‹ Iles de l'AfriqueChapitre 49 sur 82 · SAINT-THOMAS · texte numérisé non relu

SAINT-THOMAS

Nom, situation, et dépendances de Vile Saint-Thomas.

L'île de Saint-Thomas , en portugais Sâo Thomé , est située à 73 milles au sud-ouest de l'île du Prince et à 105 milles au nord-est de celle d'Annobon. Elle est comprise entre 0" 2* et 0° SC de latitude nord , 4# 22> et 4° 31' de longitude à Test du méridien de Paris. Elle a 28 milles dans sa plus grande longueur, mesurée depuis la pointe Figo, la pointe du Morro carregado, ou celle du Morro peixe, rangées toutes trois sur une même ligne au nord, jusqu'à la pointe da Balëa au sud ; et 19 milles dans sa plus grande largeur, mesurée de la pointe Furada à l'ouest, à la pointe do Prayâo à Test. La superficie est de 270 milles carrés, ou à peu près 92 900 hectares ; le développement total des côtes est de 75 à 80 milles.

Autour sont disséminés plusieurs Ilots : d'abord, au nord-est, Vilheo das Cabras (Ilot des Chèvres), à un mille et demi de la côte; à Test, celui de Sauta- Anna, à un demi-mille de la pointe de même nom ; au sud , Yilheo das Rôlas (ilôt des Tourterelles) ; et en remontant la côte ouest, Yilheo Macaco, le petit groupe des trois ilheos Gabado , Formoso et de Sâo Miguel, Vilheo de Joanna de Souza , enfin Vilheo Coco, tous ces derniers dans un voisinage presque immédiat de la côte.

L'îlot das Rôlas, placé sous l'éguateur même, est séparé de l'tle principale par un canal de 2 milles et demi de large, avec 10 brasses d'eau. Cet tiot, plus considérable que tous les autres, n'a cependant qu'un mille carré de superficie ; c'est une terre élevée , couverte de palmiers , de cocotiers et d'autres grands arbres; au nord la

tu

L'UNIVERS

plefte est d'un accès facile. Dans une vallée contiguë, se trouvent deux sources communiquant sans doute par des ▼oies souterraines avec la mer, dont elles répètent tous les mouvements. Il n'y existe pas d'autre eau douce, et les porcs, les chèvres, les poules, les tourterelles et autres oiseaux qui peuplent cet flot, ne boivent que celle des pluies, tombée dans les creux des rochers. Un seul homme habitait, il y a trente ans, l'îlot das Rôlas; on ignore s'il vit encore.

Description du sol.

L'Ile de Saint-Thomas est généralement montagneuse. Vers la côte oc* cidentale surgit un pic très-élevé, couvert d'arbres touffus si nombreux et si denses, qu'on ne peut le gravir, par un chemin escarpé et tortueux, qu'au prix de peines infinies. La cime en est couverte d'une neige épaisse qui résiste à toutes les ardeurs du soleil équinoxial ; et de toutes les parties de la montagne descendent vers la mer des ruisseaux considérables. Ce pic n'est pas le seul qui domine la masse générale de l'île : à moins d'une lieue dans l'est se dresse la cime pyramidale du pic d'Anna de Chaves , haut de plus de 2000 mètres. De ce massif central se détachent deux chaînons élevés , l'un courant à l'est vers la haie de Mecia Alves , où il 6e termine en précipices , l'autre projetant au suc) -est le pic de Maria Fernandez et le pic Mocondom, puis tournant au sud-ouest , jalonné par les cimes de Cào grande , Câo pequeno , Ponta prêta, et le pic aigu de la Praia Lança, qui sans doute lui doit son nom.

La partie septentrionale de l'île présente une vaste et fertile plaine, arrosée par une multitude de ruisseaux, et coupée en deux par un troisième chaînon , qui court au nord , en simples collines onduleuses. Une autre plaine plus petite se développe, au sud-ouest, à la base d'un amphithéâtre de montagnes, autour de cette flexion du rivage appelée baie da Praya Lança.

De grandes et fécondes vallées pénètrent 4>iWeurs au win des terres éle-

vées , et des eaux abondantes surgissent de toutes parts , pour rendre au sol l'humidité que lui enlève l'action incessante des rayons solaires.

Les côtes présentent un assez grand nombre de petites baies et danses d'un facile accès pour les chaloupes , les balandres, et autres embarcations de petit tonnage; c'est par là que se font la plupart des communications et des transports. Mais les grands navires n'y trouvent que deux ports, l'un è la baie d'Anna de Chaves , an fond de laquelle est bâtie la ville de Sào îhomé; l'autre à la baie de Sâo-Joâo, tous deux sur la côte orientale; et quatre mouillages, savoir, celui de 1 ilheo das Cabras, au nord-est, le plus fréquenté de tous ; ceux de la Praia das Conchas , et de l'Agoa Ambô, au nord ; et celui de la baie Sainte-Catherine, à l'ouest.

Description du chef- lieu de t{k Saint- Thomas.

La ville de {Saint-Thomas (a cidade de Sâo Thomé), cbef-lieu de l'Ile, et ancienne capitale de toute la province, est située par 0°22'30" de latitude nord, et 4° 28' 32" de longitude à l'est de Paris, au fond de la baie d'Anna de Chaves. Elle s'étend, en forme d'arc, sur un mille et demi de long et un demi-mille de large. L'aspect en est gai et agréable. Les rues en sont larges, propres, bien percées, et formées par environ 900 maisons, presque toutes de bois (mal travaillé, mais bon et fort), et couvertes en tuiles apportées de l'île du Prince. Au-dessus de leur masse confuse, s'élancent les clochers de nombreuses églises, dont quelquesunes, construites en pierre, sont grandes et riches, telles que la cathédrale (a Se), la Conception, la Miséricorde, Saint-Augustin, Saint-Antoine. On y remarque aussi l'antique résidence des gouverneurs, édifice de pierre, vaste, commode, et même empreint d'une certaine majesté; la prison civile , qui est aussi en pierre; et bien construite; l'hôtel de ville (casa de Camara), élevé depuis une vingtaine d'années; et la dooaae, près de

lagpejb* op avait commencé un quai , resté inachevé faute oe fongs. Eji dehors 4? k vi(Jp> sut une petite éroinence, est l'église de la Madré de Dm. Il se tjeot chaque jour dans la ville un marché où Ton trouve des poules , des ignames , des légumes , des herbacés , des fruits, du se), de l'huile de palme , ainsi qu'une grande variété d'excellent poisson. Dans des boutiques d'assez pauvre apparence , mais propres, on met en vente des ustensiles , des meubles , des objets de toilette , des comestibles , des vins , de l'eau-de-vie, et d'autres articles apportés par les navires européens et américains, mais surtout par Ces derniers.

La plaine voisine est verdoyante , , surtout vers le nord , au pied du fort Sào José, au-delà duquel s'étendent alternativement des pâturages, des champs cultivés et des habitations.

"~ Sous la ville, au midi, est un grand marais que les pluies transforment en un lac, où viennent s'accumuler mille débris animaux et végétaux , qui ne tardent pas à exhaler les miasmes les plus infects, auxquels se joignent ceqx de deux autres marais , l'un au suqouest, en un lieu appelé ArraycU, l'autre à l'ouest, près de la pointe Locume ; et par une fatalité déplorable, les vents du nord et de l'est, qui I pourraient chasser cet air vicié , sont ceux qui y soufflent le plus rarement : | aussi le climat de cette ville est-il i d'une insalubrité telle, qu'on pourrait dire que la fièvre y est en permanence ; insalubrité dont il faut aussi accuser en partie l'insouciance de l'administration, qui pourrait la faire disparaître à toujours, au moyen de travaux faciles et peu coûteux qu'elle n'a pas le courage d'entreprendre.

L'eau y est heureusement bonne ; un ruisseau appelé Agua grande* que Ton passe sur un pont de grosses poutres , la traverse et lui apporte une onde si légère et si douce, qu'on la donne à boire aux malades, et que son excellence est devenue proverbiale dans le pays: « Sans elle, «disent les habitants , « on ne pourrait vivre à, Saint-Thomas. * Ce sera toujours pour

elle, en effet, un avantage inestimable tant que ses marais ne seront pas deijséchés , que ses campagnes ne retrouveront pas jeur brillante culture des temps passes , que ses rues , brûlpts par un ciel ardent, ne seront pas plantées d'arbres.

La population totale de la ville est de 986 feux et 4 476 habitants, réparfis en deux paroisses, savoir, la cathédrale, ou Notre-Dame de Grâce, qui comprend 460 feux et 2 171 habitants , et Notre-Dame de la Conception , qui renferme $36 feux et 2 30^ habitants.

Diverses bourgades de ttle Saint- Thomas.

A 5 milles au nord-ouest de la ville de Saint-Thomas, dans une plaine environnée de collines d'une hauteur moyenne, et dans une position riante, est la bourgade de Nossa Senhora da Guadalupe, gui ne compte que 48 feux, ou 257 habitants, tous laboureurs.

Plus petit encore est le hameau da Magdakna, qui n'a que 10 feux avec 156 habitants, la plupart vagabonds et paresseux, ainsi que le prouve assez l'aspect désert des alentours. Le même reproche doit s'adresser à une partie au moins des habitants de la bour-

§ade de Santo-Amaro^ et à beaucoup e ceux de la trindade, bien qu'il y ait dans ces deux localités nombre de belles habitations et de grandes cultures. Santo-Amaro compte en total 96 feux et 429 habitants; mais à la Trindade un peu plus (Tune trentaine de maisons donnent abri à 1 518 individus, dontuu tiers à peine s'adonne au travail des champs ; les deux autres végètent, comptant sur (a Providence, comme les moineaux et les milans.

Cette ville de la Trindade est la princi-

{>ale de l'Ile, après Sai nt-Thomas, et c'est à que réside le commandant du bataillon des milices urbaines* sans qu'elle ait pour cela des privilèges municipaux plus étendus que les autres; car elles relèvent toutes sans exception du conseil municipal de Saint «Thomas, chacune d'elles ayant à peine un chef de pojice, avec le titre 4e commandanty h

la nomination da gouverneur. Les quatre bourgades dont i! vient d'être question sont dans l'intérieur des termes et dans un rayon de 10 milles autour du chef-lieu.

lie bourg de Santa- Anna en est aussi à 6 milles dans le sud-sudouest, sur la côte vis-à-vis de l'îlot du même nom, ayant au midi les montagnes occupées par les demibarbares appelés Angolares, dont le principal heu d'habitation, Santa- Cruz, est placé comme un nid d'ai-

5 les surune hauteur à plus de 12 milles e distance, mais compris dans la même paroisse, qui compte en tout 156 feux avec 1 250 individus. Nossa Senhoradas Neves(R.-I). des Neiges) est située près de la Ponta Figo, et embrasse dans son district toute la population du nord-ouest de l'île, occupant 34 maisons et comptant 89 individus, tous gens de travail.

Population de Vile Saint-Thomas.

L'ensemble de la population de ces huit paroisses s'élève a 1 432 feux et 8 169 individus, qui se classent, au point de vue social, de la manière suivante :

Blancs et mu- ) |33 hommes,

lâtres 47 j 14 femmes.

2 851 hommes.

3 081 femmes.

Noirs libres* 6 932 ]

Esclaves.... 2 190

] 1 051 hommes.

! 1 139 femmes.

Total .

8 935 hommes.

4 234 femmes.

L'île de Saint-Thomas possède l'un des sols les plus fertiles de l'univers, sol qui n'a jamais besoin d'engrais, sans cesse baigné d'eaux abondantes, abrité par des arbres touffus, et dans la position la plus favorable pour l'acclimatation des plantes précieuses des régions équatoriales. Mais on ne tire aucun parti de si grands avantages naturels, par suite du manque de bras et de capitaux. L'abolition de la traite laisse vieillir et s'éteindre sans reproduction suffisante la population esclave. On a proposé, pour y suppléer, d'envoyer dans cette colonie les con-

damnés des diverses possessions portugaises d'outre-mer , même de Goa, ainsi que les noirs de traite enlevés aux négriers du golfe de Guinée ; mais la métropole jouit-elle d'un état assez tranquille pour s'occuper fructueusement de ces questions ? En attendant, toutes les habitations domaniales dépérissent, aussi bien que celles dont les propriétaires sont en Europe ; celles-là seules se soutiennent, qui sont régies sous l'œil attentif du maître.

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