‹ Iles de la GrèceChapitre 3 sur 31 · HISTOIBE DE L'ÎLE DE CYPBE PEN- DANT LES TEMPS ANCIENS · texte numérisé non relu

HISTOIBE DE L'ÎLE DE CYPBE PEN- DANT LES TEMPS ANCIENS

Formation de la population de l'ile ck Cypre par des colonies étrangères.

V Colonies phéniciennes. — L'île de Cypre reçut ses premiers habitants du contment qui l'avoisinait. Son heureuse position , la douceur de son climat, la richesse et la fécondité de son territoire durent attirer vers ses côtes les premiers hommes qui osèrent confier leurs jours aux hasards des flots, et les déterminer à y fonder des établissements. Dès les temps les plus reculés la nation phénicienne, donnant l'essor à son activité et à son génie aventureux , parcourut le monde ancien, et répandit le surplus de sa population sur tous les rivages et dans toutes les Iles de la Méditerranée. L'ile de Cypre dut être une des premières terres visitées et colonisées par cette nation commerçante ; mais il est impossible à l'histoire cle fixer l'époque de ces établissements et de dire s'ils ont été la première source d'où est sortie la population cypriote. Les peuples commerçants ne recherchent pas les pays déserts et non encore exploités par l'homme. Partout où les Phéniciens débarquaient leurs marchandises et dressaient leurs comptoirs, il y avait déjà des habitants pour acheter leurs denrées, et leur donner en échange celles de leur pays. L'époque de la formation d'un peuple est toujours antérieure aux faits attestés par l'histoire , et précède , en la préparant, les développements de la civilisation. Aussi l'on peut affirmer qu'avant l'arrivée de ces colons Phéniciens, que des raisons politiques ou des spéculations commerciales durent attirer dans l'île de Cypre, elle avait reçu son peuple de ces mêmes côtes de l'Asie , à cette époque d'étrange et soudaine propagation de la Camille humaine dont la Bible nous a conservé le souvenir. L'historien Josèphe a précisé cet événement quand il dit (1) que Kittim , fils de Javan , petit-fils de Japhet et arrière-petitfils de Noé, vint s'établir en Cypre après le déluge et la dispersion des nommes.

(x) Jos., Ant, Jttd., I, 6.

ILE DE CHYPRE

Plus tard vinrent les marchands et les navigateurs phénidens , qui par leur richesse , leur industrie , leurs arts, exercèrent une grande influence et méritèrent d'être regardés comme les civilisateurs de la contrée. Ce sont eux, dit Strabon (1), qui apportèrent en Cypre la première culture, qui défrichèrent les champs et exploitèrent les mines. Les trois villes les plus communément regardées comme d origine asiatique ou pnéniciemie sont celtes de Gtium , de Papbos et d'Amathonte, situées toutes trois au sud de Hle. Citium doit à son analogie avec le nom de Kittim d'être considérée comme la plus ancienne de toutes ; ce qui n*est pas sans vraisemblance (2). Citium fut par-dessus tout une ville decommerce. Les deux autres villes furent primitivement des sanctuaires, et grandirent à VdUbti des autels d* Aphrodite et de Melcart. Paphos fut fondée par le roi phénicien Cinyras ( 3 ) , qui construisit un temple à Aphrodite sur le modèle de celui ou Liban. Le sanctuaire , la ville, la coDtrée environnante restèrent sous le ffouvemement sacerdotal des Chi3nrades, umille issue de Cinyras. Plus tard les Grecs s'emparèrent de Paphos. d'Aphrodite et de Cinyras au profit de leur mythologie. Amathonte avait son temple d'Aphrodite, et de plus celui de Melcart , qu'on y appelait Malika ; ce oui n'emp&ha piets Amathonte d'être délaissée plus tard , quand les Grecs, devenus dominants dans 111e, adressèrent tous leurs hommages an sanctuaire de Paphos.

20C1LICUN8. — On ne peut dire ce que la population de Cypre dut aux courses aventureuses des Ciliciens, que les Phéniciens poursuivaient partout comme des pirates; mais ce que Tacite nous apprend de la part qu'ils prirent à l'organisation du culte ae Paphos peut au-

(i)Strab.,l.UV.

(a) Engel, Kypros^ I, x68. Voir, sur les rapports de Tiie de Cethim el de Tyr, Isaïe, e. ixin, I, la.

(3) Celle histoire primitive de Cypre est pTtte aa sérieux et longuement racontée par Florio Bustron, qui a écrit Thisloire de son pays depuis les premiers temps jusques en 1458, époque où il vivait. Cet ouvrage est conservé en manuscrit & la Bibliothèque Nationale.

toriser d'amples conjectures sur l'in fluenoe des Ciliciens dans cefte île , qui touchait presque à leurs rivages. « Le temple de Paphos , dit Tacite , fut consacré par Cinyre (1). Mais on rapporte qu'on dut l'art des aruspices à des étrangers; qu'il fut apporté par le Cilicien Tamyras , et qu'on régla que les fonctions du sacerdoce se partageraient entre les descendants de ces deux familles.

Par la suite la famille royale reprenant toute prééminence sur une race étrangère, celle-ci abandonna la science qu'elle avait apportée. Aujourd'hui le

{ prêtre que l'on consulte est toujours de a famille de Cinyre. » Ainsi, bien que l'élément phénicien finisse par l'emporter, l'élément Cilicien avait été assez considérable dans l'origine pour élever les Tamyrades au niveau des Qnyrades, et les forcer à partager avec eux. Mais qu'on n'oublie pas, en même temps, que Cilix, fils d'Agapénor, était d'origine phénicienne (2).

3** De l'influence égyptienne et phbygienne; les Cobybantes; les Dactyles; les Telchines. — « Les Cypriens, dit Hérodote (3), sont un mélange de nations différentes; les uns viennent de Salamine et d'Athènes , les autres d'Aroadie, de Cythnus, de Phénide et d'Ethiopie, comme ils le disent eux-mêmes. » On s'est autorisé de cette affirmation du vieil historien pour attribuer une partie de la population cy- S'mne à une antique colonisation ptienne, contemporaine de J' invasion des Pasteurs et de l'émigration de Cécrops. Ce sont là de pures hypothèses : rien n'atteste d'ime manière positive que l'Egypte ait contribué à peupler et à civiliser rtle de Cvpre. Elle la soumit plus tard, et ce qu avance Hérodote pouvait être vrai de son temps, sans prouver la réalité de ces prétendues colonies é^ptiennes dont la critique moderne a faitinstice(4). Mais les rapports anciens de lile de Cvpre avec les peuples phrygiens ou pélasgiques de 1 Asie JVliaeure

(i)Tacit., Hl*^, n, 3.

(«) Hérod., Vn, 91.

(3) Engel, Kypros , I,* xSa ; Hér., II,

vn, 90.

(4) Mùller, Orchomène, p. io45 Hœck, Kreta,, î, p. 4S.

L'UNIVERS

sont infailliblement constatés. Comme Tancienne Lydie, Cypre s'appela Méonie et ses habitants Miones ou Méoniens. A une époque où l'Egypte était sans communications avec Tes pays occidentaui , Cypre était ouverte à tous les peuples de r Asie Mineure, et FOdyssée atteste combien ses rapports commerciaux avec l'Occident étaient fréquents et continuels.

Mais ce sont les institutions religieuses qui fournissent la preuve la plus forte de 1 antique influence de la race phrygienne sur l'île de Cypre. On y retrouve ces castes sacerdotales, ces familles savantes et industrieuses des Corybantes, des Dactyles, desTelchines, qui, sorties des sanctuaires phrygiens, se répandirent dans les plus importantes des îles de la Méditerranée, propageant avec elles leurs cultes, leurs arts et leurs sciences. Les Corybantes, ces prêtres phrygiens de Cybèle, exploitèrent les mines de cuivre de l'île de Cypre, et selon une tradition ils auraient tiré leur nom du Corion, montagne de ce pays (I). Les danses orgiastiques des Corybantes forent adaptées au culte d'Aphrodite; et on les désignait à Cypre par le mot prylis, qui avait le même sens dans la langue phrygienne. Les Dactyles Idéens , cette autre caste de mineurs, vouée aussi au culte de Cybèle, se livre dans l'île de Cypre à ses travaux métallurgiques, et les industrieux Telchinés, venus peut-être de l'île de Rhodes, y répandent la connaissance et le goût des arts manuels (2).

4^ Étâbussehents des Grecs bans l'île de Cypbb. — Les traditions grecques sur l'île de Cypre ne remontent pas au delà de la guerre de Troie. C'était le temps où régnait le Phénicien Cinjrras, qui, ayant appris, dit Homère (3), parla grande voix de la renommée que les Grecs devaient naviguer contre Troie, offrit à Agamemnon une cuirasse comme don d'hospitalité. Selon quelaues récits, cette alliance n'aurait point été de longue durée, puisque MénéJas passa dans l'île de Cypre pour y punir les peuples qui avaient porté du secours aux Troyens et qu' Agamemnon y serait également venu avec sa flotte et aurait

(i) Servius, JdMn,^l0.y m.

(a) Slrab., XIV, 654 ; Pausan., IX, 19, i.

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