LB BIENFAITEUR ET LB FONDATEUR
Germanicus, désigné consul , passe à Lesbos ( 18 après J.-C. ) avec sa femme Agrippine, oui devint pendant son séjour dans l'Ile mère de Julie (5). Des médailles en consacrent le souvenir (6).
Enfin peu à peu l'histoire se tait tout à (ait« De nombreuses médailles de Mitylène, de Méthymne, d'Érésus, frappées en honneur des princes ou en souvenir d'événements sans importance, attestent seules encore l'existence de ces cités. Les autres villes de l'île ne donnent pas sisne de vie. Lesbos est désormais pour des siècles immobile et silencieuse, sous la domination des Romains.
ÉTAT POLITIQUE , SOCIAL , INTELLEC- TUEL DE LESBOS PENDANT LES TEMPS ANaENS.
ÉTAT politique; GOUYEANEMENT.
— De l'état politique de Lesbos pendant cette longue] série de siècles que nous
(t) Appien, Bell, ch., II, S3; Plut., c. 74, 75 ; LucaÎQ , V, 7a5 ; VIII , io8.
ia) Diog. Cass., XLIX, 17.
3) TacU., jénnaL, XIV, S5; Suel.^^wgust.^ c. 66.
(4) Chishull., Jniiq. Asiat'iq., p. x86.
(6) Tacit., jénnaL, II, 54.
(6) Eckhel., PI. I, voL U, p. 5o5.
LUNIVERS.
venons de parcourir, oe que nous savons est bien peu de chose. Les violences des guerres étrangères ou la confusion des discordes civiles remplissent à peu pr^ toutes les pages de son histoire. Ses villes étaient-elles en paix avec Athènes, ou Sparte, oulegrandRoi, qu'elles tournaient aussitôt leurs armes les unes contre les autres , et qu'elles s'épuisaient dans de continuelies dissensions. Une rivalité acharnée existait entre Méthymne et Mitylène ; c'eût été pour elles un déshonneur de défendre la même cause, fût-ce celle de l'indépendance ; et les luttes ne cessaient entre les cités rivales que pour donner à chacune d'elles le temps d'étouffer les discordes intestines qui les déchiraient.
Là, oomme par toute la Grèce, c'était l'éternelle lutte des petits.contreles grands, des pauvres contre les riches, du fjeuple contre les nobles familles réunies et coalisées. Dans ces alternatives de victoires ou de défaites, signalées dans chaque parti par le massacre ou l'exil des vamcus , la cause qui avait le dessous cherchait des secours à l'étranger. Sparte était la protectrice invoquée par l'oligarchie, et le peuple désarmé et opprimé adressait ses vœux à ki démocratie d'Athènes. Ainsi s'expliquent ces changements subits de fortune et d'alliances qui à chaque guerre faisaient de Lesbos rauxiliaire d'un nouveau parti.
Après Tabolitioa de la royauté, on trouve des prytanes à Mitylene (1) et à Érésus (i). Il est probable qu'il en était de même dans toutes les villes de Lesbos; mais on ne sait quelles étaient les fonctions de ces prytanes. Plusieurs inscriptions parlent d'un sénat fonctionnant concurremment avec l'assemblée du peuple; le premier indice de cette institution remonte à peine au temps d'Alexandre le Grand. Les autres monuments nous montrent le peuple, décernant seul des honneurs aux grands citoyens. Sous ks empereurs, u est souvent aussi fait mention de stratèges.
Étaient-ce seulement des chefs mili-
(i) Athénée , X, p. i%S a; Spon., MUcell. Erudit,, p. 348.
(a) Phanias , d'Érésas , avait fait un ouwage sur les prytanes de sa patrie. (Alhén., VIU, p. 333 a. ) r- X
taires, ou bien encore desmagistnt civils ? On ne le sait pas.
Lois; MŒURS. — Que dire de blé gislation des LesbiensPuneoadeoiloii mai connues à peine. Les fautes eoomisesenétat d'ivresse étalent passUB d'une double peine (1). Défense etait^ d'aller aux funérailles d'un étrangff 7; les parents seuls y étaient admis. -Gff deux lois sont de Pittacus. Ifefwt-ilps aussi regarder comme une lostilitia publique cette fâte consacrée de Mt temps à la beauté, dans laqoelieleslnmes de Le^s se réunissaient dans It temple d^ Jimon, et où Ton ewTOBOii:
la plus belle. « Agamemnoo,drtr//SK à Achille, te donnera encore sqAfesaies habiles dans les beaux oonaiBB, ^ Lesbiennes, qu'il avait choisies po« al lorsque toi-même t'emparas de \jàf&, bien bâtie, et qid rempoitèreat é^ sur toutes les femmes le pm de b beauté (8). » Ce passage d'Homàes»
ble indiquer que déjà ce ooncoaieâ* tait du temps de ki guerre de Itoie.
Quoiqu^ii en soit, ksfenunesdeUdiii
ont toujours eu dans rantiqoité oe grande réputation de beauté et d'esprit: leiur éducation ajoutait à la ^^^^^ la vivacité de leurs (acuités inteUemles, et les mœurs publiques à Lesta leur permettaient de se prodo/re au dehors et d'exorcer par tous tes dons naturels une grande iaBnenee dans leor patrie, «c Les Éoliens ettesDo"»»® usaient plus noblement qoelesus u^ d'Athènes ou d'Ionie.... Ilsne rav* niaient pas, comme euxt les ^<*ii0 dans le gynécée; ils cultivaient leor eiprit, et ne craignaient point de ksnr s'élever à la gloire Uttéraire. 11 y»»
à Sparte même des assodatioDS r^ nines que présidaient les femn^ls plus en renom par leurs vertos d >^ talents, et où les jeunes filles sM^ maient aux nobles manières, en0«|| temps qu'elles apprenaient à ebaoter^ à bien dire. A Lesbos... l'édocatioi^ femmes avait un caractère pltfl^ tiqueetplusrelevéencore.... Lesfe*** n'y rougissaient pas de leurs ^'^
(1) Arist., PoUu^ n, 9, 9; Ptat^**
quet, XIIL
il) Cicéron , des LoUf II , c. a8> 3) Hom., IL, IX , 273.
ILE DE LESBOS
elles s'en Tantaienta?ec fierté, etTignorance même opulente, même entourée de luxe et d'honneurs, ne trouTait pas grâce devant elles (1). » Par malheur cette liberté , eette culture intellectuelle ne servirent pas à les rendre meilleures. Les femmes oe Lesbos avaient une détestsàÀe réputation, et de nombreux témoignages nous attestent la corruption et la perversité de leurs mœurs. Il est difficile de croire, phis difficile encore de prouver queiesLesbiennesontété calomniées,
PoBTBs DB Lesbos. — Il ne faut pas s'étonner si la poésie parut de bonne heure et s'éleva à une srande perfection chez ce peuple riche, élégant et cultivé. L*!le de Lesbos, si obscure aujourd'hui, n'a pas dans toute l'antiquité d'autre rivale prat-étre qu'Athènes, à qui rien au reste ne peut être comparé.
On raconte que la tête et la lyre d'Orphée , jetées dans l'Hèbre par les Ménades, avaient été portées par le fleuve jusqu'à la mer et poussées delà, par les oourants, sur la cote d'Antissa à Lesbos. Le son limpide de la lyre remplissait la mer, les lies, et les grèves battues pas les flots. A ces bruits inconnus > les nabitants accourent et recueillent la tête dX)rphée; la lyre mâodieuse fut placée dans le même tombeau , et elle enchantait les roches insensibles, et les flots retentissants. Depuis ce temps les fiêtes et les chansons divines habitent dans cette lie *, c'est la bien-aimée des Muses (3). La tête d'Orphée rendait des oracles, et l'on délaissait les temples de Garos, de Grynée et de Delphes pour venir consulter le prophète de Lesbos (8). Apollon avait béni cette terre où l'on rendait tant d'honneurs à ses favoris, et il doua de dons spéciaux les musiciens et les poètes qui y naissaient. Il n'était pas jusqu'aux rossignols qui ne chantassent avec plus de enarme, sous les ombrages frais de Lesbos (^.
« Cette gracieuse légende avait son fondement sans nul doute dans les traditions domestiques de la nation. Les Éoliens de Lesbos étaient venus de l'ancienne Béotie, c'est-à-dire du pays des Muses et des aèdes piériens ou thraces. En apportant dans leur nouveau séjour les ruolments de la poésie, ils y avaient apporté aussi le respect de ces noms sacrés , qui étaient comme le symbole des premiers efforts du génie poétique et de ses premières merveilles; il n'est donc
Eas surprenant an'ils aient rendu des onneurs particuliers à la mémoire d'Orphée, et qu'ils aient cru sentir revivre en eux-mêmes l'inspiration de l'antique aède (1). .
Tbbpàndhb. •— Le premier des successeurs d*Orphée que désignent des témoignages certains est Terpandre, le contemporain de Callinus et de Tyrtée (696).
Terpandre naquit à Antissa (2), et descendait, dit-on, d'Hésiode ou même d'Homère. Il fut le premier, au témoignage d'Hellanicus , qui remporta le prix aux jeux Carniens, dont l'institution remonte à la vingt-sixième Olympiade, (676) et fut couronné quatre fois aux jeux Pythiques (8). Une sédition s'étant élevée à Lacédémone, l'oracle d^Apollon conseilla aux habitants de faire venir un poète de Lesbos. Terpandre était alors en exil pour un meurtre dont on Faccusait. Appelé par les Spartiates , il fut si bien inspiré qu'à sa voix la discorde s'évanouit, et les citoyens s'embrassèrent en fondant en larmes (4). Les Lacédémoniens gardèrent en si haute estime le génie de Terpandre . qu'ils le placèrent au-dessus de tous les autres
fioëtes, et que le plus grand éloge que 'on pût obtenir à Sparte , c'était d'être mis après le chantre de Lesbos. Terpandre demeura lon^mps dans sa patrie adoptive ; il enseigna aux Doriens les
(x) PunoOi Bisi. de la Ltttérat, Grecq,, p. x46.
(i) Stobée, LXn, p. 399; O^rld^ Met,, XI, 5o.
(3) Philottrat., Fie ttJpolL de Tjranes,
nr, x4.
(4) Yoyes une plaÎMiite réfutation de cette légende dans les Épisodes litiérairee en Orient, de M. de MarceUns, II, z36.
(i) Al. Pierron, Hitt. émiaUu. Grecq.^ p. 137.
pas ( Soldas. )
(3) Plutarcf., Stir la Musique, c. 4.
(4) Id., iàia., c. 4sk > etc.
ZlO
LUNIYERS*
Bons plus doux de la musique Lydienne, et en ajoutant à la lyre trois cordes nouvelles, il lui permit d'exprimer toutes les nuances du sentiment. Il s'en Tante lui-même dans un des fragments qui nous sont restés « : Pour nous, dédaignant « le chaut à quatre sons, nous enton- « nerons des nymnes nouveaux sur le « pborminx à sept cordes. » On prétend que pour cette innovation Terpandre fut cité (1) au tribunal des Éphores , et condamné à une amende : ce qui ne s'accorde guère ni avec la reconnaissance que les Spartiates professaient pour le poète qui avait assoupi leurs discordes, ni avec le respect qui leur fit conserver si fidèlement rusage de cette lyre inventée car Terpandre.
Une autre mnovation de Terpandre fut d'appliquer à ses poésies et aux ouvrages aHomère des récitatifs d'un mode constant et déterminé (2). « Mais il ne s'était pas borné à perfectionner la déclamation des aèdes et des rhapsodes.
Les airs guerriers que chantaient les Lacédémoniens , ces nomes qu'ils tenaient pour la plupart de Terpandre, devaient être autre chose que des chants épiques. Les noms d'orthien et de trocnaîque, sous lesquels sont mentionnés deux de ces nomes» suffiraient à prouver que Terpandre s'était servi.de quelquesuns des mètres inventés de son temps.
Il y a d'ailleurs un fragment de Terpandre uniquement spondaïque, et non moins
ârave par le ton du style que par la forme e la versification: « Jupiter, principe de « tout, ordonnateur de tout, Jupiter, « c'est à toi que j'adresse cecommence- « ment de mes hymnes (8}. »
Enfin, on attribue encore à Terpandre l'invention de ces chansons de table que les Grecs nommaient scelles. Quand la coupe s^était vidée à plusieurs reprises, on se passait de main en main la lyre, et Ton applaudissait le convive qui savait le mieux faire parler la Muse. Le sujet était laissé au choix du poète, le rhythme se pliait plus d'une fois aux exigences de rinspiration. Terpandre fut sinon l'inventeur de ce genre de poésie, au moins
(i) Plut, Inst, des Laeédém,, p. sSx , édit. HuUen.
(a) Id., Sur la Musique , III , 7.
(3) Pierrou, p. iSg.
un des premiers qui y produliiRal chefB-d'oeuvre (1).
Abion. — L'écoledeTerpandre tinua dans de nombreux disciples conservèrent les traditions. Ellese cependant s^éteindre, qoand toot à elle brilla d'un plus vif éclat dans génération nouvelle, lepréseolée Arion(628).
Il était de Méthymne, et passa grande partie de sa vie à Coriiube,!^ cour du tyran Périandie. Délais rendit en Italie et en Sicik,oùiis'eh richit (2). On connaît la légenle qdli fait revenir dans sa patrie porté /ar ■ dauphin qu'avaient attiré leiioKdesi lyre. On prétend qu'ArioilM^ avait consacré le souvenir de «i éiôement par une statue élevée à lei va dans le temple d'Apollon, etElienu* a conservé un hymne (8), les snIs im qui nous resteraient da pocU $■ étaient authentiques, où Aiioo, s'aÉissant à Neptune , rappelle le seeons 91 lui sauva la vie. Quelque pea de cn^ que mérite cette histoire, raabqtt tout entière y a ajouté £oi, ?^^* ^ l)rée par le génie de ses artistes et ai ses poètes.
Il n'est pas probable, quoi go^eBâft
Hérodote, au'Arion ait mmtt le «• thyrambe. Ce chant consacré à Baahw existait depuis longtemps, mûs^rdonné et tumultueux; AJnon entèp »
rhythme et la cadence, ajwtaui^^* se racontait les aventures du dlwdw on célébrait la fête, et forma m àafi qui dansait autour de l'aatel. On tK s» même s'il ne mêla pas à ces danse y sorte d'action tragique, qœ vf^ talent , dit-on , des satyr^
Voici venir d'autres poètes, qui ««^ nuent dignement la gloire de cespô^ de la lyre et de la mâopée autâp^^
Leschès. — Lesdiès, ûlstfËsŒ^ nus, étaitnéàPyrrha ouàBlitjlèDejP était un peu plus âgé qu'Arion, ^*^ fiorissait vers l'an 664. Ccst aa«»
poètes cycliques, produits parii^
(i) On peut voir sur Terpan^l"'*' moiresde Burette, Acadèmit étst^*^^ tome X , aocienne série.
(a) Hérod., I, 24; OppÎÉ«,V.<*^**'
(3) ËlieD , Xn , c 45, BisL des A»m,
(4) Pausan., X , 26-37.
ILE DE LESBOS
iTHomère, qui semblaient s'être proposé de compléter, en Timitant, Tœuvrede leur divin mettre. Le poëme de Leschès Bfait quatre livres , et se nommait la Petite Iliade: « Je chante Ilion,et la « Dardanie féconde en coursiers, où « souffrirent raille maux les Grecs ser- « Titeurs de Mars. > Dans ce poëme il racontait la dispute entre Ajax et Ulysse pour posséder les armes d'Achille , rarrivée de Phîloctète devant Troie, la mort de Pftris, le mariage d'Hélène et de Déiphobe, la mort d'Eurypyle, fils deTéléphus, tué par N^ptoleme, le cheval aËpéus, rentrée d'Ulysse à Troie sous un déguisement, ses intrigues avec Hélène , Venlèvement du Palladium et enfin le sac d'Ilion. 11 nous reste plusieurs fragments de Leschès, assez arides et peu dignes d'intérêt. Cependant son poëme nit la source féconde où vinrent s'inspirer de grands poètes des âges postérieurs. Pindare et Virgile furent de ceux qui ne dédaignèrent pas d'y puiser largement ; et la Muse des tragiques athé» niensy trouva souvent de grandes scènes et de nobles tableaux.
Alcib. — Alcée était de Mi^Iène. De ses deux frères, Cicis et Antimânide, qui avaient aidé Pittacus à renverser le tjran Mélanchrus , le dernier s'était particulièrement illustré en combattant pour les Babyloniens, et Alcée avait consacré une de ses plus belles odes à célébrer leur gloire. Le poète lui-même quittait souvent la lyre pour l'épée, et sa maison, remplie d'armes guerrières, semblait être plutôt la demeure d'un soldat que celle d'un enfant des Muses. Fort sans doute de sa conscience , et de son courage , maintes fois éprouvé, il avait accepté gaiement sa mésaventure deStgée, et les railleries des Athéniens sur la perte de son bouclier. Banni , à la suite de la défaite du parti aristocratique, dont il était undeschampionsle plus éner^ques, il fit maints voyages, qu'il pnt pour sujet de ses chants , et il alla jusau'en Egypte. Puis ayant cru l'occasion favonSle , il réunit les bannis , et envahit sa patrie. Mais Pittacus le repoussa, et, va'mqueur, il proclama une amnistie. Il est probable qu' Alcée mourut à Lesbos.
Alcée, bomme de parti avant tout, ne put sentir tout ce qu'il y avait de grand dans la simplicité de Pittacus.
21* Livraison. (Ile de Lesbos.
Ses odes politiques , que les anciens admiraient surtout, étaient des satires pleines de fiel et d'outrages, de ces outrages honteux pour celui-là seul qui s'abaisse à s'en servir. Quand il aura bien ri des pieds plats, du ventre, des engelures de Pittacus, le saee n'en avait pas moins sauvé deux fois sa patrie, qu' Alcée n'avait jamais su défendre (1). On sent trop souvent le dépit et la colère là où l'on n'aurait voulu entendre que les nobles Inspirations du patriotisme. Mais quand il chantait les combats, quand il poursuivait la tyrannie de ses invectives ardentes , quand il représentait le vaisseau de la patrie, battu parles tempêtes civiles, prèsdes'enfonoer dans les flots, Alcée avait trouvé des accents dignes de son génie , et l'antiquité tout entière avait rendu hommage à la grandeur des pensées, à la verve, à l'émotion du poète. Quintîlien compare le style rapide et magnifique d'Alcée au style d'Homère (2). Horace fait plus ; il l'imite, et le traduit souvent.
Cependant la muse menaçante d'Alcée savait sourire quelquefois, et de retour des camps ou de l'exil , s'asseoir à un Joyeux banquet pour chanter les dieux du plaisir. La perte de ses poésies, quoique beaucoup moins estimées que les odes politiques, ne laisse pas d'être reCTettable encore. On y eût entendu le chef farouche de l'aristocratie soupirer pour Sapho, devenue tout à coup insensible. « Couronnée de violettes , ô Sapho , au sourire si chaste et si doux , je veux dire quelque chose, mais la boute me tient. » Et Sapho : « Si tu avais la passion du bien et du beau , et si la langue n'eût pas conçu quelque chose de mauvais, la honte ne couvrirait pas tes yeux , mais tu parlerais sur ce qui est juste. »
Alcée, comme tous les aèdes primitifs, avait consacré une partie de ses chants aux dieux. Il reste de lui quelques fragments d'hymnes à Apollon , à Mercure , à Vulcain. Les odes d'Alcée se distinguent par les innovations qu'il introduisit dans le rhythme. « Les mètres lyriques d'Alcée
(i) Dioe. Laerce ( Fie de Pittacus) rapporte les différents mots grecs créés par Alcée pour les besoins de sa violente polémique.
(a) 1/ut.Oratf X» i*
tti
LUNivras.
sont fort variés, et il est probable que la plupart étaient de son invention. 11 est certain du moins que la strophe nommée alcaîque.... était inooDoue en Grèce avant Alcée. Cette strophe est une des plus heureuses combinaisons possibles des anciens pieds, dactyle et spondée, avec le trochée et l'iambe ; elle est courte, nette, et preste , et je ne sache rien de mieux approprié à 1 expression des sentiments passionnés, rien de plus animé, rien enfin de plus lyrique (1). »
Sapho. — Sapho était née à Mitylène, vers TanGlS. Son père, qu'elle perdit à rage de six ans, se nommait 5camandronyme, sa mère Gléis. Sapho épousa un riche habitant d' Andros, Cereolas , dont elle eut une fille, « sa belle enfant, sa Cléis chérie, dont la beauté égale la beauté des fleurs dorées. » On induit d'un mot de la Chronique de Paros qu'ayant pris part à la conspiration d' Alcée et d'Antiménide contre Pittacus, elle fut forcée de s'exiler de Mitylène. Peut-être trouva-t-elle quelque temps un asile à Érésus , d'où elle passa en âcile. On ignore à quelle époque elle y mourut.
Quoiqu'il en soit,.le8 anciens égalèrent Sapho aux plus grands poètes, et lui rendirent des honneurs extraordinaires.
Partout on voyait son image, sur les
f>laces publiques, dans les musées, dans es bains, dans les temples. On admirait surtout dans le Prytanée de Syracuse une statue d'airain , chef-d'oeuvre de Silanion, enlevée plus tard par Verres.
Enfin, lesMityléniens, compatriotes de Sapho, et les habitants d'Érésus, soit qu ils revendiquassent sa naissance, soit qu'ils eassentsouvenir de son séjourdans leur cité , lui décernèrent l'honneur de figurer sur leurs monnaies (2).
ÊBiNNA. — On connaît les noms de plusieurs des compagnes , des élèves de Sapho : Anagora la Milésienne, Gongyla de Colophon, Eunica deSalamine; mais celle qui de toutes obtint le plus de gloire est Érinna, morte à dix-neuf ans. Elle étaltausside Mitylène, ou du moins eUey passa sa vie. Erinna y composa un poème ue trois cents vers : La Quenouille, Elle l'avait conçu , assise, occupée à manier
(i) Al. Pierron, p. 144, (a) Aj-istote, Rhétoriq,, H, aS; PoUux., On., IX, 84; cf. Pierron, p. 144 et suiv.
la quenouille ou le fuseau, à Tinsa de sa mère , qui lui défendait de coltiTvr la poésie. « Ce n'est pas là un long ootk^ c dit une épigramme de l'Anthologie, « c'est l'ouvrage d'une vierge de dix-neuf « ans. Mais que d'autres ne sarpase441 « pas ! Ah ! si la mort n'était venae si « rite, est-il unnomquieûtégalélesieo?> Ëriuna mourut au débat de sa ^âst naissante, avant d'avoir ea le temps de la confirmer par d'autres chefs-d'œuvre :i\
Musiciens ; Phbtnis, btg. — Après cette glorieuse génération qui avait produit Arion, Alcée, Érinna, Sapho, b décadence commence pour la poésie lesbienne. Mitylène, la patrie des ehaotres inspirés et des aèdes mélodieux, est aossi la patrie de Pbrynis, qui partagent «tec Cinésias d'Athènes et Timothée deMièst le reproche d'avoir hâté la ruine de r»t musical (2).
Phrynis, selon l'historien Ister, avvt été d'abord cuisinier chez Hiéron te Jjran, qui, s'intéressant à ses prmàm essais, fit cultiver ses talents par IcsoNdleurs maîtres. Aristodite, on des descendants de Terpandre , fax ton mâOt de cithare, et Phrynis profita si bien de ses leçons, qu'il fut, dit-on, le preoier qui remporta le prix de cet instramot aux Panathénées (457). Phis tard il iA vaincu dans la même lutte par Tïmothée de Milet. S'étant présenté à Laoédémone avec sa cithare à neuf cordes , VÊphote Ecprepès se mit en devoir d'en coopcr deux, lui laissant seulement te diiii entre celles d'en haut et celles d'en b& Jusqu'au temps de Phryni8(S), desrègta sévères présidaient à la compositioB éa morceaux de musique faits pour la othare et au jeu de cet instnuneirt. L'air devait être composé sur un certain mcde partir d'une certaine corde de la cithare. y revenir souvent, s'y terminer; chapr son s'entonnait, chaque corde se pnp toujours d'une seule et unique maaièn;
(i) On attribue cependant encore èi un hymne à la Force (elç ti^v ^fu:^)^^^^ de poésie et d'inspiration ; mais iJ ot fl*» probable que le titre doit se tradoiic linû : J Rome; ce qui en reporte la oomfmÊàm beaucoup plus tard.
(a) Voir Burette, Acad. des i/tteript^ t. X , p. a2o.
(3) Burette y ibàiem.
ILE DE LESBOS
et si parfois on admettait quelques ornements y ils étaient fixes et invariables ponr chacun des sons où on les daignait souffrir. Phrynis, abandonnant ce ton austère et grave de la mélopée grecque, <»mniença par ajouter deux cordes nonvelies à la lyre, qui depuis Terpandreen avait sept, et, rompant la cadence simple et retenue de l'andeone école, amollit et fatigua la voix, jusque alors si mâle, de la musique dans un embarras d'inflexions et d'intonations doucereuses. « Qui vous a pu mettre dans ce bel état, ma soeur ? dit la Justice à la Musique, qui arrive en habits de femme, le corps tout meurtri.... Hélas, c'est Mélanippide, qui a commencé à m'énerver... Puis Cinésias , ce maudit Athénien , avec ses inflexions de voix placées contre toute harmonie dans les strophes, m*a perdue et défigurée , au point qu'il en est de ses dithyrambes comme des boucliers : on n'en voit ni la droite ni la sauche. Vous n'auriez jamais dit cela. Mais Phrynis en m'entravant dans je ne sais quels roulements oui lui sont particuliers , en me faisant fléchir, pirouetter à son gré, m*a mise à la mort pour vouloir trouver dans cinq cordes douze harmonies différentes. 9 Ainsi parle la musique dans une comédie de Pnértoate (1 ) ; et il faut bien croire que Phiynis avait quelque talent, puisqu^Ue ajoute : «Toutefois eeji'était « pas assez pour nx>i qu'un tel homme! « car' la faute faite , il la rachetait. Mais
« c'est Timothée qui m'a achevée »
ILes noms qui se présentent après le nom de Phrynis sont, peu s'en faut, inconnus ; c'est Ag^or, ae Mitylène, qui fonda une école de musique ; c'est Denys,
â gaiement de Mitylène, surnommé Bras e cuir, ou le Cordonnier, 11 avait écrit plusieurs poèmes épiques, dont l'un était intitulé : Y Ea^dition de Bacchus et de Minerve; six livres des ArgonauteB , en prose, ainsi qu'un recueil de Récits My* tkologiques, Denys semble avoir joui J'une certaine réputation, et son autorité îst souvent invoquée par le scoliaste r Apollonius de Rhodes et même par Oiodore de Sicile. On ne sait d'ailleurs e temps où ii vécut; mais ce doit être t une époque assez reculée. On ignore le même le temps de Théolyte , de Mé-
(i) Plutarq., Sur la Musiq.^ ch. xxx.
thymne. Athénée cite trois vers d'une histoire de Bacchus qu'il lui attribue ; on croit qu'il avait composé encore en vers l'histoure de Lesbos ou de Méthymne.
— i£schrion, de Mitylène, accompagna Alexandre dans ses expéditions; c'était un poète épique, le familier, Fami hitime d'Aristote. Enfin on connaît quel-
2ues épigrammes et un scolie d'Alphée e Mitylène, et les noms de Xénophane, poète antique, de Grinagoras, auteur o'épigrammes , d'Aithytas et de Gratinus, tous deux musiciens , le premier de Mitylène , le second de Méthymne.
HlSTO&lBNS : Hbllanigus, Myrsilb, TnioPHANB, etc. —Lé plus ancien historien qu'ait produit Lesbos est Hellanicus , qui naquit à Mitylène, en 496, et mourut en 415. Quoique ait été accusé souvent de négligence on de partialité , les fragments qui nous restent de Ini font r^iretter ce qu^on a perdu. Le^ anciens citent de eet auteur un nombre considérable d'ouvrages ; mais la plupart semblent n'être que des parties, des chapitrès d'histoires particulières. Hellanicufl avait écrit « dans le genre de Phérécyde et d'Hécatée des descriptions ethnographiques , des généalogies , des chroniques nationales et étrangères. Un de ses écrits intitulé : les Prétresses de Jimond^ Argot contenait la liste des femmes qui avaient desservi, dès la plus haute antiquité, le sanctuaire de Junon, et le récit des événements plus ou moins authentiques aux- 3uels s'étaient mé)ées ces prétresses ou ont d'Argos avait été le théâtre (1). »
Myrsile ou Mvnfle était de Méthymne. L'époque ou fl vécut est tout à fait incertaine. U avait écrit une histoire de Lesbos, fortestimée. Strabon, Pline, Denys d'Halicamasse et bien d'autres invoquent et confirment son autorité (2).
Herméas, de Méth vmnei avait composé une histoire de Sicile depuis les temps les plus reculés jusqu'à la première année de la 101« Olympiade (876 ).
Heraclite était auteur d'une histoire de Macédoine.
Gharès de Mitylène avait écrit au moins dix livres sur les actions d'Alexandre; Athénée, Plutarque citent souvent son
S Alex. Pierron, p. ao3.
Strabon , I, x ; Pline , Bist, Nat,, m, 7,rV, x»;Den. d'Hàlic^ I, aS, aS.
BS4
VTJJXPFERS.
ouvrage (1). Athénée en rapporte même de nombreux fragments. On voit par ces passages que Cbarès ne s'était pas borné a raconter sèchement les exploits du roi de Macédoine , mais qu*il avait mis tous ses soins à recueillir toutes les notions possibles sur les pays conquis. Le style de Cbarès est clair , élégant ; les morceaux ^ue nous possédons de lui sont des plus intéressants (2).
Tbéophane de Mitylène est de tous les historiens de Lesbos le plus célèbre par son génie comme par les services qu'il rendit à sa patrie. Tout à la fois historien, poëte, et homme d'État , il eut la gloire d'avoir pour ami Pompée, qui lui demandait souvent conseil et rinterrogeait dans toutes les affaires d'importance (8). L^époque précise de sanaissance, commeles commencements de sa vie sont ignorés. A peine sait-on
Ïi'il était d'une famille plébéienne (4). uoique sa liaison avec Pompée ait dû se former de bonne heure, Théophaue n'apparaît pour la première fois sur la scène que dans la guerre contre Mithridate, dont il raconta l'histoire. Pompée, charmé de cet ouvrage (5), décerna à son luteur le titre de citoyen romain en
Srésence de toutes ses légions. C'est ans cette histoire sans doute que Théo- Shane, se vantant d'avoir vu les papiers e Mithridate, accusait Rutilius Rufus, l'homme le plus honnête de son siècle . d'avoir donné au roi vaincu le conseil d*^orger les Romains (6); cette calomnie,
2ui avait pour but de venger Pompée es révélations produites contre son (»ère par Rutilius, n'excita que l'indignation et le mépris public. A son retour en Italie , Pompée , cédant aux instances de Tbéophane , eut la complaisance de visiter Mitylène. Il y fut reçu avec les plus grands honneurs chaque année :
on y célébrait des jeux , où se récitaient
(i) Plut., Alex., ao, «4 ; Phoc., 17 , etc. (a) Voir notamment Athénée , XII , XIII, VU passim.
(3) César, Guer. civil., III,c. i8;Slrab.,
xin.
(4) C'est ce qu'on n'admet pas toujours , tant s'en faut , mais oe qui nons semble ressortir du passage de Ciceron : Ad Atticum, T.Epist., 7.
(5) Val. Max.,'VIII, 14,3.
(6) Plut. Fie de Pompée , 37.
diverses pièces de poésie; cette fols éUcs roulèrent toutes sur les grandes aetioos de Pompée. Touché de cet accueil flatteur (1), Pompée rendit à Mitjlène ses anciens privil^es. Cette amitié iOustre avait mis Tbéophane en rapport avec les principaux Romains; il avait des r^ lations avec Atticus, et par lui avec Gcéron. L'an 59 avant J.-C, S iA chargé de porter à Ptolémée Aulète k décret du sénat qui lui confirmait h souveraineté de 1 Egypte. On le sooaçonna d'avoir dans cette ambassade sacrifié les intérêts de la république à ceux de Pompée. « Timagène a^ore que Ptolémée abandonna ses États sans y être forcé , et le tout à la posoasràn de Tbéophane, qui en cela se pioposait uniquement de procurer à Pompée k commandement d'une armée et de docveaux moyens de s'enrichir ». Plntarque rejette cette opinion de Timagène (9), mais par estime pour les sentiments désintéressés de Pompée, et non pour te caractère de Tbéophane. Celui-ci n'étift pas marié, ou au moins n'avait pas d'enfants, quand il s'embarqua pour Vtr gvpte. Autrement, il se serait bien gardé d^adopter Cornélius Balbus, qui par là devenait son héritier.
Tbéophane eut le bonheur de contribuer plus tard au rappel de Cicérxm^ proscrit, et enfin dans ta guerre ârUe^ il embrassa le parti de Pompée , et nai ses avis, décidés et résolus , il &t tomber tout espoir de réconciliation. Après Pbarsale, les raisons de Théopbane prévalurent, et l'on prit la route d*Égypie, où la mort attendait Pompée (3). Apres l'assassinat du dictateur , on ignore es qu'il devint. Il est probable qu^Imourst peu après la mort de Pompée. L^es MîtrlénienSy reconnaissants de Hmmeœe service qu'il leur avait rendu , lui aooerdèrent les honneurs divins. Ou possé^ plusieurs médailles qui représentent ses traits. Le plus important et le plus arieux des ouvrages de Théophaue ^ sans contredit rhistoire des guerres de Pompée. 11 n'en reste que quatre fragments, trois dans Strabon, qui joignent du soin et de Texactitude dersa-^
'i) Plut, Fie de Pompée, 4a.
a) Id., ièid,, 53.
[3) Id.. i^d,f 76.
ILE DE LESBOS
tenr, et le quatrième, dans Platarqae, qui au reste a largement usé de cet ouvrage daus la vie de Pompée. Dio-
§èDe Laerce cite de Théophane un livre e la Peinture^ sorte d'histoire des peintres; auant à ses poésies, il n*en reste que deux épîgrammes dans l'Anthoiogie (1).
Les descendants de Théophane remplirent des postes éminents, et son fils et sa petite < fille, Marcus Pompeius Macer et Pompeia-Macrina eurent la
floire d'être persécutés par Tibère. Conamnés à Texil, ils se donnèrent la mort (2).
Philosophes : Pittacus; Théo- PHBASTS, etc. — Pittacus n'était pas seulement le plus ^and citoyen de Mitylène , c'était aussi un poète éminent, comme Solon, son contemporain et son émule. On sait par Suidas et par Diogène Laerce qu'il avait composé plus de six eents vers élégiaques. Il avait aussi adressé un discours en prose à ses concitoyens pour leur conseiller le respect des lois. Comme philosophe, c'était an de ces hommes d'une vertu pratique et exemplaire , simple et accessible à tous, induisent envers les autres, désintéressé, fidèle à sa parole, humain, prévoyant, habile au besoin; c'était ce que les Grecs appelaient un sage.
Épicure à trente-deux ans vint à Mitylène, et y établit une école, qu'il laissa par son testament à Hermacnus, fils d*Agémarque. Aristote aussi s'établit deux ans à Mitylèue ; son disciple le plus aimé et le plus illustre fut Théophraste, Tbéopbraste était né à Érésus (371).
CTétait le fils d'un foulon, nommé Mélantas. Il eut poiur premier maître Alcippe, son concitoyen, qui jeune encore se rendit à Athènes pour suivre les leçons de Platon ; c'est là qu'il se lia avec Aristote, qui avait à peine douze ans de plus que lui. Quand plus tard le chef du Lycée fut forcé de fuir à Chalcis, pour sa soustraire à une accusation d'impiété portée contre lui, il choisit Tbéopbraste pour lui succéder, de préférence à Eudame de Rhodes. La renommée de Théo*
(i) Yoir sur Théophane un mémoire de l'abbé Serin , Jcad, des Inscript,^ t. XIY ,
(a) Tadl., Jnn,, VI , i8.
phraste, déjà si grande dans toute la Grèce, accrue parce choix éclatant, attira de toutes parts de nombreux auditeurs, avides de recueillir ses leçons. Simple, mais entraînant dans son langage, de moeurs austères et d'un abord aimable, dans un temps où Athènes, épuisée par vingt-sept ans de euerre et deux révolutions , vo)rait ses places publiques , son théâtre vides et silencieux , il eut la gloire de réunir autour de lui
{)lus de oenx mille élèves , et parmi eux e fils d'Aristote, I^icomaque, Ménandre le poète comique, et Démétrius de Pha- 1ère. Forcé un instant de s'exiler d'Athènes pour obéir à la loi de Sophocle, oui proscrivait toute philosophie et toute école non approuvée par l'État, il y rentra l'année suivante quand le peuple eut rapporté la loi. Tbéopbraste refusa constamment les offres du roi d'É^pte Ptolémée, et celles du roi de Macédoine Cassandre, et mourut à quatre-vingt-cinq ans, entouré de ses élèves, dans sa patrie d'adoption. Toute la ville d'Athènes assistait à ses funérailles. Il laissa , par son testament , presque tout son bien aux deux fils de son frère , et sa bibliothèque, qui contenait celle d' Aristote, à Nélee, son disciple. On sait Qu'elle tomba ensuite dans les mains d'Apellicon de Téos , puis de Sylla, qui sauva de la destruction ce précieux dépôt. — Tbéopbraste avait écrit plus de deux cents ouvrages, dont Diogène Laerce donne lef titres : ils traitaient de la grammaire, de la logique, delà rhétorique, de la poésie, de la musique , des mathématiques , de la morale et des sciences naturelles. Nous avons quelques fragments de l'Histoire des Animaux , un traité des Pierres , et surtout l'Histoire des Plantes, le traité des Causes delà Végétation, et le livre des Caractères. Mais ce dernier ouvrage n'est à vrai dire qu'un recueil de fragments extraits par des copistes plus ou moins habiles du véritable ouvrage de l'auteur. Cet ouvrage était une poétique ou une rhétorique a la manière d' Aristote. Ces fragments mêmes , réunis ensemble et précédés d'une préface apocryphe , suffisent pour nous donner une idée du talent de Tbéopbraste. Tandis qn' Aristote, son maître, se borne à des traits généraux et embrasse l'ensemble de la vie humaine , Théophraste prend
L'UNIVERS
UD homme, dont il fait un type ;il le met en scène , il le fait agir et parler, puis le dessine et le décrit en détail. Les traits sont assez bien choisis, les observations fines et piquantes , le style aisé et rapide. Ce qui manque surtout , c'est la naïveté. Le livre est d'ailleurs plein de renseignements curieux sur les moeurs du temps.
Phaniasd*Érésus,amideTbéopbraste, dont la vie d*ailleurs est complètement ignorée , avait composé cînq[ livres sur les plantes , deux sur les poètes , un sur la mort des tyrans, plusieurs livres contre les sophistes, deux livres sur les prytanes d'Erésus , et plusieurs autres ouvrages, souvent cités par l'antiquité. On trouve encore du temps de Théophraste, Échétnratide de Méthymne et, plus tard, Gratippus de Mitylène , regardé par Gicéron comme le chef des péripatéticiens. n était dans la députation qm vint, après Pharsale, prier Pompée d*aborder àLesbos, et il chercha en vain à le consoler en lui parlant des dieux. Les philosophes Aristote, Praxiphane, Primigène étaient aussi de Mitylène, ainsi que Lesbonax.
Ce dernier vivait sous Auguste. Il avait étudié la philosophie à Pécole de Timocrate. Doué d'un certain talent, il enseigna avec beaucoup de succès l'éloauenoe, o'est-à-dire la rhétorique. On pos^e encore deux des discours qu'il donnait Sms doute à ses élèves comme des moèles à imiter. Son filsPotamon fbt l'héritier de ses talents et de sa réputation. Il enseignala rhétorique à Rome, et jouit de la faveur de Tibère. Quand il voulut revenir à Mitylène, Fempereur, pour sauvegarde , lui donna une lettre écrite de sa main. Elle ne contenait que ces mots:
«G*est Potamon, fils de Lesbonax. Si « quelqu'un osait lui faire tort, qu'il voie « s il est de force à me faire la guerre. » — Potamon avait écrit plusieurs ouvrages, un^ntre autres sur Alexandre le urand , et les éloges de Brutus et de Tibère. On connaît encore les noms d'.£schine, de Caillas, de Scamon, d'Adseus, commentateurs ou grammairiens, tous quatre de Mitylène.
Pour n'oublier aucun ^enre de gloire, dtons encore Lesbothemis, le seulsculpteur qu'ait produit Lesbos, Ariston et Eunicus, célèbres ciseleurs de Mitylène ; Heraclite, escamoteur, qu'Alexandre
emmenait avec lui dans ses eampag;DeB, enfin Léon, qui ne trouva jamais sob égal aux échecs.