‹ Iles de l'AfriqueChapitre 32 sur 82 · LES SAUVAGES · texte numérisé non relu

LES SAUVAGES

Ce qu'on appelle les Salvages, dit Borda, consiste en une petite île ac-

compagnée de plusieurs rochers, entre les îles de Madère et de Ténériffe, dépendante de la première quoique plus voisine de la seconde. Cette petite île est assez élevée pour qu'on puisse l'apercevoir de plus de huit lieues; elle peut avoir un mille de long et autant de large. Elle est inhabités; il n'y a pas de bois, et elle est néanmoins verdoyante; il s'y trouve, à ce qu'on assure, quantité de lapins , et beaucoup d'orseille. A un peu moins d'un mille de sa pointe boréale il y a plusieurs rochers toujours à découvert ; au sud-ouest, à dix milles de distance au moins , est un gros rocher rond , piton ou îlot, absolument nu du côté du nord, couvert de verdure du côté du sud; ce piton est assez élevé, et on peut le voir de cinq ou six lieues. En suivant toujours la même direction oq trouve un autre petit îlot très-plat, qui paraît joint au gros piton par une chaîne de rochers, qui s'étend aussi au nord-est/

Constitution géologique.

Pour le géologue, toutes ces Iles appartiennent à un même système : ce sont, en quelque sorte, de grandes masses basaltiques assises sur des terrains de formation plus ancienne. Leur constitution est donc essentiellement et uniformément volcanique, sauf les modifications résultant delà différence de force avec laquelle les révolutions souterraines ont agi sur chacune d'elles.

Madère et ses dépendances peuvent être considérées comme ayant existé d'abord à l'état de roches de transition, déchirées plus tard par les convulsions de volcans dont les éruptions successives ont accru l'élévation des îles en recouvrant la base primitive de couches de tuf et de basalte. Cependant cette base de calcaire ancien, observée à Madère au-dessous du basalte , sur une épaisseur de plus de deux cents mètres jusqu'au point où le niveau de la mer ne permet plus de la poursuivre; cette base n'a point été vue à Porto-Santo,où le dépôt visible le plus

ILES DE L'ÀFEIQUE.

inférieur est un tuf calcaire d'un gri$ mrdâtre ayant , dans la partie nord, jusqu'à cinq cents mètres d'épaisseur, et qui se rencontre, sur toute la circonférence de l'île, au-dessous du niveau de la mer.

Le basalte prismatique de Madère est en général compacte, d'une cassure large et conchoïde ; les masses inférieures sont d'espace en espace dans un état assez avancé de décomposition, produite sans doute par les sources qui en jaillissent; les couches sont inégales, et, au delà de la chaîne qui sépare les deux grandes vallées ou Cou* rats de Madère, elles se dirigent vers le nord. Cependant cette inclinaison,

Îjuoiqu'en général assez rapide, est parois interrompue par des inflexions principalement dues aux montagnes et aux vallées de l'île primitive; on peut se former une idée à peu près exacte de cette inclinaison vers le nord, en lui assignant un angle de 6° 17'. La forme et la direction des filons de basalte ne laissent pas douter d'ailleurs qu'ils n'aient commencé par en haut et se soient écoulés entre les crevasses formées dans le calcaire, par les convulsions qui ont déchire la première structure et produit les formes que nous voyons aujourd'hui.

U ne reste cependant aucunes traces actuelles de l'existence du grand cratère générateur; mais il a dû être situé à Madère entre le pico Ruivo, le pico Grande et celui dos Canarios ; les seuls phénomènes qui aujourd'hui semblent montrer que l'action volcanique n'a pas entièrement cessé, sont les tremblements de terre : de 1813 à 1 8 16, on y ressentit des secousses dont l'une fut très-violente. Quant aux nombreuses montagnes dont ce pays est naturellement hérissé, leur existence est due aux mêmes phénomènes que nous venons de décrire.

L'importance relative de Madère, dans les bornes de notre cadre, ne nous permet pas d'insister davantage sur les détails géologiques, quelque curieux qu'ils paissent paraître pour la science, et nous nous contenterons de ter- ' cet aperçu par le relevé d'une

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coupe de terrain prise derrière le Funohai, et qui sans être absolue , comme on peut le croire, pour le reste de Madère et les autres îles de l'archipel, peut néanmoins servir d'échelle gêné* raie à la constitution géologique.

En commençant par la base :

Une immense quantité de tuf jaunâtre presque entièrement caché par les grandes masses de basalte et de tuf détaché de la partie supérieure.

7 pieds de scories ou de cendres*

10 pieds de tuf jaune.

7 pieds de scories avec des veines de tuf étroites et horizontales.

6 pieds de tuf rouge.

16 pieds d'un basalte compacte et prismatique.

Quant à Porto-Santo et aux autres Iles adjacentes , nous ne saurions en* trer dans les mêmes détails à ee sujet sans tomber dans d'inutiles répétitions. — IN ou s mentionnerons seulement à Porto-Santo, la présence d'un gypse fibreux , et d'une ocre orangée d'une teinte fort riche, produite sans nul doute par la décomposition du basalte, et que l'on ne retrouve pas dans les autres parties de cet archipel.

Eaux courantes.

Les hautes cimes et les parties élevées de Madère se couvrent matin et soir de brouillards épais dont l'origine est due suivant la théorie du célèbre Dhvsicien Humphrey Davy, à l'inégalité du refroidissement de la terre et de la mer. Ces brouillards prennent ici un développement peu ordinaire, à raison de la grande profondeur de la mer et de la grande élévation du sol. On conçoit facilement que , de cimes ainsi continuellement brumeuses, il jaillisse beaucoup de sources, et que leurs versants soient arrosés par grand nombre de ruisseaux, dont les plus considérables sont le Rio dos Socorridos, la Ribeira Brava, et la Ribeira de Janella à l'origine de laquelle on a exécuté dans ces derniers temps un magnifique travail hydraulique. Ces courants, cachés au fond des ravins, y forment presque tous des cascades très-pittoresques.

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- (JtffeklutfQÏ* ils fort» phries ou lit orage» donnent aux torrents une puis* sanee de destruction dont on peut seulement avoir une idée lorsqu'on a visité les pays de montagnes. Ce fut ce qui arriva, au mois d'octobre 1809. Toute pluie avait cessé depuis plusieurs mois; tas rivières et les torrents étaient presque desséchés ; tout à coup la pluie oommence vers midi ; elle tombe à flots non interrompus, et à 6 heures les torrents se précipitent ; île emportant tous les ponts à 1 exception d'un seul , ils arrachent et entraînent dés maisons, dont les habitants implorent en vain des secours ; les étages inférieurs déjà remplis d'eau ne permettent pas d'en* foncer les portes , et avant qu'on pût appliquer des échelles, les maisons s'étaient écroulées et leurs malheureux habitants avaient disparu sous les flots. Une maison fut entraînée jusque dans la mer, et pendant quelques minutes on put l'y distinguer encore entière j avec des lumières dans les étages su* périeurs. On pense que le nombre dea victimes s'éleva à Funohal jusqu'à quatre cents. Les rues étaient jonchées de débris et de toutes espèces d'à ni» maux domestiques ; le parvis des églises était encombré de cadavres que l'on y déposait pour être ensevelis et

Sut forent ensuite brûlés. A l'horreur e ce spectacle succéda une scène non moins déchirante, c'était le désespoir qui pendant plusieurs jours domina les classes inférieures. Convaincues que Il fln du monde était arrivée, elles avaient renoncé à toute occupation ; tous restaient fixes et immobiles comme des statues, jusqu'au moment où la pluie ayant de nouveau paru, on les vit se précipiter hors de leurs maisons, les uns courant dans la foule avec des torches, ceux-ci roulant sur les autres dans l'obscurité de la nuit, ceux-là abattus par le désespoir et incapables de se chercher une retraite. Des flots de paysans se dirigèrent sur le Funchal, croyant que le fleuve n'avait ravagé que l'intérieur, et ils trouvèrent sur leur route le peuple qui fuyait de la ville.

Quant à Pono*SautOi est-ce la: (Utile

de mentionna quelque* petits cours d'eau dont la longueur n'atteint pa3 un développement de deux milles ?

Climat

Le climat de Madère et de ses annexes est chaud, maissalubre : la sérénité de son ciel le dispute à la pureté des plus beaux ciels d'Italie. Les observations météorologiques lui assignent une température moyenne de 10° du thermomètre centigrade. La différence entre l'époque la plus froide (février) et l'époque la pkls chaude de Tonnée (août), ne dépaaae pas dix de* grés.

Suivant l'observation de Bowdich , la limite des neiges descend en ces parages jusqu'à 760 mètres d'altitude.

La moyenne de la quantité annuelle de. pluie peut 6'évaluer à près d'un mètre.

Les mois d'octobre, novembre, décembre et janvier forment la saison des pluies *, cependant, dans les deux premiers mois , les intervalles de beau temps surpassent encore la somme des jours de pluie. Cette saison s'annonce par la cessation des vents du nord-est qui régnent constamment durant les huit autres mois.

C'est en effet au vent du nord -est qu'il faut attribuer, pendant les deux tiers de l'année, la cessation à peu près complète des pluies; tant qu'il règne, il empêche l'air qui repose sur les régions et sur les mers équinoxiales de se saturer d'humidité, parce que la colonne ascendante d'air humide et échauffé est régulièrement remplacée par un courant plus froid et plus sec venant du nord. La Condensation des nuages ne s'opère dès lors que du moment où ce vent vient à cesser. Ce Vent du nord-est étant formé par la différence de température existant entre plusieurs régions voisines s'affaiblit dans la même proportion que cette différence de température diminue.

Le vent d'Afrique > appelé sirocco dans le bassin occidental de la Méditerranée , parce qu'il y souffle du sud- Mi, a conservé ce nom pour les An-

ILES M E'AFMQUE.

gMS As IRddre \ NM que tnnto DM irAf^l il arrive de l'est ; tes Porto*

que légèrementt

Le* vente de nord*est qui de février à septembre soufflent constamment en cette contrée, et l'extrême profondeur de li mer, jusqu'au pied des rivages* rendent les abords de Madère très-diffidles. Ces inconvénients se font surtout remarquer dans la baie du Funehal, ce est la principale rade de 111e. Cependant, étt 1809, une inondation considérable «Il é exhaussé le fond de plusieurs brasses, par la quantité énorme de terres que les pluies entrfetftèrent dans la baie.

Le port de Machico, devant la ville de ee nom, est moins important sans être plus favorable»

Végétation.

LUe de Madère, dit le baron de Buch, est encore parée aujourd'hui, malgré les effets du défrichement et de la culture, de cette richesse et de cette beauté de formes végétales que le Camoëns a célébrées dans le cinquième ehant de ses Lustadeê, avec tout le charme de l'inspiration poétique.

Elle semble être le point de réunion des végétations les plus différentes, et pourrait devenir le plus magnifique jardin botanique expérimental du monde entier. Les plantes tropicales r réussissent aussi bien que celles des zones tempérées ; la violette y croît à l'ombre des bananiers, la fraise y mûrit au pied des mimoses. Ce curieux mélange peut être attribué non- seulement aux causes que nous venons d'indiquer, mais encore au grand nombre de vaisseaux qui, de tous les points du globe , faisant escale à Madère , y bissent par hasard des graines et des plantes étrangères ; au vent d'est qui porte d'autres semences des continents d'Europe, d'Amérique rt d'Afrique, semences que cette terre féconde est appelée à fertiliser; enfin r nu Anglais* qui depuis leur posa***

«fou paaeapre y itht reett* en grand nombre, et dent on connaît ie goût pour l'agriculture et la botanique.

C'est à ces causes réunies qu'il faut attribuer l'existence) dans les Madères, d'une végétation si riche à la fois et si variée.

Comme dans toutes le* fies élevées, elle change de caractère* suivant les hauteurs, et forme plusieurs sones étudiées parBowdidh* et sur lesquelles il donne les détails que nous reproduisons ici.

* J'ai assigné 6 te que Ton peut appeler Is première région, ou la région de la vigne, une hauteur extrême de 1700 pieds (823 mètres) aU*dessus du niveau de la meh Cependant, à l'extrémité de cette région, il est difficile de dira que le vigne prospéré, puisqu'elle né donne plus de vid, quoique ses fruits soient encore man-

§ cables. Je trouve un nouveau motif e lui assigner cette limite, eu voyant les plantes des tropiques réussir par la culture dans la même étendue. Si l'on compare la région qui, Chez M. de Humboldt, correspond à la nôtre, on reconnaît entre nous une différence de 170 pieds *, mais les productions de toutes deux sont exactement les mémeâ, excepté que j'ai remarqué Ici une plus grande variété et un mélange plus parfait des plantes d'Europe et des tropiques. M. de Buch admet une région intermédiaire, caractérisée par des formes propres à l'Afrique»maisqui ne peuts'appIfqueràMadère ; d'ailleurs est-il nécessaire de faire remarquer gué toutes les plantes ne s'élèvent pas jusqu'à la limite extrême de la région où elles sont classées ; par exemple, la petite sida à feuilles de charme est répandue avec profusion dans les parties basses de l'Ile, mais disparaît complètement à Une hauteur de 1 000 pieds (805 mètres) : les plantes des tropiques sont surtout bornées aux jardins qui touchent ou qui environnent ie Funchal.

« La seconde région, en la calculant jusqu'à sa limite extrême, s'élève à 3 700 pieds (1 128 mètres). On ne saurait la comparer à la région do

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L'UMVEKS.

laurier de M. de Humbotdt; mais elle paraît intermédiaire entre la région de la vigne et celle du laurier : ici c'est le genêt qui domine, et qui pourrait donner son nom à la région ; quelques acrostiques s'y mêlent d'espace en espace ; en d'autres endroits ils se présentent avec abondance. Là vient se placer le châtaignier, dont la beauté varie avec la position : épais et majestueux au fond des ravins, on le trouve , dans les parties découvertes des montagnes, solitaire et peu déve- . loppé; mais nulle part il n'est restreint au bord des courants. On rencontre encore des graminées très-abondantes dans les parties les moins découvertes, la molène, le saule rouge, l'agaric, quelques bruyères, des composées, des menthes en abondance; la digitale, le groseillier en grande quantité ; des solanées, des roses, des fuchsies, échappées sans doute des jardins ; le buis, le piment, le millepertuis, croissant /Sans culture. Le pin sauvage a été cultivé avec succès dans la partie basse de cette zone.

« La troisième région , qui s'étend jusqu'à 3 600 pieds (1 707 mètres), est plus compliquée que les autres, soumise comme elle l'est à l'influence plus variée des localités; peut-être pourrait-on la nommer la région de l'airelle et du laurier. En gravissant le pic d'Arriero, on trouve la première en larges bouquets sur les pentes qui descendent au Coural, tan- .dis que le versant opposé, exposé à la mer, offre une végétation bornée à des graminées et à des bruyères; encore ces dernières n'atteignent-elles que çà et là les dimensions de bruyères arborescentes. Le jonc s'élève en quantités considérables du même côté que l'airelle. Sur le Paul , dont la hauteur égale, à quelques pieds près, celle du pic d'Arriero , l'airelle encore forme des bouquets nombreux ; nouveau motif pour en donner le nom à cette région; d'ailleurs la même cause qui rend la végétation de ce côté de l'île beaucoup plus vigoureuse, a fait naître une plus grande variété de plantes, et cependant l'airelle domine et s'étend

avec la même abondai*» jusqu'au sommet. Cette zone nous offre encore le jonc que nous avons déjà cité , les genres thym, stéhéline, laitron, népéta, yeuse, if, érodier, digitale, avec plusieurs petites composées, et des fougères de divers genres. Les lauriers, qui forment un des caractères de cette région , surtout dans sa partie inférieure , atteignent de très-grandes dimensions sur le côté occidental de l'île, tandis qu'à l'est ils ne s'élèvent pas à la hauteur de l'airelle, et sont d'une grosseur fort médiocre. Au sommet du pic d'Arriero, je trouvai dans les positions les plus découvertes, deux ou trois pieds solitaires de la violette odorante; à l'ouest, qui est le côté le plus abrité, les clôturas s'élevaient comme de grands arbres, au pied desquels croissait la digitale. Je fais ici une mention spéciale du clethra, parce que je crois qu'à cette hauteur il est

fiarticulier au pico Ruivo. Plus vers 'est, où le sol est composé d'une terre rouge-foncé qui contient plus d'alumine que le tuf rouge ordinaire, et où la végétation languissante a perdu toute la richesse et toute la variété qui la distinguent à l'ouest, on trouve le

Senêt à 2 000 pieds (601 mètres) auessus du niveau de la mer, et Ton voit sur les collines qui a voisinent l'ermitage d'Antonio da Serra, à dix milles du Funchal , des airelles avortées, au milieu des genêts, des bruyères et des ronces.

« La quatrième et dernière région, qui s'élève jusqu'à environ 6 000 pieds (1 829 mètres), est formée de la partie supérieure du pico Ruivo, et se compose de bruyères arborescentes, de graminées , et d'espace en espace de quelques fougères solitaires. »

Les fougères constituent la famille de beaucoup Ja plus intéressante de tout l'archipel de Madère, et, comme l'a remarqué M. de Humboidt , c'est dans les parties montagneuses des petites îles que ses espèces se trouvent le plus abondantes : on remarque surtout la superbe fougère que les naturalistes appellent asplmium palmatum. On rencontre beaucoup

aussi la bruyère à balais et la bruyère arborescente , qui se mêlent aux lauriers sur le flanc des précipices.

« Je me trouvai, dit Bowdich, dans le moment le moins favorable à la récolte des plantes de Porto-Santo, oui n'est du reste sous ce rapport riche en aucune saison. Le cestreau grimpant , que Ton taille en haies et dont la tige devient très-forte, la disandre africaine et le romarin, m'ont paru caractériser seuls la végétation du sol sablonneux. Dans ma course à l'est, je trouvai le thym à feuilles étroites , la fumeterre à petites feuilles, le faux raifort , la bruyère à balais , le polypode et le souci des jardins. A l'ouest, je rencontrai le coquelicot, le séneçon vulgaire, une molène, le nepeta calomnia , le solanum pubescens, un mésembryanthème , et quelques autres plantes. L'orseille abonde au voisinage des hauteurs de Test; mais die est en général regardée comme inférieure à celle des îles Sauvages et des fies du Cap Vert. Un seul pied de dragonnkr gigantesque se voyait naguère avec quelques cactiers d'une taille remarquable, au-dessus de la fontaine des Anjos, près du pico do Faeho. On trouve dans Cordeyro, que jadis les dragonniers de Porto-Santo étaient assez grands pour faire de leurs troncs des bateaux de pèche susceptibles de contenir six ou sept hommes ; mais il ajoute que Ton avait tant fait de bateaux , de planches , et de mesures à blé, <jue même de son temps oo voyait à peine an dragonnier dans toute nie. Il n'y a pas aujourd'hui vingt arbres debout à Porto-Santo , et les habitants sont réduits à faire du feu avec des excréments de vache séehés, quand ils ne peuvent se pourvoir de bois à brûler de Madère. »

D'immenses forêts donnaient un aspect majestueux à Madère lorsqu'on la découvrit; mais le premier gouverneur portugais y fit , dit-on , mettre le feu : tous les habitants de la colonie, hommes, femmes, enfants, furent réduits à s'enfoncer dans la mer pour échapper à la fureur de l'incendie, et ils y restèrent deux jours et deux nuits

sans nourriture, plongés dans l'eau jusqu'aux épaules. On ajoute que le feu continua de brûler pendant plus de six ans. Cela donna une telle activité au sol, que, suivant Cadamosto, il rendait soixante pour un. Il paraît que tout ne périt pas, bien qu'aujourd'hui l'île n'offre que des bois comparativement jeunes et composés surtout de châtaigniers et de lauriers vinhatrios ou autres. Le vinhatrio, dont le bois s'emploie aux mêmes usages que l'acajou avec lequel il a d'ailleurs quelques rapports , est l'une des plus riches productions de l'île; c'est le laurus indica des botanistes.

Nous parlerons ailleurs des produits du règne végétal que l'homme a plus intimement associés à ses besoins.

Animaux.

La zoologie de Madère ne compte qu'un petit nombre d'espèces, qu'a mentionnées Bowdich. Les bœufs, les vaches, les pourceaux y ont été importés, ainsi que le mulet et le cheval, qui servent principalement comme bêtes de somme. Le Paul de Serra nourrit un nombre prodigieux de lapins, que l'on dit être tous venus d'une seule femelle qui mit bas sur le vaisseau de Perestrello, premier gouverneur de Porto- Santo. Le surmulot pullule dans Tintérieur de l'tle , quoiqu'il ne soit parvenu en Europe que dans le cours du dixhuitième siècle ; et la chauve-souris que l'on rencontre ici , a des caractères spécifiques qui la distinguent des autres espèces. Quant aux lézards, ils y sont très-nombreux , et dévorent une énorme quantité de raisin, ainsi que lesratB. v Parmi les oiseaux , on remarque Femerillon, la huppe du Gap, que l on rencontre rarement aussi haut vers le nord; la mouette à pieds bleus qui, selon les naturels, vient de la côte d'Afrique ; le pigeon domestique que l'on rencontre en troupes nombreuses ; un turdus, le durbec et un autre grand corythusy un fourmilliez une perdrix à jambes routes, un merle qui ne diffère de l'espèce européenne que par la couleur du bec, d'un brun foncé

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VUKIYUAS.

avec l'extrémité légèrement jaune. La bécasse commune se trouve dans les montagnes et ne quitte jamais Matière.

Le serin gris est indigène. La vallée de la Cascade, à l'ouest de Funchal , est habitée par une très'bell* espèce de chouette, f effraie; par le totonegro, espèce de rossignol qui fait si vivement admirer ses chants, et par la fauvette à tête noire dont la voix n'est pas moins mélodieuse. Sur les hauto6 cimes plane la mania , espèce d'aigle , qui reste au voisinage des étangs et des eaux stagnantes des montagnes.

Les mulets sont quelquefois cruellement déchirés par la mosea 4a serra, 3ui ne diffère pas de Phippobosque es chevaux. Au nombre des autres insectes se trouve une nouvelle espèce de sauterelle et de grillon. L'abeille de Madère est sans aucun doute une espèce différente de celle d'Europe, et elle sensible former la chaîne entre celle ci et l'abeille du Sénégal. Mats l'insecte de tous le plus curieux est Vue arachné qui ne 6e tisse aucune toile et se retire seulement dans un

Ïietit trou arrondi : il paraît qu'elle asoioa d'abord les mouches, puis elle s'élance dessus, en suce le sang pendant quelque tempe, et enfin les entraîne «Mus sa retraite.

Sous le rapport 4e Wcbthyotogie l'archipel de Madère nous offre l'abrota ou phyeis fourché, une espèce de seriole appelée chlnohara, le diodeo tigri- H**, l'isuperador qui semble être le barbier ou serranus anlhàa^ le gamine ou serranus scriba , une autre espèce de serran appelée marracho, l'oxoeet ou poisson volant, le eoryphène à rasoir, le rouget, «a ésoce , et quelques autres poissons qui, à l'exception du diodon, offrent une benne nourriture* Le thon se pèche aussi en abondance, et on en a vu qui pesaient trois cents livres. L'anguille commune se trouve dans les torrents, et la murène qui «quelquefois près de trois pieds de long, se pdcbe à leur embouchure; mais ce dernier poisson, si estimé ches les anciens, qui l'éiavatent dans des étangs, sert à la \ 4s la classe la phtf pauvre.

A cette lista on peut ajouter des soles et des sardines, des saches, une belle espèce de pagure , la tortue d'eau douce, et la caouane, avec laquelle on prépare une soupe que les Epicuriens qui visitent Madère apprécient beaucoup. Malgré les ressources que présente , comme on le voit , la pêche locale , les indigènes ont recours à la morue importée par les navires étrangers.

Bowdich na donne nue quelques détails insignifiants sur la conchyliologie vivante • les espèces fossiles lui ayant permis de faire des observations plus aisées et plus nombreuses. L'hélice parait être de tous les coquillages le plus commun. Cependant il cite uu rocher, un triton, une pourpre, une colom belle, l'argonaute tuberculeux t l'auricule, la patelle plissée, le sabot édule, et deux espèces de troches» qui tous servent d* nourriture.

2° IBS HABITANTS.

Composition , classement et physionomie générale de la population.

Lors de leur arrivée à Porto<Santo, à Madère, et dans les Ilots qui en dépendent, les Portugais las trouvèrent inhabités, et ils tirèrent du Portugal la population qu'ils y établirent; estse a dire qu'elle fût homogène? Nous n'oserions l'affirmer, tant s'en faut.

Le premier chef de la colonisation , Bartiiélemi Perestrello, était lui-même d'origine italienne, À ce premier noyau, qui du moins avait pu contracter en Portugal un certain air de nationalité commune, vinrent s'agréger successivement des éléments fort dissemblables, notamment des juifs» des Maures et des nègres, transportés comme esclaves, des côtes d'Afrique dans cet archipel , vers la fin du quinzième siècle. Les vaisseaux de toutes les nations, qui depuis cette époque ont constamment et de plus oq plus fréquenté ces parages, y ont aussi apporté leur bonne part contributive ; enfin les Anglais» qui ont possédé Madère de vm à 1*14 # f otf Jajnsé

ILES m IMïMQUE.

en rabaudonnant de nombreuses f*.

milles établies, entrent pour beaucoup dans la composition de cette popula»

tion. Au fond cependant la race est principalement portugaise. Elle est actuellement composée de propriétaire*, de négociants « et de paysans iudir gènes, d'Anglais domicilies, d'Européens voyageurs, de moines cosmopolites.

En 1767, la population de Madère était de 64,000 âmes; quatorze ans après, elle s'élevait à 90,000 ; en 1826 elle montait à 96,000; enûn des indications qui se rapportent à.l'année 18421, attribuent à Madère 100,000 âmes ; à Porto-Santo, 6,000, et aux Désertes, G00 : soit, pour tout L'archipel, 106,600 âmes.

La population indigène des villes est grêle, maigre, et maladive; mais les paysans des montagnes forment une race forte et vigoureuse. Quand h vendange est faite, on les voit désordre les sentiers escarpés avec leur chemise de toile , leurs chausses bicarrées et leur bonnet rouge ou bleu; ils portent suspendues à un bâton des outres (borrachas) pleines du vin qu'ils ont récolté. Laissant aux hommes la culture de la vigne, les femmes de la campagne se livrent à d'autres travaux : elles coupent des genêts au revers des montagnes, ou des cytises qu'elles lient en fascines pour le chauffage.

Lear costume se compose d'une simple chemise, d'un jupon, d'un bonnet, ou d'un mouchoir roule autour de la tête.

Ici* comme partout, la population des Tilles se divise ea trois classes bien distinctes. La classe supérieure se fait remarquer par son aménité» son goût et ses bonnes manières; ses mœurs, ses habitudes, son costume sout empruntés à l'Europe i il n'y existe» à vrai dire, aucun caractère national : les modes y tiennent de celles de France, les mœurs de celles d'Aaajettm. La elasse ouvrière, de son cétê, est aussi laborieuse qu'il est permis de l'attendre d'elle sous uu climat aussi ardent. La classe interméfain m Wêfcb**** «si la sente à

laquelle mus ayons à réfuter notre éloge. Sans parler ici d'une certaine rapacité qui la caractérise, le voyageur est trop souvent, dé sa part, l'objet d'une curiosité impertinente, d'éclats de lire, de ricanements ou de dédain; ces gens regardent oomme ridicule tout ce qu'ils ne comprennent pas» et ne se font pas faute de le montrer, puisant dans leur ignorance même une incroyable dose.de suffisance et d'orgueil. Cette observation toutefois doit être restreinte à l'tle de Madère, car les habitants de Porto-Santo se distinguent au contraire par leur hospitalité, leur désintéressement, et leur bienveillance envers les voyageurs.

Il nous reste à parler d'une individualité ourîeuse, et digne à tous égards de l'attention de l'observateur ! nous vouions dire le morgado. Il n'est pas rare de rencontrer dans la campagne

3ui environne le Funchal et Maehico, es hommes vêtus d'un vieil habit noir râpé, d'un pantalon de nankin décoloré, et d'un chapeau informe, qui, un gros bâton à la main , se promènent avec une gravité et une importance toute magistrale, au milieu des champs : ce sont les propriétaires du sol, ce sont lesmoroados. Nobles gueux ruinés, que la lèpre de la misère ronge avec leur famille» et qui se regarderaient oomme déshonorés par un travail quelconque; toute leur occupation consiste à tenir un relevé exact du revenu de leurs fermiers, car la loi portugaise leur accorde la moitié de tout ce qui est produit non-seulement par leurs propriétés mais encore $w elles, comme le crott des bestiaux , les volailles, les œufs, etc. Malgré de pareils avantages la plupart des morgados vivent dans la misère par suite de leur passion pour le Jeu et de leur paresse ; les fermière au contraire sont dans un oertain état de prospérité : économes, laborieux, ils sont devenus peu à peu les véritables maîtres, et ont mis leurs propriétaires dans l'impossibilité de tes expulser, soit en leur faisant des avances, soit en construisant contre les envahissements de la mer ou les dégâts des eau* pluviales, des intmril-

I/UNIVERS

les et des digues, dont l'usage a élevé fort haut la valeur, et dont le morgado aurait à rembourser le prix avant de pouvoir évincer son fermier.

C'est ainsi que par un équilibre trop rare dans nos nations d'Europe, il arrive à Madère que la paresse qui possède se trouve dans la dépendance du travail qui ne possède pas.

Industrie agricole.

Les principales productions que le travail de l'homme obtient du sol de Madère sont le blé, l'orge, l'avoine, la vigne , la canne à sucre, les légumes et les fruits, les châtaignes.

La récolte du blé peut à peine suffire au cinquième de la consommation annuelle. Près de la mer les terres en donnent une récolte par an; le maximum du produit est dans le rapport de quinze à un, mais le terme moyen est de cinq à un. Dans les parties les plus septentrionales et les plus hautes , on ne fait qu'une récolte tous les sept ans; on laisse croître la bruyère pendant les six autres années, puis on la brûle sur place comme un engrais , et c'est le seul que Ton emploie. En 1803, Madère produisit 77 600 hectolitres de blé, 11 616 de seigle, et 12 768 d'orge.

On se procure le maïs avec tant de facilité sur le continent et les Iles voisines, qu'on ne le cultive pas autrement que comme plante a'agrément ainsi que le riz.

Le blé à Madère se sème du mois d'octobre à celui de janvier; on le récolte en juin, et on fait suivre sa culture de celle des fèves ou des patates. Ces dernières se recueillent au bout de six mois, si elles ont été plantées après le froment, et seulement au bout de douze si elles l'ont été parmi les vignes. Leur tige forme une excellente nourriture pour le bétail , mais les chevaux ne la mangent pas.

L'introduction de la pomme de terre a fait accroître d'une manière sensible la population de l'intérieur. On a trouvé que le produit est de soixante- -qt&tft pont un. Quoique la terre puis-

se donner ehaque année trois récoltes de pommes de terre dans les parties basses de 111e, et deux dans les parties les plus élevées , cependant beaucoup de paysans préfèrent encore, et cultivent avec obstination, sans autre motif que la tradition de leurs pères, une espèce de gouet (arum) que Ton dit être le coco des Indes occidentales. Il est fort abondant , mais il présente cette particularité de ne fleurir jamais. La récolte ne se fait que tous les trois ans sur les montagnes, à 800 mètres au-dessus de la mer, mais ailleurs elle est annuelle. Les feuilles en sont si acres qu'on n'en peut nourrir que les pourceaux, et le tubercule a besoin d'être conservé longtemps avant de pouvoir être cuit. Les paysans, regardant le gouet comme une igname, lui donnent inexactement ce nom. L'igname ailée se cultive dans les jardins, où elle semble avoir été transportée par le hasard. Elle forme un bon aliment et n'a été pendant longtemps connue que d'un petit nombre des plus pauvres habitants ; c'est une plante élégante , qui serait d'une utilité bien plus générale que le gouet, puisque le bétail en mange la partie herbacée.

On trouve à Madère des variétés sans nombre de la vigne, si l'on veut s'en rapporter aux cultivateurs ; mais elles peuvent se réduireà neuf lorsqu'on les étudie avec soin. Les variétés que l'on a nommées verdelho, neçro, molle , baslardo, bual et tinta , donnent des fruits que l'on mêle ordinairement ensemble, et d'où résulte le meilleur vin de Madère , c'est-à-dire celui qui se fait dans la partie méridionale de l'He, et qui doit surtout son parfum aux deux dernières variétés. Le tinta (*), exploité séparément, donne un vin qui, lorsqu'il est jeune, ressemble beaucoup par la couleur et par la saveur au vin de Bourgogne, mais il est plus doux. Quand il a passé deux ans en tonneau il se rapproche du vin rouge de Porto, et au bout de vingt ans on ne trouve rien dans sa couleur ni dans sa saveur qui puisse le faire distinguer

(*) C'est-à-dire uva tinta, ou raisin noir.

fl»

d'un riche et vieux ?in blanc de Madère. C'est le seul vin rouge que Ton fasse dans l'île, et on le laisse fermenter arec le mare pour mieux fixer sa cou* leor. Les vins très-blancs, comme le xtrddho ou vîn du nord, purs, prennent avec Tâge une teinte jaunâtre , tandis que ceux auxquels le marc a donné sous le pressoir une couleur un peu foncée, deviennent plus clairs en vieillissant. La variété nommée ser~ cial est, dit-on, analogue au raisin d'Allemagne que l'on nomme hocfc.

Enfin on reconnaît trois qualités de Malvoisie : celle qu'on nomme cadet est la meilleure, mais produit peu ; les variétés babosa et maltmzion rapportent assez abondamment ; mais la dernière surtout est très-inférieure.

On arrête la fermentation du vin de Malvoisie, bien avant celle des autres, afin d'en augmenter la douceur. La plus belle plantation de Malvoisie de toute l'Ile est sans contredit celle de la Fasenda dos Padres, auprès et à l'ouest du Funchal. La vigne donne du fruit jusqu'à une altitude de 825 mètres, mais on n'en peut pas faire de vin ; la plus grande hauteur à laquelle on la cultive aujourd'hui pour cet objet, est dans le Cour aidas Fretras, à 634 mètres. On calcule que dans les circonstances les plus favorables, un terrain d'un hectare d'étendue peut produire dix pipes ou 50 hectolitres de vin; mais si Ton embrasse dans les calculs les vignobles de l'île entière, le produit moyen paratt être d'une pipe. Suivant Staunton, on récolte annuellement 500 pipes de Malvoisie. L'antre qualité, beaucoup plus abondante, est célèbre sous le nom de Madère sec; la récolte annuelle en varie singulièrement ainsi qu'on peut s'en faire une idée par les chiffres suivants. En 1813 elle fut de 22 000 pipes; en 1814, de 14 000; en 1815, de 5000; en 1816, de 12,000; en 1818, de 18 000; en 1825, de 14 000; en 1826, de 9 000; en 1827. de 7 000; et la diminution de production , due , à ce 3 D'il semble, a la concurrence fatale 'mm contrefaçon trop habile , s'est continuée dans une progression tel-

lement rapide , que Madère n'a plus récolté en 1843, que 3 221 pipes; en 1844, que 3 012 pipes; et en 1845, que 2 669 pipes. Ou donc s'arrêtera cette déplorable décadence ?

Au quinzième siècle, Madère produisait déjà par an 400 quintaux de sucre, et lesPortugais y trouvaient la majeure partie de leur approvisionnement. Mais depuis que la canne a été naturalisée aux Indes occidentales, cette culture a été abandonnée ici pour celle de la vigne , qu'on y a portée de Chypre antérieurement à* 1445, et qui est devenue beaucoup plus productive.

En général, les méthodes agricoles suivies à Madère ne présentent rien de particulier. Les irrigations seules, dans un pays où elles présentent souvent de grandes difficultés, et où elles sont cependant de toute nécessité pour certaines cultures, ont toujours été l'objet de beaucoup de soin. L'eau des torrents est amenée dans les champs cultivés au moyen de canaux artificiels appelés (évadas , qui traversent le pays dans toutes les directions, et dont l'ensemble constitue un svstème parfait. Quelques-unes de ces Fevadas ont été construites par les premiers colons de l'île; au commencement du Quinzième siècle. Leurs esclaves étaient es Maures ou des Orientaux captifs, et il est à croire que l'on doit à ces étrangers l'idée première de ce soin si grand donne à l'irrigation des terres, et de l'habileté supérieure déployée dans son application, deux choses jadis fort peu appréciées de l'agriculture européenne.

Tout ce que nous venons de dire se rapporte plus particulièrement à Madère; les productions agricoles de Porto- Santo sont les mêmes, seulement elles sont moins importantes.

La vigne, le froment, l'orge, forment le fond de la culture, et présentaient, d'après une évaluation faite en 1813, 695 pipes de vin , 3 768 boisseaux de froment et 1 628 boisseaux d'orge.

Industrlemanvfacturière, commerce.

Madère étant une terre essentielle-

28" Livraison. (Iles de l'Afrique.)

fi*

L'UHIVEES.

ment agricole, n'a que peu ou point d'industrie manufacturière proprement dite. Tous les objets de première nécessité, meubles, habillements, y sont pour ainsi dire apportés du dehors. Les habitants exploitent bien les basaltes, pour en faire des meules ou pour construire des murs ; ils élèvent bien quelques moulins; mais tout cela est restreint dans le cercle de quelques besoins immédiats, auxquels l'importation étrangère ne pourrait ou ne saurait pourvoir, et qu il est plus facile de satisfaire sur place , grâce aux matériaux que Ton a sous la main. Il n'en est pas de même du commerce, auquel la fécondité du sol donne une singulière activité. Le principal, pour ne pas dire Tunique article d'exportation est, comme chacun sait, le vin eélèbre

2ui a répandu au loin le nom de l'île. l'est là sa richesse. Cependant le succès extrême avec lequel les vins de Madère et de Porto-Santo sont accueillis sur tous les points du globe, loin d'encourager cette industrie dans l'archipel, semble en avoir au contraire diminué la production par la contrefaçon trop considérable et surtout trop heureuse qui lui fait concurrence; c'est ainsi qu'en 1815 Madère exportait de 15 à 20 mille pipes de vin, et que nous la retrouvons, en 1845, n'en exportant plus que 2 823 pipes, dont 616 en Angleterre, 220 à la Jamaïque, 175 à Calcutta; 669 aux États-Unis d'Amérique, 320 en Russie, 202 en France, 109 en Portugal ; et le reste par petites fractions en divers autres pays.

Travaux publics : ponts , routes, et canaux,

11 est rare que l'homme, placé d'ailleurs dans de bonnes conditions morales, vis-à-vis de grands obstacles, ne les surmonte d'une manière digne de son intelligence;, la nécessité devient alors un de ses plus puissants stimulants. C'est ce qui est arrivé à Madère lorsqu'on a voulu créer des communications entre ses diverses parties.

De toutes parts les difficultés se présentaient nombreuses; elles ont été

souvent vaincues avec une rare habileté; On reconnaît cela partout, lorsque, se dirigeant du Funchal vers le pico Ruivo, on va descendre dans la belle vallée du Coural das Freiras.

En présence même de la puissante majesté de cette nature, on reste frappé du génie et de la persévérance de l'homme. Ces pics hardis, ces rochers impénétrables, ces ravins profonds qui semblaient désunis pour jamais, ont été percés, joints, reliés par des ponts, par des routes, qui ont permis aux nommes de triompher de la nature; c'est à l'ingénieur don José d Alfon* séca qu'appartient la gloire de ces gigantesques travaux. Car, jusqu'à lui, les obstacles de l'intérieur avaient été déclarés insurmontables , et l'impossibilité de les franchir avait laissé une grande partie de Madère négligée et même inconnue. Ces routes ont coûté un travail de trois années et ont été achevées en 1817.

La plupart des travaux exécutés à Madère pour la distribution des eaux, dénotent aussi dans les indigènes un esprit de hardiesse et d'industrie vraiment remarquable ; mais aucun d'eux ne peut être comparé cependant à ceux qui ont été exécutés au rocher de Rabaçal. A l'origine d'un ravin profond et étroit, qui forme la tête de la Ribeira da Janella , à l'extrémité occidentale de l'Ile, s'élève perpendiculairement un roc de mille pieds de hauteur au moins ; des eaux abondantes s'en échappent, partie en une large cascade qui s'élance du sommet, partie sous la forme de ruisseaux innombrables sortant de toutes les fissures qui découpent sa surface , et que les arbrisseaux qui y croissent divisent de mille manières diverses. Ces eaux tombaient à la base du rocher dans un abîme profond, d'où elles eoulaient inutiles et abandonnées, à travers le ravin et la vallée de Janella , jusqu'à l'Océan. Quelques restes d'anciens travaux, auxquels ne se rattache cependant aucune tradition, montrent que l'on fit jadis des tentatives dans le but de les utiliser pour l'arroftement des terres voisiaea. Ces tentatives ont

été renouvelée* dt nos jours avec un plein succès. Ce rut seulement en 1836 que les travaux commencèrent: la direction eu fut confiée au capitaine Viçeote de Paula Texeira, natif de Madère; noua allons donner une idée de la grandeur et de retendue de ces travaux. La hauteur du Rabaçal est de 340 mètres environ. A 100 mètres audessus de la base» un canal horizontal a été creusé dans le rocher de manière à ce que les eaux venues d'en haut, arrêtées dans leur course, soient obligées d'y couler. L'excavation se poursuit sur une étendue de 200 mètre, et offre l'aspect d'une galerie coûtée, soutenue de distance en distance par des piliers ménagés dans le roc L'eau conduite par ce canal «t ensuite dirigée par un aqueduc «couvert ou levada, jusqu'à une distance de cinq à six milles. Là , on a entrepris un autre grand travail; bo tunnel qui a 275 mètres de développement, traverse la crête des montagnes centrales de l'Ile , et par ce ffwyen les eaux du rocher de Rabaçal , dirigées sur les deux versants nord et »ud, répandent l'abondance au milieu de districts précédemment abandon- *s> ou dont les produits étaient «Miife et précaires par suite du man- §w d'armement.

GouKr/ument et administration.

L'archipel de Madère appartient au roiaumede Portugal, et forme à la fas* dans son ensemble, un gouvernent militaire à la tête duquel est un bot fonctionnaire portant le titre de Capitaine générai, un arrondissement *>il ou comarca sous l'autorité d'un (jpuverneur civil ou corregedor, et un diocèse placé sous la verge pastorale fe revenue du Funchal.

Llie de Madère comprend quatorze communes, subdivisées en quarantetau paroisses. Les quatorze bataillons tes milices communales forment par «r réunion trois régiments de huit <*Bts hommes chacun, pour la garde « file; les fort* sont en outre occu- M ptr ua bataillon d'artillerie de six

cents hommes, auquel il faut ajouter un corps nombreux d'artillerie auxiliaire.

Sous le rapport administratif et judiciaire, le corregedor a au-dessous de lui un iuge royal pour le canton du Funchal, et cinq iuges ordinaires pour les villes de Machico, Calheta, Ponta do Sol, Santa-Cruz et Saô-Vicente.

Nous les nommons ici dans l'ordre chronologique de leur création, c'està-dire des décrets royaux qui les ont élevées au rang de villes : celle de Machico remonte au temps de la première colonisation; les suivantes datent successivement de 1511, 1513, 1515, et 1750. *

„ La cité du Funchal, capitale de 1 île et de tout l'archipel, est située sur la côte méridionale de Madère, par 32° 37' 40* de latitude nord, et 19° 15' 9" de longitude à l'ouest de Paris. Elle s'élève au fond d'une baie qui s'arrondit mollement entre les deux caps basaltiques appelés Ponta da Cruz et Cabo do Garajao : les Anglais ont donné à ce dernier le nom de Brazenheadou tête de bronze. Les maisons, disposées parallèlement au rivage sur une étendue de 1 600 mètres, encadrées de noirs rochers de lave et d'une forêt d'arbres verdoyants* offrent de loin un aspect des plus agréables; mais lorsqu'on pénètre dans la ville on ne trouve plus que des rues étroites, tortueuses, sales, pavées de cailloux ou de quartiers de basalte, coupées par des torrents descendant des montagnes, et encombrées par une multitude de pourceaux. En général , les habitations, à l'exception de celles de quelques riches personnages ou de commerçants anglais, sont d'une assez pauvre construction. Les principaux édiflces du Funchal sont l'hôtel du Gouvernement, le quartier militaire de Sao-Joâo , l'église de Santa-Cruz, le théâtre, et l'hôpital. La promenade

Sioique peu étendue, est fort agréable, n montre aux étrangers les flèches et le toit de la cathédrale, construits avec une partie des cèdres dont l'île étaitjadis couverte, et. dans un couvent de Franciscains, hchapeUe écê

rtmîVËM.

crânes, dont les murs sont incrustés de près de 3 000 crânes humains. On y compte environ 2 000 maisons et 18 000 habitants. C'est l'entrepôt du commerce de l'île , et le centre de toutes les affaires. Ses environs sont charmants et ornés de nombreuses quintasou maisons de campagne. Au fond du paysage , et le dominant tout entier, est le couvent de Nossa senhora do Montey que Ton dirait enseveli dans une forêt.

La ville de Machico, dont le nom rappelle celui de l'anglais O'Machin , qui dans le quatorzième siècle vint aborder en cet endroit, compte 2 500 habitants. Santa-Cruz n'en a que 1 500.

Caméra de Lobos n'est qu'un village, bâti sur le bord de la mer, et dominé par une falaise gigantesque qui forme une seule nappe verticale de 500 mètres. Les maisons et les vignobles ne sont accessibles que par eau pour les voyageurs , qui frémiraient à l'idée de suivre l'audacieuse route des ouvriers, lesquels gravissent ou descendent l'escarpement au moyen de simples pieux enfoncés dans la roche et qui font saillie en dehors.

Porto-Santo, sous l'autorité d'yn commandant particulier, ne forme qu'une seule commune et une seule paroisse, avec un juge ordinaire.

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