III. LES ILES SÉCHELLES
1° DncripUon générale de farckipel.
Les îles de l'archipel des Séchelles, situées entre 3° et 5° 45' de latitude sud, et entre 63° et 64° de longitude est, sont au nombre de trente envi* roo, et se classent naturellement en trois groupes proprement dits, plus Quelques fus isolément éparses autour de ces trois groupes , le tout formant quatre divisions, savoir : 1° Mahé, entouré des îles Sainte-Anne, au Cerf, Sèebe, Moyenne, Petite, Longue, Anonyme, Sud-Est, Thérèse, Saint-Jean , etc.; 3° Silhouette, avec Tl le-du-Nord; 3e Praslin, entouré de la Curieuse , la Digue, Marianne, l'Ile-Ronde, l'Ile- Aride, la Baleine, les Cousins, les Cousines, les Mamelles , les Trois-Sceurs , Félicité ; 4° enfin les lies Denis, aux Vaches-Marines, aux Récifs, aux Frégates, etc.
Toutes ces îles, de formation granitique, s'élèvent sur un banc de corail qui s'étend, du nord au sud, à environ trente lieues; et, de l'est à l'ouest, à environ soixante. Comme sur le banc de Terre-Neuve, on v peut mouiller presque partout. Le fond en est trèsirrégulier : à l'aecore de ce vaste plateau sous-marin, on trouve généralement douze à quinze brasses ; mais en dedans, la sonde rapporte plus de soixante brasses. Toute la partie du banc qui s'étend à l'ouest de Mahé est saine, et l'on y peut naviguer en sûreté; mais , à Test et au nord-est de cette lie , on rencontre une multitude d'écueils qui , bien qu'apparents , nécessitent une incessante surveillance.
On trouve , dans l'archipel , un grand nombre de rades abritées et d'autant plus commodes , que les ouragans ne sévissent jamais par ces latitudes.
Climat.
Deux saisons se partagent l'année, et présentent à peu près la même périodicité et les mêmes caractères que celles de f Indoustao ; on les désigne sous le nom de moussons de nordouest et de sud-est. De la fin de décembre à celle de mars , les vents de nord-ouest régnent sans interruption et souvent par grains violents; ils amènent les pluies qui tombent par averses torrentielles, mais de peu de durée; c'est durant cette saison que les rivières, enflées par les eaux du ciel, entraînent la terre végétale, et causent quelquefois de grands dommages aux plantations qui les avoisinent. De la fin de mars à la mi-avril, le calme le plus complet règne dans l'atmosphère.
Alors les brises du sud-est commencent à souffler, parfois avec force, mais sans jamais amener ces ouragans terribles auxquels les îles Maurice et Bourbon sont sujettes ; c'est le temps des sécheresses. Quelquefois les brises réglées de la mousson du sud-est font place à des vents variables accompa-
Snés de pluies, mais qui ne sont jamais e longue durée. De la mi-novembre à la fin de décembre, les calmes reparaissent de nouveau. La température varie de 17° à 27* Réaumur. Elle est, comme on le voit, très-intense, mais elle n'offre jamais de changements subits et dangereux ; et la brise de mer vient en tempérer l'ardeur lorsque le soleil est couché. Les Séchelles doivent cet heureux climat à leur position sur la limite des vents alizés du sud-est et de ceux de l'ouest qui soufflent toute l'année, rarement avec violence, mais toujours avec un ciel sombre et pluvieux. Ce groupe d'îles participe également aux deux influences qui s'affaiblissent mutuellement. Jamais on n'y éprouvede longues sécheresses ; jamais aussi de longues pluies. Comme aux lies Maurice et Bourbon, les maladies endémiques sont inconnues; aussi les familles y sont-elles nombreuses , les enfants très-beaux et faciles à élever.
Ce dernier avantage, dit le capitaine Laplace , à la relation excellente du-
LTJMVRlfl.
Suel nous empruntons ces détails, est *autant plus précieux, que l'archipel en jouit seul an milieu de toutes les îles dont ces parages sent semés. Bout» bon et Maurice voient chaque année leur génération naissante décimée par des maladies dont il a été jusqu'ici impossible de la garantir. Bien plus malheureux encore sont les habitants des établissements européens sur la côte de Madagascar, et oeut des nom»
breuses petites lies ad sud de Mahé.
Ils ne peuvent arracher leurs enfants en bas âge, à la mort certaine qui les attend, qu'en les éloignant, des leur naissances d'un climat malsaine
Les maladies les pius communes aux Séehelles sont la dyssenterie et le scorbut : on attribue ces affections à la quelité des eaux et à l'humidité de l'atmosphère; on se préserve du scorbut en s'abstenant de boire trop souvent de l'eau pure , et en fumant du tabac. La gale, la lèpre, l'éléphantiasis* la géophagie et le tétanos sont égale»
ment communs, surtout parmi les noirs. Les quatre premières maladies ont été introduites par les esclaves ve* naat dé la côte d'Afrique. Le traitement du tétanos est le même que l'oh emploie à Maurice et à Bourbon : on fort prendre au malade, trois fois par jour, le jus exprimé dés gros kakerfats rouges qui fourmillent dans ces tles; cette potion* aidée de bains fréquents et de quelques autres moyens auxiliaires, ramène presque toujours le malade à la santé : M. Frappas rapporte que le médecin en chef de Mahé a été plusieurs foie à même de se convaincre de l'ef ficaci té de ce remède » et lui - même en a été deux fois témoin.
Productions végétales.
Les arbres dont se composent les forêts des tles Séehelles sont trèsbeaux : ee sont le taeamaea rouge et blanc; le bois de natte à grandes et petites feuilles) le bois d'olive) le faux eaiac , qui rivalise avec le chêne
{>our la forée et la durée; le sandal, e bonnet carré y l'arbre à pommes de singe, l'ébénier, le Bols rose de Ceylan,
sa fil**, le todattèar, lé là tasser, te var, le rimé, l'acajou blane, le euatitr , le bois hkuse « le capucin * l'aréquier, i 'arbre-fougère, le raquois. Plu* sieurs deees arbres sont d'une grandeur et d'une grosseur extraordinaires. Oh fait , avec le taeamaea , des pirogues d'une seule pièce , longues de 24 , 30 et 36 pieds, sur à ou 6 de largeur.
D'autres bois, dont la beauté et la qualité ont été appréciées à l'tie Maurice , où on les recherche autant que l'acajou et le palissandre , servent à Tébénisterie. Lès bords de la mer sont garnis de cocotiers , dont tes nftix servent à la fabrication de l'huile , ainsi 3 ne de volontiers et de mangliers, ont la cendre, mUée avee l'huile de cocos, fournil un savon de qualité inférieure. — Plusieurs plantes utiles à la médecine tapissent les iflohtagnes.
Parmi celles*!, nous signalerons la raeme «le eolombo , astringente et tonique, dont l'efficacité danS lés affections de l'estomac et des intestins, et aussi eontf é les ulcères si pernicieux dans les otimats chauds, est bien connue. Le» végétaux cultivés sont te rln 4 le mais, le maniée* le millet, la patate, le meton d'eau, le bananier, l'ananas, le mahguier, l'oranger, le citronnier, l'avocatier, le dattier, le letehi, la vigne dfe treilles, la canne à sucre, le Cotonnier, le caféier, le cacaotier i le gérofliér, le mutemler, le poivrier, le cantiellier, le gingembre, le bétel, l'indigo^ le rotioou, le tabac.
Une des productions les plus curieuses des Séehelles est le cocotier de mer, qui n'est indigène qu'au* tles de Praslin et de la Curieuse. Longtemps avant que ces tles fussent découvertes, on en connaissait la noix; roulés par les torrents jusqu'à la mer, ces fruits singuliers étaient emportes par les courants, et abordaient le plus souvent aux Maldives , éloignées des Séehelles d'environ 300 rieaes. Les savants avaient, en Conséquence, nommé cette noix coco de MmdWta; mais, comme atieun arbre de ces tlès ne produisait un fruit pareil, on s'accorda à le considérer comme une production de la mer, et e» la noœttM dko do
ILES DE UAFIUQUE.
mar. Sa configuration bizarre, aussi indécente ï décrire qu'à montrer, et le mystère qui couvrait sou origine, contribuèrent à lui assigner des propriétés merveilleuses; de là son non de coco de Salomon. Les Indiens croyaient que le coco de mer guéris* sait du scorbut et des maladies vénériennes, qu'il possédait de grandes ïertus aphrodisiaques, et qu'il suffisait de boire dans sa coque pour neutraliser les poisons les plus violents. Divisée en petits morceaux, l'amande se vendait à des prix excessif* dans les marcliés de l'Inde et de la Chine. La coque se -payait au poids de l'or, et l'empereur Rodolphe chercha en vain à s'en procurer une au prix de 4000 florins. Les princes indiens, qui les payaient jusqu'à 10 000 livres de notre monnaie, en faisaient fabriquer des coupes que Ton ornait d'or et de
Jn erres précieuses. Une découverte ortuite vint éteindre cette brillante renommée , et réduire la nux indica ad venena celebrata aux usages do* mestiques les plus vulgaires. Au commencement de Tannée 1769, l'ingénieur Barré reconnut ce fruit dans le coco de Praslin. On aurait pu tirer un parti avantageux de cette découverte, mais Ton ne sut pas la tenir secrète.
Au mois de novembre 1769, le capitaine Duchemin, qui avait commandé l'expédition dont Barré faisait partie, vint du Bengale à Praslin, prendrai sur le navire VHcwreutê Marie, une cargaison de cocos de mer qui attira l'attentioa des Anglais, Ces actifs commerçants ne tardèrent pas à sa rendre à Praslin. La corvette t Aigle y fut expédiée de Bombay: elle se chargea de cocos de mer* qu elle transporta dans l'Inde, où ce fruit perdit, en un instant, tout son prestige et toutesa valeur.
Le sol de Praslin et de la Curieuse est couvert de ces cocotiers qui font partie de la famille nombreuse des lataniers. Dans les plaines de sable, au bord et au milieu des mares, parmi les rochers les plus escarpés et sur le 6ommet des plus ( hautes montagnes, partout on les voit balancer dans les
airs leur tête m fastueuse, dont las feuilles^ agitées par le vent, produisent un bruit continuel semblable à celui des rouages d'un moulin à eau. La tige de cet arbre s'élève souvent à 50 ou 60 pieds; elle est droite comme un mât; son plus grand diamètre est de 15 à 18 pouces, sans changement sensible de la base au sommet. Sa tête est ordinairementcouronnéededixàdouze palmes de vingt pieds de longueur, oui se déploient en éventail. Le vent les brise souvent vers leurs extrémités, qui pendent alors vers la terre. Les feuilles ont une consistance dure et coriace, et l'on remarque sur leurs
rrois un duvet assez épais, semblable celui qu'on trouve sur le latanier des colonies occidentales. A mesure que Parbre croit, les feuilles tombent et sont aussitôt remplacées. Leur couleur est olivâtre, mais elles jaunissent en séchant. Le cocotier de mer est bissexuel ; l'arbre mâle ne porte pa6 de fruits ; il ne produit que les fleurs fécondantes. L'arbre femelle porte des régimes auxquels pendent cinq bu six cocos qui, avec leur brou, pèsent chacun environ 60 livres; ce poids énprme, placé au haut de l'arbre, est la cause du balancement continuel que J* moindre vent lui imprime. L'enveloppe de la noix est épaisse et fibreuse; la noix, dépouillée du brou, présente l'image de deux cuisses; elle reo/erm* une substance blanchâtre et gélatineuse, assez agréable au goût lors- Îju'elle est fraîche, mais extrêmement roidesur l'estomac; quand cette substance vieillit, elle contracte une odeur d'urine et une amertume détestables.
Le tronc de l'arbre est mou et spon-
K'eux; après avoir été fendu dans sa ngueur, et dépouillé de sa partie fibreuse, il sert à faire les canaux que las habitants construisent pour conduire l'eau des sources sur leurs terres ; on en fait aussi des palissades pour entourer les maisons et les jardins.
Les feuilles fournissent des toitures excellentes et de très-longue durée; à Praslin , elles servent aussi à faire des cloisons dans des logements. Les* feuilles tendres, ou, pour mieux dira,
tt
L'UNIVERS
le cœur des feuilles blanchies au soleil et coupées par bandes étroites, se tresse facilement, et Ton en fait d'excellents et fort jolis chapeaux dont se coiffent ordinairement les créoles des deux sexes ; les côtes de ces feuilles servent à taire des paniers et des balais, et une foule d*autres petits ouvrages. La noix vidée sert de vases à différents usages : conservée dans son entier , elle est employée en guise de cruche, et , sciée de diverses manières, elle est travaillée en plats, en assiettes, en tasses, etc. : c'est ce qu'on appelle la vaisselle de Prasiin ; ces cocos se
gravent facilement, deviennent trèsurs et très-noirs, et acquièrent un beau poli. On fabrique avec leur enveloppe fibreuse des cordages semblables ou oattin. — On a essayé en vain de transplanter le cocotier de mer dans les autres fies Séchelles ; quoique le sol et le climat de l'archipel soient partout semblables , cet arbre végète mal et reste toujours stérile ailleurs qu'à Prasiin et à la Curieuse.
Règne animal.
Les animaux domestiques, tous exotiques aux Séchelles, sont le bœuf, le mouton à poils, le cochon de Chine, le chien, le ehat, les poules, les pigeons, les oies, les canards et les dindons. Jadis le crocodile et la tortue de terre étaient les seuls gros animaux qu'on pût trouver dans ces Iles. Le nombre de tortues de terre était prodigieux; mais il faut, à présent, les aller chercher dans les gorges des montagnes , et jusque dans les petites Iles désertes de l'archipel; c'est toujours un mets très -estimé aux Séchelles , où , sans un plat de tortue de terre, un repas n'est jamais considéré comme complet. La tortue de mer est moins rare et moins recherchée : les habitants de Mahé ont l'habitude de plaisanter ceux de la Digue, qui s'en nourrissent; ils prétendent que « ces colons ont une odeur de tortue de mer. » La tortue verte ou caouane pèse quelquefois jusqu'à 300 livres, c'est celle que Ton inange; le caret y qui fournit l'écaillé, a une chair détes-
table, que l'on dit même être un poison violent. Plus de quarante pirogues étaient autrefois occupées à la pêche du caret: elles étaient montées chacune par trois nègres , armés d'une espèce de harpon appelé varc, auquel était fixée une ligne de coton trèsforte, qui servait à retirer l'animal lorsqu'il était blessé ; cette pêche ayant bien diminué depuis une vingtaine d'années , les habitants ont creusé ,
Srès du rivage, des parcs profonds, ans lesquels ils entretiennent de jeunes carets qui s'y multiplient et procurent aux propriétaires un revenu assuré.
lies crocodiles ont presque entièrement disparu de Mahe; c'est à Prasiin et à Silhouette qu'on voit les plus gros. Ils traversaient quelquefois le canal qui sépare ces tles de Mahé : bien que cet animal vive dans l'eau douce, il ne craignait nullement de se hasarder pour quelque temps dans la mer ; mais souvent ce trajet lui devenait fatal : son ennemi , le requin , aussi vorace, mieux armé et plus agile que lui, l'attaquait, malgré sa résistance furieuse et ses rugissements, et le déchirait presque toujours; par un temps calme, un tel combat n'était pas rare, et le bruit que faisaient les deux monstres s'entendait de fort loin la nuit.
Les rats fourmillent dans toutes les tles; on n'a jamais pu s'en délivrer; les chats que l'on y a introduits, trouvant sans doute une proie assurée et plus de leur goût dans les oiseatfx dont les bois sont remplis, vivent en assez bonne intelligence avec ces rongeurs. Les lézards verts et bruns , le caméléon, diverses espèces de couleuvres, sont les reptiles les plus communs que l'on rencontre au fond des bois et au milieu des rochers. La couleuvre capelle existe dans l'Ile de la Digue. « On m'a plusieurs fois assuré », dit un voyageur, «que, dans le fond de quelques vallées très-profondes qui se trouvent vers le centre de 111e de Mahé , plusieurs boas constrictors avaient été vus par les chasseurs de marrons (nègres fugitifs) ; mais je suis porté à
croirequ'iL n'en existe point aux Sechelles; j'ai tellement parcouru les montagnes et les bois de Mahé, y passant quelquefois des journées entières, que j'aurais certainement eu connaissance de ces reptiles, dont je n'ai remarqué la trace nulle part. »
Presque tous les oiseaux des Séchelles sont des espèces appartenant à l'Afrique : plusieurs espèces de pigeons et de tourterelles* beaucoup de perruches vertes, les perroquets de Madagascar, les veuves, les aigrettes, les merles, les cardinaux, les doyoles, les gobe-mouches et les colibris viennent habiter les jardins ; de petits éperviers blancs, Je la grosseur d'une alouette, et nommés dans le pays mangeurs de poules, poursuivent les hirondelles jusque sur les toits des maisons; dans la montagne, on trouve une belle variété de la chevêche qui niche dans le creux des rochers , ainsi
3 ne l'oiseau de mer nommé fouquet , ont les cris pendant la nuit sont si lugubres. Il y a aussi, à Mahé, un grand nombre de coqs et de poules sauvages, qui ne sont autres que des coqs et des poules domestiques devenus marrons. On voit aussi , sur les rochers , ces petites hirondelles qui , dans les mers orientales, construisent les nids si estimés des Chinois.
Les grosses chauves-souris, connues sous le nom de roussettes , sont trèscommunes, et deviennent fort grasses dans la saison des fruits: on sait que ce gibier est extrêmement estimé des gourmets, malgré leur forme hideuse et leur odeur sauvage.
Il y a, aux Séchelies, une grande variété d'insectes ; les principaux sont : le gros scorpion brun, qu'on trouve dans les forets; le scorpion gris , qui vit dans les habitations ; te mille-pattes, qu'on ne voit que dans les campagnes ; le cent-pieds ou scolopendre , vivant particulièrement dans les maisons , très-méchant , et dont la piqûre produit une forte inflammation ; des myriades de fourmis, dont il est impossible de préserver les comestibles ; des kakerlats ; des mouches jaunes, espèce de grosses guêpes qui attaqueot avec
furie ceux qui passent près de .essaims; des abeilles qui produisent un bon miel; des mouches-maçonnes, qui construisent d'ingénieuses petites cellules ; de grosses araignées, et entre autres, des tarentules aune grosseur énorme, mais pas dangereuses ; diverses sortes de scarabées; des papillons trèsvariés, et des mouches-feuilles : ce dernier insecte est extrêmement curieux; il ressemble tellement à une feuille, tant par sa forme que par sa couleur, qu'il est presque impossible de le dis» tinguer sur un arbre. Les moustiques et Tes mouches sont aussi très -communes.
La mer fourmille de poissons, près de toutes les îles; ils forment une partie de la nourriture des créoles; Les squales sont partout très* nombreux dans l'archipel : « J'ai compté dans la rade de Mahé », dit un voyageur, « huit différentes, espèces de requins: deux seulement sont dangereux, lepantouflèer ou marteau, et le requin blanc. — Quant à l'énorme poisson nommé chagrin 9 dont on m'avait fait souvent d'étranges récits, entre autres, qu'il attaquait les pirogues des pêcheurs pour en dévorer l'équipage, ie n'ai vu , clans cet animal» qu'une baleine sperma ceti ou cachalot, vivant de petits poissons et de sardines, dont elle poursuit continuellement les bancs dans ie canal ; ce poisson n'est pas dangereux pour l'homme. Les veaux marins se tiennent par troupes nombreuses sur les flots, où les pécheurs vontles chercher pour en extraire l'huile. Les côtes et les plages présentent de beaux coquillages et des huîtres perlières dont les perles, très-petites et d'une vilaine eau, sont sans valeur. » — Il y a deux autres espèces d'huîtres également bonnes à manger : celles qui s'attachent aux rochers, et celles qui vivent sur les racines des mangliers; on recueille ces dernières à marée basse :
elles ont une forme irrégulière. Les palourdes et les haches (formes sont aussi de fort bons coquillages : ce dernier est bivalve, de forme triangulaire, et long de 6 à 8 ponces ; son «ni» veloppeest revêtue à l'intérieur d'une
iranira**
«rirtt— c6fapi>É8tmnfab^leàhnx»g, à l'extérieur, tlle est noire ou découlent d'ardoise; le poisson qu'elle renferme te ntanpe euit dans la coquille.
On ramassait autrefois tfadmirablescoquilLaaes sur les récifc de Mabé; aujourd'hui cette Industrie n'existe plut : tes seuls objets de conchyliologie qu'on y trouve sont des connues, des harpes, des porcelaines, des licorne*, le manteau dueai, des scorpions, des ftiseaux, des têtes de bécasse, des aérites et des concha Vtneris.
3* Description ptxrHculière des f/e*.
MAH*.
Mabé , la phie considérable des iles Sécbeiles, n'est qu'un groope de montagnes escarpées, se dirigeant du nord au sud, et s'eèevant à nrès de 800 toises au-dessus du niveau de te mer. Sa clreoolérence est d'environ fd Heoee.
A ftst, la cAte est bordée de rôcifir au milieu desquels il esiste quekraet coupures; entre la chaîne des récifs et te terre, les pirogues qui vont le long de la cote suivent un canal peu profond , mais fart commode, qui facilite beaucoup les communications dus joint de rtle à l'autre : les récifs sont à fleur d'eau dans les grandes marées. La coso, d'un aspect sauvage, et tantôt aride, taatét couverte de bois , est abordable presque partout, et ses sinuosités forment Musieurs baies coaunodH et profondes; la plage est bordée d\u sable composé de corail broyé par te frottement des vagues, et de la poussière do granit tombée des montagnes et entraînée par le»
pluiesjusqu'àlamer.
La baie principale, résidence du commandant, est dan» Fort de rtle; une passe sinueuse, mate facile à franchir avec en pilote, conduit dans deux barachats qui communiquent entre cuir par un chenal intérieur; les bâtiments du piusgrand tonnage penventy mouiller par 10 et 1* braises ; une jetée en pierres, qui va de te terre * l'accore du baracoois le plus rapproché, permet aux petits navires oV se caréner
trMhcfleuMnt, et do prendra nord à quai tout ce dont ils ont besoin. En dehors du port, la rade, qui peut contenir aisément trois à quatre cents bâtiments de toutes grandeurs, est abritée par 111e Sainte «Anne et Itle aux Cerfs, et plusieurs flots; on n'y est exposé qu'aux vents du nord. Mabé n'a pas de fortifications, mais elle peut être défendue par ses montagnes escarpées et ses ravins profonds : on ne pourrait pas d'à i Heurs venir assez prés de te ville pour la canonner avec succès, à moins d'entrer dans le port, ce que Ton ne peut faire sans pilote ; des batteries placées sur les fies Sainte-Anne et aux Cerfs, ainsi que sur les Ilots voisins, défendraient fort bien le canal qui se trouve entre ces Iles et le récif : en un mot , si ce point attirait l'attention (Tan gouvernement qui n'aurait point encore de station maritime, il loi serait facile de fe fortifier de manière à ne rien craindre.
« La pente dès montagnes vers la mer », dit M. Prappax, « est roide de presque tous les cotes, et forme en beaucoup d'endroits des précipices épouvantables. On y remarque une immense quantité d'arbres brûlés parles incendies; Hle est, en outre, couverte d'énormes roches détachées et blanchies par le soleil ; les rivières en sont également obstruées. Le lit de ces rivières est parfois variable, et leur cours est toujou rs rapide, parée qu'elles ont leurs sources au sommet des montagnes. Leurs eaux forment, dans quelques vallées, des mares bordées de lataniers et remplies de roseaux , qui servent de retraite à un grand nombre d'animaux aquatiques et à quelques petits crocodiles , reste de ceux dont Fil* était Jadis infestée. La plupart de ces ruisseaux tombent en cascades dans des bassins naturels où les habitants viennent se plonger pendant les chaudes heures de la journée. »
« H faut avoir ressenti les effets de ces chaleurs extraordinaires », dit le même voyageur, » pour concevoir les sensations ineffables qu'on éprouve à les braver dans une eau limpide et sous un toit de verdure, tes nommes ne
sont parles seuls à goéler le charme de ces bains; lee dame* en connaissent aussi tout le prix; et souvent rond* fugitive des bassins caresse dans son cours les attraits de la beauté. Ces jolies créoles , ces nymphes séduisantes, s'y dévoilent en sûreté; elles n'ont point à craindre des regards indiscrets, car, outre l'épais* sevr du feuillage qui les dérobe de toutes parts t elles sont toujours accompagnées de plusieurs négresses qui veillent à quelque distance. .. Quelques-uns de ces torrents se précipitent par des soupiraux dans des carêmes souterraines ; ils ne reparaissent que beaucoup plus loin, et dans des régions moins élevées. Les eaux de toutes ces rivières sont bonnes, mais très-séléniteuses : cela provient, je crois, de la dissolution des sels que contiennent abondamment les terres
3u'elles entraînent continuellement ans twtr cours, surtout dans les saisons pluvieuses. On pense bien que de telles rivières ne sont nullement navigables; mais elles pourraient être utilisées pour des usines et des irrigations. Leurs embouchures sont presque toutes fermées par des sables ou des roches, qui sont cependant couverts dans les grandes marées. »
Le chef-lieu, qu'on nommait autrefois t Etablissement, et qui, depuis l'année 1840, a pris le nom de Portrictoria^ est bâti au fond de cette baie. « L'aspect de ce vilhage », dit un voyageur (*J , • est tel qu'un esprit romanesque l'aurait conçu au sein des soucis du monde : situé au fond d'un vallon resserré par deux collines ombreuses, il se composé de petites habitations éparses , entre lesquelles serpente sur un lit de cailloux le plus fimpide des ruisseaux. On en voit quelques-unes de soigneusement bâties ; d'autres , commodément arrangées à l'intérieur, n'ont que des dehors rustiques qui témoignent assez de l'indifférence de leurs propriétaires pour un taxe inutile. La pfupart de
(*) Mort reyaçt of the Ifisii?, iSioiSii.
ces demauna ont des Jardins, «I sont entourées de bosquets touffus où l'on distingue le feuillage menu du tamarinier, la palme frémissante du bananier, et les touffes gracieuses du jeune cocotier. Je fus charmé par cette image de la vie retirée, tranquille et contente, thème favori des romanciers et des rêveries de notre jeunesse. »
Port-Victoria est nn marché permanent où tous les habitants viennent s'approvisionner/ Parmi les boutiques s'élèvent péle-méie la maison du commandant, les bureaux de l'administration, la prison, et une salle de bâtard : ces bâtiments sont construits en bois comme le reste des maisons du village. Dans l'intérieur de 111e , on voit quelques habitations en pierre; des morceaux de granit brisés au moyen du feu, du corail tafHé à la hache et durci à l'air, sont les matériaux que l'on emploie dans leur construction.
Les habitants des Séchelles sont presque tous originaires de Maurice et de Bourbon, et, par leurs fréquentes relations avec les colons de ces fies, ils en ont conservé les mœurs et les manières : ce sont donc de véritables Français, moins toutefois le caractère bouillant et l'impatience qui distinguent ailleurscette nation ; l'hospitalité et une affection de famille très-prononcée sont les vertus que l'on trouve ches eux, en même temps'qu'un défaut absolu d'esprft public, une invincible indolence, et la plus profonde ignorance. Aucune démarcation n*eaiete dans leur société, si ce n'est celle de la couleur; les personnes riches ou totettisentes y obtiennent la considération du public, mais tout le monde se fréquente sur le pied de l'égalité.
La plupart des colons sont parents ou allies les uns ées autres ; les familles sont très-unies, très-nombreuses , et, comme la durée de la vie est fort longue dans ces îles , il n'est pas rare de voir quatre générations assises à la même table , et formant un total de soixante personnes. Les hommes aiment passionnément les cartes et le billard. Les femmes raffolent de la danse; elles sont belles, gracieuses et
I/UHIVERS.
charmantes par leurs manières : si nous en croyons un officier anglais qui résida quelque temps à Mahé, le .relâchement des mœurs y rend souvent les mariages malheureux ; on a alors recours au divorce , et telle est l'indifférence de la société en matière de fidélité conjugale , que les femmes divorcées, dont la conduite a été la .plus scandaleuse, sont reçues sans scrupule dans les familles où brillent des épouses chastes et pures. Toutes sont économes et industrieuses : elles fabriquent , avec les feuilles du cocotier de nier, des éventails légers, des chapeaux qui imitent ceux de paille d'Italie, et d'autres jolis ouvrages, qui , portés dans les colonies voisines et jusque dans l'Inde, sont échangés avantageusement contre des étoffes d'Europe et des modes de France.
Presque tous les colons qui habitent ien Séchelles naviguaient autrefois comme corsaires ou comme marchands; et les tranquilles occupations auxquelles ils se sont consacrés depuis la paix n'ont pas encore effacé les habitudes de leur ancienne profession :
on reconnaît prontptement le marin à la cordialité du Séchellois envers son hôte, à la franchise et à la gaieté de son caractère , aussi bien qu'au soin
Î|u'il apporte à l'équipement de sa goëette ou de son embarcation. C'est dans d'élégantes pirogues que les amis vont se faire des visites à leurs maisons de campagne , presque toutes situées au bord de la mer : l'étranger ne peut retenir sa surprise lorsque, à la fin d'un bal, il entend annoncer que le canot de madame *** est avancé , de même qu'on l'aurait prévenue , en Europe, que son carrosse est prêt; mais, lorsqu'il a parcouru les ravins profonds qui sillonnent Mahé et rendent à peu près impossible l'établissement de chemins praticables, il comprend bien vite que les belles Séchekfoises préfèrent naviguer, par une nuit étoilée et à la lueur des torches, sur la mer tranquille qui entoure leur 21e , plutôt que de s'enfermer dans des hamacs péniblement portés par des nègres.
Les Séchellois, catholiques de nom, ne professent publiquement aucun culte, car ils n'ont ni temples ni prêtres : la plupart des colons naissent, vivent et meurent sans recevoir aucun sacrement. Nous apprenons toutefois qu'en 1840 un ministre anglican, M. L. Banks, venu de 111e Maurice à Mahé, avait célébré, le 27 septembre, l'office divin, et prononcé un sermon en présence de nombreux assistants ; mais nous ignorons si ce pasteur devait ou non y demeurer. Une imprimerie a été établie à Mahé en 1840 ; un journal , intitulé le Feuilleton des Séchelles, et dont l'éditeur est en même temps l'imprimeur, parait une fois par semaine : le premier ouvrage qui soit sorti de ses presses est un almanach, qui contient une notice sur l'archipel (*). Une institution littéraire a aussi été fondée dans cette île, ainsi qu'un comité d'histoire naturelle, une loge maçonnique, etc.
L'occupation principale des habitants est l'agriculture : Us récoltent du riz, du maïs, du coton, du tabac exquis, du café et des épices, et des cocos dont ils font de l'huile. Us recueillent aussi des bois d'ébénisterie, de la cire, de l'écaillé, et des ailerons de requins; ce dernier article est, comme .on sait, très-estimé en Chine, où on le considère comme un mets délicieux.
Tous ces produits sont exportés à Maurice et dans l'Inde, par un grand nombre de petits bâtiments qui appartiennent à la colonie, et sur lesquels les jeunes Séchellois font en général leur apprentissage de la vie ; les marchandises qu'ils rapportent à Mahé sont vendues au détail dans des boutiques qui appartiennent aux principaux habitants et sont teoues par des commis. Comme on le voit , les Séchellois ne font qu'un commerce d'échange ; satisfaits de la vie qu'ils mènent, peu d'entre eux songent à
(*) Nous regrettons de n'avoir p« nous procurer cette brochure, qui nous eût sans doute fourni des renseignements aussi neufs que certains sur le sujet que nous traitons; nous en connaissons seulement quelques extraits donnés par les gazettes de Maurice.
réaliser des bénéfices, et à mettre de côté une fortune dans le but de quitter leurs fies : l'usage de l'argent est conséqaemment assez rare parmi eux; l'acquisition des objets qui leur sont nécessaires se fait au moyen d'un billet sur leur prochaine récolte : c'est sans doute ce qui a laissé croire à certains auteurs anglais, que les Sécheliois ignoraient absolument l'usage de l'argent, et que le coton était le signe représentatif employé dans leurs transactions.
La terre végétale de l'Ile est peu profonde, et très-séléniteuse : elle se compose de sable granitique et du détritus des végétaux. Les défrichements , les pluies et les cultures trop fortes en diminuent considérablement l'épaisseur, et en détruisent promptement les rapports. Les montagnes, dans leurs écoulements, ont couvert de fragments de granit presque toutes les terres basses, et laissé bien peu d'espace pour la culture ; aussi les habitants et leurs travailleurs sont-ils sans cesse occupés à nettoyer le terrain autant qu'ils le peuvent. Le procédé qu'ils emploient dans ce but est curieux : lorsqu'un bloc de granit est trop gros pour qu'ils puissent le rouler, Os le font chauffer en le couvrant d'un bûcher auquel ils mettent le feu; puis, quand il est suffisamment chaud, ils le baignent d'eau de mer :
cette opération rend la pierre si fragile, qu'on la brise ensuite facilement a coups de masse.
L'industrie est à peu près nulle aux Séchelles; elle se borne à la fabrication de l'huile de coco , et à celle des cordages de cairo, de var et d'aloès (agave). Ce dernier végétal fournit un cordage excellent; quand il est neuf et bien travaillé, il égale le filin d'Europe. La préparation en est très-facile :i après avoir cueilli une quantité de feuilles d'aloès, on les noue par paquets , et on les enterre dans le sabla, dans un endroit que la marée puisse alternativement couvrir et laisser à sec ; au bout de quinze jours, on les retire, on les secoue fortement dans l'eau de mer, et lorsqu'il ne reste
plus que les filaments dégagés de toute autre substance, on les fait sécher et blanchir au soleil ; cette opération terminée , on confectionne le cordage comme on le fait avec le chanvre. L'ananas fournit aussi des cordes fines et fortes. Il existe à Mahé un chantier de construction et de réparation pour les navires : cet établissement est assez considérable, et occupe bon nombre d'ouvriers ; la proximité des bois, leur excellente qualité, rendent les travaux de marine beaucoup moins dispendieux à Mahé
3ue partout ailleurs dans l'océan Inien. Il sort de la colonie un grand nombre de bâtiments de moyen tonnage, parfaitement construits, et beaucoup d'autres y viennent faire leurs réparations à bon marché : c'est une des meilleures branches de commerce de ce petit pays. Quarante-cinq bâtiments, mesurant 4 700 tonneaux , ont été construits aux Séchelles depuis 1810 : le plus grand de ces bâtiments est le. Thomas Blyth, de 400 tonneaux, construit en 1825 ; depuis 1825, seize vaisseaux étrangers, dont un de 800 tonneaux, ont été réparés en entier dans les chantiers de Mahé ; dix navires formant ensemble 575 tonneaux, vingt-neuf péniches, et sept bateaux de côte, appartiennent aujourd'hui à l'archipel.
Mahéest entourée destles et des flots suivants : Sainte- Anne , située à environ une lieue à l'est du port, habitée par 250 personnes; V lle-aux-Cerfs, habitée par 30 personnes; les fies Sèche, Moyenne, Petite, Longue, situées entre les deux fies précédentes , et cultivées par une vingtaine de personnes ; les flots Anonyme , du Sud- Est, Thérèse, etc. , inhabités.
L'amiral de Laplace, alors capitaine de vaisseau, visita Sainte- Anne et Mahé en 1830, sur la Favorite, puis en 1837, sur l'Artémise. A son premier voyage, la gaieté, le bien-être, régnaient dans ces Iles ; mais au second voyage, la perturbation que l'émancipation des esclaves avait apportée dans l'existence des colons, donnait aux mêmes objets une teinte de tristesse ,
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d'abandon, de ruine, dont il fui frappé