‹ Iles de l'AfriqueChapitre 43 sur 82 · SAL · texte numérisé non relu

SAL

A 20 milles au nord de Boavista se trouve l'Ile de Sel, dont le nom ne peut éveiller que des idées tristes, auxquelles répond d'ailleurs parfaitement son aspect aride et brûlé : vue du midi , elle justhle la comparaison lugubre qu'en fait Bowdich. De ce côté elle est plate , et c'est vers sa partie moyenne seulement que les terres s'é- , lèvent pour aller se terminer au nord par le pic de Marti ns , dont la h<mteur au-dessus de la mer est de 400 mètres. La cote orientale n'offre qu'un ancrage, appelé Pedra de Lume, échancrare étroite entre de hautes roches,

IttMVERS.

mais précieuse dans la saison des pluies , alors qu'il y aurait une excessive témérité à mouiller sur les ri* vages opposés, parfaits au contraire quand régnent les brises : ce sont trois baies dites da Paimeira, do Rabo de Junco , et da Madama ou da Salina; celle-ci est préférée par tous les navires qui viennent dans ces parages.

Pendant près de trois siècles, l'île de Sel fut fréquentée seulement par les habitants de Boavista, de Sâo- Nicolâo et de Sâo-Antâo, qui venaient y pécher, y cueillir de lorseille et y prendre (lu sel. En 1808, le major ( aujourd'hui conseiller) Ma»

noel - Antonio Martins , mettant à profit un ordre émané, le 25 février, du capitaine général , se disposa à y mettre du bétail, et à commencer l'exploitation régulière de la vaste saline naturelle qui y existait. Cette saline, placée à une lieue de la côte, est un admirable ouwage de la nature. Des flancs d'un cratère (caldeira), situé à peu près au centre de l'île, jaillit une source dont l'eau salée, s'écouiant sur les pentes, allait former à quelque distance , par la puissante influence du soleil, d'immenses montagnes de sel, qui s'y accumulait depuis nombre d'années, comme la neige sur la cime des Alpes. Antonio Martins dépensa d'abord 600 000 reis pour faire tracer un chemin qui en rendît l'accès plus facile. Pendant assez longtemps, toutefois, il n'y entretint qu'un régisseur et quelques esclaves pour emmagasiner le sel et mener paître les troupeaux; mais en 1820, il commença à apporter de grands perfectionnements à cet état de choses :

on perça une montagne de part en part à sa base, pour y établir un chemin souterrain plus court et plus facile. Ce travail dispendieux une fois terminé, l'entreprenant propriétaire ne s'en montra pas entièrement satisfait , et , pensant que Ton favoriserait singulièrement la locomotion si l'on pouvait mettre à profit la direction constante des vents qui soufflent dans ces régions, il fit venir

d'Angleterre, à grands frais, des rails en fer que l'on posa sur un plan légèrement incliné , ménagé depuis la saline jusqu'au porto da Salina ou baie de Madama. Les wagons, chargés de sel et garnis de voiles semblables à celles d'une barque, sont abandonnés à la puissance des brises régulières

aui les poussent lestement jusqu'à leur estination ; une fois déchargés, leurs voiles sont fermées, et ils sont ramenés par des ânes au point de départ.

Honneur à Antonio Martins comme à tous les hommes d'intelligence qui ne reculent devant aucun sacrifice pour entraîner leurs concitoyens dans la voie du progrès ! ;

Les conséquences de la nouvelle création dont l'île de Sel venait d'être ' dotée, ne se firent pas attendre. La i même année qui la vit terminer, 1839, vit aussi 600 colons de Boavista venir s'y établir. Par les soins de celui qui avait introduit, sur cette terre encore déserte il y avait peu d'années, l'une des plus belles conquêtes du génie moderne, on leur donna des maisons, du bétail, des vivres; on leur creusa des puits, afin de les mettre à même d'établir de nouvelles salines : les produits lui en sont vendus à des conditions fixées dans un contrat sanctionné par le gouvernement.

Ces diverses exploitations , jointes à la grande saline, livrent annuellement au commerce de 4 500 à 5 000 muids (36 726 à 40695 hectolitres) de sel, et cette quantité augmente chaque jour. Attirés par la bonté du sel , par la facilité du chargement et le bon marché des produits, ce sont surtout les navires du Nord qui se rendent ici pour s'y approvisionner.

On exporte aussi de l'Ile du Sel beaucoup de peaux de chèvres sauvages qui y sont très-nombreuses , de récaille de tortue d'une qualité inférieure, quelque peu de bétail, un grand nombre d'ânes. Les montagnes donnent de i'orseille , et il s'y trouve des pyrites de cuivre. L'eau y est peu abondante, et le bois à brûler trèsrare.

2° lies du rent.

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