LANCELOTB ET SES ANNEXES
Lancelote est située entre les 29° 15' et 28° 51 , de latitude nord , et les 16° 2C et 15° 45' de longitude ouest. Cette île, de forme irrégulière, a 28 milles 1/2 de longueur sur S à 14 de large. Quelques auteurs ont voulu faire dériver son nom, qui affecte souvent la forme Lancerotte^ des deux mots espagnols lanza rotta (lance rompue), en mémoire des premiers exploits qui signalèrent l'arrivée des Européens. Mais au lieu de cette étymologie puérile , l'histoire nous en a fourni une plus certaine, en nous montrant le génois Lancelot MaioUel comme le premier Européen qui s'y soit établi , ainsi que nous avons déjà eu occasion de le constater. Les indigènes lui conservaient celui de TUhe roygatra.
ILES »ft L'ÀFfeîQUE.
Tegutse, résident principale 4e l'ancienne et orgueilleuse noblesse qUl descend des conquérants , est le cheflieu de cette fie ; elle est située an centre, et compte environ 4 400 habitants; mais elle a une redoutable rirale dans la nouvelle ville (tJrecjfe, et voit chaque jour décroître son ancienne prospérité.
Jrecife possède un des mouillages les plus sûr* de l'archipel ; il s'y fait un grand commerce de soude , gui donne à ce port une activité de plus en plos considérable. Malheureusement les sables vaseux qui l'encombrent t n'en permettent pas l'entrée aux navires d un fort tonnage, et la plupart des bâtiments étrangers sont contraints de jeter l'ancre au porto de Naos, de moindre importance; plusieurs îlots barrent ces deux mouillages et les défendent contre les vents du sud.
il ne reste à San Marcial de Rubicon, siège autrefois de Févêché des Canaries, que le souvenir de son antienne importance. H aria, qui a 2 000 tobitants , est située au niirfeu d'un vallon dans une véritable oasis. Après les villes que nous venons de citer la l'egeta, San Bartolomeo, lias, Tïnafo et Yaiza sont les principaux centres de population, sans que cependant aucune de ces bourgades renferme plus de 1 800 habitants.
Presque contîguës a Lancelote , et formant un prolongement de sa pointe nord, les petites îles de Grnciosa, Santa Clara, et Alegranza , auxquelles on doit ajouter encore les deux rochers appelés Roque del Oeste et Roque del Este, peuvent être considérées comme une annexe naturelle de la grande île contre laquelle elles semblent se presser.
Alegranza , déjà inscrite sous ce nom dans les cartes du quatorzième siècle, et appelée Joyeuse dans la chronique de la conquête de Béthencourt , paraît répondre à YAprositos on inaccessible de l'antiquité classiqw; elle est en effet haute et rocheuse, *ride, inhabitée; elle n'est visitée que Poor la récolte de l'oi-sëiUe.
ÏS*
Graciosa, séparée de Lancelote par un canal si étroit qu'il a reçu le simple nom de Rio , est aussi déserte et aride ; l'hiver seulement , grâce aux pluies , les Lancelotais y peuvent envoyer paître leurs chèvres.
Santa Clara, gui dut cette appellation sans doute a la patronne du jour où elle fut découverte ou reconnue, n'est qu'un petit îlot rocheux , funeste anx navigateurs, aussi bien que les deux rocs, l'un tout voisin, l'autre plus écarté à Test , qui complètent ce petit groupe.
FOBTÀVBNTUBE ET LOBOS. .
Fortaventure est au sud de lancelote, par 28° 27' de latitude nord , et 16° 25' de longitude ouest. La masse principale de cette île s'allonge du nordnord-est au sud- sud -ouest sous la forme d'un rectangle obtus, de 12 à 16 milles de large sur une longueur de 41 milles. De l'angle sud-ouest se détache une autre masse infiniment moindre et ayant aussi la forme d'un rectangle, mais à angles aigus, et qui est dirigé de l'ouest à l'est.
A l'époque de la conquête de Béthencourt , elle portait encore parmi les indigènes le nom û'Erbanie. Le nom moderne de Fortaventure dérive, suivant quelques-uns, des rudes combats que les aventuriers normands eurent à livrer pour s'emparer du pays. Mais comme ce nom existe déjà sur les cartes du quatorzième siècle , il vaut peut-être mieux se borner à conjecturer qu'if fut donné à raison de quelque naufrage ou autre grosse fortune de mer, qui y conduisit fortuitement ses premiers explorateurs.
Cette île renferme il 860 habitants répartis sur une surface de 50 milles carrés.
Santa^faria de Betancuria^ qui porte le nom du fondateur, en est le chef-lieu. Cette petite ville, Tune des moins peuplées de Fortaventure (elle compte à peine 900 âmes), a conservé jusqu'à nos jours l'empreinte de la physionomie normande des conquérants. Les maisons, construites pour la plupart en pierres de taille , sont
^'PPPVEftfl
alignées* le* fenêtre* en ogives, les frises et les corniches ornées de iqa$r carpns et d'élégantes dentelures.
.Depuis quelques anuées, un établiscément maritime s'est élevé sur le rivage de Puerto de Cabras^ et favorisé Ïd\x les acquisitions des négociants et es spéculateurs anglais qui sont \er nus s y 0*er* ce comptoir sepible ap7 nelé à devenir un jour la capitale 4ç toute l'île. I| peut déjà rivaliser avec les bqurgs les plus considérables de l'intérieur; pês rues spacieuses cpn> mencent à s'ouvrir le long du littoral, et 2 200 habitants sont déjà réunis sur c* point. .
.. JSoms citerons encore la Ofivay qui
(i, 2 $00 battants; Richerogue, oy 'qp voit les ruine? (Ju château de c? n#jn que Béthencourt fit construira pi 1406; Pajara% village le plus important; de la partie sud; Antiga% fylir et Caùllas, qui comptent chacun une population de 2 000 âmes.
£ortaventure est séparée de Lan- ... te par le canal de Bocayna qui a tQMt au plus deux lieues dans sa plus grande largeur > à la partie orientaie de ce canal, se trouve un petit ilôt rond d'environ une lieue de circonférence nommé Uobos ou lie des Loups, parce qu'on y prenait autrefois beaucoup de pnoques que les pécheurs appellent loups marins, et de la peau desquels on faisait un grand commerce vers le. quinzième siècle. Ces animaux 4nt entièrement abandonné 111e, qui n'a gardé d'eux que son nom.
C4NÀHIB.
L'étymologie du nom q> Canarie , ^devenu générique pour toutes les Sles de cet archipel , est fort obscure, et a donné lieu aux opinions les plus contradictoires de la part des savants et des voyageurs. La plus ancienne et en même temps la plus vulgaire la fa|t dériver du grand nombre de chiens dont ces Iles étaient remplies ; peutêtre y aurait-il plus de justesse à penser que cette, dépomiuation y a été transporté par les peuples Caharii de l'Atlas , qui seraient venus l'habiter.
Canarie- renfermait ^ l'épique du
Îernier relevé statistique fait par L Berthe|ot, $7 62$ habitante répart Us $ur pne surface . de ÇQQ milles carrés ; $i (orme est entièrement ronde et elle, a du spa-ouesj au nord-est M milles; de ce dernier qô>é se- détache de la masse un Ilot joint k ell* par ua isthme.
Canarie compte deux ferrages; le principal, la Un, est unp baie ou* verte au,* vents d'est, mais abritée contre cens du pord; Vautre, Jrectfe, est sur la côte opposé^ Nous citerons pour mémoire deux autres petits ports : \4ldea fie $an Nicolas et dgaeta*
A un quart de lieue du port de la Luz* sur la c4te méridionale , s'élève la ville de las Palmq$, la plus considérable de tout l'archipel; divisée en deux parties inégales par le ruisseau appelé Rio de Guiniguada, elle ne renferme pas moins de il 400 habitants. Qn y remarque une grande et belle cathédrale gothique, le palais de justice, et celui de l'évoque; ces monuments , et toutes les maisons des chanoines du chapitre , et des grands propriétaires de l'île, sont places dam la portion la plus petite de la ville; l'autre est occupée par le coro merci et les ouvriers; la population de la, Palmas se trouve donc aussi tranché' par ses habitudes et par ses mœur que par la division naturelle que soi terrain lui assigne.
Dans la partie de la ville appuyé a l'aride montagne de St- Antoine, le ipajsons, creusées dans le tuf même c1 la montagne, présentent le cuciei spectacle qui attire à Jtalaya l'attei Uon des étrangers. .
Cette dernière et singulière ville e située dans les environs de las Pc mas; c'est dans le tuf que sont ore sées les habitations, disposées |J terrasses et régulièrement assises 1 unes au-dessus des autres. Leurs p< tes, et quelques rares ouvertures < corées du nom de fenêtres» peuv< seules faire soupçonner la popu la ti humaine que recèlent les flancs de montagne ; pendant Ja cireur du jo
ILES M «M*WftUE.
les habitants se relireai dans leur* maisons et s'y abritant sou* des natte* de feuilles d'agave contre [es ardeurs du soleil; mais le soir on voit les 2 000 habitent? 4e ççtte ville souterraine sortir de tous cotés de leurs de-, meures ainsi que d'une fourmilière. , et se répondre dans toutes les directions 4e la montagne , comme *i la terre venait tout à coup de les eufau*, ter. A ce moment, le long de la montagoe qui projette ses grandes ombres* les feux qui s'allument et brillent $ travers Je* fenêtres, semblent les Veux: flamboyants des cyclopes de la fable, et jettent çjans l'âme du voyageur étonne' une impression fantastique.
À deux lieues de las Palmas, la première ville que l'on rencontre est Tel-» <U; elle est aussi la première en importance. Sa campagne riante est une véritable oasis le long de ces tristes et arides côtes de la mer.
Jguime* a 2 300 âmes ; l'évêque da Caiurie prend le titre de seigneur de ce lieu.
Tiraxana n'offre qu'une particu* larité, mais elle est remarquable : c'est une colonie de nègres libres qui vi-r.
vent dans des grottes retirées» à côté, de la population blanche et sans s'y mêler; à peine dans le cours d'une année en voit-on descendre un seul h la ville. Jl est probable que cette singuliers colonie doit son existence au, roarronnage des nègres, transportés jadis sur cette cote pour la culture des caunes à sucre.
rcrof , qui compte 4 600 habitants, est la résidence de l'évêque ; c'est un lieu 4e pèlerinage très-fréquenté; une image miraculeuse de la Vierge, fort n\ vénération dans le pays et parmi les marins, explique fa richesse de ftglise et la magnificence des ex-voto qui la décorent. Un autre motif y attire la dévotion des pèlerins et la curiosité des voyageurs : ce sont des sources d'eaux chaudes renommées pour leurs vertus, médicinales , et les fontaines naturelles oui jaillissent du sein des rochers basaltiques au milieu desquels la ville est assise : des lauriers gipntesques et iwpçnét^ble* aux
Wtmta «qWl:HP f^W* *H
leurs dômes.
JSoiiq citerons encore (es bourg* dp.
Lovega ou San lorenza abondant eu t>ui(s et en eaux^ Tawitas , où loq, ¥oit les plus forts oliviers du globe,;, Ingénia, San JBçrtholameo et Smïï, MateOf Santa Brioida et i'akequUlQ%
8 Mi ne comptent pas luxûus de 2 ÔQQ.
abitants chacun^
. Le nom indigène de cette \\%, quj, apparaît pour 1^ première fois, çfyrç; les. géographes , dans le con^nç^ nient du qiupsième siècle, et quj est
qui prévalut longtemps parmi les pUp ropeens, a néanmoins prévalu à son!
tour ; et c'est le $eûl que Ton donne* qujo,urd'lu)i à celte, reine des Onarieq.
Sa forme est oblongue, sa pluft grande dimension de $9 pi i Iles, $a lar^ geur de 12 à 13 , sa superficie totale d'environ 700 milles carnés. En. J024, elle comptait 72 131 habitants,
Sa principale ville est Santa-* Çrtjfy qu'on peut considérer comme la capi-»
taie actuelle. Elle est située sur 1$ bande orientale , et dans la portion lft plus aride , la plus inculte et 1? pluq affreuse de toute l'Ile; la rade est le seul avantage qui ait pu détermine); le choix dun pareil emplacement, Comprise entre le morne fortifié de> Paso-Alto , et l'embouchure (lu Bar-) rauco-Hondo que défend la tour dp San-Juan, cette rpde peut contenir dix à douze vaisseaux de guerre, protèges par un mole solidement oçtus?
truit en pierre volcanique nqire , <$ par plusieurs autres forts. Le fond ûfl son mouillage est généralement d'une bonne tenue, et, en s'affourchant est; sud-est et ouest-nord-ouest » les vai&t seaux peuvent en toute sécurité a& fronter la grosse mer que soulèvent fréquemment les vents au large \ mais il est essentiel de laisser flotter les câbles , car sans cette précaution , les navires couraient le riftue d'éti- e flrar
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LUWlVfeliS. ^
gués flar les' rocaille» et les ancres nombreuses qui se trouvent au ■ fond.
Il est assez ordinaire aux vaisseaux
Sirt se rendent d'Europe dans ce port, 'avoir à décharger une partie de leur cargaison à l'Orotava, sur le rivage opposé; mais quand soufflent les vents alizés, il est souvent impossible de doubler ta pointe Nago , et le meilleur parti à prendre est alors de tourner la pointe et de longer la côte.
Santa -Cruz a une population de 6 50frêmes. Ses rues sont larges, proprés et aérées ; les maisons, à un ou detïx étages , sont généralement bien construites , et décorées de sculptures* et d'ornements gothiques ou maures-1 qfces; les peintures qui couvrent les hiuts extérieurs donnent à la ville un' aspect original et pittoresque. Les appartements intérieurs sont si vastes et si peu garnis, qu'on s'y croirait plutôt au milieu d'une place publique, et la tristesse qu'on y éprouve est à peine compensée par uue fraîcheur bien précieuse cependant dans les régions tropicales.
•Uri obélisque de marbré blanc d'Italie, surmonté d'une madone, et orné aux arêtes de sa base par quatre statues d'anciens rois guanches , est le s^ur monument qui puisse attirer l'attention; il est situé près d'une fontaine qui arrose la place principale.
' La Laguna, ville que nous mentionnons en second ordre, est cependant plus grande et plus peuplée que Santa- Cruz ; mais elle n'est ni si bien construite; ni aussi propre; elle compte 9 400 habitants , et servit longtemps de capitale h Ténérife. Alonzo de Lugo en fut le fondateur, et elle est encore la résidence des Gers et pauvres marquis descendants des anciens consquista- (fôres. D'épaisses couches de mousse et? de graminées recouvrent la totalité des toits de cette ville et jusqu'aux blasons orgueilleux sculptés sur la plupart des portes. Cette végétation pariétaire produit l'effet le plus étrange pour l'oeil d'un Européen.
VOrotava est, après Santa-Cruz et la Laguna , la ville la plus importante de Ténérife; sa population est
de 5 500 habitants. A deux milles au nord , se trouve1 le port (el puerto) , qui forme une commune séparée avec 4 000 habitants. Depuis le désastre de Gàrac/ttco, en 1706, ce mouillage a pris une grande importance; mais, ouvert à tous les vents, il est très-dangereux dans la mauvaise saison. En tout temps les lames y déferlent avec violence; les bâtiments mouillent, suivant les circonstances , sur trois fonds différents : el Limpio, qui varie depuis 35 jusqu'à 50 brasses, à deux milles ouest-nord-ouest de terre; el Limplo de las Calaverasy par 18 et 35 brasses dans la même direction ; el Rey, par 16 et 12 brasses au nordouest. Ce dernier est hérissé de roches.
Pour compléter la topographie de Ténérife, nous citerons encore : sur la côte occidentale , Teouesto, Teguina, Matanm, Fittoriay fécondes en vins et en céréales; Tacoronte, dans une position délicieuse, etSozal, un petit port ; Realejo-Alto et Realejo-Bajo , qui réunissent une population de près ae 5 000 âmes; Santa- Urmia, Guitnar et Ouia, dont les enux ne sont pas moins renommées que leurs vins; Garachico, Silos, fiuona-Vista , sur les bords de la mer; Granadillay qui
firoduit du blé, et delà soie que 'on manufacture à Icod; San-Juali de la Rambla, la Fuente del Gv anche, et enfin, à 4 013 pieds au-dessus du niveau de la mer, Chasna, qui forme le point culminant habité.
Nous ne parlerons, que pour les mentionner seulement , des petites baies de Candelaria et d'Âbona. Toute la bande orientale de l'ile et toute la partie sud-ouest sont entièrement inaccessibles.
GOMÈfiB.
Au large de la côte sud-ouest de Ténérife, dont elle est séparée pai un détroit de 13 milles de largeur.
Gomère a la forme d'un trapèze renversé, dont la base a 12 milles; sa lar geur est de 9.
Sur la côte orientale se trouve 1; baie de San-Sebastian :•; elle est pro
rtr
tégée contre les. rafales du* nord et
du nord-ouest par le prolongement de la pointe de San-Ctistoval, et contre les vents du sud-ouest par la pointe de bs Canarios. C'est au sortir de cette baie que Colomb s'aventura sur l'océan à la recherche d'un nouveau monde : il partit de San-Sebastian le 7 septembre 1493; trente -quatre jours après, le 11 octobre, l'Amérique était découverte/
Relâche importante pour la navigation transatlantique , ce port fut longtemps le point ne miré de toutes les:
attaques dirigées contre les Canaries.
Sa principale fortification consiste dans la tour du Comte (torre de!
fonde) : démantelée et en partie détruite dans différentes fnvasioii9 , elle fat restaurée successivement par le comte don Guillen et par Philippe II, qui la pourvut d'une formidable artillerie. Les bâtiments peuvent mouiller très-près de terre sur un bon fond ;, la sonde donne 20 brasses n l'entrée; delà baie, 18 vers le rocher du morne qui avoisine la forteresse, et successifeoient 12, 8 et 4 en se rapprochant du rivage. La ville de San-Setostian compte au plus 2 000 habitants.
Llle renferme encore Agulo , Akxara, ffenmgua . qui produisent do vin et des céréales ; Villa-Rer- «osa, connue par ses soies , et Chipul par ses fromages.