INTRODUCTION GÉNÉRALE
Les nombreux archipels que nous nous proposons de décrire ici , appartiennent tous à la partie occidentale et à la zone intertropicale du vaste bassin de la mer des Indes. L'imagination de quelques géographes a voulu considérer ces îles comme les sommets d'une chaîne de montagnes sous-marines, malgré les immenses espaces qui séparent la plupart des groupes. Quelquesunes, et ce sont les plus grandes, ont une origine volcanique, les autres sont madréporiques , et si basses, que la mer les recouvre parfois entièrement durant les tempêtes; on en observe peu d'isolées : la plupart sont rangées par groupes circulaires, tantôt liés entre eux par des bancs de coraux , tantôt séparés par une mer extrêmement profonde.
Les Séchelles et Rodrigues possèdent la plupart des animaux et des végétaux que Ton voit à Maurice et à Bourbon ; le cocotier et quelques plantes rampantes qui se plaisent dans les lieux sablonneux et dépourvus d'eau douce croissent seuls sur les autres îles; toutefois Ton verra que l'industrie des colons a su tirer un parti considérable de ces dernières, jadis désertes et inexploitées.
La découverte de ces îles remonté aux premiers voyages des Européens dans la mer des Indes, au commencement du seizième siècle; mais le peu de certitude des méthodes hydrographiques de ce temps, joint a l'ignorance des géographes qui dressèrent les cartes des explorations entreprises par Tordre des rois de Portugal, ont rendu impossible l'éclaircissement complet et le classement des découvertes effectuées par leurs eapitainei de mer. La plus inextricable confusion régna durant plus de deux siècles sur la géographie de ces archipels. Les portulans primitifs étant notoirement inexacts, chaque navigateur corrigeait à sa fantaisie la position des terres, imposait arbitrairement de nouveaux noms à des îles déjà connues, ou trompé par ses calculs, croyait ne faire qu'une reconnaissance lorsqu'il effectuait une véritable découverte.
De là ces déplacements arbitraires, ces doubles emplois, ces corruptions d'orthographe, ces méprises ou plutôt ces né vues sans nombre qui défigurent les cartes des seizième et dixseptième siècles : la nomenclature primitive de ces archipels est devenue presque méconnaissable. La publication des documents originaux que le Portugal conserve dans ses archives
44" Uvrcmon. (Uns m z/Avriqur.)
L'UNIVERS
de la Torre do Tombo pourrait seule jeter quelques lumières dans ces té* nèbres de la géographie historique, où la critique la plus patiente n'apporte qu'une lueur faible et îiwumsante. La gloire du Portugal est enfouie dansles liasses poudreuses qui renferment les journaux de Vasco da Gama, de Cabrai, de Juan da Nova, cf Alphonse et de François dlAlbuquerque, de Diogo Péreira, de François et de Laurent Almeida, de Tristan da Cunha, de Dom Garcia de Noronha, de Juaa de Castro, de Pedro Mascarenhas, et de tant d'autres Illustres découvreurs, dont les travaux sont a peine indiqués par les historiens nationaux. En publiant les écrits de ses glorieux enfants, le Portugal n'acquittera pas seulement une dette de reconnaissance, il ne servira pas seulement son légitime orgueil; il dotera l'histoire d un trésor de faits certains, et les nations qui l'ont suivi dans la voie des découvertes lointaines rendront alors pleinement hommage au courage et h la persévérance qu il lui fallut déployer pour rendre l'A-
Îrique et l'Asie tributaires de la cîvîisation européenne.
La position des différentes îles, suç les portulans, offre des monstruosités non moins choquantes : les fies dont, à force de recherches et de comparaisons, on parvient à établir l'identité, présentent au moins deux degrés de différence entre la latitude que leur assignent les anciennes cartes, et celle où les placent les travaux modernes.
Nous ne parlerons pas de leurs longitudes, obtenues par l'estime; elles variaient en général de 10 à 20 degrés.
Comme on le voit, privée de guides sûrs, la navigation était impossible dans ces parages parsemés de dangers, et peu de navires se risquaient à s'y engager pour se rendre dans l'Inde.
Lorsqu'on y était absolument forcé, « on veillait de près à la conduite du vaisseau, tant de jour que de nuit, {>arce qu'il y avait beaucoup plus d'îles et d'écueils qu'il n'y en a de marqués sur les cartes; c'est pourquoi it fallait sonder fréquemment, examiner conti-
nuellement la couleur de l'eau, et surtout ne point taire voile la nuit. »
(Routier rf'Aleixo da Motta.) On préférait donc généralement suivre une route plus longue mais mieux connue.
Mais lorsque la compagnie française des Indes orientales forma un établissement à l'Ile-de-France, le besoin de communiquer promptement avec l'Inde nécessita l'exploratiou des divers archipels situés entre ces deux points. L'illustre Mahé de la Bourdonnais fut le promoteur de cette entreprise. En 1742, il chargea le capitaine Picault, commandant de deux petits navires (la tartane VÉlizabeth et le bot le Charles), de pénétrer au milieu des principaux archipels de l'océan Indien, et d'en tracer la carte. Ce marin y effectua, d'après ses ordres, plusieurs voyages, et découvrit successivement les Sèche lies et les différentes îles du groupe de Peros-Banhos. Malheureusement la guerre de 1744 vint distraire le gouverneur de ses utiles projets, et son rappel en France mit un terme aux expéditions qu'il méditait. En 1756, Magon, un de ses successeurs au gouvernement de l'Ile-de-France, résolut de faire reconnaître les îles découvertes par le capitaine Picault; il y envoya In frégate le Cerf sous le commandement du lieutenant Morphey, et la goélette le Saint-Benoît commandée p.ir le sieur Préjean.
Trente ans après, Poivre et fresroches, administrateurs de la même colonie, obtinrent du duc de Pr. slin, ministre de la marine, l'autorisation de faire continuer l'exploration des archipels! Us chargèrent de cette mission le chevalier Grenier, officier d'un rare mérite, qui commandait la corvette V Heure du Berger, et mirent sous ses ordres une corvette pins petite nommée le Vert-Galant, dont le lieutenant de frégate la Fontàrhfc Eut le commandement. Par décision du ministre, l'abbé Alexis Rochon, depuis membre de l'Institut, fut spécialeffleiit chargé de déterminer la position des îles et des écueils que Ton rencontrerait, ftoto rapporterons #*ds 1» suite
Iles de v Afrique.
de cette bottas les découvertes utiles qui résultèrent de ce voyage.
En 1770, le yfeomte au Roslan, secondé du chevalier d'Hercé, continua arec fruit les recherches du chevalier Grenier ; son expédition se composait t'es corvettes PHeure du Berger et CÉloite du Matin.
Telles sont les principales explorations qu'entreprirent les Français dans les Des situées au nord de ïlle-de- France. Les travaux exécutés par ces marins distingués servirent à ta confection âx\ bel Atlas de d'Après de Vannevfllette , qui parut en 1746 et dissipa à jamais la terreur bien légitime' qu'Inspirait aux navigateurs le passage direct de File -de-France dans l'Inde. Les incertitudes inséparables don travail aussi considérable disparurent peu à peu, par la suite, grâce aux relations plus fréquentes qui s'établirent entre Tlnde et Maurice, et entre les différentes ties des archipels, devenues en peu de temps le but d'un cabotage actif. — En 1819, Lislet-Geoffroi ,' correspondant de l'Institut à i Ile-de-France, publia une carte de la mer des Indes, et un mémoire où il rectifia, d'après des données nouvelles, un grand nombre de positions restées douteuses jusqu'alors. — Le capitaine Moresby, chargé, en 1821. par le gouvernement anglais, de faire l'hydrographie de ces archipels , a publié ib us le Nautical Magazine le résultat de ses explorations. Enfin, en 1841, M. le capitaine Jehenne visita de nouveau ces lies sur la gabarre te Prévoyante, et vériûa leurs positions avec un soin particulier. — Tous les travaux qoe nous venons «Fénumérer ont été résumés par M. Daussv, hydrographe en chef du bépôtde fa marine, dans sa grande carte de la mer des Indes, et dans les deux cartes particulières des archipels situés au nord et au nord-est de Madagascar.
Toutes ces petites lies , rattachées par suite de ta découverte, des reconnaissances ou même de l'occupation , à l'Ile-de-France comme à un centre commun, ont suivi en 1815 la fortune de notre anefenne colonie , et sont de-
meurées, comme une dépendance de Maurice, nominalement au pouvoir des Anglais.
Nous les avons rangt.es, pour les décrire, en quatre groupes distincts r le premier, réduit à la seule lie de Rodrigues; le second , formé des lies comprises entre Rodrigue» et les Séchelfes ; le troisième , composé do l'archipel des Séchelles; le dernier, des iles comprises entre les Séchelles et les Comores.
Peut-être , à ce point de vue de dépendance à l'égard de Maurice, aurions-nous pu embrasser aussi dans notre travail le petit archipel des Chagas, qui avait été occupé jadis par les colons de l'Ile - de - France ; mais la constitution physique de ce groupe aussi bien que sa proximité des Maldives, nous paraissent le rattacher plus convenablement à l'Asie.
Nous avons d'ailleurs passé sous silence les noms des lies Georges, Roquepiz, Saint - Laurent , Natal et Juan de Lisboa , qui figurent dans les anciennes cartes de ces parages, mais dont l'existence est incertaine sinon purement imaginaire.