‹ Iles de l'AfriqueChapitre 46 sur 82 · L'ARCHIPEL DE GUINÉE · texte numérisé non relu

L'ARCHIPEL DE GUINÉE

i. description. latitude sud ; et entre les méridiens

ti/iuiii*» ~j-j~.u a*™j„* „*»»** de 3° 12* et 6° 3* de longitude à l'est

idSST** bien faibIe Partie * cet espace, puis-

ensemble. qu,n n>offret en terres émergées,

Du fond du golfe de Guinée se dé- qu'une superficie totale de 937 milles

tache une suite d'îles et d'tlots, qui, carrés géographiques, ainsi répartis :

prenant sa direction au sud-ouest Fernan-do-Po 560,

suivant une ligne presque droite, s'a- Saint-Thomas 370,

îance à travers l'Océan jusqu'à une Le Prince 72 ,

distance d'environ 130 lieues. Ces îles Annobon 35 ;

sont au nombre de quatre principales, ce qui équivaut en somme à 322 420

connues sous les noms de Fcrnan-do* hectares, c'est-à-dire, un peu moins

Pô, du Prince, de Saint-Thomas et que la superficie du département de

tf Annobon, échelonnées à 100 milles Vaucluse (347 377) , l'un des plus pe-

en moyenne Tune de l'autre, dans tits de la France.

Tordre où nous venons de les énumé- La disposition de ces îles indique

rer, à partir du continent : elles for- tout d'abord qu'elles doivent être une

ment dans leur ensemble un petit ar- dépendance immédiate du continent

chipel, que sa situation au centre même africain ; et en effet, entre le Rio del

de la grande région maritime de la Rey et le Rio dos Camarôes, ayant à

Guinée, a fait nommer avec raison l'ouest la région basse où s'épanchent

Archipel de Guinée. les dernières eaux du Niger, et au sud

Compris entre les parallèles de la côte du Gabon, ce continent nous

3* 45' de latitude nord, et 1° 5C de présente un massif dont les sommets

,«. m ^ , . ... . . s'élèvent de 4 000 mètres au-dessus

(*) La réaction de cet article est due d , . déf , . j fe

presque exclusivement a la collaboration de r~ 'V" AJ ,, "J " £ *i A" r ~7"L "*

M. Oscar Mac-Carthy, qui a pris pour gui- les !Jes *• ^rchipel de Guinée se

des principaux, quant à la portion de Par- montrentau delà comme la trace exté-

dùpel demeurée en la possession du Por- "«"« du prolongement sous-marin

togàd, la statistique officielle de M. Lopes de de cet énorme promontoire, appelé

Lum, et quant à portion dévolue à FEspa- Terre des Zambous, ou vulgaire-

gne, les relations de Owen , Hollman , Lan- ment Terre des Jmbozes. Couvertes

der, etc. de montagnes pyramidales, de pics,

L'UNIVEBS,

de mornes entassés, 4e collines onduleuses, de rochers aux formes les plus variées, revêtues de forêts aussi vieilles que le monde, elles se présentent aux regards sous un aspect auquel la hauteur des cimes nuageuses qui les couronnent imprime un certain caractère de grandeur, pendant que de vives couleurs en émaillent les plages, et qu'à l'intérieur s'ouvrent de toutes parts de fertiles vallées, ceintes de gracieux coteaux dont les eaux abondantes entretiennent l'éternelle fraîcheur.

Fernan-do-Pô et Saint-Thomas ont chacune un pic fort élevé; les montagnes du Prince et d'Annobon n'atteignent pas la même hauteur. L'altitude connue du pic de Fernan-do-Pô est de 3 239 mètres ; celle du pic de Saint-Thomas paraît être supérieure, ou du moins égale. Le capitaine de corvette de Langle a trouvé à la montagne de Anna de Chaves en l'île Saint-Thomas une hauteur de 2 107 mètres, et à la cime la plus élevée de l'île du Prince une hauteur de 800 mètres. L'altitude d'Annobon atteint 1 000 mètres.

Nature générale du sol de t archipel de Guinée.

Nous ne possédons point de données complètes sur la constitution géognostique de ces montagnes. La base en est formée de granit, de quartz et de silex, sur lesquels reposent les terrains tertiaires qui paraissent former la masse générale des différentes îles.

Celle du Prince, outre un volcan éteint, montre encore de nombreux débris volcaniques, lesquels sont abondants aussi a Fernan-do-Pô; mais Saint-Thomas n'en a point, et on ignore s'il s'en rencontre à Annobon.

La nature des terrains porte à croire qu'il doit y exister quelques richesses minérales ; cependant on n'y a découvert encore les traces d'aucune mine métallique.

On comprend facilement que dans des îles couvertes de vertes et épaisses forêts, sur lesquelles les pluies équatonales versent pendant pb» de six

mois des torrents d'eau, il doive y avoir nombre de rivières et de ruisseaux. Il en est ainsi en effet ; mais par suite de l'exiguïté même des surfaces qu'elles arrosent, le cours n'en peut être bien long, et aucune d'elles ne mérite de mention particulière. Il n'est pas indifférent de remarquer que l'eau en est généralement pure et légère; Y Agoa* Grande, qui traverse la ville de Saint-Thomas, a même acquis sous ce rapport une certaine célébrité.

Dans tous les lieux où le sol est protégé, contre la dévastation des agents naturels tels que les pluies et le vent, pur une végétation puissante dont les détritus lui fournissent sans cesse un nouvel engrais, il est d'une fécondité extraordinaire. Mais dans les lieux découverts, au contraire, lavé par les pluies, desséché par un soleil ardent, il ne présente plus qu'une aire rebelle à toute culture. L'île du Prince en offre malheureusement de nombreux exemples, tandis qu'à Saint- Thomas les plantes se développent, au sein d'un humus fertile, avec autant de rapidité que de vigueur ; et il en est à peu près de même a Fernan-do-Pô et à Annobon. Aussi tout y ineite-t-il à la culture; mats les effets pernicieux d'un climat trop souvent malsain arrêtent l'élan que Ton éprouve à la vue d'une nature si féconde.

Climat de Varchipel de Guinée en général.

Situées comme elles le sont sous l'équateur même, ou à peu de distance, ces îles ont un climat très-chaud, et de plus très-humide par suite des vapeurs abondantes qu'élève incessamment l'action solaire et qui se résolvent en pluies di lu via les. La température n'est cependant pas aussi élevée, et les chaleurs sont bien plus supportables que sur le continent voisin , parce qu'elles sont tempérées d'une manière très-sensible par les brises de mer et les vents du sud.

On ne connaît dans cette région que deux saisons : celle des ouragans (dos venlanias) , qui dure depuis le <

meneement d'avril jusque vers le milieu de septembre, et celle des pluie»

[das aguas), qui règne depuis I équiooxe de septembre jusqu'au delà des derniers jours de mars. La première est sous tous les rapports la plus agréable ; le thermomètre s'y tient en moyenne à 40° du thermomètre centésimal ou 33° de celui de Réaamur ; et si Ton excepte quelques journées pluvieuses en avril, le ciel est toujours éclatant et pur, l'air très-favorable aux constitutions européennes. Durant la saison des pluies au contraire, les jours sont presque constamment nébuleux et tristes ; le ciel verse sur la terre unepluie épaisse, et de temps en temps, mais surtout lors des pleines et des nouvelles lunes, d'effroyables coups de tonnerre retentissent jusqu'aux dernières limites de l'horizon. En certains moments, l'absence des brises fait monter Je thermomètre jusqu'à •50* centigrades ( 40° Réaumur ). Le sol exbale alors tous les miasmes délétères si funestes à la santé des habitants, et surtout à celle des Européens qui n'en sont que trop souvent les victimes.

Souvent, en cette saison , éclatent les terribles orages si connus sous le nom de travadas, tornados ou tourmdes. Mous ne pouvons mieux faire, pour en donner une idée, que de transcrire le tableau que nous fournit à ce sujet Ja relation du voyage de Lander.

« Des signes précurseurs indiquent leur approche , et les commandants des vaisseaux sur la côte sont au fait de ces présages. C'est toujours de l'est oue viennent ces ouragans , qui ne durent pas plus de quinze à vingt minotes. Vers le nord-est parait un nuage lumineux, dont les yeux ne peuvent soutenir l'éclat; il grandit, et, dans le cours d'une heure, passe graduellement de Test au sud-est, tandis que la brise de mer habituelle continue à souffler du nord-ouest. Arrivé an sud-est, le nuage laisse échapper d'innombrables éclair», semblables à des tourbillons de flammes; )a foudre gronde iacessaBMneBt, ses éclata raul-

tipliés déchirent les airs et assourdis-» sent les oreilles. Les éclairs vous aveuglent; puis il y a un court intervalle de calme, au moment où la brise domptée cède à l'ouragan. A l'horizon, du côté d'où viennent les nuages, se forme un petit arc qui grandit rapidement et s'élargit, n'étant autre chose que l'action du vent qui dis-

S erse les lourds nuages au travers esquels il passe. C'est le moment de crise : à peine Parc a-t-il touché le zénith, que le vent, le tonnerre, les éclairs, les torrents de pluie, sont versés du ciel tout à la fois. Malheur au bâtiment qui, se laissant surprendre, n'aurait pas eu la précaution de carguer les voiles! Il serait de suite jeté sur le flanc. Mais les avertissements que l'orage donne de sa venue suffisent au navigateur expérimenté, qui, toujours sur îe qui- vive, diminue de voiles à propos , et manoeuvre de manière a échapper aux efforts de la tempête, en courant soos le vent.

Généralement le danger ne dure pas plus d'un quart d'heure; l'ouragan tombe tout à coup, la brise nasse du sud à l'ouest et s'y maintient jusqu'au prochain orage. *

Productions végétales.

Les productions végétales de l'archipel de Guinée doivent être aussi nombreuses que variées; mais nous ne les connaissons pas assez pour pouvoir en donner une description complète. Dans ce qui suit , nous présenterons à peu près tout ce que l'on sait à ce sujet.

Les forêts offrent un grand nombre d'arbres dont les bois sont respectivement propres à la menuiserie, à la teinture, aux constructions navales.

Parmi les premiers, on remarque l'olivier et le cèdre ; parmi les seconds , nous avons à citer le réglisse , Tova , le bois de sang, le guigo, le néflier, le cèdre et le bois rouge, dont les fécules colorantes produisent à la teinture une succession de nuances, paille, miel, nankin, chamois, cannelle, brique, et lie 4e vin.

Le gtg* est une espèce de cèdre ,

L'UNIVERS

très-bon en même temps pour la menuiserie , et qui donne aussi d'excellents mâts. Les arbres dont on a tiré le meilleur parti jusqu'à présent pour les constructions, sont encore l'olivier, le socupyra employé surtout pour les cales, le pao ribeira , le pao mastro qui donne de beaux mâts et d'assez bonnes planches, le viro dont le bois s'emploie pour les précintes, ainsi que Je mûrier, dont les planches sont en outre fort estimées pour les parquets d'appartement. Il y a encore d'autres arbres que l'on utilise de diverses manières : tels sont l'antonio ligné, le pao remo ou arbre-rame , le pao candeia ou arbre-chandelle, le purin, le figuier, le bandeija ou corbeille, \eakquemone, Yoccl qui produit de la cire , l'upa ou gamella sur lequel on recueille une laine végétale , et le gofé dont le bois est spécifiquement plus léger que le liège.

Les céréales et les racines nutritives cultivées sont le riz , le maïs , le manioc, la patate et l'igname , auxquels viennent se joindre, comme plantes potagères, les calebasses, les concombres , le cresson , le céleri, la laitue , la betterave , l'oignon , les choux , les pois , les fèves , les haricots , l'iza , les pastèques, les melons, les navets, les raves, la tomate, le persil, la moutarde. Autour des habitations, dans les jardins et les vergers, quelques arbres fruitiers de nos contrées, l'amandier, le cédrat, l'oranger, le citronnier, le limonier, le pécher, la vigne , se marient à ceux de la zone équatoriale, l'ananas, l'annone, le bananier, le goyavier, le manguier, le tamarinier, le papayer. On y remarque aussi le coton , l'indigo, la casse, le dragonnier, le ricin, le cachou . la coriandre, le poivrier. Au bord des sentiers se montrent la lavande , la menthe, la centaurée, leialap, l'aristoloche.

Le palmier-élaïs donne l'huile et le vin de palme.

Animaux de l 'archipel de Guinée.

Les seuls mammifères que l'on trouva dans ces Iles , à l'époque de leur découverte, étaient des singea et

des rats : du moins ne vit-on pas alors les civettes et autres animaux de la même famille que l'on a depuis rencontrés dans les bois, et les chauvessouris, que l'on confondit peut-être avec les oiseaux. Les Portugais introduisirent des bœufs, des moutons, des chèvres et des chevaux; mais, à l'exception des chèvres, qui se sont beaucoup multipliées , ces animaux naturalisés sont peu nombreux, et les moutons à boucherie sont même rares et chers. En revanche , on élève une grande quantité de porcs, et il y a une abondance extraordinaire de poules domestiques et de pintades. Les dindons et les canards , quoique moins communs , se voient cependant presque constamment sur les marches.

Les oiseaux sauvages qui fréquentent le plus ces parages , sout le vautour, l'albatros, la petite hirondelle, la caille, la chouette, le corbeau, l'étourneau, la crécerelle , la poule d'eau , le héron, l'épervier, la corneille, l'alcyon, le merle , le milan , le hibou , le moineau, dont il y a une espèce assez jolie et qui chante agréablement ; les perroquets cris , les perruches vertes, le martin-pecheur, les pigeons de différentes espèces, le rabo-de-junco (phaêton ethereus), et la tourterelle, qui a donné son nom à l'Ile dos Bôlas, au sud de Saint-Thomas.

Les grandes forêts de ces Iles ne paraissent pas servir de refuge à des animaux féroces ; mais dans la partie orientale de Saint-Thomas, on trouve un terrible serpent appelé Cobra negra , dont la morsure amène une mort instantanée : il a 12 à 15 palmes de Ions , est d'une vitesse extrême , et brille comme l'acier; sa tête, assez semblable à celle d'un canard ? est accompagnée de caroncules écartâtes ; et il a le cou jaune. Les lézards et les crapauds abondent, ainsi que les grenouilles, et même la tortue d*eau douce. Les plages maritimes sont fréquentées par de nombreuses tortues de mer, dont l'écaillé pourrait fournir un article de commerce important si elle était plus belle.

Les insectes sont aussi nombreux ,

aussi incommodes ici que dans toute ta zone intertropicale; les mousquites, les cousins , les mouches, y sont également insupportables; les fourmis, les blattes, les termites, également nuisibles. Les montagnes sont remplies de crabes de terre, qui se mangent en ragoût , et de crabes appelés bicho dopào (ver de pain) dont se nourrissent les vagabonds.

La mer ambiante est féconde en poissons de toutes sortes; ceux que Ton y pèche en plus grande abondance sont le thon , le bagre . le congre, la dorade, le maquereau, la lamproie, le pagre, le merlan, la raie, le saumon , l'alose, etc., tous en telle abondance , que les baies et les criques en sont remplies, et qu'une chaloupe, avec six hommes, peut, en quelques heures, prendre cinq à six quintaux de poisson. Toutefois cette pèche ne laisse pas que d'avoir ses dangers ; car les pécheurs sont attaqués assez souvent par d'énormes requins dont la voracité dépasse toute idée. Les eaux du golfe nourrissent en outre, dit-on, beaucoup de baleines et de baleineaux , ainsi que des marteaux, des poissonschaudron {caldeirôes), des thons; et Ton y voit aussi des phoques.

Population générale de l'archipel de Guinée.

Lors de la découverte de l'archipel de Guinée, au quinzième siècle, la seule de ces iles qui fût peuplée était celle de Fernan-do-Pô; des indigènes venus du continent voisin s'en étaient emparés.

Les trois autres furent colonisées par les Portugais, ainsi qu'on le verra plus loin.

I Les éléments nous manquent pour

déterminer le chiffre total de cette population. Si les données statistiques publiées sur les fies de Saint-Thomas et du Prince nous fournissent des évaluations assez précises , nous n'avons en réalité, pour Annobon et Fernan-do- Pô, que des appréciations tout à fait conjecturales, les voyageurs qui ont porté leur attention sur ce sujet, supposent que Fernan-do-Pô peut avoir de 12 000 à 15 000 habitants ; en 1844 ,

Saint-Thomas en avait 8 160, et l'île du Prince 4 584 ; une estimation assez récente donne 3 000 âmes à Annobon.

En additionnant tous ces chiffres , on obtient pour la population totale le nombre de 28 000 à 30 000 âmes, d'où il résulterait en moyenne 30 à 32 habitants par mille carré. •> s j

Division géographique.

L'archipel de Guinée ne présente d'autre division générale qu'une distinction politique, résultant d'événements qui ont donné deux des lies à l'Espagne et laissé les deux autres au Portugal , gui pendant près de trois siècles avait été le maître exclusif de toutes les quatre. On a donc aujourd'hui, d'une part, au centre, les Passessions portugaises , comprenant les deux îles de Saint-Thomas et du Prince, et, d'autre part, les Possessions espagnoles, formées des deux îles extrêmes de Fernan-do-Pô et Annobon.

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