II. ILES ENTEE RODRIGUES ET LES SKCKLLE
IBBAHC OU COBOA. DOS GABAJAOS, £T L'iLB SAINX-BRANDAIT.
Le banc ou Coroa dos Garajaôs a une longueur d'environ quatre-vingts lieues et une largeur de vingt à vingt-cinq lieues. A son extrémité sud on trouve une chaîne d'une douzaine d'îlots qui forment cinq groupes entourés de récifs et éloignés d'une ou deux lieues les uns des autres. C'est à cette partie du banc qui s'étend de 16° d" à 16° 52' de latitude, et de 57° 5' à 57° 30' de longitude, que l'on donne en particulier le nom de Saint-Brandan. Les îlots qui y sont situés, et qui ont été concédés depuis 1818 à divers habitants de Maurice, sout les suivants : les deux îles Boisées, auprès desquelles est un assez bon mouillage; Vile Raphaël (du nom de son propriétaire) ; les ilôts Petits- Fous , — Lavoquaire , — aux Fous , — Grand Mapou, — PetU-Mapou, — Vilot du Gouvernement; les Uots aux Bois, — et réronge, les iies aux Cocos et de la Baleine.
En dehors et à l'ouest du banc de Saint-Brandan, on voit l'île du Nord , dont l'abord est dangereux; la Sirène, au sud de laquelle est un mouillage médiocrement bon ; l'île Saint-Pierre ( Aibatross d'Owen ) , abordable par l'ouest, et les îles Mariette et Roussin. Le nom de cette dernière île rappelle le séjour que fit, à Saint-Brandan en 1806, la frégate la Sémillante, sur laquelle Tarn irai Roussin était alors enseigne. Ce bâtiment, qui venait de faire quatre prises, resta pendant un mois au mouillage du nord-ouest, attendant des nouvelles de l'Ile-de-France (*).
Tous les îlots que nous venons d'énumérer ne sont que des pâtés de coraux élevés d'une dizaine de pieds audessus du niveaa de la mer, et propres seulement à servir de refuge aux
(*) Archives du ministère de la marine, cartons Île-de-France : Extrait du journal du capitaine Motard, octobre 1806. — Dépôt de la marine : Notes extraites du journal a? A. Roussin , enseigné de ivùesea*.
équipages qui font la pèche sur le Banc, où le poisson est très-abondant.
Les fies Veronge et Lavoquaire four* nissent une eau moins saumâtre que celle des autres îlots ; l'usage en est commun pour les établissements toi* sins. Quelques veloutiers rachi tiques végètent çà et là sur les îles Boisées, et sur Itle aux Bois ; on ne voit dans le reste de l'archipel aucune espèce de végétation, si ce n'est sur Itle Sirène, où croît du pourpier que les pécheurs mangent en salade. On trouve sur tous les flots, mais principalement sur les îles Boisées et aux Bois, un nombre prodigieux d'oiseaux de mer : en une heure, un homme armé d'un bâton peut y tuer plus de cent pingouins, frégates , fous , goélettes. De tout le gibier qu'on y abat , il n'y a toutefois de mangeable que les alouettes de mer, gui sont très-communes sur les fies Sirène, Mariette et Roussin, mais ne se laissent pas approcher à la portée du bâton. Les habitants de Saint* firandau extraient, des foies de frégates nouvellement tuées, une huile au'ils estiment comme un remède efficace contre les rhumatismes ; ces affections sont très-communes parmi eux, et ils les attribuent à l'humidité à laquelle ils sont sans cesse exposés sur ces terres peu élevées.
En 1818 , la plupart des îles de ce groupe furent entièrement submergées a la suite d'un ouragan ; leur disparition momentanée causa le naufrage du navire de la Compagnie anglaise des Indes le Cabalva, sur lequel périrent le capitaine et une grande partie de l'équipage. Déjà en 1813 les pécheurs v avaient été surpris par une inondation , qui ne laissa à découvert qu'un très-petit nombre d'Ilots.
Il est probable que c'est ce banc que les Portugais appelaient Baixos de Nazareth, nom que les copistes postérieurs corrompirent en B. do Nazaré, Domazare, et Don»4zare, et qu'ils appliquèrent plus tarda Ti/e de Sable.
Les îles et les écueils de Saint-firandan se reconnaissent facilement dans la longue chaîne de rochers, qui portent, sur les portulans, le nom cor-
rompu de Cargadoê-Garqjos, ou simplement dos Garajos. L'île de San- Brandâo indique sans doute Rodrigue» , celle des îles de l'océan Indien que les cartographes du seizième siècle ont le plus fait voyager.
l'île de sable, ou Île tromelin
Cet écueil fut découvert en 1722, par le vaisseau la Diane, commandé, par M. delà Feuillée. Elle est plate, et n'a pas plus de 800 toises de longueur sur 300 de largeur.
La flûte rutile, capitaine de la Fargue, en se rendant de Madagascar, où elle avait pris un chargement d'esclaves, à l'Ile-de-France , fit naufrage sur nie de Sable le 31 juillet 1761. — Un officier, 17 matelots et un noir se noyèrent, mais le reste de l'équipage et des esclaves se réfugia sur cette petite île. Le premier soin de ces infortunés fut de sauver le plus de vivres possible, et de chercher de l'eau douce ; ils eurent le bonheur d'en trouver de passable, en creusant à 15 ou 16 pieds dans le sable. Cette découverte, sans laquelle ils étaient tous perdus, ranima un peu leur courage, et ils se mirent à construire, des débris du navire, un long bateau plat, sur lequel les blancs, au nombre de 122, s'embarquèrent seuls, promettant aux noirs qu'on les viendrait prendre, et leur laissant pour trois mois de vivres. Ils quittèrent 111e le 27 septembre, et, après une traversée de quatre jours, ils abordèrent à Madagascar, d'où ils rendirent compte de leur naufrage aux administrateurs de 'l'Ile-de-France (*). Les noirs restèrent sur Me de Sable, en proie aux plus affreuses souffrances, et attendant toujours vainement les secours promis. Tout homme qui a quelque sentiment d'humanité, dit Rochon, frémit quand il sait qu'on a laissé périr misérablement ces pauvres noirs, sans daigner faire aucune tentative pour les sauver. Ce fut quinze ans après, le 29 novembre 1776, que la Dauphine, commandée par le che-
(*) Dépôt de la marine, cartons 85 *.
45' Livraison. (Iles de l'Afrique.)
Himvw.
valier de Tremelin , Keotenant des vaisseaux du roi T rencontra l'île de Sable. Il sut vaincre tous les obstacles qui défendent l'approche de ce dan* gereux écueil , et il eut le bonlieqr de ramener à l'Ile-de-France les; tristes restes des naufragés de P Utile. Quatre-vingts noirs et négresses avaient péri, et sept négresses avaient résisté aux plus cruelles misères qui se puissent imaginer.
La partie la plus élevée de cet flot, absolument stérile, est à quinze pieds au-dessus du niveau de la mer, et l'on a'y est pas à l'abri des lames durant les mauvais temps. Les noirs avaient construit, des débris du vaisseau, une hutte recouverte des écailles ûçs tortues de mer. Ilsi vécurent de La chair des oiseaux de mer, et des tortues qui viennent déposer leurs œufs sur la plage; des plumes artistement tressées par les femmes leur servaient de vêtements. Une des négresses que Tromelin sauva d'une mort certaine, avait un petit enfant qui se ressentait de la faiblesse extrême de sa mère. Ces négresses ont raconté qu'elles avaient vu cinq bâtiments, dont plusieurs avaient inutilement tenté d'attarder an lieu de leur captivité. Un petit navire, la Sauterelle, est celui qui, pendant quelques instants, leur avait donné l'espérance d'être enfin délivrés; car le canot de ce bâtiment, dans la crainte sans d«mte de faire naufrage sur l'îlot, m il avait déjà eu beaucoup de peine à aborder , s'en éloigna subitement, et avec tant de précipitation, qu'un des, matelots qui le montait resta sur l'île; cet homme , victime de son courage et de son humanité, se voyant abandonné de ses camarades, prit le parti désespéré de se rendre à Madagascar sur un radeau : il s'embarqua avec trois noirs et trois négresses , deux mois et demi avaajt l'arrivée de la.
corvette la Dauphins. Les négresses ramenées à l'Ile-de-France par ce bâtiment reçurent leur liberté, et furent entretenues au frais de l'État.
Depuis cette époque, plusieurs navires ont eu le même sort que C Utile; mais les naufragés se sont sauvés
dans les canots» ou ont été recourus par W& bâtiments de guerre envoyés fréquemment pour visiter ce banc dangereux. £n 1830, on craignait a Bourbon que quelques bâtiments ne s'y fussent perdus pendant les ouragans; M. le capitaine Laplace reçut du commandant de la station eY Afrique l'ordre de s'y rendre. « Le 6 mai, au lever du soleil, le temps était beau et clair, dit ce navigateur, le vent du sud-est, mais faible: nous laissâmes arriver, et à neuf heures ou aperçut la terre du haut des mâts; à onze heures, la corvette n'en était plus éloignée que d'un mille, côtoyant la partie est, et manœuvrant pour doubler la poiute nord... Les lames se déroulaient d'une manière effrayante sur tes récifs dont le rivage est entouré connue d'un rempart centre les assauts de l'Océan. La vue de ce dangereux écueil nous faisait éprouver le sentiment d'une pénible et inquiète curiosité; nos yeux cherchaient, sur cette surface uniforaw de sable , dont la blancheur brillait sous les rayons d'un soleil brûlant, des vestiges qui annonçassent l'existence de quelques malheureux naufragés. Sur le monticule qui forme le point le plus élevé de l'Ile, était une perche à moitié renversée par le vent, et surmontée d'une croix; autour, nous apercevions les restes 4e cabanes et de puits» faits sans doute par l'équipage qe l'Utile. J'aurais désiré mettre a terre quelques hommes pour L'explorer; mais quoique la brise fût trèsmodérée, la mer brisait a«ec une telle violence sur les récifs, que toute communication, était impossible. Je me bornai donc à en faire le tour d'assez près, pour que rien ne put échapper à nos refarde. Les coups de eanon, que je fie tirer à des intervalles rapprochés, n'eurent d'autre résultat que de faire lever -une wuitiUftde d'oiseaux de mer, dont les cris causaient un bruit assourdissant Aquattebeures du soir, après des observation* d'angles horaires, nous leur laissâmes la tranquille possession de l'Ue » dont la position, qui venaift d'êtro parfaitement déterminés, est bien duftreote
de «Ile qui kà a* «eignée sur toutes les anciennes cartes f latttnde S. H0
ILES M t/ÀFltlQUE.
comme un danger à éviter, et reconnue 5* ân^t^vT^ «Vïïw T f •* t?UTt ,a Première fois le 7 juillet 1758,
de toc de ee danger, d'aplani plus redouté des marins, qu>à peine visible a dem lieues par un temps eJair et teaa, & est impossible de Papetcevoir assez à temps pendant la nuit, on sous on ciel sombre et couvert. »
Cette Ile madrépovique, partage wr un large canal qui assèche à mer bw O» «t située par 10» a* 50" de latitude, et 54* 34' Je longitude. Elle ert portée sur les pins anciennes cartes sous le w*»A%Agakna m è% Gâteau, métamorphosé bientôt ea ytguaiega, 4£*»*ff r. de ta Glêtm, lacère] /. da Gaie ; maie, quoique le doute ne seit pat permis sur l'identité de eette «e avec celle qui igur* sur tes cartes medcnieot oo ne peut affirmer qae te — de ealéga loi soie propre. La fui a foit donner le nom de de Nom à aoe Ile «tués hots du Mal de Mozambique, a do sandre a 6aJean. Ce nom, qui signifie h Gotewnae, rappelle to patrie de Juan de Bonn ; or nous montrerons , d'après un teste formel, que fttle déeoueerte et nommée en uet par ee ftavilatcnt est une des Gamom. )t est done Uès-srniseniaJabfe que Gales* ânee* «soi partie de cel «chfpel, et **£ w*P» quelque bévoe do na- £G»**" égare, que son nom a été transporté, eomme celai de Juan de «oan, an milion de fooéen indien, et aantioMe à on» lie nonitire (**> L'énor- ?£*■■•.■■»* •eftonr pourrait sente «tare objectée contre ostte eonjectjre; ma las portulans nous en «firent sans cesse deptus monstrueuses encore.
Longtemps marquée sus les cartes
(*> On « commencé à construire entre
explorée qi^e vers la fin du siècle dernier. Aucun navigateur n'avait osé an approcher, lorsque, le 17 mai lta5,]a flOte du roi le Marichai c(e Castrks, ravorisée par un beau temps, fa côtoya d'assez prés pour distinguer les forets qe cocotiers qui la couvrent. Le rapport que le commandant de ce bâtiment fit au gouverneur de ï'Ilè-de- France, M. lï vicomte de gouillac, engagea celui-ci à la faire visiter. Cette Ile, n'étant qu'à 187 lieues de l'Ile-de- France, mentait en effet une attention particulière. On espérait surtout en tirer une quantité de tortues suffisante pour alimenter l'énorme consommation qu'en faisaient" les hôpitaux de la colonie. Cet espoir fut déçu ; ou qe trouva à Galega qufqn très -peut nombre de ces animaux Cependant, 1$ beauté des bois de cocotiers, fa proximité de l'Ile-de-France, et las primes d'encouragement offertes par le gouvernement, j attirèrent quetques colons , qui y formèrent un étabtrssement, mais ne surent pas lutter contre les. revers auxquels est sujette toute plantation nouvelle, tes coups (Je vent <jui détruisirent leurs premières récoltes, les croisières anglaises qui arrêtèrent leurs bateaux, les découragèrent , et ils renoncèrent aux concessions qui leur avaient été accordée*.
Galéga était depuis quelques années inhabitée, lorsque, en 1808. deux habitants de nie-de-France , MM. Barbé et Géré, en devinrent concessionnaires.
Les obstacles que rencontrèrent ces nouveaux propriétaires , ou plutôt leurs associés, MM. Caillou-Eosemand et Albert, qui se rendirent eux-mêmes sur les lieux , furent successivement vaincus par une grande persévérance, A force de travail, on pratiqua une , * — . . WUMIUire encre P3?^ au milieu thss récifs qui détentes deux partie; de Hle nue jetée qui n'aura «aient l'abord de l'île aux pirogues; on g8-™?08 *Joo toise» de longueur, c'est amenda le $ol sablonneux et infertile ». Leduc, riofttigable améliorateur de Ga- par des écobuages f qui permirent d'y **&, qui a entrepris et qui dirige ce tra- récolter du maïs ; OU cr& <Jes jardins V~\ v-u- • potagers avec de la te*re végétale au-
C) T«r ci-apm, page i,3, et la note. portle de l'Ile- de-France ; enfin, on
I/OMVEaS.
éleva deux manufactures d'huile, dont les produits dédommagèrent bientôt les propriétaires des sacrifices qu'ils avaient faits.
En quelques années, Galéga rivalisa avec les belles propriétés de l'Ilede-France. Vers 1826, M. le comte Beaupoil de Sainte-Aulaire en fit l'acquisition, et ce fut sous l'administration active et intelligente de son régisseur, M. Leduc, que cette île atteignit son plus haut degré de prospérité. Pour donner une idée des travaux et des mœurs de cette industrieuse colonie, uous ne pouvons mieux faire que d'emprunter au capitaine Laplace le séduisant récit de sa relâche a Galéga. Invité par M. de Sainte-Aulaire à visiter cette lie, le capitaine Laplace y conduisit sa frégate le M juin 1837, trois jours après son départ de Maurice : * Dès que le jour parut, dit-il, une pirogue aborda la frégate , et retourna promptement au rivage, emportant M. de Sainte- Aulaire, ainsi que plusieurs personnes de l'état-major, qui me témoignèrent le désir d'accompagner mon passager au débarquement sur ses possessions.
Je cédai d'autant plus aisément à leurs sollicitations, que je partageais le sentiment de curiosité dont ils étaient animés, en voyant de si près cette jolie petite île, ou, pour mieux dire, cette charmante corbeille de verdure [ui , éclairée par les premiers rayons u soleil levant, semblait sortir du sein de la mer, dont les flots, en heurtant doucement les récifs, l'entouraient d'une ceinture argentée. Mille détails semblaient, en effet, se réunir pour donner de la vraisemblance à cette comparaison La forme obtongue de Galéga, sa surface presque au niveau des eaux , et couverte d'une épaisse forétdecocotiecs, qu'une étroite bande de sable blanc comme la neige séparait des brisants, tout, jusqu'à la manière dont cette oasis de feuillage , à peine longue de deux milles , ressortait du milieu de la brume matinale qui enveloppait Timmense horizon , concourait à rendre cette perspective non moins pittoresque qu'attrayante pour nous.
Aussi, à S heures, laissant la frégate aux soins du commandant en second , je me rendis avec plaisir aux pressantes invitations de mon passager, et je vins le trouver sur son habitation. Là, tous les objets qui s'offraient à ma vue attiraient mon attention, non qu'ils me fussent étrangers , car ces arbres, ces cases, rappelaient les colonies, mais partout je remarquais un air d'ordre et de propreté, quelque chose de pittoresque que je n avais encore tu nulle part... La, par les soins d'un régisseur, homme sage, actif et intelligent, trois cents individus vivaient loin du monde civilisé sur un banc de corail isolé au milieu de l'Océan , au sein de l'abondance , et dans une parfaite harmonie entre eux.
« Quel riant aspect avait le hameau, ehef-Tieu de la colonie ! Au centres*élevait la maison du maître : les récite du rivage avaient fourni les matériaux de construction pour la base de l'édifice, et les bois voisins pour la partie élevée; des nattes de paille artistement tressées formaient les cloisons intérieures des appartements, comme des feuilles de cocotier en formaient le toit, sous lequel tournait une galerie, circulaire , qu'un bosouet de beaux filaos (*) tirés de Madagascar protégeait contre les rayons brûlants du soleil. Beaucoup moins vastes sans doute, mais construites de la même manière, étaient les nombreuses cases à nègres, qui, rangées symétriquement de chaque côté d'espèces de rues larges et plantées d'arbres aboutissant à la demeure principale, ne laissaient rien à désirer sous le double rapport du confortable et de l'exposition.
« Chacune de ces cases contenait une famille, pour les membres de laquelle la transition accomplie demie-
(*) Casuarina eauitetifolia. — L'accroissement de cet arbre est prodigieusement prompt à Galéga. Des filais provenant de graines ensemencées dans le mois de novembre 1829, transplantés l'année suivante, ont donné en avril i836 des longueurs de 61 pieds, mesurés jusqu'au bout des dernières tiges , et le tronc a fourni 3 pièces de 8 pieds sur 6, 7 et 8 pouces d'éqiiarrtsaage.
renient, celle de 1 esclavage à rapprentissage, avait été tout à fait insensible, tant le sort heureux dont ils jouissaient leur laissait peu à désirer. Garantis , par l'isolement de leur séjour, des mauvais conseils de ces gens qui pervertissent les nègres sous le prétexte de les éclairer ; défendus de Vamour du changement par leur ignorance, et de l'ivrognerie par la non-introduction de liqueursfortes dans 111e, ils se montraient paisibles, et accomplissaient leurs travaux avec assez d'empressement. Ils sont presque tous grands, forts et bien portants, conséquence naturelle de la beauté du climat sous lequel ils vivent, et de l'abondance ainsi que de la bonne qualité des aliments dont ils se nourrissent. Quoique Galéga ne soit qu'à 9° seulement de I'equateurja brise , en renouvelant sans cesse l'air, empêche les chaleurs d'y être jamais fortes. Les pluies tombent parfois avec quelque force de décembre en avril ; parfois même, elles sont précédées ou suivies de coups de vent assez violents; mais ces oura-
Sans passent vite , et le beau temps ure tout le reste de Tannée sous une température constamment douce, et n'ayant aucun animal carnassier à craindre, car les souris sont les seuls quadrupèdes inapprivoisés de 111e. Les volailles se multiplient avec une telle profusion, que tous les nègres, même {es plus pauvres, s'en nourrissent journellement , et trouvent ainsi le moyen de varier, d'une façon aussi saine qu'agréable, la nourriture facile que leur offre la mer, où fourmillent, le long des récifs, des poissons excellents. Cependant, sur un écueil ainsi placé, sans aucun abri , au milieu de l'Océan, les variations de l'atmosphère doivent être brusques, et par conséquent contraires à la propagation de certains animaux. En effet , les boeufs et les cerfs que Ton a essavé à plusieurs reprises d'introduire dans I île , y sont morts en peu de temps, et la conservation des chevaux , ainsi que des mules, exige beaucoup de précautions. Cette funeste influence s'étendait même, il n'y a que peu d'années
encore, sur les enfants nouveau-nés, et rarement sur dix en pouvait-on conserver deux. Mais grâce à la sollicitude vraiment paternelle de l'économe, à peine les mères ont-elles à pleurer aujourd'hui la perte de quelques-uns de leurs négrillons. Ceux-ci ne naissent que dans la maison construite au milieu des bois, où les femmes en couche sont mises à l'abri, autant que possible, des influences roorbifiques de la mer. Ils sont soigneusement enveloppés de flanelle pendant plusieurs mois, et tenus dans des chambres parfaitement aérées. Ainsi traités, ces petits êtres dépassent sans peine la première enfance ; et si j'en juge par les mines gaies , fraîches et éveillées de ceux qui jouaient et gambadaient autour du régisseur, mon fidèle compagnon dans mes courses sur le territoire soumis à sa puissance, le nouveau régime avait parfaitement réussi. Un autre obstacle encore s'oppose à l'accroissement de cette petite population ; mais il se trouve malheureusement du genre de ceux contre lesquels toute la science humaine vient échouer. C'est la disproportion énorme qui a lieu entre les enfants mâles et femelles. Il naît bien plus de garçons que de petites filles ; ce qui me parut d'autant plus ffleheux, que ces dernières promettaient de ressembler plus tard à leurs mères, qui presque toutes étaient de jolies négresses aux appas volumineux, arrondis, aux grands yeux noirs, aux belles dents et à la mine très-agaçante. Cette énorme différence numérique entre les deux sexes, et que rien n'annonçait devoir diminuer avec le temps, avait beaucoup inquiété d'abord le législateur de Galéga. En effet, empêcher les débats, et même les querelles, entre les heureux époux de ces dames et les pauvres diables condamnés à un célibat éternel ! N'était-il pas à craindre que le sentiment ne vînt porter bien souvent le trouble dans les unions légitimes? Mais, par bonheur, notre nouveau Lycurgue avait affaire à des maris trop pacifiques, et à des femmes trop compatissantes, pour que l'amour devint un sujet de dissensions
L'UNIVERS
parmi ses administrés. Les choses
s'arrangèrent sans aucune intervention, sinon très-moralement, au moins d'une manière très-paisible , et à la satisfaction de tous les partis. Chaque mari agréa un ou deux assesseurs , ou même davantage , suivant le plus ou moins de succès que sa compagne avait dans la société, et partagea avec eux , d'une manière équitable, les moments fortunés que l'absence du soleil et la cessation des travaux livrent aux amours. Alors seulement, l'heureux amant dont le tour de bonheur est
ses homencore
lever du
jour. Telles Sont les dures conditions imposées par l'usage aux nègres Bonsoir, ainsi qu'on nomme ces époux temporaires oui n'en doivent pas moins rendre tous les services en leur pouvoir au ménage auquel ils sont agrégés.
Grâce a cet enchaînement dont , a ce qu'il parait, toutes les parties contractantes sont également satisfaites, puisque bien rarement il cause des dissensions entre elles, la pénurie de femmes ne cause aucun embarras au régisseur de Galéga. 11 m'a semblé même plutôt dispose à souhaiter qu'un accroissement de beau Sexe ne vienne pas le contraindre il modifier l'ordre de choses établi, tant il considère comme douteux qu'il ptit jamais parvenir à faire renoncer ces dames ail régime fort doux qu'elles avaient suivi jusqu'alors, et qui, soumis au contrôle de l'opinion publique, empêche les désordres qu'entraîne générale* ment à sa suite la dissolution des négresses dans les colonies. Cette manière de voir de M. Leduc était justifiée par Pair de santé et de contentement répandu sur les physionomies de &ei apprentis des deux sexes , et plus encore par l'activité qu'ils déployaient, non-seulement sous ses yeux, aux environs de l'établissement, mais même dans les parties les plus reculées des bois de cocotiers, qui fournissent le principal revenu de la colonie. Après avoir visité tout ce que l'usine où l'on fait l'huile et les nom-
breux mjjnsins qui l'entourent.pouvalent offrir à ma curiosité, ce tut de ce côté que Jediriçeai mes pas, espérant goûter le plaisir d'une promenade solitaire, et v trouver un abri agréable contre la chaleur de midi. Mon espoir ne fut pas déçu, et à peine ra'étais-je un peu éloigné de l'habitation , nue déjà une voûte de feuillage impénétrable aux rayotts du soleil s'étendait au loin sur ma tête. Plus j'avançais, et plus cette route s'épaississait, tant les cocotiers étalent serrés les uns contre les autres.... Je suivis un sentier qui me conduisit à Pendroit où une bande de nègres faisaient la récolté des cocos.... » Les vieillards et les femmes ramassaient les fruits tombés dés arbres, indice le plus certain de leur parfaite maturité, tandis que des ouvriers plus forts et plus adroits les dépouillaient de leur enveloppe filandreuse, en les frappant avec dextérité sur un fer tranchant fixé au centre d'un billot de bois dur. Ainsi nettoyées, puis brisées, ces noix étaient transportées, sur des pirogues et des charrettes, à rétablissement où d'autres ouvriers devaient en extraire ramande, quand celle-ci commence en séchant à Se détacher de la coquille. — Quelque grossiers que paraissent les procédés employés dans l'Inde et à Galéga pour l'extraction de l'huile de coco, ils n'en ont pas moins été reconnus jusqu'ici, comme supérieurs à tous ceux que l'industrie européenne a tenté de leur substituer. « En vain , dit le Capitaine Laplace, a-t-on voulu remplacer, par des presses que ia vapeur ou d'autres forces motrices font agir, ces informes mortiers de bois, au fond desquels les amandes, après avoir été exposées durant plusieurs jours au soleil, sur des plates-formes, sont soumises à l'action d'un pilon auquel un mécanisme très-simple, mû par des hommes ou des animaux, imprime à la fois un mouvement de rotation et une force de pression telle, que tdute la liqueur contenue dans la noix s'écoule par le canal pratiqué à la base du mortier. Ainsi extraite, l'huile est versée d'abord dans de grands foudres}
■ois* *»fcd elle a bfc* déposé totr&s m matières étrangères dont elle cet chargé** en là met en barriques, pour être Titrée au commerce.... M. Leduc avait cherché, et était parvenu* à force d'industrie et de surveillance, à employer Utilement, d'une manière lucrative au propriétaire, toutes les matière* que, en outre de l'huile, les dix-sept theulifts ooniéa à ses soins fourmaeent chaque jour abondamment. Avec le marc, il nourrissait les animaux de trait, et engraissait une grande quantité de porcs et de volailles quMI vendait à l'Ile-de-France. Il employait l'huile de seconde queht é à fa fabrication d'un savon qu'il livrait avantageusement à l'exportation»
Enfin , les coquilles des noix servaient à macadamiser les nombreuses routes qui sillonnent 111e, ou bien à confectionner le charbon nécessaire aux divers ateliers de forge ou de taillanderie de l'établissement. Là ne se bornaient pas encore les bonnes choses dont l'activité et l'intelligence supérieure du régisseur de Galéga avaient doté son gouvernement. Il était* parvenu à faire réparer et même construire toutes les embarcations grandes ou petites qui servaient au cabotage de l'Ile. Plus encore : c'est à lui qu'on doit la construction des quais de pierre, du bassin où les pirogues trouvent, chaque soir, an abri tiontre le mauvais temps, et l'édification de la petite batterie sur laquelle , aUSsitét qu'un bâtiment est en vue, un grand feu brille toute la nuit. — Nous-mêmes, les promeneurs de l'état-major de la frégate et moi , nous fûmes à même d'apprécier d'une façon agréable avec quelle attentive bienveillance étaient traités par lui les voyageurs qui venaient le visiter. Nos chasseurs eurent des guides pour les conduire dans les cantons où le gibier abonde, et principalement de l'autre cété du marigot qui , rempli d'eau à haute mer seulement, sépare alors l'île en deux parties. ...Ils firent une chasse vraiment merveilleuse, puis ils revinrent prendre leur part d'un copieux dîner que M. de Sainte* Au lai re nous avait Eut préparer. —Parmi ces lièvres,
«es perdrix, ces pintades et m pifcêens ramiers étendus titorlb en foule sous mes yeux * je n'avais d'abord aperçu aucun sujet digne d'une mention ornithologique particulière* quand M. Leduc appela mort attention sur un oiseau que je reconnus sur-le-champ pour l'ibis égyptien. Gomment cet oiseau se trouvait-il sur un rocher situé à plusieurs centaines de milles de toutes terres, tandis qu'à Madaga&car et dans lés archipels voisins il est complètement inconnu (*)? L'unique solution que , suivant moi h oh puisse donner de ce problème* c'est d'admettre que des ibis arrachés des côtés d'Afrique, où leur espèce est indigène, pur un violent coup de vent de nordouest, comme il en passe quelquefois dans ces parages, seront venus s'abattre sur Galéga, et s'y seront multipliés.
Gette supposition est d'autant plus admissible , qu'on voit souvent apparaître dans les bois de cocotiers dont cette île est couverte* et ordinairement à la suite des mauvais temps ; des volatiles étrangers que les habitants n'avaient jamais vus auparavant.
Du reste, l'Ibis est une triste conquête pour Galéga. Bon plumage est sombre, et sa chair ne fournit qu'un détestable manger. Aussi ne figurat-il pas au nombre des cent mets divers que M. de Sainte- Aulairè, jaloux de montrer toutes les richesses culinaires de sa propriété, fit servir au dtner. Le gibier, la volaille et le poisson en firent les frais. Tout était bon, surtout des rougets et (les bonites, que je tl-ouvai bien supérieurs à tout ce que j'avais mangé de meilleur dans ce genre à l'Ile-de-France... » Le festin se serait prolongé bien avant dans la nuit, si le commandant; inquiet du bruit que faisaient les vagues en brisant sur les récifs, phénomène précurseur d'un de cet redoutables ras de marée fréquents à Galéga, n'avait donné le signal du départ. M. Lnplace termine en ces termes la relation de
(*) Il existe bien à Madagascar un iUs, Acoho vonsutsi (Ibis crittatus de Linné), mais ce n'fest pas l'ibis sacré. E. r\
L'UMVKBJS.
son passage à Galéga : « Là, dit-il, un seul individu de notre couleur, isolé au milieu de plusieurs centaines de noirs, était parvenu à rendre ces derniers heureux, à les maintenir dans l'ordre le plus parfait, et à leur faire accomplir leur tâche journalière sans peine, et même en n'employant que rarement les châtiments corporels. Sa présence avait, pour ainsi dire, vivifié cette propriété , qui croissait en im-
Portance sous le double rapport de étendue des plantations et des revenus. Lorsque je la visitai , elle fournissait à l'exportation annuelle l'énorme quantité de 37 000 veltes d'huile, représentant à peu près la somme de 200 000 francs, dont , il est vrai , la moitié , au moins, était absorbée par les frais d'exploitation... »
Les soins du gouvernement n'absorbent pas tellement le temps de M. Leduc, qu'il ne trouve encore celui de se livrer à des observations curieuses sur son petit royaume. L'isolement inspire la philosophie, et porte à l'étude de la nature. L'opinion émise par M. de Candolle sur la longévité des arbres , qui peut être employée à connaître l'âge d'un pays et particulièrement d'une île, a donné l'idée à M. Leduc de faire des recherches à ce sujet, et de les appliquer à Galéga. Il résulte de ses observations, an'il y a six siècles que sa petite Ile maoréporique est sortie du sein de la mer j mais un bien plus grand nombre de siècles s'étaient écoulés avant qu'elle ait atteint ce niveau. M. Leduc va plus loin encore ; il pense que, dans cinq cents siècles , Galéga formera un des caps de l'île (aujourd'hui ce n'est que le banc) deSayadeMalha, à laquelle viendront aussi se joindre les lies Séchelles et Saint-Brandan.
COBTIVI.
L'île de Coëtivi, située par 7° 15' de latitude et' 54° 13' de longitude, a été vue pour la première fois , le 3 juillet 1771 , par le chevalier de Coëtivi , qui commandait la flûte du roi Vlle-de- France. Elle peut avoir quatre lieues
de ctreonJéreoce, et paraît formée par les sables amoncelés sur des récifs, car elle est creuse à l'intérieur, et l'on y voit un grand bassin dont l'eau n'est pas aussi salée que celle de la mer.
Cette île est couverte de cocotiers, de badamiers de la grande et de la petite espèce ; de faux tacamaeas , de veloutiers, de bois mangue, d'arbres nommés dans l'Inde bois de mâture, etc.
Le sol est , en général , composé de sable de corail , mêlé d'un peu de terre végétale. Le maïs y vient parfaitement.
La côte est peu poissonneuse, mais on y trouve un grand nombre d'oiseaux , de tortues, et de lions marins. Les rats y sont communs comme dans la plupart des lies voisines; on y voit aussi des pigeons verts et des ramiers.
Coëtivi possède sur sa côte nordouest un baracbois où peuvent entrer les bateaux de 25 à 30 tonneaux ; ce petit port est situé au dedans d'une rade qui offre un mouillage à de plus grands bâtiments, et près auquel existe un puits dont l'eau est moins saumâtre que celle des autres îles de l'archipel. On peut aussi aborder dans celle-ci par l'est, mais moins facilement que par l'ouest; les récifs qui l'entourent offrent quelques passes pour des pirogues.
En 1781 , le capitaine Laurent , qui commandait le corsaire le Foudroyante séjourna pendant six jours dans cette Ile; il la représente comme très-propre à l'établissement d'une manufacture d'huile de cocos et de lions marins, et d'une pêcherie de tortues de mer, « qui sont , dit-il, si abondantes et 6i aisées à prendre , qu'en une heure et avec du monde, on pourrait en approvisionner un gros vaisseau. » Le môme capitaine observe que Coëtivi ne renferme pas de tortues de terre, et que les chèvres et les cabris y multiplieraient beaucoup. Les habitants des Séchelles furent les premiers à fréquenter cette Ile, dont ils tiraient des cocos et des tortues; en 1811 , un capitaine Malfie y établit une fabrique d huile de cocos; enfin, en 1814, le capitaine Laconfourque demanda et obtint du gouvernement de 111e Maurice la per-
mission de s'y établir : il y forma um habitation qui fournît à Maurice une grande quantité de mais, d'huile et de tortues; le sol cultivable, qu'il exploite avec une centaine de travailleurs, est de cinq à six cents arpents.