‹ Iles de l'AfriqueChapitre 31 sur 82 · I. DESCRIPTION · texte numérisé non relu

I. DESCRIPTION

Aspect général.

A 180 lieues environ au sud-ouest de Lisbonne et à la même distance au sudest des Açores, vers l'intersection du parallèle dé 33* de latitude septentrionale avec le méridien de 19" de longitude à l'ouest de Paris, Madère commande un groupe d'îles où se trouvent comprises^en outre d'elle, PortoSanlo qui s'offre la première en venant d'Europe , ensuite les trois Iles désertes , et plus loin au sud l'île Sauvage, avec les rochers qui en forment pour ainsi dire le prolongement.

HADÈBB.

Étendue en longueur de l'ouestquart-nord-ouest à l'est-quart-sudest, Madère mesure une quarantaine de milles entre la pointe do Par go au couchant, et celle de San-Lourenço qui forme son extrémité la plus orientale ; sa plus grande largeur, entre la pointe de San- Jorge au nord, et celle da Cruz au sud, est tout au plus (Tune quinzaine de milles : on ne peut guè-

{*) La rédaction de cette partie descriptive est due presque tout entière à la collaboration de MM. Gabriel de Garât et Oscar MâcCarlhy.

re estimer sa superficie qu'à deux cent vingt-cinq mules ou vingt- cinq lieues carrées géographiques.

Rien n'est plus pittoresque et plus majestueux à la fois que les approches de Madère aperçue du pont d'un vaisseau : ce sont 'de toutes parts de hautes falaises, des escarpements formidables de lave, à travers lesquels le feu, le temps et les eaux ont pratiqué des déchirements qui ouvrent des ports et des baies aux navigateurs. Tantôt les roches basaltiques revêtent à s'y méprendre les formes de vieux châteaux en ruine ; tantôt les couches descendent librement jusqu'à la mer en piliers gigantesques, qui marquent avec tant de précision la direction des torrents de feu dont 111e fut inondée, qu'ils semblent avoir été arrêtés et durcis dans leur course, pour porter témoiguage aux siècles à venir.

Une verdure éternelle couvre ces hauteurs, et y atteint une élévation que les savants n'ont constatée sur presque aucun autre point du globe.

Cette végétation vigoureuse a emprunté leurs richesses à toutes les latitudes, depuis la fraise jusqu'aux bananes, depuis la vigne qui couvre la base , jusqu'aux myrtes, aux fougères et aux lauriers qui couronnent les sommets. De même que de tous les points du monde les vaisseaux de

L'UNIVERS

toutes les nations abordent à Madère* cette première escale de la navigation transatlantique, de même sa végétation semble participer de tous les pays : et son climat favorise toutes les cultures, comme son port accueille tous les vovaeedrs. Sur le vert large et sombré des plantes tropicales, ressort le feuillage plus clair de nos climats tempérés ; et des lichens» qui rampent dans les crevasses des rochers, ou grimpent le long des arbres, retombent le long des branches comme une fin* chevelure verte.

Une chaîne de montagnes, qui n'est, à vrai dire, que le noyau de nie ellemême, la parcourt dans toute sa longueur et en détermine la direction • Elle est généralement moins élevée \er$ ses deux extrémités que dans sa partie, moyenne. Là , elle se dédouble, si l'on peut employer cette expression, pour enceindre un plateau creusé de profondes vallées, qui forme le centre du massif. C'est sur le rempart nord de cette boute région que sont rangées les sommités culminantes de Madère, le Ptco Huivo , celui des l\yrrinhas9 celui do Cidraôy celui do Jrtiero. Là portion de la chaîne qui couvre la partie occidentale de 1 île prend le nom de Paul da Serra. La partie orientale n'a pas de nom particulier; elle se détache du groupe central au Jic da* Lagons, et est dominée par le ,)tc da Nùia. La plupart de ces points sont assez remarquables pour fixer un moment nôtre attention.

Le Pico Ruivo, paré de verdure Jusqu'à la cime, est de tous le plus eïevé. On n'en connaissait la hauteur qu'assez imparfaitement, lorsqu'on 1823 le Voyageur anglais Bowdicb parvint à le gravir : a Nous eûmes à « traverser, ait-il, des bouquets de c/#- « thra arbtirea, dzvaccinium cappa- « doclum et de lauriers, avant d arri- « ver aux bruyères arborescentes > « qui concourent avec l'épaisseur du « gazon à donner à ce pic l'éclat éton- « nant de sa verdure. La menthe et « la mélisse répandaient leur parfum «jusqu'au sommet, et la digitale « pourprée se montrait presque à la

m même hauteur* As moment où je « touchai la cime* il n'existait pas un « nuage, et, au milieu des pics volca» « niques brisés et des profonds abîmes « que mon ceil rencontrait de toutes «parti y j'éprouvais tous les senti* « monts d'un homme qui, survivant « seul à une violants oonvolaion do k « nature, sa serait traîné jusqu'aux « sommités les plus élevées pour coo* « templar les ruinas et las déchire*

* ments d'an continent. La scène cban* « gea bientôt; les nuages s'avanceront « d'abord comme de vastes glaciers « flottants , puis ils formèrent un « océan tout entier, du sein duquel

* les cimes voisines s'élevaient sem- « Uablas à des lies et à des récifs nus. »

Les mesures barométriques et trigonométriques qu'il prit de cette montagne, lui donnèrent des résultats dont la moyenne est à peu près de 1 900 mètres au-deSSuS du niveau de l'Océan.

A l'est du pic Ruivo se montrent lés cimes que les habitants appelleut as Tùrrinhas (les Tourelles) , et qui par leur profil tout particulier jettent de la Variété dans le contour pittoresque des hauteurs; elles s'élèvent à 1 670 mètres. Plus à Test encore, on aperçoit le sommet Incliné du pic do ArrieVo, haut de 1 660; on Je reconnaît d'une très-grande distance à la bande de tuf rouge qui colore sa base septentrionale ; et l'éclat lointain de la mer, lorsqu'on domine toute la scène environnante, vient ajouter aux idées de grandeur et d'immensité si puissamment excitées par l'admirable tableau que Ton a sous les yeux.

Le Paul da Serra est un vaste plateau d'environ 90 mille* dé longueur sur 3 de largeur, élevé de 1 572 mètres, tantôt couvert d'un sol sablonneux, tantôt de riches pâturages, et qui pourrait être d'un produit considérable s'il était habilement cultivé.

Les superstitions populaires en ont fait un lieu redoutable habité par des démons, et les paysans ne le traversent qu'à la course et en tremblant.

Cependant quelques familles qui vivent au pied de ce plateau, ont su

ILES BA f/Àfl^UE.

MM

wu?ef profit A y altor ceupftf eu boki et paître des troupeau**

En s* rendant du Funchal au Paul ila Serra, on traverse le Pieo da Ouz, élevé d'environ mille métrés, et niai de Giram dont la- hauteur n'est guère que de 660 mètres.

En allant du Funchal vers le nord pour gagner la base du pic Ruivo, le wu ear rencontre d'abord le mont de l'Eglise, haut de 580 mètres , et plus loin trais chaînes parallèles d'environ 1460 mètres d'altitude moyenne * avant derrière elles une large vallée, abîme immense que domine a l'oppolite le pie Ruivo.

Cette vallée centrale a reçu le nom de Coural das FYeira*, ou Parc des religieuses.

Aucun pinceau, aucune plume ne sauraient rendre l'impression que produit sur le voyageur l'aspect de «tte vallée, lorsque, arrivé au son> met dfmie route^construite à plus de 800 mètres de hauteur, il voit tout à coup la vallée se dérouler sous lui comme un tableau fantastique, et ses pieds s'arrêtent avec un frisson invo-* lontaire; il tremble de surprise, de terreur et d'admiration sur les bords don effroyable précipice d'une pro* fondeur de"500 mètres. Les roches basaltiques semblent avoir été rompues, fracassées, dans la grande Convulsion qui, décblrant les couches fondamentales, enfanta cette étonnante vallée, flargie et creusée par les torrents qui en battent les flancs depuis des siècles. ( Les surfaces glacées des roches, qui s'élèvent et s'élancent comme des tours et des remparts , contrastent *rec les teintes du tuf et les différents \erts des parties couvertes de végétation; à droite des rideaux de lauriers tt de châtaigniers couronnent les Tor* ^w; à gauche le pic à'Arriero; au «rnier plan le pic Ruioo, et dans le M3 de la vallée un torrent qui roule }« milieu de vignobles et de jardins.

\eglise du Lioramento et les chaudières qu'elle domine, paraissent comme des points au fond de Tantale, ttlecalfoe de la scène n'est interna qttti par les clochettes des chè-

vwd qui towtfltfeM sur te te** m précipices.

PQETO-SÀHTQ.

Placée à une trentaine de milles dans le nord-est de Madère, la petite fie de Porto-Santo n'a guère de Ion* gueur que six milles depuis le nordnord-est, où se détachent les ftohèrs do PesaMtoTi de Sên-Lovrenfo et th Nordette, jusqu'au sud-eud-ouest* où la pointe dû Fachûda est signalée par l'Ilot do Fatol projeté vis-à-vis, à un demi-mille de dislance. Sa plus grande largeur, mesurée depuis l'ouestvnord* ouest, où surgit en face de la pointe éa Raya le rocher conique da Fonte, jusqu'à l'estaud-eet, où émerge l'îlot aplati da Serra, n'est guère moindre de quatre milles; tandis qu'en son milieu Porto-Santo n'a pas deux mil** les et demi de large , à travers une

f) lai ne sablonneuse qui s'abaisse entre es hautes montagnes du nord et celles de la partie méridionale, terminées au sud par une pointe à un demi-mille de laquelle se relève encore le gros ilheb Baixo, qui n'en est en réalité qu'une continuation.

A vrai dire, les hauteurs de la partie méridionale de Porto-Santo ne sont guère que des collines ou des marne* Ions dont le plus élevé porte le nom de Pico da Fachada ; dans la partie septentrionale au contraire se font remarquer plusieurs cimes d'une asset grande élévation, notamment, au centre, les pics dà Caetelto, do Facho et de JuHanà, et sur la côte orientale le Pico Branco et le Pico do Consul, après lesquels on peut indiquer encore le Pico Baxo et le Pico Rochedo.

Beaucoup moins élevée, au total, que Madère, mais exempte des brumes qui du côté du nord-est enveloppent celle-ci, Porto-Santo se Voit bien plus tôt qu'elle par les navires venant d'Europe.

LES DBSEETES.

Souvent aussi , en arrivant de l'est, on découvre , avant d'avoir connaissance de Madère, le groupe des petites Iles Désertes , rangées en ligne droits

HM

L'UNIVERS

sur use longueur de douze milles dans

la direction du nord-nord-ouest au sudsud-est, à dix milles de distance au sud de la pointe San-Lourenço. Par un beau temps on les aperçoit de douze lieues. L'île principale, à laquelle appartient plus spécialement le nom de Déserte, a six milles de long sur une largeur d'un mille au plus; elle est haute, escarpée, et difficilement accessible : deux bergers purent à eux seuls, en' faisant rouler des quartiers de rochers sur les assaillants, rendre vaines les tentatives d'une nombreuse troupe de maraudeurs anglais qui venaient y chercher du bétail.

Au sud de la grande Déserte gît celle qui reçoit le nom particulier d'Ile au Singe, Ilhado Bugio, longue d'un peu plus de trois milles, large d'un demimille seulement, offrant une crête dentelée au milieu de laquelle une dépression très-sensible semble dénoter une coupure et a pu faire croire que cette lie en formait deux en réalité.

A ('opposite, c'est-à-dire au nord de l'île principale , se trouve celle qu'on appelle l'îlot Plan, Ilheo chaô, plateau rocheux d'un mille de long sur une largeur qui ne dépasse guère un quart de mille, et entouré d'une berge escarpée. A une petite distance de son extrémité boréale s'élance du sein des eaux une roche élevée et pointue en forme de pyramide ou de cône, que l'on serait tenté de prendre de loin pour un bâtiment à la voile.

Malgré leur nom de Désertes ces îles ue sont pas complètement inhabitées; du moins la grande Déserte a-t-elle beaucoup de bétail, et des bergers chargés de le garder sous l'administration d'un Feytor ou Intendant.

Ils y cultivent de l'orge et un peu de blé ; mais ils n'ont que de l'eau saumâtre. Il existe aussi dans l'île un ermitage avec une chapelle où un prêtre célèbre les saints mystères. Au total on portait, en 1812, à 600 personnes le nombre des habitants.

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