SI
merlanéce88ité,8'élè?eMiner?e, tenant le bouclier d^une main , la lance de Tautre. La tête de la déesse est couverte d'un casque qui repose sur une chevelure dont les petites boucles sont rangées par étages ; sa robe à longs plis droits et symétriques rappelle le travail antérieur des statues de Dois; ses yeux sont fendus eu amande, légèrement relevés par les coins : comme ceux des autres statues , on les dirait empruntés à Tart chinois. Sur les lèvres, dont les segments sont minces et durs , et dont les extrémités sont également tirées en haut, s'épanouit un sourire qui erre aussi sur toutes les autres figures; enûn , comme dans celle - ci , le menton est étroit et aigu. Ainsi que M. Quatremère de Quincv l'avait presseuti, c'est, de la tête aux pieds , une mpre semblable à celles qu'on avait jusquli ce jour classées dans les productions de l'art étrusque, et que Winckelmann, le premier, avait soupçonné pouvoir tout aussi bien appartenir à l'ancien style grec.
« Aux pieds de Minerve, et devant elle, sont deux guerriers nus; l'un tombe mourant en arrière , Fautre s'élance et se penche vers lui pour le secourir ; c'est au-dessus et au delà d'eux qu'apparaît la déesse. Le premier de ces guerriers a reçu le nom de Patrocle; son casque, gui a quitté sa tête à moitié, laisse voir une grande partie de sa chevelure , pareille a la perruque dont Minerve est affublée ; ses lèvres sourient en rendant Tâme, comme celles des guerriers qui l'entourent. Celui qui le secourt ne porte point de casque sur sa tête bouclée; en sorte qu'il est entièrement nu. L'absence de toute espèce de signe ayant empêché qu'on ne lui donnât un nom historique , on l'a tout simplement appelé un héros. A gauche, derrière Patrocle , on voit Hector qui vient de le frapper. 11 est debout, nu, et porte le bouclier d'une main; de l'autre, qu'il tient haute , il brandissait sans doute le fer qui a tué son ennemi. Sa tête, plus belle que celle des autres , semble indiquer sa supériorité. Son casque laisse voir la partie antérieure de la chevelure bouclée qui lui cache le front. La barbe de son menton lui donne un air plus mâle; mais comme elle est sensiblement pointue , et qu'à la forme pointue Winckelmann a attaché le seul indice à
peu près certain oui pât faire distingue*les œuvres du style étrusque de celles de l'ancien style grec , il s'ensuit qu'il est désormais difficile d'établir une différence essentielle entre l'un et l'autre de ces deux arts. Pour faire pendant à Hec> tor , et à droite du héros qui vient au secours de Patrocle , se trouve un autre guerrier, debout comme le fils de Priam, nu comme lui, et comme lui portant la barbeau menton, le casque en tête, le bouclier au bras. C'est ce personnage qui a reçu le nom d'Aiax, fils de Télamon. La manière dont il est opposé à Hector rend cette désignation très -vraisemblable.
« La dénomination des autres chefs re-
Ï présentés derrière ceux-ci n'est pas aussi àcile à justifier. Les deux héros qui suivent immédiatement d*un côté Hector, de l'autre Ajax, sont à genoux, les carauois suspendus à leur flanc, et une de leurs mains levée à la hauteur de l'œil ne 'permettent pas de douter que leur autre main ne tînt un arc. A la différence des guerriers précédents, qui sont nus , ceux-ci sont vêtus ; leur poitrine est prise dans une casaque collante, leurs jambes sont enfermées dans une sorte de pantalon qui adhère complètement à la peau, et qui descend jusqu'à la cheville. On ne saurait méconnaître à ces traits des archers d'Orient, et c'est là une des raisons sur lesquelles M. MûUer se fonde pour rapporter à la guerre des Perses le sujet de ce fronton. Le vêtement de ces sagittaires est, il est vrai , plutôt phrygien que perse ; mais , Winckelmann l'a dit , les artistes grecs employaient le costume de Phryeie indifféremment à la place de tous Tes autres costumes étrangers. Les casques de ces deux guerriers ne ressemblent point à ceux des autres ; celui du guerrier qui est placé à droite derrière Ajax offre surtout une forme bizarre, que sa pointe brisée a permis de prendre pour un bonnet phrvgien, et c'est aussi sans doute ce qui a déterminé les antiquaires bavarois à appeler du nom de Paris l'archer qui en est coiffé. Le ^erricr qui lui sert, de pendant, et qui est placé derrière Hector, a reçu le nom de Teuoer, frère d'Ajax, quoique son costume ne diffère guère de celui de Paris. Teucer et Pâris^ sont appuyés des deux côtés par deux.
L'UNIVERS
autres guerriers, plus inclinés qu'eux, et qui, aussi à genoui, mais pliant l'épaule, au lieu de Ta ren?erser en arrière pour tirer la ièche , secondent leur attaque hi lance à la main. A Munich, on a donné le nom d*Ajax , fils d^Oïlée , au ffuerrier qui accompa^e Teucer, celui d*Énée au guerrier qui suit Paris. Vienaent enfin, aux deux angles extrêmes du fronton, deux guerriers renversés en arrière. Blessés mortellement , ils sont tombés , mais ils ne cessent pas de sourire; leurs casques s*échappant de leur tête , dans la chute , ont laissé leur chevelure bouclée se déployer en longues nattes jusque sur le milieu de leurs épaules. Ces deux figures, dont la maigreur a euelque chose de plus doux et de plus rcmiiiin que celles des autres personnages, n'ont pas reçu de nom particulier. Quoique ces deux statues puissent avoir, auprès de certains esprits , le tort d*étre profondément marquées d*une manière particulière, elles sont entre les plus admirables morceaux qu'on puisse voir; elles réunissent la grâce à Taustérité , rharmonie au mouvement ; elles sont le type de cette beauté qui résulte d*une grande quantité de nombres différents ramenés à Tunité par un rapport simple et mystérieux.
a bu fronton antérieur, ou occidental, il ne reste que quatre figures ; elles sont légèrement plus fortes que celles que je viens de décrire ; elles sont néanmoins encore inférieures à la taille ordinaire de rhomme. C'est à Tinclinaison extrême des frontons doriens , dont Fangle est plus obtus que celui des autres ordres d'architecture , qu*il faut surtout attribuer cette proportion des statues. Les conjectures faites pour désigner ces quatre figures me nnraissent excessivement arbitraires. Celle qui, de toutes, est la
{»lus digne d'admiration est connue sous e nom du héros blessé ; elle est renversée sur le dos , couchée dans son bouclier, où elle s'agite encore pour combattre , et où sa main brandissait sans doute une arme inutile. L'unité qui règne dans la divergence multipliée de ses li-
Snes et l'harmonie qui naît sans efforts e l'agitation même de ses membres devraient être longuement méditées par les artistes qui accusent , de nos jours , le repos absolu de l'art antique , et qui
en eherenant le mouveinem MbA k poursuivre la grftoe et la beauté.
« Indépendamment de ces statQes,el avec elles, on a trouvé à Égioedeox sbtuettes oui donnent lieo aoi ptn»
rieuses aissertations ; elles sont a M semblables l'une à l'autre, si ce n*cst^ leurs draperies sont combinées de mnière à ce qu'elles se seneot m\à lement de pendant. Toutes deoi rdéretf de la main leurs longues robes a plii symétriques et verticaux. M.Co(àaa.
qui a dessiné une restauration ()n t»
pie de Jupiter Panbelléoien, lai^ cées au sommet de l'angle exténear di fronton, et il a supposé qu'elte/»
valent d'accompagnements àrfciî^ couronnait tous les omementséat»
pie. Les savants allemands oA bk ces deux déesses du DOffldel^<> d'Auxésia(l). » ^^
Ces statues, ainsi qtie le moB»»
qu'elles décoraient, paraissent dewr j partenir à l'époque de Part grée f »
renfermée entre la virtpire de Sab»« et la réduction des Eçinèles par »
Athéniens, c'est-à-dire de la 75* lia «F olympiade, de l'an 480 k ran4i9iwi
11 existe au I/)uvrc mté^t^fj'^ des marbres d'Égine. Ils ont éle^ par les soins de M. de Ciar»»»J^ neuvième livraison de son graMO""^ sur notre musée de sculpture.
ÉTAT ACTUEL DE LllB^^zl^
Malgré les révolutions oper«esp^ siècles dans les terrains wIcanKpf composent le sol d'Egine, loj^ dont elle était entourée, etq«^ brent les historiens de ranuqwtejSJ encore debout et rendent ses »«
dangereux , même pour les P^^/^ ments de la marine grecque, wj»
générale de l'île est un trapc» «^L au sud entre les caps PerdH» « "^ Antonios, et au nord entre w ^w Tumulus et le cap Tourlcqo''^ l'Attique. Son sol présente twtf^ tions distinctes : les ca'^aiitf f^ daires , les trachytcs, et je terw»»^ tiaire. Égine doit être àty}sée(o régions physiques : la plaine i j .
cupe la partie du nord-ouest,
ILES DU GOLFE SARONIQUE
lines au Dord-est et les montagnes au sud.
La ville nouvelle, située sur le bord de la mer, dans la partie nord-ouest de rUe, occupe en grande partie remplacement de Tancienne ville des Éacides ; elle est exposée au couchant, et décrit un demi-cerde autour du rivage. A Fextrémité de l'une des jetées qui ferment le port, on voit encore la tour construite en 1693 par Morosini. Le mouillage de la rade est mauvais; les navires de la marine militaire sont obligés de jeter l'ancre à mille ou quinze cents mètres du rivage. La ville est mal construite; les rues, irrégulières, sont bordées de maisons basses, à toit plat, et presque toutes bâties en bois et en terre battue. Les seules constructions que l'on puisse citer sont le lazaret, la grande église, une grosse tour carrée appelée Pyrgos de Favier, du nom de riUustre pbilhellène français, et TOrphanotrophion, gvmnase fondé pour Téducation oes orphelins de la Grèce par le comte Capo d'Istrias lorsqu'il était président du gouvernement hellénique , installé à Égine en 1828. Si les édifices modernes de nie n'offrent que peu d'intérêt , en revanche les resards de Tartiste et du voyageur s'arrêtent à chaque instant sur d'admirables ruines, traces glorieuses de l'ancienne civilisation hellénique. Ce sont les débris du temple de Vénus au bord de la mer, ceux des travaux sousmarins qui composaient le port secret ou caché ( xpuTTcbç Ai[Ai{v ) qui était derrière le temple et dont parle Pausanias (I) ; les restes de l'aqueduc qui approvisionnait d'eau toute la ville; les cryptes, cité souterraine, composée de chambres sépulcrales , où les anciens Êginètes dé-
{»osaient leurs morts; les ruines de Faseochora , cette citadelle scellée comme une aire d'aigle au faîte d'un rocher, ruinée et reconstruite par le Vénitien Morosini , et qui datait de l'époque où les habitants, pour échapper aux pirates de l'archipel, avaient été contraints d'abandonner le bord de la mer, et de se réfugier dans les escarpements du centre de l'île ; enfin , sans parler des autels antiques, des élégantes colonnes, des frontons écroulés et des marbres
(1) PausaD., II, a4, 3o.
précieux dont le sol est semé, ce sont les restesdu temple de Jupiter Panhellénien, où Ton a retrouvé ces marbres d'Égine, Tune des pages les plus intéressantes de rhistoh*e de l'art grec. Du milieu des ruinesdu temple, on aperçoit au sommet de Tune des montagnes voisines le riche monastère de la Panagia ( la sainte Vierge ), d*où s'élèvent maintenant vers le ciel les prières de l'Égine chrétienne. C'est un grand édifice carré, sans autre ouverture à l'extérieur qu'une porte susceptible d'une vigoureuse défense. Les moines possèdent, dit-on, les deux tiers des terres labourables de lîle.
Une des plus merveilleuses perspectives de l'archipel est l'horizon qui se déroule du sommet du mont Oros , ou pic Saint-Élie. De cette plate-forme, élevée deôSO mètres au-dessus de la mer» la vue s'étend sur le golfe entier de T Attique, et embrasse à la fols le cap Sunium, les montagnes de l'Attique, de l'Eubée et de laBéotie, Salamine, les monts de la Mégaride, l'Isthme, l'Acrocorinthe , les sommets de l'Argolide et de rÉpidaurie, les cimes de Méthana, le cap Scylleum, et le rocher d*Uydra.
Dans la ville, et dans toute la plaine qui s'étend à ses pieds, le climat d Égine est sain et tempéré; la côte orientale au contraire est ravagée par des fièvres mortelles.
En 1829 la population de 111e a été évaluée par M. Scharnost à 9,000 habitants. Le plus grand nombre se compose de fugitifs de l'Attique, de la Morée, de Chio et dlpsara. Les Ipsariotes forment la partie la plus riche de la population * les Athéniens, au contraire, sont plongés dans la plus déplorable misère.
La culture à Égine reçoit peu de développements ; l'île ne produit plus qu'en très-faible quantité, suffisante à peine à sa consommation , ces figues et ces amandes autrefois célèbres. Ses récoltes consistent surtout en céréales, produits très-incertains, à cause des sécheresses qui régnent le plus souvent.
C'est encore du commerce que lUe tire ses ressources les plus positives; on y rencontre, comme dans l'ancienne Egine, une nombreuse classe de marchands et de brocanteurs , dignes descendants de ceux qui après la bataille de Platée achetèrent aux ilotes l'or des dépouilles
persiqnes. Au pied du mont Tsehaskali existent aussi quelques familles de potiers, héritiers de Fantique industrie nationale, et qui, mettant en oeuvre les fines argiles qu*ils rencontrent sous leurs pas, ont su reproduire avec assez de Donheur les vases antiques, dont ils ont étudié les modèles (1).
Ilb db Càlaubie.
D'Égine à Calaurie, aujourd'hui Poros, on compte à peine deux heures de navigation par un bon vent. Cette tle touche presque à la c6t^ de la Trézénie, dont elle n'est séparée que par un canal de quatre stades selon Strabon, de cinq cents pas selon Pline.
Entre Poros et la presqu*ile de Methana est un boghaz de deux ou trois milles de largeur, qui est comnne rentrée de la rade de Poros, vaste bassin bien abrité par les hauteurs de Hle et les cdtes de PArgolide. Au fond de cette rade se présente la ville de Poros, qui s'élève en gradins sur la partie inférieure de l'île. Cette partie de 111e de Calaurie forme comme un appendice rattaché à la masse de 111e par un îsthnrM très-bas et fort étroit. C'était sans doute autrefois une petite tle distincte, celle de Sphœria, où iEthra, fille de Pitthée, roi de Trézène, et mère de Thésée, fut séduite par Neptune , et où elle éleva un temple à Minerve Apaturie (2).
Poros contient troi milles habitants. On y a établi l'arsenal de la marine militaire du royaume grec. Les habitants en sont de race albanaise, et les femmes y ont conservé le costume hydriote dans toute son originalité.
Après avoir franchi l'isthme qui unit Sphaeria à Calaurie , on monte peu à peu le long du rivage par un chemin rocailleux et sinueux qui vous mène au monastère de Poros, l'un des plus considérables et des plus agréablement situés de la Grèce. Ce couvent occupe la partie central'' d'un ravin qui débouche vers la mer, et qui en se resserrant à peu de distance du rivage se rattache au système générai des montagnes de llle. A quelques pas du couvent , en remontant le
(i) Voy. Description d'Éjrine, par Puillon- Boblaye.
(a) Plut., Dem., 49.
ravin par un chemin bordé depiu et d'oliviers , on rencontre vue soua d'une eau limpide et 8alatalre,ifip^ la C«j^xYj iciiYi); ses vertus meneilleDKS sont célèbres au loin; elles ittiRotè nombreux pèlerins au cottfeDt,qua»
le nom de cette source. Ueanqvd»
cend du haut des rocben estieçoeéd un vaste bassin de pierre. Us wkir ges, le murmure, le sitede cette iKtm sont pleins de diarme. De là(ilf(^ ooit les côtes de la Tréfénie, coimtE!
ae bois de cttronniers, li mer, qd J»
serrée d'abord oomuie un bc eiUtl^ et le continent , s'ouvre Ténia joese.
se déploie au loin dans un boinsa^ bornes, et à l'extrémité derA^»»
pointe de llle d'Hydra.
Au centre de llle, en vm^ aujourd'hui Palati, se mfj^ rames du célèbre temple de^ de Calaurie. Le chemin qui y J»»
très-inégal , Untôt montant, tej«»
oendant selon les sinuosités «w»' ou plutôt des rochers tapiwsôf verdure à travers lesquels 00 ^ L'emplacement de ces "nfltf^'plateau élevé , ondulé, doroinffl^ de plusieurs côtés et «lofflinétej^ parles deux plus hauts somiwted^ rHagiosIliasetbriglia.Ce|>^
d'où^la vue s'étend Josqj^^ de l'Attique, est comme le«^^^
ces deux pointes. Les PJ^^,
n ne resteque ^essfBt^^.
une enceinte carrée, * "*F^ g
Êet là ou voit ses à&t^J^^ , gment de marbre P^^^ morceau de marbre bj»»^ J|i chapiteau dorique en ^^^jf^M pierre qui a?ec la sa^^i la masse de l'île de Porcf(^/s^ rentour, jusqu'au p^rf^ Elle, on voit des ««^«^""^soiif^
sons, des débris de V^^jTi»^ la terre et les champs oi^uv^^
ceaux de céramique, P<».^;^J«* quant Texistence d'une «"^^ former autour du t^W^'^Jl^ des Grecs, Aussi Caiaune ^t^^ nom de Posidonia. Tf^T-^ï»^ raconte qu'elle avait d aboraipr^e»
Latone, et Délos à Neptune» «'^
ILES DU GOLFE SARONIQUE
avaient fait l'échaD^ entre eux. Ce tem-
Ele de I^eptune de Calaurie, dont les déris ont servi à la construction des couvents de Poros et d'Hydra , est à jamais illustre par la mort de Démosthène.
« Archias , informé que Démosthène avait trouvé un asile dans le temple de Neptune à Calaurie, dit Plutarque, passa dans Tlle sur de petits bateaux, et, étant débarqué avec une troupe de soldats thraces , il voulut persuader à Duémostbène de sortir du temple et de venir avec lui trouver Antipater, affirmant qu'il ne lui ferait aucun mal. Mais Démosthène avait eu , la nuit précédente , pendant son sommeil un songe étrange. Il avait cru se voir luttant contre Arcblas à qui jouerait le mieux une tragédie : pour l'action, c'était lui-même qui l'emportait, mais son rival triompha par la richesse des costumes et des décorations. Aussi Archias eut beau faire, dans ses discours, un grand étalage d*humani té, Démosthène , levant les yeux sur lui , assis comme il était : « Archias, dit-il, jamais je n'ai cru à tes paroles quaodtu jouais ton rôle au théâtre, tu ne me feras pas davantage croire aujourd'hui à tes promesses. » A cette réponse Archias s'emporte et commence à menacer. « Maintenant, reprit Démosthène, tu parles en homme inspiré par le trépied de Macédoine; tout à Theure ce n'était que le langage d'un comédien :
attends donc un peu que j'aie écrit chez moi pour donner mes derniers ordres.
En disant ces mots, il se retira dans Tintérieur du temple ; puis , prenant ses tablettes comme pour écrire , il porta le roseau à sa bouche et le mordit, eeste qui lui était habituel quand il méditait ou composait quelque discours. Après l'y avoir tenu quelque temps, il se couvrit de sa robe, et pencha la tête. Les soldats qui se tenaient à la porte du temple se moquaient de ce qu'ils prenaient pour de la pusillanimité, et le traitaient de lâche et de mou. Archias 6'api)rocha de lui, et l'engagea à se lever; et lui répétant les mêmes propos^ il lui promit derechef sa rentrée en grâce auprès d' Antipater. Démosthène, qui sentit que le poison avait produit tout
son effet, se découvrit, et, fixant ses regards sur Archias : « Tu peux mainte* « nant, lui dit-il, jouer le rôle de Gréon « dans la tragédie, et faire jeter ce corps a sans sépulture. 0 Neptune! ajouta- « t-il, je sors encore vivant de ton temple ; « mais Antipater et les Macédoniens « n'ont pas laissé ton sanctuaire même « pur de leurs profanations. » Gomme il disait ces mots, il se sentit trembler et chanceler : il demanda qu'on le soutint pour marcher; et, au moment où il passait devant l'autel du dieu il tomba, et rendit l'âme en poussant un soupir. (1) »
C'est là le seul fait important de l'histoire de Calaurie , qui était une dépendance de Trézène, et qui partagea toutes les destinées de sa métropole. Aujourd'hui c'est Trézène oui vfesl qu'un misérable village (Damalos), et c'est Poros qui domine sur toute la côte voisine.
Les bois de citronniers qui bordent la pointe septentrionale de l'Argolide appartiennent aux gens de Poros. Des massi£s de figuiers et d'oliviers forment les abords de ce bois, où Ton circule par de petits sentiers couverts, bordés d'eaux vives et murmurantes; on s'élève peu à peu sur les pentes du rivage, et le bois s'épaissit de plus en plus. Arrivé sur la plate-forme oui le domine, on jouit d'un spectacle enchanteur, on a devant ses yeux Poros, la mer unie et brillaute, le cap Colonne , la côte vaporeuse de l'Atti^ue, et à ses pieds le bois de citronniers, qui forme depuis la colline jusqu'à la mer comme un tapis de verdure dorée, et qui parfume rair de ses douces exhalaisons. C'est un des endroits les plus délicieux du monde , où l'on retrouve le type de ces gracieuses descriptions que les anciens faisaient des Champs-Elysées :
Deveoere looos lœtoB et amena vireta Forbioatoram nemortim sedesqae beatas.
Aujourd'hui Poros ou Calavria est le chef-lieu de Téparchie de Trézène, section du département de l'Argolide et Corinthie.
(x) Pau8an.,II, 33, i.
ILES DU PÉLOPONNÈSE
Les îles qui bordent les côtes du Péloponnèse sont peu nombreuses, peu considérables , et sauf deux d*entre elles , Hydra et Spetzia , qui ont joué momentanément unrdle important dans la guerre de rindépendance, toutes les autres sont sans histoire. Nous aurons dit tout ce quMi en faut savoir, quand nousauronsindiqué leur situation géographique. Voici 1 énumération de ces tles en suivant les côtes du Péloponnèse depuis le cap Scyllœuni, qui marque la sortie du golfe Saroniaue : à la S ointe du cap, les trois îles u'Haliusa , e Pityusa et d'Aristera, aujourd'hui îles des Corsaires; en face de THermionie , Hydréa ( Hydra ), Apéropia ( Hydron ou Dhoko), Trikrana(Trikéra), llparenos (Spetzia) , Kolonis ( Speziepoulo) ; dans le golfe d*Argo$ : Ephvra ( Hypsilé, ou tie du Diable), Iriné ( Cavouro ou Caronisi ), Pityusa ( île du Port-Tolon) ; au sud du Péloponnèse, à la pointe de la Messénie; Théganussa (Isoladi-Cervi), les deux îles 0£nusses ^aujourd'hui Sapienza et Cabrera ; à Touest : les îles de Sphaclérie (Sphagia), de Prote (Prodano) ; et dans la pleine mer : les Strophades , aujourd'hui Stribali. Quant à cVthère, qui est au sud-ouest du cap Malee, nous 1 omettons dans cette énumération, parce qu^elle se trouvera réunie dans le chapitre des îles Ioniennes (1).
Iles d*Hydrà et de Spetzia (2).
Cest à peine si pendant les temps anciens il est fait mention de ces îles deux ou trois fois dans Pausanias, dans Pline , dans Etienne de Byzance .
Hérodote parle d'Hydra pour nous apprendre qu'elle appartenait aux Hermioniens, quiladonnèrent auxSamiensexiiés par Polycrate (3) , gue ceux-ci, ne voulant pas s'y établir, l'engagèrent aux Trézéniens pour une somme d'argent.
Même silence sur Hydra et Spetzia pendant le moyen âge et les temps modernes
(i) Voy. Forbig., Handb. der ait, Geogr., III, p. ioi6.
(a) Les Grecs écrivent ce nom n^rCaç.
(3) Hérod., III, 59.
jusqu'à la fin du dix-bQitièmesièele.)bi> a cette dernière époque, après les év;»ments de 1 770, des eokmies albaïuiseiiT établissent, etroncomroeDce à pantfé ces deux rochers jusau'àloniDcoDSâ^Xe commerce de la MéditerraDée paattc grande partie par les mains de ces 1^ laires : leurs navires fréqueoteottoosb ports. Une nouvelle puissance oaràii!
vient de naître. VilloisonaîaitrenHf?ié« fait, et le signaleaiosi danssesnanarii
que j'ai eu déjà roccasioD de dlff. ' Li
marine grecque, ditil(l\ eif|jtef»
sidérable maintenant qu'dien a jaas
été. Les patentes données «tt»»'^
piSgç, ou patrons de barque, pKle^aire
de Myconede la part du grand HBîtRK
Malte détruisent la caravane et le m-
merce des Français. Autrefois ««^^
obligé d'avoir recours à e«ttd«^
ment, parce que les Grecs et les T«c
craignaient d'être pris par les «rai»
Il nV a guère d'îles à présent qDiDtf«
plusieurs caïques , saccolèfes, MiKe^
six à sept. La petite Hydra ««k^^
deux cents. Ce sont les nw'P'^
niers de la Grèce , et ceux qni, ^
sant le mieux l'Archipel, rort fe^^
vite et perdent le moins de |«^jr
fait d'ailleurs que les ^P^^
ne peuvent pas soutenir la wj»^^
c'est qu'ils dépensent b^^^Ji,
pour leur nourriture et po« <^. ^
leur équipage, que '«J'^dé
mangent que de mauvais Dtfoui «r
et des olives pourries, et powt « ^
«Hydra est un rocher ande,^^ produit rien, et oiirofï ne fiW,, commerce.Çeux d'HydrafontaP^^ commerce d'Ancône, de WP' ^
niscdel'É^pte, de lain«><SL jusqu'à MSle. A Hydra ^n^
garçons que de filles; et on W^ la marinl dès l'âçe le plus ^ ^ xapa6oxtSpi5€ç hvdriotes ^^\^^ pectés de leurs matelots q«f jJVj^.it se font obéir avec P'"«,i*!fV sont exacts à remplir '^^^,^1 ments. » On peut en direauw»
(i)M«s. TilloUon,^*^'-^'^'^" 3 , p. 498.
ias
ILES DU PÉLOPONNÈSE
de Spetzîa et dlpsara, dont les habitants partageaient avec les Hydriotes les bénéfices du commerce du Levant et de la mer Noire.
« Certaines causes générales, qu'il est k propos d'indiquer ici , avaient contribué à entretenir chez les Grecs de TArchipel la pratique de la mer, et cet instinct de fa navigation que leur inspire dès Tenfance leur situation géographique.
« A Torigine des conquêtes maritimes des Turcs, les prisonniers de guerre ramaient seuls à bord des galères; mais quand les galères du sultan devinrent plus nombreuses, on recourut aux rayas grecs, et on en plaça sur les flottes à finstar des forçats. Plus tard, la rigueur de l'islamisme, qui interdit de confier la défense du trône des califes à des mécréants, céda devant la nécessité; parla raison qu'on avait remplacé les navires à rames par des bâtiments à voiles, on pensa que ceux qui n'avaient été que rameurs pouvaient devenir matelots. La Turquie se trouva si bien du concours des marins grecs , qu'elle donna en fief les tles au capitan-pacba, à l'effet d'inféoder le plus possible la population de ces tles à sa marine; et comme à quelque chose malheur est bon, les Grecs sous le oourbach et le bâton des Turcs, acquirent encore une au« dace nautique qui leur servit plus tard (1). »
Cette exploitation des insulaires de l'Archipel au profit de la marine turque pouvait produire et entretenir parmi cette population un personnel nombreux de manns exercés ; mais il fallait d'autres causes pour les mettre en état de se créer une puissance maritime indépendante et imposante.
Pendant longtemps les îles grecques n'eurent d'autres navires que les corsaires qui parcouraient les mers du Levant, et qui à une certaine époque attaquaient les pavillons dont Venise redoutait la concurrence commerciale. La 1)iraterie que Venise entretenait dans 'Archipel avait, du reste, son analogue dans les mers d'Amérique, où la
(r) De Ségur-Dnpeyron. La marine marchande grecque dans C Archipel. Revue des deux Mondes, Octobre 1S39, t. XX, p. 106.
France ne répugnait pas à mettre à profit le courage et l'audace des flibustiers. Malgré tous leurs efforts, les Vénitiens ne purent empêcher les Anglais et les Français de s'introduire dans le commerce du Levant, dont les Français étaient presque les maîtres à la fin au dix-huitième siècle (1) ; mais la révolution française ruina le commerce de Marseille , et laissa 1 champ libre à ses rivaux, fl y avait donc un grand vide commercial à combler, puisque Marseille et ses navires ne fréquentaient plus les mers du Levant.
Alors la marine marchande des Grecs, dont Villoison signalait déjà l'essorquelques années auparavant, prit des accroissements consioérables. A Hydra , à Mycone, à Andros, à Santorin, à Spetzia on groupa de petites sommes. Les Sciotes, qui avaient des capitaux, cherchèrent des marins pour utiliser leur argent» et les Spetziotes se présentèrent. On construisit tant bien que mal des navires qui allaient prendre du blé, soit dans les ports de la Méditerranée , soit dans les ports de la mer Noire, et qui le portèrent, selon les temps et selon les circonstances à Livoume, à Marseille, ou à Gènes, nmigré les escadres et les blocus. On doublait , on triplait les capitaux dans un voyage; et au retour, avec Pargent çagné, on construisait de nouveaux navires. Les disettes de 1813 etde 1816 redoublèrent l'ardeur des marins grecs, et portèrent la richesse et la prospérité des tles à ce point que lors de 1 Insurrection , Hydra, Ipsara et Spetzia comptaient plus de trois cents navires marchands , qui tous devinrent des navires de guerre et luttèrent contre les escadres turques.
Depuis, près d'un demi -siècle des projets d'anranchissement et des idées d'indépendance fermentaient dans toute la Grèce. Déjà les Hellènes s'étaient agités à l'apparition des Russes dans r Archipel en 1770; puis ils avaient compté sur l'ambition d'Ali-Pacha de Janina, avec lequel ils furent sur le point de se liguer contre le sultan Mahmoud, leur ennemi commun. En 1815 commença le mouvement des hétéries ; et en 1821 l'insurrection éclata dans
(i) Volney, Voyage en Egypte^ ch. x; en Syrie , ch, xiv.
s» LUNIYERS.
les profinces du Danube et en Morée. Ge|)endaot lei chefs d'Ipiui «t è
Alors les Hydriotes et les Spetziotes Spetzia s^enteodent avoc eeu d'Hjèi
furent entraînés parcemonvemeot, dont qui devient le ceatie de nosuneiM
ils n'auraient peut-être pas donné le maritime. On pread des means pn
tigoal, mais dans lequel ils s'engagèrent soulever tout 1 Archipel : eo tasm
râolument(2). £n ce moment un déma- toutes les forces nanlet doai « p«
gogue, Antoine iEconomos, excite le disposer pour le moiiieni,BûiuotKâ^
peuple d'Hydra contre les riches; Les vaisseaux d'Hydra, daqoaDtedtSffr
trésors des Condouriotls , des Tom- zia, trente-dnqd*lp6an,A0QâljR;
basis, des Tsamados, des Boudouris et navarqueouamiraldeUflotleeoiMn
de tant d'autres Hydriotes , qui dans la Jacob Tombazis, <{ai mdmàïï
suite seront prodigués pour la délivrance voile pour faire insuigef Om ^ ^
de la Grèce, sont menacés du pillage fendre Samos. Les succès RopMtBpt
par une multitude effrénée (1). Mais le Fescadre grecque sur la o^^
|eune Antoine Criésis, Tun des plus les procès de D.Hypsllaatisdai5left
mtrépides capitaines d'Hydra, dispersa loponnese avaient pour tmtamii
les insurgés, et força leur chef à se ren- les liens qui enchatoaieotKsCncsai
dre. Après avoir contenu Texplosion joug des Turcs. Le Ujaamlœ Ma-
populaire par leur fermeté , les grands vroeordatos et K^ios n*'"^'
d'Ûydra s*atUchèrent à en prévenir le Épldanre lesrepré8eiaaflts(iebi«&.
retour par leur dévouement à la cause et lui donnaient nue cooswi^
de rindépendance. Lazare Condouriotis blicaine , dont on oe PjitJ^T
donna l'exemple par ces nobles paroles, un gouvernement répier> ws
« Depuis trente ans , dit-il , je travaille guerre maritime ^^^P^^^^^'^^J^
pour amasser des trésors;je m'estimerai ne viffueur que jamais. Leeoi^^
heureux s'ils peuvent aujourd'hui servir raute qui siégeait à fiydn w»
à l'indépendance de mon pays. Je suis remplaoer Jaoob Tombini gr ^
certain que tous les riches d'Hydra par- Miaoulis, qui osale P^^iT^ j
tafferont mes sentiments ; mais s'ils re- Turcs sur mer en ^^^^
culent devant des sacrifices d'argent , ne les chassa des ctos du Pwy^'^^
vous découragez pas : je suis en état il leur fit expier «weUeBflHF ^
de faire à moi seul toutes les dépenses ravages deses brûlotiersttf'i'''^
de la marine (8). » Chio <1). , , ^^^g^
Quelque temps apn», hj^^
(i) Voy. plut haut, p. 904. commandée par AbdâJi»<«»^jjj
(a) Pouauev., u, 436 : Alex. Souuo, p. 7 x. voile vers le Péloponnèse, f^T^
(3) Yoioi réutauproximalif des offres pécu- les deux tles dont If^^^^^^ Z/m
niaires que les riches dHydra ont faites dans seauxoffk'aient à la répoblilp^ FT
tout le cours de celte révolution : d'inépuisables WSSODMei. Di^?J
Les frères Laiareet Georges du 19septenibrel832|a^f^
Condouriotis i,5oo,ooo fr. Signala la présence de! CBfi^r^
Les frères Stamatls et Basile de cette île par les '^^"^f'^^it
Boudouris. 55o,ooo Celle d'Hydractia ruine de «^^^
La famille de Tzamados. . . . 400,000 008 aaaritimesdelaGrèce.M»*^^
Les frères Jacob et Emmanuel laires éUient SUr leUTSprdtf -l^Ji
^ '^°^^"", i^°'*^*>*> les plus aocessiblesétaieatdeW^jr^
i'nH J^Î^!ro.?ïl; ^r*^*" des postes échelonnés mj^y^
André Miaouhs 25o,ooo MiaôuUs croisait avec «fljf*^
Sesdeux ondes Jean et Fnm. dev^Tle^X de lUt ^^JZ
çois Bulgans 200,000 a1 SzU' jïr>r.,i.a il martW'r
Ses'frères Ansgnostes et Ni- ^« > ^^«^ ^.*!iÏÏS'ifl «^^
edas ^conomos. , aoo.ooo wncontre, et eng«» ""^^
Le beau-père du capitaine Sal- "ja^a*.» qu© !««. ^^9^^^,.^^^
sinis. r. ........ . 200,000 Spetzia regardaient aT(^an«e^ûi«^
Anagnosie Phonos i5o,ooo d^ WUrS rocbcrs. U *a*""
"Voy. Soutzo, Histoire de la RévoUttion
Grecque , p. 107. (l) yoy. plus haut; p. ^^'
ILES 0U PÉLOPONNÈSE
Msnra aux Grecs la victoire, un instant compromise. Après cette défaite, la flotte turque se retira dans le golfe de Nauplie. De nouvelles tentatives dirigées de nouveau contre Spetzia ne furent pas plus heureuses que la première ; et le pacha, craignant de voir sa flotte entièrement consumée par les brûlots de Canaris et de Pipénas, abandonna les côtes du Péloponnèse, et se retira vers TAsie , honteusement chassé par les Gcrecs à travers les ties de l'Archipel. L*infatîj[^ble Miaoulis ne cessa de harceler Famiral turc jusque dans les eaux des Dardanelles, «t il détruisit une partie de sa flotte dans la rade de Ténedos (1).
Jusque là tout avait favorisé les projets des Grecs, et la fortune ii*avait cessé <le leur sourire ; mais tout à coup la situation change d'aspect. La discorde, jusque là contenue à grand'peine, éclate partout. Les primats du Péloponnèse , les généraux rouméliotea, les sénateurs d'Hydra , forment différents partis ; Golocotronis et Mavrocordatos se disputent le pouvoir. Hypsilantis, las des intrigues de ses adversaires , se condamne à nnaction. Le sénat est sans président, le corps exécutif sans autorité, et l'amirauté d'Hydra en rupture ouverte avec le gouvernement (3). Malgré leurs dissensions, les Grecs purent encore détruire l'armée de Dram- Ali, envoyé pour < reconquérir la Morée, 1823. Mais l'année suivante, 1824, Ibrahim, flls de Méhémet-Ali , pacha d'Egypte, le plus puissant et le plus redoutable des vassaux du sultan , envahit la péninsule avec une forte armée. Depuis ce moment les affaires des Grecs allèrent en déclinant. Leurs dissensions, de plus en plus acharnées, leur faisaient oublier la défense de la nationalité à peine reconquise. Au milieu de cette agitation funeste, la chute dlpsara produisit une terrible et salutaire impression, en ramenant les Grecs sur le champ de bataille. De brillants faits d'armes vengèrent la ruine des l>raves Psariotes , et la flotte ottomane fut encore obligée de se retirer après de grandes pertes devant l'escadre des Grecs.
Tant de services rendus à la cause na-
(i)Yoy. plus haut» p. 346.
(y Al. SouUo , p. 393.
tionale avaient placé les Hydriotes à la tête du gouvernement. George Condou* riotis avait été nommé par le sénat président du conseil exécutif. Gondouriotis réprima les mouvements des primats du Péloponnèse, Zaïmis, Sîstinis, les Delianis, Londos, Notaras, Colocotronis, qui furent mis en jugement et transférés oans l'tle d'Hvdra. Cette mesure rétablit pour quelque temps le calme dans la Grèce, qui ressentit pour la première fois, sous le président Condounotis, les bienifaits d'un bon gouvernement. Mais dèa l'année suivante, 1826, la rivalité naissantede Mavrocordatos et de Colettis avait déjà raUumé partout les feux de la discorde.
Aussi Ibrahim-Pacha , qui s'était retiré dans l'tle de Candie , reparut en Morée, avec la ferme résolution de faire déflnitivement la conquête de ce pacbalik, que le sultan avait ajouté au vaste ffouveraement que son père possédait d^. Cette f6t8 m Condouriotis par terre ni Miaoulîi par mer ne purent défendre Modon etNavarin. Sphactérie fut emportée par Soliman-bey le 8 mars.
Dans cette affaire Hydra perdit plusieurs de ses braves capitaines, et surtout Tramados, qui ne le cédait qu'à Miaoulis. Celui-ci vengea la mort de son ami en brûlant une partie de la flotte égyptienne mouillée à Modon, dont la pouanère fut incendiée et les magasins et fortifications en partie détruits. Cette victoire n'empêcha pas Navarin de succomber; il fallut rendre Colocotronis à la liberté pour ramener l'ardeur guerrière des Moraîtes, qui ne voulaient pas combattre sous un autre chef. Tandis que les Grecs luttent
Ëiniblereent sur terre contre Ibrahim , les ydriotes, informés que Méhémet-Ali a juré d'anéantir leur ue, vont le braver jusque dans le port d'Alexandrie. Canaris et les autres brûlotiers poussèrent leurs brûlots contre des navires qui étaient à l'ancre devant le palais du viceroi; mais le vent contraire repoussa ces machines incendiaires, qui se consumèrent inutilement. Poursuivis par les navires du port, les brûlotiers regagnèrent l'escadre que commandaient Tombasis et Criesis, et qui rentra le 25 août dans le port d'Hydra, d'où elle était sortie le 4 du même mois. Quoique le but de l'entreprise ait été manqué, elle n'en est
L'UNIVERS
as moins digne cTétre consignée dans es annales de cette guerre comnie une des preuves les plus éclatantes de Tintrépidité des marins grecs.
Cependant cette lutte inégale et trop prolongée épuisait les ressources de Faristocratie d'Hydra. Depuis longtemjps son commerce était ruiné : le peuple, qui autrefois trouvait facilement à travailler età vivrequand les affaires étaient florissantes, n*8yant plus d'autre profit que le butin fait dans les courses en mer, était tombé dans le dénûment et murmurait contre ses diefs. André Zaïmis, chef des primats péloponnésiens, travaillait à fomenter une insurrection qui pût perdre les Condouriotis. Elle éclata en effet dans les premiers jours de décembre 1825. A différentes reprises les plébéiens d'Hydra se rassembikent dans la place publique, au son du tocsin; ils insultèrent les Condouriotis, et menacèrent de mort les autres primats de Ttle, s'irritant ou s'apaisant au gré des meneurs secrets qui les dirigeaient à leur gré. C'était comme au temps des républiques de Tancience Grèce, ou l'aristocratie et la démocratie étaient toujours aux prises. Les primats d'Hydra parvinrent a rétablir la tranquillité dans leur Ile, et les Condouriotis, pour éviter le retour d'une pareille crise, provoquèrent la réunion d'ime assemblée nationale à Hermion. De son c6té Zaïmis organise un congrès à Égine : les deux assemblées sedisputent la pr^ndéranoe, tandis que Karaïskakis et ses amis, voulant mettre fin à l'anarchie, déférèrent la présidence de la république grecque au comte Jean Capo-d'lstrias, 1826. Sous ce nouveau gouvernement. Athènes fut prise par les Turcs. Karaïskakis fut tué dans les marais de Phalère en combattant pour la défense de cette place, dont la prise entraînait la perte de la Grèce centrale. Ibrahim était sur le point d'achever la conquête de la Morée. Il ne restait plus aux Grecs que les rivages de l'Argolide et les lies de l'archipel occidental. L'in* dépendance hellénique allait succomber dans cette lutte trop inégale; elle fut sauvée par l'interveation armée des trois puissances chrétiennes. La France, la Russie et l'Angleterre résolurent enfin de venir en aide aux Grecs épuisés. La bataille de I>ïavarin, 1827 , anéantit la
marine turque sur les côtes de fade.
En 1828 une armée française sons les ordres du général Maison chassa ks Égyptiens de la Morée, et en assura Fbdépendance. A partir de ce moroeet les Hydriotes, les Spetziotes ^ les màm insulaires se retirent de la lotte, ev a^ remplissent qu*un rdie secondaire, laissant le champ libre aux généraux affîéii qu'ils se sont oondliés par leor béroi^ constance, et qui leor assurent cnfis k
Eossession de cette liberté politiqoe^T»
iquelle ils avaient tout sacrifié. Ce^eidant les puissances qui s^étaient cstei dues pour délivrer la Grèee ne poofaRSt tomber d'accord pour la ooastrtoer ëéfinitivenoent. La présidence de Cmh d'Istrias fut encore agitée par des dâssensions intestines. Q^and on s'afcrçot qu'il affectait le pouvoir absola etq^îl se livrait exclusivement à rallianeeniae, les hommes les plus émioents du pfs se séparèrent de lui. Le Magna se déââfi mdépendant ; Hydra suivit eet exesapk.
Les Russes marchèrent pour le sooleaff; ils attaquèrent Hydra et Pcnros, où état réunie la flotte grecque, que ses aani incendièrent pour ne point la laêser tomber aux mains de rennemi, 13 êsâi 1831 . I^SoctobresuivaDt^Opo^Tbtriis fîit assassiné. L'anarchie dédiira eseon la Grèce pendant les premiers mob de 1832 ; mais la paix lui fut readoe btentéc par la proclamation du roi CHfeon^qai prit possession de son rojrauroe kt4|ûi* vier 1833 (1). Hydra , Spetzia et les astres lies des côtes de l'Argolide faral comprises dans le nouvel Ëtat grec. Efles forment aujourd'hui deux épardues do département de l'Argolide et Gorintine; mais elles ont englouti dans cette te^ rible guerre de l'indépendance leur eirine et leur prospérité commerciale, éœ! il est bien difficile d'espérer et de ^ voir jamais le retour.
Les lies du Golfe Argolique, Ephin.
Irine, Pityusa,ne sont nommées qœfi' Pline et Pomponius Mêla (2).
Théganusa est mal à propos p2Kte par Pline dans le Golfe de Laôi^ Cest peut-être cette erreur qui a pn>-
(0 Buchon, La Grèee contineidÊit ^ l»
M ortie, p. xSg.
(!à)Plia., IV, 19, i5; Pomp. Utèà.Vi,, 7» 10.
ILES DU PÉLOPONNÈSE
<luit celle de plusieurs cartes modernes, où rîle de Cervi est mise à Touest du cap Saint- Ange, au nord deCérigo, à la place de la presque lie que les anciens appelaient Ouugnatbos. Théganusa ou Cervi est en face le cap Akritas , aujourd'hui cap Gallo, qui forme avec le cap Matapan Tautre extrémité du Golfe de Coron ou de Messénie (1).
Les OEnusses. — Cest un |)etit groupe de trois ties, situées à la pointe sud-ouest de la Messénie, presque en Cace de Modon et de Tancienne rade de Phœnicus. Les deux plus grandes de ce groupe s'appellent aujouriThui Sapienza et Cabrera; la troisième et la plus petite , rtle Verte, est placée entre les deux autres. Ces Iles ont été concédées au royaume de Grèce lors de sa composition par les trois puissances protectrices.
Ile de Sphactbrie. — Cette tle, appelée aujourd'hui Sphaçia (2), sert de barrière et de rempart a la rade de P^Ios, qui porte maintenant le nom de Navarin. Elle a quinze stades de longueur : elle était autrefois couverte de
(0 Plin., IV, 19, 5; Mêla, H, 7» "> ; Ptol., UI, 16, a3.
(a) Les anciens lai donoaient aussi ce nom ; on le trouve dans Xénophon, Hell,, YI » a, 3i;Strab., vm,348.
bois ; ce n'est plus maintenant, comme tant d'autres îles grecques, qu'un rocher nu et inhabité. Sphactérie a été illustrée pr deux faits d armes séparés l'un de l'autre par un intervalle de plus de deux mille ans. L'un est la prise de cette île par Cléon et les Athéniens, pendant la guerre du Péloponnèse, l'an 425 avant Père chrétienne; l'autre est la bataille navale de Navarin , où la flotte turcoégyptienne fut défaite par les flottes combinées de la France, de l'Angleterre et delà Russie en 1827. En 1825, elle avait été prise par les Égyptiens , que commandait Soliinan-Bey , malgré la vigoureuse défense des Grecs, qui y firent des pertes cruelles. C'est dans ce combat que périt le piémontais Santa- Rosa, à qui un céuotaphe fut érigé dans une caverne de l'île, à l'endroit où il avait succombé les armes à la main (1). PjftOTB , aujourd'hui Prodano , est au nord de Sphactérie, tout près de la côte de Messénie. Elle est restée une île déserte, comme au temps de Thucydide (2), qui est, je crois, le seul historien qui en fosse mention.
(i) Voyez rartide sur SanU-Rosa de M. Cousin, ÂevM des Deux Mondtt, mars
xS4«.
»Thuc.,IV, i3.
S4e Livraison. (Iles du Pelopoviibsb.)
ILE DE CRETE
Dbscbiptioii et OÉOORàPHIB l'ilb de Crète.
DE
Noms phimitifs. — L'Ile de Cr^e , appelée par les Vénitiens Candie et par les Grecs d'aujourd'hui Icrtti, porta dans rantiquite un grand nombre de noms. Elle s'appela Macaronesos et Aeria^ à cause ae la douceur de sa température et de la beauté de son climat ; Doliché, pour sa forme oblongue, enfin Chthaonia, Telchinia et Idaea. Quan^au nom de Crète lui-même, qui a prévalu, il serait difficile d'en indiquer d'une manière précise l'origine, tant les historiens 0 et les étymologistes anciens sont peu A d'ao^rd sur ce point. Suivant les uns, il viendrait de Curetés , comme Telchinia vient de Telchines, deux peuples qui jouentun rôle considérable dans la cinlîsation et Thistoire primitives de cette tle. Suivant d'autres, la Crète aurait étéappeléeainsi du nomdelanympheCréta, I une des Hespérides. Au dire d'Eusèbe (1) , Crès, indigène, premier roi de Crète , lui aurait donné son nom. Enûn , Diodore de Sicile (3) rapporte qu'Ammon , « pressé par la famine, se réfugia en Crète, où il épousa Créta, l'une des filles de Curetés , alors régnant , et qu'il fut reconnu roi de cette tle, qui, nommée auparavant Idaea , fut appelée Crète, du nom de la femme du roi. »
Position astronomique et géographique. — La Crète, la plus grande des tles de l'Archipel, est comprise entre :
(i) Ouvrages spéciaux sur Hle de Crète : MeursiuSy Creta, etc; Hoeck, Kreta, 3 vol. in-8o ; Manso , Sparta ; Car. Fred. Newman, Creticantm rerum spécimen, GoU. iSao; Sainte-Croix, Des anciens gouvernements fê' dératifs; Mannert, Geogr.^ VIII, p. 675,717 ; Toyages de Pococke, ToumeforI, Olivier, Savarv , Sonnini . Torres-y-Ribera, CockerelL Sieber, et Pashiey; Boschini, // Regno ai CantUa,, atlas, in-fol.
ia) Eus., in CUron, Can»
3}Diod., m, 71.
lat. nord S4«-85«et long, est 21- -2t Elle s'étend sur une longueur d'enrin 140 kilom. depuis le promontoire Ccn cos ( aujourd'hui Capo Boso ), à Voaeii jusqu'au promontoire Sidéro , à Feâ Mais sa plus grande lai^geor, eatr? t promontoire Dium (aujounfho! Q|t Sassoso ) et le promontoire Hétailic
i aujourd'hui Punta Matala) n^est-ip 'environ 40 kilom. Au sud elle est kgnée par la mer Libyenne, et au nord fa la mer de Crète (aujourd'hui canai « Cérigo et mer de Candie) et la mer Cst pathienne (aujourd'hui canal deScarpan to), qui la séparent de Cvthère (aaiim d'hui Cérigo), des C^clades et de h petite tle de Casos (auioanfbai Cazo y Située entre la Grèce> la Cyrénalque et la Phénicie, à peu près à égaie diàaiH de FEurope , de l'Afrique et de F Asie , nie de Crète était comme le point àâ contact de ces trois oontineriS, et h centre de l'ancien monde.
Aspect général ; desgbiptio»
DES CÔTES. — Cette tle présente un àtcuit très-irrégulier. Ses côtes, panicuâ^ rement au nord , sont fort découpées «t à quelques endroits profondénient cressées par la mer. Aussi est-elle loin (Tivoir dans toute son étendue la méje largeur. La côte occidentale , depuis ir cap Corycos au nord -ouest, jusqn^a cap Criu-Metopon ( aujourd'hui C^ Cnoou Saint- Jean) au sud -ouest, etf d'environ 82 kilom. A partir du preioer de ces promontoires, les terres tentntf considérablement, et font place à ^ baie profonde , pour proieter de oii' veau dans la mer, à quelque distia»
de là , vers l'est, une assez grande prfquile qui se termine au promooioit Psacum (aujourd'hui Capo Spada}. Ti peu plus loin , File se rétrécit de bs^ veau jusqu'à Fembouchure du Fftstf (iaujourdnui Causa). Là se woà^ une péninsule qui s'arrondit sensèkment en s'avançant dans la mer, H ' tient au continent que par un isthm fort étroit, resserré entre les bouches di
ILE DE CEŒTE.
5St
Pycnus à Touest et le golfe d*Aniphimala (aujourd'hui Golfodella Suda) à Test.
Cette péninsule se termine, au nord, au cap Ciamum ou Cydonium (aujourd'hui Capo-Maleca ou Acrotiri). Au cap Drepanum ( aujourd'hui Capo - Drapano ) rtle s'élargit , mais pour se rétrécir encore jusqu'à l'embouchure de l'Amphimatrium (aujourd'hui Armiro). Entre les bouches de ce fleuve et celles de Massatia (aujourd'hui Me^la-Potamo) on ne compte que 16 kilom. Depuis cet endroit la côte se relève progressivem<>nt jusqu'au cap Dium. Entre ce cap et le cap Métallum , la pointe la plus méridionale de rile , celle-ci atteint sa plus grande largeur, évaluée à environ 40 kilom. A partir du cap Dium la (^te va de nouveau se rétrécissant graduellement jusqu'au promontoire Cétium ( aujourd'hui capSaint-Zuane). A cet endroit la mer s'engouffre fort avant dans les terres et creuse, entre ce dernier cap et le cap Sitye, une large et profonde baie, ayant la forme d'un triangle dont le sommet se rouve près d'Istros. Ici l'on ne mesure pius au environ 10 kilom. de largeur; c'est l'endroit où les deux côtes sont le plus rapprochées. Celle que baigne' la mer Libyenne est loin d'être aussi coupée de baies , aussi hérissée de promontoires. Elle s'étend de l'est à l'ouest, sur une ligne à peu près droite , du cap Ampelos (aujourd'hui Capo-Nacro) jusqu'au cap Métallum. A partir de cette pointe jusqu'au cap Criu-Métopon, elle présente plus d'inégalités, sans être toutefois assez accidentée pour mériter une description détaillée.
Montagnes bt caps. — Comme en général toutes les îles de l'Archipel , la Crète est traversée par une longue chaîne qui court, de Test à l'ouest, d'un rivage à Fautre. Cette chaîne se compose de trois montagnes bien distinctes qui s'en détachent en saillie , et semblent, au premier aspect , former autant de massifs isolés; mais qui n'en sont pas moins reliés en un même système. Ce sont : le Dicté ( aujourd'hui Lassiti ou Cittia ), à l'est; l'Ida (aujourd'hui Psiloriti), au centre, et les Monts Blancs (Leucaori , aujourd'hui Asprovoima ou Monts-Sphakiottici), à Touest.
L'Ida, la Haute 'Montagne^ s'élève au milieu de File à l'endroit où elle est
le plus large. Cest un énorme massif, qui atteint une hauteur de 1 ,200 toises au-dessus de la surface de la mer. De son sommet , couvert d'une neige éternelle, on aperçoit les deux mers, Cythère. Mélos, plusieurs autres îles de l'Archipel , et même Rhodes , les côtes de l'Asie Mineure et celles de la Laconie. Vers la moitié de sa hauteur, où il présente une base de forme conique , il s'élève entièrement isolé; mais de son
Sied partent dans toutes les directions e nombreuses branches qui le relient , à Test et à l'ouest, aux deux autres grou-
I)es. Une de ces branches se dirige vers e nord , et se termine au cap Dium, après avoir elle - même envoyé à l'ouest un contre-fort qui s'étend jusqu'au fleuve Oaxes. Une autre court au nord-est ,^ jusqu'au fleuve Triton ; une troisième , à l'ouest, va rejoindre les monts Blancs^ aux sources de r Armiro ; une quatrième, au sud-ouest, sépare le fleuve Eiectra do mont Cédrias. AU}Sud,rida baigne son pied dans le Lethaios , et borde la riche plaine de Gortyne. Son versant oriental s'abaisse sensiblement, et ne se relie que par de légères ondulations à une montagne du territoire de Cnossos , située à égale distance de l'Ida et du Dicté, mais rattachée au premier par les géographes anciens. Enfin , un autre bras de flda s'étend jusqu'au fleuve Potbéreus , qui sert de hmite entre cette montagne et le Dicté au sud-est , comme le fleuve Cératos au nord-est.
Ainsi que l'Ida, le Dicté se détache de la grande arête qui parcourt l'île à ^ale distance des mers de Crète et de Linye, auxau elles il touche également parles nombreuses ramifications qu*il incline vers les deux côtes. Cette montagne est moins élevée que l'Ida et les monts Blancs. Elle forme comme deux groupes distincts. Le premier s'étend jusqu au cap Cétium et la ville de Hiérapytna, à l'est; le second, séparé du précédent par un petit fleuve qui arrose Istros , couvre la partie la plus orientale de File, où «il forme les caps Sitye , Sidéro et Samonium (aujourd'hui CSalamo).
A l'autre extrémité de l'île , derrière les fleuves Massatia et Armîro, qui servent de limite occidentale à l'Ida , s'élèvent les monts Blancs ( Leuka ), ainsi nommés soit à cause de la couleur blan-
L'UNIVERS
châtre de leara rochers, qui consistent en pierres calcaires , soit à cause des neiges qui couvrent leur cime pendant une grande partie dei*année. Cette montagne atteint presque la hauteur de Tlda. Du nœud central rayonnent dans toutes les directions plusieurs branches , dont les plus considérables sont : le mont Co* rycos, qui se termine, au nord-ouest, au promontoire de ce nom ; le mont Tityros, au sud-ouest, qui s'étend jusqu'au cap Criu-Métopon ; le mont Dictinéos, qui finit au cap Psacum (aujourd'hui cap Spada), au nord; le mont Bérécyntbos, au centre ; enfin le mont Cadistos , aux sources de TAmphimatrium.
Fleuves.— La chaîne qui courtd'une extrémité à l'autre de Tlle de Crète , la partage naturellement en deux grands versants, l'un septentrional et tributaire de la mer de Crète , l'autre méridional et tributaire de la mer de Libye. Au premier appartiennent : leJardanusetle Pycnus (aujourd'hui Canea), dans la
r^ion des monts Blancs; l'Amphimatnum (aujourd'hui Armiro), TOaxes (au-
ijourd'l
Cartero), et le Cœratos (aujourd'hui Aposolemi), dans la région de l'Ida; la partie de 111e où s'élève le Dicté n'est arrosée que par quelques cours d'eau sans importance. Tous les fleuves considérables du versant méridional appartiennent à la région de l'Ida ; ce sont, de Fouest à l'est : Te Massatia (aujourd'hui Megla Potamos), l'Elecira ( aujourd'hui Galigni ) , le Lethacus ou plutôt le Lethaios ( aujourd'hui Malogniti), et le Pothereus ou Catarractus (aujourd'hui Zuzuro ).
DlTlSIONS NATimELLES BT POLITI- QUES. — Ltle de Crète est partagée naturellement par ses montagnes en trois régions distinctes : celle de l'est, ou du Dicté ; celle du centre , ou de l'Ida , et celle de l'ouest, ou des monts Blancs. Chacune de ces contrées, avec sa montagne particulière et sa grande cité , se détache si nettement des deux autres, que cette division ph3[sique est devenue de bonne heure la division politique de 111e. Il ne faudrait pas toutefois prendre ce mot dans son acception rigoureuse. La Crète n'ayant guère connu , dans l'antiquité,
l'unité politique, nepiésenteàuKOM époque de son histoire andesDe les éivisions régulières d'un Étatcoœpaclt fl faut aller, pour y en trouver, jusqn'aoi temps de la domination véDitieDotLiie fut alors partagée en ebâteHeaks [mtelli ) : il y eut celle d'ÂJnarl, de Spbakia, de Milo-Potamo, deTeroeiioSfdeMiibello, etc. Les Turcs, qui s'en rendiwi maîtres en 1669, la divisèrent eooatt pachaliks : ceux de Candie, de la Cuw, de Retbim^o et de Setia. Ce denutf ^ supprimé dans la suite.
Villes de LACaèiE mciEm- L'antiquité a célébré les cent nte * la Crète. Poètes et hislorictf « «« accordés sur ce point (l). M«» ?
cite même jusqu^à cent ^1^*,.^* diverses calamités en firent daçïaii
un grand nombre. Déjà Homè^ipto ï Iliade célèbre la Crête wxcf^ n'en mentionne plus dans ïiW^ que quatre-vingtJii (5). Du nlKa effet, furent détruites defoodefl«oj»
dans une guerre civile, aprw aj^ deTroie. Sous lesempereorsTâli^ et Valens, un tremblement de m^ renversa plus de cent (368 M ^1:' SousGratien, une grande partie* « fut submergée par une inoofjy^:
faut en croire le commentatau^.
gUe lep cent vUles auraient éte*^ vement réduites à vingt et àwj^ SOS et Hiérapytna (4). Auj(i^ toutes ces cités ilne reste ([^^^^ Villes db la mowh owjj^ -Lyctos, au pMduDi^^^J^ anciennes viUM de la ûèljl^^J; envoyée, suivant la tradiUOD, r donner le jour à Jupiter. I>*^JJ^
Lyctos fut une Pu^w^^TÎ^.
démonieune, et lutta conw^ dont les habitants la si«rprn;»^%pè.
truisirent. Les Lyctiens figûis uj^
rent un asile hospitolier f^^V^ piens. Les autres viUesde »^,^ étaient : Chersonesos, port ^y, sur la mer de Crète; Oiûji SW^i^M ou Camara , au nord ; ^^^tltt Lyction. un des meilJeurt por^
(i) Hom., //., II, 6*9^^,VÎÎ ' ioè;Hor.,0</.,IU, i7;|*Jj;,,i^ (a) Meurs., Creta,hb,lt^'
(3) Hom., Odfs., il^J '^'^
(4) Servius,a</-fiff.i"''*
ILE DE CRÈTE
5as
dans les temps anciens ; Istros ; Oleros, avec un temple de Diane ; Étea , Itanos, à Test; sur la côte méridionale on remarquait Hiérapytna, au pied du mont Sacré , un des premiers sanctuaires du culte de Zeus ; aussi sa fondation est-elle attribuée à Corybas , Tun des Curetés ; Erythraea etHystssurles promontoires ErythraBum et Dictaeum, qui s'avancent dans la mer de Libye; enfin à Fouest, Apollonia, sur le c^ Zephyrium ( aujourd'hui Ponta di Tigani).
Villes de là bégion centbàle. — Cest autour de Tlda que se trouvaient les villes les plus anciennes et les plus considérables de Tile. C'est d'abord Cnossos. Aux lieux où les dernières hauteurs de rida s'abaissent en riants coteaux vers la mer de Crète, s'élevait la grande cité de Minos. Deux fleuves, l'Amnisos et le Cératos, une mer immense et une haute montagne , formaient comme une magnifique ceinture autour de cette ville célèbre, dont les environs rappelaient aux Cretois les plus augustes traditions de leur antique religion. Là était le berceau de Jupiter, là son tombeau, dont les Cretois montrent encore aujourd'hui les ruines sur une éminence appelée le mont Icare (!)• Là coulait le Triton , sur les bords duquel tomba le cordon ombilical du Dieu , lorsque les Curetas l'emportèrent au moment où il venait de naître j événement qui fit consacrer cet endroit sous le nom d'Omphalos (INombril), et la campagne environnante sous celui û'Omphaltuni (2).
Là enfin, sur les rives du Théron, furent célébrées les noces de Jupiter et de Junon. Ces traditions ne permettent pas de douter que Cnossos ne dût son origine aune des colonies qui s'établirent, dans les temps les plus reculés , autour de l'Ida , et qu'elle ne fût un des premiers sanctuaires du culte primitif des Cretois. Mais l'époaue de sa plus grande puissance fut le règne de Minos. Elle devint alors la capitale de Ttle. Après l'établissement des colonies doriennes, elle se maintint encore au premier rang. Elle aspira même à dominer sur l'tTe entière , et s'unit dans ce but avec Gortyne. Mais dans la suite elle éprouva
(x) Savary, Lettres sur la Grèce, p. 194. (a) Diod. v, 70.
des revers dont elle ne se releva jamais entièrement. Anrès la conquête de Tlle par Métellus, elle reçut une colonie romaine. La treizième année du règne de Néron (67 ap. J.-C. ), un tremblement de terre la détruisit de fond en comble. Elle ne s'est pas relevée de ses ruines. « Des monceaux de pierres^ d'anciens murs à moitié démolis, des restes d'édifices, et le no m de Cnossou, » que l'emplacement qu'elle occupait a conservé , font seuls connaître le heu où s'élevait la superbe ville de Minos.
Cnossos avait deux ports sur la côte septentrionale : Heracleion et Amnisos^ le premier à l'endroit où s'élève aujourd'hui Candie, le second à l'embouchure du fleuve du même nom.
Sur le versant opposé de l'Ida , à l'endroit où commence la riche plaine que bordent, au nord, cette montagne et le Lethacos ou Lethœos , était située la ville de Gortyne. Le nom de Larissa., qu'elle portait primitivement, atteste une origine pélasgique. Elle dominait sur toute la plaine qui s'étend au-dessous d'elle. -La se trouvaient Phœstos et Rhytion , villes déjà célèbres au temps d'Homère; Pyranthos, Lisia, Bœbé, Matalia , Bienna ; Métallon et Lébéna , deux ports sur la mer Libyenne, et peut-être les seuls de la côte méridionale dans les temps anciens.
Gortyne possédait plusieurs temples célèbres ; celui d'Apollon était en grande vénération parmi les Grecs. Cette ville avait plus de huit kilomètres de circuit. Ses ruines, dispersées sur un grand espace de terntoire,attestent encore aujourahui son étendue. Parmi ces ruines ou remarque une porte de ville , en grosses briaues et à large façade ; au delà , un doùole rang de piédestaux dont la base plonge dans le sol : on dirait les portiques d'un temple; plus loin , une église à moitié en ruines, d'une architecture simple, sans colonnades, et dont la construction paraît remonter aux premiers temps au christianisme.
A l'ouest de Gortyne et de Cnossos , on trouvait encore Bhaucos, sur la riv«
gauche du Pothéreus; Lycastos, au pied u mont Argœos ; Praesos , sur le Pothéreus, ville habitée primitivement par les Étéocrètes, et détruite dans la suite par ceux d'Hiérapytna. Elle avait un
L'UNIVERS
temple de Jupiter-Dictéen. De l'iutre c6té de llda, il fiaut citer RbytimDa (auj. Rétimo), Éleuthéra , Oaxos sur le fleuve de ce nom ; Aulon y Éleutherna , Sybritia, et Psycbium ; enfin, sur la c6te septentrionale, Dium, Cytœion, Matium, et Apollonia. De toutes ces villes Dous ne connaissons guère que les noms. Villes db la. région occidentale. — Ce que Lyctos était pour la région du Dicté, et Cnossos pour celle de l'Ida, Cydonia (auj. la Canée) l'était pour celles des monts Leuca : le principal centre politique et le siège des premiers babitants de la contrée des Cydoniens. Elle s'élevait entre le Jordanos et le Pycnos. Les traditions Cretoises lui donnaient pour fondateur Minos. Mais son titre de Mère des villes semble indiquer une origine plus ancienne. Homère ne la cite point; mais il mentionne les Cydoniens , qui furent sans contredit les premiers fondateurs de cette ville (I). Cydonia ne s'éleva pas à la puissance de Cnossos et de Gortyne ; mais elle venait immédiatement après elles ; et au milieu des rivalités de ces cités , elle assurait toujours la su-
(irématie à celle dont elle embrassait e parti (2).
A l'ouest de Cydonia , le long de la côte septentrionale, s'étendait la région pergaméenne. Là se trouvait Pergamos , où mourut , dit-on , Lycurgue , le législateur de Sparte. Les traditions ne s'accordent pas sur l'origine de cette ville : Virgile lui donne pour fondateur Énée (3). Suivant Velléms Paterculus, elles aurait été bâtie par Agamemnon , en mémoire de la prise de Troie (4).
Plus au nord, sur le flanc oriental du mont Dictynnien, était située Dictynna, avec un temple de la déesse Britomartis,
2ui était aussi connue sous le nom de lictynna. A l'est de cette ville, sur le golfe d'Ampbimala (auj. Golfo délia Suda) : Amphimala, Cisamos (auj.
Cisamo), port d'Aptère, ville située plus à l'ouest; au sud des précédentes :
Polychna, Lappa ou Lampa, fondée, dit-on, par Agamemnon. Elle reçut dans
(x) Hom., Odxs,, XIX, 176.
(a)Polybe,IV, 55.
(})jEn., III, i33.
(4; VeU.Palerc., I, x.
ses murs lesLyttiensfbgitibipièilida truction de leur ville par lesCnossiati Phœnix, port sur la merlibfnoe Tarrha et Elyros , deux des prinàpen centres du culte d'Apolk» dans cette partie de nie. Cette dernière villepisai pour la patrie de Thaiétus, poète U que, antérieur à Homère; elle mit peis port Syia sur la mer de Ubye-, ^ sama. port sur la eôte oeddaïak, près des lies Mylae; enfin PoljfnlMi.
au sud de la précédente, aieenaten^ de Britomartis. Cest dans «tle vM que , suivant la tradition, A^idw»?^ jeté par la tempête sur les côtesden*
of&it un sacnnce aux Dieux.
Villes pbiwcipalbs diuCihi MODKENB. — Candie , la Kaaw» <w Arabes, près de remboucboit « i^ Oro, sur l'emplacement de l'aDÔHKWraeléion, à douze kilomètresderfeWW (Standia), et à quatre du Tillaa«CDBsou, situéau milieu des rtiinesdeW Cnossos, dont il agardéleDODi.Att|F par lesTurcs en 1646, Candie soaliitw siège célèbre , et ne capitula qa ea IP Devenus maîtres de cette ^^^ tante, les Turcs réparât i*P^ les ravages de ce long «^ •Jfjl qui l'entourent , disait «» wyf»« dernier siècle, ont plusû^J^ circuit, sont bien entreteniA««JJ^ par des fossés profonds ; œj** ^u couverts d'aucun fort «^au côté de la mer, elle est i»»^
parce que les vaisseaux nOTip»vj de fond pour s'en appiwf -7^ est le siège du gouverDemeo» "^^ te y envoie ordinaireineni wr^
Porte y
à trois queues. Les princi|M«« JJ^ les divers corps de la inihceott^
sont rassemblés. Cette "^^-^i merçante et bien peuplée P^i^^ Vénitiens la gouvernaient, «» «^ .
chue de son ancienne puis»"^^; qui forme un joli bassin oôl«^ sont à l'abri de tous les '«^tSi w^^ de jour en jour. Il ne rfjf'^j des bateaux et de petits M^^ gés d'une partie de leurs »«J^ Ceux que les Turcs frètent af^ ,(.
obligés d'aller presque «of r^por»
tendre leur chargement jl»^ Jj^vf deStandié.... Candie, emb*rgéi
nitiens, percée de rues dfoit»;^ .^ maisons bien bâUes, dune wu^^
ILE DE CRÈTE
;t d*une fontaine magnifique , ne renerme dans sa vaste enceinte qu*un petit lombre d*babitants. Plusieurs quartiers lont presque déserts.... Les mahoméans ont converti la plupart des temples ^retiens en mosquées. Cependant ils ont aissé deux églises aux Grecs, une aux arméniens, et une synagogue aux Iuif8(l) ».
La seconde place de Tîle est la Canée, sur l'emplacement de Tancienne Cydolia, dont on trouve encore des ruines lans les environs. Cette ville, bâtie par es Vénitiens, qui la perdirent en 1645, l'a pas plus de deux milles de circuit, dais depuis que les i;)ort8de Gira-Pétra, le Candie et de Retimo sont comblés , iresque tous les négociants se sont reirés dans ses murs, et l'on y compte au noins 16,000 habitants.
Non loin de la Canée , on trouve la >uda, sur le golfe de ce nom, le meilleur >ort de itle; Cisamo (Qsamos), sur ce néme golfe ; Grabuse, fort bâti sur un k*.ueil, et qui résista longtemps aux Turcs ; Paléocastro , qui paraît occuper ^emplacement de l'ancienne Aptère; >lus à Test, sur les côtes méridionales, Gia-Pétra rappelle Hiérapytna. Sur la côte )pposée, au sud du cap, est située Spina- L.CDga, forteresse et port, sur la mer de ;:rète. Enfin, entre TArmiro et l'Arcadi- ^iurne s'élève Retimo (Rhytimna), à 'entrée d'une riche plaine que bordent àu midi les dernières hauteurs de l'Ida, [lette ville, la troisième de l'Ile, est la résidence d'un pacha. Sa population est d'environ 6,000 habitants.
C'està trois kilomètres d' Arcadi qu'est situé le célèbre monastère de ce nom. « Il lemble, dit Toumefort (2), aue ce souvent, qui est le plus beau et le plus riche de tous les monastères de l'île, ait -etenu le nom de l'ancienne ville d'Ar- »dia.... Du temps des chrétiens, Ar- ;adia fut honora du troisième évéché 3e 111e : il n'y reste plus qu'un grand couvent, situe dans une plame , en mauière de plate-forme, sur la hauteur d'une montagne, au pied du mont Ida.
On aborde à cette plate-lorme par une igréable vallée, partagée en vergers, vi-
(i) Satary, Lettres Sur la Grèce, XXJ, p. 1 86 et suiv.
(a) Toumefort, Voyage du Leçant, p. 5x.
sues et terres labourables, couverte dans les lieux incultes de chênes verts, de kermès, d'érables, de Phililyrea, de myrthes, de lentisques, térébinthes, pistachiers, lauriers francs, cyprès, storax. Les eaux y coulent de toutes parts. On y reconnaît encore l'ancienne Crète. La maison d'Arcadi est grande et bien bâtie : l'église à deux nefs , enrichies de tableaux gothiques. N'est-il pas bien surprenant gue les Grecs , dont les pères ont si bien imité la nature , aient enfin donné dans le goût des Goths , qui la copiaient si mal ?.... On compte près de cent religieux dans ce monastère, deux cents à la campagne, occupés à cultiver leurs fermes.... » — « Parmi ce grand nombre de religieux il se trouve peu de
{irétres. La plupart n'entrent point dans es ordres sacrés. Ils servent dans l'état de frères, et sont employés aux plus rudes travaux de l'agriculture (i). »— « La cave est un des plus beaux endroits du monastère : il n'y a pas moins de deux cents pièces de vin, dont le meilleur est marqué au nom du supérieur, et personne n'oserait y toucher sans son ordre. » Ce monastère possède des terres immenses, qui s'étendent jusqu'à la mer, du côté de Retimo, et que les nombreux cdoyers ou reliffieiu oui l'habitent cultivent avec soin; l'huile, le vin, les blés, la cire qu'ils recueillent chaque année, montent a des sommes considérables.
Climat. — « De tous les pays que j'ai habités, dit Savary (2) , il n'en est point dont la température soit aussi saine, aussi agréable que celle de Crète. Les chaleurs n'y sont jamais excessives , et les froids violents ne se font point sentir dans la plaine. Pendant une année d'observations fBdtes à la Canée , j'ai remarqué qu'à compter du mois de mars jusqu'au commencement de novembre, le thermomètre ne variait que depuis 20 jusqu'à 27 degrés au-dessus du terme de la glace.... D ailleurs, dans les jours les plus chauds de l'été, l'atmosphère était rafraîchie par les vents de la mer. L'hiver proprement dit ne commence
?u'en décembre, et finit en janvier, endant cette courte saison , la neige ne tombe jamais dans la plaine , et ra->
S Savary, Lettre XXVI, p. aSg.
Lettre TU, p. a66.
rement oo y voit la surface de Teaa gelée... On a donné le nom d*hiver à ces deux mois , parce qu*alors il tombe des
Sluies abonifantes, que le ciel se couvre e nuages et qu*on y éprouve des vents du nord très- violents, mais ces pluies sont utiles à Tagriculture. Les vents chassent les nuages vers les hautes montagnes, où se forme le dépôt des eaux qui fertUiseront les campagnes , et Tbabitant des plaines ne sounre point de ces intempéries passagères. Dès le mois de février la terre se pare de fleurs et de moissons. Le reste de Tannée n'est presque qu'un beau jour... Le ciel est toujours pur et serem : les vents sont
doux et tempérés Les nuits sont fort
belles. On y goûte une ûratcbeur délicieuse.... Aux charmes de cette température se joignent d'autres avantages qui en augmentent le prix. L'tle de Crète n'a presque point de marais.
Le^ eaux n*y restent guère stagnantes.
£iles coulent du sommet des montagnes en ruisseaux innombrables , et forment çà et là des fontaines superbes ou de petites rivières qui se rendent à la mer... Aussi Tair n'est point chargé des va-
geurs dangereuses qui dans les contrées umides s'élèvent des lieux marécageux. »
Cette douce température , cet air salubre, qui ûrent appeler la Crète Macaronésos, TIle-Fortunée , étaient appréciés dans l'antiquité. Hippocrate envoyait ses malades se rétablir dans cette île. Encore aujourd'hui l'influence de ce climat privilégié se fait remarquer dans la haute stature, ta forte constitution et la longévité des Candiotes.
HISTOIBE DB l'iLE DE CBÈTB PENdant les temps anciens.
Habitants pbimitifs de l'île de Cbètb. — Les Cretois, comme tous les peuples en général, pladiient leur berceau dans les lieux mêmes ou s'est développée leur civilisation. Ils se prétendaient autochthones. Quoi qu'il en soit de cette pré** tention, c'est dans Homère que nous trouvons la première et la plus importante mention de l'ancienne population de l'tle. «Au sein des mers, dit le poète (i),
est la Crète , contrée riche et Me, battue de tous côtés par Ifê flots. Qk a une population immense, qui habite quatre-vingt-dix villes. li sont k peuples divers et de lances direrses:
des Achéens , des Étéocretes, des Cydoniens, des Dorien8,et desPélasgesj
L'époque qu'Homère a en fueidst celle du règne de Miaos. Ilénumèreks différents peuples qui habitaient llki temps de ce prince. Quant à M chronologique dans lequel ils sont vios s'y établir, il ne faut fjas le éaéa dans ce passage. Le poète se eopteât de signaler la diversité de leur origine, laquelle se révèle dans la direrÉé de leurs idiomes. Wous trouvons, «Dcifet.
ici trois groupes de populatwiiflKiBtincts» 1» des ÉtéocrètesetdttCydoniens , 2*» des Péiasges, 3*desD«w et des Achéens.
Les Étéocrètes sont géncralcflientcflfr sidérés comme autochthones. Laffooa d'Étéocrètes ( vrais CrétoU ] ^ qu'ils passaient aux yeuxdcs Gros pou être nés sur le sol même de 111e. Dletffi été évidemment donné pour les datoguer des peuples venus du dehors, w Etéocrètes habiuient aux mm « l'Ida et du Dicté. Praesos, a ^ stades de la côte méridionale, dajjw principal centre. Mais il est ^ "u'ils occupèrent aussi Tautt^ es deux montagnes iusqo*i¥r de l'invasion dorienne. ^ém ^ dans le midi , ils furent longt«y ^ se mêler aux autres peuples « w Cette espèce d'isolement que p^*^ leur orgueil national , et que 6«f]f î si bien leur établissement entre n^»
le Dicté au nord , et la mer Liby^»
sud, durait encore après la mwi Minos. Seuls, avec les Pohéïim^ ne prirent point part à U^F^ de Sicile, entreprise pour venger « ^ ros (l). . j -^
Comme les Étéocrètes, les Cyd«»^ passaient pour indigènes, bi«i JJ'^ fussent pas compris sous la fDo^ tion de vrais Cretois, «s ^^ dans la partie occidentale àe my^ nie étaU leur prindpale ville. »^S^ raient particulièrement la of^^ martis, et avaient aussi mn»^
(i) Hom., Odfs., XIX, 174 et suir.
(r) Hérodote, TU, 170-
ILE DE CRÈTE
propre , dont quelques termes nous ont été conservés. Le nom de Britomartis appartient à ce dialecte , et signiOe douce vierge (1).
A côté de ces peuples , que nous pouvons considérer comme autocbthones ou tout au moins comme les plus anciens habitants connus de Tlle, se placent des Pelasses, venus, selon toutes les probabilités, de TArcadie. Il n'est guère possible de déterminer l'époque précise de leur arrivée en Crète. Mais ils y précédèrent certainement de plusieurs siècles les Hellènes , qu'amena Teutamos vers 1415, et parmi lesquels se trouvèrent mêlés d'autres Pélasges. Quant aux lieux où ils s'établirent, ce fut principalement la plaine où s'élevait Gortyne.
Cette ville elle-même, comme nous Tarons vu , portait primitivement le nom pélasgique de Larissa, ainsi qu'une autre ville, qui fut dans la suite réunie à Hiérapytna (2). Des restes de constructions cyclopéennes attestaient le passage sur le sol crétois de cette première cololie de Pélasges.
Cette colonie n'est pas la seule que reçut la Crète dans ces temps reculés.
Deux autres races , également célèbres , ians l'antiquité, parleurs systèmes reigîeux et leur civilisation précoce, vinrent mêler leur sang et leurs idées aux nabitants primitifs ae cette Ile : les Phrypens et les Phéniciens. Les premiers ne {ont autres que les Dactyles-Idéens et es Curetés. Ces noms appartiennent >lutôt à la théologie qu'à l'histoire de 'ancienne Crète. Ils désignent une coonje sacerdotale venue des environs du nont Ida, en Phrygie, et qui ftpporta en >ète les idées religieuses et les arts de 'Asie occidentale. L'arrivée de cette coonie remonte à une si haute antiquité, |u*elle est souvent confondue avec la population primitive de l'île. « Les preniers habitants de Crète, dit Diodore le Sicile (8) , demeuraient aux environs lu mont Ida , et s'appelaient Dactylesdéens. » Nous verrons ailleurs Fin* luence de cette colonie sur la religion et a civilisation primitives de l'tle.
L'influence des Phéniciens ne fut pas
(i) ▼oy. Hoeck, Kreta^ I, p. 46.
(3) Raoul -Kochetle, Coi, Gr.f I, p. 5.
(3) Diod, SicuL, Y, 64, 3.
moins grande. Leur présence en Crète se révèle particulièrement dans deux mythes importants. Quand Hercule se rendit dans Tlbérie pour enlever les vaches de Géryon , qui paissaient sur les côtes de ce pays, il rassembla ses troupes dans l'île de Crète; « car cette île est avantageusement située pour faire partir de là des armées sur toute la terre. Les Crétois accueillirent Hercule avec de grands honneurs ; et , pour leur témoi-
fner sa reconnaissance , il purgea l'île es bétes féroces ; c'est depuis lors qu'on n'y trouve plus ni ours, ni loups, m serpents , ni d'autres animaux semblables.
Il voulut aussi par cette action illustrer un pays où Jupiter était né, et où il avait été élevé (1). » Parti de cette île. Hercule relâcha en Libye , la parcourut ius- 3u'à l'Océan qui baigne Gadès , et éleva eux colonnes sur les bords de l'un et de l'autre continent. Cette légende de THercule-Tyrien ne permet pas de douter que les Phéniciens n'aient de bonne heure fondé des établissements en Crète. Les avantages de la situation maritime de cette île devaient frapper ces entreprenants navigateurs. Située sur la grande route commerciale qu'ils parcouraient, elle pouvait servir de relâche à leurs vaisseaux et de centre à leur colonisation. C'est de la Crète, en effet, comme on le voit dans cette légende ,
3ue les colonies phéniciennes se répanirent dans les contrées de l'Occident , sur les côtes de l'Afrique et de l'Espagne. L'autre mythe n'a pas une moins importante signiOcation historique. Nous voulons parler de l'enlèvement d'Europe.
Jupiter, dit la fable , sous la forme d un taureau, transporta Europe, ûlle de Phœnix , de la Phénicie en Crète. Europe, on le sait, est la personnification du culte de la Lune. Elle s'unit avec Jupiter, le dieu indigène de la Crète. Cet hvmen des deux divinités n'est autre cnose que le symbole de l'alliance des deux religions, phénicienne et Cretoise , et de la fusion des anciens habitants avec les nouvelles colonies.
Quant aux lieux où s'établirent ces colonies, pour les déterminer il suffit de suivre en quelque sorte la trace du mythe, et de recueillir les souvenirs qujl
(i) Diod. Sicul., lY, 17, 3.
a umés nr la loi crétois. Or, toas ce* descendaitdflTeeUBin;riaBest^'i
souTcnin m groupent aui eanrws ào cette colonie que la hibitiDD dt i
GortjnM. C«t en descendant le eoon Crète durent rannUee<f(tTtiW!li.
du Lcthoos qn'Eimpe s'est rendue dès Vipoqat de ce ptiDct.aBiidR
dans cette ville , située sur oe fleuTe. des na/iou kdUaiifla (i). > Non loin de là s'ëlefait le platane dont De nombreui tanMpipi mus
le feuillage étendit comme un TOile de Is réalité de cAle coiwù. Mù i a
Terdure sur ses pramiirei amours aiec difficile de \a eoodliet ant «p
Japiter. Gortyne elle-même l'apptia an- iiaa8eonnai»oniiieiI)oritu.Le»
cieniMnieat HellotU ou HtUolia , d'un gravons de ce Moptc m\ pntÉnoi
desooms d'Europe (1). Enfin, il resU de près d'unsiecieàUpneiliw
de cette ville des monnaies sur lesquelles Elles ne comnKMent oh roi IIU
ee m^the estfiguré. Nul doute qu'elle ne Jusqu'à cette époque, iljWaM'
filt le principal centre de la colonisation daDslesmontagDesdeU[lrmlt.D|»
pbéDidenne en Crite. Hais elle ne fut ratt peu vraisembdUe Smmf«
pas le seul. Cette colonisation parait colooie de ce petit V^f*^**^
s'être étendue sur la plus grande partie travers la Hdiade et » ^^V^:
de la région orientale de l'Ile. Des mon- s'établir dans une des "•■j"""
Daies de Pbccîtos, ïille située à l'est rîdionales delà "•«• "''•'■"^*
de Gortyne, sont marauéee à l'effigie époqueoù les I'*'«P'^?~în^
d'un taureau, et la fondation d'itanos, mêmes, adonnés de "'l"'''/^,
à l'extrémité orieutole de l'Ile, est at- la na?igaUon, «mmençu»*»*
tribuée à on Phénicien. lancer leurs barques toi u w^
Tous ces peuples furent confondus par exercer la P'"te™ ''^'"' *ji,^
les Grecs sous la désignation cwnmune Ajoutons que TeuUBW « WJV"
de Barbarei. Bérotlote (3) donne en- part dans les vienimyu««"jr.
core aui Cretois de l'époque de Miaos et que son nom n*""?'^^,
cette qualiBcation, qui «dut tout élé- la plus ancienne généil^ «™^
ment hellénique de ta population à la- c«tte lie. Cette cohipK F^^
quelle die s'applique. Cependant nous imaginée pourrattaebwllwi \
avons vu des Donens et des Achéeos national de la Crète, "^^^j^
mentionnés par Bomère parmi les an- ne s'établirent dans llltl**^ ^
ciens bsbitaniB de nie, et plusieurs hia- siècles après sa mor> ''"^
toriens, s'appuyant sur ce passade de effet à Teutamos pour
rOdrssée,parlentd'unecoloniedonenne épousa Europe apra J
en Crète, antérieure d'environ trois les Gis dudiea,Hii>o
siècles à la guerre de Troie. Cette co- et Sarpédon. Puis à M
lonie, conduite par Teutamos ou Tec- fait épouser Itoné, fiBc
tamos. Gis de Dorus, serait partie des que Lyctos fut une i
environs du mont Olympe, et aurait été colonies doriennes de I
renforcéepardesAdiéensdelaLaconie, tos, né de cette •""*,' ■'^i,»;:
des Eoliens et même des Pélasjjes (3). d'un second Minos, 'r'T^i
• Quant aux établissements particuliers sur les men. I' '"'^^m^ ^^'^
fonnés par cette colonie , nous n'avons Minos un Doriea est e™* j^j-
aucune lumière. Stophj^lus, cité par plii^ue la colonie de Teal>i'>^l^-^i
Strabon,dit que les Doriens se fixèrent par l'orgueil dorien, a>>P'i''l|^Kà
dans les régions les plus orientales de Minos , l'un 61s de lupi*''
l'Ile. Quoi qu'il en soit , on ne peut Lycastos (3). , ^ ., w 1# douter des progrès rapides qu'obtint Hais si la Cr(^< -(pi^
cet établissement, puisque Minos, qui antérieurs ailiaos,ataf^^0i
réunit 111e entière sous sa domination , aux Hellènes, elle "f^ ,^tf^ parmi ses habitants «"^^^ ï
(i)Stepli.Byi., Tjrip-rov. flotUlcnl en quelque «f"
(3) Diod., IV, 6d ; T, 8o ; StraboD , X ,
(0 R«tnil.Roch«tle, (^:9^:u0'
ILE DE CRÊTE
iSO
monde barbare et le monde grec, et qui firent connaître de bonne heure aux Cretois la langue et la reliffion de la Grèce. Nous voulons parler des Cariens et des Lélèges. Nous verrons plus loin leurs rapports avec Minos. Longtemps avant le règne de ce prince ils fbrent mêlés aux Cretois ; et ils faisaient sans doute partie de cette quatrième classe formée d'un mélange de barbares dont parle Diodore (1). Les rapports de la Crète avec ces deux peuples , depuis longtemps en contact avec le monde grec marquèrent, en queiaue sorte, son passage de la barbarie à la civilisation nellénique.
La Cbètb ayant Minos. — Deux peuples indij^nes , les Étéocrètes et les Cydoniens; plusieurs peuples de colons, des Pélasges , des Phrygiens, des Phéniciens, peu^étre même des Egyptiens ; enfin des Cariens et des Lélèges, tels sont les divers éléments de la population de la Crète à Tépoque ou paraît Minos.
Minos, qui est une des personnifica* tions de la royauté héroïque, n'est pas le premier roi de Crète. Cet honneur revient à Jupiter, frère d^ranus. Jupiter eut dix enfants , nommés Curetés.
Deux de ces derniers, Crès et Mélitbeus régnèrent successivement après lui. En ce temps-là, dit la légende, Amnion, roi d'une partie de la Libye, vint chercher un refuge en Crète. U avait épousé Rhéa, fiJie d*Uranu8 et sœur de Saturne et des autres Titans. « En visitant son royaume , il trouva , près des monts Cérauniens , une fille singulièrement belle , qui s'appelait Amalthée. Il en devint amoureux, et en eut un fils , Bacchus , d'une beauté et d'une force admirables... Craignant la jalousie de Rhéa, Ammon cacha avec soin cet enfant, et le fit transporter secrètement dans la ville de Nyse , située dans une île environnée par le fleuve Triton. Le jeune Bacchus y fut instruit dans les plus belles sciences.... Il aimait les arts, et inventa plusieurs choses utiles. Étant encore ennint, il découvrit la nature et l'usage du vin , en écrasant des raisins des vignes sau^ vages... Sa renommée s'étant répandue parmi les hommes , Rhéa, irritée contre
(i) Diod., V, 80.
Ammon , résolut de s'emparer de Bacchus. Mais ne réussissant pas dans son entreprise , elle quitta Ammon , et , retournant auprès des Titans , ses frères , elle é|XNisa son frère Saturne. Celui-ci, à l'instigation de Rhéa , marcha contre Ammon et le défit en bataille rangée.
Pressé par la famine, Ammon se réfugia en Crète. Là, il épousa Créta, fille de Curetés, alors régnant , et il fut reconnu roi de cette île.... » Saturne et les Titans Ty poursuivirent. Mais Jupiter envoya des soldats égyptiens au secours d'Ammon , et la guerre s'allumant dans cette île, Bacchus, Minerve et quelques autres dieux , y accoururent. Il s'y livra une grande bataille. Bacchus resta vainqueur, et tous les Titans furent tués.
Après cela, Ammon et Bacchus échangèrent le séjour terrestre contre les demeures des immortels, et Jupiter régna , selon la tradition , sur tout 1 univers (i). Crès , son fils , lui succéda en Crète et donna son nom à l'île. Ensuite Meursius signale une lacune considérable dans la série des rois de Crète. « Eusèbe, dit-il, ne mentionne aucun roi entre CrèsetCydon, c'est-à-dire durant un espace de trois cent quatre-vingt-seize ans (2). 9
Toutefois, parmi les nombreux rois qui ont dû se succéder dans ce long intervalle, Meursius cite Cécrops, en s'appuyant sur le témoignage de Gotfried de Viterbe (8). Piaute semble confirmer cette assertion en appelant la Crète l'ile de Cécrops (4). Puis vient, après un espace de temps qu*il est impossible de déterminer^ Cydon, qui aurait régné, suivant Eusebe, dans la quatre-vingt-dixiè me année de la servitude des Hébreux en Egypte (6), c'est-à-dire vers le milieu du dix-huitième siècle avant J.-C. Ce Cvdon immola sa fille Eulimène, pour obéir à un oracle. Mais ce fut un autre roi de ce nom qui fonda, longtemps après, la ville de Cydon et lui donna son nom (6). A ce prince succéda Aptère, fondateur
(i) Diod., m, 68, 71-73.
(a) Meurs., Creta, lib. III, cap. 11
(3) Meurs., ièUf,, lib. III , cap. xi.
(4) Ceeropia i/uula; Piaute, m Trintimmo, act, rv,' se. IX, ▼. 83.
(5) Meurs. L c.
(6) Steph., V. KuScavux.
L'UNIVERS
de la ville de oe nom , et contemporain de Moïse. Puis vient Lapés , à qui on donne pour successeur le Dorien Teutamos, qui amena en Crète une colonie d'Hellènes et de Pelasses, et devint roi de rtle. Il épousa la ûTle de Créthès, et en eut un fils nommé Astérios. Cest pendant le règne de ce dernier que Jupiter enleva , dit-on, Europe , fille d*an roi phénicien, la transporta en Crète, et eut a elle trois fils, Minos, Rhadamanthe et Sarpédon. Astérios épousa Europe après le dieu; et, comme il n'avait point d enfants , il adopta ceux de Jupiter, et leur laissa son royaume (1). Sarpédon passa, suivant la tradition, en Asie, avec une armée, et conquit la Lycie. Évandre, son fils, lui succéda dans ce royaume.
Rhadamanthe , si fameux comme juge aux enfers, et appelé même par Diodore de Sicile législateur des Cretois, domina sur une grande partie des îles de la mer Egée et du littoral de TAsie. Quant à Minos, il régna en Crète même, épousa Itone, fille de Lyctios, et en eut Lycaste. Parvenu au trêne, Lycaste épousa Itone, fille de Corybas, et engendra le second Minos , que quelques-uns disent fils de Jupiter.
Cette généalogie, donnée par Diodore de Sicile (2) , dinére en plusieurs points de celle qui nous a été transmise par les logograpnes. On y aperçoit Teffort que nous avons déjà signalé, de rattacherles Doriens à Minos. Comme nous avons vu une colonie dorienne comptée, contre toute vraisemblance, parmi les anciens habitants de la Crète, nous trouvons ici un prince dorien, Teutamos, ajouté aux souverains de Ttle, et donné pour père à Minos. Pour la même raison on fait épouser à celui-ci Itone, fille du Dorien Lyctios. L'ancien mythe donnait pour femme à Minos Pasiphaé. Mais celle-ci étant, et par son nom et par son origine, étrangère à la race dorienne, on supposa un premier Minos, à qui Ton fit épouser la Dorienne Itone. Ainsi s'expliquent les deux Minos , dont le premier est représenté comme législateur, et le second comme dominateur des mers, et séparés Tun de Tautre par unegénération entière. Toutefois, il est à remarquer que dans
(i) Diod., IV, 6o; Apollod., UI.
(a) Diod., I. c.
un autre passage de DiodonàeSak.
il n*est question eue d'un seolMioi.
fils de Jupiter et d'Europe, et a late l^slateur et conquérant. Ajwtofis^ ni Homère, ni Hésiode, m les pM ou les logographesqniviBreBtapKSfQ, ni Platon, ni Ari8tote,niStnèiB,K font noention de deux princes dee(i« D'ailleurs l'unité ou la dualité dsis personnage est d'une médiocre iops* tance historique. Quil y ait ea œ « deux Minos, une chose estbotséei)«É, c^st que dans les deui sièdes ^|ncédèrent la guerrcdeT^oi^eellesé^ mine toute rhisloire de h Crète, fl« trouve souvent mêlé à cêkéeliGm dle-méme (1400-1200).
Jusqu'à Minos nous w» <tt « pleine mythologie. Afec làwJsw* mes loin d'en sortir entièreortlLT»
toire est encore dans les l^»»?' est nécessaire de l'en dégagM bs guère possible de l'en sépawtoit iU Nous rapporterons donc telles (!«»■ les trouvons dans les Wston««;°* les légendes relatives ï « penjTj sauf à détacher ensuite fe» wawveilleux les faits d'une ïéaWeWîHF
incontestable. ,n-..««j.
RèGWE DE Minos. -(D*»?»!:
tions avant la guerre de WJ^
dire vers le milieu du quitt«»*^
avant J.-C.) ..^lorMré*
Minos n'est pas seule»»^^ sentant et comme la P««?fr^^ la royauté héroïque en.^^ domiie presque toute Wt^^J île. Avant lui tout » wté^»^^
Ls différentes races qw^fc, s'effacent en quelque ^J^^ sanctuaires deleursdivuu^r^i,
agissent et se ^^lf\^J(^ nation reste immobile. A^T^y.
nement important, nn'jf^^àiÉtff tionale qui témoigne {^J^ ment de vie poUtiquc Y^»| ^ change. Les dieux foDtp>»«^ Il A une sorte de théocraues^^ royauté héroïque, telle ^r^ trouvons en Grèce, avec so^ merveilleuses sans d<>"\®;j^téi^ avec son caractère humamj»jr^ historique. Minos Joar(pe n^
OLE DE CRETE
ment la transition entre ces deux ordres de choses. Il tient encore au premier par son origine , et il appartient déjà au second par ses actes. Il est fils du dieu Zeus et de la déesse Europe , époux de la déesse Pasiphaé, et père de plusieurs divinités qui se rattachent, comme ces deux dermères, au cycle mythique de la lune et du soleil ; mais en même temps il nous apparaît comme le type du législateur ancien, et comme le fondateur d^une grande puissance maritime.
Sous ces deux derniers points de vue, il est du domaine de Thistoire. Sans doute il n*est pas l'auteur de toutes les lois qu'on lui a quelquefois attribuées, le héros de toutes les aventures qu'on a mises sur son compte. Comme la période à laquelle il appartient est la seule époque glorieuse dernistoire des Cretois, on a rapporté à son règne tout ce que ce I>euple a feit de grand pendant les deux siècles oui précédèrent la guerre deTroie. Mais s'û est difRciie de déterminer sa part véritable parmi tant d'événements, et son œuvre propre dans une constitution qui s'est développée avec le temps , il est du moins incontestable qu'il a fondé en Crète un certain ordre politique, et rendu cette tie puissante au dehors par sa marineiet ses colonies.
En un root, dépouille^ du merveilleux qui entoure son nom, et réduit aux proportions humaines , Minos reste le héros national et le législateur de la Crète. I^ous avons vu quels peuples occu-
{laient cette île à l'époque oîi se place e règne de Minos. Entre eux nul lien politique. Différents d'origine , de langue et même de religion , ils trouvaient encore dans la nature même de llle, coupée partout de hautes montagnes, une nouvelle cause d'isolement. Suivant Diodore, Minos et Rhadamanthe seraient parvenus , après de longs efforts , à ramener ces diverses races à l'unité (1).
Strabon (2) , de son côté, rapporte que Minos divisa l'Ile entière en trois parties , dans chacune desquelles il fonda une ville. Mais la fondation de ces villes, qui furent Cnossos, Cydonia et Gortyne ou Phœstos , est incontestablement an-
(i)Diod., V, 8o.
(a) StraboD, X , p. 780.
térieure au règne de Minos. Quant à la division de la Crète en trois parties, elle ne paraît avoir d'autre origine que la division naturelle de cette île en trois régions. L'unité politique dont parle Diodore n'a pas existé davantage. Jamais la Crète n'y atteignit complètement. Elle fut à toutes les époques, sous le rapport politique, ce qu'elle était physiquement, morcelée entre plusieurs peuples, toujours isolés les uns des autres, souvent même en lutte entre eux. Toutefois, si Minos lui-même ne forma pas de l'île entière un Etat compacte, s'il n'en réunit pas toutes les parties sous une loi commune, du moins sa domination s'étendit-elle sur une grande portion du territoire, et en aucun temps , ni avant ni apr^ son règne, la Crète n'approcha autant de l'unité.
Il régna sur tout le centre de l'île , où Cnossos, sa capitale, exerçait une sorte de suprématie sur toutes les villes qui s'élevaient autour de l'Ida et du Dicté. La mention particulière qu'Homère fait de cette cité (1) , l'opinion qui y plaçait l'origine de la fameuse constitution Cretoise (2) , enfin l'importance qu'elle tirait du culte national de Zeus, dont elle était le principal sanctuaire, ne permettent pas de douter qu'elle ne fût , au temps de Minos, un centre politique trèsconsidérable. Mais la région occidentale; celle où s'élevait Cydonia, paraît être restée étrangère à la domination et même à l'influence de ce prince. Cette partie de l'île avait et conserva son idiome et son culte particuliers; elle conserva sans doute aussi une existence politique distincte. Des villes même du centre, telles que Prœsos , se maintinrent dans une sorte d'indépendance. C'est du moins ce qui semble résulter d'un passage d'Hérodote , où cet historien nqus apprend que les Prœsiens et les Polichniens ne prirent point part à l'expédition que les Cretois firent en Sicanie, pour venger la mort de Minos (3).
Puissance maritime de la Cbètb sous MiNOs. — Quoi qu'il en soit, ce prince fit de la Crète cb qu'elle n'avait pas été avant lui , un État. Il concentra
(i) //., II, 645.
(2) Plat., de Leg., I, i.
(3) Hérodolp, "Vil, 170.
ses forces jusqu'alors éparses, et les dirigea vers la mer. La mer étak l'élément naturel des Cretois. Tout les y appelait. La situation de leur lie, une grande étendue de côtes, des ports nomreux, de vastes forêts, tout ce qui excite aux entreprises navales et déve« ' loppe chez un peuple le génie maritime se réunissait pour tourner vers la mer l'activité et l'ambition de ces insulaires. « La nature, dit Aristote (1 ), semble avoir placé l'tle de Crète dans la position la plus favorable pour tenir l'empire de la Grèce. Elle domine sur la mer et sur une ffrande étendue de pays maritimes , que les Grecs ont choisis de préférence pour y former des établissements. D'un côté elle est près du Péloponnèse ; de l'autre elle touche à l'Asie , par le voi* sînage de Triope et de 111e de Rhodes. Cette heureuse position valut à Minos l'empire de la mer. »
Cette grande puissance maritime est attestée par de nombreux témoignages.
Cest un fait qui a tous les caractères d*un ùÀi historique. « De tous les souverains dont nous ayons entendu parler, dit Thucydide (2), Minos est celui qui eut le plus anciennement une marme. II était maître de la plus grande partie de la mer au'on appelle maintenant Hellénique ; A dominait sur les Cydades , et forma des établissements dans la plupart deces tles. »
Mais cette domination ne s'établit pas sans lutte. Différents peuples , à cette époque, couvraient cette mer de leurs vaisseaux , et occupaient ces tles. Les Phéniciens , les Cariens et les Lél^es étaient adonnés à la navigation dès la plus haute antiquité. C'étaient d'aventureux corsaires, qui lançaient leurs barques d'une tle à l'autre , ou les promenaient le long des côtes, qu'ils désolaient de leurs brigandages. Dans un temps où la force et le courage étaient considérés par-dessus tout, ce métier n'avait rien de déshonorant C3). Le pirate était même peut-être plus estimé que le marchand. D'ailleurs ces deux professions étaient souvent exercées simultanément. Jusqu'au temps de la
(i) Ariit, Polie,, n, s.
(a) Thuc, I, 4; cf. Hérodote, IH, laa.
(3)Thuc., I, :.
guerre de Troie , et eneore kmgtenps après , la piraterie se lie étroitement ac commerce maritime. Elle est aussi bien
Sue le n^ce Tobjet de la nav^atîcKi ans les mers de la Grèce , et hs mêo» hommes trafiquent et pillent tout k h fois. Aussi, nulle sâreté sur ees œn.
La plupart des îles étaient defenacBdef repaires de brigands. Toutes les eooHDinications étaient interceptées. Minos t cesser cet état de choses. I) raidit b navigation plus libre, déporta les nd- Êiiteurs qui occupaient les îles, et y esvoya des colonies Cl ) . Dans h plupart do Cyclades il forma ainsi àes éial£ttements qui remplacèrent ceei dès Cariens , des Lél%es et des P/iéoidens.
Toutefois si ce* dernier penok disparait presque complètement delà ma t^ pendant tout le temps que dvra la fûisance maritime des Cretois, Q n'enetf pas de même des deux preffliers. On les trouve comme aupararaat sortes mers helléniques, dans les îles et sur leseto de TAsie Mineure, mais étroilemat unis aux Cretois. Ils ont cessé d'Are la rivaux de ce peuple, pour s*iS9odar à ss entreprises et à sa colonisation, (^i^ aient cependant subi la loi de la iv^ toire , c^est ce dont le passage saraol d*Hérodotene permet pas dedooter. «Les Cariens, dit œt historien, âm&n été anciennement sujets de Xïdûs; oa les appelait Lélèges. Us fadbKt»»t alors les tles , et ne payaient aDCUiK sorte de tribut.... Mais ils foumissaientà ttinoi des hommes de mer toutes les fins ^*ii en avait besoin (2). » Comment, eac^ fet, ce prince aurait-ll pu entrepradre toutes ses expéditions avec les Cretois , sans épuiser son p^t rov— s*il n'avait assiyetti les peuples vaîL. à une sorte d'impdt du sang ? F^Nirerflr même raison . il leur dut ùàie leur put dans les nombreux établissements qs'i'' forma. Ainsi s'expliquent Tunkio étro^ des Cariens et des Cretois, et le mêù^ des deux peuples dans les colonies fbsta par ces dermers.
Colonies Cretoises au tsx» k Minos. —L'établissement âeeacato-^ nies est sans contredit un des priBdjpaia événements de lliistoire des ûécao. U
i) Ibid., 8.
a) Hérodote, l, 171.
ILE DE CRÈTE
remplit la plus belle époque de leur existence politique. Ce peuple, jusqu'alors renfermé dans son île , où se poursuivait obscurément la lente formation de sa nationalité, composée de tant d'éléments divers , se répand tout à coup au dehors , prend possession de la mer qui Tenvironne , et envoie dans tontes les directions des colonies qui vont porter sa civilisation sur les côtes de l'Asie Mineure, dans les tles de la mer Egée, en Grèce et juscni'en Italie. Minos commence ce grana mouvement colonial , 3ui se continue après lui pendant les eux siècles qui précèdent la guerre de Troie.
La première colonie partie de la Crète sous le règne de Minos paraît avoir été celle qui fonda Milet. Elle eut pour chef Mlletos , un des principaux citoyens de la Crète , sans doute chassé de nie avec les partisans de Sarpédon, qui avait vainement disputé le trône à Mi* nos. Milétos débarqua d'abord dans Plie de Samos ; de là il passa sur le continent voisin, où il bâtit Œconte, ville qui dans la suite fut réunie par un pont a Milet. D'après une tradition plus généralement suivie, Milétos, admis par les Cariens et les Lélèges à habiter parmi eux avec ses Cretois, donna bientôt à la nouvelle ville, appelée avant lui Anactoria, le nom de Milet, qui lui est resté. Ce premier établissement donna naissance aux deux villes de Caunis et de Biblis.
Après avoir contribué à l'établissement que Milétos fonda en Carie, Sarpédon passa dans la Myliade, pays appelé depuis Lvcie. « L'influence de la civilisation Cretoise apportée dans cette contrée par les compagnons de Sarpédon durait encore au temps d'Hérodote, puisqu'à cette époque les Lyciens suivaient encore en partie les lois de Crète (1). » Ces colonies s'étendirent, vers le nord, sur la côte appelée depuis lonie. L'une d'elles alla fonder en Phocide Zélia, Cilla, Chryse et Ténédos. Colophon dut aussi son origine à une colonie crétoise L'établissement formé par cette colonie devint sans doute très-florissant, puisque les Ioniens, en venant à leur tour prendre possession d'une partie du littoral de l'Asie Mineure , consentirent à partager
(x) Raoul-Rochette Col. Gr„ II, p. 170.
avec les Cretois de Colophon l'habitation et le gouvernement de cette ville. Erythrée rapportait également ison oricine à une colonie crétoise, dont le chef Érythrus, fils de Rhadamanthe , lui donna son nom , que la colonie ionienne lui conserva.
A la même époque Œnopion , fils d'Ariane et de Minos, conduisit une colonie dans nie de Chio. Une foule d'autres tles de la mer Egée furent , dans cette même période , occupées et colonisées par les Cretois : telles que Délos, Andros, Paros, Naxos, Amorgos, Casos Scyros , Lemnos et beaucoup d'autres.
« Le prince qui présidait à l'établissement de ces colonies avait fixé son séjour sur le continent asiatique. La douceur et l'équité de son gouvernement ne contribuèrent pas moins efficacement que les armes de Minos à l'affermissement de cette vaste domination (l).
« Rhadamanthe, dit Diodore (3), possédait de nombreuses Oes et une partie du littoral de l'Asie; toutes ces contrées s'étaient livrées volontairement à lui sur la réputation de sa justice. »
Rhodes aussi reçut une colonie Cretoise, mais longtemps après les tles que nous venons de citer. Cette colonie eut pour chef Althémène , fils de Catrée, petit-fils de Minos. Condamné par le destin à tuer son père , ce prince s'exila avec une troupe de volontaires. Il aborda à Camire , dans Ttle de Rhodes , et éleva sur le mont Atabyre, d'où l'on aperçoit la Crète, le temple de Jupiter*Ataoyrien. Il fut lui-même honoré des habitants ; mais il ne put échapper à la loi du destin. Imoatient de retrouver son fils, Catiée fit voile pour Rhodes, et périt atteint d'une flèche qu'Althémène lui lança sans le reconnaître (3).
Sur le continent de la Grèce, Delphes paratt aussi devoir sa fondation à une colonnie crétoise. Dans rh3rmne à Apollon, attribué à Homère, on voit que les premiers prêtres du temple de cette ville nirent des Cretois (4). Ce fut sans doute vers la même époque qu'une autre co-
^i) Raoul-Rochette, Col, Gr,, 1. c.
(a) Diod. V, 79.
(3) Diod., V, 59.
(4) Hom., jid. ApoL, v. 388 et sqq., 535 etsqq.
L'UNIVERS
lonie, sous la conduite du Cretois Tettix, fonda Ténare, en Lacooie (1 ).
Mais oe ne fut pas seulement dans les tles de la mer Egée et sur les côtes baignées par cette mer aue s'établirent des colonies Cretoises. Mlnos entreprit d'étendre son empire sur la partie occidratale de la Méditerranée. Cest dans ce but qu'il porta ses armes en Sicile. Suivant la tradition. Dédale, menacé de la colère de Minos pour avoir favorisé le commerce secret de Pasiphaé avec le Minotaure, s'était enfui dans cette Ile, et avait trouvé asile auprès de Coca* los , roi des Sicaniens. A cette nouvelle, « Minos équipa une flotte considérable, et vint relâcher près d'Agrigente, dans un endroit qui reçut de lui le nom de Minoa. Aprâ avoir fait débarquer ses troupes , il envoya des messages pour engager le roi à lui livrer Dédale. Cocalos invita Minos à un entretien , lui promit de le satisfaire , et le reçut hospitalièrement; Cocalos lui donna un bain, et l'y fit tenir si longtemps, que Minos étouffa de chaleur. Cocalos rendit son corps aux Cretois, en leur faisant accroire que Minos était mort pour être tombé malheureusement dans un bain ■d'eau chaude. Les soldats enterrèrent le corps du roi avec pompe, et élevèrent en son honneur un tombeau double. Ils déposèrent les os dans la partie la plus aecrète de ce monument; aans la partie ouverte. Us consacrèrent une chapelle à Vénus. Les indigènes ont vénéré ce monument pendant plusieurs générations, en y sacrifiant à Vénus, comme si c'était le temple de cette déesse. A une époque plus récente , pendant la fondation d'Agrigente, on démolit le ton^au de Minos » on découvrit ses ossements, et on les rendit aux Cretois (2). »
L'impulsion donnée par Miuos ne s'arrêta pas après sa mort. Ceux qui l'avaient suivi en Sicile ayant perdu leurs vaisseaux , restèrent dans cette île, et y fondèrent une ville qu'ils appelèrent Minoa , en mémoire de leur roi. Queljquesuns errèrent dans l'intérieur du pays ; et, après avoir rencontré un emplacement naturellement fortifié, ils y îlevèrent une ville qu'ils appelèrent En-
(i) Raoul-Kocbelte , Coi. Gr., II, p. 172. (a) Diod., IV, 79.
qui la tn-
gyon , du nom d^im.
versait fl).
D'autres colonies ▼inreat se joiaire à eux. Toutes les villes de Crète , a TexoeptiondePolichna et de Prccsos, prifist part à cette nouvelle expéditioa, eatRprise pour venger la mort de Muas Arrives en Sicanie, les Cretois "-"
Sèrent Camicos. Mais, après doq »
'inutiles efforts , ils furent eootnio par la famine de lever le siège. Une tepéte les assaillit alors sur les côtes de riapygie, et brisa leurs vaîsseaiu. Prire ainsi des moyens de retourner dans lear patrie , ils restèrent dans le ^ajs^ et j Bâtirent la ville d'Hyria. Dsprxreirta/b/s le nom d'Iapyt^-MessapJeos, et </ insulaires ils devinrent haottaiâsde terre ferme (2).
Cette colonie en fonda d'aotRS dans la suite, telles que Brundosiuni. ïlle occup aussi Tarente et son teniioife; car, lorsque Phalante vînt s^étaUir d»s cette ville avec des LaoédémonieDS, â fut obligé d'en chasser les Crétcûs.
Une partie de la colonie iapyseasc
Suitta I Italie ipéridionaie à la seite e troubles domestiques, s'avaoçâ te long de la mer Adriatique, péoàn dans la Macédoine , et s'établit dans no canton appelé Bottiène, du non de Botton , chef de cette énûfratif». > Le nom des Cretois se oonsena fort longtemps dans la Macédoine, fwsqpke lean ' Cantacuzène fait niention<run\îeii affilé CretenHum au voisinage de Tnes»
Ionique, et par conséquent dans « canton peu éloigné de randenne Bottiène (8). »
SUCCESSBURS DB MlN OS JUSQ(J*A L'É- POQUE DE l'Émigration doris^^sI' (1184-1049 avant J.-C.) — Lerf^de Minos fut l'apogée de la royauté béroiiBe en Crète et de la puissance de ectts ut Après lui l'une et Tautre coromeocxità décliner. Deucalion , son fils et m successeur, soutint une guerre ouAmreuse contre Thésée , roi d'Athènes, qà avait refusé de lui livrer ce même De^ que Minos avait déjà poursuivi en Sek.
Catréus, autre fils de ce prince, n^ ensuite sur les Cretois, il donna 9 aie
(i) Diod., Le.
(a) Hérodote , VII, 170.
(3) Raoul Rochelle, Col, Gr„ II, p. i^^
ILE DE CRÈTE
Aérope en mariage à Plisthènes, fils obscur d'Atrée et.père d'Agamemnon et de Ménélas. Cette tradition , qui rattache les Atrides à la race de Minos, témoigne des rapports qui existaient déjà avant la guerre oe Troie entre la Crète et le Péloponnèse.
Cette guerre rendit ces rapports encore plus étroits. La Crète y prit une part considérable (1). Ses pnnces^ Idoménéc et Mérion, Tunfilsde Deucalion, rentre de Molos , et tous deux ()etits-fils de Minos, y figurent au premier rang des héros grecs. Idoménée prétendit même partager le commandement avec ^.gâmemnon. C'est à ce prix qu'il mit l'abord ses secours. Ses propositions lyant été rejetées par les Grecs assemblés i Aulis , il n'en joignit pas moins leur irmée à la tête des Cretois. « Ceux qui [labitent Cnossos et Gortyne entourée le remparts , et Lyctos , et Milétos , et a blanche Lycastos, et Pbsestos et Hbytion, cités bien peuplées, et les autres |ui occupent la Crète aux cent villes, Darchaient sous la conduite du vaillant 'doménée et de Mérion, semblable à 'homicide Mars. Quatre-vingts noirs
raisseaux les suivaient (2) Après la
>rise de Troie, Idomén^ ramena en >ète tous ceux des siens qui avaient échappé aux combats; nul d'entre eux le périt dans les flots (8). »
C'est sans doute sur ce passage de 'Odyssée gue Diodore de Sicile s'appuie orsqu'il dit quidoménée et Mérion reriarent heureusement dans leur patrie, où Is reçurent, après leur mort, une ma- ^ifique sépulture et les honneurs imnortels. « On montre à Cnossos leur tombeau avec cette inscription. « Pas- X sant, tu vois ici le tombeau d'Idomé- ( née de Cnossos , et moi , Mérion , fils ( de Molos , je repose auprès de lui. » Les Cretois les honorent par des sacriices comme des héros célèbres ; et dans es dangers de la guerre, ils invoquent eurs secours (4). »
Suivant une autre tradition, Idomélée, en partant pour la guerf e de Troie, iurait confié TadministratioB de son
(ij Hérodote , VII, 171.
(2) Hom., //., II, 64& et sqq.
{3)Id., 0</r^.,III, 191.
(4) Diod., V, 79.
85* Livraison. (Ilb de Cbâte.)
royaume à Leucos, son fils adoptif.
Celui-ci fit périr la femme et la fille de son bienfaiteur, et s'empara du trône.
Idoménée, obligé de fuir, aborda sur les côtes de la Calabre , et y fonda Salente (l). Cette colonie devint mère dh
{)lusieurs autres , telles que Lapiœ , non oin de Brundusium, de Castrum Minervœ, de Callipolis et peut-être même de Vienne en Gaule. Cette même émigration grossit aussi la population des anciennes colonies Cretoises de l'Italie.
Celles-ci occupèrent alors toute la partie de la péninsule , connue anciennement sous le nom dlapygie. Quant à Idoménée, les traditions ne s'accordent pas sur le lieu de sa mort. Diodore , comme nous l'avons vu , le fait mourhr en Crète, d'autres en Italie ou même en lonie.
Quoi Qu'il en soit, la guerre de Troie eut pour la Crète les mêmes conséquences que pour tous les Ëtats grecs. Cette Ile avait jeté sur les côtes de FAsie Mineure la meilleure partie de sa population.
Ce fut une première cause d^aftaiblissement. Il y en eut d'autres. En Tabsence de ses pnnces, le lien politique, qui unissait ses peuples sous l'antique sceptre de Minos, se relâcha. Dans les troubles qui suivirent le retour d'Idoménée, après la chute de Troie, ce lien acheva de se dissoudre, et en Crète comme dans le reste de la Grèce, Tancienne royauté disparut dans les divisions et dans l'anarchie. Aux déchirements politiques s'ajoutèrent d^autres calamités; la peste et la famine ravagèrent nie et achevèrent de la dépeupler (2).
Colonies bobiennes en Crète.
(1049, avant J.-C. ) — - Telle était la situation de la Crète lorsque les Doriens , sous la conduite des Héraclides , envahirent le Péloponnèse (1104 avant J.-C), cette invasion , en déplaçant la plupart des peuples helléniques, produisit le
f>lus ^rand mouvement colonial dont 'histoire ^rec^ue fasse mention. Une foule d'émigrations grecques sillonnèrent la mer intérieure dans toutes les directions , et allèrent s^établir dans les tles et sur les continents voisins. La Crète
(i) Virg., jEn,f III, ▼. lai et 400 ; Serv., ad y'irg.f I. c.
(a) Hérodote, VII, 171.
L'UNIVERS
où 8*étaieiit déjà rencontrées e. fondues «nsemble tant de races diverses, vit alors se mêler à sa |)opulation Télément hellénique, qui devait absorber tous les autres. Épuisée d'habitants, hors d*état par son affaiblissement et ses divisions de résister à une invasion , rapprochée d*aiileurs des côtes du Péloponnèse, elle devait naturellement attirer une partie de ces peuples que la Grèce bouleversée rejetait de son sein , et qui cherchaient, au hasard des vents, une autre patrie.
La première de ces colonies fut celle que conduisirent Polis et Delphos , environ soixante ans après le retour des fiéradi^es (vers 1049 avant J.-G. ). Elle partit des environs d*Amyclée, en Laconie. L'Achéen Philonomos, qui avait livré Lacédémone aux Doriens, avait obtenu ce territoire pour prix de sa trahison, et Tavait peuplé de Minyens
3ue les Pélasges avaient chassés des îles e Lemnos et d'Imbros. Ceux-ci s'étant révoltés trois générations après , Sparte les envoya sous la condmte de chefs doriens , fonder une colonie en Crète.
Cette colonie , dont une partie s*établit dans nie de Mélos, occupa en Crète presque toute la réeion du Dicté, où s'élevait Lyctos, et Te versant méridional de rida , où s'étendait la plaine de Gortyne , jusqu'à Thérapnœ , qui paraît avoir marqué , du côté de l'ouest , l'extrême limite des établissements qu'elle forma dans l'île. Lyctosfut le plusimportantde ces établissements. C'estla grande cité dorienne. Nulle part, en Crète, Tordre politique et social fondé par les Doriens ne s'établit aussi complètement que dans cette ville ; nulle part la civilisation apportée par ce peuple ne se maintint aussi longtemps.
La colonie qui prit possession de Lyctos parait avoir abandonné , en grande partie du moins, aux anciens habitants, réduits sous le nom de Périè- 2ues à la condition de sujets» la ville de rortyne, ainsi que la plaine où s'élevaient Rhvtios , Pnoestos, Pyranthos, Pyloros, Bœbe, Béné, Holopyxos, etc. Ces villes, si l'on excepte Gortyne, n'eurent jamais aucune importance politique. Situées dans cette plaine fertile qu'arrose le I^tbœos , elles furent habitées principalement par la population sujette, à laquelle le fterDonen abandonnait dé-
daigneusement la terre à euMm^taiè qu'U se réservait à loi-mêffle Vnow des droits poUtiqaes, leschargespâ^ quesetla profession des anDes,e«« les seules occupations dignes de la »
blesse de sa race. On oomprepd et ment, d'après cela, oucraciifitéiilitique fût concentrée dansquelaiKStftf où s'était concentré davantage le |# vainqueur et souverain, qui seul &f^
l'État. ,
Une autre colonie donenneoeapu partie occidentale de la Crète, h rç* des monts Blancs. Cette colonie, m-^ duite par Althémènc, filsdeCBS»^ d'Argos , se composait d'AdwB.1»^ d'Argos et de Corinthe, etffe^^ cette dernière ville. Elle WWptof villes dont la fondation estattràjttc Agamemnon lui-même , ou one «J»
avait jeté sur les c6t«iUC«^^ son retour de Troie (1). ^^^ Mycènes , Pergame et l^^^J^ Cydonia fut également oca^I»ï«J colonie ainsi que Polyrrbfiua, m»
côte occidentale. ,^ ,. ,^ ^ D'autres villes, telki jP AiJ»^ sources de l'Armiro, Été* ffl»^^^^ dont les noms rappellent des^«; Laconie, et qui ne se.raltâdJ«L cune des deux émigraUonsF^ attestent une plus g^^^ la colonisation dorienne fti^^j^ Cette colonisation cb^'l^ nie. Elle devint entièremei»»^
dans sa civUisaUon P"^!" T-jep
l'empreinte du g^^i}^^^}^ pide transformation fut ^^^^^
facilitée par l'affaiblipeaieiad^^^ était tombée la Crète a W^r.
Doriens. Ceux-ci trouv^\^^ des villes presque rféserlfôj^^
lèrent en partie la pofW^St W^ par l'immebse effort gu.eUca^pf temps de Minos et ééem» ^ les discordes civiles. ^ ..^S
avant J..C).^L'inva^^^^
Far les Douens fut» ^j-f^ avons vue, le contre^«P "^ ^ du Péloponnèse. Iis"lSÏ%»* cette île, comme la Laeo^'
(i) VeU. Paierc Ii '•
ILE DE CRÊTE
-de nation, soas la direction de chefs -communs, et d*un seul coup. Mais ils Toccupèrent successivement , par émigrations partielles ; ils y formèrent des établissements isolés. Aussi la colonisation dorienne, bien qu'elle s'étendtt sur rtle entière, n*en fit-elle pas un même Ëtat. La (>ète resta divisée. Les différentes colonies, dispersées dans les
Î principales villes , demeurèrent séparées es unes des autres, sans autre lien qu*une origine commune , et un ordre politique à peu près semblable. Chaque ville avec son territoire forma un Etat particulier.
Ainsi morcelée , cette île ne fit plus rien de ^rand. Elle ne paraît plus guère désormais dans Thistoire que comme une pépinière de soldats mercenaires et un repaire de pirates. Ses archers et ses frondeurs recherchés pour leur adresse, combattent , moyennant salaire , pour tous les peuples et toutes les causes. Les Cretois ne prennent pas d'autre part aux événements qui s'accomplissent en •Grèce, à quelque distance de leurs cAtes. La guerre Médique et celle du Péloponnèse les trouvent également indifférents.
Sollicités par les députés des Grecs à fournir des secours pour repousser Xerxès, ils s'en font dispenser par Foracle de Delphes. « Insensés ! leur répondit la Pythie, vous vous plaignez des maux aue Minos vous a envoyés dans sa colère à cause des secours que vous donnâtes à Ménélas, et parce que vous aidâtes les Grecs à se venger du rapt d'une femme que fit à Sparte un barbare, quoiqu'ils n'eussent pas contribué à venger sa mort , arrivée à Camicos; et vous voudriez encore les secourir! Sur cette réponse les Cretois refusèrent aux Grecs les secours qu'ils leur demandaient (1). »
Comment, après cela se seraient-ils intéressés à la rivalité d'Athènes et de Sparte ! Cette guerre, qui passionna tous les peuples grecs , et fit naître même dans les îles deux partis , l'un dévoué à la cité ionienne , l'autre à la cité dorienne , cette guerre ne fut pour les Cretois qu'une occasion de gain. Ils n'y parurent qu'une fois , dans l'expédition de Sicile, et ce fut en qualité de merce-
(i) Hérodote, TU, 169.
najres. Doriens , ils se mirent à la solde des Ioniens. « 11 arriva, dit Thucydide , que les Cretois, qui avaient fondé Gela avec les Rhodiens, firent la guerre, non pas en faveur de leur colonie, mais contre elle , et non par inclination , mais pour gagner l'argent qu'on leur offrait (1). »
Cette indifférence des Cretois, en présence des grands événements dont la Grèce est le théâtre, expli(|ue le peu d'intérêt qu'offre leur histoire à cette époque. Cet iûtérét va s'affaiblissant. La Crète s'isole de plus en plus du monde hellénique. 11 faut aller jusqu'à la dernière période de l'existence politique des peuples grecs pour la retrouver en rapport avec eux. Alors elle apparaît, mêlée aux luttes intestines dans lesquelles la Grèce épuise ses dernières forces. Elle intervient dans ces discordes avec ses propres divisions. Au commencement du second siècle avant J.-C. elle renfermait jusqu'à dix-sept Ëtats distincts : Istos, Arcadia, Lato*, Prsesos, Rhaucos, Cnossos, Sybritia, Eleutherna, Oaxos, Lappa, Cydonia, Polyrrhenia, Lyctos, Gortyne, Hierapytna , Olûs et Allâria.
Parmi ces villes Cnossos, Gortyne, Cvdonia et Lyctos étaient toujours les plus considérables. IVIais aucune d'elles n'était assez puissante pour dominer sur les autres et se faire le centre politique de nie. Cnossos , qui n'avait pas oublié qu'elle avait tenu le premier rang au temps de Minos , aspirait à ressaisir sa suprématie. Elle s'allia dans ce but avec Gortyne, et soumit, avec le secours de cette ville, la plus grande partie de nie. Mais alors un parti nombreux se forma contre elle. L île entière se partagea en deux camps. Les Étoliens et les Rhodiens d*un côté , Philippe et les Achéens de l'autre, intervinrent dans cette guerre , qui n'a d'autre intérêt que de montrer les sanglantes rivalités et les déplorables déchirements du monde grec , qui ne doivent finir que dans la paix romaine. Laissons Polybe raconter lui-même toutes ces discordes. « Les habitants de Cnossos, unis à ceux de Gort3me , avaient soumis à leurs lois la Crète entière, à l'exception des Lyctiens. Irrités de les, voir seuls indociles , ils
(i) Thucy., vn , 57.
LHINIVERS.
résolurent de les combattre , afin de les détruire, et d*imposer, par un tel exem^ pie , an reste de la Crète. Les confédérés agirent d*abord contre les Lydiens avec accord ; mais bientôt quelque sujet frivole éveilla leur susceptibilité, et eomme c'est Tord inaire en Crète , ils se divisèrent. Les Polyrrhénieos, les Cérètes , les Lampiens, les Oriens , et avec eux les Arcadiens se détachèrent des Cnossiens, et résolurent de secourir les X^yctiens. Parmi.les habitants de Corinne elle-même , les plus âgés étaient favorables à Cnossos, les plus jeunes aux Lyctiens ; de là des divisions nouvelles. Les Cnossiens, en présence du mouvement soudain opéré parmi leurs alliés, se hâtèrent d'appeler d'Étolie, comme alliés, mille soldats. Aussitôt les Gortynlens, partisans de Cnossos, s'emparèrent de la citadelle, y introduisirent les Cnossiens et les Étoliens, bannirent une partie desjeunes gens, tuèrent Tautre, et hvrèrent enfin à Cnossos leur ville entière.
« Or, un jour les Lyctiens étaient sortis en masse pour quelque expédition sur le territoire ennemi : les Cnossiens, avertis à temps de cette circonstance , s'emparèrent de Lyctos, restée sans défense , envoyèrent a Cnossos les femmes et les enfants, mirent le feu à la ville, la détruisirent de fond en comble , et après ravoir impitoyablement dévastée, regagnèrent leurs foyers. Les Lyctiens, de retour de leur campagne , à la vue d'un tel désastre, furent saisis d'un si violent désespoir, qu'aucun d'eux n'eut le cœur de rentrer dans sa patrie en ruines; tous en firent le tour, après avoir, par de longs gémissements et d'abondantes larmes , déploré leur sort et celui de leur pays, et se réfugièrent sur le territoire des Lampiens. Ils y reçurent l'accueil le plus flatteur et le plus empressé, et, devenus, en un jour, de citoyens qu'ils étaient, étrangers et bannis, ils allèrent avec leurs alliés combattre les Cnossiens. Ainsi périt, par un coup inattendu et terrible, Lyctos, cette colonie de Lacédémone, cette alliée d*Athènes par le sang, la ville la plus ancienne de la Crète, celle qui formait, sans contredit , les citoyens les plus distingués de rtle tout entière.
« Les Polyrrhéniens, les Lampiens
et leurs alliés, voyant les CoosâcDS if a^ puver sur les Etoliens, o'aTaieDt pi oublié que ceux-ci étaient enoeaus ^ roi Philippe et des Acbéeos. Ds ea voyèrent donc des ambassadeon a Acbaîe et en Macédoine, poardeoBKiff secours et alliance. Les AdiéensetP^ lippe les admirent à leur amitié, etlur envoyèrent comme subsides trois oats Illyriens , commandés parPIatore,(to cents Acbéens et cent Pbocidieo& Lar rivée de ces troupes avança boflCMf les affaires des PolyrrhénienscKlsafr fédérés. En peu de temps iUenlwDmflJ dans leurs murs les Eieutbenuei;, »
habitants de Cydouia,lesA|iteriŒJ,« les forcèrent à quitter le P«^*^ SOS pour partager leurpn)i«r®^ Ces succès obtenus, ils eniflWttia Philippe et aux AcIîéensdDqttBtsO tois. Les Cnossiens en a^«'^P?* paravantfait partir mille pour rw^et ainsi les Cretois se trou?erefll œj» des deux côtés à la guerre acbeeutw exilés gortyniens s'étaient, d^W valle , emparés du port des Hjki^ Ils avaient même avec une smguW^ audace occupé celui de GortyDe,« cette position ilsbeiiigéraienlcoBtrews
concitoyens (1). » . . «iH-m.
Les deux parUs paraBseJ'*^
proches quelque ^«nPJfSiSpiii.
également accepté la ^^^Zm
li^pe (216 avant J.-C.),lb8c2S etYinfluence maecdouienfle J««»; peu. Philippe, en guerre aTec»^.
diens, solliciu vaineroenl «|j^ entrer dans son alliance; >» j^ de prendre parU pour ^^;^Si1^ même les prytanes de placer la «^^ j leur île sous la protecuon«s^ diens (205). Nous ^^J'J^^i faire cause commiïaeji^^^^r^ l'admettre de moitié àm\^^ ries. Ils lui fournirent^es ffl«^^ qui servaient de satelites à «^^
ran. Celui-ci traquait aloB P^^ proscrits de Sparte. « Pf jlji(«* Ils se retiraient, il achetarf,«>'{,V vert d'hommes non ««^Pf^'JW sons contiguës à celles ^\^(pià^ tunés occupaient, etenvoyaii» ^^ qui, pratiquant des trcmsdtf»^''
(0 PoIylie,IV,53et«i'-"*^ Bouchot.
ILE DE CRÈTE
mitoyens, lançaient par ces tranchées des flèches et tuaient ainsi les exil^ , soit couchés , soit debout (1). »
Pendant ce temps les divisions intérieures continuaient. Dans ces guerres de surprises que ces perfides insulaires se faisaient, embusqués derrière leurs montagnes, aucun coup décisif ne couvait être frappé. Les guerres ne nnissaient jamais. « La perpétuité des guerres civiles et les excessives rigueurs des habitants entre eux, font qu'en Crète le commencement et la fin sont même chose lorsqu'il s'agit de troubles ; et ce
3ui semblerait ailleurs une exception est ans ce pays habitude (2). » Plutarque nous donne une idée de la manière dont les Cretois se combattaient. « Lorsque Philopœmen était en Crète , guerroyant dans le camp des Gortyniens (201 ) , ce n'était plus le capitaine péloponnésien ou arcadien , faisant une guerre noble et franche ; il avait adopté la manière des Cretois ; il usait contre eux de leurs expédients et de leurs ruses, de leurs embûches et de leurs coups de main à la dérobée (3). »
Cependant des essais d'association politique furent parfois tent^. En présence d'un danger commun , quand un ennemi extérieur menaçait l'Ile, les Cretois faisaient trêve à leurs discordes, et s'unissaient en une sorte de fédération connue sous le nom de syncrétisme.
On ne saurait déterminer répoaue où cette association se forma pour la première fois. Elle existait déjà au temps de la guerre de Rome contre Persée , lorsque tes Rhodiens , flottant entre le sénat et le roi de Macédoine, cherchèrent à se fortifier de l'alliance Cretoise contre toutes les éventualités. « Us adressèrent des ambassadeurs en Crète pour renouveler leur ancienne alliance avec tous les Cretois, et les engager à examiner l'état des choses, à s'unir à eux, et à avoir les mêmes amis et les mêmes ennemis.
Ils députèrent aussi vers chaque ville en particulier des commissaires chargés de répéter ces conseils (4). »
L'union cessait avec le danger. Bien-
(i)Pol^bc,XITI. 7.
(a) Id., XXV, 9.
(3) Plut., Plùlofj., c. xui.
(4) Polybe, XXIV, 4.
têt les divisions recommençaient L'u' nité nationale reconnue impossible , il se forma des associations partielles. Des villes dont les territoires se touchaient s'unirent entre elles. Ainsi firent Prœsos et Hlérapytna, cette dernière ville et Gortyne, Lato et Olûs, Cydonia et Apotlonia. L'association reposait sur une sorte d'isonomie. Les citoyens de chacun des États confédérés jouissaient dans l'autre d'une entière égalité de droits. Ils avaient mémescharges, mêmes immunités que ceux de l'État. Toutes les lois, en un mot, étaient communes au citoyen et à l'allié (1).
L'alliance était conclue de la manière la plus solennelle. Les villes se liaient par serment , en présence de leurs cosmes. Les serments étaient gravés sur des tables placées dans un temple , auprès de la statue d'une divinité vénérée, comme pour prendre celle-ci à témoin de la foi jurée. Mais on peut voir par un exemple que rapporte Polybe quel cas les Cretois faisaient de ces serments si solennellement prêtés. « Les Cydoniates commirent à cette époque (171 ) , le plus épouvantable, le plus horrible, le plus noir des forfaits. Bien que les perfidies soient assez communes en Crète, celle que nous allons dire semble l'avoir emporté sur toutes les autres. Les habitants de Cydonia étaient unis aux Apolloniates, non-seulement par l'amitié, mais par le droit de cité et par la communauté de tout ce que les hommes appellent droits. Les tables où leur serments étaient gravés se trouvaient auprès de la statue de Jupiter-Idéen. Cependant, au mépris de la toi jurée , ils envahirent la ville d'Apollonia, tuèrent les hommes, pillèrent leurs biens, et se partagèrent ensuite les femmes , les enfants , la ville et le territoire (2). »
11 est permis de croire que ce n'était point là un fait isolé. Ainsi les tentatives d'association partielle entre les villes ne réussirent pas mieux que cellse
(x) KotvuvCa TcàvT(i>v tûv èv xoTç àvOpuiroiç vojjLiÇojxivcov 3txottwv. Polybe, XX Vil, i5; Cf. Hœck. Âreia, III, p. 47a et siiiv. ; et Boekb, Grœcarum inscriptionum Corpus, Creia.
(a) Polybe, XXVir, x5; cf.Diod., Fragm.
excerpt,. De Firt, et rit.
LTJIÎIVERS.
qui aTaient élé faites pour ameoer nie entière à une oertaioe unité. La Crète « morcelée par ses monta^pes, habitée par un peuple sans esprit Dationai et sans autre intérêt générai que celui de la défense commune contre les ennemis extérieurs, était condanmée aux divisions; et elle ne devait retrouver un peu d*union qu'à ses derniers jours, pour rénster aux Romains.
HàPPOfiTS DB LA CeÈTB àTBG ROMB, JDSQD*A LA CONQUÉTB DB
CBTTB tLB ( 190-66 avant J.-G. }.
florus dit un peu légèrement aue Rome attaqua la Crète nar le seul d&ir de vaincre cette lie célèbre (1). Rome avait bien d'autres motifs. La soumission de la Crète complétait Toeuvre de sa conquête dans la Méditerranée orientale, âtte mer n'était pas romaine tant qu'un peuple libre y pouvait lancer ses vaisseaux. La Crète d'ailleurs offrait une admirable position militaire d'où il serait facile de surveiller à la fois la Grèce sou* mise, l'Asie et l'Egypte à soumettre.
Les griefe ne manquaient pas. Dans leurs guerres en Onent les Romains avairat rencontré les archers crétois sur prcHsque tous les champs de bataille.
Philippe et Nabis avaient recruté leurs armées de ces mercenaires à la solde de tous les ennemis de la république.
Dès ce moment le sort de la Crète fut comme décidé. Déjà dans le traité que Flamininus dicta au tyran de Lacédémone , il fut stipulé « qu'il ne conserverait sous sa dépendance aucune ville de nie de Crète, et qu'il remettrait aux Romains celles qu'il y possédait; qu*il s'abstiendrait de toute alliance et de toute
guerre avec les Crétois. (2) » Après la éfaite d'Antiochus, le préteur Q. Fabius Labéon passa dans rtie avec une flotte (190). On avait répandu le bruit qu'il s'^ trouvait un grand nombre de prisonniers romains réduits à la condition d'esclaves. C'était l'époque où les Cydoniates étaient en ^erre avec les Gortyniens et les Cnossiens. Fabius fit sommer les habitants des diverses villes de déposer les armes, de rechercher par toute l'île et de lui livrer les prisonniers , enfin de lui envoyer des députés
(i) Florus, m, 7.
(a) LiT. XXXIV, 35.
pour traiter avec luidesaffiiiresiinntéressaient à la fois les Cretois «t le Romains. « Les Crétois fiirat ém de la menace d*une guerre. LUe eotn renvoya quatre mille prisonniers, etfibius, sans avoir rien tait(raatre,oiiÉt pour cette seule raison, les hoDDC»
du triomphe naval (1). »
Ces honneurs décernés poarœpi' reille expédition témoignent mait l'importance que le sénatsttadnitab conquête de la Crète. Cependant is guerres civiles continuent. « Ui Gof* tyniens, jaloux d'abattre de tonte nnnière la puissancedes Cnossia^m entamé le territoire de ce *m«- Une ambassade , ayant posr cW ijpins, rétablit la concorde tst»»^ cités rivales (2) (185). »»ob«»«[; tervention en 174 ; Q. Minwm w« dans l'île avec dix vaisseaux elM«w les hostilités. CeUes^ Tf^ bientôt après avec acharacoeat, J^ fois entre les Cydoniates et te W niens. Les premiers demindentwi^ cours à Eumène qui leur ^^ lieutenant Léon avec trois çenc^ mes. Ils livrent à cet offloff w»*:
leur ville et s'abandonnent à sa ûb^ tion (8). L'année suifanteab«2^ surprise d'ApoUonie par les tj»"^
^^ajendant Rome, qmj»^* s'était contentée à'inXei^^ médiatrice dans les dissenaws^^lJ, commençait à changer de ^;J^^ sa^e devenait '^^Pi^Ji^i^ déjà en maîtresse. l^,p^^^ fourni à Persée plus d ^^2» ^ Romains; sur les menaces do»»^ s'empressèrentd'envoyeruDeaœw*^
à Rome pour se justifier (J^^^p^ arobassacfeurs des Cretois rg^ ^ qu'ils avaient envoyé en f^jr^^ nombre d'archers qu'araïf W j^ le consul P. Licinius; in*^,^nk(i se virent forcés de cpn^JLjg avaient un plus grand ^on^^^ étendards de Persée aue «Jf ?^ Romains, il leur tutr^^J^ST' les Crétois prouveraient ^ZuJt ce qu'on n'en pdt douter, (f^^^
(i)Liv.,XXXVn,6o.
(a) Polvbe, XXJII, ï^- (3)Id.*XXVIII,i5-
ILE DE CRÈTE
raient l'ainitié du paiple romain à celle du roi Persée, le sénat romain, de Bon côté, leur ferait la réponse qu*ii convenait de faire à des alliés sar lesquels DU pouvait compter; qu'en attendant, ils annonçassent a leurs concitoyens, que, pour plaire au sénat, il fallait qu'ils rappelassent chez eux , le plus promptement possible, tous ceux de leurs soldats qui étaient au service du roi Persée (1). »
Au milieu de leurs discordes et en présence des exigences menaçantes de Rome, les Cretois trouvèrent encore moyen, par leurs pirateries, d'attirer sur eux les armes de Rhodes ( 155). Des Jeux côtés on demanda des secours aux Aichéens. Antiphate de Gortyne fut dé- 3Uté vers eux. L'assemblée était réunie k Corinthe. Les Achéens penchèrent l'abord pour les Rhodiens. « Antiphate, i cette vue, demanda une nouvelle au* lience que le stratège lui accorda, et ;on langage fut plus noble et plus sérieux f u'on ne pouvait l'espérer d un Cretois. En effet, ce jeune député n'avait rien du ^ractère de sa nation. U avait su échapper aux perverses maximes de i'éducaion Cretoise. Les Achéens applaudirent I sa franchise , d'autant plus que son jère Télémaste était venu, suivi de cinq Mots Cretois , £alre bravement la guerre «ntre IVabis avec les Achéens. Cepenlant, après le discours d'Antiphate, ils le montraient encore disposés à secou- *ir de préférence les Rhodiens , lors- :|ue Callicrate s'écria qu'on ne devait li faire la ^erre ni envoyer des se- H)ur8 à qui que ce fût sans Tagré* nent des Romains (2). » Cet avis l'em- K>rta.
La euerre n'en continua pas moins ntre les deux tles. Elle ne paraît pas ivoir été à l'avantage des Rhodiens.
:.eur amiral Astymède se rendit à Rome ta qualité d'ambassadeur. • Introduit lansle sénat , il parla longuement de la guerre avec la Crète. Le sénat prêta à «8 discours une sérieuse attention; et lussitôt Quintus partit comme député K>ur mettre un terme à ces bostilies (3). >
(i) Liv., XLin, 7.
(a)Pol>be,XXXin, i5.
(3)Polybe,ibid«
Rome n'intervenait encore que pour pacifier. Le moment de conquérir ne lui semblait pas venu. Fidèle a sa politique patiente, elle laissait la Crète user elle-même ce qui lui restait de forces. Sa proie était sûre, Rome pouvait attendre. D'ailleurs, dans l'état d'anarchieet de troubles où se trouvait 111e, il eût fallu, après l'avoir subjuguée, y maintenir une' armée permanente , et Rome avait alors besoin de ses forces sur d'autres points. La présence des l^ons eût été d autant plus nécessaire, que la Crète était devenue un centre de piraterie. Ses habitants étaient retournes au métier qu'ils avaient exercé avant Minos. Ce prince avait fait cesser leurs brigandages, en les constituant jusçju'à un certain point , un corps de nation ,, et en leur donnant l'empire de la mer. Ils avaient alors intérêt à réprimer les pirateries des Carieos et des Léléges.
Mais à l'époque où nous sommes parvenus, l'absence de tout grand intérêt national et les guerres civiles les avaient de nouveau jetés sur les mers. Leur île était devenue après la Cilicie une seconde pépinière de pirates ( 1 ). Ils faisaient cause commune avec les Gliciens et tous les aventuriers qui infestaient la mer Intérieure et menaçaient de servir de lien entre Sertorius et Mithridate.
Les Cretois fournirent même des secours au roi de Pont (2). Cétait par trop braver la puissance romaine. Dès 103 la Glicie avait été attaquée par Torateur Marc-Antoine. Dans uneautre expédition, Servilius avait pris et détruit plusieurs de ses villes (79-76). En 77 ce fut le tour de la Crète. Le préteur Marcus Antonius, le père du triumvir, conduisit contre elle une flotte « avec une telle espérance et même une telle confiance, qu il portait plus de chaînes que d'armes sur ses vaisseaux. Il fut puni de sa folle témérité. Les Cretois lui enlevèrent la plus grande partie de sa flotte, pendirent les prisonniers aux antennes et aux cordages, et, déployant toutes leurs voiles , recagnèrent leurs ports, comme en triomphe ( 3). » Cette victoire valut aux Cretois une paix honorable. Mal-
[f) V\ut, Pompée f c, xxix.
ra)Flonii, m, 7.
[3) FIorut,ibid.
L'UNIVERS
heureusement elle était conclue par le préteur, sans Faveu du sénat et du peuple , et Rome n*avait pas Thabitude de traiter en vaincue. Elle ne pouvait accepter la honte de Tentreprise téméraire du préteur. Les Cretois le comprirent bien , et ils résolurent de conjurer forage : « Dans un conseil réuni pour délibérer sur les intérêts de TÉtat, les plus âgés et les plus sages proposèrent d en* voyer des députa à Rome , de se défendre des crimes qu'on leur imputait , et d'essayer d'apaiser le sénat par des caresses et des prières. Les Cretois envoyèrent donc en députation à Rome les citoyens les plus distingués. Ceux-ci, visitant tous les sénateurs indistinctement dans leurs maisons , s'adressaient d'une voix suppliante à ceux qui jouissaient de quelque autorité dans le sénat. Enfin, ils furent introduits dans l'assemblée , se justifièrent habilement des crimes dont on les accusait , et , après avoir rappelé en détail les services qu'ils avaient rendus à Rome , ainsi que leur ancienne alliance, ils finirent par prier les sénateurs de rétablir les Cretois dans l'ancienne amitié et alliance de Rome.
Le sénat écouta ces discours avec bienveillance, et rendit un décret par lequel les Cretois étaient absous de toutes les accusations , et reconnus alliés et amis de la république. Mais Lentulus, surnommé Spinther, fit en sorte que ce décret ne reçût pas son exécution (1). » Dans le sénat il fut encore souvent question de^ Cretois. On ne pouvait oublier qu'ils avaient fait cause commune avec les pirates. « C'est ce qui détermina le sénat à publier un décret , d'après lequel les Cretois devaient envoyer a Rome tous leurs bâtiments , jusqu'aux embarcations à quatre rames , remettre en otage trois cents citoyens des plus considérables, livrer Lasthènes et Panarès , et payer, comme une dette publique, quatre mille talents d'argent ( vingt-deux millions ) (2). »
« Les Cretois, informés de la teneur de ce décret, se réunirent en conseil.
Les plus sages étaient d'avis qu'il fallait se soumettre à tous les ordres du sénat ; mais Lasthènes et ses partisans , qui se
(x) Diod., excerpt., (U Légat,, p. 63 1, 63a. (a) ll>i(J.
sentaient coupables , craignirent d^ân envoyés à Rome, et d'jr are punis; ik excitèrent donc le peuple à détendre ne antique liberté (1). »
Le sénat résolut alors d'en finir avec la Crète. Le consul Q. Coecilius Métdlus fut chargé delà guerre (G9). U débarqua avec trois légions près de Cydtnia. Lasthènes et Panarès avaient tx^ nisé la résistance. Une armée de vln^-
Îiuatre mille hommes était réunie soas eurs ordres. Elle fut noise en dérœle sur le territoire de Cydonia. MéteUis s'empara de cette ville, puis de ûiosos, de Lyctos et de plusieurs autres. IJ fol implacable pour les vaincus. Lesass^é se tuaient plutôt que de se readre à Ai. Pour se venger de tant de craaotés ks Cretois imagmèrent de lui enkferrhooneur de subju^er llle, en appdml Pompée pour lui faire leur sounùsson. C'était au moment où Pompée veaait d'être investi du commandement des mers et de toutes les côtes de la Méditerranée. « Les Cretois députèrent ven lui pour le supplier de venir dans <ev tle , qui faisait partie de son goonsaement... Pompée accueillit leur demande et écrivit à Métellus pour lui défendit de continuer la guerre. Il manda ausà aux villes de ne plus recevoir les ordm de Métellus , et envoya pour eonuBiader dans lUe Ludus Octavias, m de ses lieutenants (2 ). i» £■ lôpat sa conquête lui échapper , MétdhB mrsuivit la guerre avec une noav»U vigueur. Il redoubla de cruauté, et n*èpargna même plus ceux qui s'ctakot soumis à lui. Octavius prit alors ouvertement parti pour les Cretois. Arrivé dans l'île sans armée, il s*en forma w de tous les aventuriers qui se présentaient, mais il ne put tenir la campagae contre Métellus. Celui-ci acheva la soamission de Itle, et obtint les honneurs éi triomphe avec le surnom de Cntiem (66 avant J.-C.)
L'existence politique de la Créiez depuis la guerre de Troie , avait èé sans gloire , sans intérêt. Elle bcnon du moins ses derniers Jours par m défense courajgeuse. Sa T&àaiam avait duré trois ans. Sa déCaite ib»-
(i) Ibid.
^i) Plut, Pompée, c« xxoL,
ILE DE CRÈTE
tra an des grands noms de Rome (1).
Cnossos reçut colonie romaine, et fut la résidence des gouverneurs de Ttle.
Celle-ci , réunie à la Cyrénalque, forma, sous Auguste, une province sénatoriale , et fut ^uvernée par un préteur. Elle eut ensuite un proconsul , puis un questeur, que Tibère y envoya la première année de son règne. Sous Adrien, elle eut de nouveau un proconsul , et sousSeptime-Sévère un questeur. Quand l'empire fut divisé en préfectures , elle fut gouvernée par un consulaire, et comprise dans la préfecture d*lllyrie. Sous Constantin, elle fut séparée de la Cyrénaïque, et après lui elle flt partie des provinces assignées à Constance (2).
TABLEAU OBNÉRAL DE L4 CIVILISA- TION GfiBTOlSB DAK8 LES TEMPS AN- CIENS.
Institutions politiques de la Ceète ancienne. - ■ Dans les institutions, comme dans rhistoire proprement dite de la Crète, un seul nom domine , c'est le nom deMinos. Minosest le législateur de la Crète, comme il en est le héros. On lui a attribué les lois oui régirent cette lie, comme on lui a fait honneur de toutes les grandes choses que les Cretois ont accomplies durant Tespace de deux siècles. On a fait de lui comme le type du législateur. Homère et après lui Platon nous le montrent s'entretenant, tous les neuf ans, avec Jupiter, son père, et rédigeant, d'après les réponses du dieu, les lois qu'il oonna à son peuple (3).
Les Doriens , venus trois siècles plus tard , recueillirent cette tradition ; comme ils rattachèrent Minos à leur race, ils en firent aussi leur législateur. Ce fût sous l'invocation de son nom vénéré qu'ils placèrent les institutionsqu'ils apportèrent ou qu'ils fondèrent dans l'île. Cependant tout , dans ces institutions, porte l'empreinte du génie dorien. Et si 1 ancienne constitution ou plutôt les vieilles coutumes ne disparurent pas complètement après l'étabUssement des
(i) Creta dédit msgoam, majiu dédit Africa nomea , Scipio quod Victor, qttouqu« Metellut b«bet.
Malt., n. a.
(a) cf. Meursiiis, Creta, lib. III, cap. 6. (3) Odfs., XIX; Plat, De I^g,, I.
colonies donennes , c'est chez les Périèques, parmi les vaincus et tes sujets, qu'il en faut chercher la trace. L'existence même de cette classe inférieure témoigne d'un ordre politique entièrement nouveau, né de la conquête.
Population. Condition destain-
CUS. PÉBIÈQUES, MnOÏTBS, CLARO-
TES. — Sujets et esclaves. La division des habitants en guerriers et en laboureurs est la base de tout État dorien. Elle apparaît en Crète aussitôt après l'établissement des colonies venues du Péloponnèse. Suivant Aristote, l'existence de ces deux classes distinctes, l'une agricole, l'autre militaire, remonte à la plus haute antiquité. « Sésostris , dit-il , 1 établit en Egypte, Minos en Crète, et cette institution se maintient encore dans l'un et l'autre pays (I). » Ainsi c'est Minos qui aurait établi cette division. Mais il n'est pas douteux qu' Aristote n'ait en vue, dans ce passage, les Périéques, les Mnoîtes et les Clarotes. Or, avant l'époque d'Homère^ on ne trouve nulle trace d'un pareil classement des habitants. Nulle part, dans ce poète, on n'aperçoit des distinctions sociales aussi marquées, des différences de condition aussi tranchées. C'est dans les États doriens qu*elles apparaissent pour la première lois , longtemps après la guerre de Troie. Sans doute, de très-bonne heure , nous voyons daus la société grecque, des peuples réduits par d'autres peuples à une condition inférieure. C'est ce qui arriva dans l'Attique après l'invasion des Ioniens, et dans le Péloponnèse après celle des Achéens. Mais ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux contrées, la conquête n'eut pour résultat cette profonde déchéance sociale des vaincus^ cette rigoureuse distinction dans les conditions et dans les travaux de la vie. En Atlique les laboureurs avaient leur noblesse ; et dans le Péloponnèse les plus nobles s'adonnaient à l'agriculture et à d'autres travaux que dâaigna plus tard le fier Dorien. il en fut de même en Crète.
Bien des races, comme nous l'avons vu^ se sont mêlées dans cette île. Nulle ne fut tenue par l'autre dans une pareille dépendance. Entre elles, entière égalité de droits. Les différents peuples étaient
(i) Polit,, vn, 9 et 10.
L'UinVERS.
établis les uns à e^té des autres, sans ces rapports de vainqueur à vaincu, de souverain à sujet. En un mot, point de classement rigoureux, point de hiérarchie sociale, si l'on excepte Tesclavage proprement dit, qui se trouve à toutes les époques dans les sociétés anciennes.
Vainement on alléguerait la colonie de Teutamos. Eût-elle existé, quelle n'eût pas été assez nombreuse pour fonder dans un pays aussi peuplé que l'était alors la Crète un ordre de choses qui ne s'établit et ne se maintint que par la force. D'ailleurs, on sait que ce fut seulement après leur établissement dans le Péloponnèse que les Doriens, vainqueurs des Acbéens , se constituèrent, du droit de la victoire, en race dominante , et réduisirent les anciens habitants à l'état de sujets et d'esclaves.
Ce qu'ils firent dans le Péloponnèse, ils le firent également en Crète. Dans cette tie, comme sur le continent grec, le glaive du Dorien marqua le front du vaincu du signe de la servitude. U y eut une race noble, souveraine et oppressive, formant seule l'État, avant seule des droits politiques, composant l'assemblée du peuple et le sénat, remplissant, en un mot, toutes les charges publiques; et, au-dessous d'elle, une race en quelque sorte déchue, exclue de la cité et vouée à la glèbe. De cette dernière classe la loi ne s'occupe que pour régler ses rapports avec ses maîtres, pour organiser la servitude.
Cette classe comprenait les Périèqneê^ les Mnoïtes, et les AphamioUs ou Clarotes,
La condition des Périèques était la même en Crète qu'en Laconie ; et elle offre beaucoup d analogie avec celle des viliani du temps de la domination vénitienne dans nie. Ils formaient la population sujette. Quand le Dorien prit possession de l'tle, il abandonna aux anciens habitants une partie des terres, moyennant tribut. Leur situation, d'ailleurs, ne parait pas avoir été bien malheureuse. S'ils n avaient point de droits politiques, du moins les laissait-on vivre d'aprè» leurs anciennes coutumes. En possession de la plus grande partie du sol, ils pouvaient encore s'enrichir par l'industrie et le commerce, que leurs vainqueurs dédaignaient.
Au-dessous deoette dasae,àunâi|R bien inférieur, se trooraiont les Jf aeite. Comme les Périèques ils amartaint à la race vaincue; et ils taroA su doute réduits à ime eonditîon pba te pour avoir résisté plus longteofs « pour s'être révoltés eontre les ooÊqBt rants. Leur origîDe est donc la méMefï celle des > Hilotes. Cooiine oeux-ci, ik étaient les esclaves de l'État. Oaqst ville, en effet , s'étak réservé, aprà k conquête, une certaine portion m Varitoire, qui formait le domaine pi^.
Une partie du produit de ces tenes étsà affectée aux sacrifices et as calie ai dieux, l'autre aux repas coi— twf. Hélait des bras pour cultiver ces terres. On y employa les Mnoïtes. Onx-d différaient toutefois en an point ètsBâMes.
Ces derniers étaient tout à k Iw les esclaves de l'Etat et des paràçu&en; les Mnoïtes ne servaient que l'État (1). En cela leur situation éàit nK^aot que celle des Jphamiotes ou dar^tt.
Comme les Mnoïtes , ceax-d èt^sA âtachés à la glèbe ; mais à la diffêRace des précédents, ils étaient voués au service des particuliers. Chez les Dticà, ainsi que chez les Spartiates , à rolé di domaine de l'État, il y avait desjr»priétés privées ; c'est à ces pnpnèiés
2ue les Clarotes se trouvaient êttxtés, eur nom de parèques (sépooK) semble indiquer qu'ils habitaÂeiit snr les terres de leurs maîtres. (>aaBl à leur origine, elle est vraîsemblablenKOJt b même que celle des Mnoïtes, aveecstte différence^ qu'après avoir été pris à h guerre ils furent partagésau sort, coook l'indique leur nom de Claroles, Lnr condition, plus misérable que celk de autres esclaves, parce qu'ils dépeadakat du caprice d'un seul, était ccto^ moins intolérable que celle de rEBte On leur laissa leur culte national. Ik avaient même leurs saturnales. A ^ fête d'Hercule, ils étalent servis parlées mattres, et pouvaient même les Isttat* Athénée rapporte qu'une fête semtàék se célébrait à Sparte (2).
A ces trois classes d'^Mïlaves îoéSgBÊes il faut ajouter ceux qui s'j
(i) Hoeck, Kreta, t. III, p. 3oclsaiv.
(a) Athén., IV, p. 139 ; a MûUff, p. i55.
ILE DE CRÈTE
dehors, et que pour cette raison Ton appelait Chrysonèies (xpu<xi^v7]Tot). Leur nombre dût être peu considérable dans un pays dont toute Fancieime population avait été réduite en esdavage.
Ils étaient employés aux travaux domesti(rues. Quant à leur condition, elle ne différait en rien de celle des esclaves de même origine dans le reste de la Grèce. On distinguait encore les thé* rapontes (6ep^txtDv), espèce de valets d^armes; les ergatones (Ip^dEnovc^) et les catacautes (xaxmtaSxcn) ^ esclaves chargés de brûler les corps morts, et d'avoir soin des sépultures, ils formaient une classe à part, et jouissaient même de certains privilèges (1).
i- En général , Tesdavage fut moins dur en Crète qu'à Sparte. Aussi n'y eut-il point, dans cette tie, de révoltes d'escla^ ves , comme à Lacédémone , où l'Hilote était toujours prêt à profiter des calamités puj)]igues pour tirer vengeance de Toppression de ses maîtres. Aristote cherche à expliouer cette difTéreoee.
« Les pénestes tnessalîens ont souvent causé des troubles en Thessalie; il en est de même des Hilotes de Lacédémone ; tous ces esclaves spéculent sans cesse sur les désastres publics. Il n'en est pas de même en Crète. Peut-être les Cretois doivent-ils cet avantage à des circonstances locales. Lorsque les petits États de cette tle se font la guerre, ils ne favorisent jamais la révolte des esclaves, attendu qu'ils en ont aussi dont la condition est la roênoe. Mais les Lacédémoniens ont pour voisins et souvent pour ennemis , les peuples de TArcadie, derArgolideetdelaMessénie, qui n'ont point d'Hilotes. Il en est de même des Thessaliens. Pendant leurs guerres contre les Achéens, les Magnésiens et les Pérrhébiens, qui n'ont point de pénestes, ceux-ci ont souvent conspire (2). » Rien n'est plus dangereux pour l'esclave, comme le remarque un historien distingué C8), une de faire peur à son mettre. En Crète I esclavage suivit en quelque sorte le morcellement territorial. Chacun des nombreux États de cette tle ayant ses esclaves, ceux-ci ne se
(i) Hœck, Kreta, t. III, p. 4»-
(a) Arisl., Polit., II, 7.
(3) M. Duruy, Hist. Gr. p. 54.
trouvèrent point concentrés en aussi grand nombre qu'en Lacouie , sur un même point du territoire. 11 en résulta
3ue leurs maîtres , ayant moins à crainre, ne les traitèrent pas aussi durement. Cest sans doute pour toutes ces raisons, qu'on ne trouve pas la cryptie chez les Cretois.
Constitution gbétoisb. — Nous venons de voir les résultats de la conquête dorienne en ce qui concerne les vaincus. Entrons maintenant dans l'État dorien lui-même. Ici encore nous trouverons bien des traits de ressenoblance avec Sparte. Il n'y a pas moins de rapports dans la constitution politique oe la Crète avec celle de Lacédémone, que dans l'organisation sociale et la condition des personnes dans les deux États. Mêmes peuples, mêmes pjrincipes de gouvernement , mêmes institutions. Cette ressemblance a frappé les anciens. Callisthènes, Éphore, Aristote et Platon, l'ont signalée. Essayons de l'expliquer.
Une constitution comme celle que Lycur^e donna à Sparte, réglant toute la vie d'un peuple, même dans ce qu'elle a de plus intime , n'est pas une création du législateur. Avant d'être formulée et décrétée, elle existe, comme en germe, dans les mœurs et les idées du peuple qu'elle est appelée à régir. C'est l'œuvre du législateur de tirer en quelque sorte des entrailles d'une nation le code qui doit régler ses destinées. Ainsi fit Lycurgue : ses institutions eurent sans doute une immense influence surf esprit public des Spartiates; elles fixèrent leur existence politique; elles furent comme la loi suivant laquelle se développa le génie national de ce peuple. Mais par cela même elles devaient être profondément empreintes de ce génie. Puis, une pareille constitution n^est point non plus l'ouvrage d'un jour; elle ne se forme point pour ainsi dire tout d'une pièce. De vieilles coutumes, une première ébauche d'organisation la précèdent et la préparent. Il n'est pas douteux que longtemps avant Lycurgue les Doriens n'eussent un certain ordre politique analogue, sur bien des points, à celui qu'il établit à Lacédémone. Ainsi s'expliquent les ressemblances de la constitution Cretoise avec celle de Sparte.
L*UNITEES.
La Crète reçut des colonies dorieiiDet près de deux siècles avant Lycurgue.
Ces colonies apportèrent dans rîie leurs coutumes nationales , leurs institutions, qui se compliquèrent des rapports nouveaux nés de la conquête. L'ordre de choses qu'elles établirent de la sorte était entièrement constitué lorsque Lycurgue vint en Crète. Il s'y arrêta longtemps , et particulièrement à Lyctos, la plus considérable des colonies doriennes de rile. « Il observa avec soin les institutions du pays et conversa avec les personnes le plus en renom. Il approuva fort quelques-unes de leurs lois, et les recueillit pour en faire usage quand il serait à Sparte (1). » Toutefois il ne faudrait pas chercher ici une organisation politique bien régulière. « En se représentant la Crète comme un gouvernement aristocratique et fédéral, il ne faut pas prendre ces mots dans la plénitude de leur sens. Nous n'assistons pas au développement complet d'une société régulière, mais à des essais d'ordre et de bonne police, souvent interrompus par des révolutions. Ce point capital indiqué par Aristote (2) a trop échappé aux modernes, même à Montesquieu. La Crète est le chaos fécond dans lequel Sparte chercha quelques principes; mais ellemême ne put s'asseoir et se pondérer.
La raison de ces orages était la rivalité des villes. Quand l'une d'elles conquérait la suprématie, c'était le despotisme; quand elles luttaient ensemble, sans avantage décisif pour aucune, c'était l'anarchie (3). »
« Dans chaque ville, ajoute le même écrivain, il y avait à la tête des affaires dix magistrats; ils s'appelaient x(S9(xoiy cosmesy tirant leur nom de Tordre même, et de la nécessité de le faire régner, tant se manisfesta toujours dans les cités Cretoises un incomgible penchant à la sédition (4). » Aristote, qui compare les cosmes aux éphores de Sparte, fait remarquer que l'institution des premiers avait de plus graves inconvénients que celle des seconds. « Même
(i) Plut, Fie de Lye, (a) Po/iV., II, 7.
(3) Lerminier, HUt, des Législat et des eonst'u. de la Grèce ont.. I, p. 67 et suiv.
(4) lUd.
vice, diMl, dans le mode dTâeete; c'est le hasard qui décide du choix; mà& on ne retrouve |>â8 en Crète ravaftni politique oue l'on remarque à Ijcwroone. A Sparte , tous les citoyens «t droit àréphorie, et Tespoirdnriveri cette éminente dignité attaebek peipie au gouvernement. En Crète, les oona ne sont pas choisis parmi le p«ipie »
tier; car l'éligibilité est la préf^gaà^ de certaines familles (1). *
« Comme ils sucoédaiept à raotailc royale, ils en eurent les piérogatiRS : ils commandèrent les troupes, ooficÉirent les traités , adailnistierent soeivrainement la cité , avec ua pouvoir vbitraire sur les personnes et hes dbua, A cette sorte de despotisme, iseant»table débris de la royauté, Vei vœns Cretoises donnèrent un singolieTcoiibrepoids. Quand des cosmes méodateataiol par leur conduite quelques-UDS de kss collègues ou des particuliers, œ le chassait. Ils pouvaient aussi à leio' cmvenance abdiquer le pouvoir. Ce nèaà pas la loi qui régnait, mais la voloslê des hommes, qui n'est pas une rcgh sâre. Les Cretois avaient aussi Phabiuide. « plus vif de leurs divisions, de reeonorà une sorte de monarchie provisoire poer se faire plus facilement la guerre esfirt eux.... (2). »
Les fonctions des cosoms éemetu ua an. Sortis de charge, ils pteMî^ot pUœ dans une assemblée de viâkiis qui composaient le sénat. Les reeoabtei de ce conseil paraissent avoir été, omdk à Sparte , au norolire de trente. Lw autorité était viagère et de plus , ils n'avaient pas de loi éoift et décidaient arbitrairement de toutes les atfiaires (8).
Les résolutions prises par les eoous et par les sénateurs étaient soumixi ' une assemblée généraJe, où tous les étoyens étaient admis, et avaient droite suffrage. Mais cette assemblée n*a«^ aucime initiative politique. Son droit 9 bornait à ratiûer, sans discussiot^ff qui lui était proposé (4).
Le peuple n'avait donc, de £ût,
(i) Polit., II, s.
(a) Lenniaier, Hist, des Ldg.^ L L
(3) Arist, PoUl,, II, s.
(4) Arist. Ibid.
ILE DE CRÈTE
part au goavernemeDt. Tout le pouvoir était concentré aux mains des cosmes et du sénat. Cette oligarchie ne pouvait être supportée longtemps par ce peuple remuant, naturellement attaché a la liberté , et chez qui les agitations politiques contribuaient à entretenir ce sentiment. Au temps de Polybe , il s'était déjà opéré un changement considérable dans PÉtat : toutes les magistratures étaient devenues annuelles , et le gouvernement démocratique (1). Des monuments antérieurs d*environ un demi-siècle à rhistorien que nous venons de citer, attestent déjà cette révolution. Il y a un déplacement complet de la puissance politique. Celle-ci a passé des cosmes à l'assemblée du peuple , devenue souveraine. C'est à elle que s*adressent maintenant les ambassadeurs des États étrangers; à elle seule appartient le droit de régler les relations extérieures , de former des alliances , de conclure des traités. Si dans ces traités les cosmes sont nommés, c*est uniq[uement parce que leurs noms servent a marquer Tannée où ils sont conclus. Cest le peuple qui stipule, qui dicte les conditions ; lui seul rend des décrets. Ceux-ci sont copiés par le secrétaire de rassemblée , et déposés dans un temple. Notification en est donnée aux cosmes , qui apposent à l'acte le sceau de la nation. Souvent le peuple est seul mentionné comme décernant des récompenses , élevant des monuments.
Quelquefois le protocosme est chargé de ces soins , mais alors c'est au nom du peuple qu'il les exécute.
Déchus de leur ancienne puissance , les cosmes sont devenus entièrement dépendants de l'assemblée, dans l'exercice de leurs fonctions. Pouvoir responsable, ils sont justiciables du peuple , et peuvent être traduits devant le tribunal commun que les États confédérés forment entre eux. Tout citoyen a le droit de les accuser. Ils sont tenus de porter à la connaissance de tous le pacte par lequel les deux cités se sont unies ; d en surveiller l'exécution ; d'en donner, chaque année, lecture au peuple; de dresser les colonnes sur lesquelles sont gravés les articles du traité; de faire donner satisfaction au citoyen qui a été
(i) Polyb., VI, 46.
maltraite ou dépouillé dans la ville alliée , etc. S'ils manquent à quelqu'un de ces soins, ils sont passibles d une amende déterminée , payée à titre d'indemnité à TÉtat confédéré. Ainsi, à l'inverse des Éphores de Sparte, qui, réduits d'abord aux plus modestes attributions, finirent
f)ar devenir la première magistrature de 'État, les cosmes, tout- puissants dans le principe, ne furent plus à la fin que les ministres responsables du peuple. .
Ajoutons, toutefois, qu'ils conservent encore la présidence des tribunaux et la direction des débats judiciaires. Mais les juges sont tirés de rassemblée du peu-
f)le , soit par la voie du sort, soit par l'éection. Comme le gouvernement luimême, la justice a reçu' une organisation démocratique.
Le sénat , aussi bien que les cosmes , a subi les conséquences de la révolution populaire. Il a perdu toute importance politique. Ses membres ne sont plus nommés à vie , mais pour un an seulement. Quant à leurs attributions , il serait difficile de les déterminer avec quelque précision ; sur ce point on en est à peu près réduit à des conjectures. Ils paraissent avoir été chargés de la police, dans les fêtes publiques , et de la surveillance ainsi que de l'éducation de la jeunesse. U y «i loin de ces fonctions tout honorifiques à l'autorité dont le conseil de^ anciens se trouvait autrefois revêtu.
Nous sommes partis de l'oligarchie ; nous aboutissons à la démocratie. Deux siècles séparent les deux ordres politi-
Îues tels que nous venons de les décrire. |ue s'est-il passé durant ce long espace dé temps? Par quels changements successifs s'est opérée la révolution? On l'ifnore. Elle ne s'est pas faite, sans doute, rusquement , sans ces transitions par lesquelles les peuples passent d'ordinaire d'une forme de gouvernement à laforme opposés; mais le défaut de documents ne permet pas de suivre la marche de cette révolution ni le développement progressif de la constitution Cretoise. On peut croire, toutefois, que ce dévelop-
t)ement n'eut pas, dans les villes de Crète, a régularité imposante que l'on remarque dans le mouvement des institutions chez d'autres peuples. L'état violent de ces villes, leurs perpétuelles agitations.
LTNIVERS.
leurs guerres sans fin , rendent inTraisemblable un effort soutenu du peuple , pour arriver graduellement, de conquête en conquête, a la souTeraineté politique. Quoi (]u*il en soit, la démocratie fut aussi impuissante que Toligarchie à rendre à la Crète ce qu'elle avait perdu depuis Minos : Tordre et la paix a Tintérieur, la puissance au dehors.
Coutumes, bepàs publics, éducation , MŒUBS. — « Tous les instincts des sociétés oui commencent se développèrent dans la Crète avec éner-
g'e. L^ Cretois aimaient le mouvement, chasse, la fatigue, la lutte; ils vivalent en commun, et se partageaient les biens de la terre. Ces dispositions et ces habitudes firent le fond des institutions Cretoises. Le travail du législateur fut de confirmer les mœurs sur certains points ; sur d'autres , de les redresser ou de leur imprimer une impulsion vive. Il faut se représenter les lois dites de Minos comme des coutumes qui ne furent jamais écrites (t), comme des traditions qui, à travers la suite des générations, s'altérèrent.
« Entrons dans une des villes de Crète, à Lyctos , et nous aurons le spectacle de la vie en commun. A Lyctos , chacun contribuait du dixième de ses produits à l'entretien de l'association dont il était membre, et aussi aux revenus de la ville. Cette contribution était répartie par les chefs de la cité entre toutes les familles. Les citoyens se trouvaient partage en petites sociétés appelées ivBpta; le soin des repas communs était confié à une femme qui dirigeait le service de trois ou quatre esclaves publics dont chacun s'adjoignait deux porteurs de bois, xa- Xcxpôpoi (2).
« Dans toutes les villes de Crète, il y avait deux édifices publics dont l'un , consacré aux repas, se nommait d^v- ^petov, et dont 1 autre, servant d'asile aux étrangers, s'appelait xoi(jLT]Ti{p(ov. Dans l'édioce où se faisaient les repas ,
( I ) Cest ce qui rend ti plaisante la méprise de Hérault de Sécbelles, qui, pour rédîeer la constitution de 1703, demandait qu'où lui envoyât de la Bibliothèque nationale le volume des lois de Minos. ( Note de M. Lermiuier. )
(a) Athén., Deipnos, lib. IV, sect. aa.
étaient dressées deux tables dites talières, oà les étrangers ^
Les autres tables étaient destiaes
citoyens. CNi donnait mie part égrie i diacun des oonviTes ; aenlenent, !■ jeunes gens n'avaîeot qu'une noitié à part de viande, et ne touchaient àaKa autre mets. On plaçait anr la tabie a vase de vin, mêlé d'eau, tous lesconvin en buvaient, et après le repas, on a if> portait un antre. L.e8 enfonts l'aviiBOl pour eux qu'un aeul vase où fea m mêlait avec le Tin ; aux bomoies et an vieillards le vin n'était pas memxL U femme qui présidait à YwéaaaBu é^ repas choisissait les mejffwfy fooreeiax et les faisait servir à œexq» rétaicat distingués par leur TaJeor oa kor prudence. Après le repas, on dâSicnit sur les affaires puMiques, putsenracoetait les grandes actions; on kraait tmi qui s'étaient illustrés par leorcoonfe; on les proposait pour modèles à la j»
nesse (1).
« La guerre, en efifet, était le Int ée toutes les institutions. Skir oe poinFltton et Aristote ne se contredaest fm.
Notre législateur, dit Oinias le ûreieii, l'un des interlocuteurs de Pbtos, 1 voulu tout ordonner pour la gaene: U s*est attaché à nous raire etwipfaure que sans la supériorité éaas ks œmbats , ni les richesses , ni la eoltire des arts ne nous serviraient de lin, puisque les biens des vaincus passent entre les mains des vainqueurs (1). InsM a remarqué gu'en Crète, conuae i Sparte, et aussi comme cfaes les SevAs, les Perses, les Thraces et les ûta, rhomme était un soldat vivant somwt discipline uniforme , dans une coaaanaute continuelle de nourriture , de périls et de plaisirs , toujours prêt à atfcher, à combattre; il n'était estiaié m s'il était hardi, vigoureux, agjle et Mt La prudence et le repos restaient le |0tage de la vieillesse.
« Dès qu'ils savaient lire, les esÉM apprenaient les poèmes renCêroiisrls lois , xàç Ix Tûv v6jiwv tJMLç (3) , avtfies éléments de musique, et ils ét^eotMmis à un régime dont la sévéc^i'clùt
(i) Athén., Ibid,
(a) De Ugibus, Ub. I.
(3) Sù^., lib. X, d^. IV .
ILE DE CRETE
adoucie dans aucune saison. Yétus de mauvaises casaques, les petits Cretois mangeaient assis par terre , se servaient les uns les autres, et servaient aussi les hommes faits. Devenus plus grands, ils entraient dans les compagnies , àr^ikou , dont chacune avait un conducteur choisi parmi les jeunes gens de leur âge les plus distingués par leur naissance ou le crédit de leurs ramilles. Les chefs des compagnies menaient ceux quMls commandaient à la chasse, à la course ; ils avaient sur eux presque Tautorité d'un
S ère , et punissaient les récalcitrants. A es jours marqués, les compagnies se li« Traient hataille aux sons de la flâte et de la lyre.; les enfants s'attaquaient les uns les autres , tantôt avec leurs mains, tantôt avec des armes. C'est ainsi qu'on les dressait à la guerre.
« Les villes de Crète, comme les autres dtés de la Grèce, eurent des édifices puhilcs , des gymnases consacrés aux exercices du corps ; plus tard on y joignit ceux de l'esprit. Là les corps, dépouSlés de tout vêtement , contractaient de l'agilité, de la souplesse ; là aussi les mœurs {)ouvaient se corrompre. Platon a signalé es avantages et les inconvénients des gymnases, qui développaient le courage, et aussi pervertissaient l'usage des plaisirs de l'amour tel que l'a Kglé la nature (1). »
Ces désordres étaient très-répandus chez les Cretois. Ils passaient même pour en avoir les premiers donné l'exemple.
L'amour du sexe masculin n'avait , à leurs yeux , rien dont on eût à rougir. Cette habitude dépravée avait tellement envahi leurs mœurs, que c'était un déshonneur pour un jeune homme de n'être pas aimé d'un autre adolescent. En Crète, il se faisait des enlèvements de jeunes garçons, comme ailleurs déjeunes filles. La manière dont la chose se pratiquait est assez singulière. Le ravisseur avertissait quelques jours d'avance les amis du jeune nomme qu'il se proposait d'enlever. Au jour fixé, il exécutait le rapt en leur présence. Au bout de deux mois, durant lesquels les plaisirs de la table et de la chasse étaient mêlés à ceux de l'amour, l'adolescent enlevé re-
tournait chez les siens avec les présents qu'il avait reçus. C'étaient en général un habit de guerre, une coupe et un bœuf, qu'il immolait ensuite à Jupiter. Ceux
2ui avaient été l'objet d'un enlèvement talent tenus en grand honneur. Dans les courses et dans les autres réunions solennelles, ils avaient la première place. Ils se paraient avec une sorte d'orgueil du vêtement qu'ils àvai^it reçu en présent, et même à un âge plus avancé, ils le portaient encore comme une marque de l'amour qu'ils avaient inspiré. La loi enoouraseait les unions contre nature, parce qirelles étaient un obstacle à l'accroissement de la population. Pour la même raison elleautorisait le divorce ( 1 ). Aucun peuple n'a été aussi maltraité par les historiens que les Cretois; aucun n'a laissé une réputation aussi triste.
Cette réputation est-elle méritée? malheureusement il n'est pas possible d'eu douter. L'opinion des anciens sur ee point est unanime. L'inimitié des Athéniens ne suffit pas à l'expliquer. Sans doute il est dangereux, comme le remarque Plutarque, de s'attirer la haine d'une Yi\ie^ sait parler (2). Mais les poétesathéniens, qui n'étaientjamais plus applaudis que quand ils maltraitaient Minos et les Cretois, ne firent pas seuls la mauvaise réputation de ces derniers.
Plusieurs causes expliquent la dégradation du caractère national et la dépravation des mœurs publiques chez les Cretois : l'absence de tout intérêt général capable de les porter aUx grandes choses et dediriger leur activité vers quelque but glorieux; les perpétuelles guerres civiles, dans lesquelles ils rivalisaient entre eux de ruses , de perfidies, aussi bien que de cruauté ; enSfin leur vie de forbans et de mercenaires, qui développa chez eux tous les vices attachés à ces deux métiers.
Parmi ces vices l'avarice, la perfidie et le mensonge sont les traits les plus saillants et comme le fond même de leur caractère. Les Cretois étaient pardessus tout cupides. «• L'argent est en si grande estime auprès d'eux qu'il leur paraît non-seulement nécessaire, mais glorieux d'en posséder. Bref, l'avarice
(x) LermiDier, Hist, des légiilat, et des coiut'u, de la Gr, anL 1. 1 , p. 75 et suiv.
(i) Arist., Polit,. II, 8.
(2) Plut, f'ie de Thésée,
MO
LUNIVERS.
et Tamourde Tor sontsi bien établis dans leurs mœurs, que seuls dans Fuoivers les Cretois ne trouvent nul gain illégitime (1). »
Voici un trait qui les peint admirablement. « Dans la guerre sociale un Cretois vint trouver le consul Julius (César), et s*ofifrit comme traître : Si par mon aide, lui dit-il, tu remportes sur les ennemis, quelle récompense me donneras-tu en retour ? Je te ferai, répondit César, citoyen de Rome, et tu seras en faveur auprès de moi. A ces mots le Cretois éclata de rire, et reprit. Un droit politique est chez les Cretois une niaiserie titrée; nous ne visons qu'au gain, nous ne tirons nus flèches, nous ne travaillons sur terre et sur mer que pour de Targent. Aussi je ne viens ici que pour de rargent. Quant aux droits politiques, ^ocorde-les à ceux qui se les disputent et qui achètent ces fariboles an prix de leur sang. » Le consul se mit à rire, et dit à cet homme : « £h bien , si nous réussissons dans notre entreprise, je te donnerai mille drachmes en récompense (2). » Voici un autre trait rapporté par Polybe. 11 s'agit d*un certain Bolis. « C'était un Cretois qui def)uis longtemps occupait à la cour d'Aexandrie le rang de général ... Sosibe sut le gagner en quelques entrevues... 11 lui dit qu il ne saurait en nulle circonstance complaire à Ptolémée d'une manière plus certaine qu'en imaginant le moyen de sauver Achéus (vivement pressé par les armes d'Antiochus). Bolis répondit gu'il y réfléchirait... Après deux ou trois jours de réflexion, il revint vers Sosibe, et lui déclara qu'il prenait sur lui cette affaire : Il avait habité Sardes assez longtemps, et connaissait parfaitement les localités; d'ailleurs Canibyle, chef des Cretois au service d'Antiocbus, n'était pas seulement pour lui un compatriote, mais encore un parent et un ami. Or, Cambyle et ses troupes étaient préposés à la garde d'un des ouvrages avancés placés derrière la citadelle , en un endroit: qui ne pouvait recevoir aucune fortification, et qui n'était protégé que par la présence continuelle de Cambyle et de ses gens... Sosibe remit à Bolis
(ij Polybe, TI, 46.
(a) Diod., Excerpt, Faùc, p. xi8-zao.
assez d'araent pour qu'il ne lui a qu&t pas dans son entreprise, et U promit des récompenses niaçni&^ sH réussissait. Dès lors, pr^a a^,B^, sans tarder davantage, se mit es sa muni de lettres de recomnnandatkmâè dépêches secrètes pour Nicoœaqoe. i Rhodes».... et aussi pour Mélancctt^s Éphèse. C'était par eux qu'Achéœ étû en rapport avec Ptolémée, et qu H atretenait en général ses întiignes ai à-
hors.
« De Rhodes il se rendit à É^œ.
fit part de ses desseins à Nicomaçae â à Mélaneome, et envoya un de ses o& ciers, Arien, demander âne entrerm i Cambyle.... Cependant, Bolis, avec fastuce raflée aun Crétoîi, pesait soigneusement toutes les chanee» de soeeés et combinait ses artifices. Le }aiit 4e l'entrevue arriva, il donna à Carabite une lettre, et sur cette lettre, ils daci tèrent en vrais Cretois. Il ne fiit (^lotion ni du salut d* Achéus en danger, b de la fidélité à garder envers ean qà «'en étaient remis à leur pan^; ilsoe songèrent ^u'à leur sûreté et à kan propres intérêts. Aussi , ces denx komes au cœur également per&le fiatat bientôt d'accord. U fut conveon akûs se partageraient d'abord les ta tiotfs remis par Sosibe, puis quIlsiiKnviraieot Antiochus de leur desseio. rï s'engagieraient à lui livrer Acbéus s'il vwkitles soutenir, et s'ils receTaieot ea «Aie de l'or sur-le-champ et des promesses^gnes de leurs services. » Antiocbvs a^ cepta la proposition avec joie, et Saë se rendit auprès d' Achéus. Celoi^' se montra défiant, et prît, pour se ganstir de la fraude, toutes les précauti<»is pcs^ sibles ; « mais il avait oublié qu'il &8S^ le Cretois avec des Cretois, > et oa^ sa prudence, il tomba dans le pi^<^ fut livré à Antiochus (1).
Il serait aisé de multiplier 1« exospks de ce genre. Ceux que nous avons ciê ne sont pas dès faits exceptionnete. & tiennent au caractère de la natiea. Ce caractère était tellement dépravé que A>lybe cite comme une exception lOBrquable Antiphate de Gortyne, ^^v^ vers les Achéens pour leur denaàder des secours contre les Rhodi^s- « C«
(i) Polybc, VIII, i8 et suit.
ILE DE CRÈTE
jeune député n'avait rien du caractère de sa nation. Il avait su échapper aux perverses maximes de Féducation Cretoise (1). » « Il serait impossible, dit ailleurs le même historien , en exceptant quelques villes, de trouver des mœurs privées plus corrompues que celles des Cretois, et par suite des actes publics plus injustes (2). » On sait que leur nom était devenu synonyme de menteur; il était passé en proverbe qu'il est permis de crétiser avec un Cretois, izçhç Kpr,Tà
Religion des Cbétois. La religion des Cretois est la même que celle des autres peuples ^ecs; elle s'est formée delà même manière, a subi les mêmes modifications; elle a passé par les mêmes
S hases , péri pour les mêmes causes et ans le même temps. 11 semble donc qu'il nous suffirait de renvover le lecteur à la partie de cette collection de runivers qui traite de la religion hellénique en général , pour au'il pût avoir une idée exacte et complète de la religion adoptée et suivie en Crète. Il y aurait pourtant une lacune grave dans notre étude sur la Crète , si nous nous bornions à cette indication sommaire.
Sans doute la religion Cretoise ne présente aucune différence essentielle avec la religion hellénique, ni dans sa nature, ni dans sa forme ; mais la Crète revendiquait Vhonneur d*avoir été le berceau du grand dieu de la Grèce, àeZeuSy que les Latins ont nommé et que nous appelons d'après eux Jupiter. Déplus, une multitude de légendes particulières à Tlle de Crète sont dignes d'intérêt, et méritent de notre part un examen sérieux. C'est pour ces deux motifs que nous croyons devoir consacrer un chapitre spécial à la religion Cretoise.
Selon les théogonistes les plus accrédités, Ouranos, ou le Ciel, avait d'abord régné sur le monde. Il fut le plus ancien des dieux, avec la Terre, sa compagne. Après lui vint son fils, Cronos, chez les Latins Saturne. Cronos, devenu fort, détrôna Ouranos, prit sa place, puis épousa Rhéa, sa sœur. Mais, soit qu'un oracle le lui eût annoncé, soit que le sentiment de son propre crime
(i)Polybe,XXXIU, i5.
(i) Id., IV, 8.
36** LioraUon. (Ile de Ceètb.)
lui fit craindre un sort pareil à celui qu'avait éprouvé Ouranos , il résolut de supprimer tous les enfants mâles qu'il aurait de Rhéa , de peur que l'un d eux ne vtnt à le renverser du pouvoir suprême. Rhéa eut successivement plusieurs fils : aussitôt nés , aussitôt dévorés par Cronos. L'ambition est im pitoyable; mais l'amour d'une mère est ingénieux. Étant accouchée de Jupiter, Rhéa, pour sauver son nouveau-né, le conifia aux Curetés , ses fidèles serviteurs, et ne donna à son mari qu'une grosse pierre, bien emmaillotée. Le vieux Cronos, soit que sa vue fût affaiblie par Tâge, soit que sa voracité politique l'ait aveuglé dans cette circonstance, prit la pierre pour Tenfant, et en fit ce qu'il avait fait de ses autres rejetons. Ce premier succès enhardit Rhéa; elle renouvela son stratagème , et Cronos y fut si bien trompé , aue Neptune, Pluton, Junon et Cerès échappèrent à sa dent redoutable et vécurent pour devenir immortels. * Jupiter avait été porté dans une grotte cachée à tous les regards : comme ses vagissements et ses cris auraient pu le déceler aux oreilles de son père, les Curetés, ses sauveurs, eurent soin de se livrer aux danses les plus bruyantes , tandis qu'Amalthée et Mélissa, les deux nourrices, faisaient de leur mieux pour calmer le dieu enfant et le tenir en repos. Grâce à tous ces dévouements , Jupiter échappa, grandit. Dès qu'il fut fort, il s'unit à Neptune et à Pluton , et tous trois renversèrent Cronos, qui se vit réduit à mendier l'hospitalité de l'exil auprès d'un roi du Latium.
Voilà comment Homère et Hésiode exposent le mythe ; voilà quelle fut la croyance de toute la Grèce. Disons maintenant quelle était celle des Cretois.
D'abord, ils prétendaient que Jupiter était né dans leur île; que Rhéa l'avait caché sur le mont Dicté , avant de le donner aux Curetés, qui habitaient autour du mont Ida. Ils montraient l'antre où le Dieu avait été nourri. Lorsque les Curetés emportèrent l'enfant, ajoutaientils , le coruon ombilical tomba près du fleuve Triton; aussi consacra-t-on cet endroit sous le nom à'OmphaloSy et la campagne environnante s'appela Omphalion.
Ainsi la Crète se vantait d'avoir été
LUNIVERS.
le beroeaa de Jupiter. Et cet honneur flattait son orgueil national au point que pour confondre les prétentions rivales des autres pays, elle alla jusqu'à montrer le tombeau du dieu. Jupiter, suivant cette nouvelle série de légendes, aurait été roi de File , et y serait mort. C'est pourquoi les Cnossiens lui faisaient des sacrifices funèbres. Faute de pouvoir s'approprier exclusivement le dieu , on en faisait un homme.
Cette tradition , particulière aux Cretois, souleva contre eux les colères et les réclamations du monde hellénique tout entier. La Grèce se scandalisa, non sans raison, de voir qu'un de ses peuples osât , dans un acc^ de folle vanité , décapiter rOlympe, et que du Jupiter d'Homère et de Phidias, du Dieu qui ébranle le monde par le mouvement de ses sourcils , on fît un simple mortel , un roitelet comme Inachus, Pelée ou Midas. De là vint aux Cretois, assure Callimaque , leur renom de fourberie et de mensonge. Nous avons vu qu'ils avaient d'autres titres encore à cette réputation.
On nous pardonnera d'avoir insisté sur ces vieux récits mythologiques, et l'on ne nous fera pas un crime de ne leur accorder qu'un médiocre respect.
Nous suivons en de telles matières l'opinion, si sage et si mesurée, de Strabon. « Je me suis un peu arrêté à ces fables, dit-il, parce qu'elles touchent la religion , et que lorsqu'il s'agit des dieux , Il faut rechercher les croyances anciennes et les traditions mythologiques ; car les anciens ont indiqué sous l'enveloppe des fables ce qu ils ont pensé sur la nature des choses. Il n'est pas possible d'expliquer exactement les énigmes; mais quand on rassemble cette multitude de traits fabuleux, qui tantôt s'accordent entre eux, tantôt se contredisent, on peut, en les comparant, découvrir plus aisément la vérité qu'ils cachent. Ainsi, lorsqu'on feint que ceux qui servent les dieux et que les dieux eux-mêmes se plaisent à courir sur les montagnes et se livrent à l'enthousiasme, c'est probablement par la même raison qui a fait imaginer qu'ils habitent les deux , d'où ils manifestent leur providence, soit par des signes qui présagent l'avenir, soit de quelque autre manière.
£n efifef , les courses sur les mont^»
mènent à la découverte des métaux, ae
§oût de la chasse, aux recherdies sr iverses choses utiles à ia vie, ^ Fsthousiasme tient au noerreilleux des rrémonies religieuses, des divinatiofiset des prestiges. >
Qu'y a-t-il de vrai dans ees lége&ées?
quels éléments foumissait-eUes à Thhtoire ? Fréret nous paraît avoir posé l^ principes fondamentaux de toute critique solide dans une telle question Ior^ Î[u'l1 dit : « Le lieu de la naissance ée a plupart des divinités païennes sff?
celui où ce culte s'était mM (Tsif&rà, ou celui qui en fut comme k centre. Les aventures de ces dieux seront rbistoire de l'établissement de leur eolte; leurs combats, leurs exploits , seront kse^ positions qu'auront trouvées les prèkcateurs de ce culte et les diverses révolutions qu'il a essuyées (l). >
En appliquant les rè^es étaMies par Fréret aux légendes qui nous ooespest ici, nous arrivons à des conclaâoos arion certaines, au nK>ins vraiseœbl^iks.
Ainsi , l'on ne peut douter que dès les temps les plus reculés Zeus ou Jipit«r ne rot en Crète le dieu par exe^eoce, la divinité nationale. & qui n'est pas moins évident, c'est gue le calteâeZtm ne s'étendit que peu a peu, erne dmmnait dans les temps priaiiti6 que sur une partie de llle , pnodpakioe^ autour du Dicté et de 1 Ida. AinâktîUe de Cnossos, dont la fondation cal attzir buée aux Curetés, et qui fut la eaplik de l'tle sous Minos , était à cette époqee la métropole religieuse. « MIikb, £t Homère, le parèdre de Jupiter, y ré^^ neuf années. » Là était l'antre dadies, son sanctuaire et son tombeau (2). O^ à GortjHie que la fable plaçait les amoors de Jupiter et d'Europe. Rhéa était ^ couchée à Lyctos, et la capit^ 4ts Etéocrètes, Prœsos, avait un ten^ consacré à Jupiter Dictéen. Hiérapftsa avait également adopté le culte dudiei, puisque la fondation de cette ville «mt attribuée à Corybas, Tun des Carte- Itanos, à l'extrémité orientale def^* se donnait une origine semblable, et
(i) Mém, de VAcad. des I/tser., tXLTB, p. 38.
(a) Fi\ïU,d€ Ug.^t,
ILE DE CRÈTE
gravait sar ses monnaies la tête de Jupiter. Biennos avait -son temple Biennien. A l'ouest de rida , Éleuthéria et Oaxos , appelée aussi Asos , marquent la limite occidentale où s'arrêtait le culte de Jupiter. Il existe sans doute des monnaies de Cydonia, d'Apteraet de Polyrrénies, frappées à Feffigie du dieu ; mais ces monnaies appartiennent à des tem[)S postérieurs. Ces villes adoraient principalement Diane, Dictjmna et Apollon.
Jamais le cuite de Jupiter ne fut le culte dominant dans Fouest de Tîle. Il eut toujours son siège le plus important au centre , dans les environs des deux célèbres montagnes de la Crète, à Cnossos, à Gortyne, à Lyctos, à Prasos et à Hiérapytna.
Il ne nous sera pas plus difficile d'expliquer le mythe du détrdnement de cronos. Appliquons la règle donnée par Fréret. Ce mythe signifie uue le culte de Zeus avait été précédé aans l'Ile de Crète par une religion plus ancienne, qui finit par succomber. M. de Sainte- Croix va jusqu'à préciser la durée de la lutte qui s'établit entre les deux cultes. Il la fixe à dix ans. Il est plus important peut-être de se demander quel était le culte de Cronos. Toutes les traditions nous représentent ce dieu comme un dieu sanguinaire. Plusieurs témoignages ne permettent pas de douter qu'à une époque fort ancienne la cruelle pratique de sacrifier à la divinité des victimes humaines n'existât chez les Cretois. Il paraît même qu'en Crète, comme en Pnénide, ces victimes étaient ordinairement des enfants. Aiùsi la chute de Cronos ne fut pas autre cho5e que celle d'un culte cruel et sanguinaire, que remplaça une religion plus douce.
D'où vient cette religion nouvelle ?
Zeus est-il indigène ou étranger? Et s'il est étranger , est-il égyptien , phénicien ou phrygien? La légende le présente comme ms de Cronos, et l'orgueil national a fait les plus grands efforts pour faire de Zeus un Cretois. En sorte que la religion nouvelle serait sortie des entrailles mêmes du pays , comme le dieu du sein de Rhéa. Mais il nous paraît bien difficile d'admettre une telle explication. Que faudrait-il supposer en effet? Qu'une réaction énergique se serait faite contre le culte barbare pratiqué dans
toute rétendue de Ftle, que le cri de l'humanité, violée chaque jour par cessacrifices sanglants, aurait été assez puissant pour triompher de Tisnoranoe et de la peur, ces deux mères des antiques superstitions. Mais les choses ne se passent guère de la sorte. L'histoire ne nous montre pas un seul progrès dans les moeurs générales d'une société qui n'ait été précédé d'un progrès de l'intelligence publique. Il faudrait que la civilisation de la Crète fût autochthoue pour que le culte de Zeus lé fût aussi. Or il n*est pas possible de nier les rapports nombreux et pour ainsi dire permanents de la Crète avec la Phénicie et l'Asie Mineure. La Crète n'a pu échapper à l'influence de ces deux pays, et ses institutions religieuses, comme les autres, doivent por* ter Fempreinte de leurs civilisations.
Le culte de Zeus n'est donc pas plus
Îiie celui de Cronos d'origine Cretoise, out porte à croire qu'il est venu d'Orient. Bien entendu que le même nom n'a pas représenté à toutes les époques la même divinité. Le Zeus primitif tenait évidemment au naturalisme oriental; plus tard il se rattacha étroitement au système anthropomorpbique delà Grèce.
Que l'influence des mytnes phéniciens se soit exercée en Crète, c'est ce que montre la légende d'Europe. Pour l'influence des mythes phrygiens , il suffit d'indiquer l'identité des l^endes relatives à Zeus et à Rhéa , la ressemblance des Curetés , des Dactyles et des Cory«^ bantes, ressemblance telle que toute l'antiquité les a confondus.
Il est donc probable que dans l'île de Crète, comme dans les autres pays helléniques, la religion pélasgique domina d'abord , barbare dans ses rites et sanguinaire dans ses pratiques. C'est cette époque que la légende appelle le règne de Cronos. Dans la suite, grâce aux rapports qui s'établirent entre la Crète et 1 Orient, une religion plus humaines'introduisit, et finit par l'emporter. C'est ce que la légende appela la victoire de Zeus sur son père Crônos.
Ce premier point établi, nous avonsà étucuer une des questions les plus em-^ barrassanteset les plus controversées de la mythologie Cretoise ; nous voulons parler des Dactyles Idéens, des Curetés et des Corybantes.
LUtaVERS.
Laissons de côté les Dactyles Idéens.
Si Ton n*a pu leur attribuer pour patrie l'tle de Crète , cela tieut, selon toute apparence, à rbomonymie des deux montagnes saintes de la Crète et de la Phrygie. Mais le témoignage de Sophocle, a*Éphore , de Diodore, de Strabon et de Saint-Clément d'Alexandrie nous autorise à les regarder comme Phrygiens.
Selon Sainte-Croix , « les Dactyles , les Cabires, les Telchines , etc., uirent les premiers Instituteurs des sociétés, et pour affermir leurs établissements ils eurent soin de les mettre sous la protection de cérémonies religieuses, et de les entourer du voile du mystère. » Ce qui est certain, c'est qu*on attribuait aux Dactyles T invention du fer et de Tairain,
Sulls exerçaient la médecine , et que, ans le but d'accroître leur influence, ils araient recours aux prestiges et aux enchantements.
Quant aux Corybantes, Sainte-Croixjes croit phrygiens. < Les Corybantes, dit-il, étaient remarquables par leur force. Ils fabriquaient les armes défensives, cultivaient la musique et la danse. » On ne compta d'abord que trois Corybantes, comme trois Cabires et trois Dactyles.
Les trois anciens Corybantes étaient Crrbas ou Corybas, Pyrrhicus et Idœus.
Mais ces noms sont évidemment forgés.
Celui de Corybas ne se rapporte pas
£lus à un être réel que ceux d'Ion , de )orus et d'Achéus, qui personnifient la diversité à la fois et la parenté des races helléniques. Le nom de Pyrrhicus se rap-
Sorte à la danse pyrrliique, et pour celui 'Idœus, qui n'y reconnaît le mont Ida?
Tout en admettant avec Sainte-Croix que les Corybantes sont Phrygiens, nous devons reconnaître avec Lob^k (1)
au'ils ont eu, dès la plus haute antiquité, e fréauents rapports avec les Curetés.
Lobeck convient d'ailleurs que la question des Dactyles et de leurs confrères les Curetés et les Corybantes lui semble « inexplicable et peu claire même pour les anciens ».
Arrivons aux Curetés, qui paraissent appartenir plus particulièrement à la Crète. D'après quelques récits que rapporte Diodore, les Curetés sont les dix
fils d*un roi de Crète Dommé Jnpiter.
Après eux vinrent neuf autres Carets, indigènes ou descendants des lo^mien, mais qu'on représente comme pâtres, chasseurs ou inventeurs des armes. Selon d'autres auteurs, cités par Stral»», c'est Rhéa qui fit venir de Phrygie des Curetés, ou bien ce nom fut pris par le Telchines Rhodiens qui vinrent s'^ibfit en Crète , ou encore les Curetés éta^l les mêmes que les Corybantes , à moss qu'on n'aime mieux suivre une aotce version et les faire descendre des Itetyles.
Voilà quelles sont sur les Corètâ les opinions des plus anciennes oftiioJogies. Au milieu d'un tel chaos' Je témoignages, il nous semble difêâe d'arriver, sur tous les points qui eoseentesl l'histoire des Curetés , à ime eemtiiâe absolue. Aussi les critiques modaux ne sont-ils pas moins divergents d'opûuoa
Sue les auteurs anciens. {Ions avons éjà dit le désespoir de Lobeck. Le président de Brosses se tire d'afÛie à force d'esprit. Son opinion est assex iagénieuse pour être citée : « Les Curetés, dit-il, sont les anciens prêtres de cette partie de r£urope voisine de TOrient et de la Grèce , assezsemblalilesaBi Druides des Celtes, aux Salieœ desSïbins , aux sorciers ou jongtems de Lt-
Sonie, de Nigritie, ou à ceux des suv^es e l'Amérique, de la Sibérie, ^Kamtchatka. C'est assez vaînemeot qu'on a beaucoup disputé sur leur véiitablc patrie, puisqu'on trouve de ces sortes de Srétres partout où la croyanee grossière es religions sauvages fait le fond des préjugés populaires ; mais le plus oâèbrede ces collèges de prêtres était en Oète. • Sans nier l'analogie et les rapports des Curetés avec les Dactyles Idéens et les Corybantes , il nous semble que \& plus nombreux et les plus iraportafits témoignages s'accordent à les présenter comme Cretois. Maintenant qu'étaieirtils dans l'origine .'Très-prol^blement ils formaient une caste sacerdotale, et dominaient dans 111e par la l^itime ûfluence de la supériorité intellectaêlk «i morale. C'est à eux qu'on attribuait las premiers travaux de défricliement ;r>-
(i) Lobeck, Àgloopluanus, OrpUica, Elew sina, passim.
(i) Piimi cultores CreUe Scrv. ati ^neida.
ess« dicvAiir.
ILE DE CRETE
L'un d'eux , Jasion , avait eu commerce avec Cérès, dit la légende, dans un champ neuf qui venait de recevoir trois labours, et de ce commerce était né Plutus : belle et simple allégorie, qui ne veut dire rien autre chose si ce n'est que le labourage produit la richesse. Un autre Curète, Philomèle , frère de Jasion , inventa la charrette, et Gérés, en récompense, le plaça au ciel, où on le nomme le Bouvier, comme Jasion et Triptolème avaient formé la constellation des Gémeaux.
Le rôle des Curetés, dans le premier développement de la civilisation en Crète, ne se borna point là. Diodore les représente comme pâtres et éleveurs d'abeilles. Les deux nourrices de Jupiter furent AmalthéeetMélissa, c'est-à-dire une chèvre et des abeilles. Ce sont aussi les Curetés qui inventèrent les épées et les casques. Tout cela répond bien à l'idée que nous nous en faisons comme d'une caste sacerdotale associée à une tribu guerrière, qui mit sous le patronage d'un nouveau culte , celui de Zeus , ses premiers essais d'agriculture et d'industrie.
Rien ne peut nous donner une idée plus claire de ce qu'étaient les Curetés
gue l'histoire d'Épiménide. Cétait un rétois , qu'on Ot venir à Athènes pour purifier la ville, souillée par des crimes et des profanations. « On le disait fils de la nymphe Balte, et on racontait sur lui de mystérieuses histoires. Dans sa jeunesse, un jour que son père l'envoya a la recherche d'une breois égarée,' il entra dans un antre écarté, pour éviter la chaleur du jour. Le sommeil l'y surprit. Il y dormit cinquante-sept ans. Tout était étrange et imposant dans sa personne : ses longs cheveux, son regard sombre et profond, la solennité mystérieuse de ses gestes, sa gravité orientale ; jamais on ne l'avait vu manger. Il avait une merveilleuse connaissance des choses de la religion et de la nature. Il connaissait toutes les propriétés des plantes. Inspiré , il lisait dans l'avenir : sorte de prêtre et de prophète (1). »
Quant il eut accompli son œuvre , on voulut le combler de présents. Il n'em' porta qu'une branche de l'olivier de Mi*
(i) Duniy, Hist, Gr», p. 94.
nerve et un traité d'alliance entre Athènes et Cnossos, sa patrie.
Plus tard les Curetés ne furent plus que des initiateurs de mystères. Ces mystères se pratiquaient , selon Sainte- Croix, près de l'antre où l'on croyait que Jupiter avait été élevé. Ils commençaient par des purifications, faites au moven des pierres que la foudre avait frappées. L'initié, couronné de la laine d'un agneau noir, couchait le matin étendu sur le rivage de la mer, et la nuit sur les bords d'un fleuve voisin. Tout habillé de laine noire , il était ensuite introduit dans l'antre nommé Idéen , et il y demeurait trois fois neuf jours. La cérémonie était terminée par un sacrifice funèbre, offert à Jupiter.
Il nous reste, pour en finir avec les Curetés, à dire quelques mots de la danse pyrrhique, dont on leur attribuait l'invention. Mais Lobeck a très-bien fait voir, dans son introduction aux mystères d'Eleusis, que Tusage d'honorer la divinité par des danses n'est point particulier à tel ou tel pays , mais commun à tous dans certaines époques de civilisation. Les Curetés dansaient en l'honneur de Jupiter, comme les Salions , à Rome, en l'honneur de Mars et les Galles en l'honneur de la Bonne Déesse. Mais au lieu que les mouvements des Galles étaient n*énétiques , sans règle, et leurs cris discordants, la danse des Curetés était décente , mesurée, et leurs chants harmonieux.
Après Zeus , père et organisateur de la nature, le soleil et la lune , principes et agents de la lumière étaient à l'éjpo-
3ue Minoîque les principales divinités e la Crète. Les noms de la race de Minos, surtout ceux des femmes, leur sont empruntés. Ainsi Europe , mère de Minos, est fille de Téléphasa ou Télépha (celle qui luit au loin); sa femme est Pasiphaé (celle qui luit pour tous), fille du soleil. La monstrueuse union de cette dernière avec le taureau marin n'est sans doute qu'une allégorie fondée sur la croyance, si répandue chez les anciens, qu'à l'influence du soleil sur la lune se rattache la fécondité de la terre.
Nous touchons id à Tune des plus cu« rieuses légendes de la mythologie grecque. Minos avait eu de Pasiphaé quatre
L'UNIVERS
fils, Catrée, Deocalion, Glaucus et Androgée; et autant de filles, Acallée, Céodioe, Ariane et Phèdre. Astérios, roi -de rtle , étant venu à mourir sans laisser d*enfants, Minos prétendit à la royauté , soutenant quelles dieux la lui avaient donnée.
Pour le prouver, il ajouta qu*il obtiendrait d*eux ce mi*il leur demanderait. Sur-le-champ u se met à Tœuvre, iait un sacrifice à Neptune , et le prie d'envoyer de la mer un taureau , promettant , mais tout bas , de le lui immoler. Le dieu fit aussitôt sortir de la mer un taureau, et comme il se le croyait -destiné, il Fenvoya de haute taille et d'un embonpoint admirable. Grâce à ce miracle, Minos fut roi. Mais le taureau était si beau qu*il le mit dans ses pâtura^, et en sacrifia un autre. Le dieu, irrité, se vengea en rendant le taureau sauvage, et Pasinhaé amoureuse du taureau. Pour satisfaire sa passion , la reine eut recours à Dédale, qui, exilé d'Athènes pour un meurtre, avait trouvé asile et protection auprès de Minos. L*inffénieux artiste construisit une vache denois, creuse en dedans, montée sur des roulettes , y ajusta la peau d'une vache nouvellement écorcnée, plaça le mannequin dans un endroit où le taureau avait coutume de paitre , et y cacha Pasiphaé. Grâce à ce stratagème, la reine eut de l'animal divin un Sis qu'elle appela Astérios, mais qui est plus célèbre sous le nom de Minotaure.
Astérios avait depuis la tête jusqu'aux •épaules la figure d'un taureau , y compris les cornes ; pour le reste du corps , il ressemblait à un homme. Minos se repentit alors d'avoir offensé les dieux , et dans une si étrange conjoncture il consulta les oracles. D'après leur réponse le Minotaure fut enfermé dans le labyrinthe construit par Dédale (1).
Afin de pourvohr à la subsistance du monstre, on lui donnait en pâture les jeunes garçons et les jeunes filles que les Athéniens étaient obligés d'ravoyer chaque année au roi , en expiation du meurtre d*Androgée. Telle est du moins la version la plus tragique: « Mais , suivant Pbilochorus, les Cretois ne convenaient pas de ce fait. Ils disaient que. le
(1) ApoUod., m, I.
Labyrinthe était une prison on Fon nV vait d'autre mal que de ne pouvoir s'afuir quand on y était enfourné. Mina, ajoutaient-ils, avait institué en l'haïneur de son fils des combats gymmqoo, où les vainqueurs reœvaient pour prix ces enfants, qui restaient josgn^à cet instant détenus dans le Labyrmthe...^ Aristote , dans sa République du Mtiéens, ne croit pjas non plus qoe ces enfants fussent mis à mon par idnos, mais qu'ils vieillissaient en Crète, asservis a des travaux mercenaires... & Oo voit, au reste, ajoute spiritneHemeit Plutarque , combien il est dangereu de s'attirer la haine d'une ville qoj saà parler et qui cultive les arts, l&os a Umjours été décrié et couvert d'ootngessBr les théâtres d* Athènes. Rien «e \ai a servi d*avoir été appelé par E^oàe k
Elus ^nd des rois , et par Honèt« k imiUer de Jupiter. Les poâes tra^quei ont prévalu; et du haut des tréteaux ée la scène ils ont fait pleuvoir sis loi V(^
Erobre. Ils Font nit passer pour ua omme dur et violent; et pourtant Minos est, à les entendre , le roi et le législateur des enfers , tandis que Rhâdamanthe n'y est gue rexécuteur des arrêts portés par Minos (1). »
Tout le monde connak ee qui suirit , la victoire de Thésée sur le Mia&tiiEe, les malheurs d'Ariadne et de Fhèdie.
Nous ninsisterons donc pas darantai^ sur cette légende.
Nousavonsà peu près épmikVifiAtt
Sue les auteurs anciens nous dtaft 'intéressant sur l'ancienne rdigjuNi des Cretois. Il nous resterait à dire ot^ changements elle subit à la suite de niivasion des Dorions , alors que les dinnités helléniques s'introduisiroit dam rtle de Crète; mais ce serait recomoMBoer l'exposé général de la religion greefie et nous engager dans des développements qui excéderaient les bornes de cet ouvrage.
DBS ÂBTS utiles BT LIBÉIAQI
GRBZ LES CnéTOis. — Le génie dMS était essentiellement politique et gsB^ rier. Il savait fonder des institutloiri constituer un État, former des eâtffos et des soldats ; mais hors de là , il ciâ
(0 Plut., Fie de Thésée^ tz«L d'Aï.
PieiTon.
ILE DE CRETE
comme frappé de stérilité. En Crète, comme à Sparte, il n'a créé qu*uoe chose: rÈtat, c*est-à-dire une sorte de sociétémachiDe , que rien n*eût animée sans les agitations de la vie publique. L'industrie et le commerce, qui répandent dans une société le mouvement et la vie, manquaient presque entièrement à cet État ; les arts qui y furent cultivés se rattachent par leur origine et car leur caractère à la civilisation orimitive de rile. Les Doriens en perfectioimèrent auelques-uns , tels que la musique et la lanse ; mais ce fut tout.
Industbib st Commbbcb. — L*inlustrie chez les Cretois aurait été près- |ue entièrement nulle, si ces insulaires l'avaient de très-bonne heure et dans ;ous les temps tiré parti de leur habiété à manier rare, en se vendant à tous ^ux qui voulaient les acheter. Les archers mercenaires de la Crète se trouvent, dans Tantiquité , sur presque tous es champs de bataille, et il n'était pas 'are d'en rencontrer, dans une même guerre, à la solde des deux partis, com- )attaQt les uns contre les autres. Leur idresse dans le maniement de l'arc, les profits qu'ils en retiraient créèrent leur ;eule industrie active, la fabrication de ^tte arme ; ils n'en connurent ou du noins lis n'en exercèrent pas d'autre.
1 est triste qu'un pareil usage alimente x)ute l'industrie d'im peuple; mais il l'en pouvait être autrement chez un peuple qui faisait de la guerre même sa principale industrie.
Là ou rindustrie manque, le commerce qu'elle alimente ne saurait être )ien acUf : la Crète en effet ne fut jamais un Etat commerçant Cependant , )ar sa position maritime sur la grande 7oie des peuples marchands de l'antiluité, par ses ports nombreux, elle semblait destinée à devenir un important centre de commerce. Mais elle ne tira jamais parti de ses avantages naturels.
A.vant Minos , les Cretois ne songeaient à s'enrichir que par la piraterie. Sous sou règne leur activité se tourna encore rers la mer, mais pour conquérir et pour fonder des colonies. L'impulsion donnée par ce prince dura jusqu à Tépoque de ta guerre de Troie. Vinrent ensuite les Doriens ; mais l'esprit de ce peuple n'était pas favorable aux entreprises com-
merciales. Le commerce vit de l'activité individuelle, et ne peut se passer de Taiguillon du besoin. Dans un État où Tactivité de l'individu s'absorbe dans la vie publique du citoyen , où une classe sujette est chargée de fournir aux besoins du peuple souverain, il ne saurait y avoir de commerce. D'ailleurs, l'état de guerre permanent dans lequel s'agitaient convulsivement les villes de Crète ne leur permettait pas d'entretenir au dehors des relations commerciales étendues et suivies. La paix et la sécurité sont nécessaires à ces sortes de transactions. L'une et l'autre ont toujours également manqué aux cités Cretoises. Enfin pour satisfaire leur amour du gain , ces insulaires avaient deux ressources : mercenaires ou pirates, ils se vendaient à tous ceux qui les payaient ou se mettaient à écumer les mers.
Lbttbbs bt Abts. — Dans les lettres la Crète n'a produit que quelques noms : Dictys, de Cnossos. contemporain de la guerre de Troie. Il suivit Idomenée au siège de cette ville, et consigna dans des ilphémérides en vers les événements dont il était témoin. Homère emprunta sans doute a ce poème quelques-unes des légendes dont il composa riliade. Quand Dictys n'aurait eu d'autre mérite que d'avoir fourni des matériaux à la grande épopée grecque , il faudrait encore le mentionner. Une guerre qui n*a pas le merveilleux de la guerre de Troie, mais où la légende tient encore une place coâsidérable , a inspiré un autre poète crétois. Rhianos de Béné ou de Céré a composé sur les guerres de Messénie un poème épique, qu'a suivi l'historien Pausanias. A ces noms il faut ajouter Thalétas , poète lyrique, dont nous parlerons plus loin; Hybrias, auteur de Scolies; Jophon, de Cnossos, qui mit en vers les réponses des oracles ; Héraclidés et PéteUidés , tous deux historiens; Lucillus, de Tarrha, auteur d'un commentaire sur T^rgonauti^ue d'Apollonius de Rliodes ; enfin le célèbre philosophe sceptique y£né' sidéme. de Cnossos, oui a écrit huit livres ne Discours pyrrhoniens.
Dans les arts la Crète ancienne occupe un rang plus distingué que dans les lettres. L art dans cette île remonte aux temps fiai)uleux. 11 se lie étroite*
LUIflYEES.
ment aux légendes merveilleuses de Tâge héroïque. De là son caractère tout reu-
g'eux. Dédale en est Finventeur et comme personnification; c*est à lui que les Cretois rapportaient non-seulement tous les monuments réels ou imaginaires auxquels se rattachaient quelques-unes de leurs légendes primitives, maïs même les ouvrages d*art qu*on trouvait dans rtle aux temps historiques.
« Dédale était Athénien d*origine , et de la famille des Érechthéides , car il était fils de Métion , petit-fils d'Eupalame, et arrière -petit -fils d*Érechthée. Dédale surpassa par ses talents tous les hommes. Il s appliqua surtout à Farchitecture, à la sculpture et à Fart de travailler les pierres. Inventeur de plusieurs instruments utiles dans les arts, il construisit des ouvrages admirables dans beaucoup de pays de Ta terre (1). » Il visita FÉgypte, et le plus beau des propylées du temple de Yulcain, à Memphis, passait pour son ouvrage, a Ce monument lui acquit tant de gloire, que Fon plaça dans ce même temple sa statue, faite de ses propres mains. Enfin, son habileté et ses inventions furent si renommées qu*on lui a rendu les honneurs divins; et on montre encore aujourd'hui , dans une des îles situées en face de Mempliis, un temple de Dédale, en grande vénération dans le pays (3). • Il ne paraît pas douteux que Dédale n*ait étudié les procédés de Fart qa[yptien ; mais il les perfectionna en les imitant. L'art chez lui se rapproche davantage de la nature; c'est encore Fart égyptien, mais déjà vivifié par le génie grec Chez les Égyptiens Fart subit Finiluence de Fimmobilité des institutions. Leurs statues manquaient de souplesse et de grâce; la vie, que Fartiste grec sut si bien faire circuler dans les veines du marbre, ne les animait pas.
« Les statues de Dédale, au contraire, étaient tout à fait semblables à des êtres animés; elles voyaient, elles marchaient, en un mot elles avaient tout le maintien d'un corps vivant. Le premier il avait fait des statues ayant les veux ouverts, les jambes écartées, lies bras étendus ; car avant lui les sculpteurs représentaient leurs statues ayant les yeux fermés
et les bras pendants etooQés nxœtés(l). ■
Exilé d'Athènes par suite d'im antre, Dédale se réfuta en Crète, CQ g grande renommée lui acquit ramitié à roi Minos. Cest dans celte île qui eucuta ses plus fameux oanagBtbTsche de bois au moyen de laqodkPsipbaé put avoir commerce areele âi reau oont elle était devenue anosrnsc et le labyrinthe dans lequel fol enfffs: le Minotaure, monstre né de œtttioim Suivant Diodorc (2) , Dédale mm sit ce labyrinthe sur le modèle de csê d'É^rpte. Mais déjà du temps de cet bstorien cet édifice avait enlierefflaî^B" paru. Hoeck (3) veut qu'il nait jaoâ existé , et que ce prétendu \àjK£ix n'ait été autre chose qu'oBeàees grottes creusées par la nature dans les |W* fondeurs des rochers, demeoKJoawraines des premiers habitants « li#j s'il faut en croire la tradition. Td W Fantrede FIda, où les Curetés (aA«Ri| et nourrirent Jupiter enfant. QBttfl; en soit, la fable du Minotaure ikbm" labyrinthe de Crète aussi céièbreiiKC^ lui de FÉgypte. Des ? ovageors n»fô; nés Font visité (4). Voici la desflifO» qu'en donneSavary. « LechcflUD<l«J«J duit à ce lieu mémorable est ««« escarpé; il nous fallut moolffff»
près d'une heure. Enfin noejjf® a Fentrée. Nous avions îWf.*V" d'Ariane, c'est-à-dire une 6c^^ tre cents toises de long, q^^K chûmes à la porte. Nous j ^ deux janissaires pour la &^^^L défense de laisser entrer ^^j;^.
verture du labyrinthe est oattW^J peu large. Quand on s'est un pwa^
dans Fintérieur, on ^^'^.^g^t pace parsemé de grosses piflT«'?^ vert (Fune voûte plate taiil«<»3'^S seur de la montagne. ^^J±^^ dans ce lieu ténébreux, cbawjtfejj tenait un gros flambeau. p^,ju^ portaient le peloton de nceJiei S-J'^ roulaient ou ployaient suiîam^^ constances. Nous nous ^^^^ bord dans diverses allées saos fs^
i) Diod., IV, 76.
a) Diod., I, 97.
(1) Diod., IV, 76.
(a) Diod., I, 97 et 61. (3)Hoeck,ii:rf/a,I.I,MJv. ^ (4)Belon Tournefort,Mo«^''*^
ILE DE CRETE
il fallut revenir sur nos pas. Enfin, nous trouvâmes le canal véritable : il est à droite en entrant; on y monte par un sentier étroit , et Ton est obligé d y ramper sur les pieds et les mains Tespace de cent pas, parce que la voûte est extrêmement basse. Au bout de ce conduit étroit le plafond s'exhaussa tout à coup, et nous pûmes marcher debout. Au milieu des ténèbres épaisses qui nous environnaient, des routes nombreuses qui s'écartaient de chaque cdté et se croisaient en différents sens , les deux Grecs ?|ue nous avions loués tremblaient de rayeur. La sueur découlait de leur front , et ils ne voulaient pas avancer, à moins que nous ne fussions à leur tête.
« Les allées que nous parcourions étaient ordinairement hautes de sept à huit pieds. Leur largeur variait depuis six jusqu'à dix, et quelquefois davantage. Toutes sont taillées au ciseau dans le rocher, dont les pierres, d'un gris sale, sont posées par couches horizontales.
En quelques endroits de grands blocs de ces pierres, à moitié détachés de la voûte , semblent prêts à tomber. Il fallait se baisser pour passer dessous, au risque d'être écrasé par leur chute. Les tremblements de terre, très -fréquents dans nie, ont sans doute causé ces dégâts.
A Nous errions ainsi dans ce dédale , dont nous cherchions à connaître toutes les sinuosités ; lorsque nous avions parcouru une allée, nous entrions dans une autre. Souvent nous étions arrêtés par un cul-de-sac. Quelquefois, après de longs détours , nous étions étonnés de nous trouver au carrefour d'où nous étions partis. Alors nous avions embrassé avec notre corde une grande étendue de rocher; il fallait la replier et revenir sur nos pas. 11 n'est pas possible de décrire combien ces routes sont multipliées et tortueuses. Les unes forment des courbes qui conduisent insensiblement à uit grand vide soutenu par d'énormes piliers , et d'où partent trois ou quatre rues qui mènent à des lieux opposés. D'autres, après de longs circuits, se divisent en plusieurs rameaux.
Celles-ci se prolongent fort loin, et, terminées par le rocher, obligent le voyageur de retourner en arrière. Nous
marchions avec précaution dans les replis de ce vaste labyrinthe, au milieu des ténèbres étemelles qui l'habitent, et dont les flambeaux ont peine à percer l'obscurité. L'imagination y crée des fantômes ; elle se figure des précipices creusés sous les pas du curieux, des monstres placés en sentinelle, en un mot mille chimères qui n'existent pas
« Après nous être promenés pendant longtemps dans l'antre épouvantable du Minotaure, nous arrivâmes à l'extrémité de l'allée qu'avait suivie Tournefort.
Nous y trouvâmes une grande salle, ornée de chiffres, dont les plus anciens ne remontent pas au delà du quatorzième siècle. Une autre , à peu près semblable, est à droite. Chacune peut avoir vingt- quatre à trente pieds en carré.
Nous avions déployé presque toute notre ficelle pour y arriver, c'est-à-dire parcouru environ quatre cents toises. Je ne parlerai pas des excursions diverses que nous fîmes. Nous restâmes trois heures dans le labyrinthe, et nous ne cessâmes de marcher, sans pouvoir nous flatter d'avoir tout vu. Je crois qu'il serait impossible à un homme d'en sortir, s'il y était abandonné sans fil et sans flambeau. Il s'égarerait dans mille détours. L'horreur du lieu , l'épaisseur des ténèl>res, porterait la frayeur dans son âme , et il périrait misérablement (1). »
Revenons à Dédale. Son nom domine toute l'histoire de l'art en Crète ; il appartient à cette île par ses ouvrages. Tous ceux que mentionne Pausanias , si Ton excepte la statue d'Hercule, à Thèbes , et celle de Trophonius , à Lébadée, furent exécutés par lui en Crète. On cite particulièrement la statue de Britomartis à Olûs, celle d'Athénée à Cnossos, enfin une statue de Vénus qu'Ariane emporta en suivant Thésée, et dont celui-ci nt don au temple d'Apollon , à Délos.
On attribue encore à Dédale la construction d'un temple consacré au culte de Britomartis. Enfin on le fait l'inventeur des différents instruments et outils employés dans l'exécution de ces sortes d'ouvrages : tels que la scie , la hache , la sonde, le foret, et même la colle et le ciment (2).
(i)SavarY, Lettres sur la Grèce, p. aog-aiS* (2) Hoeck , Kreta, t. III, p. 391 et suit
L13NIVERS
Nous avons déjà dit plus haut que Fart dans la première période de sod développement était tributaire de la religion ; il le fut encore longtemps. Un siède avant Phidias, Tinlluence religieuse dominait encore dans la statuaire. Durant tout ce premier âge, Tart grec se symbolise en quelque sorte dans le nom de Dédale. Nombre de statues des temps postérieurs lui sont attribuées; et il est considéré comme le maître commun de tous les artistes. Cest ainsi que Dipœnos et ScylUs, qui vécurent vers le milieu du sixième siècle avant J.-C, passaient pour ses élèves. Tous deux étaient Cretois. Suivant Pline, ils furent les premiers qui taillèrent le marbre. Ambracie, Argos et Cléone étaient remplies de leurs statues. Ils eurent aussi de nombreux élèves, parmi lesquels on cite particulièrement Anglion et Tectœos* Les admirables bustes d'Apollon Délien, tenant les trois Grâces dans sa main , sont attribués à ces derniers. Endœos, selon toute apparence leur contemporain, fut également, suivant la tradition , formé par Dédale. Né à Athènes , il suivit son maître en Crète. Parmi ses statues on cite une Minerve en ivoire, qui se voyait à Aléa, en Arcadie. A la même école appartenaient encore Chirosophos et Aristoclés. Ce dernier était né à C)[donia. L*époque où il vécut est incertaine ; on sait seulement que de son temps Zancle n'avait pas encore reçu le nom de Messane; il fleurit donc avant la seconde guerre de Messénie.
L'architecture paraît avoir produit moins de noms célèbres que la statuaire ; mais elle fut illustrée par un chefd'œuvre. Chersiphron de Cnossos , et Métagénés, son fils, construisirent le temple de Diane à Éphèse, sur les proportions de l'ordre ionique. L'antiquité admira cet édifice , qui fut une des sept merveilles du monde (1).
Comme les deux arts dont nous venons de parler , la musique et la danse se rattachaient étroitement au culte.
Leur origine était toute religieuse : elle remontait aux Curetés. Ceux-ci, comme nous Tavons vu , imaginèrent de former autour de l'antre où ils cachaient le petit
Jupiter, des choeurs brayants, ^ empêcher le vorace Oo&m (foÉBÉt les vagissements de reaCuit Us mtuèrent une sorte de danse mkM l'usage s'est conservé daas la Cià^ rienn». La flûte jouait égatemeit u rôle important dans le coite de Zoi Mais bien que la danse et la mm i cette époque reculée ne maoqoasHt ni de cadence ni d'harmonie, elle i méritèrent le nom d'arts qae Iws^ Thalétas eut inventé lerhythMom Thalétas, de Gortyne, éuiteoUeif^ rain de Lycurgue, qui, pemialwi»jour en Crète , se fit inslniirejarifii te lois de Minos. « C'était unpoete^; mais sous le couvert ée Ij ?«« J remplissait, au fond , ii etege dm excellent législateur. Sttoècj «uwtf autant d'exhortations à lob»"»;' la concorde, soutenues àaw^B.9 l'harmonie, pleines à la fois (fep* et de charmes, et quiadowasajert^ siblement les esprits des »»s, leur inspiraient ramoor da m.^ faisaient cesser les haioesjjil«^?^
par ses accords enchanteas^^ 5e la peste qui désolait c(«fj^ être nS faut-ii voir iciqia^ Sparte, vers l'époque (i«^^ treprit de fixer sa ^^^k
pleine de troubles, f^S^^l^é laCrète. Lalyredeltatô««^^
exercé sur les esprits a w^T) s même influence que dans ^j^ait cette conjecture ne F«/^„f^,^
sardée,ilne seraitp^gf^^
rapprocher Thalétas ^,„,„,^ pelé à Athènes dwsdesflt»^ semblables , et préparaj» i^^if Ion, commi Thalétas iesp/^P»^
curgue. -^A^^
De la religion la m»si^ ^ devaient n^^ssmeioe^J^^ l'éducation et dans lesw^^t^ tiques. Les Cretois é\f^[n;^ ment passionnés pouria<^°^ j^jeanobles s'y livraient ai^ajû^j^aaiinés gens combattaient ent^^pf sant Cette danse militaire ar
(i) ViUiive , lib. IH; PUne, Vn, 3;. (i) Plut., Fie de If^
ILE DE CRETE
rhique, et dont nous avons déjà parlé à proposées Curetés, qui Finventèrent, s'est conservée dans les temps modernes, chez les Sphdkiotes.
l'ilb de cbète pendant le moyen age et les temps modebnes.
La Crète est parmi les îles grecques une de celles qui ont eu le plus de célébrité pendant le cours du moyen âge; son étendue, ses richesses naturelles , sa position intermédiaire entre Tltalie et Alexandrie, alors entrepôt du commerce de rOrient, en firent de bonne heure la proie des Sarrasins, et la désignèrent à Tambition des Génois, des Vénitiens et des Turcs.
PREMlEfiS APOTEESDBLÀFOICHBB-
TiSNNE. — C'est à saint Paul que remonte la prédication de TÉvangile dans cette tle. Se rendant à Rome, le saint apôtre aborda en Crète, y fit quelques conversions, et laissa son disciple Titus aux nouveaux fidèles, en lui enjoignant de continuer son œuvre et de donner des évéques aux diverses cités; Padministration des premiers prélats fut heureuse , et Philippe, successeur de Titus, parvint à détourner les persécutions et a garder son troupeau contre Thérésie.
Cependant un de ses successeurs, Cyrille, fot mis à mort dans la persécution de Dèce ou dans celle de Dioclétien ; sauvé des flammes par un premier miracle, il eut plus tard la tête tranchée (1). Le siège métropolitain de Crète fut établi à Gortyne; par la suite un grand nombre de villes , Gnosse, Hiérapetra, Arcade ou Arcadie, Fappa, Phœnix, Héraclée, Subrite, Apollonie, Éleutherne, Chersonèse, Cyaonie (la Canée), Cissame et enfin Cantane devinrent sièges suffragants.
Commencement des incubsions ARABES en Cb^tb. — 11 u^cst guèrc question de Ttle de Crète dans les trois premiers siècles du moyen âge; soumise a Tautorité d'un gouverneur impérial , elle subissait le caprice de ce maître presque absolu, et de loin en loin éprou-
(x) LequieD, Or, Christ,, t. II, col. a6a. Cf. FlamiDius Cornélius, Creta Sacra, Yen., l'jSS, 9 vol, in-i**. 1. 1, p. 125, 193.
vait le contre-coup des querelles religieuses de Constantinople. C'est ainsi que sous Constantin Y Copronyme, son gouverneur, Théophane Lardatyre, pour plaire à l'empereur, se distingua entre tous les courtisans par ses cruautés envers les catholiques (l).<Mais dès le premier siècle de Fliégire elle ne put échapper aux ravages des Sarrasins. £n 673, pendant le grand siège de Constantinople par Moaviah , sous Constantin I Y , deux Arabes, Abd-Allah, fils deCais, et Phadalas, firent une incursion en Crète, et y séjournèrent tout Thiver. En 715, sous Anastase , un chef célèbre exerça de grands ravages sur les cotes de llle, et peut-être même s'empara d'une partie de son territoire.
Gband Établissement des Musulmans. — C'est vers 825 que 111e de Crète tomba pour un long espace de temps au pouvoir des Musulmans. Les Sarrasins a*£spagne , mettant à profit les troubles que la rébellion de Thomas avait excités dans l'empire, armèrent vingt vaisseaux, et, sous la conduite d*Abouhafs Omar (2), ravagèrent sans obstacle les Cyclades. et de là passèrent en Crète. Séduits par la beauté du climat et la fertilité du territoire, ils résolurent de s'y fixer; on rapporte même que le chef musulman, ravi d^admiration a l'aspect de ces riantes campagnes, crut voir, en descendant sur le rivage , la terre délicieuse où coule le lait ei le miel et que Mahomet promet à ses croyants. Toutefois, cette année, 824, Abouhafsse borna à exercer quelques ravages, puis il retourna en Espagne chercher du renfort.
L'année suivante il revint, et , pour fixer irrévocablement ses soldats sur cette terre, il brûla ses vaisseaux, et établit sur la côte un camp fortifié. Michel II tenta de disputer aux Sarrasins leur conquête ; Photin, grand écuyer et commandant des armées d'Orient, fut chargé, de concert avec Damien, d'arracher la Crète à ses envahisseurs; mais les deux géné« raux furent battus. Damien périt, et Photin , s'échappaut presque seul , alla
' (x) Lebeau, édit Saint-Martin, t. XII, p. «63.
(a) Zonare, liv. XY, t. H, p. xSg; Cedrenus, t. II, p. 5o8 ; Deguignes, Uist. des tiuns, t. I, p. 3a8.
LUOTVERS.
porter lui-même à CoDStantinople la nouvelle de son désastre.
OfilGINB DU NOM DE CaNDIB. — LeS
yaioqueurs, campés d*abord sur le rivage occidental, songèrent à fonder un établissement durable. lis choisirent, d'à- {)rèB les indications d'un habitant de 'tle, un lieu sur le bord de la mer, qu'ils entourèrent d'un vaste retranchement, en arabe handak; la ville qui s'éleva sur cet emplacement conserva ce nom, qui s'est modifié en celui de Candie et plus tard s'est étendu à l'île entière (1). De ce lieu ils s'emparèrent de tout le pajTS voisin, et bientôt vingt-neuf villes nirent en leur pouvoir ; une seule , que l'histoire ne nomme pas , se défendit du pillage , et en se soumettant conserva ses usages et l'exercice de la foi chrétienne. Partout ailleurs le mahométisme fut établi , les églises furent converties en mosquées, et la plupart des habitants, peuple Ignorant et grossier, embrassèrent la religion des vainqueurs. Parmi ceux qui persistèrent dans leur croyance on cite le saint prélat Cyrille ; pour la deuxième fois un évéque de ce nom subit le martyre en Crète (2); aussi le nom de saint Cyrille est-il resté longtemps dans une vénération singulière parmi les habitants de File.
NOUVBLLES TENTATIVES DE MI- CHEL 11 POUE EEPEENDEE LÀ CBBTE.
— Basile, successeur de Cyrille au siège épiscopal, s'enfuit à Constantinople, et exhorta l'empereur à ne pas laisser une possession aussi considéranle que la Crète au pouvoir des infidèles. Michel II envoya une nouvelle armée, portée par une flotte de soixante-dix vaisseaux, sous les ordres de Cratère, gouverneur de Cibyre. Le débarquement fut heureux; le général grec fut même vainqueur dans une sanglante bataille. Mais il ne sut pas pronter de son succès; il laissa son armée passer la nuit en réjouissances. A la faveur du désordre , les Sarrasins firent irruption dans le camp des Grecs, taillèrent l'armée en pièces , prirent le général , qui d'abord s'était échappé , le mirent en croix ; et pendant cent trentecinq ans, jusqu'à Romain Porphyrogénète, la Crète resta en leur pouvoir,
(x^ Cedrenus, t. II, p. 5o9.
(a) Lequien, Oriens Christ., t. II, col. a63.
Elle devintoommelec«itre èapÉtà arabes; un proverbe du tempsèCoi tantin Porphyrogénète tàiioi^ en bien les Sarrasins Tavaicot mkk n doutable ; on disait :il y a trois msli^ happas (K) : la Cappadoee, la Cièé&J Cilicie (1). Cest aussi à ladoeaaâ musulmane qu'on doit de ne pti w figurer la Crète dans le livre de tkM de cet empereur grec.
Suite de là dohiuatioh sisSifr BASiNS. — Parmi les expéditM^^ Sarrasins de Crète, <n signale bu i& cente et des ravages en Iltncf^ €t !ti grande victoire marititDeprésdelaaai sous le règne de Thôfwi/e, i Tmk 831 (2). Dix ans plus trd,awiiooTdl tentative des Grecs poBrwooofrercEtt île échoua encore. L'impértttke Théo dora entreprit d'illustrer sa n^poce pi le recouvrement de la Ciètt- tos l deuxième année du r^ ^ «a i Michel III , elle fit équiper ose fiotb nombreuse; mais les rus» des Sst3 sins et les troubles de la cour de Cîm tantinople firent échouer cette ofcs tion (8). A cette époque les Mosala»
couraient la Méditerranée entoœs^ £n 881 , sous Basile, après la ccb^ de Syracuse par les Sarrasins d'Italie Sael, émir de Crète, enTO/iiwdf* meilleurs capitaines, Pl»t. »«J™Ç
sept vaisseaux et un P^^^f^ " navires légers, ravageiïXrehipd et n»
nacer Constantinople; p^^J^ fut défaite et presque cntjffwf» J^ truite par le feu grégeois. Le »^ «" musulman subit unesccoûileddaitt* golfe de Corinthe (4). Ces «^^ péchèrent pas les Sarrasins «^^g leurs incursions sur les côtes de la wj et de l'Asie , et en 9» ils «p^^ une tentative de l'empereur t^; tin VII sur leur Ile. Un i^l^^Çfîl qui ne devait son éléwtiw jFVT basses intrigues, Constanljfl o^ avait été mis à Iatétedel«g^
aue son incurie et son '°^^23îi5 échouer entièrement (5)- t«p^^
(i) Comt. Porphyrogénète,^ *^
ai.
t.III,p
(a)Lebeau,t. Xm, P-9J- (3)Lcb€au, l.Xia,p. ï*^ (4)Id., p. 3i4-3i5.
(5)Lebcau,t. XlV,p.^
ILE DE CRÈTE
terme de la domination Arabe approchait : deux années plus tard, sous le règne de Romain II , Nicéphore Pbocas, depuis empereur, et alors Tun des meilleurs généraux de l'empire, résolut de leur arracher la Crète.
I^lCBPHOfiE BBPBEND L'iLE DE Cbb-
TE AUX Sarrasins. — Le général grec eut d*abord à triompher du mauvais vouloir des ministres de l'empereur et de la crainte qu'inspirait le peu de succès des précédentes tentatives. Dès
Sue son avis eut prévalu dans le conseil, hâta ses préparatifs ; leur grandeur Diontre quelle crainte on avait des Sarrasins Cretois dans tout Temnire : des troupes furent réunies d'Asie, aeXhrace, de Macédoine ; on fit même venir des auxiliaires de Russie et d'Esclavonie, et une flotte considérable se rassembla au port d*Éphèse. Les musulmans, effrayés, prirent mal leurs mesures de défense; ils n'empêchèrent pas le débarquement, et furent battus; Nicéphore marcha aussitôt vers leur capitale, Candie. Quelques-uns des descendants des anciens ciirétiens vinrent le joindre ; il forma autour de la ville un vaste camp retranché, et pressa le'siége. L'émir arabe , Curupe, tenta d'abora de se défendre par ses propres ressources, et battit même un corps ennemi commandé par un des meilleurs chefs grecs , Nicéphore Pastilas , qui périt dans le combat. Mais enfermé dans la ville , réduit presque à l'extrémité, il recourut à Tassistance des Sarrasins d'Espagne et d'Afrique. Ce fut en vain ; ceux-ci abandonnèrent les Cretois à leur mauvaise fortune. Néanmoins, comme Candie était dans une très-forte position, Nicéphore convertit le siège en blocus , après avoir vaincu et massacré une armée arabe qui, de l'intérieur de l'Ile, s'apprêtait à secourir la ville. Le blocus dura dix mois, et les deux armées eurent à soulfrir d'une grande disette de vivres; les Sarrasins surtout furent maltraités par la famine. Enfin, malgré leur courage ils furent contraints de céder dans un assaut décisif de l'armée grecque. La plupart furent massacrés , et les richesses qu'un siècle et demi de pillage avait entassées dans la ville devinrent la proie de leurs ennemis. Nicéphore fit raser les murs de Candie construisit sur ime hauteur voi-
sine tme forteresse qui la tint en respect, et ne quitta l'Ile qu'après une entière soumission de toutes les villes Cretoises, 961 (1). De retour à Cçpstantinople, Nicéphore fut accueilli comme l'un des plus fermes soutiens de l'empire , et la joie fut universelle. L'empereur reçut nonorablement l'émir Curupe , que tout son courage n'avait pu sauver, et il envoya en (Sète un moine arménien , Nicon, pour ramener les habitants au christianisme.
L'île de Crète jusqu'à l'époque de la domination venitienne. — La conquête de Nicéphore Phocas replaça rile de Crète sous la domination grecque jusqu'à l'époque de la quatrième croisade. Sous le règne d* Alexis Comnène elle se révolta; deux Cretois, Carycas et Rhapsomate, avaient soulevé l'un une partie de la Crète, l'autre l'Ile de Chypre. Jean Ducas prit la route de la Crète. A son arrivée llle était soumise : les Cretois restés fidèles à l'empereur s'étaient réunis contre le rebelle, et l'avaient massacré (2).
A l'époque de la quatrième croisade , lorsque les Francs et les Vénitiens se partagèrent l'empire Grec, Candie fut assignée à Boniface , marquis de Montferrat et roi de Thessalonique. Par une convention du 12 août 1204, il l'échangea avec les Vénitiens contre des terres λlus rapprochées de sa capitale, et cette le devint la possession la plus importante de la république dans la Méditerranée (3).
Tentatites des Génois et de Marc Sanudo, duc de l'Archipel, sur Candie. — Les Vénitiens ne conservèrent pas cette île sans contestations.
Les Génois, jaloux de leur puissance, et désirant leur enlever un poste si avantageux pour le commerce du Levant, gagnèrent quelques Candiotes, et les portèrent à la rébellion ; puis ils envoyèrent le capitaine Veterani et un marin Pierre Maille, surnommé le Pécheur, depuis
(i) Lebeau, t. XIV, p. 4a-5o. On peut coDsulter sur cette guerre importante de Crète un poëme en cinq chants, dédié à Nicéphore , par Théodore le Diacre.
(a) Aune Comnène , Hv. IX.
(3) Ducange, Hist. de Const, sous Us empereurs français , 1. 1, ch. XXI, p. 7.
L'UNIVERS
comte de Mailloc, qui s'emparèrent d'un port de 111e, s'y fortifièrent , et par des
{)romesses et des présents corrompirent es principaux chefs grecs. Les Vénitiens prirent dans ane embuscade Vêterani, et le pendirent ; ce fut le si^al d*une insurrection générale dans Ttle.
A cette nouvelle, le sénat dépécha un nouveau corps de troupes, sous le commandement deTepuio, qui fut le premier duc de Candie. Tepulo, ne se jugeant pas assez fort pour apaiser la révolte, imagina de recourir à Mare Sànudo, ancien sujet de la république, qui s'était récemment établi à Naxos avec le titre de duc de r Archipel. Sanudo intervint-, les Vénitiens le reçurent avec empressement, et l'introduisirent dans la capitale de rtle ; mais le duc de Naxos tiraita secrètement avec Pierre Maille , s'engageant à conquérir lUe et à la partager avec Gènes, qui devait se réserver la partie occidentale et lui garantir la possession du reste. Cette intrigue, favorisée par un Grec de distinction, Sevaste, réussit dans Candie : les soldats vénitiens furent en grand nombre massacrés, et Tepulo se réfugia dans Retimo, où il eût été forcé de capituler, sans le secours inattendu d*un corps d'armée, envoyé de Venise, sous le commandement de Dominique Quirini.
Tepulo reprit Toffensive, força Sanudo à lever le siège de Retimo, et, profitant de la négligence de ses adversaires, s'empara d'une porte , mal gardée , de Candie. La ville entière fut reprise, Etienne Sanudo, frère de Marc, fait prisonnier; Pierre de Mailloc ne s'échappa que difficilement avec ses galères génoises, et nie entière rentra sons la puissance des Vénitiens (1).
Les VÉNITIENS ENVOrEWTUWB COLO- NIE A Candie. — Mais de nouvelles intrigues de la part des Génois et les résistances locales que les Vénitiens éprouvèrent dans tout le cours du treizième siècle déterminèrent le sénat de la république à envoyer une colonie chez les Candiotes. Pour qu'un nombre suffisant de Vénitiens prtt part à cette émigration, on offrit aux colons les plus grands avantages .Cinq cent quarante familles se transportèrent à Candie. Dès leur arri-
(i) Le p. Sauger, Hist, noupelUeUs anciens Ducs de t Archipel f Paris , 1698, p. x4-aa.
vée on les mit en possession de cent trente-deux fiefs de haubert ou chevaleries et de quatre-cent huit ûefs cTécuyers. A la tête de la colonie, on établit un duc pour représenter le doge. Il était élu tous les ans par le grand conseil de Venise, et assiste, comme lui , par deux conseillers supérieurs. De même qu'à Venise , on voyait à Candie des juges delpropriOy les seigneurs de la nuit, ceux de la paix, le petit conseil ou seigneurie, le grand chancelier, et le grand conseil, qui , comme à Venise , fut déclaré noble et héréditaire. Aussi , lorsqu'en 1669 la ville de Candie fut prise
f^ar les Turcs , et (]ue la colonie fut enevée à la république, les membres de ce conseil , rappelés dans la métropole, furent considérés comme n'y ayant pas perdu leurs droits héréditaires; tous les nobles Candiotes furent déclarés nobles vénitiens et inscrits en cette qualité sur le Livre d'Or (1).
Suite de la domination vénitienne . — La colonisation de Candie doubla pour Venise Timportance de cette île ; elle devint le centre des opérations maritimes contre les Génois.
Marco Rurzini, amiral vénitien, prit, à la hauteur de Négrepont , neuf galères chargées de marchandises, et les conduisit à Candie; mais le commandant de h flotte çénoise, Filippino Doria, le poursuivit jusque dans le port de cette ville, en força l'entrée, et reprit ses vaisseaux, en ISôO. En 1352, Pisani, amiral vénitien, ayant encombré les hôpitaux de Candie des malades et des blessés de sa dernière campagne, une peste terrible sévit dans Tiie , et se communiqua aux vaisseaux du Génois Paganino Doria, qui était venu, avec une flotte, chercher Pisani jusque sous les murs de Candie pour le combattre (2).
La perte de Négrepont ajouta encore à l'intérêt une Venise mettait dans la
Sossession de Candie. Le successeur de ficolas Canale, l'amiral Pierre Mocénigo, y concentra les forces vénitiennes pour tenter une entreprise sur l'île de
(z) Ce passade est emprunté à YHist. des Rép, liai, de Sismondi , I. II , p. 399 , qai a suivi presqu^uDiquement/e Liçre des Constitutions Vénitiennes de Yettor Sandi.
(a) Sismondi , t. IV, p. x6a-i63.
ILE DE CRÊTE
Chypre, en 1473, et, maître de J^icosie, y introduisit une garnison et an grand nombre d'arcbers crétois, qui, à cette épo« que , conservaient encore leur ancienne réputation d'habileté. En 1475, le sultan Mahomet II fit pour prendre Candie des préparatifs considérables; mais cette expédition fut détournée de son but et employée au si^ de la ville de Caffa, que les Génois possédaient en Crimée.
Pbeiiibbss tentatives sbbieu- SBSDES Turcs coutbb Candie.— Caodie résista à toutes les entreprises des Turcs jusque vers iemilieu du.dix-septième siècle. En 1644, sous le r^ne du faible Ibrahim, le graud vizir, fentreprenant Méhémet- Pacha, résolut d'arracher cette île à la domination vénitienne. Le premier prétexte que prit le ministre pour renouveler les nostilités contre la république fut une agression des chevaliers de Malte contre une flotte turque. Il fit aux Vénitiens un grief de ce que les vaisseaux de Tordre étaient venus mouiller avec leur capture sur les côtes de Candie, et, sans déclaration de guerre ouverte, il rassembla dans tous l«s ports musulmans une flotte et une armée considérables. De son côté, la république fit armer une escadre de vingttrois fialères à Candie, et ordonna d*y rassembler les milices de l'Ile et de rétablir parmi elles la discipline, désorganisée
Ear une longue paix. La flotte formidale réunie par Méhémet-Pacha parut se diriger sur Malte ou la Sicile; mais lorsqu'elle fut à hauteur de Candie, le ministre turc fit arrêter à Constantinople le baile de Venise, et déroula une série de prétendus griefs que l'empire ottoman avait contre la république. On ignorait en* core cette arrestation à Venise lorsque Ton apprit que le 24 juin 1645 les cinquante mille soldats que portait la flotte musulmane , commandée par le capitan-pacha Jussuf, avaient pris terre à la pointe occidentale de nie, près de La Canée, et qu'aussitôt apiîès leur débarquement ils s'étaient emparés du fort Saint«Théodore, Tun des postes importants de cette r^on. Le capitan- pacha établit son quartier général à Calsal-Galata, et vint mettre le siège devant la Canée, place en assez mauvais état, où le gouverneur avait jeté à la hâte quelques mille hom- *nes des nouvelles recrues.
État de l'Île. — Voici quelle était alors la situation militaire de l'Ile : on y comptait sept points fortifiés , tous sur la cote septentrionale. Les Grabuses étaient des châteaux situés dans les îles qui touchent le cap le plus occidental ; ensuite, en côtoyant la mer, on trouvait La Canée , en ce moment investie par les forces turoues. Tout près de La Canée, au fond d un golfe qui s'avance beaucoup dans les terres, était le port de la Suda. C'était là que se trouvaient les forces vénitiennes, composées de vingt et quelques galères et de treize vaisseaux, sous les ordres d'Antoine Capello. Cet amiral, stationné à quelques lieues de l'armée turque, ne pouvait ni engager le combat contre des forces bien supérieures en nombre, ni se jeter dans La Canée, où il eut couru le risque d'être bloqué et de rendre sa flotte inutile.
Plus loin vers 1 est était Retimo , puis Candie, capitale de l'tle, et résidence du gouverneur Antoine Comaro , qui ras* semblait à la hâte quelques moyens de défense. Vis-à-vis le port de Candie , à cinq ou six lieues en mer, était la petite tle de Standia (Dia), poste avancé et bon mouillage surtout pour les nos vaisseaux. A l'est de Candie, à IVsxtrémité d'un cap, la forteresse de Spina-Longa s'avançait au loin dans la mer : enfin, à la pointe orientale de 111e étaient la place et le port de Settia. On voit que le gouverneur militaire et l'amiral étaient trop éloigna l'un de l'autre, et pouvaient difficilement faire concourir leurs efforts pour la défense de l'ile. De plus, le peuple était en général peu affectionné à la république, qui depuis quelque temps avait augmenté les impôts et rendu sa domination vexatoire.
Pbisb de La Canéb. — Cependant le capitan-pacha avait vivement pressé La Canée, et s'était emparé de cette place après un siège de cinquante-sept jours.
Les assiégés avaient déployé une constance et un courage à toute épreuve ; le 17 août 1645 eut lieu l'assaut général. Les débris de la garnison chrétienne soutinrent encore sur la brèche un dernier combat de sept heures ; enfin elle capitula, et sortit de la place le 22 avec permission de rejoindre les forces vénitiennes dans le port de La Suda. Cette conquête livrait aux Turcs 860 pièces de ca
LnjmvERS.
non , et leur donnait un point d*appai pour leur armée, répandue dans 111e, et un port où ils pouvaient faire venir des hommes et des munitions. Mais on dit
3u*ils avaient perdu vingt mille soldats ans ce seul siège. De son côté, Venise feisait les plus grands efforts pour sauver nie, si fortement menacée : le clergé accordait une partie de ses revenus, les dignités du putriciat étaient livrées aux simples citoyens en échange de dons pécuniaires. Le commandant de la flotte, Capello, dont la capacité n'inspirait pas assez de oonflance, fut remplacé par Jérôme Morosini. Le nouvel amiral reçut le titre de généralissime. Il ravitailla La Suda, ordonna à tout ce qu'il y avait de bâtiments dans 111e de le rejomdre, et à la tête d'une flotte de cent vaisseaux
grovoqua les ennemis à une bataille, lais diverses circonstances empêchèrent cette bataille d'avoir lieu. Les alliés des Vénitiens se retirèrent dans leurs ports
SQur y passer l'hiver; de son côté, la otte turque regagna Constantinople , et la campagne de 1646 se termina de la sorte , tout à fait à l'avantage des musulmans : ils s'étaient rendus maîtres de Tune des places fortes de l'île, et l'île aitière était menacée.
DlVEBS ÉVÉNEMENTS PENDANT LES DEUX ANNÉES SUIVANTES. — LCS Cam-
pagnes de 1646 et 1647 n'eurent rien de décisif; cependant elles se terminèrent à l'avantage des Turcs plutôt qu'à celui des Vénitiens. Jérôme et Thomas Morosini bloquèrent inutilement La Canéeet firent une croisière sans résultat dans les Dardanelles. Jean Capello, nommé à son tour générahssime, ne sut rien entreprendre de décisif, et les Turcs commencèrent, malgré sa présence, à investir les places de Retimo et de La Suda. La France envoya un secours de neuf vaisseaux à la république, qui, en échange de ce bon office , inscrivit le cardinal Mazarin sur le livre de la noblesse; mais Capello ne profita pas de ce renfor 11 fut rappelé et mis en accusation. Son successeur, l'amiral Grimani^ soutint une suite de combats heureux a Pi^repont, à Chio, à M\fylène; mais les Turcs, favorisés par quelques coups de vent, ravitaillèrent deux fois La Canée. Au commencement de 1648, l'amiral Grimani périt dans une affreuse tempête.
r* fit sombrer vingt-huit des^ la r^Hiblique. Son suooesseBlionard Monoenigo, ooneeotca «sines antour de 111e, nuisnepateatiimiB progrès des ennemis et le nrkiiBeia eonstant de La Canée et de fieâiBO,d§i
ils venaient de s'emparer.
Commencement du sibcksiCo^ DTE. — Au commeneemeDtdei64Sfi Turcs furent assez forts pour Dcttreii siège devant la capitale kïk.U^ . gne de circonvallatioa eotoora la ptait et la tranchée fut ourerte. LesTsmi?
montrèrent fort pressants dans kspnmiers temps de ce siège mâwwWÇ;?
devait durer plus de vingt aw» 7™ assauts consécutifs fure<li»wp« capitan-pacha Yussuf ; n» b «3« Moncenigo opposa la P*»«f'^ résistance. On ditquerâgliBKj^^ périrent devant la place pen^»J premiers mois du siège; le [«» ^^ dttit à se fortifier dans son ojP F attendre des renforts. Uflefl«t«ç vingt mUle hommes débarqnfiwsi^ et/à ce moment, O^f^^.
sauvée. Mais Venise ^f^% cesser une guerre dispendw»^ bandonner la colonie &t 0B*ffîa^ cuté dans le sénat;i yeûlp»^ on n'eût appris que le «JUS b venait d'être déposé, f^^^, nouvelle cour ne se nwB^-.|rtni ble à la paix et aux dema^fc^ les Vénitiens d'une cessm^
lités et d'une ^^^^^^^J^\&ft proques ; cependant le coW ^^ pérancesdeïa républiqoej^^ par l'annonce d'une &^''^f^sg]s vale remportée par«e»/*SÛ r^ Turcs dans la rade de ^^^ cienne Phocée, à remboo^»" "j^ mus. Une armée tur^H*^^ pendant ces diverses operaw^^fe
devant Candie, et ?o\^^\^^ siège. Les chrétiens d^^> côté la ville avec intrépdftt, "?!
basUon fut pris et repns /^ Jj^ fois : les ouvrages étaient a^'^fj^ queconsuruits etrecomj^^ truits. LesTurcsetles Vàuoe^jj ^^
la terre chacun de l^ ^^^fi^^ souvent qu'une niinefil^P' ^^«5
lieu d'un combat ^(i^'^^tié^ soutenaient uneguerresiacu . j^^^.
des plus cruelles privaW»»*''^
ILE DE CRETE
oison de Candie était bien insuffisante jpNOur repousser les assiégeants. Les Turcs s'étaient étendus jusqu'à l'extrémité orientale de l'tle, et commençaient le siège de Settia. Dans ces conjonctures, le sénat de la république prit la résolution de transporter la guerre au cœur des pays ennemis, et de détruire les forces de la Turquie dans les Dardanelles.
Batailles wayales et Tigtoi- BBS DBS Vénitiens. — L'exécution de ce hardi projet fut confiée à Riva, le vainqueur de Foschia, et au g^éralissime Moncenigo. Riva gardait les Dardanelles,'; il laissa passer la flotte ennemie. Moncenigo atteignit le capitan- pacha à Paros, lui prit dix vaisseaux, dont l'un portait soixante canons, en brûla cinq, et fit 4 à 5000 prisonniers. Par cette victoire les Vénitiens devenaient maîtres de l'Archipel. Mais les débris de la flotte turque se Jetèrent encore dans La Canée , et y débarquèrent des secours.
Malgré sa victoire, le généralissime fut remplacé par Pierre Foscolo. Lorsque ce nouveau chef arriva à Candie, la misère et les privations avaient ieté le désordre dans quelques corps d'armée; il eut à réprimer une sédition des Albanais, qui menaçaient, si leur solde n'était augmentée', de livrer aux ennemis deux bastions dont la garde leur avait été confiée. Aussitôt après avoir augmenté les moyens de défense de Candie, Foscolo se mit sur mer à la poursuite du capitan-pacha, qu'il força à se réfugier à Rhodes après avoir perdu quelques vaisseaux.
Suite du siège. — Moncenigo bepbend le commandement. — lcs années 1652 et 1653 se passèrent sans événements décisifs ; Moncenigo fut de nouveau mis à la tête de toutes les forces de la république dans rArchipel. L'année suivante, huit vaisseaux yénitiens, commandés par l'amiral Joseph Delphino, soutinrent contre toute la flotte turque le plus disproportionné et le plus glorieux combat de toute cette guerre. Ils ne se rendirent pas, mais ils sombrèrent ou sautèrent tous, à l'exception du bâtiment amiral, qui échappa après des prodiges de valeur. L'inégalité des forces était trop grande entre Venise, épuisée d'hommes et d'argent, et la Porte, qui
37« Livraison. ( Ile de de Cbète.
chaque année pouvait renouveler ses vaisseaux et ses soldats. La république demanda à tous les États des secours : à la France, à TEspagne , à Cromwell, alors protecteur de 1 Angleterre, au pape et même au grand-duc de Mosoovie. Tous se bornèrent pour le moment à des vœux stériles. Sur ces entrefaites le brave Moncenigo mourut ; il eut pour successeur par intérim François Morosini, dont cette guerre a illustré le nom.
VlGTOIBES NATALES DES VÉNITIENS
EN 1655, 1656 ET 1657.— Les Vénitiens remportèrent trois grandes victoires au passage des Dardanelles ; Lazare Moncenigo, frère du généralissime qui venait de mourir, prit aux Turcs trois vaisseaux, en brâla onze, en coula neuf à fond après un combat de six heures.
Le 26 juin 1656, le même général avait, au même endroit, tué aux Turcs dix mille hommes, leur avait fait cinq mille prisonniers , et s'était emparé de quatrevingts bâtiments. La république n'avait perdu que quatre vaisseaux dans ces deux grandes batailles. Le vainqueur des Dardanelles fut désigné pour remplacer définitivement son frère. En 1657 il remporta aux Dardanelles une troisième victoire, aussi complète que les autres ; mais un affreux accident, l'incendie du vaisseau amiral, et la mort de l'amiral Moncenigo même arrêtèrent de nouveau les succès de la république, dont les victoires restèrent sans résultats. Candie était moins pressée depuis ces dernières campagnes, mais elle était toujours assiégée, et le sort de l'île entière dépendait de sa résistance.
Secoues envoyés pab la Fbange ET LA Sayoie. — De nouveaux efforts furent faits par la république, et de nouvelles prières furent adressées aux puissances chrétiennes pour obtenir des secours. La France accorda en 1660 quatre mille hommes ; le duc de Savoie fournit aux Vénitiens deux régiments commandés par le marquis de Ville, habile homme de guerre ; néanmoins les opérations traînèrent encore en longueur pendant quelques années. En 1665 un coup de main fut inutilement tenté sur La Canée ; les troupes, fatiguées par une traversée longue et pénible et incommodées par une pluie battante, furent repoussées ; le
LUlflVEBS
marqais de Ville perdit eofiron quatre cents hommes, et conduisit son armée dans un camp retranché , sons le canon de la place de Candie. Après aFoir essayé inutilement pendant Quelques mois de te* nir la campagne, e^ petite troupe fut forcée de se retirer à l'anri des fortifications, mai 1666.
Là oubbbb de Gàndii dbtibut PLUSACTiTB, 1667. — ^Le8Tnrcs,lasdes longueurs du siège de Candie, résolurent de leur côté de terminer la guerre en redoublant d'activité. Le grand-vizir Kiupergli vint en personne prendre le commandement de Tarmée musulmane ; de leur côté , les Vénitiens rendirent le titre de généralissime à François Morosini.
Quelques tentatives de conciliation entre Venise et la Porte avaient déjà eu lieu dans les année» précédentes ; les négociations recommencèrent avant ces dernières et décisives campagnes, mais elles n'aboutirent à aucun résultat. Les hostilitéB ne. tardèrent pas à recommencer, et Tarmée assiégeante se trouva portée à quarante mille combattants et huit mille pionniers; dans la suite elle s'éleva jusqu'à soixante-dix mille hommes.
La ville assiégée n'avait que neuf mille défenseurs; François Morosini, venant prendre en personne la direction des opérations militaires , y amena environ trois mille hommes encore. U avait sous lui le marquis de Ville, les provéditeurs Bernard Nani« Donato, Pisani, tous les
grands noms de la république, leprovéiteur des vivres, Justiniani, et queiques volontaires illustres, Spar commandant de l'infanterie auxiliaire , le chevalier d'Harcourt et MM. de Maisonneuve, Langeron, Montausier, de Ganges.
L'enceinte de la ville, flanquée de sept bastions, était très-forte. Les fosses étaient larges et profonds ; il y avait sur les remparts plus de quatre cents canons , et^ dans la ville des munitions considérables de guerre et de bouche.
Opérations du sibgb. — Le 22 mai 1667 le grand- vizir vint établir son quartier général devant la place; son artillerie lançait des boulots de plus de cent livres , ses canons étaient les plus çros qu'on eût encore vus en Europe;* il fît taire des lignes parallèles dans ses tranchées, et il ne se passa plus un jour qui ne fût marqué par quelque entre-
prise des assiégeants etaadqœeate
meurtrier. De part et d autre, IbIq-
vaux se firent avec une inctojililtxlh
vite. Morosini avait établi son lopoU
si|r un bastion ; de ce point il iàà
l'attaque et veillait à la défeDse;éQâ
mai au 18 novembre ily eotràgi^ei
assauts, dix-sept sorties, et de pti
d'autre la mine joua six centdii-bBtit
La garnison perdit dans cette eaopi^
quatre cents officiers, trois oie a
cents soldats; rarmée OVunm «
vingt mille hommes tués (1).
Des deux cdtés la fatine étato-
tréme ; la peste régnait dus ieeaif
des Turcs; la saisoo desDinies/awitt
pour quelques mois les Ms. Ia musulmans mirent ce tempiaïntlpMr
réparer leurs pertes et bm w« nouveaux secours; les assîcpiBS^ des prodiges de valeur, eis^ip*»
sans se plaindre tous les tra«tt«* tes les misères, mais ilne leur «M^ de renforts. L'Europe assBtut à e»
grande lutte avec une o"^^,^ et égoïste; seulement, ^^*°T seigneurs, comme le inarpsdeUf*j lade, vinrent mettre leorépée*»^ de la république vénitienfle.
PBOoaàs DU siiQi-r^Zi étaient maîtres d'uDbaslwB;i!*J^
prirent un travail imûM^^-^r^
tait à élever un môle à l'a» *J^
pour eu battre la passe elpfiJ^S
la viUe, assez faible de cecto. to^
temps le vizir, qui savait qoesi^ il serait mis à mort par ie»w»;
hommes. Lesdan^iersdelajJ»*^ mentaient chaque jour; tojjr^, nise avaient peu de bonne ^^»^.^ retiraient avant la fin de la cuam^ jeunes Français amenés par »• ^ Feuillade voulurent foire u^^^^
commettre au hasard <f «^^^îv nas* reste de la guerre. Morosim sj^
prudemment; ils risquèrenf «^ cet exploit téméraire, et aPf '*JjJJ gesde courage ils rentrèrentap r^
(i) JfwBOfw de Ducros. PbJiJ^jj^
el autres témoios oculaire» ^^^f^a \r dans sou Histoire Je remtt, d^ j^ rés tous les matériaux de ce r»"»