‹ Iles de l'AfriqueChapitre 36 sur 82 · PALMA · texte numérisé non relu

PALMA

Située par 28° 43' de latitude nord rt par 20* 15' de longitude ouest , nie de Palma a 25 milles du nord au sod, et 18 1/2 dans sa plus grande largeur ; die comptait, d'après le dernier relevé que nous en avons, 29 683 habitants, sur une surface d'environ «Ou milles carrés.

La ville chef-lieu porte aussi le nom de Palma. Assise sur les escarpements du littoral, elle fut érigée en capitale dès sa fondation. On y retrouve ento« les gothiques coutumes et les «Hïursdes anciens conqucrants.L'heuftuse situation de son port , sous la pointe de Baxamar, à l'endroit où

la eéte se recourbe en fortne d'arc, et où les vaisseaux peuvent mouiller en 'face de la ville sur un fond de 15 à 20 brasses , devait en faire une des

{>rincipales échelles ùu commerce de 'Amérique. Aussi les bâtiments européens n'ont pas tardé à fréquenter' promptement ce mouillage, et plus tard même on y établit des chantiers de construction, auxquels les forêts de Ffle fournirent les matériaux principaux pour les besoins de la marine marchande.

Couchées les unes au-dessus des autres, sur les flancs des rochers, les maisons de Palma , qui compte près de 5 000 habitants, rappellent, par les balcons grillés de leurs façades , fes habitudes de l'Orient.

On trouve encore à Palma , San* AndreSy petit port renommé par ses eaux douces et ses fruits ; Tazacorte avec 2 200 habitants , fréquentée par les caboteurs de l'archipel; Los Llanos

3ui a 6 500 habitants ; Pverta Llana, 'un accès difficile , mais ayant de bonne eau et de bons fruits. — Mazo, qui produit du vin , et Tixarafe , du blé; Sauceb, qui dort à l'ombre des platanes et nés orangers; Guarafia , située sur les escarpements les plus abrupts des Canaries, et Pedra de Buena-Fista^ compléteront, pour nos lecteurs , la topographie de cette île.

FEBJLO.

L'île de Fer, qui , avec Palma, forme le groupe occidental des Canaries, est située à peu près sous le même méridien et à 26 milles au sud de celle-ci , et à 22 milles au sud-ouest dé Gomère. Elle a la forme d'un croissant d'une étendue d'environ 50 milles carrés. Sa population est de 4 337 âmes.

La ceinture délave oui l'entoure la rend presque inabordable , et, du pied de ses falaises, la côte s'élève presque à pic à une hauteur de plus de 1 100 mètres. Cette structure naturelle n'a pas permis aux habitants de s'établir sur le littoral. Beaucoup de villages sont groupés sur les coteaux maritimes les plus rapprochés.

La plupart des géographes euro-

vwmmi

péena ayant fà\{ jadi» pastei la &er mier méridien de Ja terre par cette ÎJe , et le roi de France Lotis XIII en ayant même ordonné en 1634 l'usage exclusif dans ses États , c'est à cette circonstance seule qu'elle doit la célébrité vulgaire de son nom. Elle est , en effet , la moins important comme la moins fertile des Canaries, et les vents contraires , ainsi que les. courants qui l'entourent, rendent fort périlleuse la navigation des bâtiments qui la quittent; les habitants sont, pour ainsi dire, isolés, et leur commerce nul.

La ville, ou plutôt le grand bourg u> ralverfa) en est le chef- lieu.

Quang nous aurons nommé San- ÂndreSy Tinor, Teguqciente, Temcedra et Mocanal, nous aurons mentionné tes seules bourgades dont l'importance puisse nwiter quelque attention.

2* l'hommb.

Caractères physiques des popvialions indigènes ; origines.

Les premiers, navigateurs qui abordèrent dans l'archipel des Canaries le trouvèrent occupé par une population dont le type physique présentait, avec des modifications importantes cependant, les caractères distinctifs des races blanches.

Ces indigènes étaient généralement d'une taille élevée, mais oien proportionnée ; de bonne mine , forts et sou» pies à la fois ; leurs yeux étaient vifs et intelligents; l'angle facial mqins aigu qu'il ne Test d'ordinaire dans les races africaines. La couleur olivâtre de leur peau tenait le milieu entre Iq noir foncé des Nègres et le jaune cui-> vré des Indiens; cette teinte bistrée était beaucoup plus prononcée sur les côtes sud de l'Archipel que dans les parties opposées : ils n'avaient point de barbe, mais, par une remarquable, anomalie sous ces latitudes tropicales, leurs cheveux , si nous en pouvons croire les premiers chroniqueurs, étaient blonds, soveux [dulcesjlavQsqt# çrinw)) et tellement longs, qu'ils

retombaient oomm un manteau au?

leurs épaules.

Les fenimes, au dire de oes mômes historiens, n'étaient dépourvues ni de beauté, ni m#ie d'une certaine grâce; leur fécondité était extrême, mais leurs mamelles presque toujours stériles; et les chèvres, si communes dans ces contrées, y servaient habituellement de nourrices,

Par un contraste remarquable avec la plupart des tribus sauvages, les ha-, hitants des Canaries étaient d'un naturel comiminicatif , affables et liants dans leurs habitudes, hospitaliers dans leurs mœurs, fjn sentiment de justice et de bonne foi, qui distinguait toutes leurs actions, semblait former le fond du caractère moral de ce peuple. Mais cette douceur naturelle n'excluait point chez eux le courage, car ils se livraient entre eux d'assez fréquentes guerres pour la possession de leurs troupeaux; les habitants de la grande Canarie se faisaient surtout remarquer par leur humeur belliqueuse; les Européens eux-mêmes eurent d'abord à en souffrir, et Scory rapporte naïvement, en parlant de lui et de ses compagnons , « qu'ils furent bien souvent battus, et « si rudement, qu'ils rentraient à l'hô- « tel les têtes sanglantes , les bras et les «jambes romnus à coups de pierres. *

Dans l'expédition de Béthencourt contre fortaventure, l'un de ces guerriers sauvages se battit de telle sorte , qu'il fit mordre la poussière à dix Européens ; et , malgré les ordres précis de leur chef, les Normands ne purent s'en emparer vivant, et se virent forcés de l'accabler sous le nombre.

Mais les Canariens ne tuaient point leurs prisonniers, qu'ils employaient seulement aux plus rudes travaux; et ces barbares étaient si remplis de vertus naturelles et d'honnête simplicité, que c'était une loi inviolable, chez eux, de mettre à mort tout soldat ou homme armé qui se serait comporté licencieusement ou injurieusement en public envers une femme.

Leur langue , qui , d'après les écrivains de la conquête européenne , ne ressemblait à au<wn. idiome connu.

ILES i)E fc'ASRiQUE.

était teUwpnt informe et barbare,, que, dé prime abord, les Européens pensèrent que ces peuples n'avaient point de langage propre, et ne faisaient entendre que des sons isolés et inarticulés. Ces truchements sauvages variaient même d'une île à l'autre , et les habitant» ne pouvaient se comprendre avec leurs voisins. Cet embarras de prononciation était j au reste, commun à toute |a race; il est encore fort sensible aujourd'hui dans, leurs descendants ; de ce vice des organes de la parole est, sans aucuq doute, dérive» cette tradition locale, que les premiers habitants des Canaries, originaires d'Afrique, avaient été transportés en cçs îles par lçs Ho* mains, nui, auparavant» leur coupèrent la langue pour avoir blasphémé kg ditux.

Malgré cette assertion des premiers explorateurs de l'Archipel , que la langue des Canaries ne ressemblait j) aucun langage connu, assertion qui résultait de 1 impression qu'elle avaif produite sur eux, on l'a depuis rattacha à l'un des grands idiomes de l'ancien cgptineuf. Le père ADreij Galindo, se lançant dans cette voie d'investigation , avait démontré dans un mémoire spécial sur l'origine des naturels des îles Canaries , la similitude de mots et d'expressions de la langue canarienne, ponservés par les anciens écrivais, avec des mots et des expressions de la langue des Berbers. m. Sahin Berthelot. dans la partie ethnographique de sa belle Histoire naturelle des Canaries , a rassemblé tous les arguments qui , dans l'état de nos connaissances , peuvent faire regarder l'identité comme bien positive.

Mais la question linguistique devait naturellement amener avec elle l'examen de la question de race, et M. Berthelot a également fait voir que tous [«caractères physiques de la race berbère se retrouvaient dans les anciens nabîtants des Canaries.

Il est d'ailleurs des rapprochements d'une antre nature dont on peut encore à bon droit se prévaloir pour appuyep

cptte solution de la. question d'origine des populations canariennes : je veux parler de la similitude de leurs nome) nationaux, dans l'antiquité conlmq dans les temps modernes, avec des noms appartint aux tribus cantonnées dans I Atlas. Ainsi les Canarii indiqués par Pline sur les bords du Gir peuvent être considérés aveçqueU .

que vraisemblance comme les ancêtres ou les frères des habitants de la Grande- Canarie au moins, sinon <ta toutes les îles auxquelles ce nom s'est étendu ; Gomêre porte . précisément celui d'une des tribus berbères les plus puissantes et les plus célèbres du Maghreb ou Barbarie occidentale ; les indigènes de Patina avaient conserv^ sous la forme de Benehoare la dénomination çlp Bény Haouârah c|ui rappelle une putre tribu berbère, nafl moins puissante ni moins fameuse \ ne paraît-jl pas naturel de soupçonner aussi que les Çu anches de tenérife ppuyaient bien tirer leur origine des Duânscherys (les mêmes que Maxmo} appelle^ Guanazeris) ; et les Bimbaçho§ de Ferro aussi bien que les Mahoreros de Fortaventure ne rappellent-jls pas les noms africains de Bény-Bascher et de Muharur ?

Mœurs et coutumes des anciens Ca+ nariens.

Lorsqu'un enfant venait q naître , les parents désignaient une femme qui , en prononçant certaines parole^ mystérieuses, jetait de Feau sur la tête de l'enfant ; à dater de cette cérémonie, qui offre une curieuse analogie avec les pratiques du culte catholique, cette femme faisait partie de la famille; et aucun des membres de celle-ci ne pouvait contracter mariage avec elle. .

Leur éducation première se bornait à quelques exercices du corps, qu) consistaient à sauter, à courir, a lancer le dard , à jeter des pierres , et i danser; les jeunes gens aimaient beaqcoup ces exercices, et y excellaient.

Les formalités de leurs mariages étaient aussi simples que possible} l'homme demandai leur consente;

ïtoNIVERS.

ment aux parents de la femme qu'il voulait épouser; et, s'il l'obtenait, Punion était conclue sans autre cérémonie. Mais ces nœuds n'étaient pas plus difficiles à rompre qu'à former :

ta volonté formelle de l'un des deux époux suffisait pour annuler le mariage, et chacun d'eux était libre aussitôt de contracter de nouveaux liens ; cependant, les enfants nés de personnes ainsi séparées étaient regardés comme illégitimes : le roi seul était affranchi de cette loi, et pouvait même se marier avec sa sœur.

La coutume qu'à des époques et chez des peuples plus civilisés , on a longtemps appelée le droit du seigneur, était en honneur à la grande Gaoarie, où la pluralité des femmes était en outre admise, à ce que prétend Cadamosto; mais comme cette dernière assertion n'est reproduite par aucun autre historien, nous lui en laissons l'entière responsabilité.

À Gomère, le mari conduisait sa femme à l'hôte , ami ou voyageur, qui venait passer la nuit sous son toit :

cette singulière courtoisie se faisait à titre d'échange, quand le voyageur était lui - mime accompagné de sa femme. Lorsqu'un enfant venait à naître de ces liaisons accidentelles, il appartenait non à sa mère, mais à la sœur de sa mère.

Les aumôniers de Béthehcourt affirment qu'à Lancelote, la plupart des femmes avaient trois maris , qui servaient successivement par mois :

« Celui qui doit succéder immédiate- « ment à l'époux en fonctions, disent- « ils , sert le ménage tout le temps « que l'autre le tient, et sont toujours « ainsi à leur tour. »

Ce fait donne lieu à un rapprochement étrange , car cet usage est précisément celui dont certains socialistes modernes osèrent , il y a quelques années, proposer la mise en pratique.

N'est-il pas curieux de trouver, chez une peuplade sauvage, perdue dans l'Océan, au milieu du douzième siècle, une coutume si bizarre, que, huit cents ans plus tard, ceux qui s'en croyaient naïvement les inventeurs

furent, pour cela même, taxés 4e folie et d'immoralité?

$ Ces peuples apportaient un grand soin à leurs funérailles , qui se célébraient avec pompe. Les corps étaient embaumés avec une préparation de beurre de chèvre, de certaines herbes, d'écorces de pin, et d'une pierre ponce, nommée furzes, réduite en poudre. Puis, on les exposait publiquement durant quinze jours au soleil, entourés de leurs proches et de leurs amis. Après cette exposition, qui avait le double but d'honorer la mémoire des morts et de dessécher complètement leurs cadavres, on les plaçait dans des cavernes profondes , où les Européens en retrouvèrent encore un grand nombre.

Manière de vivre des anciens Canariens.

La plupart de ces aborigènes allaient entièrement nus, à l'exception d'un caleçon, ou plutôt d'une sorte de tablier de filasse de palmier ou de roseaux, qui- couvrait leur sexe. A Lancelote, ils portaient en outre un mantel en peaux de 'bêtes , oui leur tombait jusqu'aux jarrets; à Tenérife , un surcot sans collet ni manches, en peaux d'agneau, cousues fort artistement avec les bovaux même de ranimai. Pour les chefs et les hommes considérables du pays, ces peaux étaient plus fines, et teintes en jaune ou en rouge. Cet accoutrement, commun aux hommes et aux femmes, s'appelait tomarco. Les filles non mariées allaient entièrement nues, sans en éprouver d'embarras; mais les femmes mariées étaient habillées avec modestie : elles portaient, sur leur tomarco, un ample vêtement qui descendait jusqu'à terre. Ces insulaires regardaient en effet comme une chose malséante d'avoir les mamelles ou même les pieds découverts. Ils gardaient toute leur vie le même vêtement, qui les suivait jusque dans leurs sépultures.

Le blé leur était inconnu; ils vivaient principalement de fruits et de farines d'orge et de fève&y détrempées

dans de l'eau, du miel et du beurre. Ifs se nourrissaient aussi beaucoup d'une lorte de miel végétal , tiré d'un fruit nommé mocan, de la grosseur d'un pois.

Leurs habitations étaient construites arec beaucoup plus de solidité, de commodité et même d'élégance, qu'on n'aurait pu en attendre d'un peuple qui paraissait complètement isolé , et ignorant les premières notions des arts.

Les aumôniers de Béthencourt rapportent même qu'ils trouvèrent, à Fortaventure , de véritables châteaux forts, et un immense mur de pierre (Tune construction cyclopéenne, qui atteignait des deux côtés les rivages de là mer.

Les Canariens n'avaient aucune idée de commerce ou d'industrie. Les monnaies leur étaient totalement inconnues, ainsi que tous les ouvrages d'or, forgent et de fer, tant comme armes que comme servant aux usages habituels de la vie. La culture des terres suffisait, avec la pèche, à leurs besoins, et les troupeaux formaient leur unique richesse.

Ktligùm et gouvernement des anciens Canariens.

Les historiens ne nous ont transmis que fort peu de renseignements sur la religion des Canariens. Dans plusieurs lies, ils reconnaissaient l'existence d'un être supérieur, qu'on nommait, à Ténérife, Achaman; à la grande Canaris, Acoran ou Alcorae; aPalma, Abora. On lui rendait même un cuite particulier : ici, c'était autour de pyramides en pierres sèches , érigées en son honneur ; à Canarie , dans de petits temples de pierre, ou sur le sommet des cimfes les plus escarpées; à Fortaventure , dans des édifices circulaires, élevés au sommet des montagnes. Mais cette croyance si simple fttait compliquée de superstitions fcesàane base d'une nature moins abstraite. Ainsi , les habitants de Ca- Hrie vénéraient des idoles, dont Tune fat transportée à Lisbonne par les navigateurs portugais qu'Alphonse IV

entoya explorer les Canaries en 1841; et ils invoquaient, dans leurs serments, les hautes cimes de Firma et d'Uimaya.

Quelques mots recueillis par Abrea Galindo montrent qu'ils croyaient au malin esprit et à des spectres, des êtres surnaturels. Les Benehoare de Palma déposaient des offrandes au pied d'un roc escarpé , appelé par eux Ydafé, qui se dresse comme un inv mense obélisque dans la profonde vallée d'Aura , au centre de l'île. Ce qu'ils appelaient Yrouené^ était un fantôme sous la forme d'un chien. Les Guanches de Ténérife disaient que Guayota, le génie du mal, habitait au centre de la terre, ou bien se tenait caché dans le volcan formidable dont ils redoutaient les éruptions, le Teyde, le pic; par Echeyde, ils désignaient renier, ou l'ardente fournaise que Guayota ne cessait d'attiser. C'était par !'£« cheyde et par Magec, le soleil, qu'ils

Rrononçaient leurs serments. Après iur conversion, les naturels de l'île de Fer continuèrent à invoquer Jésus et la Vierge, sous les deux noms d'Éraoranhan et de Moreyba , leurs anciennes divinités , dont le siège était aux deux rochers élevés de Bentayga.

Dans les sécheresses, on les invoquait suivant certains rites; et lorsque le ciel restait sourd à leurs prières , uu vieillard vénéré pénétrait dans un antre solitaire, "où Ton nourrissait VAran* faybo protecteur, un porc de petite race, qu'il présentait au peuple accouru sur ses pas, et qu'on laissait libre jusqu'au moment où la pluie commençait à tomber. Cadamosto applique d'ailleurs à tous les Canariens cette parole : Ils sont idolâtres, et vénèrent le soleil, la terre, les étoiles, et diverses autres choses.

Dans les temps de sécheresse , ou pour conjurer tout autre fléau public, les Guanches avaient coutume de conduire leurs troupeaux sur des terrains consacrés; et la, ils séparaient les petits d'avec leurs mères, afin que le bêlement plaintif de ces animaux apaisât le courroux du dieu; mais, dans leurs cérémonies et leurs fêtes religieuses , ils ne faisaient aucun sacri-

lit

I/UMTEM.

fice d'hommes ni d'animaux. C'était même à leurs yeux un office immonde et vil, que de mettre à mort toute es* pèce de bétes ; ils abandonnaient cette fonction à leurs prisonniers ; et celui à qui elle était échue demeurait à jamais flétri et séparé du reste du peuple*

Il existait , dans la grande Canarie , un temple construit sur le haut d'un rocher, d'où les plus fanatiques se précipitaient les jours de fêtes, persuadés, par leurs prêtres , que leurs âmes deviendraient ainsi bienheureuses après leur mort. Ces actes de superstition barbare se renouvelaient a chaque avènement d'un chef; et cette coutume , qui rappelle certains usages de l'Inde , s'est perpétuée , aux Canaries* jusqu'à une époque de civilisation assez avancée.

La nature même de quelques-unes des croyances des Canariens, quelques coutumes», ne permettent pas de douter qu'ils n'aient eu aucun soupçon de l'immortalité de rame.

Les prêtres et les prétresses ( appelées, à Canaris, Hàmiguadas) exerçaient sur eux un grand empire ; et le faycan, dont les écrivains espagnols ont fait un évéque, présidait, h côté des chefs, à la plupart des solennités» Ils ajoutaient une grande foi dans les paroles de leurs devins et de leurs devineresses; quelques-uns de ces personnages ont même joué un rôle important dans certains événements.

Leur respect pour les pratiques religieuses était, du reste, si grand»

qu'à l'époque de leurs fêtes, toutes les guerres publiques , comme toutes les inimitiés particulières, étaient suspendues; il arrivait même que les ennemis festoyaient entre eux.

L'autorité souveraine était exercée par un chef dans le plus grand nombre des fies, et par un conseil suprême dans les autres. Le pouvoir royal était héréditaire, et le peuple obéissait avec respect et soumission aux lois qui en émanaient. La petite armée des rois canariens était divisée en six corps , dont les chefs portaient le nom de Guayre$s ces chefs ne reconnaissaient

d'autre supérieur que le roi, dont ils formaient le conseil militaire»

A Ténérife, ils avaient certaines assemblées qui rappellent les cours plénières du moyen âge , et les banquets d'échevins des villes; elles se tenaient principalement au temps des semailles. Dans ces occasions , le roi distribuait lui-même à chacun un cadeau de bétail et de gofio± et lui assignait une portion de terre déterminée a ensemencer.

Caractères généraux et composition de la population actuelle des Canaries.

Tels étaient les caractères généraux des peuples de l'archipel des Canaries, et de leur gouvernement , lorsque les premiers navigateurs européens y débarquèrent.

La longue période de la conquête successivement entreprise par de hardis aventuriers de tous pays, génois, catalans, espagnols, normands, portugais , a si profondément modifié ces caractères distinctifs , qu'il n'en reste aujourd'hui que peu de traces chez les descendants actuels.

Les habitants de Ténérife, de Palma, de Go mère et de Fer , sont un résultat du mélange des anciens naturels avec les colons européens qui s'y établirent; mais tous se prétendent bons Espagnols, et n'ont d'autre langue que le castillan ; parlé dans la haut* classe avec une grande pureté, il devient inintelligible pour les étrangers dans la bouche des paysans. Les Canariens actuels sont, en général, d'une complexion maigre, d'une taille moyenne , de formes et de traits réguliers; leur teint est plus basané 3ue dans les provinces méridionales e l'Espagne; de grands yeux noirs, pleins de feu , animent leur physionomie ; mais la vieillesse est prématurée aux Canaries , et la décrépitude y est affreuse.

Sous un extérieur grave , les Canariens ont une vivacité extrême et une grande sensibilité. Les femmes apportent , dans la conversation , un es*

prit naturel et brillant, qui rappelle celui des Françaises.

La population des tles de Lancetote et de Fortaventure diffère . au physique et au moral, de celle des au* très fies ; elle est de haute taille, plus robuste , plus forte , d'un teint plus basané, et de manières plus rudes; certains voyageurs lui reprochent de mêler l'avarice à cette grossièreté naturelle. C'est un mélange des anciens indigènes avec des Maures que Diéao de Herrera y transporta de la cote d'Afrique, et 'd'abord et surtout avec le sang normand. La physionomie des habitants de Betancuria a particulièrement gardé l'empreinte de ce dernier type originaire; leurs onéreux sont blonds; leurs regards indiquent la pénétration et la ruse; c'est on composé de l'audace normande et de fastuce africaine; on trouve encore chez eux quelques traces de l'ancienne coutume de Normandie, que Béthencourt y avait introduite.

Les habitants de Plie de Fer for* ment an peuple à part. Le terrain y est également réparti , et chaque propriétaire cultive son champ; dès que la famille devient trop nombreuse, quelques membres émigrent pour aller tendre leurs service,» dans les îles voisines ; ce sont les Auvergnats des Canaries. Honnêtes, sobres, économes , ils regagnent toujours leur pays arec quelques épargnes. Cette population, éminemment religieuse, se distingue par une grande vénération pour la mémoire des morts.

Quelque incontestable que puisse être l'origine de ces habitants, évidemment issus des anciens aborigènes et de leurs conquérants, les Canariens refusent énergiquement de la reconnaître; la plus mortelle injure à faire à un homme d'une certaine condition dans l'Archipel, serait d'oser soupçonner qu'il puisse porter dans ses veines du sans; maure ou du sang des indigènes primitifs, bien que ce soit à eux qu'ils doivent leurs plus aimables qualités.

La fierté proverbiale des hidalgos es* pagnols n'est que de l'humilité comparée à l'orgueil d'an noble canarien.

Qualité* MdéfluUêi

La classe riche, et par conséquent la classer éclairée, est peu nombreuse aux Canaries ; mais , à l'exception du bas peuple de Lancelote et ne Fortaventure , dont nous pariions tout à l'heure, la population entière est extrêmement polie et bienveillante; les gens les plus pauvres de la campagne ne manquent pas d'une certaine affabilité dans leurs manières, tout en conservant dans leur maintien* en présence de leurs supérieurs , le sentiment de leur dignité personnelle.

Dans les grandes villes, les habitants aisés ont adopté les manières anglaises ou les nôtres; les modes viennent de Paris et de Londres ; et toute femme qui veut passer pour élégante a remplacé la mante nationale par des toilettes françaises. Lorsque l'infortuné Jacquemont allait, il y a dix ans, chercher la science dans l'Inde, où il ne trouva que la mort, il relâcha d'abord à Ténerife : «J'espérais, »

écrivait-il , « commencer à voir ici un « peu de couleur locale, mais je n'aper- « eus, partout où j'allais , que des tol- « lettes françaises , des habits noirs , « et des femmes habillées sur le jour- « nal des modes ; on y dînait , on y « dansait, on y vivait à la française"; « je me crus à Paris, et je me rembar- « quai désolé. »

La sobriété est une vertu commune et comme innée chez les Canariens ; un habitant qui serait vu en public dans un état équivoque serait à jamais perdu de considération; et le témoin gnage d'un homme connu pour s'adonner à l'ivresse ne serait pas reça devant les tribunaux. Cette tempérance générale, et l'absence presque corn-

{ilète de cafés et de lieux publics , rend es querelles beaucoup moins fréquentes que dans nos pays d'Europe; mais elle entraîne souvent des conséquences plus terribles, car le meurtre s'y commet avec une grande facilité; l'esprit de vengeance règne dans tout l'archipel ; le duel y est inconnu , ou plutôt incompris; et ils ont toujours recours à l'assassinat pour laver leur

1/UtfIVBBS,

injure; ordinairement le meurtrier se réfugie dans l'église la plus voisine, et passe de là dans une autre ville.

Ce n'est pas dans le bas peuple qu'il faut chercher des modèles de propreté, ni de probité sévère ; mais le vol grave est fort rare.

Tous les soirs, dans les villes commerçantes, et au milieu de cette population généralement honnête et morale, les rues, les places, les quais sont infestés par des femmes de mauvaise vie , qui , un chapelet à la main , provoquent impudemment les passants.

Cette prostitution permanente, sur laquelle la reine Jeanne , fille de Ferdinand V, ne craignit pas de lever un impôt régulier dans le seizième siècle, est le fléau comme la honte des Canaries, car les maladies dont la plupart des femmes sont gangrenées sont aussi communes que pernicieuses.

La classe noble a horreur de quitter ses foyers; c'est la chose la plus rare que de rencontrer dans un gentilhomme le désir de voyager pour voir le monde; bieu peu visitent l'Espagne, et même les autres fies , à moins que quelque procès n'appelle au siège du gouvernement, ce qui est assez fréquent, car ces gens sont très-processifs. Un gentillâtre qui possède quelques acres de terre , une douzaine de moutons, un couple d'ânes et un chameau, aimerait mieux manger du gqfio jusqu'à la fin de ses jours , que d aller tenter fortune ailleurs. Il croirait déshonorer le nom qu'il tient de ses ancêtres, s'il s'occupait en quoi que ce fût d'industrie ou de commerce.

11 trouve plus noble de rançonner le pauvre paysan , et de rapiner sur lui , afin d'avoir les moyens de soutenir son rang , c'est-à-dire , de passer la journée sans rien faire , ou à se promener sur un âne, suivi d'un domestique en guenilles, au lieu d'aller à pied. Tel est , à ses yeux , le comble de la distinction.

Habitations; manière de vivre.

Nous avons déjà eu l'occasion de parler des anciennes habitations cana-

riennes. Mous ajouterons quelques mots des habitations modernes.

L'appartement est composé, d'ordinaire, d'un salon immense, terminé, à ses extrémités, par les chambres particulières des maîtres de la maison et de leurs domestiques. L'orgueil extrême des Canariens leur fait une nécessité de la représentation ; aussi le salon d'apparat compose-t-il à lui seul, pour ainsi dire, toute l'habitation. Il n'est pas rare qu'un habitant de Ténérife mesure son importance personnelle sur la grandeur de cette pièce ; mais il s'en iaut que le luxe de décor réponde à son étendue. Quelques nattes de jonc, quelques peintures religieuses de saints et de martyrs en font tout l'ornement. Ces peintures décorent d'ordinaire les fenêtres. Aussi , lorsqu'un étranger arrive, c'est à une fenêtre que le maître de la maison le conduit d'abord, comme à la place d'honneur.

Ijes chambres intérieures sont fort simples : les lits seuls étalent, avec un certain luxe , des broderies , des dentelles ; on ne s'y sert pas de rideaux , qui offriraient un abri trop favorable aux insectes, si abondants sous ce climat ardent.

Quel que soit, d'ailleurs, le rang ou la fortune' du propriétaire, chaque maison renferme un réduit particulier, où la maîtresse de la maison , assise sur un divan circulaire, reçoit, toute la journée, les femmes de sa connaissance intime*

La cuisine de la classe riche , empruntant à l'Europe tous ses produits et tous ses raffinements , ne présente aucune particularité curieuse; nous ne parlerons donc que de la nourriture habituelle des habitants de la campagne, qui se compose du gqfio. Le gqfio est pour le paysan canarien ce qu'est le macaroni pour les lazzaroni , le riz pour les Indiens, la banane pour les Kègres, la pomme de terre pour l'Irlandais. Le gqfio se compose de farine d'orge ou de blé, fortement torréfiée, et délayée dans de l'eau par les plus pauvres, dans du lait par ceux qui le sont moins. Cette préparation

si simple, et qui fait, à coup sûr, grand honneur à la sobriété de ceux qui s'en contentent, rappelle la nourriture en farine de maïs de nos paysans des Pyrénées ; elle est en si grand honneur dans le goût des campagnards canariens, qu'ils méprisent souveraine* ment les mangeurs de viande des villes. Ils boivent rarement du vin , et jamais aucune autre liqueur fermentée.

Industrie et commerce.

L'industrie locale est presque nulle aux Canaries, et le commerce n'y a jamais pris le développement qu'on pouvait légitimement en attendre. Ce n'est cependant ni à la fertilité du sol généreux de cet archipel , ni à l'esprit intelligent de ses habitants, ni à la situation géographique, qu'il faut attribuer cet état de torpeur et de stagnation , mais seulement au peu d'énergie que le gouvernement espagnol a imprimé à cette partie de ses possessions, et à l'état d'inertie et d'abandon où l'Espagne , ébranlée par ses commotions politiques , a laissé ses colonies.

Jamais position ne fut, en effet, plus favorable ; les Canaries sont une admirable escale de commerce pour les quatre parties du monde. Véritables hôtelleries de la mer, placées sur le grand chemin de l'Océan, on peut de là se rendre en Espagne en quatre jours ; en Portugal, en cinq ; en France, en huit -, en Angleterre et en Irlande , en dix ; en Hollande, en douze ; à Hambourg, en dix-huit; en Danemark, au Brésil , et dans les principaux ports d'Amérique, dans une moyenne de vingt jours. Aussi, lorsqu'en 1748, PHt écrivait « que l'Angleterre de- ■ vait faire tous ses efforts pour échan- • ger Gibraltar contre les Canaries » , cet homme d'État avait compris tout le parti que le génie anglais saurait tirer des ressources d'une possession où l'Espagne n'a rien su faire. L'absence de prévoyance a parfois amené la famine sur cette terre féconde; l'absence de protection a forcé trop souvent les propriétaires agricoles à r des essais de culture qui

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auraient pu devenir une source de prospérité. Cest ainsi que, depuis le commencement de ce siècle , la culture du coton , celle de la canne à sucre, ont été abandonnées, et rem- {riacées par celle du mais, et par 'introduction de la cochenille sur les nopals ; tentatives qui paraissent avoir eu, l'une et l'autre, des résultats avantageux, mais seulement par la force même des choses , et non par l'intelligent emploi des moyens dvémulation et de progrès. Nous pensons que c'est principalement à cet état de choses qu'on doit attribuer la nonchalance devenue proverbiale des cultivateurs de l'archipel. Dios para todos. dit le laboureur canarien , et il s'endort au soleil , laissant à la Providence le soin de ses cultures.

Pour offrir à nos lecteurs une idée exacte du commerce des Canaries, sans entrer dans d'inutiles détails, nous leur donnerons les chiffres généraux de l'importation et de l'exportation de l'archipel. La conséquence de ce bilan commercial sera facile à déduire.

Les Canaries exportent du vin (la moitié environ de leur récolte), de la soude, de l'orseille , des amandes, de l'eau de-vie de qualité très-estimée , de la soie brute, de la cochenille.

Elles produisent, en outre, de l'huile, de l'orge , du maïs , des résines , qui occasionnent, parmi les îles entre elles, et avec la côte d'Afrique, un commerce d'échange; enfin , du blé, dont la sortie est interdite au dehors de l'archipel. Toutes ces exportations s'élèvent annuellement à la somme totale de 3 750 000 fr.

Les Iles reçoivent en échange :

d^ Angleterre ? eaux -de -vie, savons, draps, quincailleries, cotonnades, etc., etc.; des États-Unis, farines, cuirs tannés , riz , douelles , planches, etc. ; de Gibraltar et de Gênes, soieries, cotonnades, chapellerie, fruits secs, pâtes, savons, etc. ; de Hambourg, Brème, et la Hollande, fromages, beurre, jambons , toileries, cordages, genièvre, etc.; d'Espagne, eaux-devie de Catalogne, huiles, drogueries,

10* Livraison. (lus de l'Afrique.)

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L'UMVEftf.

librairie, etc.; de France {par Marseille), savons , chandelles , salaisons, papeterie, et objets de modes. Ces importations s'élèvent annuellement à la somme de 5 000 000 fr.

On voit, par ce qui précède , que la France n'a jamais eu , jusqu'ici , de commerce sérieux ni profitable avec les Canaries, dont les produits, à l'exception du vin et de l'orseille, ne pourraient nous convenir; mais les droits sur les vins canariens sont trop élevés pour le consommateur français; et l'orseille ne saurait, à titre d'échange, alimenter notre commerce.

La découverte récente des moyens d'extraire toute la partie colorante du bois de ca m pêche neutraliserait cette branche de commerce.

L'arrivage de cent quarante-cinq bâtiments par an suffît à ce mouvement commercial ; Jes deux tiers viennent des ports d'Angleterre ; dans le dernier tiers, les bâtiments américains figurent en première ligne; puis les bâtiments sardes, et les bâtiments espagnols. Les Anglais et les Américains peuvent seuls s'accommoder avec avantage du vin et de la soude naturelle, les deux principales branches d'exportation. Cette dernière a de beaucoup baissé par l'emploi des procédés qui tirent aujourd nui la soude du varech.

Au reste, si l'Espagne avait eu quelue intérêt à restreindre le commerce les Canaries, au lieu de favoriser son extension, les gouverneurs de ces îles n'auraient pu agir autrement qu'ils ne l'ont fait. La prohibition d'exportation du blé, entre autres mesures funestes à la prospérité de la colonie, ne pouvait avoir d'autre résultat que de aire tomber le prix des crains, dans les années d'abondance, si bas , qu'il couvrait à peine les frais de culture et de transport; c'est ainsi que, dans les mauvaises années, la population agricole s'est trouvée réduite à la disette.

Vers le milieu du dix -huitième siècle, Fortaventure exporta avec succès des chameaux pour la Jamaïque et les autres possessions anglaises dans les

Indes, occidentales; mais, dès que l'on connut, à Ténérife et à Canarïe, les avantages que ce commerce offrait avec les Anglais, le gouverneur général et l'audience royale défendirent, dans leur sagesse, l'exportation de ces animaux, « dans la crainte », portait Fédit, « que Ja race ne se perdît dans « l'archipel- »

En présence de pareils faits, on comprend comment u est arrivé qu'avec tant d'éléments de prospérité , le commerce ait pris si peu de développement dans les Canaries, et que l'industrie y soit restée stationnaire, lorsque la difficulté des communications, entre les îles mêmes, venait encore s'opposer à son développement. Quelques bateaux de cabotage suffiraient cependant à rendre les transports faciles et les communications rapides.

Fortaventure et Lancelote exportent, pour les autres îles, du blé , de l'orge, du maïs, de la volaille, du bétail et des peaux de chèvres ; Lancelote fait en outre, avec ses voisines, un petit commerce de sel et de poisson salé.

A l'époque de l'établissement des premiers comptoirs européens, le commerce extérieur était presque en totalité aux mains d'Irlandais qui étaient venus se fixer sur les côtes, où ils avaient contracté des alliances avec des femmes aborigènes. Aujourd'hui , ce sont des négociants anglais oui leur ont, en majeure partie, succédé dans l'exploitation de cette espèce de monopole.

Pèches.

Ce que nous avons dit de l'industrie agricole et manufacturière aux Canaries , nous sommes obligés de le dire de la pêche dans ces parages. C'est la même ignorance de tous progrès , le même entêtement dans les anciennes routines, la même indolence. La pêche dans cet archipel est aujourd'hui ce

Qu'elle était en 1764, lorsque Glas la écrivait dans ses plus minutieux détails; et nous n'aurons que peu de chose à ajouter à ses indications.

La pêche est cependant, pour ces

ilks ap va? ajque.

wwlmw insulaires, la principale braneoé'ae leur industrie maritime. En parlant des côtes des différentes iies, dans la première partie de ce travail, nous avons dft quelles causes s'opposaient à ce que (es parages voisins fussent poissonneux : aussi n'estce pas là que le pécheur canarien va jeter ses %ts, mais sur les cotes prochaines du continent africain.

Cette péc^e occupe une trentaine de bâtiments de vjngt à cinquante tonneaux, et se pratique depuis |e cap o> Noua jusqu'au-dessous du cap plane, sur un espace d'environ dix degrés de latitude. Les points de la cote sur lesquels elle a lieu varient suivant les «isoos. Au printemps et en été, la pêche se fait ou c4té de la côte septentrionale, c'est-à-dire, vers le cap de Kouo, et même au-dessus; dans l'automne et l'hiver, elle a lieu , au contraire, au sud , dans la direction du cap Blanc , les bateaux pécheurs poursuivant ainsi dans cette direction les migrations des bancs de poissons.

Dans la saison réelle, qui s'étend, sur ce littoral, depuis la mi-février jusqu'à la fin d'avril , tes bâtiments font huit ou neuf voyages.

Les principales espèces de poissons Qu'on y rencontre sont, près des rinces; les tasartes, poisson sans écailles, très-vorace, de la forme du maquereau , de la, grosseur du sau- »on, et gui , séché et salé, ressemble à ce dernier de façon à s'y méprendre ; «ne espèce est si abondante , que , dans tes pèches heureuses, elle suffit £ b cargaison entière de, certains ba.* taux. Uanjor* est un diminutif de l'espèce précédente ; le cavallo (Aors* mekerel des Anglais) est très-abondant se nord» Entre cinquante et soixante brasses de profondeur on •trouve la morne , les samas, les curbinas.

Cette pèche, très-productive sous le rapport de la quantité et de la quawedu poisson, l'est très-peu dans ses résultats commerciaux; mais il sem- Me possible que, si des armateurs français or gamsaient des expéditions « pêcherie sur ce littoral, elles leur

présentassent au moins autant, et peutêtre plus d'avantages que lés" établissements de terre-Neuve. En rffet, la morue de l'archipel vaut au moins celle de ce dernier banc; l'anjora est délicieuse ; et la curbina est un gros poisson qui pèse trente livres. EriQn , fîle de Lancelote possède des salines abondantes; et le petit tlot de Graciosa, sa dépendance, semble disposé par la nature pour des établissements qe pêcherie. Préparé par les procédés de la Hollande et de nos côtes art Nord, le poisson de ce littoral serait promntement appelé à acquérir une réputation et une valeur considérable.

Organisation politique; administration.

L'ensemble des îles Canaries forme une province du royaume d'Espagne.

Son administration est confiée à un commandant général ou gouverneur de province , qui siège à Sainte-Croix de Ténérife. La province se divise en juridictions.

Llle de Ténérife compte trois juridictions distinctes : 1° celle de la Laguna ou de la Ciudad, avec un corrégidor ou alcade mayor ; 2° celle de YOrotavaj d'où relèvent toutes les petites communes du district de 'Taoro, également régie par un alcade mayor; 3° Celle de Sainte-Croix, sous la surveillance d'un simple alcade, à raison de la préseuce du gouverneur général.

Canarie forme une juridiction régie par un alcade-mayor.

Il en est de même de Palma.

Les communes des autres, îles , au nombre desquelles nous citerons Val verde et la Oliva, sont régies par de simples alcades.

La défense militaire des Canaries est confiée à une milice provinciale , qui compte, pour Ténérife, 4 600 hommes ; pour la grande Canarie , 2 700 ; pour Palma, 1 100, et pour le reste des fies, des forces proportionnées à leur importance. L archipel est, en outre, fortifié par vingt châteaux forts et douze redoutes. La côte est protégée contre l'ennemi par quatorze batte-

L'UNIVERS

ries et six tours, armées de 81 canons en bronze et 137 canons en fer.

Au point de vue de l'organisation ecclésiastique, les Canaries forment un 6eul diocèse dont le siège, établi d'abord à Saint-Martial de Rubicon, fut transféré en 1485 à la grande Canarie, bien que la chancellerie romaine n'ait abandonné qu'en 1496 l'usage d'intituler le prélat de ces îles evéque de Rubicon. Il a dans son obédience quatre vingt-huit églises paroissiales et trois cent dix chapelles.

Les mœurs de l'Espagne avaient d'abord couvert ce pays de monastères appartenant aux trois ordres de Saint-Dominique, Saint-François, et Saint - Augustin ; ils comptaient en tout 445 membres, dont les trois quarts réguliers, et le reste laïques , répartis en quarante couvents, sur lesquels Ténerife seule en comptait vingt-quatre. Plus de la moitié de ces asiles religieux étaient déjà fermés en 1828 ; ce qu'il en reste est aujourd'hui presque vide.

Les revenus publics sont peu considérables. Ils se composent des droits de douanes, qui s'élèvent à une valeur de 1 500 000 francs ; des droits municipaux, qui produisent 125 000 francs ; des redevances à l'Église , évaluées à 1 750 000 francs ; enfin , des contributions volontaires et des revenus particuliers des municipalités ou ayuntamientos ; ces redevances, qui varient suivant l'importance et la richesse de chaque commune, portent le nom de proprios y arbitrios (propria bona urbis aut oppidi).

Les redevances particulières , désignées sous le nom de tributos, forment à peu près l'unique ressource des municipalités les moins favorisées sous le rapport territorial ou commercial; mais les habitants se refusant à supporter des charges trop pesantes, la plupart des communes restent pauvres; et même, dans les villes plus considérables, le pavage des rues , l'éclairage , les fontaines , et toutes les améliorations d'utilité et d'édilité publique, ne peuvent être exécutées quNau

moyen de souscriptions volontaires et spéciales.

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