LES ILES DR LA TRINITÉ ET DE MABTIN-VAS
Directement au sud du Penedo de San-Pedro, à 430 lieues de distance, il existe un petit groupe d'Iles et de rochers, bien déterminés aujourd'hui quant à leur position, leur forme, leur gisement relatif et leur nomenclature, après avoir été longtemps pour les hydrographes un sujet d'incertitude et de confusion. Placés dans l'océan Atlantique méridional , sur la route des navires destinés pour les Indes orientales, ils servent très -fréquemment de point de reconnaissance aux navigateurs.
Ce groupe se compose, en premier lieu, d'une lie principale située au couchant, sous une latitude moyenne de 50° 2y sud , et une longitude moyenne de 31° 4? à l'ouest du méri-
dien de Par is ; en second lieu, de trois tlo|s rangés sur une même ligne nord et sud, à 9 lieues de distance au levant, par une longitude commune de Sl° 1 Sr* : le grand Ilot qui se trouve au milieu ayant 20° 27' 45" de latitude, l'îlot du sud 20* W, et l'îlot du nord 20° 27' 10" ; mais, par suite de la submersion constante de l'isthme qui unit entre eux les sommets rocheux d'un même îlot, les deux petits se trouvent dédoublés en apparence, et le nombre des cimes émergées est ainsi porté à un total de cinq têtes distinctes; circonstance utile à annoter pour l'éclaircissement des questions de synonymie qu'offrent à résoudre les anciennes cartes.
L'tle principale est appelée par les Portugais, qui l'ont découverte et oui la possèdent nominalement, a TV/*daae, c'est-à-dire, en français, la Trinité. Rien ne justifie la forme espagnole de la Trinidad, trop souvent employée sur les cartes et dans les livres anglais et français, et qui a l'inconvénient de prêter à l'équivoque avec l'île de même nom que les Anglais ont enlevée aux Espagnols dans tes Antilles. Les trois îlots de l'est ont conservé le nom du pilote portugais Martin Vaz, qui les découvrit.
Occupons-nous successivement de l'île et des îlots qui forment les deux parts distinctes de ce groupe.
la TBrmTÉ.
L'île de la Trinité mesure 8 milles dans sa plus grande longueur, du nordouest au sua-est; sa largeur est d'un mille à un mille et demi, et sa circonférence de 8 milles ; sa superficie totale ne dépasse guère un millier d'hectares. C'est une terre fort haute, que l'on peut apercevoir, par un temps clair, à plus de 50 milles de distance. Elle offre un profil très-accidenté : on voit d'abord , au sud-est, une masse à arêtes droites, qui de loin ressemble à un énorme édifice, avant à sa base une ouverture 5 demi elliptique qui traverse sa charpente entière, et permet d'apercevoir le jour de l'autre bord; ensuite surgit un gros cône in-
I/UHÎTËKS.
aîné, fan-, atpftitiw, ta* d» *a*
mètres, que le» Anglais ont nommé Suaar-maf, ou Para de sucre: au ~iea dé ce rocher sont deux mouilla-* |és, ki toutefois drt peut leur donner e norn, Pun au sud»est, l'autre att sud-ouest. A l'autre extrémité de 111e, ë'est-à-dire au nord-Mieàt, on admire un rocher presque cylindrique, de 980 métrés de haut sur 30 seulement de diamètre, presque entièrement détaché de la niasse, I pans tetticaut et même uti peu féntrahts vers le base : on dirait de loin une tout1 immense élevée par là main des hommes. Le sommet des montagnes est hérissé de petites pointes cylindriques déliée*, qui semblent quelquefois posées comme eh équilibre sur les cônes Qu'elles eoutannerit.
Là Hier brise paHout avèè forfce stir te rivage, qui est couvert de roches ; l'accès en ekt souvent impraticable, éurtoutdu côté de l'ouest; et les raE de marée le rendent même quelquefois Impossible du côté de Test, ou se.trou ve cependant, en tirant au nord, une anse sablonneuse avec un ruisseau d'eau .douce d'un mètre de large, où les navires pourraient , dit-on , facilement remplir cent barriques par jour.;
Cette île n'offre aux yeux qu'dh Bspéfct rocailleux et aride; la formation en est volcanique, composée de basalte, de laves et de scories; le sable même des rivages accuse la même origine, bien que mêlé de débris de coquilles et dé coraux. Le sol paraît ex- 1 " ' ;uère
irons , quelques bouquets d'arbustes dans les ravins, et des arbres à tige élancée sur le sommet des mornes ; mais nulle part aucun végétal alimentaire. Dans le fond des gorges, entre tes montagnes, se laissent quelquefois apercevoir deschè- 'Vres, des sangliers, des chiens sauvages, testes1 sans doute de cetix qui purent y être autrefois importés. Les oiseaux de mer y sont nombreux; et la côte offrirait, au besoin, pour la nourriture de l'homme, des ressources précieuses dé poissons et de coquillages.
La nature, Mirant ftfciermtiéii d'un célèbre voyageur (lïnfottatié La* pérense), n'avait pas destiné ce ro* cher à être habité , les hommes ni leé afhimaux n'y pouvant trouver qu'à grand' peine leur subsistance j et il reste en effet désert; mais la tràee y Subsiste encore toutefois* dans l'anse du sud- est * d'un ancien établisse* ment.
La découverte de cette fie remonte certainement au commencement du seizième siècle, et on la voit figurer depuis cette époque sur toutes les cartes nautiques, souvent môme, al longtemps, en doublé emploi, sous les noms distincts de t Ascension et de la Trinité, à cent lieues l'une de l'autre sur un même parallèle, et accompagnées èhafcunê, oan9 l'est, d'un petit groupe de trois flou. Comme H a été rigoureusement tonstfcté, par des explorations Répétées, qu'il ri existe dans ces parages qu'une seule île accompagnée de trois îlots dans la disposition indiquée, et tjue cette île et ces îlots, bien et dûment reconnus, sont ceux qui portent encore les noms de la Trinité et de MartinVaz, il est désormais admis, sans contesté, que la prétendue île de l'Ascension h'èst point différente de 111e même de la Trinité. Or on avait cru trbuvèr, dans le frotttier portugais du pilote major Alexo da Motta, une mention précise de la découverte de cette prétendue fie de l'Ascension, et par conséquent de l'île de la Trinité : il énonce en effet que l'Ascension, située par 20** de latitude sud, fut découverte par Jean de Nova en 1501 ; mais il est bien certain que l'Ascension découverte en 1501 par Jean de Nova n'est point du tout par 20° de latitude, et nous savons
3ue nie par lui rencontrée à cette a te est Y Ascension revue en 1508 par Alphonse d'AltniquerqUe, celle en un mot à laquelle le nom d'Asdension est demeuré invariablement attaché, et dont la latitude est seulement de 7° 56'.
Alexo da Motta avait donc, par une confusion née, à ce Qu'il semble, de la simple identité des noms, attribué
ILES DE L'ÂFfeÎQUE.
«Tune des deux fleà une indication historique appartenant à l'autre. De* vons-nous supposer qu'une confusion pareille aura été faite, et qu'une erreur analogue, mais en sens inverse, aura été commise, par le voyageur anglais Jobn Ovington, lorsqu'il énonce que l'Ascension, au nord-ouest de SaintetHélène, que nous savons découverte en 1601 par Jean de Nova, l'aurait été en 1508 par Tristan dâ Cunha? Kous pouvons penser, du moins* que, si 1 indication fournie par Ovington sur une découverte faite en 1508 d'une île de l'Ascension , pat Tristan da Cunha4 a quelque application possible, ce ne peut être qu'à l'égard de File de l'Ascension identique à celle de la Trinité.
Le célèbre astronome anglais Edmond Halley. dans son second voyage, fait en 1700, ne dédaigna paS da prendre possession dé cette tle au nom de la Grande-Bretagne, et l'on assure que ses compatriotes cherchèrent à s'y fixer en effet; du moins maintenaient-ils, à raison dé cette prise de possession, un droit de souveraineté contre lequel les Portugais se crurent fondés à réclamer. Ils avaient un intérêt réel à demander la restitution de nie , dans la crainte qu'elle ne pût devenir le foyer d'un commerce in* terlone avec leur riche colonie du Brésil; ils la revendiquèrent dono avec insistance, et quand elle leur eut été rendue, ils s'empressèrent d'y établir un poste , que Lapérouse visita en 1785.
« Au fond de l'anse formée par la pointe du sud-est», dit le célèbre voya-
f;eur, «/aperçus un pavillon portugais lissé au milieu d'un petit fort autour duauel il y avait cinq ou six maisons en bois, La vue de ce pavillon piqua ma curiosité : je me décidai à envoyer un canot à terre, afin de m'informer de évacuation et de la cession des Anglais-..* On compta dans ce poste environ 200 hommes, dont 15 seule* ment en uniforme, les autres en che mise. Le commandant de l'établisse ment, nom
dé culture, dit que lé gouverneur de Rio-Janeiro avait fait prendre possession de l'Ile depuis environ un an : il ignorait ou feignit d'ignorer que leé Anglais l'eussent précédemment occupée. Il prétendait que sa garnison' était de 400 hommes, et son fort armé de 20 canons, tandis que nous étionâ certains qu'il n'y en avait pas un seul en batterie aux environs de l'établissement Il engagea l'officier français
à se rembarquer, en lui disant que Plie ne fournissait rien, qu'on lui envoyait tous les six mois des vivres de ftio-Janeiro, £t qu'il y avait à peiné asse2 d'eau et de bois pour là garnison : encore fallait-il aller chercher céS deux articles fort loin dans là montagne. »
Mais Ce poste, qui sans utilité réeflér était Une charge pour le Portugal, né tarda pointa être abandonné; et Ml* n'eut désormais plus d'habitants : quel-" quelois seulement elle servit de refuge aux équipages des bâtiments en détresse, et plus d'un navigateur trouva asile sur Ses tristes rivages. En mars 1826, l'amiral Gourbeyre, alors capitaine de frégate, commandant la corvette la Moselle* passant devant; cette île, eut le bonheur de sauver un marin anglais délaissé depuis Vingt jours sur ces bords affreux.
« James Owen (c'est le nom de cet infortuné) embarqué sur le navire anglais le Darius^ était descendu à terre avec le capitaine Bowen, et avait pénétré par son oftlfe dans l'intérieur de l'île pour découvrir des sangliers et des chiens sauvages ; mais dans son incursion, étant tombé dans un pré* cipice, sa chute le mit hors d'état de rejoindre le canot qui l'attendait»
Cinq jours après ce funeste événement, ayant recouvré assez de force pour se traîner avec peine jusqu'au rivage, il n'aperçut m l'embarcation ni le navire; mais il trouva son coffré et son hamae, que te capitaine, en l'abandonnant, avait cru devoir laisser, pensant sans doute qu'il n'avait pas péri .Mais pourquoi ne lui laissa-Vil
,. auquel on ne peut donner le pas des vivres ? Pourquoi, ayant pour* de colonie, puisqu'il n'y a point vu à quelques commodités , oublia-
L'UHIVERS.
t-il ce que réclament Jet premiers besoins delà vie?
. M. Gourbeyre , passant en vue de la Trinité, et la ccra tournant d'assez près pour vérifier s'il n'y avait pas Quelque malheureux à sauver, découvrît le soir, au moment de s'éloigner, un feu que les accidents du terrain lui avaient d'abord caché : il fit tirer un coup de canon d'avertissement, et envoya un canot; mais la mer brisant avec violence ne permit pas d'aborder, et il fallut revenir le lendemain avec des grapins, des lignes, une bouée de sauvetage et un petit radeau. Plusieurs hommes tentèrent successivement de traverser les brisants à la nage pour porter une ligne à terre : trois faillirent se noyer, et ne furent repris au'au moment où leurs forces les abandonnaient; un quatrième, doué de plus de vigueur, fut plus heureux : il parvint, après des efforts inouïs, ius-
2u'au rivage. Un va-et-vient fut alors tabli , le radeau conduit au pied des rochers, et le naufragé, placé sur cette frêle machine, se vit bientôt recueilli par les braves dont l'humanité et le courage méritaient un tel succès.
« Arrivé à bord de la Moselle, James Owen reçut tous les soins que réclamait son "état : ses blessures furent pansées ; on lui fit prendre quelques restaurants, et Ton s'empressa de lui donner des effets pris sur les approvisionnements de campagne. »
MABTIN-VAS.
Le groupe des îlots de Martin- Vas est formé, comme nous l'avons déjà dit, de cinq têtes rocheuses alignées du nord au sud sous le méridien moven de 31° 13' à l'ouest de Paris, et comprises entre les parallèles de 20° 27' et 20° 29' 10" de latitude australe ; c'està-dire qu'elles n'atteignent, dans leur S lus grande extension, guère plus de eux railles. En mesurant leurs distances relatives au point culminant de chacune d'elles, on trouve un demimille de l'Ilot du nord à l'îlot princiril, et un mille et demi de ce dernier celui du sud ; quant aux deux petites
têtes de rocher qui sont, à proprement
Sarler, des appendices à regard des ots extrêmes, Tune est précisément au milieu de la distance entre l'îlot principal et celui du nord; l'autre à 800 mètres au sud-est de l'îlot du sud. Toutes ces distances seraient beaucoup moindres si on les mesurait seulement d'un rivage à l'autre.
Quant à l'étendue, l'îlot principal,
Siatre fois plus grand à lui seul que us les autres ensemble , n'a cependant pas un demi-mille de long sur un tiers de mille de large; son circuit ne dépasse pas uu mille et demi, y compris les sinuosités, et sa superficie totale ne saurait être évaluée à plus de 2$ hectares. L'îlot du nord, dont la figure ressemble beaucoup a celle d'un têtard, a 400 mètres de long, dont moitié pour le prolongement étroit qui représente la queue, 160 mètres de largeur, à peu près un demimille de tour, et une surface des hectares. L'îlot du sud, d'une forme plus ramassée, mais très-découpé à sa périphérie, a environ 200 mètres de long, 150 mètres de large, un demimille de circonférence, et S hectares de superficie. Quant aux deux petits rochers, on peut leur accorder approximativement, à chacun, 150 mètres de tour, et une quinzaine d'ares de surface.
On doit au capitaine de vaisseau Bérard une carte détaillée de ces îlots, levée sous voiles en octobre 1822, pendant la campagne de circumnavigation de la corvette la Coquille.
Mais une visite effective du grand îlot a été faite, le 25 janvier 1833, par le capitaine de navire Malvillatn, commandant le trois-mâts V Aline > de Nantes, qui se rendait à l'île Maurice: nous allons transcrire ici textuellement le rapport qu'il en fit à son retour.
Les îlots de Martin -Vaz sont presque inabordables , par suite du ressac très-fort et continuel qui s'y fait sentir. Les rochers, détachés les uns des autres , sont d'une hauteur et d'un escarpement presque inaccessibles, leurs bases étant rongées par des bri-
tantsqpi latent la roc et le revêtissent d'un limon glissant. On voyait une berfoe légère ondoyer au-dessus de leur sommet , des myriades d'oiseaux posés sur leurs nids, et du pour- E'er dont la verdure contrastait avec lave noirâtre au'il tapissait.
Après avoir fait le tourdeHlotle plus considérable (une demi-lieue environ) v on put l'aborder; mais l'escalade du rocher était périlleuse : partout où la pierre était dure , elle était glissante et sans aucune aspérité. A chaque instant on était obligé de se cramponner à un tuf sans consistance, gai souvent fuyait sous les pieds , ou a des touffes rares d'une herbe flétrie que les mains arrachaient sans efforts et qui les laissaient sans appui. Ce qui augmentait encore le danger de la position, c'était la chuté des rochers qui roulaient en avalanches, et qui auraient infailliblement écrasé les visiteurs de dessous, s'ils n'avaient eu la précaution de marcher tous de front.
Les oiseaux habitants de ces rocs arides sont des goélettes blanches et noires, des taille-vents, des fous et des frégates. Nos visiteurs y trouvèrent aussi quatre espèces de végétaux : deux delà famille des graminées, du pourpier, et de la saxifrage ou casse-pierre; en fait d'insectes, ils ne virent qu'une grande quantité d'araignées; en coquillages, des oursins et quelques lépas. Voilà toutes les richesses animales et végétales de ces îlots inhospitaliers, que l'homme n'avait jamais peut-être visités. Leurs flancs, décharnés et sillonnés par les écoulements, ne sont composés que d'une lave molle et poreuse que la vétusté décompose chaque année, et qui n'est plus que le noyau sans consistance et ramolli <Tone île qui , dans des temps plus reculés, pouvait être grande et compacte. A l'exception dune couche de terre végétale qui résulte de la fiente des oiseaux mêlée à la poussière de ia lave, ces flots , afhas de scories volcaniques, ne contiennent qu'une lave noire ou grise, des piles basaltiques, et de la pouzzolane violette.
1UB DOrJTKUSRS OU IMAGI- NAIRES.
L'œil cherche vainement aujourd'hui , sur les cartes de l'océan Atlantique méridional , quelques îles qu'une longue habitude avait, en quelque sorte, stéréotypées sur les cartes antérieures.
Depuis* le commencement du seizième siècle, en effet, se reproduisaient constamment, au voisinage de l'équateur, vis-à-vis de la côte de Guinée, les îles de Saint-Mathieu et de la Sainte-Croix;
Suis vers le tropique, dans l'ouest des es de Martin-vas , celles de l'Ascension et de Sainte -Marie d'Août; et enfin, mais beaucoup plus tard , entre les lies de Martin-vas et de Tristan da Cunha , celle de Saxembonrg. La critique géographique, appuyée des vérifications des navigateurs, les a suc* cessivement effacées : Saint -Mathieu et Saxembonrg ont persisté les dernières, mais leur tour est aussi venu.
Passons rapidement en revue ces divers points, dont l'existence, jadis tenue pour constante et admise par tout le monde, est maintenant considérée par tout le monde comme le résultat d'une longue déception.
SAINT-XATHIBU.
Le frère Garcie de Loaysa , commandeur de l'ordre de Saint -Jean de Jérusalem, conduisant en 1525, au nom de l'empereur Charles -Qomt, une escadre de sept voiles, destinée pour les Moluques, rencontra snr sa route Pile de Saint-Mathieu , où il débarqua le 19 octobre et fit une relâche de 15 jours ; et voici la description qu'en donne le journal du voyage, tenu par Hernando de la Torre :
« Lilede Saint-Mathieu est à 5° !/* au sud de la ligne : elle est haute et boisée; en y arrivant parle nord et se dirigeant à Test-sud -est, on aperçoit, à la pointe de l'est deux flots d'inégale grandeur dans l'alignement de ce cap: on ne passe point entre eux et l'île * • r
île , parce qu'A ne se trouve dans le chenal qu'une brasse à nue brasse et demie de fond. Dans l'ouest, auprès da cap de Saint-Ma-
298 LtmfvËiis.
tbieu, Il y a ijùafrt! éèuéiiè Çfai tje foin paraissent comme des voiles. Cette partie est très-éJevée et très-montagneuse, et il y a de bonne eau. Entre les écueils et les deux flots est un bon mouillage sur fond de sable.
« Un trouve aussi dans la partie orientale , près des deux (lots 9 une bonne aiguade; nous y eûmes également d'excellentes oranges , des cocos , des tortues, beaucoup d'oiseaux dont les œufs servirent à régaler nos gens, quelques poules , et abondance de poisson , qui se prend à la ligne. » — Mais un autre narrateur rapporté que Loaysa, ses capitaines, et quelques autres personnes, furent très-gravement incommodés pour avoir mangé d'un grand et beau poisson qu'on avait pèche dans le voisinage, et qu'il leur fallut longtemps pour se rétablir.
Voilà le récit des gens mêmes de l'expédition; l'historien Herrera y •joute une particularité notable : « Un Portugais qui était sur la flotte » . ditil, « alarma que cette lie avait été habitée par bob compatriotes , mais que tes esclaves avaient tué leurs maîtres et tous les chrétiens : on trouva en effet beaucoup d'ossements humains , quelques pans de murs, et une grande croix de bois sur laquelle on lisait ees mots ; a Pedro Fernande* est passé par ici l'an mil cinq cent quinze. »
Antoine Gai vam, dans son Traité des Découvertes antérieures à 1550 f énonce un fait nlus remarquable encore : le trône des arbres était, à son dire, couvert d'inscriptions portugaises constatant que l'île avait été occupée 87 ans auparavant, ce qui remonterait à l'année 1438, date tout à fait inadmissible dans la série chronologique bien connue des navigations portugaises.
. Quoi qu'il en soit» l'estime que Loaysa avait faite de sa route lui avait fait placer l'Ile de Saint-Mathieu an sud-sud-est du cap des Palmes, et au sud-ouest de celui à%$ Ïrois-Pointes , à 65 lieues du premier, et 118 lieues du second; et cette Ile était scrupuleusement inscrite «fur les cartes ma»
rines. Mais depuis Loaysa aucun na-
vigateur Aigrie dé cènflàiU* he lfaraft revue; le capitaine Àrthibald Dalzel en fit expressément la ïècherdte en 1799 et en 1802, sans en découvrit vestige; et tous les hydrographes s'accordent aujourd'hui à la rejeter de leurs routiers.
Cependant, les journaux dé l'expédition de Loaysa ne permettent pas de révoquer en doute l'existence de tlle où II relâcha du 20 octobre au 3 novembre 1525; Tlle existait, c'est évident , et suivant toute probabilité elle existe encore. Mais il ne faut point oublier que les moyens d'observation et d'estime que possédaient alors les navigateurs étaient loin d'offrir le degré d'approximation des méthodes actuelles ; qu'il y avait médiocrement à se fier aux latitudes, et qu'il se Commettait sur les longitudes des erreurs énormes : là est la clef dé l'existence de llle Saint-Mathieu. Qu'on lise attentivement le journal de Ifl navigation de Loaysa depuis son départ des Canaries le 14 août 1525, jusqu'à son arrivée devant Saint-Mathieu lé 15 octobre suivant, bn verra que, défalcation faite des* détours qui se compensent, toute sa route se résume en une sommé d'environ 15 journées au sud , 18 au sud -est. et 11 à l'est-sud-est; et que si l'on donne à la journée une valeur moyenne de 20 lieues , comme Pindiqiient précisément ses premières observations de latitude , cette route conduira naturellement à l'Ile^d'Àn- Aobonl
Voilà la véritable Saint-Mathieu, haute et boisée, avec &eê deux Ilots d'inégale grandeur (l'île aux Tortues et la Roche du Passage), ses écueils, et son mouillage, au nord-est; avec ses oranges, aes cocos, ses tortues, ses oiseaux, ses poissons , et (m esclaves émancipés.
Cette explication n'est point une nouveauté : vers la lin du siècle der* nier, un officier qui se rendait au cap de Bonne- Espérance nous raconte qu'il se trouva.*dans le golfe de Guinée, au sud de la ligne, en race d'une lie haute, inconnue, qu on supposait devoir être Saint-Mathieu ou Saint • Thomas , et
ILES ttEWAFlUQUE.
que FM «uAfatait IMMtnMtft à cet égard, te «fil rttflint pr Thomas, les autftto frtor Mathieu ? enfin, KrM des irtstilaffe* étant mftnté à bord 9 Mi pat Wn écMitcir ! i Cèu* d'entre Doai », dit lé narrateur, « qui avaient parié pour Saiftt-Mathieil *'*mpre«S* rent de demander si ce n'éttut pi» là son fiom; l'Intel prêt* secoua la tel* et les partisans de Saint -Thomas eau* tètent dé Joie; maie epfrèa avo!* fait là même question au nègre pour leur saint, et reçu la mênlë réponse, cha* cun éclata de rimé, et If nous mit tout d'accord en nous apprenant que llle se nommait Annobon. *
SANTA-CKUZ.
Ld cartes du seizième siède i^pré* sentent, à dent cents lieues dans l'ouest de leur île imaginaire de SdimVMa* thieu, une île, bien plds imaginaire encore, dé Sainte-Croix , ou plutôt de Santa-Ottt, comme portent les cartes du cosntogfaphe impérial Diego RI* bero; il est digne de Remarque que lé nom de cette tie est constamment écrit Santa-Ctoct ou Sarda-Ctùssè, sous la forme italienne, dans toutes les cartes postérieures, aussi bien dans celles d'Ortéllo* ou de Mèrcator que dans celle dfc Râmosio. C'est la tout ce gué nous savons de Pexistehcfe de cette Ile; et si nous cherchons à deviner pair conjecture ce qui peut lui avoir jadis donné naissattëé, $ouS nous Moutons incertains eirtfe deut hypothèses qui tte se r* commandent particulièrement ni Tune ni fautte par quelque lumineux aperçu.
Dans un temps ou , pour le vulgaire , toute ferW nouvelle était une lie*, quandPferre-Alvarez Cabt al, allant aux Indes Orientales , eut touché au cap Saint-Augustin du Brésil, dont il ignorait la découverte antérieure par Vincent Pinzon et Améric Yespuce, et lui eut donné le nom de terre de la Sainte- Croix; peut-être les cosmographes qui s'évertuaient à inscrire sur leurs mappemondes toutes les terres signalées par les voyageurs trouvèrent-ils, dans une vague indication de celle-ci, un motif suffisant de pointer, dans Fouest de la route commune des In-
des* , Ymi lie 4ë la Saieee-Grei** oe bées encore t la grande croix de boia* trouvée par Leaysa dans l'Ile prêtent due de Saint* Mathieu, et signalé*
aèufrélre déjà par Pierre Fernaadcf ui l'avait élevée, a-i-eUe plutôt été objet de quelque vague notion qui H
fil
tfaoé
traduite graphiqueaMot par de 111e fantastique ée Sam
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Cruz. Quoi qu'il as soit de l'origine d» cette fie pritandud , laujoara eet-il qu'antre toutes eellee que la critiqua géographique a su<%*sstvement aaéa*> tiés, elle à disparu la première, et t'ait comme évanouie d'elle-même.
l'ascension, ** sàintîb-màalé d'août.
Nous avons1 déjà eu lie» As faire remarquer, en parlant des fies de la Trinité et de Martin~VaS,que£^iee»sion, figurée sur les anciennes çaHes à cent lieues dans l'ouest de la Trinité^ était Simplement un doubla emploi* une seconda édition de cette marne Hé de la Ttinité. De telles erreurs*, toot énormes qu'elles soient, étalent aatr* fois assez communes: les Portugais * dans leurs routiers même les plus estâmes, Supposaient une dlJtaaee dé ISO Neues entra fa Trinité et leè tlets de Martin- Vas, et nous savon* parti»
nemmentqueéettedistanaen'éstquede 9 lieues! Voilà donc précisément la Trinité transportée , sans changer de nom Cette fois, sur remplacement où on l'inscrivait é'aatre pan souale nom d'Ascension t nouvelle preuve dérident tfté réelle des deux lies supposées distinctes. Cependant* le capitaine français DUpôneelde la Haye* cftm* mandant eh 1760 la frégate li tokom* meV, dans une tratefsée de l'Ile de France à Rid- Janeiro, crut reconnaît tre, à quatre jours d'intervalle* là Trinité, puis r Ascension; mais les Portugais eux-mêmes en 1784, Lapérouse.en 1785, Krusenstern en 1801, constatèrent de nouveau, par une recherche expresse, que c'était une chimère.
Les mêmes routiers portugais mettaient encore à l'ouest des îlots de Martin-Vas , à 80 lieues de distance, et
LTJHTVEIS.
par comtaieftt à 40 Hauts dartf l'eft de la Trinité, une fle qu'ils appelaient Santa-Maria d'Agosto; c'était évidemment une .troisième édition de la Trinité, puisque aucune Ile n'existe réellement entre elle et les roches de Martin» Vas; et les trois éditions ont oamutativenent pris place sur les cartes nautiques , où elles ont persisté pendant plus de deux siècles.
Il est ?rai de dire toutefois que Santa»Maria d'Agosto, c'est-à-dire Sainte* Marie d'Août ou l'Assomption, et non Sancta-Msria d'Acosta ou da Costa, comme on Ta écrit quelquefois par erreur, se trouve figurée en certaines cartes anciennes, dans un voisinage presque immédiat des flots de Martin- Vas, et de manière à être considérée comme faisant partie de ce groupe.
il est évident qu'en ce cas, ce nom s'appliquerait au plus occidental de ces flots, celui du nord, et il n'est pas hors de propos d'annoter que, malgré la distance où ils la supposaient, les routiers portugais comptaient en effet Saata-Maria d'Agosto pour Tune des Mes de Martin-Vas, On voit aussi an»
paraître dans les cartes anciennes le no» d'Ile dos Pico$ ou des Pic*, taeerit au wd-ent des mêmes flots; c'est simplement sans doute un nom applicable à celui du sud.
SAXEMBOUBG.
Voici la dernière de ces fies chimériques dont nous avions à parcourir la série. Son histoire est plus récente :
un pilote hollandais, Lindert Lindeman, dEnekhuysen, la signala en 1670, comme l'ayant rencontrée sur le parallèle de 30° 47' sud, par une longitude de 20° à l'ouest du méridien de Paris, et lui donna le nom de Sachsenburg.
Dès ce moment, elle fut indiquée sur
les cartes nantiqn*, et y daneata longtemps sans qu'il s'élevât aucun doute sur son existence ni sa position. Cependant, à la fin du dernier siècle, le célèbre Horsburgh passa deux fois sur son emplacement sans en avoir connaissance; et en 1801, le Français Baudin, puis l'Anglais Flinders firent vainement la recherche de cette île.
Mais voilà qu'en 1804 l'Américain GaHoway, capitaine du navire Faim, croit l'apercevoir au loin, du haut de ses mita, l'ayant en vue pendant quatre heures consécutives , distinguant bien un pic au milieu, et un mamelon arrondi à l'un des bouts; seulement la longitude était de 2° plus occidentale.
Mieux encore, en 1809, un autre Américain, le capitaine Long, du navire Columbu*, retrouva Saxembourg par 80° 20' de latitude australe, mais par une longitude bien plus occidentale que ses devanciers, 30° 41' à l'ouest du méridien de Paris; et son indication!
communiquée directement au gouverneur anglais du cap de Bonne-Espérance, puis reçue de seconde ou troisième main par le gouverneur de Sainte-Hélène, était si précise, qu'elle ébranla les convictions de Horsluryo et de Flinders. Mais enfin, le chevalier du Plessis-Parscau, commandant ea 1823 la flûte la Moselle, le baron M Bougain ville en 1824 sur la Thétis, et Dumont d'Urville en 1826 sur VAttr* labe% firent de nouvelles recherches, d étendues et si exactes, de la prétends! Ile de Saxembourg , dans toutes j* positions où elle avait été signalée qu'il est bien reconnu aujourd'hui qu'elle n'a aucune existence réelle, ej
3u'elle doit être rayée définitivement es cartes où elle figurait; c'est k parti qu'on a pris. ■
L'UNIVERS
HISTOIRE ET DESCRIPTION
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