III. COUP D'ŒIL HISTORIQUE
Découverte et première prise de possession des îles du Cap-Vert.
L'archipel des îles du Cap-Vert est resté complètement iguoré de l'antiquité classique , c'est un fait hors de toute discussion aujourd'hui ; l'érudition confuse des derniers siècles a bien pu s'imaginer que là devaient être cherchées, comme le veut Jean de Barros, les îles Fortunées telles que nous les montrent les tables de Ptolémée, ou bien que là se trouvaient les îles des Gorgones, comme le soutient Jean de Castro en s'étayant dés indications de Pline; mais la critique moderne, plus rigoureuse dans ses déductions, ne saurait admettre que les Fortunées, au nombre desquelles figurait Canaria , soient cherchées ailleurs que dans l'archipel des Canaries ; et que les îles des Gorgones, voisines de la Corne du couchant , se puissent retrouver loin des parages où le cap du Lagedo projette à l'ouest la pointe derrière laquelle s'ouvre le fameux Fleuve de l'or.
La découverte des îles du Cap-Vert appartient exclusivement à cette époque du réveil de la civilisation européenne , si bien appelée la Renaissance. Le Sénégal avait été reconnu et le Cap-Vert doublé depuis longtemps, lorsqu'en 1456 le vénitien Louis de Cà-da-Mosto et le génois Antoine Usodimare, qui l'année précédente avaient visité la Gambie, et qui allaient l'explorer de nouveau, furent poussés par le vent au large du Cap-Vert jusqu'en vue d'une terre qu'ils résolurent de reconnaître; y ayant abordé , ils vérifièrent que c'était une île assez grande, et inhabitée, du haut de laquelle ils en aperçurent trois autres, l'une derrière eux au nord, et les deux autres au sud-ouest,
non loin de leur route ; ils se dirigèrent vers celles-ci , et abordèrent dans la plus grande , où ils firent de l'eau et des provisions de chair de tortue et de poisson ; ils donnèrent aux deux îles qu ils avaient ainsi visitées les noms de Bonne-Vue et de Saint- Jacques, l'un comme souvenir des heureux auspices sous lesquels ils avaient aperçu au large cette première terre, l'autre en mé-* moire du saint apôtre patron du jour où ils avaient entrepris leur voyage (le ]" mai, consacré, comrrîeon sait, chez les latins, à la double fête de saint Philippe et de saint Jacques le mineur). Voilà le résumé de cette découverte tel qu'il nous a été transmis parla relation de Cà-da-Mosto luimême, qui nous apprend aussi que du haut de Boavista il avait semblé à ses gens discerner au loin vers le ponent l'apparence d'autres lies encore, qu'on ne pouvait bien distinguer à cause de la distance, et qui furent découvertes plus tard.
Quelques années après (Jean de Barras raconte cela en l'année 1461) une nouvelle reconnaissance des îles du Cap-Vert fut faite par un noble génois, Antoine de Noli , que des contrariétés éprouvées dans sa patrie avaient déterminé à venir en Portugal avec trois navires , en compagnie de Barthéiemi son frère , et de Baphaël son neveu ; ayant obtenu de l'infant dom Henri 1 autorisation d'aller en découverte, ils arrivèrent , seize jours après leur départ de Lisbonne, à l'Ile de Mayo, et le lendemain ils virent celles de Saint-Jacques et Saint-Philippe. Des serviteurs de l'infant dom Fernando étaient partis en même temps pour aller aussi à la recherche de ces lies, et ils découvrirent les autres , de maniérée compléter la reconnaissance de tout cet archipel, où Ton en compte dix en tout.
Ces découvertes successives , sur le détail desquelles on pourrait peut-être soulever quelques objections, eu égard du moins à l'application première des noms en rapport avec les quantièmes du calendrier; ces découvertes sont irréfragablement constatées par des
documents officiels contemporains.
Ainsi , lorsqu'à Evora , le 3 décembre 1460, le roi Alphonse V fit donation à l'infant dom Fernando son frère, des Iles qui avaient appartenu à leur oncle l'infant dom Henri récemment décédé, on voit figurer, dans le nombre de ceiles-ci , quatre au moins de celles du Cap- Vert, savoir, Saint- Jacques, Saint-Philippe, Mayaes (primevères), et Saint-Christophe; une cinquième, précisément Me du Sel , pouvant en outre , suivant quelques-uns, se trouver indiquée sous le nom de lana% que d'autres ont lu lovo , et applicable dès-lors à de tout autres parages.
De ces quatre îles, la première seule a toujours conservé sa dénomination originelle ; Saint-Philippe est devenue Fogo ; l'île des Mayaes ou primevères (fleurs de mai ) est devenue l'île de . Mai ; et Saint- Christophe est devenue ou redevenue Boavista.
Pareillement, des lettres royales, datées de Lisbonne le 29 octobre 1462, confèrent au même infant dom Fernando la possession des sept lies que Diogo Affonso son écuyer avait trouvées par le travers du Cap- Vert. Pour donner à ce prince les moyens de pourvoir à la colonisation de ces îles, le roi son frère lui fit encore expédier, le 12 juin 1466, des lettres qui l'autorisaient à prendre à cet effet des habitants de la côte de» Guinée, ce dont il profita pour fonder de premiers établissements à Saint-Jacques et Saint- Philippe, se bornant attirer parti des autres îles pour le pacage des bestiaux. A la mort de ce premier donataire général, arrivée en 1470, les îles du Cap- Vert firent retour au domaine de la couronne , d'où elles furent de nouveau détachées, le 30 mai 1489, en faveur de son fils l'infant Emmanuel duc de Béjà , qui devait bientôt les rapporter à la couronne en devenant lui-même roi de Portugal le 26 octobre 1495; les lettres royales qui lui faisaient cette donation énuméraient jusqu'à douze îles dans cet archipel, savoir : Saint -Jacques, Saint-Philippe, Mavaes, Saint-Christophe, Sal, Brava, Saint-Nicolas, Saint-Vincent, Rasa,
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Branca, Sainte-Luce, et Saint-Antoine : on voit que l'augmentation résulte de ce qu'on a fait état distinct, dans cette «numération, des deux îlots ou petites fies Rasa et Branca ? plus habituellement passées sous silence à pause de leur nullité individuelle.
Colonisation successive et possession des îles par des capitaines donataires.
Le roi Emmanuel ne tarda point à disposer lui-même de nouveau des îles que son avènement venait de réunir au domaine de la couronne.
Lf le de SàoThiago avait été divisée en deux capitaineries : celle du sud, dite de Ribeira-Grande , fut donnée, le 4 avril 1497, à Jorge Correa, à la suite de son mariage avec dona Branca, fille du découvreur mess ire Antonio le Génois ; celle du nord fut accordée à Diogo AfTonso , contrôleur des finances (contador) de Pîle de Madère ; et redevenue vacante par sa mort et celle de son fils Joham , elle fut concédée derechef à Rodrigo Affonso, du conseil du roi Emmanuel. A partir de 1606, la capitainerie de Ribeira-Grande ne fit que prospérer; les défrichements se faisaient avec activité , la population, le commerce augmentaient; la ville de Ribeira-Grande se développait avec rapidité; une municipalité (camara) y fut créée , et le roi ordonna que les revenus de l'île et de celle de Fogo fussent affermés pour le compte du fisc. Le roi Jean III y envoya un corrégidor; et elle fut administrée, ainsi que les îles voisines, par des capitans mors jusqu'en 1592, que l'Espagne mit à la tête de l'archipel un gouverneur général.
Fogo fut colonisée en même temps que Sâo-Thiago, par Ayres Tinoco et autres serviteurs de l'infant dom Fernando , qui s'y rendirent dans ce ijut en compagnie d'Antonio de Noli.
Il paraît que Martin Miguel et Martin Mendes furent les deux premiers qui y amenèrent des habitants et y transportèrent du bétail. Érigée en capitainerie par le roi Emmanuel , le premier capitaine donataire fut, en
1510, Fernâo G ornes, qui fonda la ville de Saô- Felipe. A sa mort, en 1520, la capitainerie fut donnée par le roi Emmanuel au comte de Peneila, puis, en 1566, par le roi Sébastien au capitaine de cavalerie dom Joâo de Vasconcellos e Menezes ; donation qui fut confirmée par Philippe Ier et Philippe III. A partir du règne de Jean IV, elle fut , ainsi que les autres îles , gouvernée par des capitaines de nomination royale.
L'île de Maio ne paraît pas avoir été peuplée aussi vite que les deux précédentes. Les capitaines de la partie nord de SSo-Thiago y jetèrent du bétail et y firent des plantations de cotonniers; et ce fut sans doute pour cette raison que Rodrigo-Affonso , dont nous avons déjà parlé , s'en considéra comme le propriétaire. Il vendit le tout , Ile et bétail , à un certain Joham Baptista, dont les héritiers furent confirmés dans leur possession, le 4 juillet 1504 , par le roi Emmanuel, qui leur imposa plusieurs conditions, telles que de payer le quart des peaux et le dixième de la graisse du bétail abattu , et le dixième du produit des cotonniers. Les choses restèrent dans cet état jusqu'en 1524 , que l'île fit retour itératif à la couronne. Jean III en donna la moitié au baron d'Alrito aux mêmes conditions, et cette donation fut transmise à dona Antonia de Vilhea et à ses descendants, par le roi Sébastien, en 1573. Martin- Affonso Coelho reçut du roi Jean IV l'autre moitié, et ce fut à cette époque que l'on commença la colonisation de l'île. Sous Pedro II, elle fut régie par des capitans mors de nomination royale.
La même année 1497, où la capitainerie nord de SSo-Thiago fut accordée à Rodrigo-Affonso par le roi Emmanuel, ce prince lui fit en même temps don du bétail sauvage de l'île de Boavista, aux conditions imposées plus tard aux héritiers de Joham-Baptista, et que nous venons de rapporter. A la mort de Rodrigo-Affonso , le même roi l'accorda, en janvier 1505, àson fils Pedro Correa , donation qui fut confirmée par Jean IV en 1 522, et renouvelée
ILES DK L'AFRIQUE.
vingt ans plus tard en faveur de son neveu Antonio Correa. Boavjsta resta dans cette famille jusqu'au temps des Philippe d'Espagne; elle reçut alors des capitaines de nomination 'royale.
On ignore l'époque certaine du premier établissement de Saint-Nicolas, Sainte-Lucie et Saint-Vincent; le plus ancien document connu où il soit question de Saint-Antoine , est une charte de donation du 15 janvier 1538, par laquelle le roi Jean III la donne , dejuro et herdade, à Joam de Sousa, avec réversibilité, après sa mort, à Goncalo de Sousa son frère, tous deux fils de Pedro da Fonseca et de dona Violante de Sousa, sœur du célèbre Manoel de Sousa premier capitaine de Dîu. Goncalo de Sousa, da Fonseca étant mort sans enfants, Philippe Ier donna Saint- Antoine, aux mêmes conditions, au comte dom Francisco Mascarenhas, dans la famille duquel elle resta jusqu'en 1759, qu'elle retourna à la couronne.
La colonisation de ces îles devait être opérée aux frais des donataires principaux, auxquels elles étaient concédées en viager , soit comme récompense de leurs services, soit à titre d'encouragement, au moyen de contrats personnels. Du reste, le défrichement s'exécuta rapidement, grâce au partage qui avait été fait des terres entre de riches colonistes, en vertu d'une charte royale du 20 septembre 1530; et en 1532 la population des tles du Cap- Vert était devenue assez considérable pour qu'on crût devoir instituer pour elle unévéque.
administration des gouverneurs.
Depuis lors, il n'est plus que rarement et à peine question des fies du Cap-Vert, jusqu'au moment où elles tombèrent, avec le reste des possessions portugaises, au pouvoir de l'Espagne. Celle-ci y envoya un gouverneur, le premier fonctionnaire de ce rang qui les ait administrées ; ce fut Duarte Lobo da Gama, nommé en 1592, et qui eut pour successeur en 1595 Braz Soares de Melio, sous lequel les Anglais pillèrent la ville de
Ribeira-Grande, qui l'avait déjà été par Francis Drake treize ans auparavant. Mello fut remplacé en 1597 par Francisco Lobo da Gama, sous lequel les Hollandais vinrent en 1598 attaquer inutilement la Villa da Praia. Depuis 1603 jusqu'à la restauration de 1640, douze gouverneurs,dont les noms sont d'ailleurs, comme les précédents, tous portugais , furent envoyés aux tles du Cap- Vert par la cour de Madrid. De 1640 à 1842, la longue liste donnée par M. Lopes de Lima en compte 54, nommés par la cour de Lisbonne.
Le dernier est Francisco de Paula Bastos. On voit, d'après leur nombre total, que la durée de leurs fonctions a dû être en général peu longue : elle varie en efFet entre 3, 3, 4, 5, et dépasse rarement 6 ans. Celui qui les a exercées le plus longtemps est dom Antonio Coutinho de Lancastre, qui, nommé en 1803, ne quitta son poste qu'en 1818; mais ceci s'explique par la position critique dans laquelle se trouva la métropole durant une grande partie de cette période.
Au surplus, peu d'événements remarquables ont signalé le passage de ces gouverneurs au pouvoir. Isolées, privées de toute espèce d'initiative, n'ayant aucune force par elles-mêmes, babitées d'ailleurs par une population indolente et paresseuse, les îles du Cap-Vert devaient seulement ressentir le contre-coup lointain des plus graves perturbations éprouvées par le gouvernement central. Dans le courant du dix-septième siècle , on n'a guère à mentionner que le passage accidentel de flottes ou d'escadres, soit portugaises, soit alliées ou ennemies, qui se disputaient également, lorsqu'elles y séjournaient, et 111e de Sâo- Thiago et les îles voisines, privées de toute défense, gouvernées par des capi tans mors, ou livrées à elles-mêmes. Nous avons déjà parlé de la prise de Ribeira-Grande par Cassard en 1712 :
le gouverneur José Pinheiro da Camara se conduisit, à cette occasion, d'une manière si peu digne , que Pereira Calbeiros , en arrivant pour le remplacer, le fit arrêter et embarquer
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pour Lisbonne* Nous avons raconté aussi les péripéties de la décadence de la ville, péripéties qui se terminèrent, en 1770, par un abandon total. En 1701, on nomma le premier ouvidor bacharel^ dont les successeurs se trouvèrent quelquefois en lutte fâcheuse avec les gouverneurs, et qui furent supprimés , puis remplacés en 1834, après une interruption de onze années, par des juizes de dlreito. Du reste, les faits les plus ordinaires de 1 l'histoire intérieure des fies du Cap-Vert, ce sont des révoltes, des désordres, des séditions, indices trop certains du peu d'autorité du chef supérieur de l'administration. A la mort de dom Joâo de Brito Baena, en 1767, le soin des affaires fut remis à la camara (municipalité), ainsi que cela s'était toujours fait jusqu'alors; mais elle s'acquitta si mal de ses fonctions, que, par ordonnance du 12 décembre 1770 , il fut arrêté qu'à la suite du décès d'un gouverneur la direction des affaires appartiendrait, non plus à lacamara, mais à l'évêque, et, 'en son absence, à une junte composée des sommités ecclésiastiques, judiciaires et militaires.
Quelques faits d'un autre ordre méritent d'être signalés au milieu des vièissitudes politiques ; nous voulons parler de certaines mesures soit publiques» soit individuelles, qui ont eu pour but l'amélioration matérielle de la condition des ties de l'archipel; ainsi nous voyons, dans les Annales provinciales, que l'île de Brava fut colonisée sous le second gouvernement de Manoel da Costa Pessoa en 1682, Saint- Vincent en 1795, l'ilha do Sal en 1839; que la Villa da Praia fut fortiflée en 1651 , et de nouveau sous dom Antonio Coutinho de Lancastre, l'un des gouverneurs qui ont le plus fait pour leurs administres, bien qu'on paraisse avoir eu beaucoup à lui reprocher. Ses successeurs ont fait aussi élever quelques fortifications à l'île de Maio, à l'île du Sel, à Brava; dans celle-ci, un fort protège, depuis six ou sept ans, le port da Fuma. Sous Joâo Zuzarte, on organisa les milices du
Cap-Vert, dont nous avons parlé au paragraphe Force publique.
Le nom français de Joâo da Motta (Jean de la Motte) Chapuzet est resté dans la mémoire des populations, comme se rattachant au souvenir d'améliorations faites avec un grand esprit de suite, une digne persévérance
L'indigo fut découvert dans ces ties en 1703, l'orseille en 1730, le séné en 178a; et ce fut en 1790 que l'on introduisit à Saint-Nicolas la culture du café, qui s'est développée à Saint-Jacques et à Saint- Antoine, et qui promet de devenir Tune des richesses du pays. On ne peut as* signer l'époque, regardée comme trèsreculée, de la première extraction du sel et de la fabrication du sucre , ni l'année où l'on a commencé à retirer l'huile du palma-christi ; le dix-neuvième siècle a vu la naturalisation de la cochenille. Pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, le commerce, particulièrement celui des esclaves, avait pris un assez grand développement, dû surtout à la Compagnie du grand Para et de Maranham, qui, après avoir subsisté de 1755 à 1778, fut remplacée en 1780 par la Compagnie du commerce exclusif de la côte d'Afrique, laquelle dura à peu près jusqu'en 1786.
En septembre 1833, on proclama dans les îles du Cap-Vert la reine dona Maria et la charte constitutionnelle ; mais l'année suivante, le 22 mars, on vit à la Praia un bataillon, récemment arrivé de Portugal, se prononcer pour l'usurpateur dom Miguel, assassiner ses officiers et saccager la ville. Intimidées par l'attitude prise en cette conjoncture par la population de l'île, qui s'arma pour la défense de la constitution , ces troupes se retirèrent le 26 mars , après avoir encloué l'artillerie, brisé leurs armes, jeté la poudre à la mer, et laisse tout dans le plus grand désordre. La révolte de deux des îles contre le gouverneur Domingos Correa Arouca , en 1836, est le seul événement d'une date récente que nous ayons à signaler.
Toutefois, après avoir terminé ici
l'histoire politique de l'archipel, nous ne pouvons refuser une place a la mention d'un désastre physique tout récent. Le volcan de Fogo, dont le sep* tapie cratère, fermé depuis un demi* siècle, ne laissait même plus échapper de fumée, s'est rouvert tout à coup, vomissant par ses sept bouches des flots de lave incandescente. Le 9 avril 1847, de sept à huit heures du soir, ud roulement souterrain a trois fois ébranlé violemment la terre; puis d'épais tourbillons de fumée ont été bientôt suivis d'une éruption, qui a lancé
au loin d'énormes quartiers de roche, et une pluie de cendres; enfln des fleuves de laves ardentes se sont lentement épanchés sur les pentes voisines, prenant vers la mer leur marche fatale, sous laquelle disparaissaient animaux et plantations; dans son effrayante majesté, le liquide brûlant a employé quatre heures entières à parcourir les trois milles de distance où la mer fixait le terme de sa course; les colons ont pu fuir, mais ils n'ont sauvé que leur vie, et tout ce qu'ils possédaient a été dévoré.