CENTRE DE L'EUBÉE
Chalcis. — Lorsque des montagnes voisines de Tbèbes ou de Tanagre on regarde le canal d'Eubée, on le voit successivement se rétrécir , disparaître dans ses propres détours, puis tout à coup, réduit aux proportions d un fleuve étroit, passer entre des fortifications , sous les arches d'un pont. Jusque sur ce pont s'avance une petite ville turque , présentant ses tours et ses murailles crénelées, dessinant sur le ciel ses minarets , blanche et gracieuse d'aspect. Cette vue a un charme tout particulier, mais aussielie montre en
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un instant tout ce que Chalcis a de séduisant et de remarquable : Teffet que produit de loin son caractère oriental , sa merveilleuse position sur TEuripe. De près, comme il arrive trop souvent en Orient, on éprouve une impression toute différente : rintérieur du Kastro^ pour employer Texpression grecque , est sale , misérable et triste ; il renferme peu de maisons habitables et beaucoup de masures en ruine. La ville, il est vrai, s*est transportée presque tout entière dans un grand faubourg qui s*étend au nord et à Test. Là est le port, le marché, tout le mouvement du commerce et de rindustrie; là se construisent les nouvelles et les plus belles habitations. Mais cependant Tensemble n'a rien que de fort ordinaire dans un pays où les villes valent raremedt beaucoup de nos villages de France. Autour, la plaine, les hauteurs sont sèches et nues.
Qui reconnaîtraiticila ville décrite par Dicéarque au moment où y vivait Aristote? la colline ombragée où elle s*élevait, et les nombreux monuments ornés de statues et de peintures, les gymnases, les portiques, les temples, les théâtres qui remplissaient une enceinte de soixante-dix stades (1) ? On chercherait inutilement le moindre débris de cette ancienne splendeur. Aujourd'hui tout se borne, en tait de monuments, à ce qu'ont laissé les conquérants qui se sont disputé Chalcis depuis le moyen âge. Le toit élevé et pointu , la tour carrée et les fenêtres |;othiques d'une église, attestent la possession vénitienne avant la conquête de Mahomet 11, en 1470; plusieurs mos-
3uées , dans la ville extérieure comme ans le Kastro , ruinées ou converties en églises et en caserne, élèvent encore leurs minarets tronqués, souvenhrs de l'occupation des Turcs; enfin les fortifications rappellent aussi bien ceux-ci que les Vénitiens , à qui elles ont tour à tour nui et servi. Le lion de saint Marc figure dans plusieurs endroits au-dessous de créneaux turcs. Peut-être un observateur expérimenté reconnaîtrait-il dans la construction de plusieurs tours carrées la trace des possesseurs francs du treizième siècle.
Le Kastro, situé sur un promontoire,
(i) Environ bxib lieues.
décrit à peu près un triangle dont le sommet aboutit au Dont , et que U ner protège de deux cotés. Au tnùàèae côté, le mur d'enceinte est entoere d^un fossé, que l'on passe sur deux poit! pour arriver à deux portes. Pour oiax défendre l'accès de la ville, les Tnc. au commencement da siècle, smai élevé un rempart de terre muni de pilissades, qui fermait tout le promaitoire et le traversait de Tone 1 ïhéùî des deux baies qu'il sépare. On k fnaàk encore aujourd'hui par une porte pos aller à Érétrie.
Le pont est, comme de juste, kpM le plus fortifié. Il est double, FEaipi étant divisé, par un rocho, eodnx parties inégales. Sur la plus ântei qui est seule profonde , est jeté on post es bois, d'une trentaine de pieds éeln|; il aboutit d'un côté à la porte du Castro , pratiauée dans une tour fà it vance en dehors du mur d'enoemle, et de Tautre au rocher. Ce pont pouraits lever, au temps des Turcs, iM>ar laàm passer les navires; il est mamteoatô i» mobile. On avait en l'idée fort natnreâe de le rétablir dans son anden état ; fi»tt d'y avoir donné suite, on prive le eeomerce d'une commanication prédeose, et Chalcis d'un revenu œosiaénbk-
Sur le rocher s'élève on pattr iort carré, en partie construit par les FéoiCieas lors de leur première oecopatioB. Goronelli, dont le voyage a été pa\)^ e& 1686, un an après la prise de Négiepoiâ parMorosini, parle d^une tourfénîlieoK au pied de laquelle on passait apie avoir traversé le grand pont, et où reitait encore, au-dessus de la poite, ^ lion de saint Marc , mioique b possession des Turcs datât de deux cents mc'est sans doute la tour ronde qi'« voit aujourd'hui à l'angle nord-o«st Le reste est de construction tunne.
On passe le grand bras de l'Eanpesv un pont en pierre , d'une ctnqaMttf> de pieds, qui communique avec kpA fort par un pont-levis. Il touche ^«^^ béotienne au pied d'une petite uwtffj'* qui surmonte la forteresse tiff|H de Kara-Baba.
Pont de l'Euripb. — Il a vàBOk dès l'antiquité un pont sur fEn^ mais assez tard, soit que les Cbahâtei n'osassent pas entrepraidre
ILE D'EUBÉE
de lears courants mystérieox un travail qui n*eût été qu*un jeu pour le puissant génie des Romains ou pour l'industrie moderne , soit que ce petit peuple crât son indépendance menacée par une communication si directe avec le continent. Nous voyons en effet dans Thucydide que les premiers travaux sur 1 Euripe datent de la vingt et unième année de la guerre du Péloponnèse, à un moment où, les Eubéens ayant contracté une alliance avec Thèl>es contre Athènes, le pont devait toucher une terre amie. L'entreprise fut énergiquement secondée par les Béotiens, qui avaient intérêt à ce que « TEubée rat fie pour les autres, continent pour eux. > On conçut le projet de combler en grande partie I*Euripe au moyen de deux jetées établies sur chaque rivage, de manière à ne laisser de place que pour le passage d*un vaisseau, et on l'exécuta avec une ardeur inouïe. Toutes les villes béotiennes se mirent à Toeuvre ; tous les citoyens, et même des étrangers domiciliés, eurent ordre d'y contribuer. A Textrémité de chacune des deux jetées lurent élevées des tours , et des j>onts de bois furent placés sur le canal mternoédiaire. Au commencement, le général athénien Théramène, envoyé avec trente vaisseaux, tenta de s'opposer au travail ; mais la multitude des défenseurs le contraignit de s'éloiçner.
DU témoignage de Diodore paraissent résulter plusieurs conséquences : des deux ponts actuels, le plus petit seul a succédé au pont antique ; à la place du plus grand s'avançait la jetée du rivage béotien, qui aura été détruite par Tim-
Sétuosité de l'Euripe ; le peu de profon* eur du grand bras au-dessous des arches en est une preuve; le petit fort bâti sur rtlot , qui peut-être n'est qu'un reste de la jetée béotienne, et la tour en saillie, dans latiqueile est percée la porte du Kastro, tiennent la mace des fortifications élevées pendant la guerre du Péloponnèse.
Pendant l'expédition d'Alexandre en Asie, les Chalcidiens fortifièrent le pont avec des tours, des murailles et des portes, et, pour mieux en défendre l'accès, enfermèrent dans l'enceinte de leur idlle le Canéthus, situé sur le continent. Selon toute probabilité, le Canéthus est le
nom ancien de la montagne occupée par le fort KarthBaba,
Tite-Live feit trois fois mention du pont de l'Euripe, et remarque que son existaace rend l'accès de cbalcis plus facile par terre que par mer.
Strabon parie d'un pont de deux plèthres, c^esl^-dire de deux cents pieds.
Ce chifCre, supérieur à la largeur actuellf de l'Euripe devant Ghalcis, ferait sup»
poser que de son temps, sous le rè^e d'Auguste, les anciens travaux avaient été remplacés par d'autres, ou plutôt il prouve rinexactitudedu renseignement :
il n'est pas probable que l'Euripe ait été élargi, puis réduit plus tard aux proportions qu'on lui voit aujourd'hui.
Comment, d'ailleurs, Strabon ne parlet-il ^as de la petite tie de l'Euripe, qui devait certainement exister alors si le travail béotien était détruit?
Le pont existait au temps de Pline.
Sous le règne de Justinien il était remplacé par une communication accidentelle qu'on établissait au moyen de planches. Ce feit paraît encore indiquer que l'Euripe avait gardé la même largeur depuis l'époque de Thucydide; car on ne conçoit guère que des planches aient pu être jetées et retirées fiacilement au-dessus d'une grande étendue.
L'EuBiPB. — L'Euripe proprement dit n'est aue la partie ta plus étroite du canal d Eubée, comprise entre la muraille occidentale du Kastro et le pied du mont Kara-Baba. Ce nom d'Euripe, qu'une célébrité particulière a spécialement attribué au canal de Chalas, désignait dans l'antiquité les détroits très» resserrés où un courant se faisait sentir , comme ceux de Messine et de Byzance, ou simplement des bras de mer étroits, comme ceux oui séparaient Cnide et liitylène des cotes qui leur sont opposées. Il était également appliqué au canal plein d'eau qui entourait, à Sparte, le Piataniste. On sait que les Romains pratiquaient des euripes dans les jeux du cirque. Cétaient des canaux artificiels dont là disposition variait : HéUogabale donna une naumachie sur des euripes remplis de vin.
Le flux et le reflux de FEuripe, l'un des phénomènes les plus merveilleux de la nature, ont vivement frappé Timagination des anciens. Les naturalistes, hm
LUNIVERS.
poètes, eoinme les historiens et les géographes, n*ODt pas manqué une oocftsioD de les citer. L'Euripe a même eu eet bonnear, réservé exclusivement aux choses remarquables» de passer à Tétat de métaphore usuelle pour désigner, par exemple, les caprices <run homme. Comment se fait-il qu'une préoccupation aussi vive et aussi constante n'ait pas amené sinon une explication , qui est encore à trouver aujourd'hui , au moins une observation plus attentive?
La croyance générale, invariablement reproduite par les poètes latins curieux d'une fausse érudition géograpbique , c'est qu'il y avait sept changements de courant pendant le jour, et autant pendant la nuit. Tite-Live seul combat cette opinion, et prétend que TEuripe est pousse au gré du vent, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Pline, tout en suivant la tradition commune, croit que le mouvement {sutus) s'arrêtait trois jours par mois, pendant la septième, la huitième et la neuvième lune. Les premières observations sérieuses qui aient été publiées sont celles du jésuite Babin au aixsepti^e siècle. Elles concilient les deux opinions extrêmes sur la roulante ou rirrégularlté constante de l'Euripe, et diffèrent peu de ce témoigna^ de la commission oe Morée : « On sait seulement Sue pendant les six premiers jours e la lune, puis du quatorzième au vingtième, et pendant les trois der^ niers, les marées sont régulières; tandis que pendant tous les autres, c'està -dire du septième au quatorzième et du vingtième au vinst-cinquième , elles sont tellement irr%ulières, que le nombre s'en élève quelquefois jusqu'à onze, douze, treize et même quatorze dans Tespace de^ vingt-quatre heures. »
Aristote, qu'une tradition suspecte {ait mourir volontairement dans TEuripe, du désespohr de n'avoir pu en pénétrer la cause, n'en prononce qu'une fois le nom, &ï invoquant le phénomène de ses marées comme un exemple populaire à l'appui d'une théorie sur le Aux et le reflux de la matière subtile à laquelle il attribue les tremblements de terre.
L*Euripe, sous le rapport militaire, estun des principaux points de la Grèce,
et de l'importance attachée à sa poisession a dépendu en grande partie rhatoire de Chalcis. L'Euhée et Cbalcb et particulier lui doivent leur nom moderne : Egripo, Egripo-nisi (ESpuGOc, Enripos). Dans la seconde guerre oiédiqK, les Grecs avaient songé à y cooobsm leur défense, et fondaient sur la poation de l'Euripe les roêcaes espéraoeB que sur celle des Theimopyles. Lanque, malgré leurs efforts, les Perses s^ turent engagés, le rétréd^eroent eitraordinaire du détroit inspira des s-
Îuiétudes au commandant de la flotfe, [égabate ; se croyant trahi et attirera» un nras de mer sans issue, il Èttatrk Béotien Salganéus , qui lui smât d»
guide. Ce souvenir était consaoé pir k nom d^une petite ville située à Foitrée de l'Euripe, autour d'un tombe» que Mégabate, détrompé, avait ûitéieraà sa victime.
PoBT Ds Ghalgis; — Des denxl»a qui avoisinent TEuripe et entoureat ks murs du Kastro, celle qui est aa id n'est facilement navigable que pour les barques. En face, la côte Motienneest baignée par une baie beaucoup pha grande, aont le nom, port y<mreo (de po%a, boue), indique^ le peu de noifondeur ; elle est presque fènnée aon côté par l'Euripe, de l'autre par un canal à peu près aussi resserré. A pao de distance, au sud, sur une prcsquTle pierreuse, comme du temps aBomère, s'élevait Aulis. La baie septenthonak de Chalcis, dans l'antiquité comme anjourd'hui, formait le port ; on le nonsM maintenant Hagios Minas. L'eau y est profonde Jusqu'au pied des murs, gnaâ avantage pour le commerce. Àutià»L I de même qu'aujourd'hui , le bazar, le |
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marché principal, touchait au port, velle facilité pour le transport deseurchandises que la mer apportait d*dk> même des deux côtés jusqu^à ia mabii des marchands, ou pour Técoukn^ des produits. Aussi Chalcis wojmt^ se presser sous ses murs des vs0^ étrangers. Rien nejustifie la teridlidBScription de Tite-Live, qui reprM^^ port agité nuit et jour, soit par 4bi«^ ragans furieux qm s'élancent des Mtts montagnes des deux rivages, soit w te I mouvement de l'Euripe, qui se préiàpftt J comme un torrent. Il faut seulemestI^
ILE D'EUBÉE
connaître que tout le canal de TEubée est sujet à de violents coups ae vent.
Points db là ville antiqub bt db son tbbbitoibb cites bans les
AUTEUBS anciens; TBADITIONS DI- TBBSBS. — L'Eurips et le dessin de ses rivages, voilà tout ce que le temps nous a laissé de Cbalcis ; c^est-à-dire qu'il en a emporté tout ce qu*il pouvait L'imagination même ne peut pas reconstituer d'une manière précise la ville ancienne, faute de témoignages antiques.
La seule position indiquée dans la description générale de Dicéarque est celle de l'Agora, qui était continué au port. Elle était grande et ornée de trois portiques. On y voyait encore du temps de Plutarque un tombeau, surmonté d'une ^ande colonne, élevé par les Chalddiens en l'honneur de Qéomaque dePharsale, qui était mort en combattant pour eux contre les Érétriens.
Le même auteur nous transmet encore une autre tradition en nous désignant un autre point : des tombeaux p^eés le long de la route qui conduisait de la ville a l'Euripe faisaient donner à l'endroit où ils étaient le nom de sepuUure des enfants, 6 nafBcuv xétfo^.
Quelle pouvait être cette route, puisque plusieurs témoignages nous montrent la ville ancienne, comme la moderne, touchant à TEuripe et pressée des deux côtés par la mer ? Voici la tradition : Lors- ?ue Cothus et i£clus vinrent habiter dans Eubée, occupée en grande partie par des Éoliens, un oracle avait prédit au premier qu'il réussirait dans son entreprise, et qu'il aurait l'avantage sur ses ennemis, s'il achetait le sol. Cothus, étant descendu à terre avec peu de monde, rencontra des enfants qui jouaient sur le rivage : il s'approche d'eux d'un air bienveillant, se mêle à leurs jeux, et leur montre des jouets étrangers: puis ouand il voit leurs désirs excités, il leur dit qu*il ne leur en livrera les objets qu'en échange d'un peu de terre. Aussitôt les enÊints ramassent des poignées de sable, qulls lui donnent, prennent les jouets, et s'en vont. Instruits de ce oui s'était passé, et se voyant envahis parues ennemis, les Ëoliens tuèrent les enfants, Cest des tombeaux de leurs victimes dont il s'agit.
n ne serait pas plus fiicile de déter-
miner la position de la célèbre Aréthuse, la sainte fontaine, comme l'appelait un antique oracle. Strabon rapporte qu'à la suite d*un tremblement de terre les bouches de FAréthuse se fermèrent , et que quelques jours après seulement ses eaux se frayèrent un autre passage. 11 se peut que la répétition de la même cause Tait fait disparaître pour toujours. Cette source, dans l'antiquité, était assez abondante pour suffire a la population de Chalcis. Sous la domination des Romains , elle semble avoir été Tobjet de leurs soins et de leur magnificence. On y admirait des poissons apprivoisés , des mulets, des anguilles parées de pendants d'oreille en or et en argent, oui venaient recevoir de toute main les entrailles des victimes et des fromages frais. Elle fournissait une eau fraîche et saine , mais un peu saumâtre. Ce défaut était beaucoup plus sensible dans les autres sources oui entretenaient les ombrages de la ville. C'est sans doute pour cette raison que les Vénitiens et peut-être avant eux les Romains avaient construit l'aqueduc qui développe derrière le Kastro la ligne de ses arches ruinées.
Les seuls restes de l'époque grecque sont des tombeaux, qu'on trouve enfouis dans les jardins, en dehors de la ville basse , et surtout taillés dans le rocher d'une petite montagne qui est située tout près de Chalcis, au bord de la mer. La route d'Ëétrie passe au pied sur une chaussée turque ruinée et envahie par les eaux. Deux sources abondantes en sortent par plusieurs bouches , et se mêlent immédiatement à la mer dans de petits marécages; la carte de Tétatmajor a voulu reconnaître en elle la fontaine Aréthuse. Le sommet de la montagne est occupé à la fois par une ruine vénitienne et par quelques débris helléniques.
Envibons de Chalcis. — Derrière cette montagne est la seule partie des en* virons de Chalcis qui ne soit pas une et desséchée. Cest une petite plaine plantée de vignes, comme l'indique son nom Âmbélia, où ont poussé quelaues beaux oliviers, restes des grandes plantations qui entouraient la ville ancienne. Elle est arrosée par un cours d'eau qui va se jeter dans la mer, à un petit pro-
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moDtoiretrès-rapproché de la cAte béotienne; ce point a été choisi par les Turcs pour y construire le fort Bourzt^ qui commande l'entrée méridionale de FEuripe. Le colonel Leake fait de cette
S laine le territoire de l'ancienne Lélante, ont la possession fut entre les Cbalcidiens et les Erétriens le sujet d'une lutte acharnée. La plaine de Lélante, mentionnée par Homère et connue par ses vignobles, est en effet placée par Strabon dans le voisinage de Chalcis , et était traversée nar un fleuve du même nom.
Le tremblement de terre qui boucha la fontaine Aréthuse dura « jusqu'à ce « qu'il se fût ouvert au milieu cle cette « plaine un torrent de boue enflam- « mée. » Cette tradition, rapportée par Strabon, semble constater la naissance des sources chaudes dont il parle ailleurs, et dont il dit gue Sylla fit usa^. Personne aujourd'bu ne connaît l'existence d'eaux thermales dans le voisinage de Chalcis. Sans doute le désir de donner un nom ancien à une ruine hellénique située près du village de Sténi, au pied du sommet principal du Delphi , a mX former avec le pays voisin le dême des Ulantiens, Cette dénomination ad* ministrative paraît tout arbitraire.
La plaine a'jémbéUa touche au sud à 16 plaine, plus grande, de Fasiliko, gros ^lage, au milieu duquel s'élève une tour carrée, ouvrage des Francs ou des Véniticois, et, au nord, à la jjlaine de Chalcis proprement dite. Celle-ci est séparée par quelques collines seulement d'une autre.
Elus étendue, en partie cultivée par les haitants de plusieurs villages, et enfermée entre la mer et les contre-forts du Del" phi à l'est et ceux du Kandéli au nord. La seconde montagne se détache de la
Première pour aller rejoindre le canal 'Eubée , près du village de Politika, à quatre ou cinq lieues de Chalcis. Au nord-est de la plaine la plus septentrionale, une hauteur régulière, qui est située à l'extrémité d^une petite chaîne , paraît désigner par sa forme et par sa position remplacement de l'acropole d'où a dd primitivement dépendre le territoire environnant, avant que la domination de Chalcis ne se fût étendue sur tous les lieux voisins. Au moins paraît-il certain que là a dû s'élever une des petites villes inconnues qu'on est
obligé de supposer, pour ne pas Cure de ITubée ancienne une solitude. A^ près sont une tour du moyen âge rainée et quelques cyprès isolés ^i appartenaient sans doute à un djiflik tore. i. quelques pas du peti|t village de Kastrila, on voit dans uirchamp une eolom»
cannelée et un chapiteau ionioue, qa*oa est obligé de remarquer, tant les mondres traces de Fart antique sont rares dans toute l'Ile.
Ces trois plaines d'Jmbélia, de FasiUhoet de Kastréla^ ont dû former, sur le rivage du canal d'Eubée, le territoire de Qialcis au temps de son indépendance. Jusqu'où cette ville a-t-elle|Ni étendre ses possessions dans rintérMor du Kandilietdu Delphi , c^est ce oe'oo ne saurait déterminer. Il paraît pronble qu'elles comprenaient la masse proôpale de la seconde de ces montâmes, parvenaient ainsi jusqu*à la mer Egée, et partageaient avec Erétrie le pays OMDpris aijûourd'bui entre le cap de Kanm et le mont Ochihonia. Le nom d'à seul point nous est conservé , ssos aacune indication topographique, Ar^»
ra, petite ville d'où Pnocion fit venir des chevaliers athéniens pendant la guerre de Tamynes. Par conséquent, elle deraft être entre Chalcis et Ërétrie.
La division actuelle attribue à féparchie de Chalcis tout le versant oockiett- Xxà du Delphi jusqu'à F'aikfOj prés de l'ancienne Ëréme au sud ; et une grande partie du nord de l'Eubée jas|a'à Moiidoudi et Limmi. Cet enseoâile forme cinq démes : ceux des CAakndiau^ des LélarUiens, des Œgéens , des Kinmi' Uen$ et des Psariens, et est habité ^ une population de 21,000 âmes.
Histoire db Cba.lcis. — Chalcis % toujours été la principale ville de l'Eabée , et à plusieurs époques en a repié* sente à elle seule toute limportanoe.
Dans les premiers temps, comme aujon^ d'hui, elle en a partagé le nom; eBe s'est appelée Eubée, comme toute FBe.
Son nom le plus connu lui a été éoBé par Comoé ou Combé, fille d'AsofV*
?[ui portait elle-même aussi ceotdi :halcis et d'Eubée. Une étjnsim fait venir Chalcis du mot chaico$ (|fi^ xoc, cuivre), parce que ces habitailsQ»vaillèrent les premiers ce métal. Oa l'avait aussi appelée Hypochalcîs. de si
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position au pied do mont Chalcis, et Stymphèle, St^ja^tjXoc , même nom âne celui de la ville pélasgique d*Arcaaie, Styraphale. Enfin, du temps d*£tienne de Byzance on la nommait Halicarna.
Occupée d'abord par les Curetés ou Abantes , c*e8t sous ce dernier nom , comme les autres villes énumérées par Homère, qu'elle envoie ses guerriers au sié^ de Troie, et comme elles, on peut croure qu'eUe obéissait à Chaleodon, puisque le fils de celui-ci, Élépbénor, était reconnu comme chef commun de l'expédition. Plusieurs opinions anciennes attribuent sa fondation à Pandorus, fils d'Érecbthée , longtemps par conséquent avant la guerre de iVoie. Postérieurement à ce fait, elle se ressentit , avant le reste de l'tle, de l'invasion des Ioniens attiques partis sous la conduite d'i£clus et de Cothus.
Un roi des Curetés, Phorbas , fut tué dans une guerre par le second Erechtbée ; et une dynastie s'établit à partir d'Alcon, fils du vainqueur, qui fut luimême père d'Abas, grand-père de Cbaloodon et aïeul d'Élépbénor. Chaleodon vainquit dans une ^erre les Thébains, et les assujettit; mais lui-même fot tué à LeiKtres, dans un autre combat, et les Thébains, commandés par Amphitryon, recouvrèrent leur indépeudance. Le dernier roi de Chalcis, Amphidamas, contemporain d'Hésiode , fut tué dans un ies combats qui se livrèrent au sujet de Lélante. Mais cette guerre de Léiante, bien quelle soit un des faits les plus remarquables des premiers temps de 'histoire grecque , ne répond pas à une laie mieux déterminée que l'époque de a Tie du poète. Le nom d^Hésiode en ndique seulement la haute antiquité.
Ce qu^l y a de particulier dans cette □tte, c'est que pendant tout ce grand nterralle qui sépare les guerres médi- |ues de la guerre de Troie elle seule présente le spectacle de phisieurs peuiles grecs associés pour un but comnan : le reste de la Grèce se divisa pour 3 ranger du côté de Chalcis ou d'Ërérie ; on vit même figurer dans les deux artis Samos et Milet , une tIe éloignée i une ville de l'Asie Mineure. Une insription curieuse, qui existait encore du •cnps de Strabon dans le temple de ^iane Amarysia, près d'Érétrie, orouve
l'acharnement des deux ennemis; elle défendait l'usage des projectiles , et or» donnait de combattre de près : c'était la tradition des belliqueux Abantes.
La bonne intelligence se rétablit , on ne sait comment, entre les deux villes; mais elles tombèrent pour toujours de ce haut degré d'importance oui avait mis un instant chacune d'elles à la tête d'une moitié de la Grèce.
A la royauté succéda dans Chalcis le^ gouvernement aristocratique. Les pre»
miers citoyens, chefs de l'Etat, portaient le nom d'Hippobotes , et devaient être assez riches pour nourrir des chevaux.
Cette aristocratie de chevaliers subsista longtemps au milieu des révolutions intérieures qui agitaient la ville et des vicissitudes C|u elle subit. On la voit mentionnée immédiatement avant les guerres médiques, et soixante ans plus tard, sous Périclès, qui la ruine. Peutêtre pourtant en retrou ve-t-on encore les derniers restes au moment où la ffuerre d'Achaîe se termine par la ré* duction de la Grèce en province romaine : il est alors question de la cava* lerie chalcidienne , impitoyablement massacrée par les Romains.
L'histoire ne nous détaille pas toutes les dissensions qui de la forme aristocratique jetèrent les Chalcidiens, tant au'ils eurent un gouvernement à eux ,.
ans des alternatives de démocratie, d'oligarchie et de tyrannie. Deux ou trois noms de tyrans, qu'il faut placer avant ou peu après les guerres médiques , ne rappellent aucune date précise : Antiléon , à la tyrannie duquel succéda l'oli* garcbie ; Phaxus , qui nit tué par le peu-
{>le ; eu même temps furent massacrés es citoyens de la première classe : ce fut donc une révolution démocratique.
Probablement avant tous les deux, Tynnondas, antérieur à Selon, à qui les Chalcidiens, dans un moment de fatigue, avaient ofifert la tyrannie. Plus tard, les influences étrangères vinrent encore ajouter aux troubles du gouvernement.
Toute cette période peu connue de l'histoire de Chalcis , qui s'étend depuis ses rois jusqu'à la fin du sixième siècle, fut pour cette ville, comme pour toute l'Euoée, la plus florissante. L'extension extraordinaire de ses colonies atteste à
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la fois sa puissance maritime, le développement de sa population et Tactivité du caractère de ses habitants. Les dissensions qui la déchiraient, loin de ralentir ce mouvement de colonisation, Taccrurent encore, en portant les vaincus et les mécontents à s^xpatrier , et Chalcis devint une des métropoles les plus fécondes de toute la Grèce.
Colonies de Chalcis. — Cest de cette ville que partit la plus ancienne des colonies que la Grèce envoya vers rOccident ; elle alla fonder Cumes en Italie, dès le onzième siècle avant Jésus- Christ. Strabon îui donne pour chefs Méfiasthène, de Chalcis, et Hippociès, de Cumes en Asie; mais comme il résulte des témoignages de Velléius Paterculus et d*Eusèbe aue la fondation de Cumes en Italie précéda celle de Cumes en Asie, il se peut qu'Hippoclès soit venu d*une autre ville de Cumes en Eubée. Cumes d'Italie fonda elle-même NolaeXjébella y Dicearchi et Falxpolis (Naples) dans ritalie; et dans la Sicile, Zancle, Tauromenium, CallipolU et Euhaea.
Mais c'est surtout au huitième siècle que Tesprit aventureux des Chalcidiens se développe en multipliant les entreprises lointaines. Il fut aidé par la situation de la Grèce à cette époque , agitée elle aussi par des révolutions, et particulièrement parla situation du Péloponnèse, où plus a*une ville voulut échapper à l'oppression lacédémonienne. Chalcis , dont la population edt été insufiOsante, a dd souvent demander aux pays étrangers des compagnons et les entraîner à la suite de ses chefs. Ses émigrations se re- IK>rtent vers la Sicile et T Italie. En Sicile elle fonde Naxos, dans la première année de la onzième olympiade. Six ans après, LeonUum est fondée parles Chalcidiens de Théoclès , déjà chef de la colonie de Naxos ; Catane, par ceux d'Évarchus.
Les Chalcidiens . associés à des Messéniens, fondent Bhegium. Ils vont augmenter la population de Zancle et celle d'Himère, sa colonie, oà ils se confondent avec les Syracusains , d'origine Corinthienne.
En même temps, ils opèrent un mouvement encore plus important vers la Thrace, où les appelle un certain Théodos. Trente-deux villes leur durent leur existence; elles formèrent plus tard une
confédéraUon, à la tête de laquelle > Olynthe. La presquIledeUaudddiip a pris son nom de ces colonies. Entiit contribua à peupler l'Atbos. EofiD Chalcis fut la métropole dcsllc» d1as,« Sériphe et de Péparèlbe.
Ce nombre inouï des colonies deO* cis en même temps que les agitati«B intérieures qui en étaient les causes ikvalent fépuiser et raffaiblir.Onîoit* pendant par rimportancc que les m niens attachaient à une victoire rempor tée sur elle dans les dernières aoûée du sixième siècle, qu'à celte époque eik était encore une ville puissante.
Les Chalcidiens s'éUienl m «i Béotiens pour attaquer Atliènes, au fl»ment où sa liberté naissante «ûrfû»nacée par le roi de Sparte Oeoaene.
Une fois délivrée de ce pressant top.
Athènes songea à punir ragressiciw deux peuples aUiés. Une double «»w remportée le même jour sur les flj tiens, près de l'Euripe, etdaosl&W méipe sur les Chalcidiens, pw^'J^T Athéniens une vengeance éclatante:»
laissèrent quatre raille colons ar « propriétés des Hippobotes, r^ quelque temps enchaînés to.P"*:
niers qu'ils avaient faits, et ne lewr^
dirent la liberté que pour m ^ de deux mines par tête (5(W- ^f"^ d'Athènes fut la première aw"?^ sible de raccroisseraentdesap"!^^ Il semble , d'un auUre (A^i^Z^un coup décisif à la prospf»^ Vsusecis. Du moins est-on surpris ^^^^ condaire que cette vï''M?"*J^ après dans les guerres ^^^f^Lit^A CIS, la métropole de tant de ««^ lointaines, est obligée d'emp^^ vaisseaux à Athènes pour PJJ^^ je témisium et à Salamine. *^®J?^ nombre de vînçt, qui lui est '^^T^ lui conserve même alow son r»*'
moins en Eubée. rrtf^
Situation db Chaici* »* i. ui
NÉBAL DB lIlB d'EUBBB i^^, OUEBBBS MBDIQUBS. — ZZvfâit
l'indépendance de Chalcis et û« »^ en général n'existe plus, ^r^^^ tances particulières où ^^ Jks^, différentes villes de l1leH« «Se f pour leur composer ^ ^(^^ leur appartienne en propf*' j^ ^ cis, comme pour lesautr^*
ILE D'EUBÉE
tlon d* Athènes, après rexpolsion des Perses, s'était changée en domination.
Toute FEabée se révolta après la victoire des Béotiens à Coronée sur Toimidas , général athénien. Périclès passa dans lîie avec cinq cents vaisseaux et cinq mille hommes , et la soumit tout entière. Chalcis fut en particulier l'objet de sa vengeance. Il chassa les Hlppobotes, et partagea leurs propriétés a deux mille colons. Il consacra aans la plaine de Lélante des temples à Blinerve, et afferma le reste du territoire : les loyers furent inscrits sur des colonnes placées près du Portique Royal ; les captife furent retenus enchaînes en prison (446).
Pendant la guerre du Péloponnèse , la possession de TEubée était de la plus haute importance pour les Athéniens, et sa perte leur porta un coup funeste. Lorsque, d'après le conseil de Périclès, ils quittent la campagne pour se renfermer dans la ville, c'est principlement dans cette tie qu'ils envoient leurs troupeaux. Cest elle qui les approvisionne , et quand l'occupation de Décélie par les Lacédémoniens intercepte la route de i'Euripe, Athènes^ privée de ressources et bloquée, est réduite à la plus grande détresse.
Aussi les Athéniens entretiennent-ils une flotte pour garder l'Eubée, soit contre les incursions des Béotiens et des Locriens, soit contre les vaisseaux du Péloponnèse. Cest une victoire navale qui décide, dans la 21* année, la conquête de l'Eubée par les Lacédémoniens : toute rtle, sauf Oréos, se soulève et reçoit leur organisation. Pendant toute cette période, Chalcis, qui garde le souvenir de Texpédition de Périclès, joue un rôle complètement passif. Les Chalcidiens ne sont les soldats d'aucune cause ; Athènes préfère qu'ils ne soient pas organisés pour la guerre et ne fournissent que des contributions d'argent.
Cest de cette manière qu'ils concourent à l'expédition de Sicile.
L'Eubée n'était pas destinée à rester sous la domination de Sparte; ses maîtres les plus naturels étaient les deux srands peuples dont elle était voisine, les Athéniens et les Thébains. Elle combattit avec eux, et partagea leur défaite à Coronée (393). De même aussi, peu de temps après elle était associée aux suc-
cès d'Épaminondas et le suivait deux fois dans le Péloponnèse. Après le déclin si rapide de la puissance tnébatne , elle tombe dans uue période d'agitation qui ne se termine que par la domination macédonienne.
Athènes tenta d^y rétablir son influence, d'abord en luttant contre les Thébains, puis bientôt en combattant un ennemi plus dangereux, qui devait l'emporter par l'habileté de sa politique, plus encore que par les armes. Démosthène fit les plus grands efforts pour empêcher Philippe de faire de cette tle « une forteresse menaçante pour sa patrie » et de consommer une conquête fatale à la liberté de la Grèce.
Alors, par un rare privilège, l'histoire de 1 Ëubée pendant quelques années se lit dans les pages éloquentes des deux plus grands orateurs d'Athènes , Démosthène et Eschine , qui dans leurs luttes oratoires tirent de la conduite qu'ils ont tenue pour la liberté de cette tle d'inépuisables motifs d'accusation ou d'apologie. Néanmoins , c'est une triste histoire. Les luttes de partis, les intrigues, les exemples de vénalité et de trahison se multiplient dans chaque ville au point de rendre la connaissance de la vérité presque impossible; le résultat seul n'est pas douteux, c'est la malheureuse situation du pays où se passent ces misérables scènes. Voici quelques faiti qui se dégagent de cette confusion.
En 858, les tyrans Mnésarque et Thémison dominaient, le premier à Chalcis, le second à Érétrie. Tous deux avaient commis des actes d'agression contre Athènes, Thémison surtout, en s'emparant d'Oropos au mépris de la paix (365). Cependant, lorsque plus tard ils sont menacés par les Thébains , Athènes les secourt avec la plus grande activité; trois jours lui suffisent pour terminer son expédition. Démosthène, qui y contribua comme triérarque , rappelle souvent ce succès, et le propose comme un exemple de salutaire énergie à ses apa* thiques admirateurs. Il répète les vives exhortations par lesquelles Timothée fit décider l'entreprise d'enthousiasme :
« Vous délibérez quand les Thébainssont « dans l'île ! vous ne remplissez pas la « mer de vos galères! vous ne vous élan-
LTTOYERS.
€ cez pas dès maintenant pour courir « au Pirée! »
Cette première expédition d*Athènes semble avoir été suivie presque aussitôt d'une seconde, dirigée dans le même but et contre les mêmes ennemis. Eschine en parle avec autant d'éloges :
« En cinq jours vous secourûtes les « Eubéens de vos vaisseaux et de votre « armée; en moins de trente vous chas- « sites les Thébains, réduits à capituler. »
Diodore, an contraire, représente cette guerre comme le résultat des divisions des Eubéens , dont les uns appellent le secours de Thèbes , les autres celui d'Athènes. Il dit qu'elle se traîne dans de petits engagements où l'avantage est partagé , et que les deux partis, fatigués et ruinés, finissent par faire la paix.
Dès lors le parti thébain disparaît presque complètement , et est remplacé en Eubée par celui de Philippe, urâce aux soldats, à l'argent, aux promesses du roi de Macédoine , les trouoles augmentent, les ^rannies se succèdent et s'établissent plus fermement; les ambitieux se multiplient et changent impudemment de parti, suivant l'avantage du moment. Telle est la conduite de Callias, fils de Mnésarque , l'homme le plus influent de Chalcis. Callias agit contre les intérêts des Athéniens, puis obtient son pardon, c'est-à-dire revient à leur cause. Bientdt après, « sous prétexte d'assem- « hier à Chalcis un congrès eubéen , dit « Eschine, il arme l'Eubee contre Atbè- « nés, «t se fraye un chemin à la tyran- « nie. Espérant l'appui de Philippe , il « court en Macédoine, s'attache aux « pas du prince et compte parmi ses fa- « voris. Ensuite il l'offense, s'enfuit, et « se jette dans les bras des Thébains. Il « les abandonne aussi , plus variable a dans ses tours et retours que TEuripe, « dont il habitait les bords , et il tombe « entre la haine de Thèbes et celle de « Philippe. Alors il achète l'alliance « d'Athènes. » Tel est pourtant l'homme que Démosthène est lorcé d'associer h ses efforts. Cest son ami, de même que les tyrans protégés par Philippe , Clitarque et Philistide , sont ceux d'Eschine.
Athènes pendant ce temps n'a d'autre politique que d'attaquer les partisans de
Philippe et de soutenir toos ceux ^se déclarent contre loi. Ainsi die iqioBd imprudemment, et malgré l'afis de Démosthène lui-noéme, à l'appel de Piotarque, tyran d'Érétrie, oui le Tirà menacé par le prince roac&ioiiie&.b* fpÇ,és^ près de Tamynes, dans ose ^ sition difficile, sans espérance de seeoen ni par mer ni par terre , pressés àla&b par les ennemis qu'ils sont fenos cotbattre, et par Callias et son frère, T» rosthène, qui arrivent avec des mannaires de Phocide pour les écra», b Athéniens ne sortent de tant de pei^ que par une victoire inespérée de Pi»cion, leur général (341). Aussi booevelle de ce succès causa-t-elle k pios grande joie à Athènes ; Esdàu es Ait le porteur, et fut couronné parle pple : une couronne lui avait déjà étéàêeebée
Êar les chefs, sur le lieu méfoe docom* at.
CeUe expédition des Atbàiàm k stérile pour leur influence. Pbod^, après avoir été obligé de chasser Fb' tarque d'Érétrie, abandonna cette ^ à ses divisions. La tyrannie de Ptel^
3ue y est bien vite remplacée par ceik es trois principaux partisans de Plulippe, Hipparque, Automédon etOitoque. Leur protecteur, en les étaWisafit sur les Érétriens , envoie Hipp^i^ avec mille soldats étrangers déîruin les murs de Porthmos, pomt fortifié dans le voisinage d'Érétrie, ^^
C'est à ce moment que DérooOTtoe déploie en Eubée la plus grande acwitt; c'est alors qu'il veut, comme le répéiw ironiquement Eschine, par M*^^* Thèbes et de l'Attique, élever siffi?
frontières d'Athènes un rempart ^ rain et de diamant. Il faut croire i* gré les attaques de son enneiiH f^ tique, à la pureté de ses inteoMsj" même au succès dont elles furent «> bord suivies. Athènes le reco°"J,5 lui décernant une couronne; ^^ met en doute la valeur ^^}^ gnage, trop prodigué en ^ J.
n'être pas suspect, on doit ave» g fiance dans la tradition by^ qui s'est établie chez les aiff*^ sujet de la conduite du gf^^^SL Démosthène réussit donc à «SE une alliance générale de toute n»J avec Athènes. Chalcis était à la t» »
ILE D*EUBËE.
cette espèce de confédération eubéenne ; c'est dans ses murs que se tenaient les assemblées générales. Érétrie et Oréos prirent part à Tentreprise. Malheureusement, soit par les lenteurs des Athéniens , soit par Tascendant de la fortune de Philippe , soit surtout par la profonde corruption du pays, ce projet échoua. £rétrie> même sous la tyrannie de Clitarque, et Oréos payèrent chacune exactement cinq talents , leur part de la contribution générale de toutes les villes d'Eubée(40 talents).
On ne sait ce que devint cet argent entre les mains de Gallias , Torganisateur de l'entreprise , et là se bornèrent tous les résultats. A Oréos, famour de la patrie et de la liberté semble vivre avec plus d'énergie ; mais, ruinée par la guerre contre Philippe, épuisée complètement par cette contribution de cinq talents, déoiirée par des factions, enûn , quand Tennemi est sous ses murs, elle loi est livrée par Philistide et par le reste du parti macédonien. Philistide, en possession de la tyrannie, établit son autorité par des violences. Érétrie reste sous la domination du tyran Gitarque, et deux tentatives au elle fait plus tard pour recouvrer sa liberté n'aboutissent qu*à rendre son asservissement Eus complet et plus dur. Philippe punit s Érétriens en leur prenant leur territoire et en le faisant occuper par des troupes étrangères, d*abord sous la conduite d'Eurylochus, puis sous celle de Parménion. La victoire de Chéronée (838), remportée surThèbes et sur Athè^ nés, confirma la domination macédonienne en Eubée.
Sous le règne d'Alexandre TEubée n*a pas d'histoire; après sa mort elle est, comme toute la Grèce, disputée par ses généraux. Possédée d'abord par Antipater , elle resta presque constamment entre les mains de Cassandre, malgré deux conquêtes momentanées d'Antigone et de Démétrius Poliorcète, et il la transmit avec son royaume à ses successeurs. Le nom de Ttle est complètement oublié au milieu des agitations subséquentes de la Grèce, et ne reparaît plus qu'au moment de l'arrivée des Romains.
A partir d'Alexandre , seule de toute FEubée, Chalcis voit grandir son im-
portance par le fait même de l'abaissement général de la Grèce. La Grèce, perdant son rang de puissance active , est devenue elle-même, comme l'Eubée, une proie disputée par des maîtres étrangers. De là vient la valeur des positions avantageuses pour une conquête générale du pays. Chalcis , de même que Démétriade et Corinthe, est appelée par Philippe, ennemi des Romains, une des trois chaînes de la Grèce. Son rôle consiste surtout à recevoir de ses maîtres des garnisons que lui enlèvent les prétendus libérateurs de la Grèce , pour donner un témoignage éclatant de leur sincérité. Elle est ainsi délivrée par Démétrius Poliorcète et plus tard par Flamininus , après la proclamation solennelle qu'il fit faire aux jeux isthmiques.
Pendant la première guerre de Macédoine, un coup de main rendit G. Ciaudius Centhon maître de Chalcis, ou'ùne navigation heureuse lui permit aesurprenore la nuit (200) : les greniers de Philippe sont incendiés, les prisonniers qu'il avait placés dans cette ville, comme dans le lieu le plus sûr, délivrés; les Romains, trop laibles pour garder leur conquête, se retirent après 1 avoir saccagÀî. Philippe accourt de Démétriade, mais n'arrive que pour voir fumer les ruines de Chalcis, à demi brûlée. « Il y laisse quelques hommes pour ensevelir les morts , » et se porte en toute hâte , à travers la Béotie, sur Athènes, occupée par les Romains. Il ne peut la prendre, mais lui fait supporter de barnares représailles : il mcendie le Lycée, le Cynosarge, détruit les tombeaux, les temples, les statues, et, dans son ardeur de vengeance, fait briser jusqu'aux pierres des monuments renversés.
Après la guerre contre Philippe , c'est naturellement le parti romain qui domine à Chalcis. Au commencement de la lutte contre Antiochus, en 192 , il fit échouer, avec le secours d'Érétrie et de Carystos , une tentative de Thoas , chef des Étoliens. Il résista de même aux instances d' Antiochus, qui vint se présenter aux portes de la ville, et qm fut obligé de partir sans en faire le siège , faute de troupes suffisantes. Mais le roi de Syrie revint bientôt avec des forces plus considérables, et cette fois , malgré
L'UNIVERS
les efforts des partisans de Rome, qui furent eux-mêmes obligés de quitter Chalcis, les portes furent ouvertes sans résistance. Quelques soldats romains, dans le petit fort de TEuripe, et des Achéens, à Salganéa, se défendirent seuls. Ce succès entraîna la soumission de toute TEubée. Antiocbus passa l'hiver à Chalcis, et y donna, à cinquante ans passés, le ridicule spectacle de son amour et de ses folies pour une jeune Chalciëienne , nommée Eubée , qu*il épousa.
Malgré les promesses des Romains et rétalage de leulr générosité , Chalcis eut à souffrir plus d'une fois de Toppression des préteurs destinés à la protéger ; elle porta ses plaintes au sénat, qui en tint compte et entoura d'égards son ambassadeur. Miction, le plus chaud partisan de l'allianoe romaine. Néanmoins, dans la guerre d'Acbale on voit les Chalcidiens entraînés à la suite des Béotiens et vaincus avec eux aux Thermopyles par Q. Cœcilius Metellus. Ils payèrent cette révolte contre des maîtres trop puissants par la destruction de leur ville et une amende de cent talents, qu'ils payèrent de moitié avec les Tbébains.
L'Eubée fut comprise dans la pro« vince romaine d'Achaïe. Au siècle suivant elle fut soumise, avec toutes les Cyclades^ à Mithridate par son lieutenant Arcbélaûs. Ce fut la dernière de ses épreuves ; plusieurs siècles de tranquillité lui furent désormais assurés sous la domination de Rome. L'empereur Justinien, en faisant réparer ses fortifications , la mit en état de jouer pendant le moyen âge le rôle auquel l'appelait d'ailleurs sa position.
Telle est dans Tantianité l'histoire de la principale ville de i'Eubée , histoire vide, malgré tant de vicissitudes ; rarement intéressante , quoique le sort de toute l'île y ait souvent été attaché , et
Îiu'elle ait été impliquée elle-même dans es luttes les plus importantes de la Grèce. Ce fut la destinée de ce malheureux pays de TEubée , que tous ses éléments de prospérité, la richesse du territoire, les avantages de position, ii^aboutisent qu'à en faire une proie ardemment disputée. Les discordes civiles, les mouvements désordonnés des factions consumèrent les forces des villes : aucune ne put élever une puissance assez
solidement établie m se eonslitiKr existence assez forte poarse garder place au moment du développenoà, prompt et si énergique, des gra villes de la Grèce. Les maîtresie»
dent dans l'île, rien ne s'y établit «^ tombe que par la force; et daas M ces luttes dont elle est le théâtre 14 a jamais de victoire pour elle, H i/yi que les dévastations et les oiaA Les efforts de ses habitants «poéi dans des intii^es misérables oc il calculs d'ambition personnelle ;diEi déchirée par des partis qoi tnvalâri pour des étrangers. Tout genne disà pendanee est de bonne ïmnàoété elle, comme tout élan iktMh§m arrêté. Aussi de cette bistée açrtq n'a-t-elle conservé ni la trisle^qf reste aujourd'hui à d'autres ptmM de la Grèce , celle des mioes; oà la illustres souvenirs du dérdoppeflitf artistique et littéraire. Les puira^ sont éicroulées et dispersées, ao fia qu'elles nous laissent à peine «s/i un seul fragment reeonnaissabie m beau monument , mais deox oo M murs de villes, dont les restes oe prâ» tent qu'un aspect ^id 3tians£raBi«.
Chalcis, la première até d« itie.O rystos , Oréos ont dispani sans iatat de traces^ et, à dé&utie'vioes.oo^ manderait inutileroeot i ÏEabée m chef-d'œuvre littéraire, oa même an* ces noms populaires, qu(tt^<^^P<)8^ par le temps , que noos Kiérons sur i foi de l'admiration antique.
Hommes illustres de l'£dbb£.* Chalcis cependant semblait destii^ occuper une place briliaotc<ians|c ** loppement du génie gre». Elle tojtbf^ trie de Linus^ mystérieux représetf»
des âgeâ les plus reculés. Qoaniila^ née en Thrace tend à deweodre, p»* Parnasse, l'Hélicon et ThèbeSi * Athènes , une tradition veot <p»* soit rencontrée à Chalcis afecBiii^i plus douce, née en lonie, et qiH* ville ait été le théâtre de lej*£- Hésiode, rélève d'Orphée, et »[J»| le poète de Smyme, s'y serweali^ combat poétique, où le P'W"?*^ été vainqueur; jugement ^*î*l ment postérieur de l'esprit g'*^P confirmé. Le po^ d'Ascra pVr même avec orgueil de son tiiW*»
ILE D'EUBEE.
Z9ff
sans Dommer ses rivaux, et dit qu*il a consacré aux muses de THélicoQ le trépied proposé comme prix de la victoire par les fils d'Ampbidamas. A Tépoque de Pausauias on voyait encore près de la fontaine Aganippe le trépied d'Hésiode.
Plus tard, Gbalcis, et avec elle Érétrie, sans rester étrangères au mouvement d*Athènes, leur voi&ine, qui est devenue la patrie presque unique des arts , de la poNÊsie et de l'éloquence , ne font que le suivre d'assez loin ; ensuite, elles se rattachent à Pécoled'Alexandrie quand cette ville prend le rôle glorieux d'Athènes.
A la première époque, Ghalcis fournit l'orateur Isée, qui développe son talent loin de sa patrie, et va recevoir des leçons d'Isocrate pour en donner lui-même à Démosthène; et un peintre, Timagoras, qui, dans une lutte de peinture aux jeux pythiques , vainquit Panœnus ,• frère de Pnidias et artiste célèbre, et chanta luimême sa victoire. Érétrie produit le poète tragique Achœus, rival d Agathon, et le
{)hilosophe Ménédème, l'un des pères de 'éclectisme, celui qui dispute à Phédon l'honneur d'avoir fondé I école d'Ëlide. Dans les arts on ne connaît de cette ville que le nom du peintre Philoxénus et celui du sculpteur Philésias. Le chefd'œuvre du premier représentait: une victoire d'Alexandre sur Darius; il avait été fait pour Cassandre , roi de Macédoine. Pline le vante beaucoup, et parle aussi d'un tableau du cenre comique où était représenté le festin de trois silènes. Philoxénus appartenait à une école qui se piquait de peindre avec une surprenante rapidité. Il perfectionna les procédés anciens, et en trouva de nouveaux. Philésias était l'auteur d'un bœuf en bronze, consacré à Olympia par les Érétriens.
Pendant la période Alexandrine, Chalds seule représenta le mouvement littéraire de l'Euoée. Elle vit naître Lycophron, l'un des poètes les plus prétentieux de la pléiade qui brilla à la cour de Ptolémée-Philadelpbe : ses tragédies étaient déjà des énigmes pourTzetzès, sous le Bas- Empire; Euphorion, qui fut bibliothécaire a Antioche, auteur d'élégies, d'épigrammes, historien et grammairien ; enfin l'historiographe Philippe.
En somme, ni TEubée ni Ghalcis en particulier n'ont eu de vie qui leur
appartînt en propre , pas plus sous le rapport intellectuel que sous le rapport politique. Ghalds a fourni un faible continrent aux grands centres qui l'ont attirée. Il est à remarquer cependant que, soit par l'agrément de sa position au milieu de sources ombragées, au bord de l'Euripe et près des grandes villes de Thèbes et d'Athènes, soit à cause du caractère et des dispositions de ses habitants, ce fut un séjour aimé des orangers. Théognis, au sixième slède, quitta plus d'une fois pour Ghalcis Thèbes , sa résidence habituelle depuis qu'il avait abandonné Mégare, sa patrie. Aristote, poursuivi par l'hiérophante Eurymédon, vint y chercher la tranquillité, et y finit sa vie. Dans son testament, il laisse à Herpyllis, sa fille adoptive, un logement a Ghalcis, près de son jardin. On sait que, par sa mère, Aristote était d'origine chalddienne. G'est égaleooent dans cette ville que vint mourir le philosoplie Bion, originaire d'Olbia sur les bords du Borvsthène.
Apr^ une vie fort impie, elle le vit à son dernier moment s'efforcer , par une foule de pratiques rdigieuses , de désarmer la colère des dieux.
Dicéarque vante les Ghalcidiens, la pureté de leur race et de leur langage, leur amour des arts, leur nature généreuse et libérale, qui avait résisté a l'influence avilissante de la servitude, et cite à l'appui de son jugement un vers du poète Philiscus : « Ghalcis est hac bitée par la vraie et bonne race des « Hellènes , xp^^^^ 096$^* M i\ %sàx\ç « 'EXXnjvcov nSkiç, »
Les Ghalcidi^is étaient primitivement célèbres par leur habileté dans le maniement de la lance. On représente les premiers Abantes comme une race guerrière^qui méprisait dans la guerre l'usage de l'arc et de la fronde, mais combattait de près l'épée à la main.
A tant de qualités il faut opposer un défaut, si nous en croyons les railleries des poètes comiques sur l'avarice des Ghalcidiens , passée en proverbe. Gette disposition avait pu être développée par le commerce, qui florissait chez eux, grâce à la position de leur ville. Aux époques les plus agitées de leur histoire, leurs affaires n'étaient point interrompues ; il y avait à Ghalds de très-grandes
L'UNIVERS
fortunes. Lors de la tentative de PÉtolien Thoas , c*est un riche marchand , Hérodote Cianas, qui favorise le plus cette entreprise.
. ËB^TBiB. — Au sud-est de yasUiko, après avoir suivi pendant trois heures un chemin resserré entre la mer et les dernières pentes du mont Olymbos, on trouve , à Ventrée d'une plaine, la ville d'Érétrie. Un rocher escarpé se détache des montagnes qu'on vient de longer, et s*avauce du côté de la mer; c^est remplacement de Tantique acropole. Au bas s étend jusqu'au rivage la ville moderne yitetriOy AkixpicL , comme l'appellent les habitants. C'est un curieux exemple des entreprises avortées du gouvernement grec. Il a sérieusement songé à ressusciter l'ancienne rivale de Chaïcis; sur un espace suffisant oour une grande ville , il a dessiné un plan , trace des rues larges et régulières; mais il a néglisé de dessécher un marais voisin, et les fièvres ont arrêté le développement de la nouvelle fondation. Il en résulte un ensemble singulièrement triste : sur ce vaste terrain sont disséminées des ruines toutes récentes, et de distance en distance sont quelques maisons habitées; dans une seule partie, elles se suivent à des intervalles assez rapprochés pour former à peu près un côte d'une rue. Cependant, malgré la persistance du fléau, un certain nombre de constructions récentes indiquent de nouvelles et courageuses tentatives d'habitation : et même nulle part en Eubée , saut à Chalcis , les maisons ne sont plus belles.
Le mur d'enceinte de l'acropole avec ses tours carrées reste en grenue partie; on en suit la ligne sur toute la pente orientale de la hauteur; à l'ouest il est remplacé suffisamment par des rochers escarpés. Cest une forte position, défendue d'un côté pr un marais, et de l'autre par un ravin profond. Au pied de l'acropole, à l'est, à l'ouest et sturtout au sud , jusque sur l'emplacement de la ville moderne, des traces de murs et de constructions antiques couvrent un grand espace , mais nulle part elles ne s'élèvent à un pied au-dessus du sol.
Du côté occidental, sur une colline artificielle , est un théâtre , tourné vers la mer : à peine reconnaît-on quelques
I)ierres des gradins au milieu des herbes ; a forme seule subsiste.
Il y avait eu dans l'antiquité deux villes d'Érétrie, celle que les Perses ont renversée et celle qui fut construite après leur départ. On a cru à tort, d*aprè8 un pas* sage de Strabon mal à propos pris au pied de la lettre, que ces deux Erétries étaient situées à une assez grande distance l'une de l'autre , et la nouvelle au nord-ouett de l'ancienne. Il n'en est rien ; les deux Erétries se sont également placées l'une et l'autre sous la protection de cette acropole gu'on voit encore aiyourd'hui, qui existait avant l'invasion des Perses, et qui a, en partie an moins , survécu à leur destruction; seulement la ville ancienne s'étendait au pied et à Test, et la ville nouvelle s'est élevée à côté, à l'ouest et au sud. On pouvait ainsi voir, comme dit Strabon, auprès de la seconde Érétrie les fondations de la première. La place occupée par les débris antiques est assez étendue pour justifier cette assertion.
Bien certainement Érétrie renferma autrefois de nombreux monuments ; son importance parmi les villes secondaires de la Grèce ne permet pas d'en douter. Mais ni les témoigna^ des anciens , ni jusqu'ici ceux des ruines n'en ont gardé aucun souvenir. Cette mosaïque trouvée en construisant une maison prouve seulement que les Romains avaient aimé cette position d'Érétrie, au bord de la mer et en vue des côtes doifces et verdoyantes de l'Attique. Sans aucun doute, des fouilles amtoeraientd'aatresdécouvei:te8 du même genre.
Amabtnthb. — Amarynthe était un boura situé à sept stades des murailles d'Érétrie. La principale déesse de l'Eubée y recevait les plus grands honneurs. Dans la fête qui se célébrait à l'époque de la plus grande prospérité d'Érétrie figuraient en procession trois mille hoplites, six cents cavaliers et soixante chare. Pendant la guerre de Macédoine , on voit les Carystiens prendre part annuellement à cette solennité. Cest dans le temple que se conservaient les actes les
f)lus importants , comme celui qui fixait es conaitions du combat dans la guerre de Lélante. Le culte de Diane-Amarysia se célébrait également avec beaucoup de pompe en Attique.
ILE D'EUBËE.
Gérés était honorée à Ërétrie ; Plutarque Qous transmet une cireon«tanee particulière de son culte et une tradition curieuse. Les femmes érétriennes faisaient cuire les viandes au soleil, et non pas au feu , et n'adressaient pas à la déesse Tin- Tocation d'usage sous le nom de Calligé* nie, peut-être en souvenir de ce qu'en ce lieu, au moment où lea captives emmenées de Troie par Agamemnon célébraient les Tbesmophories , le vent favorable s'était élevé et ks avait obligées de laisser, pour partir , le sacrifice inachevé.
HiSTOiftB d'É&btaie. — La Grèce est le seul pays où des villes aient pu, s'élevant à coté les unes des autres, conserver une existence , un développement et une prospérité à part. Nulle part ce fait n'est plus frappant qu'à Érétrie, située à cinq lieues de Chalcis. Quoique le mouvement général de la politique en Grèce ait plus d'une fois lié son sort à celui de la ville principale de l'ile , pendant de nombreux siècles , jusqu'à la domination romaine, elle forma un État séparé , et , sous le régime de la tjran* nie comme sous celui de la république , elle resta indépendante de sa voisine.
On saltdéjà comment elle fut peuplée.
Surtout iomenne d'origine, elle .emprunta son dernier nom au dème attique des Ërétriens , plutdt sans doute qu'à Érétrius, fils du Titan Phaéton.
Auparavant elle avait porté celui de Mé' ianéis et celni d'Arotria, qui faisait sans doute allusion à une richesse de territoire dont les landes actuelles ne donnent guère l'idée.
La colonie d'Éléens qu'elle avait reçue à une époque incertaine avait été assez considérable pour y laisser une habitude ^e prononciation que raillaient les poètes comiques d'Athènes, et que Platon remarquait. Elle consistait à multiplier hors de l'usage la lettre R au milieu et à la fin des mots.
La guerre de Lélante est un témoignage de l'importance qu'avait acquise Erétrie dès le début des temps historiques. Ses nombreuses colonies dans le nord et sa domination sur plusieurs îles, entre autres sur celles d'Andros , de Ténos et de Géos , en sont une nouvelle preuve. Sa constitution , aristocratique de la même manière et à la même époque
que celle de Chalcis , fut , comme dans cette ville, changée par des révolutions. A une date inconnue , Diagoras , offensé par un des chevaliers à l'occasion d'un mariage , renverse leur oligarchie. Néanmoins, un fait démontre qu'Érétrie Ait primitivement moins éprouvée que sa rivale par les agitations politiques ; c'est qu'elle garda pendant quinze ans l 'empire de la mer , et ne le transmit à Égine que dix ans avant l'invasion des Perses.
De même que Chalcis, vers cette époaue , elle est l'alliée de Thèbes contre Athènes. C'est dans ses murs que Pisistrate, chassé par Mé^aclès, trouve asile et prépare son retour.
Sa puissance sur mer devait être pour elle une cause de ruine , en lui permettant d'aller provoquer les Perses en Asie Mineure. Par reconnaissance pour les IVlilésiens, ses anciens alliés dans la guerre de Lélante , elle joignit cinq galères aux vingt que les Athéniens envoyèrent au secours deMilet. Delà vint le ressentiment de Darius contre les Érétriens. C'est contre eux que sont officiellement dirigées la première expédition que fit échouer une tempête près du mont Athos, et, trois ans après, la seconde. Celle-ci devait réussir aux moins contre Érétrie. Mais déjà les dissensions civiles et la trahison devaient être de moitié dans le succès des Perses. A l'approche des ennemis , parmi les citoyens , les uns parlaient de se réfugier dans les montagnes, les autres songeaient d'avance à livrer la ville. Cepenaant le parti des bons citoyens semble remporter ; les Erétriens restent renferma dans leurs murailles, et se défendent six jours avec énergie. Le septième , deux traîtres , Euphorbe et Philagros, ouvrent les portes aux assiégeants ; triste manifestation des causes honteuses qui devaient empêcher Érétrie de reprendre jamais un rang parmi les peuples de la Grèce , 490 av. J. G.
La vengeance des Perses fut complète^ la ville lut pillée et brûlée avec ses temples , en souvenir de l'incendie des Sardes , et les habitants emmenés en esclavage. Darius avait dit qu'il voulait voir de ses yeux les Ërétriens prisonniers : Datis et Artapheme , à leur retour en Asie , les lui amenèrent à Suze. Le roi de Perse se contenta cependant de leur
L'UNIVERS
assigner pour séjour un de ses domaines appelé Ardéricca , dans le paysjde Cissia, à deux cent dix stades de Suze. Ils y vécurent et y restèrent Grecs pendant plusieurs siècles. Cent soixante ans plus tard , Alexandre v trouvait leurs descen* dants encore fidèles aux Institutions et à la lançue de leur patrie. Cependant une partie des habitants d'Érétrie avaient échappé à la déportation. Ils revinrent, rebâtirent leur cité, combattirent avec ardeur contre les Perses , et pendant Tin- Tasion de Xerxès, alors que Chalcis n'avait phis de marine, Érétrie s'était assez relevée pour se faire représenter par sept vaisseaux à Artémisium et à Salamine. Elle envoyait à Platée , avec le concours de Styra , six cents combattants.
Érétrie avait assez souffert pendant les guerres médigues pour avoir sa part de cette liberté si péniblement défendue contre les barbares. Aussi subit-elle à regret la domination d'Athènes ; et quand la défection devint possible , c'est elle qui en donna le signal. Avant même
Î[ue la révolte ne fût déclarée , elle aida es Béotiens à prendre Oropos; et elle hâta par ses instances l'arrivée de la flotte péloponnésienne . dont la victoire combla ses vœux. Les Athéniens n'avaient
f»u réunir que trente-six vaisseaux contre es quarante-deux navires péloponn^iens.
Les ruses des Ërétriens contribuèrent
{)uissamment à assurer la victoire à eurs ennemis. Les Athéniens furent complètement défaits dans la bataille navale quise livra entre Érétrie etOropos; tous ceux d'entre eux qui se réfugièrent à Érétrie , comme dans une ville amie , flirent massacrés , et vingt-deux de leurs vaisseaux furent pris (411).
On a vu comment Érétrie s'était réservé son triste rôle pendant cette période d'intrigues et de calamités, qui aboutit à la domination macédonienne.- Désormais , associée au destin général de toute l'île , elle changea de maîtres avec elle. Pendant la guerre des Romains contre Philippe , comme tous les points fortifiés de i'Eubée , elle reçut une garnison macédonienne , et fut prise en 198 par les Romains. Trois flottes l'assiégeaient à la fois , une romaine , une autre rhodieune , et la troisième amenée par le roi Attale. L'attaque fut poussée avec
la plus grande vigueur, et la défenselÉ d'abord très-én^que,grâoeàlipl^ sence des soldats maoédooi«DS,q« fusaient aussi |>ear aux assiégés qK is Romains. Mais les Érétriens eonnaeèrent à céder , quand ilsai^prirent^l n'avaient plus de secoonaatteBdiedp Philodès , le comroandaDt placé pv Phi lippe à Chalcis. Us envoymt ds «• teurs à Attale, pour iroDlorersoopaidr et son alliance ; en même temos ih f relâchèrent de leur vigilance bàitoek Le général romain , L. QaiotiiB, 6^ du consul Flaminiuus, en profit! p
£ rendre Érétrie d'assaut etpooriaiâs [ais le pillageprodnisitpeod'oret(fv; gent; la malh3Qreu8e ville ii'âi àà pas à sa première nuoe. UiK|UBî»i romaine succéda h la ganiisa de Piùlippe, puis fut renvoyée trois »pfe* tard, lorsque, par l'infiiieDee de fuoaninus , il eut été décidé qa'^'^i"!' rait, elle aussi, de la liberté sdw lement rendue à la Grèce. liatai^ question de flaire cadeau de cette Wi ainsi que d'Oréos , i Eanèoe, ikS^ taie. . .
On voit qu'après la conquête défetive de Rome die avait été doonée ao Athéniens ; car Auguste rcaleya a « peuple, pour le punir de œ çu il «"^ suivi le parti d'Antoine.
A cette époque Érilrie était «wapte tement déchue de son ancienne impoj tance, même relativemeûm i^ «^ nie, et éuit loin de dispaUi a^3*«1 le premier rang. Déjà,deiff wctewi paravant , lorsqueles Romains «pnwE*. ne sedoutant pas de sa prospénte ps».
ils étaient étonnés de troaverdam ville aussi petite et aussi faible de tableaux , de statues et autres d'arts. Nous avons vu tfiC!^^ proximité d'Athènes avait été .^ l'indépendance des Érétriens , usawpj dû à son influence un certain «■**:
arts et même quelques noms câa^ dans l'antiguité. De leurs rich»»^ tiques ou littéraires, n<wisnepfl»j^ aucun reste ; en somme, c'esl^Pr* que nous ne connaissons pas. ,p^
TEBBITOIBE et DiPENDàlO»*^
BÉTBiE. — La plaine d'Érét* ^ environ pendant deux beuresliJJJ^n
la mer; au bout de ce terop*^*^^ contre la fin de la chaîne du D0Ft ^
ILE DEUBEE.
la borne à Test; à Touest , derrière la ▼il le, une ramification de la même chaîne, YOiymbos, descend de même jusqu'au rivage , et ainsi se trouve enfermé dans un triangle irrégulier le territoire immédiat de Tanciennecité. A proprement parler, il n*y a pas de plaine; des mouvements de terrain assez doux montent irrégulièrement depuis le bord de la mer jusqu'aux montagnes. Ce ne sont en grande partie que des landes , occupées par quelques villages, dont le plus im- |)ortant et le plus oriental est f^athya, situé à peu de distance du rivage, mais déjà sur la hauteur.
PoBTHMOS. — C'est dans cet espace qu'il faut chercher la position de Porthmos, place fortifiée, dont il est souvent question dans Démosthène. Philippe en chassa les Êrétriens et en détruisit les murs. Son nom parait indiquer qu'elle était au bord de la mer, et son importance pour la liberté des Êrétriens ne permet pas de croire qu'elle ait été éloignée de leur ville. Deux positions satisfont à cette double condition : une petite éminence, surmontée d'un reste de tour ronde, à moitié chemin environ entre Érétrie et Fathya^ et , au-dessous de ce dernier point» une colline plus considérable, 01^ Ton voit maintenant quatre ou cinq chapelles ruinées. Cette colline ne porte aucune trace de murs ni de fortifications ; mais on y trouve de nombreux fragments de marbres antiques, €t même c|ue]ques sculptures^ romaines il est vrai, enclavées dans les murs des chapelles, et plusieurs pierres helléniques, éparses au pied, à peu de distance. Ce dernier emplacement semble plus probable, comme ayant plus de valeur au point de vue militaire : il pouvait défendre une entrée de la plaine, de même que l'acropole d'Êrétrie défendait l'autre.
De cette colline on se rend, à l'est, dans la plaine d'jiUvéri, par un de ces chemins dont le nom grec, KakUkcUa, dit la nature. Pressé entre la mer et une montagne escarpée , c'est pendant plus de deux lieues une alternative de fDontées et de descentes rapides sur les rochers, tantôt au niveau de l'eau, tantôt beaucoup au-dessus. D'anciens blocs de pierre soutiennent le rivage.
à l'entrée. Cétait évidemment une routé
W Livraison. (Ile d'Eubée.)
antique. JHvéri est un gros village, qui^ d'une hauteur où il est placé, domine une plaine riche, mais en partie marécageuse. A louest sort de la montagne un torrent, qui arrose, au bas du village, des vignes et des jardins. Si on le suit, en descendant vers la mer. on trouve bientôt , sur sa rive droite, dans une partie à peu près inculte, des ruines de tours carrées, d'une construction ancienne, qui marquent une ligne d'enceinte au pied d'une montaffne rocheuse, et en apparence inhabitable.
Tamynbs. — L'emplacement antique indiqué par ces ruines est probablement celui de Tamynes, ville dépendant d'Êrétrie, qui donna son nom à un champ de bataille mentionné dans l'expédition dirigée par Phocion au secours de Plutaraue. A Tamynes était un temple d'Apollon suivant Strabon, et suivant Etienne de Byzance un temple de Jupiter. Les sommets voisins, ceux par conséquent qui séparent la plaine d Alivéri de celle d'Erétrie, formaient le mont Cotyléy consacré à Diane. C'est peut-être a cette divinité qu'était élevé un petit temple qu'on voit sur la crête de la montagne, au-dessus du village actuel de Parthéai. Les premières assises de la cella sont conservée.
Dans le voisinage de Tamynes , et probablement du coté d'Êrétrie , étaient Choerées et i£^ilia, points du territoire érétrien ^ue virent aborder les Perses.
D'Aliveri dépend un petit port; à peu de distance , au sud , s'élève un toti vénitien , sur l'un des premiers et des plus bas sommets des montagnes, qui rejoignent la mer à cet endroit pour ne plus la quitter avant la plaine de Stoura.
Si l'on trace par la pensée une ligne éi/ilivéri au cap Ochthonia, vers le nord-est, entre cette ligne et le versant oriental du Delphi, sera compiise la région la plus peuplée de toute l'île. Audessus d Alivéri même, jusqu'à la petite chaîne qui joint le Delphi aux montagnes de Dystos, les mouvements doux et variés du sol , de beaux chênes verts et de nombreux villages heureusement situés dans la verdure des arbres , composent un fort joli pays. L'intérieur des montagnes , qui depuis Chalcis paraissaient âpres et desséchées du côté de la mer , reproduit dans de frais ra-
L'UNIVERS
vins toutes les richesses de la végétation grecque.
En redescendant vers Test, do côté de la mer Egée, on tombe au pied du mont Ocbthonia, dans une longue vallée cultivée en partie.
Cette montagne domine plusieurs villages , dont le plus considérable est Jvlmari. Ses maisons vont rejoindre, par des jarctins, les grands platanes qui ombragent le lit, presque toujours dessécbé, d'un fleuve, tributaire fort avare de la baie de Koumi. Près des jardins est une ^lise de Saint-Dimitri , célèbre dans le pays, ainsi qu'une autre, consacrée à saint Jean, qui est séparée de la première par une colline. Toutes deux sont de construction byzantine, comme un grand nombre d'autres en Grèce; mais une tradition particulière les recommande à l'admiration des habitants :
elles seraient le résultat d'une lutte de talent entre deux grands artistes dont l'un était l'élève de l'autre ; et le maître, vaincu, serait mort de dépit. Une hauteur voisine est couverte de morceaux de briques, traces communes aux ruines modernes et aussi aux ruines anciennes.
Peut-être appartenaient-elles à un viUage récemment détruit, peut-être sont- ce les derniers débris de r antique OEchalie, la ville fondée sur le territoire d'Érétrie par le héros Eurytus. Il est certain que toute cette vallée a dû nourrir, dans l'antiquité, des habitants ; mais le silence complet des auteurs anciens au sujet d'une grande partie de l'Eubée nous réduit aux conjectures les plus vagues.
Une autre vallée aboutit également à la baie de Kovmi; mais celle-ci lui apporte le tribut constant d'un courant véritable. Cest peut-être l'un des deux fleuves nommés par Strabon comme les principaux de Itle , dont l'un avait la propriété de rendre blanches les brebis qui s'y abreuvaient; l'autre, celle de les rendre noires. L'embouchure de ce fleuve est voisine d'une petite montagne, COxylithos^ terminé par un sommet trèsaigu, comme l'exprime son nom, sur la pente et au pied de laquelle restent quelques pierres de l'époque hellénique. Il prend sa source dans le Delphi, descend vers le sud-est , puis , faisant on graÉd détour, remonte on peu vers le nord pour se jeter dans la mer.
L^antiquité n'a laissé aacun souvesir dans la vallée qu'il arrose, non ^ que sur les hauteurs voisines; noaismlle part les monuments de la dominatk^ nranque ne se multiplient cTune manifrt
{)ltt8 remarquable. Déjà les défilés n es montagnes derrière Chalcis , Gk^uno, dans la plaine d'Érétne , k pm.
d*Alivéri, Béhuiîa, à l'entrée des msttagnes de Dyçtos, ^vlonari, et deafsbreux points dans tout le centre de Hîe, montrent encore les demeures forti^éa des seigneurs dn moyen âge. Ihisic, sur chacune des rives très-babitéa h fleuve, chaque villaffe est dorainépars} tour, et il n'y a guère d'émitteoœ m àe vallée voisine où de pareilles iwÎDes ne s'élèvent.
Indépendamment de Tefiét ffcUe produisent, toute cette partie a f^dlemême un curieux aspect. C'est une accession de collines formées de tarms blanchâtres sur lesquelles cnMScot éts vignes innombrables. Cest la rkfasp du pays : il fournit en quantité UBnnivais vin, qui r'en est pas moios fol^rt d'un commerce considérable, partinlièrement avec l'Anatolie et avec la ma Noire : aussi les villages y abondeot-iis; Kastrovola, Kenistrcu, les plos inportants, semblent même avoir cfépasse cette ligne imperceptible atu jma d'u étranger qui sépare en Gfèoe une vi\\e d'un vUlage , et avohr aoqois des ûroits ao premier titre. Mais la vîite incontestée de tout ce côté de me, c'est Kommi, dont la situation est la pins renivquable.
KouMi. — Le Delphi , après aw étendu vers l'orient sa pointe h pks avancée et formé ainsi le cap de Kwiwi arrête le développement de ses sonuDrts abruptes et de ses ravins impratioiliiR. qull a longtemps prolongés vers kt nord, et descend, par des plans de pie en plus doux, jusqu'à la vallée d'Afl»nari. Ainsi est produite, depuis le o^ de Koumi jusqu'au cap Ochtboma, ert»
suite de hauteurs et Je collines qâih baissent successivement, et qoi, Aas leurs vallées ou sur leurs pentes, i6nt des points nombreux à rhabitatioL Bécisément à l'endroit où ce changevcBt s'opère dans la nature du pays, assortir de montagnes inaccessibles, etàl'ea* trée de la partie habitable, s'élère b
ILE D'EUBÉE
ville de Koumi^ qui jouit de Tavantage, ooique sur toute cette côte , d*un port siDOD excellent, du moins capable de servir d*abri. Par là elle est niattresse du commerce de tout le pays environuaDt.
Elle D>st pas bâtie au oord de la mer, mais elle domine le rivage du haut d*ua plateau qu^entoure presque complètement un cercle de montagnes, et où Tonne pénètre ^ue par des défilés étroits, entre des murailles de rochers. Cette pe^ tite ville, irrtoilièrement bâtie, est entourée de cultures et de jardins, et a vue sur la mer et sur Tîle de Scyros. Plusieurs villages, qui occupent alentour les ravins de la pente des montagnes , sont considérés comme ses dépendances , ses ntakhaias , nom turc qu'ils ont conservé. Cet ensemble représente une population d'environ (quatre mille habitants. Leur principale mdustrie, comme celle de leurs voisins , est Texploitation de la vigne. Ils fournissent aussi un certain nombre de marins. Quelques maisons, auxquelles on descend par les détours d^un chemin rapide, forment le port.
Sur la côte septentrionale du cap de Roumi , et au-dessus du monastère du Saint-Sauveur C^yioç Sumjp) , un rocher est occupé par une forteresse vénitienne. A peu de distance on trouve du minerai de fer, témoignage d*un des produits antiques de Ftle. Mais Koumi possède particulièrement une richesse géologique inconnueou négligéedes anciens, sur laquelle le gouvernement grec avait fondé des espérances ; il Tavait même jugée diene crune exploitation organisée sous sa direction, qui fonctionne encore à demi : ee sont des mines de lignites d'une très-grande étendue (1). Leurs couches sont recouvertes d'un calcaire argileux dont les plaques , en se séparant, montrent aes pétrifications de poissons et de plantes.
Le Dblpht. — De Koumi Ton revient à Chalcis par une route presque constamment admirable, en traversant,
(i) Yoir les exU-aits d'un rapport adressé en 1846 à M. Piscatoir, ministre plénipotentiaire de France, sur îû limites de Koumi , insérés dans Touvrage inUtulé Étude économique de la Grèce, par Casimir Lecoute, p. 4^9*
à un point très-élevé, la crête du Delphi. On y retrouve tous les jolis détails que présentent les montagnes de Grèce quand elles sont boisées ; trop de places, malheureusement, sont brûlées et dépouillées par les bergers pour nourrir leurs troupeaux. La vue embrasse , entre les deux mers de TEubée , toutes les montagnes du midi de llle ; leurs divers plans se superposent jusqu'au double sommet de 1 Ocba , qui les domine toutes , et borne Thorizon avec sa ligne dentelée.
La masse du Delphi , en s'étendant vers le nord, couvre la partie la moins accessible et la moins peuplée de toute rile. Pr^ du sommet le plus élevé après le pic principal, est le monastère de Stropances ; de rares villages se cachent dans les ravins. Ces lieiu n'ont jamais existé pour l'histoire. Mais Ton est étonné que l'ensemble de la montagne et le grand effet que produit la vue des rivages privilégiés de l'Attijiue et de la Béotie n'aient pas plus vivement touché l^s anciens. Ils lui ont même refusé son titre incontestable de plus haute montagne de l'Ile; et, loin de nous léguer sur elle aucune de ces poétiques légendes qu'elle semblait faite pour mspirer, c'est à peine s'ils nous ont transmis l'antique nom deDirphys ou de Dirphé.
DBUXIÈMB PARTIB.
WORD DE L'EUnÉF.
Aspect du pays. — Il faut fEûre commencer le nord de l'Eubée à partir de l'endroit où le Kandili, fermant une grande plaine qui dépend encore de Chalcis, va joindre le canal et lui faire un rivage escarpé. Là est la limite d'un nouveau pays. Au-dessous, l'Ile renferme sans doute beaucoup de points verts et boisés, principalement dans l'intérieur de rOcba ; mais l'aspect général est celui de la sécheresse. Au-ues sus, au contraire, s'étend une région de iforêts qui couvrent de leur puissante végétation les pentes des montagnes et enferment dans des cercles de verdure de belles vallées. Toute cette partie est un magnifique ensemble qui réunit les beautés habituelles de la urèce du ceh* tre et du sud et les richesses plus vi«
LUNIVERS.
goureuses de certaines provinces septentrionales, de la Doride, par exemple, et du nord de la Thessalie Dans les vallées domine Farbre des fleuves grecs, le platane; mais il y atteint d'immenses proportions , et se presse le long des rives, au-dessus desquelles il penche ses branches énormes. Sur les montagnes s'élèvent surtout des forêts de pms séculaires, dont la vieillesse ou le vent a étendu de temps en temps les grands corps sur le sol. Ce ne sont malheureusement pas les seules causes de mort pour ces beaux arbres : il faut encore y ajouter les ravages faits par Texploitation des bois de construction et ceux du feu mis par la malveillance. Plusieurs endroits conserveront toujours les traces d'une veneeance barbare exercée, il y a peu d'années, en représailles de l'application d'un code forestier peutêtre trop sévère pour le pays. Cependant le nord de rEubée garde de quoi défier encore lon^mps une iudustrie imprévoyante, smon les efforts irrésistibles des incendiaires.
Outre les pins, les sommets se couronnent aussi de grands chênes, surtout vers le nord-ouest. Qu'on se figure tous ces bois garnissant les formes diverses des montagnes, plus abruptes vers l'ouest, plus douces du côté opposé ; qu'on y mêle les cimes plus humbles des chênes verts et des arbousiers, et toutes les richesses de la basse végétation delà Grèce ; qu'on y joigne les eftets de grands rochers aux couleurs éclatantes, aux ombres transparentes et mystérieuses ; autour de tous ces beaux détails, qu'on se représente les magnifiaues horizons formés soit dans Itle même, par les hauts sommets du Delphi et du Kandili, sur lesquels se détache la sombre verdure des sapins, soit par les poétiques montagnes du continent voisin , le Parnasse, Te Pélion, l'Olympe, soit enfin par la mer, qui sépare i'Eubée des rivages étrangers, ou se perd au loin avec le ciel ; surtout qu'on répande sur tous ces ensembles la lumière de la Grèce . tour à tour si resplendissante et si douce, et l'on concevra l'infinie variété des grandes scènes et des tableaux gracieux que compose avec ces éléments la puissante imagination de la nature.
Avec ces beautés sauvages , FEubee septentrionale présente dans phisi?an parties, surtout près du canal de Tri- Kéri, les productions d'un sol reour quablement fertile, les cultures les ^ variées, de belles plantations d'oiivien qui s'élèvent particulièrement dernère Roviœs , vers le nord de la côte oeôdentale. Aussi les propriétaires, grea ou étrangers, y sont-ils nooibreux ; et les biens des derniers possesseurs turcs , à mesure qu'ils sont abandonnés, pass^ vite, ou tout entiers entre les mains éa acquéreurs assez ridies, ou morcetes entre celles des paysans.
Oréos; Histibe. — Le trnum immédiat de la principale ville dt aord de I'Eubée est une belle plaine fie les montagnes forment en s'éio^mrst da rivage de la mer de TrikérL En bœ est Ta pointe de l'antique Pfathiotùk et l'entrée du golfe de f^olo; mais il se* lève .quelques difficultés sur la posîtisB de la ville antique. D*abord, quelleâat cette ville ? Les anciens auteurs, naquels il faut recourir, la nomment tastôt Histiée^ tantôt Oréos, en nous assurant que le second nom a sueeééé au premier. D'un autre côté, à oae certaine époaue ils paraissent distnguer deux villes , et au méoie motatsSi lis désignent les habitants <fX)réos sous le nom d'Histiéens. Comment résoocflre ces difficultés? Y a-t-il eu deux villes, n'y en a-til eu qu'une seule ? STû y en a eu deux, quelle était la position^ diacune d'elles ?
Ces difficultés sont plutôt apparœtB que réelles. L'examen attentif des aateurs anciens nous prouve qu'Histiée et Oréos sont deux villes distinctes. LVxploration des localités confirme o^te coaclusion, en nous montrant quH vi sur ce rivaj;^ les emolaœments de dox cités.
L'emplacement le plus natnrd et k
1)1 us apparent , celui qui est près du liage actuel ai Oréos, fut celui où sVtablirent les premiers maîtres de cette partie de I'Eubée : c^est 1'^ d'Histiée, la ville homérique aux abondants, TnhjfsxépXoç; autour, la plaine, croissaient comme aujocilmî les vignes qui lui ont valu cette è^ thète. Elle a donné primiUvemeot, cfc jusqu'à une date assez avancée, scm
ILK D'EUBÊE.
nom à tout le nord de Ttle, qui s'est appelé Uistiéotide.
Oréos était dans Ja montagne, circonstance d^où lui est i^enu son nom (Spo(, montagne), et au bord de la mer ; conditions remplies par la position d'une hauteur fortiBée, située à 1 ouest de la plaine précédente, et qui dépend des aernières ramifications du Kandili, c'est-à-dire du groupe des montagnes du capLithaaa, Tantique Cenaeum.
Oréos n'était au commencement qu'un dème, une dépendance d*Histiée, et le nom û'Oria ne s'appliquait au'à son territoire narticulier. Une ville d'Ellopie, fonaée d'anrès la tradition par Ellops, fils d'Ion, dans l'Oria, était donc voisine d'Oréos. Peutétre même était-ce la même ville; du moins les Eliopiens et les Orites semblent- ils plusieurs fois confondus, et il paraît probable que le nom d'Ellopie désignait toute cette partie montagneuse qui torme au nord l'extrémité occidentale de TEubée.
Cette distinction d'Oréos et d'Histiée subsiste longtemps, et est fidèlement obsenée par les historiens. Cest à Oréos que Périclès envoie deux mille Athéniens, après avoir ruiné Histiée et dépossédé les Histiéens exilés. Oréos, ville athénienne, reste fidèle à Athènes
})endant la guerre du Péloponnèse; si es colons qui l'habitent sont désignés par le nom d'Histiéens, c'est que l'ancienne dénomination donnée par la ville principale prévaut encore et est commune à tous les habitants de la province, quelle que soit leur ville particulière. Quand il s'agit, au contraire, de la baine conservée par les Histiéens contre Athènes, depuis le traitement que leur a fait subir Périclès , c'est Histiée elle-même que nomme Diodore.
Jusqu'au temps delà guerre de Thèbes et de Sparte, la distinction d'Oréos et d'Histiée est toujours nettement marquée dans les auteurs anciens.
Mais à partir de cette époque s'acomplissent les événements qui produisent la réunion de ces deux cités , et )a substitution du nom d'Oréos à celui d'Histiée. Préparée par la tyrannie de Néo- §ène, cette réunion fut achevée par celle e Philistide, quelque temps après la bataille de Leuctres. Dès lors disparaissent
les noms d'Histiéens, d'Eilopiens , souvent usités dans les géographes et les historiens; celui des Orites seul subsiste, et désigne à son tour les habitants de tout le pays. Les Orites de Démosthène occupent le quart de l'Eubée ; et pour lui il n'v a que la ville d'Oréos. Elle seule désormais existe dans Thistoire.
Ainsi, l'acropole voisine du village actuel d'Oréos a été successivement celle d'Histiée , puis , à partir de la domioation macédonienne, dont la tyrannie de Philistide est le commencement , celle d'Oréos. C'est elle qui fut assi^ée et prise d'abord parSulpieius et Attale, puis par Apustius et le même roi, pendant la guerre contre Philippe. Tite- Live, à propos de ces sièges, nous donne des détails sur la topographie de la ville antique. Il dit que l'acronole était double ; que ses deux parties étaient séparées par une vallée jus(]u'où s'étendait la ville , et qu'entourait un mur fortifié ;
Sue les murailles de l'une d'elles, qu'il ésigne sous le nom de citadelle maritime, arx maritima, dominaient le port et communiquaient avec le rivage par un chemin souterrain , cunieulus, que défendait une tour à cinq étages ; enfin que l'autre citadelle s'élevait au milieu de la ville, urOis média.
Les lieux s'accordent-ils avec ces indications?
La citadelle maritime occupait la hauteur détachée où sont les «fortifications modernes ; car entre cette hauteur et la mer le terrain est uniformément plat; l'autre devait occuper la colline sur la pente de laquelle est le village actuel ; et l'intervalle de ces deux points formait la vallée défendue par le mur de la ville. Mais il y a une difficulté, c'est que la distance qui sépare delà mer l'acropole la plus voisine, un quart de lieue au moins , est bien grande pour permettre de dire que ses murs dominaient le port. Peut-être une observation la résoudra-t-elle. Cette partie intermédiaire entre la mer et l'acropole est marécageuse, et toute la < plaine voisine est un sol d'alluvion : / il est donc certain que la mer s'est avancée autrefois beaucoup plus loin dans les terres. En Grèce, il y a plus d'un exemple du rapide accroissement des rivages sous l'influence de cette cause.
LTNIVERS.
Swt le continent voisin , le plus frappant €8t fourni par la vallée du Sperchius , où une plaine marécageuse d*une lieue de long, en se formant auprès du défilé desThermooyles, Ta fait disparaître.
Histoire d Histiéb et d Oréos.
— Selon la mythologie, la première de ces villes fut fondée par Théroïne Histiée, fille du Béotien Hyriéus et sœur d Oréos. A une époque incertaine, Histiée fut ruinée et occupée par les Perrhèbes , et ses habitants, transportés en Thessalie, y peuplèrent THistiéotide , qu'ils nommèrent. Lors des grands mouvements ^e la race ionienne, Ellops, fils d*Iou, vint fonder Ellopie près d^Oréos, et régna ^ur tout le pays. Histiée reçut encore d'autres colonies ioniennes, peut-être une du dème attique des Histiéens , à laouelle elle a pu devoir son nom. Ellemême envoya dans I1le de Ghio Amphiclus, à la tête d'une colonie. Un descendant d'Amphidus, Hector, roi de rtle, en chassa des Abantes, venus aussi autrefois d'Eubée , et y établit ainsi la domination de la race ionienne.
Histiée envoya son contingent au siège de Troie. Il n'est plus question d'elle avant les guerres médianes. Son territoire fut le premier envahi par la flotte de Xerxès et vit les premiers efforts des Grecs pour résister à leur formidable ennemi. Par la nécessité de leur position, les Histiéens devaient être sacrifiés. Sans doute ils donnèrent la
S lus forte part de ces trente talents qui écidèrent les Grecs à ne pas abandonner leur position prèsd'Artemisium.
Quand, après de glorieux efforts, la retraite de la flotte fut décidée, sûrs du traitement qui les attendait de la part des barbares, ils en eurent comme le prélude en voyant leurs troupeaux égorgés par les Grecs , à qui Thémistocle avait conseillé de ne pas laisser cette
{^roie aux ennemis. Ainsi furent punis es Eubéens d'avoir négligé cet oracle de Bacis : « Songe , lorsqu'un barbare « imposera à la mer un joug de papy- « rus , à éloigner de l'Eubée les chèvres « bêlantes.»
Pour toutes les périodes suivantes, l'histoire dUistiée et d'Oréos nous est déjà presque entièrement connue. Elle est nécessairement écrite dans celles de Chalcis et d'Érétrie , auxépoaues où des
influences étrangères pèsent puissanment sur toute nie. Les points qui %\ rattachent spécialement ont trouve In:
place naturelle dans les récits précédaits, ou viennent d'être indiqués dans la (fecussion des textes qui concernent les eutplacements antiques.
Gomme les deux villes principales ù centre , Oréos et ilisti^ ftirent cirées par des troubles et agitées par (ks révolutions. Aristote nous apprt^ qv dans la première, roliearchie fiit detruite par un certain Heracléodore , (J^ mocrate imprudemment élevé à ladi^ik d'archonte; et que dans la seeoode, après les guerres médi^ues , la qmsik de deux urères au sujet d^un Mrâi^ suffit pour entratner tout le peup^'a leur suite dans deux factions , cefe des riches et celle des pauvres , paita^ d'ajprès la fortune de chaque frère.
Soumise aux Athéniens àl'épwpied»
développement de leur puissance, oi sait comment Histiée fut punie de sa révolte par Périclès. Elle s était attire ces rigueurs en tuant tous les bonu!^ d'un vaisseau athénien qu'elle avait pris. G'està ce moment qu'Oréos obtient pœ:
la première fois de Timportance , grki à cette colonie de raille Athéniens asvaut Thucydide, de deux mille siivast Tbéopompe, qui succédèrent dans b possession du territoire aux Histiéens chassés. De là s'établissent entre cette ville et les Athéniens des ranports plus étroits; pendant la ^erre duPâoçonnèse, elle est leur alliée, et non pas leur sujette.
Sous la domination laoédémonienK il ne semble pas que son importance .
au moins relative, ait beaucoup décni.
puisqu'à l'époque de la fusion dfs den populations c est le nom d*Oréos qà prévaut dans la ville et dans toute TEbbée septentrionale. Mais en réalité, m moment où l'influence macédoniesac s'inaugurait par la tyrannie de PM»tide, la situation du pays était des fkf misérables. Déchiré longtemps paris dissensions des citoyens , il sV^aîtn jvcessivement ravagé par les AtbénîeiHi*y avait conduits Ghaorias au coasMeêment delà période béotienne (378^eivv les troupes de Philippe avant la * ' de Philistide.
Au commencement de la
ILE D'EUBEE.
guerre des Romains contre la Macédoine, les Orites souffrirent du brigandage des Étoliens. Deux fois assiégés par les Romains , leurs portes furent ouvertes aux ennemis par trahison dans le premier si^e; après le second si^e , pendant lequâ ils s'étaient énergiquement défendus, tombés sous la domination romaine , ils virent leur ville détruite de fond en comble par Atilius. Plus tard , Oréos est complètement oubliée parrhistoire de Tantiquité.
A répoque de Pausanlas, Tancien nom d'Histiée était encore quelquefois employé. C'est le seul qui ait Jamais paru sur les monnaies; cette circonstance suffisait pour Tempécher de périr.
yiU.£8 ET POSiriONS ANTIQUES DE L^HlSTlÉOTIDE ET DU IfOBD DE L'EU-
BÉE. — La ville moderne du nord de TEubée est Xérocbori ; après Cbalcis et Koumi, c*est la plus considérable de rtle. Siège d'éparchie, elle ne comprend que deux dèmes, ceux des HisUéens et des Edepsiens, qui ne forment guère qu'une population de buit mille nabitants. Aussi , sur plusieurs points , son administration est-elle rattachée à celle de Cbalcis. Proportionnellement, c'est la partie la plus ricbe de TEubée et celle dont rÉtat tire les plus gros revenus ; ils sont surtout produits par les céréales.
Les Histiéens actuels labourent leurs fertiles plaines avec des buffles empruntés à la Thessalie. Elles sont arrosées par un large torrent , le plus considérable de toute cette partie , qui passe près de la \ïUe moderne.
Abtemisium. — A partir de ce torrent, les montagnes recommencent, mais douces et basises. Dans leurs pacieuses vallées, non plus que sur les jolis rivages qu'elles forment en descendant au boni de la mer , aucune position antique, ne nous est indiquée jusqu'au cap Pondiki , Fancien Artemisium, situé à l'extrémité orientale. Sur ce cap était un temple de Diane Proseoa. Miais il doit sa célébrité aux premières luttes navales
Sue les Grecs osèrent soutenir contre la oue des Perses. 11 fut témoin de toutes les péripéties de ce drame, si vivement dépeint par Hérodote; il assista aux alternatives d'épouvante , d'espérance , de découragement des Grecs ; il les vit enfin aller attaquer un ennemi qui les méprisait,
et suppléer si énergiquement par leur courage à l'infériorité du nombre, qu'en apprenant leur retraite, les barbares doutaient de la nouvelle et qu'ils pouvaient à peine en croire leurs yeux quand ils vinrent la vérifier à Artemisium.
On cbereherait vainement aujourd'hui sur les rochers et près des sources de ce glorieux rivage cet appel pathétique que Thémistocle , avant de partir , y avait adressé au nom des Grecs à leurs frères d'Ionie , dans le double but de les émouvoir et de les rendre suspects à Xerxès. Les pierres du temple de Diane ont de même disparu.
De l'antique Artemisium au petit port Péléhi, sur une étendue d'une dizaine de heues , on avance au milieu d'un magnifique pays : du haut des montagnes se succèdent des vues sur la Thessalie, sur les plans de l'Othrys , sur le PéUon avec ses villages grecs , sur l'Olympe qni confond avec les dernières lignes ou ciel la couronne blanche de ses sommets, Sciathos et les lies du nord de la Grèce, et enfin sur la vaste étendue de la mer; c'est un superbe horizon qui se déroule peu à peu, depuis l'OEta jusqu'aux grandes montagnes de i'Eubée ellemême. De distance en distance, des villages occupent des plateaux sur les hauteurs, les creux ombragés des vallons : le principal est Hagia-Anna, A peu de distance, au sud-est, est le uort Péléki.
Cbbiivthb. — Prèsdel'emoouchure et sur la rive droite d'un fleuve s'avance , pressé entre la mer et une petite plaine, un rocher allongé et de médiocre étendue, qui forme un plateau détaché.
Plusieurs restes, particulièrement à l'extrémité qui est tournée vers le nordouest, y désignent l'emplacement d'une ville ancienne. Ces restes consistent en quelques assises de murs d'une construction grossière. Dp côté de la mer, les rochers sont assez escarpés pour se passer de fortifications artificielles. Il est facile de reconnaître, à la surface également nivelée et à l'apparence de la petite plaine qui est de l'autre côté de l'acropole, qu'elle est un produit d'alluvions : les terres apportées par le fleuve voisin ont pu s'arrêter et s accumuler facilement dans ce demi-cercle de rochers qui l'entoure. Des degrés taillés sur la pente de l'acropole, à 1 en-
LUIflVERS.
tréd de cette plaine , semblent annoncer Texistence d*un ancien port à cette même place : ils ne sont pas circulairement disposés et ne peuvent avoir appartenu à un théâtre.
Ce peu de pierres encore debout re-
(présente toutes les ruines du nord de 'Eubée. Aussi était-il important de leur donner un nom. On leur a conféré sans contestation celui de Tantique Gérinthe, qui fut fondée par Tlonien Cothus , dès le temps d*Érechtbée , et qui envoya des gueniers au siège de Troie.
Plusieurs motifs viennent a Tappui de cette opinion : Tépithète particulière qu*Homère donne à Cérinthe, l^oXoç, (sur la mer), et encore mieux celle qu'emploie Scymnus , ivoXCa ( dans la mer ) , sont pleinement justiOées par le rocher de l'acropole en question, qui formait autrefois une presqu'île. D après d'anciens témoignages rapportés par Eustathe, les ruines de Cérintne étaient baignées par la mer.
Strabon nomme auprès de Gérhithe le Boudoros : or, le fleuve voisin de l'acropole tout le {>lus considérable de toute TEubée, mérite assurément l'un des cinq noms cités par le géographe.
Depuis Homère, Cérinthe na pas d'histoire ; elle fut sans doute de bonne heure détruite et abandonnée. Quels -.^ue fussent ses beautés et ses avantages naturels, ie rivage oriental de 111e n'était pas des^é à voir prospérer ses habitants : c'est du continent voisin que l'Eubée a tiré toute son existence.
Le Boudoros est formé, une demilieue avant son embouchure, par la réunion des deux plus grands cours d'eau 3u'il y ait dans llle : aussi les érudits u pays ont41s songé à faire de ces fleuves le Kiréus et le Niléus, nommés par Strabon ; leur rapprochement rendrait plus frappant le contraste des deux propriétés différentes que leur attribuait la superstition. Mais cette accumulation de noms antiques n'est qu'une hypothèse gratuite.
PBBSQUlLB DB LiTHÂDÂ. — La pres-
au'tle de lÀthada est une exception ans le nord de TEubée; ses montagnes nues et ses rochers arides n'admettent pas la riche et puissante végétation du pays voisin. Elle s'avance en pointe jusque dans le golfe Maliaque , et touche
presque la côte de randemie Locride Epicnémidienne. I^ baie profonde de Lipso, en creusant son nvage néndJonal , forme l'isthme étroit qui romt au continent.
Cen JEUM. — Le promontoire qia termine cette presqu'île est rantiqae Onseuro, nom qui paraît a^oir été étoAi à la presqu'île elle-même. Sur ce fnmontoire était un temple de Jupiter O néen, où sacrifiait Hercule lorsque Déjanire lui envoya la tonigue de Kesns.
A peu de distance paraissent dans h mer de jN^ts îlots de rochers : ce sost les îles Lichades de l'antiquité. Da faMtf des montagnes de Lithada on voit fns de soi les sommets de TOEta et hsetat de la tragédie des TrachinienKs; on domine en même temps la belle vaUêe du Sperchius jusqu'aux premièresdulBes du Pinde.
Il semble que la presqu*ne de Litbiâi et le tour de la baie de Upso aient et les points occupés d*abord par la e»fonie ionienne d'Ellops, et aient kmt la partie principale de randeane EA>-
5ie. Hérodote raconte que les soldats et Lerxès, après avoir quitté Artemtsràa et pris possession d'Histiée , vinrent nvager les bourgs maritimes de TEllopie.
Ces bourgs maritimes ne seraîeot-ils pas ces petites villes obscures qui peapiaient les rivages voisins du Osasum? Les eaux elïopiennes, dont parle Pf/oe, étaient probablement ceiks d'Édepse , l'une de ces villes, et, en supposant même qu'elles aient été différentes, il est naturel de les placer dans la seule partk du nord de l'île où l'on trouve des woah ces thermales.
SOUBCBS D*ÉDBPSB. — CeS SOUfCS
sont remarquables, tant par leur sitoatiea
Î |ue par leur nature. Arentréeorieotalede a baie de Lipso , au bord de la mer (t au pied de montagnes sauvages , ob ks voit sourdre en plusieurs endroits. EBs jaillissent de terre verticalement ea w» multitude de petits jets qui sembleot poussés par des chaudières sontmiif Les courants qu'elles forment éat raissent bientôt sous un sol de Mp qu'ils exhaussent tous les jours, pa^ après un court trajet, arrivés à uieAt escarpée et taillée à pic^ ils s'élanestf |V des bouches nombreuses, et toaMt dans la mer en cascades aboodaittt»
ILE D'EUBÉE
au milieu d'un nuage de fumée blanche.
Ces eaux sont très-chaudes, et passent pour très-efficaces. Une masure délabrée sur le rivage représente un établissement de bains , qui attire quelauefois des malades grecs. Cétaient oans Tantiquité les bains d^Hercule. Cest probablement là, plutôt qu*à Lélante, que Syila vint se taure soigner.
Ces sources ont une correspondance évidente avec celles des Thermopyles , situées à peu de distance sur le continent. Strabon rapporte les effets d*un tremblement de terre , à la suite duquel les sources chaudes d'Ëdepse et des Thermopyles s'arrêtèrent pendant trois jours.
En même temps la plus grande partie des tles Lichades et du Censeum turent submergées.
La ville d^Édepse, qui devait sa célébrité à ses eaux thermales , ne pouvait pas être éloignée de celles qu^on voit aujourd'hui. Le gros village de Upso^ dont le nom semble dériver d'Édepse (Âfôe<Lo(}, situé à une lieue de là , n'est peut-être pas assez rapproché. Beaucoup plus près des sources, une colline par sa forme et sa position conviendrait à une acropole antique. Les débris anciens au'on trouve de ce cêté se bornent à aes colonnes de marbre dans une chapelle ruinée, au bord de la mer et un peu au nord de Lipso.
Sur une hauteur voisine d'Édepse devait être la ville de Dium, nommée par Homère À(ou aXidi 7CToX{£0pov ; car , a'après le témoignage de Pline, une source y pétrifiait ta terre ; et auprès était Atnènes Diades, fondation athénienne.
Dium dut avoir une certaine importance, puisqu'elle envoya son contingent à Troie. De ses murs était sortie une colonie qui s'établit en Ëolide.
La ville de Périas, nommée par Strabon en même temps qu'Édepse, était peut-être dans une position voisine.
Depuis la baie de Lipso jusqu'au village de PoUHka, les falaises du Kandin et de la montagne qui les continue vers le nord se rapprochent tellement du rivage, que la route n'est pas praticable au bord de la mer pendant plus de deux ou trois lieues. A chacune des deux extrémités de cet intervalle, deux
S oints présentent une certaine étendue e plaine , ou des pentes plus douces.
Il n'y a pas à hésiter : c'est là qu'il faut marquer les deux seuls emplacements anciens qui nous soient désignés sur cette côte, savoir : Orobiae et iËgae.
ÛROBiiB. — - Le plus septentrional est celui é^Orobi», occupé aujourd'hui par le petit village de Rovises. Outre que la ressemblance des noms est frappante, la situation est d'ailleurs indiquée par un fait que rapporte Thucydide. Pendant la suième année de la guerre du Péloponnèse , un tremblement de terre détruisit à la fois un fort bâti dans i'tie d'Atalante et Orobis; la mer envahit et submergea une partie de la ville. Le village actuel de Roviaes est précisément en lace de la baie d'Atalante. A Orobis, dit Strabon, était un oracle trèsvéridique d'Apollon Sélinontien.
JEam, — I«a seconde position antique est celle d'yf^as, probablement près du lieu occupé par le village actuel de Umni^ et comme lui au bord delà mer, d'après i'épithète de Stace, « humiles if^as ». A Mgsb d'Eubée, comme à celle d'Achaïe, il y avait un temple de Neptune ; il était bâti sur la montagne voisine. Strabon veut qu*>Ggée d'Eunée soit désignée par Homère dans ses vers du treizième chant de l'Iliade, où il dit que « Neptune vint « à JiJE^ée, où est son palais magnifique « au tond de la mer, et y arrêta ses « coursiers».
Limni est en grande partie habitée par des marins et par des pêcheurs; les habitants cultivent aussi des vignes sur les coteaux voisins, et font du charbon.
Tous les noms anciens que l'on rencontre dans l'Eubée sont sur ses rivages; malgré son étendue, de même aue les petites tles, c'est de la mer, c'est e l'extérieur qu'elle semblait attendre ses ressources et sa vie. N'étant pas elle-même un centre, elle n'était connue qu'autant qu'elle était en rapport avec les étrangers ; ce qvd restait dans l'intérieur des terres y était enfoui. C'est ainsi que l'on ignore quels ont été les habitants de cette charmante vallée à* ^chmet-j4ga j qui se cache entre la plus haute partie de la chaîne du Kandili et les dernières ramifications du Delphi. Elle est pourtant traversée par la route qui menait directement d'Oréos à Chalcis.
L'UNIVERS
Cette route pendant roocupation des possesseurs modernes et les guerres qui les agitaient avait une grande importance; aussi était-elle sur un point remarquablement fortifiée. Pendant une demi-heure elle est étroitement serrée entre Fun des plus magnifiques ravins de la Grèce, si riche eu beautés de ce genre, et les. rochers escarpés d'une haute monti^ne. Sur le sommet presque inaccessible de cette montagne s*élèvent les ruines d'une grande enceinte et ses tours carrées. Dans l'intérieur, au milieu des buissons et des grands arbres qui ont tout envahi , on distin-
§ue deux citernes et quelques débris e maisons. Du côté opposé a la route , la forteresse est prot^ée par un préci-
Kice sauvage. Là , dans cette position ardie jusqu'à l'invraisemblance, au milieu de cette vaste citadelle, un sei> gneur du moyen âge pouvait vivre avec un nombreux entourage de chevaliers , en sûreté contre toute attaque , ou bien
Suetter de loin ses ennemis et descenre pour leur fermer le défilé. On se souvient encore dans le pays d'avoir vu au point le plus étroit de la route une porte pratiquée entre la côte à pic de la montagne et un rocher escarpé qui s'avance au-dessus du ravin. Telle est la force naturelle de cette position , oue cette porte fermait véritablement I entrée de tout le nord de l'Eubée.
TROISIÈME PABTIB.
SUD DE L'EUBÉË
Cârystos. — Carystos est une des plus jolies villes delà Grèce, non qu'elle soit mieux bâtie ou réponde plus qu'aucune autre, il s'en fiaut de beaucoup , à l'idée qu'éveille en Europe le nom de ville; mais les conditions particulières dans lesquelles elle est construite lui donnent un aspect singulièrement original et agréable. Au fond de la baie circulaire qui lui emprunte son nom , VHagios lUas, FOcha des anciens, dresse à plus de quatorze cents mètres son pic principal, laissant tomber brusquement d'une telle hauteur ses pentes abruptes et ravinées. Un mamelon escarpé, de forme régulière et conique , se détache en avant d'un ravin et domine la plaine, qui s'étend pendant
une demi-lieue environ josqa'aa mf Cest là bien certainemeotipe s'estel^ vée l'acropole de la ville ancKnDe,(p que les travaux des Francs, des VéoitiQii et des Turcs, en succédant à la todition antique , en aient &it disparatR toutes les traces. Le castra aetue!»
ferme dans une enceinte triangolst une partie de la pente roéridioiulej la coupe jpar les lignes soperposée à ses rooraules et de ses tours, jto^a sommet, qu'occupe la forteresse. \m l'intérieur sont un grand Domina maisons ; la pierre dont elles sont li^ a conservé du sol où elle aétévraés une couleur rougeâtre, o^étm donne à leur enseimbie un asptf ^ logue à celui du quartier turc deSenoe, et justifie le nom vénitien de (m- Âosso,
La ville , à proprement paiier, b'£ pas autre chose que le Castro; ilyiBS vingtaine d'ann^ c'est làqo^s^^ valent les principales habiiatioBS »
Turcs, maîtres du pays. AojowinEi au contraire, Tenoeinte fortifiée^ presque abandonnée, et la plopart»
maisons y sont en ruines. P'^^ la population habite des espèces deât* bourgs ou machalas », où Ton «»ç sans peine que la vie !«" »** P* agréable. Ces £aubour|ï i^fJJJ chaque côté la montagne,(loot*5uji«ffl les mouvements, s'arrétwl surtout «iw
les ravins où coulent dei«»i^"J"l breuses etabondantes.Cesool,ea^
du sud-est au nord-ouest, ^^w», "F
daki, mu, PaiaiaKhmvi-^^}2 l'Acropole, Mékoumidaw-ôfm>^
dés, Katyvia, Nikasi et Lalf^Yh grand des ces quartiers est »»^*^
Il occupe le ravin principal» r-ij traverse sur un pont de piew Pr pour la Grèce, et communique p^
dlement que les autres avee U
délie. . „ .g
Là chaque maison a son jari^**^
Eerd au milieu de la verdure «^ res ; a y a deux ans , avant ïm^ sastreux de 1860, les orangers»» j^ tronniers y étaient mamifi<Jû*'' Jj.