‹ Iles de l'AfriqueChapitre 78 sur 82 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

PREMIERS TEMPS JUSQU'A L'ÉTABLIS- SEMENT DE L'ORDRE DE SAINT- JEAN DE JBRUSALBM A MALTE.

Pélasges. Il y a , dans les fastes de toutes les nations , une période sur laquelle la science historique ne peut fournir que des conjectures plus ou moins ingénieuses. Cette période, l'imagination des peuples et des poètes en a fait l'ère des dieux et des héros, le temps des choses surnaturelles et des luttes gigantesques. Dans les fables que l'instinct poétique des populations anciennes a formulées en épopées magnifiques, il n'est guère

possible de faire la part du positif et celle du merveilleux. Point de base certaine, point de donnée première sur laquelle on puisse s'appuyer pour s'aventurer avec quelque sécurité dans le dédale des traditions mythologiques.

Malte ne fait pas exception à la rèçle. Comme les autres îles de la Méditerranée , elle a son époque fabuleuse. Suivant l'Odyssée , elle fut d'a- Wd habitée par les Phéaciens, race de géants à qui la poésie grecque attribue des travaux miraculeux, et dont elle se plaît à faire la rivale, sur terre, des hôtes de l'Olympe. Eurimédon était, dit-on, roi d Hyper ie. Son petit-fils , Nausitoùs , se révolta contre Jupiter qui le foudroya comme les Titans. Ses sujets furent anéantis ou dispersés , et l'île de Schéria (Corfou recueillit les débris de cette population décimée par la colère des dieux.

Ce qu'il y a de positif et d'incontestable , c'est que Malte a été autrefois le séjour de quelqu'une de ces peuplades grecques qui ont laissé des traces matérielles de leur passage dans certaines contrées de l'Europe, sans rien révéler à la postérité de leur existence sociale. Les édifices colossaux dont les ruines jonchent le sol de Malte et du Goze, attestent que ces îles ont été primitivement peuplées par les Pélasges. L'analogie qu' on remarque entre ces restes d'édifices et ceux qui s'élèvent encore dans certaines parties de la Grèce, de l'Italie et en Sardaigne, est trop frappante pour que ce fait puisse être révoqué en doute {')-

Monuments de cette époque. Houél est le seul voyageur qui ait parlé longuement des monuments pelasgiques de Malte , et c'est lui qui nous fournit les détails qu'on va lire.

Les ruines de l'édifice appelé Jgiar

(*) On peut voir les intéressantes recherches de M. Petit-Radel sur les Nuraghes, et les monuments pelasgiques en générai. Il est fâcheux que ce savant n'ait pas eu connaissance des ruines cyclopéennes de MalM et du Goze, dout il aurait pu parler cm professo.

MALTE ET LE GOZE

Khn présentent des murs droits ou ronds, dont l'élévation n'est qu'une assise de pierres posées sur la roche ; elles s'étendent au loin du midi au nord. La construction colossale de ces murs ne laisse aucun doute qu'il n'y ait eu autrefois dans cet emplacement une habitation considérable. Assez près on rencontre encore des parties de mur d'une seule assise, dont les pierres sont posées debout; elles ont de douze à quatorze pieds de haut sur trois ou quatre d'épaisseur. Au nord de ces ruines est une pierre de dix-huit pieds de haut; au bas d'une colline, vers le couchant, sont les débris d'un autre édifice carré, bâti de la même manière. Les faces ont environ sept toises de large et quinze pieds ae haut. Cet édifice se joint à un autre de forme circulaire; on y remarque des portes dont la forme est bien conservée.

Le monument appelé Tadarnadur Isrîra est le plus grand de tous ceux que les voyageurs et les archéologues ont décrits. Son plan a la forme d'un cercle parfait d'environ cent pieds de diamètre. Il ne reste debout que cinq pierres qui sont posées verticalement et ont dix-huit pieds d'élévation. Elles sont si parfaitement jointes que la violence des vents chargés d'humidité, n'a pu pratiquer entre elles le moindre interstice. Les autres pierres qui formaient cette enceinte devaient être de la même grandeur au moins. Elles sont toutes dévorées par l'air qui les environne de toutes parts depuis tant de siècles. A différents endroits du grand emplacement que fait cette circonvallation , on voit encoce les traces des fondations des murs qui divisaient son étendue et qui ont du servir à former en partie des maisons. C'est la facilité de trouver à la surface de la roche des lieux circonvoisins, des pierres d'une grandeur énorme , qui a donné l'idée et fourni les moyens de bâtir de cette manière gigantesque. Nous passerons sous silence plusieurs autres édifices en ruine de l'époque pélasgique qui se voient à Malte et qui ne méritent pas une mention particulière. Parmi

ces derniers, il en est un (*) dont l'image en relief se trouve à la bibliothèque Mazarine, dans la curieuse collection de monuments cyclopéens modelés en plâtre, que la science moderne doit à M. Petit-Radel, > L'île du Goze possède aussi des restes remarquables d'édifices de construction colossale. « Près du casai Caccia est une grande enceinte , débris d'un monument antique. La grandeur, la forme , la construction de cette enceinte , tout en est intéressant et surtout imposant par le caractère colossal oui surprend d'abord le spectateur. Cet édifice est construit avec de très-grandes pierres qui sont posées alternativement, une dans la longueur du mur, l'autre dans sa largeur ; la première sert à former l'épaisseur de ce mur circulaire, et la seconde excède cette épaisseur en s'avancent à l'extérieur du mur. Deux grandes pierres de dixhuit pieds de haut forment les deux côtés de la porte. Elles ont six pieds d'épaisseur et quatre de largeur. Elles sont distantes l'une de l'autre de sept ou huit pieds. Ces pierres paraissent avoir été si peu taillées et elles sont si peu droites , que toutes ces mesures ne sont que des à peu près. Il y a des espèces de marches formées par la roche sur laquelle cet édifice est fondé. A cent cinquante toises vers le levant, près du village deXara, il existe de remarquables restes d'édifices du même genre de construction. La tradition populaire a baptisé cette enceinte du nom de tour des Géants. Quelques voyageurs voient dans ce grand monument un ouvrage des Phéniciens, et croient qu'il fut consacré à laVénus phénicienne, adorée sous le nom d'Astarté, dont le culte se confondait avec celui de la lune. La maçonnerie de cet édifice si curieux pour l'histoire de Part

(*) C'est tout simplement un mur de construction pélasgique, situé au centre de l'île, à deux, milles nord-ouest du casai Mosta. Le dessin de cette ruine a été exécuté en i833 par M. Grognet, ingénieur, pour M. le marquis de Forlia d'Urban, qui s'est livré à de longues recherches sur les monuments cyclopéens.

L'UNIVERS

^ressemble à celle de plusieurs ruines qu'on retrouve en Sicile, en Étrurie, en Ecosse, en basse Bretagne et en Danemark ; mais les formes et les détails n'appartiennent à aucun des monuments qui nous sontconnus. Les pierres qui entrent dans la bâtisse de celui-ci sont de huit, dix et douze pieds de long ; la première assise est immédiatement sur la roche et semblable à celle de la ruine située près le casai Caccia; c'est-à-dire que les pierres sont placées alternativement une en long, l'autre en large et en travers, de manière que Tune d'elles ressorte alternativement en dehors du mur et en fasse un piljer-butant qui devait donner de la solidité à l'édifice. Ces pierres de la première assise, telles qu'on les voit aujourd'hui , ne présentent aucune face qui paraisse avoir été taillée, et n'étaient liées par aucun mortier ou ciment.

Les pierres des assises supérieures sont placées avec une sorte de régularité, sans être cependant régulièrement taillées; elles ne sont ni posées ni alignées scrupuleusement (*).

(*) Les fouilles faites dernièrement autour de ce monument , p!ont la disposition n'offre aucune analogie avec les monuments cyclopéens connus jusqu'à présent , m'ont permis d'en donuer un plan complet que j'ai levé et mesuré sur les lieux en mai 18J9. On verra par ce plan qu'il existe deux temples ou enclos ayant chacun la forme d'un double trèfle. La continuation de la muraille, et la porte qui existe encore sur l'un des côtés à la droite du monument , semblent indiquer qu'il y avait un troisième temple ; mais ce temple devait être indépendant des deux autres , puisque l'enceinte de ceux-ci , formée de murs cyclopéens , est complète et régulière i l'extérieur. D'autres traces de constructions existent encore vers la partie à gauche des deux temples ; et on espère que de nouvelles fouilles donneront des renseignements plus précis sur l'antique destination de ces curieux monuments.

Parmi les objets sculptés en très -petit nombre qu'on y a découverts jusqu'ici , le grand cône que Von voit encore dans le sanctuaire à droite en entrant, est la plus forte preuve que ce temple était dédié à quelque divinité phénicienne, mais j'ignore à

Phéniciens. Les vaisseaux phéniciens, en sillonnant la Méditerranée,

quel endroit du monument s'élevait ce cône qui g$t maintenant au milieu des ruines.

Le seul ornement d'architecture qui existe encore en place est sculpté sur deux pierres, pi. 27, n° 1. Un plus grand nombre de pierres sculptées se voyait, m'a-t-on dit, autrefois parmi les ruines. Cet ornement, que j'ai dessiné avec beaucoup d'exactitude, offre quelque ressemblance avec le dessin sculpté sur les deux colonnes qui étaient placées i l'entrée de la porte des lions à Mycè'nes,et dont l'une d'elles existait encore à Argos, où je l'avais vue et dessinée en (816 (voy. pi. 70, Expédition scientif. en Morée, t. II).

J'ai indiqué sur le plan les mesures exactes des diverses parties de l'édifice, dont je donne ici une description succincte.

Pi. 26, A. Sanctuaire dont le sol est recouvert de grandes dalles qui ont environ un pied de hauteur. Le bord de ces dalles est ciselé par un grand nombre de petits trous d'un dessin irrégulicr, qui se répète sur les faces perpendiculaires des diverses dalles qui exhaussent chacun des autres sanctuaires. A l'entrée du sanctuaire A, j'ai remarqué sur les dalles trois trous placés à égale distance , qui paraissent avoir servi de pivots à des portes qui fermaient probablement le sanctuaire. .

B. Autre sanctuaire dont il existe encore une partie de la clôture formée de grandes dalles semblables i celles qui revêtaient intérieurement tout l'édifice ; voir les pi 3o et 3 x. Dans celle partie du sanctuaire , on voit engagée dans le mur, à l'endroit marqué C sur le plan , une pierre sculptée de quatre pieds six pouces (Je large , voir/»/, a;, iig. 5, ayant un trou qui établissait, dit on, une communication entre le grand temple et celui qui existait à côté. Je n'ai pu vérifier si cette communication existait réellement. Peut-f'trc par cet orifice rendait -on quelques oracles. Les gens du pays disent que c'est tout simplement un four; mais en entendant celte explication par trop prosaïque, je me rappelai que , lorsque je voyageais dans la plaine de Troie , un de nos compagnons de voiagc prétendait que les turoulus qui recouvrent les cendres des héros de la Grèce et de Troie n'étaient que des fours à chaux. M. àek Marmora dit , il est vrai, que ce n'était qu'un four pour cuire des petits pains ou petits gâteaux sacrés.

MALTE ET LE GOZE

avaient plus d'une fois abordé à Hypérie, et tes avantages de la possession

A l'endroit marqué D sur le plan , est nn creux en forme de vase taillé dans le roc on dans la pierre , qui parait avoir été destiné soit à contenir le. sang des victimes, soit pour y consumer leurs restes par ie feu. Voir pi. 33 , où ce vase se trouve placé sur Je premier plan.

£. Ce sanctuaire est plus délabré que celui B qui lui fait face, et dont il vient d'être parlé. Les constructions, récentes qu'on y voit au fond , ont été faites par les chrétiens pour établir un autel où Ton célébrait la messe. Les grandes dalles placées horizontalement*^ perpendiculairement ont été enlevées au revêtement intérieur de l'ancien monument. Le reste du mur intérieur est moderne et construit en pierres de Malle , telles qu'on les façonne encore aujourd'hui pour la construction des maisons.

Dans la pi. n° 33, au milieu de l'entrée du sanctuaire A qui se trouve au fond du temple , on aperçoit sur le dallage le trou dans lequel s'enfonçait le verrou pour fermer les portes du sanctuaire , qui roulaient sur les deux gonds dont les f races existent encore. Voir/»/. «7, fig. io.

F, passage revêtu de chaque côté de deux grandes pierres dont Tune, marquée G sur le plan , a trois pieds six pouces de large sur nuit pieds de haut. Dans ce passage et près de cette pierre, est une sorte de vase circulaire creusé dans la pierre ; les lx>rds saillent de deux à trois pouces au-dessus des dalles qui recouvrent le sol. Voir la pi. 26, H.

Quelle était la destination Je ce vase qui

rM avoir près d'un pied de diamètre ? M. de Marmora pense qu'il était destiné à contenir de Peau pour désaltérer les colombes consacrées à la Vénus phénicienne ou Astarté. I. Dans ce sanctuaire ( le premier à droite en entrant), se trouvent les deux pierres superposées qui sont ornées de sculptures sur les deux côtés formant l'angle. Voir le plan, pi. 26, J,et/>£ 27, fig. 1. Ces deux

Eierres ont un peu plus de deux pieds de aut. D'après ce qui m'a été dit , il paraît que les pierres qui l'avoisinaient étaient ornées de sculptures -à peu près analogues ; mais je dois déclarer que je ne les ai point vues, et que je n'en ai pu découvrir de traces. Au fond du sanctuaire K est le grand cône ayant deux pieds dix pouces de haut. Voir pL 3i et pi. 27, n° 4.

K. Dans ce sanctuaire se trouve une très-

de cette fie n'avaient pas échappé aux navigateurs de cette nation. lis s'en

grande dalle perpendiculaire, pi. 26, L. Elle a quatre pieds de large sur douze pieds de haut. Les murs intérieurs de ce sanctuaire sont tous dégradés et dépouillés de leur revêtement.

M. Toutes les dalles qui forment les deux côtés de l'entrée sont en grandes et belles pierres fort bien taillées ; celles qui se trouvent les premières en rang, pi 26, N N, rétrécissent le passage qui , sans elles , aurait six pieds comme le second passage de ce mouument et comme les deux passages du monument qui se trouve à côte ; elles paraissent donc avoir été placées postérieurement. Les grandes dalles qui se trouvent au second rang , pi. 26 , O O , ainsi que presque toutes celles qui existent à l'entrée des sanctuaires, sont généralement percées de trous qui paraissent avoir servi a attacher les portes qui les fermaient autrefois.

Le second temple ou édifice offre la même disposition que le précédent. Il est seulement exécuté sur de plus petites dimensions , et , en général, plus endommagé.

Les deux têtes, pi. 27, n° 3, sont un peu plus petites que grandeur naturelle; leur travail est fruste. Sans avoir entièrement le type égyptien, elles se rapprochent de ce style. Le caractère qui frappe à la première vue est un sentiment de tristesse t empreint sur ces deux têtes qui ont les yeux baissés et même fermés.

Ce qui peut surtout exercer la sagacité des antiquaires, est la figure sculptée en creux sur une pierre de neuf pouces et demi de haut , que j'ai copiée exactement , et qui semblerait présenter une figure d'Ibis. PL 27, n° 2.

Ces trois objets, ainsi que les deux autres petites figures, représentant l'une une sorte de cône obtus , et l'autre trois boules jointes ensemble, se trouvent dans la maison de police de la ville de Goze, où l'obligeance d'un des habitants me les a montrés.

On y voit aussi les fragments d'un serpent ou poisson semblable à une murène , sculpté sur une pierre brisée maintenant , et qui fut trouvé également dans le monument,

Tels sont les seuls objets qui , ainsi que, le vase pi. 27, n° 6, ont été trouvés dans, ce monument. La tradition rapporte toutefois que, lorsqu'on fit des fouilles, plusieurs objets en or furent soustraits et détruits par les ouvriers.

L'UNIVERS

rendirent maîtres, quinze cents ans, dit-on , avant l'ère chrétienne , et y formèrent des établissements considérables. Malte fut pour eux un point de relâche des plus précieux , et un entrepôt qui pouvait recevoir au besoin les marchandises que ces intrépides commerçants transportaient sans cesse d'un lieu a un autre. La poésie rattache à cette période une tradition bien connue : plusieurs navires phéniciens, sortis des ports d'Ogygie (second nom de l'île de Malte), rencontrèrent dans les eaux du détroit de Charybdé etScylla les vaisseaux d'Ulysse brisés par la tempête; touchés de la position du prince, les Phéniciens le conduisirent à Ogygie , où la nymphe Calypso sut lui faire oublier pendant sept ans sa gloire et ses devoirs.

Monuments de cette époque. Les Phéniciens introduisirent à Malte le culte de leurs divinités, et de celles qu'adoraient les Égyptiens et les Perses; on peut citer dans ce nombre Junon, à qui on dédia un temple qui s'élevait dans l'intervalle de terrain compris entre la Cité Victorieuse et le château Saint-Ange; Hercule Tyrien, plus tard surnommé par les Grecs Àlexicacos, c'est-à-dire, qui éloigne les maux; enfin Mitras, Isis, Osiris et Mercure, particulièrement vénéré en sa qualité de protecteur du commerce. — On conserve dans le muséum de la bibliothèque de Malte un vase

A mon retour de mon second voyage en Grèce, j*ai trouvé prête à être mise sous presse cette feuille contenant la description ne l'île de Malte et de Gozc, que Ton doit à M. Lacroix, qui s'est acquitté parfaitement de sa tâche , puisque je n'ai presque rien trouvé à modifier dans son excellent travail. Le temps me manque pour donner à cette description du monument antique, si connu sous le nom de tour des Géants , plus de détails et d'intérêt. Les dessins que j'ai rapportés en donneront une idée bien plus exacte que ne pourrait le faire une description quelque détaillée qu'elle fût. On peut d'ailleurs consulter une longue lettre écrite à M. Raoul Rochelle, par M. delà Marmora. Elle contient plusieurs conjectures ingénieuses.

A. F. DmoT.

phénicien en terre cuite d'une forme singulière; eu outre, une patène de même substance qui offre sur ses bords quelques caractères puniques (*). On y trouve aussi trois médailles phéniciennes; la première porte d'un coté rimage d'isis, et de Vautre le Mitras des Perses ou l'Osiris des Égyptiens, coiffé de son bonnet pointu, symbole de la puissance. Ce dieu est représenté tenant dans ses mains les deux fouets dont le soleil se servait pour hâter la marche de ses chevaux. On voit à ses côtés deux prêtres d'isis couronnés d'un lotus ouvert; leurs jambes, ainsi que celles du dieu , sont couvertes de feuilles de papyrus ; ils portent d'une main la coupe des libations, et de l'autre une branche ûeferutus? plante

3ui se trouve à Malte et en Sicile, et ans la tige de laquelle Prométhée, dit la Fable, apprit aux homrîies a conserver le feu. On suppose que les trois lettres gravées sur le revers de cette monnaie désignent le nom de l'île ou l'épithète qu'on lui appliquait généralement. Toutefois, on n a pu encore en découvrir le véritable sens, parce

3ue les Phéniciens étaient dans l'usage e varier dans chaque pays nouveau la forme des lettres qui servaient de marque à leurs monnaies. — La deuxième médaille porte les mêmes caractères, avec une figure de femme voilée ( Isis ou Junon); le revers offre une tête de bélier, emblème de Jupiter-Ammon.

— La troisième pièce est marquée d'une tête de Séranis, devant laquelle on aperçoit un caducée, attribut bien connu de Mercure et emblème du com merce; sur le revers est gravé, au milieu d'une couronne de laurier, un fruit de lotus y plante aquatique consacrée au soleil. Mêmes lettres sur cette médaille que sur les deux autres.

Grecs. L'extension du commerce

(*) Tous ceux qui ont écrit sur Malte s'accordent à parler de ces caractères puniques qui se trouvent gravés dans le recueil des inscriptions de Sicile et de Malte. Les mêmes vases existent encore dans la bibliothèque publique , mais il est impossible d'y découvrir les traces de ces caractères qui sont maintenant totalement effaces. A. F. D.

MALTE ET LE GOZE

des Grecs dans la Sicile devait naturellement gagner de proche en proche les îles de la mer de Malte. Aussi voyons-nous une expédition grecque s'emparer d'Ogygie, Tan 736 avant J. C, et en expulser les Phéniciens.

Cest alors que cette Ile changea de nom, et s'appela Melita. Elle fut gouvernée par des archontes , et vit son sol défriché par une colonie de Tyrrhéniens que les Grecs avaient attirés auprès d'eux. Au culte d'Osiris et des dieux phéniciens succéda celui de Proserpine, déesse particulièrement révérée en Sicile, et celui d'Apollon, conseiller et protecteur de toutes les entreprises des Grecs.

Monuments de cette époque. La période grecque a laissé à Malte plus de traces que la période phénicienne.

Les tombeaux de la montagne Bengemma, dont nous avons déjà parlé, en sont le monument le plus intéressant. Les ruines de Ghorgenti qui datent de la même époque , et qui se voient près de la Grande Fontaine, sont aussi curieuses à visiter; elles consistent en quelques restes de maisons dont les murs sont assis sur la roche même. Sur le rivage, on voit un grand nombre de grosses pierres eparses. Tout annonce qu'il a existé dans ce lieu une bourgade assez considérable qu'on appelait Ghorqenti; et ce nom fait supposer, conformément aux traditions, que cet établissement était spécialement consacré aux habitants dAgrigente qui y débarquaient leurs marchandises, à l'époque où Phalaris était lié d'amitié avec les Grecs de Mélite. — Houël a observé et dessiné les restes d'une maison grecque qui se voient au casai Zorrick. Ce débris est intéressant, non-seulement par l'élégance de la construction et les détails d architecture.mais encore parce que c'est la seule ruiné d'une maison antique de simple particulier que l'on connaisse, sauf toutefois celles d'Herculanum et de Pompéi. Les monuments publics survivent aux cités opulentes, et aux nations qui les ont élevés ; leur solidité leur assure une durée de plusieurs siècles ; mais l'humble demeure

de l'homme disparaît promptementdu sol qui Ta portée; nul n'a intérêt à la conserver intacte, et la main des conquérants s'appesantit sur elle sans pitié, ni remords. Ces considérations donnent une valeur spéciale à la ruine grecque dont il est ici question. La portion la mieux conservée de ce bâtiment est une tour carrée ayant neuf pieds de face sur dix-sept d'élévation, y compris la corniche qui est d'une exécution délicate et d'un style très-pur.

A quelques centaines de pas du casai Gudia , près d'une petite chapelle gothique dédiée à saint Antoine, on aperçoit encore le soubassement d'un petit édiGce de construction grecque, ayant neuf toises de long sur trente pieds de large, et bâti de très-grandes pierres posées à sec. — Quant au temple d'Apollon, qui s'élevait à l'endroit qui forme aujourd'hui une place devant l'hôtel de ville de la Cité Notable, on en chercherait vainement les restes. — Le muséum de la bibliothèque renferme aussi des antiquités de cette période. Parmi elles on remarque un autel carré dédié à Proserpine.

Sur la face principale, est sculpté l'emblème par lequel les Syracusains désignaient la Sicile, c est-a-dire, une tête de laquelle sortent trois jambes disposées de façon à former les trois angles d'un triangle. Une statue d'Hercule en marbre blanc , qu'on suppose avoir décoré un temple d'Hercule qui s'élevait dans le voisinage de Marsa- Scirocco, est d'un fort beau style. — Dans la collection de médailles, on en remarque plusieurs de la première période grecque. Toutes portent l'effigie d'Isis ou Junon, et le mot Mélitaïon ; sur quelques-unes , la déesse a la tête couronnée d'une infinité de petits triangles , et ornée d'un double fruit de lotus. Un épi de blé , ou un caducée placé devant cette figure, indique la fertilité de l'Ile, et l'activité commerciale de ses habitants. Le vêtement double qui recouvre le caducée doit être destiné à exprimer symboli-

?[uement l'habileté des Maltais dans la abrication des tissus de coton. Ces médailles ont sur le revers un génie

L'UNIVERS

accroupi , coiffé d'une mitre /portant à la main deux fouets, et des ailes aux épaules et aux talons. Une autre médaille trouvée au Goze, offre d'un coté une tête coiffée d'un casque, et audessous un croissant , de l'autre un guerrier armé d'un javelot, et portant un bouclier ; devant ce personnage on distingue une étoile, et derrière , le mot GauHton (*). »

Carthaginois. L'an 528 avant Jésus-Christ, les Carthaginois attaquèrent Malte, et s'emparèrent d'une partie de la colonie; les Grecs restés maîtres de l'autre partie, continuèrent à la gouverner en présence de leurs ennemis. Mais un pareil partage ne pouvait être de longue durée. Les Carthaginois ne tardèrent pas à l'emporter, et devinrent les seuls dominateurs de 111e. Toutefois les habitants n'abandonnèrent ni leurs foyers, ni leurs dieux, et l'on parla également la langue grecque et l'idiome punique.

Les Carthaginois furent plus d'une fois troublés dans leur possession.

Malte qui , sous l'heureuse influence et avec l'assistance de Carthage , était devenue un centre commercial et industriel très-important, excita, dès la première guerre punique, ^'insatiable cupidité des Romains. D'abord saccagée parRégulus, elle ne put résister a Cornélius , au pouvoir de qui elle tomba; mais les Romains la perdirent bientôt après.

Monuments de cette époque. 11 n'existe plus à Malte que deux débris de l'art punique. L'un est la base, l'autre le fût d'un candélabre. Tous deux portent une inscription phénicienne avec la traduction en grec. Voici de quelle manière l'abbé Barthélemi a expliqué ces inscriptions : « Abdassar et Asséremor, fils d'Asséremor, fils d'Abdassar, avons fait le vœu à notre seigneur Mêlerai, divinité tutélaire de Tyr : puisse-t-il les bénir dans leur route incertaine ! Denys et Sérapion de la ville de Tyr, tous deux fils de Sérapion, à Hercule surnommé Arche-

(*) L'île de Goze s'appelait autrefois

gètes. » L'Hercule adoré à Malte, an temps des Carthaginois, était donc appelé Archégètes > c'est-à-dire, chef ou conducteur, et portait aussi le nom de Melhartps ou Mêlerai, qui signifie roi puissant. Il est à remarquer que les noms de l'inscription phénicienne diffèrent de ceux de l'inscription grecoue; ceci s'explique par l'usage où étaient à cette époque tes particuliers, et les villes même, de prendre ud nom grec et un nom oriental qui s'employaient tour à tour et suivant les circonstances.

Romains. La politique de Rome ne pouvait se flatter d'accomplir ses projets ambitieux qu'en faisant de la Méditerranée tin lac romain , de ses cotes et de ses fies des dépendances de l'empire. Malte fut naturellement comprise dans son plan de conquêtes maritimes.

Cette île était d'ailleurs sur la route de Carthage, et pouvait être d'une grande utilité non-seulement comme poste intermédiaire pendant la guerre incessante que la république faisait aux maîtres de l'Afrique, mais encore comme point de relâche et de station après la prise de possession des royaumes dont les Romains ambitionnaient la -conquête. L'œuvre commencée par Régulus, et continuée par Cornélius, fut consommée par la victoire navale de Lutatius, l'an 242 avant l'ère chrétienne. Carthage n'obtint la paix, ou plutôt une trêve, qu'en abandonnant à sa rivale toutes les îles qu'elle possédait entre l'Afrique et l'Italie. Malte fut de ce nombre, et changea encore une fois de maîtres; cependant elle ne fut complètement soumise qu'au commencement de la seconde guerre punique.

Les Romains f comprirent que le meilleur moyen d'affermir leur domination dans cette île était de s'attirer la sympathie et la reconnaissance de ses habitants. En conséquence, ils n'expulsèrent que les Carthaginois, et retinrent dans la colonie les Grecs,

3ui formaient une partie considérable e la population. Mais ils firent plus que de tolérer les Grecs , ils les autorisèrent à conserver leurs anciens

MALTE ET LE GOZE

usages. Ce n'est pasjout , ils donnèrent à rire le titre de municipium, et permirent aux Maltais de se gouverner par leurs propres lois; si bien que, sans la présence du propréteur, qui, sous le contrôle du préteur de Sicile, représentait l'autorité romaine, on aurait pu douter que Malte eût passé sous ' un joug nouveau. Le commerce fut puissamment encouragé et l'industrie entourée d'une sollicitude toute particulière. En peu de temps , les fabriques de tissus maltais acquirent une si grande réputation, que leurs produits étaient considérés à Rome comme objets de luxe. Enfin les temples dont se glorifiait Malte, et parmi lesquels celui de Junon était spécialement révéré, furent restaurés et embellis avec un empressement dont les habitants durent savoir gré aux successeurs des Carthaginois. Telle fut la conduite qu'une politique intelligente suggéra aux Romains. Les Anglais, qui ont plus d'un trait de ressemblance avec cette antique nation, n'ont pas jugé à propos d'imiter leur exemple (*).

Monuments de cette époque. Il n'existe aucun vestige des édifices construits pendant cette période, et l'on chercherait vainement quelques débris du théâtre qui s'élevait près du temple d'Apollon; ce qu'on a trouvé se réduit aux restes méconnaissables d'un vaste môle qui embrassait tout te fond

(*) Pendant mon séjour à Malte , j'ai vu restaurer la magnifique église de Saint-Jean , et rendre leur éclat primitif à ces tombes illustres et si riches en marbres précieux , qui font du sol de cette église une admirable mosaïque composée des précieux débris de Cartbage, que les Maltais vont chercher dans ses ruines près de Tunis. Ils découpent avec un art qui leur est particulier, ces marbres de diverses couleurs et encore aujourd'hui ils excellent dans l'exécution des tables et ornements d'un riche dessin , qu'ils fabriquent avec ces marbres de Carthage , et ces objets sont recherchés des étrangers qui passent par Malte. La liberté de la presse fut accordée aux Maltais pendant mon séjour dans l'île ; je dois ajouter, il est vrai ,que, dès la première semaine , le rédacteur du journal fut mis en prison. 4L. F. D.

de la Marse. Cependant plusieurs antiquités découvertes dans des fouilles, soit à Malte, soit au Goze, sont les témoignages matériels du passage des Romains sur cette terre foulée par tant de nattons. On peut citer d'abord une grande lampe sépulcrale en terre cuite, d'une forme tres-originale, g ne pierre ronde de marbre représentant d'un côté un masque de théâtre, de l'autre un griffon la patte posée sur une tête de bélier (*); enfin quelques statues, des inscriptions et des médailles. Ces dernières portent d'un côté l'effigie de Junon avec le mot grec Melitalov, et sur le revers tantôt tin trépied avec le mot latin Meïtfas, tantôt une chaise curule accompagnée de ces mots : C. Àrrwitanus Balb. propr.

Quant aux inscriptions, on en conserve deux dans l'hôtel de ville de la Cité Notable, Tune qui rappelle les réparations du temple d'Apollon, l'autre les agrandissements faits au théâtre dont nous avons parlé. Pour ce qui est des morceaux de -sculpture, on ne peut guère citer qu'une louve allaitant Romulus et Remus, groupe exécuté en albâtre, et qui se voyait autrefois dans la galerie des grands maîtres; un buste d'Antinous d'un travail assez médiocre, et une tête d'Auguste en basrelief, faisant tous deux partie de la collection du marquis Barbaro.

Vandales et Goths. Malte resta longtemps au pouvoir des Romains, mais lorsque la corruption et l'anarchie religieuse eurent énervé les dominateurs du monde, quand l'édifice du grand empire fut miné dans ses fondements et menacé de toutes parts, les barbares venus du Nord n'eurent qu'a étendre la main sur les plus riches domaines des héritiers de César pour les ravir à leurs indignes possesseurs.

La Sicile, et après elle les îles de Malte et du Goze, devinrent, Tan 454, la proie des Vandales. Dix ans plus tard, ce fut le tour des Goths, qui, eux aussi, voulurent avoir leur part des dépouilles romaines. Ces îles eurent à

(*) L'usage de cette pierre est resté une énigme pour ceux qui s en sont occupés.

L'UNIVERS

traverser une période douloureuse; leur prospérité tut anéantie , leur importance, comme centres industriels, devint à peu près nulle, et la misère . s'appesantit sur elles. Elles payèrent bien cher l'espèce de splendeur dont elles avaient joui sous la domination romaine.

Monuments de cette époque. Une inscription insignifiante dans l'église de Sainte-Agathe à la Cité Notable et une petite chapelle près du casai Gudia , voilà tout ce qui reste de ces temps néfastes. On peut s'étonner à bon droit que cette période, qui a eu près de quatre-vingts ans de durée, n'ait laissé de traces que dans l'histoire de Malte. Peut-être les édifices gothiques construits de pierres tirées du sol de -l'île ont-ils été en partie dévorés par l'humidité atmosphérique, en partie détruits par les peuples qui se sont succédé à Malte depuis la seconde moitié du sixième siècle de l'ère chrétienne.

Grecs du Bas-Empire. L'empire romain d'Orient brilla d'un éclat passager sous le règne de Justinien.

Chargé de reprendre l'Afrique sur les Vandales, Bélisaire s'empara de Malte chemin faisant (533). Les bienfaits d'une administration nouvelle firent oublier aux Maltais les maux qu'ils avaient soufferts ; peu à peu , les bénéfices du commerce firent succéder le bien-être à la misère. Toutefois , privée par les empereurs de Constantinople des privilèges que lui avaient généreusement accordes les Romains, Malte ne retrouva ni son ancienne renommée, ni sa prospérité première. Cet état de choses se maintint pendant plus de trois siècles; c'était plus qu'il n'en fallait pour effacer jusqu'aux moindres traces de l'oppression des Goths et pour consommer l'œuvre de régénération ; malheureusement la politique des empereurs ne seconda pas l'essor de la colonie, et les vices des Grecs du moyen âge, tristes rejetons d'une race illustre et admirée , eurent une fâcheuse influence sur la population maltaise.

Monuments de cette époque. On ne sait si les catacombes de la Cité Vieille datent de la seconde ère grecque, ou si

leur existence remonte au temps de l'occupation de Malte par les Goths.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les trois siècles et plus de la domination grecque n'ont laissé de monuments d'aucune espèce; tandis que de mastiques basiliques s'élevaient à Byzànce par les soins pieux des empereurs, Malte n'était embellie par aucun de ces édifices durables qui racontent à la postérité la gloire et le caractère d'une époque. Les seuls objets qui rappellent aujourd'hui le long séjour des Grecs du Bas-Empire à Mélite sont une épitajphe conservée dans le musée de la bibliothèque publique, et une figure en bronze trouvée au Goze. Cette dernière frappe par sa singularité, et mérite de fixer l'attention des curieux.

Voici ce qu'on lit à ce sujet dans l'ouvrage intitulé Malte y par un voyageur française*) : « La figure représente un mendiant estropié, nu -tête, sans jambes , assis dans une espèce de panier, s'appuyant à terre de la main gauche, qui, à- cet effet, est chaussée d'une espèce de sandale, et présentant de l'autre une tasse. Les haillons qui le couvrent jusqu'aux genoux sont retenus par une ceinture de corde, et ses épaules sont recouvertes d'un maotelet semblable à celui des pèlerins.

Toute cette figure est chargée de caractères dont les uns sont grecs, d'autres étrusques, et d'autres entièrement inconnus. Le monogramme du Christ s'y voit distinctement, et, en lisant les lettres qui le précèdent, on trouve en ioniques : tondt pour eron-,, ce qui Joint au monogramme, signifie le Seigneur fut frappé. Cette figure porte sur le bras droit les pieds d'une autre figure qui a été cassée et qu'on n'a pas retrouvée. Pour expliquer ce bronze, il faut se rappeler que vers le deuxième et le troisième siècle de l'Église , et postérieurement encore, les disciples de Marc et de Basilides , les gnostiques, les cabalistes, s'occupèrent d'une espèce de théologie arithmétique qui leur fit croire que les lettres de l'alpha-

(*) Le chevalier de Saint-Priest, dit Villeneuve de Bargemont.

MALTE ET LE GOZE

ftl

bct, expliquant des nombres, renfermaient la puissance productrice de l'univers, et devenaient, selon leurs différents rapports, la cause, même physique, des événements. La plus grande preuve qu'ils fournissaient de cette absurdité, originairement pythagoricienne , était que Jésus-Christ avait dit lui-même : « Je suis l'alpha et Poméga. » Cette extravagance superstitieuse engagea ces hérétiques à couvrir leurs monuments de lettres mysté- .

rieuses , et celui-ci représente vraisemblablement un de leurs principaux chefs devenu par la suite un objet de dévotion, et qui, dans les tourments qu'il avait subis pour la foi , avait été privé de l'usage de ses jambes, et se trouvait dans un état de misère, volontaire ou forcée, qui l'obligeait d'implorer la charité des passants. Il orna son manteau de caractères en usaçe dans sa secte , et y plaça ces mots inintelligibles : « Jésus-Ckrist fut frappé, » soit pour se consoler de ses propres souffrances, soit pour exhorter ses frères à supporter avec patience l'humiliation et la douleur. »

Arabes. S'il faut en croire la chronique de Cambridge, la prise de Malte par les Sarrasins eut lieu en Fan 870 de Tère chrétienne. Le code Arabico- Sicolo rapporte au contraire cet événement au règne de l'empereur Basile I#r.

La différence entre les deux époques est donc d'environ vingt-huit ans.

Quoi qu'il en soit, les Arabes une fois établis en Sicile, où Us avaient été appelés par le rebelle Euphemius , voulurent, pour monopoliser la navigation de la mer qui séparait leurs nouvelles possessions de leurs royaumes d'Afri-

2ue, se rendre maîtres de Malte et du roze. Cette dernière colonie se livra sans coup férir; les Arabes égorgèrent sans pitié tous les Grecs qui s'y trouvaient , mais ils épargnèrent les habitants indigènes qui les avaient accueillis avec empressement. La conquête de Malte ne fut pas aussi facile. Débarqués au port Saint-Paul , les Sarrasins rencontrèrent une résistance sérieuse; ils repoussèrent les troupes grecques, s'avancèrent dans l'intérieur de l'île,

et s'arrêtèrent à no quart de lieue de la Cité Vieille pour faire leurs dispositions d'attaaue. Un premier assaut livré à la ville ne servit qu'à prouver l'impuissance des agresseurs en face d'ennemis résolus à vendre chèrement leur vie. Mais la trahison vint au secours des Arabes. Sommés de livrer les trois mille Grecs qui défendaient la place, les habitants se chargèrent euxmêmes de les débarrasser de leurs adversaires. Ils se saisirent perfidement de tous les Grecs, qui ne croyaient pas devoir se méfier de ceux-là même dont ils protégeaient par leur courage les foyers et la vie; puis, pour se concilier la bienveillance des ennemis, ils jetèrent dans les flammes les malheureux prisonniers. La lueur de l'immense bûcher apprit aux Arabes que les portes de la capitale leur étaient ouvertes. Cet acte de lâche barbarie trouva dans les conquérants de la Sicile de dignes appréciateurs. Ils traitèrent les habitants non en vaincus , mais en amis , et ne leur firent pas regretter la domination des empereurs de Bysance.

Les Arabes n'eurent pas le temps de s'installer à Malte, car à peine y avaient-ils posé le pied qu'ils en furent expulsés par les Grecs, qui se maintinrent encore dans l'Ile pendant trentequatre ans. Mais le triomphe des barbares n'avait été que différé; les deux fies jumelles tombèrent définitivement entre leurs mains. Les Grecs furent cruellement punis de la revanche qu'ils avaient prise sur leurs ennemis; ils furent exterminés sans pitié, à l'exception des enfants et des femmes, que les vainqueurs réduisirent en esclavage et qu'ils vendirent aux Maltais, afin

Sue ceux qui avaient commandé fussent ésormais obligés d'obéir.

La politique des Arabes ne fut pas moins sage, ni moins favorable aux habitants que ne l'avait été la politique des Romains. Les chefs qui, sous le contrôle de l'émir de Sicile, gouvernaient les deux colonies, respectèrent la religion chrétienne et ses ministres, se montrèrent justes et humains envers les habitants, et diminuèrent, autant que possible, le chiffre des impôts.

tt

L'UNIVERS

Gomme cfe système retranchait au fisc une bonne partie de ses revenus, il fallait trouver un moyen de combler le déficit; les autorites arabes imaginèrent d'armer tous les ans des navires gui allaient écumer la Méditerranée et rapportaient des prises considérables.

Le moyen plut infiniment aux Maltais , que leur goût pour les entreprises maritimes et les voyages périlleux portait naturellement vers cette industrie illicite; aussi se livrèrent-ils avec une prodigieuse activité au métier de forban, dans lequel les Sarrasins se chargèrent de les perfectionner. Dès ee moment, les Maltais devinrent les meilleurs corsaires de la Méditerranée, et ils avaient encore cette réputation à la fin du siècle dernier.

Monuments de cette époque. Les Arabes bâtirent un fort sur le terrain qu'occupe aujourd'hui le château Saint- Ange. A l'abri de cette forteresse , dont il ne reste aucun vestige, leurs vaisseaux pouvaient hiverner à Malte en toute sécurité. Ils diminuèrent l'enceinte de la Cité Vieille pour en rendre ta défense plus facile. On voit au casai Gudia quelques restes d'une tour construite par eux, et, près de l'ancien temple d'Hercule, les ruines d'une de leurs citadelles. On conserve aussi de cette époque quelques médailles d'or et une grande pierre sépulcrale portant une inscription en caractères arabes (*).

JNobmanos. Malte était trop voisine de la Sicile pour échapper à l'avidité conquérante des Normands, dont les bandes intrépides parcouraient victorieusement 1 Italie. Le comte Roger s'empara de l'Ile en l'an 1090. Le premier usage que les vainqueurs firent de leur pouvoir, ce fut de rendre à la liberté les esclaves chrétiens pris par les Sarrasins dans leurs courses maritimes. Du reste, ils n'exercèrent aucun acte de rigueur contre les habitants arabes; non-seulement ils ne les chassèrent point de l'Ile, mais encore ils permirent à ceux qui voulurent vivre sous leurs lois d'exercer publiquement

. (*) Cette pierre se voyait dans la maison dp M. le baron de Xara.

leur culte , à la seule condition de payer un tribut au prince qui gouvernait la Sicile. Les Arabes se montrèrent peu reconnaissants de la tolérance de leurs maîtres, car quelques-uns d'entre eux essayèrent, en 1120, de surprendre et de tuer les chefs de l'île, pendant un jour de fête, au moment où ils assistaient au service divin. Leur tentative échoua. Retranchés dans un endroit élevé et fortifié par la nature, ils se défendirent vaillamment, mais le courage des Normands triompha de leur résistance. Pour rendre impossible le retour d'un pareil événement, le (ils du comte Roger, qui était tout exprès arrivé de Sicile, expulsa de l'île tous les Arabes sans exception.

Allemands. Le mariage de Constance , héritière de la couronne de Sicile et dernière princesse dû sang des Roger, avec Henri VI , fils de l'empereur Frédéric Barberousse (1186), fit passer Malte sous l'autorité des souverains allemands. Llle fut alors érigée en comté et en marquisat. Cette métamorphosé, loin de lui être favorable, ne fit qu'augmenter la détresse où l'avait plongée une longue période de guerres et de troubles incessants. Le commerce était ruiné; un profond découragement s'était emparé des Maltais. Peu à peu, la population étaigra, chassée par la misère et par la faim; si bien que Malte, pendant un certain temps , ne fut habitée que par des soldats, et n'eut pour chef-lieu que la forteresse qui protégeait son port : seulement, en 1224, Frédéric II y avant transporté les habitants de Celano, ville de Calabre dont il venait dé s'emparer, l'île retrouva un moment d'activité, et parut, entre les mains de ces nouveaux colons , être à la veille d'un retour tardif à la prospérité. Mais cet espoir fut de courte durée, car Malt* devait être encore en proie à bien des vicissitudes.

Fhançais. Après soixante et doute ans d'une situation déplorable sous la domination allemande, les îles de Malte et du Goze tombèrent au pouvoir des Français. L'inimitié des papes Urbain et Clément IV contre Mainfroi avait

MALTE ET LE OOZE

placé Charles d'Anjou sur le trône de Sicile; et les Maltais, qui depuis longtemps étaient habitués à suivre la destinée de leurs voisins, se résignèrent à subir de nouveaux dominateurs. C'est à Malte que les barons de Sicile, encouragés par le pape Nicolas III et soutenus par les subsides de l'empereur Michel Paléologue, tramèrent cette conspiration fameuse qui se termina par les vêpres siciliennes; c'est à Malte que Jean de Procida combina avec le secrétaire du souverain de Byzance le plan des intrigues qui devaient donner à Pierre III , roi d'Aragon, le royaume dont le frère de Louis IX n'avait encore fait qu'essayer le gouvernement. Cette particularité est une des plus intéressantes de l'histoire de Malte.

Après le massacre des Français (1282) , la Sicile, comme on sait, changea de nlaitre; cette fois, Malte n'éprouva pas le même sort que sa suzeraine; elle resta pendant deux ans encore possession française. Une bataille sanglante la livra aux Espagnols. Roger, amiral d'Aragon, vint attaquer Corneille qui commandait la flotte de Charles dans les eaux de Malte. Après un combat opiniâtre, la mort de l'amiral français fit pencher la balance du côté dès Aragonnais.

Cette victoire leur assurait la conquête de Malte. Ils débarquèrent en effet dans le port Marsa Musciet et occupèrent toute l'Ile. Cette prise de possession se fit sans coup férir, car les habitants, fidèles à leur principe de soumission empressée, se rendirent à discrétion. La forteresse seule opposa une noble résistance ; pendant plusieurs mois, les troupes qui s'y étaient retirées se défendirent avec un rare courage. En désespoir de cause, les Aragonnais appelèrent à leur aide une armée nombreuse qui bloqua la citadelle et harcela continuellement les assiégés. Le zèle des habitants vint au secours des Espagnols. Ils pressèrent les Français de se rendre, et ne leur dissimulèrent pas le déplaisir que leur causerait une plus longue obstination à vouloir défendre l'honneur de

leur nation et la place qu'on avait confiée à leur bravoure. Enfin les Français capitulèrent , vaincus par les sollicitations des Maltais, et non par les armes de leurs ennemis. Charles essaya de reprendre l'île; mais un combat naval

3ui eut lieu entre sa flotte et celle 'Aragon anéantit ses espérances, et livra définitivement Malte et le Goze au roi d'Espagne.

Monuments des époques normande, allemande et française. Quelques églises, entre autres celle de la Melleha, et des fondations pieuses, sont les seuls témoignages du séjour des Normands , des Allemands et des Français, à Malte. Cette particularité s'explique par l'esprit de cette époque, qui était un mélange bizarre de barbarie et de dévotion sincère. Plusieurs églises furent richement dotées ; la cathédrale le fut par les Normands; nous nous abstiendrons de citer les autres, une telle énumération ne pouvant offrir rien d'intéressant.

Espagnols st chevalibhs db Rhodes. La domination espagnole donna le coup de grâce à ces malheureuses colonies. Transformées en fief 9 elles furent données, par les rois de Castille et ceux d'Aragon , à des courtisans et à d'augustes bâtards, qui les exploitèrent à merci , et en tirèrent tout ce qu'elles pouvaient encore produire dans la situation désastreuse ou elles se trouvaient; bien plus, elles furent plusieurs fois engagées comme garantie d'emprunts contractés par leurs sei-

§neurs et maîtres, et cela au mépris e la promesse faite aux Maltais, par le roi d'Espagne, de considérer leur île comme désormais réunie à la Sicile. Enfin les indigènes prirent le parti de se sauver du déshonneur et de la misère, non par la révolte, mais à prix d'argent. 11$ offrirent au roi d'Espagne de rembourser eux-mêmes les trente mille florins dont leur pays était devenu le gage en 1428, à condition que les deux îles feraient partie du royaume de Sicile. La proposition fut agréée.

Il fut même convenu que les Maltais pourraient, sans être accusés dé révolte, résister par la force à toute vio-

I/ÛflIVERS.

lation de l'engagement que la couronne d'Espagne prenait envers eux.

Charles-Quint, plus clairvoyant que ses prédécesseurs, comprit de quelle importance était pour lui la possession de Malte. II considéra cette île comme le boulevard de la Sicile du côté du sud , et comme le point d'où il pourrait le plus aisément menacer les royaumes d'Afrique. Il réunit en conséquence Malte et le Goze à ses immenses domaines. Mais sa prévoyance lui suggéra bientôt un plan plus digne de son génie politique. L'importance de l'occupation de Malte lui faisait

Î précisément attacher un grand prix à a conservation de ce poste militaire.

Or, n'y avait-il pas à craindre que ses successeurs, pris à i'improviste ou occupés à guerroyer sur le continent, ne pussent pas défendre la colonie contre les ennemis de la monarchie espagnole? Il n'y avait qu'un moyen de s'assurer la jouissance de Malte au point de vue politique, tout en se délivrant du souci de sa défense : c'était d'abandonner l'ile, avec certaines restrictions, à une puissance qui serait particulièrement intéressée à la garder, qui saurait sefaire respecter des nations européennes sans leur inspirer aucune inquiétude , et aurait toujours pour les souverains d'Espagne les complaisances

Su'autorise et commande le souvenir 'une obligation. Il se trouva précisément que l'ordre de Saint Jean de Jérusalem errait, en ce moment, sur les côtes d'Italie, privé de son chef-lieu, et cherchant un asile où il put se réor-

§aniser à l'abri des attaques des înfièles. Charles-Quint saisit avec ern- Ï >ressement l'occasion qui s'offrait à ui. Il concéda, en 1530, aux chevaliers de Rhodes la souveraineté de Malte et du Goze, et, pour compléter l'exécution de son projet, il les obligea à accepter en même temps le don de la ville et du territoire de Tripoli en Afrique.

Tel est, en abrégé, l'historique des vicissitudes qu'a subies jusqu'au seizième siècle l'île de Malte. Placée sur le passage des nations oui se disputaient l'empire de la Méditerranée, et

associée, par des nécessités de voisinage, aux destinées de la Sicile, elle fut occupée par treize peuples différents (*), et passa d'une prospérité digne d'envie à un état de misère lamentable. Pour donner une idée de sa situation à l'époque où l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem s'y établit, nous citerons le tableau qu'en a tracé le chevalier de Saint-Priest(**) : « L'île de Malte, autrefois riche par le commerce, apauvrie alors par une administration vicieuse et des pertes continuelles, n'offrait plus aux regards des voyageurs qu'une ville presque déserte, entourée de remparts de terre que soutenaient une muraille de cenj vingttrois pieds de circuit, ruinée en plusieurs endroits ; une ancienne forteresse qui défendait le port et commandait un petit bourg voisin où les gens de mer habitaient; enlin peu de villages répandus dans la campagne. Les maisons renfermées dans l'enceinte de b ville étaient presque toutes inhabitables ; l'artillerie de la forteresse consistait en un seul pierrier, deux petits canons et quelques bombardes de fer. La partie occidentale de Me était absolument inculte; la fertilité de la partie orientale était étouffée parles pierres dont les champs étaient couverts. On ne trouvait dans l'île aucune sorte d'arbre, et les habitants étaient obligés, pour cuire leurs aliments, de brûler la fiente de leurs bestiaux séchée au soleil. »

Qu'on nous permette maintenant de revenir sur nos pas pour raconter la série des événements qui conduisirent

(*) La cadre de cette notice ne comportant pas de longs détails, nous n'avons pas fait mention des ravages auxquels Malte fut en butte dans plusieurs circonstanew que l'histoire signale. Ainsi les Génois en 1371 , les Maures en i4»7» l« Turcs soixante ans plus tard, le pirate Sinanen i5a6, firent daus cette ile des descentes funestes aux habitants. Ils enlevaient les hommes, les femmes, les enfants , incendiaient les maisons, entraînaient les bestiaux , dévastaient les campagnes et pillaieut les greniers.

(**) Malle, par un voyageur français.

MALTE ET LE GÔZE

l'ordre de Saint-Jean à Malte. Nous continuerons ensuite l'histoire de l'île de Malte, qui se confondra, à partir de Tannée 1530, avec celle des chevaliers de cet Ordre fameux.

IIISTOIHE

de l'ordre religieux ET MILITAIRE t>B

Page 1