DESCRIPTION
Aspect; atterrages; nature du sol; eaux.
Sainte-Hélène, à la fois la prison et le tombeau de l'être humain le plus
(*) Il existe de nombreux écrits sur Sainte-Hélène : mais 1'ouvnge le plus complet est sans contredit l'Histoire qu'en a publiée, en 1808, T. H. Brooke, secrétaire du gouvernement de cette île, et qui, deux fois depuis, en a été lui-même gouverneur par intérim; l'Histoire des cokwiesangbù-
extraordinaire qui jamais ait dominé sur la terre (ainsi disait, M y a douze ans, un écrivain semi -officiel d'Andéterre) (*), Sainte-Hélène est située dans l'océan Atlantique méridional, en dedans des limites des vents réguliers du sud-est, par une latitude australe de 15*55', et une longitude de 8* y à l'ouest du méridien de Paris, à 400 lieues des côtes d'Afrique , à 700 de celles d'Amérique, et à 100 de nie de l'Ascension. Sa plus grande longueur est de 10 milles, sa largeur moyenne de 6, sa circonférence de 27 environ ; et sa surface, de 12000 hectares.
Ou. l'aperçoit d'une soixantaine de milles, reconnaissable aux nuages qui se condensent au-dessus d'elle. De moins loin, elle offre l'apparence d'un rocher nu, presque perpendiculaire du côté du nord, et s abaissant graduellement vers le sud. A mesure qu'on approche, elle parait plus inégale et plus déchirée ; bientôt on n'v voit plus qu'un entassement de rocs brisés et de collines taillées à pic à leur sortie de la mer, puis s'élevant intérieurement à de grandes hauteurs, et laissant voir çà et là des rochers suspendus entrecoupés de vallées étroites ou de fissures irrégulières. On ne peut rien imaginer de plus triste et de plus désolé que cette ceinture de coteaux noirs, déchirés, consumés, sans arbres, sans buissons, sans aucune
«S de Mon tgommery- Martin, en fournit le complément. Quant à la captivité de Napoléon, le célèbre Mémorial du comte de Las- Cases, et les publications des autres compagnons ainsi que des médecins de l'illustre prisonnier, ne laissent désirer aucuu détail; et la translation de ses restes mortels en France a été racontée par l'abbé Coque- «■u et par le comte Emmanuel de Las- Cw», en témoins oculaires, en même teapj que le crayon de M. Durand Brager H rdm de M. Adolphe dH astrel nous ont enrichis de magnifiques dessins des prinei- P*ox sites de Sainte-Hélène. Tels sont les guides que nous avons surtout consultés et amis.
Or BfoarrGomrBaT-MAaTiii, Eisiory oj v* British colonies, vol. iv, p. 5 14.
ses
trace de verdure, haute de MO à 400 mètres, interceptant la vue des montagnes intérieures au sommet desquelles semble s'être réfugiée la végétation.
Celles-ci forment une chaîne transversale courant presque de l'ouest à t'est, sauf une légère courbure vers le sud, à ses deux extrémités. La plus haute cime qu'on y remarque est le pie de Diane, dont l'altitude est de 830 mètres ; la pointe du Cuckold et le mont Halley, qui ont respectivement 815 et 750 mètres de hauteur absolue, sont, comme le pic de Diane, fréquemment enveloppes de nuages. Le célèbre major Rennell avait en outre mesuré le Flag-Staff ou mât de pavillon oui a 690 mètres, le BarnscÙffou roc de la grange surplombant la mer de 675 mètres, puis encore YAlarmhottse ou maison d'alarme , élevée à 595 mètres, le High-Knoll ou haute cime, à 580 mètres, et enfln Longwood-House immortalisée par le séjour de Napoléon, à 535 mètres audessus du niveau de l'Océan.
Le pourtour, comparable à de sombres murailles bastionnées, présente au nord-ouest, au sud-ouest, au sudest, à l'est et au nord , un quintuple front, dont l'irrégulier assemblage est vivement accusé par la quintuple saillie des pointes designées par les noms Sugar-haf ou du Pain-de-sucre au nord, deManand à l'ouest, de Speery au sud, de Giiis à l'est, et de Bam ou de la Grange au nord-est. Sur le front de l'est, entre Gtils-Point et Barn-Point, se font remarquer les angles saillants de Saddle-Point et de Turky$-Cape; sur le front du nordouest on remarque ceux de Munde*1 s -Point et de Horse- posture* Point.
Près de ces rivages sont disséminés quelques flots; trois sont au sud, sous le nom de Needles ou les Aiguides, et un peu plus loin celui de Speery; sur la côte nord -ouest se voient successivement Egg island, ou lîle de TOEuf, celle des Oiseaux, et lÂghter rock ou le rocher de la Gabare; enfin, près de Guis-point, au
L'UftlYBBS*
sud-est» sont las deux îlots qui portent
les noms de Georges et de Pilier d'Hercule j sans parler de plusieurs autres moins importants encore.
La mer qui entoure Sainte-Hélène, n'y trouvaut aucune place où étaler ses ondes amorties, en vient heurter d'un flot impatient les falaises entassées, et bouillonne en grosse houle sur les roches pointues qu'elle cache à cinq ou six mètres de sa surface, surtout dans le nord-est e{ dans le sud de Plie : en ces deux endroits, ce sont de Véritables bancs de roches, l'un par le travers de Barnpoinii à un kilomètre de distance* l'autre par le travers et à plus d'un mille de là pointe Speery. Cependant, malgré le rempart basaltique qui la circonscrit, Sainte-Hélène offre à son pourtour quelques anses par où elle est accessible, telles que Prosperous Bay à Test, Sandy Bay au sua-est, Lemon ycUley et RuperVs Bay au nord-ouest.
Mais elle n'a qu'un seul mouillai», celui de James* -Valley Bay, pareille* ment au nord-ouest, c'est-à-dire sous le vent de l'île : on y trouve de 8 à 25 brasses sur un fond de gros sable et de gravier ; mais quoique ce mouillage soit bien abrité et d'un libre accès, le ressac est quelquefois si fort, surtout en jauvier et février, que les canots ne peuvent pas accoster pendant plusieurs jours ; et il est arrivé souvent que des embarcations ayant ainsi chaviré, beaucoup de personnes se sont noyées.
Dès avant que l'on ait exploré 111e, ses formes anfractueuses, sa couleur sombre et rougeâtre, perceptible à de grandes distances, ont déjà fait pressentir la nature volcanique des roches qui en constituent le sol. La masse principale est en effet basaltique, eti couches épaisses, fortement inclinées à l'horizon, alternant ça et là avec des bancs d'argile (disons plutôt de pouzzolane) diversement coloriés : le calcaire ne se montre qu'en petites quantités. Le basalte, quelquefois grossièrement cristallisé en prismes, tantôt dur et cassant* d'un beau noir, d'un grain Un et homogène, le plus sou-
ventrougeâtretpereiKt grtod<< une quantité considérable de pytoxène et de chryaolithe, dans une proportion variable, qui va jusqu'à plus de moitié de son poids ; ailleurs, ce sont des laves poreuses dont les alvéoles sont remplies de soufre ; en d'autres endroits des scories rouges. Partout eBt empreinte la trace manifeste d'une action volcanique primordiale, dont les convulsions depuis longtemps apaisées ont laissé au temps le loisir d'agir à son tour et de décomposer une partie de ces roches, 4ui, désagrégées, fendillées, crevassées, présentent sur certains points l'aspect de ruines près de s'écrouler sur celui oui les considère. Quelques Éeeousses de tremblement de terre, ressenties en 1756 et en 1782, peuvent donner Heu de craindre que les révolutions plutoniehnes ne soient pas finies à tout jamais pour cet âpre rocher.
On assure qu'il y a des miries de fer dans quelques endroits de l'île, mats le manque de combustible ne permettra jamais de les exploiter. On a cru aussi découvrir de l'or et du cuivre, mais en trop petites quantités pour
2u'on puisse songer à en tirer parti.
>n a trouvé, sur un point de la côte, des veines d'une lave dure qui prend un très-beau poli, et susceptible d'être gravée en cachets. La chaux s'obtient des sables coquilliers : celle que l'on tire àeSandy Bay est d'une qualité supérieure, et mêlée à la pouzzolane elle fournit un ciment excellent^
Là terre cultivable est généralement grasse et argileuse; elle contient beaucoup de parties salines, et sa profondeur est bien plus grande qu'il n'est indispensable pour les besoins de la végétation, partout où la disposition des pentes lui a permis de se fixer.
Toute 111e est arrosée de ruisseaux nombreux d'une eau limpide et saine , murmurant au fond des ravins, trop faibles pour s'élancer en cascades, sauf en un seul endroit , où le filet d'eau, tombant d'une hauteur de cent mètres, est déjà réduit en pluie longtemps avant d'atteindre le bassin inférieur; les eaux
tomutieUe», qui parfois vienuentçrossir son volume eu ternissant le cristal de son onde* peuvent seules lui donner assez de force pour franchir en nappe continue le saut que la nature lui a ménagé. La sécheresse tarit quelquefois eot légers courants ; mais quelques sources ne perdent en aucun temps leur eau, dont la quantité augmente mène, pour certaines d'entre elles, précisément quand elle diminue pour tes autres. Les plus considérables de ces cours d'eau sont ceux de James et de Rupert's-Valley au nord-ouest, et celui de Longwood à Test, ayant tous les trois leur origine immédiate* meut an pied du pic de Diane.
CHmat, végétation, animaux.
Le climat de l'île est tempéré et trèssain, Fêté étant moins chaud, et l'hiver moins froid que dans beaucoup de pays d'Europe : le thermomètre s'élève rarement au-dessus de 17° de Réaumur, et descend rarement au-dessous de 1 0°; la moyenne de température est , à James'-To wn, de 17°; à Plantation-House, maison de campagne des gouverneurs, elle est de 15°, et de 1*° sur le haut plateau de Longwood. Le vent régulier du sud -est n'éprouve que des variations extrêmement courtes et rares; dans toute une année, on n'a constaté que huit jours, en total, dans lesquels le vent eût tourné à l'ouest II est également rare d'entendre le tonnerre ; mais lorsque le temps est très-chaud , on voit quelquefois des éclairs. Il est arrivé que de grandes sécheresses ont été la cause de la mortalité des troupeaux, qui ont péri faute d'eau ; mais, en général, il y a des pluies dans toutes !es saisons, particulièrement en juillet, aodt, septembre, etj surtout en février, qui est le mois où la pluie est le plus abondante.
Dans les conditions de terroir et de climat que nous venons de faire connaître, on ne peut guère s'attendre à une grande richesse de végétation; et en effet, elle n'est vigoureuse que dans la haute région de l'île, s'appauvrit dans les vallées à mesure qu'on descend vers la mer, et disparaît pres-
que
fine
Ml
, complètement sur 1* noires «ot mes qui en forment la triste ceinture.
Sur plusieurs points, la culture n'a ira s'étaolir que sur des terres rapportées et maintenues par des encaissements ; et la plus grande partie du sol ne montre que des landes incultes et stériles. La flore spéciale de Sainte-Hélène n'offre guère qu'une dizaine d'espèces végétales : on désigne au premier rang la fougère arborescente, qui s'élève jusqu'à vingt pieds de haut avec des feuilles longues de cinq pieds ; trois sortes de gommiers, distingués par les nomsdecommun,de bâtard et dénota, sont des arbres verts à feuilles persistantes, qui ne paraissent avoir rien de commun avec les mimeuses d'où se tire la gomme arabique ; c'est de ces gommiers qu'est formée la forêt de Longwood, la seule de l'tle : la gomme en est odorante; les branches en sont employées à foire du charbon, oui exhale en brûlant un parfum agréable, et le tronc incisé fournit en abondance un liquide doux appelé toddy.
Les autres arbres ou arbrisseaux indigènes sont :1e bois rouge, qui est un ébenier; le bois de chien, qui parait être une érythrine ; le bois a corde ; l'arbre delà lune, aux feuilles charnues et blanchâtres et aux fleurs orangées ; et la soude frutescente appelée ici samphire. On cite encore parmi les
Produits de la végétation spontanée de ainte-Hélène , des aloès, des verges d'or, des lis , des narcisses et d'autres plantes bulbeuses étalant leurs fleurs brillantes à côté des stramdines violettes et des belles-de-nuit dichotomes ; le pourpier, le cresson, l'alkékenge, la camomille sauvage ; enfin, les poacées et panicées qui tapissent de leur épais gazon le sommet et les pentes adoucies des montagnes intérieures.
Mais les arbres de toute espèce dont l'importation a doté cette île, sont en bien plus grand nombre , et ont en général réussi à merveille. Les flancs des collines intérieures sont couverts de bruyères provenues de semences apportées d'Angleterre; le chêne, le pin, le cyprès viennent bien partout où on les a plantés; le myrte s'élève à
L'UNIVERS
une hauteur extraordinaire, elle cotonnier fleurit parfaitement. Beaucoup d'arbres fruitiers d'Europe et des tro-
Iriques ont été introduits : l'oranger, e citronnier, le limonier, le figuier, le grenadier, le mûrier, le tamarinier, le manguier, le cocotier, la vigne, la canne à sucre, l'ananas, ont très-bien profité ; le pommier donne d'énormes quantités de fruits monstrueux; le cognassier vient bien , mais le poirier n'a pas réussi ; le pécher s'était multiplié de la manière la plus heureuse , et donnait des fruits délicieux, mais un insecte imperceptible, apporté, diton, avec la vigne de Constance, est devenu le fléau de ces arbres, dont il attaque l'écorce et qu'il fait périr; les autres fruits à noyau, l'abricot, le brugnon, la cerise, ont échoué; les groseilliers sont devenus stériles et ont passé à l'état d'arbres verts; l'épine-vinette n'a pas eu plus de succès, non plus que la nèfle, la noix, la noisette, la châtaigne; la framboise n'a pas prospéré davantage, tandis quêta ronce , envahissant le sol au delà de toutes les prévisions , est devenue un ennemi redoutable contre lequel il a fallu entreprendre, à titre d'oeuvre publique, des travaux extraordinaires d'extirpation. Une herbe grossière, venue du Cap, menace, de son côté, d'étouffer et de remplacer le gazon fin des montagnes et le paturin des vallées.
La luzerne s'est très-bien naturalisée, Liais les essais de culture du froment et de quelques autres céréales n'ont pas été encouragés, et sont demeurés sans suite. La métropole a mieux aimé Y apporter des farines, et y favoriser le développement des plantes potagères et des légumes frais, l'igname, la patate, les chous, les fèves, les pois, les citrouilles, et autres racines, herbages et fruits propres à fournir des rafraîchissements aux bâtiments qui viennent relâcher à Sainte-Hélène.
Quant aux animaurf , tous ceux que f homme dresse à son usage ou qu'il élève pour sa consommation ont successivement été importés par les Portugais , les Hollandais et les Anglais , tour à tour maîtres de l'île ; on évalue
la masse de bétail existante à Sainte- Hélène, à 1500 bœufs, 3000 moutons et chèvres, 900 chevaux. Ces derniers sont d'une race petite, mais assez belle, venue du cap de Bonne- Espé- ( rance , et ressemblant beaucoup aux ' petits chevaux irlandais , dont us ont l'ardeur et la vélocité; mais ce crai les rend surtout précieux aux habitants, c'est la fermeté de leurs jambes, qui leur permet de parcourir avec rapidité , les sentiers les plus impraticables de l'île. Les lapins abondent en certains endroits ; on élève quelques cochons , et Ton rencontre aussi, dit-on, quelques sangliers de pelages variés, difficiles à prendre. Les rats sont devenus par leur nombre le fléau des cultivateurs.
La volaille d'Europe s'est considérablement multipliée, et elle est excellente; on voit en même temps beaucoup de pintades, de pigeons, de ramiers, de perdrix blanches et rouges; des faisans, des gelinottes des bois, des paons, des oies, des poules d'eau noires et grises, des mouettes, quelques pingouins, quantité de passereaux, de serins des Canaries, de linottes rouges. Les moineaux semblent conspirer avec les rats contre toutes les semailles , et font dans les champs un déplorable dégât.
Parmi les insectes, on ne remarque guère que ceux dont on tire profit , ou dont on reçoit dommage; on ne tient compte à ce titre à Sainte-Hélène que de grosses araignées, de grosses mouches vertes très-incommodes, et de l'insecte imperceptible qui détruit à la longue tous les pêchers de l'île. On a parlé de serpents qu'on aurait vus au sommet des plus hautes montagnes , mais le fait a été révoqué en doute , et l'on assure que l'île ne contient que des reptiles innocents. Il y vient des tortues, dont la chair est agréable, nourrissante et très-saine
La mer qui l'environne est fréquentée car divers cétacés , entre autres , plusieurs baleines. Les poissons y sont très-nombreux et très-variés : on en compte plus de soixante-dix espèces , qui se pèchent généralement à la ligne,
remploi des filets étant difficile sur ces tonds hérissés de roches pointues : les maquereaux et les congres sont parmi les plus abondants; Ta morue noire est le plus rare et le plus recherché. On cite des crustacés qui paraissent analogues au homard ou à la langouste, et quelques crabes. On pèche aussi des moules et des huîtres excellentes, tellement adhérentes à leurs rochers, que l'on a grand'peine à les en séparer.
Population, topographie.
Sainte-Hélène, aujourd'hui Tune des colonies de la couronne d'Angleterre , est confiée à l'autorité d'un gouverneur de nomination royale, assisté d'un conseil composé des principaux officiers militaires et civils, parmi lesquels les plus importants sont le secrétaire du gouvernement et le chef de la justice. N'ayant de revenus propres que le produit de quelques droits s'élevant à peine à 3000 livres sterling ou 75 000 francs, la métropole se trouve forcée de subvenir pour plus de 80 000 livres sterling ou 2 000 000 de francs, aux charges de la colonie:
cette dépense était plus que triple au temps de la prison du grand empereur. Un bataillon d'infanterie européenne et un fort détachement d'artillerie composent la garnison, à laquelle il faut joindre la milice locale pour compléter le tableau des forces militaires de If le ; au surplus , rendue presque inabordable par la nature, dominant au loin la mer par de nombreuses vigies, et défendue par quarante-trois postes fortifiés , garnis de près de 240 bouches à feu de tout calibre, Sainte-Hélène peut à bon droit passer pour imprenable.
La population totale de 111e est évaluée à 5000 âmes environ; sur ce nombre, les blancs ne comptent pas pour plus de 2 300 ; tout le reste est de couleur, soit Africains, soit Chinois et Malais. La quantité des naissances est double de celle des décès; la moyenne des premières, où le sexe féminin domine, est de plus de 160 par au, et la moyenne des décès, de 80.
Le sang est beau : les femmes ont le teint blanc , les traits réguliers , des formes gracieuses; elles sont belles, gaies, spirituelles, bien élevées; elles aiment la toilette et se parent avec goût; les filles de la campagne sont vives, fort aimables, et coquettes; elles aiment le plaisir, et partagent sans intérêt celui qu'elles donnent.
Les hommes sont indolents, mais vigoureux, bien faits, d'un teint frais et coloré. La fortune des propriétaires est de 2 000 à 12 000 francs de revenu; peu ont moins, peu ont davantage, et c'est assez pour les faire vivre dans l'aisance : le nombre des pauvres est très-petit.
Cette population a pour domicile central la petite ville de James'-Town, la seule agglomération de maisons de toute la colonie; quelques fermes , quelques habitations de plaisance se trouventdisséminéesdans ltle, surtout vers Sandy-Bay, qui offre un site particulièrement agréable.
• James'-Town touche le bord de la mer, et s'enfonce dans une gorge entre deux énormes rochers noirs et pelés d'environ deux cents, mètres de haut, à droite Ladder-Hill ou le morne de l'échelle, sillonné dans toute sa hauteur d'une ligne blanche qui s'aperçoit de loin, et qui n'est autre chose qu'un escalier de 095 marches , véritable échelle montant directement de la ville à la forteresse; à gauche Mundeiïs-Hill , qui n'est guère plus accessible. De la rade, on aperçoit d'abord un feuillage assez touffu qu'on dirait sortir du sein de la mer : ce sont les têtes de petits arbres plantés derrière la batterie de côte, qui ferme toute la gorge ; derrière ces arbres paraît la ville, fuyant en amphithéâtre dans l'étroite et sombre vallée; beaucoup au-dessus et dans le lointain, on distingue la maison blanche appelée Alarm-house , se détachant au milieu de la verdure des pins.
Le débarcadère est à gauche, près des batteries de MundenVPoint ; un escalier de quelques marches sert à gravir sur le quai , taillé dans le roc et conduisant, au bout de cinq cents pas9>
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ï/umvers.
à un corps de garde et à une porta étroite avec pont-levis; au delà est une esplanade d'environ deux cents
Sas, au bout desquels on se trouve evant une seconde porte donnant entrée immédiatement sur la place de la parade, qui a 170 pas de fong sur 160 de large ; à gauche est la maison du gouvernement et le jardin de la compagnie des Indes, toujours ouvert au public; à droite sont le* bureaux de Fadministration militaire et réélise. Après avoir traversé la place , a gauche et à la suite du jardin public, on voit la maison habitée par Napoléon pendant la seule nuit qu'il ait passée a James'Town, à sou arrivée : elle fbit l'angle de la rue principale, qui commence en cet endroit et se prolonge jusqu'à 240 pas, sur une largeur de 40. Cette rue, bordée de trottoirs, est macadamisée, ainsi que la place, et toutes les eaux s'écoulent par des ruisseaux souterrains; les maisons sont peintes, et d'une propreté remarquable ; cette partie de la ville, d'une fort jolie apparence, est habitée par les personnes les plus considérables de nie. A son extrémité, la grande rue se bifurque : à droite, c'est la continuation de la ville, d'un aspect beaucoup moins agréable, formant le quartier des Lascars et des Chinois ; au bout se trouvent l'hôpital, les casernes, et l'hôtel des officiers avec une magnifique cour ombragée de bananiers : vers le milieu, s'ouvre une route qui monte, par des rampes successives le long des rochers , à la citadelle, à Plantation- H ause maison de campagne des gouverneurs, pour s'enéfoncer ensuite dans l'intérieur des terres; presque partout d'effrayants rochers la surplombent , et semblent menacer à tout moment ce quartier de la ville d'une catastrophe ; les chèvres
Îrimpant sur Les hauteurs suffisaient our détacher des fragments d'un assez grand volume pour jeter l'alarme parmiles habitants, et Ton donna aux soldats la consigne de tirer sur ces animaux à leur profit La rue de gauche suit la base de Rupert's-Hill , et donne accès à un chemin qui, sous le
nom de Sidê-path , serpente le long du morne pour conduire à Briars, a Alarm-House, au tombeau de Napoléon, à Hut's-Gate, à Longwood, et plus loin dans l'intérieur.
Tous ees noms sont devenus immortels en se liant à l'histoire de l'homme illustre dont la mémoire traversera les siècles. En descendant du pic de Diane , le ruisseau de James-Valley, parvenu presque à la moitié de son cours , forme une cascade ; un peu au-dessous , sur un tertre à pic , on voit une petite maison aux murailles blanches « aux jalousies vertes, à la toiture grise, assise sur un joli tapis de verdure, entourée d'une végétation tropicale : c'est un pavillon de plaisance dépendant d'une maison plus considérable, bâtie à une quarantaine de pas sur la gauche, et qui appartenait à un négociant du nom de fialcombe , de qui elle a passé au colonel Trelawney : ce pavillon , c'est Briars, la première prison de Napoléon , qui y demeura 55 jours.
Alarm-House est plus loin, sur la gauche , tout près du point où de la route principale se sépare, pareillement à gauche, un chemin descendant à la sombre vallée qu'on appela jadis vallée des Géranions, que la sauvage horreur de son aspect avait aussi fait nommer populairement DeoiVtPunchbowl, mais qui ne peut désormais porter d'autre nom que celui de vallée du Tombeau : car là ont reposé vingt ans les restes de celui qui, partout où il a passé, a imprimé un souvenir ineffaçable.
La route principale se continue en contournant sur la hauteur cette vallée sinistre ; elle passe à Unït-Gate^ùmple hutte, en effet, mais ennoblie elle aussi par le séjour du général Bertrand, toujours le grand-maréchal du palais de l'empereur, que ce palais fût le château des Tuilerie*, la maison de ville de Porto-Ferrajo, ou le cottage de Longwood. Un quart de lieue au delà est c* palais de Longwood „ cette ignoble ferme badigeonnée qui fut la dernière habitation, la prison, ou plutôt, comme Ta dit un de ceux qui y
ILES M Î/ÀFMQUE.
teeussiit jaéfe, oet antre tombera de HapoléoD , «à il mit cinq ans et demi à mourir; fabrique hâtivement restaurée, entourée d'une triple barrière, sans eau, sans ombre, sur un plateau exposé a tous les vents , ou plutôt balayé sans cesse par lèvent constant du sud-est, qui n'y laisse vivre que des gommiers rabougris, des ajoncs épineux et de longues herbes flétries.
Retournée a son ancienne destination rurale, elle a perdu toute trace matérielle du séjour de l'illustre prisonnier, et atteste d'autant mieux , dans son abandon, l'indignité des geôliers.
HISTOIBB.
Découvert* et colonisation; domination anglaise avant lç captivité de Napoléon*
Quand le galicien Jean de Nova , dans cette même expédition ou sur sa route d'aller il avait découvert 111e de l'Ascension, eut accompli dans l'Inde la mission que lui avait confiée le roi Kaunanuel de Portugal, comme il ramenait les vaisseaux destinés à revenir en Europe, il eut, sur sa route de retour, une bonne fortune analogue; et le 21 mai 1509, jour ou P Église grecmie célèbre la commémoration de Constantin le Grand et de sa mère Hélène* il découvrit cette île, et lui donna le nom de la sainte impéiatrice; il y arriva par le côté du vent, c'est-àdire, per le sud-est, et perdit même un de ses vaisseaux à l'embouchure de Deep- Valley. Ltie ne laissait alors apercevoir d'autres habitants que des oiseaux de mer, des phoques et des tortues. N'avait-eHe encore été vue par aucun autre navigateur? Il est permis de se poser cette question, quand on remarque sur la grande mappemonde terminée en 1500 par Jean 4e la Cosa, le pilote de Colomb, des Mes figurées dans les parages et précisément à la hauteur de SainteneiefiCw
Celle-ci reçut en 1518 ses premiers kabitants: «es transfuges portugais avaient été livrés au grand Albuquerque par «n chef mènes vaincu devant
60a, à condition qu'ils auraient la vie sauve: la condition lut respectée, mais on leur coupa le nez , les oreilles, la main droite et le petit doigt de la main gauche; c'est dans cet état de mutilation qu'on ramenait en Europe Fernand Lopes, qui, ne pouvant supporter l'idée de reparaître ainsi dans sa patrie , demanda comme une grâce d'être abandonné à Sainte-Hélène, où on le laissa, en effet, avec quelques esclaves nègres et des provisions; quatre ans après, il fut obligé, par un ordre du gouvernement portugais, de quitter son petit établissement,
S m avait merveilleusement prospéré.
ainte-Hélène était désormais une relâche pour toutes les flottes de l'Inde, auxquelles elle fournissait des rafraîchissements.
Les Portugais en avaient soigneusement dérobé la connaissance aux autres nations , quand il arriva au capitaine anglais Cavendish d'y aborder en 1588, àla tin de son voyage autour du monde ; il mouilla dans la rade actuelle, et débarqua au pied de la vallée qui longtemps a porté le nom de la chapelle que les .Portugais y avaient construite des débris du navire naufragé de Jean de Nova ; elle était bien cultivée, et fournissait en abondance de la volaille, des chèvres et des porcs, des fruits, des légumes et des herbages frais. D'autres bâtiments anglais ne tardèrent pas à visiter cette Ile; bientôt elle fut connue aussi des Hollandais et des Espagnols.
Les Portugais, ayant formé des établissements nombreux au pourtour de l'Afrique, sentirent moins l'importance de Sainte-Hélène, la négligèrent, Suis l'abandonnèrent tout à fait. Les lollandais prirent leur place en 1645, et la gardèrent jusqu'en 1651 , qu'ayant formé leur établissement du cap de Bonne-Çspérance, ils quittèrent à leur tour Sainte-Hélène, et y furent immédiatement remplacés par les Anglais.
Ceux-ci bâtirent, en 1658, sous le capitaine Dutton, leur premier gouverneur, un fort auquel ils donnèrent le nom de James , en l'honneur du duc c?York, frère du roi; une charte
L'UNIVERS
royale du S avril 1661 confirma la possession de cette tle à la Compagnie des Iodes orientales, qui montrait beaucoup d'empressement à la coloniser. Sonchu de Rennefort , qui la visita eo 1666, y rencontra cinquante hommes et vingt femmes venus d'Angleterre, plus un certain nombre d'esclaves nègres ; beaucoup de familles anglaises, ruinées par le grand incendie de Londres, ne tardèrent pas à Srossir considérablement la population e cette colonie.
lies Hollandais, regrettant apparemment l'abandon qu'ils avaient tait du port commode et sûr de Sainte-Hélène, tentèrent, vers la fin de 1672, d'en recouvrer la possession : ils essayèrent une descente à Lemon-Valley; mais il suffit, pour les écarter, de faire rouler sur eux , du haut des mornes , des quartiers de roche qui les écrasaient. La nuit suivante, ils furent plus heureux sur un autre point, où la trahison d'un habitant leur facilita le débarquement de 600 hommes, qui tournèrent et surprirent le fort, et s'emparèrent de l'île. Le gouverneur anglais , Beale , se retira , avec sa garnison , à bord de quelques bâtiments en rade, et fit voile pour le Brésil, où il ne tarda point à voir arriver, sous les ordres du capitaine Richard Munden, une division de vaisseaux de la flotte royale britannique ; on reprit aussitôt ensemble le chemin de Sainte-Hélène, et Ton y arriva dans la soirée du 14 mai 1673, sans avoir été aperçu par les Hollandais; un détachement de 200 hommes, commandé par le capitaine Redgwin, débarqua le lendemain, avant le jour, dans la baie qui a gardé depuis lors le nom de Prosperous-Bay , et se rendit, par Longwood, au sommet de Rupert's-Hill, pendant que le capitaine Munden se présentait devant la rade avec ses vaisseaux : les Hollandais se rendirent, et la colonie fut ainsi reprise sans coup férir.
Laissant le commandement de sa conquête au capitaine Kedgwin , avec une garnison de 160 hommes tirée de ses vaisseaux, Munden retourna eo
Angleterre, où ii fut fait chevalier. Par une charte du 16 décembre 1678, le roi rendit à la Compagnie des Indes la possession de Sainte-Hélène, à titre de propriétaire, avec les droits de souveraineté et l'autorité qui en découle : elle prit aussitôt à 6a solde la garnison et les officiers laissés par Munden , et désigna parmi ceux-ci un gouverneur, avec un vice-gouverneur et trois autres officiers pour former son conseil; la garnison fut ultérieurement réduite à 50 hommes, et une milice locale constituée au moyen de l'enrôlement des colons; on éleva des fortifications, on établit des postes d'observation, et la sécurité des possesseurs fut désormais assurée.
Le savant astronome Hailey étant venu, en 1676, observer à Sainte-Hélène le passage de Mercure sur le disque du soleil, la montagne où il avait monté ses instruments a depuis lors conservé son nom.
L'établissement de diverses taxes , et, entre autres, d'un impôt sur le bois nécessaire à la distillation de l'eau-devie de pomme de terre, donna lieu à un mécontentement qui prit de l'importance , et causa à plusieurs reprises des troubles et des émeutes où il y eut du sang répandu ; en 1684 , deux des mutins furent pendus et d'autres exilés; mais l'exemple fut perdu , les émeutes se renouvelèrent, et plus d'un gouverneur en fut la victime, jusqu'à ce qu'enfin toutes les distilleries furent supprimées en 1700 par ordre de la métropole, pendant le gouvernement du capitaine Poirier, protestant français que la révocation de Tédit de Nantes avait forcé à chercher à Sainte - Hélène une nouvelle patrie. L'administration vigoureuse du capitaine Roberts, de 1706 à 1714, acheva de rétablir la tranquillité.
Le gouvernement du colonel Brooke, de 1787 à 1801, fut signalé par des améliorations notables dans les constructions de la colonie, les fortifications et le système de défense de l'île, Sut devint, à cette époque, un dépôt e recrues pour les armées ae la Compagnie dans l'Inde ; dépôt qui s'éleva
jusqu'à plus de 15 000 hommes. Sous le colonel Patten, une épidémie de rougeole, apportée du Cap en 1807, séYit sur la population avec une telle intensité, qu'elle enleva, en deux mois, près de deux cents personnes; l'alarme qu'elle causa fit redouter l'invasion de la petite vérole, dont jusqu'alors on n'avait vu qu'un petit nombre de cas sans gravite , et l'autorité se hâta de rassurer les habitants en établissant un vaccinateur officiel.
Une cinquantaine de cultivateurs chinois ayant été introduits en 1810, sous le gouvernement du major général Beatson , l'essai eut des résultats si favorables , qu'on en fit venir bientôt après 150 autres; des agriculteurs furent en même temps envoyés d'Angleterre, et les améliorations obtenues par ce moyen augmentèrent considérablement les productions de Vile ; et cependant les mesures ordonnées par la métropole renchérissaient beaucoup le prix des denrées; ce qui, joint à la prohibition des spiritueux, réveilla le mécontentement et l'esprit de révolte ; des troubles sérieux éclatèrent à la fin de 1811 , et pour les réprimer il fallut recourir à une cour martiale et à des exécutions sanglantes.
Le colonel Mark-Wilks lut nommé gouverneur en 1813, et il occupait encore ce poste en 1815 , quand le gouvernement anglais, ayant résolu d'assigner Sainte-Hélène pour prison à l'illustre guerrier que la fortune avait trahi pour la seconde fois, reprit cette île des mains de la Compagnie des Indes» et y envoya en son propre nom un gouverneur, une forte garnison de troupes royales, et une division navale considérable.
Captivité de Napoléon.
Après le désastre de Waterloo, quand Napoléon eut signé son abdication au palais de l'Elysée , le 22 juin 1815, il se rendit à Rochefort , où des ordres étaient envoyés pour l'armement de deux frégates destinées à le transporter aux États-Unis, dès que les sauf-conduits nécessaires seraient arrivés; mais les sauf-conduits n'arri-
vaient point, les frégates n'osaient tenter d'échapper aux croisières ennemies , les vaisseaux de la flotte anglaise avaient reçu l'ordre de donner asile à Napoléon s'il se présentait, cet asile fut offert le 14 juillet par le capitaine Maitland commandant le vaisseau le Belléropkon ; et le lendemain Napoléon s'y embarquait, et faisait voile pour l'Angleterre , précédé de cette lettre mémorable qu'il adressait au prince régent :
« Altesse royale, « En butte aux factions qui divisent mon « pays, et à l'inimitié des plus grandes puis- « sauces de l'Europe , j'ai consomme ma « carrière politique. Je viens, comme Thé- « mistocle, m'asseoir au foyer britannique; « et je me mets sous la protection de ses « lois, que je réclame de Voire Altesse « Royale, comme du plus puissant, du plus « constant, du plus généreux de mes enne- « mis.
« Rochefort, x3 juillet x8i5.
« Napoleow . »
Le 24 juillet on mouilla à Torbay, et le 26 a Plymouth : toute l'Angleterre s'y porta pour voir le grand bomme, accueilli, dès qu'il paraissait sur le pont, par les acclamations de la foule, qui se parait d'oeillets rouges en témoignage de ses sympathies; mais, le 30 juillet, un commissaire du gouvernement vint à bord du BeUérophon notifier à l'empereur déchu la résolution prise de le déporter à Sainte-Hélène :
«L'ile de Sainte-Hélène a été choisie « pour sa future résidence ; le climat en est « sain, et la situation locale permettra qu'on « l'y traite avec plus d'iudufgence qu'on ue « le pourrait faire ailleurs, vu les précau- « tions indispensables qu'on serait obligé « d'employer pour s'assurer de sa personne. « — On permet au général Bonaparte de « choisir parmi les personnes qui Tout ac- « compagne en Angleterre, à l'exception « des généraux Savary et Lallemand , trois « officiers, lesquels, avec son chirurgien, « auront la permission de l'accompagner à « Sainte-Hélène, et ne pourront point quit- « ter File sans la sanction du gouvernement « britannique. Le contre-amiral sir George « Cockburn, qui est nommé commandant « en chef du Cap de Bonne-Espérance et des
38' Livraison. (Iles de l'Afbïqub.)
LinUYERS.
* MM* adjacente* , conduira !« général feo-
* •■parte et sa suite à Sainte-Hélène , et «recevra des iustruetions détaillées toa-
* ohant ftsiée*tnm du servies. »
Napoléon protesta énergiquement contre cette décision ; il disait, en terminant :
• J^n appelle à l'histoire : elle dira qu'an «ennemi qui fit vingt ans la guerre au « peuple fcâglais» Tint librement dans son « infortune chercher un asile sous ses lois. « Quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui « donner de son estime et de sa confiance?
* Slaia comment répondit-on en Angleterre •à une telle magnanimité? On feignit de «tendre une main hospitalière à cet en- « nemi; et quand il se fut livré de bonne « fol, on l'immola. »
Lé 4 août, le BeHêrophm appareilla tout à coup pour aller mouiller à Starpoint; On dit qu'un constable renaît de Londres avec un ordre d'habeas corpus pour réclamer la personne de Napoléon au nom des lois : c'eût été l'arracher aux arbitraires caprices du gouvernement , et l'on s'était empressé de mettre sa prison flottante non de la portée de l'officier ministériel. Deux Jours après, l'amiral Heith, accompagné du contre -amiral Cockburn, vint notifier à l'hôte dir Belleropkon la convention du 2 août, entre les quatre grandes puissances alliées ,
* sur les mesures les plus propres à « rendre impossible toute entreprise « de sa part contre le repos de 1 Eu- « rope. * Elle portait textuellement :
« Art. x". Napoléon Bonaparte est re- « gardé, par les puissances qui ont signé le « traité du a5 mars dernier, comme leur « prisonnier.
« A&t. a. Sa garde est spécialement con- « fiée au gouvernement britannique. Le « choix du lieu , et celui des mesures qui
* peuvent le mieux assurer le but de la pré* « sente stipulation, sont réservés à Sa Ma- « jesté Britannique.
« Art. 3. Les cours impériales d'Autriche « et de Russie, et la cour royale de Prusse, « nommeront des commissaires qui se ren- « dront et demeureront au lieu que le gou- « vernement de Sa Majesté Britannique aura « assigné pour le séjour de Napolcon Bo- « naparte, et qui, sans être chargés de la
» responsabilité dé si garde, Rassureront de «sa présence.
« Art. 4- SaMajestéTrèa-Clirétflcnnesera * invitée, au nom des quatre cours ci-des- « sus mentionnées, à envoyer également un « commissaire français au Ueii de détention « de Napoléon Bonaparte.
« Btc, etc. »
Le lendemain de .cette notification hâtive . l'illustre captif était transféré à bord du Northumbertand, dont l'aménagement s'acheva sous voiles.
Jusqu'alors l'empereur déchu avait trouvé personnellement autour de lui le respect et les égards dus è une auguste infortune; tout changea quand il fut sur le Northumbertand: on ne resta plus découvert en sa présence , et Ton oublia tellement les bienséances, que madame Bertrand fut obligée de dire à sir George Cockbum : « N'ou- «bliez pas, monsieur l'amiral, que « vous avez affaire à celui qui a été le « maftre du monde , et que les rois a briguaient l'honneur d'être admis à « sa table. »
On partit : les trois officiers que le général Bonaparte avait été autorisé à emmener étaient le général Bertrand , grand-maréchal ; les généraux de Montholon et Gourgaud , aides de camp; mesdames Bertrand et de Montholon suivaient la fortune de leurs maris; Napoléon emmena aussi comme secrétaire le comte de Las-Cases, son th&mbellan, avec son fils; plus ses domestiques. Tout le monde avait été désarmé; mais l'amiral Keith n'avait point voulu faire exécuter l'ordre à regard de Napoléon, qui garda ainsi son épée. Ses effets avaient été visités, son argent séquestré.
Le 17 octobre au soir, on débarqua à Sainte •Hélène. Napoléon passa la nuit dans une maison, espèce d'auberge ou d'hôtel garni situé sur la place de James-Town, où il ne devait plus revenir que dans son cercueil, au jour des réparations, à vingt-cinq ans de distance jour pour jour. Le lendemain matin, il alla, avec l'amiral Cocfcburn et le général Bertrand, visiter la maison de Longwood, qui lut était d'avance destinée; elle n'était point
ILES DE L'AFHIQUE.
habitable, et il fut reconnu indispensable de la restaurer. Au retour, Napoléon aperçut le pavillon de Briars, le visita , et demanda à y demeurer pendant qu'on réparerait Longwood , ce qui fut accordé sans difficulté. Ce n'était qu'une petite guinguette n'ayant qu'une pièce de rez-de-chaussée , surmontée d'un grenier, sans rideaux ni volets, ni meuWes ; c'est là le réduit où il devait se coucher, s'habiller, manga, travailler, demeurer, sauf à sortir pour le laisser nettoyer. Il y fit porter son lit de camp, et s'y installa immédiatement; Las*Cases et son fils Emmanuel furent logés dans le grenier; Bertrand, Montholon, Gour»
aaod et ses autres serviteurs restèrent éloignés de leur maître, ayant à faire deux nulles pour le venir trouver, et ne pouvant arriver jusqu'à sa personne qu'accompagne» cran soldat.
Les aliments qu'on lui portait de la ville étaient médiocres, souvent mauvais; on ne pouvait lui procurer de bains; et, pour ne point subir l'humiliation de ne sortir qu'escorté d'un officier anglais , il avait dû renoncer à l'exercice salutaire du cheval. Aussi, dès la première quinzaine, sa santé était déjà ébranlée.
Il avait dit, le 20 avril 1814 , à ses ' compagnons de gloire, dans ces adieux ai touchants de Fontainebleau : « J'écri- « rai les grandes choses que nous avons • Élites » ; il se souvint a Briars de sa et commença à dicter ses npacnes d'Italie à Las-Cases , qu'à mit l'affaiblissement de ses yeux son fils Emmanuel aidait et suppléait parfois. Bertrand reçut les dictées dç, la campagne d'Egypte; Montholon et Gourgaod eurent aussi leur part de travail: et, pendant tout le temps
S'! vécut à Sainte-Hélène, cette noi occupation fut son refuge le plus efficace contre les mortels ennuis de la captivité. « L'empereur s'habillait de fort bonne heure » , nous dît Las- Cases dans son précieux Mémorial; « il faisait dehors quelques tours ; nous déjeunions vers dix heures; il se pro- **; encore, et nous nous mettions an travail; je rai lisais ce
'il m'avait dicté la veille, et que mon
i avait recopié le matin ; il le corrigeait, et me dictait pour le lendemain; nous rassortions sur les cinq heures, et revenions dîner à six heures, si toutefois le dîner était arrivé de la ville. » t
Enfin, le 10 décembre, Longwood étant prêt à recevoir son prisonnier, il y fut transféré avec ses compagnons et ses serviteurs , sauf le grand-maréchal , qui fut logé à Hufs-Gate. Un principal corps de logis, en forme de T , constituait l'habitation spéciale de l'empereur : on y entrait par un vestibule de treillage formant l'extrémité inférieure du T ; ensuite venait une grande antichambre, puis le salon ; derrière, et en travers , la salle à manger, fort obscure ; et à la suite , la bibliothèque terminant l'aile gauche du bâtiment; du côté opposé, le cabinet de travail , et la chambre à coucher terminant l'aile droite ; derrière la chambre, une petite pièce où l'on avait construit grossièrement une baignoire en planches, et derrière le cabinet de travail, un corridor où venait . coucher le valet de chambre de service. Diverses constructions , en arrière du bâtiment principal, servaient de logement aux généraux de Montholon et Gourgaud, à MM. de Las-Cases, et au reste de la maison, dont l'organisation fut gaiement arrêtée ainsi : le grandmaréchal, dont l'habitation fut plus tard rapprochée de Longwood , demeurait te commandant et le surveillant général de tout le service; le comte de Montholon eut la charge des détails domestiques ; le baron Gourgaud, celle de l'écurie; le comte de Las-Cases, l'intendance du mobilier.
Les onze domestiques en titre, avec leurs aides , étaient répartis en trois services : la chambre, la livrée, et la bouche. Le docteur 0' Méara , chirurgien du Northumberland , attaché d'office à l'illustre captif, se dévoua à lui comme un véritable Français , et cet attachement a rendu aussi son nom historique.
Les privations, les vexations qui avaient pu, à Briars, ne sembler que
L'UNIVERS
des inconvénient» temporaires, se perpétuèrent à Loogwood : toute sortie était surveillée , toute course un peu moins restreinte devenait un danger; et , une fois , l'empereur lui-même se vît couché en joue. Il devait à bon , droit s'indigner de ces outrages ; mais il était au-dessous de sa dignité de se plaindre : « J'ordonne » , disait-il, « ou « je me tais » ; et il se réfugiait dans les souvenirs de sa gloire: «Nous « n'avons de trop ici que du temps », disait-il encore; et ce temps, il le consacra à dicter l'histoire des merveilles de son règne.
Le 14 avril 1816, des bâtiments furent signalés en mer : c'était le lieutenant général sir Hudson Lowet gou* verneur de Sainte-Hélène, qui arrivait; c'était un homme d'environ quarantecin<j ans, de taille ordinaire , mince , maigre, sec, rouge de visage et de chevelure, marqueté de taches de rousseur ; des yeux obliques , regardant à la dérobée et jamais de face , recouverts de sourcils d'un blond ardent et très-jproéminents : « Il est hideux » , dit "empereur après avoir reçu sa visite ; « c'est une face patibulaire ; « mais ne nous hâtons pas de pronon- • cer : le moral, après tout , peut rac- «commoder ce que cette figure a « de sinistre. Cela ne serait pas im- « possible». Mais quand il eut connu cet homme à ses œuvres, il put lui dire en face : « Le plus mauvais pro- « cédé de vos ministres n'a point été de « m'envoyer à Sainte-Hélène, mais bien « de vous en avoir donné le comman- « dément ; vous êtes pour nous un plus « grand fléau que toutes les misères « de cet affreux rocher » ; et une autre fois, se tournant vers l'amiral Malcolm , qui se portait comme médiateur : « Les fautes de M. Lowe » , dit -il, «viennent de ses habitudes « dans la vie ; il n'a jamais commandé « que des déserteurs étrangers , des « Piémontais , des Corses , des Sid- « liens, tous renégats et traîtres à leur « patrie , la lie , l'écume de l'Europe ; « s'il eût commandé des hommes, des « Anglais, s'il l'était lui-même, il au- « rait des égards pour ceux qu'on doit
« honorer » : puis encore à lui-même, ces paroles qui l'ont stigmatisé à tout jamais : « Vous déshonorez votre na- « tion , et votre nom restera une flé- « trissure ». — « Ce gouverneur » , ajoutait -il, «n'a rien d'Anglais, ce « n'est qu'un mauvais sbire de Sicile.
« Je me plaignais d'abord qu'on m'eût « envoyé un geôlier ; mais aujour- « d'hui je prononce que c'est un bour- «reau! »
On ne pouvait, en effet, accumuler sur l'auguste exilé plus de tâches vexations : on trouva que sa dépense était trop lourde, et on lui enleva huit domestigues anglais qu'on lui avait donnés; aeux mois après, on le forçait à congédier quatre de ses propres serviteurs venus de France. On fixa sordidement la consommation journalière du vin, et ce vin était exécrable; la nourriture n'était pas moins mauvaise; pour ne pas manquer du nécessaire , l'empereur ordonna de vendre mensuellement une certaine quantité d'argenterie qu'on brisait tout exprès, après avoir limé les écussons. Il avait renoncé à monter à cheval pour se soustraire aux pièges et aux outrages dont on voulait le rendre l'objet en le faisant insulter par les sentinelles ; * plus tard, il dut se priver même de la promenade à pied pour éviter les mêmes inconvénients ; on resserra les limites dans lesquelles il pouvait se mouvoir: au coucher du soleil, les sentinelles étaient posées contre l'enceinte même du jardin, et Las-Cases écrivait alors cette horrible prophétie : « C'est une manière de 1 assassiner aussi certaine et plus barbare que le fer et le poison ». Mais dans ce jardin même, le seul endroit où, en plein air, il se trouvât un peu d'ombre, grâce à l'attention que l'amiral Malcolm avait eue d'y faire élever une tente par ses matelots, des visites inattendues et fréquentes de l'odieux gouverneur venaient relancer jusque dans cette dernière retraite l'auguste prisonnier, qui s'éloignait à son approche, en laissant échapper cette plainte douloureuse : « Le misérable iu*en- « vie , je crois , l'air quç je respjjre ! »
Aucune communication écrite ne pouTait avoir lieu, entre les prisonniers et leurs amis du dehors, que par l'intermédiaire officiel du gouverneur; des lettres d'Europe, venues par la voie ordinaire, étaient impitoyablement arrêtées, ouvertes, et renvoyées sans être communiquées aux destinataires; des livres, adressés même par des membres du parlement anglais, étaient arbitrairement retenus s'ils portaient sur la reliure le titre d'empereur, ou même l'inscription A Aapolécn le Grand. Bien plus, un ancien domestiaue du comte de Las- Cases fut perfidement employé à provoquer une lettre de celui-ci pour l'Europe; et une fois la lettre saisie, JLas-Cases lui-même fut subitement arrêté et mis au secret , tous ses papiers séquestrés et fouillés , et après un mois de prison , lui-même embarqué avec son fils pour une nouvelle prison au cap de Bonne-Espérance.
Tant de persécutions portaient leur fruit : la santé de l'empereur s'altérait gravement: une hépatite chronique s'était déclarée; on trouva importun le zèle d'O'Méara, qui avait appelé l'attention des ministres de sa patrie sur le danger, et on le renvoya. D'un autre côté , la santé délabrée du général Gourgaud l'obligea aussi à revenir en Europe ; et Napoléon n'eut plus , pour alléger le fardeau de ses peines, que les familles Bertrand et Montholon. Il resta sans médecin
Sendant près d'une année; et la malaie avait pris un caractère incurable quand arrivèrent près de lui, le 23 septembre 1819, le docteur Antonmarchi, et les chapelains Buonovita et Vignale, tous trois compatriotes de Napoléon, envoyés de Borne par son oncle le cardinal Fesch. La mort du grand homme était prévue, annoncée avec désespoir , et ses causes hautement signalées au ministère anglais ; mais ces avertissements étaient reçus comme de vaines clameurs. Dix - huit mois s'écoulèrent dans des alternatives de crises, de rétablissement apparent, et de rechutes de plus en plus graves. Sûr d'une mort prochaine, il s'enferme,
le 15 avril 1891 , avec Montholon et Marchand , et fait ce testament où il n'oublie personne, illuminant les uns du reflet de sa glorieuse immortalité, clouant les autres pour jamais au pilori de l'histoire ; c'est là qu'il écrit : « Je meurs prématurément, assassiné « par l'oligarchie anglaise et son si- « caire; le peuple anglais ne tardera « pas à me venger. ■ Le lendemain, il répète, dans un codicille, ce vœu si cher qui ne devait s'accomplir qu'au bout de vingt ans : « Je désire que « mes cendres reposent sur les bords « de la Seine, au milieu de ce peuple « français que j'ai tant aimé. »
Le 19 avril, il était mieux, mais n'en sentait pas moins sa fin approcher : le docteur Arnold , chirurgien d'un régiment anglais, étant venu près de lui, l'empereur fit approcher le
§rand-maréchal, et lui ordonna de trauire, sans omettre un mot, ces solennelles paroles :
« J'étais venu m'asseoir au foyer du peu- « pie britannique; je demandais une loyale « hospitalité ; contre tout ce qu'il y a de
• droits sur la terre , on me répondit par « des fers. J'eusse reçu un autre accueil « d'Alexandre, de l'empereur François, du « roi de Prusse ; mais il appartenait à l'Angleterre de surprendre, d'entraîner les « rois, et de donner au monde le spectacle « inouï de quatre grandes puissances s'a- « charnant sur un seul homme. C'est votre « ministère qui a choisi cet affreux rocher, « où se consomme, eu moins de trois ans, « la vie des Européens , pour y achever la «mienne par un assassinat Et comment « m'avez-vous traité depuis que ie suis sur « cel écueil ? Il n'y a pas une indignité dont « vous ne vous soyez lait une joie de m'a- « breuver. Les plus simples communications « de famille, celles même qu'on n'a jamais
• interdites à personne, vous me les avez « refusées... Ma femme, mon fils, n'ont plus « vécu pour moi : vous m'avez tenu six ans « dans la torture du secret. Dans cette île « inhospitalière, vous m'avez donné pour « demeure l'endroit le moins fait pour être « habité, celui où le climat meurtrier du « tropique se fait le plus sentir ; il a fallu « me renfermer entre quatre cloisons , moi «qui parcourais i cheval toute l'Europe! « Tous m'avez assassiné longuement, avee
• préméditation, et l'infime Hudson a été
LuravEia
« fegétoteor d* hautes ouvres de toi mi- « iiistre&.« Vom finirez comme la «uperbe « république de Venise ; et moi, mourant « sur cet affreux rocher, privé des miens, « et manquaut de tout, je lègue l'opprobre « de ma mort à la maison régnante d'An- « gleterre. »
Le 21 avril , il reçut les consolations de la religion. Le 34 , il eut encore la force d'ajouter quatre nouveaux codicilles à son testament ; le 28, il chargea spécialement Antonmarchi de faire l'autopsie de son cadavre, et d'en rendre comptée son fils. Le 9 mai, il fit ses adieux à ses fidèles compagnons; et le 5 mai, à six heures du soir, il expira. Le lendemain , Antonmarchi procéda religieusement à l'autopsie qui lui avait été recommandée, et constata que Napoléon, victime du climat, avait succombé à une gastro-hépatite chronique. L'administration anglaise essaya vainement d'échapper à cette condamnation suprême, en envoyant huit médecins chargés de déclarer, dans leur procès «verbal, que la mort était la suite d'une affection cancéreuse héréditaire : Antonmarchi refusa de signer cet audacieux mensonge.
Pendant que Napoléon subissait à Sainte-Hélène sa longue agonie, des cœurs généreux combinaient, préparaient au loin des projets d'enlèvement. Nous rapporterons seulement , à cause de sa singularité, celui au'avait formé Johnson, fameux contrebandier anglais. Il faisait construire deux bâtiments sous-marins, V Aigle et Y Etna; le premier du nort de 114 tonneaux, ayant 84 pieds de long sur 18 de large, et marchant à la vapeur avec deux machines de la force de 30 chevaux chacune; le second, de 93 tonneaux, avait 40 pieds de long, 10 de large, et devait marcher avec une machine de 10 chevaux, à haute pression. Il y embarquait beaucoup de munitions de guerre, trente hommes choisis, et quatre ingénieurs ; on devait prendre aussi vingt appareils incendiaires , capables de détruire autant de bâtiments de la station en cas d'obstacle de leur part. Les deux bateaux sous-marins auraient été placés l'un à distance, l'autre eu
pied d'un rocljer surplombant qui est en face de Longwood, et qui , haut de 2 000 pieds et regardé comme inaccessible, éloignait tout soupçon. Johnson se serait rendu pendant la nuit , par un autre chemin, au sommet de ce rocher, pour y fixer un piton de fer avec une poulie destinée à faciliter en temps opportun le jeu d'une corde faisant à volonté monter ou descendre un fauteuil mécanique. Toutes choses ainsi préparées , il aurait obtenu d'être introduit près de l'empereur, et son plan agréé, tous deux,
favorable, ils auraient gagné le rocher : une pelote de fil de caret, fixée par l'un des bouts au piton, et lancée aux hommes embusqués au pied du rocher» aurait servi à remonter l'extrémité de la corde-maîtresse ; plus de difficulté alors pour la passer dans la poulie, hisser le fauteuil mécanique, s'y placer, redescendre, s'embarquer dans Y Etna, et de là passer dans V Aigle , pour y demeurer tout le jour ; le soir venu, s'éloigner à toute vapeur jusqu'à une distance où Ton pût non-seulement émerger, mais hisser mât et voile, tout prêt, en cas de danger, à les abattre pour s'immerger de nouveau , manœuvre qui n'exigeait pas plus de 40 minutes; Y Etna faisant alors jouer contre l'ennemi ses terribles moyens incendiaires. On aurait ainsi gagné les États-Unis, d'où Johnson, s'adressant au gouvernement anglais par l'intermédiaire de son ami et patron le duc S York, aurait réclamé un asile plus décent et plus honorable pour Sa Majesté Impériale; si cette tentative échouait, comme il s'y attendait, il aurait proposé à l'empereur de le conduire en France, où il pouvait compter sur un accueil très-ravorable. Quelles que dussent être les chances d'un tel projet, on en était au doublage en cuivre des deux bateaux quand arriva la nouvelle de la mort de Napoléon.
Le trépas n'avait pas mis fin à l'exil du grand empereur; ses exécuteurs