II. HISTOIRE
Découverte et colonisation des quatre lies; développement de leu?m pros* petite.
A sa mort, l'infant dom Henri laisx sait à l'infant dom Fernando, son neveu et son fils adoptif , la possession de ses terres et seigneuries; et à son autre neveu le roi Alfonse V, la pour suite de ses vastes projets de décou verte et de navigation jusqu'aux Indes orientales: entreprise en effet biei digne d'un monarque. Mais Alfonse V plutôt guerrier que savant, occupé d< ses conquêtes en Mauritanie, et d ses guerres avec la Castille , empéclv
par les dissensions intestines et les intrigues de cour, ne put songer à pourvoir directement lui-même à la réalisation des vœux de son oncle; et il prit le parti d'affermer pour cinq ans, à un citoyen honorable de Lisbonne, Fernam Gomes, par contrat du mois de novembre 1469 , le privilège du commerce d'Afrique, à raison de MO 000 reis par an, à la condition que, dans chacune des cinq années , il serait obligé de découvrir au moins cent lieues de côtes, de manière qu'au terme de son contrat il y eût cinq cents lieues de découvertes au delà de Serra -Lioa, où s'étaient arrêtés Pedro de Cintra et Sœiro da Costa , les deux derniers découvreurs avant la signature du contrat.
Fernam Gomes, encouragé par l'espoir d'un gain considérable , soutenu par le prince dom Joào, qui prenait déjà un intérêt tout particulier à ces entreprises, déploya une activité couronnée d'un si heureux succès, que, sous le règne d'Alfonse, il avait déjà découvert non-seulement le pays de la Mine, mais encore toute la cote jos- Qu'aa cap de Sainte - Catherine , près de deux degrés au delà de J'équateur.
Mais les écrivains contemporains, Go* mcs-Eannes de Zurara et Ruy de Pina , attentifs ( c'est M. Lopes de lima oui en fait l'observation) à flatter les inclinations du monarque en écrivant ses faits d'armes» tinrent à peine compte de ces découvertes mercantiles; et telle est la cause du doute qui enveloppe encore aujourd'hui la date exacte de la découverte des îles de San- Thmé, Principe* Fernam-do-Pô et Anno-bom. Cependant il est généralement reçu , et avec assez de probabilité, que 'Jean de Santarem et Pero de Escobar, tous deux gentilshommes de la maison du roi , qui en 1470 furent à la découverte de la côte jusqu'au cap des Palmes, au compte de Fernam Gomes, ayant pour pilotes Martin Fernandes, de Lisbonne, et Alvaro Esteves de Lagos, après avoir lutté contre les calmes, les brises du sud, et les courants du nord, très -communs dans le golfe de Guinée, coururent tout
le royaume de Bénin; et le 21 décembre, jour de l'apôtre saint Thomas, avisèrent une Ile haute, grande et boisée, à laquelle ils donnèrent le nom du saint apôtre; que, bientôt après, le 1er janvier 1471, ils en aperçurent une autre plus petite, qu'ils appelèrent do Anno-bom , parce que cela leur parut de bon augure pour l'année qui commençait. Et elle fut bonne en vérité, car dans le même mois ils découvrirent le premier marché d'or, à l'aidée de Sama près de la rivière de Saint- Jean, sur la côte de la Mine au delà du cap desTrois-Pointes, où les courants et les brises du sud les entraînèrent quand ils venaient de reconnaître la terre ferme au cap de Lopo Gonçalves.
Ce fut dans ce même voyage qu'ils découvrirent l'Ile du Prince; on ignore au juste quel jour, mais il est probable que ce fut le 17 de janvier, jour de saint Antoine, attendu qu'ils lui donnèrent le nom d'Ile de Saint-Antoine, au'elle a changé depuis pour celui d'île u Prince, lorsque l'impôt produit par ses sucreries devint l'apanage du fils aîné du roi. Quant à Y/lha Formosa (Belle-Ile) , découverte par Fernam-do- Pô, et qui reçut plus tard le nom de ce gentilhomme, il est à croire, vu sa position dans le fond du golfe, qu'elle ne fut découverte que vers 14K6, époque de la reconnaissance du pays de Bénin par Jean-Alfonse d'Aveiro.
Le roi Jean II, successeur d'Alfonse V, donna une impulsion plus directe aux tentatives de découvertes et de colonisation des Portugais : la fondation du fort Saint-George de la Mine, la découverte du Congo , le passage fortuit du cap de Bonne • Espérance par Barthélémy Diaz, l'exploration de la rivière de Bénin, signalèrent glorieusement son règne. Un gentilhomme de sa maison, Jean de Paiva, offrit d'aller , avec ses parents et ses amis , coloniser l'Ile de Saint-Thomas; sa proposition fut acceptée ; et la capitainie de l'Ile lui lut conférée par lettres du 24 septembre 1485, avec de grands privilèges et exemptions pour ceux qui l'accompagneraient. Saint-
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Thomas fut occupé en conséquence, et ses habitants reçurent , dès le 16 décembre de la même année, leur première charte d'institution municipale, avec le droit de commercer dans les cinq fleuves situés à Test de la Mine ; Paiva lui-même obtint , le 11 janvier suivant , concession héréditaire d'une moitié de l'île, à son choix; enfin, des lettres du 14 mars i486 confirmèrent cette concession en faveur de sa fille Mecia et de l'époux qu'elle choisirait; il est probable que cet époux porta le nom a'Alves, et que de la est venu celui d'singra de Mecia Afoes, donné à la petite anse qui est à deux milles au sud-ouest de l'îlot de San ta- Anna.
Jean de Paiva ne put résister longtemps à l'insalubrité du climat; et le 8 février 1490 la capitainie de Saint- Thomas rut donnée par le roi Jean II à un autre de ses gentilshommes, Jean Pereira, en récompense des services qu'il avait rendus sur les lieux.
Celui-ci mourut au bout de trois ans, et des lettres du 39 juillet 1493 lui donnèrent pour successeur le chevalier Alvaro de Caminha, avec attribution d'une pension annuelle de 1 00 000 reis (environ 600 francs) ; le 20 novembre suivant, fut conféré au, nouveau capitaine le titre d'alcaide mér% ou commandant de la forteresse à construire dans l'tie; et des lettres du 8 décembre l'investirent de toute la juridiction civile et criminelle, jusqu'à mort d'homme et mutilation de membres exclusivement. On prenait en même temps des mesures efficaces pour donner l'essor à l'établissement naissant : on livra à Alvaro de Caminha les enfants juifs que l'on avait séparés de leurs familles pour les baptiser, et beaucoup de condamnés qui allaient subir leur peine à Saint -Thomas, afin de peupler ainsi l'île de petites gens; u lui était ordonné de donner « à chacun une esclave pour la « posséder et s'en servir dans le but « principal d'augmenter la popula- « tion. » Le privilège du commerce fut étendu « à toute Ta terre ferme jus- « qu'au Rio-Real, à l'île de Feman-do- « PÔ, et à toute la côte du Manicongo,
« du Poivre et îles Esclaves », à la réserve cependant des lieux où se trouvait l'or.
Là colonie fondée par Jean de Paiva ne consistait jusqu'alors qu'en un petit nombre de baraques de maigre Erence sur la plage d'Anna-Ambo, de la Ponta-Figo, au nord de 111e.
à son arrivée, Alvaro Je Caminha, reconnaissant les avantages de la baie
3ui a reçu plus tard le nom àxAnna Se Chaves , y transféra la povoacam ou bourgade; il v bâtit immédiatement l'église paroissiale, et poussa activement le défrichement et la culture des terres; on y planta des eannes à sucre apportées de Madère , et le nombre des sucreries devint considérable.
Après six années d'une administration active et féconde , Alvaro de Caminha mourut; et le 1 1 décembre 1499 le roi Emmanoel concéda la capitainie héréditaire à un autre gentilhomme de sa maison, Fernand de Mello, dont il éleva la juridiction , par lettres du 4 janvier 1500, jusqu'à la peine de mort inclusivement, sous l'obligation de s'adjoindre deux auditeurs pour le jugement des causes; lui accordant d'ailleurs le pouvoir de nommer à tous les emplois de justice et de finances. Par de nouvelles lettres du 30 mars suivant, les habitants de Saint «Thomas furent exemptés des droits d'entrée et de sortie sur les marchandises qu'ils importeraient en Portugal , ou qu'ils en exporteraient.
L'île du Prince fut l'objet de dispositions analogues; par lettres du 18 mars 1500, elle fut concédée à titre de fief héréditaire au noble Antoine Carneiro seigneur de Vimieiro , qui fut en même temps nommé alcaïde môr, et investi de tous les droits de juridiction civile et criminelle conférés à Fernand de Mello sur Saint-Thomas ; les habitants reçurent, à la même date, une charte municipale en tout semblable à celle qui avait été donnée en 1498 à Saint -Thomas; l'exemption des droits de sortie sur les marchandises exportées de la métropole leur fut accordée le 90 août 1500, et celle
des droits d'entrée sur les marchandises importées, le 24 mars 1505.
L'île d' Annobon eut son lour, et par lettres royales du 16 octobre 1608 die fut concédée aussi à titre de fief héréditaire à George de Mello , qui se déchargea du soin de la peupler sur Baltnazar d' Alraeida, habitant aeSaint- Thoinas; mais elle demeura eneort longtemps inhabitée.
Jean de Mello succéda à Fernand dans la possession de Saint •Thomas; ayant commis à Lisbonne des méfaits condamnables, qui le forcèrent à par* tir furtivement pour la Guinée, et n'ayant pas craint de s'emparer , sur sa route, d'un bâtiment de l'État, il fut mis en jugement, et, par un arrêt du 19 décembre 1622, déporté à vie dans nie du Prince, et ses biens confisqués, ce qui fit rentrer 111e de Saint- Thomas sous l'autorité directe de le couronne. Le développement de la colonie fut de plus en plus favorisé; le chef-lieu, érigé en siège épiscopal, reçut officiellement le titre de cité par fettres patentes du 22 avril 1586; et les gens de couleur , issus des blanes et de leurs anciennes compagnes nègres, déjà confirmés dans la possession inaliénable de leur liberté , furent déclarés , par décret royal du 29 janvier 1589, aptes à remplir les charges municipales. : bien plus, les habitants de la cité sic Saint-Thomas obtinrent le privilège eierbitant de ne pouvoir être arrêtés qu'en cas de meurtre.
Grâce à ces mesures bienveillantes, la colonie prospéra d'une manière remarquable : le pilote portugais anonyme, auteur du voyage de Lisbonne à Saint-Thomas dont la relation a été imprimée en 1550 dans la précieuse collection de Ramusio , nous donne à ce sujet de curieux détails. La ville comptait de six à sept cents feux, c'està-dire., environ 8 000 habitants; il y avait beaucoup de marchands portugais , espagnols , français . génois ; et tous les étrangers étaient généralement bien accueillis; tous avaient femmes et enfants, ceux d'entre eux oui perdaient leurs femmes blanches ne eraignant pas d'en prendre de noires
dans le pays. Llle produisait plus de 160 000 arrobes (8800000 kilogrammes) de sucre , ainsi qu'on le pouvait déduire du montant de la dîme payée au roi, et montant de 12 000 à 14 000 arrobes (70 000 à 80 000 kilogrammes), beaucoup de gens ne la payant point intégralement. Il y avait soixante moulins à sucre mus par des courants d'eau, et beaucoup d'autres où , à défaut d'eau, on employait les bras des nègres ou des manèges de chevaux.
L'île du Prince, également peuplée et cultivée, rapportait, sur les sucres qu'elle produisait, un impôt spécialement attribué au prince royal de Portugal, et c'est de cette circonstance qu'elle tirait son nom, La pierreuse Annobon était toujours inhabitée; seulement les colons de Saint-Thomas y allaient continuellement fajre la pèche,, fort abondante en cet endroit. Il n'était encore fait aucune mention de Fernan-do-PÔ.
Enfin un établissement fut entrepris à Annobon sous le règne de <tom Sébastien; Balthazar d'Almeida étant mort , Louis d'Almeida , son neveu , acheta de George de Mello, moyennant 400000reis (2 400 francs) les droits qui avaient été concédés à celui-ci ; et il transporta immédiatement dans son nouveau domaine quelques colons blancs et mulâtres, avec nombre d'esclaves pour défricher et cultiver les terres; il éleva une église sous Pin vocation de Noi$a*Senhora daConceicâo (N.-D. de la Conception) , et la dota d'un majorât expressément institué è Saint-Thomas sur la terre das Laranjeiras (des Orangers), pour entretenir perpétuellement un prêtre chargé de dire la messe , de catéchiser les habitants, de conserver toujours en bon état l'église avec ses ornements, vases sacrés, habits sacerdotaux , nappes d'autel , et autres objets nécessaires au culte divin. La colonie se développa , et deux centres de population se formèrent, l'un au nordest, qui devint le chef-lieu de l'île?, sous le nom de Santo- Antonio da Praia; l'autre au sud, appelé Sâo-Pedro; outre quelques hameaux épars,
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et jusqu'à neuf églises ou chapelles.
On essaya d'introduire diverses espèces de bétail, qui ne réussirent point, sauf 1rs chèvres et quelques porcs , et des oiseaux domestiques qui multiplièrent considérablement. On planta du ma* nioc et du coton , et Ton établit ultérieurement des métiers pour le tissage des toiles, unique produit industriel du pays.
Quant à Fernan-do-Pô, occupée par une population indigène, nombreuse, farouche et brave, on ne pouvait songer à la transformer en une colonie à cultures; le plus sage était d'y établir un comptoir pour commercer avec les naturels, et c'est à quoi l'on se borna.
Vicissitudes et décadence de la colonie portugaise.
Mais la prospérité de ces îles eut beaucoup à souffrir des actes fréquents de piraterie qu'exerçaient en ces parages des aventuriers "français et anglais, peu soucieux de violer la
Iiaix et les traités qui unissaient alors e Portugal à leur patrie ; l'audace de ces écumeurs de mer ou flibustiers, qu'aucun pouvoir n'eût réussi à maîtriser, allait croissant à mesure que déclinait la puissance maritime des Portugais, qui perdit beaucoup, sous ce rapport, durant le règne de l'infortuné dom Sébastien.
Les corsaires français , après avoir ruiné le commerce de la Mine, attaquèrent Saint-Thomas en 1667 : ils y causèrent des dommages incalculables*, pillèrent les églises, détruisirent les usines et les plantations; les habitants, réfugiés dans l'intérieur, se vengèrent d'eux en empoisonnant les sources et les vivres, et en firent ainsi périr un grand nombre; mais il semble qu'à
Sortir de ce jour, le repos aitabanonné cette terre où Ton ne devait plus trouver désormais de sécurité.
Sept innées s'étaient à peine écoulées lorsqu'en 1674 les Angolares y jetèrent la désolation : c'étaient des nègres marrons, originaires d'Angola, échappés au naufrage d'un navire négrier oui, trente ans auparavant, avait fait cote sur les roches das Sete Pe~
dra$% vis-à-vis des plages inhabitées de la baie de Sâo-Joào; ils s'étaient alors jetés dans les bois, avaient élevé des kilombos ou liameaux dans les parties les plus escarpées des montagnes, et s'étaient multipliés avec cette rapidité propre à la race africaine: maîtres du terrain, connaissant à fond tous les défilés , rejoints par beaucoup d'esclaves de leur nation, ils firent des incursions répétées sur les plantations voisines, coupèrent les cannes à sucre, brûlèrent les usines, et poussèrent l'audace jusqu'à attaquer la ville : heureusement , comme ils n'étaient armés que de flèches, ils furent mis en déroute par les troupes régulières, dont les armes à feu les terrifièrent, et les obligèrent à se retirer dans leurs fourrés, d'où ils continuèrent pendant plus d'un siècle une guerre de dévastation. Les propriétaires des sucreries saccagées se sauvèrent au Brésil avec ce qui leur restait de fortune; et bientôt, presque tous ceux que des intérêts pressants avaient retenus à Saint-Thomas, imitèrent leur exemple, découragé» et abattus par les calamités qui pesèrent sur cette pauvre colonie pendant la domination espagnole.
En 1585, un incendie réduisit en cendres la plupart des maisons de la ville de Saint -Thomas. En 1595, le nègre Amador entreprit l'émancipation violente de ses frères; profitant des démêlés du gouverneur dom Fernando de Menezes avec un évêque ambitieux et brouillon, frère François de Villanova, qui, pour conserver un pouvoir usurpé, n'avait pas craint d'excommunier le chef envoyé par la métropole, Amador leva l'étendard de la révolte, se mit à la tête dts gens de couleur, se proclama roi de l'île , promena partout la ruine et la désolation, et eût peut-être amené une catastrophe analogue à celle qui nous a ravi Saint-Domingue, si ce redoutable insurgé n'eût été pris et exécuté l'année suivante.
Saint-Thomas gémissait encore des calamités qui l'avaient ainsi mutilée et appauvrie, quand elle vit arriver sur
ses dites , non plus des flibustiers et des corsaires anglais et français, mais de puissantes escadres flamandes , jalouses d'effacer le nom portugais de ces parages; la ville fut pillée en 1600 par l'amiral Van der Dom : tous les navires qui sillonnaient les mers de Guinée ou d'Europe pour le compte des malheureux colons étaient capturés par l'ennemi ; les Hollandais prirent successivement possession des comptoirs portugais de Gabon, Fernaa-do-P6, Rio del Rei, Calabar, Ric- Réai , etc., et couronnèrent» en 1637, cette série de conquêtes par celle du fort Saint-George de la Mine.
Comment résister à tant de dé* «astres? Il y eut émigration générale des propriétaires blancs et mulâtres pour le Brésil ou pour' la métropole; et Saint-Thomas, à moitié déserte, ne présentait plus que des habitations^ ruines et des terres abandonnées, lorsuu'en octobre 1641 elle fut assaillie de nouveau par les Hollandais , qui s'emparèrent de Plie et occupèrent la I forteresse de Saint-Sébastien. Mais le Portugal avait alors retrouvé ses rois nationaux , et le secours ne se fit attendre que le temps nécessaire pour l'arrivée , à Lisbonne , de la nouvelle de cet événement, et renvoi immédiat du capitan-môr Lourenço Pires de Tavora, lequel débarqua dans nie en 1643, obligea les Hollandais à se retirer dans la forteresse, et les y tint bloqués jusqu'à ce qu'ayant reçu, en novembre 1643, un renfort sous les ordres de Philippe de Moura, il les pressa plus vivement, et les força à capituler au mois de janvier suivant.
Pendant bien longtemps encore la colonie fut en proie à une inquiétude profonde causée par les désordres d'un clergé turbulent , les factions et les rixes de propriétaires puissants, bien souvent aussi par la déplorable et honteuse incapacité de chefs mal choisis. Cet état d'effervescence se calma un instant , et l'île eut comme on reflet de sa prospérité première sous rtiabile administration de fiernardino Freire de Andrade, qui gou-
verna de 1677 à 1680; c'est loi qni fonda sur la Côte des Esclaves le fort de Saint-Jean-Baptiste da Judâ ou de Vida, achevé par son successeur Jacintho de Figueiredo d'Abreu. A la mort de celui-ci en 1683, recommencèrent les dissensions intestines; la municipalité, le chapitre, lesévéques, les juges et les gouverneurs se trouvèrent en hostilité permanente; le pays fut livré à des factions qui ne reculaient ni devant les profanations et les vols, ni devant le meurtre; et, comme complément à tant de maux , 1693 vit éclater une nouvelle révolte des Angolaises, qui cependant furent battus complètement; le capitaine des forêts Mathieu Pires alla les attaquer dans leurs repaires, brûla leurs kilombos , les fit prisonniers, et les réduisit pour la plupart en esclavage; un tiers fut vendu au profit du fisc, les autres au profit des capteurs; ils demeurèrent tellement affaiblis, qu'ils ne se révoltèrent plus désormais, vinrent habiter le village deSanta-Croz, et furent insensiblement formés à des habitudes de travail dont la colonie profita.
L'Ile du Prince, habitée par une population plus patriarcale, exempte des désordres intérieurs qui désolaient Saint -Thomas, souffrit moins que celle-ci durant la période dont nous venons de parler; les pertes et les dommages qu'elle eut à supporter par suite des guerres et des attaques des pirates, furent cependant considérables.
Le roi don Pedro II sentit qu'il était nécessaire de substituer au pouvoir quasi-féodal des donataires un meilleur régime , et de la mettre sur un pied de défense plus respectable. En 1694, il y établit donc une douane régulière, et il y fit construire la forteresse de Ponte da Mina , qui reçut pour garnison , en 1695 , une compagnie d'infanterie, envoyée de Portugal aux frais de la Compagnie de Cacheu et du Cap Vert, laquelle avait fait de l'île du Prince l'entrepôt de son commerce avec le Gabon. Il semble qu'il y ait eu dans ces dispositions comme un présage de guerre. Mais ce furent des précautions superflues; une division fran-
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çaise ayant paru, en 1706, devant l'île, et débarqué des troupes sur la Praia Salgada, la forteresse fut emportée, la ville prise , ainsi que les navires gui étaient mouillés dans le port» et plu* sieurs édifices incendiés. Cependant les Portugais , retirés dans les forêts avec leur commandant Manoel de Sousa da Costa , na négligèrent aucun moyen de harceler l'ennemi » eu lui coupant les vivres, ep le fatiguant par des surprises et des embuscades, jusqu'à ce qu'enfin il se rembarqua.
Ce fut (ensuite le tour de Samt-Tho* m*s ; les Français y firent une des* eenteen 1709, bombardèrent la forte* resse, qui se rendit par capitulation, brûlèrent presque toute la ville, s'em-
Cirèrent de la caisse du gouvernement, vèrent une contribution de 20 000 eruzades (é8 000 francs), et laissèrent la population tellement terrifiée , que les esclaves venus de la Mine en profitèrent pour se soulever et commettre plusieurs actes d'hostilité avant qu'on pût les réduire et .les punir.
Cas événements fâcheux ne mirent cependant pas un terme aux conflits qui avaient lieu sans cesse entre les principales autorités, toutes également envieuses de gouverner : conflits dent le réeit forme à peu près toute l'his* toirt de l'île durant une bonne partie du dix-huitième siècle. Un nouvel élément de désordres ne tarda même pas à se montrer dans la puissance monacale des capucins italiens , dont le couvent, fondé en 1684, avait, pendant plus de vingt ans , envoyé des missions au Bénin , au Calabar et au Gabon , mais était devenu ensuite le séjour d'une bande de factieux ; au lieu de prêcher l'Évangile, ses missionnaires encourageaient la désobéissance au gouverneur et à l'évéque, et fulminaient des excommunications contre le chapitre et contre qui bon leur semblait; on ne manquait pas de les payer de la même monnaie ; et bien souvent ces mutuels anathèmes se signifiaient de part et d'autre au milieu du clique* tis des armes, auxquelles les partis avaient recours pour faire valoir leurs prétentions.
Cette suite continuelle de désordres, de querelles et d'intrigues indisposa le roi Joseph-Emmanuel, qui résolut d'y couper court par une modification profonde daps l'organisation territoriale de la colonie. Jusqu'alors Saint-Thomas, rentrée, depuis 1422, sous l'administration directe de la couronne, était le centre du gouvernement de la province; Fernando-Pô n'avait jamais été l'objet d'une tentative de colonisation, et le poste commercial qui y avait été établi n'avait point été relevé depuis sa destruction par les Hollandais; Annobon, passée, comme nous l'avons vu, des Mello aux Almeida, était arrivée, en dernier lieu, aux mains de MartinhodaCunhad'Ëça e Almeida, dont les droits avaient paru douteux; et, faute par celui-ci de pouvoir justifier d'un titre légitime de possession , l'île lui avait été reprise, en 1744, par la couronne, et placée sous l'autorité d'un commandant ou gouverneur particulier, relevant du gouverneur générai résidant à Saint -Thomas; quant à Hle du Prince, elle était demeurée, comme tenure féodale , à la famille de Carneiro, dont le simple titre seigneurial avait été, en 1640, changé en celui de comtes; et l'autorité administrative n'y était exercée que par un commandant ou gouverneur particulier soumis à celui de Saint-Thomas , et pourvu d'un brevet royal sur la présentation du comte.
Le roi Joseph-Emmanuel racheta de la famille Carneiro la propriété de Hle du Prince, en lui donnant en échange le comté de Lumiares, ce qui fut arrêté et conclu par un contrat solennel du 89 octobre 1753. Une ordonnance royale du 15 novembre suivant, conférant à la bourgade de Santo- Antonio le titre de cité, y transféra le chef- lieu de toute la province; et une nouvelle ordonnance, du 30 août 1755, institua à Saint-Thomas un simple capitâo-môr, appelé aujourd'hui sous - gouverneur. Mais l'état des choses n'en fut guère amélioré :
une mésintelligence déplorable continuait de régner constamment entre
les autorités administratives, judiciaires et ecclésiastiques , parmi lesquelles figurait toujours au premier ranç la municipalité, oligarchie de différentes couleurs, qui , depuis ae\ii siècles, alimentait avec opiniâtreté le feu de la discorde, jusqu'à ce qu'enfin un décret royal du 23 iujllet 1770 lui défendit de s'immiscer désormais dans, le gou? ernement. Réduite alors aux simples fonctions de corps municipal, elle perdit sa fâcheuse influence, et la. colonie recouvra sa tra,n,qi)i|ljta.
En 1778, le Portugal fit cession à l'Espagne des deux tles de Ferean-do- Pô et d'Annobon ; ni Tune ni l'autre ne tenait une grande plaee daq* Peasemble de la province portugaise, dont jusqu'alors elles avaient fait partie; et cette cession ne changeait rien i (existence des deux îles principales, de Saint-Thomas et du Prince, dont l'ancienne prospérité avait disparu, il est vrai, mais qui conservaient encore, dans le rôle qu'elles remplissaient à Tégarel des négriers, soit comme lieu d'entrepôt, soit comme points de raritajllement , quelques éléments d'aisance, sinon de richesse ; mais la diminution successive, pujs la suppression totale de cet odieux trafic, jointe aux vieissitudes de la guerre, amenèrent la ruine et l'oubli de ces établissements jadis si florissants.
Un épisode de ces grandes guerres dont le Portugal fut une des nom* fontes victimes, c'est l'occupation Bomsntaaée de 111e du Prinee par une division navale française aux ordres du capitaine de ? aisseau Jean-François Landolphei cet officier, qui avait déjà visité rue nombre de fois dans ses divers voyages à la côte de Bénin et d'Ovèrt, se présenta de nouveau devant Santo-Antonio le 28 décembre l?M, avec trois frégates et une douzaine de prises , la plupart anglaises ; les Portugais capitulèrent à la première sommation, et livrèrent les forts; pendant un mois que les Français occupèrent l'île, de nombreux négriers, la plupart anglais, furent captures, et leur cargaison, s'élevant a plus de mille nègres, généreusement
distribuée aux habitante, parmi les-
3uels Landolphe comptait beaucoup 'amis, et même, dit-on, des enfants.
Les maladies qui commencèrent à sévir contre les équipages de sa division |e déterminèrent à reprendre la mer ; il rétablit dans leurs emplois les autorités portugaises, et leur restitua les forts, hattenes et munitions en même £tat qu'il les avait reçus , moyennant une contribution de guerre de 800 onces d'or (environ 70 000 francs), somme bien inférieure , de l'aveu des Portugais eux-mêmes , à la valeur des esclaves et autres objets qu'il leur laissait, et qu'ils estiment à plus de 200 000 francs : aussi, lorsqu'à près cette convention, datée p)u 29 janvier 1800, Landolphe mit à la voile le lendemain, sans que le moindre cjésordre eût été commis par ses gens, il ne faut point s'étonner que le cri vivent les Français! s'élevât de toute la plage, en signe de gratitude pour une si généreuse oqnduite.
Les îles du Prinee et de Saint-Thomas ne nous offrent plus, depuis lors, aucun événement dont l'histoire ait à se préoccuper ; et notre attention n'a plus à se porter que sur les tles de Fernando-Pô et d'Annobon , afin de nous enquérir de leur sort sous la domination espagnole.
Établissement des Espagnols à Fernan-çlo-Pô et à Annobon.
Par le traité conclu au Pardo le 11 mars 1778, entre la reine Marie Ire de Portugal et le roi Charles III d'Espagne , afin d'étendre à toutes leurs possessions dans les deux mondes la paix et amitié établies entre les deux couronnes , il fut fait cession expresse à l'Espagne par le Portugal de tous les droits effectifs et prétentions de cette dernière puissance sur l'île d'Annobon et sur celle de Fernan-do-Pô, avec faculté, pour les Espagnols, de trafiquer dans les ports et sur les côtes du continent voisin, pourvu qu'il n'en résultât ni gêne ni empêchement pour le commerce portu»
gais. Les bâtiments de guerre et navires marchands des deux nations
L'UNIVERS
devaient réciproquement être admis, ceux d'Espagne aux fies de Saint- Thomas et du Prince, ceux de Portugal aux fies d'Annobon et de Fernan-doPô, avec les mêmes avantages que ceux de la nation la plus favorisée. Indépendamment de l'assis* tance que les sujets portugais et espagnols devaient se prêter mutuelle* ment dans les fies susdites, il fut convenu que le commerce des esclaves serait franc et libre entre eux, et que le tabac en feuilles, nécessaire pour la traite en ces fies et sur ces cotes , serait fourni par le Brésil pendant quatre ans, dans des proportions, qualités, etc., à déterminer ultérieurement par une convention- particulière avec la cour de Lisbonne.
Celle de Madrid organisa une expédition sous les ordres du général comte d'Argelleios, pour aller prendre possession des deux fies céaées , et pour les coloniser au nom de leur nouveau souverain, le roi Charles III; mais cette expédition n'eut qu'un résultat déplorable. Débarquées dans la baie de San-Cartos le 24 octobre, les troupes ne tardèrent pas à ressentir les funestes effets du climat , et le comte d'Argellejos fut une des premières victimes. Après sa mort, le commandement échut à don Joaquin Primo de Rivera ; celui - ci alla , 4e 9 décembre 1779, prendre possession d'Annobon, qui lui fut remise, au nom du Portugal, par le capitaine Louis Gaétan de Castro; mais les habitants ne voulurent , à aucun prix, reconnaître la validité de la transaction qui les transférait à d'autres maîtres. Au surplus, les privations et les maladies qui avaient assailli les Espagnols à leur arrivée à Fernan-do-Pô, les fâcheuses dispositions que montraient les naturels exaspérés par la conduite des nouveaux venus à leur égard, amenèrent des séditions, puis, enfin, une révolte générale, à la suite de laquelle les Espagnols, découragés, renoncèrent à leur projet d'établissement , et prirent, vers la fin de 1782, le parti d'abandonner les deux fies, et de faire voile pour Monte-Video.
Déjà ils avaient été forcés d'emprunter une centaine de soldats au gouverneur portugais de l'île du Prince, Jour avoir raison de quelques actes 'hostilité commis par les Anglais.
Menacés par les croisières de cette
Kuissance, ils s'embarquèrent sur deux âtiroents, l'un de trente, l'autre de quatorze canons, et se réfugièrent d'abord à Saint-Thomas, où ils passèrent tout le mois d'octobre; ils n'étaient plus alors que deux cents, de trois mille qui avaient, quatre ans auparavant, débarqué à Fernan-do-Pô; ils avaient été forcés de démonter les canons qui garnissaient leur fort, pour les enfouir avec leurs munitions, afin de les dérober à la connaissance de l'ennemi ; et ils s'étaient à peine éloi-
{més, que les indigènes avaient démoli es fortifications, dont ils jetèrent les pierres à la mer. Quelques transfuges, restés dans Pt le , étaient tout prête à indiquer le lieu où les canons et les munitions avaient été cachés. Quant aux établissements agricoles tentés par les colons espagnols sous la conduite de Louis Ramirez de Esquivel, ils furent entièrement saccagés.
Essai d'établissement des Anglais a Fernan-do-Pô; restitution à l'Espagne.
Les Anglais laissaient dès lors entrevoir quelque velléité de prendre Kied dans l'Ile : s'il fout en croire une rttre écrite, au commencement de 1783, par un des leurs, le capitaine Lawson, les indigènes étaient trèsdisposés à recevoir ses compatriotes , et à les assister de tout leur pouvoir pour la fondation d'un établissement.
Quoi qu'il en soit , cette fie resta pendant quarante- cinq ans oubliée, pour ainsi dire, de l'Europe. Quelques vaisseaux de guerre de la station anglaise d'Afrique y abordaient seulement pour se procurer de l'eau , des volailles et des légumes frais, surtout des ignames. De temps à autre , un bâtiment marchand s'y arrêtait pour attendre un chargement d'huile de palme, ou rétablir la santé de l'équi-
page, attaqué par les fièvres que Ton gagne si facilement sur la côte de Guinée. Comme les insulaires habitent à quelque distance dans l'intérieur, tout vaisseau de haut bord annonçait son arrivée par un coup de canon, qui attirait au rivage les naturels apportant leurs denrées, en échange desquelles ils prenaient des bandes de fer plat, des couteaux et des clous; un morceau de cercle de fer, d'environ six pouces de long , suffisait à payer une couple de volailles ou quatre ignames.
Enfin , le gouvernement anglais , à qui les incitations des trafiquants et des abolitionistes de la traite des noirs trayaient pas manqué (*) , songea sérieusement à s'établir dans cette tle, que ses maîtres légitimes semblaient avoir abandonnée pour toujours. Située à proximité des côtes où se faisait le plus activement la traite des nègres, et facile dès lors à peupler, au profit de l'Angleterre, de travailleurs enlevés aux négriers; assise en face et à quelques neuxes seulement de navigation des bouches du Niger, qui semblait ouvrir au commerce européen un vaste débouché intérieur, et à la civilisation un champ immense à défricher, cette île , par sa position , par sa fertilité, par son climat comparativement moins insalubre, permettait d'espérer que Ton pourrait peut-être en faire un jour le centre des possessions anglaises en ces régions, préférablement à Sierra-Léone, ou à Cape-Coast-Castle. Ces diverses considérations engagèrent la cour de Londres à y tenter un établissement.
Eu conséquence, au commencement de Tété de 1827, le capitaine William- Fitz- William Owen, connu par ses campagnes d'exploration sur les côtes africaines, et qui avait, à cette occasion, déjà visite Fernan-do-Pô , partit d'Angleterre sur le vaisseau YEden, muui des instructions de l'amirauté, avec le titre de gouverneur, ayant sous
{*) George Robertsoo , eu 1 8 r g , n oublie pas de faire valoir le double intérêt du commerce et de la répression de la traite.
ses ordres le commandant Harrisoa.
Un bâtiment de charge fut affecté à transporter les pièces démontées d'un blockhaus et de seize maisons , dont six grandes et dix petites, et quelques bouches à feu destinées a la défense du poste projeté.
L expédition arriva, le 27 octobre, dans la baie de Maidstone, au nord de l'île ; et le 30, ayant choisi, pour y jeter les fondements de la nouvelle colonie, une petite anse favorablement abritée, à l'est par une langue de terre formant comme un mur de cinquante mètres de haut , et à l'ouest par une autre pointe et deux Ilots, on mit à terre le lieutenant Vidal, avec un détachement de cent travailleurs nègres, kroumen et autres , pour déblayer le terrain : la petite baie reçut le nom de Clarence Cove, en l'honneur du prince grand amiral , qui depuis fut le roi Guillaume IV; la pointe de l'est reçut celui de tniliam; ta pointe et les flots de l'ouest celui $ Adélaïde; et la passe comprise entre la pointe Adélaïde et les flots , celui de Cockburn Cove. On débarrassa le sol des halliers dont il était couvert, et l'on ouvrit dans la falaise des rampes conduisant au plateau élevé sur lequel devait être assise la ville projetée de Clarence.
Le premier soin fut, en même temps, à l'égard des indigènes, de convenir de l'établissement d'un marché d'échanges, dont l'emplacement fut aussitôt marqué par des poteaux; puis d'obtenir la cession du terrain dont on avait déjà pris possession de fait , ce qui fut définitivement conclu le 12 novembre; et comme le marché, compris dans ces limites, devenait un embarras à cause de la grande affiuence des naturels, on enleva, quelques jours après, les poteaux, et le foirail fut transporté plus loin.
On déchargeait, à mesure, les matériaux apportés d'Europe, et l'on montait, sur la pointe William, le blockhaus , les maisons , et enfin l'artillerie, qui fut mise en batterie , dominant au loin tous les abords du poste. Tout était transporté à terre le
7 décembre; le 16, on brgànlSait en milice tes sujets anglais à peau noire, qui constituaient la population de la colonie ; et le 25, jour de Noël, on procédait à une installation solennelle.
Le capitaine Owen débarqua à sept heures du matin , accompagné de la plupart des officiers et des troupes.
Arrivé à la pointe William, le cortège se groupa autour du mât de pavillon ; et les couleurs ayant été déployées pour la première mis, on lut la proclamation suivante:
« Par William - Fit* - William Owen ,
* ectryer, capitaine du vaisseau 4e S. M. « VEcUn^ el surintendant de Fernando-Pô :
« Il a plu à Sa Gracieuse Majesté Geor-
* gc IV, roi de la Grande-Bretagne et d'Ir- « lande, de décider qu'un établissement des « sujets de S. M. serait formé dans l'île de « Fcrnaudd- Pô ; et son Altesse Royale le « lord haut amiral m 'ayant choisi à cette fin, « la fondation dudit établissement m'a été « confiée avec le titre et la charge de surin- « tendant.
« Conformément aux ordres de S. A. 11. « le lord haut amiral, j'ai, en premier lied,
* fait commencer les opérations ddnt l'objet « était de défricher le sol de ce promontoire « (la pointe William), le ier jour de novem- « lire dernier ; le io et le 1 2, j'ai acheté , des «chefs et de» propriétaires d'une petite « partie du sol que je désirais occuper, plein « droit de propriété el de possession, pour « lequel il a été payé une Quantité de fer s'é- « levant à trois barres ; et des repères-limites « ont été marqués par les chefs indigènes « pour indiquer l'étendue du terrain acquis.
«• Kn conséquence, au nom du Dieu puis- « sant par la grâce duquel cela a eu plein « succès, et pour le seul usage et bénéfice de « Sa Très-Gracieuse Majesté George IV, roi « de la Grande -fcreiagne et d'Irlande, je « prends possession, par cet acte public, de « tout le territoire acquis, ainsi qu'il vient
* d'être dît, anus la dénomination fntare de
* (/arente; toute cette terre étant bornée « au nord par la mer; à Port et an sud par «la rivière Hat* à l'ouest par une ligne « courant depuis la mer, droit au sud de la «boussole, on au sud -sud -est du monde, '« jusqu'à la rivière Uay ; la péninsule de la m pointe William, cuclose dans ces limites , « étant par 3° 45' de latitude nord, et 8° 45' « de longitude à Test du méridien d« Greeu- « wicb;w susdite limite occidenlale partant
«d'un arbre Marqué par le* Indigènes, à m 218 yards an 8. ao* O. de la boussole, ou «8. *» 3o' O. dn monde, de l'entrée du « fossé creusé à travers l'isthme de la pointe « William.
« Et, en témoignage de cet acte public, «j'ordonne à toutes les personnes présentes « de mettre leurs noms sur cette proclama - « tion, comme témoins dudit acte.
« Fait par moi, sur la pointe William , « dans l'établissement de Clarence , eu Pile « de Fernando-Pô, ce mil huit cent vingt- « septième anniversaire de la naissance de « notre Sauveur et Rédempteur, et la hui- « ticme année du règne de Sa Présente Ma-
« jCSté. WfLtlAM-FlTÏ-WttUAll Owek,
« capitaine du vaisseau de 8. M. YEdeny el « surintendant de Fernando-Pô.
« Dieu sauve le roi I ■
La lecture de cette proclamation fut saluée par un triple hourra; la musique joua le God save the king ; les troupes , sous les armes, exécutèrent un feu de mousqueterie , et le canon des bâtiments en rade, aussi bien que l'artillerie dit fort, y répondirent par une salve royale; après quoi, le cortège se sépara pendant que la musique jouait le Rule Britannia.
Le but de rétablissement , qui s'était fait arec le consentement, ou du moins sans opposition du gouvernement espagnol .était , ainsi que nous l'avons dit, d'offrir un point de ravitaillement à la division navale chargée de la répression de la traite des esclaves, et un chef-lieu aux opérations commerciales de la compagnie d'Afrique. La colonie reçut quelques renforts d'esclaves pris à bord des négriers, et aussitôt rendus à ta liberté, dont on espérait tirer parti pour l'exploitation des bois de construction que fournissent en abondance les vastes forêts de l'île. Mais l'élévation des salaires exigés par les nouveaux affranchis mit un obstacle à ces projets: ils préféraient, au rude labeur du bûcheron , la culture des plantes potagères, l'élève des volailles, des cabris, des porcs, pour les vendre aux navires en relâche. Le climat n'avait pas répondu non plus à l'attente qu'on s en était faite ; et les Anglais , après avoir dépensé plus de cinq mil-
lions de francs pour leur essai de colonisation, étaient découragés, et laissaient languir leur œuvre, quand le i gouvernement espagnol, mû en do- ! meure par les cortès du royaume, réclama la restitution de Me, et envoya ud bâtiment de guerre pour en reprendre possession.
Le commissaire espagnol débarqua à CUrence le 27 février 1843 : il était accompagné de quelques officiers et I d'un prêtre, et suivi d'un petit déta- ! chement de soldats et de matelots , tambour en tête; deux soldats portaient un portrait de la reine, surmonté d'une élégante couronne; le drapeau espagnol fut hissé au bruit des salves de mousqueterie et d'artillerie, et salué par les acclamations de la foule, à laquelle on distribua quelques largesses; enfin, on termina la cérémonie par un feu d'artifice.
Le 6 mars, l'ex-gouverneur anglais, | capitaiue Becroft , qui avait succédé au
capitaine Owen* fut proclamé eouverneur au nom de l'Espagne; la dénomination de Porto-Regente fut substituée à celle de Clarem», et il fut promulgué diverses ordonnances relatives à l'organisation de l'autorité locale, à la nomination de quelques magistrats, à l'allégement de certains impôts; plusieurs autres actes de même nature fièrent laissés an gouverneur Becroft, pour être ultérieurement rais ea vigueur; et le commissaire espagnol se rembarqua, après avoir déclaré que la métropole avait résolu la fondation
Srochaine d'un établissement à Fernano-PÔ. Un journal de Madrid annonçait, l'année suivante, qu'une expédition se préparait dans ce but à Gadis, et qu'elle devait être composée d'une corvette, deux bricks, un bateau à vapeur et trois felouques : nous ignorons quelle suite a été donnée à ces dispositions.