‹ Iles de l'AfriqueChapitre 55 sur 82 · LE ¥ MAI · texte numérisé non relu

LE ¥ MAI

M DGCG XXI.

Le tout fut renfermé dans un sarcophage en ébène, préparé en France, et portant simplement en lettres d'or le nom de napoléon, et la clef en fut officiellement remise, par le capitaine Alexander, au comte de Chabot. On • transporta alors ce lourd cercueil ( il pesait 1900 kilogrammes), sur un char fanèbre, et on le couvrit du manteau impérial de velours violet semé d'abeilles d'or, traversé d'une grande croix d'argent, entouré d'une riche broderie d'or où se mêlaient des N et l'aigle impériale couronnée, le tout encadré dans une magnifique bordure d'hermine ; les glands en étaient tenus

Sr MM. Bertrand , Gourgaud , Lasises et Marchand. Alors le cortège s'ébranla, sous les ordres du gouverneur, auquel était venu se joindre le major-général Churchill, avec ses aides de camp. Le char fut monté à force de bras d'hommes, plutôt que par les quatre chevaux qui y étaient attelés, jusqu'à la grande route de James'- Town, et Ton se dirigea vers la ville dans l'ordre suivant :

D'abord 220 miliciens commandés par le lieutenant-colonel Seale, puis 140 soldats de ligne (tous ceux dont on avait pu disposer) sous les ordres du capitaine Blackwell, ensuite la musique des miliciens, enfin l'abbé Coquereau avec les deux enfants de chœur portant la croix et l'eau bénite, précédaient le char. Deux files d'artilleurs sur les côtés, et une quarantaine derrière le char, aidaient, sous la surveillance personnelle du lieutenant-colonel Trelawney, à en assurer la marche dans cette descente difficile. Ensuite venaient le comte de Chabot, conduisant le deuil, et les français qui avaient assisté à l'exhumation. Après eux les autorités civiles, militaires et maritimes de Sainte-Hélène; puis le major-général Middlemore gouverneur, ayant à sa droite

le chef de la justice et le liegtentntcolonel Hodson membre du conseil, à sa gauche le général Churchill et ses officiers ; enfin les principaux ha* bitants de 111e, en grand deuil. Le cortège était fermé par une compagnie d'artillerie royale et un détachement de miliciens, que suivait une nombreuse population.

En arrivant à la ville, les miliciens qui ouvraient la marche se rangèrent en haie, jusqu'à la porte de sortie, et les soldats de ligne, depuis la porte jusqu'au débarcadère ; les fenêtres et les balcons étaient garnis de monde, les chemins serpentant sur le flâne des montagnes en étaient couverts; le fort et la frégate ne cessaient de tirer de minute en minute depuis le départ du convoi; les pavillons étaient descendus à mi-mât, et les vergues croisées en pantenne : tout donnait à cette marche l'apparence d'un deuil solennel.

Au débarcadère se trouvait le prince de Joinville, en grande tenue, à la tête des états-majors de la Belle-Poule, de la Favorite et de FOre$tey formés en double haie; à l'approche du char, tout le monde se découvrit, les bâtiments redressèrent leurs vergues, hissèrent leurs couleurs et se pavoisé* rent; le général Middlemore fit au prince la remise officielle du cercueil, qui fut placé dans la chaloupe : le prince, commandant en personne, se tint à la barre, ayant à sa droite le comte de Chabot, à sa gauche le capitaine de vaisseau Hernoux, son aide de camp; l'aumônier et la famille de l'empereur autour du catafalque. Le pavillon de soie aux trois couleurs rut hissé, et l'on entendit aussitôt, comme un roulement de tonnerre, une salve, en feu de file, de toute l'artillerie des vaisseaux; la même salve se renouvela trois fois entre le départ de la chaloupe et son arrivée à la frégate ; deux canots la précédaient, deux l'accompagnaient sur les flancs, deux la suivaient: la marche était lente etrégulière. Arrivésà bord, les états-majors se formèrent en haie, le sabre à la main ; un détachement

Kl

«toit mm les armes* tu battit aux champs, la musique se fit entendre, et le cercueil fat déposé en chapelle ardente, en faee d'un autel dressé sur le pont; après l'absoute, quatre factionnaires furent rangés autour du catafalque, et Ton se retira.

Le lendemain matin 16 octobre, les états-majors et les équipages réunis des bâtiments français en rade assistèrent a un service funèbre solennel à bord de la frégate; quand il fût terminé, le cercueil fut descendu dans la chapelle disposéVdans rentre-pont ; on attendit que tous les actes officiels de cette mémorable cérémonie fussent écrits , signés et échangés ; et le dimanche 18 octobre, on mit à la voile pour la France. On atteignit Cherbourg le 30 novembre; le cercueil impérial fut transbordé sur le bateau à vapeur la Normandie, qui partit pour le Havre , escortée du Courrier et du Viloce ; entré en rivière de Seine, un nouveau transbordement eut lieu sur la Dorade, d'un moindre tirant d'eau, et Ton remonta vers Paris, salué sur tonte la route par une population immense ; les rives disparaissaient sous les pas d'une multitude empressée. Enfin, le mardi 15 décembre, les restes mortels de l'empereur Napoléon, partant de Courbevoie sur un char magnifique, entrèrent à Paris par cet arc de triomphe qu'il avait ordonné lui-même pour sa grande armée, et vinrent trouver leur dernière demeure sous le dôme des Invalides, où le roi en personne, entouré de toutes les illustrations de l'État, tes reçut, au nom de la France, des mains du jeune prince qui les avait rapportés de Sainte-Hélène.

ILES DB TBISTAN DA CUtfllA,

Description.

Le petit groupe d'îles qui porte le nom de Tristan da Cunha forme , à 420 lieues dans le sud de Sai nte-Hélène, a 460 lieues dans l'ouest du cap de Bonne-Espérance, et à 550 lieues dans l'est des côtes du Brésil , un triangle de 10 milles de base sur 20 milles de

hauteur, dont le sommet, occupé par

lifte principale, est dirigé au nord-est, tandis que les deux autres angles sont marqua par des lies plus petites, orientées entre elles nord -ouest et sud-est. On peut, d'une manière générale, distinguer ces trois lies par leur position relative , en désignant tour à tour celle du nord, celle de l'ouest , et celle du sud.

La plus grande , celle du nord , qui a conservé spécialement la dénomination de Tristan da Cunha, est située par une latitude moyenne de 37» & sud , et une longitude moyenne de 14° 31' à l'ouest du méridien de Paris} sa figure est trapézoïde; elle a environ 6 milles de diamètre , 17 milles de tour, et 6 000 hectares de superficie.

La seconde en étendue, celle de l'ouest, appelée Inaccessible à cause de son aspect , est éloignée de 18 mil* les au sud-ouest 1/4 ouest de la première ; elle gît moyennement par 37° 18' de latitude méridionale et 14° 43* de longitude occidentale; c'est un parallélogramme de 9 milles de long, sur 1 mille 1/3 de large, avant 8 milles de tour, et un millier d'hectares ert superficie; à l'un de ses angles, qui s'allonge en pointe au sud-est , fait face une roche élevée, qui ressemble à un bateau sous voiles.

La troisième île du groupe, celle du sud, qui a reçu le nom de Rossignol, est située à 10 milles au sud-est de la seconde, et à 18 milles au sud-ouest 1/4 sud de la première , par 87° 36' de latitude méridionale et 14° 38' de longitude ouest; elle a environ 1 mille et 1/3 de diamètre moyen , 6 à 7 milles de tour, et 700 hectares de superficie ; on voit , à sa pointe nord , deux flots rocailleux, qui ont l'apparence d'un vieux fort démoli; et il yen a quelques autres, dit-on, à son extrémité sud.

Placées sur la route des navires qui s'avancent loin au delà des vents ré* guliers du sud-est, pour gagner les fortes brises de l'ouest qui leur aideront à doubler le cap de Bonne-Espérance , ces îles, hautes et escarpées , s'aperçoivent à de grandes distances ; la première est déjà visible à 75 ou

vu

L'UNIVERS

80 milles, reconnatssaMe à mn énorme piton conique, surmontant an immense socle de rochers , et culminant à plus de 2 300 mètres d'altitude; la seconde laisse distinguer à 50 milles son plateau bosselé, coupé tout à l'entour en falaises inabordables; et la dernière se montre à plus de 30 milles, découpant sur l'horizon la silhouette de son double morne, et de l'enfoncement qui en accuse la séparation.

En approchant, on trouve la mer couverte, sur un vaste espace , d'immenses branches de goémons flottants, qui en embarrassent les abords. En général, les côtes en sont saines et les eaux profondes; sur la côte nord de la plus grande est un mouillage assez bon, où Ton a 30 brasses sur un fond de vase à un mille du rivage , et 30 brasses sur un fond de roche à un demi-mille : on peut aussi mouiller par 20 brasses sur un fond de sable et de cailloux, à un mille de la pointe nord-est de l'île Inaccessible , et par 33 brasses sur un fond de gravier brun mêlé de sable rouge à un mille dans le nord-est de l'Ile Rossignol.

Mais dans tous ces mouillages forains, il importe de se tenir sur ses gardes contre le moindre changement de temps; car il arrive fréquemment, surtout pendant l'hivernage, qu'il se forme soudain une grosse houle, produite par des coups de vent inattendus, et que la tempête jette les bâtiments à la côte, ainsi qu'il est arrivé au brig de guerre anglais Julia , entraîné et brisé sur l'Ile principale, et au navire du commerce Blendon- Hall, qui se perdit en 1821 sur l'île Inaccessible. Ce sont les vents du nordouest et du nord qui sont principalement redoutables.

La nature du sol des trois lies est uniformément volcanique; le naturaliste Aubert du Petit -Thouars , qui a visité la principale, la regarde comme un ancien volcan éteint, et le capitaine anglais Carmichael, qui a exécuté l'ascension du pic, affirme que le sommet présente un cratère ; ses formes ont au surplus été bien des fois comparées à celles du pic de Té-

nérife. Toutes les roches paraissent être des laves plus ou moins détériorées ; elles ont, sur certains points, si peu de solidité et de cohésion, que le moindre dérangement amène des éboulements considérables, ce qui (rend j les montées fort périlleuses. Sur la côte nord-ouest de la grande île , les écoulements ont formé un atterrissement considérable, en comblant l'intervalle qui existait entre le pied des montagnes et un rempart de laves étendu comme une digue le long de la mer : c'est une plaine d'environ 5 milles de long, sur une largeur moindre d'un mille, dont le sol n'offre plus en général qu'une masse de débris rocheux en décomposition, de scories, de laves poreuses noirâtres, etd'autres détritus volcaniques empâtés dans une terre noire, durcie, sur laquelle s'étend un humus fertile. Les plages sont couvertes tantôt de galets, tantôt d'un sable fin et noir, débris roulés ou broyés des roches calcinées de Tintérieur.

De nombreuses sources d'eau vive sillonnent de ravins profonds les flancs de toutes ces montagnes, et s'élancent fréquemment en cascades abondantes au milieu de ces rochers anfractueux; elles sont alimentées par les brouillards et les pluies qui régnent presque constamment sur les hauteurs et y entretiennent l'humidité : il ne tombe jamais de neige que sur les parties les plus élevées.

Le climat est si doux, que la verdure se perpétue toute Tannée sans altération; et, comme l'humidité habituelle du sol doit le faire présumer, sa parure végétale est due surtout aux mousses et aux fougères; les autres cryptogames y sont aussi fort nombreux. Le seul .arbre que l'on y ait rencontré est un nerprun , une espèce de phylique, répandue partout où ses racines ont trouvé à pénétrer, et jus-

Î[ue dans les fentes des rochers ; d'ans es conditions les plus favorables , elle atteint une hauteur de vingt pieds et plus, et un diamètre de douze à dixnuit pouces; le tronc en est extrême* ment contourné et tordu, mais le

bois en est dur, d'un grain serré, et Ton en pourrait tirer, dit-on, un excellent bordage pour la construction de petits navires; les grands vents ne laissent guère. ces arbres debout au milieu d'un sol d'ailleurs peu résistant ; les tiges, couchées contre terre, s'entassent et s'entrelacent de telle manière , qu'il devient fort difficile de pénétrer à quelque distance à travers ces bois- Deux variétés de camarine sont, ensuite, les seules plantes frutescentes indigènes; rien, du reste, ne les recommande à l'attention, que la vivacité avec laquelle elles poussent dans les endroits les plus arides, où aucune autre ne pourrait végéter.

Parmi les plantes herbacées , la plus remarquable est une spart i ne arondinacée gigantesque , appelée tvssek par les habitants ,'qui couvre le sol jusqu'au bord de la mer, s'accommodant a tous les terrains, à toutes les expositions, poussant en grosses touffes serrées de six à sept pieds de haut*, retombant par leur propre poids, et se couchant les unes sur les autres, de manière à former un lit résistant, sur lequel on pourrait se rouler sans crainte d'enfoncer; la tige en est tenace et presque ligueuse; les feuilles, abondantes à profusion, peuvent nourrir des chevaux et du gros bétail : des matelots français, envoyés en 1767 par M. «PEtcheverry pour reconnaître nie du Rossignol, s'arrêtèrent devant le rempart que leur offrait une pareille masse de roseaux. La marche est aussi fort embarrassée par une fougère , la lomarie robuste, dont les tiges traînantes se croisent et s'enlacent d'une manière inextricable.

Le céleri sauvage croît en grande abondance sur les terrains inférieurs, et atteint une grosseur considérable; la culture le rendrait aisément comparable à celai des jardins. L'ansérine tomenteuse, à l'odeur balsamique, est fort commune; les feuilles sèches donnent une infusion théiforme agréable, ainsi que celles du pélargonier.

Enfin, nous nommerons encore, parmi ks produits de la végétation spontanée, l'acène sarmentéuse, incommode aux

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passants par ses graines piquantes qui s'attachent aux vêtements, et dont on ne peut se délivrer qu'avec beaucoup de peine.

Quant à la flore importée par les soins de l'homme, le blé , le maïs, la pomme de terre en forment les articles fondamentaux; le chou , la laitue, la betterave, la carotte, le navet, le radis, l'oignon, la citrouille, les melons et au* très plantes potagères ont singulièrement prospéré, et leurs produits sont d'une Beauté tout à fait remarquable.

Le règne animal nous offre ici, en première ligne , des phoques et des cétacés; la baleine franche, nombreuse jadis en ces parages, en a presque totalement disparu, devant la poursuite acharnée des pécheurs ; mais les phoques ne s'éloignent pas encore de ces côtes , où se reunissent, au temps du rut, en quantités innombrables , des veaux, lions, ours et éléphants marins , d'une taille énorme ; Aubert du Petit -Thouars a remarqué sur l'un de ces genres un pelage fort singulier :

les poils sont assez écartés, et forment comme des écailles pointues et recourbées au sommet, ce qui les rend trèsrudes. On voit courir sur les flancs des montagnes un grand nombre de chèvres sauvages, et l'on rencontre quelques sangliers; faut-il considérer ces animaux comme introduits ici par le fait de l'homme ? tous les-souvenirs historiques sont muets à cet égard.

Il n'en est point de même à l'égard des chats; les premiers colons en avaient apporté plusieurs , dont malheureusement quelques-uns s'échappèrent dans les broussailles , et ont pullulé si rapidement, qu'ils sont devenus un inconvénient réel; ils n'ont plus rien du chat domestique : c'est un animal fier, hardi, robuste, qui lutte avec avantage, seul, contre plusieurs chiens. Le bœuf, le mouton, le lapin, le pourceau, sont élevés pour la consommation, et leur chair est excellente, bien que celle du cochon ait contracté un goût de poisson prononcé , dû au goémon dont il se nourrit.

Les oiseaux, quoique nombreux,

L'UNIVERS

ne sont pus très-variés; le plue abondant est le grand pingouin , à k tête couronnée de plumes jaunes 9 qui se range, pour la ponte, en longues files #*r plusieurs rangs, alignés comme des soldats, par centaines de milliers; «ur les rochers plus élevés se trouve l'albatros, ce géant des oiseaux aquatiques, à r immense envergure; une petite hirondelle de mer, et un goéland au plumage brun, volent en essaims auprès du rivage, et Ton aperçoit des nuées de pétrels tout au sommet des montagnes, où ils se logent dans des trous comme des lapins. On trouve aussi dans ces îles une aorte d'oie sauvage excellente à manger, des coqs et nés poules du ' Cap, une perdrix noire dont Je goût est délicieux; puis un nombre infini de passereaux , botes des arbres et des buissons. La volaille domestique, importée par les colons, s'était multipliée en pleine liberté; mais /es chats y ont mis bon ordre, et Ton est obligé de défendre aujourd'hui, contre leurs déprédations, celle même des basses-cours.

Le poisson est d'une telle abondance sur ees cotes , qu'on en prend dès qu'on jette les lignes, sans qu'elles aient besoin d'aller au fond; les principaux son! la brème , le mulet , la vieille , la morne de rocher, et toutes les variétés de maquereau, qui offrent tantôt une seule teinte brillante, verte, jaune ou rouge, taatidt un mélange chatoyant de ces diverses couleurs.

Les tortues, nombreuses autrefois, ne ae montrent presque plus» Parmi les crustacés, les homards sont cités comme fréquentant ces côtes , ainsi que quelques crabes. On ne mentionne aucuns coquillages.

Du Pettt-Tbouars a remarqué, parmi les insectes % un ver luisant plus petit que le nôtre, une larve qui rongeait les épis de la spartine aron»

dtnaeée, et beaucoup de mouches semblables à l'espèce commune; ayant passé «ne nuit en plein air, il ne fiât «commode par aucun insecte nuisible»

Resté longtemps inhabité, le groupe des Des de Trislan da Cunfca est de-

venu, de nos jours, le siège d'une petite colonie anglaise, dont la population ne saurait toutefois être considérée comme d'un sang bien pur; les hommes qui en ont formé le noyau sont venus , il est vrai, de la Grande- Bretagne et de l'Amérique du Nord; mais leurs femmes ont apporté dans la communauté des éléments hottentots et nègres, transmis aux nombreux rejetons hybrides de leur cohabitation.

Le chiffre total de cette petite population était de 40 individus en 1835; il est présumante qu'elle est plus que doublée aujourd'hui. Elle vit patriarcalement, sous l'autorité du chef de la première famille, qui s'y établit en 1821 avec l'assentiment du gouvernement anglais; et malgré l'absence de toute hiérarchie officielle, la colonie n'en est pas moins . par le tait , une dépendance réelle au gouvernement colonial du Cap de Bonne-Espérance.

Toute la population se trouve agglomérée sur un seul point, dans un petit village, dont les maisons, propres et jolies, sont bâties sur le modèle ordinaire des fermes d'Angleterre ; il est situé dans l'île principale, à portée do mouillage et du gros ruisseau qui v aboutit, auprès dune petite baie, a laquelle les colons ont donné le nom de Faimouth, abritée à l'ouest par une pointe à laquelle ils ont appliqué celui de Help ou Bon-Secours; une plaine cultivable de plus de 1 500 hectares s'étend, à l'entour, depuis le bord de la mer jusqu'au pied du haut rempart de laves qui, saut de ce côté , forme immédiatement le rivage, et qui supporte le plateau supérieur audessus auquel le pic élève encore son immense cône. La culture, le «oui des troupeaux, la chasse, la pèche, forment l'occupation habituelle de la colonie, gui en accumule les produits divers, bien moins pour sa consommation que peur le ravitaillement des navires, les baleiniers surtout, qui fréquentent ces mers. L'Ile Inaccessible et celle du Rossignol sont encore inhabitées, mais on s'y transporte en bateau , pour donner la coasse au gibier doitt elles .fourmilleAL

ILES m L'AFRIQUE.

Histoire.

Le roi Emmanuel de Portugal, êoHicité d'envoyer au secours des chrétiens que les Arabes, disait-on, opprimaient à Socotora, résolut d'enlever cette fte aux musulmans , et il chargea de cette mission Tristan da Cunha et Alphonse if Albuquerque, qui eurent chacun une escadre sous leurs ordres. Tristan da Cuoha partit de Lisbonne, le dimanche des Rameaux 6 mars 1506, à la tête de quatorze vaisseaux , sur lesquels étaient embarqués 1 300 hommes d'arènes; après avoir relâché au cap Vert, et reconnu le cap Saint-Augustin au Brésil, il s'avança tellement au sud pour aller doubler le cap de Bonne-Espérance, que quelques hommes trop peu vêtus moururent de froid, et que l'équipage se trouvait hors d'état de manoeuvrer les voiles : c'est alors qu'il rencontra les îles qui portent encore , et doivent perpétuer à tout jamais dans ces mers australes, le nom de Tristan da Cunha (*). Mais comme les tempêtes y sont fréquentes, il en éprouva une qui dispersa ses vaisseaux, et ne leur permit de se rallier de nouveau qu'à Mozambique.

Depuis lors ces îles figurèrent, pendant plus d'un siècle , sur les cartes marines, dans les routiers écrits et les cosmographie* , sans qu'il paraisse qu'on les eût autrement explorées; elles étaient seulement un point de reconnaissance Sur le grand chemin des Indes, et l'on n'en approchait pas de trop près, de peur des tempêtes. Aussi l'importance et la position en étaientelles fort mal indiquées, jusqu'à ce qu'en 1697 elles furent expressément visitées par trois bâtiments hollandais envoyés par la Compagnie des Indes , qui y firent des observations vérifiées bientôt après, en 1700, par le célèbre astronome Halley; puis en 1708, en 1712, en 1755 et en 1767, par divers navigateurs français; l'infortuné la Péreuse était chargé, par les instruc-

[*j « Que nunta extinto

« S«rà mo nom* cm todo o wtr que l*»i « A* Mm de Anstro. *

CAMOËS, Os Liuiadas, X, 39.

tions qui lui furent remises en m*, d'en faire la reconnaissance.

Jusqu'alors il n'était encore arrivé à personne d'y séjourner; mais un Américain, le capitaine Patten, commandant le navire Ylndttstry, de Philadelphie, vint s'y établir au mois d'août 1790 , pour s'v livrer à la chasse des phoques ; pendant son séjour sur Ilte principale , il y défricha un coin de terre, et y fit quelques semis; puis ayant recueilli 5 600 peaux et un chargement d'huile, il en repartit en avril

En décembre 1791, l'expédition qui portait en Chine l'ambassade de lord Macartney passa devant ces îles, tenta d'y mouiller, mais en fut chassée par les vents. Un mois après, jour pour jour, le 3 janvier 1793 0 le naturaliste Aubert du Petit-Thouars, qui se rendait à l'Ile-de-France, côtoya de trèsprès l'île Inaccessible, et vint mouiller devant l'île principale; où i! descendit aussitôt pour herboriser; le quatrième jour, surpris par la nuit et par la pluie pendant qu'il essayait de gravir le pic, il fut obligé d'attendre le jour au pied d'un arbre, fort incertain de savoir si son navire ne serait pas parti sans lui, et songeant déjà à la vie de Robinson qu'il serait, en ce cas, forcé de mener dans cette île déserte; heureusement

âu'il put encore se rembarquer leîenemain matin avant l'appareillage.

Les îles de Tristan da Cunha, visitées depuis lors , à divers intervalles , par plusieurs vaisseaux de la marine anglaise, et par le capitaine Colquhoun, du navire américain la Betty, qui y planta des patates, des oignons, et quelques autres graines , restèrent eucore désertes jusqu'en 1811, que l'Américain Jonathan Lambert résolut d'y former un établissement permanent : c'était un marin qui, dans le cours de ses voyages , avait touché à ces lies; et frappé des avantages dont elles pourraient être pour le ravitaillement des navires qui y relâcheraient, il avait résolu de tirer parti de cette bonne pensée; après avoir réalisé son patrimoine, et avoir fait quelques provisions de graines et d'animaux dômes*

LUNIVEBS.

tiques, il prit passage sur un baleinier, et débarqua dans la grande Ile ie 8 janvier, avec deux compagnons qu'il s'était associés. Ils y étaient à peine depuis vingt jours , que déjà ils avaient défriché, labouré et ensemencé près d'un demi-hectare de terrain, non loin de la petite rivière qui tombe en cascade dans ia baie, et qui devait fournir abondamment de l'eau douce à tous les bâtiments qui viendraient s'en approvisionner.

Le capitaine anglais Seaver, qui avait été instruit, au Brésil , de la résolution de Jonathan Lambert, ne tarda point à le visiter, et se fit l'intermédiaire des propositions, que peutêtre il lui suggéra lui-même, pour lord Galedon , gouverneur anglais de la colonie du Cap de Bonne-Espérance, à qui il remettait un rapport à ce sujet dès le 28 février : « Un petit bâtiment « de 50 à 100 tonneaux conviendrait « pour porter, dans la nouvelle colonie, « quatre ou cinq familles industrieuses, « ainsi que toutes les autres personnes « qui voudraient s'engager volontaire- « ment ; il demande aussi quelque bé- « tail, tel que chèvres, moutons, etc. , « et les autres choses nécessaires à la « prospérité de l'établissement. » La

Protection officielle du gouvernement ritannique et de la Compagnie des Indes était en outre formellement réclamée pour Lambert; ces conditions remplies, ajoutait-on, « il se déclarera « plus ouvertement pour notre gou- « vernement, et, avec sa permission, il « déploiera le pavillon anglais, sous « la réserve expresse qu'il conservera « la qualité de gouverneur , et qu'on « ne mettra personne au-dessus de « lui. » On assure que le comte Caledon envoya, sans hésiter, à Lambert tout ce qu'il lui avait fait demander, et que des communications actives s'établirent entre les îles de Tristan da Cunha et le Cap de Bonne-Espérance ; les défrichements étaient poussés avec vigueur, et quelques années après , le gouverneur Jonathan Lambert envoyait en présent à l'amiral Robert Stopford , au Cap , des chous monstrueux et d'autres échantillons remar-

quables du produit de ses cultures.

Mais bientôt on n'eut plus de lui aucune nouvelle : quelque incompatibilité d'humeur s'était manifestée entre les divers membres de la petite colonie; et un jour que le pauvre Jonathan était allé avec un bateau pécher derrière une pointe de terre à quelque distance, le bateau disparut corps et biens, et il ne resta plus sur rétablissement que deux hommes, un vieil Italien nommé Thomas , et un mulâtre portugais de mauvaise mine, héritiers de fait de tout ce qui avait appartenu à la petite communauté : quelque crime, peut-être, se cachait sous lt récit de ces deux misérables.

Quand Napoléon fut confiné à Sainte- Hélène, l'Angleterre, qui craignait de voir quelque point que ce fût de l'Océan devenir un foyer de complots pour l'enlèvement de son illustre prisonnier, l'Angleterre prit soin de placer à Tristan da Cunha , comme à r Ascension , une garnison de soldats ; une compagnie d'artillerie, envoyée du Cap , vint s'établir ici en 1816, avec un détachement du train, comprenant cinquante Hottentots, et apportant d'ailleurs les ressources nécessaires à son entretien. Quand elle fut rappelée au Cap en 1821, après la mort de Napoléon, un Écossais nommé William Glass, qui en faisait partie comme caporal du train, et qui allait se trouver licencié, demanda et obtint la permission de rester, avec la jeune femme qu'il avait épousée depuis quelques mois, et deux soldats ; la petite quantité d'objetsque les officiers ne jugeaient pas à propos de remporter lui fut donnée ; on lui laissa en outre un taureau, une vache, quelques moutons , et d'autres provisions. Le mulâtre portugais , ancien compagnon de Lambert, était parti dès la première arrivée des Anglais ; et le vieil Italien Thomas étail mort d'intempérance quelques année* après.

Deux matelots anglais , qui eurent occasion de voir Glass au milieu de sou petit domaine, résolurent et exécuté rent le dessein de venir se joindre l lui.; mais l'un d'eux se dégoûta bien

tôt de cette vie monotone, et se rem* barqoa dès qu'il en trouva la facilité : son camarade Taytor resta , et fut le second personnage de rétablissement.

Un autre Anglais, nommé Richard,

Si avait été tour à tour batelier pleur sur la Tamise, matelot de la marine royale , dragon dans l'armée de Buenos- Ayres, et en dernier lieu cuisinier à bord d'un navire armé pour la grande pèche, vint se perdre sur la côte de Tristan da Gunba , et se détermina à s'y fixer. Un quatrième compagnon, le jeune White, fut aussi conduit ici par un naufrage : il faisait partie de l'équipage du navire le Gtendon-Halli capitaine Greig, destiné pour Bombay, qui vint se briser contre Hle Inaccessible le 28 janvier 1821; après quatre mois de souffrances et de cruelles privations, ne vivant que de la chair et des œufs des pingouins qui se rassemblent sur ces âpres rivages , les naufragés étant parvenus à construire un petit bateau plat des débris de leur bâtiment, huit d'entre eux s'y aventurèrent dans l'espoir de gagner la grande lie , mais on n entendît plus parier de ces pauvres gens.

Ceux qui restaient construisirent une nouvelle embarcation, quelques-uns s'y hasardèrent à leur tour, et atteignirent heureusement, le 8 novembre, la baie de Falmouth, où l'on s'empressa de mettre à leur disposition deux bateaux baleiniers pour aller chercher le surplus de leurs compagnons ; quarante personnes furentaiosi sauvées. Deux mois après, le 9 janvier 1832 , «s se rembarquaient sur un navire qui les conduisit au cap de Bonne- Espérance; mais White, au lieu de faire comme eux, préféra demeurer à Tristan da Gunha, et une jeune fille dont il s'était fait l'appui et le protecteur pendant leur misère commune sur iTle Inaccessible, ne voulut point se séparer de loi, ce qui augmenta la petite colonie d'un second couple.

Tels étaient les habitants de Tristan da Gmba , quatre hommes, deux femmes, et quelques enfants, quand, le 29 «nars 1824, un dessinateur anglais * Auguste Earie, débarqué trois jours

auparavant, fat oublié h terre, avec un matelot, par le navire qui les avait amenés, et que le vent força inopinément à prendre le large. Pendant boit mois entiers, le malheureux artiste, recueilli par ses hôtes , devenu leur chapelain, le précepteur de leurs enfants, le compagnon de leurs travaux, de leurs chasses et de leurs pèches, ayant épuisé ses crayons et son papier, attendit en soupirant l'arrivée d'un navire qui pût l'emmener; enfin, le 29 novembre, un bâtiment vint mouiller en rade de la grande fie , et reçut à son bord notre dessinateur , qui ne put cependant sans regret faire ses adieux à ces bonnes gens qui l'avaient si cordialement hébergé et consolé.

L'établissement dirigé par Glass a continué depuis lors à prospérer, et la population s'est notablement accrue :

en janvier 1829 elle comptait 7 hommes, 6 femmes, et 14 enfants; à la fin de 1885, les six ménages avec leurs enfants formaient un total de 40 personnes. Dans le nombre de ces colons se trouvait alors un vieux matelot nommé Frank , qui avait servi dans la flotte française , et faisait partie de l'équipage du vaisseau le Scipion au désastreux combat de Trafalgar.

Nous terminerons cet aperçu par une réflexion empruntée à un marin français, gouverneur aujourd'hui de l'une de nos colonies : « Nos voisins d'outre-Manche», disait en 1836 le ca* pitaine Laïrle, «se ménageront, nous n'en doutons pas, la possession des Iles de Tristan da Cunha, et les moyens d'empêcher nos croiseurs de profiter des avantages qu'offre ce point isolé.

Après avoir été longtemps le partage de quelques Anglais obscurs, et avoir eu pour chef un simple soldat d'artillerie, nous y verrons un jour une administration régulière, et, au lieu d'une épaulçtte en laine , nous y trouverons une excellence à chapeau à plumes et habit brodé : l'Angleterre devra ainsi aux efforts du laborieux et entreprenant Glass la conservation et la fertilisation d'un rocher qui n'est point à dédaigner comme position politique. •

19* Livraison. (Iles de l'Afrique.)

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L'IHUVIB&

1|*E M «OltyUUO Atv.4M*(*).

▲ deui oints milles au sutUud-est du petit groupe insulaire de Tristan da Cunha, git une île solitaire que les hydrographes modernes, peu soucieux des traditions du passé, ont appelée Gough (prononces GofjX du nom du capitaine Charles Gough, commandant le navire anglais JUckmond, qui la signala en ma comme nouvelle. Depuis ce moment, elle fut portée sur les cartes et routiers de mer nomme une acquisition récente de la science; mais en y regardant de plus près, on soupçonna, puis l'on reconnut tout à fait, et il n'est plus douteux aujourd'hui pour personnel que Gough avait simplement revu une île dès longtemps indiquée par les anciens Flambeaux de mer. VA/rican piloL par suite de quelque inadvertance dont nous ne sa* vons nous rendre compte, appelle Diego Ramirei cette fie ancienne, qui est vulgairement désignée, par te eontmun dis hydrographes, sous le nom de Diego Alvarez; tandis que les géographies et les cartes du seizième siècle s'accordent à rappeler, avec plus de justesse, Gonçalo Alvares, du nom du pilote portugais auquel en est due la découverte. Il est facile de deviner comment l'inscription abrégée /. de g° yéhmres a pu devenir /. ZHegoMva* tes : rien n'est plus commun, dans la nomenclature hydrographique, que ces transformations de nom dues à de simples erreurs de lecture.

Cette Ile, située par une latitude de 40° 19* sud, et une longitude de 13° 47 à l'ouest du méridien de Paris, a 15 ou 16 milles de tour, avec un diamètre de S à a milles. Trois petits flots rocheux la bordent au nord, au nordtest, et à Test; celui du nord-est est trèsremarquable par sa forme, qui ressenv hle tout à fait à une église avee son clocher, ce qui lui a tait donner le nom de Church-rock, ou roche de l'Église.

(*1 tés éléments dé celle notice ont été uffi&s dans les Instructions et les Cartes 4e

, et dans la Relation de voyage do capitaine MqmOL

Ami mm les tics de Tristan da Cunhe, celle de Gonçalo Alvares est haute, rocheuse, coupée do profondes ravines, où se précipitent en cascades des eaux abondantes, et ses flânes sont tapissés de mousse et de gazon,

Krsemés de touffes de phylique arreeeente. Le point culminant a plus de 1 S00 mètres d'altitude; la cota, roide et escarpée, s'élève presque perpendiculairement de la mer. £ÎMre l'îlot de Test et la pointe sud-est de 111e principale, on voit une petite haie offrant, a un demi-mille de la côte» up mouillage de bonne tenue, par vingt brasses d'eau, sur un fond oc sable; en dedans de ce même flot, et sons l'abri do la pointe nord-est do la grande terre, se trouve un débarcadère commode, bien défendu contre la houle et les vents du nord; enfin, sur la côte septentrionale de la grande terre, et vers le pointe orientale de l'îlot adjacent, est encore une petite anse où l'on peut aborder.

Sans pouvoir déterminer avec toute la précision désirable la date de la première découverte de cette fie, nous devons affirmer du moins qu'elle remonte au commencement du seizième siècle; nous savons, en effet, avee certitude, que Gonçalo Alvares était déjà mort au mois de janvier 1685, quand le roi Jean III do Portugal lui donna un successeur dans la charge de pilote major de la navigation dee parties de l'Inde et mer Océane (*), et cette charge n'avait dû être pour lui qu'une de ces honorables retraites dont on récompense les vieux serviteurs, qnaad le moment du repos et des travaux sédentaires a succédé au temps de la vie active et des courses lointaines.

lente en 1713 par le capitaine Gough, et ultérieurement par nombre d'autres navigateurs ♦ cette (le est de* meurée inhabitée, sauf le séjour temporaire de quelques Américains fui, à

(*) ïfaus devons à M- te vicomte de Santarera, archiviste de ta couronne de Portugal, la communication d'un inventai»* dm brevets de pilote majer, à partir dtiMf

i se trouvent conservés dans la \ ' t de la Toarn da tenjm.

tottm reprises, y ont passé plusieurs mois à la osasse dos phoques, notamment « 1«60 et 1804. En janvier 18M , le eepitaine Hey wood, commandant la frégate anglaise Nereut, trouva établis, dana le petit débarcadère de l'est, quelques hommes provenant de l'équipage du navire ajnéricain Baltie, venu a Tristan da Cunha; ils avaient élevé des cabanes, apporté des ustensiles, et use provision de sei ; mais après un séjeur déjà long, ils n'avaient encore pris qu'un aasea petit nombre de veaux marins, ces animaux ayant déserté ces parages devant la poursuite acharnée se bars infatigables destructeurs, pour aUer chercher des retraites plus éloignées et plus sures. En revanche, nos Américains avaient fait une péçbe trèsabondante de poissons délicieux, et trouvaient, d'ailleurs, une nourriture agréable et facile dans les oiseaux sulls prenaient en allumant des feus sur la montagne pendant la nuit. La frégate anglaise Simiramis étant allée visiter l'Ile en septembre 181», n'y trouva plus d'habitants : les eabanes* les chaudières à huile, la provision de sel, gisaient dans un complet aban« don; un petit cimetière , et quelques inscriptions funéraires, révélaient le sort de plusieurs des membres de la petite cokmie américaine; le

avait sans doute profité de la première occasion favorable pour quitter sans retour ee coin de terre, eu leurs spéculations avaient été si tristement dé»

eues.

Le 1T novembre 1899, le centaine américain Benjaniin Morrell, faisant un voyage autour du monde sur le u&xmerï Antarctique, de «ew-York, jetait Fancrc au mouillage de Goncalo Alvares, qu'il quitta le lendemain] c'est In dernière relation qui nous ait donné des nouvelles de ce rocher dé* sert. '

db sAir-rpjftmo.

Le penedo ou rocher de San-Pedro est une petite fie rocheuse, située par 0* W de latitude septentrionale, et II* SV de longitude à l'ouest du méridien

de Paris; Je point cnlraioant pe s'élève guère à plus de 16 ou 17 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, et le circuit de l'Ile entière ne dépasse pas trois quarts de mille : cejn est donc; qu'un point presque imperceptible au, milieu de l'immensité des inçrs. Elle surgit abruptement du sein des eaux, offrant un proûl anfractueux, hérisse de pointes aiguës, dont une, au nord»

est particulièrement remarquable par sa forme pyramidale.

La nature de ces roches est schisteuse sur certains points, feldapathi- Jue en d'autres, et traversée, en ce ernier cas, par de larges veines de serpentine mêlée d'éléments calcaires :

en général, elles paraissent, h quelque distance, d'une brillante couleur blan< ehe, ce qui est dû à un revêtement lamellaire, lustré, plus dur que le spath , qu'un examen attentif a fait reconnaître pour un phosphate de chaux mêlé de quelques impuretés, et dont on at^ tribue la formation à l'action des pluies ou de l'eau de mer sur les déjections des innombrables oiseaux qui ont élu ici leur domicile.

Ces oiseaux, suivant l'observation, d'un naturaliste anglais, appartiennent tous à deux espèces, qu'il distingua par les noms de badaud et de nigaud.

Le premier dépose simplement ses œufs sur le roc nu ; le second se construit un nid assez grossier d'herbes marines; et souvent le mftJe dépose sur le btrd du nid quelque poisson pour la nourriture de la femelle; mais souvent aussi Ton voit un grand crabe très-vif, un grouse, enlever ce poisson avjec une merveilleuse prestesse.

Pas une seule plante, pas Mme un lichen, ne pousse sur cette roche aride, et cependant on y trouve divers insectes, notamment une féronieetun acarus, venus sans doute comme pat rasites sur le corps des oiseaux, ainsi qu'une teigne brune qui s'attache aux plumes, un staphylin , ou cloporte vj»

vaut sous la fiente, et, enfin, de non» braises araignées se nourrissant pi** bablement de tous ces insectes.

Ce rocher désert figure sur les cartes nautiques depuis le commencement du

L'UNIVEES.

seizième siècle, qu'il fut découvert par les Portugais : Dom Garcie de Noronha était parti de Lisbonne en 151 1 pour se rendre dans l'Inde avec une division de six vaisseaux, l'un desquels, commandé par George de Brito, avait nom le Saù-Pedroj s'éteint avancé trop à l'ouest pour doubler le cap Saint- Augustin, Noronha donna l'ordre de retourner à l'est afin de reprendre en* suite le cap de plus loin ; dans ce mouvement, il risqua de se perdre sur une masse de roches qui se rencontra sur son chemin, et contre laquelle alla donner, pendant la nuit, le navire Saô- Pèdroy commandé par George de Brito, qui alluma aussitôt son fanal pour avertir les autres bâtiments qui venaient derrière lui : le danger que le navire Saô-Pedro avait couru sur cet écueil, fit donner à celui-ci le nom même du navire, et ce nom lui est resté. Il est à remarquer, toutefois,' <jue? peut-être à cause de la liaison étroite que l'Église a consacrée entre les noms des deux apôtres saint Pierre et saint Paul en leur dédiant en commun le même quantième, beaucoup de cartes modernes ont attribué au penedo de San-Pedro la dénomination d'Ile de Saint-Pau! ; et ce n'est point, d'ailleurs, une nouveauté, car on voit déjà figurer San-Paulo, au seizième siècle, sur les cartes du savant Ortélius.

Depuis sa découverte, le penedo de San-Pedro a été reconnu bien des fois par des navigateurs français, américains et anglais, qui en ont déterminé la position précise ; M. Charles Darwin , naturaliste de l'expédition anglaise des bâtiments l'A aventure et le Beaaiey l'a visité et décrit en 1832. Il a été, en dernier lieu, le théâtre d'un naufrage dont nous allons consigner ici le récit abrégé :

« Le navire hollandais Jan-Hendrik, sous le commandement du capitaine Bekef enburg, parti d'Amsterdam pour Batavia avec trente-trois personnes à bord, vint se perdre , le 29 mai 1646, à trois heures du matin , sur ces rochers : le capitaine, se jetant à la nage avec une corde, parvint à fixer une

amarre à l'un des rochers, et à établir un va-et-vient au moyen duquel pat s'opérer le sauvetage de presque tous les nommes. Le navire ne tarda pas à disparaître tout à fait.

« Assemblés sur les rochers où Us s'étaient sauvés, les naufragés ne voyaient devant eux que la faim et la mort. Pas d'autre linge que les lambeaux de vêtements qui leur étaient restés sur le corps: pour nourriture, rien qu'un peu de beurre, de farine, de biscuit et de genièvre. Presque sous Féquateur, exposés au soleil ardent, sans une goutte d'eau pour la soif, qu'on juge de leurs souffrances ! Tourmentés par la chaleur, ils restaient plongés dans l'eau jusqu'au menton pendant la journée entière, et le soir ils buvaient un petit coup de genièvre.

« Le troisième jour du naufrage, un navire fut en vue; il était américain:

on hissa sut un espar le pavillon hollandais, que l'on avait sauvé avec un canot; et pour mieux s'assurer d'être secourus, le maître d'équipage, sept matelots et un passager s embarquèrent dans ce canot, suppléant aux avirons par des débris de planches : mais ils ne furent sans doute point aperçus, puisque le navire continua sa route sans se détourner ; le canot fut entraîné au large par les courants, et on ne le vit plus.

« Le desespoir de ceux qui restaient dans l'île fut à son comble; ils succombaient sous le poids de la fatigue, des privations et de la chaleur, quand, le cinquième jour, apparut un autre navire; celui-ci était anglais : c'était la Chance, capitaine Roxby, oui avait voulu s'assurer, en passant, ne l'existence de ces rochers, révoquée en doute par quelques marins. Le 2 juin, à huit neures du matin, il en avait eu connaissance, et à neuf heures et demie, il y apercevait avec surprise un pavillon hollandais hissé au bout d'un espar : approchant jusqu'à 2 milles de distance, il put distinguer Quelques malheureux dans un horrible état d'épuisement, faisant des signes de détresse.

« Un canot fut immédiatement dé-

péché à leur aide; les matelot* qui le montaient virent, en arrivant, une vingtaine de personues étendues çà et là, presque mourantes. Ne pouvant les prendre toutes à la fois, ils erobaïquèrait le capitaine, le second, le maître d'hôtel, le cbarpeetier, deux matelots, et trois novices, promettant aux autres de les Tenir reprendre au plus tôt. On eut bientôt regagné le navire, et le capitaine Roxby, apprenant qu'il restait encore onze naufragés à secourir., fit préparer aussitôt la chaloupe: quelques minutes suffirent, et les ceux embarcations se dirigèrent ensemble vers le rocher; mais par une déplorable fatalité, le vent se leva tout à coup, et «ne houle effroyable portant à l'ouest vint lutter contre les efforts des sauveteurs. Après cinq heures de peines superflues, les embarcations revinrent au navire , où un moment on les avait crues perdues. Pendant dix jours entiers, on resta en vue de Me, épiant l'instant où la mer permettrait une nouvelle tentative; mais le vent et la mer demeurèrent inflexibles; et convaincu qu'il ne restait plus alors personne à sauver, le capitaine Roxby prit tristement le parti de poursuivre sa route sans s'arrêter davantage. »

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