‹ Iles de la GrèceChapitre 24 sur 31 · DÉFAITE DES MUSULMANS DANS · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES MUSULMANS DANS

l'Eubéb. — Cependant Joussouf, pacha de Précovetcha , avait été chassé de Larisse, et battu en Béotie. Pressé avec les débris de son armée contre le rivage, il

Ï>arvlnt à gagner le pont qui traverse 'Euripe et à se jeter dans Ttle de Négrepont. Cette arrivée imprévue surprit les troupes grecques occupées au siège de la citadelle, et, avant qu'elles eussent pu se reconnaître et chercher un refuge dans les montagnes, le pacha leur tua trois cents hommes. L*arméede Joussouf et les troupes de la citadelle se réunirent, et remportèrent quelques autres avantages. Un village chrétien, qui n'avait pas été abandonné , fut livré au pillage et ses habitants furent massacre; toute l'île semblait retombée sous la domination turque. Mais l'un des chefs les plus braves et les plus renommés

(i) Kaffenel , i^c^/i. de la Grèce ^ t. II, p. a36-24o.

(a) RafTenel, id,^ p. 302^-369.

des Hellènes , Diamantis, se trouiait n ce moment à Carystos, dont il étsit \m presser le siège après unevictoinr»

portée à Catavothra. A la nouTeU^ij Parrivée de Joussouf dans TEubét, L !

met à la tête d'environ l,m honns, Grecs de l'île et soldats qu'il avait»

menés de Thessalie, et marche eo^ les Turcs. D'abord , il essaya to l'ennemi dans les montagnes, oà l> vantage de la position pouvait cod^ ser 1 infériorité du nombre Le pcb se refusa à Ty suivre ; forcé de co^ battre en ligne, Diamantis desedit en plaine, le 5 août 1823,etras^ sa petite armée en bataiUedewtuat bourgade grecque qui venait d'abri* vagée par des soldats de Joosoot U combat fut long et >cbamé;ieV^ mans, quoique plus nombreUit»^ contraints de céder à l'impétBOsifK leurs adversaires. Youssout ewlk^^ bravement, et sut protéger si r^'^, avec deux-cents cavaliers ^^lejj l'avaient suivi. Le sarlendemaio il F avantageusement les restes de s» ai« dans un village qu'il avait à demi niK. et couvrit sa position de quatre pw»

de campagne placées surks rifesescjpéeid'une petite rivière, <io"tIe««fsft protégeait. DiamanUs, aussif"^* courageux , sut conteniriwipft^ de ses troupes , et passa (pwque i*^ en observation. U cafalffieî««!f ,^ hardie par l'inaction appai»»*^ ennemi, faisait des incunttûs^ dans sou camp ; mais une »»*|^ tis fit creuser de vastes fos».«^'° de terre et de sable , et deui jo«nr quand les Bulgares pasaèrCTtUnnajj leurs chevaux vinrent s'aw™^ ^"^

piège des Grecs, quifi"^»!!!^ ioÈbre de prisonniers. Pen^t encore, Diamantis différa dalt^j; musulmans; enfin, quand "'«^f^jj pire une complète sécunlé, « »* |, tourner leur Ugne de défense^ ^ nuit du 5 septembre, ^^^u^i allumé dans son campdegran^ laissé quelques soldats lH>ur(»»^ son mouvement, il se "î'|*î?îiîli ' travers les montagnes. ^^^]^^ï camp de Youssouf deux h«",^^di jour : l'attaque n'eut Ueu qn aa^^ soleil; les ennemis, pleins <*«^^ étaient encore endornus. lav»^'

1L£ D'EUBÉE

gue tous massacrés. La victoire des Grecs lut telle , que le chef ennemi s^enfùit seul, sans armes avec quelques Bulgares vers NéjBn'epoDt Le commandant de cette place rerusa de l* ouvrir aux fuyards. Youssouf eut la lâcheté d*abandonner les débris de son armée et de s'y réfugier seul. Quelques centaines de Turcs avec son lieutenant parvinrent à repasser le détroit, et regagnèrent péniblement la Thessalie(l}.

Expéditions d^Ulyssb bn Eubbe.

— Après sa victoire, Diamantis repassa sur le continent , laissant un corps de troupes dans FEubée. L'année suivante , 1824, Ulysse, qui avait pris ses cantonnements dans TAttique, nranchit TEuripe, et essaya de surprendre Négrepont , où les Turcs, après la défaite de Youssouf, avaient concentré toutes les forces de la province. Son projet échoua ; les ennemis avaient été prévenus et se tenaient sur leurs gardes. Ulysse s'établit alors autour de la ville pour en faire le blocus, s'emparant des chevaux des ennemis , massacrant leurs maraudeurs et s'eftot'^ çant toujours , mais en vain , de les atti« rer à une affaire générale. Enfin, pour mettre rïégrepont en état de pourvoir ellemême à sa délivrance, il enrégimenta la jeunesse de Tlle, la disciplina, lui fournit des armes et des munitions , et lui donna pour Texercer et Taguerrir une division de ses troupes ; puis il la dirigea sur Carystos,qui fut bloquée comme rîégrepont. Depuis le commencement de rinsurrection dans Ttle d*Eubée, les Turcs n'avaient cessé d'occuper Négrepont et Carystos, où, plus d'une fois réduits à l'extrémité, ils étaient toujours parvenus à se maintenir. Carystos, moins fortifiée que Négrepont, se rendit; mais les discordes des chefs de la Grèce continuèrent à protéger les Turcs enfermés dans Négrepont. Ulysse, privé de renforts , et rappelé sur le continent par les intérêts de la guerre générale, ne put s'emparer de cette ville.

DEBNIEBS ÊYBIfBMEIfTS DE LA

6UEBBE EN EuBÉB. — Les Turcs profitèrent de l'abandon forcé de TEubée par Ulysse pour y faire une nouvelle tentative. Un lieutenant de Dervisch-

(i)'Eidiîftm^fÉvénem, delà Grèce, t. II, p. 37t-38c.

pacha, établi dans la presqu'fle de Volo, traversa le détroit dans des barques fournies par les Turcs de Négrepoùt, s'empara de toutes les parties non fortifiées de rtle , et bloqua les chrétiens dans Carystos (juillet 1824). Il eût pu reprendre cette place ; mais il préféra tenter on coup de main sur Athènes. Battu dans la plaine de Marathon , il fut pris, et ouelques soldats seulement regagnèrent 1 île , qui ne resta pas longtemps en leur pouvour. Ulysse y reparut, et s'empara de tout le pays, à Texception de Négrepont,

Sue peut-être il eût forcé à se rendre si es oesseins ambitieux et les préoccupations d'une défection prochaine n'eussent affaibli son ardeur (1). Gouras, qui lui succéda dans le gouvernement de la pro» vinee d'Athènes, ne put empêcher les Turcs de reprendre le dessus en Eubée.

Us s'emparèrent de Carystos, sur laquelle le colonel Fabvier et le chef d'escadron Begnault de Saint-Jean d'Angely firent^ en marsl 826, une tentative iniructueuse. Ils avaient d'abord remporté quelques succèset forcé les Turcs à se réfugier dans la forteresse, quand un renfort inattendu do deux mille nommes leur survint. Les Turcs reprirent l'offensive, coupèrent à leurs ennemis toute retraite, et^sans un prompt secours, que les Grecs d'Ipsara , d'Hyara et de Syra envoyèrent, tous les hommes de l'expédition eussent péri (2). L'tLE d'Eubbrbbumie à la Gbège ; SON ETAT ACTUEL. — Ce fut la dernière tentative armée des Grecs dans l'Ile de Négrepont. Les discordes de leur gouvernement, leurs revers consécutifs sur le continent permirent aux Turcs de N^repont et de Carystos de s'étendre par toute nie, et ils en restèrent maîtres jusqu'à l'époque où , grâce à la triple intervention de la France , de l'Angleterre et de la Russie, et à la victoire de Navarin , la liberté hellénique fut consacrée. Il fut résolu dans les conférences de Londres que l'Eubée appartiendrait, avec les Cyclades, au nouvel État. Cette décision était déterminée par la situation géographique de nie, qui ne permettait pas qu'elle pût être laissée aux mains

(i) Raffenel, Évén, en Grèce, t. m.

(a) Mémoires hUtor, et miiit. sur les Êvén, de la Grèce, de i8aa a 1827, par Jourdaio^ t II, p. 240.

L'UMVËBS.

des mosnlmans, sans que FexisteDoe et riodépendance de la (îrèce fussent incessamment compromises et menacées.

Cette décision devait grandement contribuer à la dépopulation de TEubée ; car les musulmans y étaient seuls détenteurs et cultivateurs de la terre, les chrétiens , dans tout le cours de leur domination, n'ayant trouvé d'autre moyen d'échapper aux exactions de toutes sortes que de s'adonner à la vie pastorale. Il fut à la vérité résolu, lorsque le traité définitif replaça Samos sous la domination des Turcs', que ceux des Samiens qui chercheraient un asile en Grèce obtiendraient des concessions de terre dans Négrepont ; mais la nécessité où on les mit de désintéresser les musulmans propriétaires du sol rendit ces donations illusoires. Presque tous refusèrent, et depuis l'expulsion des Turcs l'île est devenue en beaucoup d'endroits un véritable désert (1).

Aujourd'hui la grande tle d'Eubée, qui a repris son nom, compte, en y comprenant la population de t'éparchie de Scopélo, 60,550 habitants au lieu de 300,000

(i) Jucherauit de Saint-Denis,^^/, de l'emp. Ottoman, t. III, p. 367 et 396.

qu'elle eut au temps de n pioipèM Elle forme une nomùrchledoDt la cm est Quilds, et se subdiviseen qiutref{ff chies, dont trois pour TEnbée, ami Ghalcis, Xérocfaori, Carystos, etcfâeè Scopélo pour le groupe des Des tb»

saliennes. Chacune de ces épantet un chef-lieu du même dool OBoosal qu'avec une si faible populatiofiia M grande partie du territoire de lûa reste inculte. L'agriculture o'ot ^ lonpée que sur quelques pototsdiâ»rai, principalement daoi les tamok Cbalcis et de Carystos. LesoioitagMi de l'intérieur ne sont habités fx ps des pâtres, qui suivent Umslofap^iO.

de pâturage en pâturage. U§Mmi»ment actuel de la Grèce a ttqidqua efforts pour ranimer l'a^iea^ a Eubée : u a ordonné le desseebeBeift^ marais de Chalcis, il a (ait atSm ki oliviers sauvages , il a traeé des r^ qui doivent conduire d'Athènes ai»

heu de nie; mais, malgré ces ton tentatives, cette grande et belle fie dXibée offrira encore longtemps la trace des maux qu'elle a soufferts deptristm siècles , avant que de retroaiertoasi»

éléments de son andenne prospérité.

LES CYCLADES

I^OTIONS GBIfÉBALES SUE LA. GBOGEA- PHIB BT l'HISTOIBB DES CYCLADES.

Nous désignons par le nom de Cydades le groupe des tles de TArchipel qui est cooapris entre les 21* 40' et 34» SO' de londtude et 35« 40' et 38» de latidude norof, et nous y réunirons toutes les îles du golfe Saronique et celles qui avoisinent les côtes de TArgolide (1)* La petitesse de ces tles, leur ressemblance d'aspect et de nature, leur concentration dans un coin de la mer Egée , leur proximité du rivage de la Grèce d'Europe , la nullité hâtorique du plus grana nombre, et la similitude de leurs destinées dans les temps anciens et modernes, telles sont les principales raisons qui nous ont déterminé à leur appliquer spécialement cette dénomination de dyclades , dont l'emploi n*a jamais été bien défini, et que les géographes et les voyageurs étendent quelquefois à toutes les tles de la mer ^ée (3). Notre groupe des Cvdades se composer»

donc des tles rangées dans Tordre suivant, à partir de la pointe méridionale de TEubée: Andros, Ténos, Gyaros, Céos, Hélène, Cythnos, Syros, Délos, Rhénée, Myconos, Sériphos, Syphnos, Oliaros , Paros , Antiparos , Naxos , Gimolos, Mélos, Polyaigos, Pbolégandros , Sikinos , los , Amorgos , As^palée, Anaphé, Tbéra, la plus rapprochée de la Crète au sud ; et, en suivant les sinuosités du continent hellénique, nous rencontrerons Salamine, Ëgine,Calaurie, Hydria , Typarénus et quelques écueils et tlots que nous signalerons en passant.

Aspect GBiiisAL des g ycladbs. — « L'aspect de presque toutes les Cyclades, dit VUloison, au premier abord est

(x) Toyez toute la bibliographie relative aux Cyclades dans les indications de Forbiger, Handouch deralten Géographie ^ t. m, p. X024*

(a) Yoyez plus haut, p. 192.

uniforme. On n'aperçoit en arrivant que des rochers pelés, secs et arides, souvent taillés à pic; plusieurs n'ont pas de port, mais seulement une rade, une calanque

f>our les barques, les caigues, les sacooèves et autres petits bâtiments. A l'approche du premier bateau on voit accourir une foule d'oisifs qui s'empressent de ▼ous crier de toutes parts tC (livSaxa ? quel' les nouvelles f et qui se hâtent de recevoir les lettres qu'apportent le xapa66xupiç ou patron de barque, et qui les interceptent

souvent ou les lisent à la dérobée

Les anciens avaient coutume de placer auelques-uns de leurs tsmples assez près de la mer, comme celui d'Apollon i£glète à Anaphe, ou Namfl, d'Esculape, que j'ai retrouvé à Asty pâlie ou StampaUe, d'autant plus que les villes anciennea étaient proches du rivage. Maintenant la crainte des corsaires, qui ont souvent dévasté l'Archipel, a forcé les insulaires à bâtir leurs villages sur le haut d'une montagne, quelquefois à une ou deux heures de distance de la marine. Cest ce

Sue firent les premiers Grecs, au rapport e Thucydide. Les modernes ont construit de petites chapelles assez près du bord de la mer; c^est là qu'on se met à l'abri quand on veut s'épargner la peine de monter au village. G est aussi la demeure la plus ordinaire des matelots

qui restent au port Le chemin qui

mène au village est ordinairement rude et escarpé , et quelquefois même dangereux et fort long La première chose

qu'on aperçoit en arrivant dans les bourgs, c*est une longue file de moulins à vent , placéeà l'entrée du villa^. Les rues sont ordinairement étroites, inégales; la plupart ne sont pas pavées, et sont pleines de boue dans Tniver, le seul temps de l'année où il pleut dans l'Archipel. On y rencontre à chaque pas des cochons despoules. Dans quelques tles, les escaliers avancent dans la rue et en occupent la moitié. Toutes les maisons çont couvertes d'une terrasse, revêtue d'une cou*

LUNIVKRS.

cbe de terre, oui laisse 80u?ent passer la pluie, et qu'il faut renouveler tous les ans. Il n'y a qu*àSantorin où elles soient plus

solides et faites de pierre L'usage des

terrasses est très-ancien dans le Levant, comme on le voit dans la Bible. Les maisons sont basses, occupent peu d'emplacement , ne renfermentordinairement qu'une pièce d'une médiocre grandeur, et une autre , très-petite , où on monte par une échelle de bois. Au lieu de carreaux, on ne trouve aue de la terre, et dans très* peu des planches. Le feu n'y prend presque jamais. 11 est vrai que 3elui de la cuisine n'est jamais ardent chez les Grecs , et que , grâce à la douceur de leur climat, ils n'ont presque pas besoin de se chauffer. Ils n ont pas de cheminées dans leurs chambres, et se

servent de réchauds On ne trouve de

fenêtres dans presque aucune île, mais seulement des contrevents ou volets le bois, qu'on laisseouverts toute la journée^

« L hiver est très-doux dans les Cyclades. C'est le seul temps de l'année ou il tonne. Les pluies ny sont pas rar^s dans cette saison, et M)mmencent la fin du mois de décembre. Le siroc règne alors ordinairement, comme la tramontane dans Tété, ce ^ui rend le climat tempéré. Il n'y a pas à proprement parler de vent fort ni durable oans l'hiver, qu'Anacréon a raison d'appeler Suo^yy^oç &pa. En général , les vents y sont trèsinconstants. U faut se défier du calme plat, qui ordinairement |)résage la tempête. On est sûr d'en voir bientôt s'élever une quand on trouve une foule de dauphins qui bondissent. Il tombe rarement de fa neige, excepté sur les montagnes; la glace y est presque une chose inouïe (1).»

Des impressions de voyage plus ré-

(i) J'ai emprunté tous ces détails aux manuscrits de Yilloison, amas confus, mais précieux de renseignements de tous genres sur la Grèce, et particulièrement sur les îles, recueillis dans les auteurs anciens, dans les voyageurs de tous les temps dans les Byzantins, les Pères de l*Église, les Lois des empereurs, etc., que cet infatigable saTant lisait la plume k la main, en faisant force extraits et commentaires. Cest une mine inépuisable de matériaux; mais, sauf sur quelques points, la mise en œuvre y est à peu près nulle. Yojez à la Bibliothèque Nationale les manuscrits 362, 9-3.

centes que celles de VilloisoD ne»

présentent les choses sous le lo^ aspect, c Les Cyelades,ditooipin&itl voyageur, enlevé réceininaU par »

mort déplorable (I), que lespoàtf «a dépeignent si riantes, sont es |E0^ rai dW aridité désespérante pov r>

magination. Que d'iliosiaiM l'esifts::

quand on arriveen Grèce! Loisf», »• nant d'Europe, quelques betw ^ avoir, pour la première fois. «J^ dans un vague lointain la terre m hloponnèse , le voyageur double mIû fe cap Matapan, il éprouve un prenwr ofcompte. On lui désigne à droite «wi * oom de Cérigo un rocher éane A aride comme les côtes deProfesee^Cerigo n'est autre que cette fleddanoon dont le îlimat était si énerrani^tolM myrtes, les citronniers fleoris eitawat le si suaves parfums aU temps «1 «ie se nommait Cythère, où Vén^était s souveraine. PuisvousrangeiMik Aofr nilo avec son turban de nuages qui a îouvre perpétuellement eommeaoe»orelie.Paros, Antiparofi,Syra;partfl« a JïÔme désolation. Si wnspoosKipfcB loin votre voyage, vousrctrôirTtt en«« a rautre bout de l'Aidûpel bmMe stérilité ; et jusqu'à Nicarii et msm . la plupart des îles ne soil(p« des ma*, ses de rochers, non-seuteKot sans ve^ tation , mais sans appareottdetme vege^ taie. Cependant , nier q«e «sMS⻫" été cultivée8,ce serait cont*«a^ grand nombre de témoignaas. ^^ fois, assurent les anciens, elles fsum couvertes de forêts. Il feut ^^ que la destruction de ces û»^^" causede la stérilité actuelle desCyo»

c'est du moins la seule raison (p^ puisse donner. Si samages, fl «>»

qu'ils paraissent d'abord auw^ les rochers des Cyclades(dontqwF uns enveloppent dans leurs cotes r solées des vallées, des plaines d'une «^ condité admirable) nen forment f»

moins un horizon à sotihoii f^*

Î)lai$ir des yeux. Nus,dépour^*2 es dons de la nature, n'ayant po*''^ dire pas même de couleur, ils »f^ merveilleusement de toute 1*J*^ du climat, de toute la beauté de r<&(^

(i) M. Alexis de Valoa , Bévue Jti !^ Monde* , i843. Ile de Tine,

LES CYCLADES

phère , et revêtent les teintes splendides que le ciel leur envoie. Ce sont des prismes admirables établis sur la mer pour refléter le soleil, et reproduire plus belles encore les nuances, changeantes à chaque .heure, de Thorizon oriental.

Le matin, avant le lever du soleil, au milieu de cette mer unie et blanche comme un lac de mercure, les îles se colorent d*un bleu tendre, délicieusement fondu , impossible à définir, qui n*est pas rindigo et qui n'est pas Tazur, mais

3ui souvent m'a rappelé cette couleur 'un instant qui aux heures de rosée s'attache comme une poudre légère aux prunes sauvages de nos haies, et disparaît plus tard à la chaleur. Le soleil levé , la mer s'enflamme , les rochers se dorent, et scintillent comme les topazes. Le soir ils subissent dans toute sa splendeur rincendie du couchant (l), et plus tard rendent dans toute leur transparente pâleur les teintes roses qui lui succèdent. La nuit enfin , au clair des étoiles , on croit voir d'immenses coupoles bleues,

Î;ouachées par la lune, qui se lève, d'un arge reflet blanchâtre, et entourées d'une ceinture d'argent par la merqui se brise sur leurs rivages. »

C'est à l'impression produite par ce spectacle enchanteur qu'il faut surtout attribuer les sentiments enthousiastes des insulaires grecs pour les petits nids rocailleux qui Tes ont vus nattre. Il faut en chercher la cause, dit M. Bronsted , non-seulement dans l'attachement ordinaire au sol natal, mais encore dans des circonstances locales , surtout dans l'influence qu'exerce depuis l'enfanoe sur le physique et le moral d'un peuple doué d un naturel heureux, sensible et mobile, une mer superbe, remarquable par sa variété infime, par la richesse des teintes, et par un horizon immense. L'exclamation de Callirhoé, dans le roman de Chariton , est donc aussi vraie aue pathétique, lorsque, sur le point d'être conduite dans l'intérieur de l'Asie et à Babylone, elle s'écrie : Être transportée sur les bords de l'Euphrate, moi pauvre insulaire, être emprisonnée dans ces vastes plaines où je ne verrai plus

(i) ''Orav 6 i^Xioc pacriXeùei, comme disent si iieureusemeot les Grecs modernes, pour exprimer la magnificence du soleil couchant.

la mer! < Un Jour, continue M. Bronsted (1), pendant que J'admirais sur les hauteurs d'Ampelakia, auprès de la vallée de Tempe, la beauté du paysage qui se présentait devant moi, les masses imposantes de l'Olympe et le fleuve qui en baignait le pied, uu Grec de l'île de Tine, qui était présent, me dit : « Certes, c'est beau; mais où est la mer.' Elle est loin d'ici ». Cette prédilection pour les Sles de la mer Egée, qu'un rhéteur grec comparait aux belles taches foncées d'une peau de panthère, image qui rappelle les vers d'Horace , interfusa nitentes œquora Cy dadas ^ reste la passion dominante , le trait distinctif de leurs habitants, qui préfèrent la vie chétive Qu'ils mènent sur leurs rochers à tout Je bien-être dont ils pourraient jouir dans toute autre partie de la terre. Heureuse disposition de ces insulaires , intéressante à observer pour le voyageur

3ui les visite, et qui sous les apparences e la misère y découvre plus de contentement réel qu'on n'en voit ordinairement chez les peuples surexcités par certains abus de la civilisation!

Population des Cyglâdes. — La population des Cyclades est essentiellement grecque d'origine. Hérodote dit en général que les habitants de ces îles étaient de race pélas^que, et que plus tard ils furent appelés Ioniens, par la même raison que les douze villes ioniennes fondées par les Athéniens (2). Avant la domination des Ioniens dans la mer Egée, les îles avaient d'abord été soumises aux Phéniciens et au sceptre du Cretois Minos; les Cariensy établirent ensuite leur empire; « et ils en furent chassés , dit Isocrate (3) par nos ancêtres, qui, n'osant point s'y transporter eux-mêmes , firent passer dans ces Iles les citoyens que l'indigence poursuivait dans leur patrie. Après cela, dévenus plus entreprenants, ils fondèrent sur le continent de nombreusei: et puissantes cités. »

Il n'y a aucun doute à cet égard : la diffusion de la race ionienne , qui se

(i) M. Bronsted, VoycL^^ts dans la Grèce; île de Céos, p. S.

a) Hérodote, VII, qS.

(3) Isocr., Panath.y § a6, p. 2\i\ éd. Coray.

L*UNIVERS

confond par tant de côtés avec celle des Pélasges, est un fait incontestable, principalement en ce qui concerne ce que nous appelons les Cyelades. Deux ou trois îles seulement, comme Mélos et Tbéra, échappèrent aux Ioniens, et furent pieuplées par des colons d'origine dorienne. Mais ce n'est là qu'une exception, qui ne détruit pas le fait général. Le passage d'Isocrate qui vient d'être cité oonBrme l'assertion d'Hérodote, qui , à son tour, trouvesa preuve dans milie renseignements de détails. Hérodote dit luiinéme, en parlant de quelques peuples insulaires, tels que ceux de Céos, de Kaxos, de Siphnos, de Sériphos, d'Andros et de Ténos, qu^ils étalent Ioniens et originaires d^ Athènes, Thucydide, dans le curieux dénombrement des peuples entraînés par Athènes dans l'expédition de Sicile, nomme la plupart de ces insulaires, et assure à;alement qu'ils étaient Ioniens et sortis d* Athènes.

« Velléius Paterculus (1), entre antres îles qui furent occupées par la colonie ionienne, cite celle a'Andros, de Délos, de Ténos et de Paros, et il ajoute : aliasque içnobiles , expression par laquelle il désigne sans doute le reste des Cyelades. Enfin, le scoliaste anonyme de Denys le Périégète non- seulement Domme toutes les Cjclades où s'établirent les colonies ioniennes , mais encore il cite les noms des chefs qui conduisirent ces colonies. Ce passage , un des plus curieux que les anciens nous aient conservés, est anssi le seul , à ma connaissance, où nous trouvions ces lumières. Le chef de la colonie conduite à Céos se nommait Thersidamas ; à Siphnos , Alcénor ; à Délos, Antiochus ; à Sériphe, Éteoclès; à Naxos, Archétime et Tendus; à Rhénée, Delon; à Scyros, Hippomédon ; à Mycone, Hippocles ; à Andros, Cenœthus et Eurvlochus; à Cythnos, Cestor et Céphallénus ; à Paros Clythius et Mêlas. L'tle d'Amorgos fut la seule où les Athéniens n'envoyèrent pas directement une colonie de leur sein. Ce furent les Naxiens qui s'y établirent. »

Cette émigration ionienne s'effectua l'an 1130 avant l'ère chrétienne. A cette époque l'Attique était encombrée

d'habitants; elle aiait reça ton ki peuples fuyant Tinvasiondes Docieset des Héraclides dans le Pâoponbt Aussi toute cette population, sentit trop à l'étroit dans la stérile Attifx. ne tarda pas à s'écouler fers les 11» (t l'Asie Mineure. L'ambition de r^ avant divisé les 61s de Godros,etbiy thie ayant favorisé de soo s#f Is prétentions de Médon, Kâée et » i 1res frères résolurent de ^*^^l devinrent naturellement les ehé « tous ceux qui se trou»aient âspoM»

émigrer. Ainsi un fonds primitfilew pélasgique, sur lequel se aw»

des établissements de peapterPteurs, Phéniciens, Cretois, wa.»

tout recouvert ensuite d'u«*«^ nondation de colonies d '<««: "J sortie peut-être du vieux tna»^ lasges, tels sont les éiém^P^ sèrent la population desCfdjte*»

général de presque toutes les i»«" mer Egée (l). ^^ r.

SlTdATION HISTOBIQinWW; CL A DBS PENDANT l'^^^^U

Prise dans le sens ^f^ff^^^ nomlnaUon de Cydades ert i»"»

fausse; dans le sens poWiJ»«^ gicux elle est rigour«i9^»g et ce sens-là est le seul ^J^i vement accepté et compmpff^L» gt Les Cyelades formaient,» ««^i^ cercle ou confédératioa,» ^^ tyonie^dontniedeMas^^iel

et où tous les insulaire 2Se* théories sacrées aux Pan^

semblées générales, ^^^^^ë I M.BronsUîd,quela/â^^fr la discordance notable ^^^ lativeraentaunombrtd^^^ sous le nom de Cyciaa^ ^^ ^ ses dans Je groupe d«ien»j^^ les amphictyons a?"^^ya»^

ou s'en retiraient selonj»^^

était favorisée ou oPP""^B^«J ensoit,ilyabeauçoup*eO'^*

risenlUlroirequ'J«*2J>l bonne heure entre ^i;»j^<>

tion qui ne d<Jff"%i1S5|«5 thèn^ ni des v/Ues <« *?^ W Panlonia. Cette «•'gpl»*»

sans doute une anipW»J

(i) Kaoul RochcUe, Col. Grecq,, III, p. 8o. (i) Bronstcd, P^ ^"^ *

LES CTCLADES.

Uère , et Délos, ou le sanctuaire des divinités déliennes, en était le centre.

Au reste, sur ce point , comme sur tout ce qui regarde Tétat historique des Cyclades avant le sixième siècle , on en est réduit à de simples conjectures.

« Avant la guerre des Perses, dit encore M. Bronsted, on trouve peu de données vraiment historiques sur les Cyclades.

Cependant cette période reculée fut le temps de leur plus grande prospérité.

Ces petites républiques insulaires, en possession de Tautonomie dans toute racception du mot, virent se développer leur industrie et leur activité commerciale par leurs relations avec les villes grecques d'Asie Mineure, et, après Psammiticnus, avec 1* Egypte. » Mais les progrès de la domination des Perses, en troublant la paix oui s'était maintenue entre les États civnisés de l'Europe et de l'Asie, apporta de grands changements dans la situation des Cyclades, et leur prépara un nouvel ordre de d)oses.

A la fin du sixième siècle elles furent attaquées par les Perses. Aristagoras, neveu d'Histiée de Milet, avait entraîné le satrape de Lydie dans une expédition contre Naxos , en lui faisant espérer la soumission de toutes les Cyclades. Cette entreprise échoua, et fut suivie de la ré- Tolte d'Ionie, qui fi>rça les Perses à ajourner leurs projets contre la liberté des tles. Après avoir replacé la Grèce d'Asie sous sa domination, Darius envoya contre Athènes Datis et Artapheme, avec l'ordre de soumettre en passant les Cyclades. De toutes ces tles il n'y eut que Naxos qui eut à souffrir de la rigueur des Perses; Délos fut traitée avec un religieux respect, et le reste, excepté Siphnos , Sénphos et Mélos , avait conjuré l'orage en faisant une prompte soumission et en donnant des otages. Cest ainsi que les Perses dominèrent quelque temps dans ces parages. Après la bataille de Marathon, Miltiade entreprit de leur enlever ces tles ; mais il échoua devant Paros, et dans les dix années qui s'écoulèrent depuis l'entreprise de Datis et d*Artapberne jusqu'à la erande expédition deXerxèset la bataille de Salamine, il n'y eut rien de changé dans la situation des Cyclades à l'égard de la Perse : ces insulaires fournirent dix-sept vais-

28* Livraison (Lss Cyclades).

seaux à la flotte de Xerxès (t). Mais dès que les armes grecques eurent obtenu quelques succès, les insulaires rejetèrent ralliance forcée et peu naturelle de la Perse, et s'engagèrent résolument dans la cause de rindépendance. Dans les combats de rArtemisium, les vaisseaux de Céos combattent dans les rangs de la flotte grecque. A Salamine il se trouve déjà des vaisseaux de six ou de sept des Cyclades, savoir, de Naxos, Céos, Cyth- DOS, Sériphos, Siphnos et Mélos, et une trirème de Ténos échappée des rangs des Perses, la veille de la bataille (3). Aussi le nom de toutes ces tles figurait-il glorieusement sur le trépied consacré a Delphes par les peuples grecs qui avaient pris part à cette mémorable journée.

Après la victoire de Salamine, les Grecs poursuivirent la flotte perse à travers les Cyclades; et Thémistocle, avec son activité ordinaire et son habileté peu scrupuleuse, se hâta de profiter des circonstances pour étendre 1 empire maritime de sa patrie et augmenter sa fortune privée aux dépens des tles qui s'étaient laissé entraîner à trahir la cause commune. « Je viens à vous, disait Thémistocle aux habitants d'Andros, avec deux divinités puissantes, la Persuasion et la Nécessité. — Nous en avons deux autres, répondirent-ils, qui ne quittent jamais notre île, la Pauvreté et Vlmpuissance. » Les Athéniens se bornèrent pour cette fois à assiéger Andros, qui résista, et à rançonner les tles les plus compromises avec les Perses. Ce n'était la que le prélude de la domination qu'ils devaient bientôt imposer aux Cyclades.

L'année suivante, 479, les Grecs vainquirent Mardonius à Platée. Après la bataille, tous les peuples qui y avaient pris part consacrèrent une statue à Jupiter Olympien. Le voyageur grec Pausanias vit cette statue, dont il donne une description très-détaillée, et copia l'inscription qui l'accompagnait. C'est l'acte le plus authentique qui nous ait été conservé sur la composition de Tarmée confédérée qui remporta la victoire de Platée. Cette inscrintion donne une liste

(i) Hérodote, VII, 96.

(a) Bronsted, Ile de Céos, p. 7a.

L'UNIVERS

de vingt-sept cités, parmi lesquelles six Etats des Cyciades, savoir : les Céiens, lesMéliens, les Téiiieasjes Naxiens, les Cythniens, et les Éginètes (1).

Tant que la guerre médique avait été défensive et continentale, Sparte avait conservé Thégémouie ou le commandement suprême des forces coalisées de la Grèce. Mais bientôt la guerre changea de caractère ; elle fut transportée dans les îles et sur les côtes d'Asie Mineure , et elle devint tout agressive de la part des Grecs, et presque exclusivement maritime. Alors fa supériorité de la manne athénienne devait amener le déplacement de rhégémonie. La retraite de Léotychide, roi de Sparte, qui laissa les Athéniens diriger seuls le siège de Sestos, et travailler à Taffranchissement des Grecs d*Asie et des Iles, Tor^eil et les excès de Pausanias contribuèrent à dégoûter les alliés, qui se jetèrent dans les bras d'Athènes, et se rangèrent sous le commandement d'Aristide et de Cimon.

D'ailleurs, ce n'était pas de la grande cité dorienne du Péloponnèse (jue les Ues et cités d'Asie, presque toutes ioniennes, pouvaient attendre leur délivrance.

Dans un conseil tenu à Samos après la bataille de Mycale, les Péloponnésiens avaient déclaré <}u'il était impossible de protéger et de défendre continuellement les Ioniens, et ils avaient proposé de les transporter dans d'autres établissements.

Les Athéniens n'avaient point été de cet avis, et ils avaient soutenu qu'il ne convenait pas aux Péloponnésiens de délibérer sur le sort de leurs colonies (2). Ceux-ci n'y contredirent pas, et laissèrent à la métropole des États Ioniens le patronage de toutes les cités maritimes, que la communauté d'origine et d'intérêt rapprochait tout naturellement d'Athènes. Toutes les Cyciades entrèrent dans cette alliance, dont Aristide organisa les conditions en 477. Il régla Tes cont'mgents que chaque cité devait fournir pour l'entretien de la guerre contre les barbares. Alors fut établi chez les

(i)Paiisan., V, î3, i. Voyez oans Bronstedf p. lox, la conciliation de cette inscription avec la liste d^Uérodole, qui ne nomme que viogt-quatre peuples réunis à Platée.

(a) Uérod., IX, gS.

Athéniens la magistrature des HtUho^ tames, chargés de recevoir les tribats, dont le montant fut 6xé d'abord a 460 talents (2,484,000 francs) ; le tiés» fyî déposé à Délos, l'ancien centre de lacoifédération des Cyciades , ^ les assemblées générales durent se réunir tatsar du temple d'ApoUoa (1).

Dans le commencement, les iàéniens administrèrent avec justice et wqdération les affaires de la ligne bellcûque; mais bientôt leur pouvoir degân en une oppression qui devint presqu'aoss odieuse que celle des Perses. Le trésor commun fut transporté de Délos à Athènes ; la contribution fut portéede46(7 talents à 600. Les assemble^deDâvinDbèrent en désuétude. « La eeaatioadeia diète de Délos entratna une astre 'bbovation. En formant la confédéfatka.ks alliés avaient très-certainement décrié

2ue la diète jugerait lesaflEadresfédmîes. le droit Je haute juridiction passa de Délos à Athènes avec la g^rde du très» commun. Mais cette juridiction, boisèt sans doute dans Tongine à toute caee regardée comme une in£ractioD à Ttèr liance , empiéta sur la juridiction dvik* Cet empiétement fut favorisé par Tasentiment des petites cités , qui se trc»ivèrent ainsi protégées contre k vioieMe des grandes ; et par Tidée, ùmilièn aox Grecs malgré leur ^(ûsme mmùopai , d'une justice quelqueîfots cherchée et rendue hors de leurs murs {1) •. Quelques-unes des îles puissantes de Home , Samos, Chio, Lesbos, protestèrent contre les empiétements successiù de U puissance a Athènes; mais les petites &dades s'en accommodèrent&dleine9t,'«t acceptèreut volontiers son autorité j«^ claire, comme déjà elles avaientreoofii^ sa suprématie politique. Dans la guem du Péloponnèse, toutes ces Oes^eioott E^ne et Mélos, que les Athéniens i^ neirent, restèrent fidèlement attachée!

la fortune d'Athènes, dont elles ne fii^ séparées qu'après la bataille d*i£^P^ tamos(405).

Mais elles regrettèrent rallianeiJAênienne quand elles eurent éproiié les rigueurs de la domination spatiale.

(ï) Thucyd., 1, 96.

(9) M. viofuj. Histoire Grec^me^ f.a6li ch. XIII.

LËSCTGLADES.

Aussi, lorsque les talents et Tactivité de CoDOD , dlpnicrate , de Cbabrias , de Timothée eurent remonté Athènes à son ran^ , les Cyclades se replacèrent sous la direction de leur ancienne métropole. Ainsi se reforma le second empire athénien , qui opposa Démosthène et Phocion à PhiUppe, et qui fut renversé par le triomphe de la Macédoine. A partir de cette époque , les Cyclades , qui avaient perdu plus que jamais leur autonomie^ furent obligées de dépendre, comme de petits satellites , soit de la dynastie de Macédoine , soit de celle des Ptolémées d'Egypte.

La célèbre inscription d' Adula , que Ton doit au navigateur Cosmas Indicopleustès , attribue à Ptolémée-Philadel^ phe la souveraineté des Cyclades. Queltemps après, les Lagides furent privés de la plupart de leurs possessions maritimes par les rois de Syne et de Macédoine : les rois de Pergame et les Rhodiens se créèrent des marines assez imposantes; lesÉtolieos étendirent leurs pirateries jusoue dans la mer Egée. Les Cyclades devinrent la proie de toutes ces puissances ennemies, parmi lesquelles dominait la Macédoine. Chacune se fit sa part dans ce ^oupe d'îles, vouées désormais à la servitude. Cependant Délos, rtle sainte, continuait à être Tobjet de la vénération des peuples et de la munificence des rois. Les Lagides, les Séleucides,lesToisde Macédoine l'embellirent d'édifices consacrés , et remplirent son trésor de riches offrandes. Quand les Romains eurent abattu toutes les puissances grecques d'Asie et d'Europe , ils délivrèrent les Cyclades des garnisons étrangères ; quelques-unes seulement furent œdées aux Athéniens , qui s'étaient faits les flatteurs du sénat. Les autres redevinrent libres , et Délos continua à être entourée d'hommages. Bien plus, après la ruine de Corintbe, en 146, les Romains ayant accordé la franchise au

Sort de Délos, cette île devint le centre u commerce de la mer Egée , et le principal marché d'esclaves du monde ancien (1). Cette prospérité dura jusqu'au temps de Mithridate. Ce prince , après avoir chassé les Romains de l'Asie ( 88 ),

(i) M. Wallon, Histoire Je tEsclapage dam Cantiquité, t. II, p. 45, 47*

répandit ses flottes dans la mer Egée, et Archélaûs , son général , soumit Délos et la plupart des Cyclades, qui furent données à Athènes, où l'on avait embrassé le parti du roi de Pont. Mais Délos, attachée à l'alliance romaine, se hâta d'y revenir à la première occasion, et se crut en sûreté sous la protection d'une garm'son de Romains. Cependant elle ne

Sut échapper à la vengeance implacable eMithriaate. La ville fbt renversée de fond en comble par Ménophane , lieutenantdu roi de Pont, les habitants égorgés, le temple d'Apollon dévasté , et la statue du dieu fut jetée à la mer. Tout fut détruit, et depuis cette époque Délos ne fut plus qu une plage désolée.

Après la défaite de Mithridate , qui occupa tour à tour les armes de Sylla , de Lucullus , de Pompée , l'empire de la mer fut assuré aux Romains, qui la purgèrent de la piraterie. Le repos succéda a ces guerres furieuses dont les îles avaient tant eu à souffrir, et les Cyclades purent s'adonner librement et en paix au commerce, à l'ombre de cette protection romaine qui \ts sauva en les assujettissant. Sous Vespasien elles furent converties en province romaine , mais leur prospérité se maintint jusqu'au temps oJ!i l'empire commença a s'affaiblir.

Cest au quatrième siècle de l'ère chrétienne que les barbares se montrent pour la première fois dans l'Archipel. Les Goths , les Scythes ravagent les Cyclades, en 376, sous l'empereur Yalens.

Après la division de l'empire romain , les Cyclades font partie de l'empire d'Orient , dont les maîtres ne peuvent leur assurer qu'une insuffisante protection contre les coursesdes Sarrasins. En 727, les îles , où tant d'églises et de monastères avaient succédé aux anciens temples, se révoltèrent contre Léon l'Isaurien, qui avait ordonné partout la destruction des saintes images. Cosmas fut mis à la tête 'de la rébellion et proclamé empereur; mais il périt au siège deConstantinople, et Léon l'Iconoclaste rétablit son autorité par des supplices. En 769 irruption des Esclavons , qui dévastent plusieurs Cyclades. En 821, sous Michel le B^ue, les Sarrasins d'Espagne y répandent le pillage, s'installent en Crète, d*où pendant cent trente-cinq

LUNIVERS.

ans ils inquiètent continuellement les malheureuses Cyclades, vouées pour des siècles aux ravages des barbares et des pirates.

Après la conquête de Constantinople par les guerriers de la quatrième croisade, les Cyclades furent comprises dans le lot qui échut à la république de Venise. Mais cette république, embarrassée de ses acquisitions, et ne pouvant ellemême se charger du soin de réduire et d'administrer tant de possessions dispersées dans une vaste mer , fit proclamer au*6lle donnerait en fief à ceux qui vouaraient bien les conquérir les îles dont ils se seraient rendus maîtres. Ce décret jeta l'émulation la plus vive parmi la noblesse vénitienne; séduits par Tespoirde devenir souverains, des seigneurs opulents ou aventureux firent des armements à leurs frais, et commencèrent la conquête des îles. Ils y formèrent plusieurs duchés, dont quelques-uns durèrent plusieurs siècles. André et Jérôme Gbizzi prirent les îles de Tine, de Scyros, Scopelos , Mycône , où existent encore des familles de ce nom , et peut-être de leurs descendants ; Raban ou Ravin Carcerio , gentil-homme véronais , se rendit maître d'une bonne partie de Négrepont ; les Pisani s'établirent à Néa ou Ramnisia près de Lemnos, les Querini à Astypalée ; enfin Marc Sanudo compléta rétablissement du régime féodal dans les Cyclades en s'emparant de Naxie, (|ui devint sa résidence, de Paros, Antiparos, Milo, l'Argentière, Sifanto, Policandro, Nanfio, Nio et Santorin

il 207). L'empereur Henri, successeur e Raudoin au trône de Constantinople , donna à Sanudo le titre de duc de 1 Archipel et de prince de l'empire. Toutes ces îles soumises à la domination des ducs de r^axie s'appelaient en ^rec Ducanisia, et plus tard, par corruption, Dodécanisia, les douze îles. Les ducs régnèrent dans les Cyclades pendant plus de trois cents ans, et celte dynastie, composée des maisons Sanudo et Crispo, compta vingt-et-un ducs, dont nous donnerons 1 énumération à l'article de lïaxos. En 1566 , Sélim II détruisit cette nrincipauté, qu*il donna d'abord au juif Michel Nassy , après lequel ces îles relevèrent immédiatement du grand-seigneur.

Les Cyclades furent traitées avec de ménagements par les Tares. La Poite n'y envoya ni ofnders ni goavemefn pour y présider en son nom ; c*était fanord l'intention du Divan, et chaqve île considérable eut son bey ^ sod ci£ qui la gouvernait. Mais les Yénitieas et autres armateurs chrétiens, qui couraient ces mers, en enlevèrent unsienBd nombre qu'ils allaient vendre à Malte o& à Livourne, que les Turcs prirent le parti de ne plus résider dans ces C«s et de ne les gouverner que de loin. Depuis ce temps, chaque île forma oooum une petite république qui élisait toos les ans ses magistrats appelés épUropes.

Ces épitropes avaient des atHâotMMf très-étendues; ils rendaient liJQâlîee, ils levaient le tribut qu*on devait Cliver au srand seigneur. Des que le opiiûapacha paraissait avec sa flotte à Drio, port situé au sud-est de nie de Paros, ils allaient le trouver et lui porter riopdt de leurs îles respectives. En se sotmettant aux Turcs , les insulaires da duché de Naxie obtinrent une capitulation, ou ahd-namé, qui leur assurait le libre exercice de la religion chrétieooe, avec le droit d'avoir des cloches, de réparer leurs églises et de les réédifier s'il était nécessaire (1).

Quelle que fût, du reste, la cooditioQ des insulaires grecs , sous h domination des Turcs , ils n'en restèrent pas moins fidèles aux deux sentiments qùidenknt produire plus tard le réveil de la nationalité hellénique, c'est-à-dire le dàir de la liberté et la haine de rislamisme. Lorsque la révolution éclata , il j atait longtemps que des projets d'insurreâkii 'couvaient sourdement dans le cœordei Grecs. Déjà ils avaient fait une preouR tentative en 1770 , à Finstigatioa et Catherine II, impératrice de Rusâe, qii les poussait à un mouvement, pMi réaliser ses ambitieux desseins cMtit l'empire ottoman. Sur la foi d'une vidfe prédiction accréditée parmi eux, que IV»

pire turc devait être détruit [>aruneaiMi blonde, les Grecs regardaient lests* ses comme leurs futurs libératois. A l'arrivée des secours promis par 01^

(i) Voyez le texte de cette capitdiilâM dans VHistoire dt Santorin de Tabbé ftgna, p. 609.

LES CYCLADES

rîoe D , ilsprireat les armes ; un certain nombre d'insulaires passa en Morée, pour soutenir les o^rations d*Alexis Orloff; mais la mésmtelligenee divisa bientôt les alliés, et les Qrecs, revenus de leurs espérances, et s'a percevant que les Russes ne songe^iient qu'à les compromettre avec les Turcs, ajournèrent pour un temps plus favorable leur soulèvement définitif. Les Russes continuèrent la guerre avec de grands armements; et en 1774 ils s'emparèrent des fies de l'Archipel, qu'ils occupèrent en partie pendant quatre ou cinq ans.

Cependant la domination des Turcs se rétablit dans les Cyclades, et le temps qui précéda l'explosion de la guerre de l'indépendance fut pourqueiques-unesdeces tles une époaue de prospérité qui, au lieu de les attacher davantage au gouvernement de la Porte, augmentait leur désir de s'affranchir, en leur en fournissant les moyens. Pourtant, toutes les tles ne se précipitèrent pas avec empressement dans le mouvement insurrectionnel. Excepté les plus riches et hs plus puissantes , comme Hydra et Spetzia , qui saerifi^ent avec enthousiasme leur prospérité présente à l'espoir incertain de la liberté , la plupart hésitèrent à rompre avec les Turcs , dont l'habitude renoait la domination assez douce , et plusieurs ne s'y laissèrent entraîner que malgré elles. Aussi l'ancien état, d'où l'on sortait si violemment , inspira à bon nombre d'insulaires des regrets qui, dans les commencements anarchiques de la révolution grecque, ont fuit plusieurs fois maudire, dit un témoin oculaire (1), la nouvelle liberté qu'on venait de conquérir. L'augmentation des taxes , des actes de violence et de brigandage que rien ne pouvait réprimer, l'anéantissement des institutions locales , les usurpations et la tyrannie de chefs aventureux , qui s'imposaient par la terreur à des populations trop paisibles à leur pré , le soulèvement des Grecs contre les catholiques, des pauvres contre les riches, Fanarcbie, la misère, résultats nécessaires du déchaînement de passions quelquefois généreuses , toujours violentes, tels furent les maux qui fondirent sur les Cyclades, et qui accom-

(i) L*abbé Pègues^ ibid,. n, 5gi-6a7.

pagnèrent pour elles le douloureux enfantement de la liberté hellénique.

Après la première période de la guerre de l'indépendance, si singulièrement mélangée d'héroïsme et de crime , de grandeur et de misère (1821-1827), où la Grèce sortit du néant, mais où elle resta dans le chaos , commence le travail d'organisation de tous les éléments dont le nouveau peuple grec devait se composer. Ce fut la bataille de I^avarin qui sauva les Grecs d'une ruine totale et inévitable, qui raffermit Tautorité chancelantede leur gouvernement. Déjà Capod'Istria avait été appelé à la direction des affaires. « Soutenu par la France , l'Angleterre, et 1^ Russie, cet homme fait disparaître tous les pirates qu'on disait encouragés par la politique des puissances étrangères , établit le gouvernement sur de nouvelles bases , remplit peu à peu tous les postes d'hommes

Elus intègres , moins farouches et moins arbares. Dès lors (1830) la police est mieux réelée et mieux servie, la justice mieux aoministrée, les lois sont mieux observées , les crimes mieux réprimés , et le bon ordre qui règne alors partout, et auquel il a commencé à accoutumer la nation , promet de jour en jour à la Grèce un avenir plus heureux, et toute la tranquillité des États civilisés (1). »

Le 21 septembre 1831, Capo-d'lstria meurt assassiné par deux des Mavromichalis ; en entrant dans Téglise de Saint- Spiridion, à Nauplie. Alors l'anarchie recommence; les prétentions rivales, les animosités personnelles des chefs entretiennent le désordre; la commission provisoire présidée par Condouriottis ne peut se faire obéir; l'Assemblée nationale de Pronoia ne peut enfanter une constitution. « Justement préoccupées de l'avenir d'une nation qui , par son inexpérience, compromettait les fruits de son héroïsme, les trois puissances

Ï protectrices, la France, T Angleterre, a Russie, s'étaient concertées depuis longtemps , et avaient décidé que la cou* ronne de la Grèce, constituée en monarchie héréditaire, serait offerte an prince Léopold de Saxe-Cobourff , aujourd'hui roi des Belges. L'offre tut déclinée, et l'on a prétendu , à tort ou à ,

(i) L'abbé Pègues, ibid,, p. ^i.

L'DIflVERS.

raison, que le président Capo^*l8tria , dans des vues aambition personnelle , avait jpuissamment contribué au refus du pnnce Léopold. La conférence de Londres se tourna alors du câté de la Bavière, dont le roi , dit-on , avait paru désirer la couronne hellénique pour son second fils , le prince Othon. Ce prince fut en effet proclamé souverain par le protocole du 13 février 1832, et il débarqua à Mauplie , le 6 février 1833 , au milieu des acclamations d'un peuple qui commençait à se lasser d'une soi-disant indépendance politique, qui ne produisait que Tanarchie, et d'une prétendue liberté individuelle, qui avait pour cortège la stérilité du sol et la misère des familles (1) ». A son avènement le roi Othon était encore mineur ; pendant vingt-huit mois,la r^ence fut exercée par M M Maurer, Abel et Armansberg. Le 1*' juin 1835 le roi fut déclaré majeur. Quelques mois auparavant , décembre 1834 , le siésedu gouvernement avait été transféré de Nauplie à Athènes. En 1843, à la suite d'un mouvement insurrectionnel dont Tarmée donna le signal, le gouvernement de la Grèce devint constitutionnel ; et , après les travaux d'une assemblée nationale , la constitution qui régit aujourd'hui le royaume hellénique fut publiquement acceptée par le roi Othon, et promulguée le 30 mars 1844.

Ainsi, après vingt siècles de vicissitudes, après avoir obéi tour à tour à toutes les puissances qui ont dominé dans le Levant, après avoir subi toutes les invasions des barbares qui l'ont ravagé , les Cyclades , par un retour aussi heureux

2u*inattenau, se retrouvent rattachées e nouveau à Athènes, leur ancienne métropole, devenue la capitale d'un gouvernement mille fois plus doux et plus équitable que celui que les vainqueurs de Marathon et de Salamine avaient imposé à leurs alliés.

paaticuljlbités sub les gycladbs.

ÎLE d'àIVDROS.

A dix milles au sud-est du cap Géreste, pointe méridionale de TEul^, se trouve Itie d'Andros, qui a quatre-vingt-

(i) C. Leconte Étude Économique dU la GHcê, p. ai.

seize milles de tour. Pline éDamère sa autres noms etépithètes poétiques : Cauros, Antandros , Lasia , Kooagria , Bydrussa, Épagris (1). Le nom d^Andrâi lui vint d'Andréos ou d'Andros. D'après Conon, cet Andros était fils d'Anns.

fils d'Apollon et de Creuse ; selon Dtodore, c'était un des généraux que Bbdamante établit dans cette lie, au \em^ de la domination des Cretois sur I»

Cyclades. Andros avait une capitale di même nom située sur la côte sud-oiMst, près du port Gaurion , aujourd'hui Gaorio. On en voit l'emplacement à l'endriit appelé Palépolis, où il reste des qoaitîers de murailles très-solides , surtout dans un lieu très-remarquable, où mnsAks apparences était la citadelle dDm Tîte* Live fait mention. L'édifice le plis eonsidérabie de cette belle cité était le tnplc de Bacchus, la principale diikJlè d'Andros.

Cette tle renferme des plaines et des vallées d'une grande fécondité. Lapl^ de Livadia, qui est à gauche de Cat»C8Stro, l'ancienne forteresse des TurcSt est plantée d'orangers, de citronniers, 4»

mûriers, deiujubiers, de grenadiers et 4e figuiers. A droite, on entre dans la vaUée de Mégnitez, aussi agréable quefautre, et arrosée de ces belles sources qoi viennent des environs de la ifa^ma de Cumulo, chapelle fameuse, tout au iiaut de la vallée. La ville actudk d'Andros est sur la côte nord-est de Flie. Toaraeforténumère les vingt-six villa^âeVUti dont il évalue la population à 4,000 ïsa& seulement.

Dans l'antiauité Andros a paita^ k sort de toutes les Cyclades. Au âueai siècle ses habitants étaient soumis aux Naxiens, et ils furent les premiers à enbrasser le parti des Perses. A|wès la bataille de Salamine Thémistocle s'en empara de vive force : eilefut assez maltràiDi par les Athéniens, puisque Péridèsrci' voya une dolonie de 2^ homn^es. Dass la guerre du Péloponnèse die sedoa0 aux Spartiates. Alcibiade essaya jwmment de la reprendre; les insulaires, Mifermés dans le fort de Gaurium, Im i

(i) Plin., IV, aa, i; cf, TmiriKfiMl, If p. 347; Dtpper, p. a69; Forbiger, Stâ^ der ait, Geogr,^ III, loai; Choisffll-C«i^ fier, t. I, etc.

LES GYCLADES.

tèrent. Reconquise par les AthénieQS, loomise eD9mte aux rois de Macédoine, 3lle fat bientôt après TÎTement dispotée par les successeurs d'Alexandre. Ptolénée Lagus, s'étant présenté dans la mer Egée pour y combattre rinfluenced*Antiçone et de son fils Démétrius, promit la iberté aux Andriens. La garnison d*Anigone fut obligée de se retirer, et la ville l'Andros recouvra son indépendance.

Pendant la |;uerre contre Philippe HI , Indros , qui était revenue à la Macéioine, fut assiégée par Attale et les Ro« nains, lis s*en emparèrent, et, selon eurs conventions , le butin fut donné lUx Romains, et le roi de Pergame garda *île. Quand les Romains héritèrent du 'oyaume de Pergame, 129, Andros passa (ntre leurs mams, et y resta jusqu'au :emps des empereurs grecs.

Quelque temps après la prise de Consantinople (1?04), Marino Dandolo se saisit de Itle d'Andros. Elle fut ensuite Mssédée par la maison de 2^no , et donlée poor dot à Cantlana Zéno, épouse leCaoursin de Sommariva, comme le renarque le P.Sauger, dans la ViedeJacques [Irispo, onzième duc de Naxie. Gaoursin, troisième du nom et septième seigneur l'Andros, fut dépouille par Barberousle ; mais à la sollicitude de Tambassadeur le France, Soliman n le rétablit dans >on domaine. Jean-François de Sommaiva fut le dernier seigneur de cette lie; it ses sujets du rit grec , après avoir roulu rassas8iner,se donnèrent aux Turcs >our se déUvrer tout à fait de la domi« lation des Latins. Dans la guerre de 'indépendance, Andros se souleva en néme temps que les Psariotes ; et Ton f massacra les Turcs qui y] résidaient. Cette tie forme aujourd'hui une épar- 5hie de la nomarehie des Gyelades. Ses babitants vivent du produit do leurs irignes et de leurs oliviers ; ils possèdent beaucoup d'arbres fruitiers ; on y trouve

F>lus d*orge ^ue de froment. Ils font des iqueurs spiritueuses avec le fruit de rarbousier et du mûrier noir. Leur principale richesse consiste dans la récolte de la soie.

ILE DB TÉNOS (1).

Un canal qui n'a pas plus d'un mille de largeur sépare Andros de l'tle de Ténos (T^vo(, Tino, Tine); mais on ne peut le franchir qu'en caîque , car les six rochers qui en occupent le milieu en interdisent le passage aux gros bâtiments. Ténos a été appelée Hydrnssa , nie couverte d*eau; Ophiussa, 111e aux serpents. Hésychius prétend cpie le mot de ténia, vipère, vient du nom de Ténos. fiochard fait dériver Tenos, ou Tanos en dialecte dorien, du phénicien Tannoth, qui signifie serpent et dragon. Mais Etienne de Byzance fait venir ce nom de celui d'un certain Ténos, qui s'y établit le premier.

Ténos a soixante milles de tour ; elle est creusée drculairement en forme d'entonnoir très-évasé; elle s'étend du nord > ouest au sud-est, tout hérissée de montagnes pelées, mais la mieux cultivée de l'Archipel. Au dire de Strabon , l'ancienne Ténos avait une petite ville; rien ne subsiste de son beau temple de Neptune , témoignage de la reconnaissance des habitants, délivrés jadis par ce dieu des serpents qui couvraient leur tle. Des monnaies de Ténos représentent un trident autour duquel est enroulé un serpent ; d'autres portent une grappe de raisin et la tête de Jupiter-Ammon. Le bourg de Saint-Nioolo, capitale actuelle de Tine, est bâti sur les ruines de l'ancienne ville. Au lieu de port , il n'a qu'une méchante plage qui regarde le sud, et d'où l'on découvre Syros. A une bonne heure de chemin du bourg , est l'ancienne forteresse vénitienne, située sur le sommet le plus élevé de 111e , et de très-difficile accès. Un peu avant d'arriver an château , dont il ne reste que des débris, on traverse un village qui est tout à fait abandonné; quelques maisons en ruines Sortent encore les écussons armoiries e leurs anciens propriétaires. Du haut de ce rocher on découvre une partie des Cyclades,et la vue s'étend jusqu'à Samos et aux côtes d'Asie; on plane sur toute l'île, dont on distingue parfaite-

(i) Markikj-Zallony , dorage à Tine, Paris, 1809; Alexis de Yalou, / lie de Tine; Revue des Deux Mondes, 1843, t. II, 787.

LUWIVERS.

ment les creux, les reliefs et les sinuosités. « A défaut de forêts , dit un vovageur. les coteaux sont revêtus d*un grand nombre de figuiers et de mâriers qui» sans atteindre jamais une haute croissance , n*en donnent pas moins un ton vert et riant au paysage. Une soixantaine de Tillages blancs, à toits plats , et d*églises avec leurs clochers en forme de minarets, q[ui annoncent rOrient, se dressent au milieu de ces arbres et se détachent vigoureusement sur leur sombre feuillage. Un ruisseau, pompeusement nommé FUtme, traverse 1 tie et la féconde. Au lever d'un beau soleil de mai , tout cela était éclatant de lumière et de verdure; toutefois, la fertilité de Ténos n'est remarquable que par le con traste gu*elle oppose à la désolation des tles voisines ; son éclat n'est que relatif. » Elle n'est la plus verdoyante des C^clades que parce qu'elle est la plus cultivée, etsouvent en dépit de la nature. « A défaut de terre, on y laboure les pierres ; et nous nûmes voir que des champs de blé ou d*on;e chétifs et un assez bon nombre de figuiers récompensent le travail des habitants : ce jour-là, ils faisaient leur récolte. Ces pauvres Grecs coupant ayec peine la paille rabougrie qui croît clans leurs petits champs entourés de murailles, nous faisaient tristement songer à nos belles moissons de France, si animées , si joyeuses. »

Les anciens Téniens étaient fort adonnés à la naviffation. Leur île possède à Bon côté nord-est un port appelé Porto- Palermo, où les plus grands vaisseaux peuvent mouiller à l'aise. Toutes les médailles de Ténos représentent des attributs maritimes, Neptune, le trident, les dauphins. Nous avons vu la condition de Ténos dans l'antiquité, où les Athéniens la possédèrent , avant qu'elle passât aux Romains. Dans les temps modernes , Tine est longtemps restée au pouvoir des Vénitiens. André Ghizzi se rendit maître de cette île l'an 1M7 et les Turcs ne purent s'en emparer qu'en 1714. Barberousse faillit la surprendre en 1587 , lors de sa grande expédition dans l'Archipel. Mais les habitants le forcèrent à abandonner son entreprise. En 1570 , sous Sélim II , au moment de la guerre de Chypre, buit mille Turcs débarquèrent dans rîie, la pillèrent, sans pou-

voir 8*emparer de la forteresse. Den ans après Tine fot exposée à une trùsi^e incursion des Turcs ; et «s att^ ques se renouvelaient à diaque gnem qui éclatait entre Venise et la Porit « Dans la dernière, dit Tounuto, Mezzo Morto , capitan-paoha , écoT^ai provéditeur , à la noblesse et au dofé de l'île qu'il feroit mettre toat lepxpi feu s'ils ne lui payoient pas la capèMiot; on répondit qu'a n'avoit qu'à venir b recevoir; et lorsqu'il parut arec wtsplères, le provéditeur Moro, bon Immmk de guerre , fît sortir mille ou douzeeeab hommes des retranchements de la anfue à San-Nicolo. Ces troupes empédherent par leur grand feu qu*on n'abenttt, ctk capitan-pacha, voyant qu'on s^ fteaoU de si bonne grâce, nt retirer sesgàms.»

Les Vénitiens n'entretenaient ^ ée troupes réglées dans cette Ile; m» ika avaient organisé les habitants en n&lics que des exercices , de fréqo^ites renei tenaient en haleine, et qui poiraMt fournir cinq mille hommes au preoMr signal. Quand T urnefort TisiU lUe, i ne trouva dans la forteresse qu'une gu^ nison de quatorze soldats mati vêtis, ai nombre desquels étaient sept désertcnn français. Les Vénitiens tinrent bon à Tine jusqu'en 1714. Le provcdifear d'alors, Bemardo Balbi , kaà ua boaaat sans courage et sans résolution. Il sWfiraya à l'apparition des vaîaeaiutura,* et malgré les prières et les Unne& des habitants, qui à grands ciis àcmaadaient à se défendre, il se rmdit à ii première sommation. On le laissa s'eabarquer avec sa garnison, et U arriva i Venise, où il fut condamné à passer a prison le reste de sa vie. Mus Tta»

était perdue pour la république, et étm cents familles tiniotes furent dépertêai sur les côtes d'Afrique.

Le long séjour des Vàiitiens àam Tine y fît prévaloir la religion catâdh

Sue. La population grecque n'y avait ps 'évéque , et ses prêtres recevaieac km dimissoire de l'évéoue latin. Daas is

Ï processions le cierge latin avait tofsn e pas sur le clergé grec On eoiflâl dans l'île cent vingt prêtres latiai, n établissement de jâuites , et deux euts papas grecs ayant pour ch^ un fitftopapas. Auioufd'hui encore Une est la plus catholique de toutes les

LES GYGLADËS.

>iir une population d^environ Ylogt niile âmes, on compte plus de huit nille catholiques, établis la plupart dans a partie septentrionale de Tfle, tandis [ue les Grecs occupent le c6té sud.

Au moment où éclata la guerre de Indépendance , les Grecs de Ténos se oulevèrent spontanément. Quand l*arihinavarque Tombasis-se présenta pour es entraîner dans la confédération, il y rou?a la population groupée autour du abarum et tout en armes. L*évéque grec ivait dirigé Je mouvement. Les Latins 'ef usèrent d'y prendre part, et se retirèrent à Xinara, qui servit aussi d*asile t J*aga musulman. Le zèle des Tiniotes .6 soutint pendant toute la guerre; eurs barmies pontées servirent aux croiières, ou turent transformées en brûlots; nalgréleur détresse, ils payèrent exactenent les contributions. I^ur Ile devint e refuge d'une multitude de fuyards ; iussi sa population en reçut de Tao- ;roi8sement. Elle est aujourd'hui plus sonsidérable qu*au siècle dernier. Ses ressources sont, du reste, toujours à peu [>rès les mêmes; son industrie capitale îst encore celle de la soie. Dans ces iemiers temps , cette île s'est enrichie ju pèlerinage célèbre de TÉvangélistria. £n 1834 on découvrit une image de la madone enfouie en terre; cette découverte fit grand bruit dans toute rÉglise grecque ; des quêtes furent faites le tous côtés par les papas, et leur produit fut si considérable qu'on put élever la vaste et magnifique église de Notre" Dame de la Bonne-Nouveile et le courent de TAnnonciation, qui sont les plus seaux édifices;de la Grèce moderne, et où :ous les ans les pèlerins arrivent en foule les Iles, de la Grèce et de TAsie Minetire.

ILE DE GTAB08.

Cette lie, appeléeaujourd'hui Ghioura^ foura, est située entre Andros, Géos et ^yra, et n'est séparée de ces Iles que par des distances de douze ou dix-huit miles. Plioeluidonnedonze milles détour, st cette mesure est fort exacte. Cette le n'est qu'un affreux rocher, inhabité )t inhabitable. Elle avait autjrefois une âté; mais, an rapport de Pline, les ha- Htants en furent chassés par de gros înnlots , qui sont restés jusque aujourfhoi oMttret du terrain. Du reste, ces

animaux disaient maigre chère sur leur rocher; après la retraite des Gyariens, ils se mirent, au dire de Tbéophraste, à ronger du fer , ce qui fait croire à Tournefort qu'il y avait des mines de ce métal à Gyaros.

« Joura, continue ce voyageur, est tout à fait abandonnée aujourd'hui , et l'on n'y volt aucuns vestiges d'antiquité. Il est vrai qu'elle a toujours été fort pauvre. Strabon n'y trouva qu'un chétif village, habité par des pécheurs, dont l'un fut député à Auguste , après la bataille d' Actium , pour obtenir une diminution de leur tribut, réglé à cent cinquante deniers. Nous nous rappelâmes 1 idée de cette misère à l'aspect de trois malheureux bergers qui mouraient de faim depuis dix ou douze jours ; ils se présentèrent à nous hâves et décharnés, et sans autre cérémonie allèrent chercher dans notre caïque le sac au biscuit qu'ils avalèrent sans mâcher, quelque dur qu'il fût, avouant qu'ils étoient contraints de manger leur viande sans pain et sans sel depuis que le mauvais temps n'avoit pas permis aux bourgeois de Syra , leurs maîtres , de leur envoyer le secours ordinaire. »

On comprend tout ce qu'il y a d'affreux dans la nécessité de séjourner à Joura. Sous Tibère il fut question d'en faire un lieu d'exil pour les criminels d'État. Tacite rapporte qu'on proposa dans le sénat d'y reléguer Silanus , et, dans un autre procès, Yibius. Mais par deux fois Tibère rejeta ce châtiment, comme inhumain, alléguant que cette île n'offrait aucune ressource, qu'elle manquait d'eau, qu*elle était inhabitée ; et il fit préférer Cythère et Amorgos (1). Philoctète avait trouvé sur la côte déserte où on l'abandonna une grotte et une claire fontaine. Le malheureux relégué à Gyaros n'y aurait pas même rencontré un abri : un tel exil eût été une condamnation à mort. On se borna donc à parler de relégation à Gyaros, jamais on n'y envoya personne; seulement cette menace passa dans l'usage familier, et devint comme proverbiale, ainsi que l'atteste ce versdeJuvénal.

Aude aliquid brevibas Gyarls et carcere di- Si vis eMe aliqalt. [gnon,

(i) Tac, Ann.^ III, 6S , 69; IV, 3o.

L'UNIVERS

Joura a été appelée aussi Trava dans les temps modernes. Cette tle est cottrte^ comme le dit Juvénal, mais assez élevée ; eue présente Taspect d'une grosse montagne qui sort de la mer.

ILIDSCB08(1).

Llle de Céos (Kici^), aujourd'hui Zéa, appelée quelquefois Cos ou Qanos , est située à Vouest de la précédente et au sud de l'Eubée, dont Pline raconte qu'elle fut séparée par un tremblement de terre. Cette tle est déforme à peu près ovale : son terrain, rocailleux, s'élève graduellement jusqu'au point central, ou se trouve le mont Elie, qui domine 111e entière, et d'où la vue détend au loin sur la mer, l'Attique et les Cyclades. La cime du mont Élie est à 570 mètres au-dessus du niveau de la mer, et elle se trouve exactement en latitude à 87° 87' et en longitude orientale de Paris à 22° 1'. « Cette tle charmante, dit Bronsted, s'annonce au premier abord comme fertile et bien cultivée ; elle abonde en vins d'une très-bonne qualité, en miel, que beaucoup de personnes préfèrent même à celui d'Hymette , en excellents fruits , tels que figues , citrons , oranges , etc. Outre ces articles de commerce, la soie et la vallonee, fruit d'un très-beau chêne (^avià), dont le gland s'ap^lle valani (PoXdvi), et la gousse de celui-ci , qui sert de tan , velanidi (peXavfôi) sont au nombre des objets d'exportation les plus considérables. A l'égard de la vallonée, Tournefort, dans son estimable ouvrage, est entré dans des détails suffisants. » Le beau climat de cette tle, sa température salubreet bienfaisante pour les hommes, les animaux et les plantes, la fertilité qui en résulte sont souvent vantés par les anciens. L'abondance de ses eaux l'a- Tait fait surnommer *rSoouoaa ; ces vers des Géorgiques de Virgile :

Et caltor Demoram. coi pinsoia Cece

Ter oeotam nivd iondeot oameta Javenci,

font allusion à la beauté de ses pâturages. Bronsted a réuni dans un supplément de sa notice sur Céos tous les témoignages des anciens à cet é^d (2).

(r) De rue de Céos, par le chevalier Bronsted; iu-4°, Paris, x8a6.

(a) lU de Cécs,^, 8, 34, 79.

Dieéarque, Scylax , Strabon et Piiie.

ainsi que les compflateors plus récents. Stephanus de Byzance et Saidis, sV cordent à donner à Céos la qualifieatiei] de TrcpdbroXcç, Ftle aux quatre tel Ils ne diffèrent pas non plos w k noms de ces quatre cités; c'étaietfOthœa, Pœessa, Coressos oa Coresàet Iulis ou loolis. Carthœa et lofis a étaient les plus considérables; etStnèa ainsi que Pline rapportent <iae ktsqi Poeessa et Coressia furent détniites.is habitants de la première se nio^mM Carthœa et ceux de la seconde â loiii; Ptolémée ne donne que trois nHes i Céos, savoir : Coressos, lulisetCràu.

Les explorations et les Ms de M. Bronsted ont déterminé lue sanière certaine remplacerneot k te quatre villes. Avant hii od M au sud, à fendroit appelé Tèshm* les ruines d'iulis; les inseriptiotf^l a trouvées dans les vestiges fvatts^ d'Apollon démontrent que cet ee^ cément était celui de Cartbsa. U restes de Poeessa se retrouvent à G00&douro, au sud-ouest de 111e. LavilkN' tuelle de Zéa occupe le rcrcrs oord^ du mont Élie, et correspond à Tmtm loulis, dont on retrouve de oofflbrMi restes, colonnes, chapiteaux, n^ tions, tombeaux, etc. km ^f^ ^ lieue de la ville est un Boo eoto'i taillé sur place dans unroeber,et«st voici les proportions : dcpnisteneia passant sur le fifont et le loog ^ f»* chine, jusqu'à la naissance de laqoete, vingt-huit pieds; de lagtieoleeo^ sant du cdté droit du coo,|BS<iOiU partie supérieure de la crinière, w»

pieds; de l'articulation de la j»^ * devant jusqu'au milieu de récte», c'est-à-dire la hauteur de la partie aal^ rieure du corps, neuf pieds. Ce lioo ^ couché sur le flanc gauche; il dreff <> tête, et regarde d'un œil infl"^???

çant. « I^ nymphes, dit Héradi*« Pont, habitaient andennemeoteet»»

riche en sources; mais un lion lesip effrayées, elles s'enfuirent à Cagjj là vient qu'un promontoire de CéonJ pelle lÂon^. • Il est à croire que «Jg; the, absolumentlocal^serattacheàri^ tence du coricux monument goe «^ venons de décrire. La quatrienie wj de Oéos, Gorossia» cotriafooâ»^

LES CYCLADES

actuel deZéa : c'était aussi Tancien port d*Iulis. L'éloignement de la ville répond aux vingt-cinq stades de Strabon.

Les traces de l'ancienne bourgade de Coressia se retrouvent en cet endroit; et l'ÉUxos, dont parle le même auteur, est le ruisseau qm se précipite de la montagne devant la ville de Zéa , continue à serpenter dans les profondeurs du ravin, reçoit d'autres petits ruisseaux, et se jette enfin dans la mer, près des magasins actuels , dans la partie méridionale du bassin de ce port

Le port de Zéa est un des plus beaux de l'Archipel, et des plus heureusement situés pour le commerce. Mais les habitants de Zéa ont toujours préféré l'agriculture à la navigation ; et ils ont laissé à d'autres le soin de venir chercher leurs fruits, leurs pins , leur valionée et leur soie. Il n*y a plus qu'une ville dans l'île, celle de Zéa, située à une lieue du port ; elle compte cinq cent cinquante maisons et trois mille habitants. Le pays est assez bien cultivé, et Ton voit çà et là dans les campagnes des granges ou petites maisons rustiques appelées xa>.u6ta où les paysans, qui demeurent tous à la ville, passent le temps des semailles, des récoltes, ou des autres grandes opérations agricoles qui les retiennent dans les champs.

Signalons encore, pour achever la description topographique des antiquités de Zéa , la tour nellémque du couvent de Sainte-Marine , qui s élève dans la cour du clottre. Elle est carrée; ses côtés ont vingt-quatre pieds de largeur; sa hauteur est considérable ; elle est bâtie de blocs rectangulaires d'une espèce d'ardoise, joints artistement sans l'aide du mortier. Elle est divisée en trois étages, , et l'ancien escalier existe encore en partie. C'est assurément la plus belle tour antique de ce genre qui existe actuellement en Grèce. A un quart de lieue au nord d'Agia-Marina, on voit encore sur deux petites collines des ruines de deux autres tours antiques de la même construction.

Avant l'établissement de la colonie ionienne, Géos avait reçu ses premiers habitants de l'Arcadie et de la Locride. C'étaient Aristée et Céos qui étaient venus dans cette tle , le premier avec des Parrhasiens. le second avec des habi-

tants de Naupacte. Mais Aristée s'était pas seulement un héros, c'était aussi un personnage divin, et sa légende, qu'on re* trouve en tant de lieux, en Thessalie, en Béotie, en Eubée (1), en Arcadie, à Cyrène, en Sardaigne,'en Sicile, à Corcyre, était indigène à Céos, et y faisait le fond des croyances religieuses des insulaires.

Partout où s'établit le culte d' Aristée, le mythe nous montre que « ce fils merveilleux d'Apollon et de Cyrène a ^en mérité des mortels : 1** en organisant la vie pastorale, la conduite des troupeaux, et en enseignant à recueillir le lait pour en faire le fromage, et en général pour en tirer parti; 2** en apprenant à broyer les olives et à en extraire de l'huile ; 8* en inventant les ruches et l'art d'élever les abeilles; 4* en perfectionnant l'art de la chasse; en extirpant par la force et par des moyens ingénieux les animaux ennemis de l'homme, et en protégeant par les mêmes moyens et contre la fureur des bétes fauves les animaux domestiques et les plantations ; 6^ en recherchant, d*après les instructions de son père, les qualités salutaires des herbes (3).-»

Particulièrement en ce qui concerne Céos, Aristée éleva un autel à Jupiter Ikmaeique, ou Pluvieux, sur une montagne de cette île, où il avait été appelé comme prêtre et favori des dieux, lors' que Sirius brûlait tout dans les Cycla* des, Aristée fit cesser ce fléau eu offrant un sacrifice au dieu dispensateur de l'humidité et à Sirius , et les vents étésiens vinrent rafraîchir les hommes, les animaux et les plantes. Ainsi toute l'archéologie mythologique des Céiens a pour objet principal ce héros de la bonté et de la bienfaisance ( ''Aptaro^ , 'Afivratbç) auquel sont aussi associés 9on divin père Phébus, le grand dieu des Cyclades,et le joyeux Bacchus, et les nymphes qui servent ordinairement de cortège à ces divinités. L'étoile Sirius, la grappe de raisin et l'abeille qui figurent sur la plupart des médailles de Céos se rapportent à ces légendes et sont les symboles de la religion de cette lie. Ouant aux deux autres (mites oui s'introduisirent aussi à Céos, c'est-à-dire le culte

(i) Voy. plus Laut, p. 384.

(a) BroDsted, Ile de Céos, p. iu

444 LtlKIVEnS.

d'AphrodheiparticalieràlavillBd'lulis, tits-Qls. > Ensuite elle oWiiib» et le cultede Miaerve, établi sur la cdte fauts à la concorde, leurdâdkis occidentale de t'île, ils ne s'aunoocent biens, remit à sa GUe aînée tous bi pas comme indigènes; ils paraissent jets sacrés du culte domotifK. pï BToirétéiutroduits plus lardàCéos,et d'une main ferme la coope wielt être d'importation étrangère. poison, fit des libations i Uaan, a

Nous avons dit plus liuut quelle fut ta le priant de la conduire, par mira condition de Céos dans l'antiquité; mais facile, dans la plus heureostn^ds oette Ile offre encore quelques particula- enfers, et but aridement leinnltrB' ritésdignesderemarque. D'apréslesau- vage. Elle indiqua sunesKaait teurs les plusdignesdefoi, parmi lesquels quelles parties de son corpikMi» se trouve au moins un témoin oculaire, parait, et quand elle l'eut sali pas il était d'usage chez les Cëiens que les tes entrailles et le cœur, iUt^ a

Sens très- vieux des deux sexes, qui bon filles de lui rendre le demiaim'i' 'état dese livrera l'activité et aux jouis- lui fermant les yeux, puii tUtiiHi »sauces de la vie, n'en sentaient plus que gédia. Malgré la stupeui«iiM>l«] le fardeau, se détruisissent par le poi- un spectacle si nouveau, usminson , afin de faire place à leur postérité, tirâmes les yeux remplis k \um& • • J'ai vu cette coutume observée dans Voilà ce qui restait au ftamxA l'Ile de Céos, dit Valère-Maiime(l), à de l'èrecbretieonede cet uàiâ^ l'époqUe où, allant ea Asie avec Sextus bare usage des Céiens qui inil <ti ^ Pompée, J'entrai dans la ville de lulis. bli pour éviter, dit-on, reocDotaii'l Il arriva qu'une femme de la plus haute d'une trop grande populatHHi. Csiwdistinction, mais extr£memeut âgée, ré- laires, qui mouraient si faalmwLf'^ Bolut, après avoir rendu compte à ses fligeaieut peu de la mort dKl(iir>;lB coDcitoyens des motife qui la faisaient bommesne prenaient pasledcnL<tK renoncer à la vie, de mourir par le poi- serasaientpasla barbequantiliin* son. Elle se flattait d'ailleurs que la pré- perdu un de leurs procb«s. Sod'il' sence de Pompée donnerait plus d'éclat mères portaient un an k deui/ pw ) à sa mort. Sa prière &t accueillie par mort d un enfant eabxiff-^P'^ cet illustre personnage, qui joignait à rai on ne faisait pas grand etf de ^ m toutes les vertus le mérite de la plus rare dans cette Ue : SlratM npfott f humanité. 11 alla donc la trouver, lui les Athéniens levèrent k i»^ il^ ^j^ tînt ces éloquents discours qui coulaient parce qu'ils apprirent qi'o *"'' '*^ de sa bouche comme d'une source iu< fu de faire mourir lausieol'^^''''

tarissable; et après dr ' -' — '— - ^-- •

efforts pour la détourne il se résolut à le lui 1, Cette femme, plus q mais parfaitement san corps, était couchée su blait paré avec plus de naire. S'appuyant aloi ■ Sextus Pompée, lui les dieux que je quitte, je vais trouver, ra'acqu qui n'avez dédaigné ni nvre ni de me voir mi ^ui ai toujours ?u la foi ie veuxi dans la crsinti la vie ne m'expose à de échanger le reste de i une fin bienheureuse, q laisser après moi deux

(0 TtLHu. U,6S.

LES CYCLADES

lut 80D disciple. Athénée lui reproche ivec raison les vices de son élève. £raiistrate , célèbre comme médecin , écrivain et fondateur xl*une école particu* ière de médecine, florissait en même emps qu'Épicure, vers les 120^ et 125' il^mpiades (300-280 avant J.-C). Son principal ouvrage parait avoir été un raité sur toute Ta médecine, 'H m^\ xiûv ;a6<SXu>v imorf\um{a. Enfin le lulien LristOD, (>niiosophe péripatéticien et crivain , vivait dans le milieu du troiième siècle avant notre ère (1).

L'histoire ancienne de.Céos se oonbnd avec celle d'Athènes, à iacpielle elle ppartint presque sans interruption lepuis les guerres raédiques • iusqu'au emps de 1 empire romam. Elle passa msuite dans le domaine des empereurs [recs. « Je ne sais, dit Tournefort, en uelle année elle fut annexée au duché le IVaxie ; mais Pierre Justiniani et Donini^e Michel s'en emparèrent sous 'empire d'Henri II, empereur latin de !U)nstJintinople. Le P. Sauger a remar- |ué que pendant les guerres des Vénllens et des Génois , jNicolas Carcerio , leuvième duc de l'Archipel, s'étant dédaré pour les premiers, Zia, qui étoit le sa dépendance, fîit assiégée par PhiippeOoria, gouverneur de Scio; sa garrnon, gui n^toit que de cent hommes, ie rendit à discrétion dans la citadelle du Bourg. M. Ducange, qui rapporte cette îxpédition à l'année 1553, a cru que llle ie 2Lia appartenoit aux Génois; mais il vaut mieux s'en tenir au P. Sauger, qui i examiné sur les lieux les archives de Vaxie. Zia fut ensuite rendue aux ducs ie l'Archipel, qui la conservèrent juslu'à la décadence de leur État. Jacques ^rispo, le dernier duc, la donna en dot à (a soeur Thadée, épouse de Jean-François de Somme-Rive, huitième et derûer seigneur d'Andros , dépouillé par BarberoQSse, sons Soliman II (2). »

Quand Toumefort visita cette tle, il la ïouva bien cultivée et dans un état as- [ez prospère. Il n'y avait que cinq ou six amilles du rit latin. Tout le reste apparenait à l'Ëfflise grecque. Le clergé y îtait très-ricne et les moines v avaient cinq beaux couvents. Aujourdhui toute

(i) Bronsted , Ile de Céos, p. 67.

(a) Tournefort , Fojage^ 1. 1, 333.

cette prospérité est bien déchue. La récolte ae la soie, la fabrication de canots de poil de chèvre, et la caprifîcation, dont Toumefort décrit au long les curieux procédés, telles sont les principales occupations des insulaires de Zéa.

Les Zéotes se sont toujours montrés très-impatients du joug des Turcs. Dès l'an 1787 un habitant de cette Ile, Lambros Catzonis, était plateé par l'impératrice Catherine à la tête de l'escadre de corsaires grecs qui devait courir contre les Turcs sous pavillon russe; le port de Zéa devint le rendez- vous de tous les aventuriers patriotes de l'Archipel. Aussi en 1821 Zéa embrassa avec ardeur la cause de l'indépendance, et vengea la mort du patriarche Grégoire par le massacre de quinze musulmans.

Les Zéotes prirent une part très-active à toutes les opérations de la guerre, et leur courage contribua à démentir Ténithète de Taouchans (lièvres), dont les Turcs flétrissaient depuis des siècles les insulaires de l'Archipel. Zéa est aujourd'hui la seconde éparchie du département ,des Cyclades.

Ile D'HiLÀNS.

Cette fie, rocailleuse . basse et plus longue que large, est à douze milles de Zéa, si l'on compte d'un cap à l'autre, et elle est séparée du cap Colonne ou Sunium par un canal qui n a que sept ou huit milles de largeur. La forme de cette île lui avait valu le nom de Macris, et aujourd'hui encore elle s'appelle Macronisi, île longue. Strabon assure qu'on la nommait autrefois Cranaé, l'île rude , mais qu'elle reçut le nom d'Hélène après que Paris y eut conduit cette belle Grecque, qu'il venait d'enlever, ainsi qu'Homère le lui fait dire à lui-même (1). Euripide, dans sa tragédie ô'Hé- Une, avait aussi adopté cette tradition. Hécatée, Pausanias suivaient une indication différente. D'après ces auteurs, l'île de Cranaé, où Paris conduisit d'abord Hélène , était vis-à-vis de la ville et du port laconien de Gythium ; et l'île pierreuse du cap Sunium aurait été appelée Hélène parce que cette princesse y aurait abordé en revenant en Grèce, après la destruction de Troie.

(OHom., Il, in,4U.

L'UNIVERS

Llle estaujourd'hai dans le mémeétat que Strabon Ta décrite . c'est-à-dire que c'est un rocher saus habitants; on douterait même qu'elle en ait jamais eu si Goltzius ne mentionnait deux médailles qui portent sa légende. Macronisi est relevée en dos d'âne par une crête de roehers fort hérissée , et percée de grandes ouvertures par où on passe d'un côté à l'autre. Elle n'a qu'une méchante cale dont l'entrée regarde l'est; à peine y trouve-t-on de Feau a boire ; cependant, au dire de Toumefort, c'est l'île la plus agréable de l'Archipel pour l'herborisation; les plantes y sont plus grandes, plus fraîcnes et plus belles que partout ailleurs. Cest là qu'on trouve Vhelianthemum, que PPme appelle Vhelenium, et

Su'il dit avoir été produit par les larmes 'Hélène.

Macronisi n'est plus maintenant qu'un pâturage appartenant aux Zéotes. Les cavernes de ses rivages servent de retraite à des veaux marins , qui pendant certaines saisons y font durant la nuit un vacarme épouvantable. Dès que le jour paraît ils quittent leur lieu oe repos, et se plongent dans la mer.

ILB DE GYTHNOS.

L'tle que les anciens ont appelée Cythnos ou Cythnus, du premier qui y conduisit des colonies, portait aussi le nom d'Ophiusa et de Dryopis; mais elle est à présent désignée sous le nom de Thermia, qui lui a été donné à cause de certaines eaux chaudes et sulfureuses qu'on y voit sourdre. Par corruption, ou par confusion du ^ avec le 6, on dit souvent Phermia ou Phermina, Les eaux chaudes de Thermia sont voisines du port ; elles sortent par plusieurs sources,et forment un petit ruisseau qui va se rendre dans la mer ,d'où elles viennent, « car elles sont très-salées, et s'échauffent sans doute en traversant la terre, parmi des mines de fer ou des matières ferrugineuses ; ces matières sont les véritables causes de la plupart des eaux chaudes; celles de Thermia blanchissent l'huile de tartre, et ne causent aucun changement à la solution du sublimé corrosif, non plus que les sources chaudes dé Protothalassa à Milo , lesquelles sont incomparablement plus chaudes que celles dont nous parlons. Les anciens bains de Ther-

mia étoient an miliea de la vallée; m y voit encore le reste d'uniésmeir bâti de briques et de pierres, avee m

f>etite rigole par le mqjreD de t»Ki2 'eau du gros bouillon ^ se ditimit où l'on vouloit : ces eaux ont coessn leur vertu (1 ) > . Longtemps iiégfi^pe& dant l'occupation musulinaBe, c» tm son trede venues assez fréquentées àpos l'établissement du royaume de Giia.

Les anciens estimaient Deaueonpks&h mages de brebis qu'on faisait à QtfaM.

On trouve à Cythnos les minec deéen anciennes villes, Hébréoeastro el Pries- Castro. Hébréoeastro , ou b Yûk as Juifs, est au sud-ouest sur Je iicid^e la nier et sur le penchant dWe oost^ gne, auprès d'un port où il y aiai m petit écueil ; on reconnaît à U pmà^si et à la magniûoence de cesr^nBqoe c'était une puissante cité, et odie mm dont Dicéarque fait mentioa. P^ê- Castro est dans la partie méridiorà k nie, et la ville» qui est tout à fiûubsdoanée, n'est pas si ruinée qw ïwêr, mais on n'y trouve ni marbrai m uasm restes de magnificence. La viile aân^ de Thermia est au nord-ouest de % près du port de Sainte-lrèoe, et nr h pente d'une hauteur asses ooosidérsfek.

Flus bas se trouvent le viiljfge de Siaea et le port Saint-Êtienne.

L'histohre de Cythnos se euaùmà sm celle des autres Cycladcs. Cythnos, soc héros éponyme, était prébahlemat «b chef de Dryopes venus de Styra enYnbêe. Ces Dryopes de Cythnos allèreDi laoàf un établissement en llle de Cypre: B at fait mention dans Hésydiius oaae & pédition d'Amphitryon, pèred'Herai^ a Cythnos, dont il extermîm fr^*?

tous les habitants. De là l'expressMapisverbiale de CalamUés da CytMnot, pi« exprimer un grand malheur. Le P^eélèbredesO^thniensfutle peintre t^ qui florissait versla 114® olympiade( tf !• au temps d'Alexandre le Grand. L*^ teur Hortensius, dit Pline (3),d^ 144,000 sesterces (30,240 fr.) dessi tableau des Argonautes, pour ^"^h' ^

(x) Toumefort, I, 3a8; Jùfue, m, p. 19 ; M. Landerer, Biii f^ ^'

l^iedler, etc.

(a) Plin., XXXV, 6.

LES CTCLADES:

fit ooDstniire exprès on bâtiment dans sa yilla de Tasculum. Cest à Cythnos gu'un des imposteurs qui voulurent se faire passer pour Pïéron termina sa destinée. G*était un esclave habile à chanter et à jouer de la lyre , et qui avait les yeux , la chevelure de Néron et son expression de férocité. Aocompaflné d*une troupe de dupes et de vagaboDO&,il s'embarqua pour soulever rOrient. La tempête le jeta à Cythnos, où il ne tarda cas à être saisi et mis à mort par Tordre n'Asprénas, gouverneur de la Galatie et de la Pamphyiie pour G9lba(l).

Après le gouvernement des empereurs grecsetceluides ducs de Pïaxie, Tbermia tombaau pouvoir des Turcs. Au commencement du dix-huitième siècle cette île renfermait 6,000 habitants, tous grecs, excepté dix ou douze familles latines qui avalent pour pasteur un vicaire de Tévéque de Tine. La situation de Tévéque grec était assez prospère. Il y avait quinze ou seize églises a Thermia, dont la principale était dédiée au Sauveur.

L'Ile de Thermia n'est pas escarpée comme la plupart des Iles de T Archipel ; son terroir est bon et bien cultivé. On y recueille peu de firoment , beaucoup d'orge, assez de vin et de flgues pour les habitants, du très-bon miel, mais presque pas d'huile. On y travaille la soie et le coton, et on y fait ces voiles jaunes dont les femmes des tles se couvrent la tête. Thermia est très-abondante en gibier, surtout en perdrix , qu'on porte en cages aux marchés des tles voismes. Elle rut une des premières à s'insui^r contre les Turcs après la mort du patriarche Grégoire.

ÎLE DE sybV(2).

Syra ou Syros, comme l'appelaient les anciens, est située presaue au centre des Cyclades, par 87° 27f de latitude et 23« 86' de longitude du méridien de Paris.

^i) Tac.,£r«/., lï, 8, 9.

(a) L'ouvrage lé plas considérable rar Syra est le livre intitule : Traité complet sur les abeilUs, avec une méthode nouvelle de les gouverner, telle tfuelle se pratique à Syra , Uede V Archipel % précédé d* un précis histO" rimie et économique de cette île, par l'abbé délia Rocca , vicaire général de Syra , 3 voL in-S*; Paris, 1790,

Sa longueur du nord-ouest au sud-est est d'environ quatorze milles , et sa largeur de l'ouest à l'est de six à sept milles ; ce qui lui donne au moins quarante milles de côtes, quoiqu'on ne les estime communément qu'a trente-six dans le pays.

Elle était déjà renommée du tedips a'Homère, par sa fertilité en blé et en vin , par le grand nombre de ses bestiaux , par la pureté et la salubrité de son air, et par un monument astronomique qui y indiquait les solstices et les équinoxes. « Au delà de l'île d'Ortygie , dit Eumée racontant s^s aventures a Ulysse, est une tle appelée Syrie, si jamais vous avez entenau ce nom. C'est dans cette lie que se voient les conversions du soleil. Elle n'est pas très-grande, mais elle est trèsfertile; car on y nourrit de grands troupeaux de bœufs et de moutons, et elle porte beaucoup de vin et de froment. Jamais la famine n'a désolé ses peuples, et les maladies contagieuses n'y ont jamais fait sentir leur venin. Ses habitants ne meurent que lorsqu'ils sont parvenus à une extrême vieillesse, et alors c'est Apollon lui-même ou sa sœur Diane qui terminent leurs jours avec leurs douces flèches. 11 y a dans cette tle deux villes qui partagent lout son territoire. Mon père Ctésius tils d'Ormène, et semblable aux immortels^ en était roi (1). »

Il n'y a rien à ajouter a ce tableau , si rapidement tracé et pourtant si complet. Ce qu'on sait de Syra dans les temps postérieurs confirme tout ce que dit Homère de la patrie du fidèle Eumée. Quant à sa stérilité actuelle, c'est un effet de l'incurie des hommes et de l'action du temps ; trop de raisons nous en rendent compte, pour qu'on se croie autorisé à taxer Homère d'inexactitude.

C'est encore à Homère que nous devons le récit le plus intéressant sur Tanclen état de Syros au temps de ses rois , et sur la situation générale des îles et des côtes de la Méditerran^ orientale , à l'époque où les Phéniciens et les Grecs s'en disputaient l'exploitation par le commerce et la piraterie. « Un jour , continue Eumée, quelques Phéniciens , gens célèbres dans la marine et grands trompeurs, abordèrent à nos côtes , apportant dans leurs vaisseaux mille parures. Il y avait

(x) Hom.y Od^ss,, XY, 4oa.

L'UNIVERS

alors dans le palais de mon père une femme phénicienne, grande, belle, et très-habile à tontes sortes de beaux ouvrages. Ces Phéniciens séduisirent cette femme par leurs fourberies. Un jour qu*elle lavait des vêtements près de leur vaisseau, l'un d'eux s'unit d amour avec elle, ^l quelle femme, même la plus vertueuse, résiste aux voluptés ? On lui demanda ensuite gui elle était et d'où elle était. £Ue indiqua aussitôt le palais de mon père^ et dit : « Je me glo- « riGe d'être de Topulente Sidon. Je suis « la fille d*Arybas , homme très-riche « et très- puissant; mais des corsaires « Taphiens m'enlevèrent comme je re- « venais des champs, et m^emmenèrent « dans nie de Syrie, où ils me vendirent « à cet homme , qui donna de moi un « grand prix. — Mais, lui répondit le Phé- « nicien qui l'avait abusée, voulez- vous « venir avec nous, pour vous retrouver « dans votre maison et revoir votre père « et votre mère ; car ils vivent encore et « sont toujours riches? — Je le veux bien, « repartit cette femme, si toutefois vous « me promettez tous avec serment de me « ramener chez moi sans me faire nul « outrage. » — Tous aussitôt firent le ser- « ment qu'elle demandait ; après quoi elle « leur dit: « Tenez maintenant ce complot tt secret, et qu'aucun de vous ne s'avise de « m'aborder ni de me parler, soit dans le « chemin, soit à la fontaine, de peur que « quelqu'un ne le voie et ne coure au « palais le rapporter au vieillard, qui, « entrant d'abord en quelque soupçon , « ne manquerait pas de me charger de « chaînes et de trouver les moyens de « vous faire tous périr. Quand votre «vaisseau sera chargé, vous n'aurez « qu'à m'envoyer un message pour m'en « donner avis. Je vous apporterai tout « l'or que je trouverai sous ma main. Je « tâcherai même de vous payer un prix « encore plus grand pour mon passage; « car j'élève dans le palais le jeune prince, « ^ui est déjà fort avisé et qui commence « a sortir avec moi : je vous l'amènerai. « En quelque contrée que vous vouliez « l'aller vendre, vous en aurez un prix « convenable. » En finissant ces mots elle les quitte, et s'en retourne dans le palais. Ces Phéniciens demeurèrent encore un an entier dans le port, d'où ils venaient tous les jours à la ville vendre

leurs marchandises et adMtet du p visions. Quand le vaisseau eut a diin!

et fut en état de s'en retooroer^ii^ péchèrent un de leurs matelots ïfXt femme pour l'en afertir. CAéb homme très-rusé, qui viol daaiicpafe de mon père comme pour j Tendre n collier dW entrelacé de bnnsdWrt Toutes les femmes du pa|ais,etiiBièrt le maniaient, rcxaminaieot, ««Jjfraient une certaine sommC|tei»

le fourbe fit signe à notre Pb»»

et s'en retourna au vaisseau, hm temps, cette femme mepieailpt main, et me mène dehors. Edwwl elle trouva dressées dans lefwi*»

tables où mon père traitailcwff ?<^ vemaient avec lui. Elle ^^^ coupes, les cacha dans sonsai,»»»; tinua sa route. Je la suiwB WJ»

douter de rien. A près le l-^^^^^ et les chemins étant déjà ewnws « ténèbres, nous arrivâmes an pj^ était le vaisseau des Pbéniae«.W»

font embarquer promptementenwf à la voile, poussés par un «otô^ que Jupiter leur envoya. N^WÇ^ dans cet état six JoaB,«^ "ÎL

a un coup, ei wwva «»• r--^^ On la jeta dans la mer, ob^^ i, pâture aux poissons. Je ï«w^;^i cœur affligé; sur lesoir,»"^!^,^.

nous poussa à Ithaque, w»^

cheta.

Après les temps oc^'H-^^^i fait dans l'histoire aucnne^^

111e de Syros. Le seuInoœSl^ ait conservé le souveoir » ^ philosophe Phérécyde, ^P^^î^ bH»

5ePythVe,etquiiiaqiJ^ffi rante-dnquième olym^^^^

mière année ïJ^Pon^Ho d3«* J.-C. Phérécyde éixAûn^r^ ces philosophes que l« Gi«w^ AuToBiSàxTowç, tfest-à-dire ç» ^ instruits euaytnémes, « «" ^,

Hésychius, qu'U n'eat^SÎ^^^ mais qu'a se poussa ^^-^^ sciences , après avoir «»J^ieouvrages cachés, ou «^"T^bb*.

crets des Phènidens. jj;f^iiisfl évéqued'Avranches,i^«>ja

Préparation E^^^^^^^ savoir auels sont ces livres»"

LES CYCLADES

entre les mains de Pbérécyde. « Pbérécyde, dit-il, fut disciple des Egyptiens et des Cbaldéens, mais surtoat des Phéniciens, des livres secrets desquels on dit quUl tira une grande ooiinaissanoe des choses divines, n*ayant point eu d'ailleurs d'autres maîtres. Tentends par ces livres secrets des Phéniciens ceux de Moïse, auxquels Juvénal donne le nom d*w^rcanum. On les attribue aux Phéniciens,

3ui, comme je Tai déjà remarqué plus *une fois , sont souvent pris dans les auteurs profanes pour les Juifs , leurs voisins ; ou bien on peut entendre par là récrit de Sanchoniaton, qui avait été tiré des livres de Moïse. » Sans être aussi explicite sur ce point, Bocbart n'hésite pas à regarder les Phéniciens comme les maîtres de Pbérécyde. Ap* puyé sur le témoignage d'Homère , il étanlit que les Phéniciens faisaient de longs séjours dans Tlle de Syros; qu'ils lui avaient donné son nom , et qu ils y avaient répandu dès la plus haute antiquité leurs connaissances astronomiques. « Cest de la, ajoute-t-il, qu'il fout tirer l'explication de xpoisal i\ù.loio , et il est aisé de voir que c'est ^ioTp6niov, l'héliotrope, c'est-ànlire le cadran; et par là Homère nous apprend que les Phéniciens avaient fait dans cette lie un cadran, dont le stvle ou aiguille, par le moyen de son ombre, indiquait les solstices ; et comme c'était une chose fort rare et merveilleuse dans ces temps-là, Homère, fort curieux et bien instruit de tous ces points d'antiquité, le marque comme une rareté qui distinguait cette

tle ; et il y a bien de l'apparence que

ce cadran, que Pbérécyde fit à Syros ne fut Cadt que sur les découvertes des Phéniciens. » On sent bien que sur ces questions-là les plus savants hommes ne peu vent donner que des hypothèses, et qu on ne peut établir de conclusions certaines. Voici un mot du scoliaste d'Homère qui contrarie bien la supposition, fort raisonnable du reste , de Bochart : « On dit qu'il y a à Syros une caverne du soleil, par le moyen de laquelle on remarque les conversions de cet astre. » Il ne s agit plus ici d'un héliotrope ou cadran artinciel, mais d'une grotte, qui, comme le puits de Syène, était disposée de manière à marquer les conversions du

39* Livraison, ( les Cvclades.)

soleil, ou la position de son ombre aux solstices. Mais ce mot du scoliaste n*est aussi lui-même qu'un on-dit, ou peutêtre encore qu'une hypothèse.

La mort de Phérécyde est diversement racontée. Selon Diogène-Laerce il périt à Delphes, oli il se précipita du haut des rochers du mont Corycius. Selon d'autres, il mourut d'une affreuse maladie, qu'Élien décrit de la manière suivante : « Phérécyde, maître de Pythagore. étant tombé malade, transpirait d'abord une sueur chaude et semblable à des mucosités,

Îui le jeta ensuite dans la phthiriase. butes ses chairs se réduisirent en poux, la corruption s'y mit, et il finit ainsi ses jours. » Défiguré par cet horrible mal , Phérécyde s'était enfermé dans sa maison, et ne recevait plus personne. tJn de ses amis s'étant présenté à sa porte pour savoir comment il se portait, Phéricyde lui fit voir par un trou son doigt tout décharné, et lui dit que tout le reste de son corps était de même. Diodore de Sicile raconte que Pythagore, apprenant l'affliction de son ancien maître, quitta ritalie pour le rejoindre à Délos , où il était tombé malade; qu'il l'assista jusqu'à ses derniers moments . et qu'il lui donna une honorable sépulture. On a retrouvé parmi les antiquités de Syros un buste, d'une belle et grave expression, que les archéologues se plaisent à regarder comn^e celui du ohilosophe Phérécyde.

Gicéron loue ce philosophe d'avoir enseigné le premier 1 immortalité de Pâme ; mais Suiaas l'accuse d'avoir créé le système de la métempsycose.

Syra, comme les autres Cydades, obéit successivement aux Perses, aux Athéniens, aux Macédoniens, aux Romains, aux empereurs byzantins , anx ducs de l'Archipel et enfin aux Turcs. Sous ces derniers maîtres, Syra devint le refuge d'un grand nombre de familles franques chassées des îles voisines , qui y apportèrent la religion et le rit romam, et en firent lUe la plus catholique de l'Archipel. « Pour sept ou huit familles du rit frec, dit Toumefort, on y compte plus esix mille Ames du rit latin ; et lorsque les Latins s'allient avec les Grecs , tous les enfants sont catholiques romains ; au lieu quà Naxie , les garçons suivent le

LTJWIVERS.

rit du père, et les filles celui de la mère. On est redevable de tous ces biens aux pères capucins français, mission* naires apostoliques, fort aimés dans cette tie, et fort apphquésà instruire un beuple porté au bien , honnête , ennemi déclaré 4es voleurs , plein de bons sentiments , et si laborieux , qu'on ne saurait reposer dans cette île la nuit, à cause du Dniit universel des moulins à bras que chacun exerce pour moudre son blé, et le îour, à cause des rouets qui servent à filer le coton. La maison et Véglise des capucins sont assez bien bâties; la bannière de France arborée au coin de leur terrasse nous réjouit; et le père Jacinthe d*Amiens , homme d'esprit , substitut du consul de France à Tme, nous reçut ^vec tous les a^ments possibles. Ces {>ères dirigent vingt-cinq religieuses du tiers ordre de Saint-Francs, filles d*une vertu exemplaire, quoique non cloîtrées. Les Grecs n'ont que deux églises dans Syra, desservies par an papas. Il n'y a de Turc qu'un cadi; encore vientil se réfugier chez les capucins lorsau'il paraît quelque corsaire autour de lîle.

On y élit tous les ans deux admmistrateurs. En 1700 lacapitation et la taille réelle montaient à 4,000 écus. »

L'évéque de Syra est nommé par la cour de Rome et placé sous la protection de la France.

Ce fut soos Louis XIII que fut fondée à Syra la maison des capucins; sous Îouis aV les jésuites s'y établirent près la destructioiâ de Tordre, les lazaristes les remplacèrent. Tous les catholiques répandus dans l'empire ottoman reconnaissaient alors le roi de France pour leur protecteur ; cette protection s'étendait particvilièrement sur ceux qui suivent le rit latin, et les habitants de Syra en particulier en ont de tout temps ressenti les heureux effets.

« La reconnaissance des Svriotes envers le roi de France, dit l'abbé délia Rocca, se manifeste à Syra de la manière la plus éclatante; on pourrait même dire la plus incroyable. Quoi de plus sln^lier en effet aue d^entendre au milieu des peuples livrés à l'erreur, dans les églises et chapelles particulières retentir au loin le chaut mélodieux du Domine, sahum fac regem. £t pour qu'on ne

paisse se méprendre sor le non de»

lu! qui est l'objet de cette prière, m; ajoute ces mots : Nostrm IM cum (1). » Les navires franpii»

▼aient toujours chez les ^pmbt eueil le plus empressé ettoals»

cours nécessaires dans le ck à}^ d'incendie, de tempàe, ou tof»

étaient attaqués par des pirates.

Cette protection toute spédalex»

dée par la France à 111e de SfTi Sa»

dit indirectement à tons les unbR de l'Archipel lorsëel'insomdioii»

que. A l'abri des horreondelajiJI'^ comme cliente de la France, bo»

llqueSyra devint le lieu d'asile *W»

les populations des Mes oî 1« JJ^ avaient porté leurs ra?af«.AB?«« la montagne qui domiBe Taob^j" latine , Il se forma une affl«w* de fugitifs, venus de toutes l«w«*sines, qui en peu de temps doeMi*sance à une cité nouTelle, où iwi* aujourd'hui plus de qoit» Ji^sons, des &ises, des WpJ» J des écoles publiques dias lesÇ »

réunissent quatorze à qo»"* fr ^ fants. Les Chiotcs, les \V^J^

Hydriotes ont le imf(^}^^Z nir la population de la "f^j^ polis , qui compte eniifODîwW^

et qui est maintenant le p«rt«Pr quenté de l'Archipel, ^^^ meroe de la Grèce et wM"^.

chantier de constructios iw*": ^ mopolis, la ville de Mertore»»^ merce, est après AthèneB la F^ cité du nouveau royaume ^ ^ située au bord de la mer, ato^ rocher dont l'ancienni Syn^^ie»

jours le sommet, et où «sw^TV t évéque latin, délégué t^om^ saint-siége, et toujours prot«?«'' tenu par la France (2).

(i) Traké^étc, 1 1, P-qJ- ^^ (a>Sortqnt parl'CKavredcUHJjr de U Foi, qui est cominnûei iouk-^^ «lié, mais où It France coninbo««'Jj^ pour les deux tiers. J'ai «^^'^vIhÔck c4»inpte rendu des opé"H?"*Jbôttt.t tout ce qui a rapport a"*''^ Vj^«i«»

n'est pas hors de propos <l«.iPfîTi déchiffres, qui donneront nn*'"f * . eJ^ tiou de l'Église latine dans le l^ '

LES CTCLADES.

4fil

ILBS DB DttOS ET DE BHBMSB.

Ces deux tles, que les Grecs œoderoes appellent Dili, et que les anciens dietiDKu aient par les nomiiepellle et de grande Délot, à cause de la différence de leurs dicnensioDS , ne sont plus , depuis bien des siècles, quedeux raéchauts écueiis tout à &il abandonnés' Mais le souvenir de ce qu'elles ont été jadis rend à jamais leur nom impérissable, recoramande leur histoire aux recherches infatigables des savants, et attiresans cesse vers leurs débris les explorations des pèlerins de la science antique. Depuis plusieurs siècles, la pelileDélos, l'Ile sa- :rée d'Apollon, et la grande Délos ou Etbénée, sa nécropole, ont été visitées par le nombreux voyageurs, qui ont eu à :aastater, les uns après les autres, les progrès de la destnioUon de leurs ruines, x)Dtre lesquelles se sont conjurées t'acioD du temps et la mab des homnes. Je laisserai parler ici le dernier l'entre eux (1), dont la relation réunit

'èleodue de* rcMOurcei mis» par l'œuvre à 1 disposition dei «tiblisfcmeuli calholiquts |u'ellc saiilieol en partie.

Il ï été recueilli lUui lei iles grecque* :

é diiljiliuc Ama ce< ilet :

KrU, iTtqie de Sjra cl Mttaé tr.

L F F. apaetai 1 S jn . im MP Zaloal , «ttqna dg Tins i^iw

KP CuteUl, udiaitii» ilë SiiLe. . . - . i.MO

JdB' CociUla, dTÉgne dr StolOTiD. . . - . . 1,000 la lulion de* iHuMci et «aWiuuMati

de* HEoTB dccturtté 4 Sintorlii, .... - 1,0»

U iDbilan da Ml. n. CuTBdu t FirM. s,»o

lanutiOD m* Ba. ppiàpilijuù't'Ù^lk^

la mausadâ BR. tr. opudua dutrUe

MI' JiHtlBiaDl, trbivt le ida i^ooo

I Rbodn* : (,■»

la maMDD.du U. FF. inlaenn rdlaimU

I M«teua. 1 tfito ■ '

ulotu de 111e ifc C3i7;rc. *^

Voyez ^aaalei de la Propagalioa de la !. mal iSSa, p. 166; comple rendu de niée i65t.

(i) M. Ch. Benoit, mon inciwi coiifrèra k

h l'exactitude des détails archéolodquefl l'intérêt de la description et l'agrément lies impressions personnelles.

DESGMPTIOH DESKriNESDEDBUtS.

« Cette dévastation de Délos dépasse tout oe qu'on peut imaginer , et le cœur se serre en promenant ses yeux sur ce morne rocher, oij pas une ruine même n'est restée debout, mais où toute pierre a été renversée, brisée, réduite en menus éclats. Tout s'est conjuré, depuis quelques siècles, pour en faire disparaître les vestiges de quelque valeur, que Spon et Wheier y trouvaient encore en si grande quantité quand ils visitèrent cette tie en 167&, et Tournefort au commencement du dix-huitième siècle, La curiosité im des amateure d'ant moins fatale aux n la barbarie des habii nés exploitant ces a des carrières : car M ans que les gens d< rus , de Ténos vieDD' matériaux pour bStir toutes taillées i k qi

sculpture on les rei ,

environs, maçonnées dans les murailles des plus sales masures ; et non loin de l'emplacement du temple s'élève encore un vieux four à chaux dans leauel ont été calcinés bien des statues et des marbres précieux , destinés à faire du mortier. Les derniers débris conservant quelque Sgure et qui n'avaient pas été depuis lonitempa déjà transportés à Tenise ou à Constantin o pi e , ou pillés par des bâtiments russes ou anglais, ont servi, il ya vingt-cinq ans, ala construction d'une grande église que j'avais vue, quelques jours auparavant, dans i1le voisine de Ténos. Les macnifiiiues linteaux des portes en marore blanc qu'on y admire ontj été enlevés irj du temple d'Apollon. Le gouveroftment du roi Othon, à peine constittié,

rècoled'Atlièo«i,i|uiai[uà'èriDtérc«uDteno-

tice dont je doime ici l'abrégé, daiu le* Arclùvetilti àfiiiieiu Scianlifi^uei de juillet iS&i. On peut coDHiUer encore Dapper, p. 36i ; Touraeforl, I, 1871 l'abbé Sallier, i/ûl«<^ dt tlietU Déloi. Acad. de> liucr., III, 376; Scbwsock, DtUaca, in.4", i3i5, cic. CL Forbiger, Baadiuch, III, p. 1017.

L'UNIVERS-

s*est empressé, il est vrai, d'interdire dans toute la Grèce cette dévastation sacrilége ; mais ici iJ était trop tard : il n'y avait plus rien à sauver.

« Le temple d'ÀpoUon s'élevait aux bords du canal qui sépare Délos de Rhénée, vis-à-vis de l'écueil qu'on appelle aujourd'hui la grande Rbematia, et qui était autrefois consacré à Hécate. Les monceaux de fragments du marbre le

{)lus blanc de Paros , dont le sol est an oin couvert , indiquent encore quelles furent les proportions de cet édiflce immense , construit à la même époque que les grands temples de l'acropole d'Athènes : quelques chapiteaux doriques mutilés , des tronçons de colonnes ae plus d'un mètre de aiamètre permettent même de le restaurer en partie par la pensée. Les colonnes de la Ceila étaient rondes et cannelées dans toute leur circonférence; mais les tambours des grosses colonnes, qui formaient le périmètre du temple, au lieu d'être cylindriques , quelques-uns du moins , sont ovales , et seulement cannelés sur les deux cdtés les

{)lus arrondis. Quel fut le dessein de 'architecte.' Quelle illusion voulait-il produire ainsi? On sait avec quelle science profonde et délicate les artistes du ^and siècle combinaient dans leurs roomdres détails les lignes de leurs édifices, selon de mystérieuses harmonies.

Les études de nos jeunes architectes sur les ruines du Parthénon et des Propylées leur révèlent chaque jour quelqu un de ces merveilleux secrets de l'art antique, que l'art moderne n'avait pas soupçonnés jusque alors. Malheureusement à Délos on ne peut guère qu'entrevoir le problème , sans trouver , avec si peu de restes mutilés, les moyens de le résoudre.

a Avec les débris de ce temple se confondent presque les ruines de l'immense portique que Philippe III , roi de Macédoine, avait consacréà Apollon, et qui s'étendait du cdté du sud le long du rivage, dans un espace de cent cinquante pas environ. On y distingue quelques énormes chapiteaux doriques en beau marbre gris sans veines et du ^ain le plus Gn, des fragments de frise avec leur triglyphes, des architraves , dont Je dessus avait été creusé sans doute pour les rendre plus légères , et sur plu-

sieurs desquelles on reedeille enmc m mots mutilés :<WMnn....BilAEÛ!.

OAAÛNI, restes de rinscription votm, Philippe fils de Démétrita, roiàH^ cédoine, à Apollon; enfin, liewibreux tronçons de colonnes dorijw, de près d'un mètre de diamètre à leor base, lesquelles n'étaient cannelés^ dans les deux tiers supérienrs del« hauteur, et taillées à pans mjm dans leur partie inférieure. Maisj«M veux point m'arrêtera ces ruines, qo* qu'elles soient les plus considérab<fi* Délos; on en trouve une minatieiise decription dans les livres de Spoa «Ne Toumefort , qui les ont vues, ilja P« d'un siècle et demi, bien \i\vssm qu'elles ne sont aujourd'hui.

« On croit que c'est à r«»t«[*^ édifices que se groupaient le W* Latone , xb At,xÇov, dont parie Slrt^ la chapelU d'Aphrodite, m^ avait érigée jadis sur cenjapàwfr tour de Crète, le temple /^rtimSi^ maints autres. Cettecitédestanp»^ enveloppée d'un même bois s^ peuplaîent par milUers d^ ^^ marbre ou de bronze. ^fj^Xf.

lorsque entrant dans le canalaiffe«" meràude, les théores entew^enua w les paeans sacrés montantw^j^^jj cens et la fumée des sacn»»» r ^^ apercevaient , à travers k ft«^ ^ saint bosquet, ces templ» J^oool'éclat de leurs marbres ««*J!%pnd leurs, dont ils étaient p^s^^j^ alentour ils cntrevoyaienlccwn^^^

de statues , ce peuple ^^^^j.\0n, ros , sous les ombrages oof^, ^

des myrtes et des ^^^f^^n»

aujourd'hui, pas une^JJje*^^^^

ces lieux, pas un r^Ç" njjDiitf.

pas un arlre, pas seulemenl «wjjjpour marquer l'endrwt ju ^^ au jour Apollon et ArtéiW^^^^^V

bawes broussailles, d^t^Jks?^ rampantsur lesdécpmbw^ e^j,^

très de Myconos ^^^frSé^j panrelem^smoutoDsrtgBjjJ^

« Lorsqu'en U^ //ï^^ iH^ monte visita Délos, .^JT^fir

couchées par t^JfZ «< tues, et parmi «"^^ "i„dcK*:

lossale, quMl essaya en y"^^ ser avec tous les cdÇûs «^^obK»

Tous ces restes de J «" '

LES CYCLADES

pillés et dispersés depuis dans tous les coins du monde. Il n'en demeure qu'un énorme fragment, encore reconnaissable, de la ffigantesque stattte d^ Apollon , qui avait étonné Bondelmonte , et qui jadis avait été érigée au seuil du temple par les habitants de Naxos, après la guerre Médique. C'est un torse énorme depuis le cou iusqu*à la ceinture ; j'ai mesuré d'une épaule à l'autre 3°^,20. Tout à côté de ce débris, que les chaufourniers n'ont pu entamer , gtt up gros bloc carré de 6 mètres de long , 8™,60 de large et \^y^ d'épaisseur, évidé au centre, lequel a certainement appartenu au piédesial de la statue, car on y lit encore sur un des c6tés l'inscription Totive NAZIOI AnOAAÛNl. L'Ionie entière suivit l'exemple des Tiaxiotes : en ces jours d'allégresse où Athènes victorieuse restaurait le vieux culte de Délos, cités et particuliers venaient à l'envi consacrer dans l'tle sainte uu monument de leur reconnaissance. C'est auprès de la statue colossale de Naxos que le pieux 5icias érigeait son palmier de bronze doré : voisinage fatall ce palmier, bientôt déraciné par la tempête, tomba sur le colosse et le renversa. Depuis ce temps la statue est demeurée par terre, entière encore au temps de Bondelmonte, mais depuis sans cesse mutilée par des amateurs.

« Quand on quitte ce lieu des sanctuaires, pour remonter le canal vers le nord, et suivre ensuite le rivage c[ui regarde Ténos, on marche an milieu des ruines de la viUe même de Délos, ville jadis magnifique (à en juger encore par ses débris ), qui, descendant des pentes du mont Cynthos, s'étendait le long de la plage septentrionale. Là , depuis la destruction de la population antique, nulle population nouvelle n'est venue, comme en d'autres lieux de la Grèce, recouvrir de ses constructions, ainsi que d'une alluvion , le sol d'autrefois. Plus d'un quart de la ville subsisterait encore , comme une autre Pompéi, si d'acides exploiteurs n'étaient venus de* puis deux siècles en bouleverser les restes de fond en comble^ les uns pour Y chercher des trésors , les autres des reliques de l'art antique, d'autres, enHn, pour en tirer des matériaux à bâtir. Les pierres des angles surtout ont été arra-

chées pour être employées ailleurs : il ne reste plus ^ère que des tas de moellons d'un schiste micacé ou d'un granit bleu, que fournissaient les carrières ouvertes au pied du Cynthos ; et çà et là quelques fragments d'un beau marbre blanc sur lesquels on distingue des traces de couleur. Nul doute que ces décombres ne recouvrent encore maintes choses précieuses, des morceaux de sculpture, d'intéressantes mosaïques ; tout au moins pourrait-on, en déblayant avec soin, reconnaître en plus d'un endroit le plan d'une maison antique. Par places se dressent encore en effet des tronçons de colonnes en granit, de un à deux pieds de diamètre, qui par leur solidité et la grossièreté de la matière ont échappé aux ravageurs. Elles sont le plus souvent par groupes de huit ou douze ensemble, et disposées de façon à former, ici un portique extérieur, aUleurs la galerie mtérieure d'une cour. On en compte ainsi par centaines dans l'île. Sous la plupart de ces maisons, on remarque une citerne recouverte par une voûte ou simplement par des travées de granit, selon qu'elle est plus ou moins large.

Inopos

ne pouvait suffire aux besoins des habitants, et il y fallait suppléer en recueillant les eaux pluviales. Cet Inopos luimême, aujourd'hui au'est-il devenu?

Après bien d'autres, j ai cherché vainement ce ruisseau ; il a disparu et rendu l'île à son aridité première. On se demande même» en considérant ces lieux, s'il a jamais pu exister ; car, lors même que le Cvnthos, aujourd'hui si brûlé des traits d Apollon, aurait été jadis couronné d'arbres, comment une île si petite, et presque entièrement formée de granit et de calcaire, aurait-elle pu avoir un vrai cours d'eau, ou seulement une fontaine intarissable? Les citernes effondrées que l'on voit partout montrent assez que les habitants n'y comptaient guère; et j'incline à penser avec Tournefort, lequel suivait en cela déjà l'avis de Pline, que cet Inopos, dont Strabon a fait une vraie rivière (sans doute d'après les poètes, qui depuis l'antiquité ne cessaient de l'enfler de leurs vers }, n'était autre chose que cette source

L'UNIVERS

profonde quon Toit à la pointe que forme Tlie vet$ le nord-est, râ^-vis de Mykon^s. Cest une sorte de puits de cinq ou six mètres environ de diamètre, enfermé en partie par des rochers, en partie par une muraille; le niveau de reau j varie suivant les saisons , et quelquefois rhiver la source, dit-on, inonde par-dessus ses bords. De là, sans doute, la vieille légende qui mettait cette source intermittente en communication mystérieuse avec le Nil, le fleuve sacré, et lui en faisait suivre les crues. £n Grèce ces traditions ne périssent pas, elles se transforment : aujourd'hui c'est du Jourdain que les halûtants de Mykonos font venir cette eau merveilleuse.

« Aussi vainement vous chercheriez encore les eaux de ce petit lac circulaire, tpox^oe(^cX{(ivi), au bord duquel Latone mit ses deux enfants au monde.

De bonne heure , à ce qu'il semble, ce lae s'était desséché ; et les anciens, qui ne manquaient jamais pour constrmre leurs stades ou leurs théâtres , de profiter de la disposition naturelle des lieux eu firent, en le rectifiant, un amphithéâtre. Car, en continuant à suivre la c$te septentrionale de rtle, on reconnaît aisément, à peu dedlstance de la mer, l'ancien lit du marais sacré, que l'art a transformé en un amphithéâtre ovale , mais d'une courbe irr^ulière, plus arrondie du côté de l'est, vers l'ouest plus aplatie, ^n petit mur assez bien conservé, d'un jaètre environ de hauteur, en borde le pourtour; au-dessus, sur un tertre en pente, se rangeaient drculairement des gradins de marbre blanc. Mais les marores ont été arrachés; de petits buissons de lentisques revêtent seuls aujourd'hui les bords de la corbeille. Le fond, parfaitement sec quand je le vis. mais revêtu d'une fine couche de salpêtre, attestât que cette enceinte pouvait bien encore être inondée pendant Thiver. Voilà sans doute pourquoi Toumefort a signalé ce

Eitit bassin sous le nom de naumachie.

ais évidemment cet espace était trop étroit pour les luttes navales ; et d'ailleurs a quoi bon une naumachie artificielle, à quelque cent pas seulement du canal de Rhenée, qui semble si merveilleusement propre à de tels spectacles?

Ce ne fut, selon toute probabilité, qu'un amphithéâtre ordinaire, destiné aux jeux

publics , et dont U eoDstmdkiD pei bien remonter aux beaux joun de b Grèce. Le lac sacré ù'aiail plus d'en, mais ne devait pas pour eela s*efiKer. Fart s'en empara, et en coDsxralipliBt

En poussant plus loin, joMo'ib côte orientale , qui regarde Myinoi, on est arrêté par des mines monni' taies, que Toumefort a signalé», lès dont le sagace M. Ross a le pRoiff, je crois , retrouvé le sens. Là s'ânt un yymnaxe complet, avec son sudeH son portique. Le </ad^ s'étendait feks^ de la mer, du nord au sod, lor ooekifr gueur de 300 mètres et une largear it 20 environ. Adossé du côté droit, mot* cidental, contre un tertre qûasQ^ portait les gradins , il était iNiRt ii côté de l'orient et dégarni de baats;»* lement, de cecôté,et au wSMk^ longueur, on avait bâti en pieresiK tribune, longue d'environ quinote^ pas, et qui pouvait avoir trois» ^ rangs de sièges. Cétait done uo^ à un seul coté, <néBm pî^^ •^' stade se rattachait un portùivi « ^' bre bleu mat, dont les colonne daiat surmontées et unies entre elles, mp les plates-bandes ordinaires, n^,^ des arceaux taillés d'une seule fiie<^ et mesurant 1",68 de lonj, l'.Oî »

hauteur, et 0",48 d'épafee8r.fii«J n'est demeuré debout de eet^dili«j« les fragments ne sontplasBÎtfezB»breux ni assez entiers po"' *^ ïl vés. Le tout , dn reste, m'» ^^ travail médiocre, et doit être une «n?

des bas siècles. Une inscription,)»»* trouvée parmi ces ruines, et JJ*?:

a disparu, nous apprend qneDâos/^ redevaWe de son gymnase au «»^ thridate Ëvergète, le père d» P^J Mithridate- Celui-ci avait ausa « »

lieux sa statue , ainsi que l'alt^.^ autre inscription, recueillie autrefc^w la base même du piédestal. Cette^ lui avait été érigée par le g^oîïi^ Dionysios, pour perpétuer le soaf^j des bienfaits dont ce prince m^ blé Délos : singulière ironie do dgj qui dans le saecagede niesaiDte.on^ par Mithridate pendant sa go«ne^ Rome, n'a laissé subsistermiece^ ment de reconnaissance à 1 iropieT" exterminateur! ,^^

« Jamais depuis cette ville nas»

LES CYCLADES

levée de cette épouvantable ruine, où elle s*était soudamement abîmée, comme pav un tremblement de terre : aussi quelques maisons pouvaient*elles être encore, avant les UHiilles du dernier siècle , dans rétat de ruineoù elles se trouvaient au lendemain de la catasiropbe. Au pied du Gynthos,en remuant des décombres, OD a rencontré plusieurs statuettes de marbre inacbevées, qu'on peut voir aujourd'hui à Athènes , et sur lesquelles il est intéressant d'étudier les procédés techniques des anciens dans la statuaire. L'oeuvre interrompue rappelle que l'artiste a été sans doute arrêté dans son travail par la vengeance de Ménophanès, comme par un coup de foudre.

« Le mont Cyntnos, dont je m'étais rapproché, s'élève presque au eentre de nie, un peu plus près toutefois de la côte orientale. C'est une colline formée, conmie tout le reste du soK d'un granit bleu à gros grain, rempli de ouartz, de granules de fer oxydulé et de gros cristaux de feldspath. Tévaluai sa hauteur à 150 mètres environ : ce n'est donc qu'une bien petite éminence en comparaison de ces puissantes montagnes dont se hérissent les lies voisines. Mais qu'im-

Sorte? elle domine dans fimagination es hommes sur toute cette couronne de montagnes gigantesques et obscures :

la Muse a grandi le C^nthos jusqu'au del. Ten & d'abord le tour. Sur ses flancs, vis-à-vis Rhenée , mais en indinantun peu vers le sud-ouest, s'adossait le théâtre, dans une de ces situations charmantes, telles que les Grecs les savaient choisir pour charmer les yeux pendant la durée, souvent si prolongée, de leurs spectacles dramatiques.

« Ce théâtre^ comme tous ceux de la Grèce, forme un immense hémicycle, 3U même un peu plus : car ici (chose remarquable) le demi-cercle commence à se refermer, en se rapproctiant de la scène, à ses deux ailes. Il est taillé en étagesdans un repli de la colline, et con: piété aux Jeux extrémités de son oourtour, où le roc a manqué, par une belleoonstruetion le marbre. Sur les gradins se retrouvent gocore par endroits les tablettes de mar- >re blanc dont ils étaient revêtus; mais m général cette ruine a été dévastée ïomme tout le reste, et l'on dirait d'une leille carrière abandonnée. Au-devant

de rhémii^cie, soui remplacement du 3qpoax>iviov, on a défoncé, en fouillant, une vaste citerne divisée en neuf grands compartiments, qui ^'étendait dans toute la largeur de la âoène, et qui sans doute était destinée à reeuëllir les eaux de ce coin de la montagne;

« En partant du théâtre, je tournai vers le sud de la colline, et j'y reconnus les carrières d'où les anciens habitants de l'Ile avaient tiré leurs pierres de M* tisse : les coins de isr dont les ouvriers se servaient pour en détacher les blocs sont encore empreints sur le rocheré Tacbevai mon circuit, sans rien remarquer aux flancs de la montagne, jusqu'à ce que j'arrivasse à une mine impo* santé qui s'élève à mi-côte du côté du nord^ouest : (f est la Porte de pierre (comme on l'appelle), où le colonel Leake a voulu vour l'entrée d'un trésor^ et que d'autres ont prise pour la porte d'une enceinte sacrée qui aurait entouré le Cvntbos, mais qui m'a semblé bien plutôt avoir appartenu à un adyton. Je gravis par là au sommet de la colline % et j'y trouvai confondus avec des débris plus grossiers les restes mutilés dTuii temple d'ordre ionique, des volutes dé chapiteaux brisés, des bouts d'archi* traves, des tronçons de colonnes non cannelées. Avec les débris de ce temple, uaôlés à de gros blocs de granit , on avait reconstruit au moyen âge sur ce plateau un château , oui ceignait de ses murs crénelés toute la plate-forme , et qui a été détruit à son tour.

« Je suis resté assis jusqu'à la nuit sur cette cime du Cynthos, sans pouvoir rassasier mes regards de ce vaste horizon, ni mon âme de tous les souvenirs que ces lieux rappellent. Non, je ne saurais jamais rendre l'impression de ce spectacle, que mes yeux n'ouMieront jamais : les plus glorieuses des Cydades^ Ténos, Syros, Paros, Naxos, qui reçvt fiacchus enfeint sur son sein, toutes comme autant de nymphes , soulevant leur chevelure d'or au-dessus de l'azur des eaux, et menant leur chœur harmo« nieux autour de l'île sainte :

K^xXov Itco

Se piv 7rep\ T** d{xf {te v^aoi

[XOVTO (I),

(i) Callimaq. Hymne à Délot, v. Zoo.

LilNlVERS.

etsoat mes pieds Délos, que le Posaidon des abhnes fit, d'uo coup de trident, sortir des eanx, poor servir d*asile à Latone. La noit, qui était ?enue, en effaçait peu à peu la désolation actuelle. Cétait une de ces belles nuits si communes en Grèce, qui n'ont pas de ténèbres : le ciel , dans Tabsence de la lumière, reste limpide, et on lirait à la clarté des étoiles. Voilà Theure favorable en ce pays pour voir les ruines , noyées dans une demi-obscurité vague et fantastique , qui les voile sans les cacher ; heure de rêverie, propice à rillusion, où les souvenirs du passé reviennent en foule à Timagination , sans être troublés par le spectacle trop saisissant des misères actuelles. Je remontais le cours des siècles écoulés; j'étais entièrement sous le charme ; et quand je relevais la tête, le ciel achevait mon illusion, avec ses constellations immuables qui guidaient déià autrefois Latone vers ces bords.

Sur les divinités et le culte DE Dblos. — < On sait que les anciens habitants de la Grèce ont été témoins de la naissance de Délos, qui fut comme le fruit des dernières convulsions de cette mer, souterrainen^ent travaillée

Ï)ardes volcans. Depuis longtemps déjà a plupart des fournaises qui avaient embrasé les Cydades étaient éteintes.

Vaincus enfin , les Géants , fils de la Terre, restaient écrasés sous les rochers de TEubée , du Ténare , de Sériphos , de Théra, de Mélos. Zeus ruinait sans partage sur le monde pacifié. Dans rantique champ de bataille du titan É^éon, on ne ressentait plus qu'à des intervalles de plus en plus éloignés quelques rares secousses, comme pour rappeler que là s'était livrée cette lutte formidable des puissances de la terre en Insurrection contre le ciel, c|ui avait laissé dans les traditions religieuses un inefifaçable souvenir. Alors on voyait soudam, au milieu des tempêtes, surgir sur les flots des Iles nouvelles (comme il en parut maintes fois depuis aux environs de Santorin ou sur les côtes de Sicile), lesquelles disparaissaient ensuite. Délos sembla ainsi s'essayer à plusieurs reprises : on croyait qu'elle errait sur les vagues. « Libre de tous liens, tu flottais sur la mer, dit Callimaque Mais de-

duc des

puis que tu as offert à ÀpoUoB iD iBlt pour y naître, les nastooiefs f oDtdiNiJ le nom caractéristique de Dâos, (m que tu ne flottais plus mysténew, et .ue tu fixas enfin tes radoes aa oifii s flots de la mer Egée (t)« « Il n'est pas de mon sujet de laixkr ici avec Callimaque les terreonèUtone cherchant, a travers la Gwe, k rives du Pénée aux vallons de l'ktaik une retraite secrète pour y d^ à l'abri de Timplacable jalousie (ffien. le double fruit son amour aree m Cest ainsi que la légende mytlulop^ aimait à raconter les difficultés mvÉ rencontrées Jadis le culte d'Aww « d'Artémis pour s'introduire a w»

Proscrite d'abord dans tous hfm^ elle essayait de s'établir, par 1» «»

religion pélasgique des dieuifW' cette religion étrangère fut fort» « « réfugier sur une roche désert^ <!«««• tait soulevée la veUle duseindeswj A de s'y envelopper de mjslert ^J« peut être le nom de AiiTii), i^^Z où elle devait éclater enfin daK*»

île de la manifestation i^k^Jz, poser à la Grèce à genoux. t«»

question pleine d'obscurité, gne»** savoir ce qu'était originairM»' " d'où venait ce culte qw.^^S*]!

poussait d'abord, et q"«"«i7S adopter, en le transforma!.»"/* gén&.Qu'était-CMîquec^lWe^^ gères, auxquelles la Grèaaj^, comme à tous ses dieux, »P"-«^ maine, et dont elle «traduM»'^ son usage, les mystiques sP^T^i,, légendes romanesques, po'JJJ^,) entrer dans la famille des m^ Selon toute îraisembla«, c^jj^ ligion orientale du Soleil et de tow^ et quiconque a suivi la «»";!^ «âgée parles plus M^î^ts j^S de l' Allemagne sur l>nW^"S^ d'Apollon et d'Artémis nWflBP"^

malgré les méumorphoses^^^

vinités ont subies, àreconn^.

dieu auteur de la lumière M^

(i) Callimaq., Bymnt à I>^'

DES CYCLADES

>elle toojoan cette sœur ditine de PfaoD- Mis, comme lui sans hymen, comme ai Btmée de flèches , qui régnait sur es femmes et terminait leur vie.

*« Quelques traditionsohscnres s'étaient tonservâs à Délos sur l'antique instituion de ce culte dans File. Les rites du anctuaire j araient été ré|;lés , dit-on, lar Olen, le prêtre inspiré Tenu de ^yde ou du pays des Hyperboréens, et le Tieœc cantiques chantés aux fêtes soennelles étaient attribués à ce prophète. )n gardait aussi à Déios le souvenir de Bunes prêtresses ^ui jadis y auraient pporté cette religion des régions hyerboréennes habitées par lesblonds Antaspes. Hérodote , dans son histoire , a ecueiiii cette tradition , et nomme Argé t Opis ces vierges saintes , qui auraient ccompagné Apollon et Artémis aux ri« age3 de Délos ; et de son temps encore, lar la route même qu'avaient suivie idls les filles de Borée, ces peuples erdus du Nord envoyaient aux létesdu ieu c^thien leurs offrandes enveiopées dans de la paille de froment , lesuelles, transmises à travers la Scvtbie iisqu'à Dodone , étaient portées de là au ;olte Maliaque, puis, par l'Eubée, à ^arystos , et enfin a Délos. Cette légende 6t reproduite à peu près dans les mêmes ermes par Callimaque, qui appelle les ierges Arimaspes Hécaergé , Oupis et A)xo , noms dans lesquels il est facile le reconnaître quelques-unes des épihètes mystiques cl'Apollon ixiepY<K»

oÇ^a<y et d' Artémis, invoquée souvent ous le titre d*Olkiç» c'est-à-dire l'œil e la nuit. Délos avait voué un culte à ) mémoire de ces mystérieuses étranères : on répandait sur leurs tombeaux I cendre é»& victimes, et les jeunes lies avant leur mariage y faisaient Tof* rande de leur chevelure coupée. Ainsi k Grèce, quoique toujours si jalouse e" rautochtnonie de ses dieux , recouaissait que ce culte d'Apollon et d'Arémis Im avait été apporté du dehors , t le foisait descendre , dans son ignoince, de ces régions septentrionales à emi fabuleuses, d'où plus tard le mys- ^rieux Abaris , le prêtre des expiations» evait venir encore parler au nom de hœbus.

« Il serait téméraire de pousser cette echerche plus loin : au delà, il n'y a

plus que des conjectures. Dès le temps d'Hérodote le pays des Hyperboréens n'était déjà plus qu'une chimère. Toutefois, j'ajoute que, dans ma pensée (en donnant cette opinion sous toutes réserves), cette relif^ion pourrait bien être descendue originairement de ces montagnes de la Perse haute» où aujourd'hui encore quelques tribus proscrites de Guèbres pratiquent l'adoration du soleil, de la lune, de la terre , du feu, de l'eau et des vents , professa il y a plus de trois mille ans en ces lieux par les mages. Cette religion des astres , prèsoue aussi vieille en Orient que le monde, retendit à l'Occident et au Nord , et' c'est par la Thrace sans doute qu'elle s'efforça de pénétrer en Grèce. Puis , plus tard , lorsque après bien des révolutions les Grecs , reconnaissant l'unité de leur race , entreprirent de mettre en harmonie leurs diverses croyances re« ligieuses et de réconcilier leurs dieux ennemis, la facilité de Zeus à de clandes* tines amours offrait toujours aux théologiens une ressource commode pour étendre , selon le besoin , la famille des immortels. Du commerce obscur du père des dieux avec la mystérieuse Léto naquirent Apollon et Artémis , et peu à peu ces enfants d'une mère étrangère , dans la fréquentation de l'Olympe hellénique, perdirent ce qui leur restait de leur physionomie orientale. Ils sont devenus Grecs, et pourtant ils semblent se souvenir toujours que l'Asie fut leur berceau. Dans le partage des dieux d'Homère entre les deux armées aux prises sous les murs de Troie, Apollon et Artémis protègent les fils de la Pbrygie. Bien des siècles plus tard , les Perses , inondant de leurs flottes la mer des Çy* clades dans leur guerre contre la Grèce , semblèrent reconnaître et respectèrent dans la religion de Délos leur religion nationale. On sait qu'à l'approche des barbares, qui partout ailleurs dévastaient les sanctuaires , les Déliens s'étaient enfuis, mais Datis, le chef de la flotte persane , les rappela dans leur lie avec des paroles amies, et fit brûler trois cents talents d'encens surTautel d'Apollon.

« Le temple de Délos avait été , dès les plus anciens temps , l'un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés de ia

LUIOTERa

Grèce. (Tétait le saaetnaire commun des peuples de raoe ionienne , comme était Delpfaes pour les Doiiens ; et ses fêtes » où ron voTait accourir les dépotés de toutes les dtés ioniennes dispersées en Attique, dans le Péloponnèse, les tles de la mer Egée et sur les riTages de l'Asie Mineure ^ formaient le lien d*une sorte de confédération reUgiegse et politique (1). Thueydide, qui mentionne ce concours antique des Ioniens à Délos , et les spectacles de musique et de gymnastique où leurs villes envoyaient des chœurs, S'appuie à ce sujet de Tautorité du vieil Homeride^ auteur de Thymne à Apollon : « O Phœbus , tu chéris surtout Délos, où se rassemblent, avec leurs enfants et leurs chastes épouses , les Ioniens aux robes traînantes ; tu te

Klais aux jeux qu'ils cél^ent en ton onneur ; tu aimes à les voir s'exercer au pugilat ; tu jouis de leurs danses et de leurs chants. » A la fin de la guerre médique, lorsque Athènes voulut entraîner toutes les dtés ioniennes dans une grande confédération dont elle serait la tête , elle s'attaclia à rendre aux fêtes de Délos leur édat d'autrefois , afin de faire de rtle sainte le centre et le lien de Talllance. Ck)mme jadis, c^était aux solennités du dieu que se réunissaient alors les députés des villes confédérées pour discuter les intérêts de l'union; c'est dans le trésor de son temple qu'on déposait la contribution commune, jusqu'à ce que Périciès , s'enbardissant à la fortune de sa patrie, transporta le trésor dans le Parthénon , et à l'alliance substitua la domination d'Athènes. Mais en même temps qu'ils retiraient à eux la puissance , les Athéniens restituaient aux fStes de Délos , longtemps négligées , leur ancienne splendeur, et y ajoutaient encore. Les jeux auinquennaux d'autrefois furent rétablis par eux après la peste d'Athènes, et l'on y joignit le spectacle nouveau de courses de chevaux (2). Llle sacrée fut alors purifiée sotennellement, or enleva tous les cercueils qui s'y trouvaient, pour les transporter sur la plage opposée de Rhénée , et l'on dé-

(i) Voy. plus haut. p. 432.

{i) Voyez la brillante description de ces fêtes dans le 76* chapitre de Barthélémy : royage à Délos et aux Cyclades,

créta qu'à Tavenir nHHBanti ouitoos sur le point d'aocoucfaer seraient é^ inent transportés sur ce mage,aii que nul homme désormais le Dafâai ne mourût dans la terre siinte, •

Ile de Rhen bb. — « On leewaH toujours dans Rhenéertledes toute Cette tle, appelée aajourd'boilagtaÉ Délos, n'est (comme noos \vm^) séparée de la petite Délos qie;ia étroit canal, d'un denu-mine eonnait large , qui se dirige do aoid aa»i,tf dont rentrée et la sortie senldéye

6ar deux écueils, la petite et iagné Lhématia. Je n'ai papawwrirqKw rapidement la dtédes morts, aùjs vu qu'elle n'avait guère été fliwp' tée que la cité des dieux. Depot nSDe que Toumefort l'a visitée cUijeaiTé bien des dévastations BonTdics.Ci^

§eur y comptait encore pat eat»»

es espèces d'autels cytodriquesK»

de têtes d'animaux et de guirtoie»

firuits et de fleurs. Pour moi JCb «ij trouvé à peine unecinquantaiD^flffl|* plus triste état de dégradatioM* ques restes d'inscriptions fiMw^j" dû, malgré leur forme, y wejj^ des monuments turaulaires. AWjw le sol est jonché de débris iiuiomw»

d'architecture, roulant pflff*^, les décombres. La nécropote/c^ le long de la plage qui igj»^ C'est une longue suite ded«MW"" terraines , qui s'enfoncent û»s *»* àxx rocher , et dont le deranisi^

était bâti ; quelques-unes WDt?»^ mais la plupart recouvertes ««^ plat, toutes revêtues de ^\IZ rieur. L'entrée est tournée versiwj un couloir partage paf •«"ÏJf^if cune de ces maisons des nwitt, « ^1 ^A-.^ » ...ff^ miatrc 0**

ces sépultures u'cst ^^^T^ y marche sur des couvercles oe^ brisés, dont beaucoup étaient IR^ quelques-uns taillés en ^^^, quatre pans avec un peW P^*^^ centre pour y poser une UToe^ buste. -^ Cette désolation desJJT à Rhenée m'attrista p'wt'^2i|«ii des temples à Délos. La nJJ^ grecque n'est plus qu'un som^^ tique powr notre iwaÇ»**'^'^^^ religion des tombeaux dci»«««^

DES CTCLADES. 450

hment la religion de nos âmes. Ici, rien. LU a manque de bois et d'eau; il

manne à Délos , nulle habitation ; je n'y n'y a qu'un puils pour toute la ville, qui

ai rencontré qu'un vieus cheTrier de renferme environ trois mille habitants.

Urkonos, laid, sale, qui ne rappelait Cette ville regarde l'ouest; son port est

riere Apollon gardant les troupeaui fort découvert , mais le golfe qui l'avoi-

Admète. » sine est bon pour le mouillaga des gros

. vaisseaux. Le port d'Ornos est adossé

TLi DE KYKOHOS. ^^ ^^jfg jg ^ycooe. Les autres ports

Llle de MvRone est an nord -est de de l'Ile sont le port Palermo, qui est fort

Délos, dont elle est séparée par un canal grand , mais trop exposé Bui vents du

oui n'a que trois milles de largeur, depuis nord, i

le cap Alogomandra de Mvconejusqu'à aussi tr

la plus proche terre de Délos. Cette Ile II n'<

a S6 milles de tour; elle est h 30 milles rbisUM'i

de Naxie , à 40 de Nicaria et à t8 du un cet

port de Tine. Elle a toujours conservé le de Car]

même nom, malgré les diflérenles alté- mise ps

rations qu'il a subies : Micpli, Michono, suite p

Mtcheno, Mtcona. L'Ile de Mjcone est mnjen

fort aride et ses montagnes sont peu éle- Ghizzi,

Tées.Les deux plus considérables portent elle de'

le nom de Saint-£1ie : l'noe est prés du Naxie. I

cap TruMo à l'entrée dn canal de Myeone dot de 1

et de Tine; l'antre est à l'extrémité de tièmed

Hycone, vis-à-vis TragoDisi. Le nom de riage a'

Dimaslos, que Pline donne à la plus Vénitie

haute montagne de l'Ile, convient éga- placèrei

lementàtoutesies deux, puisque chacune dileur i

a lesommet Tenduendeux parties. D'an- Barber<

ciennes fables rapportaient que Mycone Mycc

était le tombeau de géants défaits par ses, tou

Hercule; de là, dit Slrabon, le proverbe tères.di

nivfl' {inb |j[av Mixovov, Tout est dans iourd'hui, "Les femmes de celte lie sont Myeone, pour désigner ceux qvri traitent nelles, et avaient un cosiume tout particudechoses différentes sousnn même titre, lier.dont on peut voir la description dans J'aurais voulu que Strabon me ftt eom- Touraefort. Lors de l'insurreciion grecprendre le rapport de ce proverbe an que, les gens de-Mycone, ([ui sont trèsmythe des géants ensevelis à Mfcone. bons marins, entraînés par l'enthou- Les habitants de cette tle étaient chauves siasme d'une femme, iUodéne Mavrode bonne henre ; mais Pline a exagéré génie, réunirentleursnaviresàl'escadre en disant qu'ils naissent sans cheveux, que commandait Tombasis, et qui fut Il parait certain qu'ils étaient de grands augmentée ainsi de vingt-deni bâtiparasites; Archiloque et le comique Cra- ments armés de eent trente-deux catJnus leur po fontle reproche, mats ce nous. En 1633 le capitan-pacha ordondemier les excuse sur la pauvreté de ne unedescente dans Itle de Mycone. lenrile. Lee Myconiens, conduits par Mavrogé-

Cependant Mycone n'est pas sans res- nie , qui avait à venger la mort de son sources. On y trouve assez d'orge pour père , repoussèrent avec vigueur les mules habitants, beaucoup de figues, peu EulmsDS , qui laissèrent sur la place d'olives, d'excellents raisins, de bons dix-aept morts et soixante blessés. Au fromages mous , des heiites salutaires, rétablissement de la paix, Mycone fut une incroyablequantitédeglbter, cailles, conipriie dans le nouveau royaume belbécasses, tourterelles, lapins, hecSguea, léoiqae. qui permet à l'étranger d'y faire bonne chère pourvu qu'il ait son cuisinier, car, dit Tournefort, les Grecs n'y entendent

L'UNIVERS-

ILE DB RÂX08 (1).

Naxosauiourd'huiNixîa, Naxia, Naxie, fut nommée du nom d'un chef de Gariens quis*y établit. On l'appela aussi Stron^le, la ronde, Dia, la divine, Dionysias, Ttle de Dionysos ou Bacchus.

Bochart fait dériver le mot de Naxos du phénicien Nacsa ou Nicsa, qui signifie une offrande. Quelques étymologistes grecs donnent en effet ce sens au mot de NaxoSfSans toutefois lui attribue)^ une origine orientale. Naxosest située au 23* deâ^ l(/delongitudeetsousle87^degré de latitude, à six ou sept lieues au sud de Délos et de Mycone. Elle est à Test de Paros, au nord-est d'Amorgos, et au sud-ouest de Nicaria. L*aspect des côtes est loin d'annoncer la beauté de Tintérieur de cette tle. « Mais si Ton avance dans les terres, on trouve des vallées délicieuses, arrosées de mille ruisseaux, et des forêts d*orangers, de figuiers et de

grenadiers. La terre par sa fécondité semle prévenir tous les besoins de ses habitants. Elle nourrit une grande quantité de bestiaux et de gibier. Le blé, Thuile , les figues et le vin y sont toujours abondants. On y recueille aussi de la soie. Tant d'avantages l'avaient fait nommer par les anciens la petite Sicile. Tous les poètes Pont célébrée. Properce, dans son poème à Bacchus lai dit :

BItUïipermediam beoeolenU flamlne Naxon, Uode tuum potaot Naxia tarba memm.

Athénée compare ses vins aux nectar des Dieux. C'est en effet de tous les vins de Grèce celui qui m'a paru le plus mériter sa réputation; mais il est si délicat, âu'on ne peut le transporter môme aux es les plus voisines (2). • Malheureusement Naxos n'a pas un bon port ; le principal , le port oes Salines, ne peut servir pour les gros bâtiments; les autres, ceux de Gadados, Panormo, Saint- Jean-Triangata , Philolimnarez, Potamidès et Apollonasont plus petits encore , et mal exposés. Cependant Naxos f^it un trafic considérable en orge , vins , figues , coton , soie ,

(i) Dissertations spéciales sur Ifaxos : Guili. Engel, Quœstiones Naxicœ; Goth., 18 35, in-8<>;Ern. Curtius, Ueber Naxos; Berl., 1S46.

(a) Choiseul-Gouffier, I, 65.

lin, fromage, sel, bœufs, moutons, maletSiémeriet huile. Elle est riche en bois et en charbon ; on vtrouvedulaudanum.

La poche est tres-abondante sur ses cotes. Les plus riches plaines sont celles de Naxie, d'Angarez, de Carchi, de Sangri , de Sideropétra, de Potamidès, de Livadia , ainsi que les vallées de Mélauès et de Pérato. On trouve dans les auteurs anciens les noms des deux plus hautes montagnes de Naxie , Drion au centre , Coronon au nord-est. Ce sont aujourd'hui les monts Zia et Corono; là première était consacrée à Jupiter comme le prouve cette inscription qu' y a trouvée:

0P0£ AiO£ MHAÛSIOr,

« Montagne de Jupiter conservateur des troupeaux » : l'autre rappelait l'enfance de Bacchus et la nymphe Goroois , Tune de ses nourrices. L'ancienne ville de Naxos était située sur la côte nordouest, qui regarde vers Délos. Sa beauté avait fait donner à Tile le nom de C(UlipolU, 11 reste peu d'antiquités dans cette tle. A une portée de fusil de la ville s'élève un petit écueil sur lequel on dit

a n'était construit un temple de Bacchus; en reste une belle porte de marbre , parmi quelques grosses pierres de môme nature et quelaues morceaux de granit.

Au milieu de la ville actuelle se trouve une tour carrée , seul débris du palais des anciens ducs. Non loin de là ou montre la grotte où l'on prétend ^ue les bacchantes célébraient leurs orgies. Au commencement du dix-huitième siècle, Tournefort comptait dans l'ile environ quarante villages, et il n'en évaluait la population ou'à 8,000 âmes.

« L'Ile de Naxos changea souvent d'habitants. Les premiers dont le souvenir ait été conservé dans l'histoire sont les Thraces ; et l'on peut présumer qu'unis aux Pélasges dans plusieurs de leurs établissements, ils s'y fixèrent conjointement avec eux. Selon une tradition rapportée par Etienne de Byzance et par Eustatne , elle avait reçu postérieurement une colonie d'Éléens, commandée par un fils d'Endymion. Mais celle qui v laissa le plus de traces, quoiu'elle ne fut pas la dernière, ce fut celle

es Cariens, unis sans doute aux Cretois. On fait même dériver le nom de cette

LES CYCLADES

Ile de celui (Tud roi des Carien». Mais comme Suidas et le scoliaste de Pindare font mention d*une ville de Naxos en Crète, il est très-probable que cette dernière fiit la métropole de Tautre , et lui donna son nom , comme il paraît que ce fut r usage des oolonies Cretoises de cette époque (t). »

Diodore et Pausaniasnous ont conservé d'assez riches détails sur les temps fabuleux de riiistoire de Naxos. D*après ces légendes, le chef de la colonie des Tbracee était Butés, (ils de Borée; les Thraces ne trouvant pas de femmes dans fîle en allèrent enlever sur le continent , dans les États d'Aloeus , dont ils prirent la femme et la fille ; les deux fils d*Alœus , Otus et Ephialtes , punirent les ravisseurs en s'emparant de l'Ile. Mais, après leur mort, les Thraces restèrent maîtres de Dia, qu'une sécheresse les contraignit à abandonner plus tard. Après eux vinrent les Carlens et Naxos, qui eut pour successeur son fils Leucippus ; celui-ci fut père de Smardîus, sous le règne duquel Thésée, revenant de Crète avec Ariane, aborda dans l'île, où il abandonna la fille de Minos à Bacchus, dont les menaces l'avaient épouvanté dans un son^e.

Je dirai comme Toumefort : ce n'est pas ici le lieu de débrouiller l'histoire de Bacchus. Les habitants de Naxos prétendaient que ce dieu avait été nourri chez eux, et qu'il les avait comblés de toutes sortes de biens. On comprend que le culte du dieu dont le principal attribut était de présider à la vigne se soit facilement établi dans une île où cet arbuste croissait en abondance , et produisait d'excellents vins. Indépendamment de cette raison toute naturelle, et suffisante à défaut d'autres pour ex-

{ cliquer la dévotion des habitants envers e dieu qui les avait si libéralement dotés, il faut remarquer que Bacchus était une des principales divinités de la Thraee et de la Crète, qui toutes deux avaient fourni à Naocos sa première population.

Une fols fixés dans cette lie, les colons thraces et crétois approprièrent leur religion à la nature de leur nouvelle patrie ; et de tous les dieux qu'ils connaissaient , ils lui donnèrent pour divinité princi-

(x) Raoul Rocbette, Col, Grecq,, II, r54.

pale le dieu de la vigne , dont 111e ressentaitla protection toute particulière(l). Les médailles de Naxos rappellent toute la fécondité .de ses vignobles et le culte qu'on y rendait à &cchus. Des trois pièces gravées dans l'atlas de Choiseul- GoufBer, la première représente la tête de Bacchus, avec la barbe, or9ée d'un diadème et de feuilles de lierre; au revers le nom des Naxiens» et le vieux Silène accroupi, tenant un vase et un thyrse. Sur la seconde on voit la tête du même dieu , couverte de pampres et de raisins ; au revers, un vase, un thyrse, et un nom de magistrat joint à celui des habitants. lia troisième ofire d'un cdté la tête de Bacchus jouant, orné de lierre ; de l'autre. Silène appuyé sur une outre, tenant un vase et une branche de lierre.

Au onzième siècle avant l'ère chrétienne , Naxos , comme toutes les autres Cyclades, reçut des colons ioniens. Selon Élien (3) , lorsque Nélée partit pour l'Asie , des vents contraires le forcèrent de relâcher à Naxos , et s'opposèrent à ce qu'il remît à la voile. Les devins , consultés sur ce prodige , lui dirent qu'il fallait pour rendre les dieux propices à son expédition , la purger de tous ceux jui n'y apportaient pas des mains et des intentions assez pures. Pour parvenir à les découvrir , il feignit de s'être rendu lui-même coupable d'un homicide, et d'avoir besoin d'être purifié. Ceux à qui leur conscience reprochait quelque forfait semblable , entraînés par Fexemple de leur chef, se séparèrent du reste de Tarmée, et Nélée connut alors ceux dont il devait se débarrasser. Il les laissa à Naxos , où Us s'établirent , et partit avec le reste (3).

Au sixième siècle les Naxiens étaient les plus riches et les plus puissants de tous les insulaires des Cyclades. Quoique leur île fût dépourvuede ports, ils avaient une belle marine, parce qu'ils possédaient les îlesd'AndrosetdeParo8,dont les ports sont excellents. Us pouvaient lever huit mille hoplites. Mais Naxos , comme tout État grec, ÉtiU déchirée par

(i) Voyez les Religions de F Antiquité , t. m, et les notes et éclaircisseiiients du livre VU*.

(a) JEliin., Hist, rar., VIU, 5.

(3) Raoul Bocfaette, Col, Grecq, , Vï, Sx»

LTJWIVKRS.

des dissenakms.iiiteftiiiet. Le parti des

faadt , chassé par le peuple , appela son secours Anstagoras , ncTcu a*Histiée de Milet Celui-ci intéressa les Perses à Teutreprise; et une flotte de deux cents navires fit Toile sur Naxos, par laqudie elle devait commencer la conquétedesCydades. Mais les Naxiotes, avertis secrètement par Méçabate, général des Perses, avec qui Anstagoras s'était brouillé, se préparèrent à le bien recevoir. Il rut obligé de se retirer après quatre mois de siège , laissant les exilés naxiens établis dans une forteresse qu*il leur avait construite (504 av. J.-C.)' Ce fut Tinsuccès de cette expédition qui poussa Anstagoras à exciter la révolte d'Ionie, et à oonner ainsi le signal de la guerre médique (t).

Près de quinze ans après (490) les Perses firent une seconde descente dans rtle. M*y trouvant pas de résistance, Datis et Artapheme en firent brûler les temples,et emmenèrent un grand nombre de captifs. Pour se venger de ce mauvais traitement, lesNaxiens envoyèrent quatre vaisseaux, qui se battirent bravement à Salamine. il y avait dansMaxos on parti pour les Perses ; mais le triérarque Démocrite , Fun des principaux de i*!le , entraîna ses concitoyens à se joindre aux défenseurs de la Grèce. A Platée les r^axiens donnèrent aussi des marques de leur valeur (3). Mais après la guerre Naxos fut obligée de recoonattrela suprématie d'Athènes. Déjà elle lui avait été soumise au temps de Pisistrate.

qui Favait fait gouyemer par son ami le tyran Lygdamis. Quand Athènes obtint la domination delà mer, Naxos entra dans la ligue comme ville alliée ; mais, ayant affecté des airs d'indépendance, elle fut assiégée paries Athéniens et réduite à la condition de sujette.

« C'est, dit Thucydide , la première ville alliée qui, au mépris du droit public, ait été subjuguée (3). » Pour prévenir de nouveiies défections, les Athéniens y envoyèrent des colons, à qui on fit un partage de terres , et qui devaient maintenir les habitants dans l'obéissance. Plu-

(i) Hérodote, V, So.

(2) Diod. de Sicile, V, 5a ; Hérodote, VI, 96; VIII, 46.

(3) rUuc)d. I, i3;,QS.

tarque parle de doq eents homoMieivoyés à Naxos par ordre de Pends:

Diodore parle de mlile Athéfûeoi<|É j ûirent conduits psjr ToUnidès. Ain' Naxos était toaibee <iaitt uie em^/Èi servitude.

Pendant la guerre da Pâofmn.

elle resta dans le parti d'AtbîMi n« les autres lies des Cydades, asepÉ Mélos , Théra et Égine. Après hétfi de l'empire athénien , die eltt8|a è maître autant de fois qu'il s'eD prénb ^ur la soumettre. Ensuite ctie tos^ sous la puissance des Romains. Apra ii bataille de Pbilippea « Mare Aotm k donna aux Rhodiens ; mais MiÊkmiQ quelque temps après, paxcsfBJaargsivernemeot était trop dur. Elkâitcoimise aux empereurs romni, cnsnli aux Grecs, jusqu*à la prise de ùmOKénople par les Français et par la 1»

tiens. Car trois ans après, ce amâ èénement , comme les Français tatélaient, sous rempereur Henri, à b «aquête des provinces et des plaoesditaDe ferme, les Vénitiens, matlies de h na, donnèrent la liberté aux sujett de li tépublique qui voudraient équiserdesiivires, de s emparer des iies ëël'AnhfB et autres places maritimes, à eeaàte que les acquéreurs en fenâma. bomam au gouvernement de SaûH-JUae. Ces alors que Marc*Sanudo ûmdâ k M^ caniia^ ou duché de fArehipei, éom Naxos devint la capitate {}Xn\ nboB' vrantainsi sur les QrcladeswBneslaHprématie qu'elle y afaitautoeÊsb tamk . Naxie resta la eapitiis de F Arthipci pendant plus de tco» cents at. Dm cette période « elle fut goumaée fe vingt et un ducs, dont les unsétiiaitée la maison de Saaudo , les astres et h fomille Crispo. Ea voici les aoas(t} .

1» Mttc Saaudo ( lM7-tS90},liiBidateur de cette principauté nuaafct homoie prudent, eours^peux, et d*aeei> tréme ambition» Il essaya , mais 4 de conquérir 111e de Candie. U .

l'empereur Henri de Flaodreidaai ses guerres. Libéral, bienCunat»

guifique, il se fit aimer d« qu'il avait assujettis , et il

(i) Le P. Sauver, ffistokv mêttA dm Ducs de tjérchipel, 1 1 ; DeUa RocO, ff^ historique sur Sjrra, I 16,

LES CyCLADES.

naisoD dans la principaotâ des lies.

i? Ange SatiDdo ( 1320-1344,). ■ Ce iriaoeeut toutes les grandes qualités du lue son père , lans en avoir les défauts. 1 fut presque toujours en armes pour le «rviee de la religion et de l'empire , inrépide, entreprenant, d'une adresse tt d'une expénenceecsuoramées, adoré le ses peuples, eonsidêié deses sll)és , iraint et respâdé de ses plus fiers enlemis; prince naiment di^ d'une vie tlus longue, et qui méritait l'empire l'Orient, s'il eût plu à Uieu de propoi> ionnersafortnneàsesTertus. >(LeP.

iauger.)

8° Marc Sanudo II (1244-I36S}. La tlupart des historiens confondent ce duc irec le premier de ce nom, sans faire nention d'Ange Ssnodo. Le P. Saugar I recti6é cette erreur. Marc il était digne le aes prédécesseurs. Il mourut à Huo, )ii il l'était rendu pour réprimer un iOuUremeol. Les Latins perdirent infiliment à la mort de ce pnnce , daos les nrcooGtances fâcheuses où la prise de ^onstantieople par Patéologue ( 1361 ] es anit mis. U était leur conseil et leur ippui. Ij douleur publique fit son élogu; :t si Ton en croit les mémoires de ces lemps-là , il s'est tu peu de souverains alus aimés, plus respecléset plus regietlés que lui.

4<'GuiUaunie5aouda (1368-1288) suc- :éda à son père, h l'Age de vingt ans. Celait Ok prince plein d'honneur et de proliité, a qui la perfidie faisait borieur. [| eut à Ritter pendaut toute sa vie aiDtre les entreprises de Michel Paléologue, et il sut préserver sa petite principaaté de ses atteintes.

i' HitxAm Sanudo ( 1383 ) fiit babi-

encore eu une aï grande rotation de valeur. U sacoaida puissamment les tentatives des Vénitiens dans la Propontide et la nter Noire. C'est le dernier des princes guerriers da la dynastie des

princi Sanud

6* Jean Sanudo fui un duo tout pacifique, renommé par sa douceur et sa bonté. Son règne n'a été. illustré par aucun exploit; il fut troublé par des démêlés avec son frère Marc, qui se rendit indépendant dans ru» de Milo. Tous deux niouruient sans enfants mâles ,

laissant chacun une fille appelée Ftorence. Le duc mari Carcerio , l'uu des t

Kat. Le prioce Ma auçois Crispo, q de Milo après la moi

7° Jean Carcerio, Dalle Carceri, de Véi Sanudo, et défendit :

Catalans. A sa mori fils, encore en bas â le remplacer. Sa veu' qui était encore asse:

cousin le brave Nii nommé Spezza- Banaa.

8<> Nicolas II Sanudo eut à combattre les Tures. qui comjneaçaient à infester l'Arcbipei. Son courage'et son intrépidité le firent surnommerSpezza-Banda, c'est-à-dire gui taille en pièces. C'est de ce duc que Marino Sanuto, l'auteur àa Liber Secretorum Fidelium Cnicit, parle dans ses lettres , où il eu donne l'idée d'un des plus grands hommes de sou temps. Speîza-Bauda était la terreur des ennemis du nom chrétien; on raconte que surpris par les Turcs, bien supérieurs en nombre , il périt en faisant des prod^es de valeur, fan 1345.

9° Kicolas Carcerio , fils de Jean Carcerio et de Florence Sanudo , fut reconnu duc de l'Aicbipel après la mort de son beau-père. IL fut de toutes les ligues organisées entre les chrétiens pour résister aux Turcs; et dans toutes les circonstances il se distingua par sa prudence et sa valeur. Il fut assassine par François Crispo, prince de Milo, qui s'empara du duché de Naiie , quoique l'héritage dilt en revenir à Gaspard de So m mari va, seigneur deParosetgendre de Spezza-Bauda.

10° Francis Crispo descendait d'une fdmillefortancienDeei fort illustre, puis^ qu'il comptait des empereurs grecs parmi ses ancêtres ; mais ses crimes et surtout SB perfidie à l'égard du duc Carcerio en font un odieux personnase-, et sa haute naissance n'a servi qu'aie rendre un illustre scélérat. U mourut au commencement du quinzième siËde, quelque temps après la débite de Bajazet par Tamerlan. Sous les Crispo Te duché de l'Archipel tombe en décadence. Cette famille dut une triste célébrité à son auteur, qui lui transmit la responsabilité de

L'UNIVERS

ses crimes et Théritage de ses vices .

If Jacques Crispo, fils de François, eut à lutter coutre ses frères, dont I ambition Jeta le désordre dans ses États.

Le P. Sauger dit de ce prince, qu'il avait de la valeur et de la prudence , et qu'il était assez homme de bien pour un Crispo. Il mourut sans enfants, en 1488.

12» Jean Crispo, son frère, lui succéda. Ce prince, d'une complexion délicate, ne manquait ni de valeur, ni d'expérience, ni même de probité et de Donne foi , « vertus dont on se piquait fort peu dans sa famille » (1). Par ses

Qualités il sut rétablir Tordre dans ses Itats.

13<* Jacques II Crispo succéda à son père, à l'âge de dix-huit ans . Ce fut sous ce prince que Mahomet II s'empara de Constantinople. Les Vénitiens , dont il était l'allié, obtinrent qu*il serait reconnu par le sultan pour duc de l'Archipel et pour ami et allié de la Porte. Jacques II mourut de phthisie, la deuxième année de son mariage, âgé de vingt-cinq ans.

14<> Sa veuve accoucha quelque temps après d'un fils, qui fut appelé Jean- Jacques Crispo. Mais cet entant mourut li treize mois; et sa mort laissa l'État dans le dernier désordre.

16* Guillaume Crispo, son grand oncle, fils de Francis Crispo, l'assassin de Carcerio , fut reconnu duc, à l'âge de soixante ans. Après un règne très-court, il laissa le trône à son nevea, le seigneur de Santon n.

16» François II Crispo , seizième duc , fut pendant tout son règne engagé comme allié de Venise dans les guerres soutenues par cette république contre les Ottomans. Il ne manquait pas de mérite; et il rendit de grands services aux Vénitiens. Il mourut en 1473.

17« Jacques III Crispo s'allia avec David Comnène , empereur de Trébizonde. A sa mort (1481) il laissa le trdne à son frère, au préjudice de sa fille, mariée à Dominique Pisani.

18" Jean II Crispo, û'ère du précédent, mourut après cinq ans d'un rè^e troublé par les révoltes de ses sujets (1487).

19° François IIÏ Crispo , son fils ; qui lui succéda, fut oblige de prendre les

(r) Le P. Sauger, p. arp.

armes pour Venise, qui feniildeiwifR encore une fois avec (a Porte. Il sefr tingua dans c^te guerre, et awrt quelques années après le rétabUsaoi de la paix, vers 1510.

20« Jean III Crispo, son &ls,iienâ de ses États et de son atladw«tp« Venise. Ce fut sous ce prince q»iei^ ché de Naxos , depuis loBgttopja*^ cadence, reçut de la main des Tins i coup mortel. Barbertmssc fit»»

cente à Naxie enlW6, Usaceigeair»

extrémité à l'autre. LevieuiteieF survivre à ce désastre. ^ ^^. ■

21o Son fils JacqueslYCrtpo,^ lui succéda, vit bientôt secoow»»

la ruine de sa maison.

«I^ duché de Naii6 8cww«jw Jacques, son dernier due, W»«J pWable eut (1).. Depuis^

Barberousse , am a^<wi,^J:*^ Naxie, sous le àcpiécédaiM^ y^J rendu tributaire lem^^^^S écus d'or par an, depui" « W^dis-ie, les Grecs ^'^^S^ obéir, ni contribuer aux dépWJ

ques. Le duc étoitpnsirg«^^j^

seaux, et, selon la à^^^ des malheureux, saasappa^»^^ il auroit eu tout ct^\.^^:!rii^ de l'humeur dontnl étwMB^ ^

pas inoins avancé M^.^^e* toute sa maison. L«^*°Ç2LâoflïiDe qui inquiète les autres, ijw^^^t

f'avoirassoupi îU ^ 8ong««^^ qu'à, ses plawirs, et V^^J^ y fournir il n'y eut V^l^^ auxquelles U ne se po^/^ ii> qui composoient si P*"-„,|g;« toient pas en cela plo^^lièJFfr eût dit que, se sentant si» le^j ^ cipioe, lisse bâtoient den^"^-^ piur leurs plaisirs 1? ^J^W^k leur restoit*^Cen'étoitdj^«2^

Waxie que àmncb^f^^ 0 tinuelle«; ces scandato«^i^^ pasii^ jusqu'aux gens ^^aj^ Souffroit qu'ils vécussent^!, ^ dre qui fait horreur. Ai^^jnr de Dfeu ne taida-t-elle.|»J^ a l'indigne souverain qa» «»^ ces abominations 0)*

jo/i Traité sur les ^'"'HuW'*^ C.).OByoitp«irtt'l'""'

LES CYCLADES

« Les Grecs , ravis de trouver dans les vexations de leurs ducs et dans les désordres des Latins de quoi autoriser la haine furieuse qui les excitoit toujours contre eux formèrent sourdement le projet de changer de maître ; et les choses allèrent si loin, qu^enfin, après plusieurs délibérations secrètes,ils envoyèrent deux députés à la Porte, pour se plaindre des violences de Jac(]ues Crispo, et demander au grand-seigneur un duc qui fût plus digne de les commander. Le départ des députés et leur dessein ne purent être si secrets , que Crispo n'en eût connaissance. Il crut devoir aller lui-même après eux à Constantinople ; et comme il n'ignoroit pas qu*à la Porte tout se faisait à force d'argent, il eut' soin de porter avec lui 12,000 écus, sur lesquels il comptoit extrêmement. Mais les députés de Naxie étoient déjà écoutés, €t sa perte étoit résolue. A peine fut-iJ arrivé, que, sans avoir égard a la dignité de sa personne , il fut dépouillé de tous ses biens et jeté en prison. Il y demeura cinq ou six mois, et n'en put sortir gu'à la sollicitation de ses sujets , qui avoient appris que Sélim II , successeur de Soliman, vouloit leur donner un juif pour maître. Ils mirent tout en usage pour l'empêcher et obtenir le , rétablissement de Crispo; mais il n'y avoit plus d'espoir. Le sultan venoit de donner le ducné à ce même juif, Jean Michez, dont il avait reçu de grands services, et qu'il fut bien aise de récompenser.

« Le duc prétendu n'osa pourtant jamais venir lui-même dans l'Archipel; il se contenta d'y envoyer un gentilhomme chrétien, espagnol de naissance, nommé François Coronello, qui gou- ▼erna sous son nom. Jamais duc n'a voit encore été plus chéri ni plus respecté que ne le fut Coronello durant tout le temps de son administration, qui ne finit qu'avec sa vie. Il maria Coursin, son fils, avec une des nièces de Jacques Crispo. Sa famille s'est perpétuée jiysqu'à nos jours , et a produit des sujeds d'un grand mérite.

Après la nominslxioD de Jean Michez , Crispo et ses enfants se réfugièreut à Venise. La république les reçut avec de

que la corruption générale des mœurs est l*avant-coureur de la perte des États. » ( Note de tabbé Delta Rocca. )

ZO' Livraison. (Les Cycladbs.)

grandes marques de compassion et de tendresse; et comme ils étoient dénués de tout , on leur assigna des fonds suffisants pour les faire subsister d'une manière conforme à leur naissance et au rang illustre qu'ils avoient tenu. Le malheureux duc n'eut pas la consolation d'en jouir longtemps; il mourut bientôt, accablé d'ennuis et de regrets; et cette famille, autrefois si considérable en Orient , est entièrement éteinte. « Ainsi finit la souveraineté de l'Archipel, l'an 1566, après avoir été plus de trois cents ans entre les mains des princes latins. Le juif Michez ne la garda que peu d'années ; et depuis elle a toujours relevé immédia^tement du grand-seigneur.

Après la chute du duché de Naxos , les nobles latins continuèrent à séjourner dans cette île; ils occupaientla partie haute de «la ville, c*est-à-dire le château construit par le premier duc. Les Grecs, qui étaienten bien plus grand nombre, en occupaient la partie basse, depuis le château jusqu'à la mer. La haine des noblesses grecque et latine Ait lon^emps irré* condliable; elles ne contractaient pas d'alliances entre elles ; elles sesurveillaient de s! près et avec tant de jalousie, que les Turcs n'avaient pas lieu d'appréhender de révolte dans cette île. « Dès qu'un Latin se remue, dit Tournefort, les Grecs en avertissent le cadi ; et si un Grec ouvre la bouche, le cadi sait ce qu'il a voulu dire avant qu'il Tait fermée. » Les nobles naxiotes, surtout les femmes, étalaient un faste ridicule. Il y a deux archevêques dans l'île, l'un grec, l'autre latin. Le clergé latin de Naxos était considérable et riche autrefois. Il y avait un chapitre attaché à la cathédrale ; une maison de jésuites , un couvent de capucins. Aujourd'hui il n'y a plus que deslazaristesà Naxos. Ltle était remplie d'églises grecques et de monastères basiiiens. En 1700 les habitants payèrent aux Turcs 5,000 écus de eapitation, et 5,500 écus de taille. Un cadi, un vaivode et sept ou huit familles étaient les seuls musulmans qui résidassent ordinairement à Naxie.

Malgré les divisions des deux races

2ui occupaient Naxie, ou plutôt à cause e ces divisions même, les Grecs de File se ietèrent avec ardeur dans la guerre de l'Indépendance. De son côté, la no-

L'UNIVERS

blesse latine se retraocha dans ses tourelles, et resta fidèle au grand-seigneur. Néanmoins le plus grand nombre des habitants de Hle étant Grecs, Rapbtopoulo, chef du mouvement , put reunir un bataillon de huit cents hommes, avec lequel il s'embarqua pour soutenir Tinsurrection des Candiotes. Ceux qui ne combattirent pas acquittèrent les redevances avec empressement, et les descendants de la noblesse des croisades finirent par fournir aussi leurs contingents {{). Après la guerre, Naxie fiit détachée de l'empire ottoman et donnée au royaume grec, où elle forme maintenant une éparcnie du département des Cyclades.

Naxie est entourée d'îlots et d'écueils, principalement au sud-est, vers la direction d Amorgos : ce sont les îles, Lelandros, Nicasia , Phakussa , Schœnussa , Donusa ou Héraclée , appellées aujourd'hui Sténosa, Acariès, Karosou Chera, Schinosa et Raklia. Du reste, toutes ces îles sont désignées souvent par le nom général de groupe des îles Kouphonisia.

ÎLE DE PABOS.

Paros, Tune des plus célèbres d'entre les Cyclades, est située à l'ouest de Naxos, dont elieest séparée par un canal de sept milles de largeur. ÉUe est à 38 milles au sud de Délos , et à 26 milles à Test de Sipbnos. Pline dit qu'elle est moitié moins grande que Naxos, a laquelle il donne 76 milles de circuit. Elle garde encore aujourd'hui son nom de Paros, le seul qu^elle ait porté communément.

Cependant on lui a aussi donné quelquefois d'autres dénominations, telles que celle de Platéa. M inoa , Démétrias, Zacynthus, Hyria, Hyléessa et Cabarnis.

Ce dernier nom lui vint, dit la légende, d'un certain Cabarnus, qui donna connaissance à Cérès du ravissement de sa fille Proserpine par Pluton. Les prêtres à^ Cérès étaient appelés Cabarniens par les insulaires de Paros (2). Bochart prétend que Cabarnis est un nom phénicien, qui signifie sacrifier, Paros est fertile en céréales ; elle est bien cultivée , dit Tournefort ; on y nourrit beaucoup

(i) Pouqueville, Histoire de la Régénération , t. III, lY ; passim.

(a) Dapper, Descript,, p. aôo.

de troupeaux; le commerce yconâste en firoment, orge, vin, légumes, sésame, coton. On trouve beaucoup de M et du gibier en aboodaoee.

Dans l'antiquité , ce qall y v«t <is plus recherché à Paios, c'était si marbre. 11 y en avait de deux «ne; l'une servait aux architectes, TastR»

sculpteurs. « Les carrières dont les acicnsont extraitles marbrespoutlïcoiS'

truction de plusieurs temples, eoiœ celui d'Esculape à Paros et d'Apolkfiî Délos, sont situées sur le monlltepè«' au-sud de la ville de Nausa Ces tarières ne sont qu'à une deml-liewt a . nord de la ville de Parkia, rawase Paros. A une demi-heure pi» w « trouvent situées les carrière f^w^ nissaient le marbre fameui wW»

avec tant de soin par les sculfWR « l'antiquité. Les premières cameie^^ apparUennent aujourd'hui a la «»« de Parkia, ont toutes élé?pto^ ciel ouvert ; j'en ai compté jusjtfattf cinquante. La quantité de iws »• traits de ces nombreuses came» »• passe de beaucoup cellequ ont^»

carrières du Pentelique.Ucamfl»?

ont fourni aux sculpteurs deFfflWF ce marbre dont la couleur,û»F/; ton, était agréable aux ^:^\l nombre de tïois. EUes sooiflif^J^ minutes au nord du ^^^^^T>^.

Mynas, dans une gorge »^»5^i-fli.

queUe roule, en hiver, un tom^T];

tueux qui va se jeter à la ^^^^ villedeNaussa. Deux de cescam«e»!J

percées dans le roamelou mca» i»^ haut duquel se trouve un ^^rl^^ appartenant au monastère; iw»\ vre de l'autre côté du torrent, stfo» ^ sant du mont Marpèse qui ««^ sud-est au nord-ouest (0 •• . j^ Cette dernière carrière (?ia^^ en filons de marbre à grain ttes-u»'.^ uns sont d'une blandieur éclat»»^ vea Paros, dit Virgile), <!"'*,?^ sation tout à fait saccbaroidei»» ^ sont im peu jaunes, et prôsem»»

(i) Noie extraite d'un «**«*ï*,cS(r.

i844, à UdemandcduninisW^'^ik qui songeait à faire cmployj' *^^-Si»û- Paros pour le tombeau de \^r^ ii léoo. Voyez htoouXt, Étude écùtt"^ la Grèce f p. 440.

LES CYCXADES.

eoaleur et cette transparence qui a tant de diarme dans les statues antiques.

On voit dans cette carrière une galerie dont IVxploitation a été à peine commencée, dans l'antiauité. On y a trouvé une grande quantité de ces lampes qui servaient à éclairer les travailleurs dans l'obscurité, et qui avaient fait donner à ce marbre le nom deh/chnUes lapis, ou Xuxvaioç X{6<K, pierre extraUeà la lampe* De tous côtâ on aperçoit sur ses parois les traces d'une exploitation oommenôée et brusquement uterrompue. Ici des blocs sont à moitié détachai; là sur le mur un sculpteur ou un entrepreneur a gravé son nom et le nombre de pieds romains qull avait sans doute le droit d'extraire: HERMO. Loccc. Lxxxvi* Il y a six inscriptions de ce genre; ce qui prouve que cette galerie était en pleine exploitation à l'époque romaine. Deux chemins devaient servir à diriger les blocs extraits de la carrière, soit vers le port de Naussa, soit vers celui de Parkia ; mais il n'en reste aujourd'hui aucun vestige.

L*lle de Paros est pourvue d'excellents ports : à Touest le port Parkia ou Pare- !hia, près de la ville de ce nom, qui >ccupe l'emplacement de Tantique Paros, lont les débris ont servi à la cité molerne. Aunord, le port de Naussa, moins este que celui de Milo, mais mieux ibrité , mieux défendu , d^une situation (lus avantageuse. Naussa n*est qu'un très- ^etit village. Sainte-Marie est le meil- 5ur port de file : la plus grande flotte peut mouiller en sûreté, et plus commodément que dans celui d'Agoula , ai en est tout près. On estime lort le on de Drio, sur la côte ouest. Cétait t que venait ordinairement stationner la otte turque. On y trouve de belles sourds pour faire aiguade. Outre Parkia, s principaux villages de l'Ile sont Ck)S- »u, Lefkis, Marmora» Ghepido, Kéfalo, ; Drajgoula. Au siècle dernier. Tourne- )n disait que Paros était habitée par lille cinq cents familles ; sa situation a guère changé à cet égard.

Ses premiers habitants furent peutre des Phéniciens ; ensuite vinrent des 'étois et des Arcadiens. Le nom de ÎDoa, qu'elle avait porté d'abord, atteste le colonie fondée par Minos, ou par des jets de ce prince, auxquels Diodore,

donne pour chef un certain Alcée. Cet Alcée fonda une ville deMinoa sur la côte occidentale de Itle. Selon Apollodore , Minos était à Paros quand il apprit la la mort de son fils Androgée, tue par les jeunes Athéniens, jaloux de sa supériorité aux jeux des Panathénées. Le même mythologue nous apprend que cette Heétait au pouvoir d'autres fils de Mjnos, Eurpiédon, Ghrvs^, Néphalion, Philolaus, lorsqu3 Hercule la visita. Deux des compagnons du héros ayant été tués par les Mlnoîdes, Hercule les assiégea dans leur yille. Les meurtriers ne se rachetèrent ^u'en cédant à Hercule deux des leurs, à son choix. Il ehoisit les deux fils d' Androgée (t). Le chef de ta colonie arcadienne qui vint à Paros s^appelait Parus, et c'est de lui que l'île reçut sod nom. Plus tard Clythius et Mélos s'y éta» biirent avec des Ioniens. Au huitième siècle Paros était assez puissante poiur envoyer une colonie dans Itle de Tha-

Au temps des guerres médiques elle ol>éisait à Naxos ; elle fut, comme elle, soumise par les Perses, avec lesquels les Pariens combattir^t à Marathon»

Après sa victoire, Miltiade aocourut pour châtier ces insulakes. Paros fut assiégée par terre et par mer ; les habitants, effrayés des progrès de l'ennemi, deman-^ dèrent à capituler; mais, ayant aperçu ' un grand reu du côté de Mycone, ils s^imaginèrent que c'était le signal de' l'arrivée des Perses, et ils ne voulurent plus entendre parler de capitulation; c'est ee qui a donné lieu au proverbe^tenir sa parole àla manièredes Pariens^ àvdutof idCeiv. Du igste, Hérodote et €or«* * nelius-Nepos dluènent beaucoup sur les détails de ce siège. Ils s'accordent seulement à dire <fue Miltiade échoua dans cette entreprise , et que ce fut la cause de sa disgrâce (490). Après la.

bataille deSalamme, Tbémistocle, plus heureux, força Paros à se reoonnattro' tributaire d'Athènes. Agitée par des dis^ sensions intestines pendant la guerre du Péloponnèse « Paros fut rendue à «He* même après la chute de l'empire athé«' nien. Elle fonda une colonie dans Itle de Pharos, en Adriatique, avec l'aide de

(i) ApoU., Bihl. Grec, II, 5. 9, 3.

(a) voyez plus haut, p. 374.

LUKI7KRS.

Benys rAncMii (1). Puis elle se rapprocuad^AtbèoeSf <|iii la (léfeadit contre les attaques d* Alexandre, tyran de Plières. Les Macédoniens, les Lagide&, Mi* tbridate, les Romalos Toocupèrent les uns après les autres. Enfin, les empereurs grecs en furent les maîtres jusqu'au temps que Marc-Sanudo fonda le duché de T Ardiipel, dans lequel Paros était comprise. Elle en fut démembrée par Florence Sa* nudo , duchesse de rArcbipel, qui la donna pour dot à Marie, sa nlle unique, épouse de Gaspard de Sommerive. Genii-ci aspirait à la souverainté de 1* Archipel; mais Francis Crispo le força à se contenter de la possession de Paros. Quelques années après, Paros passa dans la maison des Venieri , par le mariage de Francis Venieri avec Théritière des Sommenve. Ce François est le grandpère de ce fomeux Venieri qui ne céda rtle de Paros à Barberousse, capitanpaoba, sous Soliman U , que parce qu'il ae trouva sans eau à Képhalo, dans le fort Saint-Antoine. Paros prospéra sous le gouvernement des Turcs. Elle possédait la plus belle église de rArcnipel , celle de Katapoliani, dédiée à la Panagia, près de Parkia. Les Latins y étaient peu nombreux : néanmoins les capucins y avaient un Joli couvent, qui a été détruit par les Albanais au service de la Russie. Les Russes ont fait beaucoup de mal à cette Ile pendant la guerre de 1 770. Us avaient choisi le port de Naussa pour en faire le rendez-*vous de leurs forces ; iisy avaientconstruit des casernes pour loger 4,000 Russes, 1 ,000 matelots, 12 ,000 Albanais, 8,000 Gr«QS. Ije s^our de ces troupes fit fuir les babitenta, et livra File aux dévastations de la soldatesque, immobiles lors de rexpédition des Russes, les insulaires n'eurent pas besoin d'excitation étrangère pour se soulever en 1S21. Paros se signala dès le commencement de rinsur^stion : ellei envoya dans le Péloponnèse un contingent de soldats qu*on vit figurer au siège delri-

Ç>litza, sous la conduite de Constantin rantas et de Toussaint, fils de Démétrius. Aujourd'hui Paros relèvedeTéparchie de Maxos.

De tout temps les habitants de Paros ont toujours passé pour gens de bon

sms ; et les Grecs des lies Tcùsines la prennent souvent pour arbitres dans leun différends. Hérodote les connaissait d^ comme tels , puisqu^il raconte que lo Milésiens, ne pouvant vivre eo pauemie eux, eurent recours à Tarbitrage de gnelques sages Pariens. Ceux-ci visiterait la campagne de Milet, et nomaoèreot aiministrateurs de la ville les habitaoU dont les terres leur parurent les mioa cultivées (1) ; persuadés avec raisoo qm ceux qui savaient administrer leurs Imbi sauraient «ouvemer la chose pobJ^ae.

Cette solidité de bon sens pratique ta

eus d'honneur aux Pariens que iaoéiéité que leur tie devait à ses œufaref , où même à ses galettes , pour parier oomine le comique Alexis, cité pt» àttiénée. « Formné vieillard , toi qui hibitci Theureuse Paros, ton Ile a dox mduits qui remportent sur les prodoiti des autres lies : le marbre pour là dieu, et les galettes pour les mortels. >

Cependant le plus célèbre des PaticM, Archiloque , fait peu d'bonneur à sa patrie:

Ârchilochum proprio rabia inuYll liBfto

Dans sa fureur , Archiloque inreotîTait si cruellement ses ennemis, ou'il les réduisait au désespoir. Lycamoe H ses enfants ne purent survivreè ses outra^^es. Du reste, ce poète , qui avait prostimé ses talents à la satyre personndle , ne se ménageait pas plus que ks autres.

« On lui reproche , dit Elien , d^avoir mal ^rlé de lui-même ; sans lui no»

n*aunons jamais su qu*il était le fik d*UQe esclave; qu'il avait ^bandonaé Paros , sa patrie ; que pauvre et déobé de tout à Thasos , il y avait maltraité ses hôtes , exercé des haines violenta, se défiant et médisant de ses amis oomiBe de ses ennemis, s'avouant adulte, seosuel, lâche, etc. « A ces traits, quefaf&îblis , dit M. de Marcellus , ne croirait-os pas reconnaître Jean -Jacques? Aon s\ioute-t41 spirituellement : « Taî mis des ma tête que le poète de Paros ndà pas seulement 1 inventeur des la«hs« assez mal famés, mais encore qu'S avait créé les Confessions, genre de littérature relevé sans doute parla pieuse bonntité de saint Augustin* mais dont ses orgueil^

(i) Diod. Sicul., Xni, 47 ; XV, i3, 34.

(i) Héroiiote, V, a5.

LES CYCLADES

bux émules ont tant abusé depuis (1). » Quelques fragments d*Archiloquedonnent une haute idée de son talent ; il y en a même qui expriment de grandes et nobles pensées morales; ce qui prouve qu*il savait prendre tous les tons. Mais en somme on peut dire comme Bayle :

« S'il n*est presque rien resté des ouvrages d'Archiloque, c*est plutôt un gain qu'une perte par rapport aux bonnes moeurs ; » car il n'y a rien de si dangereux au'un Doete de talent qui sait semer cà et là quelques belles maximes sur un rond de corruption et de méchanceté.

Archiloque réout méprisé de ses contemporains; il mourut comme il le méritait , assommé par un Naxien dont il avait dit du mal. Archilooue est le

Elus remarquable mais non le seul des ommes illustres de Paros. Événus se distingua dans la poésie élé^aaue; Scopas, Agoracrite , élève de Pnidias , dans fa sculpture ; c'est lui qui sculpta la Némésis de Rhamnonte (3) ; Arcésilas et Nicanor, contemix>rains de Polygnote , qui comme lui turent des premiers à peindre en cire et à l'encaustique. Paros a totijours son marbre, mais elle n'a plus ses artistes. On ne voit dans cette île , disait déjà un voyageur du demiersiècle, que de misérables faiseurs de salières et de mortiers , an lieu de ces grands sculpteurs qui onttiré des chefs-d'œuvre de ses carrières. Les médailles de Paros offrent tantôt une tète de femme , ou une chèvre, avec le nom de l'Ile et du magistrat , tantôt une tête de Méduse avec un taureau.

On regrette de ne pas savoir le nom de Fauteur de la plus curieuse antiquité qui ait été découverte à Paros : je veux parler de ce célèbre monument de chronologie appelé indistinctement marbres d^OxIord ou d'Arundel , on chronique de Paros. Cétait un Français , le savant Peiresc, conseiller au parlement d'Aix ,

Ïai avait ordonné à Paros les fouilles 'où on tira ces marbres avec plusieurs autres inscriptions. Le commissionnaire de Pdresc, Sampso, était sur le point de faire embarquer cette collection dans le port de Smyme lorsque ses ennemis, oa ses créanaers le mirent en prison.

(z) Épisodes littéraires, 1. 1, p. ao5.

Un agent de Thomas Howard , comte d'Arundel et de Surrey, acheta pour le compte de son maître la précieuse cargaison de Sampso, et les marbres de Paros ftirent envoyés en Angleterre en 1627. L'année suivante, le savantSelden envoya à Peiresc Tédition et le commentaire au*il avait fait des marbres d'Arundel. Cétait le nom qu*on donnait au monument que Peiresc avait attendu avec tant d'impatience. Il reconnut aussitôt le trésor qui avait été détourné de ses mains ; mais cet excellent homme , chez qui l'amour de la science ébit plus fort que ramourpropre , se oonsola facilement de la perte de ses marbres quand il vît l'usage qu*on en faisait en Anj^leterre. La chronique de Paros contient les principales époques de Thistoire grecque , à commencer depuis Céorops , fondateur d* Athènes, jusqu'au temps d'Alexandre. Elle embrassait un int^valle de 1 SI 8 ans, et se prolongeait jusqu'à l'an 263 avant J.-C. Mais le temps a détruit les dernières époques et occasionné dans le corps de l'inscription des lacunes qui ont fait le tourment de ses interprètes, Selden, Palmer, Lydiat, Marsham , Prideaux , Bentley , Maffd , Dodwell, Maittaire , et Boeckh (1).

Ile d*oliabos ou antipabos.

Antiparos est l'ancienne tle d^Oliaros dont parlent Pline, Strabon, Etienne de Byzance et Héraclide de Pont. Ce dernier ajoute que les Sidoniens y fondèrent une colonie. Sa stérilité , son peu d'étendue, le petit nombre de ses habitants l'ont vouée aux dédains des historiens et des géographes de l'antiquité, gui ne connaissaient pas cette grotte fameuse à laquelle elle doit aujourd'hui une juste célébrité. Cette île est a dix-huit stades de Paros : c'est, dit Tournefort, un écueil de seize milles de tour , plat , bien cultivé , lequel produit assez d^orse pour nourrir soixante' à soixante-dix familles enfermées dans un méchant village à un mille de la mer. Le port d'Antiparos n'est bon que pour des oarqnes et des tartanes , mais les grands vaisseaux peuvent mouiller dans le canal

(i) Voyez dans la collect. grecque de A. F, Didot, Fragmenta Historicorum Gnetorum, t. I; elVâutroeluetion, p. 535.

UUNIYEftS.

de Paros où se trouvent les rochers de StroDgilo , de Despotk» et plusieurs autres écueils sans nom.

L*entrée de la grotte est à quatre milles du village , à près d*un mille et •djemi delà mer, àla vue des lies deNio, de Sikioo, de Pollcandro, qui n*en sont qu'à trente-cinq ou quarante milles.

Cest une voûte de rocners assez basse, -€t qui n*a d*al)ord rien d*impoiant. Au milieu est une colonne naturelle , à la^ <|uelie, dit Ghoiseul-Gouffier, à qui j emprunte la description de cette grotte , nous attachâmes la corde q^ devait ùdliter notre descente et assurer notre retour. Passant ensuite sur la droite, on tourne en suivant une peete assez douce « qui ramène au-dessous de la coknne; on trouve alors une cavité par laquelle on s'introduit; puis tenant la corde on se laisse couler perpendiculairement k six ou sept pieds de profondeur, sur une petite plate-torme. C'est là ce que TournefortappeUe un précipice horrible. Il débute ainsi par une exagération, à laquelle répond parfaitement la suite de son récit. Ce Judicieux écrivain s'est un peu oublié dans la description de la grotte^* Antiparos; et il y a beaucoup à rabaUre de ce qu*il en raconte. D'autres auteurs sont tombés après lui dans des exagérations bien plus ridicules. De la plate-forme dont il a été parlé plus iiaut, on descend par un talus fort roide à environ vingt^rois mètres de profondeur, «t on arrive sur un rocher dont la partie supérieure est arrondie en forme de cul de lampe. C'est Teudroit le plus difficile ot le seul qui puisse paraître dangereux ; car si Ton glisse à droite, on risque de tomber dans des précipices sans foud.

ï>e là on descend à pic la hauteur de douze ou quinze pieds » ^veo une corde ou une échelle. Lorsqu'ona franchi cet endroit, on continue à descendre par une pente extrêmement roid« , en appuyant toujours sur la gauche, pour éviter les abîmes qui sont sur la droite ; peu à peu la pente s'adoucit, et à la moitié de cette galerie la corde devient tout . à fait inutile. Enfin, après avoir tourné . un gros rocher qui semble d'abord fermer le passage , on entre dans la salle . qui termine ce souterrain. Quoique de toutes les grottes connues celle d'Antiparos soit la plus vaste et la pins nche,

elle est cependant loia de lépoodkc aux descriptions pompeuBes qu'en ont faites quelques voyageurs ; ils semblait ouvrir le palais du Soleil , et leur imagination exaltée dépeint une arcbiueture de cristal dont les faces lisses et brillantes varient , renvoient €t mà6plient la clarté des flambeaux. « Ob se croit transporté, dit un auteur OMjéem, dans les grottes de Thétis , au Jour ées noces de Pelée. « Ce lança^e poétiK est-il celui delà vérité? doit-ii éittàm du voyageur? Mais si les prodoctim qui se trouvent dans la grotte d*Aiit^ ros n'ont pas tout l'éclat qu'on leiff sappose, elles n'en sont pas moins ialéfessantés, par les formes vatiéesd les eoûtrastes piquants que leur prâe née formation toujours incertaine, teajovR diversifiée par le hasard. Les fStièaâàÊM produites par l'infiltration des eaoxtfliibent des voûtes en pendentiCs oonîfjœs; les stalagmites que la cristallisatioii » duit par en bas s'élèvent du sol enamtant là même forme. Quelquefois lev accroissement en sens inverse, ra^ proche stalactites et atalagnûies, les joint ensemble et faroie des ookMioa qui s'achèvent et se perlectioiineat pêi à peu. La pièce la plus remarquable de cette salle souterraine est Ja snpote stalagmite qui occupe la séïei'AiAip^ ros, et que l'on nomme Taulel, depmsqœ M. de Nointei , ambassadeur de Louis XIV à la Porte, y fit célébrer la mosede minuit. Tan 167S, oomme ontappiMftd par cette inscription, qu'on y lit encore :

IIIC IPSE CURISTVS ÀBFVrt EIVS NAT4LI DIB MEDIA I«OCTI CBLEBftÂTQ MDCLXXUI

Cette stalagmite a vingt-quatre f^ de hauteur;, sa base a environ vôct pieds de diamètre. Toute cette partie a souterrain est remplie de oongélatiatf dont les formes variées présentent m espèce de décoration , et peuvent aw servi de prétexte aux peintures eiagèrées des voyageurs. Plusieurs mases de cette même substance, étendues «s longs rideaux , tiennent de leur pea^épaisseur une transparence dont on pert jouir à l'aide de quelques torches avoitenient disposées. Mais cette laoière, ou plutôt cette lueur n'a jamais aucnn éclat. Ces concrétions , quelques '

LES CTCLAUES.

qu'elles aient affectées, sont tontes tenws et opaques; leur surface extérieure, souveat mameloanée, toujours rùboteuse , usée par le contact de l'air et corrodée par l'acide qu'il coDlieot, ne peut jamais offrir uu spectacle aui ne peut être que du domaine de la féerie , et que beaucoup y sont allés ch^chet sur la parole menteuse des voyageurs qu'ils ont eu la patience de lire et la simplicité de croire (1). Jusqu'au temps de I ambassadeur de Nointel, personne n'osait plus descendre dsDS ce souterrain, que les Grecs n'avaient connu euimémes que fort tard , et qui était redevenu ignoré depuis des siècles. Depuis 1673 il a été fréquemment tisité; mais il n'est encore qu'incomplètement connu ; la dernière salle est environ à deux cent cinquante peàs de profondeur per pendicufaire : mais on dit qu'elle n^est pas l'extrémité de ce vaste souterrain, qui s'étendrait sous les eaui josqu'ani fies voisines (2).

IlB de SIPHIfOS.

L'Ile appelée anciennement Siphnos ou Siphanos, a été nommée par corruption Siphano, Siphana ou Sipbanto.

Elle aTaituQj-té aussi dansTantiaulCé les noms de Meropia et d'Acis; elle reçut de Siphnos, fils de Suoius, celui de Siplinos, qu'elle porta depuis. Elle est située à l'ouest de Paros, ei elle a selon Pline vingt-huit milles de circuit; mais des géograplies modernes lui donnent jusqu'à quarante milles de circonférence. L'Ile de Siphnos jouit d'un climat très-gain. On y voit des vieillards de cent vingt ans. Quoiqu'elle soit couverte de granit et de marbre, elle est fertile et Ùen cultivée. Elle abonde en grains, en vignes, en fruits, en huile, et en gibier. On y recueille une soie très-recbercbéfl. Elle était célèbre autrefois par ses mines d'or et d'argent ; mais à peine sait-on aujourd'hui oii

(i) CboiHul-GDarSer, Fojtagt, t. J, p. iiS

ir la rimille grecque qui li pouédail, et qui lui a cette te* tilres de propriélé, alors qu'il élut minittre plénipolcnliure de Trance eo Grèce.

elles se trouvaient. Le plomb y est aussi fort commun. On y faisait du temps des anciens, avec une pierre molle particulière à nie, des vases qui supportaieut très-bien le feu. Les gobelets (noniais < de Siphnos étaient aussi fort recherchés. L'ancienne ville de Siphnos s'appelait Âpollonia: die était située sur la tilte nord-est, vis-à-vis d'AntJparos et du rocher de Prépésiathos, aujourd'hui Despotiko. Il n'en reste plus rien. Tournefort signale pour toutes ruioes, dans celte lie, les restes d'un temple de Pan , et quelques sarcophages çà el là dispersés. La ville actuelle, appelée Kastro, occupe l'emplacement de Vancieniie. Elle a un port, très-fréquenté au dii-septième siècle. Ontre le port de Castro, OL deValhi,' Au siècle

filusieurs t uée à 5,0' de couvem un grand i l'Archipel gion veuai Son bis Cyclades.

nous trou cette Ile, tt avant J.-C

temps de Polycrate, tyran de Samos.

Des Samiens exilés étaient venus s'y réfugier: mal reçus par les Siphniens, ils leur Qrent la guerre, et les mirent à contribution. Puis leurs mines d'or et d'argent furent détruites par une inondation. Ils avaient refuse de payer la dlme à Apollon Delphien : le dieu les ruina par cette calamité. 11 parait que les Siphniens étaient de mauvaise foi envers les dieux comme envers les liommes ; lufvidïtiv signifiait manquer de parole. Le plus haut sommet deVtle s'appelle l'Hagios Ilias,

Après avoir a| Romains

et aux ByzanlÎE fut con-

3uise par Sanudo lu duché

e l'Archipel. Pli fut sépa-

rée , et elle passE !!k)roma ,

puis à la famille C i posséda

jusqu'au temps __ je en Ht

la conquête. Les Gozadini avaient aussi

(i) Hérodote, m, 5^,i^:

LUHIVERS.

la seigneurie de Thermia , et Toumefort racoDte que de son temps le consul de France à Siplianto, M. Guion , conservait encore le cachet d'' A ngelo Gozadini, seigneur de Sipbanto et Thermia, qui avait succédé à Otuly de Coronia, fils de Yandoly Goronia de Bologne, qui s*était établi dans File au milieu du quatorzième siècle.

Ils de sbriphos.

Sériphos ( Serpho, Serphou, Serphanto) au nord ouest de la précédente, dont elle fst séparée par un bras de mer de 13 milles de large. Mais d*un porta Tautre la distance est de 24 milles ; Pline ne lui donne que douze milles de circuit, elle en a cependant nlus de trente-six. G*est une ne terriblement rocailleuse et escarpée; elle contient des mines d'aimant et de fer ; mais elle est stérile; il n'y vient qu'un peu d*orge et de vin. Cependant on trouve des oiffnonsfort doux et très-nourrissants, que les habitants cultivent parmi leurs rochers, dans de petits fonds humides. Ces oignons sonr l'orgueil des Sériphiens^ qui n'ont rien autre chose à faire valoir dans leur pauvrette; aussi avait-on d'eux et de leur pays l'idée la plus méprisante, a Q^and même il serait né dans llle de Sériphe, dit Origèoe répondant à Celsus, qui reprochait à Jésus-Christ sa naissance, quand même il serait né le dernier des dériphiens (1), il faut convenir qu*il a fait plus de bruit dans le monde que les Thémistode, que les Platon, que les Pythagore, que les plus sages des Grecs, que les plus grands de leurs rois et de leurs généraux. » Il ne faut pas chercher d'antiquités dans Sériphos , qui n'a jamais été puissante ni magnifique. Cependant son port est excellent ; et c'est une des bonnes relâches des Cyclades. Il n'y a dans nie qu'un bourgdu même nom, et un méchant bameau appelé San-Nicolo. Il y avait autrefois le couvent de Saint-Michel, situé au nord de l'île, dont les caloyers possédaient les meilleures terres, ainsi que le méchant îlot de Ser-

f>ho-Poulo. Les anciens prétendaient que esgrenouillesdeSériphos étaient muet

(i) Contra Cels., I. I; A p. Toumefort., 1, i8o.

tes ; de là le proveTi>e : Cest tme çrenouille de Sériphos , pour design» m sot qui ne sait rien dire.

Sériphos était célèbre par lestradîtnei mythologiques relatives à Pecsée (I).

Acrisius ayant découvert la naiwancp de Persée, le fit enfernoer avec sa mm Danaé dans une caisse, et ordonna fi'oa les jetât dans la mer. Cette caisse fat poossée jusqu'à Sériphos, où des pédKm la tirèrent de l'eau avec leurs filets, Di^ tys, qui régnait alors dans cette lie, » cueilut narfaitement Danaé et son fili Mais Polydecte, son frère, voulant épsoser Danaé , Persée, qui avait éU obU^ d'aller combattre les Gorgones, rappoiti de cette lutte la tête de Médnse, a?» laquelle il pétrifia Polydecte et les Sériphiens. Cest ainsi qu il délivras» mère; c'est ainsi que Se formèrent ki afIreKx rochers de Sériphoe.

L'histoire de Sériphos n*est pasUnne à faire. Cette île rut occupé? par w Ioniens venus de l'At tique. Elle retÊSk aux Perses l'hommage de la terre et de l'eau. Elle combattit à Salamine. Soits les Romains, Sériphos devint un lk« d'exil. L'orateur Cassius Sévérus atait été relégué par Auguste dans IDe de Crète sous Tibère. Comme cet orateir se livrait toujours à son go4t pour lîatrigue et la médisance, il fut condamaé à l'exil ; et on Tenvoyi finiraes joorssar ie rocher de Sériphos, Saxosenpkhcom" senuit (3). Sériphe passa snotessivement sous la domination des Grecs, desFranci et des Turcs. En 1700 les Sériphi^noe payaient que 800 écus pour toute cmtribution. Ltle de Sériphos est restée une des plus misérables de toat FArchipel.

ÎLB DB CIMOIjOS.

Cette petite tle, aujourdliul nomsiée TArgentière, des mines d'argent qi'a y exploita jadis, est située au sud de Sènphos etdeSiphnos,et à une lieue an n»^ de Milo. Elle n'a oue dix-huit miUes ot six lieues de circonférence. Le sol, exutf" mement aride, est dépourvu de sowt»; on n'y trouve que de l'eau de dterae, ou celle qu'on va chercher à Milo. La

(i) Apollod., n, 4; Pheree.» Fk-., s€; At* notons de V Antiquité, I. Vm, c s.

(2)Tacil., Ann.flV^^u

LES CTCLADES.

monts, les vallées et toute la campagne, dépouillés d*arbres, n^offrent pas un seul ombrage cootre les ardeurs du soleil.

Les VénitieDS pendant leurs guerres contre iés Turcs coupèrent tous les oli- Yîers , et causèrent un dommage îrré* parable à Ttle. Ce ne sont partout que collines hérissées de rochers, dépouillées de verdure, des vallées où croissent de tristes arbrisseaux et des buissons épineux. Elles sont la plupart couvertes d*une argile blanche et grasse, que les anciens appelaient ia terre cimolée et que les habitants emploient en guise de savon, pour blanchir leur linge. Il n'y a qu'un pauvre village dans TArgentière et une population évaluée au sImIc dernier à cinq cents personnes. Onn^ysème de l'orge et du coton qu'aux environs du village : la vigne n'y fournit des raisins que pour manger ; le vin vient de Milo. « Cette lie est devenue tout à fait pauvre, dit Tomefort, depuis que le roi ne souffre plus de corsaires français au Levant L'Argentière étoit leur rendezvous ; et ils y dépensoient en débauches horribles ce qu'ils venoient de piller sur les Turcs : les dames en proQtoient; elles ne sont ni des plus cruelles ni des plus mal faites. Tout le commerce de cette Ile roule donc sur celte espèce de galanterie sans délicatesse qui ne convient qu'à des matelots (1). » Cimolos avait été appelée Échinuse , l'île aux Vipères; on n'y voit plus aucun reptile de cette espèce.

Il n'est pas fait mention de Cimolos dans l'histoire ancienne. Cette Ile a toujours suivi la destinée de Mélos. Dans le renversement de l'empire des Grecs par les Latins , Marc Sanudo la réunit au duché de Naxie. Elle se trouva ensuite enveloppée dans la conquête de l'ArchipHel parBarberousse. Les Musulmans n'osèrentl'habiter, par la crainte des corsaires qui la hantaient; mais tous les ans les habitants de l'Argentière payaient mille écus de capitationau capi tan-pacha, outre les présàits que ses agents leur extorquaient. « Pendant mon séjour en ce pays, dit Savary , j'étais logé chez M. Brest, vice-consul de France. C'est un homme de beaucoup d'esprit; il a un

(ij Toumef., I,p. i4a; Savary, Lettres tur la Grèce, p. 35i.

caractère ferme et une Ame généreuse. Il connatt parfaitement tous les ports de la Méditerranée, et a servi souvent de pilote aux vaisseaux que la France envoyait dans ces parages. Il s'est fait adorer des habitants, en les sauvant du pillase des corsaires, et en intercédant auprès des ofBders^que le grand amiral envoyait pour les mettre à contribution. Aussi peut-on le regarder comme le roi de l'île, comme le chef de cette petite république. Cet honnête homme, qui haSite 1 Argentière depuis plus de quarante ans , s'y est établi. Il a deux fils, qui ont beaucoup navigué. Ils sont bien élevés, bons marins, parlent parfaitement le français, l'italien, le grec, le turc et paraissent dignes de succéder à leur père ». Ils lui ont succédé en effet ; ils on t même agrandi leur petite principauté, pour ainsi dire , en s'établissant à Milo, ou les Brest représentent encore honorablement la France, comme les Albv à Santorin. 11 y a dans les Cyclades plusieurs familles consulaires françaises ou italiennes, dont la situation, relativement très-importante, rappelle, sauf les différences des temps, celle des familles féodales du temps des croisades. Les gens de l'Argentière, qui sont bons pilotes, ont arboré l'étendard de la Croix pendant la guerre de l'Indépendance.

Ile de mblos.

De l'Argentière on voit à découvert l'île de Melos (1) (MfjXo^ ) , (]ui n'en est éloignée que d'une demi^lieue. On la nomme actuellement Milo ou le Mile.

On voit dans Etienne de Byzance et Festus (|u'elle fut appelée ainsi par Mélos, navigateur phénicien. D'autres veulent que ce nom lui ait été donné à cause des meules à moulin qu'on y trouve en fort grande quantité. Le nom de Byblos, qu'elle a aussi porté, atteste encore l'occupation de cette Ue par les Phéniciens. On la désignait encore aussi quelquefois par les noms ou épithètes de Zépnyria , Mimallis, Siphnis et Acytos. Cette Ile a presque la forme d'un arc fortement tendu. Pline dit qu'elle est la plus ronde

(x) Dapper, Descript., p. 358 ; Tournef., - 1, 145 ; Savary, Lettres, p. 356; Choiseul- Gouffi«:r, Ij i4; De Prokeich , Fiedier, Leake,elc.; Expédition de Morée, m la.

474 LTNIVERS-

de toutesles tles. Elle a en? iren soixante filais tous ces débrii ivlgiiresBeni

milles de circonférence. Dans sa partie rien auprès du cfaeC-d œuvre de sol^

méridionale elle est dominée par deux ture antique qui poite le doo de Voçs

hautes montagnes, dont la plus élevée de Milo, et que possède notre né

s'appelle le mont Saint-Élie et Tautre le national. Cette statue fut troaTéeji

mont Calamo. Son port est le plus beau im paysan grec qui bêchait dans m j»

des Cyclades. Il s*ouYre vers le nord- din situé à cina cents p» mmùi

ouest, s'avance dans les terres, en for- l'amphithéâtre. Udéeoa.TnteannËi

mant diverses sinuosités, et s'élargit la terre une sorte de reafoocoBC^i»-

tout à coup en un spacieux bassin. Les terrain dont la coDStroctioo w»

vaisseaux de toute grandeur peuvent y fouie 4e six à hait pieds au-desma

mouiller à l'abri de tous vents, et la sol. Avant déblayé cette ruioe^ilym»

flotte la plus nombreuse s'y trouverait va pêle-mêle, et cenfusémeol cwai,

fortau large. Ausud elle a unautreport, trois Hennès,des moroeaoxdeiur»i

plus petit, appelé port Saint-Dominique, une pUntbe portant des ioscnstM! i

L'ancienne ville de Mélos était si- demi conservées, et la sutoe (te F^

tuée au fond du port , à l'est , sur les séparée en plusieurs morceau Cm

hauteurs qui le dominent. Les restes àla finde février ISSO.Upi^?^

d'antiquiteis qu'on y trouve sont : an sud qui se doutait bien qu'il «"J^

de la ville actuelle, à peu de distance de autre chose que des pi^"^^^|||;i!

la mer, et sur le penchant de ces hau- proposa à M. Brest, ajpiteoi»»*^

teurs, une partie de murs d'enceinte , France à Milo, l'acquisition de la»»

de construction polygonale , lesquels à un prix très-modique. M*^JJ"J

n'ont subi presque aucune dégradation; ment M. Brest, avant de cia^'

sur une petite montagne conique, où marché, crut devoir deœaider »^

était sans doute l'Acropole, des gradins dres au marquis de RÏTière, aa»»

de marbre blanc, et bien conservés, ap- deur du roi à CoMtantinopte^DtB^

partenant à un théâtre qui paraît n'avoir retards, qui CalUireat çoaiproo^

jamais été terminé, car on remarque en- succès de la négooiatiou et pnw

core les tenons qui ont servi pour la pose France de la possoBion de «?* jj^?^ des marbres; non loin de là quelques En effet, tandis aue le "^JJf J^

les et au-dessous un plateau sur lequel, statue à un prince &^^^^^

une partie de mur régulièrement bâti , primats de Ttle résolureot *--, n^

avait autrefois un temple. Près de là, devoir passer la statue sifft>o^^

un peu au-dessus du mur d'enceinte, la transportait à bocd ^^tm^

sont des tombeaux creusés dans le roc grec portant pavillon tore Hau u

de la montagne. Enfln, il existe au sud- tint pas pour battu; et s l''''^^^

est, tout à tait sur le bord de ia mer, sévérance et de coarage* ^t^^i$

d'anciennes ruines, qui sont probable- tour à tour la menace, '^F^f^k

ment des restes du port de l'antique les libéralités, il P^^VL^k

Mélos. La découverte de tous ces ves- marché eommenoè autrefi|tf ^

tiges a servi à déterminer la position de paysan grec, à àésai^éteei^tij^^r'

cette ancienne cité, sur une colline qui à intimider le papas qui ^^j^

regarde l'entrée de la rade, et qui est au acquéreur po«r le prince P^'-^t^

sud de Castro ou Sixfours, bourg mo- conquérir le <Aef-d'œ«fï«Ç"L5{î

(leme élevé au haut du pic qui domine sur le point de V^^^^^tTifi^

cette partie de l'île, et nommé ainsi par bord de la j0ileM» l'Eflam, ^. ^

nos marins provençaux, parce qu'il leur arriva en France après quatre ^

rappelait l'aspect d^un village du même navigation. Elle mt ^r^Zfé\

nom situé auprès de Toulon. Louis XVIII par le.marqttis dei"

L^ CYCLADRS.

elle a été ensuite déposée au musée des antiijues du Louvre, dont elle est aujourd'hui la pièce la plus précieuse. Cette statue a deux mètres trente-huit millimëtres de hauteur, six pieds trois poucet trois lifcues. Elle est d'un beau oiarbre de Paros, à petit grains , que las sculpteurs désignent sous le nom de

Srechelto. On a supposé que la déesse tait représentée au moment où elle Tient de recevoir la pomme de Paris, et oal'a Burnottimée f-'enus Fictrtx, L'absence de ses deux mains, qui n'ont point été retrouvées, empêchera toi^ours de donner une solution définitive à cetie question (1).

Pendant longtemps l'Ile de Milo a été fertile et Gorissante. Jusqu'au roilieudu siècle dernier elle produisait en abondance du bié, du vin, des fruits, et elle po&sédait enTiroQ vin^ mille habitants.

Tournefort, qui la visita en 1700, en (ait une description très -avantage use. « La terre, tans cesse échauffée par des feux souterrains, y produit presque sans se reposer, du blé, de l'orge, du coton, des vins exquis et des melons délicieux.

Saint-Ëlie, le plus beau monastère de rtle, situé dans l'endroit Iç plus élevé, est entouré d'orangers, de citronniers , de cèdres et de Qguiers. Une source abondante eu arrose les jardins. Les oliviers, rares dans les autres parties, ■ont multioliés autour du monastère.

Les vignobles d'alentour donnent d'excellents vins. En un mot, toutes les productions de nie sont d'une bonté que rien n'égale. On estime beaucoup ses perdrix, ses cailles, ses chevreaux, ses agneaux , et cependant on les achète à très -bon marche. >

A la ûa du dii-buitième siècle la situation de Hilo était bien changée. ■ Si M- Tournefort revenait à Milo, dit Savary, il ne retrouveroit plus la belle île qu'U a décrite. Il y verroit encore l'alun de plume aux filets argentés, suspendu aux voûtes des cavernes, des morceaux de soufre pur qui remplissent les fentes des rochers, une foule de sources minérales, des bains chauds, et les mêmes

{i)Sar la atut OHliiJua dt ftaut VUUixs par H. de CJarsc. Voyez amti U notice de M. Quatremère de Quiacy ; M. de Marcelliu, Sou.enlr,,ie rOrunl,t. I, p. ï3i.

fenx qui de son temps échauffaient le sein de la terre et la rendoient si féconde (1). Mais au lieu de cinq mUle Grecs payant la cap! tation (ce qui, avec les autres habitants, peut former vingt mille âmes) il ne rencontreroit aujourd'hui, surune surface de dix-huit lieues de circAnférencB, qu'environ sept cents bLibitants. Il gémiroit de voir les meilleures terres sans culture et les vallées fertiles changées en marais. Depuis cinquante ana, le Mile a entièrement changé

ferme, et qui sont eires-mémes uiïe continuation des mêmes couches qui ont donné lieu à la formation des volcans.

Les vapeurs malignes quîs'exhalent de ces immenses soupiraux infectent l'air, en diminnsQt le ressort, et reproduisent sans cesse son influence destructive.

Les parties voisines du port et de la ville, où les émanations sont plus abondantes , en ont ressenti d'abord les funestes effets. Peut-être ces feux, se comoiuniquant ainsi successivement, occu-

(i) Toureslei richeîiej géologiques de Milo et M fonnillon volcaDiqiiewtiicampléivnieDl dkrilei àhat Tournefort, et Kirtoat dans ud brlieledE M. SauviEe, Ingénieur del minei. Toirdapi Ici jlnnalei du ^l'uui , i,' une, I. X. p. 89. i'ailiclelDlitulé£>Mcr^io't^iH)tag'uiutda Uil9,niiiA.Stmv^e établit que celle ila doi) Moir la mime origiue que Ici .eoviroui de Niptes,que l'île d'iïcfaia.elque tes terrains (rachylci lotil m ti le m parai tu da ceux des cbampi |ililégréeiis.

L'UNIVERS

peront-ils toute ]a turCaee de l'île, et corrompant partout Tairqu^on y respire, flniront-ils par dévaster deux ou trois Tillages éloignés , qui jusqu'à présent n'ont pas été aussi maltraités ? » Les prévisions de Clioiseul-GoufBer se sont malheureusement réalisées; Milo est devenue aujourd*hui presaue une solitude, et sa population ne s élève pas au delà de trois mille âmes.

L'excellence du port de Mélos j avait de bonne heure attiré les Phéniciens, dans le temps où ils étaient les maîtres du commerce de la mer Egée, aue les Grecs Jeur enlevèrent plus tarcf. Mais tandis que le reste des Cvclades fut occupé par les Ioniens, M^los fut occupée par une colonie dorienne. L'an 11 16 les Minyens de Lemnos et d'Imbros , que les Spartiates avaient reçus chez eux et établis à Amycles, abandonnèrent la Laconie avec les Doriens, qui y étaient venus après la conquête du Péloponn^, et qui n*avaient pas été accueillis en frères par les compagnons des HéracHdes (1). Cette émigration, commandée par Polis et Crathœis, se dirigea vers la Crète; mais, arrivée à la hauteur de Mélos, elle y jeta une portion des Doriens qui s'y etanlirent avec Crathœis. Cest oe là, dit Conon, que les Spartiates s'attribuent la fondation de Mélos, et en considèrent les habitants comme un peuple qui leur est uni par le sang. Hérodote et Thucydide donnent également à cette île le nom de colonie lacédéknonienne.

Cet établissement dorien à Mélos subsista pendant sept cents ans. Dans la guerre médique, les Méliens refusèrent e se soumettre aux Perses, et restèrent fidèles à la cause nationale. N'ayant

S oint été délivrés par les Athéniens 'une servitude qu'ils avaient su repousser, les Méliens ne reconnurent pas fa suprématie athénienne, et ils se maintinrent constamment dans Falliance de leur m^opole. Cette courageuse fidélité attira sur eux la vengeance des Athéniens, qui ne pouvaient souffrir que oette île dorienne restât plus longtemps indépendante, au milieu de toutes les Cyclades subjuguées par eux. Déjà, au commencement de la guerre du Pélo-

rnnèse, IVieias avait bJtoBedoeBti Mélos et ravagé lUe sam povei prendre la place. QoelquesiDDécsaprè en 416, les Athéniens y ROTOfèreiti^ flotte de trente-huit galères, etatv roée de trois mille hommes conaodrf par Cléomène et Tisias. Avait ko»

mencer le siège, ccsgénnwirs avec les Méliens une coDftreoA^K

Ïmt amener aneon accemmodoMnC^ a trouve tout auloDgnpportéete Thucydide (I). « Pourdoowrleaé leur tour possible à notre "^gi^ dirent les Athéniens, partownij»

cipe dont nous soyons TraJoest »

vaincus les uns et les aotr», rftop»

cipe que nousconnaissoiilMitjKv l'employer avec des gfns^le«M^ sent aussi bien qoenoos:^eA^»

affaires se règlent entre l«^^ les lois de la justice, (nuM""*?* nécessité les oblige à s'y tavm mais que ceux qui Femporteiittipsance font tout ce qui «^^^^ et que c'est au fadWeà ^-7^ ne craignons pas nonpte,»»^ plus loin, que la proteclipD(fi»«M»

abandonne. Dans nos pw^P.^ nos actions , nous ne dws «^T de l'idée que les hommes ooteo»»^ la divinité ni de la condBileg«««J nent entre eux. Nous «f** » j!^ l'opinion reçue, qw to*f '^"^

savons bien claireroertqMl»»""^ par la nécessité de la Mttffe.^

partout où ils ont la m- y ^ pas une loi que noosayo»!^^ n'est pas nous qui les ^^fL sommes appliquée dans la»?|l en profitons et nous w «rTS aux temps à venir : noos se"»" sors que vous , et qui çie.«W^ la puissance dont nous jouisso».

driez la même conduite.»* ^ de la force, dit à ce ?m»!^^ a été rarement exprimée ^^^ aussi nette. Au reste, ^Ir^^ beaucoup de raison, f^^^^^f»ce dialogue ait réellenienUi «^ |^.

cydide a p«it-étre voelo rMoff» ^ mules, en maxfmes, /a PJrlies

alors était instinctivement deux partis. Cest préct^^^^o^ faits oour lesaueis Denw d H*'

(i) Raoul Rochette, Coi, Greeq,, ni, Sg. (i) Thucyd., V, B5.

LESCTCLAMS.

lut reproche d^aroir à dessein ealomoié la ville qui l'afait exilé (1). »

Après ces pourparlers inutiles, les dbeu athéniens co'mmencèrent les opérations du siège; mais les Méliens renversèrent leurs travaux. Enfin, Philocrate avant amené un nouveau secours d'Athées , les insulaires âirent obligés de se rendre à discrétion. On délilM^ra à Athènes sur leur sort, et rassemblée du

n»le, réalisant les effroyables théories es dans la conférence, condamna tous les Méliens à mort. Ce fut Alcibiade qui fit passer cet horrible décret Tous les habitants de Mélos furent massacrés, excepté les femmes et les enfants, que Ton mena en esclavage en Attique.

Les Athéniens envoyèrent une colonie , composée de cinq cents de leurs compatriotes ; mais cette colonie, établie par la violence, ne demeura pas longtemps à Mélos ; et les enfants des Méliens , gui avaient grandi dans resciava(;e, furent rétablis par Lysandre , aussitôt après la guerre du Péloponnèse, dans la possession de Hle qui avait appartenu à leurs pères. Mais il faut bien qu'Athènes Tait reprise plus tard, puisque les médailles de Mélos portent toutes la chouette ou la Pallas athénienne.

Mélos eut ensuite le même sort que les autres Cyclades » c'est-à-dire qu'elle tomba sous la domination des Macédoniens, puis des Romains (2) , et enfin sous celle des empereurs grecs. Marc Sanudo joignit cette lie au duché de Naxie, en 1207. Elle en fut ensuite détachée par Jean Sanudo , sixième duc de l'Archipel , qui céda cette tie au prince Marc , son frère ; celui-ci la donna pour dot à sa fille Florence, qui épousa François Crispo. Ce Crispo , qui descendait des anciens empereurs grecs , s'empara de tout le duché de Naxie , en faisant assassiner Nicolas Carcerio, qui en était le neuvième duc. Milo fut conquise par Barberousse , et réunie à l'empire ottoman , avec tout le duclié de rArchipel, en 1637.

Sous ce nouveau régime , Milo continua à prospérer. Les Miliotes, qui étaient

'i) V. Doruy, Hut, Grëc/fuê , p. 353.

(a) Yoyez , sur le nombre et rimportance des Juifs établis à Mélos sous les empereori, Josèphe, Jn(. Jud., XVIi, 12; Bell, Jud., a, 7.

boM matelots, servaient de pilotes à la plupart des navires étrai^ers. La domination des Turcs s'y faisait à peine sentir, et nie était devenue le rendez-vous des corsaires français qui tenaient les mers du Levant et y inqinétaientpar une guerre incessante le commerce des Ottomans. « On y parle encore, dit Tournefort, des grandes actions de MM. de Benneville Téméricourt, dn chevalier d'Hocquincourt, du marquis de Fleuri, d'Hugues Cruvelier, du chevalier d'Entrechaut, de MM. Poussel, L'Orange, Lauthier, et autres qui amendent leurs prises dans cette île , comme à la grande foire de l'Arclûpel. Les marchandises s'j^ donuoient à bon marché , les bourgeois les revendoient à profit , et les équipages des vaisseaux y consommoient les denrées du pays. » En 1677 un Miliote, bon corsaire , appelé Jean Capsi, se rendit mattre de l'Ile, et fut accepté par ses compatriotes comme juge et chef; cette espèce de règne dura environ trois ans. Les Turcs» qui avaient à recommencer sans cesse la conquête des lies de l'Archipel, parurent en 1680 dans le port de Milo. Avec un peu de ruse le capitanpacha sut attirer dans sa galère Jean Capsi, que la bonne fortune avait étourdi. Dès qu'il se fut livré, le capitan le fit charger de chaînes , et quelques jours aprâ on pendait à Cons^ tantinople, à la porte du bagne > le petit roi de Milo (1). Depuis cette époque les Turcs surveillèrent cette lie avec plus de soin, et la traitèrent avec plus de rigueur. Savary croit que c'est au despotisme de la Porte et à sa police détestable qu'il faut attribuer la destruction de Milo. 11 se trompe assurément , et la condition matérielle des Miliotes ne changea pas sensiblement depuis la tentative de Jean Capsi , avant le temps où les conditions physiques du sol et de l'atmosphère de Milo furent bouleversées. Depuis cette révolution volcanique, nie tomba dans cet état de misère que nous avons retracé plus haut, et dans laquelle elle végète encore.

Autour de Milo se groupent plusieurs petites Iles, qui en sont comme des fragments détachés. A l'entrée du port sont deux petits écueils appelés Acraries ,

(i)P. Sauger, Histoire nouvelle, p. 319.

L'UniVERS.

ks émiDences. Au nord-ouesl s*élève, comme un pain de socre, le rocher qae lea Francs appdlent Antimilo , et lea Grecs Remomilo. Paxtmadi et Prasooldi sont deux autres ties, situées en face le cap sud de Milo, qui est la pointe da Samt-Éiie ; les Peignes on Peteni et l*fle Saint-Georges sont do côté oriental. Au nord-est de Milo, et à Test de TArgentière, se trouve la petite fie de Poiysgos, appelée plus tard par les Grecs Polino, et par les Francs tle Brûlée. Il y a encore aautres petits écueils autour de Milo; mais ce n*est pas id le lieu de les énumérer. Geox qui voudraient connattre la navigation de ces parages doivent consulter les cartes marines, où tout est indiqué avec une exactitude scrupuleuse.

Encore faut-il toujours prendre un pilote grec dès qu*on s'aventure dans cette mer dangereuse de TArchipel.

ÎLB DS PHOLBGANDBOS.

Cette île , appelée aujourd'hni Policandro, est située au sud-est de Milo.

Elle reçut son nom et ses premiers habitants'd*une colonie Cretoise qui y fiit amenée par Pfaolégandms , fils de Mi* nos. L'épithète de Si8i)péa , tle de Fer , lui est donnée par Aratus, à cause de sa nature rude et âpre; en effet, Polioandro est toute hérissée de rochers. Bochart fait venir son nom du mot phénicien Phelekgundari, qui si^iifie contrée pier^ reuse. « Celte tle n*a point de port> dit Toumefort ; nous débarquâmes le 2 octobre à la cale , dont rentrée regarde Test-sud-est. Le bourg, qui en est à trois milles du côté du nord^est , assez près d'un rocher effroyable, n*a d'autres murailles que celles qui forment le derrière des maisons , et contient environ cent vitigt familles du lit grec , lesquelles en 1700 payèrent pomr la capitation et pour la taille réalle 1090 éeos. Quoique cette île soit pierreuse , sèche , pelée , on y recueille assez de blé et assez de vin pour l'usage des habitants. Ils manquent d'huile , et Ton y ^le toutes les olives

leurs est assez pauvre, et l'on n*y commerce qu'en toiles de coton. »

Au moyen âge cette île fit partie du duché de Naxie. Les ducs v construi-

sirent an château fort, Castro, nr!»

placement de randenne ville, ^flà le même nom quertle.OQT0itanR aujourd'hui quelqueB festigeBdeliW reste des Sanudo. PolicandroMÉèl autrefois quelques jolies cbapcmtgitruites en ptitie afee lei nsmëé fioes anciens. Ily sunebellegrDtkte ce lod^er qui supoortatt le Cistn. £k a sen issue vers la mer; ibû cii^ peut entrer qu'en tenpKle al», t les flots sont souvent agités a eâ»

droit (1).

ÎLB DE SIKUIOS.

Sikinos (Efxivoç, Vxi[t^,«f^^ Sikino, est située à Test (le Pljitodros. Dans le canal qui te «J*** trouvent plusieurs îlots, dantle|««JsWérable, appelé Cardiotissaig|««; être l'ancienne LagoosadeStoW-J

Lavait sur cet écueil une àam^^ dnte-Vierge , où les babit>f *J * voisines venaient en ^^^Z, de grandes réjouissanas. »w»2 pela aussi Œnoé, à cause de a wfi»

en vîn.« Il y a encore asseï demâ* Sikino, dit Toumefort, m œ*w^ ancien nom; beaucoup de figo»iPf coton. Les figues fraîdw »J^ lentes; U n'en est pas deni&wf »^ parce qu'on les passe n^^]^^.

garantfrdesvers Cettekf j«^

huit mHlesdeNio, etqf f«^ vingt-miUes de tour, s^îjjjs ouest au nord-est, assez ^"^?r^ quoique élevée en «W)Dtaptf^«^ parut bien cultivée. Le frÇjr Jf^ recueille passe pour ^\^T.^k

chîpel./Llle^eSildno"tF^sî port, mais une mauvaiseca ««W^^, ,

Surnias, située au Bud^ïjjjr^ mouille, il feut tirer l^ff'^l^ pour qu'ils soient en sa*»-.;^ ^ qui porte le même nom qnf»^ ^ une hauteur à rooest.sod^?> près d'une roche effroyaWeJ»^ et semble tomber dans la m^

est dominée par deux («««"JSrf*'^ cienne vUle était sur le p«J0»J^ ^ montagne septentrional. ^î ^iplt la mer, on voit les restas <»«■

(OVpyez a.n.Bo^k«^^,,r quatre inscnpnoittdcPno*^"'

LES CÏCLA.DES.

d'Apolkin-Pytbîen sur lequel M. Ross a savaniDieiit disserté (1).

Cette île avait reçu son nom de Sicinas, fils de Tboas, fils de Bacchuset d'Ariane. Après la massacre de tous les hommes de Lamnos par leurs femmes , Thoas, sauvé par Hj^psipyle, se sauva dans rtle d'CEnoé, où il fut bien reçu par la nfinphe qui l'bE^ilait. Il eu euC un fils, appelé Sieiaus , qui donna son nom su pays. Sikiaos n'a pas d'bistoire {MTtietiliere; elle eut le sort de toutes les autres Cyclades. Autreizième siècle elle fit partie'duducfaédeNaxie. Ellefutensiiite réunie b l'empire Ottoman. En 1700 elle était encore très -fréquentée par descorsaires français, dont plusieurs ■'t éUieutélablisetj' avaient pris femme, malgré les défenses du roi, qui avait ordonné que nul de ws sujets ne se marierait dans le Levant sans la permission de son ambassadeur ou de quelqu'un de sesdélégués. Danstes^eires desAusses Sikino, ainsi que Poliesndro . fui ravagée nardes pirates, et tomba dans Is nninrable état où la vit Choiseul-GoufQer, et où elle se trouve encore. Elle ap^rtieat aujourd'hui su royaume de Grèce.

Ilb d'ios.

L'tle d'Ios, aujourd'hui Tfio, avait été appelée primiti veulent Fhœnice;

auand les Ioniens s'v établirent , ils lui onnèrent le nom d los. Elle est située à vingi-quatre milles au sud de Naxie, à litiit milles à l'est de Sikino, à trente milles BU nord de Théra ou Santoiin.

Nio a quarante milles de circonférence ; elle est montagneuse et surmontée de deux principaux sommets. On y voit plusieurs bons poils : celui qui est audessous du bourg sur ia côte sud-ouest est un des meilleurs de l'Archipel ; vers l'est est le port Manganari, qui peut aussi recevoir les plus grands vaisseaux. le territoire de Nio est bon pour les céréales; mais l'Ile manque de bois et d'huile. An temps de Touroefort elle était assez bien cultivée. L'ancienne ville d'Ios occapait probablement le même terrain que le bourg actuel, c'està-dire sur la hauteur, à quelque dislance

(i^ Dans le Xiintil. 1S37, n" loi, Uebtr dtn Ttmpei dea ApoUo Pytiàusi lùeckh, Inicr. Gracq., II, 3*47.

de la marine. On lit en effet dans la vie d'Homère que les habitants d'Ios descendaient de leur ville pour donner des soins à ce grand poète, qui était tombé malade dans leur port. C'est &

ce tombeau d'Homère dans l'Ile d'Ios.

Ce dernier ajoute qu'on y montrait aussiceluideClyméne, sa raère,qui était née dans cette lie. Du reste, los était aussi du nombre des sept villes qui se disputaient l'honneur d'être la patrie d'Homère: et Aulu-Gelle prétend qu'Aristote a écrit qu'il était né dans l'Ile d'Ios (3). • Quoi qu'il en soit . dit Tournelort, nous cherchâmes inutilement les restes de ce tombeau autour du port; on n'y voit qu'une excellente source d'eau douce, qui bouillonm , au travers d'une auge de marbre, â ur pas seulement del'eau salée. >

L'uni VERS.

Pendant Foccupation des Cyclades par les Russes, lors de la guerre de 1770, un officier hollandais au service de la Russie, ayant eu occasion de dél>arquer à Nio , y fit quelques recherches , et en rapporta quelques marbres. Puis toutes les gazettes du temps annoncèrent que le comte Puscb van Krienen avait retrouvé le tombeau d*Homère. Une dissertation publiée en 1773 par cet officier hollandais ue put persuader les savants de Pauthentidté de cette découverte , qui alla grossir le nombre, déjà bien grand alors, des bévues ou des supercheries archéologiques (1). Mais voici une tradition locale sur la sépulture d* Homère à Nio , qui vaut presque la découverte des débris matériels de son tombeau.

Elle a été recueillie par M. de Marcellus , de la bouche d*un pilote grec qu'il fait parler en ces termes. « Vous apercevez sans doute, seigneur, là bas, à 1 endroit où le rivage de Nio paraît s'avancer vers nous, un petit tertre couvert d'arbrisseaux. C'est le tombeau d'une vieille femme qui vivait il y a bien longtemps ; elle avait une petite maison, loin du village, où elle s'était retirée avec son fils. Les forbans pénétrèrent une nuit dans la cabane; ils égorgèrent la mère, et ils crevèrent les yeux du fils. Après leur départ, cet nomme, malgré sa cruelle blessure, eut le courage d'enterrer sa mère à l'endroit oue vous voyez. Puis, quittant son lie, il alla mendier partout l'Archipel. Comme les aveugles aiment la musique , il apprit à jouer du théorbe, et il composa des chansons qu'il répétait dans toutes les villes de la Grèce. Ceux qui les ont entendues disent qu'elles sont plus belles oue celles du pauvre Riga , et Petraki ae Lesbos n'est si fameux aujourd'hui que parcç qu'il les sait et les chante presque toutes ; cet aveugle devint vieux , et cependant il chantait encore. Enfin il mourut; on dit qu'il a voulu être enseveli là, près de sa mère, dont nous venons de dépasser le tombeau (3). »

(x) Voyez dans les Kteine Schrifun de Welcker deux articles sur cette préteudue dé- «*ou verte : Grab unâ SeUuU Homers in Jos, und dig Betrugcreien des Grafen Pusch van Krienen , t. III , p. »84.

(a) M. de Marcellus, Souvenirs de CO- ^ient , I, p. a73.

Comme les autres G]fcyei,l^ii)f* partlnt successivement aux Àthêoias, aux successeurs d'Alexandre, lui Romains et aux empereurs grecs. Apèii conquête de Constantinople, a UOt, Marc Sanudo la léimit à sondoebéè Naxie. Cette Ile n'en fotdémenbRefi par Jean Crispe, douzième due, fb donna au prince Mare, 8onfrèn.CepniK fit bâtir un château fort, sur latoteur , à deux milles au-dessus dsput pour protéger Nio contre les pinia^ les mahométans. Puis, foyant oue ks terres de l'île, quoique natumwMj fertiles, demeuraient incultes tatej laboureurs, il y attira des ôtfws «• banaises, qui la repeuplèittî.R»f« ensuite entre les mains de bôwnsanî, par le mariaee d'Adrlea^Sa»

fille unique du pnnce llarc,i« w?

Pisani , noble vénitien. A|irfl]oKfr tionde BarberoussedansFArAyl,»

se soumit aux Ottomans, l«7.Eii>'« ses habitants payèrent î,000«»«*

Eitation, et 8,000 pour la ti»rt»

.'excellence de ses poits es fcuoto»

dezvous des corsaires et de ar«MW

chrétiens : aussi \t&1^i^^mZ ils la Petite-Malte. On n'o*nj»«J dans Nio, dit Toumefort, l« ?«»

actions des chevaUers d'BM?"»?" et de Téméricourt, oui W »»« mal aux Turcs danslagstf^J^*;^ die(l). Le célèbre TouriiaettWf; mières armes sous les "^Jîg^ valier d'Hocquincourt. I^JÎr^ Nio passaient, avec ceux de Mi»'^ être les plus habiles de tort ^^ Choiseul-Gouffier vante le» ««SS veillantes et hospitalières des la»»^ de Nio, qui aujourd'hui encore «^ des plus joUes et des plus «P«f villes de la province grecque <»k

clades.

ÎLE d'àmoboos.

Cette tle a été appelée ^^^, Hypéra, Patagé ou Platagé, P^ Psychia, Amorgos, Mofgoou wj^ Elle est située au nord-est de^^.

sud-est de Naxos, à ^^^^J^ hii viron de chacune «relies. jW^fedonne quatrO'Vinffts milles ^^^ rence, ce qui paraît exagère; ■*•

(f) Voyez leP. Sauger.p.»!^

LES CYCLADES

chiffre de trente-six milles donné par Tournefort me semble à son tour trop réduit (1).

Cette fie s*étend en longueur du nordest au sud-ouest ; elle est horriblement escarpée du côté du sud-est ; à Toccident le terrain est plus l)as et moins rocailleux : aussi ce canton s'appelait-il Catomérie. Cest de ce côté que sont les champs cultivés. Amorgos est assez fertile en huile , en vin et en blé ; on y pouvait subsister facilement : c*esl pour cela que Tibère y envoya en exil Vibius Serenus, plutôt qu'à Gyaros. Autrefois Amorgos possédait trois cités , qui sont nommées par Etienne de B^^zance, savoir : Arcesine, Minoa, i£giale, toutes situées sur le rivage occidental , dans la Catomérie. i£giale était au nord , près du port appelé aujourd'hui port Sainte- Anne, Minoa au centre, au lond du port Vathy, et Arcésina à la pointe sud.

I<îon loin d'i£giale s'élevait un temple de Minerve Poliade , dont on a retrouvé quelques vestiges. La ville actuelle d*Amorgos est à trois milles du port Vathy , bâtie en amphithéâtre, autour d*un rocher où s'élevait le vieux château des ducs de l'Archipel. Sur la droite du port on voit les ruines de l'ancienne ville de Minoa.

Le nom de cette cité, qui paraît avoir été la principale de l'île, suffit, à défaut de témoignage positif, pour nous apprendre qu' Amorgos fut colonisée par les Cretois. Plus tard elle reçut, non pas directement d'Athènes, mais de Naxos, une colonie ionienne, flnfin , en 864, des Samiens vinrent s'y établir, sous la conduite d'un chef appelé Simmias, à qui Suidas donne la qualification de grammairien (2). Cest assurément là ce qu'il y a de plus curieux dans cette indication du lexicographe. Il est à

f)eine fait mention d' Amorgos dans 'histoire ancienne. Elle partagea le sort commun à toutes les autres Cyclades , sans qu'il se soit conservé à son sujet aucun souvenir particulier. Ses habitants paraissent avoir été adonnés uniquement aux arts, aux lettres et à l'in-

(x) Dapper, p. 184 ; Tournef., I, a 34 ; Le P. SaugiT dit qu'elle n'a pas plus de cinquante milles de tour, p. i94«

(a) Raoul Rochette, Col. Grecq., UI, tSi,

81* Uwaison. (Les Cyclades.)

dustrie. Les médailles d'Amorgos sont empreintes d'un côté de la tête d'Apollon , de l'autre de la sphère et du compas. Cette tie fut la patrie du poète lambique Simonide , 6 xwv {iu.6ci)v tcoit]- -nie , qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre Simonide de Céos , que Strabon appelle 6 MeXonoiiç (1). C'était à Amorgos aue se fabriauait une étoffe qui portait le nom de nie, de même que la couleur rouge dont elle était teinte.

Cette couleur était probablement tirée du suc d'ime espèce de lichen très-commun sur les rochers de l'Ile , et qui sert encore au même usage (2).

Amorgos fut comprise dans le duché desSanudo, qui la munirent d'une bonne forteresse. Quand François Crispe eut traîtreusement assassiné Carcerio , les habitants d'Amoi^os refusèrent de le reconnaître, et se défendirent dans la citadelle ; mais ils furent obligés de capituler. Sous les Turcs cette île jouit d'une grande liberté; elle savait bien se défendre contre les pirates, qui redoutaient le courage et la hardiesse de ses habitants. « Ces insulaires, dit le P. Sauger, surpassent les Grecs de l'Archipel en beaucoup de choses. Ils sont plus grands de corps, plus hardis et plus courageux. Jls sont extrêmement unis, bien différents en cela des autres Grecs. S'il survient entre eux (]uelque démêlé, il y a dans le bourg trois vieillards qui sont comme les juges, et qui terminent su^lecfaamp tous les procès, sans que personne ose en appeler à un autre tribunal. .. Il y a dans Amorgos , dit-il encore, deux choses curieuses à voir : la première est le monastère de Notre-Dame, la seconde l'urne de saint George , oui n'est guère moins fameuse dans tout l'Archipel que l'image de Schiro (3). » Ces deux merveilles d' Amorgos sont longuement dé* crites par Tournefort et le P. Saueer, qui les ont vues dans toute leur célébrité. Aujourd'hui tout cela est bien déchu : l'île entière n'a plus que 2,600 habitants et est devenue inculte et déserte dans sa plus grande partie.

(i) Strab.y Ti, éd.; Tauchn., Il, 3S9.

(a) Tourne!., Foy. dans le Lev,, I, a33. (3) Voyez plus haut, p. 3Si ; cf. P. Sauger, p. i^, et Tournefort, I, a35.

L'UNIVERS

!lbd*àsttpàlée.

Cette tle est située au sud-est d*Amorgos, à Toccident de 111e de Gos, dont elle est séparée par un bras de mer de sept lieues. Strabon la place à huit eeots stades de Chaloia, et Pline à cent vingtcinq milles de Cadistus, ville de Crète. Il lui donne quatre-vingt-huit milles de circonférence. Astypal^ se compose de deux massifs de montagnes, réunis Tun à Tautre par un isthme très-étroit, qui à Tend roi t où il l'est le plus n'a que cent soixante- trois pas de larj^eur (l). La mer, qui vient baigner les deux (Àtés de l'isthme, forme au nord et au sud deux baies profondes. La ville est située dans un renfoncement de la baie du sud , et voisine de la portion occidentale de l'île. Elle a conservé son anden nom d'Astypalée, que les navicateurs italiens ont transformé en celui de Stampalie. Cette ville est surmontée d'une acropole que couronne un château du moyen âge. On V voitde nombreuses églises etchapelles, à la construction desqudles on a employé des débris d'édifices anciens. On y trouve beaucoup de fragments antiques et d'inscriptions (2).

Dès les premiers temps Astypalée fut occupée par les Phéniciens. D'antiques traditions, rapportées par Etienne de Byzance , font d' Astypalée la fille de Phénix, fils d'Agénor et frère de Cadmus. Astypalée eut de Neptune un fils appelé A\ioée, qui devint roi des Lélèges, et ^ui fonda des colonies à Samos et en Asie Mineure (S). Ainsi, Astypalée était un des anneaux de cette chaîne d'établissements maritimes jetés parles Phéniciens sur la Méditerranée, depuis Qr.

pre iusqu'à Gadès.

Plus tard les Cariens s'y établirent ; et enfin elle reçut une colonie dorienne de Mégare. Sous ces différentes dominations , Astypalée changea plusieurs fois de nom; elle fut appelée tour à tour Pyrrha, Pylœa, et la Table des Dieux ou 6e2)VTfxi9utat parce qu'elle était COU verte de fleurs , dit Etienne de Byzance. En effet 9 cette île est d'une grande fertilité.

(O Ross, R§hen,y n, 56.

(a) Bœckh, Inscr, Gracq., 9483-a5oo.

(3) Pausan., VII, 4, t ; Ro»i, p. 58 } Raoul Rochelle, Coi. Grecq,, 11,227.

On V nourrit d'excellenls chcrm,* on y fait une pèche considénble. Ln escargots d'Astypaléc étaient trtt-r^ nommés chez les ancieDS. On s'en »^ vait pour les maux de gorge, les n^ dies de Testomae, rbémoplvàeetpov certaines maladies de femmes (1).

Astypalée n'a pas d'histoire pati»

Hère dans Tantiquité. Elle fut la pttk de l'athlète Cléomède. « Céliii. H Plutargoe , un homme d'noe tailie i d'une force extraordinaires, maissojetà des accès de démence etdefoRsr.f»' dant lesquels il 8*était souTeot poftèi des actes de violoice. Un joui otn dans une école d'enfants , et iw^ P^ le milieu, d'un coup de pon^'^^i lonne qui soutenait leeoiDl))c;ieloo s^écroula, et tous les enfantsfowjj^ ses. Cléomède voyant qn'on «^ après lui, se jeta dans on stand wR qu'il ferma , et dont il tint le mm si fortement que plusieurs pg«Pflj en réunissant leurs efforts, m |Wv venir à bout de Tarracher. D^'"J* ser le coffre; mais onn'ytwBnp»

l'homme, ni mort ni ?if. L'étoootftf fut extrême, et Ton eoroya conanj rorade de Delphes. Voici «fJiitt pythie : Cléomède (TÀstypol^^^^ demUrd€shéros{2).^0ïi\vi^^ autels. Achille recevaitanssii.W^ des honneurs divins. . ■.

Au moyen âge Astypalée f a*»

été ruinée par les ravages àj&y^^ restaurée par un noble véoiwa^ Quirini, qui s'y étabUt ao com»»»:

ment du quinzième siècle (J); «^ prit le titre de comte d'AstfpWi^ Mtineas, comme le porte u*"?^ tion de 141 8, qu'il fit graver sur U»J pelle de son château-fort. ««T .jî typalée fut conquise par ^^'^^ se souleva pendant la P**"*^^ j^ pendance; mais elle ^^r\g.

Porte par la conférence de Londi««r

nxa les limites du royaume gr» 5^ fait partie du liva de ^^^lt Astypalée (182S) que périt lï»JJ Bisson, lieutenant de ▼a«»»r^ marine firançaise. Bisson at»

(i)Plin.,Vni,59,a;XXÏ»*'''' aa;43, 3.

(ai Plutarq., Rom^f a8.

(3) Ross, Iiueà',, p. 59*

LES CYCLADES

S ris sur ce petit bâtiment , et avec six oinme8 d'équipage seulement, dans le port de Maltesana a Astypelée, par deux trattes (longs bateaux), montés chacun par une cinquantaine de pirates. Bisson, après une défense désespérée , préféra ^ faire sauter avec son navire , plutdt que de tomber aux mains de ces bri^ ^nds (1).

ÎL£ d'ànaphé.

Anapbé fut appelée d'abord Membliaros, du phénicien Membliarès , l'un des compagnons de Cadmus dans ses voya-

fes entrepris pour rechercher sa sœur lurope. Anapné fut donc, comme tant d'autres îles de l'Archipel , occupée primitivement par un établissement phénicien. Bochart fait même dériver ce nom d'Anaphé d*nn mot phénicien oui signifie ombragé, obscur, à cause des forêts épaisses et touffues qui, au témoignage d' A pollonius, couvraient alors cette île, aujourd'hui toute pelée. Ge-

f rendant les Grecs revendiquent pour eur langue l'étymologie de ce nom, et prétendent qu Anaphé vient d'dva(pa(vetv , comme D^los de StiXouv , parce que cette tle s'était un jour subitement montrée, s'élevant du fond de la mer. De nos jours cette Ile s'appelle indistinctement Nanfio , otr Anaphi. Elle est située entre Astypalée et Tnéra , mais beaucoup plus rapprochée de cette dernière.

C'est une des plus petites Gydades ; elle n'a que dix-huit milles de tour. Elle est sans port; mais elle a des sources abondantes, qui pourraient la féconder si elles étaient employées utilement. Gomme Délos, Anapné était consacrée à Apollon, qui y avait un temple , dont les restes subsistent encore. « Du côté de la marine , vers le sud , en allant à la chapelle de Pïotre-Dame du Roseau, on voit sur un petit tertre les ruines du temple d'Apollon iËglète , ou brillant de lumière. Strabon , qui parle de ce temple, ne dit pas à quelle occasion il fut bâti ; c'est Conon de qui nous l'apprenons : suivant cet auteur, la flotte de

(x) Uabbé Pègues, Histoire de Santorin, p. 635.

Jason revenant de la Colchide fut battue d'une si furieuse tempête, qu'on eut recours aux prières et aux vteux.

Apollon vint de fort bonne grâce au se cours de tant de héros; la foudre, qui tomba du ciel , fit sortir du fond de Ja mer une tle pour les recevoir. On y dressa un autel à Apollon, sauveur des Argonautes ; ce dieu fut remercié parmi les verres et les pots; Médée et les dames de sa cour firent les honneurs de la fête ; le vin et la joie leur inspirèrent de.belles saillies, « et surtout, dit Conon, on ne manqua pas de railler les héros , saut doute sur la peur qu'ils n'avoient pu cacher dans la tempête. Les héros de leur cêté n'étoient pas muets. Toute la nuit se passa en railleries piquantes. Je ne sais qui laissa par éorit cette histoire dans Anaphé. Mais Conon assure gu'après que cette tle fut peuplée, les abitants en célébrèrent tous les ans l'anniversaire; on y sacrifioit à Apollon : le vm n'y étoit pas épargné , et , suivant l'esprit de l'mstitution, les plaisanteries n'y étoient pas non plus oubliées : les Grecs sont admirables pour s'escrimer à ces jeux d'esprit. Les ruines de ce temple consistent en quelques morceaux de colonnes de marbre qui en indiquent la situation ; on y voit une belle architrave de même pierre, sur laquelle il^ a eu une inscription fort longue; mais elle est si usée, qu'à peine connoit- on qu'il y ait eu des caractères sur ce marbre. On a bâti à queloues pas de là une chapelle des débris au temple; la carrière de marbre en est tout proche , du côté de la mer, au pied d'une des plus effroyables roches qui soit au monde , et sous laquelle est oâtie la chapelle de la Vi€Hrge. On voit aussi dans ce quartier les ruines d'un bel édifice de marbre, qui ne parott pas de la première antiquité, mais au temps des ducs de INaxie(l). »

J^anfio est en effet une des lies qui firent partie du duché de l'ArchipU.

Jacques Crispo, douzième duc, la donna en apanage à son frère Guillaume, qui y fit bâtir Ta forteresse qu'on voit sur le rocher qui domine le bourg. Après la mort du petit duc Jean- Jacques , son

(x) Toumefort, Voyage du Levant, I, p. 276.

LTJWIVERS.

neveu Guillaume defiut duc de Naxie.

Sa fille unique, Florence Crispo , resta dame de Nanfio , et 111e ne fut réunie au duché qu*après sa mort.

Sous les Turcs les Nanfiotes payaient en 1700 cinq cents écus pour toutes sortes de droits. Population pauvre et paresseuse, tout leur négoce consistait en oignons, en cire et en miel. Ils cultivaient assez de vignes et de blé pour leur consommation. Mais presque partout on ne voit que des chardons et des épines , sur une terre excellente de sa nature. On prétend que cette terre est mortelle aux reptiles. Pour du bois, ditTournefort, je ne crois pas qu'il y en ait assez pour faire rôtir les perdrix que Ton y pourrait manger. On en détruit les œuts au printemps pour préserver la moisson. Malgré cette précaution , ces oiseaux y sont en prodifieuse quantité. La race en est ancienne, iles sont venues d'Astypalée. SMl faut en croire Athénée , un habitant de cette tle n'en porta au'un couple à Anaphé ; mais il multiplia si fort que les habitants faillirent en être chassés. Cest depuis ce temps-là peut-être qu'ils se sont avisés d'en casser les oeufs. Au temps de la guerre de l'indépendance les insulaires d'Anaphé armèrent leurs calques, et combattu'ent bravement contre les Turcs. Cette i\e fait aujourd'hui partie du royaume de Grèce, dont elle est un des points les plus éloignés.

tLB DB THÉEA. OU SANTOEIN (1).

« Le premier aspect de cette île de Santorin est effrayant. Vous êtes au centre du vaste cratère d*un volcan, dont la mer a ébréché les bords par intervalles pour se précipiter dans cet abîme sans fond. Autour de vous s'élève une noire couronne de falaises escarpées , ^tière-

(i) Tonte la partie descriptive de cet article sur Santorin est empruntée aux Frag" nunts d'un Voyagé dans T Archipel, publiés

1>ar mon confrère et ami , M. Ch. Benoit, dans es Archives des Missions Scientifiques, novembre x85o. Voyez pour Thistoire et la statistique de Santorin : Tabbé Pègues, Histoire et pfiénomènes du Volcan et des îles volcO' niaues de Santorin , in-8** , 1 84a ; De Cigalla, Fevtxifi oraTiorixi^ tyjç vYJaou Bi^paç, iu-8». 'Ev •EpiiovicoXf i , x85o.

ment rompues en trois endroite, an forment la circonférence de ce craUR immense, d'une lieoeet demie an wm de diamètre. Et au milieu de ce lae infernal s'entassent en désordre ^uelipies montagnes de lave, un péle-mêie de roches de basalte et de trachyte, que les derniers efforts du volcan onlsouiefée au-dessus des eaux , et qui sontoonine les soupiraux encore mal éteints de b

fournaise.

« Cette île, ainsi déchirée, fut powtaM dans les temps les plus anciens apfielee la Belle (KaXi((mi) ; 00 la nommait aussi nie Ronde (ItpoxYu^^ii), ce qui feraii croire que la catastrophe qui l3 ^ ainsi en plusieurs îlots, et eaalèu If centre sous les eaux, fut postsieuRS rétablissement des premières cobi^ phéniciennes. A quelque époque, « reste, que soit arrivée cette prww* révolution , il est fadie aujounn«j, à la vue des flancs déchirés df cesnlaises ,. de retrouver toute l'histolK « cette île volcanique dans ces auc^ âges mêmes dont les homiDes dob conservé aucun souvenir.

« A une époque antérieure à toute «stoire , alors que brûlait dans toute mu activité cette grande chaîne de Toto», qui depuis T Auvergne etleVi^aflUse orolonge le long des Apenniusiwws toute l'Europe méridionale «tblWiterranée, et dont les îles de m^^ Santorin furent sans doute le wj»

enfantement, un cratère, s'âewali»

fond de la mer au centre iD^^îJjïy grand bassin que forment a«j<^,"" les îles de Théra et de Thérasia, »»

au-dessus des eaux, et commença a^ che Infernale. Il vomit <J'a^ -^Z^ ses considérables de laves etdeceMi»dont les couches, enserépaflda»»J tour de sa bouche, se supcrposaifw i^ gulièrement les unes sur les autiç, il forma ainsi une grande île circuBj dont la périphérie s^élevaitparttnej^ douce au-dessus de la mer, etcjJJJ vers le cratère en formant une ^ dôme d'au moins 700 mètres de »»; Le dernier efifort du Titanfot «^ jeter une pluie monstrueuse deeffjj et de pierres ponces, qui recoujni»' la surface de nie d'une couét!^ châtre, dont l'épaisseur varie de '« mètres environ. Alors le trafw ^

LES CYCLADES

création fut achevé : le volcan put rentrer dans son repos. Il suffisait désormais de Tair et de la pluie du ciel pour faire de ces débris volcaniques une terre fertile , propre à recevoir les hommes et à subir la culture.

« C'est alors que le Phénicien Cadmus, qui courait les mers à la recherche d'Europe, sa sœur, charmé par la beauté de <%tte île , y fonda une première ville, dont il laissa le gouvernement à Membliarès, son parent, pour poursuivre sa route vers la Béotie.Maiscedôme volcanique était miné. Voilà gue tout d'un coup le cratère même s'eâôndre, entraînant avec lui dans Tabîme tout le centre de J 'île, et ne laissant plus que des rebords ébréchés, tels qu'on les voit encore aujourd'hui. Du côté de l'orient, et sur les deux tiers presque de la circonférence , s^étend Itle principale deThéra, qui forme eomme un grana croissant; au nordouest est Itle deThérasia ; au sud-ouest, et entre les deux, la petite fie d'Aspro- Disi. Au milieu de ces débris de i'aneienne Calliste, la mer forme depuis ce temps un vaste canal, large de plus d'une lieue, qui se dirige du nord au sud -ouest entre d'affreux escarpements , et semé seulement au centre de quelques noirs flots d'une époque posténeure.

« Je ne fais point là une téméraire conjecture sur les anciennes révolutions de cette lie : on y retrouve en effet les traces encore toutes fraîches de sa terrible histoire, telles qu'on les aurait pu voir au lendemain de la catastrophe.

Que du centre de ce bassin on regarde avec attention de part et d'autre cette déchirure circulaire, ces falaises de Théra, de Thérasia et d'Aspronisi, qui se dressent perpendiculairement à plus de 300 mètres encore au-dessus du gouffre , et l'on reconnaîtra des deux côtés dans les flancs déchirés de ces îles une entière symétrie de couches horizontales de diverses couleurs, rouges, grises, verdâtres, noires, jaunâtres et blanches, qui se correspondent à une même hauteur et dans un ordre semblable. On De peut douter en voyant ainsi à nu ces stratifications r^ulières, qu'elles n'aient formé une seule Ile dans l'origine. — Les premiers habitants avaient sans doute péri dans cette épouvantable ruine. Une seconde colonie, 860 ans environ après

la première, vint de Lacédémone s'établir à son tour dans cette île, sous la conduite de Théras, un descendant de Cad mus. Théras , après avoir régné à Sparte au nom des enfants de sa sœur, dont il était le tuteur, quand il fallut leur remettre la royauté, quitta le pays, et, à la tête de quelques aventuriers de Sparte et des exilés mmyens depuis longtemps déjà établis en Laconie , il alfa chercher fortune ailleurs. Il s'arrêta dans l'île de Calliste, bien déchue alors de sa première beauté , et y bâtit une ville, à laquelle il donna son nom. Callistes'appela désormais Théra (CKJpa), ou le Monstre sauvage^ nom qui lui convenait bien mieux depuis sa dernière catas trophe, et qu'elle conserva jusqu'à la fin du troisième siècle. Car c'est seulement alors que l'ile, devenue chrétienne, prit le nom de Sainte-Irène , sa patronne , lequel, en se corrompant , est devenu p\ua tard Santorin.

« Mais depuis la résurrection de la Grèce, l'administration s'est montrée justement jalouse de restituer aux villes relevées leurs anciens noms. Quand on a en effet une telle histoire , on ne saurait trop faire pour en ranimer et en consacrer les grands souvenirs. C'est ainsi qu'on a relevé une ville de Sparte au pied du Taygète; et qu'on en a fait le chef-lieu de la nomarchie de la Laconie, afin qu'un tel nom ne disparût pas de la carte de la Grèce. Pareillement, comme on ne pouvait changer le nom de Santorin , on rendit du moins à la ville principale de l'île son nom antique de Thira, ou Phira {^pà) avec l'altération éolienne.

« Cette ville est située au centre intérieur du croissant, au bord de la falaise, où elle se tient suspendue comme des nids d'hirondelles au sommet d'un mur. De petites maisons blanches, et bâties en dômes ou en terrasses , semblent se soutenir en étage les unes sur les autres, et en s'accrocha nt aux moindres saillies des rochers, courent le long de la crête avec une effrayante hardiesse. On dirait que la ville, en se pressant au bord de Tabtme, craint de rien dérober à la culture de ces champs d'une merveilleuse fertilité, qui du bord de la falaise descendent en pente douce du câté de l'orient jusqu'à la mer.

LTJMVERS.

c Les bâtiments oe peuvent moaiUer au pied de cette falaise, que oooronne Phira; car à quelques pieds du roc où Ton débarque coroinence une mer sans fond. On n'y arrive qu'en canot Aubasde M morde rochers on ne trouve qu'un quai étroit de béton rompu par la lame , qui y déferle toujours avec violence, et quelques huttes voûtées en forme de tombeaux qui s*eDfoncent autant que possible sous les excavations de la montafne, pour s*abriter contre les avalanches e roches que les oraees détachent parfois de la couche frid[»le de cendres où elles étalent enchâssées. Une rampe étroite, taillée dans le flanc vertical de la falaise , grimpe en zigzag jusqu'à la ville. De là, quand le temps est sombre et que lèvent du sud-ouest soulevé dans Fablme sur lequel on est suspendu des vagues noires et bordées d'écume, c'est un spectacle à donner le vertige. Assurément il V a dû avoir en tout temps de terribles légendes sur les divinités souterraines de ces lieux.

« Les écueiis vomis do fond du gouffre où s'était jadis abîmé le centre de l'Ile, dans les convulsions postérieures du volcan, sont de différentes époques, relativement fort récentes. I^ dernière même de ces petites fies , et de beaucoup la plus considérable, n'a commencé à apparaître qu'en 1707 : on la nomme la Nouvelle ou encore la Grande Ile brûlée ( N£a ou Me-f 4X7) K(xu|jivT| ) ; elle est au milieu du groupe. Au sud-ouest de cellelà s'étend la yieiUe île brûlée (UoXaCa KoufiévT) ), dont l'origine remonte au second siècle avant l'ère chrétienne. Enfin la Petite Ile brûlée (Mixfà KoujjivTi), située au nord-est de la grande , date du commencement de l'empire romain. Les catastrophes qui ont accompagné la formation de ces écueiis sont nettement décrites dans les histoires contemporaines.

« Strabon mentionne l'éruption de la Palsea-Caïmeni, qu'on s'accorde à fixer à l*année où Philippe III, roi de Macédoine, entamait avec Rome des négociations pour la paix (01. gxly, 4; 197 av. J.C.). « Entre Théra et Tbérasia, dit-il , des flammes commencèrent pendant quatre jours à Jaillir du fond de l'abîme : toute la mer était en feu. Au milieu de cet embrasement, une tie for-

mée de blocs de lare montât pà peo, comme soulevée pur une naèm \ et avait douze stades de dreolt. ^ cet enfantem^t terrible ent eessé,la Rbodiens, les premiers, ^iétaieotalcR les maîtres de la mer, osèreotappnàff de oe nouvel écueil etv é^tmmét

Belle à Poséidon Àtphaleiot k > 0^ e fut nommée tUe Saktey Icp^àcii»

de sa mystérieuse origine. Ty dKfdBs inutilement quelques vestiges do t# élevé par les Rbodiens, je ne trooT^ (à la même place sans doate) m misérable chapelle de Saint-iys, qui sert actuellement de qnajÇ"; « Deox siècles et]de[nipiQSt3n(# ap. J. C.) , sous le règne de Qak,m second île de trachytc , la IjBwt* ment, dans une nouvelle conw»

volcan, monte à son tour sur la j»»

deux mille mètres environ aowjw de la première; on Ta nommée rik* vine (Btia), Dans les temps (p m rent , le volcan continua à aflter i»

entière, tantôt soulevant jif^J* velle montagne de lave, qw."J^.fj écueiis déjà formés, tantôtabîfliartWi la mer des plages de nie jadis »»«; maintenant submergées. Maisc«wj; vements n'ont laissé dans Ici «oj^ que des traces obscures. Sewjoj;* sait que sous le r^e delioa^^'

en 726, la plus ancienne dtfJ^-T l'Hiéra, reçutdenotaWesaocNWJw^

encore reconnaissables «^TTg^ ffest un énorme cône forme (Wi*»^

rrachyte, quis'élèveau ïïoràf^^^t Dès lors le Titan s'est-il rendoiflW|P ne se plus réveiller q«esepl«"»

plus tard? ou y euMI ^^^JZ' valle mal connu de nouvàles sew^ On ne sait. Jusqu'au mibeo ûMJ zième siècle, on n'en trouve pios «^ mention dans Thistoire. ^^ « Mais de ce moment les I»»JJ nés volcaniques se inultip^.J.*L) de Santorin. Cest, en 145^»^ un tremblement de terre qui W^ ^ des Gaïmènes, la soulève «*»J^

dessus de la mer, et en d«8^-^;

'daiB'^i»

mes blocs, qui retombent dans '^ I570,unabaisseinj^

les ruines d'Eleusis; c'est, en 1^^

c'est, en 1570, un aDauoouv-.^^^ la côte méridionale de l'île, qui^soi^.

(i)SUnbon,I, Syp. 9''

LES CYCLADES

ooorte éruption aui agrandit le cône de soulèvement que Ton voit encore au sud de la Micra Caîmeni.

« Mais les deux plus mémorables éruptions des temps modernes sont celles de 1650 et de 1707. Dans la première , on eût ditque le volcan cherchait à s'ouvrir un cratère loin de son foyer ordinaire. Après plusieurs jours de tremblements de terre (16 sept.), on vit en dehors du golfe, entre le capColoumbos, situé au nord-est de ftle de Nio et d*Amorgopoulo, monter à la surface de la mer un flot nouveau , formé de ponces toutes blanches. Ce laborieux soulèvement fut suivi longtemps encore de secousses violentes, d'explosions de flammes, de tempêtes. La mer envahit avec fureur les plages basses situées à l'est de Santorin, et y dispersa entièrement les ruines antiques de Périssa et de Camari, qu'on n'avait pas encore reconnues. Enfin, après quelques mois, ces convulsions s'apaisèrent ; mais File nouvelle a^ait disparu, ne laissant d'autres traces qu'une immense quantité de ponces, que les vents balayèrent par tout l'Arehipel. Le Titan, après cet avortement, se reposa encore pour un demi-siècle ; mais ce fut pour éclater bientôt plus terrible et plus puissant que jamais.

Le 23 mai 1707, un nouveau cratère s'ou- ▼rant soudain sur la mer, vis-à vis du cratère éteint de la Aîicra Caîmeniy se mit pendant un an à vomir sans relâche des torrents de fumée, de flammes, de cendres, de pierres rouges, qui retombaient dans la mer à plus d'une demi-lieue de là. L'ile entière de Santorin chancelait dans ses fondements ; la terre tremblait avec d'effrayantes détonations; la mer était furieuse: c'était une sc^ne de la fin du monde : on mourait de frayeur. Cela dura un an ; à partir de l'année suivante, les explosions derinrent plus rares. Une dernière éruption éclata encore, le 14 septembre 171 1 ; mais c*était le suprême enbrt de cet enfantement volcanique. Une nouvelle île de laves plus considérable nue toutes les autres , venait de sortir de la mer, toute fumante encore. C'était la Megali CaimerU. On constata, après l'éruption, que rile entière de santorin s'était abaissée; mais les falaises surtout sur lesquelles la ville de Phira est bâtie

descendirent de plusieurs mètres, comme l'attestent encore des réduits qu'on avait creusés dans .le tuf à cinq ou six pieds au-dessus du niveau de l'eau, pour servir de masasins, lesquels, à aemi noyés aujourdliui, ne servent plus qu'à remiser les barques des pécheurs. On a aussi remarqué que depuis cette époque rile de Milo, si fertile encore et si populeuse au temps où Tournefort la visitait , commença à être empoisonnée par ces vapeurs sulfureuses qui en rendent aujourd'hui le climat malsain et le sol ingrat.

« Maintenant le volcan semble éteint sous les fournaises des îles brûlées. Peutêtre cependant ne fait-il que sommeiller encore. Peut-être ces dômes de noir basalte s'entr'ouvriront-ils pour des éruptions nouvelles? Ou peut-être est-ce quelque nouvel îlot qui viendra éclater sur la mer. Au-devant delà Petite Caimeni, les pêcheurs ont observé un plateau de rochers, encore noyé sous les eaux, qui monte d'année en année. La sonde donnait encore trente mètres pour le point le plus élevé de cet écueil, au commencement du siècle : le sommet n'était plus qu'à huit mètres de profondeur en 1830,

3u'à cinq mètres en 1834. Il semble que epuls ce temps le soulèvement se soit ralenti. On remarque aussi, au sud-est de la Megali C(dmeni , une grande tache jaunâtre qui se prolonge au loin sur le sombre azur de la mer; c'est une source d'eau ferrugineuse très-puissante, qui Jouit d'une propriété singulière. Tout bâtiment qui vient mouiller pendant quelques jours dans ces eaux , en sort tout brillant, avec son doublage entièrement nettoyé de la rouille qui le salissait. On dit aussi , dans le pays , que cette source est comme Tévent ou la soupape de sûreté du volcan, et aue toutes les fois que la tache jaune disparaît sur la mer , il faut s attendre à quelque tremblement de terre. »

Si Ton détourne son re^rd du spectacle sublime et horrible à la fois qu'offre le golfe de Santorin, pour le diriger vers la surface même de Ille, cette nouvelle perspective forme avec l'autre un contraste exUraordinaire , qui produit la

f»lus agréable surprise. La vue, récréée à 'instant , s'élance avec plaisir sur les champs de vignes qui se développen

L'UNIVERS

en pente douée, pendant Tespace de plusieurs milles, depuis les bords du précipice, que Ton contemple d'un côté avec effiroi, jusqu'à Tautre rivaee, nue borde une mer parsemée d'Iles brillantes, et sur laquelle Toeil se repose dans une douce contemplation. Mais c'est surtout du mont Saint-Élie, au sud de Ttle, que le point de vue est le plus magnifique. Cette montagne a environ sept cents mètres de hauteur. A l'extrémité de sa eroupe, le Saint-Élie.se divise pour projeter à Test le promontoire Saint-Étienne, et au sud-ouest celui d'Exomytis. Entre le cap Saint-Etienne et le mont Saint- Élie est le Messavouno, sur lequel se trouvent les ruines de l'ancienne cité de Théra. A l'ouest s'élance le mont Acrotiri ; au nord s'élèvent les monts Méro- ▼igli et Kokkino- Vouno. Ces montagnes dominent quatre belles et fertiles plaines, couvertes de vignobles, que l'on appelle La plaine de Messa, celle de Mégalochorio, celle d'Emporion, et celle d'Êpanomérie^

La terre de Santorin est d'une nature toute particulière : « Pres€[ue partout le sol est formé d'un tuf épais de |)onces assez dur à entamer. On croirait d'abord que cette terre ne saurait jamais rien produire ; mais quand on l'a péniblement défiricbée, elle devient cendreuse, légère et excellente pour la vigne. C'est que ces pierres spongieuses au temps même des plus grandes sécheresses conservent encore à un décimètre de profondeur une certaine humidité suffisante pour les petites plantes. Point de haute végétation sans doute ; je n'ai ▼u partout que des arbres chétifs et rabougris, excepté à la ville pourtant, où l'on trouve Quelques beaux oliviers, des figuiers et des cyprès, qui n'y grandissent qu'à force de soins. Mais en pleine terre, la visne, l'orge, le coton, viennent à merveille. Cependant la culture du coton et de Torge diminue chaque année : c'est la vigne qui envahit tout. A peine aujourd'hui récolte-t-on assez de coton pour la consommation de l'île, et assez d'orge pour nourrir seulement le quart de la population. Hors le vin, tout manque donc à Santorin ; il faut tout acheter des lies voisines : habits , chaussures, bétail, froment, charbon, lin, fer, planches , bois de construction pour les

navires et les toDoeaux, tout vient éa dehors. Parfois même, dans les tnpi de sécheresse, quand les àtemes soot épuisées et que les deux oniqunsoareâ qu'on trouve dons l'île, cachées sois u repli schisteux du Mesa-VouDO, soottiries, il faut aller chercher de ïmim a Nio et à Amorgos. La vigne ait to l'unique richesse de 111e : aussi Fy citive-ton avec le plus grand sois. la ceps sont plantés en quioconee àint pieds les uns des autres, afin qu'ils p» sent étendre leurs racines à leur i»

dans ce sol léger. Quelques-unes de»

souches ont plus de deux cents aas,^ sont encore pleines de ^P'^-'^ coupe les branches près du wk»

que année, et l'on ramène les BOirelle pousses à l'entour en fomaef*^ noir. En même temps que eà »• pèche le cep de s'épuiser en jets «• tiles, cela permet de semer dans uar valle des pieds un peu d'orge, f»

coupe à la fin d'avril, pour eaiwwrt les bétes de somme. - OndisuogKia plus de soixante espèces de ^^^^^ pèce dominante est Vassyrtim, ^ raisin noir, dont on fait leiinontoaR.

Ce vin, fort estimé en Ru»e^ peu connu , à mon aws,enOcaafl»t ressemble assez à nos bons ff» «

Rhin, ou encore au ma«*^'*?,^L ger arrière-goût de soufte.iWtfn™

surtout n'est comparable, f^ de dessert, au vinosanto\m^^ de Santorin : il se fait 8«c«»^ nommé mavro traganOf qu» j^ exposé pendant quinze jours an .

suf les terrasses des mai»°s ^^j^ le porter au pressoir. Au Dowor^

c'est une liqueur cxauise, {W^^ teuse, qui surpasse les ^^^.

voisies de l'Archipel, et i»^Jt5 cat de Samos (1). - CestprinaFJ^ aux Russes que se vendent ».

Santorin. Il s'en débite pour aflJT mille drachmes dans le seul ç^ Taganrok, au fond de la ««J^ Une quarantaine de brick*' l^*^

taine de goélettes son^^^^Sl^ lement pour l'exportanon àfo^^^ qui entretient la prospérité ûe»

marchande de ces insulaires.

(i) M. Ch. Benoit, Arclùvesdtii^^'^ I,6i6

LES CYCLADEjy.

On voit que Santorin est restée ce qu*elle était autrefois, une des fies les plus prospères du groupe des Cyclades.

On ne connaît que les noms de trois de ses anciennes cités; ce sont celles de Théra, d'Eleusis, et d*OEa. Théra était située sur la pente de Mesa-Vouno (1).

« On trouve sur cette montagne, écrivait encore le P. Richard au dix-septième siècle, les ruines d*une belle et ancienne ville. C'est un prodise de voir la grandeur des pierres dont les murailles sont bâties. Parmi ces ruines se sont trouvées de belles colonnes de marbre tout entières et de riches sépulcres, mais surtout quatre tombeaux qui ne le céderaient en rien à ceux de nos rois. Plusieurs statues taillées à la romaine gisent sur le sol, etc. » Les gens du pays parlent encore des innombrables marbres qu*on a enlevés de ces lieux au siècle dernier, statues, bas-reliefs, autels, tombeaux, fragments de corniches, colonnes entières : on en remplissait des vaisseaux. Pendant la guerre de 1770, qui rendit un moment les Russes maîtres de i' Archipel, des officiers de cette nation firent à leur tour des fouilles assez heureuses, et emportèrent sur leurs vaisseaux une prodigieuse Quantité de marbres, de bas-re- Uefs, d inscriptions (2), M. Fauvel; qui

(i) De Cigalla, p. 4x; l'abbé Pègucs, p. i3.

(a) Malgré toutes ces dévastations, on pourrait faire encore à Sautorin des fouilles trèsproductives. On T trouve des ruines de tous côtés, n y a quelques années , M. Alby, qui exerce héréditairement dans cette île, comme les Brest à Milo , la charge d'agent consulaire de la France, a trouvé dans un de ses champs une belle statue de femme drapée k la grecque , et très- bien conservée. On fa appelée la Muse de Santorin, comme on dit la Venus de Milo. Il me semble avoir entendu dire à M. Alby lui-même que c'était M. Raoul Rochelte qui avait ainsi nommé sa statue, et fait ce rapprochement si glorieux pour elle et probablement un peu flatteur. Au reste, la muse de Sautorin peut être belle sans Tétre autant que la Vénus de Milo ; elle pourrait ne pas soutenir la comparaison , et être digne de contribuer à Tornement d'un musée. Mais les lois grecques interdisent formellement Tex* portation des antiques , et il faut renoncer à respérenoe de cette nouvelle conquête.

fut longtemps consul de France à Athènes, sut encore, après tant d'autres, recueillir ici quelques beaux morceaux de sculpture, et entre autres une mère qui allaite son enfant, sujet touchant trouvé dans un tombeau. Mais on peut penser si après tant de fouilles, le sol est bouleversé de fond en comble. Ce n*est plus qu'un tas de décomores, parmi lesquels on retrouve çà et là quelque fût de colonne brisée, un bout de chapiteau ou de statue presque m^ionnaissaDle, partout aussi des fondations de quelques petites maisons aujourd'hui rasées jusqu'au niveau du sol, et qui ne laissent plus voir que leurs citernes défoncées, au fond desquelles un myrte ou un figuier croit par aventure. Quelques endroits même sont labourés et semés d'orge (1). La nécropole de Théra, dont les tombeaux sont creusés dans le roc, comme ceux de l'Egypte, comme ceux de Cvrène, colonie des Théréens , est signalée par M. Ross comme très-importante pour l'histoire de i'arcbiteeture. On a trouvé dans ces ruines de nombreuses inscriptions, mais presque toutes de l'époque des Césars. La vOle d'OEa, qui occupait l'emplacement de Camari, celle d'Életisis, qui était au pied de TExomiti, sont aujourd'hui submergées. On trouve encore deux villes abîmées dans la plaine de Périssa, une autre en ruine au cap Couloumbo , et une septième cité à moitié engloutie à l'extrémité septentrionale de Thérasia.

Dès les temps héroïques Théra était devenue une cité assez florissante pour fonder à son tour des colonies, et entre autres la ville de Cyrène, tant célébrée dans les Pythiques de Pindare. Médée s'arrétant a Théra en avait pràiit la future grandeur : « Écoutez-moi, avaitelle dit, enfants des héros et des dieux ; apprenez qu'un jour de cette terre i)attue des flots sortira la fille d'Épaphus , qui ira jeter les racines d'une cité chère aux mortels non loin du temple de Ju« piter Ammon. Au lieu des dauphins aux rapides nageoires, ses habitants lanceront des cavales légères ; au lieu de rames ils manieront le frein, et au lieu da vaisseaux ils conduiront des chars aussi vite que la tempête. Cette faveur dudes-

(i) archives des Hissions , I, 6iS.

LimiVERâ.

tin finira par rendre Tbéra la ooère de plusieurs grandes cités, etc. (1). » La prédiction de Médée se réalisa. Grynus, fils «J*i£saniu8, roi deXhéra, et dix-septiènae descendant de Tbéras, alla consulter Toraclede Delphes, accompagné de Battus, fils de Polymneste, descendant des Minyens. La Pythie déclara qu'il fallait envoyer une colome en Libye , et Battus fiit désigné pour la conduire. Mais on ne savait pas le chemin de la Lybie, et cet ordre tut n^ligé. Bientôt la sécheresse désola Th&a , et ramena Grynus aux pieds de Porade, qui donna les mêmes instructions. A lors on s'informa de la position de la Libye, et un teinturier en pourpre d'Itanos, ville de Crète, appelé Corobius , se chargea d'en montrer le chemin à l'émigration, qui partit sous le commandement de Battus. Cest dans Hérodote ^u*il faut lire les détails de cette histoire , et toute la merveilleuse légende relative à l'enfance de Battus (2), fondateur de la florissante cité de Cyrène, 631 avant J.-C. Quelle fut la ^'rtune de Tbéra dans les temps qui suivirent? On l'ignore à peu près. Il paraît qu'elle consentit, comme les autres Cyclades, à faire hommage au roi des Perses, puisque Hérodote ne la ran^

rs parmi celles qui osèrent se dérober cette humiliation. Mais n'ayant pas voulu reconnaître la suprématie d Athènes, elle resta fidèle à Sparte, sa métropole, et on ne voit pas que cette résistance de Tbéra ait attiré sur elle comme sur Mélos , le courroux des Athéniens (3). Plus tard Tbéra fut réunie à l'empire romain (4), puis elle passa aux Grecs , qui la gardèrent jusqu à la quatrième croisade.

Santorin fit partie du duché de Naxie.

Mais Jean Grispo , qui en fut le douzième duc, la céda au prince Nicolas, son frère, que Ton appela le seigneur de Santorin. Elle fit retour au duché après la mort de Guillaume Grispo , quinzième duc, lequel par son testament

[i)Pind., Pfeh,,lV,

fa) Hérodote, IV, i5o, xSg.

|3) Diod. Sicul., XII, 4», 5.

(4) I^ plupart des inscriptions et des médailles de Santorin datent du temps des empereurs. Voyez Tabbé Pègues, p. 90 et suiv.; soekh., Inscr. Grecq,, II, a446*a476.

nomma pour sueoessenileseigiieQrée Santorin, son neveu. Elle fat eDsoite»gagée au seigneur de Nio par Jaequs Grispo, diiL-septièmedacderÂTcfaipei.

qui rut obli^. d'emprunter des fiiMBOKS excessives pour soutenir la guerre eooiR Mahomet U, dans cette ùmeose Im où il était entré avec les Yénhieisctii roi de Perse. Enfin, Santorin ytwài Barberousse, sous Soliman Uft^.I^ prindpaux catholiques, la notoâ; rîle, continuèrentàbabiterdanskCfr tro de Scaurus ou Scaro, aDoesKRsidence des seigneurs de nie. Ce # teau, dont on attribue la eonstnetiffii un sénateur romain «i^é, owgji»

pointe d'un promontoire (jiBScdaKK

de l'escarpe affreuse qui fXP^ « golfe, et il semble suspendiarrîMie qui l'entoure à moiUé. Cestèasaqw s^établirent les jésuites en l^fiî,*?^ lés par l'évéque Sophiano, qoil^Q^ na la place de la chapelle duale pw y bâtir une église. Mais depuis la «»^ lution tous les habiunts de Scartj sont transportés à Phira. Aujww »

Scaro n'offire plus que des ndnes, ei k plateau qui le supporte, éWegf les tremblements de terre, «robiew* même sur le point de ^'^}^ l'abîme. Pyroos, Acrotiri, EpaooŒW anciennes vUles fortifiées cwww»

sont habitées encore ; n«« « °2 décider non plus d'une ns^^^ si leur fondation remonte àlîff^^^

Les Turcs se montrW W^ modérés envers les habitants de î)»^ rin, si co n'est en temps dcç«^'^ les chrétiens, et surtout aTecvenWi^ fit plusieurs tentatives pour ^^F^ cette île (i). . -jg

A part ces moments de cnsM»

Turcs devenaient exigeants et ngflwj^ par précaution et par <Wî?*vï^ rin jouissait d'une entière lib«ttj^ et religieuse. On n'y pap^.^l la somme de quatre mille pwaf* Jj; selon la valeur de notre nB®^"^ vait valoir à cette époque «JJ^Jf?^ ou une trentaine de mille ntfft ^^ chiffre augmenta ensmie q""**^ espèces, il nefitqucrepréseDW«^ la somme primitive quant a ^^^

trinsèque. Aussi Santorin (i)UabbéPègucs,p.597-

eutdeliP»^

LES CYCLADES

à prendre part à rinsurrection contre les Turcs. Les catholiques y formaient alors le tiers de la population. Satisfaits de la tolérance des Turcs, ils redoutaient plutôt quMls ne désiraient de voir le triomphe de la cause hellénique. Chose singulière! autrefois les Grecs, en haine des Latins, qui les dominaient, s*étaient jetés d'eux-mêmes dans la servitude, en contribuant presque partout à favoriser les progrès des Turcs. Aujourd'hui c'étaient les Latins qui aimaient mieux rester soumis à la Porte aue de voir les Grecs s'affranchir et rétablir leur suprématie. Mais la population grecque s'était prononcée ; et les catholiques se soumirent par crainte des violences dont ils commençaient à être victimes. Aujourd'hui Santorin fait partie du royaume grec. Elle forme avec Nio , Amorgos et Anaphé une éparchie dont Phira est le chef-lieu. D'après la nouvelle division administrative établie par le gouvernenaent grec, Santorin a été distribuée en quatre démarchies. qui comprennent

âuinze villes ou villages. La première émarchie est celle de Théra, au centre ; la seconde celle de Calliste, au sud ; la troisième celle d'Emporion, au sudouest; la quatrième celle d'OEa, au nord.

a Chaque démarchie , sous un seul gouverneur, représente à peu près ce que sont nos communes en France, avec un démarque, hi^^uipy^oç, assisté d'un conseil municipal ; il est comme nos maires, mais avec des attributions un peu plus étendues. 11 y a encore un conseil général, où toutes les démarchies envoient des membres municipaux, choisis par le peuple dans une assemblée des plus im-

Eoses de la commune. Ce conseil délière sur toutes les affaires qui intéressent rtle entière; alors le démarque de Théra en est , après le gouverneur , le premier membre, et en son absence président de droit. Les autres autorités de l'Ile sont : un receveur général, ebirpixTcop ; un receveur de contributions, l^opoc, pour toutes les démarchies ; un juge de paix, e{{»)voB(xr)ç ; un receveur de douanes, x&X6vT)(; un brigadier de gendarmerie, «oXiTdtpxTiç , avec quatre gendarmes, yiis>^(koai.oi; enfin un commissaire de police, dbTiSvo(io$, dont les attributions sont quelquefois confondues

avec celles du maire de Théra, qui punit et réprime certains délits. Tout Grec de nation, comme aussi tout étranger naturalisé, peut être admis , sans distinction de rang ou de religion, à toutes les fonctions publiques. Les catholiques nés en Grèce SMit tous regardés comme su jets ^ecs. Les lettres de naturalisation s'obtiennent après trois ou quatre ans de résidence dans le pays, et chaque commune peut les accorder (1). » Ltle de Santorin possède aujourd'hui une population de 13,072 habitants (3). On n'y compte plus que 683 catholiques, résidant presque tous à Phira^ ainsi que l'évéque et son chapitre. La nouvelle cathédrale latine a été consacrée en t825 , sous l'invocation de Saint- Jean-Baptiste. Le chapitre se compose de sept chanoines. Il y a dans cette ville trois maisons religieuses : celle des missionnaires lazaristes, celle des Dames de Saint-Dominique et celle des Sœurs de la Charité , établie en 1841 pour Téducation des jeunes filles, pour le soin et le soulagegement des pauvres et des malades.

Cette maison de Saint-Lazare établie à Phira est vraiment la providence des

f pauvres du pays : grecs ou catholiques, es sœurs trouvent le moyen de soulager tous les nécessiteux, sans acception de croyances. Une pharmacie parfaitement montée est attachée à l'établissement ; une jeune sœur fort instruite y distribue les remèdes gratuitement, pause chaque jour tous les infirmes qui s y présentent, et va chez les malades prodiguer ses soins avec ses consolations.

ft Cest un grand plaisir, dit M. Ch. Benoît, de visiter en détail cet établissement, où sont réunies une soixantaine déjeunes filles appartenant aux meilleures familles catholiques de la Grèce continentale et des fies; salles d'études, classes, ouvroirs , dortoirs , y sont tenus avec un ordre et une propreté exquis : partout un air d'aisance, de simplicité él^ante, de bonheur, qui dbarme. Ces petites filles , en même temps qu'elles y apprennent tout ce qui fait une solide éducation, viennent se former ici, sous la direction de nos sœurs , à des habitudes de pro-

(i) L*abbé Pègues , Histoire de Santorin , p. 3oa.

(!i)DeGigalla,p.46. *

L'UNIVERS

prêté, d^éeoDomiat de travail , Qu'elles

Ç}rteroDt un jour dans leurs ménages. ' outes parlent un peu le français ; queloues-unes commencent à récrire assez bien. Ou se croirait presque en France dans cette maison de Santorin. Du reste, catholiques ou grecs, tous vivent en bonne intelligence , animés des mêmes sentiments de foi vive et de piété sincère, et le zèle reli^eux qui éclate ailleurs en un fanatisme intolérant tourne ici en charité fraternelle. Cest que ces insulaires comprennent qu*iis sont placés immédiatement sous la main de Dieu, dont la colère s*est tant de fois appesantie sur la population de cette roche volcanique, encore agitée aujour-

d'hui de commotions soatRnines.Il entendent chaque jour eetteteniblek çon, et ils en sont toujours tood»

nulle part en Grèce on n'est plos^ et plus religieux que dans cette Ile. As la prière reste en bonneur chez ce pei pie, parce qu'il croit, et cette CFOjae est de la vraie science, que cât ti prière qui désarme la colère de Ditid qui retient depuis cent quanote ask volcan enchaîné (1). >

Au sud-ouest deSantorioestiapâ île appelée Christiane, quelessad»

nommaient Ascaoia.

(x) Jrchives des MumiuMh^^

ILES DU GOLFE SARONIQUE

La mer de Myrtos en s^enfonçant entre TA tUque et le Péloponnèse forme le golfe Saronique, aujourd'hui golfe d'É-

Sine ou d'Athènes, ainsi nommé, dit-on, e Saron , roi de Trézène , qui s'y serait noyé. Ce golfe commence au cap Sunium , baigne les côtes de TAttique , de la Mégaride, de la Corinthie, et de FArgolide, et se termine au cap Scyllœum ( Skylli ) , à la pointe de la Trézénie. Le golfe Saronique fiit autrefois le centre de la çlus grande activité commerciale; Corinthe, Egine, Athènes y avaient leurs ports . se le disputèrent et y dominèrent tour à tour. Comme toutes les mers grec-

2ues, celle-ci est parsemée d'îles nomreuses ; mais à part deux d'une certaine étendue, Égine et Salamine, dont la pre* mière a seule une véritable importance historique , les autres ne sont que des rochers ou des tlots dont nous n aurons à indiquer que la position et les noms.

Bblbiivà. — Lorsque l'on quitte la mer des Cyclades pour se diriger vers Athènes, on trouve en pleine mer, à quelques lieues au sud du cap Sunium et à 1 ouest des tles de Céos et de Cvthnos , une fie haute et passablement longue , que les anciens avaient appelée Belbina. Elle est désignée dans les cartes modernes sous le nom de Saint-Georges d' Arbora. Les vieilles cartes italiennes ou hollandaises la nommaient San-Giorgio de l'Albero , ou autrement le Chapeau-du- Cardinal, à cause de la figure qu'elle parait avoir quand on la regarde de lom.

Cette fie est escarpée et raboteuse.

« Quand on la voit de loin , dit Dapper , elle paraît toute de tertres et de coteaux ; et comme elle s'élève plus haut que toutes les autres tles d'alentour,. on la peut plutôt et plus facilement découvrir (1 ).» Le docteur Ross a trouvé cette lie habitée par un riche Hydriote, qui la cultive avec ses serviteurs, et qui y récolte beaucoup de vin et de blé. Belbina appartient à la

(i) Dapper, Z>e/<T., p. «7^; Ross, Insein, II, p. 17 a.

famille de cet Hydriote depuis plus d'une soixantaine d'années , où elle lui fut donnée par le capitan-pacha de cette époque.

Ile de Pàtbocle. — En suivant ta côte de l'Attique , à partir du cap Sunium , on rencontre d abord l'île ae Patrocte, naTp6xXou v!i(7oçou x^P*?» petite fie déserte, ditPausanias(l), ainsi nommée parce que Patrocle, amiral de Ptolémée Lagus, envoyé par ce prince au secours des Athéniens contre Démétrius, fils d'Antigone, en fit son quartier général et s'y fortifia. Cette île est appelée aujourdliui Gaidaronisi^ 111e aux Anes, ou encore EbanonlsU l'île d'Ëbène, parce que cet arbriseau , dont le bois dur et noir était employé par les anciens à de fréquents usages , y croissait abondam* ment. On l'appelait aussi Ile Provençale.

Eleusà. — - A l'ouest de la précédente, au delà du golfe d'Anaphlyste , est l'île connue sous le nom cTElisso , qui est apparemment celle que Strabon appeUe Eleusaou Eleoussa, et qu'il place vis-à-vis le promontoire d'Astypalée. On la trouve désignée dans quelques cartes sous le nom d île Française ou El Isa.

Phàuba. — Cet îlot est placé par Strabon à l'extrémité du cap Zoster; il est appelé aujourd'hui Phelcida, Falcoudi , ou Phléga.

CoMBONissA. — On désigne ainsi,.

un petit groupe de cinq rochers situés à la pointe d'Halai-Exomdès. On les appelle aussi Halicasou Selicas, les salines.

Île de salamine.

Cest la plus grande, mais non la plus importante des Iles du Golfe Saronique.

Toutefois, la victoire remportée par Thémistoçle dans le détroit de cette île et de l'Attique l'a rendue à jamais célèbre. Avant de porter le nom que la défaite de Xerxès a illustré, Salamine avait été appelée Skiras, Cychréa ou Cychria, du^ héros Cychréus , et Pityussa , à cause de^

(x) Pausan.,!, i, i; 35, x.

L'UNIVERS

la grande quantité depins qui eroissent sur ses montagnes. Elle est située au fond du solfe Saronique , tout près du rivase d'Eleusis , et encore plus près de la cote de la Mégaride. Le détroit qui la sépare de TAttiaue n'a que deux stades dans sa moindre largeur et quinze dans sa plus grande. Cette lie a cinquante milles ( un peu plus de quinze lieues) de droonférence.Strabon lui donne soixantedix ou quatre-vingts stades de longueur. Salamine est d'une forme très-irréguUère; elle est creusée vers son côté sud-ouest par une baie profonde, qui forme un port magnifique et qui lui donne la forme d*un fer à cheval. De là le nom de Coulouri^ qu'elle a porté sous le domination des Turcs. Toute sa partie sud-est est très-montagneuse. C'est là que croissent les pins dont les habitants recueillent la poix , et le lentisque dont ils brûleut la cendre pour en faire du savon. La partie nord-ouest a des plaines et des coteaux fertiles, qui ne demandent qu'une bonne culture. Elle était arrosée autrefois par deux petits cours d'eau que Strabon appelle le Bocarus ou Bocalius et le OSpbise.

L'ancienne Salamine , celle de Télamon, était située à la pointe méridionale de nie , en face d'Égine. Plus tard cette position fut abandonnée, à cause de Tinsuffisance de son port, pour celle du village actuel d'Amoelaki. La nouvelle Salamine vint s'établir à la pointe nordest, au fond d'un port assez commode et spacieux situé vis-à-vis du Pirée , à l'ouest. On y retrouve quelques vestiges de Tancienne cité : au nord de la mer, des pierres du quai ; à Ambélaki , des tombeaux, quelques inscriptions funéraires, des cippes, des fragments de pierres taillées (l). A la pointe du cap Cvnosura , qui s'allonge au nord-est û Ambélaki , se trouvent plusieurs îlots, dont le plus considérable est celui de Ps^^ttalie ( Lipsocoutaiie ) qu'on supposait être fréquenté par le dieu Pan.

Les premières traditions relatives à rtle de Salamine se confondent avec celles

3ui concernent Égine; et nous y revienrons à propos de cette dernière. Elles font de Salamine et d'Ëgine deux des

(i) Chandler, Forage, U III, p. 210; Prokcsch, Detikwurdigk, t. H, p. 356, 707.

douze filles'du fleave AsoposdekPiili^ sie, et de Métope, fille du Ladoo (i). Pfeptune,ayantenle?éSalainiDefUtiaii> porta dans l'île qui porte soo non, î en eut un fils appelé Cjehréus oq C»

chréus , qui déUvra le pays (TuotmÉ serpent qui l'infestait. Cette lésik a* dique bien dairemeot XmiasaA d'une colonie de Pblionte daos Sàot et sa parenté avec les Éginètes. C^ le prenuer roi on héros de IHe, dooi sa fille Glaucé en mariagp àTâaixi, fils d'Éaque, roi d'Égine, et teujn son père pour avoir blessé son nèreut Phocus, en jetant le disque. A|ir8 b mort ou la fuite deCvchréas,gffi,»l(»

quelques-uns, fut chassé ée «Mb par Euryloque, et devint ptto«^ rès à Eleusis, Télamon régoatot^ Télamon est.un des plus eâàwwM de cette faneuse femiUc des Ews.»

chantée par les poètes. U était tr« « Pelée , père d'Achille. B pnl p»t>i« pédition des Argonautes. flioMÇ^ Hercule au premier siège de Trort^* cule lui donna pour épwwfl»».

fille de Laomédon, sœur <[<,?» "f tard il épousa encore Penh**."* J*^ cathous. Il eut pour fils Teocer et ip Après le second siège de Tff; 'r^

Après l'extinction deU&^°^

Éacides, Salamine rctotDbi^i^^^

curité. Athènes s'en enipanjj^^

gare, devenue puissante>dg2 possession, également uBPO^r

ces deux cités. Autemiç dcto^ deCylon, Mégareeutled^»*^^ leva Salamineaux Athémensjen. !J

Athéniens firent de fan^^jj la reprendre ; mais decoora^ r^^j pertes, ils y renoncèrent enûtfa«^^ même iU décrétèrent, la 1^^ ^ contre celui qui oserait P!|JSsnâït commencer une entreprise 0^^ Solon, qui était de Sii^^^'t relever le courage de ses «^^^ ^\ Indigné d'une teUe bon^j^^.

d'ailleurs que lesjeuDe8^"L«,la daient qu'un prétexte derecoœ^^

(i) Diod. Sicul., IV, 7«; -j^^*- (2)ThiriwaU,fr«/.<^'*<^ ch. 11.

ILES DU GOLFE SARONIQUE

guerre, et qu'ils n'étaient retenus que par lacraintedeialoi, il imagina de contre* faire le fou, et ût répandre dans la ville , par les gens mêmes de sa maison , qu'il avait perdu Fesprit. Cependant il avait composé en secret une élégie , et l'avait apprise par cœur, et un jour il sortit brusquement de chez lui , un cliapeau sur la tête , et courut à la place publiinie. Le peuple l*y suivit en foule ; et là , Selon , monté sur la pierre des proclamations, chanta son élégie , qui commence ainsi :

Te viens en héros de la belle Salamine. [vers . Au lien d*aa discoars, j*ai composé poar vous des

Ce poème est appelé Salamine, et contient cent vers, qui sont d'une grande beauté. Quand Solon eut fini , ses amis applaudirent, Pisistrate surtout encouragea si bien les Athéniens à suivre son avis que le décret fut révoqué et la guerre déclarée.

. a Voidsur cette expédition la tradition vulgaire. Solon, dit Plutarque (1), fit voile avec Pisistrate , vers Coliade , où il trouva toutes les femmes athéniennes rassemblées pour faire à Cérès un sacrifice solennel. De là il envoie à Salamine un homme de confiance, qui se donne pour un transfuge , et propo$e aux Mégariens s'ils veulent s'emparer des premières femmes d'Athènes, de partir avec lui pour Coliade. Les Mégariens, sur sa parole, dépêchent à l'heure même un vaisseau rempli de soldats.

Solon ayant vu le vaisseau sortir de Salamine , fait retirer les femmes , et accoutre de leurs vêtements , de leurs coiffures, de leurs chaussures, les jeunes gens qui n'avaient point encore de barbe. Ceux-ci cachèrent des poignards sous leurs robes,et allèrent, d*apres son ordre, jouer et danser sur le rivage, jusqu'à ce queles ennemis fussent descendus à terre et que le vaisseau ne pût échapper. Cependant les Mégariens, abusés par ce spectacle , débarquent, et se précipitent à Tenvi pour enlever les prétendues femmes ; mais ils furent tous tués, sans qu'il en réchappât un seul , et les Athéniens firent voile vers lUe, et s'en emparèrent en un instant.

« D'autres prétendent que ce fut un

(i) Plut., Solon, X et suiv.

autre moyen de surprise qu'employa Solon. D'abord l'oracle de Delphes lui aurait dit : « Rends-toi propices par tes « offrandes les héros indigènes, patrons « du pays, ceux queles champs de l'Aso- « pus enferment dans leur sem , et dont « les tombeaux regardent le couchant. » Solon passa donc de nuit à Salamine , et immola des victimes aux héros Périphémus et Cychrée. Ensuite les Athéniens lui donnèrent trois cents volontaires , à qui ils avaient assuré, par un décret , le gouvernement de l'île , s'ils s'en rendaient les maîtres. Solon les embarqua sur un certain nombre de bateaux de pêcheurs escortés par une galère à trente rames , et alla jeter l'ancre vers une pointe déterre qui regarde TEubée.

Les Mégariens qui étaient à Salamine n'avaient eu sur sa marche que des avis vagues et incertains ; ils coururent aux armes en tumulte, et envoyèrent un vaisseau à la découverte^ Le vaisseau s'approcha de la flotte des Athéniens, et fut pris. Solon mit aux fers les Mégariens qui le montaient , et les remplaça par les plus braves de sa troupe. Il enjoint à ceux-ci de cingler vers Salamine en se tenant le plus couverts qu'ils pourraient ; lui-même il prend le reste de ses soldats , et va par terre attaquer les Mé^ariens. Pendant qu'il en était aux mains avec eux, les Athéniens du vaisseau surprirent Salamine, et s'en emparèrent.

« Il y a des usages qui semblent confirmer ce récit. Tous les ans un vaisseau partait d'Athènes et se rendait saw bruit à Salamine. Des habitants de Tiie venaient au-devant du vaisseau , tumulr tueusement, en désordre; et un Athénien s'élançait sur le rivage, les armes à la main, courait, en jetant de grands cris , du côté de ceux qui venaient de la terre. C'était au promontoire de Sciradium, et l'on voit encore, non loin de là, un temple de Mars que Solon fit bâtir après avoir vaincu les Mégariens.

« Tous ceux qui n'avaient pas péri dans le combat restèrent libres, par le bénéfice du traité. Cependant les Mégariens s'obstinaient à vouloir reprendre Salamine. Les deux peuples se firent réciproquement tous les maux qu'ils purent ; mais à la fin ils prirent les Lacédémoniens pour arbitres et s'en

L'UNIVERS

rapportèrent à leur décision. On dit généralement que Solon allégua , dans la dispute , Tautorité d'Homère ; au*il intercala des vers dans le dénombrement des vaisseaux , et lut ainsi devant les juges : a Ajax amena de Salamine douze « vaisseaux , et les rangea au lieu où « étaient les phalanges athéniennes. »

Mais les Athéniens traitent ce récit de conte puéril; ils assurent que Solon prouva clairement aux juges que Philéus et Eurysacès, fils dAjax, ayant reçu le droit de cité dans Athènes, avaient abandonné leur île aux Athéniens, et s'étaient établis en Attique Tun à Braurone, Tautre à Mélitte, et Cjue Philéus avait donné son nom au aème des Philaîdes, d'où était Pisistrate.

« Solon, pour détruire plus sûrement la prétention des Mégariens, se fit un argument de la manière dont on enterrait les morts à Salamine, qui ressemblait à Tusage d'Athènes, et gui différait de celui de Mégare. Les Mégariens tournaient les morts du côté du levant et les Athéniens vers le couchant. Il est vrai qu'Héréas le Mégarien soutient qu'on tournait à Mégare le scorps des morts du côté du couchant; il ajoute de plus qu'à Athènes chague mort avait un cercueil séparé, et quà Mégare on en mettait trois ou quatre dans un même cercueil. Mais on prétend que Solon eut

Ï»our lui desvoracles de la Pythie, dans esquels le dieu donnait à Salamine lo nom d'Ionienne. Ce procès fut jugé par cinq Spartiates : Critolaïdas, Amompharétus, Hypséchidas, Anaxilas et Cléomène. »

Trente ans après, en 480, les Grecs confédérés, et forcés à vaincre par Thémistocle, remportaient sur la flotte des Perses cette célèbre victoire de Salamine qui commença la délivrance de la Grèce, que la bataille de Platée acheva bientôt. Un oracle de Bacis avait prédit ce grand événement en termes formels, n Quand ils auront couvert de leurs vaisseaux le rivage sacré de Diane et celui de Cynosure , et que, pleins d'un fol espoir, ils auront saccage l'illustre ville d'Athènes, la vengeance des dieux réprimera le Dédain, fils de l'Insolence, qui, dans sa fureur , s'imagine faire retentir l'univers entier de son nom : l'airain se

mêlera avec rairain, et Man eoaiglantera la mer. Alors k fils de Suant et la Victoire resp«ctable anèDeint aux Grecs le beau jour de la liberté.

Aussi , ajoute le sage Hérodote, qnd je réfléchis sur les éréDcments qd i sont accomplis, je ne paiscootcriErb vérité des oracles, et ienecberche|i«t à les détruire lorsqu'ils s énoMtotifiK manière aussi claire que celui-là, et f n'approuve point que d'auirs le fassent (1). » En effet, Xencs,aDràiw brûlé Athènes, avait réuni sa Ûolte il» la rade de Phalère, et il fol «weai dans un conseil de guerre qu'oo attaquerait celle des Grecs, quis'àiftr»

nie dans la baie de Salamine, tor?»

S ointe de Cynosure.Lebnàisi^ it bientôt que ceux-ci aTaiwiw"* projet d'abandonner leur f^^ se disperser derrière les côtes m «»• ponnèse. CéUitThémislodeqai,^»gnant de voir le faisceau si mal jw»

Grecs se rompre par la «^i^f^J"?!!!

plus que par la peur, avait seerteo* donné ce faux avis à Xerxès, poifff se hâtât d'attaquer, etquelescojwa»

fussent rais dans la nécessite de »Jbattre , alors qu'ils étaient encore r* nis. Ce stratagème désespért «RJ plein succès. LMramense flotte»^ses déploya ses lignes ^J^f^ vage depuis Munyçhieju^i^^

et ferma le détroit. L^'^t î. Ws fut occupé par tm corps tfâite^J^ qui devaient recueillir ceux des >w« seraient en détresse, et acbefffi ».

traire, les ennemis oui ntxAtmK

assister au combat et jouir de jj™»*

qui semblait certaine. ^

«Bientôt.dit Eschyle, le ^

blancs coursiers répandit sur tewj

sa resplendissante lumiïw; *^

tant une clameur '^^^^J'^J^ comme un cantique sacré, s^w les rangs des Grecs; et Fécbo^,; chers de l'île répond à ^,^^^ cent de sa voix éclatante. ^^^ leur espoir , les barbares m d'effroi; car il n'était pasN^.

de la fuite cet hymne MiJ^f^ talent les Grecs. Pleins dune»i^

(i) Hérod., Vm. 77-

ILES DU GOLFE SARONIQUE

intrépide, ils se précipitaient au combat. Le son de la trompette enflammait en- <core les courages. Le signal est donné ; soudain les rames retentissantes frappent d'un battement cadencé Tonde salée, qui frémit; bientôt leur flotte ap-

Saratt tout entière à nos yeux. L'aile roite marchait la première en bel ordre ; Le reste de la flotte suivait, et ces mots retentissaient au loin : « Allez, 6 fils de a Grèce, délivrez la patrie , délivrez vos « enfants, vos femmes , et les temples « des dieux de vos pères , et les tom- « beaux de vos aïeux : un seul combat « va décider de tous vos biens ! « A ces ms nous répondons par le cri de guerre des Perses : Il n'y a plus à perdre un instant. Déjà les proues d airain se heurtent contre les proues ; un vaisseau grec a commencé le choc : il fracasse les agrès d'un vaisseau phénicien. Ennemi contre ennemi , les deux flottes s'élancent. Au premier effort, le torrent de l'armée des Perses ne recula pas. Puis, entassés dans un espace resserré, nos innombrables navires ne furent les uns pour les autres d*aucun secours. Ils «'entrechoquent mutuellement de leur bec d'airain ; ils se brisent les uns les autres leurs rangs de rames, tandis que la flotte grecque , par une manœuvre babile, les enveloppe, et porte de tous ^tés ses coups. Nos vaisseaux sont renversés'; la mer disparaît sous un amas de débris flottants et de morts ; les rivages, les écueils se couvrent decadavres. Tous les navires de la flotte des barbares ramaient pour fuir en désordre :

comme des thons , comme des poissons qu'on vient de prendre au filet , à coups ae tronçons de rames, de débris de madriers, on .écrase les Perses, on les met en lambeaux. Enfin la nuit montra sa sombre face et nous déroba au vainqueur. Je ne détaille point; àénumérer toutes nos pertes, dix jours ne suffiraient pas. Sachez seulement que jamais en un seul jour il n'a péri une telle multitude d'hommes.

« Artembarès, le chef de dix mille cavaliers , a été tué sur les rochers escarpés de Siiénie. Dadacès , qui commandait mille hommes, frappé d'un coup de lance, est tombé de son bord.

Ténason , le plus brave de tous les guerriers oactriens, est resté dans cette Ile

d'Ajax tant battue par les vagues. Lilée, Arsame, Argeste, abattus tous les trois sur les rivages de l'tle chère aux colombes , se sont brisés la tête contre les rochers.... Celui qui commandait à trente mille cavaliers montés sur des coursiers noirs, Matalios de Chryse, est mort; sa barbe rousse, épaisse, au poil hérissé, dégouttait de son sang; son corps s'est teint de la couleur de la pourpre. Le mage Arabos , Artame le Baetrien ne sortiront plus de l'âpre contrée.. Ah! la ville de Pallas est une ville inexpugnable ! Athènes contient des hommes : c'est là le rempart invincible! »

C'est ainsi que dans Les Perses d'Eschyle le courrier raconte à la reine Atossa , la mère de Xerxès, tous les détails de cette journée si lamentable pour le grand roi, si glorieuse pour Athènes. Aussi le poète n'omet rien de ce qui signale Athènes dans cette

grande action , et à côté du stratagème éroîque de Thémistocle, il raconte l'exploit d'Aristide dans iHe de Psytta- Ile : « Cette jeunesse de Perse , si brillante par son courage , si distinguée par sa noblesse , par sa fidélité au roi , a péri misérablement d'une mort sans gloire.

Une tie est en face de Salamine , petite , d'un accès difficile aux vaisseaux , où le dieu Pan mène souvent ses chœurs.

C'est là que Xerxès envoie ses guerriers. Quand la flotte des ennemis serait en déroute, ils devaient faire main basse sur tous les Grecs oui se réfugieraient dans nie , et recueillir ceux des leurs qu'y jetterait la mer. Il lisait mal dans 1 avenir. Les dieux donnèrent la victoire à la flotte des Grecs ; et ce jourlà même les vainqueurs, armés de toutes pièces, débarquent dans l'tle, la cernent tout entière : les Perses ne savent plus par où fuir; la main des Grecs les écrase sous une grêle de pierres; ils tombent percés par les flèches des archers ennemis. Puis les assaillants s'élancent tous ensemble d'un même bond; ils fra()pent, ils hachent; tous sont ^org^ , jusqu'au dernier. Xerxès sanglote à l'aspect de cet abîme d'infortunes ; car il était assis en un lieu d'où Tarmée tout entière se découvrait à sa vue : c'était une collme élevée , non loin du rivage de la mer. Il déchire ses véte-

32« Livraison. ( Ilbs du Golfe Si.roniqub. )

LTJNIVERS.

ments, il pousse des cris de désespoir, et, donnant le signal, il fuit avec son armée de terre, précipitamment, en désordre (1).»

Après la délivrance de la Grèce , Salamine reste soumise ou plutôt réunie à Athènes, qui l'avait peuplée de ses colons. Aussi, pendant la tyrannie des Trente , des Salaminiens (2), unis à ceux d*Éleusis, conspirent pour le rétablissement de la liberté. Jusque sous les empereurs romains Athènes garda Salamine, qui ne lui fut enlevée qu*avec les derniers restes de son indépendance. Au mojen âge Saiamine subit les mêmes vicissitudes que TAttique. A partir du treizième siècle elle fut comprise dans le duché d'Athènes , qui relevait de la principauté d'Achaïe, et qui appartint successivement aux La Roche, aux Brienne, aux Catalans, à Frédéric II Barberousse et aux Acciauoli de Florence. François Acciauoli la possédait lorsque Malîomet II conquit le duché d^Athènes, en 1456. Depuis ce temps jusqu'à la guerre de l'indépendance Salamine est restée au pouvoir des Turcs. En 1676 les habitants de Saiamine, ainsi que ceux d'^ne et de Poros ou Calaurte, s'étaient cotisés pour racheter ducapitanpacha, de qui ils relevaient, Taffrancbissement de tout redevance. Cette franchise leur avait été vendue sept cent quatre-vingt-cinq piastres. Ils sont demeurés libres depuis ce temps- là (3).

Au temps ae Tinsurrection grecque, comme au temps de l'invasion de Xerxès, les Grecs du continent, ftiyant l'ap-

S roche des Turcs, se réfugièrent dans l'Ile e Saiamine avec les images des saints et les objets sacrés de leurs églises.

« Réunis aux populations d'Eleusis et de Condura, les Grecs vivaient campés par familles au milieu d'une île nouV' riciére (TabeiUeSy mais qui ne fournit presque rien aux besoins des hommes, r^ couvert d'un olivier rabougri , l'ombre d'un rocher, les grottes, étaient des lieux enviés, qu'on tirait parfois au sort

(i) Eschyle, Perses , trad. de M. À. Pierron; voyez pour compléter le récit d'Eschyle celui d'Hérodote, VIII, 84 et suiv.

(a) Dlod. Sicul., XIV, 3a , 4 ; Kaoul Rocheite, Col. Greeq., IV, 65.

(3) Dapper, Dejer,^ p. a83.

pour abriter les vieillards, les malades, les femmes et les enfants. On éprouvait les plus cruelles privations, et la plus pressante de toutes était la soif (i). » Ce fut dans cette situation que l'amiral Halgan, qui croisait dans ces parages avec la Guerrière ^trovivei les Grecs réunis à Saiamine. Le rapport qu'il en fit à son gouvernement contribua pour beaucoup à augmenter l'enthousiasme qu'excitait en France la cause des Hellènes.

Plus tard , Colocotroni, chef du pouvoir exécutif, «'installa dans cette Ile, dont la position était si avantageuse pour couvrir à la fois le Péloponnèse, et diriger les opérations de la guerre dans la Grèce centrale et en Eubée. Cependant Mavrocordato, son rival, restait àTripolitza avec le corps législatif, dont il était le président. En 1838, après la démission de Mavrocordato, le sénat alla retrouver à Saiamine le chef du pouvoir exécutif (2), et tout le gouvernement fiât concentré dans cette ceule tie, sauf l'amirauté d'Hydra. Le nombre des réfugiés augmentait aussi tous les jours. On en compta bientôt plus de 200,000 (3) ; mais la difflcultédes approvisionnements en força une partie à se transporter sur Égine, Calaurie et les côtes de TÉpidaurie. Saiamine ne resta pas longtemps le siège du gouvernement hellénique ; à la fin de 1823, les circonstances étant devenues plus favorables, il quitta cette position de fugitif, et vint s'installer une

Eremière fois à Nauplie. Pendant toute { durée de cette guerre les Turcs ne purent pénétrer une seule fois à Salamine. Aujourd'hui cette île fait partie de la nomarebie de l'Attique et Béotie. Le bourff principal, et presque unique, de cette île, ^ui a repris son ancien nom, est Coulouri. Il est situé au pied d'aune montagne appelée Haglos-Ihas^ et au fond de cette baie majpifique qui donne à nie la forme d'un 1er à cheval. Coulouri a deux mille habitants, pécheurs,

(i) Pouqueville» HîsL de la Régèn, de la Grèce , III, a63.

(a) Idem. Ibid*, IV, p. 393.

(3) C'est le chitb'e donné par PouqueviUe; mais sonhisloh^ n'est qu'une hyperbole continuelle. L'bigotimène du couvent de Saiamine n a éralué le nombre des réfugiés qu'a 70,000; ce qui est plus probable.

ILES DU GOLFE SARONIQUE

marc^iands de poix et de résine, bateliers , laboureurs , population d'origine albanaise. On y trouve des églises ornées d'assez jolies peintures byzantines, principalement celles de Saint- André et de Saint-Dimitri. Mais ce qu^ii y a de plus curieux à visiter aujourd'hui dans file de Salamine, c'est le monastère de Phanéroniéni.

Ce vaste couvent est situé à la pointe nord-ouest de rtle, tout urès du détroit ou idpaaa qui la sépare ou rivage de la Mégariae, et que Ton traverse avec un bac. Dans une grande cour carrée , au milieu de bâtiments de toutes formes et de toutes grandeurs, et qui serveut à Thabitationdes moines, à leurs travaux d'agriculture, à l'installation des malades ou des prisonniers qu'ils sont chargés de soigner ou de garder, car en Grèce, un couvent est aussi un hôpital ou une prison, s'élève l'église de la Panagia, la plus grande sans contredit de la Grèce actuelle, avec celle de Tinos, mais bien plus intéressante et plus précieuse que cette dernière, à cause de la grande quantité de peintures dont elle est décorée, historiée à l'intérieur. « J'avais lu dans le voyage de M. Pouqueville, dit le savant investigateur des antiquités gothiques et bvzantines , M. Didron, que la grande église de la Panagia-Phanéroméni , à Salamine , était complètement couverte de fresques, et que le nombre des figures qu'on y voyait peintes s'élevait à cent cinquante mille. L'exagération est effrayante, on le sent bien. Cependant, ce nombre étant écrit en toutes lettres et non en chiffres, on ne pouvait crohre à une erreur typographique ; l'hyperbole même indiquait par sa monstruosité que la quantité de ces peintures devait être considérable. Effectivement , lorsqu'on entre dans cet édifice par un soleil de deux heures de l'après-midi, ainsi qu'il nous est arrivé, avec une lumière qui éclaire également l'église tout entière, on est bien près d'ansoudre M. Pouqueville (1). Malgré

(x) J'ai pu constater par moi-même l'effet saisissant de ce splendide spectacle , pendant mon passage à Salamine, en 1847. Je me souviens que lliigoumène du couvent, le P. Auxentios, qui nous fit la réception la plus cordiale, vint nous chercher mes compa-

l'habitude ou'on peut avoir de compter les figures cPentablement, ou les personnages qui tapissent un monument, on est étourdi à la vue de ces figures hautes deouis six pieds jusqu'à six pouces, qui s'alignent le long des murs, qui s'enroulent autour des archivoltes, qui escaladent les tambours des coupoles, qui se promènent au pourtour des absides, qui sortent de partout, s'enfoncent dans toutes les longueurs, et montent à toutes les hauteurs. Cependant, il faut rabattre singulièrement du nombre donné par M. Pouqueville; car tous les personnages, comptés avec la meilleure envie de n'en passer aucun, ne s'élèvent qu'à trois mille cinq cent trente, ou à trois mille sept cent vingt- quatre , en y ajoutant les cent vingt-six qui décorent la chapelle adjacente , ou les religieux font l'office quotidien. Mais ce nombre ramassé dans un petit espace vous enlève de surprise à la première vue; il peut justifier M. Pouqueville»

qui n'avait pas le temps de compter ces Dgures une à une, ainsi que je l'ai fait.

« La quantité de ces figures est du plus haut intérêt ; mais leur disposition générale et l'arranffement de tous les groupes en particulier imnortent plus encore. La cathédrale de Cnartres, l'unique en ce genre, est habitée à l'intérieur et à l'extérieur par neuf mille figures peintes et sculptées. Tous ces êtres, créés par l'art, sont disposés dans un ordre remarqtiabie et suivant lequel défile régulièrement sous nos yeux l'histoire figurée de la religion , depuis la création jusqu'à la fin du monde, ea passant par les patriarches, les juges»

les rois et les prophètes ; par la Vierge et Jésus-Christ ; par les apôtres, les mar» tyrs, les confesseurs et tous les saints- Cet ordre est exactement le même, et se montre aussi comi)let sur les fresques de Salamine. 11 était naturel , puisqu*il est chronologique.

« Mais entre Salamine et Chartres on constate de singulières analogies. A

gnons de voyage et moi , au moment que !•soleil commençait à illuminer l'intérieur deréglise, où il nous accompagna pour jouir de notre surprise et de notre admiration, qui ne lui manquèrent pas, non plus que nos re-^ mercimenls.

soo

L'UNIVERS

Chartres, comme a Salamine, le Jugement (krnier est à rentrée de Téglise , contre la paroi occidentale, tandis qu'une grande Vierge, tenant Tenfaut Jésus, se montre à Torient, au fond de l'apside.

A Salamine , comme à Chartres , TAnden Testament se développe sur le côté gauche de l'église; le Nouveau sur le côté droit. Ce système de décoration , épars ou incomplet dans les autres églises byzantines que nous avions visitées jusque alors, nous le trouvions concentré et parfaitement développé dans ce curieux édiûce de Salamine. Ou reste, à Salamine chaque personnage ressemble exactement au même personnage peint à Athènes, en Livadie, ou en Morée; chaque tableau, lorsqu'il représente le même sujet , est partout traité et disposé de même. Les saints portent des banderoUes sur lesquelles sont écrites des sentences tirées de leurs ouvrages ou de leur biographie; aux tableaux sont attachées des inscriptions extraites de l'Écriture Sainte , dont ils offrent les histoires. Ces sentences et ces inscriptions sont presque les mêmes partout.

« Si de nos jours en France , où nos grands peintres sont assez instruits, un ieul artiste était chargé de figurer dans un monument, dans la cathédrale de Paris, je suppose , l'histoire universelle de la religion exposée par les héros et les faits de cette histoire, il est douteux qu'il pût exécuter une aussi vaste composition sans faire des études longues et approfondies. Je dis plus, nous n'avons pas un seul peintre capable de mener à bien un pareil travail ; il n'y en a pas un seul assez instruit et assez fort pour porter un pareil fardeau. Mais à Salanune on n'a pas seulement peint des personnages et figuré des scènes; on y a encore baptise les individus et les traits historiques au moyen d'inscriptions ou d'épigraphes qui les désignent ou les expliquent, et ces épigraphes sont extraites de toute la Bible d'abord , et ensuite d'une grande quantité de livres religieux. Les Œuvres des Pères, la Vie des Saints, le Grand Ménologe du Métaphraste ontété mis à contribution.

Sur la banderole que tient saint Jean Damascène est écrite une sentence tirée des ouvrages de ce grand docteur; il en est de même pour saint Grégoire

de Nazianze, saint Basik, sùotlea Chrysostome et pour tous les aoties^ La difficulté augmente ainsi, et b science que devrait posséder Futistr français chargé d'un pareil tranil dc se trouverait assurément diez personi Quel homme devait être ce ptie ée Salamine pour avoir accompli loe p reille entreprise ! Je ne rereoais pasi mon étonnement, que mes oomp^ partageaient au plus haut degré.

« J interrogeai les moines du cot«i.

surtout les plus instruits, et je neo^ rien tirer. Enfin, sur la paroi «dé»

taie de Téglise, à Fintérieur, jcfs m inscription que portait un aoge peut, A dont voici la traduction :

« Ce lemple vénérable d aji » ^ « peint. ... par U main de GorposM»^* « la ville d^Argos, avecTaidecieses*'»

a NlcolaosBenigelo8,GcorgafoetAH»i'

« Qu'était-ce que ce George S^ Un grand homme assurément Sa P»

est Argos , d'où j'arrivais, et qoi»' deux journées seulement oeS*»»^ Il peignait en 1735, à centqM»^ seulement du jour où je fa^s^tf g"* tions sur lui et sur ses elev«. « f"

sonne ne put me répondre. C^*J j'étais à Salamine, dansi'églipj^^ il avait dû passer sa viCi«^J*,r!liK sais à des moines dont les pnJM^ immédiats avaient été lcsco«7; du peintre. Rentré dans Aiti^'j:

pris auprès des hommes » F -^j, truits des informations sur Mare»

gos et ses trois élèves : toutes f^P tions restèrent sans réponse (i/.

CertesilyaUeud6s'etoDoefd^«;

bli profond dans lequel est wpj^ peintre savant et habile .# J^ ^ telle œuvre, dans un siewa^l proche du nôtre. ^^^f^^J^ que dès qu'on sait que les aj^ .

cole de peinture byzanUM, doni«^ Athos est encore aujourdo"!^. ^ sont tous des religieux «^^ leur art, par un enseignww«»y^;> nel, travaillant obscurément wj^^^

térieur des monastères , sJ^'EbooI d'une réputation personnelieiP''

(i) M. Didron. ^^'^^JJ^ Chrétienne, InUwl., p.'i«'°''

ILES DU GOLFE SARONIQUE

aucun motif, aucune occasion de désirer et d'acquérir, et ne voyant dans Fart qu'ils exercent qu'un moyen d'enseigner la religion et de procurer la gloire de Dieu. Leur condition actuelle est restée la même que celle de ces nombreux artistes inconnus du moyen âge qui ont sculpté les portails, qui ont peint les vitraux de nos cathédrales et dont on admire les œuvres sans même savoir leurs noms. Il est du plus haut intérêt d'observer dans les couvents du mont Athos les derniers vestiges de ces mœurs de l'art chrétien, fondé par l'Église, et qui a instruit et charmé nos ancêtres, dont les œuvres, longtemps méconnues et dédaignées pardes générations uniquemententichées de l'antiquité grecque et latine (1), reprennent peu à peu leurs droits sur les esprits d^agés des préjugés d'une éducation exclusive et mcomplète, et dont les principes, les règles , les traditions , les procédés redeviennent l'objet d'une étude enthousiaste , d'où ce grand art chrétien peut espérer de voir sortir à son tour sa propre renaissance (2).

La fondation du couvent n'est pas de beaucoup plus ancienne que l'exécution des peintures de son église. Elle est de la 6n du dix-septième siècle, et fut dé-

(i) II ne s'agit pas ici bien entendu de notre époque, où toutes ces questions d*art sont plus largement comprises que dans les deux derniers siècles.

(a) M. Didron a publié sous le titre de Manuel ^Iconographie Chrétienne le livre d'après lequel tous les peintres du mont Athos apprennent et pratiquent leur art. Cet ouvrage, dont chacun d'eux possède un manuscrit qu'il étudie sans cessCf est intitulé *£p|iYiveCa TYÎ; {^(Dypaçixyjç, Guide dt la Peinture. Il a été rédigé à une époque ancienne par le moine Denys, peintre du couvent de Fourna,

Ï»rès d'Agrapha, en Thessalie, qui s'était brmé par l'étude des peintures de PanséiinoSf le plus célèbre des artistes du mont Athos , qui vivait au onzième siècle. Ce traité s'est complété de siècle en siècle jusqu'à notre époque , et résume ainsi tout l'ensemble du système de la peinture grecque. J'ai pu me convaincre par une comparaison attentive avec quelle exactitude, sauf quelques dérogations peu importantes, les prescriptions de ce livre avaient été obseivées par Georgios Marcoa dans l'exécution des peintures de Salamine.

terminée par la découverte d'une image de la sainte Vierge. On raconte queLambros , paysan de Mégare, s'endormit un jour en travaillant dans son champ.

Pendant son sommeil , la sainte Vierge lui apparut et lui ordonna d'aller chercher son image et de lui élever une église. Trois fois de suite, Lambros eut cette vision merveilleuse, toujours doutant , et n'v obéissant pas. £n6n menacé d'un châtiment à la quatrième apparition, il se décida à se conformer aux ordres pressants gu'il recevait. Il alla fouiller à l'endroit indiqué , dans Salamine, et y construisit , en 168V, le couvent et l'église de la Panagia Phanéroméni (Oavepoji^vT)), la sainte Vierge de l'apparition. Lambros se fit moine dans le monastère qu'il avait fondé , et prit le nom de Laurentios. Son fils aîné, le père Joachim, dirigea la coinmunauté après lui. Il fit continuer les travaux commencés per Laurentios et exécuter la décoration de l'église. Laurentios était mort en 1707 : u est vénéré comme un saint dans cette communauté dont il est le fondateur, et une messe fut composée en son honneur par un moine de Phanéroméni. Dans ces derniers temps, l'évéqua d'Athènes, Néophyte, a retouché cette messeetenapubiiéletexte, en le faisant précéder d'une vie du saint d'où sont tirés tous ces détails.

Aujourd'hui le couvent de Salamine, bien déchu de son ancienne prospérité , ne contient plus qu'une vingtaine de moines, dont les occupations sont, comme pour tous les caloyers grecs , les exercices de dévotion et les travaux de l'agriculture.

Des hauteurs de Salamine on aperçoit, en jetant les yeux vers les côtes de la Corintnie et de l'Argolide , le golfe Saronique, parsemé de rochers, d'écueils, d'tlots, auxquels il est bien difficile d'assigner leurs noms anciens , et qui n'ont pas tous des noms modernes. Ce sont : à l'ouest, près du Pérama de Mégare, les Métbundes, aujourd'hui les Révitiouses, deux rochers qui dominent les hauteurs du couvent de Phanéroméni; au sud, à la pointe de la vieille Salamine, les Eleusai, aujourd'hui lies Pelesteria , ou Liansa ; Crangion à l'ouest du groupe précédent, peut-être Fractèra ; Dendros, Kaikiai, Selachusa, qui correspondent

L'UNIVERS

8aD8 doute aux Penténisia , Aspis , CenchréiSf dont Tune des deux est Hebrso-Castro. Tous ces Ilots sont inhabités; tour à tour écueils ou abris, selon tles caprices des vents et des flots, pour

les nombreux calques qui âUosnent le golfe d^Égine (1).

(i) Forbiger, Hatulb. der at C«^,

in, 1017.

Page 1