ILES ^PAUSES
Ile Denis.
Cette île a environ six milles de circuit. Il ne s'y trouve guère que 150 arpents de terre cultivable. M. de Trobriant , capitaine des vaisseaux du roi, en prit possession en 1777, et en leva un plan que l'on voit, en manuscrit, au dépôt de la marine. Elle a êié concédée le 31 décembre 1815, mais elle n'est pas habitée. Son aspect est semblable a celui de l'île aux Vaches-Marines.
Ile amx fâches-Marines.
Celle-ci, gui n'a pas plus de cinq mil-
les de tour, est située par 3° 46' de latitude, et 52° 50' de longitude est, à en* viron 25 lieues au nord-nord-ouest de Malié. Deux grandes mares d'eau un
f>eu saumâtre existent vers le centre de 'île, au pied d'une colline presque toute de granit. Le seul végétai qui pousse sur cette terre désolée, est le veloutier, petit arbuste à feuilles grasses de la famille des palétuviers. Des oiseaux et des tortues de mer, quelques vaches marines, et le crabe de terre nommé tourlourou par les créoles, en sont les seuls habitants, a La quantité de pois* sons qui fourmillent sur les côtes de cette île, passe toute croyance », dit un voyageur français embarqué sur le corsaire V Hirondelle , qui y fit naufrage en 1808 : « un seul d'entre nous, en se promenant dans l'eau jusqu'au genou, en assommait dans une heure plus que nous ne
fKHivions en consommer en deux jours-; es espèces les plus communes étaient la carangue, la sole, les raies, le capitaine, le chien de mer, ainsi que les couvres; parmi les crustacés, les homards ou écrevisses de mer étaient les plus communs ; les rochers étaient couverts de moules et de plusieurs beaux coquillages, porcelaines, olives, casques, etc., et surtout de la grande buître des Indes, appelée huître tullée Les vaches marines se
traînent souvent sur les dunes pour y dormir au soleil, et, dans cet état, on*
Î>eut les entendre souffler de bien oin : cet animal est peu redoutable, malgré sa taille énorme et ses dents menaçantes ; nos matelots en assommèrent plusieurs pendant notre séjour, mais nous n'en faisions pas beaucoup de cas , la chair n'en étant pas supportable; une seule tortue nous faisait plus de plaisir lorsque nous parvenions à la surprendre. »
Ile aux Récifs.
Située à huit lieues à l'est de Malte, cette île n'est habitée que par des myriades d'oiseaux de mer. Elle a environ 150 pieds de hauteur; à son sommet on voit un roc qui ressemble à un château fort, et' que la fiente des oi*
L'UNIVERS
seaux a blanchi. Le diamètre de cette fie est d'à peu près une demi- lieue.
Ile aux Frégates.
Suivant une tradition qui date des premiers temps de rétablissement des Français à l'île Maurice , la petite île aux Frégates a été le dernier refuge des pirates qui désolèrent pendant vingt ans la mer des Indes; un trésor immense y a, dit- on, été enfoui par eux ; malheureusement, les indications qui pourraient servir à retrouver l'emplacement de ce précieux dépôt , sont vagues et insuffisantes; et les recherches 3ui ont été tentées dans cette île , à ifférentes reprises, n'ont eu aucun succès : « Que le trésor existe ou n'existe pas », dit à ce sujet une gazette de l'île Maurice , « il n'est pas moins constant que l'île en renferme un autre bien plus précieux : c'est une source d'eau minérale, imparfaitement analysée jusqu'à présent, en l'absence des réactifs indispensables, mais qui possède, à n'en pas douter, des propriétés salutaires , qui ont rendu l'usage de cette eau souverain dans le traitement de certaines maladies (cutanées) : on cite, dans le nombre des cures, celle de trois hommes atteints de maux horribles , qu'en désespoir de guérison on avait envoyés à l'île aux Frégates , et qui en sont revenus parfaitement sains ; cette eau a un goût acide , auquel les malades ont peine à s'habituer, et qui a fait donner à la source le nom d'eau aigre. »
L'île aux Frégates contient environ S00 arpents de terre qui paraît propre a la culture du coton ; les bestiaux y réussissent très-bien ; elle a été concédée le M avril 1818.
L'extrait suivant est emprunté à la relation inédite d'un voyage fait à file aux Frégates, en août 1833, par M. Elysée Liénard, membre distingué de la Société d'histoire naturelle de l'île Maurice : «... Le trajet de Mahéà l'île aux Frégates n'était pas long, dit Fauteur; nous arrivâmes sur la côte de cette dernière île à six heures du soir. L'aspect de ses montagnes arides, le bruit affreux des vagues qui se
brisaient avec violence contre les rochers du rivage, les cris assourdissants des oiseaux de mer, tout concourait à donner à ce spectacle un charme à la fois étrange et imposant.... Le débarquement était impossible ; des bateaux envoyés vers la terre n'avaient pu réussir à franchir le récif; nous prîmes donc nos dispositions pour passer la nuit à bord. La pêche était abondante; le pont du navire fut bientôt couvert de poissons énormes, qui se débattaient à grand bruit autour de nous. A quatre heures du matin, nous fûmes réveillés par le ramage d'une espèce de pies qui sifflaient à la fois de toutes les parties de 111e. Les vagues étaient encore trop fortes pour qu'on pût débarquer; nous étions environnés de thons, de raies, de marsouins et de squales gigantesques, parmi lesquels nous remarquions l'espèce appelée marteau, qui, nageant à la surface de la mer, soulevait hors de l'eau , comme une voile de navire, sa large dorsale grise et triangulaire....
Enfin la mer se calma un peu ; on disposa les embarcations, et j'entrai dans l'une d'elles; bientôt nous approchons de la terre au milieu de vagues effrayantes qui menacent à chaque instant 'de nous engloutir ; arrive à une petite distance de la passe , notre bateau s'arrête; le patron, debout à l'arrière, semble consulter la mer; plus d'un quart d'heure se passe ainsi sans qu'il ose donner le signal; enfin, le moment venu , nous faisons force de rames; les nageurs, animés parla présence du danger, déploient toute leur vigueur; une lame énorme soulève le bateau , et le lance avec la rapidité d'une flèche à cinquante pas sur le rivage, où des esclaves apostés d'avance le saisissent et le transportent entre les rochers, dans un endroit que les flots ne peuvent atteindre. L'espace est très-étroit entre le rivage et la montagne; dans certaines saisons de l'année , lorsque le vent souffle vers cette partie de l'île , la plage de sable disparaît entièrement sous les vagues qui viennent alors frapper contre la falaise, et y forment de pro-
fondes excavations, seul abri que nous trouvâmes contre les rayons du soleil.
« Après nous être reposés quelques instants , nous commençâmes a gravir la montagne par uu sentier à pic, bordé de distance en distance de petits arbustes maigres et rachitiques.
Le bruit des vagues était si fort, que parvenus à une hauteur assez considérable, et tout près les uns des autres , nous avions de la peine à nous faire entendre. Après une demi-heure de marche pénible , nous atteignîmes le sommet de la falaise; une vaste plaine, parsemée d'arbustes et de rochers énormes, s'étendait devant nos jeux. Pour arriver à rétablissement, situé de l'autre côté de l'île, il nous fallut traverser cette plaine sans ombrage, et descendre à travers les rochers dans une profonde ravine creusée par les eaux d'un torrent. A tout moment, des geckos, des sctnques (espèces de lézards) , s'élançaient de dessous nos pieds ; ces animaux hideux et dégoûtants sont d'une familiarité gênante : on ne peut s'asseoir sans en être assailli de toutes parts; ils sautent entre vos jambes, et se glissent quelquefois sous vos vêtements. Des lapins à fourrure de couleurs diverses fuyaient à notre approche, et disparaissaient bientôt derrière les rochers; d'autres, cachés dans leur tanière, ne laissaient voir que leur tête blanche. , et regardaient comme avec surprise les nouveaux hôtes de leur tle. Nous avancions lentement , la chaleur était étoufîante, et il fallait se frayer un chemin à travers les rocs dont la plaine était hérissée de toutes parts. Une marche d'une heure nous conduisit aux confins de ce petit désert. Le ravin se orésentait devant nous; nos regards plongèrent dans ces riantes profondeurs; la verdure la plus fraîche tapissait cette vallée délicieuse, qui contrastait avec les sables arides que nous venions de laisser derrière nous. La scène avait changé :
des cocotiersd'une hauteur prodigieuse balançaient mollement leurs tiges élégantes; des porchers verts, des cotonniers parés de leurs flocons neigeux ,
des bonnets - carrés surchargés de feuilles larges et luisantes, décoraient ce ravissant paysage.nUn ruisseau qui descend du ravin serpente un peu plus loin dans la plaine , au milieu d'une forêt d'arbrisseaux ; ses eaux sont chargées de principes minéraux, et les habitants de l'île s'en servent avec succès dans les maladies graves qui régnent pendant une saison e Tannée. A une petite distance de ce ruisseau , on rencontre des sources d'eau naturelle.
« Quoique fatigué par la marche pénible que je venais de faire, je ne pus résister au désir de parcourir aussitôt le vallon dans toute son étendue. De chaque côté s'élève une muraille de rochers noirs, entassés avec un désordre pittoresque; au-devan t,la mer, toujours furieuse, grondait comme le tonnerre.
On me fit voir un trou, creusé quelque temps avant mon arri vée, et dans lequel on avait trouvé une immense caisse remplie de vaisselle de différents pays, de piques hollandaises, de couteaux, de haches d'armes , de sabres et de piastres d'Espagne , le tout presque entièrement rongé par le temps. Plus loin, vis-à-vis d'une anse déserte , on me conduisit vers les ruines de l'habitation que les forbans avaient établie en cet endroit : des soubassements en corail et en pierres taillées indiquaient que la construction formait un carré long.
Non loin de là, il existe encore d'autres traces de bâtiments enfouis sous la terre , et sous des touffes épaisses de lianes et de broussailles; c'est là que l'on trouva, en 1812, un baudrier et une épaulette en or. Sur un rocher situé en face de l'anse, on distingue, sans pouvoir ty déchiffrer, une inscription qui paraît avoir été taillée dans la pierre au moyen d'un ciseau. On dirait que le feu d'un volcan a ravage cette plage , ou qu'une main puissante s'est plu à y répandre un affreux désordre : la côte est hérissée de rocs noirs et anguleux , contre lesquels la mer brise avec fureur, et un morne abrupte s'élève à trente pieds du rivage; on a donné à cette partie de l'île le nom de Y Anse au Parc , à
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cause d'un réservoir formé près du rivage, g dans lequel , lorsque la mer est haute, les tortues viennent chercher un abri contre la violence des flots. Dans une autre partie de l'île appelée la Grande-Anse, on découvrit aussi des vestiges d'habitations , du fer, des boulets enfouis, un puits de quinze pieds de profondeur, dont l'intérieur était garni d'une feuille de plomb , et à côté, une pierre qui avait servi de filtre. Les premiers habitants (jui visitèrent l'île, disent avoir trouvé dans un autre endroit , appelé Y Anse Lesage, un très-grand mât en bois de teck, et dont le pied reposait sur une plate-forme très -soigneusement maçonnée; ils virent aussi fes ruines d'une forge, un canal en plomb qui conduisait dans l'habitation l'eau d'une source voisine , et sur une hauteur, à gauche, trois tombeaux en corail, sur lesquels étaient déposées des poignées d'épée en cuivre; une grande quantité d'ossements étaient répandus aux alentours.
« Les plus anciens habitants des Sèche! les racontent qu'à leur arrivée les .pirates avaient disparu depuis longtemps , qu'ils avaîen t habité File aux Frégates pendant plusieurs années, et que plusieurs navires avaient été victimes de leurs brigandages; qu'enfin, craignant d'être découverts dans leur retraite, ils avaient pris la résolution de quitter Ptle, emportant avec eux un immense trésor. Us disent encore que , dans la crainte d'être surpris en mer, ces brigands cachèrent une partie de leur trésor, mais que, ayant été pris quelque temps après, ils reçurent tous le châtiment de leurs crimes , sauf un seul qui fut épargnera cause de son jeune âge. Cest de lui que Ton tient ces ' détails curieux ; au moment de mourir, il remit à un de ses amis une note qui contenait la désignation et la description de l'endroit où le trésor avait été caché. J'ai vu cette note, et après l'avoir lue, il ne m'est plus resté aucun doute sur l'authenticité des faits qui précèdent, car tout s'accorde à leur donner un caractère de vérité incontestable. Des recherches faites
sur les lieux indiqués n'ont pas été couronnées de succès; mais on a souvent recueilli des piastres d'Espagne , et d'autres monnaies appelées cruzades, que la mer jetait sur le rivage; j'ai vu plusieurs de ces pièces que le sable et le corail avaient soudées ensemble de manière à ne pouvoir plus être séparées. — Quand le temps est calme, on aperçoit, à un demi- mil le de la terre, les débris d'un grand navire qui gisent au fond de l'eau.
* A quelle époque les pirates formèrent-ils leur établissement sur cette île? C'est ce qu'on ignore. Peut-être avaient-ils des relations avec les forbans qui habitèrent près du cap Saint- Sébastien à Madagascar. Ces derniers étaient, à une époque reculée, le fléau des nouvelles colonies fondées dans les îles voisines ; leur alliance avec tes forbans de Sainte-Marie leur donna l'audace de tout entreprendre:
ils interceptèrent le bétail et les provisions que Madagascar fournissait à Maurice et à Bourbon; ils débarquèrent dans ces deux îles, y brûlèrent des habitations et en massacrèrent les habitants : les Hollandais , alors en possession de Maurice, furent réduits à la dernière extrémité, faute de vivres, et par les invasions fréquentes de ces bandits ; c'est peut-être à cette cause qu'il faut attribuer l'abandon de 111e Maurice par cette nation, en l'année 1712. »
lie Plaie.
L'île Plate, composée de corail, n'a qu'un mille de long; mais en dehors de sa pointe sud-ouest, il existe un banc qui s'étend à quatre ou cinq lieues, et sur lequel on a une profondeur de 5 à 12 brasses. Un long récif la borde du côté du nord. Le gouvernement de l'île Maurice a jusqu'à présent destiné cette île aux quarantaines des bâtiments qui ont des maladies contagieuses à bord. Sa position est par 5° 48' 30" de latitude et 53° V de longitude à l'est de Paris; elle fut découverte en l768parlelien&nantLainpérière, commandant la goélette la Cu rieuse.
aossftiejL
Premières explorations.
Malgré la confusion qui règne dam les anciennes cartes , on ne peut douter que les Portugais n'aient eu connaissance des Séchelles dès leurs premiers voyages aux Indes. Les portulans manuscrits du seizième siècle que nous avons consultés, portent tous, à Test des llhas do Almirante {les Amirantes des cartes modernes), une chaîne de petites fies appelées Masaxrenhas, que nous n'hésitons pas à identifier avec les Séchelles. La découverte de eet archipel devait nécessairement suivre celle des Amirantes;.ear il serait difficile de se rendre décès dernières fies dans l'Inde, sans apercevoir à l'est les hautes montagnes des Séchelles. Quoi qu'il en soit, les Portugais ne s'arrêtèrent jamais dans ces fies; car s'ils l'avaient fait, ils y auraient certainement découvert 1 existence du palmier qui produit le coco de mer; or nous vovons, par leurs propres écrivains, que l'origine de cette noix curieuse fut encore longtemps un mystère pour eux comme pour tous les peuples qui attribuaient à ce fruit d'incomparables vertus médicinales.
Ce fut le 10 novembre 1742 qu'eut lieu la découverte réelle de cet archipel : le capitaine Lazare Picault, qui commandait la tartane F Elisabeth, et avait sous ses ordres le bot le Charles commandé par Jean Crossen , y aborda dans le cours du voyage d'exploration que Mahé de la Bourdonnais, gouverneur de l'Ile-de-France, lui avait donné Tordre de faire au nord de cette colonie. Trompé par ses calculs, il crut avoir découvert les fies de Très Irmaôs ou des Trois frères, portées sur les anciennes cartes non loin du point où il croyait être arrivé; Pi* eauit et ses compagnons, ayant pénétré dans l'intérieur de la plus grande du groupe , y trouvèrent beaucoup d'oiseaux , tels qne tourterelles, merles, perroquets, etc.; et ils y virent aussi une grande quantité de tortues de tene et de mer, des crocodiles de diverses grandeurs, À leur retour, ils
s'aperçurent qu'ils avaient commis une grosse méprise relativement à la position des fies qu'ils venaient de visiter : au lieu d'atterrir à Rodrigue* « comme ils le croyaient, ils altèrent donner sur Madagascar : c'était se tromper de plus de 800 lieues ! Ils corrigèrent leur route tant bien que mal , au moyen de la variation, et se convainquirent que ces lies étaient inconnues avant leur arrivée ; en conséquence, ils leur imposèrent le nom de Mahé en l'honneur du gouverneur de l'Ile-de-France. Le récit avantageux qu'ils firent de leur découverte, à leur arrivée dans cette colonie, engagea la Bourdonnais à y envoyer de nouveau la tartane V Elisabeth sous leeomman* dément de Lazare Picault ; celui-ci s'y rendit en effet au mois de mai 1744, jeta l'ancre à Mahé, dans une petite anse du sud -ouest que l'on appelle encore Vanse Saint-Lazare , et, au nom du roi , prit possession du groupe entier, qu'il nomma lies de la Bout»
donnais, réservant à l'Ile principale le nom de Mahé, qu'elle a conservé ; le port de cette île reçut le nom de Port- Royal.
L'exploration du capitaine Picault fut trop rapide pour n'être pas super* ficielle. En 1756, Magon, gouverneur de nie-de-France, pensa qu'il serait avantageux de prendre une connais* sanee particulière de toutes les Iles portées sur les cartes entre l'Ile-de- France et l'Inde, de remarquer leur situation , leurs ports , la qualité du terrain, les productions naturelles qu'elles renferment, les espèces d'arbres qui y croissent, enfin, tout ce qu'elles peuvent contenir de bon , de curieux et d'utile. C'est dans ce but qu'il y envoya, dans la même année , la frégate le Cerf, commandée par le sieur Morphey, et la goélette fe Saint* Benoit^ commandée par le sieur Prejean , « avec ordre de prendre possession sous le nom d'Isle-de-Seychelles de celle où l'on serait assez heureux pour trouver un bon port, et d'y laisser pour marque une pierre gravée aux armes de France. »
Cette prise de possession fut effec-
L'UNIVERS
taée le l*r novembre 1756, et pour la constater, Morphey fit poser et maçonner une pierre aux armes de France, et élever, sur le rocher en forme d'éventail que l'on voit dans le port, un mât de 55 pieds de hauteur, auquel on arbora le pavillon français.
Le procès-verbal en est conservé'aux archives de la cour d'appel de l'île Maurice.
Le nouveau nom que l'on imposait à l'Ile était un hommage rendu au contrôleur des finances et secrétaire d'État Moreau de Séchelles : cependant la Bourdonnais mourait à la suite des persécutions dont il avait été l'objet de la part d'une administration jalouse, ingrate et inique; mais le sort n'a pas voulu que le souvenir de cette glorieuse victime d'une politique corrompue fût entièrement effacé de l'histoire modeste de cet archipel , dont le premier il avait compris l'importance:
le nom de Mahé rappelle encore les
Sénéreux efforts qu'il tenta pour foner la puissance française dans les mers de l'Inde, et, quoique restreint à une seule petite fie, il éclipse par sa célébrité le nom de Séchelles, que la flatterie imposa à l'archipel entier, et dont d'arides recherches peuvent seules aujourd'hui retrouver l'origine.
Pendant douze ans on ne ^occupa plus des fies Séchelles. En 1769, le capitaine Marion Dufréne , commandant la flûte la Dique, reçut du duc de Praslin , alors ministre de la ma* rine, l'ordre d'aller reconnaître les archipels situés entre les Maldives et l'Ile-de-France. Arrivé dans cette colonie , ce navigateur envoya son bâtiment vers les Séchelles à la fin du mois de septembre : la saison des pluies, qui commence dans ces îles à cette époque de Tannée, ne permit pas aux explorateurs d'en faire un examen approfondi; mais une découverte à la-
3uelle ils étaient loin de s'attendre, onna à cette reconnaissance beaucoup d'importance, et excita les administrateurs de l'Ile - de - France à y envoyer une seconde expédition : l'ingénieur Barré, levant en 1768 les plans de l'archipel des Séchelles , j)ar
commission spéciale de ce brave capitaine Marion, qui fut depuis dévoré par les anthropophages de la Nouvelle- Zélande, trouva à l'île de Palme (Praslin) un fruit qui fut reconnu pour un coco de mer, ce fruit si recherché aux Indes et dans toute l'Asie.
Ce fut au chevalier Grenier que fut confiée la seconde expédition; l'abbé Rochon fut adjoint à cet officier pour la détermination astronomique des lieux où l'on s'arrêterait; les corvettes F Heure du Berger et le yert~Ga~ lant furent mises sous ses ordres , et le 18 juin 1769 on arriva à Mahé.
Nous reproduisons ici en l'abrégeant le récit de Rochon : « Je ne fatiguerai pas le lecteur du détail de mes observa* tions, dit cet astronome; je ne nie permettrai pas mémed'énumérer les productions de cet archipel : depuis qu'il est habité, les colons doivent le connaître beaucoup mieux que moi ; mais je dirai que, pendant que le capitaine faisait caréner sa corvette, il ht faire une vergue d'un seul arbre d'un bois blanc dont le suc est laiteux et l'aubier assez semblable à celui de l'ébène; ces arbres ont soixante-dix pieds de hauteur, et ce n'est qu'au bois de natte et aux arbres à pommes de singes qu'ils le cèdent en dimensions. J'ai vu des bois de natte* qui avaient cinq pieds de diamètre et quatre-vingts pieds de haut. En générai ces fies sont couvertes de bois de différentes espèces; la vue en est pittoresque ; mais en descendant à terre, le tableau n'en est pas si riant : ce n'est plus qu'un terrain sablonneux, hérissé de montagnes dont l'accès est difficile , et coupé de vallons tellement resserrés, qu'on rencontre rarement des plaines d'un demi-kilomètre de long.
« On est surpris qu'un lieu aussi voisin de la ligne soit aussi tempéré.
La position de l'Ile Mahé et la bonté de son port la rendent intéressante sous plus d'un rapport ; l'air y est pur, et lorsqu'elle sera habitée, on ia délivrera de ces monstrueux crocodiles qui s'élancent sur les hommes qui ne sont pas sur leurs gardes. Nous ayons couru quelques dangers de ce genre;
mais ils étaient moins grands que ceux auxquels nous nous exposions en nous rendant fréquemment à terre, tant de jour que de nuit , de la part des requins et des torpilles. Plusieurs nommes de notre équipage ont été blessés par ces animaux, qui nous poursuivaient , dès que notre eanot était échoué, pendant l'espace d'un deroi*myriamètre, chemin aue nous étions forcés de faire dans I eau pour atteindre le lieu où mon observatoire était placé...
« L'intendant Poivre nous avait chargés de rapporter à l'Ile-de-France de jeunes plants de cocotiers de mer; nous remplîmes avec zèle cette coin* mission; nous fîmes plus : nous apportâmes, pour le Cabinet d'histoire naturelle de Paris, une grande palme de vingt pieds de longueur, et divers renseignements qui furent accueillis avec intérêt. . . »
Colonisation par les Français.
Les connaissances positives qui ré* mitèrent des explorations dont on vient de lise le récit, furent le prétexte dont se servit un sieur Brayer du Barré, habitant de l'Ile-de-France , pour former un établissement dans l'île Mahé. Au mots d'août 1770, il y fit passer des nègres et des ouvriers ; l'administration encouragea d'abord cette entreprise en fournissant à Brayer tout ce dont il avait besoin ; mais, s'apercevant bientôt qu'elle avait affaire à un aventurier dont la turbulence et la rapacité étaient sans bornes, elle refusa bientôt de l'aider davantage. Les projets de cet homme, qui se livrait déjà à la traite des nègres, et se proposait d'y joindre par occasion un peu de piraterie, étaient aussi absurdes qu'ambitieux : ils ne tendaient à rien moins qu'à fonder un petit royaume des Séchelles dont il se serait fait le chef : ce n'étaient là que des rêveries dont le ridicule devait faire justice; mais Brayer y joignit des actes d'une nature plus grave et plus répréhensible : s'étant procuré une certaine quantité de câlin , il eut l'idée d'en faire fondre plusieurs mor-
eeaux avec un peu d'argent, et de présenter cet échantillon comme provenant d'une mine des îles Séchelles ; cette fraude , qui avait pour but d'ex» torquer de l'administration de nonveaux secours pour l'établissement de Mahé , tourna contre son auteur : la vérité ayant été découverte, Brayer fut emprisonné en 1772, et son établissement passa entre les mains de ses nombreux créanciers.
Vers la même époque, trente à quarante colons de l'île Bourbon émigrèrent aux Séchelles. Les Anglais paraissent avoir eu aussi le dessein de s'y fixer ; dans le but d'en faire partir les habitants , ils firent courir le bruit qu'ils traiteraient comme forbans les Français qu'ils y trouveraient : cette menace n'ayant produit aucun effet, ils renoncèrent à leur dessein. La petite colonie prit un notable accroissement en 1778; le gouverneur de l'Ilede-France y envoya un détachement de soldats commandés par un officier au régiment de l'Ile-de-France, M. de Romainville. On commençait alors à espérer de grands résultats d'une plantation d'arbres à épiceries , que l'ordonnateur Poivre avait donné, en octobre 1771 , l'ordre de former dans l'anse Royale à Mahé.
On avait dépensé des sommes énormes pour se procurer, des fies de la Sonde, quelques plants de cannelliers , de muscadiers et de gérofliers ; et on les avait distribués entre l'Ile-de-France, Bourbon et Mahé ; mais soit aue le terrain de l'Ile-de-France ne fût pas convenable à leur culture, soit que l'habitant se fût lassé de leur donner des soins dispendieux, ces arbres précieux ne réussirent bien qu'à Bourbon et à Mahé : les cannelliers, surtout, se propagèrent avec une telle rapidité dans cette dernière île, que bientôt le canton de PAnse-Royale en fut couvert
(>artout où les arbres de haute futaie eur permirent de croître ; un événement imprévu vint ruiner ces belles espérances : par un malentendu de M. de Romainville, qui commandait à Mahé, tous les arbres à épiceries furent arrachés. Cependant la destruc»
LmiVEM.
tiea ne fat pu complète i le» oiseaux, très-friands des baies de ees arbres, ea a?aieot emporté dans les bois de l'in-r ter leur de l'île; elles y produisirent de nouveaux plants que I on retrouva en 1783; on les y a soignés, et en J862 ils étaient en très-bon état; mais leur culture était trop coûteuse pour que les colons, pressés de jouir, pust seat sV livrer; on en détruisit même pour faire place à des plantations de riz, de maïs et de manioc, de cocotiers, et*.
En 1789, le gouvernement accorda des concessions aux habitants de l'Ile»
de-France qui voulurent aller s'établir aux Sécheiles : Mabé fut bientôt concédée, ainsi que Prasiin; l'île de Sainte* Anne fut réunie au domaine, afin de la laisser à la disposition des vaisseaux qui relâchaient en ce port , et leur donner la liberté d'y descendre leurs équipages pour s'y établir. Une seule habitation existait alors à Sainte* Anne; c'était celle du premier colon qui se fût fixé dans l'archipel : cet homme, qui s'appelait Hangard , servait comme matelot sur un bâtiment gui relâcha aux Sécheiles; il demanda à être déposé dans l'île Sainte- Aune, dont la situation lui parut des plus favorables ; on lui donna quelques nègres, des armes, des instruments aratoires, et tout ce qui pouvait lui être nécessaire au commencement de son séjour dans la colonie; son habitation, la plus belle et la plus riche de ces lies, était cultivée en 1802 par plus de 200 noirs.
La population des îles Sécheiles trtait, en 1789, de 20 blancs, 9 noirs libres et 221 esclaves, On ne peut s'empêcher de sourire en apprenant que cette petite colonie envoya en 1791 une adresse à l'Assemblée nationale pour qu'on la fît jouir des droits et des avantages accordés aux autres colonies. Un commissaire, le citoyen Lescaiier, y fut, à cet effet, envoyé en 1792; il amenait avec lui le sieur Énouf, destiné à exercer les fonctions de commandant et d'administrateur.
Les vingt colons de cet archipel reçurent d'abord avec joie un plan d'or-
fanisatMB provisoire ; mats reaprit de vertige révolutionnaire s'étant emparé d'eux, ils voulurent montrer qu'ils savaient aussi se servir des droits de l'homme, et formèrent une assemblée coloniale, une municipalité, une justice de paix, et juaqu'a une garde nationale : le chiffre de la population força de cumuler sur une seule tête les Fonctions, assez incompatibles par leur nature, de président de l'assemblée, de maire, et de juge de eaix; la Êarde nationale, composée de cinq ommest se nomma ma commandant général; et le représentant des administrateuregénéraux deJ'Ile-de-Frauee* devenu pouvoir exécutif, ne conserva de son autorité que le droit de représentation et de sanction»
Cette puérile imitation des institutions nouvelles de l'Ile-de-France eut peu de durée : l'apparition d'une escadre anglaise, composée de l'Orpheus, du Centurion et de la Résistance, força rassemblée souveraine à abdiquer entre les mains du commandant, M. Quéau de Quincy, qui avait succédé à M. Énouf; le nouveau commandant , qui savait ne pouvoir résister à la moindre attaque de l'ennemi, négocia avec le oommodore anglais, et obtint, le 17 mai 1794, une capitulation , à l'abri de laquelle les
âoèlettes de l'archipel purent naviguer ans la mer des Indes ; d'après cette convention, ratifiée par le gouvernement de Bombay dans le cours de la même année, les Sécheiles restaient sous la protection de la France, mais s'engageaient à conserver la neutralité entre les puissances belligérantes : ses bâtiments devaient porter une enseigne bleue avec ces mots : Sécheiles — Capitulation, en lettres blanches. Ce fut sous l'empire de ce traité et sons la sage et habile administration de M. de Quincy, que l'archipel prospéra d'une manière prodigieuse : sa population qui, avant 1 année 1794, ne comptait que cinq ou six familles et environ 200 esclaves, s'éleva, en moins de cinq ans , à plus de 80 familles et à près de 2 000 noirs.
ILES JM J7AFWÛUE.
j#«*r, aux SécMb*, de» éépurté* français de fan IX*
La tranquillité dont ces lies jouissaieot ne fut momentanémeQt troublée que par l'arrivée des soixante-neuf déportés de Tan ix. Ces hommes, naguère turbulents et indomptables, parmi lesquels se trouvaient le général Rossignol, Pépin de Grouhette, fiouin, Mamin, et une foule d'autres terroristes , furent débarqués à Mahé le 14 juillet et le 25 aodt 1801 , par la frégate la Chiffonne et la corvette la Flèche, qui , dès leur arrivée dans ce port, tombèrent au pouvoir de l'eunemi, après une défense courageuse à laquelle les déportés eux-mêmes prima une part active. Les habitants n apprirent pas sans un vif mécontentement quels étaient les hôtes qu'on leur destinait; un grand nombre d'entre eux déclarèrent qu'ils s'opposeraient à leur séjour dans l'Ile; M. de Quincy lui-même hésitait à les recevoir; mais les ordres du ministre de la marine étaient positifs : « Vous recevrez les nouveaux colons français » , disait le mnistre; « tous leur donnerez des concessions, et leur fournirez des instruments aratoires doot ils auront besoin; les habitants de Mahé qui se trouveraient formalisés de la présence de ces nouveaux colons, pourront passer à l'Ile-de-France, où on les indemûisrra de la perte de leurs habitations. Traitez ces Français avec douceur ; ee sont les intentions du premier consul : il désire que ces malheureux changent de principes, et reviennent de leurs erreurs. »
Les Séchellois,qui tous avaient deux ou trois habitations, craignirent, après avoir pris connaissance de ses dépé»
ci)es, que le eommaudant ne leur en ôiât une à chacun, pour en donner la propriété aux déportés ; la plupart pensèrent que le plus sûr moyen d'éviter cette perte était de prendre chez eux la totalité des proscrits , et de pourvoir à \t*r nourriture et à leur entretien; ils «firent la proposition au commandant, qui l'accepta , croyant accorder ainsi tous les intérêts et mettfe fin à tous les
débats; mais ceux des anciens colons qui s'étaient le plus opposés au débarquement des proscrits, ne consentirent point à en recevoir sur leurs habitations. Leurs craintes étaient certainement exagérées , car le plus srand nombre d'entre les déportés étaient maintenant abattus par Tinfortune et incapables de rien tenter contre eux ou leurs propriétés; hors du théâtre des mouvements séditieux, c'étaient; pour la plupart, des hommes doux et inoffensifs, comme la suite l'a
{trouvé. Quoi qu'il en soit, les Séchelois, qui les redoutaient, poussèrent l'aoimosité jusqu'à conspirer contre eux, afin d obtenir leur éloignement de l'archipel; pour mieux réussir dans leurs projets, ils eurent recours à l'Assemblée coloniale de l'Ile* de* France , qui avait déjà pris un arrêté portant peine de mort contre ceux des
Sroscrits qui chercheraient à s'intro»
uire dans cette île ; et comme des relations commerciales attiraient assez souvent à l'Ile-de-France les habitants de Mahé, elles leur servirent de prétexte pour y multiplier leurs voya-
Ses. Ils commencèrent par agir sourement; et lorsqu'ils eurent préparé les esprits, ils tirent entendre des plaintes incessantes ; il était impossible, suivant eux, de vivre dans des lies habitées par un aussi grand nombre de proscrits ; leur existence était compromise, ainsi que celle de leurs familles; ils prétendaient même , et rien n'était plus contraire à la vérité , que l'archipel ne produisait pas les vivres nécessaires a la subsistance de ses nombreux habitants, que les déportés y avaient déjà occasionné une très -grande disette, qu'ils s'étaient emparés de plusieurs habitations , et que les propriétaires et leurs familles erraient çà et là dans les bois.
L'Assemblée coloniale, qui accueillait ces plaintes réitérées et qui craignait que la tranquillité ne fût longtemps troublée aux Séchelles, décida, après une longue délibération, et malgré les intentions bien connues du gouvernement , que les soixante-neuf proscrits seraient transportés en d'autres lieux;
L'UNIVERS
mais il fallait environ 60 000 francs pour l'armement d'un navire , et l'Assemblée coloniale n'était pas disposée à dépenser une somme aussi considérable, dans un moment où elle ne recevait aucun secours de la métropole ; les mécontents des Séchelles n'ignoraient pas que, parmi les déportés, plusieurs avaient laissé quelque fortune en France; ils leur offrirent donc le moyen de retourner dans la mère patrie en leur proposant l'achat d'un bâtiment. Les proscrits acceptèrent sur-le-champ une proposition qui s'accordait avec leurs désirs : ils nommèrent trois de leurs compagnons, Rossignol , Vanhéck et Corchant pour conclure cette affaire, à laquelle ils attachaient la plus grande importance ; les habitants, de leur côté , confièrent leurs intérêts à trois de leurs compatriotes nommés Mondon, Marie et Savy;ces commissaires firent l'acquisition d'un petit navire qui était encore sur le chantier. On travaillait avec ardeur à son armement , et les habitants fixaient déjà le jour où tous ceux qui logeaient des déportés devaient les envoyer au port pour leur embarquement , lorsqu'on apprit que la corvette le Bélier, qui venait de jeter l'ancre à Mafaé, avait été expédiée de l'Ile-de-France pour emmener les proscrits. Sur-le-champ, les habitants et une partie de leurs nègres prirent les armes'et s'assurèrent des déportés.
Partout on fit des arrestations, et on mit des pirogues à la mer pour aller chercher ceux d'entre eux qui logeaient dans des habitations éloignées. Le capitaine de la corvette en fit mettre aux fers plusieurs; mais un commissaire, M. Lafitte, que l'Assemblée coloniale de nie-de-France avait chargé de ses instructions, s'empressa de mettre fin à un traitement aussi rigoureux. Il fit même assembler les habitants , et il leur dit qu'il ne voyait rien qui pût justifier leurs plaintes; qu'ils en avaient imposé a l'Assemblée coloniale ; que leur colonie était tranquille; que chacun y vivait chez soi; qu'il n'en exécuterait par moins les ordres qu'il avait reçus, mais qu'il porterait
la vérité à la connaissance de cette
Assemblée, et l'instruirait de leur coupable conduite. La corvette ne pouvant , à cause de son nombreux équipage, recevoir sur son bord les soixante-neuf déportés, n'emmena que trente-deux de ces malheureux, parmi lesquels se trouvaientRossignol. Bouin et Mamin ; elle leva l'ancre le 13 mars 1803, et aborda le 3 avril à Anjouan , l'une des fies Comores , où une maladie épidémique moissonna en vingt jours la plus grande partie des exilés.
Sjant à ceux oui restaient aux îles elles, les habitants se flattèrent que l'Assemblée coloniale les ferait transporter, comme les autres, dans les tles Comores; mais il paraît que, d'après le compte rendu par le commissaire Lafitte, cette Assemblée, voyant qu'elle avait été trompée par de faux rapports , et craignant que le gouvernement de la métropole ne condamnât son acte arbitraire , ne voulut point ajouter à ses torts en ordonnant la translation de ce qui restait de déportés. Les habitants , après avoir fait a cet égard les plus instantes demandes, et après s'être convaincus de l'inutilité de leurs démarches, finirent par concevoir eux-mêmes ée& inquiétudes, et ils ne manifestèrent' plus aux déportés l'animosité dont ils avaient été remplis. Ceux-ci étaient, du reste, en trop petit nombre pour leur pouvoir nuire; les caractères turbulents furent facilement contenus, et parles habitants, et par ceux même de leurs compagnons d'infortune qui s'étaient résignés à leur sort et cherchaient à l'adoucir par le travail. L'Assemblée coloniale de l'Ile-de-France leur permit, guelques années après, de venir s'établir dans cette tle : une partie des exilés profitèrent de cetteJ autorisation, dans l'espoir d'emplover leurs talents et de se créer une ressource pour l'avenir ; les autres demeurèrent aux Séchelles , et se livrèrent à la culture ou au commerce de détail. En 1817, plusieurs d'entre eux demandèrent et obtinrent l'autorisation de revenir en France (*).
(*) If oui *tqbs pané ta faits qm pré-
Derniers événements.
L'accroissement de population dont nota* avons parlé plus haut , ne s'arrêta pas, malgré les désordres que le séjour des déportés occasionna dans ces fies.
L'arrivée d'une frégate anglaise (la Concorde) qui força, le 24 septembre 1804, le commandant Quéau de Quincv à reconnaître la souveraineté de l'Angfeterre et voulut Tamener à rompre toute relation avec l'Ile-de-France, causa une vive contrariété au général Decaen, alors gouverneur des possessions françaises au delà du cap de Bonne-Esperance : il déclara hautement qu'il considérait cette soumission comme non avenue, et sa fermeté eut pour effet d'amener le gouvernement de Bombay à faire renouveler purement et simplement la capitulation obtenue en 1794; le capitaine Ferrier, commandant la frégate F Albion , vint signer cet acte à Mahé dans l'année 1806.
Decaen s'occupa aussi de l'organisation civile des Séchelles : par un arrêté en date du 23 septembre 1806, le grand juge de l'Ile-de-France eut ordre de former dans l'archipel un tribunal de paix, qui subsiste encore aujourd'hui; un autre arrêté, en date du 12 mars 1810, ordonna la création <Fun tribunal spécial pour juger les crimes et délits commis par les esclaves aux Séchelles; mais nous ne pensons pas que cet arrêté ait reçu son exécution (*), car ce fut dans la même année gue l'Ile-de-France et l'île Bourbon furent prises par les Anglais, et que les Séchelles passèrent sous la domination de cette nation (24 avril 1811). Les premiers instants de ce nouvel état de choses furent troublés par l'arrivée de la frégate
cèdent dans une Histoire dé la conjuration <fci8oo, par M. Fescourt, écrite sur ta mémoires cftiu des déportés. Des notices particulières et les pièces des Archives de la Marine nous ont fourni en outre quelques détails utiles. «
(*) En iS??, le gouverneur de Maurice rendit une ordonnance qui créait on tribu-
française la Clorinde (mai 1811), qui s'était échappée du combat où la Renommée et la Néréide venaient de succomber à Madagascar. : le capitaine (M. de Saint-Cricq) fut obligé d'employer la menace pour se faire donner, par les habitants, les vivres et les autres secours dont il avait besoin.
Depuis cette époque jusqu'aux jours où l'émancipation vint bouleverser toutes les habitudes, les Séchelles ne cessèrent de prospérer; la population, en 1837, y était de 7 000 habitants. Un agent du gouvernement de Maurice , un sous-agent chargé de la recette des impositions auxquelles ces lies sont assujetties depuis l'année 1817, et un commissaire de l'état civil, composent l'administration; un juge de paix, assisté de deux suppléants, un commissaire de police , des commandants de quartier, et quelques gendarmes, sont chargés du maintien de l'ordre public* Voici quels sont les appointements des principaux fonctionnaires :
Agent du gouvernement. . 32 200 fr.
Sous-agent et juge spécial. 15 700
Juge de paix 6 900
Officier de police 8 800
Les dépenses générales s'élèvent annuellement à 110 875 francs; les recettes ne sont que de 6 250 francs : le trésor de l'Ile Maurice supporte la différence de ces sommes.
Les Séchellois se plaignent avec Taison de l'insuffisance de ce personnel administratif depuis l'émancipation des esclaves; d'ailleurs, les magistrats manquent absolument de moyens de répression contre les nouveaux libres, dont la conduite peut se résumer en trois mots : paresse , vagabondage et vol. Le travail est abandonné , les récoltes ont diminué de moitié faute de bras, et quelques lies de l'archipel sont devenues le refuge de bandes vagabondes qui vivent aux dépens de* maîtres du sol , impuissants a les en déloger. Cet état de choses aigrit les esprits, et souleva, de la part des colons, des plaintes les plus vives contre l'agent du gouvernement, ouf, de son côté, les traita comme des factieux, et
l/pmvç&s.
prit contre eux des mesures arbitraires qui portèrent au comble Pexaspération; elle était telle, au mois de septembre 1844, que les placards affichés dans toutes les rues du chef-lieu mettaient à prix la tête du commandant 'f des menaces retentissaient partout contre sa personne, et cet administrateur, entouré de gendarmes, n'osait plus sortir de sou hôtel. Un pareil état de choses a dû provoquer l'intervention de L'autorité supérieure de Maurice, et il est à espérer qu'elle a enfin pris des mesures qui doivent ramener Tordre et le travail ? régler les rapports du maître et de I affranchi , et réprimer le fléau croissant du vagabondage et de la maraude.
iv. u.es entre les «échelles et les comokes.
les Iles br j/almieante.
L'archipel de l'Almirante , qui consiste en deux croupes, l'un au nord, l'autre au sud , est composé de onze petites nés liées ensemble par un banc de sable et de corail. Ces Ilots, d'environ deux milles de diamètre, s'élèvent à peine à vingt-cinq pieds au - dessus pu niveau delà mer; ils ne sont fréquentés que durant une partie de l'année par quelques habitants des Séehelles et de Maurice , auxquels ils ont été concédés , et qui viennent y chercher des tortues de mer et de terre.
Les cocotiers et quelques arbres à bois spongieux y croissent fort bien.
Suivant toutes lés apparences, cet larcin pel e$t celui qui figure, sur les cartes portugaises, sous le nom de Jlhas do Mmiranle, ou Ilhas que achou o Almirante Vasco da Cunfia.
Quoique son existence ait été confir-
eiée dès 1730 x i\ oe fut exploré pour i première fois qu'eu 1771 : les Iles jlu groupe sud furent visitées, eu janvier, par le chevalier du Roslan, commandant ï Heure du Berger , et aosompagné de l Etoile du Mutin, dont k cbeva)i/or 4'Hercè avait le commandement ;, «elles du groupe nord le frwt-i jW.uavembre, par le cheval
de la Biolière , sur le dernier de ees bâtiments; la plupart 4tës noms
Î[u'elles portent sont ceux qui leur urent imposés par ces navigateurs.
JLa prise de possession de cet archipel eut lieu, au nom de la nation Iran- ! çaise , le 7 septembre et le S octobre 1802, par le sieur Blin , commandant la goélette la Rosalie* expédiée à cet effet des îles Sécbelles. Voici la liste des îles, avec le nom de leur découvreur, et les observations particulières à chacune d'entre elles. Nous commencerons par celles du sud.
L'île Marie- Louise (du Roslan), basse et boisée; concédée.
L'île des Nœuds (du Roslan), et non des Nœufs et des Neuf, comme on le voit écrit sur toutes les cartes postérieures à celles de d'Après, qui, le premier, laissa passer cette faute; basse et boisée; concédée. C'est la plus méridionale du groupe: latitude, j6° 53' 16" ; longitude, 50° 48' est
La Boudeuse n'était, à l'époque de *a découverte par du Roslan , qu'un banc de sable couvert de broussailles; aujourd'hui on y voit de grands arbres; c'est la plus occidentale des îles du groupe : latitude, 6° 11'; longitude,
CAO OC' ggt
L'île de Y Étoile (du Roslan), basse et boisée.
L'île des Roches](\â Biolière), ainsi nommée en l'honneur du chevalier des Roches, gouverneur de nie de- France ; appelée Wood-Uland par les Anglais ; concédée* Latitude, 6° 41' 3C; longitude, 51° 2* est
l,es îles Poivre, ainsi nommées par la Biolière en l'honneur de l'intendaat de l'Ile-de-France; deux Ilots à un mille de distance l'un de l'autre. C'est l'Ile du Berger te du Roslan, qui la visita le premier. * Elle est plus élevée dans la partie du nord », dit ce navigateur, « et il y a, vers le miWeo, une «oupée ou séparation qui la ferait prendre de loin pour deux îles; la mer haute recouvre ce canal , mais, à basse mer, on peut le traverser à pied sec. L'île peut avoir deux lieues de circuit; le sol est d'un corail trèsdur, recouvert d'un <nqu.de sabla. Les
bois y sont étavé*, mais très-speftgièux ; oo y voit aussi quelques cocotiers d'une très-petite espèce, dont les fruits ont une saveur désagréable. Ou n'y trouve d'eau douce que ce que les marais en conservent Je remarquai , en la côtoyant, qu'il y a une passe dans le nord- ouest, formée dans le récif* où les bateaux peuvent aborder avec facilité, et d'où Ton peut venir sur 111e à l'aide d'une chaussée «Rie la nature semble avoir faite exprès pour la commodité des navigateurs. Je vis deux tourterelles, et les matelots disent avoir rencontré des caïmans et des poules- bleues. Le récif est rempli (Tune prodigieuse quantité de requins, , de tortues de mer, et d'autres poissons ; les raies y ont le goût de corail. Il n'y a, sur 111e, d'autres insectes que des fourmis rouges, de petites mouches , des araignées , et un grand nombre de nérites. » Les îles Poivre sont concédées.
Saint -Joseph (la Bioiière) , cou* cédée.
L'île û'Arroe, ainsi nommée en rboimeur du baron d'Arros, commandant de la marine à l'Ile-de-France en 1770 et 1771 ; concédée.
Remire (4a Bioiière), appelée 111e de V Aigle par le navire anglais de ce nom , qui la visita aussi en 1771. Elle est basse et couverte de buissons.
Us Ilots Africains, découverts et nommés, en 1797, par l'amiral Wil* tournez, alors capitaine de vaisseau* commandant la frégate la Régénérée, Ces flots n'avaient point été vus auparavant, ou avaient été oubliés sur les cartes. Ils sont bas, et couverts de broussailles hautes de quatre pied»); les grandes marées do printemps tes inondentpresgue en entier ; on y trouve beaucoup d'oiseaux de mer et de tortues de terre. On ne peut pas e'y procurer dMau douce, même en creusant des puits d'une profondeur de 40 pieds. Us turent revus, 'te 7 juillet 1801, par la frégate te Chiffimie , qui portait à Mabé les déportés de l'an ïx. Le 21 «tôt de la même àwrtée, le $»U*Fit*, poêlette de S. 'M. B., «e perdit 'sur <ies brisants qui sont dans le su? ; '1*4M*
tenant Campbdl, qui opmmandait ee petit bâtiment, s'embarqua dans un canot avec quatre hommes . et se rendit à Mabé, où il trouva U /régate anglaise la Sibylle, qui se dirigea immédiatement ver* les Ilots Africains, et y recueillit les malheureux naufragés.
Ce sont les fies les plus septentrionales de l'archipel : latitude, 4° 55'; longitude, 61° r est.
lbs Iles alphonss.
Gea t les , an nombre de deux , et si* tuées à douze ljeues au sud de celles de l'Almirante , par 6° 6? 30" de latitude sud, et 60e 26' de longitude est , sont basses et entourées de récifs fort étendus. On y voit quelques arbustes* Elles ont été découvertes, le 28 janvier 1780, par le chevalier de Pontevez, qui commandait la frégate le lys. Le capitaine Moresby, qui visita ces îles e* 1822, remarque que celle du sud est la plus grande (elle a cinq ou six milles d'étendue), et nue le chenal qui les sépare est très étroit et extrêmement dangereux; l'on y trouve des courante) rapides et fort peu connus. Les torr tues de terre et les carets sont trè*> abondants sur ces deux fies* -qui on* été concédées, le 17 décembre 1820, à M. G* Harrison, aletos corawandant des fies Séchelles.
Là PBOVIDENCB.
L'île de la Providence, située par «• lC de latitude sud, et 48° 44' de longitude à l'est de Paris, est très-basse; elle peut avoir deux mines d'étendue du nord au sud, et environ trais cents toises de largeur vers Son milieu» Eue eat environnée de brisants qui, dans sa partie orientale, s'étendent à pins d'une lieue au lasge, ee qui la préserve du gonfleront de la mer .dans les un de marée, tosdiémients en ees -parages durant les fortes Bourrasques de la mousson du nord -ouest. lie mouillage y est mauvais, le fond n'y étant pas d'une bonne tenue ; l'on y est d'mlteuis exposé à des ras do mirée subits, -contre lesquels il faut Me tenir en garde par «n prasspt npp*> isUtaffc,
lia
L'UNIVERS
A l'extrémité sud de )f le commence un banc large d'environ deux lieues , parsemé de pâtés de eoraux que la basse mer découvre de telle sorte, qu'un canot peut à peine y naviguer.
Ce banc va presque joindre , à six ou sept lieues au sud, un bas-fond sur le-
?[uel fit naufrage, en 1769, la frégate rançaise l'Heureuse.
Ce bâtiment, parti de nie-de-France pour se rendre au Bengale, y fut jeté, au milieu de la nuit du 5 au 6 septembre; une chaîne de brisants laissait peu d'espoir de salut , et le vaisseau était au moment d'être submergé, lorsque le capitaine Campis, fit résolument jeter l'ancre : l'équipage attendit la fin de la nuit sur le haut des mâts. La pointe du jour ne retira pas les naufragés de leur position alarmante ; mais à six heuresdu matin, ils eurent quelque lueur d'espérance en apercevant, dans le lointain , un petit plateau de sable : tout l'équipage s'y rendit successivement dans le canot que le capitaine avait eu la sage précaution de mettre à la mer avant l'instant fatal du naufrage de son vaisseau ; mais ce plateau de sable n'était qu'une plage que la mer abandonnait dans les basses marées. Dans cette cruelle perplexité, le capitaine ne vit d'autres ressources
Sue celle d'envoyer son canot chercher u secours à la côte d'Afrique; les hommes qui montaient cette embarcation rencontrèrent sur leur route, huit heures après leur départ, une petite fie nue le capitaine Campis nomma la Providence: ils y trouvèrent de l'eau, des tortues dé mer, et des cocotiers. Neuf hommes de l'équipage du canot y restèrent, tandis que deux vigoureux rameurs s'efforçaient de regagner le plateau de sable où le reste de leurs compagnons s'était réfugié en attendant qu'on pût venir à leur secours ; leur attente était d'autant plus cruelle, qu'ils se voyaient au moment d'être engloutis par les hautes marées dont le terme fatal approchait Le canot fut trois jours à s'y rendre; il avait trop peu de capacité pour recevoir tous tes naufragés; on y suppléa par un radeau qui fut fait des
débris du vaisseau ; on lui donna la grandeur requise pour contenir les vivres et les ustensiles nécessaires à la construction d'une grande chaloupe; ce radeau fut remorqué par le canot jusqu'à l'ile de la Providence. Les naufragés restèrent deux mois sur cette île; le 8 novembre, ayant terminé la construction d'une chaloupe de vio^t* cinq pieds, ils s'y embarquèrent tous, au nombre de trente-cinq nommes, et, en
Suatre jours , ils eurent le bonheur 'atterrir sans accident à huit lieues au sud du cap d'Ambre (Madagascar).
Le sol de l'Ile de la Providence est un terreau noir, épais d'environ dixhuit pouces , et superposé à un sable roux qui forme la base de l'île. L'eau des puits y est moins saumâtre à la pleine mer qu'à la basse mer. La partie sud est couverte de cocotiers fort élevés; dans celle du nord croissent de grands arbres, tels que le mapou, le bois mangue, le tacamaca, le badaraier et le mourouquier. Les naufragés de l'Heureuse remarquèrent que les cendres des bois qu'on y avait brûlés, ayant été humectées par la pluie, se sont durcies au point de rendre l'emploi du marteau nécessaire pour en briser des fragments; l'intérieur de cette pétrification brillait comme les écailles d'un poisson. La côte est très-poissonneuse; on y trouve une
grande quantité de tortues de mer et e terre, ainsi qu'une espèce de grands crabes terrestres qui sont très-bons à manger; on en prend qui pèsent jus-
3u'n six livres. Les rats font beaucoup e dégâts aux plantations, et nécessitent 1 entretien d'une meute de chats et de chiens destinés à leur donner la chasse. Des hérons gris- blanc , des aigrettes de la petite espèce, et une sorte de pigeons bruns , sont les oiseaux les plus remarquables.
Le concessionnaire de cette île y a établi, à ses frais, un lazaret pour les lépreux; c'est une condition de l'acte par lequel il est entré en jouissance , et qui porte la date du 20 juillet 1817. On y fabrique de l'huile à brûler. En , 1837, une quarantaine de personnes y habitaient.
JtJÀW DB NOTA.
Nous voyons deux iles de ce nom sur les cartes anciennes comme sur les modernes: l'une est placée dans le cannl de Mozambique ; l'autre au nord de Madagascar. C'est à tort qu'on les a appelées Juan de Nova ; suivant les textes portugais, l'île que le Galicien Juan de Nova, amiral au service du roi de Portugal , découvrit en 1501 , et à laquelle il donna son nom, doit se trouver entre Mozambique et Quiloa. L'indication est précise, et nous reporte aux îles Comores, les seules
3ue l'on puisse rencontrer en se renant de Mozambique à Quiloa. Quoi qu'il en soit, l'usage a prévalu a appeler Juan de Nova des îles dont le navigateur galicien n'eut sans doute jamais connaissance; nous nous y conformons , et nous décrivons sous ce nom le petit archipel situé au nord du cap d'Ambre, par 51° 2' de latitude et 48*» 42' de longitude (*).
Ce groupe est composé d'une chaîne elliptique dllots et de récifs de corail, qui s'étendent à six ou huit lieues du nord-est au sud-est. On y trouve un bassin tranquille, dont la profondeur est de cinq à six brasses, mais l'entrée n'en est possible que pour les bateaux qui tirent cinq à six pieds d'eau. Le sol de ces îlots est semblable à celui de la Providence ; les cocotiers pourraient
(*) Dans notre pensée, coton* on l'a pu toir dan» l'Introduction que nous avons placée en tête de cette troisième partie {ci-dessus, feuille 3g, pp./ à iV), il est trop rigoureux de vouloir réduire à une seule île, dans ces parages, les découvertes de chaque navigateur; Juan de Nova, le découvreur de l'Asrension et de Sainte-Hélène dans l'Atlantique, a donné son nom à deux Iles dans la mer des Indes, comme Mascarenhas, comme Diogo Tloys , comme Fero dos Banfaos, comme Roque Pires; mai snous croyons que, pour l'île dout il s'agit ici , elle" n'a pris le non» de Juan de Nova que par usur-
eoo sur laGaléga, et qu'elle a pour nom tirne As doze Ièkms, qui, trompé et défiguré (Astow pour As doze), a été trans-
it!
y réussir. Les tortues et les poissons y sont abondants, et Ton peut se procurer de l'eau douce en creusant dans le sable. Les fies de Juan de Nova furent reconnues le 36 juin 1780, par le chevalier de Pontevez, commandant le Lys; le 29 octobre 1742, le capitaine Picault y aborda.; et la corvette le Cerf, commandée par Morphev, les visita en août 1756. Elles ont été concédées au propriétaire de l'île de la Providence, qui y occupe sept personnes.
SA1NT-PIEBBE.
Saint-Pierre est une lie très-basse, d'environ un mille et un quart de longueur. Elle n'est abordable que du côté du nord-ouest, où Ton trouve une petite plage de sable; le reste de la côte est bordé de blocs énormes de corail, qui forment des grottes profondes, par les interstices desquelles la mer, en brisant, fait jaillir des jets d'eau élevés, pareils à ceux que soufflent les baleines. Le rocher dont 111e est for* mée est recouvert d'une couche de terre peu épaisse, dans laquelle croissent un grand nombre de badamters et d'autres arbres que. l'on voit également sur les îles voisines. On y trouve beaucoup d'oiseaux de mer et de pigeons bruns. Le nom de Saint-Pierre a été donné, le 6 juin 1732, à cette île
{>ar le capitaine Duchemin : c'était ceui de son navire. L'île où, en 1756, Morphev aborda, et à laquelle il donna le nom de Vile du Cerf, est sans doute celle de Saint-Pierre, que plusieurs navires français avaient rencontrée en se rendant dans l'Inde. Le capitaine Moresby la place par 9° 20* de latitude et 48° 27' 45" de longitude.
ÎLES GOSMOLSDO.
Sous ce nom, les cartes portugaises comprenaient aussi l'île Astove, que nous décrirons plus bas. Les Iles Cosmoledo, vues le 13 août 1756 par l'expédition de Morpfaey, ont été explorées en 1822 par le capitaine Moresby, qui les place par 9° 42* de latitude sud
rvtt%fff m «5«. il sua- >J«" ax-w prauxsv/ |#ui V -vsê 141/ lUfsf »UUV 9UU
porté pw erreur sur une petite île voisine ~et 45° 24' de longitude est. Elles foràa groupe de Gosmoledo. — *A. ment un anneau de corail d'environ
47' lÀvrauon. (Iles de l'Afriqtti.) 47
tu
LTJHITEM.
<3Kt Menés de eirarifeVenoe, qui borde
un magnifique lagon où des bancs et des récifs empêchent de pénétrer. Lllot du sud-ouest a été appelé Menai , du nom du bâtiment que commandait le capitaine Moresby ; il est plus élevé que les autres , et l'on y voit quelques cocotiers mélési d'autres arbres. Lllot du sud-est reçut le nom de Wixard% qui était celui d'un autre bâtiment de la même expédition. Ce groupe a été concédé à un habitant de Maurice par acte du 21 décembre 1820 ; pendant la saison de la pèche, il est habité par quelques noirs. Sur la côte sud, il y a un netit banc de sable où de petits navires peuvent mouiller pendant râ mousson du nord.
iSTOYB.
Cette Hé ou ces îles, que l'on croit situées far 10* 10* de latitude sud et 47° 60* de longitude est, sont petites et n'offrent de ressources que pour la
eche. Elles ont été concédées à deux bitants de 111e Maurice, qui n'en ont jamais pris possession. Les "bateaux le Charles et (Elisabeth, commandés parle capitaine Picault, aperçurent les Iles Astove le 27 octobre 1742; quel*
n hommes visitèrent l'îlot du nérd ; 'ouvèrent partout le terrain plat, marécageux, couvert de petits arbres, et y virent quantité de grosses tortues. L'on suppose que c'est sur ces lies que se sont perdus les vaisseaux français le Bon - Royal et la Jardinière.
l'àssomption.
Cette fie, située par 9° 44' de latitude sud, et 44° f¥ de longitude est, d'après les observations faites au mois d'août 1822 par le capitaine Moresby, est très-basse, et Ton y voit quelques dunes de sable. Elle fut découverte par le lieutenant Morpbey le 14 aodt 1766 ; on y descendit le 16 du même mois, mais on n'y vit rien de remarquable.
Cette fie a environ une denù-lieue de circonférence, et se compose d'un roc
calcaire pensé 4e caverne*, et parsemé d'espaces sablonneux où croissent quelques broussailles; on y troove des tortues. L'aboreton est très-difficile, et ne se peut faire que du côté du nord-ouest.
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Les îles Aldabra, qu'on nomme aussi Aro , Arco, Atques et Albadra (*), sont au nombre de trois; mais, comme elles sont jointes par des flots et des rochers de corail , elles semblent ne former qu'une seule Ile dont la circonférence serait de douze lieues. Les bâtiments de 25 à 80 tonneaux peuvent se mettre à l'abri dans les canaux oui séparent cet assemblage d'îlots; les navires d'un plus fort tonnage, qui mouillent au nord du groupe, sont obligés de mettre à la voile lors des fortes brises , et , dès qu'ils ont chassé d'une encablure, ils perdent le fond. Aldabra est couvert de broussailles entre lesquelles se tiennent les tortues de terre; on y volt aussi quelques casuarinas qui n'atteignent pas à une grande hauteur. Comme on ne peut s y procurer d'eau potable, les pécheurs qu'on y envoie des Séchdles sont réduits à boire l'urine des tortues, lorsque la provision d'eau qu'ils ont apportée est épuisée.
Ces fies Ont été vues pour la première fois, en 1744, par le bot le Charles et la tartane l'Elisabeth, commandés par Lazare Picault et Jean Grossen. Elles sont situées à peu près
Sr 40° 5' de longitude est. Tnbolas de orphcy tes visita le 16 aodt 1756, dans le cours de son voyage d'explowtion. D'Après de Mannevilette leur a conservé le nom corrompu qu'elles
Ê>rtent sur les anciennes cartes, et orsburgh n'a jamais fait que consacrer davantage, en les répétant, les erreurs de oette espèce.
(*> tous avons dit, dans lÏBtambeboo, que le mm vériftsbfe est llkms àa J*i*t oW-à-din îks ^ &&!& — * A.
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