‹ Iles de l'AfriqueChapitre 67 sur 82 · LES ILES ARABES · texte numérisé non relu

LES ILES ARABES

PIE M. OSCAR MACCAJ&TMY.

Le» relations des Arabes avec tes côtes de l'Afrique orientale étaient déjà anciennes au premier siècle de notre ère, et toute la contrée voisine du cap des Rhaptes était depuis longtemps sous la domination d'un suzerain arabe. Ces relations, toujours continuées , durent prendre une activité et une extension plus grandes, «uand la prédication de Mahomet eut électrieé son peuple, qui s'élança de tous côtés à la conquête du monde.

Les lies africaines, fréquentées de tangue date sans doute, durent alors être soumises et colonisées : ils y ont laissé des traces profondes de leur type physique, aussi bien que de leur roigion, de leurs mœurs et de leurs lois : et c'est avec Juste motif que nous Menons de leur nom toutes ces ffes où leur race domine encore; sauf à distinguer par des noms différents, qee nous tenons éVux-tnémes, les deux poupes séparés qu'elles forment, et qui paraissent avoir été peuplés dans rorijgme par deux nations africaines distinctes, appelées respectivement Cmmr& Zeng.Vun de ces groupes, composé des quatre fies Angaziya (ou Comov*) , Ûinzouân, Mouely et Ma vote, a conservé, dans la bouche des Européens, lé nom commun d'ffes « Corner, devenu vtrtarrre sous la foitne appettative des Ct>mort$; l'auto, réunissant les trots ttes de Monte»,

Ongouyah (on Zansibar) et Pemba, a pareillement conservé chea les Européens, dans le nom vulgaire de Me principale (Zanzibar, plus exactement Zengj-bar ou terre des Zengea), la trace évidente de celui des Mcnges, qui les ont peuplées toutes les trois.

JLES ULES COMOBJES.

Deicripiion générale 4e tt yrespe d'tles.

Au milieu du bassin un» ferme, entre la «Me septentrionale de Madagascar et les terras de l'Afrique orientale, nul de M

la partie nord du canal < que, s'élève on groupe de quatre lien, signalées à l'Europe par les PortugM, tous le i*md'ifltoefo£»*ioi*,ttqiie nous appelons, d'après es*, Corner*.

Elles sont bien au milieu de la mer, à 146 milles du point U pkn rapproché de la grande Hé, et l«d du muge Je

es proche de la oéte africaine, entre 11° et 18° de latitude sud et les 40" W et 4T inr de longitude orientale.

On en compte quatre: deux au centra, placées sur la même ligne, est et ouest, Mmtéli, ou Mehelti, «IJHnzouan, à forientç deux autres affectant des poerttoas dtastiétraleasctit opposées, en égard h celle-ci, la Grandetiomdre ou An§a9hfnh au noré-riord«one9t de Mduén, Mayottem eud4st ée Hhv

L'UNIVERS

zouan. Quelques écrivains des siècles derniers en comptent six, parce qu'ils y rattachent deux autres îles , Saint- Christophe et Santo-Espiritu, qui ne sauraient en faire partie par leur éloignement, cette dernière, par exemple, en étant à 300 milles au sud 1/4 sudouest sur la carte du Pilote oriental de d'Après.

Il est assez difGcile de déterminer avec précision la superficie des Iles Comores. La révolution complète qu'a subie sur les cartes le profil de Mayotte, à la suite des reconnaissances de MM.

Bérard et Jehenne, montre que nous n'avons qu'un tracé très-imparfait des trois autres. En cherchant a évaluer leur superficie sur la carte de Horsburgh telle qu'elle est, on voit qu'elles peuvent rentrer dans des figures géométriques très-simples, qui donnent une superficie d'environ 395 000 hectares; celle de Mayotte, d'après la grande carte de M. Jehenne est de 23 000, ce qui présente un total de $37 000 hectares, la moitié du département deJa Drôme.

Les Comores sont élevées et montagneuses. D'après les dernières reconnaissances, la hauteur des points principaux de Mayotte est de 400 à 600 mètres*, ceux de Mouéli ne paraissent pas avoir une élévation plus grande; mais les montagnes de Hinzouan et de la Grande-Comore prennent des dimensions perpendiculaires bien plus considérables ; dans la première , le massif mène de Me, qui atteint dei 000 à l 300 mètres r est dominé par un pic beaucoup plus élevé, et les deux hauts sommets de la Grande-Comore atteignent, dit-on , 3 400 à 2 600 mètres.

Nous ne savons que peu de chose de la géologie des Comores. Les volcans ont laissé des traces plus ou moins remarquables de leur action aur presque tous les points de leur surface, et celui delà Grande-Comore brûle même encore; le 14 mai 1828, dans la nuit, M. Leguevelde Lacombe en aperçut les flammes, qui avaient, du reste, peu d'activité, et il parait qu'on le voit d'ailleurs rarement dans OH état. La partie nord-oucpt dd'ile

est couverte de nombreux pitons qui ont la forme de petits cratères éteints; le rivage est noir, à pic, formé de pierres volcaniques, et la mer s'y brise avec force; un peu plus loin , a l'est, comme à Moroni , sur la côte occidentale, la terre est parsemée de pierres calcinées. Pamanzi , un des îlots voisins de Mayotte , renferme , dans sa partie nord, un ancieu cratère, au fond duquel est un lac d'environ 600 mètres de circonférence et de 3 mètres de profondeur, dont les eaux noirâtres et huileuses ont une odeur de soufre très -prononcée; elles lavent parfaitement le linge, et sont vantées par les habitants comme souveraines contre les affections cutanées. D'après M. Épidariste Colin, Hinzouan tout entière parait avoir été exposée aux ravages d'un volcan considérable, et partout on y rencontre les traces d'un feu violent

Si l'on en juge par les matériaux employés dans les constructions , le calcaire doit être abondant aux Comores, et de nombreux coraux, formant tantôt des écueils dangereux , tantôt de longues murailles, avoisioent ou enveloppent les cotes de toutes les lies.

L'eau manque, on peut dire corn-

Ë élément, à 1 une des Comores; mais s autres paraissent en être bien pourvues. Hinzouan, Mayotte, Mouéli, sont arrosées par une foule de petites rivières et de ruisseaux qui , durant la saison des pluies, bondissent et roulent au fond des vallées, sillonnant le flanc de leurs montagnes. Mais, à la Grande-Comore, il n'y a d'autre réservoir qu'un trou dans lequel vient filtrer une eau peu abondante et souvent assez malsaine.

Le climat des Comores ne diffère pas, on le sent bien , de celui des régions voisines, et il est soumis à toutes les grandes modifications atmosphériques propres au bassin do l'océan Indien. Ainsi , quant à la direction des vents généraux, l'année fy divise en mousson du nord-est et mousson du sud-ouest, lesquelles correspondent à un état de l'atmosphère très-différent.

La mousson du nord-est, qui corninence vers la fin d'octobre et continue jusqu'à la fin du mois d'avril f représente la saison pluvieuse ou mauvaise saison : cette époque, pendant laquelle ont lieu les pluies d'orage, les bourrasques et les ouragans, est communément désignée sous le nom d'hivernage sur les côtes voisines de Madagascar. La mousson du sud-ouest, ou saison sèche, commence en mai et finit vers le milieu d'octobre; de très- fortes brises, soufflant alors pendant le jour, renouvellent et purifient l'air. Par leur nature même , par leur isolement, les Comores, bien que placées à une latitude où la chaleur solaire est très-puissante, ne peuvent en être réellement incommodées; elle y est sans cesse tempérée par les brises. C'est en janvier et lévrier qu'elle atteint son maximum et que le climat est plus malsain dans les endroits bas et voisins des marais. Ceux-ci paraissent n'exister qu'en un petit nombre d'endroits, comme à Mayotte, où ils ont été une cause de dépopulation.

Dans les trois autres îles, on ne paraît voir rien de semblable; la population y porte un air de santé remarquable; et si les Européens ont été atteints aux Comores de fièvres légères , cela est plutôt dû au défaut d'acclimatation qu'à des causes permanentes d'insalubrité.

L'aspect des Comores est tout en leur faveur et témoigne de la fécondité de leur sol. Les hautes pentes des montagnes élevées, le sommet des mornes du rivage, sont couverts d'une belle verdure d'arbres, d'arbustes , de lianes et de hautes herbes qui forment un réseau souvent infranchissable ; la base est ombragée de bosquets de cocotiers , de touffes épaisses de bananiers, de croupes de manganiers, d'orangers, de citronniers, de mangoustans', entremêlés de champs d'ignames , de patates sucrées, de coton, de maïs, de riz qui égale, s'il ne le surpasse pas» celui de la Caroline. On v recueille aussi en profusion les pamplemousses* une grande variété de fèves , de l'arrow-root , des ananas délicieux. Le pignon d'Inde, je papayer, l'élégant

arec, 1« goyavier, le tamarinier, et d'autres arbres moins connus , ornent le flanc des collines. La canne à sucre et l'indigo s'y trouvent également, mais cette dernière plante n'y est qu'à l'état sauvage. Du reste, beaucoup de productions de l'Asie et de l'Europe y réussiraient parfaitement, si la population, moins paresseuse, s'occupait un peu activement de culture.

De vastes pâturages, aussi bons que le terroir, nourrissent de nombreux troupeaux. A la Grande - Comore, 20 000 bœufs croissent et multiplient de manière à fournir à la nourriture des tles voisines et de Mozambique.

Ces animaux , quoique ne buvant jamais, sont si çras qu'ils peuvent à peine marcher; singulier résultat d'une propriété particulière au sol ou à l'air de cette île. car elle s'étend, non-seulement aux nommes, qui sont de véritables colosses, mais encore aux moutons, lesquels sont superbes, aux cabris, qui sont plus gros , plus gras, et qui produisent mieux qu'ailleurs. Cette particularité est tellement locale,. qu'à Bfnzouan et à Mouéli les bœufs sont de la plus petite espèce ; leur chair est cependant très-délicate; dans cette dernière tle, on paye les plus gros de ces animaux cinq ou six piastres d'Espagne, et on donne quatre cabris ou quatre moutons pour une piastre. Cette petitesse du gros bétail ne pouvait pas d'ailleurs s'étendre ici à tous les animaux domestiques, carHinzouan pos sède une espèce de cabris ou de chèvres de la plus grande taille; ils ont le poil ras et doux , de grandes oreilles , le cou allongé et point de cornes; les femelles abonnent en abondance d'excellent lait, mais un préjugé empêche les Arabes d'en boire; leur chair est meilleure que celle des moutons sans laine que I on trouve en Afrique. Les chèvres de cette espèce sont connues sous le nom de cabris de Surate, d'où il est probable qu'elles sont originaires. Il semble, d'après un voyageur, 3u'il faut compter le zèbre au nombre es animaux domestiques des Comores. Le maki brun parait être le seul habitant des forêts.

ÛV

fcltotvkrts.

Ori fcncorttré dahl le* diafops dés pfhtàded, beaucoup de cailles, plusieurs espèces de pigeons et de tourterelles, parrrii lesquelles 11 y eti ir surtout une qui frappe paf sa beauté : elle* a lé plUrtiage gris cendré, nuancé de bleu , de vert et de blanc; son cou et ses jambes sont d*une extrême longueur; son bec est jaune et fort pointu. Le ramier y est très-abondant, et un au* trepfgedh, d'Une couleur roux-clair, e&t remarquable par sa grosseur.

Les veuves y sont en grand nombre, rilais une Seule est remarquable par la richesse de son plumage. Quelques martins-pécheurs ayant beaucoup de rapport avec ceux du Sénégal, se voient sur le* rivages. Des troupes nombreuses de corbeau* et d'une espèce d'épefvîér planent aii-desstis de la mer.

Cet otëeàu, qui , pour là taille et le plumage, ressettible h Pépervier dé France, â cela de particulier. «Ju'il ne vit au*9 la cdte, ne se nourrit que de poissait, et n*a aucun des caractères qui distinguent les oiseaux aquatiques] ikà pieds ne sont pas même à demi

Ë aimés. Le gibier paraît élrê taré à [iniouah.

Les îles Comores n'ont aufun des insectes Incommodes qui désolent la cflte d'Afrique et l'île de Madagascar, mais les champs fduWnîHent de petites souris. M. Archdmbault n'a recueilli, à Mayotte , qu'un seul reptile, dont les caractères encore ne dénotaient pas un serpent venimeux.

« Je b'ai vu d'autres biseaux danâ les montagnes, écrivait William Jonetf en 1783 (notice sur ffînzoudn) , que des poules de Guinée, le n'ai été importune par d'autres insectes que par des moustiques ; je n'avais du teste aucune crainte de rencontrer dés reptiles ve- * nimeux, ayant été informé que Pair était trop pur pour qu'il y en eût.

Mais je tus Souvent et bien innocemment une cause de frayeur pour un gentil et tout à fait inoffensif lézard qui courait à travers les buissons. »

Les rivières de Motiéli nourrissent beaucoup de carpes et de gouramis, mais suttobt des anguilles monstrueuses, qui sont d'autant plus abon*

dafttes, quMtf préjugé rêNtriéUx en interdit la elrtir au$ Arabes. Tous ces cours d'eau Ultérieurs sont trèa*poissànneux; maïs il ne parait pis étfétre de même dès mers voisines. Du reste, vU l'extrême indolence ûes Arabes , on a mille peines à se procurer du poisson. Un grand nombre de gros carets fréquentent les cdtes.

« Que les Montagnes des fies Comores, dit William Jones, renferment des diamants et des métaux précieux , cachés avec soin et avec intention par la politique de leurs divers gouvernements , cela peut être vrai , bien que je n'aie aucune raison pour le croire et que cela m'ait été seulement assuré sans preuves. « Les explorations à venir de nos naturalistes nous éclaireront incontestablement à cet égard, en bous permettant d'ailleurs d'apprécier à leur jUste valeur les revenus mlnéfalogi»

ques de ces fies.

H est asseis difficile de se ftîré une idée exacte de la population dés Goméres. Mayofte est la seule pour la* quelle nous possédions, à cet égard, des renseignements précis. Quant aux trois autres, les évaluations que l'on peut faire n'ont d'autre base que les renseignements des Voyageurs, ou l'impression qu'ils ont ressentie en explorant le pays * Pendant plus d'un siècle , comme on le verra par leur histoire , ce groupe d'îles fut exposé mi invasions et aux déprédations de* Sàka lavas delà cdte de Madagascar, Véritables' razgias, presque toujours suivies de l'enlèvement d'une partie des individus qui en étaient l'objet ; aussi la population avait-elle très-notablement diminué t il y a quarante à cinquante ans, il paraît qu'on ne pouvait guère l'évaluer qu'à 17 000 ou 18 000 âmes. D'après les rapports de MM. Bosse et Passot, la Grande -Comore parait être aujourd'hui très-peuplée; et si l'on peut traduire matériellement le sentiment de M. Leguevel de Lacombe pour Motiéli, et celui de M. Le Bron de Véxéîa pour Hinzouan, oh voit gue la population y présente une certame densité. En subordotirtant ces données, un peu Vagues il est vrai, à retendue des surfaces,

ILES 1» L1FAIQUE.

qtfoii'poQt #velU0i m poputoawn total* de* Commis a 70 ou Meoe âmes, ce qui donnée peu près 24 individus par kilomètre carré, propertioi) «font la valeur s'harmonise uses bien avec les idées que ffcft naître la lecture attentive dés relations, et avee la nature même du sol et des ressources des différentes fleSi Ce chiffre présente une différence considérable avec le premier; mais hoUS devons dire, à regard lie cetàr-cf , qu*& l'époque à laquelle il se rapporte , les Comètes étalent encore moins connues qu'aujourd'hui , et qu'en réalité la population pourrait bien n'avoir pas été alors aussi faible : dans tous les cas, die doit être actuellement plus élevée qu'il y a un demi -siècle.

La masse principale de cette population appartient a deux faces différentes, les noirs d'Afrique et les Arabes du continent asiatique. Ceux-ci vinrent s*y établir au douzième siècle : ce sont eux qui forment la classe supérieure; Ils ont conservé les traits caractéristiques de leur race, de grands yeux , un nez aquilin, une bouche bien dessinée, et souvent une tête d'un beau caractère. De grosses lèvres et des pommettes saillantes indiqueraient suffisamment des indigènes , si la nomenclature géographique des îles, par ses consonnances douces, et quelquefois semblables aux formes malgaches [Moutchomioli, Iconi, Moroni, Hitsara, àla Grande- Comore ? Ouâni, Domoni) Matsamoudo% à Hinzouan; Zambourou, Bouki. Choah Mayotte), ne montrait pas au ils sont sortis des mêmes Jienx que la population primitive de Madagascar. Les Arabes y ont dominé et y dominent politiquement, mais non physiquement , car aucune de leurs dénominations géographiques ordinaires ne s'y fait remarquer, et l'idiome vulgaire est un mélange d'arabe et de souaïli.

An moral, les Comorois ont été dé»

peints sous les couleurs les plus dissemblables; mais il parait que l'idée beaucoup trop favorable que se sont faite de leur caractère quelques voyageurs , provient d'une étude trop su-

peeQeleftto. Dtyrès eoofc oui oui tu occasion de les examiner phis à fond , ils sont menteurs, fourbe*, dominés de la manière la pins absolue par l'amour du lucre, demandeurs insatiables et infatigables, de mauvaise foi, même entre eux, hypocrites, et d'une cruauté nui se dissimule mal défaut l'espoir du gain, ou devant la crainte du châtiment : les souffrante* qu*ffe oht fait endurer aux équipages de plusieurs navires naufragée sur leUra eotes, n'en sont que de trop malheureuses preuves : Il faut lire particulièrement les détails de l'indigne traitement qu'a éprouvé M. Leguevel de Lacombe à Mouéli, et le récit de la triste fin du capitaine Frlsque à Mayotte. D'ailleurs, pusillanimes et lâches, ils ont souffert pendant plus d'un demi-siècle les attaques périodiques des Sakkalavas, bien qu'ils eussent tous les moyens de les repousser.

Les mœurs dés Comorois, surtout parmi les Arabes, diffèrent peu de celles de 1* Arabie et des pays musulmans qui l'avoisinent. Les femmes y vivent très-récluses , et mènent un genre de vie semblable à celui des femmes de l'Orient. « Les Arabes, dit M. Leguevel de Lacombe, jaloux entre eux, le sont si peu des chrétiens, <ju' Osman nous ouvrit son harem, où nous vîmes plusieurs femmes noires et cuivrées, que leur embonpoint empêchait de marcher ; leur costume n'était cas avantageux : un pantalon blanc, trèslarge, leur descendait jusqu'à la cheville , où il était serré au moyen d'une coulisse; un gilet sans manches, de drap rouge ou vert , orné de franges et de galons, se terminait devant, par deux pointes auxquelles des glands étaient suspendus. Leur coiffure donnait une expression grotesque à leur ligure large et bouffie : c'était une calotte de soie piquée, posée sur leur tête dénudée, car de même que les hommes elles se font raser la tête tous les vendredis. Elles paraissent avoir les dents brûlées par la chaux qu'elles mêlent au bétel ; leurs lèvres étaient barbouillées de rouge , leurs sourcils et leurs cils teints en bleu foncé,

LUlflVHftS.

et tours ongles en rouge avec du henné. » Le vêtement des hommes n'a rien de remarquable. A Hinzouan, on a une prédilection particulière pour le musc que donnent les civettes qui habitent les bois de l'intérieur.

Le maboroétisme est la religion du pays; mais les gens du peuple ont concilié le culte des fétiches avec la fréquentation de la mosquée.

La population des Comores s'adonne , généralement à l'agriculture, d'où elle tire ses principaux moyens de subsistance. Les Arabes y exercent quelques arts mécaniques; ils fabriquent des toiles grossières ; et leurs orfèvres ou forgerons sont fort adroits : ils font des poignées et des fourreaux de sabre qui se vendent 60 et 80 piastres ; les lames qu'ils trempent sont même supérieures aux nôtres.

Le commerce que faisaient jadis les d ifférentes tles de ce groupe, était assez important , et s'étendait jusqu'à l'Inde. Il y a quelques années que, par suite des invasions sakkalavas, il était tombé dans le même état de décadence que l'agriculture; mais aujourd'hui qu'elles ont cessé, il est probable qu'ils vont reprendre un développement, qui sera en tout favorable à notre nouvelle colonie de Mayotte. Ou exporte de Mouéli à Mozambique de l'huile de coco et de l'écaillé de tortue.

Les Gomorois sont gouvernés par des sultans, et on peut dire que chaque ville a le sien. Le pouvoir y est sujet d'ailleurs à de continuelles fluctuations , par suite du caractère turbulent du peuple. Les nobles ont part au gouvernement, dans lequel domine le principe électif. Les revenus proviennent de droits sur les navires , et de droits d'entrée , ainsi que d'une sorte d'impôt territorial. Les principales villes en sont exemptes, mais elles payent une dtme sur les objets mobiliers au moufti, et les sultans eux-mêmes doivent l'acquitter.

Description particulière des Mes.

AtfGAZIYA.

Angaziya, la plus grande des îles

de oe groupe, et que parée mttif on appelle comœueénaeot la Graade-Comore , a environ douie lieues de long sur cinq à six de large. Vue de la mer, son aspect est agréable. Deux hautes montagnes, l'une dans le nord, l'autre dans le sud , s'abaissent par une pente douce jusqu'au rivage, et les versants intérieurs se réunissent vers le milieu de la longueur de l'île , à une hauteur d'environ 300 mètres, où se trouve un passage facile, qui conduit d'un côté de nie à l'autre.

La partie maritime de 111e est trèspeuplee, et on prétend que la partie intérieure l'est encore plus ; il serait difûcile de voir une plus belle population : les hommes sont de véritables colosses ; ils ne se nourrissent gi)ère cependant que de laitage et de fruits.

Vingt -cinq villes plus ou moins grandes, presque toutes construites en maçonnerie et entourées de murs, s'élèvent sur le pourtour de l'île : le récit d'une excursion faite, il y a peu d'années, par le commandant de Mayotte, M. Passot, en fera connaître quelquesunes, et complétera la description du pays.

Le l-r novembre 1844, la Prudente quitta Mayotte, et mouilla le 6 à Comore, devant Moroni, ville du sultan AchmeMuquel.M. Passot avait affaire, et dont il fut parfaitement accueilli.

« Achmet» , dit M. Bosse , le narrateur de ce petit voyage, « devenu entièrement notre ami, nous proposa de nous embarquer avec lui sur un boutrc qui lui appartient , pour aller rendre visite au sultan Moinanaon, son (ils, qui règne dans Moutcbamioli , ville du nord. Cette offre nous fut fort agréable, car M. Passot voulait explorer le pays, et moi je désirais vivement connaître l'endroit où, selon Horsburgh, se trouve le seul mouillage de l'île.

« Parmi les villes que nous rencontrâmes, les deux premières furent Hitsandra et Tchouzini , appartenant au sultan Fombavon; elles lui servent indistinctementde résidence. L'une est située au bord de la mer; l'autre, placée en amphithéâtre sur la montagne, s'aperçoit de fort loin au large, à cause

ILES DE I/ÂFUQUE.

de Mt wMraitfoEbUnffcca Tomes deux paraissent «usai considérables, sinon plus, que Moroni; elles ont des remparts bien construits, des tourelles crénelées, et sont situées sur une baie appelée elle-même Hitsandra.

• nous vîmes encore quelques dé* pendanees du gouvernement de ce chef, et après, vinrent les domaines de Babaouna. Celui-ci est lié avec le sultan de Moroni, et nous eût bien reçus, si, sans perdre de temps, nous avions pu nous arrêter. Thoueni, sa résidence, que nous considérâmes de très-près, est entourée de jolies murailles et a de fort belles carcasses de maisons en pierres; mais toutes sont sans toiture, ce qui pourrait faire croire que la ville es| abandonnée; cependant, en regardant attentivement , on découvre une multitude de cases en paille, dont le feite est à la hauteur de ses remparts, qui sont assez élevés.

« Àchmet nous dit que Babaouna était maintenant peu puissant; qu'il était le seul survivant d'une nombreuse famille, détruite par les naturels de Madagascar, et que lui, en ami dévoué, venait de fournir une assez forte somme d'argent pour faire chercher et racheter la fille de ce malheureux, laquelle, autrefois, avait été enlevée fort jeune en même temps que sa mère, et qu'on prétendait exister encore à Ma-

« Il nous apprit que l'état dans lequel nous apparaissait Thoueni , était dû aux invasions des Betsimisaracs , qui, ne craignant pas de quitter la cote de Madagascar dans de simples pirogues , traversaient le canal de Mozambique, et venaient fondre en quantité innombrable sur toute la côte, pour la ravager, et y commettre le meurtre et le pillage. Partout nous rencontrâmes les traces de ces pirates, et on nous expliqua que toutes les petites pyramides Manches qui se voient sur le rivage, étaient des monuments élevés par la superstition arabe, pour se préserver de ces hordes sanguinaires.

« En quittant le territoire de Babaouna, nous tombâmes sur celui de Moinanaon, et à la nuit nous mouillâ-

mas dans un creux da rérif qui borde la plage de MoutehamioK , fyat <fe notre voyage. Noos étions partis à huit heures du matin, et avions fiait environ douze lieues.

« Notre réception fut ce Qu'elle devait être , étant venus avec le père du sultan ; d'ailleurs, le bon Aobmet, qui avait une maison neuve, construite par les soins de son fils, nous la céda, et il alla , ee que nous apprîmes ensuite, loger lui-même dans une mauvaise cabane.

« De suite les canapés , les nattes , tous les objets indispensables nous forent apportés; et comme nous avions avec nous ce qu'il fallait de provisions de bouche, nous fûmes promptemeni installés. Notre demeure devinttle centre des réunions ; tout le monde y accourait pour nous souhaiter la bienvenue; et pendant que les chefs nous remerciaient de notre bonne amitié, les deux sultans , qui ne nous quittaient presque pas, nous comblaient de prévenances. Après une nuit de repos , nous profitâmes des bonnes dispositions de notre vieux compagnon, et nous entreprîmes avec rai une longue promenade dans la campagne. Il nous fit d'abord parcourir un sol dont la fertilité nous surprit.

« Comme à Moroni, la terre est cou* verte de pierres calcinées; mais tout ce qui y pousse vient avec tant de vigueur, que, malgré la chaleur et l'absenee totale d'eau, l'ombre épaisse des arbres fournit à la terre un abri suffisant pour y entretenir de l'humidité.

« Le grand nombre de bananiers , de citronniers, d'arbres et de fruits de toute espèce , la fraîcheur qu'on respire en plein midi au milieu d'une belle verdure, tout contribue à donner à ces lieux l'apparence d'un vaste jardin et un aspect charmant. Nul doute que, si les habitants étaient moins paresseux , ils obtiendraient là de belles récoltes qui, en café surtout, pourraient être très-considérables, car la terre ne peut être qu'excellente pour cette culture ; mais ils se contentent de quelques patates , de cocos et de bananes qui viennent en quantité; ils n'ont

If*

(/umvEB&

pas dfeutre nouraHure m d'ausae Maison. Il est surprenant qu'avec un pt« rcil régime* on puisse avoir une si belle constitution; car, sans parler éea femmes, qui restent enfermées» Isa hommes sont tous d'une stattm colossale* et d une forée herculéenne^ Bfe oe à la salubrité du paya qu'il faut attribuer cela , on à la beauté de la rat* eUe-sasme? Ma» ai c'est à dette aewiàr* eau#e t comment les naturels deHtnsouanct de Mouéli, qui préten* dent à la même origine* nesonfrib pas .ainsi? Et comment lea animaux eux mêmes participent-ils à cet état prépare (*)?

* Noua flmee aussi une visite au premier ehef oui est le personnage té plus riche de la villa t aa case offrait plue de commodité, plus de propreté que lea autres:* et il y avait dans son arrangement beaucoup plus de reehe*»

çhe. Eu la parcourant des yeux < nous filmes aurpria de voir qu'un fusil *- mis en évidence y et qu'il dit être le sien , fût us ancien mil à mèche* hors d'état de servir; noa réflexions firent impression sur lui, et il s'attacha à nous persuader qu'il en avait d'autres à sa disposition; mais comme il ne lea montrait pas, et pour causa, nous restâmes plus que jamais cou* vaincus de la rareté de oea armée dans le pays, où nous n'en rencontrâmes que fort peu. Il n'en faut pas conclura que lea habitants du pays soient plus pacifiques; au contraire, leur manie* ou le besoin de faire et de défaire son* tinuellaaaent leurs sultans, lea main* tient en état d'hostilité permanente les uns eonlre lea autres ; mais ils se servent du sabre ou ianoent des quartiers de roche. Avec de pareilles armes , on concevra fuels doivent être l'avantage et la supériorité des Malgaches sur eux, puisque oeux-ci, faisant usage defusila, dont ils se servent fort bien , arrivent tous bien armés. Aussi ces colosses de Comore, sana courage d'ailleurs, n'a* vaient-ils aucune confiance ni dans leur

(*) On a observé de* frits temblsblei à cent que «île M. Bosse ; dm» ptoieun su* ts*c*nftffav0

iwros m nasts sssffw "UOUWtU eae'empresstfoiit-its de prendre iulbite en abandonnant tout à la dfscfMoit de

« Après être restés I Moutehaiftioli assez de tentps pour tant voit1, et nous faite bien vanta de tout le ftiftfide , nous prîmes^ le second jour, congé de Meinanaon^et non montâmes su* te boutro pont repartir avée le sulttm.

« Il mstéit. encore à voir loshi , dépendance de Msvonl , et éloignée d'environ treia ou quatre milles dans le sud; nous ne Urnes donc que passe* dtl contre dans un canot de As Prudenfe, et noua repartîmes à l*fœtânt même, sans avoir pria le temps de nous reposer»

« Cette ville est la plus ancienne, et était la plus considérable de Go* more; elle a été détruite par les Malgaches , qui prenaient de préférence ce point de débarquement; aujourd'hui il ne rasas que bien peu 4e nuisons et beaucoup de ruines»

« Cent laque se trouve la seule eau douce qui soit sur toute la o6te à dix lieues à la ronde; flous y allâmes par un long chemin , à travers les roches; et parvenus à une grande excavation faite de main d'homme, entourée de murailles, nous trouvâmes cette eau dans quelques trous pratiqués sous un amasrfepterree; mais malheureusement les sources en sont si faibles, qu'elle a le temps de croupir et d'infecter, de telle sorte qu'il faut v être bien habitué pour la trouver potable. Comme c'était dans le but de voir cet objet êi précieux pour le pays* que noua étions surtout venus à iconi, notre curiosité étant satisfaite ^ nous nous hâtâmes de visiter quelques chefs, et nous reprîmes (a route du navire.

« Cette course fut la dernière que nsu s fîmes , attendu qu'il était impossible de rien tenter sur les cales de l'est et du sud , qui sont inabordables même pour dea embaroatione.

« Le 14 nous fîmes notre visite d'à* dieu au sultan, et, profitant d'une petite brise sud-ouest , nous mimes sous voiles* suivis d'une quantité considérable de pirogues qift nous esoer*

ILES bfcittÀftUOUE.

fBt£lfl. CIBWIlRBIIOlRflClTDInM^fralCTlv)

et ils partirent' témoigner olch franchement leur regret de nous quitter. * « tedépendammeht du mouillage da nord, signalé par Horsburgh •* ajoute M. PaJett,» il en ëitstedeu je entrés dans l'ouest, Itlate ttmn deux s! mourais, que la bâtiments de guerre n'y on! jamais para. Cependant on peut y être en sûreté pendant le mousson du sud , et ! méthetintquetovehftSrestent au noté* est. Mate il ftut àiendèmier ee mouf *• la«evers la fin de novembre, époque des vents de nord-ouest. qui édnt d'une grande violence et battent directement la côte. Uo petit plan a été ftlt dé ée mouillage; il pourra être utile à eemt de nos négociants qui viendraient tenter quelques opérations COmmereiahn dans dette Ire. *

MOVÉIT.

MottcH , dortt le nom a été éérlt Mohem et Moktita , est au sud-est de la partie australe de la Grande-Ce* more, et à l'ouest de Hinzotiah, à 15 milles dé Tune et 10 de l'antre. C'est la plus petite des Comoree.

On doit à M. Leguevel de Laeoriibe les dételle les plus étendus qne Tort possède sur cette tte : nous en extrai* rons tons Ceux qui, en rentrant dans notre cadre , peut ent donner l'idée la pins complète de cette tle.

■ Le ffldoilfageà Motiéli est au nord* est de l'île. Dans cette direction on voit, à fleut milles environ du rivage, une petite mosquée Manche qui sert de remarque aux navigateur», et qu'ils désignent , je ne sais pourquoi , sous le nom de chapelle américaine* C'est au large de ce point que les bâtiments s'arrêtent : ils mouillent près des ré* cifs et des bancs de corail , sur un fond rocailleux où ils sont exposés eut vents du large.

« La capitale de MOUéti est situas dans la partie orientale de 111e , sur un large plateau de sable qui n'est pas à plus de dent milles du rivage; elle contient environ six cents menons ee piètre t en y comprenant celles des ftmbowrgs. Gst maioens sont presque

tdUtW sUrtnofltéei dé jettes terrdssos, où les Arabes Vont «rendre le traie pendent la nuit. La vAté, entourée 'de murailles assen hantes, est divisée en trois quartier! ou arrondissements, qui ont chacun une mosquée. Le palais du sultan est au neutre, sut une grande place earitée, au milieu de laquelle on volt une belle musquée, une fontaine, et un cimetière* oè sontou^uesma-e^léeerenierqueWest ee palais à un beau portique et plusieurs portes oYftées de bas«retiefs ; ses murailles, comme presque toutes eeHes des maisons de la ville, ont plus de deux pieds d'épaisseur. Les mm sont si étroites, <fue quatre tttntuMB ne pourraient v marcher le front* La po* pulàtion m'a parti eousMéraMef ett»

est composée d'Arabes, de Maures et de noirs libres ; chacune de eus castes a son quartier» D'autre* villes et swr» eadessontàdesdistaneespluiod mon* éloignées de la capitale; ta, les maison* •ont en torchis, presque toutes rondes comme celles de le côte orientale d'Afrique. Les habitants de l'intérieur sont encore plus mal vêtus que usais des edtes; ils portent, au lieu de tat* bans, de larges otopeaux de jonc qui s'élèvent en forme de pyramide , si ressemblent à osux dés Chinois et des Malais; Ils la* teignent de diverses couleurs.

« Les habitants de Mouéli ne sortent jamais sans armes; les plus pauvres ont au moins un sabre qu'ils suspendent à leur épaule gauche an moyen d'une courroie; plusieurs ont des poi+ enards recourues qu'ils nomment jam* ora, et quelques-uns des pistofcts* Ils sont très-reJigÎBUx 4 eu au moins ris le paraissent) ils patient toujours de Dieu ou de leur prophète avec nu respect fanatique » et poussent le fata* ttsme si loin , que les pins dévots lais* sent à Allah le eoin de pourvoir à leurs besoins : ils semblent n'être occupés que des plaisirs qui leur sont promis «ans l'autre via , et de ceux qu'us goûtent déjà sur la terre avec les femmes de leurs harems; Us récitent sans oesse , ebea eux , aux portes des mosquées, et jusque dans les rats» des

iiwnrc*s.

▼mets du Coran tur les gros grains blancs des chapelets qu'ils portent au oou- A leurs longues barbes, à leurs rotes traînantes, à leurs yeux fixés sur la terre, qui peignent si bien l'humilité, on les prendrait pour des moines ou de saints ermites; cependant ces béats ne se font pas scrupule de détrousser les voyageurs, ou de les friponner, quand ils le peuvent, dans les marches qu'ils font avec eux. »

M. Leguevel décrit une cérémonie religieuse à laquelle il assista : c'était le mariage d'un riche habitant de 111e.

« Le cortège avait parcouru la ville et était arrive près de la mosquée, lorsque nous le rejoignîmes à l'heure de la priera du soir. ïïtux estrades avaient été élevées à Ja porte du temple, l'une pour le fiancé, jeune Arabe d'une figure assez agréable , l'autre pour des musiciens. Les sons rauques et mono* tftftes de leurs tambourins , des tamtams et des cornes étourdissaient les assistants. Deux matrones très-âgées s'occupaient de la toilette nuptiale; elles conduisirent d'abord le fiancé à la piscine où il se purifia, et le rame* nèrent ensuite près d'un siège couvert de soie rouge ; dès qu'il fut assis, Tune de ces femmes prit ses armes qu'elle dé* posa sur une belle natte ovale, étendue exprès sur les degrés de la mosquée ; l'autre lui ôta sa robe, sa calotte , son turban et ses sandales, et répandit sur son corps diverses essenees qu'ellechoisissait dans de petitoflacons rangés sur un plateau qu'un esclave lui présentait. Pendant que les deux matrones parfumaient le linge du fiancé, une troisième, qui venait de les remplacer, lui attachait une ceinture , un collier et des bracelets de clous de girofle. Toutes les trois se réunirent pour le vêtir.

L'tine lui passait une robe blanche, et par-dessus une robe plus courte de mérinos vert ; les autres lui roulaient un turban de cachemire , et lui met* taient des sandales brodées en maroquin vert et rouge. Il ne restait plus qu'à le parfumer une seconde fois; c'est ce qu'elles ne tardèrent pas à faire avee de la civette, de l'ambre gris et de l'encens qu'elles brûlaient dans

une cassolette; elles terminèrent la cérémonie en lui passant au cou plusieurs colliers, les uns de clous de girofle, les autres de gros grains odorants.

« Hussein nous ayant dit que nous pouvions l'accompagner dans Tinté* rieur de la mosquée, si nous consentions à nous laver la bouche, le visage, les pieds et les bras jusqu'au coude , nous acceptâmes avec empressement cette offre, qui nous permettait de voir la suite de la fête à des conditions si faciles à remplir. Il nous fit laisser nos sandales à la porte, où toutes celles des Arabes étaient déposées, et nous conduisit à la piscine; près de ce réservoir, se trouvait une large pierre de marbre blanc, sur laquelle nous passâmes pour entrer dans le temple par une petite porte.

« La grande mosquée de Mohéli est un édifice arrondi en voûte, et soutenu par des colonnes: ses murailles sont proprement blanchies , mais sans aucun ornement : les musulmans ayant horreur de l'idolâtrie , que Mahomet a combattue avecautant d'acharnement que Moïse, n'ont aucune statue dans leurs temples; un seul tableau représentant la Mecque et la Kaaba, est suspendu auprès de sa principale porte. Au milieu de cette grande salle de prière, ou tous les Arabes étaient assis sur des nattes, les jambes croisées, on remarquait une petite chaire où l'imam fait tous les soirs une exhortation aux croyants.

La prière ne tarda pas à commencer; l'imam se prosterna le premier, et tous les assistants en firent autant :

je n'ai pu retenir que leur profession de foi, qu'ils répétaient à chaque instant; ils disaient ensemble à haute voix : La Ilah illa Allah , Mohammed rasoul Allah! et ensuite : BUm lllah errahim errahman; chaque fois qu'ils prononçaient les deux mots Allah akbar! ils se prosternaient la face contre terre, les mains sur les oreilles et les doigts élevés. Après la prière, qui ne dura pas plus de dix minutes , l'imam monta en chaire, et récita les versets du Coran relatifs au

mariage ; puis il recommanda au fiancé de bien traiter aa femme, et de remplir envers elle les devoirs d'un bon musulman.

« Une demi-heure après, la foule s'éeoulait par la grande porte; et le cortège, devant lequel on portait deux drapeaux, l'un rouge, l'autre vert, reprenait sa marche, escorté par les insupportables musiciens; le marié, place au centre, était porté sur un fauteuil rouge , dont deux gros bambous formaient les brancards; il fit diriger la marche vers la maison de son beau-père, où il allait réclamer son épouse : là s'engagea une bitte entre ses esclaves et ceux de ses nouveaux parents; les premiers frappèrent plusieurs fois à la porte , qu'on refusa longtemps d'ouvrir; les domestiques sortirent enfin armés de bâtons, et repoussèrent le marié et ses amis, qui cherchaient à s'introduire dans la maison. Les matrones furent cependant admises, et amenèrent bientôt ta jeune fille couverte de plusieurs voiles et le visage barbouillé ae pâte desandal desséchée : à sa vue, des cris de joie se mêlèrent à la musique, qui recommença de plus belle ; et répousc, ensevelie comme si elle eût été morte , fut placée par les vieilles femmes sur une espèce de sofa, et transportée chez son mari. Une troupe d'Arabes et de Nègres, aussi nombreuse que celle de la veille, parcourait le lendemain les rues de la ville; mais cette fois l'époux et les matrones ne figuraient pas au milieu d'eux : un troisième drapeau, fort sin-

§ulier, était porté processionnellement evant les autres : c'était le drap nuptial dont l'exhibition devait servir à constater la vertu de la mariée; à MohéK, lorsqu'une femme ne produit pas ces attestations, elle est répudiée et perd la dot qu'elle a reçue en se mariant.

« Quelques jours après cette cérémonie, Hussein, qui nous emmenait souvent avec lui, nous conduisit dans la maison d'un Arabe qui venait de mourir. Le corps, après avoir été soigneusement lavé et frotté d'essences, fut enseveli dans un linceul couvert de

camphre et de divers aromates, et enfermé dans une bière de bois odorant, que l'on déposa au fond d'une petite chapelle élevée par la famille du défunt dans la principale cour de la maison; des lampes brûlaient continuellement autour du cercueil , auprès duquel les plus proches parents passaient les nuits a prier avee un imam, ou quelque personnage pieux qui leur faisait des lectures du Coran. Le neuvième jour, les funérailles eurent lieu; le corps ne fut pas porté à la mosquée: les enfants et les esclaves du mort lui donnèrent la sépulture pendant la nuit.

Le lendemain, les portes de la maison étaient ouvertes a tous les passants

Îju'on invitait à venir prendre part à un estin : ils étaient servis par la famille, Î[ui jeûnait ce jour-là. Les Mohilois ont de grandes dépenses pour les tombeaux ; ceux qui sont riches placent, sur le dôme des édifices tumufoires* des ornements en argent ou en or, représentant des fleurs et des fruits. »

H1NZ0UAN.

Anjouan,dont le véritable nom, suivant l'autorité du savant William Jones, est Hinzouân, écrit aussi An»

zuame, Anzouan, Juanny, a fini même, sous l'influence d'idées chrétiennes, par s'appeler Jokanna. Sa forme est celle d'un triangle de 25 milles de hauteur sur autant de base. Bien qu'elle ne soit pas la plus grande des Comores, elle est la plus fréquentée, parce que les bâtiments ont tonte facilité pour y prendre des rafraîchissements. Nous devons à cette circonstance plus de détails sur cette fie que sur les autres Comores; ils ne diffèrent pas dans leur ensemble de ceux donnés récemment par M. Le Brou de Vexda dans la Revue de rOrient, et dont nous extrairons ce qui suit :

« Les navires mouillent près de terre sur un fond rocailleux ; la baie est bonne , si ce n'est aux approches des ouragans , fort à redouter depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril; la brise du nord-est règne alors constamment, et il n'est plus permis aux navires âFj

jvqOTYK**-

séjouraer saps <pu|fr Je* p^u* ,#rana> dangers; pendant tout cç temples principaux insulaires quittent la ville ef retournent dans leur* habitations situées dans l'intérieur des terres; c'est l'époque delà stagnation 4u commerce.

« ta ville, bâtie au pied des montagnes et sur le bord de la mer, est construite comme toutes celles de?

ÀrabesL Les tuep en sont tellement étroites, qu'on peut à peine y passer deux de front; les maisons, toute? en pierres, n'ont de jour sur la rue que par une porte. Un village de noirs, composé de. maison* faites dans le fleure de celles des Malgaches, est contigu à 1$ ville. Le palais du sultan n'est qu'une maison plus grande que les autres, et dont l'intérieur est fort mai meublé. Le luxe que lui ont prêté certains écrivains » est une Dure fiction : il est peu de pays civilisés où la simplicité dans (es costumes ? dans l'ajn$u>len}ent et dans la manière de vivre , soit porté aussi loin que dans l'île d'Anjouan. Il s'y trouve quatre mosquées fort laides , et une forteress/e garnie de trente pièces de canon a^umjant la ville, et la baie; a environ 500 mètres de la ville, qd découvre un autre petit fort désarmé, tombant en ruines, La ville est entourée d'une muraille crénelée, à Tune des extrémités de laquelle sont un petit boia de cocotiers, et des jardins appartenant aux princes neveux du sultau.

À vingt minutés d'Anjouan se trouve une belle cascade, dpnt j'allais souvent respirer la fraîcheur avec délices au lever de l'aurore : |a yue des montagnes garnies de cocotiers, des cabris qjm les gravissaient à pic, de cette

Su perlée tombant avec fracas du Y4 d'un rocher, réveillaient en ma) ♦ écho des souvenirs, et je rêvais.

« Le sultan Sali m est Agé de trent* oq ans; sa taille est moyenne et ancée, son teint légèrement basané^ ses traits régjitfers, spq œil vif, sa physionomie tres^exûressiv* \ passionné pour la toilette, il est le seul gui soit toujours mi? avec w$ , certajue <*H f¥*WM\ il^t^WWi^WedQux,

çio élai

vais d'une aYMice exfeÇipe; son esprit On et dissimule ne se laisse pas Facilement deviner : îl parle un peu le français ; maisî comme tous les habitants de l'Ile, il a une grande sympathie pour les Anglais. Leç trois frères du sultan sont des hommes d'une nullité extrême ( Talné, à qui revenait le trône, sentant son incapacité, a cédé son droit de régner à Saljm ) ; ils ne s'occupent cfu'à mâcher du bétel et à faire un petit commerce. Imouko, son neveu et fils du gouverneur de Pile Çoraore, est le seul des princes anjouanais qui ait su conserver une certaine dignité ; il passe pour le plus riche particulier du pays : âgé de vingt-huit ans (1845), il est très-débonnaire, et surtout très-réservé, pour ne point inspirer de jalousie au sultan Salira, qui n'ignore point toute la popularité dont jouit ce jeune prince, désigné d'avance pour monter un jour sur le trône ; Imouko ne parle point le français, naais assez bien l'anglais.

? Les Anjouanais ont les moeurs douces; ils ne s'occupent que de leur religion, de leurs f§mmes , et de. la mastication du bétel ; leurs réunions se tiennent devant les mosquées, où ils se rendent quatre ou cinq fois par jour, car il n'y a pas à Anjouan, comme dans tout l'Orient, des barbiers et des cafés, U$ n'ont pas l'usage de la pipe. L'encens; le musc et le sajidal, que certains écrivains opt prétendu respirer dans les rue^ , de manière à douner des maux de tête, sont aussi fabuleux que le luxe; 0 est cependant possible qu'à l'époque où ces écrivains faisaient la traite, le peuple anjouanais, riche alors par ce trafic infâme w brûlât des essences chaque fofc que Le négrier se trouvait au milieu d'eux pour acheter $a, cargaison 4$ chair humaine.

« Les femmes d'Anjouan sont beaucoup plus recluses que <M* les autres contrées mahometanes; oa p'y voit dehors quedesnçgfesses^es A"jouanai&es ne parant jamais sqrtirque le soir, deux a deux, Ja. tête et le corps envelûppé&d'upe,ffiraoilA pièce de toile qui les xwmt, tf'k» fiftwrre.Wu.te*

; si rite rouoontsent un homme, bien vite elles se jettent de cdté, la figure tournée ters le mur, jusqu'à ee qu'y «oit passé. Leurs excursions sont même fort rares, et nîont lieu que pour visiter une parente ou une amis.

Lorsqu'un membre ou un ami de la famine entre dans une maison, il s'arrête uo instant à la porte, et prononee d'une voix forte le mot Kouézil afin de se faire entendre; les femmes disparaissent alors , et le mari crie d'entrer. S'il n'est pas au logis, un esclave vient Je dire au visiteur, qui se retire. Mais ce qui forme un grand contraste avec cette jalousie, c'est que lea domestiques mâles pénètrent dans les chambres des femmes. « Je ne conçois rien à une pareille absurdité » , disais-je souvent à des Anjouanais; « somment 1 un parent ne peut voir sa parente même en présence du mari , tandis nue les domestiques mâles entrent «ans les appartements à tout instant 1 »— *« Que voulez «vous », me répondaient -ils, * c'est l'habitude p. Bien que les femmes ne sortent jamais, elles aiment extrêmement les ornenatttts, tels que bagues, bracelets des ot colliers de corail. Ce sont elles qui, dans leur intérieur, tiennent les rênes 4n gouvernement domestique; le mari, chez lui, n'est que leur premier sujet. *

« Le volai l'avarice sont les vices dominants des Anjouanais. Habiles dans Tari de feindre, ils ont toujours un gracie» sourire sur les lèvre* et rien n'est difficile comme de surprendre leur pensés. Plusieurs des plus notables venaient journellement me demander un petit morceau d'argent, ee qui voulait dire quelques piastres , eu m'offirant pour cela du riz et ds farrow -root; et de tous les cadeaux quo j'ai offerts aucun n'a été refisse ne leur part, pas mime par le sultan, auquel j'ai donné un beau sabre dosé es une crois d'or pour une de ses femmes» Les seuls présents que i'aie reçus en nstour on* été deux oolliend'aintyregrisetdesolousdeftirofie.

« J'avais envoyé tans les nrsicfes que je croyais pouvoir convenir; le snhan

sfairfal* étalerions ses objets dans «ne salle, et lorsque j'arrivai, se trouvaient réunis autour de lui les princes et les principaux < habitants. J'eus à peine le temps de me reposer* à l'instant, vingt attestions me furent laites à la fois s « Combien eeoi, combien cela»; et ce qui leur plaisait davantage était toujours le plus méprisé; tout était trop cher. < Nous-ne sommes pas comme les gakaftavas, me disait le sultan, nous connaissons le prix de tout cela. » Enfin, après une séance de plus de quatre heures, nous tombâmes d'accord; tons les articles, dont le prix venait d'être ixé par Salim et consenti par moi, furent inscrits, et restèrent dèjs lors invariables. Nul Anjouanais, quel que soit son rSng , ne peut acheter ni vendre un article tant que le prix n'en est pas ixé devance par le sultan, dans une réunion spéciale comme celle que je nions de decrâe.

Après que tout eut été stipulé sur se qu'ils venialent acheter**int le tenir des articles d'échange, car n'allés pas vous imaginer pouvoir vendre aux Arabes contre de l'argent: ils ont pour habitude de se dire tfèsrpaniores. ttfsftt avoir bien soin de convenir d'une mesure j c'est pour l'étranger nue chose casensielàB, s'il naveut pas étee trompé; il doit surtout veiller lorsqu'il reçoit la marchandise» Le sultan reçoit un droit de dix pour cent qu'il prélève sur la valeur des articles impostes, cinq pour sent sur celle de» articles exportés , et éo plus 50 piastres de droit d'ancrage. * Les Anjouanais, ainsi que les autres Gomoricns, suivent comme musulmans 1* jeûne du rbamadan avec rigueur» Leur nonchalance à cette époque de l'année est encens plus grande qu'à l'ordinaire; les mosquées sont les seuls points de veodsa-vous.

Vers le soir seulement, on les voit Sans s'acheminer, on pou* mieux dire se traîner vers le rivage; là, agenouillés an bord do la mer, Us font mus parère, qui dupe jusqu'en moment on le sosnl disparaît fel'horisoo. A cetoinstsnt tout change : an silence de la journée snnoeéent des cris ds joie; à la marche grave m^lsut* Ispas^e

I/UHIVEIlS.

«ourse; ils se répandent dans tontes les directions , afin de regagner leurs demeures, où le déjeûner les attend.

Je me plaisais souvent à les arrêter dans leur élan ; mais jamais je n'ai pu obtenir d'eux d'autre réponse que celle-' ci : « Nous bien contents de manger, nous très-faim ». Aussi, pendant la première heure qui suit la prière du soir, la ville est-elle morne et silencieuse.

« J'assistais presque toujours au repas du prince. Ayant beaucoup voyagé , surtout en Orient, je suis habitue à voir manger avec les doigts; mais je n'ai ru nulle part des hommes manger avec plus de gloutonnerie et plus salement qu'à Anjouan. Leur plat de résistance est toujours le riz ; ils y plongent la main, le pétrissent et en font une boulette qu'ils trempent ensuite dans la sauce. Le repas du prince terminé, nous allions nous promener ensemble dans les environs de la ville ou dans ses jardins, et après notre promenade on se rendait à la danse, ou bien plutôt à la pantomime oui s'exécute tous les jours en plein air. L'orchestre est composé de quatre musiciens, tambourinant de toutes leurs forces sur deux caisses :

deux soi-disant danseurs se promènent fièrement , drapés dans un morceau de toile, portant leur tunique fortement serrée autour des reins, paraissant irrités l'un contre l'autre, et «'évitant pour se surprendre mutuellement. Ces acteurs sont remplacés par d'autres, jusqu'à ce qu'il en arrive qui , électrisés par le bruit infernal des caisses, en viennent aux mains, et se gouraient à grands coups de poings dans la figure ; ils deviennent alors tellement furieux, que la foule qui les entoure est obligée de les séparer.

« J'avais choisi , pour faire mes affaires, un parent du sultan, nommé Abdel -Abbas. Sa femme accoucha d'un fils ; il y eut chez lui , pendant .quatre jours, grands festins , accompagnés de l'indispensable tambour.

Lui ayant fait observer que ce brait devait incommoder sa femme, il se contenta de me répondre par cette pbrasesacrantentelle: Ce$t V habitude.

Il me félicita de ma nomination d'ambassadeur du roi en Europe et de colonel général (faite la veille par le sultan ) , ajoutant qu'il avait pris ses mesures pour me donner une fête le lendemain soir, et qu'il espérait bien que je ne refuserais pas d'y assister.

« J'accepte, lui dis-je, avec bien du plaisir ; mais n'oubliez pas surtout que c'est un général anjouanais , et non un Européen qui viendra chez vous; c'est vous dire que je désire que la fête soit toute nationale. »

« Le lendemain, je me rendis chez Abdel-Abbas. Un grand fauteuil en bois , de la forme de cehil du roi Dagobert, était placé pour moi, ainsi qu'un tapis de pied. J'avais quitté le costume européen pour prendre celui des Arabes, ce gui parut lui faire beaucoup de plaisir. A peine étaîs-je assis , que le prince Imouko et un autre parent du sultan entrèrent dans la salle, le sabre à la main, et ouvrirent l'assaut en se portant des coups qui furent parfaitement parés.

Seize couples se succédèrent en montrant la même adresse : ils ont vraiment du talent dans le maniement du sabre, exercice qu'ils exécutent en sautant toujours sur une jambe.

L'assaut terminé , les musiciens redoublèrent leur tapage, et aussitôt parurent une vingtaine de bayadères, c'est-à-dire vingt négresses horriblement laides, vêtues de vestes rouges à galons d'argent et de jupons blancs ou bleus ; pour s'embellir , elles s'étaient dessiné, avec du blanc, des perles au front, au nez , et autour de la bouche : cette décoration sur leur peau noire était affreuse. Après qu'elles eurent formé le rond , I une d'elles, ayant à la main un petit panier renfermant des pierres, qu'elle agitait comme une marotte, entonna un chant improvisé et peu harmonieux, qui fut répété par toutes ses compagnes. On présenta ensuite de l'eau sucrée, de la limonade et des| feuilles de bétel. Dans la crainte de désobliger Abdel-Abbas , je fus obligé de subir, pendant trois heures, ce monotone et fastidieux amusement.

« Enfin, le rhamadan venait de finir au grand contentement de tous les Anjouanais, et particulièrement au mien, car j'étais certain de ne plus être réveille pour manger du poulet, du riz, de petits gâteaux d'arrow-root, et de n'avoir pour boisson qu'une décoction de rêves brûlées, simulant le café, tiqueur inconnue à Anjouan.

Deux jours après le rhamadan, il y avait une grande fête religieuse; le sultan se rendait en grande cérémonie à la mosquée : dès la pointe du C\ toute la ville était sur pied et en it de gala. Je reçus une invitation de la part de Sa Hautesse pour l'accompagner : vers les neuf heures, je me rendis avec le prince Imouko au palais ; les princes , le gouverneur de la ville et les principaux habitants y étaient à l'avance. Après une demiheure d'attente, le sultan entra, revêtu d'un brillant costume : il avait quitté le turban, et portait un bonnet de velours noir brodé en or, sur le devant uue plaque avec les armes d' Anjouan (une main renversée), autour de la plaque une devise anglaise (King of Anjouan), une veste de velours rouge brodée en or, et sur la poitrine une plaque semblable à celle du bonnet , un pantalon bleu collant avec galon d'or sur les côtés, et le sabre que je lui avais donné. Il paraissait enchanté de sa belle toilette, et semblait me demander mon suffrage ; je me gardai bien d'y manquer, sachant combien son amour- propre était chatouilleux sur ce chapitre: il était, du reste, vraiment bien dans son costume; je lui dis pourtant que je l'aurais trouvé mieux s'il n'eût point porté le sceau de l'esclavage de ses prétendus amis.

• Comment cela? »medit-il. — « C'est que sur la poitrine d'un souverain tel que vous, au lieu d'une devise anglaise, on ne devrait lire qu'une devise arabe; prenez garde que votre faiblesse ne vous occasionne plus tard ûes regrets éternels.» La conversation en resta là , car tout était prêt pour se rendre à la mosquée.

« A la porte du palais était placé , pour le sultan , un fauteuil posé sur

un brancard et recouvert d'un dais : il s'y assit, et quatre Arabes le portèrent ; les princes ses frères, ses neveux, le gouverneur delà ville et moi, nous marchions devant et à côté ; parurent ensuite les officiers suivis de toute la population. Arrivé devant la grande mosquée, l'imam vint recevoir le sultan, et nous entrâmes tous. Après le service divin, les princes et tous les habitants vinrent baiser la main de leur souverain; je m'empressai de la lui serrer.

« Mes affaires étant toutes terminées, dès la pointe du jour suivant nous nous éloignâmes des côtes d'Anjouan. »

MAYOTTE.

L'île Mayotte est la première des Gomores que Ton rencontre en venant de Madagascar ; elle est à 145 milles de la pointe la plus voisine, à 160 de Nossi-Bé, et à 170 de l'entrée de la baie de fiombetok , au midi , entre 12» 34' et 13° H de latitude sud , 42° 43' et 43u 3' de longitude orientale. Sa distance de Bourbon est ^'environ 700 milles. On peut faire ce trajet en six ou sept jours pendant la mousson du sud-est; mais le retour pendant cette même mousson ne demande pas inoins de trente jours , et réciproquement.

On peut dire que Mayotte n'était pas connue avant l'exploration de la gabare française la Prévoyante, commandée par M. Jehenne en 1840; jusqu'alors elle était restée marquée sur tous les routiers du canal de Mozambique, comme absolument dépourvue de bons mouillages. Cette circonstance cessera d'étonner, si on réfléchit que cette lie est presque entièrement enveloppée d'un réseau de récifs et da brisants redoutables, et qu'elle était habitée, il y a encore vingt ans, par. un peuple sauvage, fanatique, inhos-.

pitalier, et sans industrie; les seuls Européens qui la fréquentaient étaient des négriers esnagnols et portugais, qui avaient le plus grand intérêt a cacher leurs repaires. Quels ne durent pas être i'étonnement et la satisfaction

48' Livraison. (Iles de l'Afrique.)

L'UNIVERS

de la Prévoyante, lorsque, après avoir passé le récit orientât par un chenal de trois encablures de large, elle se trouva comme par enchantement dans une rade immense, dont les eaux paraissaient à peine ridées par les vents qui soulèvent les flots derrière elle, et quand, s'avancantau nord, elle découvrit ces passes tortueuses au milieu des coraux, et ces îlots si favorables à la défense.

Mayotte est d'un aspect très-pittoresque ; une série de montagnes Isolées ou pitons y élèvent leurs sommets nus et rougeâtres, et semblent signaler au loin une terre désolée; mais les flancs de ces mêmes montagnes , les nombreuses vallées et les plaines, où les Ïtluies apportent , au détriment des ieux élevés, toute la terre végétale, et où serpentent de nombreux cours d'eau, resplendissent de la végétation la plus variée et la plus luxuriante.

L'île est allongée du nord au sud , et a dans cette direction 21 milles.

Sa largeur est très- variable, indice d'une grande irrégularité de formes , et en effet, développée au nord jusqu'à atteindre huit milles, elle n'a plus au midi, en un endroit, que deux milles.

Une ceinture de réctfe entoure l'île presque totalement , et il semble au premier abord qu'elle soit inaccessible. Mais cette muraille présente sur plusieurs points des ouvertures qui , quoique étroites, sont suffisantes pour le passage des plus grands bâtiments.

Cette chaîne d'ecueils. dont les sommités se découvrent a marée basse, a à la distance de deux à six milles, jsant entre elle et la plage un vaste chenal, dans lequel il y a partout abri contre la tempête et contre rennemi , et où le cabotage peut s'effectuer sans péril.

Sur la ceinture même de récifs, et dans le bassin qu'elle forme avec Pile principale, se trouvent plusieurs petites ires, telles que Pamanzi, Zaoudzi, Bouzi et Zambourou.

Pamanzi, située à l'est , est la plus importante de toutes. Elle représente un losange, dont les quatre angles sont, à peu de chose près, tournés

vers les quatre points cardinaux. A l'exception de la partie méridionale qui est basse, sa surface est parsemée de monticules , et même de hauts mornes entièrement dépourvus de végétation : le point culminant de la chaîne principale s'élève à 208 mètres au-dessus de la mer voisine. A l'angle occidental , la côte dessine une presqu'île, dite de Zaoudzi, qui fait face a une presqu'île semblable, celle de Choa,dansla grande île, dont elle forme un des promontoires orientaux ; ces deux presqu'îles sont élevées, et ne tiennent à la terre que par un isthme étroit et court, d'un mille de large environ.

Entre Pamanzi et Mayotte est File Zaoudzi , voisine de la presqu'île cidessus , et jointe à Pamanzi par une petite langue de sable qui se découvre a la basse mer; elle n'est séparée de Mayotte que par un faible bras de mer, d'un quart de lieue environ.

L'île Bouzi, au sud-ouest de la

f précédente, est beaucoup plus près de a côte orientale ; elle est haute et boisée jusqu'à son sommet, dans la partie méridionale et occidentale.

Quant à Zambourou, située au large de la côte nord-ouest, elle est trèsescarpée et n'a point de terre végétale.

Mayotte est traversée , dans toute sa longueur, par une chaîne de montagnes dont les sommets paraissent atteindre six cents mètres. La grande irrégularité de ses formes provient du développement inégal des contre forts de la chaîne, qui divergent des points culminants en s'abaissant vers la mer.

En général, 111e est montagneuse, coupée de ravins profonds , et ne présente point de plateaux , mais seulement de petites vallées et des vallons, qui s'ouvrent au fond de quelques baies par des terres d'une pente assez douce. Dans les uns et dans les autres , on trouve d'excellente terre végétale. La pointe de Choa , l'un des points les plus remarquables de la cote orientale, est jointe à Mayotte par un isthme élevé de cinq à six mètres au-dessus des plus hautes marées. Son sol est formé d'une couche de terre végétale

CM

assez épaisse, et partit être d'une graodefeitflité. Le terrain compris dans un rayon de deux à trois mille mètres autour de Ghoa , est parfaitement disposé pour un établissement. Il est très* fertile, très- sa In, heureusement accidenté, et renferme des sources, des ruisseaux, et une anse convenablement abritée.

On peut obtenir presque partout , à Mayotte, des aiguades abondantes et commodes, en réunissant des fileta d'eau, qui n'assèchent d'ailleurs jamais, au moyen de Quelques travaux faciles et peu dispendieux.

L'hivernage à Mayotte est déterminé, comme à Bourbon , par les lunes de décembre et de mars. Les grains donnent généralement plus de pluie que de vents. Les coups de vent sont très-rares. Mayotte passe pour la plus saine des Comores , et elle est en effet d'une admirable salubrité, ainsi que le constate l'absence totale de maladies dans les équipages qui y ont successivement séjourné dans les conditions les moins favorables. L'encaissement jusqu'à leur embouchure de quelques ravines, qui deviennent des torrents durant rhivernage , complète la salubrité de la côte orientale.

Mayotte est assez bien boisée, et.

parmi les arbres qui s'y trouvent , il y en a qui sont propres aux constructions particulières et maritimes, principalement dans la baie de Boéni et dans la partie méridionale de l'île , à l'extrémité de la baie Lapani , au pied du pic Ouchongui. Il y existe une petite forêt exploitée par les indigènes, pour la construction de leurs pirogues et de leurs boutres . et qui fournit des bois d'une grande élévation. En avril 1844, M. Guignard, enseigne de vaisseau , fit couper, à la pointe sud de la bai* de Boéni , 36 arbres de 30 à 80 fentimètres de diamètre. « Il y a aujourd'hui, aioute-t-il , dans le seul bois que j'ai exploité , plus de gros arbres qu'on ae pourra en employer dans les dix années qui vont s'écouler, et en élaguant les arbustes , les cocotiers, les baobabs, et tout ce qui peut gêner les ieunes planta de bois dur, on s'y

créera de nouvelles reatouras powr un tempe plut éloigné. »

Il y a des pâturages étendus à Mayotte dans la partie ouest et sudouest, mais les meilleurs paraissent être à Pamanzi. Toute ta partie montagneuse de cet îlot est couverte d'herbes excellentes, et serait susceptible de recevoir cinq à six mille têtes de bétail ; ee oui serait facile , vu l'abondance des îles voisines en animaux de ce genre.

L'île Mayotte n'est pas aussi peuplée l'on pourrait le croire d'après son endue et la surface de ses terres cultivables. D'après un recensement fait en 1640, sa population s'élève à 6 968 individus , dont 2 686 libres , et 2 789 esclaves , aujourd'hui probablement affranchis par suite des mesures prises à cet effet par le gouvernement français. Cette population à dû être beaucoup plus considérable : il est présumable qu'elle a été très-réduite par les guerres , par la misère qui les a suivies, par rémigration dans les îles voisines, à la côte d'Afrique, et en der* nier lieu à l'Ile-de-France, où les bâtiments anglais ont transporté un certain nombre d'habitants de Mayotte, comme travailleurs à raison de trois piastres (16 fr.) par mois et la nourri* ture. La population se divise, quant à la nationalité, ainsi qu'il suit: Mahoris ou indigènes même de Mayotte, 1489; Malgaches, 104; Arabes Antalaots, 802; Makouas, 843; Macondas, 618; Mozambiques, 873; Sou aë lis, 62; Sakkalavas,7fl0; Adzouzous, 201 ; Aniouanats, 221; Moelliens 11. Les Mahoris ne diffèrent pas des autres habitants des Comores, dont nous avons parlé. Quant aux Malgaches, aux An* talaots , aux Sakkalavas , aux Adzouzous , ils ont été jetés à Mayotte par les guerres des Hovas de Madagascar contre les autres peuples de cette grande île ; les Makouas , les Macondas , les Mozambiques sont des nègres amenés de la côte orientale d'Afrique , par la traite, ainsi, probablement, que les Souaelis. Ce n'est pas ici le lieu de les décrire.

Depuis la cession de Mayotte à la

L'UNIVERS

France , cette île a été placée sous l'autorité spéciale d'un commandant supérieur, qui a dans ses attributions les différentes îles que nous possédons sur la côte nord de Madagascar , Nossi- Bé, Nossi-Coumba, Nossi - Mitsiou, peuplées d'environ 20 000 individus , et qui prend, d'après cela, le titre de commandant supérieur de Mayotte et dépendances. Le premier titulaire appelé à ce poste, a été le capitaine de corvette Sander Rang, officier de mérite, dont on regrette encore vivement la perte; sa nomination est du 29 août 1843 ; il a eu pour successeur, à la fin de 1844 , le chef de bataillon d'infanterie de marine , Passot, qui conduit avec une activité remarquable les travaux d'occupation définitive, commencés par son prédécesseur. C'est à Dzaoudzi , dans cette 'petite presqu'île si aisée à défendre, et où les sultans de Mayotte avaient en dernier lieu leur résidence , qu'ont été jetées les bases d'un établissement. De nombreux ouvriers de tous genres y ont été envoyés en 1 846. On a choisi ce site à cause de ses mouillages, les mieux situés, les plus vastes et les plus sûrs de l'île, et à cause du voisinage de Pamanzi, où Ton pourra toujours tenir eu sûreté de nombreux troupeaux. La mer qui entoure Dzaoudzi présente une rade susceptible de recevoir une escadre, et, sous le rivage même, la nature a placé les rudiments d'un port, qu'il serait facile d'achever au moyen de travaux peu dispendieux.

Ou peut diviser les mouillages de Dzaoudzi en deux parties distinctes , Tune au nord du parallèle de Choa, qui est la plus petite, l'autre au sud, qui est la plus grande et la plus avantageuse. L'abri est complet dans ces rades ; la tenue y est excellente, et la profondeur des eaux ne laisse rien à désirer; cependant la rade du sud doit être regardée comme préférable pendant la mousson du nord , et celle du nord l'est peut-être pendant la mousson du sud.

Malgré les grains de pluie et les orages qui sont fréquents pendant l'hivernage, le vent n est presque ja-

mais assez fort dans ces rades, pour empêcher les navires de tenir le travers, les huniers hauts : la mer y reste toujours si belle , que les navires qui viennent y passer la mauvaise saison, ne bougent pas plus que sur un lac.

La plus vaste de toutes les baies de Mayotte est celle de Boéni. sur la côte occidentale ; elle possède toutes les facilités désirables pour un établissement; mais sa profondeur, et les montagnes dont elle est entourée, y rendent les calmes fréquents et la chaleur souvent étouffante.

Terminons ces détails descriptifs par quelques considérations générales :

« On se tromperait fort », dit M. Jehenne, « si on envisageait Mayotte comme une île pouvant rapporter beaucoup par l'exportation de ses produits : elle n'est ni assez vaste ni assez cultivable pour cela. Je crois, au contraire, qu'elle ne pourrait rien exporter si sa population devenait ce qu'elle pourrait être, et qu'il y eût plus forte

Î;arnison à nourrir; seulement, lorsque e riz serait assez abondant pour qu on ne consommât plus le coco comme aliment ordinaire, ce fruit étant trèscommun , on pourrait en faire de l'huile à brûler et du savon. Mayotte ne peut donc être qu'une position maritime pour la France, mais une position susceptible d'acquérir une grande importance en temps de guerre, par ses bonnes rades, et la facilité avec laquelle elles pourraient être défendues. »

« Au point de vue commercial », remarque M. Léopold Botet, «je ne vois point de colonie mieux placée que Mayotte , pour devenir en peu d'années le centre d'un commerce considérable : au milieu du canal de Mozambique , à mi-distance de la grande île de Madagascar et de ta côte d'Afrique, sur la route de tous les bâtiments qui vont dans la mer Rouge , à Mascate , à Bombay, et sur la côte de Malabar, elle est en outre, à peu près , la seule escale de tous les caboteurs arabes et antalaots , qui font la navigation de Madagascar et de la côte cfAfri-

ISS

que (*). Qu'elle soit approvisionnée des objets demandés par les populations malgaches et africaines (ceux que notre industrie européenne ne pourra fournir, Pondichéry les fournira en trouvant ainsi l'écoulement de ses toiles bleues, de ses grosses cotonnades, et de ses toiles à voiles en coton); qu'une administration juste et éclairée assure à chacun respect pour sa propriété, protection pour tous, franchise et liberté pour le commerce , et la force des choses conduira à Mayotte tous ces caboteurs arabes et antalaots, les seuls oui, par le peu de frais que nécessitent leur armement et leur entretien, peuvent se livrer au genre de commerce de la côte d'Afrique et de Madagascar, où ils ont moins de droits à payer que les navires européens, et où ils trouvent bien d'autres avantages résultant de la conformité de leur religion , de leur langage et de leurs habitudes. La force des choses , dis-je, les conduira à Mayotte devant l'entrepôt de notre commerce et de notre industrie dans le canal de Mozambique , entrepôt qui doit être approprié aux besoins des populations malgaches ou africaines, pour y échanger les productions de ces côtes contre dos produits européens (**).

Histoire.

Les Comores ne paraissent pas avoir été connues des anciens : l'Europe en doit la connaissance aux Portugais ,

(*) Os objets sont , pour la cote (F Afrique tt Madagascar, la quincaillerie, la coutellerie, la verrerie commune, la poudre, les fusils, les indiennes , le gros colon, les toiles bleues , les toiles à voiles en coton , le sucre de sirop, le girofle , les 'épiées ; pour Us Hovas de Madagascar, les draps de couleurs voyantes, les objets de mode, les galous d'or, les épaulettes , les bagues , les montres, le papier à écrire et à tapisser.

(*•) A la côte orientale d'Afrique, l'ivoire, la gomme copal , la cire , les drogues , la poudre d'or, la nacre de perle , les perles , l'écaillé, l'ambre, les cornes de rhinocéros, le millet, le sésame, les cocos, les sacs de natte.

A Madagascar, le coton, l'indigo, la soie, le bétail , te bois de teinture , la gomme copal, le ancre, le café, le girofle.

qui y abordèrent dans leurs expéditions de Pocéan Indien, aux premières années du seizième siècle. La première carte sur laquelle elles se trouvent dessinées, est celle de Diego Ribero, en 1527. Le nom d'/Ma* do Comoro, les fies de Gomor, qu'ils leur donnèrent, était emprunte aux Arabes, car les Arabes connaissaient, depuis des siècles, toute cette région maritime qu'ils avaient colonisée jusqu'à Sofala, où les navigateurs hisitains les trouvèrent établis.

On ignore quels sont les événements qui ont signalé l'arrivée des Portugais aux Comores; mais il semble qu'ils se soient placés là , avec les Arabes , dans cet état d'antagonisme où nous les trouvons sur là côte africaine, et qui était tout naturel à cette époque entre chrétiens et musulmans, une tradition rapporte que le chef arabe qui commandait à la Grande-Comore fut obligé de se soustraire à leur tyrannie par la fuite, en se réfugiant avec une partie des siens à Mayotte.

Il est assez difficile de faire , avec quelque certitude, l'histoire politique Je ces Iles , par suite même de l'absence des données nécessaires pour cela. Voici ce que Ton peut déduire des renseignements recueillis à cet égard par quelques savants et voyageurs, à la tête desquels est le célèbre orientaliste William Jones.

A une époque dont on ignore la date, un Arabe de la Grande-Comore qui s'était fait remarquer dans de nombreuses occasions par son intrépidité, se fit donner le titre de chef et ensuite celui de sultan avec des pouvoirs limités. Ce fut sans doute un de ses descendants que nous venons de trouver en lutte contre les Portugais.

Peu de temps après l'apparition de ces derniers dans cette région , une riche et nombreuse peuplade de Schiraziens (de Schiraz en Perse), déjà établie sur In côte de Zengebar et avant pour chef Mohammed-ben-Aïssa, sVmpara de la Grande-Comore, puis des fies Hinzouan et Mouéli , et leur donna pour chefs ses deux fils.

L'UNIVERS

Ce même Aïssa, ayant entendu beaucoup vanter Mayotte, vint la visiter :

il y fut accueilli en ami . et quelque temps après , la préférant à Hinzouan, il s'y établit et épousa la fille du sultan. A U mort de son beau-père, il lui succéda, et fit bâtir une ville, qui fut appelée Te hingomi, sur l'emplacement de laquelle on voit encore aujourd'hui les restes d'une mosquée et un tombeau que 1 on dit être celui de Moïna- Singa, la fille du sultan oui lui succéda dans le gouvernement de Mayotte, et dont la postérité directe régna seule à Mayotte» jusqu'à Andrian-Souli exclusivement Voici comment on dispose la liste de ces petits souverains :

i° l'Arabe de Comore , dont le nom nous reste inconnu; 3° Aissa , fils de Mohammed-ben- Aïssa ; 3° Moïna-Singa ; 4° Buona Fournon ; 5° Sultan Ali ; 6° Sultan Omar; 7° Sultan Aliben- Omar; 8° Moina-Aïcba; 9° Sultan Bakari ; 10* Manaon ; 1 lo Selim ; 12° Buona A.mbo; 1*° Sultan Saley; 14° Maouapa-Madi; 15° Buonacomba-ben-SuItan- Amadi; 16° Andrian-Souli. On verra plus loin l'histoire de ces derniers.

Celui des fils d* Aïssa qui commandait à Hlnzouan, s'y maria et eut plusieurs enfants. En 1598, lorsque Corneille Houtman toucha aux Comores, Mayotte était gouvernée par un roi ; et "Hinzouan était aux mains d'une reine, qui ne voulut pas recevoir ies Hollandais en sa présence , mais qui las fit traiter avec beaucoup de politesse et d'amitié. On jeta 1 ancre devant la ville de Demos (probablement Domoni)% ville aussi grande que Plymouth , et environnée de ruines qui prouvaient son ancienne prospérité.

William Jones pense que cette reine était celle que la tradition nomme Halimah et qu'elle donne comme l'ancêtre du sultan Ahmed, lequel régnait à l'époque du voyage du savant anglais en novembre 1783. Quinze ans après Houtman , quand \e& capitaines Plyton et Roc touchèrent aux Comores, une vieille sultane régnait à fiinzouan, et étendait sa domination sur les autres îles ; trois de ses fils gouvernaient Mouéli en son nom.

Cinq sultans régnèrent, suivant William Jones , dans l'intervalle de 170 ans qui sépare l'époque où Corbeille Houtman et Plytoo trouvèrent, a Hinzouan , cette sultane Halimah , jusqu'à I'avénement du sultan Ahmed, dout le règne parait avoir commencé vers 1760 et s'être prolongé jusqu'en 1785. Depuis cette époque, nous ne savons que fort peu de chose sur l'histoire générale des Comores , qui se localise même tout à fait, et dans ces derniers temps l'intérêt s'est trouvé entièrement concentré sur Mayotte par la réaction puissante qu'y produisirent les événements dont Madagascar aussi était le théâtre depuis vingt années.

Dans la seconde moitié du siècle dernier, les Comores devinrent le but des incursions des Sakkala vas deBouéni , peuple qui occupe toute la partie nord-ouest de Madagascar. Les Comorois, si robustes à la Grande* Comore, toujours nombreux dans les autres îles, semblaient tout à fait impuissants devant l'audace de ces hardis pirates, et la plupart du temps ils ne voyaient d'autre moyen de leur échapper que de prendre la fuite , en abandonnant tout ce qu'ils possédaient à la discrétion de leurs ennemis. « Les Johannais (habitants d'Hinzouan), disait en 1809 le capitaine Tomlinson, ont dernièrement fait de grandes pertes causées par les Madégassea qui envahissent l'île tous les ans pour sy procurer des esclaves. Les autres Iles Comores, Mohilla et Mayotte, sont presque dépeuplées par les attaques de ces pirates , et Johanna , de douze bourgades, est réduite à deux. Ils arrivent à la fin de la mousson du sudouest , construisent des huttes autour des bourgades murées de l'île, et comme ils ne tentent jamais le passage qu'avec un temps favorable , ils les bloquent ainsi jusqu'à la fin de la mousson du nord-est , ce qui fait un espace de huit mois.

* J'ai vu une de leurs pirogues :

elle avait environ quarante-cinq pieds de long sur dix à douze de large* La construction en était ingénieuse et

ILES QS UAWQUE.

fort semblable à celle des barques employées | la pèche de la pleine, et les différentes pièces étaient jointes ensemble par des chevilles de bois. Ce peuple fait, tous les cinq ans, une expédition composée d'au moins cent pirogues, qui contiennent chacune de.

Suinzeà trente-cinq hommes, armés e mousquets. Chacune des quatre autres années, ils ne détachent que trente pirogues, pour "qu'elles ne manquent pas de vivres , et pour laisser le temps aux plantations de se rétablir. Le roi me dit gue, durant le siège de l'année précédente, près de deux cents femmes et enfants qui n'osèrent sortir des murs pour aller chercher des vivres, moururent de faim, et que plusieurs mères mangèrent leurs propres enfants. »

Nous ne rappellerons pas ici les événements à la suite desquels le manjaka ou grand chef de Madagascar, Kadama,fut entrât né à se déclarer souverain de rtle entière. Qu'il nous suf- ,fise de dire qu'après avoir soumis les peuples de la cite orientale et ceux du centre, il tourna ses armes contre les Sakkalavasqui occupent toute ta partie nord -ouest el la partie occidentale.

Cette conquête fut l'objet de plusieurs expéditions successives ; mais ses efforts et ceux de sa veuve Ranavalo n'ont pas encore réussi à dominer complètement les Sakkalavas, dont les chefs ont trouvé aux Comores un centre de résistance qui leur a permis jus- Î[u'à présent de ne pas désespérer de eur cause. Voilà comment le nom de file Mayotte et des îles voisines s'est trouvé jeté au milieu du récit des luttes qu a occasionnées cette longue guerre.

Ce que nous allons rapporter à ce sujet est extrait d'une notice historique, rédigée par un écrivain indigène, le scheikh Iousouf - ben - el • Moallem- Mousa, sur la demande d'un voyageur français fort instruit , jVictor Noël , que* la mort a prématurément frappé :

- Llle de Mayotte , si l'on en croit les princes d'Anjouan, aurait toujours été vassale des rois de ce dernier pays; .

mais les Mayettais paraissent n'avoir prononcé la khot'ba eu leur nom qu'en de certains intervalles , et lorsqu'ils y ont été forcés par les événements. Pendant le règne du sultan Ahmed, qui gouverna Anjouan de?

1760 à 1785, la puissance des Anjou* nais avait déjà considérablement souffert des incursions annuelles des Sakkalavas dans leur île , et leur autorité sur Mayotte n'était plue qu'illusoire.

Mayotte était alors dans un état de troubles continuels ; sa population essentiellement hétérogène, et la position de Tchingoui, son ancienne capitale, au centre de cette population, laissaient les rois qui y faisaient leur résidence exposés à toutes les conséquences des révolutions que les sultans d'Anjouan ne manquaient pas de provoquer tou« tes les fois que les premiers prenaient des allures d indépendance trop significatives. C'est dans ces circonstances* qu'une famille arabe de Zanzibar, famille originaire de l'Oman, s'établit a.

Tchingoni, où elle acquit bientôt une grande considération par l'emploi qu'elle faisait des richesses que lui procurait son commerce. Le roi de Mayotte donna sa fille en mariage à celui de ses membres qui jouissait de la plus grande influence, jeune homme appelé Salih-ben-Mohammed-ben-Bécmr-el-Mondzary-el-Omany, Le roi de Mayotte étant mort vers 1790, Salih-ben-Mohammed abandonna la secte des Ibadhites, qui est celle des Arabes de l'Oman, et embrassa la secte orthodoxe de Chaféy, à laquelle appartiennent les Comorois ; toutes les voix le désignèrent alors pour remplacer au pouvoir son beau-pere.

« Le premier soin du nouveau sultan fut de transférer le siège du gouvernement à Dzaoudzi , Ilot sur lequel il fit établir les fortifications que l'on y voit maintenant, et c'est à cette mesure sans doute qu'il faut attribuer la durée, inouïe jusqu'à lui, et la tranouillité de son règne. Néanmoins , dit Iousouf, les fortifications sont impuissantes contre les trahisons domestiques : Salih-ben-Mohammed fut assassiné vers 1815, par les ordres d'un

L'UNITfeRS.

nommé Mouana-Mâddi, Mayottais qui avait toute sa confiance.

* Après quelques années de règne, Mouana-Mâddi épousa une femme sakkalava de Mouzangaïe, et fit à cette occasion la connaissance de plusieurs princes sakkalavas. et entre autres de Tsi-Lévâlou , appelé depuis Andrian-Souli. Lors de la conversion de celui-ci à l'islamisme en 1823, Maouana-Mâddi lui écrivit pour le féliciter à ce sujet , et , peu de temps après, lui proposa une convention dont les clauses principales étaient :

Que si l'un des deux chefs mourait sans héritier légitime, son pays appartiendrait de droit au survivant ; que dans le cas où l'un serait forcé crabandonner ses États, l'autre devrait employer tous les moyens pour l'y rétablir ; et que s'il ne pouvait parvenir à ee résultat, il devrait admettre le prince dépossédé au partage de la souveraineté de son pays , et lui céder fa moitié de son territoire. L'exécution des articles de cette convention était obligatoire pour les successeurs légitimes des parties contractantes. Les circonstances allaient bientôt permettre à Andrian-Souli de donner des preures de sa bonne foi.

«En 1829, Mouana-Mâddi fut assassiné par tes ordres de sa propre sœur, gui mit sur le trône son fils Moûgm - Monkoû , jeune homme de quinze ans. Le fils de Mouana-Mâddi, Bana-Kombo, alors âgé de douze ans, eut le temps de s'embarquer, et se rendit à Mouroun-Sunga, auprès d'Andrian-Souli , et réclama de ce prince l'exécution du traité qu'il avait conclu avec son père. Quelque difficile que fût sa position, Andrian-Souli n'hésita pas, et confia au fils de son ami une flottille et quelques centaines de Sakkalavas. Ces forces jetèrent l'épouvante parmi les habitants de Dzaoudzi, qui, pour se faire pardonner la faute qu'ils avaient commise en acceptant pour roi Moûgni-Moukoû, s'empressèrent de le mettre à mort et de proclamer Bana-Kombo.

« Les rigueurs que l'humeur belîioueuse d' Andrian-Souli lui lit exercer

sur les Anti-Bouéni , lui aliéna ce peuple, qui le déposa pour élire sa propre sœur. Andrian-Souli , après avoir pris conseil des Antalotes et des Sakkalavas qui lui étaient restés fidèles, sut ce qui restait à faire, s'embarqua avec eux pour Mayotte, où ils arrivèrent en 1832. Bana-Kombo reçut,bien celui auquel il devait son trône*, et, conformément au traité conclu entre Maouana-Mâddi et le roi de Bouéni , il lui abandonna en toute souveraineté le pays compris entre Moussaupéré et une baie a laquelle les réfugies donnèrent, en souvenir de leur patrie, le nom de Baie de Bouéni. Quelque amical qu'ait été l'accueil fait à Andrian- Souli par Bana-Kombo , la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre ces deux chefs , à la suite de la jalousie qu'avait excitée chez les Mayottais une

Srospérilé que les Sakkalavas devaient un travail assidu. Les Mayottais demandèrent à Bana-Kombo l'expulsion d' Andrian-Souli et de ses adhérents, qui avaient montré jusoue-là une excessive modération. Les Sakkalavas, exaspérés de l'ingratitude de Bana- Kombo, coururent aux armes, défirent les Mayottais dans plusieurs rencontres, et se vengèrent de Bana-Kombo en le chassant lui-même de l'île.

Bana-Kombo s'enfuit à Mohéli , auprès du sultan Ramanateka, et le pria de négocier, la paix avec son adversaire.

« Ramanateka devait, à la ruse et à la mauvaise foi , la position qu'il occupait alors. Parent de Radama, gouverneur de Mouzangaïe dans le pays des Sakkalavas , il avait été obligé de s'enfuir avec soixante officiers et soldats, tous voués comme lui à la mort par Ranavalo. C'était vers la fin de 1832. Les fugitifs abordèrent à Anjouan, et y furent bien* reçus par le sultan Abd-Allah, qui leur a'bandonna le quart de son Ile. Un an après leur arrivée dans ce pays, l'un des frères du sultan, Seyd-Ali, leva l'étendard de la révolte. Ramanateka, oubliant la généreuse hospitalité d'Abd- Allah, se ligua avec le prince rebelle , auquel sa coopération procura la victoire. Mais

ait

peu dé temps après, Ramanateka avant senti que sa présence à Anjouan devenait importune , il se rendit à Mohéli avec tous les siens , s'imposa comme roi du pays aux habitants, stupéfiés de tant d'audace, entoura de murailles Fomboni , la capitale de l'Ile , se fit musulman ainsi que ses compagnons, et attendit de pied ferme ses ennemis.

< Tel était l'homme entre les mains duquel Bana-Kombo, chassé de Mayotte en 1833, allait remettre ses intérêts. Ramanateka écrivit à Andrian-Souli, et l'invita à se rendre à Mohéli , ce que celui-ci fit sans balancer. Les deux Malgaches s'entendirent au détriment de Bana-Kombo ; il fut convenu entre eux que Ramanateka serait mis en possession de Dzaoudzi, et qu' And ri an - Souli conserverait la souveraineté de la partie de la grande lie qu'il occupait. Une ruse mit bientôt après Ramanateka en possession du reste, et lui facilita les moyens de chasser, a quelque temps de là, son allié du territoire dont il venait de lui faire cession. A la tête d'une petite armée, il envahit en 1836 Moyotte, en chasse Andrian-Souli , laisse le commandement à un officier, et retourne à Mohéli. Andrian-Souli, qui s'était réfugié chez Abdallah, sultan d' Anjouan, s'empare de Marotte avec l'assistance de ce prince. Ensuite il vient bloquer, à Mohéli , Ramanateka , lequel , à la faveur d'un coup de vent qui jette à la côte la flottille d'Anjouan, s'empare d'Abdallah et le laisse mourir de faim en prison. Depuis lors, à l'instigation de Ramanateka, Saiim, oncle d' Alaouy,- chasse d'Anjouan son neveu , qui fuit à Gomore , de là à Mozambique, à Mascate, et qui, en dernier lieu, se réfugie à Maurice.

Salim devient l'ennemi naturel d'Andrian-Souli, à* cause des liaisons de ce dernier avec Alaouy; il manifeste

3ueiques prétentions a la souveraineté e Mayotte, sous prétexte qu'elle aurait été autrefois, ainsi que les autres Comores, une des dépendances d'Anjouan. Salim se borne toutefois, de concert avec Ramanateka, à favoriser, à Mayotte, la rébellion d'un jeune chef

de la province d 'A ntiuakare, accueilli par Andrian-Souli, et qui, depuis loft, après avoir réuni autour de lui lei Sakkalavas mécontents et quelques Mayottais , finit par succomber dans la lutte. »

Tel était l'état des choses en 1841 , lorsque Andrian-Souli fit cession de llie de Mayotte à la France. Bana- Kombo, seul prétendant sérieux à sa possession, est mort dans Je courant de la même année, ainsi que Ramanateka, qui a laissé le trône à sa fille Sooud, enfant d'une dizaine d'années,

3ui gouverne Mouéli sous la régence e sa mère , ancienne femme de Radama. Quant à Seyid- Alaouy, qui, après avoir été vaincu par les meurtriers de son père et par son oncle, s'était réfugié à Mozambique, il mourut en 1842 dans cette ville, en léguant ses droits à son fils Mougnanlaouy ouSeyid-Hamza. Enfin, Anarian- Souli est lui-même descendu dans ta tombe en 1846, laissant la France tranquille maîtresse de la nouvelle possession qu'elle venait d'acquérir dans l'océan Indien. Seyid-Hamza a bien formulé une protestation contre notre occupation , manifestant ainsi ,

Suant à la souveraineté des Comores, es prétentions parallèles à celles de Salim; mais, depuis lors, il est venu demander lui-même au gouverneur de Bourbon de l'aider à reconquérir ses droits vrais ou supposés sur Anjouan, demande qui n'a pas été accueillie. Les événements feront connaître lequel t de Salim ou de Hamza, conservera définitivement la souveraineté d'Anjouan.

Mais aucune réclamation sérieuse sur celle de Mayotte ne peut -désormais s'élever de leur part. Par un acte authentique daté du 19 septembre 1843, Salim a même renoncé positivement à tous ses droits de souveraineté sur Mayotte, en reconnaissant « comme « une chose juste et vraie, que, depuis « la mort du sultan Alaouy, les sul- « tans d'Anjouan n'ont aucune espèce « de droits à faire valoir sur l'Ile « Mayotte, et que ses habitants sont « libres d'en disposer suivant leur vo- « lonté. »

ttft

fc'UNIVEBS.

lc* it*s zinrett.

Au large de la côte orientale d'Afrique* de Monbasah à Kilouah, entre les 4° 50' et 8° ltf de latitude sud, se trouvent trois fies remarquables par leur étendue, et qui ont été appelées par les Arabes ue$ des Zenges. du nom de la population nègre qu'ils y trouvèrent établie. Ce sont, en allant du sud au nord , Monfia , Zengebar et Pemba. Nous allons déerire tout d'abord la plus importante des trois, Zengebar, parce aue les détails quo nous aurions à donner sur les deux autres, seraient en très-grande partie tellement semblables à ceux dont celle-ci aura déjà été l'objet , que nous nous contenterons d'y renvoyer.

ZSNGBBAB.

Zanzibar, ou plus exactement Zen* gebar, c'est-à-dire, terre des Zenges, est la dénomination vulgaire de la grande île que ses propres habitants appellent Oungouyah; elle s'étend entre les 6° 43' et 6° scde latitude sud, par 87° de longitude moyenne.

Eue a 50 milles de long sur 10 a 19 de largeur, et environ 180 000 hectares de superficie.

Cette lie est basse et repose entièrement sur le corail, qui se montre partout sur le rivage et qui perce même en quelques endroits dans l'intérieur. Elle est séparée du continent par un bras de mer de six à sept lieues de largeur; mais un récif fort étendu, qui se projette du rivage de la grande terre, ne laisse entre lui et l'Ile qu'un chenal praticable pour les plus gros navires, et qui va se rétrécissant vers le sud.

L'aspect de l'île est fort riant; elle offre à l'œil une vaste plaine, cultivar ble dans toute son étendue, diversifiée par des coteaux dont l'élévation n'excède pas deux cents pieds, et dont la pente est rarement rapide. Les parties non défrichées sont couvertes de beaux bots jusque sur le rivage, où la végétation semble disputer le terrain à la mer; les flots viennent y baigner le pied des arbres. Le sol, léger et sa-

blonneux à la superficie, est pourtant d'une extrême fertilité; les produits végétaux sont d'une beauté qu'on ne peut attribuer qu'à l'excellence de la terre, la culture étant très-négligée et les moyens qu'on y emploie très*grossiers et très-défectueux.

Les eaux courantes ne paraissent pas fort abondantes. La rivière où les navires font leur eau est à une demilieue au nord de la ville. Ce n'est qu'un ruisseau guéable partout; il coule sur un lit de sable et n'a nulle part deux pieds de profondeur. L'aiguade n'est

{>as commode ; il faut remonter asses oin avec le flot , attendre d'abord le jusant pour que l'eau ne soit pas. sau* mâtre, et ensuite la pleine mer pour pouvoir redescendre, de sorte que les bateaux ne peuvent faire qu'un seul voyage en deux marées. On dit qu'il y a dans l'Ile deux autres rivières plus considérables, dont l'une coule à 1 est. Au surplus, on trouve partout, en creusant la terre, de l'eau potable et très-bonne; elle ne diffère de celle de la rivière que par sa couleur blanchâtre, qui semble indiquer qu'elle contient quelque substance minérale en dissolution. Tous les habitants s'accordent d'ailleurs à assurer qu'elle n'a aucune qualité malfaisante.

Placée vers un parallèle très-rapproohé de l'équateur et dans le voisinage du continent, l'île Zengebar jouit d'un climat plus tempéré que sa position ne semblerait l'annoneer. Dans la saison la plus brûlante de ces climats, à l'heure où le soleil, parvenu au zénith, lance perpendiculairement ses rayons dont rien ne tempère l'ardeur, la chaleur n'est pas excessive, ce qu'il faut attribuer surtout à l'influence de F Océan. Le thermomètre, placé à l'ombre, ne paraît pas alors s'y élever au-dessus de Sô*. Cette température»

qu'on peut regarder comme douce par une latitude si voisine de la ligne , est probablement due à la fréquence des brises de mer et à la rareté de celles du continent. Les vents dominants sont du nord et du nord-est, depuis novembre jusqu'en avril ; ils soufflent dp sud-est le reste de l'an-

née. Les pluies sont rares; mais ce défaut est plus que compensé par l'abondance des rosées de la nuit : cette abondance est telle, que la campagne

8 résente, souvent après deux mois e sécheresse, un aspect aussi vert et aussi animé qu'il peut l'être dans la saison des pluies. Cette saison commence au mois d'avril et ne dure guère au delà de mai : les eaux sont, dit-on , quelquefois assez abondantes pour rendre le passage des rivières dange»

reux, inconvénient de peu de durée.

Le climat passe d'ailleurs pour être très-sain : placée au vent de la grande terre , elle n'en pourrait recevoir des miasmes dangereux, et l'on assure d'ailleurs que cette partie du continent n'est point sujette aux maladies gui infestent la côte, depuis Rilouah jusqu'à Mozambique; ce qu'il faut attribuer à la hauteur des terres, ainsi au'on le voit par les reconnaissances a'Owen. La saison des pluies occasionne quelques fièvres, mais elles sont de peu de durée, et ne présentent pas ce caractère de malignité qui rend si redoutables les fièvres de Madagascar.

On y éprouve aussi quelques affections catarrbales dues à la fraîcheur des nuits. La salubrité du pays est d'ailleurs confirmée par tous les navigateurs qui ont fréquenté cette côte.

Les productions végétales de Zengebar sont -variées et nombreuses, et pourraient l'être encore davantage; elle est presque entièrement couverte de cocotiers , dont on retire de l'huile, et dont la bourre sert à faire des cordages connus sous le nom de bastain.

On y remarque aussi le manguier, le citronnier, l'aréquier, l'oranger, le jaquier, le bananier, etc. Le manguier, par la beauté de sa verdure, l'épaisseur* de son feuillage et l'élégance de son port, est un des plus beaux arbres du pays; on vante l'excellence de ses fruits. La banane et le citron sont délicieux; l'orange n'a qu'une saveur douce et fade , et est très-éloignée de valoir celle de Bourbon. La noix d'arec entre dans la préparation du bétel, dont l'usage est géaéral. Il ne parait pas y avoir de

dattiers. Le riz et le manioc sont de la plus grande beauté. Le petit mil, oui sert d'aliment à la majeure partie ae la population , est la seule plante cultivée en grand à Zengebar; ri s'en exporte annuellement une quantité considérable pour l'Arabie et la côte d'Afrique. Les cannes à sucre n> sont point belles, et il n'y a que quelques plants d'indigo et de café , les* quels paraissent d'ailleurs y venir trèsbien. Des girofliers, apportés par M. Desplants, ont tout à fait prospéré; ils rapportent au bout de cinq ans , et , après sept ans de séjour en terre, ils s'élevaient déjà à 15 pieds; la récolte avait eu lieu dans le mois de janvier, et ils avaient été très-chargés : il ne sera pas inutile de rappeler ici que les premiers girofliers plantés à Bourbon furent trente ans avant de rapporter. Le cotonnier est, à ce qu'on prétend , attaqué par une espèce de vermine qui le fait périr : si ce fait est vrai, on ne peut que l'attribuer à la négligence des cultivateurs, lorsqu'on songe que tes Almirantes et les autres fies

glacées aux environs du parallèle de engebar, et dontje sol ne diffère pas de celui de cette fie, produisent toutes un coton si estimé, qu'on le préfère même à celui des Sechelles. Au reste, ce serait se tromper étrangement que de juger ce qui peut se faire à Zengebar par ce qui s'y fait , et tout porte à croire que beaucoup de produits végétaux qui languissent entre les mains des Arabes, prospéreraient bientôt s'ils recevaient les soins d'un cultivateur européen. En effet , rien n'est plus misérable que la culture de ce pays :

l'ignorance et l'insouciance des habitants sont au delà de tout ce qu'on peut imaginer : les défrichements se font en brûlant; on ne donne aucune façon à la terre ; on se contente de semer, et on abandonne les plants à l'heureuse influence du sol et du climat. D'après des renseignements exacts , les deux tiers du sol sont en friche. La propriété territoriale y a peu de valeur, et en effet, à l'exception du terrain situé aux environs du port, à la distance de deux ou trois

LTJINÏVERS.

lieues, tout le reste est à celui qui veut l'ensemencer : il suffit de donner une demi-piastre au chef maure du canton auquel appartient la terre qu'on se propose de cultiver, et de lui payer en outre , pendant tout le temps qu'on garde son terrain , une redevance annuelle de deux à trois cents livres de riz.

Zengebar abonde en bétail et en animaux utiles ; le bœuf et le mou* ton y sont d'une excellente qualité. Les volailles y sont si communes , qu'on en donne vingt à vingt-cinq pour une piastre ; elles sont d'un goût très-délicat , mais d'une petite espèce. Les bois sont remplis de porcs sauvages, qui ont été probablement apportés par les Portugais : ces animaux ont dû se multiplier à l'infini dansun pays où les préjugés de la religion prohibent l'usage de leur chair. On ne voit guère d'autre gibier que des tourterelles, qui y sont fort nombreuses. On dit la rade fort poissonneuse. Il y a dans Pî!e des ânes d'une très-belle espèce ; ils ont été apportés de Mascate , aussi bien que les chameaux et le peu de chevaux qu'on y trouve. Les chiens sont trèsrares, et il paratt que les Arabes ont pour ces animaux une sorte d'horreur superstitieuse. Nombre de singes habitent les bois et les endroits non défrichés. Quelques tigres sont dans la partie la plus reculée de l'île ; ils sont d une petite espèce et attaquent rarement l'homme; au reste, il serait aisé de les détruire. Le pays a aussi deux espèces de couleuvres : l'une , grosse comme le bras , ne fait de mal qu'aux animaux et fuit devant l'homme; l'autre, très-longue et très-mince , pique douloureusement , mais sa blessure n'est point mortelle; l'une et l'autre sont peu communes.

La population libre de Zengebar se divise en trois classes : les Arabes, qui forment la première, sont originaires de Mascate et dominent dans le pays; on les reconnaît aisément aux traits de leur visage, et à la couleur olivâtre de leur teint. Politiques et vains, ils ménagent les chrétiens et les méprisent ; observateurs peu zélés des lois

de l'islamisme, ils n'en gardent que la haine et le dédain de tout ce qui n'est pas musulman. Descendants de ce peuple guerrier et marchand, à qui sa religion et son commerce mirent toujours les armes à la main, ils ont porté l'un et l'autre sur cette cdte, dont ils possèdent les principaux points. L'astuce et l'avidité du gain forment les principaux traits de leur caractère. Du reste, amollis par l'oisiveté et l'abondance , ils ont perdu la valeur farouche de leurs ancêtres , et, vainqueurs dégénérés, ils n'ont pas dédaigné de s'allier aux Maures qu'ils avaient vaincus. Le nombre des individus de cette nation , dispersés dans l'île t se monte , d'après leurs calculs , à mille hommes en état de porter les armes; cette évaluation paraît fort exagérée.

Les Maures, qui sont les plus anciens et les plus nombreux habitants du pays, composent la seconde race; ils sont noirs et ont les cheveux laineux.

Accoutumés à commercer avec les Français , plusieurs d'entre eux parlent le créole de Maurice avec assez de facilité pour être compris; ils sont du reste doux et hospitaliers, et traitent les chrétiens avec affabilité. Sujets du roi de Kilouah, ils ont vu avec indifférence l'occupation des Arabes, qui ne froissaient ni leurs droits ni leurs intérêts, et n'était onéreuse qu'à leurs souverains, dont elle diminuait les revenus. Rapprochés d'ailleurs de ces étrangers par une religion commune et des alliances fréquentes , ils ont peu à peu oublié leur prince légitime , et reconnaissent pleinement la domination de l'imam de Mascate. Ces Maures sont, ainsi que les Arabes, musulmans chiites , c'est-à-dire de la secte d'Ali ; ils ne diffèrent entre eux que par quelques cérémonies extérieures peu importantes.

Les Banians forment la troisième race; leur couleur est cuivrée, et ils se distinguent par leur coiffure , qui est une espèce de turban rouge très élevé, et d'une forme bizarre. Ils habitent la ville et se livrent tous au négoce. On vante leur douceur, leur humanité et leur scrupuleuse bonne foi dans les af-

faire* commerciales. Ils ne s'allient point aux deux autres castes, dont ils sont méprisés à cause de leur religion. Leur nombre est de 214 , et ils payent patente pour demeurer à Zengebar et y exercer le commerce.

Les esclaves, dont le nombre se monte dans l'île à environ 15 000, sont tous musulmans. Leur condition est fort douce, et diffère à peine de celle des hommes libres. Soumis à une discipline indulgente et à des travaux peu fatigants, la bonté avec laquelle on les traite, leur donne une familiarité importune, et qui pourrait devenir dangereuse. Ils sont très-rarement punis, à cause de la facilité qu'ils ont de se sauver à la grande terre, où on ne peut les ravoir qu'à prix d'argent.

L'usagé où l'on est, sur le continent, de leur laisser des armes pour se défendre des bêtes féroces, s'est conservé à Zengebar, quoique le même motif n'y existe pas : il serait difficile d'en rencontrer un qui ne fût pas muni d'un arc, d'une lance ou d'un sabre. Leurs boucliers, de forme ronde, n'ont guère plus de dix pouces de diamètre; ils sont faits de peau de rhinocéros qui , travaillée par des procédés connus de ce peuple, acquiert la transparence de la corne et la consistance d'un bois très-dur. Au surplus, ces armes paraissent leur servir d'ornement plutôt que de défense. Ce genre de parure n'est pas particulier à cette classe d'hommes, tous les Maures et les Arabes, de quelque condition qu'ils soient, étant également armés lorsqu'ils paraissent eu public.

La langue du pays se nomme le souaiU. Elle s'écrit avec les caractères de la langue arabe, et n'a d'ailleurs aucun rapport avec elle. Le souaïli est un idiome fort doux, composé d'un petit nombre de sons faciles à prononcer, et très-simple dans ses rapports grammaticaux. Il n'offre aucune ressemblance avec les différentes langues du sud et de l'ouest de l'Afrique, dont plusieurs voyageurs ont donné les vocabulaires.

L'arabe, qui est la langue de la reli-

gion , est parlé par les Mascatais et les Banians ; ces derniers le prononcent fort mal ; les Arabes créoles l'entendent à peine ; beaucoup de Maures le lisent sans le comprendre ; et c'est à ce degré de connaissance que se borne généralement l'éducation dans le pays.

C'a été un grand sujet d'étonnement, pour tous ces musulmans, que de voir un livre arabe imprimé à Paris par des chrétiens , et d'y trouver des lettres de l'imâm de Mascate : cette circonstance n'a pas peu contribué à leur donner une haute idée'dela civilisation de la France.

Zengebar est l'entrepôt général du commerce de cette partie de la côte d'Afrique comprise entre Patta et le cap Delgado, où commencent les possessions portugaises. Ce commerce consiste principalement en noirs : on assure qu'il en entre tous les ans dans l'île, par Kilouah seulement, 13 000; donnée qui paraît trop forte, si on la compare au nombre des navires qui mouillent sur la rade de Zen* gebar, nombre qui ne dépasse pas vingt-cinq ou trente. Il est vrai que les cbelingues de la côte prennent part à ce trafic d'une manière fort active, et peut-être la quantité d'esclaves exportés par ce cabotage va»t-elle beaucoup plus haut qu'on ne l'imaginerait.

Outre le trafic des noirs , Zengebar fait encore un commerce assez étendu en ivoire, qu'elle extrait de la grande terre; en bastain, qu'elle fabrique; en cire, qu'elle tire de Bombetok sur la côte nof d-ouest de Madagascar, et en petit mil qu'elle récolte dans son sein. Une douzaine de navires de Surate , Bombay, Mascate, et un ou deux du Bengale, lui apportent des épiceries , du sucre , du café , des dattes, des poteries, du gros coton, quelques châles. Une partie de ces objets se consomme dans le pays ; le reste est porté à Pemba, à Monbasah, et sur tous les points de la côte jusqu'à Oïbo. Les mêmes navires prennent en retour diverses marchandises que nous avons mentionnées plus haut, et les piastres que les bâtiments de traite ont versées dans l'île; ce dernier article

*to

L'UNivaa

entre ordinairement pour un tiers dans la valeur de leur cargaison.

Cette navigation se fait dans des navires du port de 100 à 200 tonneaux, fort élevés sur l'eau , et rarement pontés; on les nomme daou; ils sont fort laids et d'une construction bizarre. Quelques-uns ont trois mâts, mais la plupart ne portent qu'une seule voile carrée. Les capitaines de ces navires ne perdent jamais la côte de vue, et ne naviguent que vent arrière. Mal* gré toutes leurs précautions, leur ignorance est si grande, qu'il n'est pas rare d'apprendre qu'ils se sont perdus.

Les bateaux de la côte se nomment eheUngues; ce sont des embarcations non pontées, qui peuvent porter 20 à 25 tonneaux , et qui en général marchent fort bien.

11 n'y a d'autre industrie dans le pays que la fabrication du bastain, celle de Fhuile de coco, et les constructions navales. Le bastain, comme on Ta vu, forme une branche de commerce fort intéressante avec l'Inde. On ne fait (fhuile de coco, que la quantité nécessaire à la consommation; il y aurait pourtant de l'avantage à en exporter à Bourbon. On construit à Zengebar des daou et des chelingues, dont les matériaux sont tirés du continent, où ils sont très-communs. Si Ton excepte ces divers genres d'industrie, Zengebar est pour tout le reste dans la dépendance de Mascate; et c'est pour maintenir cette dépendance, que l'imam a prohibé l'établissement de toute manufacture dans ce pays; on y a cependant formé, il y a quelques années, deux suereries , mais qui ne donnent que des produits trèsgrossiers.

Les seules monnaies qui aient cours à Zengebar, sont la piastre d'Espagne, et l'écu de Hongrie au coin de Marie* Thérèse, qui ont toutes deux la même valeur. Les piastres d'Espagne y sont en grande abondance. La plus petite monnaie métallique est le quart de piastre-, pour les marchés au-dessous de cette valeur, on se sert du petit mil, qé est un objet considérable d'échange sur la cote d'Afrique.

Le gouverneur de Zengebar n'est, à proprement parler, qu'un fermier qui loue de 1 imâm de Mascate, moyennant une somme annuelle, la perception des droits sur la traite des noirs, sur le commerce des Banians, et sur la fabrication du bastain. On évaluait à 80 000 piastres (400000 francs) le revenu net que ce prince tirait de Zengebar avant les traités par lesquels il a adhéré à l'abolition du commerce des noirs ; ce revenu doit s'être trouvé nécessairement bien réduit, car les sommes que produisaient les deux autres branches étaient peu de chose auprès de ce que rendait cette dernière : on payait dix piastres par chaque noir exporté , et on a vu plus haut que le nombre en était considérable.

Les navires arabes seuls étaient exceptés de ce tribut, étant tous armés par l'imâm , qui est le seul négociant de ses États.

Les Arabes de Zengebar sont divisés en deux partis : l'un d'eux se compose de la tribu Harthi , et avait en 1837,

KNir chef, un nommé Abdallah- benjerna', homme très-riche et très-considéré, qui a été gouverneur de Zengebar, et qui à cette époque commandait à Kilouah sans y résider. Le chef de l'autre parti se nommait Salèh. Cet Arabe est bien connu de tous les Français qui sont venus à Zengebar ; c'est un homme d'un grand sens et d'un bon caractère, d'environ cinquante ans , qui a voyagé , qui sait apprécier la supériorité de nos arts, et oui parle passablement le créole de l'Ile-de- France ; il a été plus d'une fois près de payer cher la considération que lui ont acquise sa fortune et ses connaissances : poursuivi par la haine et la jalousie de la tribu de Harthi , il a su se fafre un parti qui le protège contre leurs violences. Ces deux partis en viennent quelquefois aux mains, et le •sang coule un instant.

La ville de Zengebar, chef»!ieu de 111e , est située sur la côte occidentale, devant le mouillage, et vis-à-vis du continent. Son fort, ses maisons blanches, derrière lesquelles s'éièvent les têtes de nombreux cocotiers, offrent

ILES DE Lf AFRIQUE.

de la rade an aspect assè* agréable , auquel l'intérieur est loin de répondre : les rues sont sales, tortueuses et non pavées. Une partie de la ville est formée de maisons bâties en corail , la pierre manquant absolument dans le pays; elles n'ont qu'un seul étage, et sont recréptes à la chaux ; leur toit plat est recouvert de feuilles de cocotiers, qui de près leur donnent un aspect misérable. Le restedes habitations consiste en huttes basses et étroites, mais assez propres à l'intérieur. D'après les observations d'Owen , le fort est par «• y 5# sud . et 3<P 4^ 40" est

(Test probablement ici qu'il faut chercher à retrouver file Menouthias de l'antiquité. Mais cette question appartient trop évidemment à l'étude générale des indications du Périple de la mer Erythrée applicables aux lies africaines , pour que notre discussion à ce sujet ne fût un empiétement sur le sujet spécial de la section suivante, à laquelle nous nous bornons en conséquence à renvoyer le lecteur.

Il est presque certain que, dans leurs migrations au septième siècle , les Arabes vinrent s'établir à Zengebar : ils y avaient un fort sur la petite tle de Tombât, située près de la pointe nord , et un autre à ta pointe sud ; à cette époque, 111e faisait partie du royaume de Kilouah. Lorsque tes Portugais apparurent dans l'océan Indien , les Arabes furent obligés de reculer devant les envahissements des nou veaux arrivants, et ils perdirent même Mascate en 1508.

Rentrés en possession de cette place 150 ans après, ils vinrent mettre le siège devant Monbasah, et y restèrent durant six années, au bout desquelles les Portugais, n'étant pas secourus, capitulèrent et se retirèrent à Mozambique, emmenant avec eux , dans leur retraite, tous ceux de leur nation qui étaient établis à Zengebar et sur les autres points de la côte. La réoccupation complète de Zengebar, car c'est ainsi qu'il faut entendre le mot conquête employé par Niebuhr, eut lieu, d'après cet écrivain, sous le règne d'un imâm dont le fils était contemporain

de Tfodtt-CbAh, c'est»à*dire?mla fin du dix-septième siècle ou au commsncomentdu dix-huitième. Depuis cette épo* que, les maîtres de l'Oman n'ont tait que consolider leur domination sur ces rivages, et, dans ces dernières années, l'imam régnant paraît même s'être décidé à faire de Zengebar le centre de sa puissance : deux traités, signés, en 1849 avec les États-Unis, et en 1846 avec la France, semblent comme un té* moignagecertain de ses nouvelles intentions.

L'intéressant Victor Noël, auquel nous devons divers renseignements historiques sur l'histoire des Comores, Ait d'abord chargé de veiller aux intérêts français dans ces parages lointains, comme agent consulaire; une ordonnance royale du 8 février 1844 lui avait donné pour successeur, avec le titre de consul, le capitaine Brocquant, dont on vient d'apprendre la mort ré* cente.

MONFIA.

Monfia est h 73 milles au sud de Zengebar, par 7* 52* de latitude. Comme elle s'étend du nord-est au sud-ouest , 11 s'ensuit que la pointe tournée de ce dernier cote est à 9 milles seulement du continent , tandis que l'extrémité opposée en est éloignée de SI milles.

Elle n'a point, ainsi que les anciennes cartes la représentent, une forme près-

?ue circulaire; elle est au contraire troite et allongée; sa longueur est de 26 milles, sa plus grande largeur de 10 , et sa superficie d'environ 48 000 hectares. La côte sud-est semble former une baie demi-circulaire, devant laquelle se trouvent plusieurs petites lies qui achèvent ainsi de dessiner comme un grand lagon. Du côté du large, 111e s'élève abruptement des profondeurs de la mer; au nord et au •sud , entre elle et le continent , sont des labyrinthes d'écueiis. Il règne dans ces parages un courant redoutable venant du nord avec une vitesse de deux milles à l'heure, et le navire qui se trouverait soumis à son in fluence , sans pouvoir le combattre , serait infailliblement jeté à la côte.

L'UNIVERS

Monfia est d'ailleurs plate , couverte d'arbres, et inhabitée; son sol ne diffère point dans sa composition de celui de Zengebar , et ses productions sont les mêmes : elle passe pour fertile , et l'on y trouve ? dit Horsburgh, de l'eau et des provisions.

En 1827, les Sakkalavas firent une descente dans cette île, dont ils réussirent à emmener les habitants esclaves; mais leurs pirogues furent atteintes à Quivinga par une flottille arabe, qui les força a relâcher leurs captifs.

PBMBA.

Pemba , située par 6° 1C de latitude, a 35 milles du nord au sud , une largeur assez uniforme de 6 à 8 milles, et environ 77 000 hectares de superficie.

Elle est à 18 milles du continent, et à 25 milles de Zengebar. Dans ces deux directions, la sonde ne saurait atteindre le fond , et il en est de même sur plusieurs points, tout près des rochers du rivage. Ceci faillit causer la nerte du bâtiment que montait le capitaine anglais Boteler, chargé de l'exploration hydrographique de ces

Sarages; car ayant voulu jeter l'ancre ans la soirée du 12 décembre 1823, il se trouva, inopinément, au milieu d'un labyrinthe complet de roches de corail, dont quelques-unes atteignaient presque la surface des eaux.

Pemba est entièrement plate et basse ; le sol y est, comme à Zengebar, de formation coralligène , et couvert d'une végétation tellement brillante, que cette île est particulièrement connue des Arabes sous le nom de Gezir ra-el-Khadra, l'île Verte; dans la langue des indigènes, Pemba sigaifie Corne, La terre y donne les plus belles moissons, surtout en riz d'une qualité tout à fait supérieure.

« La prise de Pemba sur les Mon-

basiens», dit le capitaine Boteler, «a été un des succès les plus marquants du gouvernement de I imâm de Mascate, sur cette puissance rivale. Le peu de cultures que ces gens ont sur leur propre territoire, cependant si beau et si fertile , le grain qu'ils se

Ïtrocurent auprès des Ouannekahs de 'intérieur, ne sauraient en aucune manière suffire à l'approvisionnement de leur ville en denrées de première nécessité, ce qui les a mis dans la dépendance presque entière de l'île de Pemba, qui a peu d'égales pour la richesse du sol, la beauté de l'aspect, la variété des produits , et les moyens de les exporter. La lutte oui précéda la Soumission complète de l'île par lï mâm, fut longue et opiniâtre. Le prince Mombarrouk avait été chargé de la défense , et bien qu'il n'ait rem-

Eorté aucun avantage signalé contre îs forces imposantes de l'ennemi , il en a fait cependant assez pour prouver qu'il était digne d'un meilleur sort. Il a dû être d'ailleurs bien consolé de son échec par la haute estime que lui ont témoignée "ses compatriotes : les guerres de Mombarrouk sont devenues le sujet de plusieurs chants favoris, nonseulement à Monbase, mais encore dans les villes intérieures des Ouannekahs.»

Le capitaine Boteler place sur la côte occidentale de Pemba , vers le sud , la baie de Chak-Chak , nom qui a été indiqué à M. Antoine d'Abbadie, sous la forme Chek-Chek% comme étant celui d'une ville ; en même temps que son informateur lui signalait le bender ou port de Touwagah, avec une grande ville , dont le premier ne parle non plus en aucune façon. Au surplus, l'habile marin anglais n'avait pu consacrer à la reconnaissance de l'île le temps qu'il aurait voulu , et il déclare lui-même qu'il en est peu qui soient encore aussi mal connues.

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