partie la plus basse, ou les eac» ^ verses sources se réunissent p
(i) Dénomination turque encore <• "*f à Carystos et même à Kouffli.
ILE D'EUBÉE
beau ravin, au milieu âts accidents d'une Y^étation variée, de superbes saules baignent leur pied dans Teau du torrent.
C'était au bord de la mer , à Tendroit où est le port, que le gouvernement crée avait voulu élever la ville officielle , chargée de faire revivre la ville et le nom antiques; un des officiers d'état-major envoVés par la Frauce pour faire la carte de Grèce fiit prié d'en tracer le plan. Mais ce projet est bien loin d'être exécuté ; à peine commeuee-t-on à bâtir quelques maisons. On comprend que les Carystiens se décident difficilement à échanger pour Thabitatiou d'une plage dé(x>uverte et brûlée par le soleil le séjour frais et vert de leurs jardins , où ils ont d'ailleurs tout ce qu'il leur faut pour vivre et où la ville existe de &it pour eux. Le port est médiocre et mal abrité contre le vent du nord-ouest.
La plaine de Carystos , qui s'étend eu amphithéâtre du cap Paximadi à l'ouest au cap Mandélo à l'est» est bien cultivée ; elle est formée d'une terre riche, et sans être d'une très-grande étendue, elle suffit amplement avec les jardins aux besoins des habitants. Elle est arrosée par deux cours d'eau principaux : l'un, le MégcUo-Revma y vient de l'ouest , et se jette dans la mer à l'extrémité de la plaine, après avoir contourné les montagnes du cap; l'autre est le résultat des divers torrents qui coulent autour de la citadelle , et il a son embouchure près du port. Dans le territoire où la ville antique devait trouver le plus de ressources , il faut comprendre , outre cette plaine, une belle et gracieuse vallée, qui n en est séparée que par un petit col et la continue presque en montant ver»
le nord^uest. Cinq ou six jolis villages, dont le plus élevé et le principal est Mé- Ussona, la dominent sur la hauteur.
Carjrstos est le chef-lieu d'une des trois éparchiesderEubée. Des divisions administratives y rattachent tout le pays jusau'à Koumi d'un c6té et jusau'à Alivéri de l'autre, réparti entre cinq aèmes , ceux des Kyméens , des Cotyléens , des Conistriens , des Styriens et des Dystiens^ auxquels il faut ajouter celui des Carystiens. Cet ensemble , beaucoup plus considérable que ne l'ont jamais été les possessions de la ville antique , est peuplé
de plus de 33,000 habitants. Dans ce nombre sont comprises quelques familles turques, qui habitent encore la citadelle. Les anciens propriétaires ont presque complètement disparu; ils ont dû quitter leurs délicieux jardins, où la vie leur était si douce : peu à peu ils ont vendu ce qu'ils possédaient dans un pays où ils ne sont plus les maîtres. Toute une administration est installée à Carystos. L'instruction y est donnée à deux degrés par deux martres d'école.
Dans le territoire immédiat de la ville, qui forme le dème des Carystiens y la dépopulation est peut-être moins sensible que dans le reste de l'Ile. Les Albanais y occupent une vingtaine de villages^ dont la plupart ne se composent que de quelques maisons. Le plus considérable est Platanistos » situé dans le principal des ravins qui se dirigent vers I est entre le cap Mandélo et le cap Dor,
Il reste quelques débns de l'ancienne Carystos dans le quartier nommé Paima' Khora, Immédiatement placé au-dessous de la citadelle, il représente parfaitement la situation ordinaire des villes antiques par rapport à leur acropole; ce sont deux culées d'un pont autrefois jeté sur le cours d'eau gui arrose ce quartier , un petit autel circulaire trouvé dans un jardin , et quelques inscriptions , qui sont enclavées dans des murs. On voit près du port quelques fondations de constructions aneiennes; sur la rive du petit fleuve dont l'embouchure est voisine, quelques fragments de marbre taillés annoncent l'emplacement d'un monument antique. Parmi d'autres débris, qu'on trouve près du Mégalo-Revma, la ngure du serpent consacré à Esculape tracée sur une pierre y a fait supposer l'existence d'un temple de ce dieu.
En somme, il reste bien peu de chose de l'antique Carystos, qui, à en juger par le silence des écrivains anciens, n'a jamais dû être une ville remarouable. Sa principale illustration dans l'antiquité vient de ses carrières de marbre. Les colonnes carystienncs furent en grande estime chez les Romains,et souvent célébrées par leurs auteurs. Pline , d'après Comelius-Iïepos, rapporte, comme un fait qui fit scandale, la prodigalité de Mamurra , contemporain de Câar et de Catulle , qui le premier fit Êdre toutes
L'UNIVERS
les colonnes de sa maison tout entières en marbres de Luna et deCarvstos. Le marbre carystien est un cipofiin vert , qui semble bien inférieur pour la quafité du grain ou pour la beauté de la couleur a tant d'autres qui ont également orné la capitale du monde. On serait tenté d'en attribuer uniquement le fré-
rient usage à la richesse des carrières , la facilité d'y tailler des blocs considérables d'un seul morceau, et à l'avantage Qu'offrait pour le transport la proximité ae la mer. Mais l'admiration des anciens n'est pas douteuse ; ils étaient frappés de cette disposition des veines du marbre, qui leur représentait la couleur et les ondulations des flots.
11 est facile de retrouver aujourd'hui les carrières. Il y en a près d'Aétos , où se voient d'énormes colonnes déià détachées et à moitié dégrossies sur place. La montagne renferme d'autres carrières, plus considérables, au-dessus de Miil; on peut y voir une colonne qui ne tient plus au rocher que par un point. Le marbre carystien se trouve en abondance dans toute la partie occidentale de la montagne, entre Caryste et Stoura, et les restes d'exploitation antique y sont fréquents.
Carystos était célèbre par un autre produit de son territoire, l'amiante, que Strabon définit avec admiration une
Sierre que l'on peut carder et tisser, et ont on fait des serviettes qu'on jette dans le feu pour les nettoyer. Avec ce fait, Solin rapporte la fable d'oiseaux merveilleux qui volent impunément à travers les flammes; cmrieux excès de l'imagination populaire, une fois frappée par le spectacle de l'impuissance de la plus terrible force de la nature. On trouve encore aujourd'hui de l'amiante sur une petite cofiine près de Mélissona, et surtout dans les environs de Stoura : il y vient sous forme d'efflorescence, à la surface du sol , sur la hauteur et même au bord de la mer , circonstance rare aux yeux des géologues. Il n'y a plus de traces d'une exploitation tentée au dernier siècle.
Théophraste et après lui Pline vantent une espèce de froment carystien, que le dernier appelle bimestre. 11 poussait avec une rapidité merveilleuse, était mûr quarante jours après avoir été semé,
et donnait un grain plus lourd et plus ferme que celui du blé ordinaire. Il n'en est plus question aujourd'hui.
A toutes ces richesses perdues ou négligées, qui faisaient Torgueil de leurs anâtres, les Carystiens actuels n'en opposent qu^une, et encore n'est-elle l'objet que d'un commerce bien restreint et n'a-t-elle pas étendu sa célébrité au delà de l'Orient : c'est leur miel de rose. Près du petit village de Kalianou, dans un des ravins septentrionaux de TOcba, les abeilles le composent avec une plante précieuse des montagnes qu'il n'est pas donné à tous les printemps de produire avec un égal bonheur. Sous la domination turque, ce miel parfumé partageait avec le mastic de Chio l'honneur d être réservé pour le harem du sultan. Aujourd'hui que toute exclusion jalouse a cessé, il est difficile de se le procurer pur.
Histoire db Cabystos. — On sait déjà que Carystos fut fondée par les Dryopcs, auxquels se mêlèrent plus tard des Ioniens, et qu'une tradition attribue l'origine de son nom à un fils de Chiron. La table lui donne pour premier maître Briarée, et une léffende, acceptée par l'antiquité , y fait r^ner au temps de la
Î;uerre de Troie Nauplius , père de Paamède : au moins possédait-il à peu de distance le cap Capnarée. Elle est nommée dans le dénombrement de l'Iliade.
Son histoire est inconnue avant les guerres médiques. Dès le commencement de la lutte , sa position , ^ui l'assimilait aux C^clades et la plaçait sur la route des vaisseaux perses, f'exposa à leurs premières attaques. Assiégée et prise par Datis et par Artapherne, il lui fallut, comme à la plupart des tles , suivre dans la seconde guerre Xerxès à Salamine.
Après avoir d'abord souffert de l'occupation des barbares , elle fut ensuite victime de la fourberie de Thémistode, qui lui venditchèrement des promesses menteuses de sécurité, et de la vengeance des Grecs, qui vinrent ravager son territoire.
Hérodote parle d'une guerre qu'elle soutint seule contre les Atliéniens après le combat de Mycale : c*est sans dout« celle que mentionne Thucydide, au moment des expéditions de Cimon et de l'accroissement de la puissance d'Athènes.
ILE DTEUBEE.
n dit qu'elle se termina, avec le temps, par un accord. Ce fait prouve qu*à cette époque Carystos avait une existence indépendante du reste de TEubèe, et qu^elle était parvenue à un certain degré de
Îirosperité. Mais bientôt , comme toute 1Ie , elle fat rangée sous la domination athénienne. Elle ne joua aucun rôle particulier pendant toute la période de. la guerre du Péloponnèse. On voit les Carystiens, dans la septième année, suivre les Athéniens dans une expédition sur le territoire de Corinthe et partager la victoire de Nicias. Ils fournirent leur contingent forcé à l'expédition de Sicile. Dans la vingt et unième année Athènes avait assez de conGance en eux, ou assez besoin de troupes étrangères , pour garder dans ses murs, parmi ses défenseurs , trois cents de leurs citoyens armés, qui se mêlaient assez intime* ment à ses dissensions pour entrer dans le complot des Quatre Cents contre le sénat. On ne voit pas cependant que les Carystiens aient fait exception au mou- ▼ement de toute Ttle, qui fit défection
S eu de temps après. Dans les périoes suivantes ils partagèrent le sort de TEubéeen général , et passèrent avec elle sous la domination macédonienne. Peur dant la première guerre de Macédoine, leur territoire fut ravagé , puis leur ville
grise sans résistance par une flotte des Lomains. Enfin » après avoir eu leur part de la liberté illusoire proclamée par Flamininus aux jeux istnmiaues, ils allèrent définitivement se pérore parmi les nombreux sujets de Rome. Sous Auguste , Carystos était devenue , ^ce à la chute d'Érétrie, la seconde ville de nie par son importance et par sa richesse. Un médecin, Dioclès, qui vécut un siècle après Hippocrate et le suivit immédiatement dans Testime des anciens ; Antigone, contemporain de Ptolémée Philadelphe, qui composa des vies d'hommes célèbres et sous le nom duquel nous avons un recueil d'histoires merveilleuses ( 'loioptcuv 7Mcpa56S(ov ouva- Ytoyii ) ; voilà les seuls noms de Carystiens qui soient parvenus jusqu'à nous.
Pour ne rien oublier , ajoutons un athlète célèbre, GLaucus, descendant du dieu marin dont il portait le nom , dit Pausanias. On sait quelle gloire attachaient les villes anciennes à une victoire rem-
Crtée aux jeux solennels de la Grèce, statue de Glaucus figurait dans l*Altîs à Olympie. C'était un monument de son premier triomphe, sur lequel une légende a été conservée. Il avait commencé par travailler à la terre. Son père , Démilus, le voyant un jour se servir de sa main comme d'un marteau pour.rajuster le soc de sa charrue, admira cette preuve de force, et eut l'idée de le conduire à Olympie pour y disputer le prix du pugilat. Au commencement, Glaucus, inexpérimenté dans l'art de combattre, avait le désavantage; mais il entendit retentir à ses oreilles cet encouragement paternel :
«4 Enfant, frappe comme sur la char- « rue; » et Glaucus frappa si fort que sa victoire fut immédiatement décidée. Une fois entré dans la carrière d'athlète, il poussa plus loin qu'aucun de ses contemporains la science de l'art où il avait d'abord vaincu sans étude.
L'OCHÀ ET SBS RUINBS. — Le Dom
ancien de YHagios-lUas ^ Ocha , se rencontre chez presque tous les auteurs qui ont Cedt de l'Eubée une description générale ou même partielle. Etienne de Byzance lui attrinue les origines les plus diverses et les plus bizarres. Il le fait venir ou bien de l'union de Jupiter et de Junon (^x'Ca), dont cette montagne a été témoin, ou bien de la vertu fécondante qu'y éprouvaient les brebis (Ây eu6- ^va), ou bien enfin d'un aliment appelé àyj{ [Mir les Achéens. Eustatbe donne une autre étymologie, tirée du sens de l'adverbe 5ya, synonyme d*IÇ6x«ç, qui exprime l'idée de supériorité , la montagne de rOcha, d après une fausse opinion des anciens , s'élevant au-dessus de toute l'tte.
L'Ocha renferme les ruines les plus curieuses qu'il y ait en Eubée ; la principale, un temple, mérite même une {(lace particulière parmi les restes de 'antiquité grecque. Sur le plus haut et le plus méridional des deux sommets de la montagne , qui est en même temps le plus voisin de Carystos , une petite plate-forme s'est naturellement formée entre deux masses de rochers qui la protègent au nord-est et au sud-ouest. Elles lui laissent ainsi la vue, d'un côté , sur les Cyciades , de l'autre , sur une autre partie de la mer Egée et sur toute la suite des rivages et des montagnes de
L'UNIVERS
FEubée jusqu'à la chaîne du Delphi, dont le pic se dresse en face. Cette belle position a été choisie par les antîaues et obscurs constructeurs du temple. Je Tais essayer de donner une idée de leur oeuvre » bien que privé du secours indispensable des connaissances spéciales.
Cest un édifice carré, ayant en Ion* gueur une quarantaine de pieds et environ la moitié en largeur. Les murs, qui paraissent avoir conservé leur hauteur primitive, ont à peu près neuf pieds. Il est orienté de manière à ce que les deux façades longues regardent le sud et le nord.
Les parties vraiment remarquables de cette construction sont la porte et la toiture. La porte est au milieu de la lonfi;ue façade qui est tournée vers le midi ; elle a vue par conséquent sur les Cyclades, dont les plus méridionales sont dans son axe. Deux grandes pierres, minces et larges se dressent de chaque côté et servent de chambranles; eUes supportent un linteau en deux morceaux dont rélévation au-dessus du sol est de six pieds au plus : la largeur moyenne de la porte , qui est plus étroite en haut
3 n'en bas , peut être de trois pieds et emi. Toutes ces parties sont régulièrement taillées ; on distinpe même une petite moulure sur le coté externe de répaisseur des chambranles.
Le linteau est surmonté d'une énorme pierre disposée en pente, de manière a s'avancer un peu en saillie au-dessus de la porte du coté extérieur, et à s'élever de là dans la direction ffénérale du toit. Du côté intérieur de l édifice elle est soutenue par deux pierres placées elles-mêmes sur les extrémités du linteau, al^dessus duquel elles laissent maintenant un vide. Mais pour comprendre cette disposition , et pour en saisir l'effet, il faut d'abord connaître l'arrangement de la toiture.
Le toit est formé de grandes plaques de rocher, qui , s'appuyant sur chacun des quatre murs, se superposent et montent en pente douce. Cette pente est déterminée par deux lignes de pierres qui s'étagent elles-mêmes entre les murs et le premier rang de tuiles, et ne sont visibles que de l'intérieur du temle. Les tuiles qui partent des angles es murs prennent ime forme et une di-
rection concentriques, et ainsi tnls tendent à se réaoir à une ar^ o& traie, comme dans les toits ordis^ de nos maisons actuelles. Seakoot.
trois étages de ces immenses tuisfid dû suffire pour atteindre le somma ai toit , et l'on en compte au plus ne czaine de rangs juxtaposés sur os ^ côté. Quelques-unes semi)leDl w ment placées dans an but ii^ pour peser sur les points de joieti des différenU étages, ce qui paraît > diquer dans la toiture une mkf^ seur.
La grande pierre qui estsB*»
du linteau de la porte s'avaiM i ék seule plus loin que les deui «tips « tuiles qui restent seuls de eecott
Dans rintàrieur du teraple,l6tttériaux des murs sont beaoewp I»
petits qu'à l'extérieur. Leplafoûi* formé des tuiles mêmes de hW«.
auxquelles il faut ajouter te «n»
ges de pierres qui les soutjfaan' * térieurement au-dessus <*«* "^r déterminent la pente du toit Cesw»
est simple, et Ton en oompread k»
sultat : le plafond tfest aow «« que la sailliede plosienisliÇf *Pt superposées. A mesure q»"!^*?!*;.
saillie augmente et répaisK^do^ diminue: la <»Mt«K*ioBet I WF gnent en légèreté; ^^J^^l contraste peu naturel, V^^L titesse des matériaux "»^^J« murs et par les dimensiois «o»»^ des pierres du plafond. ...
Ce temple est une œunepnniti^ grossière; malheurcusemeat, J^ de la valeur qu'il n'a pas P^^ on ne peut lui accorder «p»,rf ^, tante dans l'histoire de lart.^ reconnaît le commencemeit o^j^ de ces traditions qui, ^^Jz^ apparence borné, ont ^^ beaux diefe-d'œnvre dcrarcb^^ tique. Cest simplement un esjr^
construction laissé par ^J^^p reculé : à ce point ^J^'J^i^S' admettre une petite «^P^: Jj nchaînement , si remarquatow» ^
turellement logique, que P^,oi Grèce le développcnjent d» • ^
pourrait songer à sedcmaj^ ,j^p,s ici d'un temple; ma« le dowei» ^ possible. Quel autre W 9»""
ILE D'EUBÉE
4iS
ligieux aurait fait construire un monument sur cet emplacement inhabitable? On sait d'ailleurs que le culte des divinités grecques a consacré souvent des sommets beaucono plus élevés encore que celui de rOcna, ceux du Taygète et de TOlympe, par exemple.
De plus, quelque barbare que soit l'édifice en question, on doit y constater certains eftorts pour atteindre à une perfection relative, et pour en faire une maison digne d*un dieu. Ce fait ressort d'une comparaison de ce temple avec les autres ruines de FOcha, et d'où il résulte oue le temple a peut-être été le chefd'œuvre, bien modeste il est vrai, d'unart destiné à disparaître sans bruit , comme la race elle-même qui l'avait créé.
En effet, à quelques lieues de là, derrière Stoura , dans un coin de la ramification de rOcha, qui remonte vers le nord, se cache une ruine que tout le pays connaît sous le nom de la maison au dragon, parce q[u'on la r^arde comme le séjour de ffénies malfaisants. Aussi, bien peu d'habitants consentent à y conduire les voyageurs.
La maison du dragon est un ensemble de trois monuments adossés à la montagne et symétriquement disposés : deux s'avancent parallèlement et laissent entre eux un mtervalle égal à la largeur du troisième, qui est placé en arrière et, par suite de la pente du terrain , un peu au-dessus. Les cleux premiers sont les copies réduites et grossières du temple de i'Ocba. Cest exactement le même système de constrution, mais avec des matériaux beaucoup plus petits, plus mal joints et plus mal taillés , quand ils le sont. Comme pour compléter la resseniblance et pour marquer jusqu'à quel point il était donné à cette architecture barbare de résister à l'action du temps, l'état de conservation des toitures est aussi le même :
oe sont les pierres du sommet qui ont cédé , sans cependant qu'il en résulte une large ouverture. Les portes, percées au milieu de deux des longs cotés, se font face et ouvrent par conséquent sur fespace vide qui sépare les deux monuments. La porte du troisième y donne aussi.
Ce dernier est une petite rotonde, construite, malgré cette différence de forme,
d'après les mêmes principes. Les tuiles de la toiture , disposées en rayons et plus larges à la base qu'au sommet , montent vers un centre commun que devait remplir une pierre de forme circulaire ; elle manque seuleauiourd'hui.
On conçoit quelle doit être l'espèce de coupole qui résulte de cette disposition , et quel en est l'effet intérieur. Comme les plafonds des monuments carrés, elle est formée de rangs de pierres superposées , dont chacun suit une pente douce , dont la saillie augmente et dont l'épaisseur diminue à mesure qu'ils approchent du sommet Cette construction présente une analogie sensible avec celle du Trésor d'Atrée à Mycènes.
Qu'était-ce que ces trois monuments?
Faut-il voir dans le principal un trésor, et dans les deux constructions accessoires les demeures des familles privilégiées de ses gardiens. Ou bien ferat-on de leur ensemble le palais d*un ancien roi, composé des parties destinées à l'habitation et d'une salle solennelle de conseil ou d'apparat : merveille d'industrie admirée de la peuplade barbare campée à l'entour ? Ou bien, sans chereher si loin, se tirera-t-on d'affaire par le mot de temple, si cohamode pour désigner les restes inexpliqués de 1 antiquité Çrecque? Toutes ces hypothèses sont Clément bonnes ou plutôt également mauvaises , parce qu'à toutes les bases manquent également. Ruines sans nom, témoignages mystérieux de l'existence ignorée d un peuple obscur , ces humbles monuments ont seulement le mérite de constater les efforts et les progrès des hommes qui ont construit le temple de l'Ocha, et de confirmer la haute antiquité de cet édifice.
A côté du temple de TOcha est une petite chapelle consacrée à saint Elle , le patron des pics les plus élevés de la Grèce et le successeur ordinaire d'Apollon, divinité particulièrement honorée des Eubéens. C'est à ce Dieu par conséquent que le temple a pu être dédié. Très-grossièrement construite avec des éclats de roches , la chapelle n'en est pas moins le but d'un pèlerinage annuel, dernier reste peut-être d'une tradition antique, qu'accomplissent tous les habitants de Carystos et des villages environnants, le jour de la fête du saint.
LTJNIVERS.
Cest pour eux une partie de plaisir autant qu'un acte de dévotion ; en descendant de la chapelle, les groupes s'arrêtent dans un grand bois de châtaigniers qui s'étend sur une des pentes occidentales.
L'Ocha, lorsqu'on a passé cette partie âpre et nue qui domine Carystos, offre aux yeux une nature toute 'différente , et découvre des richesses de végétation et une variété d^effets que le premier aspect ne faisait pas soupçonner. Un des effets les plus beaux est celui que présente un petit vallon situé à une grande hauteur, à l'est et au bas du pic principal. Les rochers gris de ce sommet au-dessus de toute la scène, au milieu quelques énormes troncs de châtaigniers brâlés au temps de la guerre de Findépendance, et sur plusieurs des pentes eavironnantes de grands chênes verts qui se détachent en noir sur un sol blanchâtre, suffisent, avec certaines conditions de lignes et de couleurs qu'aucuue plume ne pourrait rendre , pour donner à l'ensemble de ce petit désert un charme singulier et un air de grandeur. Le caractère général de la montagne est sévère. Presque toujours les arêtes hardies de ses flancs conservent une nudité imposante; mais les, profonds ravins qui la sillonnent renferment le plus souvent de gracieux détails que la nature ne se lasse pas de varier avec une fécondité inépuisable : des cascades ombragées de grands platanes , des torrents dont les détours disparaissent au milieu de la jolie végétation des chênes verts et des arbousiers , et d'harmonieux mélange de verdure qui montent sur les pentes, autour des petites maisons éparses dont se composent les rares villages de l'Ocha.
Les ga.psGbrbstb et Caphabéb.
— Dans toute cette partie , les souvenirs antiques n'illustrent que les deux caps qui la terminent au sud et au nord , le Geraestos et le Capharée, maintenant Mandela et Capo-Doro. Leur position est bien nettement indiquée par les auteurs anciens.
Le nom deOersstos s'appliquait aussi à un petit port bien abrité par le cap et par les montagnes voisines. Il était célèbre dans l'antiquité, malgré le voisinage de celui de Carystos, soit parce
que le mouillage y était plus sâr. so^ parce qu'il se trouvait plusdireeUnKs:
sur la route de la Troade et de B]m
{>our les navigateurs qui venakot^ 'Attique ou du Péloponoèse. Gens^ reçut Nestor, Diomède et Méoélas a retour de Troie. Cest dansée màne^
3u'Agésilas rassembla ses troupes anst e partir pour son expéditioud'Ask.I^ avantages de sa situation pour le a»
merce et pour les opérations miliuin sont prouvés par plusieurs textes. Au^n deOersestos était un teoipledeNe^tûL d*une grande célébrité. Son iopoitiaa est attestée par Straboo.
Là aussi avait été enseveli fitei Hermolycus , qui de tous teCRJ s'était le plus distingué au ewoe Mycale. Il avait été tué dans uaeçiffR entre les Athéniens et les Oxm' Du tombeau d'Hermolycus, pjp
3ue du temple, on ne troufeaujwm e traces reconnaissables. Le port ît pelle le port Castri, nom TenuaB doute de quelques misérable Wîcations vénitiennes ou turq««i ^"^ voit les mines sur un petit piwnooi»
qui le ferme au nord. ' ^^^ ÉUenne de Byzance feit de GflWfi le nom d'un fils de Jupiter; iJ^^^f aussi l'origine du nom de Capww^ mais d'une manière bcjn«» ^ .^ songe aux souvenirs éwiliespâfl*
auquel il s'appliquait ^^^^^ dekaOnpE\>ç,'^nom priaûd/^^"^ (iTifveiov) . où les Eubéens to» PJ rifier les navigateurs ». S fsaiH^ cérémonies religieuses ou du» ep de quarantaine? . .. ,^
On connaît la vengeancede^^
ont eu leur réputation wf ^g^we* les poètes et même chez l«f ^[*^ Ces traditions semblent 8«te (^ vées dans le nom expressif «^ Jago , qui a précédé le do»^!
Les habitants assurent qui» Jl se dirige des Dardanelles ^ '.gs Dor: ils s'appuient sur ce wj|J^, trouvent assez fréquenuD^» *^ vage des débris de na«»Î^Jg5 Ce phénomène avait aidé «epj^ de Nauplius;ilapucnpngf^|, cution a son aise , car du W»
BLE D'EUBÊE.
montagne oui domine le cap , on voit jusqu'aux Iles de Psara et de Chio et jusqu'à la côte d^Anatolie. Dans un rayon moins étendu , on est frappé du curieux effet produit par la suite des rÎTages escarpe de Ttle, dont les lignes , diversement coupées, tombent à pic dans la mer, les unes derrière les autres, depuis le pied même du cap jnsau'à la pointe de Koumi, en face de llle de Scyros. A peu de distance, au delà d'une baie, s'élève, sur le petit promontoire de Philagra, une fortification importante d'où Venise surveillait autrefois les mers qui lui appartenaient. On dit qu'auprès sont des mines de cuivre, ou l'on reconnaît des traces d'exploitation an« tique. Le Capharée est aujourd'hui occupé par deux petits villages; on y cultive un tabac estimé en Grèce.
Ruines situées entre les caps Geejestos et Capharée. — £nUr« ces deux caps , dont aucune ruine ne rappelle aujourd'hui les noms anciens, deux ravins renferment des restes antiques , qui en échange ne se rattachent à aucun souvenir : ce sont les ravins de PlatanUtos et de KapsotUi. Le premier est le principal et le plus beau de toute la montagne , de même que Platanistos en est Te village le plus important. A quelques minutes de ce village , sur le TWdi^e gauche du torrent , se trouve la nime, appuyée contre la pente de la montagne.
Cest un grand soubassement destiné à supporter une plate-forme parallélogramme, et se dirigeant, dans le sens Se sa plus grande lon^eur, de l'ouest à l'est. A cause de la disposition du terrain, il n'a jamais eu que trois faces , dont deux sont vite arrêtées dans leur développement par le mouvement du sol. La foce méridionale, la plus considérable, est en grande partie encore debout. Elle avait au moins deux cents pieds de long ; sa hauteur, qui s'est conservée dans presque toute l'étendue de l'édifice, n'en dépassait pas une quinzaine. La construction est régulièrement formée de grosses masses schisteuses, plus lar-
Î;es que hautes. Il faut distinguer dans e monument deux parties : l'une, qui reste tout entière et comprend à la fois le mur occidental et la moitié du mur sud jusqu'à l'angle sud-ouest, est mieux
27* Idvrcdson. ( Ile de d'Eubée. }
taillée et polie extérieurement. A l'angle surtout se voit une espèce de plinthe à deux étages, faite en pierres plus p^ tites et proportionnellement plus basses. On distingue près de la ligne de jonction de cette partie de mur avec l'autre une inscription en caractères archaïques, irrégulièrement tracés, qui a été recueillie.
La seconde partie de la construction ,
pierres n'est pas polie; quelques-unes dépassent même la ligne ae l'angle.
Le caractère de toute cette ruine et l'inscription qu'elle a conservée attestent une antiquité qu'on ne peut faire remonter moins haut que le septième siècle. Tout ce qu'on peut dire de ce vaste ensemble, c'est qu'il servait sans doute à former une enceinte religieuse.
Dans la partie nord-ouest, une chapelle seule offre quelques restes; un de ces murs paraît être le mur en place d'un petit temple : les matériaux , petits et bien ajustés , sont en marbre ; au bas est sculptée une moulure. Une fouille .
3ui permet de voir ce détail , n'a fait écouvrir , d'après le témoignage d'un paysan, qu'un petit vase.
Les autres ruines , celles du ravin de Kapsouli, sont connues en Eubée sous le nom d' Archambolis ( ^kpy(aia nàXiç , la ville antique), et produisent sur Timagination des gens du pays un effet qu'explique leur position extraordinaire.
Quand on arrive de Dramesi, l'un des villages intermédiaires entre Platanistos et ces ruines , on voit tout à coup se creuser à ses pieds un ravin extrêmement profond et étroit; des rochers escarpés, dont les déchirures se correspondent d'un côté à l'autre, semblent prêts à s'emboîter de nouveau, s'il
{>ouvait se faire qu'un effort immense es rapprochât; au moins gardent-ils des traces frappantes du bouleversement qui les a séparés autrefois pour livrer passage au torrent qui roule au fond : tel est remplacement de la ville ancienne. De l'autre côté du torrent, à une trentaine de pieds au-dessus, ou aperçoit les restes de cette cité suspendus sur une saillie de rocher inaccessible. Ce sont quelques constructions carrées , gros-
L'UNIVERS
sièrement formées avec la pierre de la montagne voisine, qui se détache en plaques dures et minces. Petites et adossées à une pente rapide , il n'en reste que les murs d'appui , qui du côté du ravin peuvent s'élever à une dizaine de pieds. Il serait difficile de décider s'il lauty Yoir des maisons ou des essais de fortifications. Peut-être s est-on proposé \th deux buts ; car on ne peut guère expliquer que par la crainte au danger ridée singulière (]ui a porté les anciens habitants à choisir cette position de préférence à d'autres, beaucoup plus naturelles , dans des parties plus larges du même ravin. Le voisinage de la mer fait penser aux pirates. Il est probable que ces étranges demeures ont été de bonne heure abandonnées , et l'on y comprend mieux que partout ailleurs le silence de l'histoire. Après un dernier détour des rochers qui cachent ces ruines, le torrent arrive à la mer. On trouve sur le rivage des ossements pétrifiés , nouvelle preuve de la révolution géologique qui a produit ce ravin déchiré.
Points antiques voisins de Cà- BYSTOS. — Dans le voisinage immédiat de Carystos et de la masse principale de rOcha doivent se placer quelques noms anciens. Entre Amarynthe, dépendance d'Éf étrie, et Carystos , l'énumération de Ptolémée nomme le Port du Lion, La désignation est vague : peutêtre, à défaut d'indication plus sûre, peut-on s'aider d'une tradition rapportée par Héraclide de Pont :
« Les Nymphes, dit-il^ habitaient au- « trefois cette tie (Céos), riche en sources ; « mais un lion les ayant effrajrées , elles « s'enfuirent à Caiystos. De là vient qu'un « promontoire de Céos s'appelle /ezion. » De ce texte ne pourrait-on pas induire à la fois la position du cap de l'Eubée et l'origine de son nom? Des deux caps qui avoisinent Carystos, celui qu'on désigneaujourd'huisous le nom de Paximaaa est situé entre cette ville et l'emplacement d' Amarynthe ; c'est en même temps le point de TEubée le plus rapproché de Céos. Les Nymphes ont donc pu y aborder et y consacrer, comme à Céos, par ce nom du lion , le souvenir de leur exil et de sa cause. Les rivages du cap Mandéli , point le plus méri-
dional de l'Eubée , portaienl le nom de Leucé-Acté, rivage Blanc.
Position des Creux ou Coela. — Un point plus difiicile à déterminerez celui que plusieurs textes anciens désgnent sous le nom de Cœla d^Eakée, Ta KoiXx. Cette dénomination a été p^ sieurs fois appliquée dans TantJqiÉé à des vallées profondes et à des deife encaissés. En Eubée il s'agit, â Tis peut s'exprimer ainsi, de certaines c»cavités du rivage , qu*il faille entoét par là une disposition ffénérale delme dans une assez grande étendae des eâi& ou bien un ensemble de plusieurs peutts anses.
Hérodote raconte que deuxeeBtsoi^ seaux détachés de la flotte perse, postée aux Aphètes sur la côte de Ja Ha^KÔe, pour faire le tour de T Eubée et {icaètnr dans l'Euripe par le sud, à rusa de Grecs , furent assaillis par la tempât en face des Cœla d'Eubée et brisés ooote les rochers; et il remarque qu'ils snf frirent plus que le reste de la AoOie, parce qu ils étaient en pleine mer. O texte semblerait indiquer que les CoA étaient ou sur le rirage oriental , ob tKi au moins, pour ne pas exagérer la nleur des mots grecs, surlaœteoceJdotaie au-dessous de Styra, point à pvtir duquel le canal se resserre beaucoup.
Dans les Troyennes if Enripide, Minerve, préparant avec I^eptaoe le naufrage des Grecs au Capharée, Feibene à remplir de morts les Gcda, qa^ïl font sans doute reconnaître dans son exprès sion xotXov E^Sofocç puybv. Yoilà ane ii^ dication plus précise , bien que cbei et poète , et elle s'accorde avec la aréff^ dente : il n'est pas invraisemblaUefsi les vaisseaux des Perses se soient mt au point le plus périlleux de lenr »* vigation.
LoDgtempsaprès, conservant la n^ tradition , Dion Chrysostome , daes sa Pastorale du Chasseur ^ fait aborder»!
Coela un naufragé qui , en veuot k Chio, a brisé son vaisseau sar fcii<^ * chers du Capharée.
Cette position paraît encore ar d'autres textes. Ptolémée es Cœla après Gerasstos et le et son interprète, Ag^thodéfliia« place dans sa carte un peu au aoni ce dernier cap. Le nom y serai
ILE D'EUBÉE
sammeDt Justifié par les anfractuosités escarpées au rivage.
Tite-Iive prononce le nom des Cœla, et en parle lui aussi comme d'un lieu dangereux pour les marins, sinus suspectus nantis, A cause de la crainte quMls inspirent , la flotte romaine, après b prise a*Oréos , se hâte de retourner au Pirée avant les tempêtes de Téquinoxe d'automne. Ce passage ne contient aucun renseignement topographique ; mais eomme à cette époque Chalcis était au pouvoir de Philippe, en guerre avec les Romains, on peut conclure que leur flotte ne prit pas le chemin de 1 Euripe, ^i lui était fermé, et que par conséquent dans le récit de Tite-Live , les iloela doivent être sur la côte orientale.
D'un autre côté, Strabon appelle Cœla la partie des côtes d'Eubée comprise entre Aulis, ou, suivant une autre kconi entre Chalcis et les points voisins oe Geraostos. D'autres textes viennent au secours de celui du géographe ancien, et donnent, dans un sens analogue , une indication plus précise. Yalère-Maxime et après lui Lueain racontent la mort du Romain Appius près des Coela. Pendant la lutte de César et de Pompée, désireux d'en €onnattre l'issue, il s'adressa à la pythie de Delphes, qui lui fit cette réponse : «Oette guerre ne te concerne en rien ; « tu occuperas les Cœla d'Eubée; Nihil « ad te hoc^ Romane^ bellum : Eubœx « Cœla obtinebis. » Sur la foi de cet oracle ambigu, il s'ima^na qu'Apollon lui désignait une retraite ou il allait vivre à l'abri de tout danger, et se fedre, dit Lueain , un royaume paisible au milieu du fracas d'une guerre où se disputait l'empire du monde. Ces espérances éffoTstes furent trompées; il alla mourir de maladie près des Cœla avant la bataille de Pharsale, et y fiit enseveli. Cest la manière dont il prit possession de ce rivage, et réalisa la prédiction du dieu.
Les Cœla, pour Yalère-Maxime , sont «itués entre Carystos et Rhamnonte, le point de la 6tte attique le plus rapproché de l'Ëubée; ainsi ils comprenaient la baie de Styra et celle qui est fermée au sud par les lies Pétalides.
En résumé, on a sur la position des Cœla d'Eubée des indications tellement opposées qu'on serait tenté de les appliquer à deux parties différentes de la
même tle. Pour sortir d^iadédsion , il fendrait être autorisé par quelque monument antique, par exemple par le tombeau d'Appius; mais sur toute la côte méridionale d'Eubée les monuments sont rares ou muets.
Mabmirion. — Marmarion, où Strabon indique des carrières de marbre carystien et un temple d'Apollon Marmarinos, ne pouvait être que sur le rivage de la baie qui est située derrière les ties Pétalides. « De là, dit-il, on passe « à Halae-Araphénides. » C'était en effet le point correspondant de la côte de l'Attique. Ai^oura'hul encore,.quand la traversée est difficile jusqu'au port de Carystos, c'est dans cette baie que les marins vous conduisent. On aborde près d'un petit village nommé Marmara. Ce nom n'est point un souvenir de Marmarion, mais, comme le nom antique, il doit évidemment son origine au voisinage des carrières.
Le temple de Marmarion est une nouvelle preuve du culte particulier rendu en Eubée à Apollon et à Diane. Les Carystiens se réunissaient aux Érétriens pour célébrer la fête de Diane Ama-
Ssia. Une tradition rapportée par érodote montre le zèle avec lequel ils honoraient cette déesse. Un envoi sacré, destiné à Délos par les Hyperboréens , fut transmis de peuple en peuple et traversa ainsi toutei'Eubée. Les Carystiens, qui le recurent les derniers de l'île, le transportèrent jusqu'à Ténos , quoique Andros fût plus rapprochée.
Styba. — Cette m\e était située sur le canal d'Eubée, à l'entrée d'une petite plaine, la plus considérable que l'on trouve à l'ouest de Carystos. Le rivage, jusque là presque toujourr très-escapé , s'abaisse, les montagnes se reculent vers l'est, et en même temps l'tle se resserre. Nulle part elle n'est plus étroite, si l'on excepte l'isthme qui précède au nord la presqu'île de Liîhaaa; à une journée de là seulement, à partir diJlivérif elle se développe de nouveau pour atteindre en largeur sa plus grande étendue.
De la ville antique il ne reste que les deux premières assises d'une tour carrée , à partir de laquelle l'acropole a dû suivre fa pente d'une colline étroite et allongée qui s'appuie sur la montagne.
Au bas, du côté de la plaine, sont beau-
L'UNIVERS
eoup de tombeaux. Du c6té opposé est un petit port bien fermé, dout un écueil rend la sortie difficile par le vent du nord; il sert d'échelle à la ville moderne de Stoura.
Uem placement antique est complètement abandonné; Stoura s'est élevée dans une position plus commode et
ÏAus saine, à une lieue des rochers de 'acropole ancienne et des marais du rivage. De la ville, ou plutôt du village de Stoura proprement ait, en dépendent plusieurs autres, qui sont considérés comme ses faubourgs , de même qu'à Koumi et à Carystos. Cet ensemble ^ qui fournit au plus le chiffre de quinze cents habitants , occupe une situation agréable, sur les dernières pentes >de la montagne, où des cultures et des landes couvertes d'une jolie végétation se partagent un sol accidenté. De grands champs d*orge et de maïs sont au bord de la mer. Un cours d'eau assez considérable coule au bas des villages modernes, et va chercher son embouchure à peu de distance de l'acropole .antique.
RuiiTBS DU XONT Kliosi. ^ Quaud on vient de Carystos , si , au lieu de deseendre à Stoura par les pentes boisées qui y conduisent, on suit la crête de la montagne qui tourne du côté de Test , oh trouve sur le point le plus élevé, aujourd'hui le mont Kliosi, un fragment de mur ancien. Ce sont quelaues grosses pierres, irrégulièrement taillées, qui Joignent deux parties de rocher très -escarpées, étroites , hérissées de pointes et en apparence inhabitables. Auprès est une petite chapelle consacrée à saint Nicolas, le patron des marins, autour de laquelle les bergers ont construit contre le rodier des abris grossiers pour leurs troupeaux. Malgré la singularité de cette situation, il faut reconnaître là une acropole ou tout au moins une fortification antique; elle était destinée sans doute à servir de poste d'observation'plutôt que de retraite en temps de guerre. On pourrait supposer que là nirent les demeures premières des Styriens, avant qu'une civilisation plus avancée et une sécurité plus constante leur eussent permis de descendre au bord de la mer et d'y rechercher les avantages du commerce. Les ruines
qu'on voit sur le riva^ n^appanieDoai pas à une antiquité tres-reeuée.
En face de la baie qui creuse I« rivage , à partir de Styra, est one peÉ tie qui partage le nom de la villeactodie. Cest nie antique (TiEgiléa, où ïï\^ laissa les prisonniers âétriensanot à conduire les Perses à Maratboo, dit le cap se voit à peu de distance.
Histoire db Sttbi. — Stjra, k même que Carystos, fiit fondée («r Ik Dry opes , chassés du Parnasse pâHacule. Plus Urd, elle reçut des «to de la Tétrapole maratbouieune, et ea particulier du dème des Styrieos. S»
importance parelle-niéme, elleeoofeM constamment son histoire tanlfta'»
celle de Carystos, dont elledépa^ît»
turellement , tantôt avec celle oWn^ Elle est citée dans le dénomiwiwlK riliade; elle put envoyer au a?É »
Troie les habitants de U «ai»»* Dragon. L'époque des guerres inéi^w est sa période de gloire : à un»^ où Carystos est forcée de swm xerw et où Chalcis emprunte des «i^ aux Athéniens, les Styricnsfourassefi à la flotte d'Artémisium etàeclte»
Salamine deux vaisseaux P •«'Jr tiennent. Ils figurèrent à P»»' ^^ nom était écrit sur le pi^f^ ^^ pie à côté de celui des Érànew, «Jquels ils s'éteient réunis m,^^Jf à Platée six cents homffl»Jgf ^ on les voit , sous la '^'^•"««li» a"»"
on les vou, »uu» w «'"•TTi^A»^.
nienne, contribuer à Tc'^ï^'^ ,2 cile. Ils payaient à Athènes ««J»
annuel de onze cents drachmes i'*
guerre lamiaque, leur ville wtfl»^ par le général athénien Pbe^^ temps de Strabon , leur tern^^ devenu la possession des ^^^{^^ Si à plusieurs époques, fFJJ^jj.
rement à la dernière, dont s ocoo^ toire, nous voyons les t'f^^ deSlyra, il n'est pas douteC^ n'aient eu plus souvent enww^ autorité les points mterinéd?u«'^ cette ville et la plaine d Jm,^^ semble avoir toujours aPP»îjL|«fr territoire. De Stoura à^«*'fX««ft tagnes occupent P^sque "ui y.
espace que fîle dispute à la ^'^ ques villages cependant ont pu «j . ^ Le principal, Amyropoifl^j^^ environ une oentaïae de m^
ILE D'EUBEE.
joliment situé dans un vallon , auquel conduit un beau ravin. Sur le pic le plus élevé des montagnes voisines se voit un pal2Bo-kastro vénitien , et un peu plus an nord , près de Zarka , est une tour hellénique également placée sur la hauteur, et qui est peut-être l'antique Zarétra prise par Phocion.
Ruines db Dystos. — A deux heures d* Armyropotamos , vers le nord-ouest , est une ruine relativement importante, dans laquelle on s'accorde à reconnaître l'antique Dystos. On donne aujourd'hui ce nom à un petit village albanais , où £ans doute aucune tradition ne l'a conservé. Dans une plaine assez grande, presque entièrement inculte , et en partie marécageuse, s'élève une ancienne acropole. Elle occupe une hauteur isolée, de forme conique , qui s'avance du côté de l'ouest et du nord dans un petit lac. On suit toute la ligne du mur d enceinte sur la pente qui descend vers la plaine ; on la voit à partir des ruines de la porte principale monter de chaque côté , surtout vers le sud , jusqu'à ce qu'elle ait rejoint des rochers escarpés, qui du côté du lac suffisaient à la défense. Cette ligne est double vers l'est. La construction des murs est polygonale ; (^est un mélanee bien agencé de grandes pierres d'une épaisseur médiocre, et de petites , en moins grand nombre, qu'a loumies le rocher même de l'acropole, tout entier formé d'un marbre blanc grossier. De distance en distance sont des tours carrées dont le travail est plus régulier que celui des murs.
La porte principale, qui est à peu près complète , est remarquable par les détails de sa construction, et offre en même temps un curieux exemple des premières combinaisons des Yaubans antiques. Elle est percée dans un petit mur qui joint perpendiculairement une tour au mur d'enceinte, et en face d'une seconde tour, qui s'élève à peu de distance; de telle sorte que les assaillants ne pouvaient y arriver qu'en tournant et en s'exposant à recevoir par-devant et parderrière les projectiles des ennemis placés sur les tours. Cette porte est large, évasée par le bas , et construite avec des pierres plus grandes et plus régulières que celles des murs. Le linteau est d'un seul bloc. Les deux pierres qui le sou-
tiennent s'avancent en saillie de chaque côté , sur l'épaisseur de la porte, et sont taillés de manière à représenter des espèces de consoles grossières.
On trouve plus au sud tme autre porte plus petite et plus simple. Percée d'après une disposition analogue, elle donne entrée dans un ouvrage de fortification , d'où l'on ne pénètre dans l'acropole que par une seconde porte, plus petite encore , dont l'axe est perpendiculaire à celui de la première. Ainsi l'on n'arrivait dans l'enceinte qu'après avoir changé deux fois de direction.
L'acropole renferme plusieurs ruines de constructions antiques, des fondations diverses, les premières assises d'un édifice carré , mais surtout des restes fort curieux situés au-dessus de la petite porte. Voici en quoi ils consistent.
Un mur formé d'énormes matériaux soutient la pente de la montagne, et cet appui solide sert de fond à plusieurs maisons dont on reconnaît les chambres, petites et nombreuses. Autant qu'on peut en suivre le plan , ces chambres semblent le plus souvent n'ouvrir que sur des couloirs communs. On voit un grand nombre de portes, toutes avec leur linteau. On entrait dans la principale maison par une porte placée latéralement tout près du mur d'appui.
Extérieurement, cette maison est construite, comme les tours, avec de grosses pierres. Trois des chambres qu'elle renferme, à rintérieur, offrent une disposition remarquable, qui paraît annoncer une intention d'élégance : parallèlement construites, chacune d'elles a une double porte, dont les deux parties sont séparées
f)ar une pierre mince dressée verticaement et se présentant en face sur l'épaisseur. Au-dessus, les ^ différents linteaux suivent une même ligne.
L'ensemble de ces ruines porte le caractère d'une antiquité reculée; sans prétendre leur assigner une date plus précise, on peut les rapporter à l'époque intermédiaire entre la guerre de Troie et le sixième siècle.
Cette forte acropole porte des traces d'occupation plus moderne. Une partie du mur d'enceinte a été réparée, et au sommet s'élève, au milieu do débris de murs , une tour franque en ruine. Un fragment de Tbéopoiupe nous apprend
L'UNIVERS
que Philippe, le père d'Alexandre , fit avancer son armée contre la ville de Dystos en venant d'Érétrie.
Le lac, après avoir baigné le pied du rocher de l'acropole, longe la montagne à Touest pendant une demi-lieue; il est profond dans toute cette partie, et y communiquait autrefois avec la mer par un catavothre aujourd'hui bouché. Du côté opposé, il se termine dans des ma • récages. Dans la plaine sont semés deux ou trois pauvres villages comme celui de Dystos , auprès desquels on remarque quelques oliviers. Les montagnes qui renferment de tous côtés sont grises, et le rocher s'y montre sous de maigres buissons : tout cet ensemble est triste d'aspect.
La plaine de Dystos communique d'un côté, par une route dans les montagnes, avec la plaine d'Alivéri, et de l'autre, par un petit col, avec la vallée d'AvUmari, On rentre ainsi dans la partie centrale de l'Eubée , par laquelle nous avons commencé la description géographique et Thistoire ancienne de cette tle.
PBÉCIS HI8T0BIQUB SUBL'IlB d'bUBÉB PBIfOANT LB MOYEN AOB BT LB8 TBMPS MODBBNBS.
L'EUBBB JUSQU'A CONSTANTIN POB-
PHYBOGÉNÈTE. — Commc la plupart des îles de l'Archipel célèbres dans I antiquité, nie d'Eubée disparaît de l'histoire après la conquête romaine et pendant presque tout le moyen âge. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne tout ce qu'on en sait se borne à quelques renseignements officiels sur son administration politique et religieuse. Ainsi on sait que sa capitale, Chalcls, eut d'assez bonne heure un évéque, qui, d'abord attaché au siège métropoliuin de Corinthe , devint plus tard premier suffragant d'Athènes (1). L'un de ces prélats fut le Syrien Anatolius, mentionné parmi ceux qui assistèrent au concile convoqué à Alexandrie par saint Athanase, quelques années après la mort de Constantin. Parmi ses succes-
(i) Lequieu, Oriens Christ,^ t. H, col. aia- •I7*
seurs , Jean Damascène se distingua pa quelques discours sur les mysicreie la religion chrétienne, eten943(j«)r«, qui occupait le siège épiscopaI,eDtfe bonheur de retrouver un manuscril^ Jean Chrysostome contenant des ap cations de l'Évangile (I).
Quant à l'état pclitiOTB de m,ï dut être en tout pareil à «Im to»
voisines : un gouverneur, nomœéjfr tement par l'empereur, I adann^ depuis 359, époque a laquelle Co^ avadtétabli à Constantinop eonprtW* la ville, les appels de l'Eubeeet de t^ la mer Egée ressortissaient de « ««^ trat (2). A l'époque de la dmfl*^ l'empiri en thèmes, nie, aT« te Cy
clades et Égine , fut ran^ diB leo^ quième thème d'Europe (8), qŒ«»F nait toute la Grèce.
Entbbpbises des S.uïb^^^^
l'Eubée. - Dans les^^^'^fX rentl'hégire,l'îled'Eub^nef«^
per auxTncursions d^«f ^^J 5uepar sa position g^ph;^^^^^ prochée du continent grec, «m»
îât moins exposée à leuBeo««»S QèteoulasWfngSO,»*^^
de Basile, un chef musul^j^»^,, Tarse en Cilicie,Esman,awB>e^^^^^
succès de ses corehgionn^ «^ talent emparés de Syraf^ pj^^pe.
le siège devant Chalci^^^K^ OEniatès, gouverneur dta^^^it sembla les troupes de sa prow^ ^ ^ lavilleenétatdedéfen^«l«
la résistance ^^^^^\^zl^t0^ Eubéens ne le cédèrent p» ^^^5,
aux soldats qui étaient Ten^^^^^^ cours ; ils firent un heui«ux«^^^ grégeois, en usage dans les 5^^^^^ environ deux cents ans, cji .^^^ persistance du chef ««f.^uB^ vainqueurs. Esman pén^^^^^iés eD(^ assaut, et les Musulmans,^ ^^3^00^ ces, retournèrent avec preap CilicieC4). .^KSPï^^'f
PBEMIBBESTENTATtTBj ^^t TIENS POUB S'BMPABBR
(a) Lcbeau, aist, au
Saint-Martiû, t. H, p. »74- ^|i^4»^' (3)Const.Porphyrog.^«
édit. Niebuhr. t. ^^\K''£0plff'^^
ILE D'EUBÉE
— L*ile d'Eubée fot exposée aui ravages des Sarrasins , surtout dans la péri(Kie où ceux-ci furent possesseurs de la Crète. Au temps des croisades , de nouveaux ennemis de Tempire tentèrent de s*en emparer; ce furent les Vénitiens. En 1171 Venise prépara contre Tempire un armement formidable , sous le commandement du doge VitaiMichieli. La flotte vint, après quelques ravages, débarquer ses troupes dans 1 Eubée. Toutes les places de rlle étaient en état de défense ; cependant, le gouverneur, soit par crainte, soit pour gagner du temps, engagea les Vénitiens à députer vers Fempereur. Manuel traîna les négociations en longueur; la peste se déclara dans rîle, et sévit particulièrement dans l'armée vénitienne. Le doge , craignant que les. Grecs n'eussent empoisonné les fontaines, fit rembarquer ses troupes.
C'est vers cette époque que l'île d'Eubée commença à s'appeler Negrepont, dénomination dont rorigine a été indiquée plus haut.
COMBIENCEMBNTS DE LA DOMIMA.-
TiON TÉNiTiBNNB. — La quatrième croisade arracha aux Grecs les îles de l'Archipel, comme tout le reste de l'empire. Venise , n'étant pas encore assez forte pour conserver les possessions considérables que lui assignait le traité de partage, accorda à tout Vénitien le droit de s'emparer des îles et des villes grecques des côtes (1207 ). C'est ainsi que Marc Dandolo fonda le duché de Gallipoli :
un noble véronais , Ravin ou Régnier Carcerio, s'associa avec lui et s'empara de rfle de r^é^repont. Quelques années après , menace dans sa conquête par une flotte vénitienne, il reconnut la suprématie de la république et gouverna sous son autorité. Une inscription latine placée sur l'une des murailles du palais de Chalcîs nous apprend qu'à l'année 1273 les Vénitiens exerçaient leur domination par l'intermédiaire d'un bailli et de conseillers (1). Dès les premiers temps de la conquête de r(égrepont par Carcerio et de la domination vénitienne, la grande afïluence des Latins dans l'île fit remplacer Tévéque grec de Chalcis par un éveque du culte romain (2).
SiÉOE DE Chalcis ou Negeepoux PAB LES GÉNOIS. — Les avantages que Venise retirait de la possession de l'Archipel et du commerce de la mer Noire lui furent disputés par les Génois ; et en 1351 l'amiral Paganino Doria vint mettre le siège devant Chalcis. L'année précédente, onze galères génoises oui se rendaient à Caffa avaient été détruites ou prises par les Vénitiens. Doria voulut venffer cet échec, et se mit à la poursuite dfe l'amiral Pisani , qui commandait dans l'Archipel à la tête de vingt galères. Pisani se réfugia à Constantinople avec trois vaisseaux , et son vice-amiral, avec les dix-sept autres, se retira dans le port de Chalcis , où , avec l'aide des Ëuoéens, il se mit en état de défense. Les Génois , n'ayant pu forcer l'entrée du port , en entreprirent le blocus, et assiégèrent la ville du côté de terre, à l'aide de fortes machines. La peste se mit parmi les troupes vénitiennes, et la république se voyait hors d'état de les secourir , quand Pierre IV d'Aragon prit parti pour Venise , et envoya de Barcelone une flotte vers Negrepont. Doria n'attendit pas l'armée combinée des Vénitiens et des Espagnols; il leva le siège (1).
Pbise db Nêobepont pab les^ TuBCS. — Aucune entreprise depuis celle des Génois ne semble avoir menacé dans l'île de Negrepont la domination vénitienne. Mais, après la prise de Constantinople, Mahomet II destina un vaste armement contre Negrepont, pour mettre un terme aux ravages que les Vénitiens ne cessaient d'exercer, de cette île, sur les îles et les côtes environnantes. En 1468 Nicolas Canale, amiral vénitien, avait fait une descente en Thessalie et ravagé une grande étendue de territohre ; puis Tannée suivante, avec vingt-six galères, il avait pillé Lemnos, Imbros, la ville d'Éno , et emmené deux mille captifs à Negrepont. Mahomet II s'engagea par un vœu solennel à chasser les Vénitiens de l'Archipel , et il commença immédiatement ses préparatifs. Avant que les^ Turcs se fussent emparés des passagesde l'Euripe, Canale fortifia Chalcis, et y transporta tout ce qu'il put rassem-
(z)yoirniucr.daiisDapper,p.29i.p.3i3. (x) Matteo Villani, 1. 1, c. 84, 85 ; 1. U^ (a) Lequien, Oriens Christ, t. II, col. axC. ch. a6 et 34.
L'UNIVERS
bler de vivres; mais la garnison, sous les ordres du capitaine Luigi Calvo, du provéditeur Jean Bondoroieri, et du podestat Paul Érizzo , était insuffisante.
Mahomet arriva en Béotie avec une armée de terre qu'on porte à cent-vingt mille hommes, fit jeter des ponts sur l'Euripe, passa dans Tile, et fit battre Cbalcis par cinquante-cinq canons de gros calibre. En même temps, sa flotte, composée de trois cents vaisseaux et de cent trente galères, s*empara de tout le détroit, ferma rentrée du port de Chalcis, et commença de son côté le siège. A cette nouvelle, le sénat vénitien, qui considérait Négrepont comme le centre des possessions de la république dans rArchipel , fit armer le plus de galères quMl lui fut possible, et les envoya à Nicolas Canale avec ordre de tout tenter pour délivrer nie. Trois assauts avaient déjà été livrés, lorsque Canale, rompant les chaînes qui fermaient TEuripe, parut en face de la ville. Chalcis pouvait être délivrée : les hésitations de Famiral perdirent tout.
Une partie de sa flotte seulement l'avait suivi. Il voulut, malgré les conseils et Taudace de ses principaux officiers, attendre le reste de ses vaisseaux. Cepen* dant , Mahomet livrait à la ville deux terribles assauts consécutifs. Les Chalcidiens se défendirent avec le dernier courage,' ils se firent tous tuer en présence des 'voiles vénitiennes, qui ne bougeaient pas Lorsque Canale se détermina à faire un mouvement , les Turcs étaient entrés dans la ville sur un monceau de cadavres (12 juillet 1470); deux des chefs vénitiens avaient péri les armes à la main, le troisième, Paul Erizzo, enfermé dans la citadelle, se rendit sous condition d*avoir la vie sauve; Mahomet le fit scier par le milieu du corps. Après la prise de la capitale , les Turcs eurent peu à faire pour s'emparer du reste de rtle. A Venise , Tindignation fut universelle contre Canale : vainement cet amiral tenta de racheter sa honte par une attaque sur Négrepont, il fut repoussé, et son successeur, Pierre Mocenigo, conduisit la flotte dans les ports de la Morée (1). Toutes les tentatives que firent par la suite les Vénitiens pour reprendre
(x) Pour tour ce siège voir Sismondi, Hist, des Républiq, liai, •. VU, p. 6-14.
cette tle échouèrent; lear aoinl Gomani, envoyé pour laNooavra,èlatèi d^une flotte considérable, ne sut n même sauver Lépante, assiégée par Is Turcs (1499).
NÉGBSPONT sous L*ADlinnSTli-
TiON DES TuECS. — L» domiuta vénitienne fut favorable à ille deNesepont; la république avait laissé kîi»
de souverain dans Ille à RaTinCarwiii qui le transmit à ses enfants; nais à eut soin d'adjoindre à ces maftwi»»
uaux ses propres magistrats, qui élaid:
un provéditeur chargé du joowoflB^ général et de radministratioûfinanaR un podestat préposé à la justicetfaaapitaine placé â la tête des trottptti««e époque l'île, bien cultivée, ««»« abondance du blc,duvinetdii« des troupeaux nombreux peuptan»
vastes et beaux pâturages; lesbu*»
les fromages qu'on en tirait, W« lemiel recueillis par toute Ille, ««J»
les principaux objets à'n^^f-^ fin, outre les villes principales eltej^ bourgs, on comptait huitccDls«jap La domination turque chançatow,^ vérité Mahomet, frappé ckliœp»^ de 111e pour ses çossessioos ^
en.fit la capitale £unvj^«J^ qui comprenait, avecnie»''*^ les vallées du Sperchius,**"»'^
mos (Céphise), de V^s^^SZ mariUmM de Boudomm<i«w.
de la Phocide, l'Ataq» *» »*«'
" Mais là , comme dans te «JWJS quêtes musulmanes, W?^" arbitraire et eut une a«»"'"Ss« classe grecque futoppntn^wri'j
d'impôts , livrée au «^V^'*^^ réduite à abandonner ragn»""^ chercher un peud'indeDeo(lM««^i|,
ques ressources dans ».^^m.
avait un proverbe au s«««?îrVî pour signaler un ho'B'iiewp» ,^ mauvais foi, l'appelait ÎJ''*;^ fMtU (1). Le capitan-bafiW^ Santgtoéral de la flotte oWfV
dait à Négrepont; «"-^««^Ib* kyaîa, ministre générri,<««^^ soindesaf&itwensonabsa*''"
(i) Hist. Noue, des l'^^.r^^^ *A/>e/. p. 1^7,379. J"eber.tdt^^
Hist, de Cemp, Ottoman, t. i. P-
ILE D*£UB£E
des beys étaient préposés au goavernemeDt des diverses places de l*tle. Les Turcs fortifièrent la ville de Négrepont, Fagrandirent et élevèrent un château devant le port; eux seuls et les Juifs habitaient Tintérieur de la ville , les chrétiens étaient répartis dans lesifaubourgs ; la population entière pouvait être de 14 à 15,000 finies. Les jésuites avaient été autorisés à entretenir à Négrepont une maison collégiale pour Téducation des jeunes insulaires; les Turcs y avaient construit pour rexercice de leur culte
Suatre mosquées, deux dans la ville , eux dans les faubourgs , et leur capitan-pacha occupait le cnâteau, autrefois élevé par les Vénitiens pour le provéditeur(l).
ConduitedeshàbitantsdeNbgrbpont pbnoant l*1itsubbbcti0n gbeg- QUB. — La domination turque, plus ou moins t^rannique selon le caractère ou les caprices des gouverneurs envoyés par le sultan, se maintint dans I1le deriégrepontjusqu*à Tépoquede la grande insurrection grecque. En 1821, animés par Texempleet le contact des Athéniens, oui avaient pris part au soulèvement, les haoitan ts de Négrepont arborèrent Tétendard national. Cette île n*avait qu'un très-petit nombre de Turcs commis à la garde des forts ; ils s'y retirèrent au premier signal du mouvement populaire. Le peuple, sachant qu'ils avaient eu la précaution de 8*approvisionner d'armes et de munitions , ne les y inquiéta pas, et se contenta d'observer la citadelle. La jeunesse de Itle prit les armes, et alla se joindre aux Grecs du Continent à la voix d'une femme , Modéna Mavrogénie, qui déclara que sa main, destinée à un homme libre, serait le prix du vainqueur des Turcs (2). Modéna, issue d'une noble famille qui pendant de longs siècles avait possédé des fiefs dans File d'Eubée, avait été élevée à la cour de Constantinople , où sa famille était en possession delà charge de drogman. Son père avait été égorgé par l'ordre du sultan. Depuis cette époque la jeune fille vivait retirée dans l'Ile de Mycone. Ce fut elle qui, au moment de l'insurrection, souleva cette
(a) Roîtenel, hist. compl. des Évèn, de la Grèce , 1. 1, p. 98.
île et l'Eubée (1). Les Turcs enfermés dans les deux villes de Négrepont et Ca« rystos s'y défendirent avec opmiâtreté; à plusieurs reprises , ces places reçurent des renforts du continent , et les Grecs essuyèrent plus d'un revers devant les murs.
ÉCHEC DBS GbECS DEVANT ClBTS-
Tos. — En 1833, un des capitaines de r^leutherO'Laconie , Elias , fils de Pietro- Bey, qui déjà s^était illustré à la prise de Tripolitza , débarqua à la tête de sept cents nommes près de Carystos, quul vint assiéger. Mais ses soldats, emportés par une valeur imprudente , s'engagèrent trop avant ; ils furent accablés par la multitude de leurs ennemis , et Elias fut obligé de se donner la mort pour ne pas tomber vivant au pouvoir des Turcs (3).
SléOB DE NÉGBEPONT PÂB LES
Gbbgs. — Les Hellènes ne pouvaient cependant renoncer à la conquête de deux places qui par leur position commandaient la Beotie et J'Attique. De Négrepont, les Turcs, s'ils n'étaient réduits, pouvaient aisément descendre sur le rivage opposé et le ravager. Carystos, à l'extrémité méridionale de lUe , était un point de ralliement pour les flottes de Constantinople. C'était leur route pour se rendre sur les côtes du Péloponnèse , et elles pouvaient également y débarquer les troupes destinées contre la Grèce septentrionale. Cependant on pressait plus vivement encore le siège de Négrepont que celui de Carystos. Une armée de Maniotes, qui avaient puissamment contribué à la réduction de l'acropole d'Athènes, formait l'élite des troupes grecques réunies devant la capitale de l'Eubée. La peste et la famine joignaient leurs ravages à ceux de la guerre dans la garnison musuln^ane. Le pacha, d'autant plus découragé qu'il avait connaissance des derniers revers de la flotte turque à Malvoisie , offrit aux assiégeants de se rendre. Mais Pietro- Bey avait pris la direction du siège et juré de venger la mort de son fils par le massacre de tous les Turcs de Négrepont Ce terrible serment ne fut pas exécuté ;
(i) Potiqueville. Hist, de la Rigénér, de la Grèce, a^ édiL, t. U, p. 5o5.
(a) Id., ïbid, t. III, 1. VI, cb. vu , p. 290.
LIJWIVERS.
un commissaire du gouveniement vint d'Athènes proposer aux défenseurs de la Tille une capitulation; cinq mille des habitants en proûtèrent pour se réfugier sur le continent; la garnison turque, restée seule , refusa de céder, et continua à défendre la citadelle (1). De son côté, Fun des principaux chefis hellènes, Ulysse, pressait le blocus de Carystos.
Néanmoins, la guerre sur le continent ralentit les opérations militaires dans nie. Méhémet-Chousrou- Pacha, sorti de Constantinople à la fin d'avril 1823 avec quarante bâtiments de guerre de toutes grandeurs, ravitailla la place de Carystos, et débarqua trois mille hommes sur la côte. Animés par ce renfort, les Turcs de Carystos firent une sortie générale ; les Grecs, pris d*une terreur panique, se dispersèrent. Au lieu de les poursuivre , les musulmans se répandirent dans les villages voisins, et les pillèrent; puis ils ne craignirent pas de s'enfoncer par petites troupes dans les gorges de la chaîne de montagnes qui traverse TEubée. Les chefs grecs profitèrent de cette imprudence pour se jeter sur leurs ennemis , dont un grand nombre furent massacrés ; le reste regagna la ville, et quelques jours après le blocus de Carystos était rétabli (2).