L'ÎLE DU PH1NCB
Nom, situation, aspect; nature du toi; ports et mouitlages.
L'Ile du Prince, en portugais ilka do Principe, est à 100 milles au sudouest de celle de Fernan-do-Pô , et à 73 milles au non)-est de Saint-Thomas. Elle s'étend entre 1° 31' 30" | {Ponta do Pico Negro), et 1° 41' 80" [Ponta da Cascalheira) de latitude nord , et entre 5° 4' 15" ( Ponta dos Agulhas\ et 5° 1 Y 37" (Ponta Garça) de longitude à l'fest de Paris. Sa forme est, en gros, celle d'un rectangle de 9 milles et demi de longueur, du nord au sud , sur 5 milles de largeur moyenne d'ouest en est.
Autour d'elle se remarquent divers îlots, tous très-petits, tels que les deux iiheos dos Mosteiros , à un mille au nord-est, et celui de San ta- Anna, tout près du rivage, dans un renfoncement de la cote orientale ; dans l'ouest, la Pedra dos Agulhas , à un quart de raille de la pointe de même nom ; dans le sud, Yil/ieo do Portinho , tout près de la côte; puis Vilheo Caroço, à 2 milles au sud-est de la pointe do PicoNegro; et enfin les trois Pedras tmkosms * è une douzaine de milles dans le sud-sud-ouest.
Elle ne présente , au nord , que de simples collines , d'où s'échappent les ruisseaux des plaines voisines ; sa par* tic méridionale, au contraire, est couverte de montagnes rapides surmontées d'une aiguille de granit, dont l'extrémité recourbée en bec de perroquet, lui a valu le nom de pico do Papagoio.
Ces montagnes sont couvertes de forêts épaisses, et de leurs flancs ombreux descendent des ruisseaux sans nombre.
Le sol consiste, dans quelques en* droits, en une terre noire mêlée de gravier et d'un peu de sable, assez fer* Mie ; mais en beaucoup d'autres eûi droits , il se refuse à peu près à toute culture ; c'est une argile très-fine et si compacte, qu'elle est absolument Un»
perméable à l'eau.
Ailleurs on reconnaît les vestige* d'un volcan éteint, et sur un très* grand nombre de points, de vastes; espaces sont couverts de pierres voK çaniques, dont on se sert beaucoup pour construire des murs.
L'île du Prince possède deux bons ports, outre plusieurs mouillages. AU nord-est, entre la pointe do Capitâo et celle de la Praia salgada (plage salée), s'ouvre la vaste baie de Santo- Antonio, où l'on trouve depuis 5 ius?
qu'à 17 brasses d'eau, par un fond de sable un; le chef-lieu de l'île et de toute la province est assis à l'extrémité.
L'autre port, plus vaste , plus commode , le plus fréquenté par les bâti* méats qui veulent seulement faire de l'eau , est celui de la Praia grande * appelé communément BaMa dos Agu* lhas, à cause du voisinage de la point* de ce nom. Cette baie s'ouvre entre le Pico Padrim, au nord-est, et le. Focinho do Câo (museau de chien), au sud-est; elle a 2 milles de profondeur, et l'on y trouve depuis 7 jusqu'à 16 brasses , fond de sable un , à l'abri de tous les vents , même des vents du nord, qui soufflent rarement, mais avec une grande violence, dans ces parages. Elle est d'ailleurs assez vaste pour recevoir les plus grandes escadres ; la rive en est saine, et partout on peut y débarquer avec facilité. U est a regretter que l'on n'ait pas choisi» pour y asseoir le chef-lieu* cette position, où Ton ne voit que quelques misérables huttes , et qui est le point le plus salubre de tonte l'île.
Description du chef-lieu de File du Prince.
La ville de Santo-Antonio , placée, comme nous l'avons dit , au tond de la baie à laquejle e)le a <)onoé son
L'UNIVERS
nom, s'étend sur le rivage, entre deux rivières, le rio dos Frades (la rivière des frères) au nord-ouest , et le rio do Papagaio (la rivière du Perroquet) au sud-est , qui coulent parallèlement l'une à l'autre sur les dernières pentes des montagnes du centre. Voici la description que nous fait de cette cité, un voyageur français, M. Menu-Dessables , chirurgien de la marine employé en Afrique : « Les fondateurs de la ville de Sant' Antonio , dit-il, ont plus considéré, en l'édifiant, la commodité que la salubrité de l'em-
«accraent qu'ils ont choisi. Élevée à extrémité d'une baie profonde , dans une plaine boueuse , entourée de deux larges ruisseaux que la mer fait souvent refluer jusque dans ses rues , et abritée par de hautes montagnes couvertes de bois, cette ville est tellement humide, que ses habitants ont été contraints de construire leurs maisons sur pilotis. Le rez-de-chaussée, formé de l'assemblage de ces pieux soutenant l'édifice , sert d'abri et de logement aux animaux domestiques , depuis le cheval, la vache, les chèvres et l'âne, jusqu'aux poules , aux canards et aux porcs. Toutes ces maisons sont en planches, fort sales, tombent en • ruine, et ont un aspect repoussant. Si les plus simples notions d'hygiène sont inconnues dans cette ville cloaque, en retour, à chaque coin de rue, on trouve une église en pierre, et les cérémonies d'un catholicisme grimacier à chaque pas : il ne "se passe guère de jours a Sant' Antâo sans que des 'processions défilent dans les rues, escortées de la milice, tambours en tête.
Presque tous les ecclésiastiques et leurs affldés sont des mulâtres ou des nègres ; et les six églises (la ville n'en compte pas moins), dépourvues de tout autre ornement que d'un Christ monstrueux suspendu devant le chœur, sont toujours remplies de négresses vêtues de blanc , dans la posture de l'adoration / mais riant et caquetant à qui mieux mieux , sans respect pour l'enceinte sacrée , dont le pourtour extérieur, véritable ossuaire, étale à tous les yeux les erânes étroits des habitants
de cet Eldorado. » Le gouverneur Xavier de Brito écrivait, le 1er octobre 1827, dans un document officiel :
« Il n'y a à Santo-Antonto, capitale de ce gouvernement, ni hôtel pour les gouverneurs, qui demeurent dans une pauvre et triste maison à loyer; ni hôtel de ville , ni hôpital, ni quai , ni quartier pour les soldats , ni prison civile; à peine y a-MÏ un mauvais corps de garde , près d'une petite et incommode maison qui sert de douane; on y compte six ou sept églises trèspetites , ruinées, misérablement décorées, dont trois appartiennent à l'État, et les autres à différentes confréries. » La population totale de l'île du Prince est de 624 feux , ou de 4 584 habitants , ainsi distribués :
80 hommes.
58 femmes.
476 hommes.
646 femmes.
1 851 hommes.
1 473 femmes.
Blancs et mu- «00
lâtres 138
Noirs libres.. 1 122
Esclaves s 324
Total.
2 407 hommes.
2 177 femmes.
On peut regarder ces chiffres comme s'appliquent , pour la majeure partie , sinon pour le tout, à la ville de Santo- Antomo , car la population de l'île est à peu près toute réunie sur ce point ; aucun autre Heu ne mérite le nom même de village.
Cultures et commerce de file du Prince.
On voit dans les environs du cheflieu, et au voisinage de quelques points de la côte peu éloignés, des fermes appartenant les unes à des propriétaires qui les font cultiver par des esclaves, d'autres plus petites , et que l'on pourrait appeler simplement jardins , on des blancs et des mulâtres , moins riches , et des noirs libres, cultivent du mais, du manioc, des légumes, des ignames et des fruits, dont ils approvisionnent le marché. Les grandes habitations avec leurs maisons de maître, leur chapelle et leurs dépendances , entourées des modestes
ànrnires des petits cultivateurs , ressemblent à de véritables hameaux.
Les chemins qui forment la corn* munication entre la ville et ces établissements agricoles, sont les plus mauvais qui se puissent voir; les monter par un temps de pluie est une véritable témérité, et les descendre à cheval en certaines occasions passe pour une folie : et cependant hommes et animaux passent à travers ces précipices avec une merveilleuse aisance, tant l'habitude les a aguerris. Ces chemins, du reste, paraissent suffire aux besoins du pays, qui n'a d'autre commerce intérieur que la vente , sur le marché de Santo-Antonio , des produits ruraux de la banlieue.
Des fies de l'archipel de Guinée, la mieux cultivée est celle du Prince, non-seulement parce que les propriétaires les plus riches et les plus industrieux y résident, mais parce qu'elle a aussi un plus grand nombre de bras , la population y étant proportionnellement plus forte, et le nombre effectif des esclaves beaucoup plus considérable; mais comme elle est petite, et peu fertile en certaines parties , ses produits sont, en définitive, peu considérables.
Moins favorisée de ce côté que Saint-Thomas , elle lui est supérieure par le mouvement de son commerce extérieur; ses négociants sont plus nombreux et plus riches; ses ports sont meilleurs, plus voisins du continent africain, et en position, par conséquent, d'être mieux approvisionnés.
Aussi a-t-elle toujours été , depuis le commencement dû dix-septième siècle, le principal entrepôt du commerce de l'Europe et de l'Amérique avec la côte africaine qui s'étend sur les golfes de Bénin et des Mafras , et avec l'Ile Saint-Thomas. Ces relations diminuèrent singulièrement par suite de l'abolition de la traite, et surtout depuis la séparation du Brésil. Il fallut donner un nouveau cours aux capitaux , apprendre à ceux qui les possèdent que Ton peut trouver en ces parages de l'or, de l'ivoire , des cuirs , de l'huile de palme , de la cire, de la gomme,
des bois, éléments d'un commerce plus commode et plus sûr; et que l'Ile du Prince est naturellement appelée à devenir l'entrepôt de ce* précieuses marchandises , comme elle fut jadis celui des cargaisons de chair humaine.