SAINT-NICOLAS
En s'éloignant de l'Ile du Sel vers l'ouest, la première terre que l'on aperçoit est l'île Sâo-Nicoiâo ou Saint- Nicolas , qui en est à 257 milles. Sa forme est très-irrégulière, ainsi qu'on peut en juger d'après ses dimensions :
de l'est à l'ouest , elle a un peu plus de 8 lieues, tandis que, mesurée du nord au sud , sa largeur varie de deux milles et demi à 17 milles; ses contours ont un développement dea22 lieues.
Cette île est élevée , couverte de montagnes et de collines que séparent des vallées fertiles ; au centre se dresse, en forme de pain de sucre , le morro do Frade, au-dessus duquel culmine, à quelque distance au nord , près de la pointe septentrionale, l'une des plus hautes cimes de l'archipel, le monte Gordo, qui a 4 000 pieds (I 200 mètres). C'est un ancien volcan, déjà éteint à l'époque de la découverte, mais dont les flancs sont encore couverts de lave, de pierre ponce et d'autres productions ignées.
La population de Sào-Nicolâo doit dépasser aujourd'hui 7 200 habitants, parmi lesquels on ne compte guère qu'un centième de blancs, le reste se composant de mulâtres et de gens de race noire. En général, ils sont tous bons, dociles, adroits, mais d'une indolence qui s'oppose a toutes les tentatives faites depuis plus de cinquante ans par la riche famille Dias, pour implanter au milieu d'eux ta civilisation , perfectionner les méthodes de culture, développer l'industrie. C'est en vain que, pour y améliorer les races, elle y a fait transporter des cavales et des mules, des vaches tourinières, des étalons de chevaux et d'ânes espagnols, et même des moutons mérinos; qu'elle y a fait planter de nombreux végétaux exotiques, parmi lesquels on remarquait le cactus à cochenille. Pour améliorer sérieusement les pâturages, il faudrait ouvrir des puits dans ces vallées privées d'eau, y semer régulièrement la luzerne, et n'y
faire la paille qu'aux mois de décembre et de janvier, à cause de la sécheresse. Les terres arides pourraient y produire une immense quantité de purgueira et de dragonier; et beaucoup de coton sur le versant des collines.
Du reste, la fertilité du sol est telle, que, dans son état actuel, Saint-Nicolas donne en abondance toutes les productions cultivées de l'archipel, ainsi que du bétail et de la volaille. Cependant le commerce y est peu actif ; seulement elle vend des rafraîchissements aux navires qui y touchent, et fournit, sous ce rapport, à la consommation de Boavista et de l'île de Sel.
Il y a sur les côtes différents ancrages décorés du nom de ports, mais qui sont tous plus ou moins mauvais pour les grands navires. Le porto Felho^ dans la baie de Sào -Jorge, sur la côte sud-est , et le porto da Preguiça, à une demi-lieue plus au sud, sont les plus fréquentés , parce qu'ils sont voisins du chef-lieu de l'île , la ville da Ribeira-Brava, bourgade placée au fond d'une vallée étouffante, entre de hautes montagnes, à une lieue de la .côte orientale ; c'est un groupe de chaumières sans alignement, au milieu desquelles on voit quelques maisons de pierre couvertes en tuiles, et une église bâtie par l'évêque dom Francisco Christovâo, auquel Saint-Nicolas doit quelques autres fondations.
L'église de Ribeira-Brava, placée sous l'invocation de Nossa-Senhora do Rosario , donne son nom à l'une des deux paroisses de l'île ; la seconde a nom Nossa - Senhora da Lapa das Queimadas , grande provoaçâo rurale située sur la cote nord. Grand nombre d'habitations isolées sont dispersées à travers les différentes vallées; et enfin, sur la côte nord-ouest, au pied du monte Gordo , se trouve le nameau (aldéa) de Praia-Bruma , situé à une lieue du port de Tarrafal, le seul mouillage où , dans la saison des pluies , on puisse jeter l'ancre par 16 brasses.
SAINTB-LUCB.
Ce port de Tarrafal est à la pointe la plus occidentale de Saint- Nicolas;
l/UNIVEBS.
8 milles plus loin, à l'ouest-nord-ouest, s'élève Yilheo Hazo, à 2 milles duquel, dans la même direction, est Yilheo Bfancos d'où l'on aperçoit, vers le nord-ouest et à 3 milles, la petite tle de Santa-Lvzia, Sainte-Luce.
Uilheo Jiazo, l'îlot Ras, est un morne élevé et presque rond , dont le sol parait propre à la culture du coton, de la purgueira et du sang-de-dragon : aussi a-t-il été concédé à Joâo- Àntonio Leite, de l'île Saint-Nicolas, par un décret du 26 février 1839, avec obligation de le défricher et de le mettre en culture dans l'espace d'une année.
Quant à YilkeoBranco, l'îlot Blanc, c'est une roche très-élevée couverte d'orseille, et peuplée de cette sorte de plongeons nommés cagarras, poltrons. A la pointe sud-est se trouve une toute petite plage, où descendent les orseiileurs , auxquels une source fournit de l'eau.
Sainte-Luce, la plus petite des tles de l'archipel, n'a guère plus de 2 lieues de long et 1/2 lieue à 1 lieue de large. Sa surface est montagneuse, et présente le même aspect que les terres voisines : pas d'arbres, peu d'eau. Les rivages sud-est forment, au pied du mont do Caramujo, une anse dans laquelle peuvent mouiller les barques; on y voit un puits d'eau douce , et , tout près de la , les ruines d'habitations qu'y construisirent les pasteurs que l'on y envoyait jadis demeurer temporairement, à l'époque ou le bétail était la principale richesse des îles du Vent. Jamais, du reste, aucune population ne s'y fixa pour la coloniser. Au commencement de ce siècle, la famille Dias, de Saint-Nicolas, y avait grand nombre de mules que la sécheresse de 1831 à 1833 détruisit pres- 3ue complètement. Le capitaine Lopes e Lima assure que, dans ces dernières années , elle y a envoyé un régisseur,
S! u sieurs pasteurs, et des .troupeaux e chevaux, de juments et d'ânes. On y voit quelques cotonniers qui y réussissent très-bien ; ses montagnes produisent beaucoup d'orseille, et ses côtes sont très-poissonneuses.
SAINT-YïNÇBrtT,
Saint -Vincent est entre Sainte- Luce et Saint-Antoine , à 3 lieues de celle-ci et seulement à 2 de l'autre.
Elle a la forme d'un parallélogramme irrégulier, incliné sur sa base vers le sud-est, et qui aurait 5 lieues de long sur 3 de largeur. Rien de plus simple que sa disposition orograpnique : deux massifs, parallèles dans toute leur longueur aux côtes septentrionale et méridionale, laissent entre eux une vallée occupant la partie centrale, fermée vers l'est, mais qui , à l'ouest, descend jusqu'à la mer. Le rivage, obéissant à cette disposition intérieure des terres, s'arrondit et s'enfonce pour former de ce côté une magnifique baie appelée o porto- Grande, le Grand Port , sûr en tout temps , et que l'on s'accorde à regarder, non-seulement comme le plus beau mouillage de l'archipel , mais peut-être encore de toutes les possessions portugaises d'outremer : 200 navires pourraient y ancrer à l'aise par 4 et 8 brasses , fond de sable et de pierrailles, abrités des vents du nord par les hautes cimes de Saint-Antoine , de tous les autres par les montagnes mêmes de l'île.
Saint-Vincent resta inhabitée et inculte jusque vers la fin du dix-huitième siècle. En 1781, des ordres furent donnés pour la peupler; mais ils ne reçurent pas d'exécution , et en 1795 elle fut concédée à Jo&o-Carlos de Fonseca, habitant de Fogo. Il s'y rendit avec le titre de capitâo-môr, accompagné de ses esclaves, et emmenant 20 familles tirées des autres îles, aux-
Quelles le gouvernement fournissait es outils, des vivres, et qu'il exemptait des dîmes et de tous droits.
Malgré ces avantages, il paraît que cette petite colonie prospéra si peu , que son fondateur mourut de besoin, et qu'en 1819 elle ne comptait encore que 120 individus traînant une vie assez malheureuse ; ils avaient cependant beaucoup de gros bétail et quelques moutons; mais la famine de 1831 en fit périr la majeure partie. Cependant il paraît que cet état de choses
s'améliora; car, d'après le recensement de 1834, Saint-Vincent comptait 340 habitants, et actuellement ce chiffre doit s'élever à 400. La Ribeira do Juliâo, qu'arrosent les deux seules sources de l'île, est, par cela même, la seule partie qui présente quelque culture. Presque toute la population est concentrée d'ailleurs sur les rives du Grand Port : c'est là qu'en vertu d'un décret du 11 juillet 1838, devait être établi un centre de population appelé MlndeUo, qui devait plus tard devenir la capitale de la province ; les difficultés qui se présentèrent lorsqu'il fallut en venir à l'exécution, n'ont pas permis d'y donner suite.
SÀHST-ÀNTOINE.
Saint- Antoine est la dernière des Iles du Vent à l'ouest, et en même temps la terre la plus occidentale et la plus septentrionale de l'archipel.
Elle est de forme compacte, et on pourrait, à peu de chose près, la renfermer dans un parallélogramme de huit lieues sur quatre, dont l'axe serait dirigé de f ouest-sud-ouest à l'estnord-est. Les deux diagonales, dont Tune surtout, celle de 1 est à l'ouest, est fortement marquée par la chaîne principale, donneraient la direction de ses deux grandes lignes de faîte.
Le profil des terres sur le fond du ciel indique bientôt à celui qui en approche combien la surface de cette île est élevée, combien elle doit être tourmentée. Ce ne sont, en effet, que montagnes de 2 000 à 6 000 pieds ( 600 à 1 800 mètres), dominées par le Pâo de Assucar (le Pain de Sucre), qui en a 8,000 (2 400 mètres), entre lesquelles s'enfoncent dans toutes, les directions de profondes vallées, arrosées par nombre de sources , de ruisseaux et de petites rivières toujours abondantes, et que les pluies transforment en torrents dévastateurs. Le tuf rouge, l'argile, la marne, la chaux en abondance, la lave, des basaltes décomposés, sont les principaux éléments du sol, et cette grande variété, combinée avec celle de la température que
l'on voit se modifier suivant les hauteurs où Ton se trouve placé , font de Saint- Antoine une seconde Madère, également propre à la culture des productions intertropicales et de celles de l'Europe. Aussi , ce que nous avons dit du règne végétal et du règne animal pour l'ensemble de l'archipel du Cap- Vert, s'applique-t-il tout particulièrement à cette île, qui possède en outre de la barille, de l'argile à figurines , de la terre bolaire, du marbre, des pierres de différents genres, du fer, du cuivre, du soufre, de la pierre ponce, des hyacinthes , des améthystes, des topazes , des grenats. Elle a des sources minérales , soit froides , soit thermales.
Il en est deux bien connues , et qui servent particulièrement à la préparation des peaux : l'une les dépouille en moins d'une heure du poil qui les couvre, la seconde les teint en noir dans un temps encore moins long.
Avec tant d'avantages, Sâo-Antâo est la plus misérable des îles du Cap- Vert. Cela tient à quelques causes que nous allons chercher à expliquer.
Après avoir passé, depuis le règne de Jean III de Portugal jusqu'à celui de Philippe II d'Espagne, entre les mains de divers donataires , elle fit retour à la couronne en 1759. Ses riches propriétaires ne l'avaient peuplée que d'esclaves tirés des côtes de Guinée ; peu sensible à la servitude, cette population dégradée et à demi barbare ne le fut guère plus à la liberté qui lui fut donnée par un décret d'émancipation, en 1780; l'esclavage, en lui énervant l'esprit, ne lui avait imprimé que des vices , et un dégoût invincible pour le travail. Attirées par l'excellence de l'air et la fertilité des terres, quelques familles européennes , quelques individus entreprenants et actifs des îles environnantes, vinrent bien se fixer au milieu d'eux et y déposèrent les germes d'un état meilleur; mais le nombre de ceux-ci fut trop peu considérable, leur influence trop bornée ; et encore aujourd'hui les deux tiers de l'île au moins, les plus riches terrains , sont complètement incultes, et attendent
L'UNIVERS
des brns actifs , ries têtes intelligentes, pour donner les productions variées de climats très -opposés. Et comme
Four ajouter à cet état de choses, horrible famine de 1831 à 1833 est venue enlever les meilleurs, les plus utiles colons.
Cependant la population de Sâo- Antào , qui en 1834 était d'environ 13 600 individus, doit être actuellement de 17 000 à 18 000.
Son chef-lieu est la ville de Santa»
Cruz, fondée par les comtes de ce nom, titulaires de la capitale de l'île de Flores, aux Açores. Elle s'élève dans la fertile plaine de Ribeira- Grande, qui débouche sur une baie remplie d'écueils, escarpée et inabordable, de la céte nord-est , à laquelle vient aboutir une autre ribeira (vallée) plus petite. C'est à ce confluent, au pied de crêtes élevées, qu'est la ville, qui jette l'un de ses faubourgs, et le mieux bâti , sur le flanc d'une colline verdoyante appelée a Penha* de Franea, le Rocner de France.
Santa-Crùz est assez vaste et compte de 5 000 à 6 000 habitants. Malheureusement, elle fut dès l'origine assez mal ordonnée, et ses habitations ne sont,
Rour la plupart, que des chaumières ; ïs plus riches sont couvertes en tuiles américaines de bois. L'église est construite sur le modèle de celle de Ribeira- Grande à Sâo-Tbiago. Des jardins, des plantations couvrent les deux vallées au voisinage de la ville; il y fait agréable durant la saison des brises, mais l'air y est chaud et étouffant dans la saison des pluies.
Sâo-Antâo a trois ancrages assez mauvais. Le pire de tous est celui de la Ponta do Sol, extrémité septentrionale de l'île; c'est le plus fréquenté, parce qu'il se trouve assez près de Santa-Cruz, dont il est à une lieue.
On parcourait jadis la distance par un chemin exécrable, qui avait été amélioré, lorsqu'en 1839 on commença à en tracer un nouveau , moins dangereux; mais la voie de communication la plus importante pour cette île et pour celle de Saint-Vincent est la route commencée en 1838 pour mener
de la ville au port dos Carvoeiros, par lequel ont lieu toutes les relations entre les deux fies, et qui est situé par 17° 01' nord , et 27° 28' à l'ouest de Paris.