I. DESCRIPTION
Vue générale des Canaries : situation, aspect, formes orographiques.
L'archipel des Canaries est situé sur la côte nord-ouest de l'Afrique septentrionale, au large des rivages
(*) Cette description des Canaries est l'œuvre presque exclusive de MM. Saint- Germain Leduc et Gabriel de Garât, dont le travail a été revu par M. Oscar Mac Carthy. Leurs principaux guides ont élé les trois ouvrages qu'on peut appeler fouda mentaux, de Georges Glas, de M. Léopold de Buch, et de MM. Berthelot et Webb.
les plus méridionaux de l'empire de Maroc, et à 60 milles du cap de Bojador, entre les 27° 37' et 29° Stf de latitude nord. Il se compose de sept îles et de quelques Ilots , ainsi disposés en marchant de l'est à l'ouest : Lancelote et Fortaventure , avec les petites îles Graciosa, Allegranza, Santa-Clara, et Lobos; Canarie, Ténérifeet Gomèrc, Palma et l'Ile de Fer. Elles forment pour ainsi dire trois groupes, un à l'est composé des deux premières, un au centre comprenant les trois suivantes, et un à l'ouest, composé des deux dernières. C'est l'ordre que nous suivrons ultérieurement pour les décrire.
La surface des Canaries, dans leur
ILES DR t/À*MQUE.
ensemble, peut être évaluée à environ 2 500 milles ou 275 lieues carrées géographiques; quant aux contours, les cartes les plus récentes laissent encore beaucoup à désirer. L'aspect général des rivages est aride , abrupt , et la mer qui s'y brise , presque toujours forte et mauvaise. Sur la bande orientale principalement , ces îles semblent aroir des côtes de fer, qui s'enfoncent si brusquement à pic dans les flots , que les poissons ne peuvent même y déposer leur frai et que la pêche y est presque nulle. Presque partout le littoral escarpé ne présente que des rochers, des blocs de lave incessamment battus par les vagues ; nulle verdure, nulle végétation, nulle plage hospitalière ne vient rompre la monotonie de ce triste spectacle. Cet aspect contraste singulièrement avec le nom d'Iles Fortunées que les Canaries ont longtemps porté, et le voyageur qui passe devant elles sans s'yarrêter, serait tenté de prendre pour une fiction beaucoup trop poétique, le printemps éternel, le ciel clément et la fertilité, si souvent vantés, de ces contrées.
Tenérife présente à l'œil du navigateur étonné un cirque immense et régulier dans ses contours; son rivage, hérissé de hautes falaises et d'es- «rpements formidables , laisse voir, au débouché des vallées côtières , de profondes anfractuosités ; du centre de nie s'élève un pic gigantesque dont le sommet pyramidal apparaît à plus & 45 lieues en mer au-dessus des Mages.
. A Canarie , à Palma , à Gomère , à ITle de Fer, comme à Tenérife, une ceinture de lave défend les abords; loirs escarpements se dressent du sein des eaux et laissent voir de toutes parts leurs murs de basalte , bordés d'une grève étroite, et garnis sur les assises de plantes grasses ou salines.
Le système orographique des Canaries présente un des spectacles les plus curieux et les plus intéressants du ?*obe ; il est le plus complet exemple delà forme primitive sous laquelle les fe basaltiques ont dû sortir du sein ta eaux. C'est une enceinte continue
de collines et de montagnes volcaniques qui s'élève circulairement des rivages de chacune de ces fies , autour d'un cratère principal qui leur sert d'axe. Mais il paraît certain que ces principaux cratères n'ont aujourd'hui aucune communication avec les feux intérieurs de la terre. La plupart cependant sont profondément excavés en forme de cône renversé ou d'entonnoir. Mais les révolutions qui ont amené le bouleversement de ces contrées se perdent presque toutes dans la nuit des temps. Le centre de ces abîmes, les intervalles qui séparent les montagnes et les plateaux dont sont couronnées quelques-unes de leurs cimes , forment ces vallées si renommées par la fécondité de leur sol et la beauté de leur climat. Protégées par les montagnes contre les ravages des vents du désert de l'Afrique , échauffées par les rayons concentrés du soleil, arrosées par les eaux qui descendent dés montagnes et les vapeurs permanentes qui flottent sur leurs sommets , ces plaines fertiles donnent en effet, presque sans eulture, jusqu'à trois récoltes par an.
Ce serait inutilement abuser de l'attention du lecteur que de vouloir énumérer les innombrables montagnes qui hérissent les Canaries; nous mdi-
âuerons seulement le point culminant e chacune d'elles. Ces îles , qui par leur élévation se distinguent en mer à une distance énorme, ont entre elles une hauteur relative très-inégale : la cime du pic de Teyde ( plus vulgairement connu sous le nom de pic de Tenérife) atteint 3 710 mètres audessus du niveau de la mer; le point culminant de Palma n'atteint que 2 366 mètres ; les plus hautes cimes de 4a grande Canarie n'arrivent qu'à 1 898; le point le plus élevé de Lancelote à 576; les plus hautes montagnes de Fortaventure ont à peine 487 mètres d'élévation.
La masse immense du pic de Tenérife mérite cependant une mention particulière. II occupe le milieu d'un cirque gigantesque de montagnes. Sa
L'UNIVERS
cime présente , en s'élevant , trois pointes distinctes qui partent d'une base commune , assez semblables aux racines d'une dent molaire : la principale , nommée le Piton ou, vulgairement dans le pays, Pan de Atmcot (pain de sucre), est élevée de 3 710 mètres au dessus de l'Océan.
Les voyageurs qui veulent visiter oe pic , doivent partir de VOrotava ; c'est le point d'où Ton parvient avec le moins de peine au plus court chemin qui conduit à son sommet. Il est indispensable, en outre, de choisir la saison; car, pendant l'hiver, les neiges, qui prenneut promptement la consistance de glace , rendent la montagne inaccessible. En quittant Orotava, on gravit d'abord \e Monte f'ercle, qui doit son nom à la riche végétation dont il est, ou plutôt dont il était revêtu. Une magnifique forêt de pins , dont quelques-uns étaient devenus historiques parmi les voyageurs , couvraient jadis cetre montagne ; mais la violence des vents ou des torrents , et plus encore l'esprit dévastateur des habitants du pays , l'ont entièrement détruite ; et, dès qu'il a dit adieu au dernier châtaignier tfOrotava, le voyageur, dans cette pénible ascension, ne rencontre plus un seul arbre, un seul objet, qui puisse rappeler à sa mémoire le chemin parcouru. En quittant le Monte Verée , on traverse le petit défilé de Portillo , à l'extrémité auquel on voit tout à coup surgir le pic de Ténérife; il apparaît au loin comme une immense pyramide. Ses flancs sont sillonnés de torrents de lave » qui tranchent sur les nappes blanches et ponceuses dont il est revêtu.
Sur ces immenses blocs de ponce, que les exhalaisons sulfureuses ont rendus plus éclatants qu'un champ de neige, la vue de l'homme e6t impuissante à mesurer la dimension et l'espace. Ce qui paraissait de loin un fragment devient tout à coup un rocher; des collines, petites en apparence, s'agrandissent et deviennent de grands cônes, sans que l'œil ait pu apprécier la distance qtfil a fallu franenir pour s'approcher d'elles ; à peine
s'aperçoit-on qu'il faut trois longues heures pour traverser ce plan incliné.
Constitution géoanostique , phénomènes volcaniques.
La nature du sol des Canaries est essentiellement volcanique. Travaillé de fond en comble par des bouleversements dont la mémoire est perdue , il présente une succession accidentée de montagnes et de plaines, de cratères éteints et de vallées fertiles encaissées dans le fond de leurs gouffres.
Quelques savants géologues ont attribué l'existence de ces Iles à un soulèvement isolé qui se serait longtemps concentré avant d'acquérir l'intensité suffisante pour vaincre la résistance que les masses supérieures opposaient à son action. Brisant alors les couches de basalte et ue conglomérats qui se trouvaient au fond de la mer, cette force les aurait soulevées jusqu'à la surface des eaux, sous la forme d'immenses cratères, sans que, pour cela, l'action de ces matières eût été assez puissante pour entretenir des foyers d'éruption. Dans ce système, il n'existerait qu'un seul volcan aux Canaries, celui du pic de Teyde, qui expliquerait tous les phénomènes orographiques groupés autour de lui.
Mais la disposition de ces îles d'orient en occident, le prolongement uniforme de leurs montagnes dans la même direction , et enfin leur proximité du continent, nous portent à les regarder simplement comme un chaînon détaché violemment du grand système de montagnes de l'Afrique septentrionale.
Ce serait cependant aller trop loin que de prétendre rattacher à un ensemble unique toutes ces îles , et les considérer comme les débris d'un seul continent bouleversé et fractionné par les actions volcaniques. Prise isolément, chacune de ces îles est complète, déterminée , et présente à son centre un cratère de soulèvement d'une étendue considérable, sur les flancs duquel se relèvent de toutes parts des couches basaltiques.
ILES DE If AFRIQUE.
Le tuf* l'argile Manche calcaire, le trachyte* et les conglomérats où l'on retrou re une grande quantité de coquillages marins , composent les couches supérieures du soi. Cette surface est fréquemment recouverte ou trarersée par d'immenses torrents de laves refroidies et d'obsidienne sulfureuse et porpbyrique. Le ton général de ces terrains calcinés est d'un rouge brun passant au noir, parsemé de rapilles de scories , et mêlé parfois de teintes d'émail qui étincellent sous les rayons du soleil. En quittant les premiers plateaux, pour s avancer vers les hautes régions, il est facile de constater la transition des basaltes aux trachytes. Leurs masses noires commencent à se mêler d'abord avec des cristaux de feldspath ; les roches deviennent de plus en plus grisâtres, et sont entrecoupées de tuf vert ou bigarré qui décèle les traehytes, sur lesquels les basaltes reposent. Des blocs de différentes grandeurs, que les volcans ont évidemment rejetés, sont épars dans ks plaines et sur le versant des montagnes ; plusieurs paraissent appartenir aux vrais granits et contiennent du feldspath blanc, quelque peu de quartz, de l'amphibole et du mica noir a reflets; d'autres semblent des fragments de gneiss gris, des diorites grani loi des compactes, à feldspath grenu ; enfin, il y en a qui constituent un agrégat de riacaolithes dont les cristaux se croisent dans tous les sens.
Toutes ces portions de terrains sont visiblement altérées par le feu.
Pour donner en nous résumant une klée complète des diverses modification» qu'affectent les terrains basaltiques, soit dans leurs éléments constitutifs, soit dans leurs superpositions relatives , voici les conpes générales du littoral de l'Ile en suivant les couches de bas en haut :
1* Conglomérat basaltique;
2* Basalte solide;
3* Banc de basalte scoriforme en plusieurs couches ;
4° Gros blocs de basalte peu cohératt;
*• Banc d'argile rouge-brique.
Voici encore une autre arape,' prisé sur les berges escarpées du contre-fort de Tigayga à Ténérife, en prenant les couches de haut en bas :
1° Forte couche de conglomérat basaltique ;
3° Tuf basaltique;
8° Basalte très-compacte;
4° Tuf ponceux ;
5° Conglomérat;
6° Basalte compacte ;
7° Tuf ponceux ;
8Q Conglomérat;
9° Basalte avec soufflures et cavités.
Les phénomènes volcaniques dont les Canaries ont été le théâtre, sont la plupart très-remarquables ; il en est qui méritent une attention toute particulière, ce sont ceux de l'île de Ténérife, qui d'ailleurs ont été étudiés avec le plus de soin.
Le cratère qui occupe le sommet du pic de Ténérite n'est plus aujourd'hui qu'une solfatare de forme elliptique; la chaleur que Ton éprouve sur ses bords est si forte qu'il est presque impossible d'y séjourner, et le sol est tellement amolli par les actions volcaniques qu'il faut apporter beaucoup de circonspection pour ne s'y point enfoncer; l'odeur sulfureuse y est également insupportable.
Nous n'avons parlé que du Teyde% mais en partant du cirque pour gravir jusqu'au point culminant de l'île, on compte sur cet énorme massif central quatre cratères bien distincts, d'abord le cirque lui-même qui n'est qu'un cratère primordial et gigantesque , puis la Caldera (la Chaudière), la Rambleta, et enfin le Piton qui les couronne. Bien qu'un dégagement continuel de vapeurs ardentes atteste encore l'état dMncandescence de ces cratères, un examen attentif porte à penser qu'ils ont épuisé leurs forces.
Les torrents de lave, sortis jadis de ces bouches, ont débordé sur les vallées et sont d'une date et d'une nature différentes entre elles.
Les écrivains de l'antiquité qui ont parlé des lies Fortunées > ne paraissent pas même B'êtrô doutés de l'existence
L'UNIVERS
d'un volcan; il est probable que dans cette période le Teyde était en repos.
Dans le cours de 1393, une expédition composée d'aventuriers andalous et biscayens , n'osa aborder à Ténérife à cause des flammes et de la fumée que Ton apercevait au loin ; ce renseignement est le plus ancien qui nous soit parvenu sur l'éruption des Canaries.
En 1444, le pic de Teyde semblable à Y Etna vomissait des flammes sans interruption. En 1492, Colomb , qui se trouvait en vue de Ténérife, y aperçut, dit-il , la chaîne des montagnes de l'île tout en feu.
Mais la plus terrible catastrophe qui ait ravagé ces contrées date de 1704.
Dans la nuit de Noël de cette année, la terre commença de trembler avec une telle violence que l'on compta jusqu'à vingt-neuf secousses avant que parût le jour. Depuis ce fatal moment jusqu'au milieu de l'année 1706, les éruptions du volcan et les tremblements de la terre se succédèrent avec intermittence, et chaque fois avec des conséquences plus terribles et des caractères plus épouvantables. Le 2 février 1705, jour de la Purification, vers la brune, l'éruption surprit tout à coup la population de l'île accourue tout entière aux fêtes religieuses. Aux premières explosions des bruits souterrains, l'île entière, et principalement la ville d'Orotava, furent saisies d'effroi : chacun fuyait en désordre au milieu des cris de désolation; les maisons furent abandonnées sans que personne, même les voleurs, trouvât Je courage d'y rentrer; les vases, les reliques, les ornements sacrés, furent transportés sur le rivage, le saint sacrement fut placé sur un autel en plein champ sous la voûte du ciel ; les prêtres absolvaient en masse la foule éperdue. Dès le début de cette catastrophe, l'évêque était mort de frayeur dans une chaumière.
L'éruption du 5 mai 1706, qui fut la dernière , ne jeta pas moins d'horreur et de désolation à Garachico, Au lever du soleil, le pic apparut couvert d'une vapeur rouge et effrayante, l'air était embrasé, une odeur de sou-
fre suffoquait les habitants et les animaux épouvantés, et les eaux de la mer étaient surmontées de vapeurs semblables à celles qu'exhalent les chaudières bouillantes. Un torrent de lave incendia l'église principale et plusieurs maisons de la ville. Vers 9 heures du soir, une autre coulée se fit jour à travers les rues jusqu'aux escarpements du littoral. Cet horrible débordement fit retirer la mer du rivage et combla le port. Des rochers entiers calcinés furent ensevelis sous cette inondation de feu, et de toute la ville le désastre ne laissa debout que quelques maisons désertes au milieu d'un désert de cendres.
L'éruption de Chaorra, dans la nuit du 9 juin 1798 , fut moins violente , mais se présenta dans des caractères identiques.
Climat; phénomènes météorologiques; eaux.
Ce n'est pas sans raison qu'on a vanté le printemps perpétuel des Canaries: la température moyenne du mois le plus froid de l'année dans cet archipel, surpasse celle de toute l'année dans les parties méridionales de l'Italie; mais la condensation des vapeurs aqueuses qui flottent sur les montagnes, adoucissant les ardeurs du soleil tropical, il n'existe peut-être aucune région du globe dont le climat soit aussi constamment clément et doux.
L'hiver est presque nul sur la côte, et dure peu dans les stations supérieures. Sur le littoral, le thermomètre monte de 26° à 31° de l'échelle centigrade dans le mois d'octobre, qui est le plus chaud , et se soutient entre 16° et 19° dans le mois de janvier, qui est le plus froid. L'intensité de chaleur que nous venons d'indiquer se maintient depuis le niveau de la mer jusqu'à 1 500 pieds au-dessus, sans variation très-sensible ; de cette altitude jusqu'à 4 000 pieds, le thermomètre s abaisse de 2° à 8"; enfin , depuis 4 000 pieds jusqu'aux plus hauts sommets de l'archipel , où l'atmos-
pbère est dégagée des Tapeurs de la légion inférieure, la température diminue dans la proportion de 9° à 17° et 18° comparativement à la température de la côte. Nous ferons toutefois observer que ces chiffres ne sont pas rigoureusement absolus, et que les trois séries de température sont subordonnées , non-seulement aux limites que nous avons fixées, mais encore à l'exposition ou à l'abri des vents généraux.
lies (les Canaries ne sont pas arrosées par ces grandes pluies des tropiques qui, selon l'expression pittoresque des marins, suivent et boivent le soleil ; la température de l'automne n'y est pas encore assez basse pour condenser les vapeurs atmosphériques; il en résulte que sous ce climat, les pluies commencent plus tard qu'en Espagne, en Italie, et surtout qu'en France et en Allemagne. Il est rare qu'elles commencent avant la fin de novembre et se prolongent plus de deux mois.
Dans la partie méridionale des îles, principalement dans les contrées marib'mes» les pluies sont beaucoup plus rares, et la sécheresse que supportent souvent pendant plusieurs années les districts de cette bande, oblige une partie de la population à émigrer vers des contrées plus fertiles ; les Iles de Ltaeelote et de Fortaventure sont principalement exposées aux inconvénients de cette sécheresse. L'été des Canaries rapproche alors ce climat de celui des régions tropicales, de telle sorte que les zones torride et tempérée paraissent se mêler dans ces latitudes. Les vents d'est et de sud-est sont les plus terribles fléaux de ces 'les : nés sous le ciel embrasé de la zone torride, au milieu des déserts brûlants de l'Afrique, ils sont chargés d'une chaleur que le trajet même de la raer ne peut tempérer ; ce6 insupportables ardeurs sont peu de chose encore, comparées aux maladies contagieuses que ces vents apportent : des nuages de sauterelles dévastatrices les %3>mpagoent d'ordinaire, et la végétation n'a pas moins à souffrir que les tommes; la terre est aussitôt desséche, rberbe jaunit, les arbres per-
«lent leur verdure, les moissons sont dévorées dans leur germe par ces redoutables insectes. Les annales canariennes sont remplies du récit de ces catastrophes : en 1704, notamment, la chaleur fut excessive ; les animaux expiraient; les meubles, les portes, les fenêtres , presque toujours construits en sapin , transsudaient leur résine ; le judicieux Viera ajoute même , sans garantir le fait, qu'un village s'incendia spontanément.
Dans ces températures extraordinaires, le thermomètre monte à l'ombre à 34°, et dépasse 46° au soleil.
Si les végétaux ont à redouter les excès de la chaleur, ils sont du moins presque toujours à l'abri de ceux du froid. Les gelées sont en effet fort rares en ce pays, et l'hiver n'empiète jamais sur les autres saisons.
D'avril en octobre, le vent nord -est des tropiques souffle sans interruption, avec une constance telle , qu'il rend toute communication impossible, même dans l'archipel , entre le nord-est et le sud-ouest.
Les observations barométriques conduisent à supposer que l'air est singulièrement accumulé sur les Canaries ; la pression atmosphérique parait surtout plus forte en été. Dans presque toutes les latitudes, la température de l'atmosphère surpasse la température du sol : la moyenne est pour la première d'environ 17° Réaumur, pour le second d'environ 14°.
Les eaux sont en général peu abondantes dans cet archipel ; et même , dans plusieurs localités importantes , les habitants sont obligés de recourir à leur industrie ou aux moyens factices que la nature leur a ménagés contre cette privation. Tantôt ils recueillent les eaux du ciel dans des citernes, tantôt ils creusent des réservoirs aux
{rieds des nopals et des agaves , dont es larges feuilles ont la forme de gouttières; les vapeurs humides de fat* mosphère, condensées en gelée blanche sur ces feuilles , se fondent sous les rayons du soleil , et remplissent ces réservoirs, qui dans plusieurs villes sont placés sousla sauvegarde publique.
29* Livraison. (Ilbs db l'Afrique.)
L'UlWEB6.r
Les sources chargées d'acide cartonique sont fréquemment voisines de celles d'eau douce; la différence de leur température varie entre 5 et 6 degrés.
Les Canaries présentent ce fait particulier, que les sources d'eaux chaudes y sont aussi rares qu'elles sont fréquentes dans les Açores. Dans l'île de Palma, il en existe une d'une chaleur remarquable; mais elle est presque constamment cachée par les eaux de lu mer, et on ne peut l'observer que dans les marées très-basses.
Ce fait, joint à beaucoup d'autres observations, tendrait à faire présumer qu'un certain nombre de sources chaudes latentes existent dans cet archipel , mais qu'elles se rendent à la mer à des profondeurs qui échappent aux investigations de la science.
Végétation: Flore naturelle; plantes exotiques.
Ainsi qu'on le remarque dans tous les pays de montagnes et de plateaux, la végétation des Canaries se divise en un certain nombre de zones, comme la température en un certain nombre de degrés : la démarcation est même assefc sensible aux Canaries, pour que l'existence de certains végétaux s'arrête exactement à une altitude donnée, de telle sorte qu'un voyageur suffisant* ment instruit des conditions botani»
ques de ces contrées» pourrait reconnaître à la seule inspection de la végétation qui l'entourerait, la hauteur à laquelle il serait placé au-dessus du niveau de la mer.
Les voyageurs et les savants illus* très qui nous ont précédés dans l'étude de ces contrées, nous paraissent avoir* par des observations peut-être bien minutieuses , reconnu l'existence d'utl nombre de zones de végétation trop multipliées pour pouvoir être nette* ment caractérisées.
Dans un pays aussi accidenté, où l'agriculture met à profit les moindres avantages du terrain , jusque sur les plateaux supérieurs , il serait difficile de préciser nettement la limite
de la culture eanméemle; mais la botanique de ces îles est trop intéressante pour que nous m donnions pas ici leur division en trois climats , correspondant à trois zones ainsi déterminées.
pbemier climat ( zone inférieure.)
Limite. — Au nord 600 mètres , au sud 800 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Température. — La moyenne entre 31° de chaleur au maximum, et 17° au minimum ; ciel presque toujours sans nuage ; quelques averses de novembre à janvier.
Productions. — Espèces dominantes : toutes les euphorbes. — Espèces éparses : chrysanthèmes, héliotropes 1 lotus, réséda, aloès. — Végétaux na turalisés : palmiers , nopals , figuiers bananiers, mûriers, orangers.
deuxième climat (zone Entérine diaire.)
Limite. — De 500 à 1 600 mètre d'altitude» j
Température, — Humide au nord chaude et sèche au sud-ouest.
Productions. — Espèces dominât tes : tous les lauriers. — Espèc< éparses : géraniums, convoi vu lus myosotis. — Végétaux naturalisés châtaigniers, chênes. — Région d< bruyères : cistes, mousses et fougère
troisième cltmat (zone supérieur*
Limite. — De 1 600 mètres jusqu la cime du pic ou 3 710 mètres.
Température. — Chaude et sècl pendant le jour, souvent humide pc dant la nuit.
Productions. — Région des pic Espèce unique : pins des Canaries .
Région des plantes alpines : cytis prolifères, chrysanthèmes, etc.
Les côtes occidentales sont ricl ment couvertes par des forêts de iz rier&et de pins suivant la hauteur
Dans les vallées côtières, la m; de l'homme a changé la physionoii du pays, et lui n imprimé les car tères les plus opposés. A côté de ] greste campagne d'Europe, avec
tfti
vergers d'arbres fruitiers* ses vigno' Mes, mb labours, on retrouve les larges sites des tropiques avec leur ter* durs foncée et leur végétation puissante, les oasis du désert avec leurs Êmiers et leurs sources. Les euphor- \ régnicoles et les autres plantes leurs compagnes, les orangers , les citronniers, les pêchers, et une foule <f autres plantes exotiques successivement naturalisées dans ces climats , confondent leurs feuillages étrangers avec celui des dragonniers , des arbousiers et des lauriers des forêts primitives.
Sur le versant des falaises, la végétation a çardé les formes africaines:
elle se distingue par des troncs nus et tortueux, des feuilles charnues d'un vert pâle et bleuâtre. L'euphorbe des Canaries, aux tiges droites et anguleuses, domine dans les buissons, en* trelacé an rubia.
Pour résumer le plus brièvement possible Pétude botanique de ces contrées, nous la partagerons en deux divisions bien distinctes, la végétation naturelle et la végétation exotique.
La végétation naturelle est toute empreinte des caractères tropicaux; elle se compose, principalement sur les côtes, de plantes grasses et salines; dans les villes, de fougères et de joubarbes pariétaires, qui poussent avec ose vigueur inouïe sur les murs et sur les toits des édifices. On ne volt en Europe rien de semblable, pour le port et r éclat des fleurs, à ces espèces, qui dominent aux Canaries toutes Its plantes urbaines. Dans les ravins, b végétation se distingue de celle des vallées cotières , par plus de vigueur et de variétés. Il n'est pas rare de rencontrer sur leurs parois de basalte (fa plantes qui, infiltrant leurs racines tas les moindres fissures, s'étendent, comme un magnifique manteau , jusqu'à des hauteurs de six ou huit cents pwds. nous citerons dans ces familles, le talix cunariensis, aux chatons nies; le solanum ftava, aux tiges Totabtles; lepoteriutn caudatum, aux nmeaux panachés. Dans les régions «morales, le laurier, l'arbousier, Po-
llvler, éritremélés à des bruyères arborescentes , parmi lesquelles nous citerons le convolvutus des Canaries dont les lianes s'élancent jusqu'au sommet des plus grands arbres, et les fiérahions si remarquables par l'éclat de leur couleur.
A l'aspect majestueux de ces impénétrables forêts , le voyageur ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration , qui s'augmente encore lorsque* à travers les accidents du terrain, son œil découvre , sous Un soleil radieux, les vallées de la côte, la mer et son immense horizon. Nulle expression ne saurait peindre un semblable tableau.
Bans la troisième zone , oui comprend les sommets les plus élevés, la végétation présente nécessairement des caractères particuliers. Ce sont d'abord le cytise prolifère, puis les adénocarpes. Ces cytises, que les habitants appellent rétamas , croissent de préférence sur les tufs volcaniques.
Les anciens torrents de laves nourrissent plusieurs espèces, solitaires, et notamment une violette qui brave l'aridité du sol et la sécheresse de l'air à une hauteur plus grande qu'aucuue autre plante sur aucune autre montagne du globe.
Beaucoup d'espèces , et notamment les genévriers, et un arbre d'un bois précieux et odorant, Poxvcédrus, qui formaient autrefois des Forêls entières de l'archipel , ont presque entièrement disparu, brûlées par les ardeurs du soleil ou détruites par la cognée des
Snysàns. Le pin est resté très-abonant.
Le vin, l'huile, l'orge, le blé et généralement les céréales, la résine, les arbres fruitiers d'Europe, mêlés à ceux des tropiques, sont les principales productions du sol qui servent aux besoins et au commerce des habitants.
Avant que la culture de la canne à sucre, aux Antilles, fit à celle des Canaries une concurrence assez désastreuse pour la forcer à disparaître, cette plante réussissait admirablement dans l'archipel.
H n'en est pas de même de la pomme
L'UNIVERS
de terre, dont la culture, bien souvent tentée, est à peine aujourd'hui pratiquée sur quelques points.
Animaux.
Il y aurait sans doute intérêt, dans une revue succincte du règne animal aux Canaries, de distinguer aussi la faune indigène de la faune simplement naturalisée. Mais que savons-nous des hôtes primitifs de ces forêts , de ces plages ? à peine nous est-il permis de constater l'antériorité relative d'habitat de quelques espèces , le chien , la chèvre , certains grands lézards.
On compte un grand nombre de chiens dans les Canaries ; on a même pensé que leur nom pouvait avoir servi d'etymologie à celui de ces îles : du moins est-il certain qu'il en fut ramené à Juba deux de très-forte taille.
La chèvre est l'animal le plus précieux de ces îles. Son lait, sa chair, sa peau , servent à la nourriture et aux vêtements des habitants ; elle est en outre très-commune , et remarquable par son élégance et sa légèreté, qui la rapprochent plutôt de nos gazelles et de nos daims que de nos chèvres d'Europe.
Parmi les mammifères, tous les animaux domestiques d'Europe se sont naturalisés facilement dans l'Archipel.
La brebis et tous les lanifères sont de qualités inférieures et généralement négligés. Les ânes , à peine importés d'Europe, se multiplièrent avec une telle fécondité, qu'ils passèrent à l'état sauvage, et cjue, vers le milieu du quinzième siècle , les habitants se virent contraints à leur donner la chasse. Le chameau s'est acclimaté avec succès.
Parmi les oiseaux de proie, nous avons à citer les éperviers , les crécerelles , le vautour. L'outarde , le faisan , les ramiers , la perdrix rouge , dont la chair est exquise, et qui offre une variété toute différente de nos perdrix d'Europe, approvisionnent les marchés. Le merle, le chardonneret, la linotte, le verdier, les mésanges, les lavandières jaunes et grises, et surtout
le serin, font l'ornement des campa*
§nes. Ce dernier petit oiseau , aujour- 'hui fort recherché et fort commun en Europe, y porte encore vulgairement le- nom de canari.
Nous terminerons la courte nomenclature de la zoologie de cet archipel, fort peu riche sous ce rapport , par un mot sur les abeilles, dont le miel est une brandie de commerce pour les habitants. Celles de Ténérife sont surtout en grande réputation ; dès le mois de mai, les habitants des villages voisins du pic de Teyde montent sur le volcan avec leurs ruches d'abeilles, formées par le tronc creux d'un dragonier ; ils les déposent dans les fissures des rochers. Des millions d'abeilles se dispersent alors sur les larges et belles fleurs odorantes des rétamas. On fait, par été, deux récoites de leur miel en quantité si considérable, que jamais ni les coteaux d'Hybia, ui l'Hymète, ni Chamouni, n'ont produit ce que les abeilles des Canaries fabriquent sous, ce climat, et avec cette nourriture. Il est à regretter que , quoi qu'on en ait pu dire, il ait été jusqu'ici impossible de naturaliser en Europe la culture des rétamas.
Topographie particulière des lies.