsquede toute la province des Açores,est si tuée au fond d'une anse profonde à laquelle elle doit son nom, et qui est détendue au midi par les batteries du MorrodoBrazil, et au nord par le fort Saint- Jean-Baptiste , éloignés l'un de l'autre de trois quarts de mille. L'aspect de celte baie, vue de sa partie centrale, est un des plus beaux panoramas qu'il soit possible d'admirer , et au milieu de ce tableau superbe la ville se présente de la manière la plus pittoresque. Ses blanches maisons , ses églises et ses clochers s'élèvent graduellement en amphithéâtre. En arrière s'étend un rideau de ravissantes collines couvertes dequintas , de plantations d'orangers et de vignes; plus loin est le riche canton appelé Terra- Cha a ou plaine ; c'est la partie la plus féconde de l'île, et où se trouvent les propriétés et les maisons de plaisance des morgados et des nobles les plus influents.

Mais Angra n'a pas seulement pour elle la beauté de sa situation ; ses rues sont régulières , se coupant à . angles droits, très-larges , et solidement bâties. Les maisons ont généralement trois étages, mais elles sont , pour la plupart, sans élégance, et les lourdes fenêtres mauresques dont elles sont garnies contribuent à leur donner uu aspect sombre et triste; il serait facile, au moyen de légères modifications, de leur procurer une physionomie plus moderne , et Angra pourrait alors rivaliser avec les plus jolies villes de l'Europe. Cependant , pour être sincère , il raut avouer que ses rues sont fort mal pavées et aussi saies que ceux qui les parcourent , maigre les nombreuses fontaines publiques qui répandent une abondante quantité d'eau. Afin de donner au lecteur une idée de la malpropreté des habitants de Tercère, un voyageur anglais- raconte que se promenant un

jour avec un Portugais fixé à Angra , et cherchant à se frayer un passa.se au milieu de la foule qui obstruait la place, il fut averti par son compagnon de prendre plus de précautions en Rapprochant des habitants de cette île, attendu que tous ou presque tous avaient la gale.

On remarque à Angra nombre d'églises et d'anciens couvents , qui lui ont valu le nom de la Fille aux égli ses. En 1882, à l'époque de l'expédition de don Pedro , les monastère^, à l'exception d'un seul, furent convertis en casernes. L'édifice dont on a fait le palais du gouvernement , avait été élevé par les Jésuites , qui furent expulsés des Açores sous le ministère du célèbre marquis de Pombal. En 1766, lorsque le gouvernement de ces Iles fut confié à un capitaine général résidant à Angra , la maison des révérends Pères fut mise au nombre des propriétés de l'État, et affectée à la demeure du nouveau gouverneur.

Le Morro do Brazil , qui ferme an sud-ouest la baied'Angra, est un promontoire péninsulaire digne d'atten tion au point de vue géologique : il est évidemment le produit d'un soulèvement volcanique postérieur à la formation de l'île entière ; il est entouré de rocs verticaux inaccessibles , du milieu desquels s'élèvent quatte pics dont le plus haut, celui du Facho ou fanai , atteint 90 mètres environ au-dessus de la mer , et supporte un télégraphe ; au centre est un cratère de volcan éteint , si bien abrité , d'un sol si riche et si admirablement propre aux travaux d'horticulture , que l'on pourrait à peu de frais le convertir en un magnifique jardin. Les Portugais regardent cette position comme imprenable.

Au point de vue maritime , la baie d' Angra est peu sûre ; les navires sont obligés de prendre le large dans les mauvais temps ; encore les tempêtes y font-elles périr tous les hivers cinq ou six des petits bâtiments qui fréquentent cette place.

Du reste, c'est un point admirablement disposé pour y faire de l'eau ,

Mo-sealement à cause de son excelkrcte qualité et de sa quantité , mais encore de la commodité qu'ont les embarcations de remplir leurs futailles sans même descendre à terre.

La Tille de la Praya, peuplée d'environ 3000 âmes, est pittoresquement située au centre d'une belle et profonde baie , naturellement défendue, à chacune de ses extrémités, par une côte inaccessible et des rocs escarpés de lave noire , sur lesquels s'étoeot les forts de Santa-Catarinha et de Spirito-Santo , qui défieraient aisément l'approche des vaisseaux et toute tentative de débarquement. Au surplus, la baie est fort exposée aux wts, et regardée comme très-dangereuse dans la mauvaise saison.

L'air de ce lieu n'est pas sain , à wise des miasmes qu'engendre un marais du voisinage , qu'il serait cependant facile de dessécher , ce qui rendrait à la culture une vaste portion de terre extrêmement fertile. Le pays environnant est très-beau , et l« encouragements donnés autrefois a la production du tabac et du sucre avaient rendu cette ville riche et importante; aujourd'hui elle est bien dé- Mue ! et, sous l'influence du fléau qui la mine , ses valétudinaires habitants rivent dans une complète indolence.

GHACIBUSB.

Gradease doit son nom à la ma* îniûcence de sa végétation et à l'aspect enclianleur de ses rivages , qui contrastent avec les côtes abruptes et déebarnées des autres îles. Elle gît à 28 milles au nord-ouest de Tercere , (ta 30 milles au nord de Saint-Geor- ,w : son étendue est seulement de 90 tailles de long sur 5 de large ; près de h cote méridionale se trouve un Poope de petits tlots appelés Gaivofos, et près de la côte orientale ceux qw l'on a nommés los Homiziados.

Une population de 12000 âmes est répartie entre la ville de Santa-Cruz , le village de Nostra-Senhora de Guatotope, la ville de la Praya et le vilbge de Nostra-Senhora-da-Luz ; les "ft premiers points vers l'extrémité

nord-ouest , les deux autres dans la partie sud-est. Santa-Cruz est la capitale , et compte 3000 habitants ; sa rade est dangereuse et ne présente qu'un fond de roches. Le meilleur ancrage de nie est au sud, à la Ponta Carapacho, par 88° 54' de latitude nord et 25° 33' de longitude ouest du méridien de Paris. Il est digne de remarque et de surprise, que Ta nature»

en procédant à la formation des Açores par les opérations les plus variées, par les convulsions les plus épouvantables , en donnant à leurs roches , à leurs côtes les formes les plus diverses, les plus fantastiques , n'ait pas créé une seule crique, une seule baie assez abritée contre les mouvements de la mer , pour qu'elle puisse offrir un port sûr sans le secours de l'art ; qu'il ne s'y trouve pas une fie , pas un groupe d'Ilots disposé de telle sorte qu'il présente un ancrage protégé des vents par les terres voisines.

Graciosa paraît être d'une origine antérieure à celle des autres îles de l'archipel des Açores. A l'exception de quelques tremblements de terre , on n'y a observé, depuis sa découverte, aucun mouvement volcanique. Les laves y sont de formation très-ancienne , ainsi que le prouve leur état avancé de décomposition et l'épaisse couche de terre qui les recouvre. Le pic qui s'élève au centre de l'île offre un ancien cratère , dont la cavité est parée de la plus riche végétation. Cette île est , au surplus, considérée comme la plus féconde; il ne faut qu'un bien léger travail pour lui faire donner en abondance des légumes de toute espèce , des ignames, un peu de maïs et beaucoup d'orge; quelques bons pâturages s'y rencontrent aussi, et Ton recueille en outre un vin assez bon, dont il s'exporte annuellement 1500 pipes. Gracieuse est un point de ravitaillement pour les navires oui y trouvent , à bon marché , le bétail , les légumes, la volaille, les moutons, les chèvres et les porcs ; la chair de ces derniers est d'un goût parfait.

Les habitants sont doux et communicalifs, et montrent quelque^ dis*

position! industrielles, qui se développeraient aisément si l'on en voulait stimuler l'essor. Ce sont eux qui fabriquent toutes les étoffes de lin et de laine que consomment les basses classes de l'archipel , et ils en en \ oient même au Brésil une quantité assez considérable.

Ainsi que la plupart des Açores, Gracieuse était, dans l'origine, couverte de bois, qui furent ensuite brûlés ou abattus pour faire place à la canne à sucre et au tabac, dont f espèce était excellente et donnait d'abondants produits. Mais depuis ces jours d'or qui signalèrent la prospérité des Açores, 1 1 lie a été délaissée par la mère patrie ; et après la restauration de la maison de firagauce, en 1640, elle devint la proie des pirates algériens qui, pendant plusieurs années, en firent le bat de leurs courses de pillage et de rapines, emmenant les habitants dont ils pouvaient s'emparer, pour les aller vendre sur les marchés de Fés et des autres villes barbaresques.

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