ILE DE SAMOTHRACE
PréfoyaDt toutes les conséquences de cette aâaire , Persée engasea Évandre à échapper par une mort volontaire à une condamnation inévitable. Évandre se montra disposé à mourir ; mais il fit en secret des préparatifs pour assurer sa fuite. Persée en fut informé , et, craignant d'attirer sur sa tête le ressentiment des Samothraces, qui Taccuseraient d*avoir soustrait le coupable au châtiment , il lui fit donner la mort. Mais par ce meurtre Persée devenait responsable du sacrilège dont Evandre était accusé; il se chargeait du forfait de sa victime , auquel il ajoutait le sien , et il se trouvait, dit Tite-Live, avoir profané l^ deux temples les plus respectés de ruiiivers. Persée savait qu'il devenait à son tour justiciable du tribunal sacré de Samotbrace; mais son argent le sauva.
Il corrompit le roi Théondas, qui annonça au peuple qu*Ëvandre s'était donné la mort. Mais les Samothraces ne 6*y trompèrent pas : un cri d*horreur s'éleva contre le roi assassin de son dernier et plus fidèle serviteur , et l'île entière passa aux Romains. Persée comprit Su'il ne lui restait plus de ressource que ans une prompte fuite (1).
Cependant Cnéus Octavius, oui commandait la flotte de Paul Emile, étant abordé à Samothrace, ne voulut point, par respect pour les dieux, violer Tasile de Persée. Mais il s^occupa de lui ôter les moyens de s'embarquer et de s'enfuir. Niéanmoins Persée gagna secrètement un Cretois, nommé Oroandès, qui avait un petit vaisseau, et l'engagea à le recevoir à son bord , lui et ses richesses. Oroandès en usa envers lui à la Cretoise; il embarqua à la faveur de l'obscurité tout ce me Persée avait de précieux, et lui ait de se rendre vers le milieu de la nuit au port voisin du promontoire de Démétrium , avec ses enfants et ceux de ses serviteurs qui loi étaient indispensables. Persée parvint avec beaucoup de peine à sortir de sa retraite et à gagner le bord de la mer; mais il n'y trouva pas le navire : Oroandès avait mis à la voile le soir même, emportant les richesses du roi. Le jour commençait à poindre, tout espoir était perdu. Persée se met à fuir vers l'ea-
(0 Tite-Live, XLV, 5,6.
ceinte sacrée. On l'aperçut cette fois; mais il avait gagné son lieu de refuge avant que les Romains pussent l'atteindre. Persée avait encore avec lui ses enfants et quelques-uns de ses serviteurs; mais Octavius ayant promis une amnistie pleine et entière a ceux qui l'abandonneraient, alors la désertion devint fénérale, et Ion de Thessalonique, à qui ersée avait confié ses enfants, les livra aux mains d'Octavius. Ce dernier coup réduisit Persée au désespoir , et, renonçant à disputer plus longtemps sa liberté, il vint, dit Plutarque, comme une béte féroce à ciui on a enlevé ses petits , se rendre lui-même à la discrétion de ceux qui tenaient ses enfants en leur pouvoir (1). Il sortit du temple en accusant la Fortune et les dieux d'avoir été sourds à ses prières ; il oubliait par combien de mauvaises actions il s'était rendu indigne de la protection de ces dieux, qu'il avait tant ae fois outragés.
Après la conquête de la Macédoine, Samoturace passa sous la domination des Romains, qui la laissèrent se gouverner par ses lois. Au premier siècle de l'ère chreiienne , Pline l'appelle encore une ville libre. Au temps de la guerre de Sylla contre Mithridate (85), les pirates, qui infestaient déjà toute la mer Egée , pillèrent te temple de Samothrace, dont le trésor contenait de nombreuses et riches offrandes. Et ce n'étaient pas seulement les Grecs qui avaient enrichi le trésor des dieux Cabires , les Romains aussi V avaient contribué , puisque l'on voit Marcellus consacrer dans leur temple des statues et des tableaux pris au pillage de Syracuse. Aussi les pirates purent- ils enlever de Samothrace un butin de la valeur de mille talents (2).
Samotheàcb dans les temps mo- DEHNES. — La religion chrétienne en détruisant toutes les superstitions du paganisme, et notamment les mystères de Samothrace, enleva à cette île ce qui avait fait sa célébrité pendant les temps anciens. Aussi à partir de l'ère chrétienne Samothrace n'a plus d^histoire. Elle fait partie de l'empire grec jusqu'en 1204.
(i) Plutarque 0 PauUÉmîle, 26.
(2) Plut., Marc, 3o$ Fompée» a4; App j M'uhr,, 65.
L'UNIVERS
Alors elle passe aax VénitieDS, et devient, ainsi c[ue quelques îles voisines, le patrimoine de la famille Dandolo. Reconquise par Vatace, elle est encore enlevée aux empereurs grecs par les princes de Lesbos , de la famille des Gateluzi. Elle resta entre leurs mains depuis le quatorzième siècle jusqu'en 1462 , époque à laquelle ce petit État fut conquis
par Mahomet II (1). De|Niis ce tenfli Samotbrace, appelée désormais Samasdrachi ou Mandrachi, est restéeaoumise à la domination des Ottonaans, qui U dévastèrent impitoyableno^it pendant la guerre de Tindépendance.
(i) y OIT les détails de cette liislmre ply haut, p. 33o.
ILE DE THASOS ^"
GbOGBAPHIB et DESCBIPTION DB
Thasos. — L'île de la mer Egée la moins visitée , la moins connue de nos jours , et [ui renferme incontestablement le plus le vestiges de son ancienne splendeur, est celle de Thasos. Cette tie, appelée auelq[uefois Édonis, Aeria, iEtnria, Ogygia. Ghrysé, est le plus communément désignée sous le nom de Thasos ou Tliassos , qu'elle a gardé jusqu'à présent « avec quelque peu d'altération, JitDap* per , étant connue sous celui de Tasso
Sarmi les Turcs , les Italiens et les Grecs 'aujourd'hui ». Thasos est située en face des côtes de Thrace, dont elle n'est séparée que par un canal d'environ deux lieues, tout près de l'emboudiure du Nestus. A Touest, elle a devant elle la côte de Macédoine et le golfeduStrymon.
Pline la place à vinet-deux milles d*Abdère et a.soixante-deux milles du mont Athos (2). Sa longueur d'orient en occident est de quinze milles d'Italie et son circuit de quarante.
L'Ile de Thasos est peut-être la plus fertile de la mer Egée. Les anciens Pavaient surnommée le rivage de Gérés ( 'AxT^ AjijiiiTooç). Elle abondait en vin comme en ble (8). Pline place le vin de
(i) Dissertations spéciales sur Thasos : Hasselbach, De insula Thaso; Marbourg, i83o, in-S**. — Prokesch d*Osten, DelC isola di Taso, dans les Dissertazioni délia pontificia AcatUmia romana di Jreheologia, t. TI, p.xSi;Roma, 1835, în-4^
(a) Dapper, Description^ p. a53; Pline, nr.iVar.«iy,93, 8.
(S) Le climat de Thasos est fort variable,
Thasos à côté de celui de Chio. On atalt transporté en Italie des plants du musat de Thasos, appelé aussi ri^neopiaiie, parce que les abeilles en sont très-mandei. La vigne a la propriété merreilhMse de contracter la saveur des plantes voislnei; à Thasos, et c'est toujours à Pline oe j'emprunte ces détails , oq semait eotreia vignes Fellébore, ou le concombre savage , ou la scammonée. On disait ausi que Thasos produisait deux espèces & vins à propriétés contraires; Fuiie proftquant, l'autre chassant le sommeu. Les
maïs en général doux et banide, os qiû est Irès-favorable à la végétatioB. Tofez dmaê U collection des œuvres d*Hippocnle le premier et le troisième livre des Èpidêmàs^ ok U coofttituiion atmosphérique de IhiM» pendaal plusieurs années est décrite et miae em rapport avec l'eut sanitaire de U poputeLicMu
Yoid un échantillon des obaervAtkMis liÀei par le médecin-naturaHsIe qû a eosposi er curieux traité, et qui dut longtraapt léioMUg à Thasos. « Dans TUe de Thasos , dwaiAlW tomne, vert réquinoxe, et pmdani aaafci pléiades furent sur l'horizon , dant^, doucement continues, avec les du midi ; hiver austral, petits Tenis da sécheresse ; en somme, tout l'hiver e«t om parenoe de printemps. Le prinf i api, i tour, eut des vents du midi, d " * * ' de petites pluies. L*été fut en gi et sans eau ; les vents éténeoa que peu, avec peu de force et vient ensuite la descriptîoD
cales causées par toutes ces (
mosphériques. OSuort oon^lètet ^JEff^ crate, irad. de M. littré, t. u, p. S9S, t nti 45 et suiv.
ILE DE THÀSOS.
37ft
Thasiens appelarènt thériaque une ligne dont le vin et le raisin sont an remède contre les morsures de serpent. On faisait à Thasos un bon vinaigre, qui entrait dans la composition de l%iéraeium« sorte de collyre très-employé pour les maladiesdes yeux (1). Thasos avait aussi des bois de construction et des arbres fruitiers. On cite surtout les amandes de cette lie. Elle était riche en productions minérales. Son marbre servit pendant toute Fantiquité, et était aussi recherché des sculpteurs que des architectes. On y trouvait des opales étincelautes, de Tes-
Ëce appelée psederos , qui est la plus lie, et des améthystes, gui du reste n'étaient ni bien pures ni bien estimées (2). Mais la plus grande richesse de Thasos consistait dans ses mines d'or, qui avec celle de Scapté-Hylé, sur la côte voisine , rapportaient au temps d'Hérodote de deux à trois cents talents par an. « J'ai vu aussi ces mines, dit l'historien voyageur. Les plus admirables de beaucoup étaient celles que découvrirent les Phéniciens, qui, sous la conduite de Thasos , fondèrent la ville à laquelle il donna son nom. Les mines de cette île découverte par les Phéniciens sont entre Coenyresetle lieu nommé i£nyres. Yis-à-vis de Samothrace est une grande montagne que les fouilles précédentes ont détruites. Tel est Tétat actuel des choses (8). » D'après cette indication d'Hérodote, les
géographes modernes placent les mmes e Thasos du côté de Samothrace. M. de Prokesch, qui a parcouru tout ce rivage, déclare qu'à n'a trouvé de ce côté aucun vestige des anciennes exploitations.
Les habitants de cette ilefortunée furent pendant longtemps puissants et libres.
Les ruines encore subsistantes de leur cité-montrent quelle fut son importance et sa splendeur. Thasos était située sur la côte septentrionale de l'île , sur des collines qui dominent une rade assez spacieuse, que couvre l'îlot de Thaso^ulo.
Au pied des collines , au fond de la rade, était le port des Tbasiens. Les ruines de la viUe s'appellent aujourd'hui Pa-
(i) Pline, XIV, 4, 4; i6, x ; i9i 7 » "> » ; XXXIV, 37, I.
(a) Idem, XV, ^4* 5; XXXVI, 5, i;
XXXVII, aa, a; 40, i.
(3) Hérod., VI, 47.
IsBo-Castro , et le port Pyrgo , (f une tour vénitienne, construite avec d'antiques pierres de marbre. Outre ce débris du moyen flge, on voit encore les restes, de l'ancien môle du port, ^ui pouvait contenir cinquante grands bâtiments. Au* jourd'hui il est presque comblé de sable, et le môle est à fleur d'eau. Çà et là sur le rivage on voit des tombeaux décorés de quelques ornements de sculpture.
Au pied de substructions en belles pierres de marbre, comme celles du môle , s'étendaient l'arsenal et le chantier de construction, sur une superficie de cinq à su cents toises. La ville proprement dite occupait trois collines , que séparent de profonds ravins. Toutes ces trois hauteurs sont couvertes de ruines. Celle du nord était l'acropole de la ville; elle a été habitée jusque dans ces derniers temps, comme le prouvent des restes d'église et de maisons qu'on voit dans son enceinte. Cette citadelle servit aux Vénitiens , qui y firent des réparations , et qui y ouvrirent une porte ofouvelle, que 1 on reconnaît à sa construction grossière et au lion de Saint-Marc sculpté dessus (1). En descendant de la troisième de ces hauteurs vers le sud , par un escalier taillé dans le marbre du rocher , on aperçoit les carrières d'où furent tirées toutes les pierres qui servirent à la construction de l'acropole et de Fenceinte de la cité. En continuant à descendre cet escalier, qui suit le mur d'enceinte , on rencontre une porte antique, d'un aspect imposant, unçiues plus belles ruines de ce genre qui nous soient conservées , et que Ton peut comparer , préférer même a la porte de Mycenes , ou à celles de SàUh nique , d'Éphèse ou de Nicée. Toute la longueur des murs encore débout est de deux mille six cents pas. Au sud-ouest se trouve la nécropole de l'ancienne Thasos, qui occupe une vallée verdoyante, de quinze cents pas de longueur sur trois cents à six cents de largeur. On y voit une centaine de sarcophages , plaça sur de grands degrés , superposés les uns aux autres. Tous ces sépulcres ont été ouverts et dévastés, et ils servent souvent de r^uge aux pâtres de 111e. Aucune autre nécropole grecque n'est açasi
(x) Voy. dans ]« mémoire de H. dePfokescb la aescrip. de toutes ces ruines, p. i84et8niv«
L'UNIVERS
bien conservée, si ee n'est celle de la TUle d'Assos, sur le golfe d'Adramitti.
Les baateurs situées à Test de Tacropoleofifrentenooredes ruines imposantes, au milieu desquelles croissent le lierre et la vigne sauvage. De toutes ces éminMices on domine nie presque tout entière, qui vous apparaît , ainsi que le dirait le poète Arcniloque, comme un dos d'âne couvert de forets sauvages, et Ton découvre au loin la Samothrace, et les plaines de Philippes, où périrent Brutus et Cassius, et le mont Pangée et l'Athos et la vaste mer.
Aujourd'hui la population de Thasos est dispersée dans neuf villages, qui sont, en partant de Pyrgos , Pana^^a ou Leinan au sud ; il est situé au milieu de hau* teurs boisées et est arrosé par des eaux limpides et abondantes. A une lieue au sud est Potamia, au pied des montagnes. A cinq heures de marche de Leinan se trouve Theologo, le plus gros bourg de rtle. A une demi-lieue au nord-ouest de Theolofço est Castro, placé comme un nid d*aigle sur des rochers. A une demilieue à Touest de Castro on rencontre Mariess , dans une vallée plantée de pins. A trois lieues au sud-est Kaisaraki. Puis, à deux lieues de distance, Cassarvith, où l'on voit des ruines antiques. Au nordouest, après deux heures de mardie , on arrive à Volgaro, qui est situé au milieu d'une prairie couverte de beaux platanes. Enfin , de la , en une demi-heure , on retourne, par une route vénitienne,à Pyrgo, qui complète le nombre desviUages de I ne*
RÉSUME DB L'HISTOIAE DE ThàSOS.
— L'île de Thasos avait reçu son nom et ses premiers habitants aune colonie phénicienne, qui s'y était établie vers le temps de Cadmus , au seiûème siècle avant l'ère chrétienne (1). Le nom d'Édonis, qu'elle porta dans les anciens temps, donne à penser qu'elle fut aussi occupée par des Ëdoniens de la Thrace.
Elle reçut une colonie de Pariens , que conduisit Télésiclès , père du poète Arcbiloque. Cet établissement dut avoir lieu dans la 15* olympiade, vers l'an 720 Srvant rère chrétienne. Déjà depuis longtempSrCeux de Parcs avaientdes relations
(t) M. Raoul Rochelte, Colonie^ Grecques, n, aa6; Pauiaa., V, a5, za ; Hérod., III, 44.
intimes avec les Thasieiis, puîsqu'ei voit dans Pausanias qu'une prêtresse^ Paros , nommée Cléooée , pma la première à Thasos le culte de Gérés , et qae cette prétresse était contemporaiiie é Tellis, de qui descendait Arehiloqueàla troisième génération. De ménoe, les Fié* niciens avaient établi dans c^te fle k culte de Melcarthou THercole Tyneo, dont Hérodote visita le temple.
A Thasos , comme dans lile de Cvpre et tant d'autres de la Méditerranée, ks Phéniciens, qui avaient devancé lesGreo, se trouvèrent dépossédés par eux, looqoe Tacttvité de la race helléoique eut piii son essor. Les ressources qii*ib troivaient dans les produits de leurs miaes d'or permirent aux Thasiensdese donner une puissante marine et de se livnf à on commerce étendu , qui augmeiita tams richesses. Thasos était renomma pou son opulence , et on lui donna le suraaci de Chrvsé. Elle s'était entourée <k fortes murailles, ^ c'est dans ses cfaantin que l'on construisit les premiers vaisseaux longs pontés (1). Cest avant ks guerres Médianes qu'il Êiut placer Pèpoque de la plus grande prospérité def Thasiens,qui formaient alors une répa blique indépendante, gouvernée par des Prytanes. Ce fut alors aussi qa*iis ibadèrent , sur les côtes voisines , de nombreuses colonies, savoir : Piarium ea Troade, ville déjà fondée par Parias, neveu de Dardanus ; Datam, au pi^ du mont Pangée; toutes lesdtéB du mage de Thrace opposé à leur île , qu'Hérodote désigne sans les nommer : Gakp> sus , près du Strymon , dont la preinièfe fondation remonterait à l'époque pbéncienne, puisqu'on Tattribue à Galepsns, (ils de Thasos ; OEsyme, voiâne de à précédente, et également fort aaàami, puisque Homère en £Edt mention; caii Lissus et Strymé, dans le Yoîsisage de Mésambrie. Au delà , la dhe appaitte^ aux habitants de SamotbnHie.
La première attaque contre llnd^sdance des Thasiens fiit dirigée ptfWtiée deMilet, gui après larépressM^ larévolted'Ionies'étaitfaitcbefckltfie, et cherchait partout du butin. Hkos était une riche proie : il vint fasàicer; mais il leva le siège, par crainte & la
(r) Hérod., VI, 46; Plin., TII, S^, 17.
ILE DE THASOS
flotte phéoicienne (497 ). Xes Thasiens , ^ut avaient repoussé Histiée, ne purent échapper à la domination des Perses. Ils se soumirent à Mardonius, sans essayer de résister (493). Darius leur ordonna d'abattre leurs murailles et de lui livrer tous leurs vaisseaux, qui furent conduits à Abdère. L'expédition de Xerxès acheva d'épuiser les ressources des Thasiens, qui trouvèrent ainsi le terme de leur prospérité.
Bientôt la puissance maritime d'Atbènes délivra la mer Éaée de la domination des Perses, par laquelle les Phéojoieos espéraient se relever et reprendre leur ancienne supériorité commerciale. Thasos entra à titre d'alliée dans la confédération dont les Athéniens se firent les chefs. Mais bientôt un différend s'éleva entre Thasos. qui voulait conserver son indépendance, et Athènes, qui empiétait tous les jours. La querelle commença au sujet des mines et des comptoirs des Thasiens sur les côtes de Thraœd). Les Athéniens envoyèrent une flotte contre Thasos, furent victorieux dans un combat naval, et firent une descente dans llle (466). Alors les Thasiens implorèrent le secours de Lacédéfnone, qui s'apprêtait à faire une diversion en Attique, lorsqu'un tremblement de terre et la révolte des Messéniens retinrent ses guerriers dans le Péloponnèse. Abandonnés à eux-mêmes, les Thasiens résistèrent encore pendant trois ans ; mais enfin il fallut se rendre. Les Athéniens les contraignirent ^ détruire leurs murailles, à livrer leurs vaisseaux, h céder leurs mines et leurs établissements du continent, et à payer un tribut ( 463 av. J.-C. ). Ce fut le dernier coup porté à l'indépendance et à la prospénté de Thasos, que les Perses et les Athéniens avaient accablée tour à tour.
Pendant la guerre du Péloponnèse, IThasos servit de poste militaire aux j%, tbéniens pour défendre leurs possessions de Thrace et de Macédoine. Cest Là que Thucydide, l'historien, trouva fescadre avec laquelle il arrêta les progrès de Brasidas dans la Chalcidi(j|ue.
Oependant les Thasiens supportaient Impatiemment le joug; ils le secouèrent
( i) Thucyd., I, loo* Diod. Sic, XI, 70.
après Texpédîtion de Sicile, et entrèrent danslepartidesLacédémoniens(411)(l).
Mais la domination de Lacédémone fit regretter celle d'Athènes. D'ailleurs, Thasos était une île ionienne, et c'était toujours aux Athéniens que revenaient ces cités maritimes, ces Iles de la mer Egée j quand elles avaient reconnu leur impuissance à se conserver libres. En 393 les partisans d'Athènes reprirent le dessus, et Thasos fut livrée à Thrasvbule (2). Philippe, père d'Alexandre, 1 enleva aux Athéniens, et elle resta à la Macédoine jusqu'au moment où les Romains, vainqueurs à Cynoscéphale , forcèrent Philippe III à rendre la liberté aux cités grecques qu'il possédait. Thasos fut affranchie par ce décret (3) , et resta libre , sous le patronage des Romains , jusqu'au temps où les îles furent réduites en province. Dès lors il n'est plus question de Thasos dans l'histoire. Cependant il en est fait mention dans l'histoire des guerres civiles qui suivirent la mort de César; elle servit de quartier général à la flotte de Brutus et de Cassius; et après la première bataille de Philippes , où Cassius périt, Brutus fit porter son corps dans l'île de Thasos, ou l'on célébra ses funérailles , loin de la vue des soldats, que cette lugubre cérémonie aurait découragés (4).
Thasos est la patrie de Polygnote, l'un des plus grands peintres de l'antiquité. Son père, Aglaophon, était peintre luimême, et il tut le premier maitre de son fils. « Poly^ote , dit Pline , fut le premier qui peignit les femmes avec des vêtements brillants , leur mit sur la tête des mitres de différentes couleurs; il contribua beaucoup aux progrès de la
geinture, car le premier il ouvrit la ouche des figures, il fit voir les dents, et introduisit l'expression dans les visages, à la place de l'ancienne roideur. Il y a de lui dans le portique de Pompée un tableau placé jadis devant la curie de Pompée. Il a peint le temple de Delphes, à Athènes le portique appelé Pœcile ; et
(i) Thucyd., IV, 104 ; Vm, 64 ; Xénoph., Hellen., I, i.
(a) Démostb., Adç, Lept», 474.
(3) Polyb., XVIlI,3i.
(4) App., Bell, civ„ IV, 1x4.
il a travaillé gratuitement a ce dernier ouvrage avec Micon, qui se fit payer.
Aussi Polyffuote eut-il plus de considé* ration ; et Tes Amphictyons , qui formaient le conseil général de la Grèce , décrétèrent quMI aurait des logements gratuits (1). • Polygnote florissaît vers la 90^ olympiade ( 420 ans avant J.-C. ). Un autre peintre de Tbasos, Nesée, fut, dit-on , mattre de Zeuxis.
Cest à Thasos aussi que naquit le fameux athlète Théagène, qui remporta quatorze cents couronnes dans tous les jeux publics de la Grèce. Aussi avait-il une immense réputation: on le disait fils d'Hercule Thasien. On lui dressait partout des statues. Après sa mort, un de ses rivaux s'étant mis à injurier une de ses statues à Thasos, cdle-ci se détacha de sa base , tomba sur cet homme, et Técrasa. Les fils du mort poursuivirent la statue juridiquement, et, conformément à une loi de Dracon, les Thasiens reconnurent la statue coupable d*homicide, et la firent jeter à la mer. Mais quelque temps après étant affligés d'une grande famme, et ayant consulté Toracie de Delphes , Js la firent retirer de la mer, et lui rendirent de nouveaux honneurs (2).
La richesse de Thasos est attestée par les nombreuses médailles d'or et d'argent qui nous en restent. Ces médailles représentent tantôt Baccfaus , tantôt Hercule, ou bien Gérés; elles portent la légende eAXION ou eAXIÛN (3).
Thasos avait joué un certain rôle dans le temps aue la Grèce était libre. Assujettie par les Romains, elle disparaît tout a fait dans l'immensité de leur domination. Même silence sur Thasos pendant la plus grande partie des siècles du Bas-£m-
fûre. Reléguée dans un coin reculé de 'Archipel, elle doit sans doute à cette position 1 avantage d'échapper à tant de dévastations qui affligèrent les autres îles. Cependant les Vénitiens s'en emparèrent en 1204 ; elle fut donnée à la famille Dandolo , et Ton y voit encore des vestiges
(i) Plin., tfw/. yat„ XXXV, 35.
m PausaD., YI, xi.
(3) Eckhel, Doctr, Num. vet„ t. II, p. 5a.
de son occupation. Elle retourna m Grecs , quand leur empire fut restaon par Vatace et Michel Paléologue. Occupée ensuite par les princes Gateiuzi de Lesbos , elle leur fut enlevée par le cooqoé^ rantdeConstantinople,en 1462(1).
Depuis ce temps Thasos est restée pâsiblement soumise aux Turcs, qni «:
assez doucement traité sa popûlatioB.
Comme ses habitanU n^inspiraieot a* cune défiance, ils n'ont rien eu à soëfrir pendant la guerre de rindépendanee. Ils sont tous Grecs ; on ne voit mcm Musulman parmi eux. Leurs neuf # lages comptent mille vingt maisons, habitées par quatre à cinq mille peisannes Toutes les familles sont dans r^casee.
Leur île, féconde, produit en tbûodaoce tout ce qui est nécessaire à la fie, ft ifs exportent des bois de constroesm, do vin , du mais, de l'huile et do miel. Lb mœurs de ces insulaires sont doocesâ hospitalières. Les femmes y sont belles; leur costume est resté conrorme au traditions antiques : elles portent une tinique bleue, à raanehes, et agrafée as cou ; au-dessus un vêtement plus ample, d*un bleu plus foncé, sans manches , qà se drape autour de la taille, et qui fom en retombant ces beaux plis qu'on admire dans les statues antiques. Am jours de fête, elles ajoutent a ces vêtements un surtout rouge, auyert par-devant et qui descend josqa'aur gGaoux.
Leur coiffure est un bonnet ronge, retombant sur le front , de \a forme du bonnet phrygien, et entouré d'une bande d'or, qui ressemble à un diadème. L*^ de Thasos est la seule où cette belle et simple coiffure se soit conservée.
Je le répète, u'après M. deProkesdi, (ancien ministre d'Autriche enGrèee, aujourd'hui ambassadeur à Berlin ). cède tle n'est qu'imparfaitement connue, et mérite d'être explorée attentivement Des fouilles habilementdirigéesy produiraeit sans doute d'importantes découvertes {1&
(i) Yoyez phishaut, p. 33o, 35«.
(a) Yoyezaussi de M.. de Prokescfaseii'*^ wuraigkeiten und Erinnerun^n m, 6ri.