III. HISTOIRE
Découverte et colonisation.
IV Livraison. (Iles de l'Afrique.)
Peut-être une vague indication de l'archipel des Açores est-elie renfermée
L'UNIVERS-
dans ,les récits arabes touchant les fies Éternelles , et dans les légendes chrétiennes gui semblent en offrir un incertain reflet. Ce sont d'imperceptibles lueurs auxquelles nous n'avons garde d'attacher une grande importance.
Mais nous avons montré > dans l'esquisse rapide des découvertes antérieures aux grandes explorations portugaises du quinzième siècle , que les Açores étaient inscrites et dessinées sur les cartes nautiques de ce temps , au moins dès l'année 1351, exactement distribuées en trois groupes successifs, avec une dénomination spéciale pour chaque groupe et bientôt pour chaque Ile (*).
Nous avons aussi rappelé les traditions conservées par Cordeyro et par Vallsecca sur les reconnaissances, fortuites ou préméditées , d'un Grec en f 370, et de Diègue de Séville, en 1427. Ce fut en 1431 seulement que commença la découverte portugaise, et elle ne se poursuivit que lentement de proche en proche jusqu'en 1460; en sorte que l'on peut dire, d'une manière générale , que les Açores étaient bien connues des marins et des géographes de l'Europe un siècle au moins avant que les Portugais y eussent abordé.
Les anciens historiens de la découverte de ces îles ne dissimulent point d'ailleurs que l'existence en était signa Fée au prince Henri par une carte nautique rapportée d'Italie, en 1428,
(>ar son frère Pierre, duc de Coïmbre, e même qui rapporta également de Venise un exemplaire de la relation des voyages de Marc Polo. Aussi l'infant dom Henri envoya-t-il expressément une expédition pour vérifier et reconnaître la position des îles ainsi désignées à sa curiosité : ce fut à Gonçale Velho Cabrai, commandeur d'Almoui roi, qu'il donna cette mission, lui j ordonnant de naviguer droit à l'ouest , ] jusqu'à la première lie qu'il dccouvri- I rait, et de revenir immédiatement lui en donner des nouvelles. Parti de Sa-
(*) Voir ci-dessus, p. 36, 3j.
grès , en 1431 , avec un vent favorable, Gonçale se trouva, au bout de quelques "jours, en vue des rochers des Formicas, qu'il examina , et dont il vint rendre compte à l'infant; ce prince le renvoya Tannée suivante dans les mêmes parages pour continuer la découverte des îles qui devaient se trouver au voisinage, et en effet Gonçale atteignit, le 15 août, la petite fie ronde que les Italiens avaient appelée YUovo, et qu'il se crut en droit de nommer Sainte-Marie en f honneur de la sainte patronne du jour où il y aborda.
Après l'avoir explorée, il revint en faire son rapport à l'infant dom Henri, qui résolut d'y fonder une colonie, et chargea Gonçale de ce soin, en lui décernant le titre de capitaine donataire, et lui accordant la faculté d'emmener, pour la peupler, non-seulement ses propres parents et amis, mais tous les gentilshommes de la maison même de l'infant qui seraient disposés à se mettre de la partie. Le nouveau seigneur de Sainte-Marie recruta pendant trois ans les compaf;nons de son entreprise parmi les gens es plus distingues de la cour de Portugal; en sorte qu'au lieu d'emmener, suivant l'usage des colonisateurs, le trop plein de la population pauvre de la métropole, il fut suivi dans son île par une foule de gens nobles et riches, dont le concours eut bientôt donné à la colonie un aspect d'opulence et de prospérité par la beauté des édifices et des cultures, l'activité et la facilité du commerce qu'ils établirent.
Quelques années après, un nègre esclave qui s'était enfui dans la montagne pour y trouver la liberté , découvrit un jour, au loin, par un temps clair, une autre île gisant au nord de Sainte- Marie, et qui était restée jusqu'alors inaperçue des colons, dont les habitations se trouvaient du coté opposé; la révélation de sa découverte, pensa-t-il, lui tiendrait lieu de rançon, et il courut en faire part à son maître : on vérifia le fait , et la nouvelle en fut transmise à l'infant dom Henri, qui trouva, disent les historiens portu-
gais, qu'elle concordait avec les indications clés cartes anciennes dont il était possesseur. Comme Gonçale Veibo Cabrai était alors près de lui, il lui ordonna d'aller reconnaître cette antre Ile. Celui-ci partit aussitôt; mais il passa au nord de Sainte-Marie sans apercevoir la grande. île désignée à ses recherchas , et retint désappointé auprès de l'infant, qui lui répondit que certainement il avait passe entre la grande île cherchée et l'îlot de Sainte- Marie*,; aussi le renvoya-t-il l'année suivante (1444) ; Gonçale, touchant cette Ibis à Sainte-Marie, et naviguant ensuite droit au nord, alla atterrir la 8 mai, jour de Saint- Michel, à l'île qui portait sur les cartes italiennes le nom de Capraria, et à laquelle il donna celui du saint archange sous les auspices duquel il l'avait découverte.
L'infant, à qui Gonçale vint rendre compte du succès de son expédition, lui concéda encore cette. deuxième Ile, à charge de la peupler ; celui-ci , après avoir rassemblé des colons en conséquence , s'y rendit de nouveau avec eux, et y jurriva le 29 septembre 1445. Il y avait laissé, à son premier voyage, un certain nombre de Morisques, qui n'auraient point attendu son retour s'ils avaient,, eu à „ leur disposition quelque #avire pour s'en aller, tant ils furent tenus 4an$ un perpétuel effroi par les tremblements de terre et les brpya.nts phénomènes volcaniques dont Us étaient témoins; il y eut, en effet, dans le pays, de tels bouleversements, que le pdoie de Gonçale Velho Cabrai ne pouvait plus, au second voyage , reconnaître l'aspect de l'tie, notamment en ce qu'un haut nie qui faisait dans l'ouest le pendant de celui de l'est «.avait disparu pour faire place à la vaUpe des SeU Cidades. Dans l'intervalle , cependant , quelques habitants ta Sainte-Marie y étaient venus ; on racflptetfu moins que l'amant d'une jeune femme s'y était enfui avec elle, mais que , poursuivi par le, mari, il l'avait tué, M que, saisi lui-même par le chef des Morisques» il avait été pendu par les ordres 4e celui-ci sans autre fo?roe de procès.
C'est de cette époque, suivant l'observation des historiens, que date le nom d'îles des Jçores, qui Tut alors donné en commun à Sainte-Marie et Saint- .Michel , et qui s'étendit ensuite aux autres îles de l'archipel, à mesure qu'elles entrèrent dans le cercle des connaissances gé graphiques des Portugais, Ces deux îles offraient, en effet, un çrand nombre de milans, que les premiers visiteurs prirent pour des autours, et de là était venue cette dé: nomination d'ilhas dos Açorzs , qui signifie littéralement île$des Autours.
Un Français , ou Flamand , que les historiens portugais appellent Fernam Dulmo (ce qui paraît être une traduction de Ferdinand de l'Orme), est désigné comme le premier qui aurait tenté un établissement à Tercère, sur la cote septentrionale, à l'endroit appelé Quatro-Ribeiras, où il était venu avec une trentaine de personnes ; mais ses essais de culture ne réussissant pas , il serait retourné en Portugal j où un autre Flamand , Jacques de Bruges , ayant reçu de lui des information^
Srécises , demanda et obtint de l'infant om Henri la concession de Pile, par lettres du 3 mars 1460. Les Flamands de leur coté revendiquent exclusivement cette découverte , dont ils rapportent la daté à Tannée 1445 , donnant le nom de van dpi\ Berghe au Brugeoisqui en eut l'honneur. Quoi qu'il en soit, il paraît avéré que cette île , connue des Italiens sous le nom d'île du Brésil , et qui fut appelée par ses qou veaux découvreurs île de Jésus- Christ, peut-être parce qu'ils y avaient abordé a l'un des jours consacrés au Dieu fait homme, tels que la Noël, la Circoncision, ou l'Ascension; il paraît certain, dis-je, que cette île vint s'ajouter aux Açores entre la date de la prise de possession de Saint-Michel en 1444 , et celle de la concession, de 1450 que nous venons de rappeler ; le nom de Terceyra, ou troisième, en fait foi dans l'acte même de concession en faveur de Jacques de Bruges , qui débute ainsi :
« Moi, l'infant dom Henri , gouver- « neur et administrateur de Tordre de
L'UNIVERS
« chevalerie de N. S. Jésus-Christ , « duc de Vizeu et seigneur de la Co- « villane, je fais savoir à ceux qui ver- « ront ces présentes lettres , que Jac= « ques de Bruges , mon serviteur , « natif du comté de Flandre, est « venu à moi , et m'a dit que comme « depuis l'origine et de mémoire « d'homme on ne savait point les fies « des Assores soumises à d'autre sei- « gneurie agressive que la mienne, « et que l'île de Jésus-Christ, troi- « sième (terceyra) desdîtes îles , on ne « la savait point jusqu'à ce jour peu- « plée d'aucunes gens qui tussent au « monde; et que maintenant elle était « déserte et inhabitée; qu'il me de- • mandait à titre de faveur, d'autant « gu'ii voulait la peupler, de lui en « faire octroi et de lui donner à cet « effet mon autorisation royale comme « seigneur desdites îles. Et moi, voyant « que ce qu'il me demandait ainsi « tournerait au service de Dieu , au « bien et profit dudit ordre , voulant « lui faire grâce et faveur, il me plaît « de la lui octroyer comme il me Ta « demandée. »
Ce qui vient confirmer la prétention des Flamands à la découverte de cette tle, c'est que la concession actuelle, faisant une exception toute spéciale aux lois de Portugal , assurait la possession héréditaire de l'île à Jacques de Bruges et à sa descendance même féminine. Au surplus, c'était un seigneur fort riche, qui épousa une noble dame portugaise , et qui fit à ses pro-
1>res frais l'armement nécessaire pour a colonisation de son nouveau domaine, dont les habitants furent tirés principalement de Madère.
Gracieuse et Saint -George , qui sont en vue de Tercère , ne purent tarder beaucoup à recevoir à leur tour des colons; on raconte qu'un vaillant chevalier portugais nommé Vasco G il Sodrè, de Montemor le Vieux , ayant entendu parler en Afrique , où il servait, de rétablissement nouvellement fondé à Tercère, s'y rendit aussitôt avec sa famille , et passa de là à Gracieuse, dont Edouard Barreto, son beau-frère, avait obtenu la concession
partielle; mais Barreto ayant été enlevé par des pirates castillans , un autre seigneur, d'origine gasconne, Pierre Correa da Cunha, qui venait d'obtenir l'autre moitié de Tîle , profita de cette circonstance pour se la faire concéder tout entière à titre de capitaine donataire.
Quant à Saint-George, un noble flamand , Guillaume van der Haagen , l'un des compagnons de Jacques de Bruges à Tercère, y conduisit de Flandre deux navires chargés de monde, d'ouvriers de diverses professions, et de provisions de toutes sortes; il débarqua à la pointe du Topo , où fut bâtie une ville appelée pareillement le Topo. Comme le nom flamand de Van der Haagen paraissait un peu dur à l'oreille des nombreux Portugais qu'attirait la prospérité du nouvel établissement, on prit le parti de le traduire, et il fut en conséquence transformé en Da Silveira, qui signifie la même chose, c'est-à-dire, en français, Des Haies. Le nom de l'île, des longtemps appelée Saint- George par les Italiens, fut 'religieusement, conservé, par exception à ce qui avait été fait a l'égard des premières.
Ce fut encore un Flamand , Josse van Huerter, seigneur de Mœrkerke, beau- père du célèbre Martin de Beheim , qui peupla Pîle du Fayal , et Quelques années après celle du Pic , où déjà s'était établi un marin portugais nommé Fernand Alvarez , que la tenante y avait poussé; Josse van Huerter, dès lors capitaine donataire du Fayal, obtint aisément que le Pic fût adjoint à sa concession.
Ce fut ensuite le tour de Flores et Corvo; elles avaient, à ce qu'on croit, été visitées par deux Castillans , nommés Antonio et Lope.Vaz; puis une dame de Lisbonne, appelée Marie de Vilhena, dont le nom semble pareillement espagnol , en obtint la concession; et comme Guillaume van der Haagen, découragé par quelques es- 'sais infructueux à Saint-George et au Fayal , était venu à Lisbonne , elle lui proposa d'aller coloniser et gouverner
pour die ces deux lies, ce qu'il accepta et mit à exécution ; et au,bout de sept ans, il revint au Topo de Saint- George. Quelques documents , que le père Fretre avait eus sous les yeux, montraient que van der Haagen avait peu de fortune, et cette circonstance peut servir à expliquer une sorte d'instabilité dans sa conduite au milieu de tentatives d'établissement où le manqué de ressources suffisantes lui créait de grandes difficultés ; il semble résulter des vagues indices que .nous avons pu recueillir, qu'il avait quitté la Flandre lors de la guerre du Bien publie, pour venir à Tercère; que déçu dans ses premiers essais à Saint- George, ou arrêté dans son entreprise par l'épuisement de ses ressources , il passa au Fayal , pour s'en procurer de nouvelles auprès de son compatriote van Huer ter, qui depuis quatre ans était occupé à créer une colonie; désappointé dans ses espérances par suite de quelque différend avec lui ,il serait revenu à Tercère, et de là aurait fait un voyage en Flan* dre , peut-être avec l'espoir de s'y procurer quelques capitaux ; déçu encore cette fois , et retournante Tercère par Lisbonne , il aurait trouvé une planche de salut inespérée dans l'offre de Marie de Vilhena ; et après avoir enfin, comme Jacob ehez Laban , acquis au prix de sept années, de travaux pour autrui , les ressources qui lui avaient manqué jusqu'alors , il serait enfin revenu fonder définitivement sa colonie du Topo de Saint-George.
Un défaut presque absolu de chronologie se fait remarquer dans toutes crc indications ; quelques jalons seulement nous sont tournis par certaines dates consignées dans les Décades de Barros et sur le globe de Martin de Beheim.
On trouve d'abord sur le fameux globe du géographe de Nuremberg fanuotation que voici : « L'an 1431 sacrés la naissance de Jésus-Christ, « lorsque gouvernait en Portugal l'in- ■ fant dom Pedro, on équipa deux • vaisseaux munis des choses néces- « saires pour deux ans 9 par ordre de
« l'infant dom Henri, frère du roi de « Portugal , afin de savoir ce qui était « au delà de Saint-J<icques de Finis* c terre; lesquels vaisseaux ainsi équi- « pés firent toujours voile vers le cou- « chant l'espace d'environ cinq cents « milles d'Allemagne; à la fin ils découvrirent un jour ces dix Iles; y «ayant pris terre, ils n'y trouvèrent « que des déserts et des oiseaux si ap- « privoisés qu'ils ne fuyaient devant « personne; maison n'aperçut dans ces « déserts nuNe trace d'nomme ni de « quadrupède , ce qui était cause que « les oiseaux n'étaient pas farouches* « Aussi furent-elles nommées îles dos *Açores, ce qui veut dire îles des « Autours. D'après l'ordre du roi de « Portugal , on y envoya Tannée sui- « vante seize vaisseaux , avec toutes « sortes d'animaux domestiques, et on « en mit une partie dans chaque Ile « pour y multiplier. »
Si les faits racontés ici dataient en effet de la régence de l'infant dont Pedro, ils seraient postérieurs à l'année 1439; mais comme l'année 1431 est celle que donnent tous les auteurs, il en faudrait conclure que Terreur tombe sur le nom du prince , et qu'au lieu de l'infant dom Pedro, tuteur d'Alfonse Y, c'est du roi Jean Ier qu'il s'agit. On pourrait se trouver fort embarrassé de l'alternative, si l'on ne remarquait dans la chronique de Guinée de Gomez-Eannes de Zurara un passage qui nous fait connaître la cause de la contusion dans laquelle est tombé Beheim.
« En l'année 1445 , dit Zurara , l'in- « fant dom Henri envoya un chevalier «nommé Gonçalo Velho, comman- « deur en l'ordre du Christ, pour peu- « pler deux autres Iles qui sont éloi- « guées de celle de Madère de 1 70 lieues «au nord-ouest; l'infant dom Pedro « avait envoyé peupler l'une, du con- « sentement de son frère; mais sa mort « suivit de près , et elle demeura ainsi « à l'infant dom Henri ; l'infant dom « Pedro lui avait donné le nom de « Saint-Michel , pour la singulière dé- « votion qu'il avait toujours eue à ce « saint. »
LTJKITERS.
Ainsi Je nom de l'înfent dom Pedro, qui n'avajtà întervenirquepottfBaint- Michel a été un peu étourdimenfc rapprocha par Beheim de la date de î4èt gui ne rapplique qu'aux Formigas et a Sainte- Marie. ■ ■
Au surplus , nous avons déjà des indications précises en ce' qui concerne la désignation des trois premières lies ; c'est pour les époques ultérieures que les dates manquent ; voici celles que nous fournît Barrcfe : « Nous n'avons, k du tempsdu roi Alfonse, que quelques « mémoires qui se trouvent uux ar*
* chïves de 7bm6oetdans les registres
* ^ es comptes Nous y voyons
« qu'en l'année 1449, le roi permit à
* firifânk dom Henri d'envoyer colo- « njser les sept îles des Açores décou- « vertes à cette époque , et dans les*
* quelles avait été débarqué quelque
* bétail , suivant Tordre du même in- « fant, par un Gonçalo Velho, cona^-
* mafndeur d'Almourbl près dé Tancos.
« Et en l'année 1457, le roi fit octroi « à l'infant dom Fernando, son frère, « de toutes les îles Jusqu'alors décou- « vertes , avec juridiction civile et cri- « mînelle sous certaines' réserves. Et « en, 1460 Hnfantdom Hetori fit à l'in- « fciïit dom fernando, s6ti neveu et son « fils adoptif , donation des' deux fie*
* de Jésus et de Gracieuse, '4e peser* «vant seulement la juridiction spiri- «tuelle <5fui appartenait à l'ordre- du
* Christ dont i l'était grand maître : et « cette donation fut confirmée par le
* roi à Lisbonne, le * septembre de « ladite année. »
Des lettres royales du 14 février 1453, par lesquelles Alfonse V donne Pile de Corvo a son fils naturel Alfonse duc deBragance, montrent qu'elle était Venue s'ajouter nouvellement aux dé^ couvertes antérieures ; et Flores , sa voisine, dut être visitée à la même époque.
Ainsi, sauf Flores et Corvo, toutes Tes Açores étaient donc connues des Portugais en 1 449, et la reconnaissance de tout l'archipel pourrait avoir été complète en 1453 ; ce qui ne permet pas d'adopter les dates plus tardives conjecturalement proposées par le père
Gordeyro et répétées par la plupart des riiodernes. il faudra rejeter, par un Motif contraire, les dates trop hâtives delà colonisation durFayal et des fies peuplées ultérieurement , si Ton s'en rapporte à cette autre annotation de Beheim sur les Àçores :
• « Les susdites ttee^irent habitées Tan « 1466, lorsque le roi de Portugal les « donna, après beauooup d'instances , à
• la duchesse de Bourgogne sa sceur< « nommée Isabelle (*). Il y avait alors
• en Flandre une grande» guenre et une «extrême disette, et ladite duchesse « envoya de Flandre dansées fies beaun coup de monde , hommes** femmes «de tous les métiers, ainsi que des « prêtre», et tout ce qui appartient au
• culte religieux , comme aussi phi> « siears vaisseaux chargée, de meubles « et ce qui est nécessaire à la culture « des terres et à la construction des « maisons ; et ejieiit donner pendant « deux ans tout ce dont ils pouvaient « avoir besoin pour subsister, afin «qu'à l'avenir; dans toutes les messes, « chaque personne dit à son intention « un Ave Maria : lesquelles personnes « étaient près de deux mille, et avec « celles qui sont arrivées postérieure* « ment ou nées d'elles , cela fait plu- « sieurs milliers. En 1490, il y avait « encore plusieurs milliers de persou- « nés , tant Allemands que Flamands , « qui y avaient passé avec le noble et « preux chevalier Josse van Huerter, « seigneur de Mœrherke en Flandre , « mon cher beau-père , à oui ces îles « ont été données , pour lui et sa pos- « térité, par la dite duchesse de liour- « gogne. Dans, lesquelles fies croît le « sucre portugais ; et les fruits y mu- « rissent deux ibis Tan, attendu qu'il « n'y a point d'hiver ; et tous les vi- « vres y sont à bon marchés de sorte « que beaucoup de monde peut encore « y aller chercher sa subsistance. *
Goi+vernement des capitaines donataires.
Par suite des concessions faites à
(*) Isabelle était soeur du roi Edouard , mort en i438, mais tante du roi Alfonse, qui régnait ea 1 466. •»
ILE» OR IMFfUQUE.
cm premiers fondateurs de (a colonisation des Açores % ces îles se trouvaient réparties entre cinq capitaines donataires , dont le premier* Gonçalo Veloo, tenait à la fois Sainte-Marie et Saint-Michel; le second, Jacques de Bruges, avait la double possession de Teroèreet de Saint-George; un troisième, Pierre Correa da Cunha , possédait exclusivement Graciosa; Josse Tan Huerter avait pour son domaine les deux Mes du Fayal et du Pic; enfin dont Maria de Vilhena avait pour son lot Flores et Corvo.
Le père Cordeyro a soigneusement recueilli l'histoire généalogique de la succession de tous ces petits seigneurs; nous nous bornerons a indiquer sommairement les diverses phases de leur possession héréditaire.
Quant à Sainte-Marie et Saint-Michel, Gonçalo Velho obtint la faculté de les transmettre à son neveu , Jean Soares d'Albergaria, fils de sa sœur, et celui-ci fut autorisé à son tour à céder Saint-Michel à Rui Gonçalves da Caméra, ne ae réservant pour hiimëmeque Sainte-Marie ; en sorte que ces deux lies formerait désormais deux eapitainies distinctes. Celle de Sainte-Marie passa successivement, de père en fils, à Jean II Soares de Sousa , à Pedro, à Braz , à Pedro II , et enfin à Braz II , en la personne duquel s'éteignît cette lignée ; %t le domaine fit alors retour a la couronne , tous le règne de la maison d'Espagne.
La capital nie de Saint- Michel passa également, de père en fils, de Rui Gonçalves da Caméra à Jean Rodripoez, à Rui II, à Manoël , et à Rui III , qui fut gratifié du titre de comte par Philippe II.
Pour ce qui est de la capitainie de File Tercère, Jacques de Bruges n'en jouit que peu d'années ; une trame , ourdie par uq de sas compagnons de fortune, Diogo de Teve, que l'ambition de lui succéder animait sourdement contre lui , parvint à lui faire entreprendre un voyage pour sa patrie, dans lequel il disparut. Diogo de Teve s étant rendu à Lisbonne , l'épouse de Jacques de Bruges, Sancha
ftodrtguas de Arca , dame de Imômte Béatrix , l'accusa hautement du meurtre de son époux; il fut arrêté, et mourut six jours après dans sa prison.
L'anglais* Edouard Paim, gendre de Jacques de Bruges , fit valoir en faveur de sa femme le droit d'hérédité même féminine qui avait été concédé à son beau-père; et la mort rayant frappé sur ees entrefaites, son fils Diego Paim poursuivit la même réclamation ; mais pe fut sans succès : H avait été irrévocablement disposé de cette capitainie au commencement de 1464 , an faveur de deux chevaliers , Joam Vaz da Costa Cortereal, et Alvaro Ma r tins Homem, auxquels on avait partagé l'île de manière à ce que le premier eût pour son lot la partie du nord , avec le titre de capitaine donataire d'Angra , et qu'au second échdt la partie du sud où était l'établissement de Jacques de Bruges , avec le titre de capitaine donataire de la Praya.
Alvaro Martins Homem eut pour successeur son fils Antoine , qui fut remplacé lui-même par son fils* Alvaro II , auquel succéda à son tour son fils atné Antoine II ; celui-ci étant mort sans postérité masculine , son frère Antoine de Noronha obtint de lui être substitué; mais il fut enlevé par la peste sans laisser d'enfants , et la capitainie de la Praya , devenue vacante, fut réunie parle roi Philippe II à celte d'Angra.
Cette dernière avait passé , en ligne directe , de Jean Vaz à Vasou'Eannes, puis a Manoël , ensuite à vasqu'Eannes II, après la mort duquel son gendre Christophe de Môura obtint de Philippe II non-seulement la capitainie d'Angra avec l'Ile de Saint-George 2ui en dépendait, mais encore celle e la Praya , qui y fut désormais réunie/Le nouveau donataire, très en faveur auprès du monarque espagnol, devint successivement gentilhomme de la chambre, marquis de Castello- Rodrigo, et vice-roi de Portugal.
La capitainie de Graciosa passa hé* réditairement de Pierre Correa da Cunha à son fils Edouard et à son petit-fils George, après lequel elle fut
L'UNIVERS
obtenue par Ferdinand Contînho Marichal , leur parent, qui la laissa à son fils, Ferdinand II. Le roi Philippe II en gratifia ensuite Pierre Sanches Farinba, et son fils Rodrigue, qui eut aussi celle de Fayal ei Pico.
Celle-ci avait été laissée par Josse de Huerter à son fils Josse II , et par ce dernier à son fils Manoël ; à la mort de celui-ci , Alvaro de Castro en avait été pourvu au préjudice de Gaspard de Huerter, fils de Manoët ; mais il y avait renoncé par scrupule, et à son défaut François Mascarenhas en avait reçu provisionnellement l'investiture du roi dom Sébastien. Cependant les héritiers n'avaient point renoncé à la
rrsuite de leurs droits , et Jérôme Huerter, fils de Gaspard , obtint juridiquement, en 1582, sa réintégration. Après lui, cette capitainie fut réunie à celle de Graciosa , en la personne de Rodrigue Sanches de Baena .Farinha, qui l'obtint du roi Pierre II.
Quant à la capitainie de Flores et Corvo , elle passa , de Marie de Vi- Ihena aux comtes de Santa-Cruz.
Jusqu'à l'avènement de la maison d'Espagne au trône de Portugal , les capitaines étaient les uniques gouverneurs des fies dont ils avaient respectivement la possession ; mais Philippe II ne leur en laissa plus que le domaine utile, et nomma, pour y commander en son nom , des gouverneurs militaires, qui furent remplacés ensuite par des capitaines généraux, à l'avènement de la maison de Bragance.
Ce double changement de maîtres, considéré en Portugal comme le commencement et la fin d'une usurpation étrangère, est marqué , dans les annales des Açores, par des événements militaires qui méritent d'être spécialement rapportés, car ce sont les grandes pages de l'histoire de ces îles, dont la vie politique n'offrirait sans cela qu'une longue et aride monotonie.
Conquête des Scores par Philippe II d'Espagne.
Le coup fatal qui trancha prématurément les jours du roi dom Sébas-
tien sur la terre d'Afrique sembla aussi frapper à mort la grandeur et la puissance du Portugal ; sans postérité, unique rejeton lui-même de son prédécesseur, il laissait la couronne en proie à des prétendants collatéraux
3ui tenaient leurs droits , à des titres ivers, de son bisaïeul le roi Emmanuel. Le cardinal Henri, son grandoncle, primait il est vrai tous les autres et tut immédiatement proclamé ; mais à son âge , avec ses infirmités , son règne ne pouvait être qu'une courte transition.
La succession du cardinal-roi fut donc immédiatement disputée entre ses neveux et petits-neveux ; son frère aîné, l'infant dom Louis, n'avait laissé qu'un fils naturel, Antoine, grand prieur de Crato ; sa soeur aînée , l'infante Isabelle , l'épouse de Charles- Quint, était représentée par son fils le roi d'Espagne, Philippe II, qui se targuait d'être le plus proche héritier légitime ; quant aux autres prétendants, ils étaient trop faibles pour que leurs titres fussent d'un grand poids.
Antoine , qui malgré la tache de sa naissance avaft voulu faire valoir son droit de primogéniture dès la mort de dom Sébastien, parvînt à se faire proclamer après la mort de son oncle le roi Henri ; mais Philippe II envoya contre lui le duc d'Albe, qui l'eut bientôt dépouillé du Portugal. Il n'en fut pas tout à fait de même' aux Açores.
Dès la fin de juillet 1580, la municipalité de Lisbonne avait notifié à celle d'Angra la proclamation du nou-v veau roi dom Antoine, et ce prince lui-même avait dépéché vers les Iles un commissaire nommé Antoine da Costa , qui touchant d'abord à Saint- Michel y fit reconnaître son souverain, et arrivé à Tercère, pourvut à l'accomplissement solennel de. la même formalité; après quoi il passa au Fayal à pareilles tins, et y mourut au bout de huit jours. Après la victoire du duc d'Albe, pendant que le monarque battu allait demander en France et en Angleterre des secours pour le maintien de ses droits , la municipalité de Lisbonne écrivit encore à celle d'Aiigra
pour lui notifier son adhésion à la nouvelle dynastie ; mais cette démarche demeura sans effet; bien plus, un noble chevalier , Jean de Béthencourt , ayant osé tenter dans la ville une démonstration en faveur du monarque espagnol , fut saisi , mis à la chaîne , et un peu plus tard décapité pour ce fait. Et sur le simple soupçon d'être affectionnés au même parti, les jésuites d'Angra furent emprisonnés dans leur couvent, dont les issues furent murées.^
Philippe II n'était point homme à endurer longtemps cette résistance.
Au mots d'avril 1581 , il dépécha aux Açores sur le galion le Saint- Christophe , avec le titre de gouverneur, Ambroise d'Aguiar Coutinho , qu'il chargeait d'aller le faire reconnaître auxTercères; en passant devant Saint- Michel , d'Aguiar y déposa Thomas Rodrigues Tibao, avec ordre d'y faire proclamer son souverain ; ce qui eut lieu sans opposition, bien qu'au grand regret des insulaires, surtout des. habitants de Villa-Franca ; arrivé luimême devant Angra, d'Aguiar n'y fut point reçu , et se vit forcé de retourner à Saint-Michel, où il prépara aussitôt une attaque contre 111e réfractaire.
Des le mois de juin suivant , une division de sept grands navires, commandée par Pierre Valdès, partit de Sainte-Marie avec nombre de gentilshommes et de gens de mer, ayant en outre à bord mille hommes de troupes de débarquement, à la tête desquels d'Aguiar plaça le mestre de camp Jean Values, chevalier renommé pour sa bravoure, et cousin du commandant de l'expédition ; la flotte vint accoster a Tercère du côté de l'est , en un lieu autrefois appelé Casa da Saïga (maison de la Gabelle), et mit à terre, le 23 juin, jour de la Saint- Jacques, quatre cents hommes bien armes avec de l'artillerie; cette petite troupe s' emparant de quelques canons qui étaient restés dans ce poste, brûlant le peu d'habitations qui s'y trouvaient et incendiant les moissons , mit en fuite les paysans, qui coururent donner In-
forme à la ville de la Praya. La population ayant aussitôt pris les armes , marcha sur les Espagnols,, en chassant devant elle des troupeaux de gros bétail qui jetèrent le désordre parmi les assaillants et les livrèrent pour ainsi dire à la merci des insulaires exaspérés. Tous restèrent sur la place, et les Castillans perdirent en cette occasion non -seulement leur chef Jean Valdès, mais encore don Jean de Bazan neveu du marquis de Santa - Cruz , un neveu du duc d'Albe , et beaucoup d'autres gentilshommes. Le butin fut considérable.
C'était pour l'Espagne un motif de chercher au plus tôt à venger cet échec. Aux premiers jours d'août on vit arriver à Saint-Michel une autre escadre de vingt-deux navires, commandés par Lope deFigueroa, dont les forces, réunies à celles de Pierre Valdès , formaient un total de près de trente voiles, qui vint se présenter devant Angra. On essaya d'abord de parlementer en envoyant à terre un franciscain bien connu dans le pays, et sur l'habileté duquel on comptait pour ramener les esprits à la cause de Philippe II; mais on ne laissa même pas approcher son ' bateau , qu'on accueillit a coups de fusil. Après une huitaine de jours passés à louvoyer en vue de l'île , on voulut tenter un débarquement pendant la nuit; mais les troupes furent reçues par un feu d'artillerie et de môusqueterie si bien nourri , qu'elles se virent obligées de se retirer sans avoir pu mettre pied à terre, et la flotte s'en retourna à Lisbonne. Les fonctions de gouverneur étaient exercées, depuis la proclamation du roi Antoine, par le corrégidor Cyprien de Figueyredo deLemos, qui les continua jusqu'à l'arrivée , en février 1682 , du titulaire Emmanuel da Silva , comte de Torres-Vedras , muni des pleins pouvoirs de ce prince.
Au commencement de mai 1582, il vint à Saint-Michel une flottille commandée par le capitaine Pedro Peyxoto da Silva; mais elle ne put rien tenter contre Tercère, attendu qu'elle fut vivement attaquée en rade même de
I/UNÎVERS.
Saint-Michel par une petite division française sous les ordres d'un officier du nom de Landroy, dont l'aoparition jeta l'épouvante dans toute l'île, et refoula la population dans l'intérieur ; après quoi elle s'éloigna , à la vue de quatre navires génois que Lorenzo Cenoguerra amenait au secours des Castillans, et qu'il vint amarrer sous la protection du fort, en dedans de la rade où Peixoto était mouillé.
Le gouverneur Ambroise d'Aguiar {tant mort quelque temps après , les habitants de Saint-Michel lui donnèrent pour successeur, par voie d'élection, son beau-fils Martin Alfonso de Mello, qui entra en fonctions le 5 juillet 1582.
Ce fut sur ces entrefaites, le 14 du même mois, que Ton signala au large de Saint-Michel une grande flotte, sur laquelle se trouvait le roi dom Antoine en personne. Elle était composée de soixante voiles, galions, navires de guerre et autres, montés par 8 000 hommes presque tous français , avec beaucoup de seigneurs et gentilshommes des deux pays. A leur tête se trouvaient, comme amiral de la mer et connétable , le comte de Vimioso , du sang royal de Portugal ; et comme généralissime de l'armée et maréchal, le comte Philippe Strozzi. Un parlementaire fut d abord envoyé à terre Eour proposer une capitulation annale ; mais il fut répondu que l'île ayant embrassé le parti de l'Espagne, elle était décidée a se défendre.
L'attaque fut alors dirigée sur les points les plus vulnérables. Dans la journée du 16 , dix chaloupes ou galères débarquèrent , entre Alagoa et Rosto de Cad, trois mille hommes qui se formèrent aussitôt en bataille; le roi lui-même mit pied à terre avec deux mille hommes de sa garde. Le gouverneur Martin Alfonso de Mello ne pouvant résister à de telles forces, se retira dans la citadelle. Ponta-DeJgada fut saccagée ainsi que presque tous les lieux qui se trouvèrent à portée de l'armée , sauf Villa-Franca qui d'avance avait envoyé sur la flotte taire sa soumission au roi.
On se disposait à emporter de force la citadelle de Ponta-pelgada , lorsqu'on eut la nouvelle dé l'arrivée d'une puissante flotte espagnole : c'était le 21 juillet 1582. Le roi dom Antonio,
Î|ui voulait présenter immédiatement a bataille à l'ennemi, s'embarqua le soir même dans ce dessein; niais le conseil ayant jugé qu'il n'était pas convenable de le laisser prendre part au combat, il se retira à Tercère.
La flotte castillane était sortie des eaux du Tage le 10 juillet, forte de vingt-huit voiles; elle rallia ensuite d'autres navires qui en élevèrent la force à quarante vaisseaux, sans compter les avisos. Elle était commandée par le marquis de Santa-Cruz, Alvar de Bazan , et avait pour mestre de camp général Lope ae Figueroa ; on v avait embarqué 6 000 hommes d'infanterie, beaucoup de noblesse, et des matelots sans nombre. Elle se présenta devant Villa-Franca, mais n'y fut noint reçue , la ville déclarant qu'elle tenait pour le roi dom Antonio. Le 23 juillet, les deux flottes commencèrent le combat et se canonnèrent pendant trois jours sans que l'état de la mer leur permît d'en venir à une action décisive; mais le 26, jour de Sainte-Anne, on parvint à s'aborder; la mêlée dura cinq heures, avec un indicible acharnement; le comte de Vimioso y fut tué; lès Français perdirent leur général et 1200 hommes; quelques-uns de leurs navires furent coulés à fond , beaucoup d'autres entièrement desemparés ; le reste s'éloigna sans être même inquiété par les Espagnols , dont la perte n'avait pas été moins grande. Cependant, comme le marquis de Santa-Cruz était resté à couvert sous le pont de son vaisseau, dont il dirigeait l'artillerie, tandis que les chefs ennemis avaient péri avec la majeure partie de leur noblesse, la victoire demeura en définitive aux Castillans. Le vainqueur souilla ses lauriers du sang de trente gentilshommes et cinquantetrois autres Français , habitants de Villa-Frauoa , qurïl fît décapiter ou pendre comme coupables d'avoir trou-
ILEJ3 Dï L'AFRIQUE.
Mé la paix établie entré la France et
l'Espagne 1 ' " •
Après avoir laissé une garnison de trois mille hommes à Saint-Miefiel, le marnais de Sàhta-Cruz en repartit të 3 août, avec !e reste de ses forcés, pour aller réduire Tercère ; niais ses son*mations y (Virent accueillies par une canonnade si vigoureuse , qu'il ne se crut point en état de vaincre une telle résistance, et qu'il prit le parti de retourner à Lisbonne an commencement de septembre, afin d'y organiser des moyens "plus puissants de succès contre cette fie oui , depuis près de tro;s ans, osait tenir tête au redoutable to\ de toutes les Espagnes.
Une année presque entière se passa en préparatifs ; mais les résultats en forent formidables. Cinq galions, boite grands riavires de guerre, douze splères, deux galéasses, quinze frégates légère^, douze avisos, quatorze earavelfes et sept grandes barques , en tout quatre-vingt-dix-sept voiles; portant quatre mille matelots et neuf nulle soldats espagnols , allemands', italiens et portugais, se trouvèrent, en juillet 1683, aux ordres du mafquis de Saota-Cruz.
D'un autre côté , le roi dom Antonio , après avoir fait à Tercère un séjour de quatre mois, pendant lequel il reçut de grands témoignages de dévouement, surtout de la part d'une-rlehe héritière ( don^ Violante do Canto e Sîlva), gui mit a sa disposition son immense fortune pour subvenir aux frais de la guerre; le roi dom Antonio , dis-je , s'était rembarqué vers la So de novembre pour aller en France solliciter de nouveaux secours. La reine , Catherine de M édicis,mere d'Henri III, ayant pris la résolution de s'opposer aux projets du roi d'Espagne, lui donna neuf compagnies de gens* de pied sous les ordres du commandeur -de Chaste Àjmar de Clermont), gouverneur de la Ville et châteaux de Dieppe et d'Argués, qui devait en outre prendre le commandement des troupes françaises pcisées à Tercère l'année précédente.
Les neuf compagnies formaient un total de quinze cents hommes ; avec
le reste: dés Français, quelques compagnies anglaises et les troupes indigènes, on pouvait compter environ neuf mille hotames armés. Chaste partit le 47 mai t683, et arriva le H juin : il rut reçu à Tercère comme un sauveur; le* pauvres Français qui se trouvaient déjà là pleuraient de Joie en embrassant les pieds ée leurs compatriotes , tant ils avaient eu à souffrir sur cette terre lointaine.
Le désappointement de Chaste fut grand : de tous les renseignements donnés par le roi dom Antonio il y en avait bien peu d'exacts» Outre Tercère , U fallait encore, avec le peu de forées dont on pouvait disposer, défendre le Fayal , où Ton envoya quatre compagnies ; cette tle Tercère , même , qu'on lui avait dit n'être abordable que sur trois points, était pour ainsi dire ouverte de tous oétés, ce qui obligeait de disséminer les troupes en vingtendroits, où leur utilité devenait en quelque sorte nulle si l'attaque «tait lin peu vive. Le comte de Torres* Vedras , que dom Antonio avait laissé oo m me vice-roi, n'était aucunement à la hauteur des circonstances au milieu desquelles le sort l'avait jeté. Faible, indécis, il ne seconda pas le commandeur de Chaste comme il l'eût fallu, et perdit tout.
Le 24 juillet, la flotte espagnole se montra au large de la Praya et, vint ensuite jeter I ancre à la hauteur de Sainte- Catherine, située une lieue pins loin, après avoir canonné différents points de la côte pour faire diversion et cacher ses mouvements. Deux fois le marquis de Santa-Cruz essaya de parlementer; mais n'ayant pu y réussir, il prit le parti d'envoyer à terre à la nage deux prisonniers de Tercère, dont l'on portait au cou une lettre pour le comte de Torres-Vedras : il l'engageait, dans cette lettre, à remettre l'Ile au roi d'Espagne, l'assurant sur son honneur que Sa Majesté lui pardonnerait sa désobéissance, que sa rem me et ses enfants , prisonniers à Madrid, lui seraient rendus, qu'il rentrerait dans ses biens auxquels le roi ajouterait de grands emplois. « Quant
L'UNIVERS
au* Français , continuait-il , Sa Majesté leur pardonnera ausji , parce qu'elle sait qu'ils sont toujours là où il y a des dangers à courir. J'ai ordre de plus de leur faire payer la solde de trois mois, et de leur donner passage pour s'en retourner en France avec les navires qui les ont amenés. » Le comte transmit cette lettre au commandeur de Chaste, qui la déchira sans la communiquer à personne.
Le mardi 26 juillet, les galères et quinze ou vingt grands bateaux débarquèrent, à Sainte- Catherine, 4 600 hommes soutenus par six pièces d'artillerie. La redoute qui protégeait ce point était défendue par deux compa-
Snies de Portugais et par la compagnie u capitaine français Bourguignon, composée de cinquante hommes. Les Portugais s'enfuirent sans même tirer un coup d'arquebuse; le capitaine français se fit tuer avec trente-cinq de ses hommes ; les quinze autres furent tous blessés. Les capitaines du Mayet et de La Grave , et le mestre de camp avaient inutilement cherché à s'opposer au débarquement, lorsque le commandeur de Chaste s'avança dans le même but à la tête d'environ quatre cents hommes. Il se jette sur un corps de sept à huit cents mousquetaires qui s'avançaient vers l'intérieur de 1 fie, en tue plus de quatre cents, et mène le reste battant jusqu'à une petite montagne au pied de laquelle l'armée espagnole s'était rangée en bataille. La position fut vivement disputée , prise et reprise quatre à cinq rois ; mais elle resta enfin aux Français, car leur chef était décidé à mourir plutôt que de reculer d'un pied.
Sur le soir, le comte de Torres-Vedras arriva avec mille Portugais et trois ou quatre cents vaches, qu'il comptait bien employer comme auxiliaires dans le combat , ainsi que l'avaient fait peu de temps auparavant les habitants de la Prnya, qui durent à ces animaux de remporter une victoire signalée sur les Espagnols. Chaste repoussa avec énergie un tel moyen, comme indigne de véritables hommes ' de guerre, et reprocha fortement au
comte d'arriver alors qu'il n'était plus temps de s'opposer à la descente des Castillans et que 111e était perdue !
« Mais enfin , ajouta-i-il , puisque la faute est faite, je ne vois d'autre remède que de faire une mort honorable ensemble , plutôt que de souffrir la cruauté dont l'Espagnol est accoutumé d'user depuis quelque temps même à l'endroit des Français. » Le comte répondit qu'il reconnaissait avoir tort , mais qu'il ne pouvait se rendre au combat , que du reste il y enverrait tout son monde.
Chaste, se voyant si lâchement abandonné, résolut néanmoins de rassembler le reste de ses hommes et de marcher en avant ; mais la nuit s'o'pposa à ce projet , et l'obligea de camper à quelque distance de 1 ennemi. A une heure du matin, on vint l'avertir que les Portugais s'étaient enfuis dans les montagnes. Le comte lui proposa alors de se retirer aussi dans l'intérieur, sur un point qui les laisserait maîtres de l'Ile* Les capitaines français eussent préféré se jeter dans les forts d'Angra; mais Torres-Vedras qui tenait les Français en grande méfiance, les en dissuada. Se rangeant à l'avis du comte, Chaste avait commencé à le suivre, lorsqu'on lui apprit que, gagnant la côte, il s était enfui dans un bateau.
Chaste revint alors à la proposition de ses capitaines, et envoya reconnaître les forts d'Angra ; mais il n'était plus temps , les Portugais venaient d'en remettre les clefs aux Espagnols, qui les avaient occupés. Il ne restait plus aux Français d'autre ressource que de se replier sur le village voisin de Nossa Senhora de Guadalupe et de s'y retrancher, ce qu'ils firent. Dans cette tentative désespérée, le courage des soldats français ne put se maintenir toujours à la hauteur de celui de leur chef; affaiblis par les privations, dénués de tout, ils se mutinèrent à deux reprises différentes, et il ne fallut rien moins que la conduite pleine de dignité , les paroles pleines de noblesse de Chaste, pour faire rentrer dans le devoir ces hommes un moment égarés.
Le courage de ce noble chevalier et
sa fermeté d'âme lui avaient .d'ailleurs gagné l'amitié des chefs ennemis Deux d'entre eux , Pierre de Padilla et Augustin Iniguez, lui écrivirent dans la nuit, que, connaissant sa position dése*pérpe , ils avaient intercédé auprès du général pour qu'il eût la vie sauve, et que cela leur avait été accordé.
Chaste leur fit répondre verbalement « qu'il remerciait bien fort ces messieurs qui craignaient plus que luimême la perte de la vie; qu'elle n'était pas en si grand hasard qu'ils pensaient; que quand bien même il la perdrait ainsi que ses compagnons pour le service du roi son maître , il la tiendrait bien employée, mais que ce ne serait pas sans la leur vendre bien cher. »
Après cela et. malgré tout ce qu'il arail éprouvé de dégoûts de la part des Portugais, et voulant les mettre à portée de réparer leurs torts , il leur proposa de se joindre à lui , leur déclarant qu'il était prêt à retourner au combat et à rejeter toute offre de composition, bien qu'il y fût engagé, s'ils prenaient la résolution de mourir avec
Xon-seulement sa lettre resta sans réponse, mais les capitaines portugais commirent à. cette occasion l'insigne lâcheté de la faire porter au marquis de Santa-Cruz, auquel ils demandèrent en même temps de passer dans l& rangs espagnols, pour s'employer a la mort des Français, après avoir* en outre livré leur général le comte de Torres-Vedras. Celui-ci avait été arrêté dans sa fuite, et s'était sauvé dans ta cavernes de 1 intérieur de l'île ; le commandeur de Chaste ignorait cette circonstance et lui avait fait demander des vivres; il apprit bientôt par ses propres yeux qu il n'avait rien à «pérer de ce côté, car le comte se présenta à lui dans FétaMe plus pitoyable, n'ayant pas mangé de pain depuis st jours.
Lne seconde lettre adressée au gérerai français par les deux officiers espagnols dont nous avons parlé, eut t« réponse encore plus tiere que la pamère. Mais hélas! c'était se roidir "utilement contre la destinée, et vou-
Joir surmonter des obstacles plus grands que toute force humaine. Au moment où il repoussait toute proposition d'arrangement , une partie de ses troupes passait a l'ennemi, le reste semblait disposé à en faire autant, les munitions et les vivres lui manquaient, ses malades restaient privés des soins les plus indispensables. Alors seulement il consentit à négocier, et obtint du marquis de Santa-Cruz la signature d'une capitulation dont voici les trois articles :
ri! sera permis au commandeur de Chaste et à ses gens de se retirer en France avec leurs épées et leurs dagues.
2° Il leur sera donné à cet effet des vaisseaux et tous les vivres nécessaires. 3° Le marquis de Santa-Cruz jurera sur les saints Ë va agiles d'observer la dite composition.
Les troupes françaises s'embarquèrent le 14 août; mais elles n'arrivèrent en France que plus de six semaines après, ayant beaucoup souffert du mauvais temps et des vents contraires. Quant au comte de Torres-Vedras, sa tête fut mise à prix pour cinq cents ducats; un caporal espagnol s'empara de lui, et il eut la tête tranchée sur la place d'Angra. Sa mort lui fit pardonner toutes les faiblesses de sa vie; elle fut digne d'un chrétien et d'un soldat.
Dès que la prise de l'île de Tercère avait été assurée, c'est-à-dire six jours avant la capitulation accordée au commandeur de Chaste, le marquis de Santa-Cruz avait envoyé au Fayal Pierre de Tolède, marquis de Villa - Franca, à la tête de trois mille hommes. Cette île était défendue par le capitaine Caries, de Bordeaux, à la tête de quatre cents Français, et par des troupes portugaises : celles-ci, comme celles de Tercère ? s'enfuirent à l'approche de l'ennemi ; les Français, décidés à mourir, se jetèrent en avant, taillèrent en pièces cinquante à soixante Espagnols retranchés dans un fort sur le bord de la mer, et marchèrent sur un corps d'armée que commandait en personne Pierre de Tolède; mais la
L'UNIVERS
latte était trop inégale : repoussés dans Tiiitérieur, ils se replièrent eri bon ordre sur un fort qu'ils occupaient en premier lieu , et capitulèrent enfin aux mêmes conditions que ceux de la Tercère, qu'ils ne tardèrent pas à rejoindre.
La soumission des autres Açores suivit de près celle de Saint-Michel , de la Tefcere et du Fayal, sans opposition. Le marquis de Santa-Cruzy séjourna peu de temps après avoir achevé sa conquête ; il laissa en partant le gouvernement de ces fies à Jean d'tfrbina , que Philippe II avait nommé à cet effet.
La dépossession du roi dom Antonio fut alors complète et sans retour ; en vain demanda-t-il à l'Angleterre de lui prêter secours : elle envoya des flottes, il est vrai, et les noms de Raleigh, deDrake, deNorris, de Cumberland, d'Essex , figurèrent dans ces expéditions qu'Elisabeth dirigeait contre Philippe d'Espagne; mais les intérêts de dom Antonio y comptaient pour bien peu, et les Açores n'en éprouvèrent que des pillages ; en 1586 le Fayal fut dévaste, en 1587 ce fut l'île de Flores; de nombreuses prises furent faites dans l'archipel en 1589 ; et même après la mort de dom Antonio, en 1597, Raleigh opérait encore une descente au Fayal.
C'était, pour ces malheureuses îles, comme un prélude aux actes de piraterie Qu'elles eurent à endurer de la part des corsaires algériens qui s'abattirent sur Sainte-Marie en i616 ^ sur Gracieuse en 1623, et que Ton vit encore revenir eu 1676 dévaster Sainte- Marie.
Maître enfin de Tercère, Philippe Iï voulut pourvoir à la conservation de $à conauéte ; il ût élever ou plutôt agrandir et renforcer, au-dessus d'Angra , sur l'emplacement de l'ancien Fort Saint-Antoine , une citadelle qui lui assurât non-seulement la possession de Tercère, mais celle du reste de l'archipel. Le commandant Antoine de (a Puebla et l'évéque Emmanuel de Gouvea en posèrent la première pierre en 1591 avec grand apparat. C'était
une de ces forteresses comme les Espagnols en dressèrent sur les points principaux de leurs immenses possessions, constructions puissantes où les combinaisons de l'art le disputaient aux avantages de positions que la nature avait déjà rendues formidables.
Ses hautes murailles enfermaient un espace assez étendu pour contenir cinq cents habitants , des casernes pour une forte garnison, une église, un palais pour les gouverneurs, et des bâtiments appropriés à différents besoins, sans préjudice de l'emplacement nécessaire pour les exercices. A l'extérieur, des courtines , des forts , des batteries basses sur les rivages de la baie, y complétaient le système de défense. Cent soixante pièces d'artillerie , la plupart en bronze , parmi lesquelles on remarquait des canons de 48 livres de balle et une pièce fameuse
f>ar sa longueur et sa grosseur, appeée la Mcuuca, garnissaient les embrasures. Des munitions de toutes espèces, des vivres en abondance, plusieurs fontaines d'une eau excellente, permettaient d'y faire une longue résistance. Cet ensemble de fortifications redoutables s'étageait sur les flancs du Morro do JBrazil. On lui imposa , en l'honneur du souverain, le nom de forteresse de Saint-Philippe.
Restauration de la domination par tugaise.
Parmi les prétendants qui avaient invoqué leurs droits héréditaires à la couronne de Portugal, en concurrence avec dom Antoine et Philippe II , se trouvait l'infante Catherine, nièce comme eux du roi Jean III, et qui pouvait opposer à Antoine sa bâtardise, à Philippe sa qualité d'étranger et de représentant d une ligne féminine, tandis qu'elle venait elle-même aux droits de son père l'infant dom Edouard.
Ces droits , elle les transmit à son petit-fils Jean, duc de Bragance, dont ta lignée paternelle remontait en outre directement à Alphonse , premier duc de Bragance, fils naturel du roi Jean I*r.
Une révolution inopinée vint tout à coup, à la fin de 1640, donner une valeur réelle à ces droits , et substituer h dynastie de Bragance à celle d'Espace : Je petit-fils de Catherine, proclamé à Lisbonne le 1er décembre , sous le nom de Jean IV, fut solennel- :ement reconnu par les cortès du royaume le 28 janvier 1641.
La première nouvelle de cette révolution inattendue fut apportée aux Açores par Une caravelle qui arriva à Tercère au commencement de janvier, ayant à bord le commandant de la Fraya. Le commandant espagnol de la citadelle cfAngra, Alvaro de Viveros , eo ayant eu avis, ne perdit pas un instant pour s'approvisionner sans éclat, afin d'être prêt à tout événement; de son coté , la ville , où cette nouvelle \Lntà transpirer, prit quelques mesures de précaution, pour sa propre sûreté, contre l'opposition qu'elle pouvait prévoir de ta part de la citadelle, lorsque viendrait le moment de proclamer le nouveau roi.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au 25 mars, jour où la ville de la Praya, à l'instigation de son commandant, se déclara ouvertement pour Jean IV. Les défiances mutuelles de la ville et de la forterese d' Augra furent alors plus grandes que jamais , et les hostilités devinrent imminentes. Elles «datèrent deux jours après. Viveros ayant envoyé un servent avec quelques soldats pour requérir du capitaine qui com.-napdait.ie poste de la milice urbaine, ^arrestation d'un habitant , ce capitaine crût d'abord nécessaire d'alkr prendre les ordres de son supérieur, chez lequel if se rendit ac- ^mpagné des soldats espagnols; la populace, croyant qu'on emmenait prisonnier le capitaine des milices ?
> ameuta contre les soldats, lesquels firent usage de leurs armes pour se décadré; ce fut le signal d'un soulèvement général du peuple, qui assaillit •ts Espagnols aux cris de Vive le roi Jtan IV; eeux-ci parvinrent à regagner leur corps de garde, après avoir l*rdu un des leurs et avoir blessé quelques miliciens.
Le peuple, impatient d'être sans armes, se mit à briser les porte* des" magasins où il s'en trouvait. A la vue de cette émeute , le canon de la citadelle commença a gronder ; un soldat et une femme furent atteints par le
{>remier boulet; mais en général F'artïferie de la forteresse flt peu de mal à la ville, par-dessus laquelle passaient lax majeure partie des projectiles i ce ne fut d'ailleurs qu'une démonstration comminatoire , une sorte d'avertissement instantané, dont Viveros attendit ensuite l'effet. Mais il n'y fut répondu que par le rappel des tambours qui battirent dans toute la banlieue, pendant qu'on envoyait demander au commandant de la Praya d'amener le plus de monde et d'armes qu'il pourrait.
Le même soir arrivèrent les* rnifices de San-Bento, du Vaf de Linharesr et de Ribeirinha, qui se mirent aussitôt à travailler aux tranchées que Ton établissait à la tête des rues contiguës à la forteresse; une sortie faite Dar les Espagnols pour s'y opposer , rut repoussée avec intrépidité. Le lendemain matin, 28 mars, le commandant de la Praya avec ses^capitaines, amena plus de huit cents combattants bien armés et excellents tireurs, pendant que les localités voisines envoyaient neuf autres compagnies avec leurs officiers , des armes et des munitions.
Avec ces renforts , non-seulement on activa le travail des tranchées , mais on entreprit même d'attaquer le petit fort de Saint-Sébastien , occupé
{>ar les Espagnols et reconnaissant 'autorité de la citadelle. Il fut emporté d'assaut par la milice de Ribeirinha , secondée seulement par quelques soldats détachés d'une autre compagnie. Ce fut un succès important pour les Portugais; car à partir de Ce jour la citadelle ne pouvait plus recevoir de secours du dehors, et rien ne s'opposait plus au contraire à ce qu'il en arrivât à la ville.
Mais la citadelle était toujours menaçante; les tranchées étaient l'objet d'attaques continuelles , et les boulets ne cessaient de pleuvoir sur la ville ,
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bien qu'ils fissent peu de mal. D'un autre côté, les assaillants redoublaient d'ardeur : aux tranchées on vit s'ajouter divers forts élevés par quelques particuliers sur les points les plus favorables : un entre autres construit par les marchands anglais sur les hauteurs de Sainte- Luce, incommodait singulièrement les Espagnols. Dix compagnies de milice étaient toujours sous tes armes, formant la ligne entre la forteresse et la ville.
Ces dispositions faites, le commandant de la ville d'Angra , Jean de Béthencourt , procéda en grande pompe à la proclamation solennelle du roi Jean IV. La môme cérémonie eut lieu le 6 avril à Saint- Michel, et successivement dans les autres Iles : nulle part il n'y eut d'opposition. La citadelle d'Angra seule protestait, par sa résistance , contre le grand événement politique qui venait d'avoir lieu. A partir de ce moment, Saint-Michel, le rayai, Saint-George , et les autres fies envoyèrent à Tercère des soldats, des armes , des munitions et des vivres.
Tout cela y arrivait la plupart du temps par les petits ports des environs, car celui d'Angra était encore de difficile accès à cause du voisinage de la citadelle.
Le 7 avril parut devant la Praya un navire sur lequel se trouvaient des troupes espagnoles , envoyées au secours de la citadelle ; le commandant . était un Portugais nommé Manoel do Canto et Castro , lequel se Gant aux nombreuses relations de famille qu'il avait dans l'île, pensa pouvoir débarquer sans obstacle au Porto-J.udeo ; mais soldats et équipage furent immédiatement faits prisonniers , et le navire , changeant de maître , fut em- Sloyé quelques jours après à capturer eux frégates qui étaient envoyées de Se ville pour porter des ordres a la citadelle. Ces trois bâtiments devinrent le noyau d'une flottille qui fut bientôt portée à quinze navires, au moyen desquels on put désormais intercepter les secours et les ordres qui arrivaient d'Espagne.
A terre, les succès n'étaient pas
moins heureux ; deux vaisseaux castillans étant parvenus à débarquer sur la côte un renfort de trois cents hommes , huit compagnies de milice envoyées contre eux les firent prisonniers sans coup férir. Le siège se poursuivait d'ailleurs avec activité.
Dans la nuit de la Saint-Jean , à la suite des réjouissances auxquelles la ville s'était livrée à l'occasion de la fête 'du roi, il y eut aux tranchées un engagement terrible, le plus acharné qu'on eût encore vu.
Au mois de juillet, on apprit par des déserteurs que l'état dans lequel se trouvait la garnison de la citadelle commençait à devenir intolérable; il n'y restait plus que trois cents hommes en état de combattre; les munitions étaient diminuées de moitié ; et auant aux vivres, on venait d'être réuit à manger trois chevaux de ser- . vice. Le 25 octobre, on avait recours aux rats et autres animaux immondes pour se nourrir; beaucoup n'avaient plus de vêtements; le nombre des malades était considérable , et la faim ôtait leurs forces aux valides : on calculait que les dernières ressources seraient épuisées à la Noël. Le commandant conservait cependant la même fermeté, la même énergie, et il ne fit cesser les sorties qu'à la fin de décembre , après que ses redoutes extérieures eurent été complètement détruites par quelques expéditions de nuit. Les commandants portugais lui firent proposer de rendre la forteresse au roi Jean IV : « J'en ai fait hommage au « roi Philippe, répondit-il, et je rnour- « rai plutôt en combattant. »
Il fut alors arrétédans un conseil tenu par les commandants, qu'on livrerait un assaut général par terre et par mer à la citadelle ; on s'y prépara par une communion générale faite le 1er janvier 1642 dans la cathédrale, et les ordres furent donnés pour le 3 janvier ; mais l'état de la mer ne permit pas de mettre le projet à exécution, et il n'y eut qu'une légère attaque au pied des murailles.
Le 30 janvier, le père Francisco Cabrai, supérieur des jésuites, écrivit au
brave Vireras pour lui proposer d'entrer en négociations; cette lettre amena use entrevue qui n'eut d'autre résultat qu'une trêve de six jours , à l'expiration de laquelle la citadelle recommença à tirer sur la ville. Cependant le 24 février, l'intrépide gouverneur, réduit à la plus affreuse extrémité, demanda à entrer en pourparler. Après beaucoup d'allées et de venues, on signa enfin une capitulation par laquelle la garnison espagnole sortait avec tous les honneurs de la guerre. De cinq cents hommes dont elle se composait w commencement du siège, il en restait à pefne deux cents. Bon nombre de ceux-ci demeurèrent dans l'île ; les autres partirent pour l'Espagne. Telle fut l'issue de ce siège qui dura deux ans presque entiers, et où Ton fit de part et d'autre preuve d'autant de courage que de persévérance.
La ville d'Angra avait beaucoup souffert, et l'on s'occupa aussitôt de la restaurer. Quant à la citadelle, qui reçut à partir de ce jour le nom de forteresse Saint- Jean;elie avait éprouvé peu de dommages; mais on en modifia beaucoup les dispositions intérieures, surtout lorsque le roi Alphonse VI vnt y résider après sa déposition en
Bîsistance des Scores à r usurpation de Dom Miguel.
A la mort de Jean VI , arrivée à Lisbonne en 1826, son fils aîné, l'empereur Dom Pedro, recueillit la couronne de Portugal , dont il disposa presque aussitôt en fnveur de sa jeune Mie Dona Maria da Gloria, et bientôt ii confia ia régence de ce royaume à son frère Dom Miguel, avee lequel fut en même temps fiancée la jeune reine.
Mais, cédant a la tentation du pouvoir absolu , Dom Miguel se fit proclamer Nri-méme, le 30 juin 1828, roi légitime du Portugal , et triompha par les armes des résistances que son usurpation avait soulevées.
Les Açores parvinrent seules à échapper a la sanguinaire oppression de ce tyran; elles surent garder leur
27* Uvraison. (Iles db i/Afmqtje.)
foi à la jeune reine , et devinrent le point de ralliement de tous les sujets fidèles qui allaient travailler au rétablissement de leur souveraine. Tercère donna l'exemple d'une résistance ouverte, et dès le mois d'octobre il y fut établi une junte provisoire de gouvernement, qui se mit aussitôt en relations avec le comité central des réfugiés portugais formé en Angleterre par les soins du marquis de Palmella, dernier ambassadeur près de cette cour avant l'usurpation.
Le comité s'empressa d'expédier à Tercère le général Cabreira avee plusieurs officiers de mérite, de l'argent et des munitions, afin de pourvoir aux premiers besoins de la défense, et l'on prépara une expédition toute composée de Portugais émigrés, qui partît de Plymouth au commencement de janvier 1829, sous les ordres du général Saldanha ; il y avait en tout neuf cents hommes, répartis sur quatre navires, qui se dirigèrent immédiatement vers Tercère et arrivèrent le 16 janvier en rade de la Praya; mais deux frégates anglaises aux ordres du commodore William Walpole avaient été envoyées pour surveiller leurs mouvements et les empêcher de débarquer; lorsque Saldanha commença à mettre son monde à terre, les boulets anglais vinrent y mettre obstacle; et Walpole signifia l'opposition qu'il était chargé d'y apporter ; les représentations furent inutiles, et pour échapper à un désastre sans gloire et sans profit pour leur cause , ces Portugais fidèles, après une protestation solennelle, rebroussèrent chemin et vinrent débarquer le 30 janvier à Brest , où l'hospitalité française eut à oœur de les dédommager 'de cette cruelle déconvenue.
Cependant Dom Miguel s'occupait des préparatifs d'une expédition contre Tercère. Quelques bâtiments avaient commencé par établir une espèce de blocus devant cette fie , et deux divisions étaient déjà débarquées à Saint-Michel, qui devait être le point de réunion des troupes destinées à cette entreprise; la troisième mita la
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voile le 16 juin à bord 4e deux frégates, deux corvettes et plusieurs bâtiments inférieurs, et arriva heureusement comme les deux autres à Saint* Michel, d'où elles devaient se porter ensemble sur Tercère.
De leur côté , les conseillers de la jeune reine faisaient parvenir à Ter* cère , malgré la croisière de Walpole et le blocus de Dom Miguel, des secours d'armes et de munitions : le comte de Villaflor, se dévouent luimême à la défense de cette Ile, en accepta le commandement sous le titre de capitaine général, et traversant le Wocue sur une petite goélette qui fit force de voilée en essuyant le feu d'un brick de guerre, il réussit à y débarquer le 22 juin avec quelques soldats qui avaient déjà servi sous lui en Portugal , et dont il Ut le noyau d'un balai) Ion de volontaires de Dona Maria»
Bientôt les braves qui étaient restés à Brest allèrent les rejoindre, effecluaot leur voyage avec le même honneur, au milieu des plus grand? dangers.
La junte provisoire résigna aussitôt tes pouvoirs entre les mains de Villaflor; il organisa de son mieux ses moyens de défense, passa la revue de aes troupes , évaluées à deux mille honameq, auxquelles il donna un drapeau brodé des mains de la jeune reine; il fit placer des batteries sur les poiate abordables, et attendit l'eiuieaM»
L'expédition miguéliste réunie à Saint-Michel sous les ordres supérieure de l'amiral Les», qui avait le titre de gouverneur des Açores , se oonpeaait d'un vaisseau do ligne ( le Jean FI) , trois frégates , quatre corvettes, six bricks et qnatre-transports, a*ee trois cent trente quatre bouches à feu, sous le commandement de l'aarivalRosa, et environ trois mille einq eents hommes de troupes de débarquement commandées par le colonel Lemos. Elle se présenta le 29 juillet devait Tercère, déjà bloquée par deux bricks, et attendit dense jours l'effet des menées de qnclqpies taàtseiBt* qui avaient pronua d'opérer m seeiève-
Ceite -espérance déçue, l'escadre s'approcha de l'île le 11 août, à la pointe du jour, du côté de l'anse Saint-Mathieu , qu'elle trouva trop bien fortifiée pour y tenter un débarquement, et ensuite vers la baie de la Praya, où elle entra sans opposition à la laveur d'uu brouillard qui cachait ses mouvements,
La ville de la Praya est située sur une jolie baie sablonneuse, ayant la forme d'un croissant d'environ trois milles de développement , et du centre de laquelle la ville s'élève en pente douce, défendue par un fort immédiatement adjacent appelé le Fort du Port, outre le fort du Saint-Esprit au nord * vers le fond de la baie ; et au sud celui de Sainte-Catherine; tous les trois pitoyablement dégradés, et ne contenant pas plus de sept pièces en état de servir. Il n'y avait de troupes pour la défense de la place qu'un bataillon de volontaires, et en petit nombre de oanonniers gardes-côtes, le tout s'éievant ensemble à environ trois cent soixante hommes , sous les ordres du brave major Menezès , ancien officier de l'armée portugaise constitutionnelle.
L'escadre s'embossait dans la baie à onze heures du matin ; et le fort du Port ouvrait aussitôt le feu : son exemple fut immédiatement suivi par les deux autres forts. L'escadre y répondit vigoureusement , mais avec si peu d'habileté, que le lendemain on trouva plus de trois mille boulets lo-
Sés dans le flanc de la colline qui s*éjve en arrière de la ville. A deux heures l'ennemi débarqua une colonne de mille à douze cents hommes, au pied du fort du Saint-Esprit dans lequel elle réussit à pénétrer, mais d'où elle ne tarda pas à être délogée avec de grandes pertes par les volontaires qui , retranchés sur les hauteurs , continuaient un feu meurtrier, et faisaient en outre rouler sur l'ennemi des quartiers de rocher qui l'obligèrent à se replier précipitamment vers la grève , tandis que d'autres troupes, arrivant du odté de la v*Ue avec huit pièces de ., vernie»* couper Jm tommu-
ILE$ J)E VAVfUQUE.
Muons dt la flotte avM ce détaebemoi, kqn*J « se trouvant bleqvé sans espoir de secours, ayant perdu son «romandant , le lieûteuant- colon^i Axeredo, et beaucoup de monde, se rendit , et prit même parti dans tes troupes do Villafior,
Cependant une autre colonne essayait de débarquer sur la droite du fort Sainte'Gatbef ine ; mais elle sembla m quitter ses embarcations que pour subir sa fatale destinée ; car aile fut aconbléenvcc une toile promptitude et frappée d'un tel trouble au milieu de la confusion causée par rembarres de débarquement sur un point naturellement pou «cessible, qu'elle demeurt comme paralysée , et incapable de résister à la bravoure du petit nombre de soldats qui en interdisaient l'approche.
Pendant tout es temps, l'escadre ne cessait de tirer sur les batteries et sur t*u* les points où y était nécessaire pour couvrir les opérations des troupes ; et pourtant, malgré sa supériorité et l'immense avantage de sa position , puisqu'elle n'était qu'à portée de pistolet, son feu fut si mal dirigé, que c'est à peine si un boulet sur cent portait coup; tandis que le peu de ornons qui ripostaient ( il n'y en avait réellement que cinq qui fonctionnassent) , faisaient un feu si meurtrier sur les vaisseaux, que vers sept heures du soir toute la flotte, après avoir rembarqué les tristes débris de son armée, coupa ses câbles et sortit de la baie à la faveur de la nuit, en profitant d'une brise de terre favorable , sans laquelle die eût sans doute été entièrement détruite.
Toi bit le résultat ds cette expédition t Dont Miguel y perdit un millier de soldats, dont les deux tiers tués ou noyés; et ses vaisseaux rentrèrent à Lisbonoe avec de grosses avaries.
Yiiafior n'avait eu que neuf hommes tués» dont trois officiers, et vingtcinq blessés.
Au moment même où les derniers «peste de oette expédition se terminaient à fJsbonf* , l'empereur Dora Pedro, de son côté, avait rendu au >
Brésil , |s 16 juin lift, un décret portant création d'une régence qe trois membres pour gouverner et administrer les affaire? au nom de sa fille la reine Doua Maria. Ces trois membres étaient le marquis de Palmella président , la capitaine général comte de ViJIaflor, et le conseiller d'Etat José- Anton jo Guerreiro. Après la victoire de Tercère, cette île devait plus que jamais devenir le point de ralliement de tous les Portugais fidèles, d'autant plus que. c'était le seul point du royaume qui eût encore échappé à |a possession de Dont Miguel, Ce devait donc ôtre naturellement le siéee des pouvoirs institués par l'autorité légitime, et la régence nommée.par Dom Pedro y fut en conséquence installée )e 16 mars 1830.
Il fallait à la fois se maintenir , et préparer la conquête du Portugal. La régence , dénuée en même temps et de munitions de guerre et d'argent , eut recours aux réquisitions publiques et aux dons privés ; elle fit de plus convertir en monnaie toutes les cloches des églises et des couventf , afin de solder les troupes. La valeur intrinsèque de oette monnaie n'était guère que de vingt-quatre rais ou environ quinze de nos centimes; mais les besoins du gouvernement l'obligèrent à lui donner oours au taux de quatre-vingts reis ou cinquante centimes • ce qui fournit à des spéculateurs anglais déhontés l'occasion de coupables bénéfices , en introduisant des masses de monnaie analogue fabriquée k JRirmingbam.
On pouvait espérer de tirer des autres Ancres des ressources précieuses dans le dénûment où l'on se trouvait i>éjè le eomte de Villafior, après sa victoire de Tereère, a#ait publié une proclamation dans le but de déterminer le soulèvement des Iles voisines ; maie, gardées par neuf mille hommes de garnison et plus de trois cents canons, outre les forces nwakts, elles n'avaient osé faire aucune manifestation. U fallait en faire la «enquête.
Ce fut le 17 avril 1081 que Villafior eonvnqnoa aa croisade conte* le» trou • »7.
L'UNIVERS
pes et les autorités miguétistes de ces îles. Après avoir organisé une petite expédition composée de 500 hommes, que devaient transporter dé petites embarcations à peine supérieures à des bateaux de pécheurs, et protégées par deux petites goélettes , il fit voile pour Saint-George; mais ballotté par des vents contraires et par le mauvais temps, il fut obligé de débarquer le 21 à Santa-Cruz das Ribeiras dans Pîle du Pic , d'où il se dirigea , par terre , sur Magdalena ; et après quelque repos, il s'embarqua de nouveau le 9 mai, pour venir descendre sur la côte de Saint-George, au petit port de Ribeira-do-Nabo , entre lequel et celui das Veilas eurent lieu divers engagements avec les forces très-supérieures qui occupaient l'Ile et qui furent battues. Villaflor craignant de n'avoir pas assez de monde pour assurer la victoire , courut chercher du renfort à Angra; maisdans l'intervalle le commandant Pacheco, qu'il avait laissé à la tête des troupes , se porta bravement en avant, et compléta la conquête en taillant en pièces l'ennemi qui fuyait sur Galheta, et lui faisant de nombreux prisonniers; une trentaine seulement s'échappa dans une chaloupe et gagna leFayal.
Le 30 juin, Villaflor se dirigea de Saint-George sur le Pic, et de là, sous le feu d'une corvette miguéliste , il se rendit à la Horta du Fayal , où il fut reçu avec le plus patriotique enthousiasme ; la garnison se sauva à Saint- Michel sur la corvette Isabel-Maria.
Dans le courant du mois suivant, Graciosa, Flores et Corvo se déclarèrent spontanément pour la reine , ce qui permit à la régence de diriger toute son attention sur Saint-Michel, le principal boulevard de l'usurpateur dans les fies.
Après avoir fait à Tercère quelques préparatifs à cet effet, le comte de Villaflor, dont l'activité , la bravoure et le patriotisme sont dignes de toute la reconnaissance que peut lui vouer son pays, fit voile du portd'Angra, le 30 juillet, à la tête de quinze cents hommes, et débarqua le V* août sur a côte nord de l'île , en un petit en-
droit rocheux'et presque inaccessible , appelé Pesqueiro da Achadinha , où une seule chaloupe peut aborder à la fois. Après avoir, le même jour, livré avec succès deux • escarmouches près des hauteurs de Ponta da Ajuda, il remporta le lendemain une victoire complète sur l'armée ennemie , composée de plus de trois mille hommes , outre l'artillerie, et retranchée dans une forte position près des hauteurs appelées Ladeira da Felha (montée de la vieille ) , et le 8 août il entra en triomphe dans la ville de Ponta-Delgada , où il proclama la reine et la charte , au milieu des cris unanimes de toute la population. Ce beau succès, joint à la soumission volontaire de Sainte-Marie qui eut lieu quelques jours après, acheva la soumission complète des Açores.
C'est là que bientôt après fut fixé le rendez-vous général de l'expédition décisive qui devait aller rétablir en Portugal l'autorité de Dona Maria ; une escadre achetée en Angleterre et mise sous les ordresde l'amiral Sartorius,fut réunie à Belle-Ile-en-Mer, où elle reçut un grand nombre de Portugais et de volontaires français; l'empereur Dora Pedro lui-même, qui avait tout quitté pour se consacrer au triomphe des droits de sa fille, s'y embarqua sur la frégate la Reine de Portugal, et l'on partit aussitôt pour les Açores. On arriva le M avril 1832 à Saint-Michel, où l'empereur passa en revue les troupes
ri y avaient été rassemblées ; le 2 mai se rendit à Tercère, puis s'arrêta quelques jours au Fayal, et revint à Saint-Michel présider aux dispositions du départ. Enfin l'expédition mit à la yoile , et le 8 juillet elle s'emparait de la ville de Porto ; ce ne fut qu'un an après, le 25 juillet 1833, que secondé par les talents de l'amiral Napier et du fidèle Villaflor, Dom Pedro parvint à entrer à Lisbonne; et la reine Dona Maria fut couronnée le 23 septembre suivant.
Le comte de Villaflor fut récompensé de ses services par le titre de duc de Tercère : il n'en fut jamais de i mieux mérité. I
Un décret do 26 arril 1*S6, en établissant une nouvelle division politique et administrative de tout le royaume, s modifié d'une manière notable la circonscription des arrondissements compris dans l'archipel des Acores, désormais rédoits à deux* savoir la Conarea occidentale, ayant pour chef* lien Angra , et la Comarca orientale, avec Ponta-Delgada pour capitale.
Dans l'organisation administrative instituée par ce décret, les comarcas sont subdivisées en communes, dont cha-
cune comprend une ou plusieurs paroisses; et une représentation locale est élue dans chacune de ces divisions, savoir, une junte générale par comarca, une junte municipale par commune , une junte paroissiale par paroisse.
Le pouvoir exécutif est délégué hiérarchiquement aux gouverneurs civils des arrondissements, aux administrateurs des communes, aux commissaires des paroisses. Un conseil permanent existe en outre dans chaque arrondissement pour assister le gouverneur civil.