‹ Iles de l'AfriqueChapitre 41 sur 82 · FOGO · texte numérisé non relu

FOGO

L'île do Fogo forme une conseillerie divisée en quatre paroisses. Elle est appelée par tous les écrivains portugais du seizième siècle Me Saint- Philippe, quoique tous les actes publics de cette époque la désignent sous le nom qui lui est resté. Elle le prit lorsque ses habitants y eurent reconnu l'existence des feux volcaniques que vomissait la cime la plus élevée des montagnes dont sa partie orieutdle était couverte. L'île entière n'est, à vrai dire, que le versaut de ce pic, dont la hauteur au-dessus de l'Océan, d'après la mesure récente ( 1846) de M. Sainte-Claire Deville, est de 27 90 mètres.

Fogo, placée à 28 milles ouest de Sâo-Thiago, est d'une forme presque circulaire, comme le serait une immense montagne dont la partie supérieure seule se serait montrée au-dessus des eaux \ elle a 16 milles de long

sur 14 de large et 15 lieues de circonférence.

Le volcan de Fogo ne paraît pas avoir eu d'éruptions violentes avant i6»o, car aucun écrivain d'une époque antérieure à cette date ne fait mention de tels phénomènes, qui certes, à cause de leur étrangeté, n'eussent pu passer inaperçus.

En 1680 , un tremblement de terre se fit sentir dans toute File, et fut suivi (Tune telle éruption de lave, que plusieurs propriétaires dont les fazendas se trouvèrent détruites, atterrés d'une telle calamité, allèrent s'établir dans llle Brava, où l'on ne Tovait que quelques cases de nègres affranchis de Sâo -Thiago et de Fogo.

Ce fut alors que l'importance de celle-ci commença à décliner.

Depuis le milieu jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, les commotions volcaniques y devinrent de plus en plus fréquentes , de plus en plus terribles. Celles de 1785 et de 1799 méritent surtout une attention particulière. La première a été l'objet d'un mémoire présenté à l'Académie royale des sciences de Lisbonne, parJoâo da Silva Feijo, qui en décrit les principaux phénomènes comme témoin oculaire.

La surface de l'île n'est, pour ainsi dire , qu'un vaste talus coupé de ravins qui rayonnent du sommet du cratère vers la circonférence, surface presque partout découverte, aride, et d une sécheresse telle, que si les eaux du ciel viennent à lui manquer trop souvent , Fogo souffre plus que toute autre des fies de l'archipel. C'est ainsi qu'à la suite des trois années de sécheresse qui commencèrent eo 1730, elle perdit les deux tiers de ses 13 000 habitants, et qu'en 1834 on n'y comptait plus que 5 600 habitants, au lieu de 16 000 à 17 000 qu'elle avait en 1831 ; aujourd'hui , le chiffre peut s'en élever à 7 000. Le nombre des sources est si petit, qu'elles ne sauraient suppléer à Fabsence des eaux du ciel.

Sur le flanc d'une montagne , dont la base se confond avec celle du pie, il ea est une qui donne en abondance ooe eau très-froide, que l'on conduit

au loin par un canal, pour l'arrosement des terres : c'est la plus remarquable. Les éruptions volcaniques en ont fait sourdre sur plusieurs points des plages, mais elles sont inaccessibles du côté de terre, et ne pourraient guère servir qu'aux bâtiments. Tout porte à croire, du reste, que les son* dages artésiens remédieraient efficacement à cet état de chose*. La sécheresse du sol existe aussi dans l'air, dont la température est plus élevée que dans aucune des autres îles; on est même obligé de n'y faire paître les troupeaux que la nuit, pendant laquelle on dort toujours les fenêtres ouvertes dans les temps secs. Le climat peut, d'ailleurs, rivaliser pour la salubrité avec celui de Boavista.

Du reste, sa fertilité est telle, qu'elle répare facilement ses pertes, et lorsque ses excellents terrains de lave sont arrosés par les pluies, tout oe qu'ils produisent, grains, fruits et légumes, y sont d'une qualité supérieure à tous ceux de l'archipel. Il y vient aussi

3uelques fruits d'Europe, tels que es pommes, des pèches, de bons raisins et de délicieuses herbes potagères. Elle peut exporter, dans les bonnes années, plus de six cents muids de maïs, en grande partie destiné pour lîle de Madère et le Portugal; mais les expéditions vers ce dernier pays ont diminué, par suite du développement qu'y a pris cette culture : aussi l'a-t-on remplacée à Fogo par celle du tabac, qui donne d'assez grands profits. La coloquinte abonde sur les plages et dans les montagnes ; l'orseille que l'on y recueille n'est qu'un lichen d'une espèce inférieure, appelé escana, avec laquelle on teint en nankin. On y vend des porcs et des volailles aux navires. En fait de productions minérales, elle a du soufre et des pierres ponces eu quantité, du sulfate de soude, du sel ammoniac et d'excellentes pierres à filtrer. Nous avons déjà parlé des draps qui s'y fabriquent.

La mer bat avec furie sur. toute la côte, qui est partout haute et escarpée. Celle de I est est absolument inabordable : ee ne sont partout que des

L'UNIVERS

masses de rochers brûlée par le feu, des monceaux de lave et de débris volcaniques, entre lesquels on aperçoit quelques terres d'une grande feralité. La pointe la plus septentrionale de l'Ile est la ponta dos Mosteiro*, qui forme deux abris pour les barques, appelés Portinhos das Salinas et dos Mosteiros ; celui-ci est voisin du chào das CcUdeiras% vallée formée par les convulsions volcaniques, et où Ton voit des cratères d'où s'échappent des gaz où il y a des amas de soufre ; le terrain d'alentour est un des plus fertiles de l'île.

Le principal mouillage est le port de Nossa Senhora da Lui. Il est fermé au nord par une rocbe élevée, qui le protège si bien contre les brises, qu'à l'époque où elles régnent, le calme y est partait, quel que soit l'état d'agitation du canal, et qu'en tout temps on peut, de ce lieu, taire voile pour les îles du Vent. Le débarquement y est exécrable, et, en quelques circonstances, tout à fait impossible, à cause de la violence du ressac. Sur la plage, on voit la douane et les magasins où l'on dépose le maïs, un fort ruiné, dans une position dominante; et à l'extrémité vers le nord une antique chaussée en assez mauvais état , qui conduit à la ville. Celle-ci, dont l'origine est déjà fort ancienne, est située sur les falaises qui dominent le mouillage; elle occupe un espace d'à peu près un mille de long sur un demiinille de large. Vues de la mer, ses maisons, la plupart bâties en pierres, couvertes en tuiles , et au milieu desquelles figurent huit églises ou chapelles, lui donnent un aspect assez flatteur; mais en y entrant on reconnaît avec déplaisir que la plupart des habitations sont en ruine et que l'ensemble en est assez sale. Cela vient de ce que la majeure partie des habitants sont propriétaires dans l'intérieur de l'île, et que, cultivateurs actifs d'un sol excellent , ils résident presque continuellement sur leurs terres.

L'eau que l'on consomme à Sao-Felipe y est apportée, dans des outres de

peau de chèvre, d'une distance de cinq lieues; elle provient de la belle source dont il a été parlé plus haut. Les navires prennent la leur à une autre source, qui coule au bas du plateau; mais comme , par sa position sur la" plage, elle est la plupart du temps recouverte par les flots, ce n'est qu'une assez triste ressource. Outre le port de la Luz, Sào-Felipe en a un autre plus petit, situé au nord , de l'autre côté de la roche qui protège si bien celuici; on le nomme porto da filla; il est dominé par une batterie ,de six pièces. L'accès n'en est pas plus commode que celui du port da Luz, et le chemin qui y conduit n'est, pour ainsi dire, qu'un précipice tellement à pic, qu'on est obligé, pour embarquer le maïs, de l'y faire arriver par un canal en bois. l<e mouillage de Nossa Senhora da Luz est par 14° 5? nord et 26° 54' à l'ouest de Paris.

BBAVA.

Cette île, que l'on a surnommée a juste titre, le paradis de l'archipel^ ne pouvait manquer d'être découverte et de rester continuellement sous les yeux des premiers colons de Fogo , dont elle est à peine éloignée de trois lieues à fouest-sud-ouest; mais son peu d'étendue, son aspect monta-

Sneux , ses côtes presque partout arïes et souvent cachées par des brunies épaisses, n'offraient rien d'engageant pour celui qui la jugeait de loin ; tout cela lui lit même donner le nom qu'elle a gardé, et qui contraste avec la beauté de ses cultures intérieures.

Des esclaves affranchis deSâo-Thîago et de Fogo vinrent d'abord y construire d'humbles cabanes, et y goûter dans le silence les douceurs de la liberté, en y cultivant de petites portions de terre, en y élevant des porcs, de la volaille, quelque bétail qu'ils vendaient aux caravelles et aux bar-

Sues de pêcheurs. Cet état de choses ura jusqu'en 1680, qu'une violente éruption volcanique ayant détruit une grande partie des propriétés de l'Ile de Fogo, engagea quelques familles

minées de celle-ci à se retirer dans l'ilha Brava pour y tenter une fortune meilleure. Ainsi, cette terre, d'abord méprisée, ne fut le lot ni de capitaines donataires, ni de morgados; le sol y fut successivement réparti de telle sorte, qu'il n'y a aucun terrain sans culture, aucun cultivateur sans propriété; c'est uu modèle parfait du système de la petite propriété et un exemple palpable de ses avantages.

L'Ue Brava a seulement 7 milles du nord au sud, à peu près 6 de Test à l'ouest, vers le nord, car elle se rétrécit vers le midi ; sa circonférence est de six lieues. Le climat y est aussi sain qu'en Europe, aussi salubre que celui de Sao-Aotâo, mais plusfrais ; elle est mieux arrosée encore, parce qu'elle est plus souvent enveloppée de brouillards épais qui la rafraîchissent et la fertilisent, et y alimentent nombre de sources. Ce qu'en dit M. Brunner pourra servir à en donner quelque idée. « La vue de la baie est on ne peut plus triste : pas un point vert ; des rochers partout, une rangée d'une douzaine de maisons en face, avec une mare d'eau saumâtre, entourée de pourceaux, voilà ce qui se présentait à nous. Les arrangements pour un séjour forcé étaient tout à fait misérables quant à l'habitation ; l'hospitalité pourvoyait à l'entretien. Une excursion vers la montagne (a Cima, dans le langage du pays ) fut bientôt arrangée. Arrivé sur le plateau, à une élévation très-considérable au-dessus de la baie, l'aspect change subitement :

au lieu d'un affreux désert, on voit s étendre, de belles plantations de manioc, de pisang, de café, de papayers, avec plusieurs jolies habitations et une église assez grande. Partout les marques du bien-être, de l'abondance et du contentement. On cultive des visses, mais le vin est détestable, probablement faute de savoir le faire; le raisin ressemble parfaitement au raisin bleu du mois d'août, et pourrait bien indiquer l'espèce primitive sans amélioration de culture. Ce plateau fertile et élevé parait n'être que le

cratère décomposé d'un volcan éteint

depuis des siècles. »

Les avantages de la culture sont tels, que Brava, toute petite qu'elle est, exporte dans les bonnes années, en excédant de sa consommation, plus de 400muids ou 3 255 hectolitres de maïs, beaucoup de haricots, quelque peu de

Ïiatates , et d'autres végétaux , qu'elle ournit annuellement à une cinquantaine de navires, la plupart baleiniers, qui viennent y faire de l'eau et y prendre des rafraîchissements. Ajoutons à cela de la volaille et des porcs d'une race particulière, dont la chair est très -savoureuse, et oui s'exportent aussi dans les autres Iles. Ce fut ici que l'anglais Roberts découvrit pour la première fois l'orseille , et depuis , cette île en a toujours beaucoup donné.

En même temps que Brava offre tant de ressources sous fe rapport agricole, elle paraît posséder aussi quelques richesses minérales qui, il est vrai, sont négligées. A l'entrée d'un vallon aride, espèce de sentier entre des rochers , qui débouche sur le port Anciâo, se trouve une mine de salpêtre qui paraît fort riche, mais dont l'accès est très-difficile : en 1799, on en expédia trois caissons à Lisbonne. Certains indices peuvent faire croire à l'existence du cuivre ou d'autres métaux.

Roberts y trouva des ocres de couleurs et de poids différents, quelques-unes plus pesantes que le fer. Ce dernier minéral s'y montre dans deux sources bien connues : Tune est située près du principal village, et il s'en fait un grand débit; l'eau en est tellement acide au sortir du rocher , qu'on l'a surnommée a fonte do Vinagre^ la fontaine du Vinaigre; mais, en la laissant reposer pendant vingt-quatre heures, elle perd son acidité, devient très-agréable, favorise la digestion et excite l'appétit. La seconde source est au port aa Furna ; l'eau en est excellente à boire, bien qu'elle noircisse instantanément la pièce d'argent que l'on y plonge.

Le principal lieu de l'île Brava est la povoaçào ou hameau de Sâo-Joâo- Baptista, qui occupe un espace de

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L'UMYERS.

plus de deux milles sur une achada ou tertre des montagnes de la côte orientale , du côté de Fogo. Ce n'est pas une réunion d'habitations, mais un assemblage de quintas, de jardins, de potagers, au milieu desquels sont dispersées Us maisons :

c'est une délicieuse résidence, comme Test, d'ailleurs, toute l'île, bien qu'elle soit tellement dénuée de bois, qu'il faille y importer tout le combustible de ce genre, et que les pauvres y soient réduits à brûler de la bouse de vache. Il serait cependant facile de remédier à cette pénurie de grands végétaux par des plantations qui amélioreraient encore la culture.

Brava a un petit port et trois mouillages. Le premier, appelé o porto da Furna, le port de la Grotte, est voisin de Sào-JoSo-Baptista; ce n'est qu'une échancrure entre de hautes roches, aspect auquel il doit son nom, mais qui le rend d'une entrée et d'une sortie difficiles; six ou huit grands navires peuvent s'y amarrer à terre par vin^t-cinq brasses de fond. Sur la rive s'élèvent la douane et les principaux magasins, que protège une batterie.

Le porto da Furna est sûr pendant la saison des brises, maïs, durant celle des pluies, il faut aller mouiller au porto da Fajam d'Agoa , qui eu est à une lieue au nord. Le porto dos Feneiros, sur la côte sud- ouest, est abrité de tous les vents, excepté de ceux du sud-ouest. Sur la même côte est le porto Jnciâo, où dix navires peuvent mouiller par douze et quinze brasses. Au bord de ces différents mouillages s'élèvent des groupes d'habitations où le navire est toujours sûr de trouver des rafraîchissements et d'où partent autant de chemins conduisant à Sâo-JoSo par des routes presque inaccessibles et que peuvent traverser sans danger les seuls cavaliers du pays.

L'Ile Brava forme une conseiilerie avec deux paroisses. Sa population, qui était en 1834 de 3 990 habitants , peut s'élever aujourd'hui à 4 600. La race blanche y domine, et les seul* noirs que Ton y voie sont des

esclaves ; les habitants sont tous mulâtres ou blancs , ces derniers presque tous originaires de Madère ou descendants de colons qui en venaient , gens affables, laborieux et hospitaliers. Le créole y est plutôt issu de familles venues du Portugal que des îles voisines , aussi habile à cultiver la terre qu'à vivre sur la mer , excellent marin , que recherchent les baleiniers et les navires anglais et américains.

Les avantages que possède File Brava sont tels, que l'on a souvent demandé d'en faire le chef-lieu de l'archipel; mais sa position est trop excentrique, et elle n'a ni un port assez vaste, ni un centre de population assez fort Boavista remplirait beaucoup mieux ce but.

Au nord de Brava et à l'ouest de Fogo, à une distance de «S à 6 milles, s'élèvent deux flots , appelés en commun Ilheos seccos, ou rochers arides, dont le plus considérable, à Test, a reçu le nom tiilheo Grande, et l'autre celui A'ilheo do Rombo. Celui-ci n'a guère qu'une demi-lieue d'étendue ; Pautre a une lieue de long. Quelques roches se trouvent dans lé canal qui les sépare, sans s'opposer au passage des navires,* qui y trouvent une grande profondeur d'eau. Un pic domine l'ilheo do Rombo , qui n'est , du reste, comme l'autre , qu'un immense rocher sans eau , ce qui leur a fait donner à tous les deux le nom qu'ils portent ; mais il y existe du jais, et on y voit grand nombre de cotonniers sauvages, qui y croissent mieux que dans aucune des îles. Au fond des cavités des rocs , la mer dépose un peu de sel , et elle rqjette sur la pla^e beaucoup d'ambre , qui est dévore presque instantanément par une immense quantité d'oiseaux , grands et petits, hôtes de ces lieux, et que Ton vient y chasser de Brava pour en extraire de l'huile à brûler.

Les fonds sont , d'ailleurs , très-poissonneux.

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