‹ Iles de l'AfriqueChapitre 54 sur 82 · SI · texte numérisé non relu

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subirent le refus de transporter ses restes en Europe, et il fallut se résigner à l'enterrer loin de la patrie : lui-même , à Hut's-Gate,

Èngeant du regard dans la vallée om* use du Géranion, avait dit au grandmaréchal : « Si je dois mourir sur ce ro- « cher, faites-moi enterrer au-dessous « de ces saules, près de ce ruisseau. » Ses compagnons obtinrent du moins pour sa dépouille mortelle ce dernier asile. Après être resté deux jours exposé sur un lit de parade, revêtu de J'omfbraie vert qu'il affectionnait, celoi des chasseurs à cheval de sa garde, décoré de ses ordres, étendu sur le manteau qu'il avait porté à Marengo, entouré des hommage* et des pleurs de toute la population de l'Ile , son corps fut embaumé, revêtu de nouveau de l'habit militaire, et renfermé dans un quadruple cercueil, avec deux vases d'argent contenant le cœur et les entrailles.

Le 9 mai eut lieu la cérémonie funèbre; on se mit en marche dans Tordre suivant : Napoléon Bertrand , filleul de l'empereur, fils du grand-maréchal; le chapelain Vignale, revêtu de ses habits sacerdotaux; les docteurs Antonmarchi et Arnold ; vingt-quatre grenadiers anglais destinés a descendre le cercueil au bas de la colline; ensuite le char funéraire où le corps était placé , et immédiatement après , le cheval de Napoléon; les exécuteurs testamentaires, comte Bertrand, comte Montholon , et Marchand premier valet de chambre ; les autres serviteurs de Napoléon escortaient à pied le convoi , oue la comtesse de Montholon suivait en voiture avec sa fille. Alors commençait le cortège anglais :

d'abord un groupe d'officiers de terre rt de mer; les membres du conseil de l'île ; le général Coffin et le marquis de Montehenu, commissaires de 1 empereur (f Autriche et du roi de France ; l'amiral commandant la station navale; enfin , le gouverneur, que sa femme et sa fille suivaient en grand deuil, dans une voiture. Trois mille hommes sous les armes formaient l'escorte.

Un caveau avait été préparé ; le ce* cueil y fut descendu par les grenadiers i les dernières prières furent récitées par l'abbé Vignale, et douse salve* d'artillerie complétèrent les honneurs rendus, sur la terre d'exil, au cadavre decelui que, vivant, on y avait abreuvé des plus ignobles vexations. Ses compagnons et ses serviteurs quittèrent alors ee rocher, où ils avaient accompli tous les pieux devoirs d'une fidélité inaltérable, et revinrent enfin dans la patrie. De son edté , l'odieux Hudson Lowc retourna en Angleterre, où le jeune Emmanuel de Las-Cases alla lui infliger un de ces outrages (un coup de cravache) qui ne peuvent se laver que dans le sang, mais dont la tache ineffacée n'ajouta qu'une flétrissure de plus à ce nom que la parole de Napoléon avait honni pour jamais.

Le gouvernement anglais restitua à la Compagnie des Indes orientales la possession effective de Sainte-Hélène, où les troupes royales' furent remplacées par celles de la Compagnie , sous les ordres du brigadier-général Walker, comme gouverneur; et les bâtiments de Longwood, rendus à leur destination primitive jurent abandonnés aux plus vils usages. La charte des privilèges commerciaux de la Compagnie n'ayant point été renouvelée en 183S, la Cour des Directeurs refusa de demeurer chargée des dépenses de l'tle de Sainte -Hélène, qui ne lui offrait plus désormais les avantages qu'elle en retirait sous le régime qui venait d'être abandonné ; la couronne en reprit, en conséquence, possession ; des troupes royales vinrent de nouveau relever celles de la Compagnie, et le brigadier-général Dallas fût remplacé comme gouverneur par le major-général Midalemore, pourvu en cette qualité d'une nomination royale*

Restitution à la France des reste?

mortels de Napoléon*

Lorsqu'en 1830 la France eut repris les couleurs sous lesquelles Napoléon l'avait tant de fois conduite a

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la victoire, des pétitions adressées aux chambres législatives vinrent chaque année exprimer le vœu que la dépouille mortelle de ce grand homme fût rendue à la patrie dont il était l'orgueil, et les chambres à leur tour transmettaient ce vœu auprésidentdu conseil des ministres. En 1840 ce vœu Ait accompli : M. Thiers à Paris, M. Guizot à Londres, réclamèrent officiellement du gouvernement britannique la restitution de ce précieux dépôt; la demande fut immédiatement accordée, et les chambres votèrent aussitôt un crédit spécial d'un million de francs pour la translation des restes mortels de l'empereur Napoléon, de Sainte-Hélène à Paris, et la construction de son tombeau dans l'église des Invalides. Un fils du roi, le prince de Jo in vil le, alors capitaine de vaisseau, fut désigné pour commander l'expédition qui allait remplir cette honorable mission; la frégate la Belle-Poule et la corvette la Favorite furent mises sous ses ordres. Il devait emmener avec lui le général Bertrand et son fils Arthur, le général Gourgaud, le baron Emmanuel de Las-Cases, MM. Marchand, Saint- Denis, Noverraz, Pierron, Archambaud, tous anciens compagnons d'exil et fidèles serviteurs de l'auguste prisonnier; l'abbé Coquereau, aumônier de l'expédition, et le comte Philippe de Ronan -Chabot, commissaire spécial du roi des Français.

L'expédition partit de Toulon le 7 juillet, toucha à Cadix, à Madère, à Tenérife, à Bahia, et vint atterrir à Sainte-Hélène le 8 octobre ; avant que la frégate eût mouillé, le fils du gouverneur Middlemore, envoyé par son père malade, et plusieurs autres officiers anglais, s'étaient rendus à bord pour offrir leurs hommages au prince, car le brig le Dolphin avait déjà porté au général les ordres et les instructions de son gouvernement pour la remise qu'il était chargé de faire. Le brig français rOreste était aussi en rade depuis la veille, ainsi que deux navires du commerce , l'un de Bordeaux, l'autre du Havre.

On débartua le lendemain, au tarait des salves d'artillerie des forts et des vaisseaux, la garnison sous les armes; reçu au débarcadère et comblé de prévenances par toutes les autorités de l'Ile , sauf le gouverneur retenu malade à Plantation-House, où Ton fut conduit aussitôt par les chevaux et les voitures tenus d'avance à la disposition du prince et de sa suite : le général avait quitté son lit pour venir recevoir l'auguste visiteur; les mesures à prendre pour remplir le but de la mission furent immédiatement réglées entre le comte de Chabot et le gouverneur, qui déclara officiellement que, le jeudi 15, les restes mortels de I empereur Napoléon seraient remis entre les mains du prince ; puis on fit le pieux pèlerinage des lieux que l'illustre victime avait habités : Briars, au milieu de sa verte pelouse; Longwood, délabré, profané, montrant dans le salon, à la place même où avait été porté le lit où le héros expira, un ignoble moulin ; et au lieu de sou appartement intérieur, une stable, une sale écurie, sur l'emplacement de sa chambre et de son cabinet; les officiers anglais s'éloignèrent rouges de honte quand le prince y entra. Le tombeau seul avait été religieusement gardé : c'étaient trois grandes dalles un peu élevées au-dessus du sol, entourées d'une plate-bande de terre où s'épanouissaient encore , au milieu d'autres fleurs, quelques géra nions plantés jadis de la main de la comtesse Bertrand , le tout enclos d'une grille de fer sans ouverture ; un vieux saule pleureur étendait ses longs rameaux sur cette humble sépulture , un autre gisait sur l'herbe; à l'entour, d'autres saules, des mélèzes, des cyprès, dans une enceinte d'environ quarante pas, défendue par un treillage de bois à hauteur d'appui. On emporta, comme une relique précieuse, le tronc du vieux saule abattu.

Le mercredi 14 octobre, tout ayant été disposé pour procéder à l'exhumation, les avenues de la vallée du Tombeau furent soigneusement gardées, et vers minuit se trouvèrent réunis

antonrde la grille, dn c6té des Français, le comte de Rohan-Chabot commissaire du roi, le général Bertrand a son fils Arthur, le général Gourgaud, le baron Emmanuel de Las- Cases, le fidèle Marchand, et les quatre vieux serviteurs, Noverrafc, Pierron, Archambaud et Saint-Denis, les trois capitaines de corvette Gbarner, Guyot et Doret, le chirurgien-major Gaillard et le plombier Roux, enfin l'abbé Coquereau et deux enfants de chœur, en tout dix-huit personnes; du côté des Anglais, le capitaine du génie Alexander délégué du gouverneur, le chef de la justice Wilde, le lieutenant-colonel d'artillerie Haroelin-Trelawney membre du conseil de gouvernement, le colonel Hodson aussi membre du conseil, le lieutenant-colonel Seale secrétaire du gouvernement, le lieutenant de vaisseau Littethales, et M. Darling qui avait surveillé les travaux de sépulture, avec leplombier qui avait soudé le cercueil, en tout huit personnes, non compris les ouvriers du génie chargés des travaux d'exhumation sous les ordres du capitaine Alexander.

Le tombeau ayant été reconnu parfaitement intact, les travaux commencèrent; la grille de fer fut enlevée, puis les dalles, puis la terre remplissant jusqu'à plus de deux mètres de profondeur la partie supérieure du caveau ; on atteignit alors une couche déciment romain, sous laquelle en était une autre de moellons cimentés et cramponnés d'une telle résistance, qu'elle ne céda qu'après cinq heures d'efforts continus, laissant alors à découvert une dalle de marbre blanc, fermant le sarcophage en pierres de taille qui contenait le cercueil. Après quelques précautions sanitaires, la dalle fut enlevée, l'eau bénite répandue, et le Deprofundis récité par le prêtre; le cercueil retiré du caveau fut transporté, sur les épaules de douze soldats, dans une tente préparée pour le recevoir, pendant que 1 abbé | Coquereau, en habits sacerdotaux, 1 précédé de la croix, et suivi de l'enunt de choeur portant le bénitier, ac-

complîssait la eérémonte religieuse de la levée du corps.

On ouvrit la bière d'acajou formant l'enveloppe extérieure, que l'humidité avait altérée, et le cercueil de plomb qu'elle contenait fut place dans un autre, de même matière, apporté tout exprès de France; alors arrivèrent, d'une part, le lieutenant de vaisseau Toucbard, officier d'ordonnance du prince de Join ville, envoyé par S. A. R. pour s'assurer du degré d'avancement des travaux, de l'autre le général Middlemore, accompagné du lieutenant Middlemore son fils et son aide de camp, et du lieutenant Barnes major de la place ; et l'on procéda immédiatement à l'ouverture du cercueil intérieur ; sous celui de plomb en était un de bois des îles, parfaitement conservé, et dans celui-ci un dernier en fer-blanc. Quand la feuille supérieure eut été enlevée, ainsi que la couche de ouate qui garnissait intérieurement le cercueil, on retrouva le corps entier de Napoléon dans un état surprenant de conservation, la tête relevée par un coussin, presque momifiée, les mains encore souples et jolies, le bout des pieds d'un blanc mat apparaissant hors des bottes décousues ; le grand cordon de la Légion d'honneur tranchait d'un rouge vif sur la veste et la culotte de Casimir blanc ; la plaque d'argent de l'ordre était noircie ; mais les décorations en or avaient gardé tout leur éclat. Son chapeau était posé sur ses genoux, les vases d'argent contenant le cœur et les intestins se voyaient entre les jambes. Ses compagnons, ses serviteurs, reconnaissaient en sanglotant les traits de celui qu'ils avaient tant aimé.

Après un examen attentif et quelques précautions conservatrices, le docteur Guillard replaça l'enveloppe de satin ouaté, et le cercueil fut clos; on revissa* le couvercle de bois des fies, on ressouda hermétiquement l'ancien cercueil de plomb, et l'on souda pareillement le nouveau, dont le couvercle portait en lettres d'or :

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