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LE FAYAL

Le Fayal est à 16 milles à peine de l'extrémité occidentale de Saint-George , et bien que les colons de cette fie "eussent pour ainsi dire constamment en vue , ils ne le visitèrent que tardivement, et de temps à autre, jusqu'à

V Uoraison. (Iles de l'Afrique.)

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ce qu'enfin le Flamand Jobst de Huerter vint s'y établir sous les auspices de la duchesse Isabelle de Bourgogne.

Le nom de Fayal , oui se traduit littéralement en français par Faye, Fayet ou Faget , c'est-à-dire lieu planté de hêtres , provient d'une erreur d'après laquelle les Portugais, venus en cette fie, avaient pris pour des hêtres les arbousiers qui couvraient le sol, et dont l'espèce est désignée par ce motif, en botanique, sous le nom de myricafaya ou arbousier-hêtre.

.Cette île a environ vingt milles de long sur dix de large ; sa surface s'élève graduellement au sud-est, où se dresse un pic de neuf cents mètres de hauteur, ancien volcan dont le cratère est Tune des plus intéressantes curiosités de l'île. La profondeur en est presque égale à la hauteur totale de la montagne , et les parois en sont richement parées de taillis , d'arbustes verts et de , fleurs sauvages ; on y descend par un tortueux ravin oui serpente à travers d'impénétrables massifs d'arbustes, sur des pentes escarpées d'une beauté sauvage efc pittoresque , pour arriver enfin dans une vallée circulaire resserrée , au centre de laquelle est un lac transparent, rempli de cyprins aux écailles d'or et d'argent. Ces poissons y furent déposés par un gentilhomme portugais ?

qui s'était construit dans ce lieu retire Une chaumière où il venait, de temps à autre en été, passer quelques jours; aujourd'hui la petite habitation a presque disparu. A l'une des extrémités du lae s'élève un monticule conique de scories et de cendres volcaniques , couronné d'un petit cratère , produit sans doute par les derniers efforts du volcan. La végétation de la Caldeira est du reste extrêmement brillante, et nourrit un nombre considérable de moutons. Géologiquement parlant , l'île du Fayal diffère peu de ses voisines ; on y voit de grandes quantités de pierre ponce , de tufs et de scories volcaniques; la lave y est de l'espèce bleuâtre contenant de la hornblende basaltique et de l'olivine. La seule éruption dont on y ait mémoire est

de Tannée 1672: un pic situé près de la ville de la Praya jeta à cette époque, pendant plusieurs jours, des torrents de lave, qui ne causèrent d'ailleurs aucun ravage.

Dans toutes les villes et les villages situés sur les côtes du Fayal et du Pic , l'eau des puits est saumâtre à cause de la nature poreuse du sol, qui laisse filtrer l'eau de mer avec facilité, au point qu'on y remarque un mouvement de crue et d'abaissement alternatifs correspondant au Aux et au reflux. On pourrait aisément remédier à la mauvaise qualité des eaux potables , en amenant , au moyen de tuyaux , dans tous les lieux où cela serait nécessaire, l'eau des excellentes sources qui sont à peu de distance dans l'intérieur.

La population du Fayal dépasse 22 000 âmes. Les habitants des campagnes sont certainement les plus paisibles, les plus industrieux et les plus robustes des Açoréens; ils exécutent gaiement les travaux les plus durs, pour un salaire minime.

La partie la mieux cultivée est celle qui avoisine le chef-lieu; là s'étend la belle vallée des Flamands , à laquelle on arrive en remontant le lit d'un torrent qui traverse la partie occidentale de la ville; les bords en sont charmants et changent incessamment d'aspect ; à (environ un demimille de distance, le vallon semble fermé par une barrière de rochers, du haut desquels l'eau se précipite en cascade. Après avoir grimpe assez longtemps dans la même direction, à travers des sites toujours agréablement variés , on arrive enfin au lieu du premier établissement des Flamands ; à une certaine distance, l'œil est déjà charmé d'un aspect qui porte en quelque sorte l'empreinte de l'industrie de l'homme et de la fécondité du sol , offrant un caractère différent de tout le reste de la contrée* et ressemblant bien plutôt à ut» paysage suisse qu'à un site des Açores. C'est une vaste, riche et fertile plaine , dans laquelle se trouvent dispersées de jolies maisons blanches , resplendissant

tes an rajrdMS du SofsH. Les habitants offrent encore , dans leur beauté physique, des traces ëe leur origine fia* mande : il* conservent les coutumes ainsi que des restes du langacs de leurs ancêtres; fis «fit hérité aussi d'une partie de leur industrie, et leur vallée s'est toujours maintenue , de génération eu génération , dans un état de culture perfectionnée , si bien que Je sol donne aujourd'hui des récoltes dont l'abondance étonnerait nos fer* miers les plus experts. La vallée est bien arrosée.

Les environs produisent du lîn et du chanvre eteel lents , avec lesquels les indigènes fabriquent quelques étoffes grossières pour leur consommation. L'objet le moins pittoresque de ce beau pays, ce sont les haies de clôture , qui sont formées d'une grande espèce de roseau qui atteint jusqu'à cinq mètres de hauteur, et qu'on em* ploie aussi à couvrir les cabanes et les bâtiments de service dés fermes.

La partie de 111e qui s'étend entre Herta et le cap Espalamaca , semble se ressentir du voisinage de la vallée flamande ; les cultures y sont superbes, et calculées , aux approches de la ville, de manière à satisfaire aux demandes des navires qui fréquentent le port.

On y voit surtout des pommes de terre , des ignames , des oignons, des

e, des eslebasses; le tout d'exeel* 5 qualité, enlevé en quantités con-»

sidérables par les baleiniers américains. Les plantation* d'orangers sont aossi très-nombreuses, et comme on en fait chaque jour de nouvelles , .la Payai rivalisera bientôt avec Saint* Michel; ses orange» sont déjà tout enssi parfaites. Du reste , soit à raison de la qualité supérieure du terroir* sait de quelque modification dans le climat, on remarque une différence très-sensible , et toute en faveur du Fayal , entre ses fruits et ceux des astres fies ; les bananiers pdrticuJièrestent y sent plus vigoureux, et les bmaues y sent bien meilleures. lies ibrieuts sont exclusivement cultivés ici, et le Fsyal en approvisionne le reste de rsrcMpeL

L'île ne produit qu'une petits quantité de vin de médiocre qualité; mais elle tire, des vignobles du tic, des produits supérieurs qui , apportés et travaillés à Horta, y prennent le nom de t>in$ du Fayal / la meilleure qualité se vend 60 contos de reis ou 360 francs la pipe. Qe vin même , à l'état naturel , est sec et âpre ; mais voici les procédés qu'emploient les marchands pour en développer la force et le bouquet. Après y avoir mêlé deg quantités de vin de Saint-George et d'eau-de-vie (*), proportionnées au goût des différents marchés , on l'accumule eu fût dans de longs celliers peu élevés , où Ton brûle) ensuite du soufre, en maintenant la température durant quatre , cinq et six mois, à 60 degrés, environ, du thermomètre centésimal. L'évaporauon est nécessairement considérable , et l'on ouille à mesure avec du vin , ou de l'eau-de-vie , au gré du préparateur. Ce procédé corrige entièrement l'âprete du vin, lui donne beaucoup de douceur , et en change tellement la qualité, qu'il s'en exporte des quantités assez considérables en Angleterre , en Russie et en Amérique , somme y in de Ténérife.

On élève au Fayal du gros bétail, qui s'exporte en Portugal et à Madère ; il est d'une belle race et fournit une viande excellente. Il y a aussi de nombreux troupeaux de moutons , beaucoup de chèvres et de porcs, de la volaille de toutes sortes. Le poisson d'eau douce n'y est pas commun , et l'on n'y manse guère que du poisson de mer -% le plus abondant paraît être la sole d'une petite espèce ei le carrelet. « J'ai remarqué, dit Adanson t « uns certaine conformité entre cette « Ils et celle de Ténérife , en ce qu'elle « a peu de gibier et peu d oiseaux.

« Dans plusieurs promenades que j'y a ai faites 9 à deux lieues à la ronde « je n'ai rencontré que peu de lièvres, « et quelques cailles répandues dans • les campagnes. Il est vrai qu'il ne « manquait pas de merles sur le son>

(*) Généralement i5 pour cent de celle-ci/ 2>.

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« met des montagnes ; j'en ai vu même « un assez grand nombre dont le plu- « mage était agréablement taché de « blanc: ils étaient par compagnies sur « les arbousiers , dont ils mangeaient • les fruits en jasant continuelle- « ment. »

Sauf un peu de poterie grossière, et quelques tissus communs de laine, de chanvre et de lin , fabriqués sur les lieux mêmes , tous les autres objets ïx^nufacturés sont apportés d'Europe.

On fait cependant encore au Fayal de fort jolis paniers , solides , de formes très-variées , propres à de nombreux usages , et qui , de plus, sont à bas prix ; c'est une industrie qui lui est toute particulière.

La ville de Horta, chef-lieu du Fayal et de tout l'arrondissement de POuest, fut fondée vers 1460 par Jobst de Huerter , le colon flamand , dont quelques écrivains prétendent qu'elle a conservé le nom , un peu altéré à la vérité ; l'étymologie bien plus naturelle donnée par le père Cordeyro , fait venir le nom de la ville de celui qu'on avait donné à la riante campagne où elle fut bâtie , et qu'on appelait a horta, le jardin , comme en Espagne la belle campagne ou huerta de Valence. On y compte environ 10000 habitants. Elle est située au fond d'une baie semi-circulaire , que limitent, au nord un promontoire haut et escarpé appelé Ponta Espalamaca (sur le sommet duquel il y a un télégraphe), et au midi le cap rocheux de Ponta da Guia , à un peu plus de deux milles de distance. La ville s'élève en amphithéâtre , avec ses clochers et ses églises, jusqu'à une éminence que eouronne l'ancien couvent des Jésuites , le plus bel édifice qu'ils eussent élevé aux Açores ; puis l'ancien monastère des Carmélites, avec ses tourelles aux formes orientales , et encore l'ancien couvent de San-Antonio, Çlacé sur une terrasse isolée, à droite, 'out cela , entouré de jardins , de maisons de plaisance, de bosquets d'orangers , et dominé en arrière-plan par le pic de la Caldeira, forme un tableau d'une beauté magique.

Mais au débarqué, une partie du charme s'évanouit , car la ville n'a , pour ainsi dire , qu'une longue rue , irrégulière et mal pavée , bifurquée à son extrémité occidentale.

Elle est défendue par trois forts 9 dont deux sont placés à chacune de ses extrémités, et le troisième, qui est le plus considérable, le fort de Santa- Cruz , s'élève au centre ; il est relié au fort de l'Ouest par une muraille et un parapet qui s'étendent le long de la mer.

La baie de Horta présente incontestablement plus d'avantages et de sécurité que les autres mouillages des Açores ; elle est protégée à l'est par le cône gigantesque du Pic, qui en est seulement à quatre milles, et au nord par 111e de Saint-George, dont la position transversale la met efficacement à l'abri des agitations de la mer de ce côté ; mais elle est exposée aux vents de la partie du sud. Le promontoire de Monte da Guia , qui ferme la baie au midi , n'était évidemment dans l'origine qu'une île, entre laquelle et le rivage une commotion volcanique a fait surgir cet immense amas de cendres volcaniques rougeâtres appelé aujourd'hui Monte Queimadoy ou la montagne brûlée, qui tient d'une part au Monte da Guia par une jetée de sable peu élevée , et a la terre voisine par un massif de tuf friable et de scories.

Horta possède deux ou trois chantiers bien approvisionnés d'agrès de tous genres, et l'on y trouve d'ailleurs toutes les facilités désirables pour se procurer des vivres frais , dont la de* mande est toujours considérable de la part des navires qui relâchent au Fayal , et qui impriment à Horta une activité que l'on ne retrouve sur au* cun autre point des Açores.

le pic.

L'Ile du Pic , avec ses formes colossales , produit un effet des plus imposants ; elle surgit immédiatement au* dessus des flots et s'élance dans les airs sous la forme d'un câncimmense, qui semble comme une haute tour

placée en ces lieux par la nature pour protéger les îles environnantes.

Malgré son voisinage de l'île du Fayal, les colons de celle-ci répugnaient , dans le principe, à la visiter, effrayés qu'ils étaient du caractère volcanique qu'elle présentait, et ils ne rappelaient point autrement que le Pic , o Pico, nom qui lui a toujours été conservé depuis par les écrivains portugais. Sa forme est allongée de l'est-sud -est à l'ouest-nord-ouest , et sa plus grande longueur est de trentecinq milles , sur une largeur de huit milles dans sa partie occidentale.' La pointe du nord , appelée Ponta Negra, est située par 38 33' de latitude , et par 30° 53* de longitude à l'ouest de Paris; celle du sud-ouest, appelée Ponta do Espar ta I , est par 38° 26' de latitude et 30° 68' de longitude; la plus orientale , appelée Calhagrossa , est par 38° 18* nord et 30° ô' ouest. L'île est traversée dans toute sa longueur par une haute chaîne volcanique, que domine, vers l'extrémité occidentale , le fameux pic auquel elle doit son nom , et dont la hauteur dépasse deux mille mètres.

L*lle du Pic renferme environ trente mille habitants, lesquels, ainsi que ceux des autres lies , sont en majeure partie établis le long des côtes. On y compte trois villes et treize villages, savoir: au midi, Lagens, capitale; Riveiras,Calheta de Resquim, et Ponta de Pîedade; au nord, Ribeirinha , Santo-Amaro, Prainha, la ville de San-Roque, Sant- Antonio, Santa -Lugia, et Bandeiras; à l'ouest, la ville de Magdalena , Criaçao-velha , Candellaria, San-Matheo, San- Joaô, et Silveira.

La côte tout entière est bordée de rochers escarpés et inabordables, sans ports ni rades; le seul point qui offre quelque abri aux embarcations est la petite crique de Lagens , dont l'entrée est d'ailleurs bordée de récifs. Aussi tout le commerce de l'île est-il transporté au Fayal , dont les Morgados sont d'ailleurs propriétaires de la plus grande partie des terres du Pic.

Cette fie possède les plus beaux bob des Àçores, surtout en cèdre et

en if blanc. Ses montagnes offrent en outre d'abondants pâturages qui nourrissent une grande quantité de moutons, dont la laine est travaillée par les naturels en tissus destinés à la consommation locale. Ils élèvent aussi de gros bétail d'une belle race, et des milliers de chèvres , que l'on voit errer, presque sauvages, au milieu des précipices.

Le soi est généralement couvert d'une lave rugueuse qui le rend impropre à l'agriculture; le surplus est d'une^grande fertilité et donne d'abondantes moissons de grains et de légumes pour la consommation des habitants; on y cultive en outre , pour l'exportation , beaucoup de plantes potagères, et entre autres de superbes oignons, qui sont enlevés par les Américains et les autres marchands qui fréquentent le Fayal. Le versant méridional est le mieux cultivé, et il présente, vu de la mer, un agréable tableau , surtout près de Lagens, et du côté de l'est, où le sol est disposé en terrasses et cultivé avec un soin tout

Earticulier. Tout auprès de la ville s'éive majestueusement un ancien couvent de Franciscains, et les chaumières répandues dans la campagne ajoutent singulièrement à l'effet pittoresque du paysage ; ces chaumières aux murailles blanches , avec leurs légers toits coniques de roseau , ressemblent , d'une certaine distance, aux tentes d'un camp. ^

La production principale du Pic est son vin; elle en livre annuellement environ 25 000 pipes , qui sont transportées au Fayal pour y être travaillées, vendues et exportées. La vigne fut introduite au Pic vers la fin du seizième siècle; les plants venaient de Porto, de Lisbonne et de Madère; mais cette culture ne prit l'extension qu'elle a aujourd'hui que durant les soixante dernières années, se développant à proportion de l'accroissement progressif de la consommation extérieure; maintenant elle décline : c'est un mouvement de réaction auquel les meilleures choses ne peuvent échapper.

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La partie occidentale de l'tte du Pie art la plue rocheuse ; c'est cependant aur cette lave , qui présente à l'esil un aspect si aride , que sont plantées les vignes dont la végétation est si brillante. On élève, pour les protéger contre l'air de la mer , de petits murs de lave de cinq à six pieds de haut; ces clôtures donnent à toute la région des vignes, durant l'hiver, l'aspect d'une immense et sombre mosafaue ; mais, du printemps à la fin de l'automne, alors nue sol efmuraillessont cachés sous l'épais feuillage des vi-

Snes, toute cette zone est revêtue 'une verdure dont les tons passent successivement par les nuances variées qu'amène tour à tour la marche de la saison.

Le meilleur vin du Pic provient des plants de Madère; on le recueille surtout dans la partie de l'ouest, près de Magdalena , où l'on fait aussi beaucoup d'excellent vin doux, que les Portugais appellent Passado. On le tire du même raisin ; mais, comme pour le vjn doux de tous les pays, on lui procure son goût sucré en ne mettant le raisin au pressoir qu'après l'avoir laissé se rider au soleil.

Les morgados du Fayal , propriétaire* des terres du Pic, ont de ce côté de 111e vassale des maisons do plaisance où ils se rendent à l'époque des vendanges; ces quint as, comme ils les appellent , sont nombreuses , surtout dans les environs de Magdalena, qui forment la partie la plus agréable de l'île. En face*, et à trois

Quarts de mille du rivage , s'élèvent eux grandes masses escarpées de roche volcanique rougeâtre , appelées les fies de Magdalena ; entre celles-ci et la ville se trouve la rade où le comte de Villaflor vint mouiller , en 1881, avec son expédition lilliputienne , et c'est de là qu'il se rendit au Fayal, où il opéra son débarquement sans s'inquiéter d'une belle corvette miguéliste 3ui était à l'ancre à une petite portée e canon.

Les fruits que produit le ternir de Magdalena «ont particulièrement beaux , et la végétation est d'une vi-

? tueur surprenante. Les oléandres ofrent ici, comme au Fayaf, les formes arborescentes les plus splendides , et le myrte y prend un tel développement en hauteur et en grosseur , que les naturels en tirent le tannin pour la préparation de leurs cuirs. Vorseille est Tune des productions les plus importantes du Pic ; c'est , comme on sait , un lichen d'un gris légèrement verdfttre, qui crott sur les rochers et les murailles , et fort recherché pour ses précieuses propriétés tinctoriales. Le monopole en était réservé a la couronne de Portugal, pour les épingles de la reine; le gouvernement Tachetait à raison de 40 reis par livre , et la revendait pour l'exportation au prix de 900 reis ; cet ordre de choses a été modifié , et la vente de l'orseiile est aujourd'hui publique. La meilleure' espèce, avec celle des fies du cap Vert, est celle des Açores , et elle est devenue dans ces derniers temps un grand article de commerce avec l'Angleterre et la France, où la chimie est parvenue à tirer de ses propriétés un parti bien supérieur à ce qu'on en pouvait jadis obtenir. La plante, après avoir été bien séchée et pulvérisée, est humectée d'urine ej transformée en une sorte de pâte qui , mêlée avec la chaux ou divers alcalis , donne des teintures bleues et pourpres , et, avec une solution d'étain , de belles et riches nuances violettes d'un excellent teint.

FLOBES.

L'île de Flores a environ quinze milles de long sur neuf de large. Les côtes en sont toutes rocheuses ; mais à partir du bord de la mer s'élèvent par étages des collines du plus brillant aspect, dominées au centre par un haut pic conique dont les lianes sont couverts de bois, et que termine un cratère semblable à celui du Fayal , mais plus petit

Le sol de Flores est formé d'une lave plus friable encore que celle dès autres Açores ; aussi la fertilité et la richesse végétale de cette tte éont-elles

admirables. Àt» somrftet des collines s'étendent de gras pâturages ou des bois vigoureux , tandis que sur leurs versants , de petits champs, encadrés de murs do lave et de pierre ponce , offrent de riches moissons de maïs , forge, de légumes, d'ignames, de pommes de terre et d'autres végétaux.

Le bois y est aussi bon qu'abondant, ei l'île approvisionne de temps à autre les chantiers du Fayal, de cèdre, de hêtre, d'if blane et d'autres essences. On y voit croître les lauriers , le buis , le myrte , le genévrier, les fougères , et une profusion de plantes et de fleurs sauvages qui lui ont valu son nom. Le climat y est délicieux , et Pair y est exempt de cette humidité oui, dans les fies plus orientales, pro* duit si rapidement l'oxydation et fa moisissure. Mais en revanche elle est, ainsi que Corvo, d'un bout de l'année à l'autre, exposée à 'des ouragans violents, accompagnés d'effroyables averses. Ces passages du temps le plus beau au temps le plus affreux se font avec une rapidité dont on ne peut se faire une idée , et gui exige impérieusement que le navigateur soit, en ces parages, constamment sur ses gardes, surtoat en hiver.

Elle possède de nombreuses sources mhréfaies, dont quelques-unes sont sulfureuses , et elle est abondamment arrosée par les ruisseaux qui descendent de ses montagnes.

On y recueille peu d'oranges ; mais elle produit plus d'orseille qu'aucune autre des Açores. Ses riches pâturages nourrissent d'exeellent bétail, des moulons , des chèvres et des porcs , qui sont envoyés en grand nombre aux propriétaires terriers résidant en Portugal.

Cett du reste un excellent point de ravitaillement pour les bâtiments d'Europe , qo» y trouvent , soit à l'aller , soit au retofcV, abondance de provisions et d'eau fraîche.

La population de Flores est d'environ #000 âmes ; une émigration considérable pour le Brésil l'a fort dimiaoée. Les Fleréens sont plus petits , mats mieux frits que les habitants des

fies orientales , dont ils dimwènt par leur esprit entreprenant. Ce sont de bons marins, et ils s'engagent souvent à bord des baleiniers américains qui viennent faire la pêche dans les mers voisines.

On compte à Flores deux villes y Santa-Cruz et Lageos» et quatre villages , Cedros , Ponta-Delgada , Fajazinha et Lombav Les deux villes sont situées sur la côte orientale , à deux lieues l'une de l'autre. Santa-Cruz, la capitale , est située par §9° 8? de latitude nord, et 81° 6' de longitude à l'ouest de Paris. Elle est bâtie sur une partie basse de la côte , immédiate* ment au pied d'une colline escarpée , dont le sommet est couvert d'un bois épais de genévriers, au-dessus desquels s'élèvent les ruines pittoresques d'une vieille tour. La ville renferme à peu près trois mille habitants; elle est percée de trois rues parallèles à ellesmêmes |et à la mer, coupées à angles droits par une quatrième rue qui se dirige du sud-est au nord -ouest. Les maisons en sont solidement construites en pierre; elles ont généralement deux étages, avec de lourds balcons garnis de jalousies dans le style mauresque. L'église est vaste et pourrait aisément contenir la moitié de toute la population de l'île: c'est un bel édifice ; mais le temps et l'incurie l'ont considérablement endommagé, et sur ses murailles croissent en maint en** droit des touffes d'herbes variées.

L'ancien monastère des Franciscain»

est dans un meilleur état de conservation ; mais pour lui aussi il est facile de voir que les temps de prospérité sont passés.

Santa-Cruz n'a ms de port , et le mouillage qu'offre la côte entre la ville et le petit îlot d'Âlvaro Rodriguez, est dangereux } cette capitale est du reste assez faiblement protégée par un vieux fort qui, tout placé qu'il est dans une position favorable au sommet d'un ro* cher , ne peut rendre aucun service à cause de l'état de délabrement dans lequel il se trouve.

On compte de Santa-Cruz au Fayal trente-huit lieues seulement , et cette

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faible distance suffit pour isoler les habitants de Flores et dePico de ceux des autres îles, au point qu'ils n'ont pour ainsi dire aucun rapport avec ces derniers, et ne connaissent guère d'autre gouvernement .que celui de leurs propres autorités.

COKVO.

Corvo est la plus petite et la plus septentrionale des Açores; elle n'a que six milles de long sur trois de large ; sa pointe sud, appelée Pesqueiro Alto, est par 39° 41' 41" de latitude. Elle est assez remarquable par sa configuration extérieure : à ses deux extrémités s'élèvent deux montagnes, séparées par une dépression très-forte, ce qui lui donne, quand on l'aperçoit du sud-est ou du nord-ouest, la forme d'une selle. Les rivages en sont partout escarpés. Le sol y est aussi fertile qu'à Flores , et le climat aussi délicieux. On n'y voit non plus aucune trace de l'action récente des feux volcaniques.

On y compte environ 900 habitants ; ce sont, de tous les Açpréens, ceux qui présentent la plus misérable et la plus cbétive apparence. Puis, comme si le physique avait réagi sur le moral , ils sont ignorants , superstitieux et bigots au delà de toute expression. Ils élèvent des bœufs de petite taille , beaucoup de moutons, de chèvres et de volailles , et ils recueillent une assez grande quantité d'orseille, de maïs, de froment, de légumes ; la majeure partie de tout cela est expédiée dans [a mère-patrie pour payer les fermages.

Arrondissement de l'Est

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