VUE GÉNÉRALE DE LA MÉDITERRANÉE
En jetant les yeux sur cette mer intérieure que se partagent l'Afrique et l'Europe , et dont les flots atteignent même certains rivages asiatiques, nous sentons le besoin de demander avant tout, à l'hydrographie ainsi au'à l'histoire , quelques notions générales sur la nature, les vicissitudes, l'étendue, les formes, les divisions , les dénominations successives, l'exploration graduelle de ce théâtre des premières navigations des peuples de l'antiquité.
Étendue et dépendances de la Méditerranée.
Telle crae nous la représentent aujourd'hui les connaissances acquises par des explorations nautiques , sinon encore parfaites, exécutées du moins sous l'empire des exigences de la science moderne, la Méditerranée,
ainsi nommée par excellence parce qu'elle est la première mer médi terranée que nous ayons connue, et la plus grande de toutes, doit être classée parmi ces masses d'eau de second ordre oui occupent , au milieu des terres, le fond d'un vaste bassin intérieur, communiquant par une étroite ouverture au bassin commun des océans.
Au nord, de larges versants lui envoient le tribut abondant de leurs eaux ; au sud, au contraire, les pentes sont courtes et les eaux rares, sauf à l'extrémité de cette longue côte africaine, où le Nil d'Egypte apporte du fond de l'Ethiopie et dégorge, par de nombreuses embouchures , un volume d'eau périodiquement enflé des pluies intertropicales.
Sur le versant de l'Europe, l'Ebre et le Rhône, encore décorés de leurs
noms antiaues, le Pô, représentant moderne de 1 ancien Eridan, le vieil Ister qui a échangé son nom contre celui de Danube, le Tyras que le moyen âge appelait Danâster dont nous avons fait Dniester, FHypanis devenu le Boug, le Borystbènes affublé du nom de Dnieper emprunté au Danapris du moyen âge, enfin le Don successeur de l'antique Tanaïs, recueillent au loin et portent à la Méditerranée le tribut des eaux de la plus belle moitié de l'Europe.
Mais la plupart n'y arrivent qu'à travers d'autres grands réservoirs intérieurs , tributaires directs de la Méditerranée , et décorés eux-mêmes du titre de mer.
Ici c'est la longue Adriatique, dont le prosaïsme des derniers siècles avait tait le golfe de Venise , qui reçoit à l'un de ses bouts PÉridan , et qui va de l'autre bout se réunir à la grande mer, à l'endroit où les monts Acrocérauniens venant expirer vis-à-vis de l'ancienne Hydrunte, laissent ouvert le détroit qu'on appelle maintenant canal d'Otrante; limite où demeure restreint de nos jours, comme au deuxième, comme au quatrième siècle avant notre ère, ce nom d'Adria , qui plus tard, franchissant le seuil où nous voulons l'arrêter , se répandit au loin, et, de proche en proche, atteignit jusqu'aux bouches du Nil.
D'un autre côté, c'est le Palus Méotide qui , sous le nom barbare de mer d'Azow, reçoit les eaux du Tanaïs,
Four les rendre au Pont-Euxin, qu'à exemple des Turks l'Europe moderne appelle mer Noire; la mer Noire à son tour, grossie des eaux du Dnieper, du Boug, du Dniester et du Danube, débouchera travers la Propontide devenue mer de Marmara, dans la mer Egée exclusivement connue désormais sous le nom d'Archipel ; et l'Archipel enûn aboutit à la Méditerranée par les détroits qui loi sont ouverts aux deux bouts de la Crète, appelée aujourd'hui Candie.
Ainsi, d'étage en étage, se déversent l'une dans l'autre ces mers successives, jadis enfermées peut-être dans autant de bassins isoles et indépendants, que
l'effort prolongé des. eaux supérieures, aidé, selon toute, apparence, dèquel-
Î|ues secousses volcaniques , aura vioemment entr'ouverts pour livrer passage à leur trop-plein, couvrant alors les contrées voisines d'un de ces déluges dont l'histoire primitive de la Grèce a conservé la tradition. '
L'Archipel et l'Adriatique débouchent l'un et l'autre, dans la Méditerranée, en cette partie orientale enclose elle-même dans un bassin distinct maintenant ouvert au nord-ouest, mais fermé peut-être aussi en ces temps primordiaux que n'atteint pas la mémoire des hommes, et dont les révolutions ne sont écrites que sur le soj qui les a subies. Tout souvenir historique n'est cependant pas perdu de l'antique adhérence de la Sicile et de l'Italie; Virgile, rappelant en ses vers harmonieux les vieilles traditions grecques, raconte la séparation violente qui ouvrit le détroit de Messine (*) :
« On dit qu'an* soudaine et profond* secousse
« Coupa ce continent en deux paye divers,
m Tant le long co«ra dea ana petit changer l'onivertl
« Cea terre* ne formaient qu'un sol, qu'âne patrie.
w Quand, heurtant ht Sicile et lea flanc» d'Hcapéric,
« La mer les déchira de aea flola irritée,
m Et d'un double rivage éloigna leurs eitée (**).
Et d'autre part les bancs continus que les sondages de Smyth ont révélés sous les eaux en travers du passage ouvert entre la Sicile et l'Afrique , attestent l'ancienne liaison du cap Lilybée et du Beau promontoire, ou, pour les appeler de leurs ignobles dénominations modernes , du capo Boeo et du capo Farina.
Là aussi la rupture des digues ouvrit le détroit de Libye, par lequel cette portion orientale de la Méditerranée communique avec le bassin occidental, où s'écoulent l'Èbre et le Rhône, où surnagent d'une part la Sardaigne et la Corse , d'une autre part les Baléares , et qui atteint à l'ouest les
(*) Hase loce ri quondàm et vaste convnla* reine, {Tantùm a»vi looginqua valet metare vetuetaal) biasilniaae feront, quum protinùs utraque tellua Una foret : venit medio vi pontas, et nndia Heeperiiun Sicole latu» abeddit, arvaqne et orbe* Littore diductae an* ueto interlnit essto.
(JBneid. 111, 4M).
(") Traduction de Berthélemy.
L'UNIVERS
fameuses colonnes d'Hercule, monument immortel élevé par ce dieu luimême à sa propre gloire, quand il couronna ses travaux en brisant de sa massue les rochers qui fermaient en cet endroit l'accès de l'Océan et de l'île où devait s'élever son temple de Gadès.
Ainsi, depuis les Palus Méotides jusqu'à l'Océan, la gravitation des eaux , entraînant leur masse de réservoir en réservoir à travers les passages que se frayait leur irrésistible propension vers les régions inférieures , ne trouvait de terme à son v infatigable course qu'en aboutissant enfin a ce dernier réservoir océanique, aux portes duquel le dieu qui les ouvrit avait inscrit non plus uitràl
Comment s'est formé le détroit des Colonnes.
Mais est-ce bien le trop-plein de ces mers intérieures qui vient se dégorger à l1 Océan ? N'est-ce pas, au contraire, le fougueux Océan qui , par le détroit des Colonnes, se précipite dans la Méditerranée? Oui , sans doute ; et Ton sait que l'impulsion est assez forte pour se continuer dans la même direction , sauf les exceptions qui résultent des remous , tout le long des côtes d'Afrique, se repliant ensuite sur ellemême pour revenir vers l'ouest le long des côtes d'Europe, jusqu'à ce qu'elle s'efface complètement à l'approche du détroit ; non qu'elle soit alors épuiséje, mais parce qu'elle s'enfonce sous le courant superficiel pour retrouver son issue vers l'Océan. On a même remarqué, dans la forme des côtes d'Espa- Sne et d'Afrique, à l'extérieur du étroit, une disposition symétrique figurant un entonnoir, par "lequel les courants atlantiques durent être dirigés contre la barrière qui fermait la Méditerranée, et qui ne put résister à leur effort.
Cependant, comme le flux qui remonte le courant des fleuves n'a point ouvert leur embouchure, et n'empêche pas leurs ondes d'obéir à la loi des pentes où leur route est fatalement tracée; de même l'Océan, dont te flot
s'avance dans la Méditerranée, peut être étranger à la formation de 1 embouchure qui lui donne passage.
Beaucoup de Questions, d ailleurs, que la science de nos hydrographes est appelée à résoudre , et qui attendent encore un examen approfondi , sont liées au problème complexe des révolutions physiques dont l'état actuel du bassin de la Méditerranée est le résultat. A-t-on assez étudié la localisation , la direction constante ou variable, l'intensité, la profondeur des courants dont l'existence a été reconnue à la surface de la Méditerranée ?
A-t-on exploré les courants ou contrecourants sous -marins dont les an* ciennes routines contestaient la vérité, et qui ne sont plus révoqués en doute depuis qu'ils ont été cent fois vérifiés en quelques places, telles que le détroit des Colonnes? Et pour nous borner à ce détroit, a-t-on évalué la masse d'eau qu'il reçoit d'ouest en est aux yeux de tous , et celle qu'il rend en même temps d'est en ouest sans trahir cette restitution par aucun signe extérieur? Sait-on quelle est la balance de ces deux quantités , la résultante des deux forces contraires qui les poussent ? Et , à défaut même de ces données, nos physiciens ont-ils déterminé la loi générale suivant laquelle deux courants opposés se rencontrant sans se détruire* sans se confondre, choisiront pour se croiser en se superposant , l'un d'eux la route supérieure , l'autre la route inférieure ?
Mais si la théorie voulait à priori, décider la difficulté, nesemble-t-il pas qu'elle adjugerait au courant le plus puissant la routeinférieure,oùil ne peut se mouvoir qu'en refoulant ou écartant les ondes qu'il rencontre, tandis que la route supérieure n'a point; è vaincre un pareil obstacle?
Au surplus , la cause originelle d i grand courant océanien qui porte l^i eaux de l'Atlantique dans la Méditerranée, offre aussi à nos méditation un grave problème, dont la solutioi a des rapports intimes au sujet qu nous préoccupe; ce courant, qui roui sans cesse autour d'une masse d'e^u
tfa-t-il point au fond des mers, pour déterminer son invariable course, on noyau plus solide que cette liquide surface ? Et si ce noyau n'est antre que la grande fie Atlantide des temps antiques , effondrée et submergée, comme le racontait à l'un des sans de la Grèce naissante un des prêtres de la vieille Sais, n'y aura-t-il point à se demander si toutes ces révolutions simultanées ou consécutives nToot point une même origine, une commune cause; s'il n'a pas suffi, en un mot, d'un seul ébranlement corn* menée en orient et se propageant vers Pouest , suivant une progression toujours croissante d'intensité , pour ouvrir aux mers supérieures des déversuccessifs jusqu'à l'Océan , et ;ir enfin dans celui-ci 111e im- - dont les Açores et les Canaries ne nous offrent plus que les débris?
Nous ne voulons pas aborder ici la grande question de l'Atlantide ; elle a &a place naturelle dans une autre section de ce volume ; il nous suffit d'avoir indiqué comment elle se lie à l'histoire de la Méditerranée, et s'accorde avec l'hypothèse qui fait ouvrir d'orient en occident le détroit des Colonnes, avant qu'une catastrophe mémorable eût tracé une route à ce courant anormal qui revient d'occident en orient envahir, en apparence, cette brèche qu'il n'a pas faite.
Parmi les géographes anciens gui ont dît quelques mots de la formation do détroit, la plupart n'en ont parlé eu'en mythologues, et n'y ont vu que vt dernier terme des prouesses d'Hercule; ceux qui ont conservé, dans la mention de ce grand événement, leur caractère de physiciens et de géographes, s'accordent à le représenter comme un résultat de la pression des eau accumulées de la mer intérieure ; tefle était l'explication donnée par Straton de Lampsague au troisième aède avant notre ère ; c'était éçalefiffit celle du savant Eratosthenes i Alexandrie dans le siècle suivant; et Steboo la répétait après eux.
Noms généraux donnés à la Méditerranée.
Nous avons dit quels noms portaient dans les temps anciens les mers secondaires tributaires de la Méditerranée; nous avons à rappeler aussi cruels noms elle a portés elle-même, soit dans son ensemble, soit en chacune des régions partielles entre lesquelles elle était distribuée; et ici, comme en toutes choses, il ne faut pas oublier qu'à part ces dénominations vagues appliquées au hasard à une étendue dont on ne cherche point à définir les limites, les noms généraux sont les derniers à 6e produire, parce que la synthèse est le dernier terme des études humaines. Le cercle d'application des noms géographiques sera donc en général d'autant plus restreint que ces noms remonteront à des époques plus reculées.
Les Hébreux, qui ne voyaient la Méditerranée que de leurs rivages, l'appelaient la Grande Mer. ou bien la mer Postérieure, c'est-à-dire Occidentale. Voilà l'exemple de ces noms vagues dont nous parlions tout à l'heure ; on les donne à la partie que l'œil embrasse, on les étend à l'ensemble dont on ne voit qu'une fraction , sans savoir où ils doivent s'arrêter.
Est-ce à dire que les Hébreux ne connurent point autrement la Méditerranée? Non, sans doute; car ils durent recevoir des Phéniciens quelques notions des navigations lointaines accomplies par ce peuple commerçant; eux-mêmes furent associés quelquefois à ses expéditions aventureuses.
Mais leurs livres saints ne nous ont conservé à cet égard aucune tradition : car ces noms de Grande Mer et de mer Occidentale ne pouvaient convenir à la Méditerranée dans la nomenclature nautique des Tyriens, qui avaient parcouru des mefs plus grandes et plus occidentales ; et le mystère que ceux - ci faisaient aux étrangers de leurs découvertes maritimes, n'a point laissé parvenir jusqu'à nous, par d'autre voie, les termes qu'ils em-
L'UttlVERS.
ployaient à désigner les diverses mers explorées par leurs navires.
Quant aux Grecs, onsaitque,dans les temps homériques, le monde terrestre n'était pour eux qu'un disque entouré par le grand fleuve Océan; et la Méditerranée n'avait d'autre dénomination que la Mer ; et cette mer mal connue était censée se terminer au voisinage de la Sicile, au delà de laquelle tout était ténèbres ou fables.
Ce ne fut qu'à la longue qu'on acguit une juste idée de sa véritable étendue. Quand on eut appris, par les relations des peuples étrangers, qu'il y avait d'autres mers, il fallut à la Méditerranée une désignation distincte : Hérodote ne trouva rien de mieux que de l'appeler cette mer-ci; Aristote, qui avait des prétentions scientifiques plus élevées que le naïf historien d'Haï icarnasse , préféra un nom plus absolu , et c'est à lui que remonte celui de mer Intérieure, qui , variant de formes au gré des temps et des langages, a prédominé désormais, soit qu'il fût exprimé par le faw eitanm des Grecs, VInternum mare des Romains, ou le mare MedUerraneum des Néolatins, avec tous ses analogues modernes. Il y eut néanmoins aussi d'autres dénominations concurremment employées par les géographes et les historiens anciens : Aristote lui-même disait plus explicitement la mer en dedans des colonnes d'Hercule (*); et Polybe donnait à Salluste, ainsi qu'à Tite-Live, l'exemple de l'appellation possessive mare nostrum. Quand le christianisme eut répandu en Occident la connaissance des livres sacrés des Juifs, on vit reparaître quelquefois la dénomination de Grande Mer, jusqu'à ce que celle de Méditerranée prévalût enfin sans partage.
Noms particuliers de la Méditer* ranée.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des appellations générales. Il y en avait aussi de particulières pour les divecses régions de la Méditerranée, et cha-
(*) 'H èvràç llpaxXefov <mr)X<3v Ottawa.
cune était prise des rivage^ les plus prochains ; ainsi, dans le bassin oriental, on voyait se succéder d'est en ouest , le long des rivages septentrionaux, la mer de Syrie, la mer Carpathienne , la mer Cretoise, la mer Ionienne, la merde Sicile; et vers la côte opposée, la mer Libyenne, avec les deux Syrtes qui en occupent l'extrémité. Dans le bassin occidental, on trouvait la mer Tyrrhénienne, la mer Ligustique , la mer Gauloise , la mer Sarde, la mer Baléarique, la mer Ibérique, et la mer Africaine.
. Mais quelques dénominations, d'une application d'abord très-restreinte, se sont étendues de proche en proche jus-
3u'à de très-grandes distances du point e leur origine, de manière à devenir des noms généraux , soit pour chacun des deux grands bassins de la Méditerranée, soit pour cette mer elle-même tout entière. Telles ont été les dénominations de mer Adriatique et de mer Tyrrhénienne.
Le golfe allongé qui, depuis le canal d'Otrante jusqu'à Venise et Trieste , porte aujourd'hui le nom de mer Adriatique, se trouve, aux yeux du marin, composé de plusieurs golfes moins considérables, engaînés, en quelque sorte, les uns dans les autres : le golfe ' de Trieste, dont l'entrée est comprise entre la pointe du Tagliamento et celle du Salvatore, est une portion du golfe de Venise proprement ait, dont l'entrée est marquée par le Promontorio d'Istrie à l'est, et par la pointe Maestra, ou plutôt celle d'Ancône, à l'ouest ; celui-ci est, à son tour, compris dans un golfe plus grand, dont la limite est indiquée par la Testa del Gargaiio et les lies de la côte opposée ; et ce dernier golfe lui-même est renfermé dans celui qui commence au car-^l d'Otrante.
Il semble qu'en nous livrant à cette considération spéciale d'une mer exclusivement européenne, nous nous éloignions des parages africains, dont nous devons surtout nous préoccuper.
Il n'en est point ainsi , et c'est précisément par cette voie que nous allons revenir à P Afrique.
En effet, ce grand golfe, par lequel Ja mer Ionienne s'avançait jusqu'aux ritt£s vénitiens \ fi'êu? pas, dans le principe, d'autre nom que celui de golfe ionien ; après la fondation d'Adria an nord des bouches do Pô , le nom de golfe Adriatique fut employé pour désigner cette baie avancée, comme on en voit l'indication dans quelque* passages d'Hérodote , tandis j que le surplus conservait le nom gé- 1 aérai de golfe Ionien jusqu'à la pointe Maestra, ainsi que le témoigne Hellanicus de Lesbos , contemporain d'Hérodote. Mais après que Denys de Sicile, on sièele plus tard, eut fondé une non* teue Adna vers le milieu de la côte orientale de l'Italie, le nom de golfe Adriatique s'étendit naturellement à ertte antre partie du golfe Ionien, déterminée par la saillie considérable du mante Garçano ; on sait qu'au temps dMristote et de Théophraste, telle était effectivement l'application usuelle 6e ce nom. Au temps de Polybe , il avait fait de nouveaux progrès, et il avait acquis toute l'extension que nous lui donnons aujourd'hui, et qu'il a probablement toujours conservée dans f intervalle, bien qu'on voie reparaître quelquefois le nom de golfe Ionien, surtout pour la portion la plus voisine de la mer Ionienne : c'est une sorte d'archaïsme, trop commun chez les écrivains anciens et modernes pour ffïl y ait lieu d'y attacher une grande importance historique.
Comme le golfe Adriatique et l'anden golfe Ionien n'étaient qu'une seule et même chose, et que le golfe Ionien était une partie de la mer Ionienne, il advînt bientôt que le nom de golfe .Adriatique entraîna le changement du som de mer Ionienne en celui de mer Adriatique. Ce n'est pas tout : ce nom gaçoa successivement au sud et à Test; Onde, Horace, Strabon, saint Luc, Josèpbe, Pausanias, Arrien, Ptolémée, Pbitostrate, Agathémère, Éthicus, Orose, saint Jérôme, Procope, et (tartres plus récents, nous montrent J dénomination de mer Adriatique, zm&sssnt Jusqu'à désigner tout le / xsaa oriental de Ja Méditerranée,
D'un autre côté, le nom de mer Tyrrhénienne . s'était aussi répandu sur tout le bassin occidental, et c'est aux fies Maltaises que Procope indiquait sa jonction à la mer Adriatique ; mais cette dénomination était destinée à envahir de plus vastes espaces ; déjà Denys le Périégète retendait jusqu à la grande Syrte; Éthicus la montre au nord de l'Egypte, et c'est dans la mer Tyrrhénienne que Dicuil fait déboucher le Nil.
De même le nom de XTendel-sea, ou mer des Vandales» qui, dans l'origine, dut être restreint au bassin occidental de là Méditerranée, depuis l'Andalousie qu'ils quittaient jusqu'à l'Afrique et la Sicile qu'ils venaient occuper, s'étendit bien au delà, et se trouvait, au temps du savant roi Alfred d'Angleterre, appliqué à toute la Méditerranée.
De même encore, mais par un mouvement inverse , le nom de Bahhr-eU Schâm, ou mer de Syrie, que les Arabes donnèrent d'abord aux parages orientaux de la Méditerranée, se propagea à l'occident avec le succès de leurs armes, jusqu'au (J étroit d'Hercule , qu'ils appelaient Bâb-eLZoqâq.
ou Porte du Passage. Plus tard, quand le nom du premier conquérant mauresque <jui aborda en Andalousie fut demeure attaché au rocher de Gebel- Thâreq, cette dénomination, reconnaissable encore dans le moderne Gibraltar, vint fournir, pour la désignation du détroit, le nom qui a persisté jusqu'à nos jours. D'un autre côté, la Rome d'orient, Constantinople, était encore, au temps des conquêtes des Arabes, la capitale d'un empire qui se disait romain; aussi appelerent-ils Bahhr-el-Roum la mer sur laquelle s'étendaient les domaines byzantins , et cette dénomination se propageant pareillement à l'occident, devint aussi une des appellations générales de la Méditerranée.
Après ce coup d'oeil rapide sur l'ensemble de la mer intérieure que l'Europe et l'Afrique ont à se partager, nous allons rechercher comment doit être opéré ce partage.
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