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ILE DE CRÈTE
un çrand nombre des leurs, parmi lesquels les comtes de Villemor, de Tavannes, un jeune fils du marquis de Fénelon. Cet exploit, au moins aussi inutile que brillant , réduisit à presque rien le secours amené par le duc de La Feuillade ; les débris de cette troupe se rembarquèrent peu de jours après.
Louis XIV bntoie un secoubs db SIX MILLE HOMMES. — On était au commencement de Tannée 1669 : les défenseurs de Candie étaient épuisés , et cependant ils persistaient dans leur héroïque résistance; les Vénitiens tentèrent auprès des cours étrangères un suprême effort. Un parent de Morosini intéressa Louis XIV au sort des chrétiens qui se défendaient si héroïquement contre les infidèles. Le grand roi se laissa toucher, et fit partir, aussitôt après l'arrivée du duc de La Feuillade à Toulon, douze régiments d'infanterie, trois cents chevaux et un détachement de sa jB;arde, en tout six mille hommes sur vmgtsept bâtiments escortés par quinze vaisseaux de guerre. De son coté, le pape Clément IX supprima plusieurs couvents sur le territoire de la république, et permit de vendre leurs biens pour en appliquer le
Sroduit au service deFËtat. une partie u trésor de Saint-Marc reçut la même destination, et une grande flotte vénitienne put ravitailler la place et y jeter une nouvelle garnison. Morosini et le provéditeur Comaro donnaient l'exemple du plus pur patriotisme ; ils s'étaient dépouillés cle toute leur fortune personnebe pour payer les soldats. Ce fut au milieu de ces circonstances que, le 19 juin 1669, la flotte française, sous les ordres du duc de Beaufort, l'ancien roi des Halles y débarqua ses troupes de terre commandées par le duc de Navailles.
SOBTIB MALHEUBEU8B DBS FbaII-
GAIS. — Cette fois encore , comme avec le duc de La Feuillade, les Français nuisirent eux-mêmes au succès de Texpédition par leur imprudence et leur courage présomptueux. La plupart des troupes furent débarquées de nuit *, les mousquetaires voulurent attendre le jour pour passer sous les batteries des Turcs , témérité meurtrière pour eux et tout à fait inutile. Morosini avait prié les chefis de Texpédition de s'employer pour faire une diversion du cdté de La
Canée, afin à'y attirer les Turcs et de laisser la garnison libre d'agir de. son côté. Ces avis, dictés par rexpérience, ne furent pas écoutés. Les nouveaux hôtes entrèrent dans la rille, et voulurent fake une sortie dès le lendemain. Rien n'était prêt pour cette opération ; Morosini essaya vainement de les détourner de ce dessein. Il fut forcé de les laisser fîdre. Le 25 juin, les Français, ayant à leur tête les deux chefs de Texpédition, Navailles et Beaufort, un Choiseol , un Castellane et un Colbert, se prédpitent sur un corps de troupes qu'ils aperçoivent dans l'ombre ; c'^it un détachement d'Allemands 3ui était sorti pour les appuyer. Revenus e cette méprise , ils se Jettent dans le retranchement, que les Turcs abandonnent; mais quelques barils de poudre sautent. Les Français croient marcher surun terrain miné ; Ils s'effrayent, la confusion se met dans les rangs , la panique et la déroute devioinent générales. Alors les Turcs reviennent au combat, foudroient et massacrent la troupe française, dont les débris rentrent avec peine dans les murs ; cinq cents hommes avaient péri, parmi lesquels le duc de Beaufort.
Leub dépabt. — Découragé par ce revers , que lui seul avait causé par son imprudence, le duc de Navailles résolut de quitter Ftle. Vainement Morosini le supplia de ne pas déserter un poste que sans lui il deviendrait impossible de défendre ; vainement il invoaua des raisons d^honnenr et de loyauté, et le cler]^ et toute la garnison mêlèrent leurs prié» res aux siennes , Navailles quitta Candie le 21 août. Tout ce qui n'était pas vénitien fit comme les Français; Allemands, Maltais, Italiens, ils partirent tous, sans même laisser à Morosini trois mille hom* mes qu'il demandait pour prolonger sa défense jusqu'à Fhiver.
État de Caih)». —La place n'était plus qu'un monceau de ruines , défendue par ouatre mille habitants et une poignée de oraves qui avaient survécu a 69 assauts, 30 sorties, et à l'explosion de 2,000 mines; 80,000 chrétiens, plus de 100,000 Turcs avaient péri devant la place. Morosini, bien que sans pouvoirs pour traiter de la part de la république, préféra s'exposer aux accusations de sa patrie, souvent injuste et jalouse, plutôt que de laisser périr dans un dernier as-
L'UNIVERS
saut les quelques soldats qui lui restaieot, et de tout perdre par une opiolâtreté inutile.
MoBOSiNi C4PITULE. — Il euvoya un émissaire à Kiupergli pour convenir d'un traité de paix. Les pourparlers durèrent du 28 août au 6 septembre 1669; la fermeté du généralissime et son courace imposaient tellement aux ennemis, qu ils lui accordèrent des conditions avantageuses pour Venise, dans une place démantelée et sans défenseurs, dont un assaut les eût infailliblement rendus maîtres. Il fut convenu que les Vénitiens abandonneraient Candie , et il leur fut accordé douze jours pour leur embarquement; ils emportaient leurs armes, a l'exception de I artillerie de siège ; les habitants étaient libres d'accompagner la garnison ; Ttle devait appartenir a la Turquie ; les Vénitiens y conserveraient trois ports : Les Grabuses, Spina Longa et La Suda , avec les îles qui en dépens dent. La république devait garder, en échange de cette cession, ses conquêtes en Daimatie et en Bosnie.
Abandon db Candib P4B les Vénitiens, BTPEBTB DBSTBOISPOBTS. —
Le traité conclu par Morosini fut accueilli avec mécontentement à Venise, mais ratifié , vu l'impossibilité de continuer la guerre. Ces conditions étaient d'ailleurs les plus honorables qu'on pût obtenir, et Achmet Kiupergli ne les avait accordées qu'à cause de son estime personnelle pour Morosini ; quinze bâtiments et une quarantaine de chaloupes transpo^ tèrent les Vénitiens Candiotes ainsi que les restes de la garnison. La fortune s'acharna contre ces malheureux ; assaillis par une tempête et jetés sur la côte d'Amque, ils périrent ou devinrent esclaves dans les États barbaresques.
Venise se montra moins généreuse que le sultan envers le héros du si^e de Candie ; Mahomet avait offert à Morosini nn présent, que celui-ci refusa. Il se trouva dans le sénat un accusateur, qui fit mettre le général en jugement pour avoir traité sans autorisation préalable. Morosini eût été condamné si les éventualités d'une guerre nouvelle n'eussent rendu ses services nécessaires. A ce siège , le plus mémorable dont il soit fait mention en Europe dans une lon^e série de siècles, Venise avait sacrifié
sa puissance. La guerre de Canie loà coûté à la république 126,000,001 4e ducats, sa dette s^était accrae k 64,000,000.
Venise ne conserva pas longtemps W points aue le traité de 1669 loi Iràat dans rfle; Les Grabuses fàrent&fni aux Turcs avant la fin du dix-sepdne siècle par la trahison de son gouveraev, qui reîçut en échange une tonne de »
âuins ; puis des traités particuliers ab» onnèrent aux musulmans Suda etS^i»
Longa, dans le conuneocement da aède suivant.
ÉTAT DB l1lB sous Là BOMh NATION VÉNITIENNE. — Vicioise tf2ft
possédé la Crète pendant Topaee de
f>rès de cinq siècles ; doUs avois ^ qia e gouvernement , constitué ï Xvêê^ même de celui de la républtqBe venttienne, était composé d*un due uàstt de deux conseillers sunérieurs, ^m grand , d'un petit conseil et de toute li hiérarchie judiciaire de la métropofe.
Cette période de la dominatioa vé^ tienne fut pour Tîle l'époque de sa pka grande prospérité; l'agrunltore j fst encouragée, et la Crète approvisioaM de blé Venise, comme autrefois elle en avait fourni Rome ; son oonuneits profitait , sous la protection de Veeise, éa monopole des transactions eottetXkieÊlt et rOccident ; quelques fats forées, en petit nomlne, mais les snki <{Be rile possède encore aujounTM, feRUit construites; des ponts, souvoit dCuae architecture hardie , furent jetés ma ks torrents que Thiver grossit et fait déborder ; enfin , outre la capitale H ks villes diocésaines, la Crète cooftot neuf cent quatre-vingt-seize viifafs florissants.
Malgré les éléments de prosp^té m Venise avait apportés à la Crète, m n'y avait pas sans peine établi, puis raw> tenu son autorite. Les montagnards k la partie occidentale de Hle ^éiaM surtout distingués par leur loi^oe résistance.
Les Sphakiotes sous les ustt-
NATIONS VÉNITIENNE BT TUMQCi- —
Retirés dans les gorges de la kam chaîne de montagnes a laquelle sv »• pect neigeux a fait donner le mb de monts Blancs , et qui se termine oor les caps Buso et de Spada, ces haim i&-
ILE DE CRETE
salaires, appelés Sphakiotes, du nom de leur bourg, Sphakia, avaient bravé peuplant plus d'un siècle les forces que Venise ne cessait de diriger contre eux , et 4eur longue résistance avait déterminé renvoi de cette colonie qui rattacha ^empiétement Candie à la république.
Mais alors même ils refusèrent de se mêler aux nouveaux arrivants , et évitèrent le contact des Vénitiens , comme autrefois ils avaient fui celui des Grecs et des Sarrasins. A la longue, leur résistance cessa; mais ils continuèrent à se livrer à la piraterie, avec l'autorisation des magistrats vénitiens , qui se bornaient à entretenir chez eux un inspecteur, et les traitaient avec les plus grands égards (I).
La domination tur<]ue les trouva tels, et ne changea rien à leurs habitudes ; ils continuèrent à vivre dans leurs montagnes , à parler un dialecte plus voisin de la langue primitive que le reste des Candiotes, à vivre de pirateries, de chasse et de la vente de quelques fromages faits du lait de leurs chèvres.
Lorsque le voyageur Belon les visita , ils étaient les meilleurs archers de Ttle. Plus tard ils se servirent du fusil avec la même habileté; et à la fin du dix-huitième siècle on retrouvait encore chez eux la pyrrhique, cette vieille danse de la Grèce particulièrement en honneur ehez les Curetés (2). Revêtus d'une robe courte,serrée par une ceinture, les jambes prises dans de longues bottines , un carquois plein de flèches sur Tépaule , un arc dans la main , une épée au côté , on les voyait s'élancer en trois mesures, tantôt seuls, tantôt deux à deux, se poursuivant, se rejoignant, se formant en cercle et accompagnant la cadence de leurs jpas du choc de leurs épées contre leurs boucliers.
Longtemps les Sphakiotes échappèrent au carach , contribution imposée par les Turcs au reste de 111e ; mais vers 1770 les musulmans semèrent parmi eux la division, et les attaquèrent sous prétexte qu ils voulaient livrer l'tle aux Russes. Comme touioiurs, ils eussent ^té inexpugnables dans leurs montagnes,
{i) Dapper, Deseript, des Iles de VArchipel, p. iièj 434, 455.
(a) Savary, Lettres sur la Grèce, p. Sog.
si, pendant que les hommes combattaient courageus'ement, les jeunes gens, séduits parles présents de leurs ennemis, ne les eussent eux-mêmes introduits par des sentiers détournés sur les sommets de leurs montagnes; des villages furent détruits, beaucoup d'habitants massacrés. Les femmes et les en&nts, emmenés en captivité, furent vendus comme esclaves dans les différentes parties de l'empire turc.
État général de l'Île sous les TURCS. — Les Turcs ont introdu^ avec eux dans les pays dont ils se sont successivement emparés le désordre, l'ar* bitraire et les vexations de toute nature. Les Candiotes, qui avaient subi impatiemment le joug de Venise, essayèrent à plusieurs reprises d'échapper â la tyrannie turque. Des cruautés impitoyables comprimaient les moindres soulèvements; et la population était livrée sans défense^aux insultes d'une milice insubordonnée, qui parfois n'épargnait pas ses propres chefs. Cest ainsi qu'en 1688 le gouverneur de Ifle, Soul-FiKar-Pacha, fut massacré par les soldats révoltés (1). La plupart du temps le pacha, satisfait de détourner sur une population inoffensive la turbulence de ses troupes, encourageait tous les excès au lieu de les punir. D'ailleurs, comme le gouvernement de Candie était l'un des plus importants et des plus lucratifs de 1 empire, il était confié à des favoris du sultan, qui ne devaient leur élévation qu'à l'intrigue, et qui , pour en tirer le meilleur parti possible, pressuraient les habitants. Parfois un acte* de justice, venu de la Porte, atteignait le coupable quand les exactions étaient trop criantes ; c'est ainsi qu'en 1728 le defterdar de Candie, Osman- Effendi, fut mis à mort pour avoir désorganisé par ses déprédations le service des fermages, et plus encore pour avoir falsifié quatre firmans et contrefait les visas de la chancellerie et jusqu'au chiffre du sultan: (2). Mais un châtiment isolé ne remédfait pas à la misère des populations; et alors même qu'un des premiers fonctionnaires était puni , la tyrannie individuelle des musulmans
(x) De Hammer, Hist, de VEmp, Ottoman, t. XII, p. a57.
(a) Hammer, t XIY, p. 209.
L'UNIVERS
sur les chrétiens était sans bornes. Si un Turc désirait la fille d*un Grec, il épiait le moment de la surprendre hors de la maison paternelle, et remmenait de force sans que la famille eût aucun recours sur le ravisseur. Au commencement de ce siècle , l'amiral Parsevai- Deschénes, reçu à La Canée dans une famille juive , apprit que , par crainte des Turcs, les femmes n'étaient pas sorties de la maison depuis dix-huit ans.
Vers 1780 il était encore interdit aux Grecs, à Texception de Tarchevéaue, d'entrer à cheval dans les villes. L'éveque de La Canée brava un jour cette prescription; les janissaires qui gardaient la porte par laquelle il entra se crurent msultes : ils ameutèrent la soldatesque , racontèrent leur affront , et résolurent de brûler Tévéque avec tous les prêtres. Déjà ils passaiei^ à Texécution de ce dessein, quand le pacha intervint, et calma les janissaires par la publication d'un firman qui interdisait a tout Grec, de quelque état qu*il fût, de coucher dans (es murs de La Canée. La défense fut rigoureusement observée. Tous les soirs les malheureux sortaient par la porte de Retimo, et allaient chercher un asile dans la campagne; ceux qui ne pouvaient pas louer une chambre n avaient d'autre refuge que la terre ou le creux des rochers. Les femmes seules restèrent dans la ville; les Turcs voulurent bien faire cette exception en leur faveur (1). Sous tant d'oppression , la culture fut abandonnée, le commerce cessa, partout la misère succéda à l'opulence ; les populations s'avilirent; la lèpre fît des victimes nombreuses parmi les Grecs pauvres des plaines, réduits par le délaissement du sol à se nourrir d olives , de poisson salé et de fromage; puis la destruction des lazarets établis par les Vénitiens
Sour faire quarantaine permit à la peste e s'introduire, et ce fléau, favorise par le climat tempéré de l'île, parcourait les provinces et y exerçait quelquefois ses ravages pendant dix-huit mois de suite.
GOUYE&IVSMENT TUBG ET ADIIINIS-
TBÀTiON EBUGiEDSB. — Lesultau établit en Crète trois pachas; à Candie, à La Canée, et à Retimo. Le oremier, à trois queues, était une sorte de vice-roi, su-
(x) Savapy, Ultres sur la Grèce, p. i6a. (i) Sanoy, M,p.33x-337.
périeor aux deux autres; il ifutliii»
tion des forts et des aisenaai, rant aux emplois militaires, et iitàçà)^ beys chargés ducouYerDenKiitéBfr verses places de nie. Aa-tans te beys il y avait ud châtelaio et trois d ders généraux, pour l'artillerie, la a- Valérie et les janissaires. Dansleond du pacha entraient an kyaîa, ninstR
{|[énéral des affaires et des pi», k anissaire-aga , colonel géDéral datni pes , chargé princi paiement de b pis, deux topi-bachi (commaDdantsaifti' lerie), un defterdar, trésorier gôW, un garde du trésor impérijU lei p»' miers officiers de Tarmée. U ptm du sérasquier-pacba étaitibNiaitf«s décisions prises dans eeeoMilou>' taire ne comportaient pas d'appi "»
gens de loi étaient le muphti,»»
prômc de la religiOB, elleûdi :lej»
mier interprétait les lois qw Wgw»
le partage des biens eûtit les «■'*« les successions, les mariages» «IP'J nonçait sur tout ce qui wiia^f'J* musulman ; le cadi recerait les««J- Uons , les plaintes , les donations « particuliers et jugeait les ^^^ gouvernements de La CaDéect*B«J étaient constitués sur le nwddedetfi de Candie. En 1786 les ^^^jl ques de ces trois P'a^^*T!ÏL environ quinze mille horBis:J!*PJ| la tion musulmane de 111e «»J f" près de deux cent mille âmes; »^«J dont le nombre diminuail^*r née dans une proportion ^^^JJJ^
n'étaient plus que cent o^T^uî^ Dans les temps de sa prosrc" ^ avait compté plus d'un nMiiK»«^ cent mille habitants (l).Sur tecfl«»
quante mille Grecs, soiMnte^nfrj payaient le carach. Les «"P'^ sur les chrétiens étaient de de© w^ un septième du produit de tofl»^^ et le carach, ou capitation, p^ Jv.
chrétiens mâles au-dessus de se» ■"• cet impôt était de cinq ^^^Z médms (dix-sept francs ennroD>^ pôt foncier pouvait se payer t^^ soit avec du blé,dulinoadtt»j; Parmi les produits vainsin^'»^ y^ était imposée d'un médjn io»^jj gouvernement ecclésiastique oc ^
ILE DE CRETE
Ml^
était ainsi constitaé : le patriarche de Ganstantinople nommait rarchevéqiie; cdui-d désignait lesévéqoes, et cesder* niers les curés des paroisses. L'arche- Téqae, outre les revenus de son dioc^, recevait tous les ans une somme des évéques, qui, pour acquitter le tribut de leur métropolitain au grand-seigneur, imposaient les maisons chrétiennes de cinq médins. Les revenus des évéques consistaient en contributions volontaires, plus une mesure de froment^ de vin et d huile; un droit était aussi prélevé sur chaque mariage. Si une chrétienne épousait un Turc, elle était exclue de la communion jusqu'à sa mort, et pour obtenir le viatique elle devait renoncer à son mari. La multiplicité des impôts reli^eux et de ceux que les Turcs avaient établis fit que, pour en être exempts, un grand nombre de chrétiens renoncèrent a leur religion ; cent vinfft ans après la conquête musulmane Te nombre des renégats était considérable (1).
ÉTAT DE LÀ CBÈTS. GuEBBE DE
l'indépendance. Commencements DE l'insubregtion. — Lcs misères de la population Cretoise semblent avoir redoublé dans le commencement du dix-neuvième siècle; l'oppression des aças était à son conoble. Les Turcs candiotes avaient dans tout l'empire un renom de férocité qui n'était que trop fondé. Malgré tant de misère et d'opprobres, les Candiotes ne participèrent pas dès le principe à l'insurrection grecque; l'excès même de leurs maux les avait plongés dans une sorte d'apathie, gu'ils ne commencèrent à secouer qu'en juin 1821 (2). Ce mois avait été signalé par le massacre d'une foule de chrétiens, surtout dans la partie septentrionale de l'île; plusieurs ecclésiastiques avaient été pendus , les églises avaient été profanées. Le 24 juin un massacre presque général des Grecs eut lieu à La Canée, et les barbares se crurent assez forts pour exiger que dans tout le midi de l'tle les peuplades rendissent les armes. Mais le
(i)Pococke, Descript. de f Orient, t. IV, p. 3i3, 317.
(a) Pouqueville, Régénér, de la Grèce ^ a^ édtt. U m, p. 36; Ha/Fençl , JSTû/. compl. des Éfe'n, de ia Grèce» t. I, p. 334-342.
midi était cette partie montagneuse ave nous avons déjà vue habitée par les Sphakiotes ; depuis 1770 ils étaient tributaires de la Porte , mais jamais ils ne s'étaient reconnus sujets; et surtout ils eussent considéré comme la plua grande honte Tabandon de leurs armes.
Dès une les chefs deSphakkia connurent les desseins des Turcs, ils députèrent vers les Abadiotes leurs voisins, descendants des Sarrasins dès le neuvième siècle, qui consentirent à s'unir à eux contre les Turcs. Alors les deux tribus alliées descendirent dans la plaine, au nombre de neuf cents soldats. A cette nouvelle, les musulmans marchèrent à leur rencontre; ils furent battus et obli* gés de se renfermer dans La Canée (3 juillet 1821).
Aussitôt que l'insurrection de Sphakia fut connue,i11eentièrearbora l'étendard de la croix, et courut aux armes. Un Cretois de noble famille, ^ui avait feint d'embrasser le mahoméiisme, Kourmoulis, se met à la tête des insurgés de Retimo : partout les' Turcs sont battus en rase campagne et contraints de s'enfermer dans les places fortes; l'insurrection semblait oontagieuse , les vallées de Mirbel , de Messaria , les villages riverains de la rivière Platania s'étaient soulevés (1). Moins d'un noois après les premiers troubles, les Grecs étaient maîtres de Tlle presdue entière et les pachas étaient bloqués aans Candie , La Canée et Retimo. Ces résultats étaient dus en partie à l'activité et au courage du jeune Cretois Antoine Mélidone.
A la nouvelle du soulèvement de Candie, il était accouru d'Asie Mineure à la tête de tous les Candiotes qui s'y trouvaient dispersés. Enhardi par les premiers succès de l'insurrection, il conçut le projet de traverser la partie septentrionale de la Crète encore gardée par les musulmans, de la soulever, et là, comme dans le midi , d'enfermev les ennemis dans les forteresses. Le villa^ de Monie fut sa première conquête, puis la place d'Armyros , où il prit douze canons; Bryssina tomba encore en son pouvoir. A Rethemna il massacre le Tur& Getimalis, l'un des brigands les plus fé> roces et des plus redoutés de la contrée;
(x) Pouqaefille, Id,, p. 37*43.
LUmVERS.
deux armées ottomanes sont taillées en pièces à Janacari et à Mérone; une troisième perd toute son artillerie et ses bagages a ThrooocHsâdi. A Phourphoura, Mélidone est surpris et enveloppé subitement par l'armée du pacha de MegalocAstron. En qoelaues instants il rançe ses soldats en bataille, et commence le premier la charge; le pistolet dans une main, le sabre dans Tautre, il court en avant, se tient au milieu du feu , jette
Kr son intrépidité la confusion parmi ( ennemis , les enfonce et les poursuit jusque dans Megalocastron. Le lendemain un détachement turc qui avait osé sortir est massacré presque entièrement, et deux jours après cette victoire est suivie d'une autre. Le pacha, plein d'admiration pour tant de valeur et de succès, sollicite ae Mélidone la permission de le voir. « Dans quelques jours, répond le Cretois, tu seras prisonnier dans ma tente, et tu auras le loisir de me contempler. » Ce ne fut pas une vaine bravade : le pacha devint captif des Grecs.
La renommée des exploits de Mélidone s'était répandue par toute l'île ; il était l'idole des populations, et son en^ trée dans les villages était chaque jour un triomphe. Tant d'honneurs excitèrent l'envie de Rhoussos, chef des Sphakiotes. Rhoussos voulut se défaire de Mélidone, et lui fît savoir qu'un corps de troupes ennemies était campé dans le bourg d'Abadia, à deux lieues de Phour-
Eboura. Il comptait sur la témérité du éros Cretois et sur le nombre des ennemis, beaucoup plus considérable (|u'il ne l'avait fait dire. Mais Mélidone prit si bien ses mesures que , à la tête de trois cents hommes, il égorgea presque tout le détachement ennemi, et revint au camp avec trente charges de biscuit et douze tonneaux de poudre. L'animosité de Rhoussos ne fitgue s'accroître; il convia son adversaire à un festin : celui-ci accepta sans défiance ; insulté par le chef Spnakiote, accusé d'ambition et de sourdes menées, il se justifia en quelques paroles , pleines de noblesse, adressées aux soldats , et se retira accompagné des acclamations des Sphakiotes mêmes, qui lui promettaient avec serment de combattre et de mourir pour lui. La fureur de Rhoussos, abandonné des siens,
ne oonnut plus de bornes; il fé^ de vouloir une réconciliation, et^ danfstrevue, fendit la tête à Mâidooe-U héros mourut au niilien ées ^énoèments et des regrets des soldats ei et toute la population Cretoise qui espénÉ en lui un libérateur (1).
SUCCBS ET BETEK8 DBS GeECS El
Cbbtb. Aphbndalix>s et TOMBASa.
— - Cette mort ieta la constematioa parai les Cretois. Rhoossos , d'une intrépidié sauvage dans les combats, était htofakk de remplacer on tel chef; les moatà^ toujours bloqués dans les villes ktteL pouvaient être secoiiras et repfepdre Tavantage si on ne pressait les opérations militaires. Les Cretois recoarareot au gouvernement général poor avoir un chef. Un homme qui aval r^éa quelques services à l'indép^aKe grecque, Michel Comnène ApheoMlos, lut envoyé de Morée. Ce noofen général déplut par son ^toiear Htorme. Il forma une junte , publia m code militaire, une formule de senoeit, et adressa au peuple des prodaraatioBs; mais il ne sut prendre aucune memn effîcace, et laissa^respirer les eimciDiL Plein d'idées ambitieuses, ei rattacbast sa famille à la dynastie des ComoèDer, il se regardait comme le viceroi de li Crète , parlant de prélever à soa profit les impôts qu'avant rinsarreetioii tes musulmans avaient établis sur rie , et de réclamer le tribut des Sphakiolei.
Fatigués de ce chef, ceux-ci rédaaèceâ son rappel; et pour le remplacer deausdérent un oÔicier français de distô»* tion, Baleste, qui vint aoeorapagaé de
(plusieurs Philhellènes. Dès son anivée, e capitaine Baieste, apprenant que la Turcs équipaient à Alexandrie une flotte destinée à agir en Crète , pressa le sié^ de La Canée, battit le pacha de RéâsM et le força à s'enfermer dans la vâle. Le 27 avril 1832, il battît les Turcs sor terre et sur mer; après les af&oix désastres de Chio, il envoya un de ses officiers dans cette île recueillir ceux éa habitants qui avaient échappé au os* sacre général. Au milieu de mai, b flotte égyptienne dont la Cr^ avatéié longtemps menacée débarqua dtass
. (i) Alex. Soutzo, BUt, de la Révolu Gn> que, p. 143-1 57.
ILB DE CRÈTE.
mille Turcs dans Itle. Le capitaine français réunit toutes les forces des Grecs» et marcha à la rencontre des ennemis.
Il al lait remporter une victoire complète, lorsque Comnène Aphendallos prit la fuite, entraînant l'armée, déjà maîtresse du champ de bataille. Baleste périt , en cherdiant à rallier ses soldats (1).
Après sa mort tout alla mal : on lui donna pour successeur un Spartiate, qui n'avait ni ses talents ni son courage désintéressé. Uu détachement de la flotte égyptienne ravitailla Rétimo; la place, jusque alors pressée vivement, fut dégagée, la garnison Gt des sorties heureuses, et tous les Turcs musulmans de l'île reprirent la campagne. Libre de ce côté, le chef égyptien, Ismael, marcha contre l'armée grecque qui assiégeait Candie. Pris à Timproviste, Mano, son chef, fit une vigoureuse résistance ; mais il fiit forcé de battre en retraite, laissant deux mille hommes sur le terrain (2). Heureusement pour les Grecs deCanaie, l'habile Ismael fut rappelé. Les Turcs, livrés à eux-mêmes, ne suivirent passes derniers conseils ; ils abandonnèrent le plat pays, et rentrèrent dans les places fortes. Les Grecs reprirent Foffensive; Mano redescendit des montagnes avec une nouvelle armée , et reoommen^ le si4ge de Rétimo. Candie fut bloquée : les Sphakiotes n'osèrent pas assiéger cette ville, réputée imprenable, mais ils tentèrent de la réduire par la famine. En même temps, des navires de Casos, rocher voisin de Candie, et dont les marins s'étaient rendus redoutables, croisaient devant la place pour en interdire l'accès aux vaisseaux neutres, qui à plusieurs reprises avaient secouru les Turcs contre les Grecs, et pour signaler l'approche des forces musulmanes. Dans tes premiers jours d'octobre, les affaires des chrétiens étaient entièrement rétablies; leurs armées étaient maîtresses de l'île , Candie, Rétimo et La Canée étaient bloquées par terre et par mer; si le gouvernement central eut fait un effort et envoyé de l'artillerie et des ingénieurs, rtle entière était acquise à la cause hel-
(i) Pouque^ille, Régénérât, delà Grèce, t. m, p. ago, Six.
(a) RafTenel» Dern, Éfén, de La Grèce, X. Ù, p. 145-149.
lénique (1). Mais le lâche Aphendallos, dont la fuite avait compromis une fois les armes grecques et fait périr Baleste, commandait encore. 11 semblait s'appliquer à ralentir les opérations de la ffuerre , et des indices presque certains donnaient à penser qu'il était vendu aux musulmans. Pour la troisième fois les Grecs demandèrent son remplacement ; le gouvernement céda, et donna aux Cretois pour les commander, avec le titre d'barmoste, Tombasis, d'Hydra, frère du navarque, brave et dévoué comme lui.
Son arrivée releva les affaires.; au mois de février 1823, La Canée entra en accommodement, et cette importante forteresse eût capitulé sans l'apparition d'une flotte Ottomane, qui rendit l'espérance aux assiégés (2). Alors tout déclina ; les Sphakiotes retournèrent dans leurs villages , pour la récolte des olives ; le siège de La Canée fut abandonné. Cependant une escadre égyptienne se rendant à Constantinople avait toudié à Casos (3), massacré les habitants de cette île, ruiné ses villages, et se dirigeait sur la Crète. Les vaisseaux entrèrent dans la rade de Candie à l'insu des chrétiens , débarquèrent six mille hommes, auxquels se joignirent les garnisons de Rétimo et de. La Canée Cette troupe s'avança dans les montagnes, surprit trente-six villages , massacra femmes et enfants, brûla tout, et reprit le chemin de ses vaisseaux après avoir fait périr près de vingt mille cnrétiens. Huit c«nts soldats sphakiotes, trop faibles pour réaster à l'invasion , avaient cherché un refuge dans la vaste grotte de Stomarambelios. Les Turcs, ne pouvant les y forcer , amassèrent à l'entrée des matières combustibles , et les asphyxièrent avec toute la population de
f plusieurs villages ; jamais Candie depuis 'insurrection, n'avait essuyé de telles pertes. Tombasis, instruit trop tard de la descente des ennemis, et désespérant de rallier les Sphakiotes, découragés , prit avec lui les soldats péloponnésiens, et à la tête de cette faible troupe courut aux Turcs, surprit un de leurs détachements, et le détruisit
(i) Raffcnel, t. H, p. 254-a56.
(2) Ibid.y p. 334 , Pouqiieville ; t. IV, p. 191.
(3} Voyez plus haut , p. 199.
LUinVERS.
Ce succès rendit le coorage aui efarétiens; la population entière descendit des montagnes, assaillit les Turcs dans leur marche rétrograde sur Rétimo, et leur tua sept mille nommes. Mais ce désastre des barbares ne réparait pas les Krtes considérables des Grecs. Tomsis eut recours au gouvernement cenp tral, qui lui expédia trois mille hommes : avec ce renfort il put reprendre les sièges de La Canée et de Rétimo (1).
Expéditions tubco-égyptibnnbs BN Cràtb. — De son côté, le sultan lança Méhémet-Ali contre la Crète : le pacha d'É^pte fit activement de grands préparatifs contre cette lie, dont la Porte lui avait sans doute promis le
Souvemement (2). Cinquante Bâtiments e transport partirent au commencement de juillet des côtes de Chypre pour jeter dix mille soldats turcs et égyptiens sur les rivages de Candie ; ils étaient escortés par huit frégates et plusieurs briks. Ismael-Gibraltar était chargé du commandement, en attendant le fils du vice-roi, Ibrahim, qui devait en personne présider aux opérations.
Pour la seconde fois,Ismael ravagea Tilot de Casos ; puis il débarqua sur la plage de Rétimo. La longueur de la guerre , raltemative des sucoès et des revers, i'é-
{>uisement des deux partis avaient ralenti es hostilités en Crète; Tarrivée d'Ismaei les ranima. Ce général incorpora dans son armée les troupes qui avaient ffardé Rétimo et La Canée, renouvela les garnisons de ces places , et, à la tête d'environ douze mille hommes, s'avança à la rencontre des Sphakiotes. Ceux-ci cherchèrent une retraite dans leurs montagnes ; Ismael les suivit jusqu'au pied •de rida, s'efforçant de les séduire par des émissaires et de les amener à se soumettre volontairement au vice-roi d'Egypte. Cette conduite artificieuse allait avoir un plein succès. Vainement dans les délibérations du sénat spba* kiote une minorité courageuse luttait contre la transaction avec le chef ennemi; vainement Tombasis, indigné et suppliant, rappelait à ses compagnons leurs engagements envers la Grèce ; les Sphakiotes allaient traiter, lorsque tout
(i) Raffenel, t. ni, p. iS-so.
(a) Ihid.f p. 167.
à coup on apprit que Tamiialll^.
Saktouris, avait, dans dm viMes,
détruit la flotte égyp*»»"»» ^^^^ nait de débarquer dans IHe. Eb ite temps une sédition avait éebiè es l'armée d'Ismael. A cette dwbk »
velle, les négodatioiiscessttLUtîié égyptien tente l'escalade d» m de rida. Partout les Sphakio»,!a inférieurs en nombre, oppoa"tBK& domptable résistance. La lune dm «^ jours, avec un acharnement saDsparei; les ravins étaient inondfe de si«, te militera de cadavres joncl«wilK»j mais sur tous les poinU te wwaniffl gardé l'avantage. Les dcbw* /«^ dîsmael regagnerait afai»»^' bloqué parTi^divisiûD de^,^^ Sfhikie était déUvrée dej^ Quelques jours après ces »^i « nouvelle flotte turque P^.^^
Spada : c'était le ^!«lCi qliiserendaitdelastatijDdel^'
Mételin; Saktouris oounrt^ff^^ tre, di8f>ersa sa flotte, et loi prt*^
vaisseaux (1). r,i«Antf-
suLMAifS. — Apres c«».^Ljia touris,rappeléparsescoDflt^^
Ceux des n?^^>«». ^i«/^ échappée Saktounstr^'^La fuge dans les P9^^^^f^^^ Canée, et fournirent à «Jffl^te
suffisantes pour wPTCsjateiB
contre des ennemis ^^«jifr
succès mêmes, réduîisàj^'^
sources, et tougours lo^Jr^-o**
des ennemis nouveaux. U/»^
ans que la terre n^avj^^^
Les courageux Candiot^wT^ pour vivre, aux produ-^'*;;;^
du sol. Un grand noi^^î;^ étaient morts dans les corno^ ^^ campagnes oonséeativfsj^^
les enfaùts offraient 1^^& misèresans égale, etT(^^,^
vainement q^^^^f ^Ztfitff^ nement central. C'est ^^]^)0l^,
tures qu'Ismael ^^^Z.i^
lités avec des troupes »^^^^?^
tant de désavantages »^^^|fî^J
sistèrent encore, et Toi»^,ïtn^ cequ'on devait attendre de si^
(i) Raffcnd, t m, P- ^'^
ILE DE CRETE
tinne et de son courage. Mais son armée ^ittropfoible; toujours battue, elle se dëcour4;ea, puis se dispersa par les montagnes; &lors il n'y eut plus de guerre : les défenseurs de la liSerté a?aient disparu , les forteresses étaient au pouvoir des musulmans, llle pouvait sembler soumise. Tombasis quitta cette terre, théâtre de sa valeur, où sa présence n'était plus utile; il se rendit à Hydra, puis à Anapbé, où il mourut de la peste ( septembre 1824 )•
Candie devint Farsenal des Égyptiens, et c'est là qu'ils rassemblèrentles troupes destinées à l'invasion du Péloponnèse (1). Parmi les Cretois, un ^and nombre abandonnèrent leur pàtne, et allèrent sur le continent prendre du service dans Tarmée active ; on les retrouve au premier rang dans les combats livrés pendant les années suivantes par le brave Karaîskakis et le colonel Faovier. En 1 825 un bataillon de ces insulaires fu-* dtifo partit deNauplie, sous leeommaniement deManudAntoniadeset de Demetrius Calereis, et fit une tentative sur Candie, dont deux forteresses^ Carabusa et Kyssamos, tombèrent en leur pouvoir (2). Ceux des chrétiens qui étaient demeurés dans rile refusèrent de revenir habiter 1» [>laine ; cachés dans les montagnes , toujours en armes, ils n'attenoaieot qu'un moment favorable pour reprendre ouvertement les hostilités. Mais ce moment, ils l'espérèrent en vain; lorsque les puissances européennes intervinrent dans le démêlé de la Porte Ottomane et de la Grèce, Candie ne fut pas au nombre des îles annexées au nouvel État. Comme Samos, après avoir soutenu aussi courageusement qu'elle la cause de l'indépendance, elle fut sacrifiée et rejetée sous la domination musulmane. Le pacha d'Egypte continua à y exercer son mfluence , et à l'année 1832 un firman de concession remit à Méhémet- Ali tous les droits de la Sublime Porte sur Candie. Ce n'était pas le sort (jue méritaient les chrétiens de l'île, et ils protestèrent par les armes, se soulevant sans cesse et faisant aux musulmans une guerre acharnée.
(i) Raffeoel, t. III, p. a84-a86.
(2) Jucherault de Saint-Denis, Bût, de fEmp, OUom,, i, III, p. a65.
État actuel. — Les soulèvements, soit partiels, soit généraux, furent réprimés avec une rigueur telle , qu'ils furent réduits, au bout de quelques années, à n'être plus que des actes isolés de brigandage. Le rétablissement de la tranouillité en Crète est dû à la fermeté de 1 homme qui la gouverne depuis vingt ans, l'Albanais Mustapha-Pacha, queMéhémet-Ali envoya dans cette îieen 1882.
Doué d'une vive intelligence, à laquelle il joint une grande fermeté de caractère et le don rare chez les musulmans de se faire obéir, le gouverneur a apporté dans le sort des habitants des améliorations réelles, ets'est appliqué à relever l'apiculture. Formé par Méhémet- Ali, il avait appris ce que l'on peut gagner au commerce des Européens; il se conforma en partie à leurs usages, sut prendre un extérieur p(^ et élégant; il sut discipliner la milice turque et lui faire accepter son joug. La vie, l'honneur et la propriété d un Grec ont été mis sous la protection de la loi; et la moindre infraction à cetégard est puniesévèrement.
Les Albanais, cette milice si redoutée dans tout l'empire, a dû quitter en abordant le sol Cretois ses goûts d'insubordination et de pillage; c^est à eux que la police de l'île a été confiée, et ils y emploient assez de zèle et de vigilance pour que le voyageur isol^ puisse parcourir de nuit comme de jour le pays en pleine s^urité. Les chrétiens n'ont pas fait le sacrifice de leur plus chère espérance : ils attendent du temi)S et des circonstances la liberté; mais prévenus par les exemples terribles que Moustapha a déjà faits de l'inutilité d'un soulèvement, et n'ayant plus à craindre les horribles violences qui étalent trop fréquentes avant l'insurrection, ils supportent patiemment le présent. Le gouverneur a affecté à leur égard l'impartialité, et les a placés dans les mêmes conditions que les Turcs pour les actes de la vie civile ; pourtant cette égalité est plus nominale que réelle, et on se tromperait si on pensait, sur la foi d'un calme apparent, que les Grecs et les Turcs ont déposé leurs vieilles haines : les deux races sont aussi ennemies , aussi irréconciliables que par le passé ; mais Moustapha les contient y et c'est là son mérite principal. Sur bien d'autres points son
ONIVERS.
œuvre est iDOomplète; ami ou affectant d'être Tami de la civilisation, il a projeté des améliorations indispensables^ fait tracerdes plans de routes, des constructions de ponts; niais rien n*a été exécuté : partout les ruines que le temps et la guerre ont faites subsistent sur nie, appauvrie et dépeuplée. Des soins tout personnels, des préoccupations de fortune occupent trople gouverneur. Nous avons dit ailleurs que les ponts et les chemins datent presque tous de Tépoque vénitienne ; on ne les répare pas , et dans la saison des pluies les communications les plus nécessaires sont suspendues tant que les rivières ne sont pas guéables.
Chaque hiver quelque voyageur périt dans les torrents, et il n*y a guère de routes que celles que le pied des nommes ou des animaux a battues à force de les fréquenter. Celles que les Vénitiens ont autrefois construites et pavées sont devenues, faute d'entretien, plus impraticables encore que les autres, et aux abords des trois grandes villes, là où Taffluence des voyageurs est plus grande, elles sont devenues des cloaques et des fondrières.
Population. Ressoubgbs. Indu8- TBiB. — Autant qu'il est permis de fixer le chiffre de la population dans un pays dont la statistique n'a pas été faite depuis de très-longues années, on peut évaluer que de cent mille âmes, où elle était descendue, elle est remontée par accroissement naturel et par suite du retour des émigrés à environ cent soixante mille, dont quarante mille musulmans.
De ces habitants, les sept huitièmes sont adonnés exclusivement aux travaux d'agriculture. Les produits annuels de la terre s'élèvent à une valeur de 18 millions de francs ; l'impôt foncier, qui est le dixième des produits, rapporte 1 ,450,000 francs. La partie montagneuse de Ptle, qui occupe à peu près un tiers de son étendue, est en grande partie déserte, et des deux autres tiers un seul est cultivé, faute de bras. Rien n'est d'un plus triste aspect, lorsqu'on parcourt ces campagnes, que les fermes désolées et les maisons des villages en ruines. Il n'est pas rare de traverser des bourgs qui comptaient trois ou quatre cents habitations, sur lesquelles une trentaine seulement sont restées debout.
Dans le rayon même des grandes viileSi
deLaCanée par exemple, il enènilages qui, comme ao Kodeman k li guerre, ne sont qu'an mooeenétiécombres . Il en sera loiieteoipina.v la Crète, autrefois si florissante, i|)i d'habitations que d'habitaots. Le p de commerce etd'industnequi,iTeef}
griculture, fournit aax besoioéfib itants passe entièremeot par kiB»
des chràiens ; de là une àiaàm»
cessai re et un appauTrissenxnt coê dérable pour la race torque. DusTé tat où se trouvait l'ile anot ia^ de l'indépendance, il sofllsaitd'étitii snlman pour mettre en léprtKii la biens, lafortuneet méa^hw^^ aujourd'hui il n'en est (teilenwM le raya exige un salaire eiéAiijf oo labeur qu'on luideinandc;«f«|o*^ sa personne sont inviolablei.UoB»' man, qui méprise lesmsa^^f^ mercantiles, voit tous les jouBWiF^ moine décroître ,• et si une foisil «l» gé de recourir aux einprofll$,i« Fune des plaies de la Crète, a nte^ ce qui lui reste. Puis, F ««*J qui contribue à ruiner ks œwitoA la Porte est rentrée àtmV^ années dans la possession de «^ de plusieurs viUagesga'dleawt^ en ûiveur des jamssaires or«^ temps où la guerre de «W^ rendait impossible la 9«^^Z pots, et l'indemnité q^'^f^Si d'équivaloir à ces revenusji;»^ la nchesse d'un grand n^f^l^ les turques. Les Grecs, deteff^ laborieux, économes, asscxin*^
toujours prêts à 9^^^^^^ dans lesquels se troawat M|B«^ Turcs, et désireux surtout d^ propriété du sol qu'ils ootlj^ labouré, ensemencé pour «»^
souvent ils sont obligés P^^'**^ rargentnécessaireàraclMld|Hfl'WJJ
de terre de recourir à ^}}^i^(^ exige vingt pour cent; ^f'J^^k dont la maison et Je ffj^ê
1 aga, qui esi coosuw^o^-'^^^jp»
biens et en argent réunit ô"^ ^ est riche, et dans l'fle «J^i^ compte passixpersonnes^JJjpiirf
250,000 francs. U ^^^Ju^' dix pour cent au pajwfl^'"
ILE DE CRETE
et dans les Tilles le loyer est de huit à dix pour cent du prix d'achat.
Tel est l'état actuel de Ttie de Caudie, que la nature avait destinée à être par sa position géographique et par la richesse de ses productions Tun des plus riches pays du monde. Sa condition, aujourd'hui moins misérable que pendant de longues années , laisse encore beau»
coup à désirer, et l'avenir doit à cette lie la réalisation de bien des promesses, la réparation de bien des calamités.
APPENDICE SUE L'BTAT DE. l'AGBI- CULTUBE ET LES PBODCGTiONS DE
l'Île de g&ète (1).
Desgbiption du Tchifflik ou FEBME candiote. — Le tchifflik, considéré sous le rapport de ses constructions, se divise en trois parties : la première contient les appartements du mattre, qui, lorsqu'il n'a pas sa résidence habituelle sur son domame, s'y rend du moins très-fréquemment. Cette partie ordinairement est composée de deux ou trois chambres seulement, en forme de kiosque élevé; elles sont percées de nombreuses fenêtres sur tous les côtés, et au bas de ces fenêtres , dans Tintérieur, des canapés s'étendent le long du mur pour tous meubles ; une natte couvre le plancher. D'autres fois toutes les commodités dont les maisons turques sont susceptibles y sont réunies , partiamèrement quand la maison renferme le haremlik et le salemlik. Le premier, destiné aux femmes, est absolument séparé du second, que le propriétaire habite et où il reçoit ses amis. A cette partie sont unis des enclos fermés de murailles et plantés d'arbres fruitiers, qui le plus souvent sont des orangers et
(i) Je dois cet inlére&sant chapitre à M. Hitler, ancien consul de France à La Canée, aujourd'hui consul à Dublin. Je ne saurais trop reconnaiU*e la rare complaisance avec laquelle M. Hitier a mis à ma disposition le manuscrit où il a consigné les résultats de ses obserrations sur l'ile de Candie, qu^il a longtemps habitée, et qu*ii a mieux étudiée qu'aucun voyageur ne peut le faire en passant. C'est aussi à set renseignements que je dois presaue tout ce qui précède sur l'état actuel de Vile de Candie.
des citrouniers. La seconde division de la ferme comprend les habitations des hommes de travail , les étables , les réservoirs , les citernes et les fumiers. On trouve quelquefois un second enclos attenant à ces bâtiments. Les familles qui servent dans la ferme en font leur jardin. La troisième partie contient les celliers à huile et à vin, les emplacements pour les pressoirs , les cuves à ùiire le vin, les greniers, les magasins à provisions, etc. Les chambres destinées aux serviteurs sont construites de manière à former un ou deux côtés de la cour principale; elles sont basses, étroites, éclairées par une fenêtre unique» trop petite pour donner un libre accès à 1 air et à la lumière. Quelquefois le sol est d'une ou deux marches plus bas que le pavé de la cour. Le toit enterrasse, formé de poutres mal équar^ ries et recouvertes de roseaux et de branches d'arbres, sur lesquelles on étend une sorte de pisé en terre argileuse, défend mal ces demeures contre les pluies abondantes de l'hiver. Les murailles sont bâties en pierres , cimentées avec de la terre mêlée aux résidus de chaux et de soude des savonniers, et l'air extérieur se fait souvent jour au travers. Telles sont les habitations où vivent dans des espaces de quelques mètres carrés des familles composées de quatre et six individus. Pour meubles ils ont quelaues vases en poterie grossière, destines à la cuisson des aliments, une ou deux mauvaises chaises, des tapis en lambeaux placés sur des planches pour servir de lit, et où chacun se couche tout vêtu et les chaussures aux pieds. Leur nourriture répond à l'aspect misérable qui les entoure : elle se compose d'un pain d'orge mal cuit, de légumes cuits ou crus, d'olives au sel ou à l'huile. Ils ont de l'eau pour boisson. L'usage de la viande leur est à peu près inconnu. 11 faut dire , il est vrai, que cette nourriture est celle de tous les paysans , même des propriétaires aisés, car le Cretois est sonre, sauf le goût qu'il a pour le vin.
Les étables sont plutôt des espèces de hangars. L'on y attache les animaux au retour du travail , devant une auge à peine dégrossie-, souvent même au lieu d'auge on se sert de quelques
LinavERS.
grosses pierres réunies de manière à laisser entre elles un espace vide où Ton
iette la paille et Forge qui doit servir à a nourriture des bestiaux. Les celliers , les magasins ne sont pas mieux entretenus. Tout y est confondu péle-méle , partout règne une dégoûtante malpropreté. Les citernes reçoivent les eaux pluviales, amenées des terrasses par des tupux enterre cuite. Ce sont les mieux alimentées; car quelques-unes ne le sont qu'au moyen d*eaux venues des champs voisins jpar des pentes ménagées. A moins aavoir passé un temps assez long pour déposer la terre qu'elles ont entraînée avec elles , ces eaux sont bourbeuses et troubles. Les citernes sont construites avec un ciment formé de chaux et de brique pilée qui se dé* truit promptement.
L'ensemole entier des constructions a rarement été élevé sur un plan uniforme : elles ont été le plus souvent ajoutées les unes aux autres selon le caprice du mattre et ses besoins. Le plus souvent encore leur étendue n*est proportionnée ni à la valeur de la forme ni à la fortune du mattre, du moins à sa fortune présente, forcé qu'il a été de se défaire successivement, soit d'une vigne, soit d'un champ, soit d'une partie de ses oliviers. Alors elles tombent en riiines, qu'on ne repare pas ; et les hommes et les animanx se réfugient au fur et à mesure dans les parties qui restent habitables. On peut afiBrmerque sur dix formes il oTen est pas deux auxquelles on ne doive appliquer, pour Tensenlble et pour les détails, la description que Ton vient de faire de l'une d'elles.
Les terres dépendantes de ces fermes s'étendent autour de la maison d'habitation, ou n'en sont que peu éloignées : ce sont des champs a céréales, des vignes, et surtout oes terrains plantés en oliviers. Mais comme le plus souvent le choix n'a pas présidé à la réunion de ces différents terrains, et que quand le choix a pu avoir lieu, aucune connaissance agricole ne l'a dirigé , la métairie est rarement formée des éléments nécessaires pour en faire une véritable et utile exploitation rurale ; on n*a tenu aucun compte du rapport que les diverses productions (levaient avoir en-
treelles. Dans un pays ofa dTnriTriMi li terre, foute de soins inteUiaAi, at donne une bonne léoolle ifitmbb sur deux années , on n'a pas m mêler la culture des denrées de è oe que l'abondance de T à l'insuffisance de TautTe. La à proprement parier, n'est àQB(Btl^ même qu'une agrégatkm d'an aoabi
{»lus ou moins grand de efaanipi; n e fermier, avec les moyens do^ti ii> pose, et qui lui pemi^traieat d^ippftquer un peu d'industrie et de soeau à la culture de ses terres, utùàtàmài mieux sur ce point que [ejmnep»priétaire d'un champ isdé.
La plus grande partie de ces Éames ne.sont pas administréesmexpkiiBeips le maître lui-même. U s'y fÀic^Ricater par un délégué noauK todML C'est, comme on le voit, unrestedefsciei)ne habitude des beys. OtL intadat
aui n'a d'autres occupations qae œla e la surveillance, dirige les seniteBS et foit exécuter les travaux ocdooBésps le maître, auquel il vient, à des époqaci rapprochées, rendre compte de sa»tion. Le soubachi n'a pas de salasene:
il prélève la dfme sur tout ce qoi msù au propriétaire. Après lui vient k métayer, l'homme cnargé de la caJtBie de la terre et qui la tient à moitié. Les conditions qui le lîem m profnâaire sont celles-ci : après laRoute,tefiâc ayant prélevé sa part, qui est da. dinème des produits, et le propriétaiiere||Ei& b quantité de semences qu*il a foocues, ie reste est divisé en deux parts, dooiriBe est pour le propriétaire et FanttepoK le métayer. Les frais de caltoB d la gages des domestiques sont à k dâft du propriétaire: le métayer cmaàsé doit fournir les oœu& , et quanti ïiap;
partiennent au proprîétaîre , prend toute la paille de la récotte, partage. L'affermage propranentitet moyennant une somuie d'argeat fff n'est pas connu en Crète.
Les serviteurs employés dans kskmes et en général dans les maiflOBlli^ quessontde deux sortes : des..
de condition libre, qui enmBBt bras moyennant salaire, et ottâi 11 n'y a que les Turcs qui aient ies esclaves. Le prix d'un esdave, enaoycoBe, est de 500 francs. L'intérêt deTaisot
ILE DE CRÈTE
étant de quinze pour cent, et Tnsage ayant consacré qae presque toujours au bout de dix ans , et à de certaines occasions solennelles pour le maître, telles qu'un mariage, un décès dans sa maison^ on donnAt la liberté à FesclaTe, tl résulte que son travail de dix années a coûté de treize à quatorze cents francs ; il faut Y joindre les frais de nourriture et d'haDillement : et Ton peut calculer ainsi que Tesclave revient à 150 francs environ par an. C'est payer cher le travail d'un serviteur généralement peu intelligent.
- Les gages des serviteurs de eondition libre sont de 10 à 15 francs par mois. Le propriétaire ne leur fournit aucune nourriture; seulement ils ont la faculté d'amener leur famille à la ferme, où die loge avec eux. Dans quelques contrées, les serviteurs sont au contraire nourris et vétos par le propriétaire; ils reçoivent dans ce cas 6 à 7 francs par mois en argent. Dans les moments de grands travaux, outre les domestiques engagés à Pannéê, on loue des journaliers, dont la paye est de I f. 25 par jour. A l'époque ae la récolte des olives, on rassemble des femmes en flrand nombre pour en faire la cueillette. Elles sont soumises durant leur travail à la surveillance continuelle d'un homme de la ferme. Leur salaire est payé en nature ; il est ordinairement des deux septièmes de l'huile produite par les olives que chacune a ramassées. La ramasseose se nourrit à ses frais , de
{)lus elle doit nourrir l'ouvrier qui Ifiroye es olives au pressoir pendant le temps qu'il travaille pour elle; mais en retour cehii-ci doit transporter Fhuile qui lui revient à la ville voisine.
A l'exception des serviteurs employés dans les fermes, et sauf les nègres esclaves dans les maisons turques, les petits agriculteurs en Crète n'ont pas de domestiques proprement dits. Ils exploitent leur terre par eux-mêmes et avec l'aide de leur&mille. S'ils sont obligés de s'adjoindre des serviteurs , ce sont plutôt des aides, des coopérateurs, qui sont appelés à partager les travaux et qui en partagent les profits. Ces hommes sont rarement payés en argent ; ils vivent dans un état de parfaite égalité nvec le mattre; leur existence est com-
mune , ils ont les mêmes travaux et les mêmes plaisirs.
Animaux employés au TaAYAiL DBS CHAMPS. — Les auimaux de travail employés en Crète sont le bœuf, l'flne et le mulet, rarement le cheval, dont on se sert cependant quelquefois au pressoir pour tourner la meiûe, ou dans les champs aux prises d'eau , pour tourner la roue des puits* Le labourage s'opère avec des boeufs exclusivement; malgré les services qu'on lui demande, et qu'il rend si largement, le boeuf n'est l'objet d'aucune attention, d'aucun ioin véritable. On n'en élève pas en Crète, ou du moinson n'en élève qu en très-petit nombre ; et faute de pâturages, dont ils auraient besoin sans doute pour grandir et se développer, les individus nés dans 111e même portent dès la première génération des signes évidents d'aâaib&sement et de décroissance. La plupart de ceux dont on se sert en Crète viennent d'Anatolie. La race généralement en est petite, faible; leur nourriture se composedepaillehachée, de blé et d'orge, de lupin , de semences de coton , mais principalement de doerols, aue l'on fait macérer dans l'eau pendant nuit ou dix heures, et qu'on leur donne presque exclusivement pendant la saison des travaux. Les boeufs sont employés à la eharrue par couple. Comme on ne prend pas un souci suffisant de leur appareillage , il en résulte que le plus tort fatigue le plus faible : le travail en souffre et les animaux en pâtissent. On n'en attelle jamais plus de deux à chaque charrue. Ils sont attachés au joug par le col. Le travail commence le matin, et ne cesse qu'au soir. Faute des soins qui leur seraient nécessaires, surtout après le travail, ils sont sans vigueur à l'ouvrage, et s'épuisent vite.
L'âne ft le mulet servent aux transports. On fait porter à l'âne ce qui est nécessaire au travail des champs. On charge sur lui les petites provisions achetées à la ville; on l'emploie même au labour des terres légères. Le mulet porte les fardeaux plus lourds, tels que les produits agricoles, des champs d'à* bord à la ferme et ensuite de la ferme à la ville. 11 sert surtout de monture pour les voyages. L'âne et le mulet sont très-nombreux en Crète.
LTIWIVERS.
iNSTBUMBIfTS D'AOBICULTCRB. —
Les Cretois emploient un assez grand nombre d*instruments dans leur culture; il est facile de croire qu'ils sont tous informes et grossiers. On va dire le nom et autant que possible décrire la forme particulière de ces instruments ainsi aue Tusage que l'on en fait.
VaUetri, ladiarmejeplus important des instruments de Tagnculture^ est d*une simplicité remarquable : c*est un araire en bois à deux oreilles sans versoir, sans contre et sans roues; elle porte un soc étroit en forme de lance , dont non-seulement les pointes et les côtés sont tranchants , mais qui de plus a un sommet élevé et coupant : elle n'a qu'un seul mancheron, ce qui rend sa direction difficile; le timon en est suspendu au joug au moyen de deux anneaux de ter mobiles ou d'une lanière en cuir. Ce joug sans régulateur est une simple pièce de bois , qui repose sur le cou des bœufs en avant du garot. U y est ûxé par des chevilles passées de manière à emboîter 4e coude l'animal, et attachées sous la gorge au moyen d'une baguette pliante, qui se jrecourbe et s'introauit dans les trous des chevilles.
Le vérédri est Taiguillon à l'aide duquel le laboureur conduit ses bœufs; son extrémité inférieure est garnie d'un croc en fer qui sert à débarrasser la charrue de la terre qui y adhère.
Le volossiri , employé fréquemment pour les cultures du printemps, est une planche très-épaisse attachée en travers au joug, au moyen de deux cordes qui
rssent dans deux anneaux en fer ûxés sa surface supérieure. Cette planche remplace la herse et le rouleau ; quand il en fait usage, le laboureur monte dessus.
Le scapeti est une houe, dont la lame, quadrangulaire , est large de quatre à cinq jpouces; elle est montée sur un manche long.
La scaiiaa est une autre sorte de houe, employée principalement dans la culture de la' vigne. Elle a également un manche long, mais elle est d'une forme presque triangulaire.
Le lissico est une bêche triangulaire, à bords arrondis et à angles aigus. Elle est eramanchée.à un manche long, qui porte
à quelques pouces an-dessns du fer ne petite traverse, sur lamelle onafpaif if pied , pour faire péaetrer la Imst 4ibi la terre.
Le manaro scaiida est uneeipèttàe doloire, dont on se sert pourcoaperis racines et briser les mottes. La bm ta, est longue et étroite , avec on Bitfieai de l'autre côté.
Jjesdnari sert aux mêmes os^; i est de la même forme, avec des ^aet sions plus petites.
Le trava cUuUtheros n*est aotie ^ la serpette, à lame forte et l^gèreaKsti^ courbée à sa pointe ; elle sert à coopte bois et les broussailles épiaen^s.
Le volossiri à pierres est aaepimtbe épaisse, arrondie à Tune de sa exlréaiités, par laqueileelle est MtKJbéunjoig, moyennant une corde qui pisse {« sa anneau en fer. La surface de aile fb»che est sillonnée d'entaiUes qù traversent son épaisseur, et dans iesguelles oi introduit des silex ( pterrres à kq ) tia&chants, qui font saillie à la face LofëàoR. Cette planche, sur laquelle moatekceaducteur , traînée par des bœu^ Ion es dépiquage, sert à couper la psdUe^àih ciliter la séparation du grain.
Le voluU est une espèce detaais à pcH percé de trous assez larges, à P^àe esouel on sépare le grain des dêgîs et répi. U tient lieu du van^qui estÛMOoia.
La trinachi est uoe vmnbtt m bois à trois dents, plates par-àesios t^ tnangulaires par-dessous.
Les Cretois ont en outre qiKlqiics iastruments qui ne difièrent des ndties ■
f>ar leur forme ni par l'usage »iqwl m es emploie, tel que la serpe, la baebe, k faucille, les pelles en nois, etc., etc. B t'y a en Crète ni voitures ni diariots; totf les transports se font à dos d'âne m de mulet. Dans l'intérieur des fermes «b ne connaît ni la broute ni rka^j ressemble.
Opébàtions AGnicoLEs. ^ u description particulière et détaillée ds différentes opérations agricoles tsivera sa place quand il sera yicàrn des divers produits de rfle. OndiraiiKS
Suels sont les procédés de coltoe «t 'industrie appliqués à cliacuo #en- Cependant il est certaines opéatnns générales communes, par exesapie,^ b production de toutes les céréaks. EUes
ILE DE CRÊTE
tiennent le premier rang dans ce qui constitue une bonne ou mauvaise agriculture. On ya dire comment elles sont Ï pratiquées en Crète. Les principales sont : e laoourage, l'ensemencement, la récolte, i*emp]oi de Tengrais, et dans un pays chaud les irrigations, les assolements , le sarclage , etc., etc.
Le labourage est sans contredit de toutes les opérations de l'agriculture la plus importante. De sa nature et du bon «mploi des engrais dépend en grande partie la richesse plus ou moins abondante des récoltes ; les conditions d'un bon labourage sont la profondeur à ia-
3uelle la terre est remuée , la rectitude es sillons, qui doivent être d'égale largeur et également espacés entre- eux. T^ laboureur crétois est loin de satisfaire à ces conditions. La'terre n'est ordinal rement remuée que d'une manière superficielle, et quoique la charrue, par sa construction, pût facilement pénétrer à' une profondeur de huit pouces environ, le la - Doureur n'en donne guère plus: de quatre à cinq à ses sillons. Qu'il ait affaire è une terre dure, à une terre franche ou à une terre légère, son procédé ne change pas. Ce n*est que dans la culture du jardinaçe, des melons, des pastèques, par exemple , qui se cultivent en plein champ, qu'il y apporte des soins aifférents. Dans ce cas il passe la charrue jusqu'à six fois et en tous sens , et a chaque fois le traîneau, le w/ossiri, pour iameubler la terre. Le premier labour «st de trois à quatre pouces, mais successivement le ter est allongé jusqu'à porter le dernier labour à une profondeur de huit pouces.
La charrue est tirée par une paire de boeufs que le laboureur dirige sans garçon de charrue ; quelquefois cependant un très-jeune enfant en fait l'ofnce. Les sillons sont très-courts, inégaux et à des distances inégales entre eux, ce qui laisse dans le terrain des places non remuées. A chaque tournée le laboureur débarrasse sa charrue de la terre qui s'y est attachée, et ce travail joint au temps que les tournées prennent lui fait perdre un quart au moins de la journée. L'étendue de terre qu'un laboureur peut préparer en un jour est.: s'il a à rompre une terre dure, d'un sixième d'hectare environ ; une terre franche, un tiers d'hectare; et
38' Livraison, ( Ils ds CBèTS. )
une terre légère, deux tiers d'hectare.
La même charrue, telle qu'elle a été décrite, est employée indistinctement dans les terrains en plaine et dans les terrains en pente.
Les semailles sont faites à îa main, en tirant la semence d'un sac lié à la ceinture. La main suit le mouvement du pied droit. Le blé et les semences de la plupart des céréales sont recouvertes à la charrue; d'autres, plus menues, le sont a la houe.
La récoite de blé , orge, avoine, et en général de toutes ces céréales, se fait à la faucille ; l'usage de la faux est inconnu. Les tiges sont coupées bas, car la paille sert de fourrage et tient lieu de foin, qui n'existe pas. Cependant dans quelques localités les tiges sont coupées par le milieu, et la partie inférieure des éteules abandonnées forme une sorte d'engrais. Généralement la récolte des céréales a lieu quand le ^ain est déjà trop avancé dans sa matunté; d'où il résulte que soit en coupant l'épi , soit en transportant les geroes à l'aire , il se perd oeaucoup de grain.
L'aîre à battre est un espace circulaire de trente à (quarante pieds dediamètre, situé en plein air et légèrement enfoncé en terre. Cette aire est faite d'argile bien manipulée $ la surface est dure et polie; on y répand le blé par couche d*un ou deux pieds, et l'on &rène Fépi en le faisant fouler aux pieds du bétail qui marche circulairement traînant derrière lui le volossiri à pierres. Quand des hommes eux-mêmes ne montent pas sur cette machine à égrener , on la charge de grosses pierres ou de toute autre matière pesante. Le grain ensuite se nettoie en le jetant di un point de l'aire à l'autre avec de larges pelles en bois. On choisit pour cette opération un jour où il fait du vent. Autrement on vanne le grain avec le tamis désigné sous le nom de voluii.
L'emploi de l'engrais est tellement négligé en Crète, qull y a peu de chose a en dire. Quelques produits végétaux et animaux sont les seuls employés à cet usage. Autour des villes on a commencé, et depuis peu de temps seulement^ o profiter des immondices pour en faire des engrais; encore beaucoup de propriétaires, même de ceux dont les champs
VUmVERS.
sont Toisins des villes, ne songeot-ils ps à tirer parti de cette ressource. Plus loin dans rintérieur des terres on poiuTrait dire aue le fumier est inconno.
Celui que l'on recueille, mal préparé, et auquel on n*a pas laissé le temps de se former et d^entrer en état de décomposition, est jeté sur la terre sans soin et en trop petite quantité pour produire d'utiles effets. L'usage n'est pas de former dans les étabTes et les écuries une litière pour les animaux avec de la paille étalée sous leurs pieds. Ils se couchent sur leurs excréments desséchés et pulvérisés, et Ton se trouve ainsi privé de la source abondante dont nos cultivateurs tirent la plus grande partie de leur fumier ; mais il existe en Crète, dans diverses parties de Tile, des produits minéraux, fluviatiles, marins, qui seraient facilement réunis. Us restent ahan* donnés, tant^ur ce point, réputé essentiel pour toute bonne agriculture, la routine a conduit à une insouciance profonde.
Siuelquefois cependant comme moyen 'engrais on brûle les éteulesdes cham ps moissonnés très-haut, des branchages, des boussailles, de petits arbuAes dans les lieux ou ils croissent abondamment. Les terres fécondées par ces cendres produisent pendant trois ou quatre années,après quoi elles sont mises en jachère , et attendent que les arbustes aient repoussé pour que Ton y mette de nouveau le feu. On verra que Ton fait également usage pour fumer quelques arbres du marc des olives. Cet engrais serait excellent ; il abonde en Crète, et il est déplorable que Ton ne sache pas en tirer un meilleur parti.
L'esLtirpement des mauvaises herbes et le nettoiement du sol sont de même l'objet de très-peu desoins. Le premier se Êiit cependant en coupant les plantes nuisibles avec la faucille ou en les arrachant à la main , et le second en sarclant et donnant des façons à la houe.
Les fèves, les blessent noués une ou deux fois. Le lupin n'est pas sarclé; mais le sésame, le tabac , le coton sont sarclés et boues. La herse étant inconnue , elle n'est pas employée à ces opérations. Aussi dans les lieux où les bras sont peu nombreux, et presque partout ils font défaut en Crète, le sarclage n*a pas iieii. Le chardon et la nielle crois-
sent abondamment , cette de» ae point d'entrer quelqurîMspoïKBkitièmedanslegrâin.
La jachère est pratimiée a Cnst comme on l'a vu et roreémoUpati^ car la terre que l'engrais neieaiQvt^ pas s'appauvrit promptement U j^ chère toutefois n'est pas Rgi6eR;9 quoique l'on ne sache pas am ■ système d'assolement inldligeat et éd»
ré , on n'en a pas moins apuis pii»
sorte d'expérience à chaoeer les aiiiK& de nuanière à faire prodoiK a^ biI ^ plus longtemps possible. Aiai le ^ succède à Forge, celle^iàfawâ,* la routiou a lieu jusqu'à ce racfc »• rain, entièrement épuisé,» «wpp
que deux fois la semence. Al» « f'* bandonne pendant une a^^^Bom, et on le remet en culture es resseooçant de coton et de sésamt^P mière culture, bienquepenproM**»
très-utUe au sol, qui estparfainŒj visé, et qui, dans cette coiKiitt«.T tout Tété la fécondante ïmm »
rayons du soleil. ^. ^
Quand le cultivateur metsoi ww^ jachère. U lui donne un Vi^J^ en octobre ou novembre, pas «r
temps un second en tra«ffs< Quand la jaclière <ln»^2^ recommence la même ^FrLjjg mêmes époques, et la WJJ* !tjj ainsi parfeiteroent w«<»T!^© moment des semaUles, oii«K"r
dernier travaU. ^^
Dans les pays chauds »"^^ principalement où les P'i^* ^ tomber au commenceineniû«F^ pour ne reparaître ^JJ^'^fi-ipMBS ainsi que cela estenCrète,»»^^ sont un des éléments ''«^Ki tjf toute bonne agriculture, i^ j^ autrefois fort soignées en^i^^^ restes de travaux hydrauu^^^i^ retrouve dans toutes ^J^^g^^ en sont le témoignage, m^ ^ ^ le défont d'entretien ont f^<i canaux à ciel ouvert se ^^ que les conduits en ^^W^rtie tombés en ruines, ^."--mî qu'aux environs d«s n»'» '•^oiî songé à les maintenir «"r^j^faNti^ y éUit contraint par la necesv^,^
de l'eau pour les ^fj^soff^ des habitants ; U en f*ï '«^
ILE DE CRÊTE
pour Farrosage des jardinB qui se trou* vent près de ces Tilies, et dont la population de File tire à peu près tout ce nu*elle consommeen firults et en légumes. Partout ailleurs Teau fait souvent défaut, non pas seulement aux besmns de Tagrioulture, mais encore à oeui des hommes et surtout à ceux des bestiaux.
Cependant la nature avait sinon aboin iamment, du moins sufikamment pour»
vu la Crète de rivières et de sources; mais le complet débo»ement des mon* tagnes a desséché les rivières qui en des* sendalent, et dans les lieux bas les eaux des sources se perdent, par suite de la > iestruction des réservoirs et des canaux lul étaient destinés à les recevoir. Quant lux courants, soit naturels soit artiûsiels, quicontiouentà subsister, voici les lois qui en règlent l'usage et la distribution.
Les rivières sont abandonnées à la liscrétion de qui veut s'en servir, soit sn y élevant des moulins, soit en y pratiquant des canaux de dérivation.
L'autorité n'y met empêchement d'aunme sorte, et ne rédame aucun droit à ûtre de propriétaire public. Chacun seulement demeure responsable des dommages qu'il peut causer à ses voisins.
£b jouissance des eaux des sources, léunies ordinairement dans un réservoir sommun, près du lieu^où elles prennent laissance et dirigées ensuite dans des Banaux de distribution, est au contraire me propriété privée, à laquelle nul, excepte les ayant<lroît, ne peut prétendre, las phis qu'au champ ou à tout autre )îen qui ne lui appartient pas. Les ionstnictions élevées pour la conservaion et la distribution de ces eaux enre les propriétaires remontent , à ce pi'il (Niraît , à des temps très<anciens ; m croit dans le pays qu elles sont antéieures à l'arrivée des Vénitiens dans 'île. Les règlements d'administration et e mode de partage des eaux entre les iverains , s'il faut en croire l'opinion mblique, dateraient également de cette iDoque reculée. Les travaux, outre le éservoir, se composent d'un canal prinapal, qui sert de lit à cette rivière artifi- Âelle, et d'un nombre plus ou moins K)nsidérable d'autres canaux, plus peits, qui des champs voisins aboutissent mr ses deux rives, et qui sont les canaux
d'irriffation proprement dits. Une pierre mobile, faisant office de Tanne , mtercepte leur communication avec le canal"^ pincipal au point où ils viennent les join(ke ; les uns et les autres sont cons» traits en pierres cimentées avec de lapouzzolane. La dimension des canaux en largeur et profondeur , celle surtout des canaux d'irrigation, est invariable-ment fixée pour chacun d'eux. On corn»prend que les titres sur lesquels elle a pu être établie originairement n'existent plus; mais la notoriété publique l'a consacrée^ et les co-partageants ne soupiraient pas qu'on v dérogeât. Le volume* d'eau qui court dans le canal principal n'étant jamais très-considérable, et lescanaux d'irrigation étant ordinairement fort nombreux , on a divisé je droit de prise non pas en tant d'heures par jour, mais en tant.d'heures par semaine. Ce droit se nomme massmtrd. Un canal latéral peut avoir droit à une ou plu* sieurs nuxêsourâs. Quand l'heure de la massowrà arrive pour un canal , soiv
{propriétaire lève la pierre mobile qui e sépare du canal principal dont il a eu le soin de barrer les eaux un peu audessous, et il les reçoit pendant le temps^ auquel il a droit; ce temps passé et l'heure d'une autre massourà étant venue , c'est à celui à qui elle appartient de veiller à débruire le barrage élevé audessus de lui , à fermer le canal du propriétaire supérieur et à ouvrir le sien. Les canaux de dérivation desser* vent souvent dans leur cours d'autres rigoles, qui prennent leurs eaux de la même manière que l'on vient de dire que ces canaux fa prenaient de la brancne principale.
Les travaux de réparation à faire au réservoir commun sont à la charge de tous ceux qui participent aux eaux ^ chacun en proportion de ses massouràs.
Si le canal principal se dégrade, les.
frais de réparation pèsent sur les pro» priétaires des canaux de dérivation placés au-dessus du point endommagé. Les^ infractions aux règlements sur les prises d'eau sont punies de cinq à six jours de prison.
Dbs Pboductions db lIlb db Cbbtb. — Le climat de la Crète est régulier, sec, pur et diaud. En été la.
chaleur dans les plaines s'y élève à un^
LTFIIIVERS.
degré considénbte. Le thermomètre y monte à 40 et 45 degrés centigrades au soleil , 80 à 83 à l\>mbre, et œs chaleurs pendant piosiears mois ne sont jamais i^oucies parjes pluies. Le cid durant tout ce temps reste sans nuages et constamment d'un bleu d'azur. Les nuits alors sont admirables; ce sont de vraies Doits de rOrient , calmes, blanches et transparentes ; elles amènent ordinairement d'abondantes rosées. En hiver, ^est-à-dire du mois de novembre à la fin du mois de février , les |)luies sont fréquentes, souvent torrentiellea pendant plusieurs jours. Mais dans cette saison même le ciel reprend souvent aa sérénité, et il n'est pas rare au'il la garde quinze à ving[t jours consecutifis, surtout au mois de janvier. Au mois de février, quand le soleil se dégage des nuages, il est déjà chaud et incommode. Du reste, le froid n'est jamais rigoureux en Crète ; on pourrait dira nieme qu'il ne s'y fait pas sentir , car la température en moyenne se maintient à 8 degrés au-dessus de zéro ; elle est de 13 et 15 quand les jours sont beaux.
On parle ici de la température telle
Su'elle existe aux bords de la mer et ans les plaines , car en hiver la neige couvre les montagnes. Elle commence à tomber vers la fia d'octobre, et elle séjourne sur les cimes élevées jusque vers la fin d'avril. Certains pics en gardent toute l'année dans leurs anfractuosités.
S'uandles vents soufflent de cette partie, s portent au loin un air rafratcni. La ville de La Canée jouit de cet avantage, grâce à sa proximité des montagnes de Spbakia. Elle leur doit aussi d'être mieux abritée que d'autres parties de Ttle contre le khamsin, qui deux ou trois fois chaque année arrive des côtes de la Barbarie V et qui, bien que tempéré par son passage sur la mer, n*en apporte pas moins en Crète une chaleur étouffante.
La surfoce du pays est irrégulière , montueuse; elle a peu de plaines, mais des vallées en grand nomore et trèsriches. Le sol, mêlé presque partout à des débris de roches, est varié ; argileux et schisteux en quelques lieux, mais généralement léger et sablonneux, il repose sur un fond calcaire.
Les productions naturelles et spontanées de ce pays sont : quelques bois
daics-semés de chênes o^rfsetd'iCMS/ ces arbres sont tous rabougris, sas ligueur, et le peu qui en reste tend chaip jour à disparaître; mais on peut croK
Sue sur ce point Hle a beauoonp cfaaaè e ce qu'elle était autrefois; dis a él être tres-boisée dans ses parties imtagneuses, et le tarissement de ses asciennes rivières proTÎeot sans doute de la disparition des forêts : aojoimniia' elle nen a plus une seule; dei «on»
6iers dans les partie Toisinesëe la ner; de très-beaux diénes à f^aUomée,fKéi ée Rétimo : des oUviers sauvaaes ; des pkh tanes, dont l'essence paràtl eut trèfappropriée au sol de l*ÎJe,caroB kstmcontre partout; des pins s pigmxu çà et là, et plus nombreux dans tes froviaccs de l'est; dans les provinnoes extitas àt l'ouest , des châtaigniers ; à la poinH orientale de l'tle, un bois de pauùen.
Quoique les arbres de ce bois ne tenent pas de fruit, Pexistenee d'un boisée palmiers en Crète est en cdUe-mte tres-remarquable. On rencontre en cftc des pahniers isolés sous des diœats fte septentrionaux, mais non des palndco réunis en grand nombre et foraunt a véritable bois ; ceux de Crète sont as»ré,ment les derniers que l'on traove et s'éloignant des régions tropécafos.
Les autres arlnres que la îemprtMt d'elle-même sont le n^/Kerrt k aierîsier des bois; le poirier^ le potswer et le firtmi^ sauvages; mais tous en p^âft quantité. Parmi les arbustes, outre « certain nombre d'arbrisseaux épiien, qu'il est superflu de nommer, il j a k laurier daphné^ le taurier-rase , k myrte, Varbousier, la brw^.la myrits en Crète sont renommés, «Cik méritent de l'être : on cite surtont en
3ui croissent aux environs de La Caêe ans une vaste plaine que l'on noiiBe la vallée des rojrrtes; mais chaque p8^ tie de la Crète en possède. Ils umal des bosquets toufi^ et életés. Oi homme à cheval qui les traverse di^ raît souvent sous leuis branches. U feuille du myrte sert au tannage et àii préparation des peaux pour chattsnnc.
Le /aur^-ro^e atteint de douze à qm»
pieds de hauteur; il pousse dau le ht des torreats et le long de tous les min d'eau, qui en automne ressembk&laÎBâ à de longs rubans de fleurs. Bans qoei-
ILE DE CRÈTE
wr
qaes localités , on met les lauriers-roses en coupes réglées, et leur bois s'emploie à faire du charbon, qui est, il est ?rai, de fort mauvaise qualité. La brtiyére couvre le flanc de certaines collines sur un espace quelquefois de plusieurs milles. Chaque trochée est un épais buisson y haut de dnq à six pieds ; serrées les unes contre les autres, elles deviennent des fourrés impénétrables. Quand , vers la fin du printemps , ces bruyères sont en floraison, on croirait, à une certaine distance , que Ton a sous les yeux une immense nappe de neice. On ne saurait dire quelle sorte d*étonnement et d'admiration l'on éprouve la première fois que ce beau spectacle tombe sous le regard. Le laurier daphné^ trèscommun dans les terrains secs et pierreux, pousse des jets rigoureux et élevés. Il y en a de plus de dix-nuit pieds de hauteur. Les paysans tirent parti de cet arbuste; ils en distillent une huile essentielle fort odorante, dont ils font grand usage pour eux-mêmes, et dont on fait des envois à Bengasi , Tripoli et Tunis. Parmi les plantes, on compte le cWe, fe dictante^ le safran y\^ ricin , etc., etc.; il en sera question plus bas. 11 n*y a pas d^lierbages naturels en Crète, si ce n^est peut-être dans une des provinces de l'ouest. Partout ailleurs les terres sèches ne produisent qu'une herbe rare et courte, sur les bords des chemins et des fossés. Dans les terres mouillées et marécageuses, il ne pousse que des roseaux et d'autres herbes aquatiaues.
Les productions artincielles , celles qui sont dues au travail et à l'industrie de l'homme, constituent l'agriculture proprement dite. A ce titre elles demandent à être passées en revue en détail et à être traitées avec un certain développement; quoique l'ordre dans lequel on Ta énumérer et exposer ce qui se rapporte à chacune d'elles ne soit peutêtre pas toujours parfaitement méthodique, on a cherche autant que possible à procéder par groupes et a introduire dans chacun d'eux les matières qui se rapprochaient entre elles par la ressemblance ou l'analogie.
Les céréales tiennent le premier rang; parmi les objets sur lesquels l'agriculture s'exerce.
Les céréales cultivées en Crète sont :
Le blé, dont il y a deux espèces, toutes deux d'hiver. Le grain de Tune est dur, corné , d'un iaune rougeâtre ; celui de l'autre est blanc et tendre. Tous deux sont à barbes; le dur est cultivé sur les montagnes, le tendre dans les plaines.
Les semailles se font après les premières pluies de novembre, et sont généralement terminées partout vers la fin de décembre. Il existe un autre blé, dit de mars, dur, gris, et à barbes également; il se sème du 15 février au 15 marsy^ mais il est peu cultivé, car, pour réussir, il exige un terrain très-approprié et un labour profond. On a vu aue la charrue ne porte guère au delà ae cinq pouces de profondeur. Le blé est fréquemment attaqué de la rouille, mais très-rarement de la carie, de l'ergot jamais. On ne chaule pas la semence ; on ne chaule du reste celle d'aucune céréale.
La quantité de semence est d'un hectolitre et demi par hectare. Communément la récoite est de six à sept fois la semence , souvent de deux à trois seulement; mais auand on sème sur on champ qui a été précédemment emblavé de coton ou de sésame , on obtient dix ou douze fois la semence.
Le rendement en farine est d'ordinaire des trois quarts du poids du blé.
On calcule que la récolte du blé, année moyenne, en Crète est de huit millions de kilogrammes environ, dont quatre millions dans la province de Candie, sept cent mille dans la province de Rétimo, et trois millions trois cent mille dans la prorince de La Canée.
Le prix moyen du froment est de 16 if, 50 c. les cent kil.
Le seigle est cultivé en Crète, mais en très-petite quantité. On le sème dans les parties monta^euses, sur les terres schisteuses. Le meilleur est celui d'automne.
Vorge est le grain dont la culture est la plus générale. On le sème dans toutes les parties de l'île et en quantité assez considérable, car ses usages sont nombreux. Le paysan en fait sa nourriture habituelle; en outre, les chevaux, les mulets , les ânes le mansent pendant une grande partie de l'année; on le mêle à cet effet à la paille. La paille de Torge est courte, mais fine et belle; on ne la sert du reste aux animaux, ainsi que toutes les autres pailles , que brisée et hachée en
I/UHIYERS.
jonaiiiitiiKnreeiiii : eda provîMit du mode de battage indïmé plue haut. La ?ariété de Forge préfôree en Crète est eelle d*bi- Ter. Il V a oependast aussi des orges de mars. Oq emploie deux hectolitres un quart de semeiice par hectare; la récolte est quelquefois de quinse fois la semence, mais le plus ordinairement de huit à dix. liB récolte annuelle est de treize millions de kilogrammes, auxquels la province 4e Candie participe pour cinq millions <Ad^ cent mille, celle de Rétimo pour trois millions, et celle de La Canée pour quatre millions cinq cent mille. Le prix «ooyen de Toige est de 11 francs les soixanie-dix kil. (1).
Avoine, C'est l'espèce dite avoine commune. Elle est semée aux premières •f|luies ; en général avant le blé. La quantité de semence d'avoine par hectare est la même que celle de l'orge ; le rendement est le même aussi. La récolte annuelle est de sept millioDS de kilogrammes : la provmee de Candie , cinq millions; celle de Rétimo, deux cent •mille, et celle de La Canée , un million huit cent mille. Le prix moyen des cent killogrammes est de 10 fr.
La moisson de toutes ces céréales est terminéfrau mois de juin.
Le maU n'est cultivé que dans les
•champs arrosables. Celui que Ton sème
«st la variété dite maïs de Grèce, à
grains jaunes, qui ne produit qu'un épi,
rarement deux.
Excepté dans la province de Candie, ^ù sa culture fait partie des assolements, on ne le plante dans les autres parties de l'Ile que pour préparer la'semaille des haricots. L épi est cueilli avant sa maturité, et les grains en sont mangés bouillis -4>u grillés. On en donne aussi quelquefois aux volailles. L'égrenage des épis mdrs qui sont gardés pour la semence se fait à la main. Les cnarops implantés de mais sont souvent arroses, mais jamais fumés : la récolte annuelle est de «ent mille kilogrammes ; produits exclusivement par la province de Candie. Le prix moyen est de 20 fr. les cent kilogrammes.
Le r<« j le sorghi, le millet, le tarit) Cet chiffref , qui ne peuvent être qu*appfoûoiaUfi, sont le résulUit d'informations Ifinutieiues et multipliées.
raêin, les le9liUe% sont inaD.
On ensemence -ai Crète m aez grande quantûé de cbaiBDS e^f^i «6ice«, mêlés d'un quart d org^eiw très-dm. La récolte de «seteii|i« mangée en vert et avant U ïBaSaâ.k mois de mai et d'avril, on jpanjielfl animaux, qui mangent la plurte»^; ou bien on la coupe pour la Icupeitsi l'écurie. Ces champs foroieat la m fourrages de la Crète. Il n'y a f»; « qu'on Fa dit, de pâturages m praries»
turelles , et il tfy a P» de ptainK»* tificielles, telles que 8»Dfui,ti«i luzerne, etc.
Le produit en aigentdoteff»aw
ensemencées peut être éoteeaiojw
fr., qui se répartissent iiflà:»^ff
la province de Candie, aj» ^p-
vince de Rétimo, et4O,0O0cdleMJitt.
Parmi les plantes céréales ûhw
1<» Les semences farineosessaw»»^
La/ét». La fèvepropremflrt»»»
cultive pas en g^^^jXi vantage d'une sorte de Kva««i«** assez répandue, bien q^'eljj»^ pas par&itement, soitqnelowtoDd»»
détruise, soit que le furmer dotf«^ besoin soit mal prépare et i^^ distribué sur le temin.ï^i«K nuelle des lèves est de dfwj»^^ ka. : Candie founiissanth*^^ quante mille, RéUmo flw^f^ mille, et La Canée un iiill«a«»»*
Le prix des cent lûop^^^
L^ haricots ne sont cultij^^ les jardins, pour être cooso»»»
2« Les racines nournsa^'*'^ nambour et la pomme de ^^^^g
Le tapinamboitrtst^^r^^ les marchés, mais ^^.P'^uÇ^t est une importation r«*"y: |L# et à Candie. Des Empétf^"^»
tigation, quelques gens du P^ ^ des essais de cette culture, f^^^ ont été assez heureux P?!*\j^.
tivateurs fussent enga«»a»fPJi Tous les terrains da [^*f.>5 paraissent être favorable» « » u0û.
cette racine. En toanl ÏÏ^<^ qui lui conviendraient le «ij»» -^ 8iraitàmerveiUe,etseraiU«'
ressource dans un pays ^ ^
ILE DE CRÈTE
SW
les céréales est loin de sufiBre aux beloinsdes habitants. On pourrait surtout, x>mme on Ta fait dans quelques jardins, )laDter des espèces hâûvès en octobre, iprès quelques pluies qui tombent à sette époque, et avoir la récolte en avril it mai. Quant aux autres qualité dans es localités où les champs ne sont pas ibrités contre les vents violents d*ouest st de sud-ouest, on ne peut les planter lu'aux mois de février et de mars. Alors les chaleurs et le défaut de pluie ont [>our effet de dessécher les tiges avant la floraison, oui a lieu au mois de juin, 3t il &ut se hâter de récolter; autrement ['ardeur extrême du soleil au mois de uiUet tue le fruit On ne pourrait proonger leur séjour en terre et par suite eur végétation qu'au moyen de profonds abours, qui leur feraient braver la sécheresse et leur permettraient de fleurir il de conduire leurs fruits à mativité; ilors on obtiendrait sans doute de belles ;t bonnes récoltes.
Les légumes sont :
Le chou de plusieurs espèces, le ocHreau et le choufleuTj Yxm au truit )lanc, et l'autre de coiileur violacée; es artichauts , dont on ensemence de rrands terrains et dont on fait en outre les bordures aux champs qui avoistnent es villes et les villages ; le Concombre, lui se consomme en quantité très-conadérable ; le melon, qui vient en plein sbamp, mais qui n'est aue d'une qualité inférieure; \aL pastèque, oelle, très^rosse et bonne, et qui a sur le melon l'avantage de se conserver saine pendant plusieurs mois; la courge, le potiron, la tomate, fort bonne et en grande abondance: Vaubergine, le gombo, fruit aqueux, de peu de saveur, ce qui n'empêche pas que les Cretois en soient très-friands ; VepU nard, le cerfeuil, le pourpier; point à^ oseille; des salades médiocres et d'ailleurs peu cultivées, si ce n'est dans quelaues jardins auprès des villes. On ne les tait jamais blanchir; les habitants préfèrent les manger vertes.
Parmi les racines légumineuses, on a la carotte^ très-bonne dans les jardins gui avoistnent la ville de Candie, et partout ailleurs dans l'Ile de fort médiocre qualité; la betterave, qui aujourd'hui réussit mal : cependant dans un terrain firais et bienameublé, la bette-
rave à sucre et champêtre pourrait être semée en mars, résister aux chaleurs de Tété , se développer dans la saison des
{>luies et donner en mars et avril, avant a floraison, des racines énormes ayant de grandes qualités saccharines ; la rave, le radis, X oignon, Vail, et le chournavet.
En général , et sauf de très-rares ex* ceptions, tous ces légumes sont de qualité inférieure : non pas sans doute que la terre n'en puisse produire de bons ; mais rindustrie qui leur serait nécessaire manque à ceux qui les cultivent.
On suit la routine ; et bien qu'autour d'eux des jardiniers voient des fruits meilleurs dans les champs de quelques Européens, ils ne s'informent pas même des procédés auxquels on en est redevable; bien plus, ils dédaignent ces fruii» meilleurs , par grossièreté de goût d'abord et ensuite par orgueil : quelque singuUer que puisse paraître ce sentiment en j)areil propos, ils donnent la pré* férence a leurs herbes insipides. Nos pères, disent-ils, se contentaient de celleslà , pourquoi ne nous m contenterionsnous pas P Ces Européens nous fatiguent avec leurs prétentions de valoir mieux que nous en toutes choses. C'est aux Turcs surtout que l'on entend tenir ce langage, et ce n est pas de la bouche des gens du peuple qu*il sort le plus ^quemment.
La valeur en argent des légumes cultivés chaque année peut sestimer à 400,000 fr. : 80,000fr. dans la province de Candie ; dans celle de Rétimo 60,000, et 270,000 dans celle de La Canée.
Les plantes oléi/éres se réduisent à deux ou trois ; aucune même n'est cultivée en vue de l'huile que l'on pourrait en extraire. L'olive en donne si abon* damment dans l'île , que l'on ne songe pas à en demander à d'autres sources : bien plus, les Cretois répugnent à l'importation de toute plante oléagineuse dans leur pays. Un secret instinct, et déjà i'expénence, leur apprend que ces graines amènent insensiblement la dépréciation du produit de leurs oliviers.
Dansleur ignorance, ils ne comprennent pas qu'il ne dépend pas d'eux d'arrêter cette concurrence, qui malgré eux sera feite par d'autres pays ; que quant à ce qui regarde la Crète, ce ne sont pas les cnangements de graines dont tel négo«
LljmVERS.
ciaot de Marseille pourrait s'y approvisionner qui empêcheraient ceux qui font le commerce des huiles de oontmuer à lui en demander selon leurs besoins, et qu*ainsi il y a sottise à se priver des avantages d un nouveau produit qui aurait pour effet de compenser les pertes dont la culture de Tolivier est menacée. Ce riiisonnementsi simple dépasse la portée de rinteliigenee des gens de ce pays. Les seules plantes oléifères actuellelement connues et cultivées sur une faible échelle sont : le sésame, dont les graines s*emploient à saupoudrer la pâte e certains petits pains , ou dont on extrait rhuile pour en faire quelques pâtisseries au levant. On donne en mars et en avril plusieurs labours aux champs destinés a cette culture, et vers le 1**^ de mai on sème, sur un nouveau labour, le sésame à raison de deux kilogrammes par hectare ; on recouvre la graine au moyen du volossiri. Quand la récolte réussit, ce qui n'arrive pas toujours, car quelquefois la graine ne lève pas . on peut obtenir de dix à douze hectolitres par hectare. Cette graine est exposée aux attaques d*une espèce particulière de moucherons qui détruisent le sommet de la tige au moment de la floraison.
En général on tarde trop à semer et on ne consacre aucun engrais à cette plante, qui en aurait besoin.
La production totale du sésame ne s'élève guère au delà de cinq à six mille kilolitres; il se vend 45 fir. les 70 kilolitres.
Le lin , qui est d'une espèce dégénérée, ne produit qu'une filasse courte et grosse, et ne donne pas en graine au delà de trois fois la semence, quoique les champs où on lesème soient de ceux pour lesquels les cultivateurs ont le soin de réserver leur engrais. Les semailles se font dans le courant du mois d'octobre, aur deux ou trois labours. On le sème à raison de quatre hectolitres par hectare. La production annuelle du lin est de foixante mille kilogrammes : trente-huit mille à Candie , quatorze mille à Rétimo , et huit nulle environ à La Canée. Le rendement de la graine est communément d'un poids double décelai de la matière textile. La récolte de la graine est donc de cent-vingt mille kilogrammes.
Le lin se vend 80 fr. les ont kL, et la graine 20 ûr.
Le ricin crott naturellenMHt mt rtle ; mais les* graiœs ne sont pm êcoltées.
La culture du chanmre est iicona».
et comme plante textile etoommeflatî oléagineuse. Le pavot, dont on se sctt jamais occupé jusque ici, va être pi»chainement essayé
Comme plante textile on a le ctâm, cultivé dans queloues plaintes et prœopaiement dans celles qui avoisineat la bords de la mer. Plusieurs causes tmtribuent à rendre cette culture p» pro^ ductive. La première et la phaapM, k laquelle il serait facile de lemédier. provient de la graine même que roaenpMe.
Cette gra'me est celle d'une 09» âUtardie : le défaut d'engrais, k pnée profondeur des labours , Tépoqu avancée à laquelle se fout les semaiite, éi l^au 16 mai environ, et que foo recik ainsi , afin de ne pas élre obligé sa suclage, sont, après la mauvaise qualité ée la semence, les autres causes de la 4e térioration de la plante. U est lare^ l'on arrive à récolter deux cent esiquante kilogrammes de cotcm dans m hectare. 11 est vrai que le paysaa tiic en outre parti de la graine, qm getmée sert de nourriture aux bœaiL
Cependant si on choisissvr de boaaK qualités, et si surtout on donnait à cette plante exigeante les soins qu'cUe demande; si on anticipait l'époque dase mailles, afin de les taire profiter des petites pluies qui ordinairement tomm vers la fin d avril, il y aurait de bcm profits à attendre de cette culture. Tcte qu'on la pratique maintenant, elle a plitôt pour objet de donner une dennèrs préparation aux champs déjà rep»s par une ou deux anné^ de jacbèR,ci de les approprier pour l'année suivnie à un ensemencement en blé. La ^àm de coton, que l'on sème à la volée, est d'ordinaire mélangée avec des gnÂaes de pastèques, de melons et de mais. Li récolte annuefie du coton est de quatn^ vingt mille kil. : soixante mille daask province de Candie, quatorze mille dMs celle de Rétimo , et six mille dans die de La Canée. Le prix moyeu du (ssm.
est de 110 francs les cent kil.
La garance est la seule plante ûnClo-
ILE DE CRÈTE
riale existant en Crète. La culture en a été essayée par deux propriétaires seulement. Les essais ont été faits en petit ; mais ils ont réussi , et on pourrait les étendre. La garance trouverait beaucoup de terrains qui lui conviendraient autant que ceux de FAsie Mineure , dont elle est un des riches produits. Seulement, comme la sécheresse en Crète est plus forte qu'en Anatolie, elle demanderait t>eaucoup de soins ; il lui faudrait ceux qu'on lui donne dans le comtat Venaissin, et Ton ne peut pas les attendre des Cretois.
La province de Candie produit seule de la garance environ 1,000 kil., qui se vendent 200 francs les 100 kil.
Le tabac est peu cultivé en Crète. Cependant cette plante peut rendre de 1,800 à 2,000 kil. par hectare. Les semis ont lieu sur plancne en janvier et dans les lieux abrités. En avril, on les transplante à trois ou quatre pieds de distance , dans un champ auquel on a donné jusqu'à cinq labours. On arrose chaque pied avec une dissolution de fiimier de brebis. Les sarclages , les binages ont lieu à la boue. La récolle se fait feuille par feuille , ce qui rend cette culture fort chère; et comme d'ailleurs aucun cultivateur n'a de local assez vaste pour faire sécher les feuilles , la culture du tabac se borne à quelques très, que certains propriétaires y consacrent autour de leurs demeures. Le tabac de la Crète est d'une qualité inférieure ; celui de Rétimo a cependant quelque réputation.
On rencontre quelques autres plantes pour l'usage domestique qui sont à Tétat de nature. Ou mentionnera en première ligne :
Le cUte de Crète, qui produit le laldanumou laudanum du commerce. C'est une substance visqueuse et odorante, qui transsude et forme un enduit sur les
i'eunes tiges et sur les feuilles de Tar- >risseau. On le ramasse, pendant les fortes chaleurs de l'été , en passant sur le ciste à plusieurs reprises un fouet formé de plusieurs lanières de cuir.
Quand ces lanières sont chargées de laudanum , on l'enlève en les ratissant avec un couteau , et on le met en pains. Un homme peut en recueillir jusqu'à un kilogramme et demi par jour. On en re-
cueille environ 600 kil. dans la province de Candie et 125 dans celle de Rétimo. Le prix fait est de 6 francs 25 centimes le kil.
Le dictame , dont on récolte de petites quantités, et seulement dans les montagnes de Sphakia. Le dictame, celui de Crète principalement, était autrefois fort recnerche , à cause des vertus médicales qu'on lui attribuait. Aujourd'hui il a perdu sa réputation , et il ne se trouve plus aue dans quelques pharmacies. Cependant les quantités que Ton recueille sont facilement vendues au prix de 4 francs le kil.
Les autres plantes de cette classe sont la réglisse, \^ sauge, Y absinthe^ le safrauy qui existe dans le pays, mais n'est presque pas recueilli. La guimauve , la menthe , la mélisse se trouvent en petite quantité dans quelques jardins.
Arbbes a fruits. — ^ous arrivons à une des grandes sources de la richesse du pays. Diverses sortes d'arbres y contribuent pour une large part. Le caroubier, le chêne à vaUonée, le mûrier, Yaranger^ la vigne particulièrement y apportent chacun leur contingent; mais VoUvier surtout y fournit abondamment, et à lui seul plus que tous les autres ensemble. L'huile que Ton en retire peut être estimée, année commune, à une valeur de 7,000,000 de francs. D'autres arbres fruitiers ajoutent leurs produits, quoiau'en moindre importance , à ceux que l'on vient de nommer : ce sont le châtaignier, Y amandier, le pommier, le poirier^ le noyer^ le cerisier bigar* reautiety qui sont en Crète des arbres de plein champ; et dans les vergers, le figuier, le pécher, Y abricotier ^ le pru^ nier, et d'autres encore. On va traiter de chacun d'eux , en suivant le rang d'importance qu'ils occupent dans les ressources du pays.
VoUvier couvre les campagnes de la Crète; il est la véritable richesse du pays; il en fait aussi l'ornement. Grâce a cet arbre, l'œil trouve à se reposer sur des masses de verdure dans un pays qui sans cela ne présenterait durant la plus grande partie de Tannée , quand les récoltes ont été enlevées , que des aspects d'une désolante aridité; mais partout, et à chaque changement d'horizon, on dé* ^uvre des bois d'oliviers, dont quelques*
L*UTfIVERS.
UD8 s^étendent sur an espace de plusieurs milles ; et ce ne sont pas ici, comme en Provence, par exemple, des arbres grêles, bas, garnis d*un rare feuillage a la couleur blanchâtre. Les oliviers en Crète sont vigoureux , leur tronc s'élève à près de huit pieds au-dessus de la terre , souvent deux hommes réunis ne parviendraient pas à en embrasser la circonférence. Son branchage est touffu, presque régulier; il n'est pas rare qu'il atteigne ving[t et trente pieds de hauteur. Ses feuilles sont d*un beau yert; malheureusement les Cretois ne savent pas sur ce point , non plus que sur les autres, mettre à profit la libéralité dont la nature a usé envers eux. On s'en repose sur elle du soin de produire, et l'industrie ne lui vient guère en aide. Les soins donnés en Crète à l'olivier se bornent à labourer la terre où il est planté ; le champ reçoit deux , quelquefois trois labours à la charrue, de février en avril; après le dernier on passe sur la terre la planche qui sert de herse , et l'on attend la récolte. On ienore absolument ce gue c'est que la taille, combien elle est nécessaire a l'arbre, et quels avantages on en retirerait. Élaguer les branches gourmandes de manière à ce que l'air circule plus librement, que les fruits soient mieux exposés au soleil et que la sève se fixe dans les parties puissantes , personne n'y songe, personne même ia ne serait en état de le faire d'une manière intelligente et sûre. On se contente d'enlever et souvent très-imparfaitement les branches mortes ; on ne coupe pas toujours celles qui naissent au pied de l'arbre et finissent par l'entourer d'un buisson. L'engrais n'est pas plus en usage que la taille; seulement on dépose au pied des arbres, non pas de tous, mais de quelques-uns, à tour de rôle et à des années d'intervalle, du marc des olives, et cela en masses telles, que l'arbre en est le plus souvent incommodé.
Cependant queloues propriétaires, mieux avisés, ont divisé ces tas d'engrais; ils les ont répartis sur la surface entière du terrain; et ils ont été récompensés par des récoltes plus abondantes et de meilleure qualité. L'exemple n'a pas profité à leurs voisins; ils se sont obstinés dans leurs anciens errements.
Aussi est-il rare que les oliviers produi-
sent deux années de suite en QÀte. li ne fout compter que sur des woàta qui alternent de deux ans en deoi ai.
La récolte des oUres se £ût <k èaex manières : dans oertaiDes eontréei or emploie la gaule pour les aîbtttre, et <r les reçoit sur des draps étendus an pi» de l'arbre. Mais généralement Fie^ est de les recueillir à la main, et poc cela on attend que la maturité ksaitÉÉ toutes tomber, de telle sorte qi^sae grande partie des fruits sqoume ko|temps sur la terre, exposée à HimB^ des rosées et à la dessiccation, fpaaà le soleil vient ensuite les frapper. A es resuite un très-grand décfaec dans kproduit de la récolte. De pins, les obres trop mûres donnent une buSe trop grasse, forte et rance, même içtEÀ ék est nouvelle. L.a récolte se fait àsçm k mois de septembre jusqu'en féniêf et mars , selon les localités et les es^ d'olives. Ce sont des femmes et (ks jar nés filles qui sont chaijzées de les ramasser; quand chacune «Telle en a rémi une quantité suffisante, elle la pcHte dais le magasin du propriétaire , où elle et fait un tas particulier, jusqu'au mofflot où on le portera au pr^soir, etqàûi lieu quelquefois qu^au bout de quacreoi six mois. Pour éviter la (ennfiastkm qui pourrirait les olives , od ks eotm de sel marin; mais leur propre çokis ks presse; l'eau de végétatioiL sbblM de toutes parts dans le tas, et malgré k àet il s'y forme un principe de fenneatatiflQ qui diminue d'autant la partie huileuse et communique à ce qui en reste ne saveur acre et fort désagréable. 0& sàt qu'en Provence, pour remédier à ces ificonvénients. on construit un faux plischer percé de trous sur lequel on [te les olives, et, en établissant soi^a faux plancher un grand courant i», on parvient à empêcher la fermentaûifi.
Ce serait prendre une peine vaine q« de recommander ici de semblables ^ cautions. Mais le principal domm^ supporté par les propriétaires d^dinai lors de la récolte des olives n^a pas çsm cause les usages et les procédés pci ktelligents que l'on vient de signait; A résulte surtout du manque de rasaMases ; même dans les années de réeoUe moyenne, le nombre n'en est fa& sofll* sant pour recueillir tous les uvits; et
ILE DE CRÊTE
dans les années d'abondance, on calcule que plus d'un quart s'en perd , faute de bras; dans ces années, la ramasseuse, avidement recherchée , au lieu des deux septièmes qu'on lui abandonne ordinairement pour sa part sur la quantité qu'elle a recueillie , reçoit le tiers. Du reste, les profits qu'elle retire de ce travail sont toujours faibles, et le travail est très-dur. La rigueur de la saison, les intempéries de l'air et les pluies font
Sue plus d'une journée est une journée e peines et de souffrances. Une bonne travailleuse ne ramasse guère d'olives au delà de ce qui peut fournir trois cent trente kilogrammes d'huile, souvent moins. Sa part calculée au tiers est dans ce cas de cent dix , qui au prix de 60 centimes le kilogramme lui valent de 60 à 70 francs pour cinq mois environ de travail. Toutes cependant attendent impatiemment le temps de la récolte, toutes s'y pressent, les jeunes filles surtout : outre la petite somme qu'elles rapporteront, c'est le moment d'un peu de liberté , du travail en commun pendant le jour et des veillées avec leurs causeries le soir.
Le moulin à huUe est à une ou deux
Sierres, suivant l'importance des récoltes u lieu où il est établi. Les olives sont écrasées par une meule très-pesante, qui tourne verticalement , mue par un cheval ou par un mulet. Lorsqu'elles sont broyées et réduites en pâte , cette pâte est mise dans des sacs en crin et placée sous une forte presse à vis. Au-dessous du plateau de cette presse est une jarre en terre , fixée à demeure dans le sol et placée pour recevoir l'huile qui s'écoule. De temps en temps cette jarre est vidée, l'huile est versée dans des outres fiaites d'une peau de chèvre retournée le poil en dedans , et transportée soit dans les magasins de la propnété, soit immédiatement à la ville voisine. Le marc qui reste, et qui contient beaucoup d'huile encore, est abandonné pendant une vingtaine de jours dans un heu où on l'entasse en le pressant avec force, et où il s'échauffe promptement. Alors on le soumet de nouveau à l'action de la meule et à celle de la presse ensuite. 11 n'y a pas de moulin à recense. Le produit de cette seconde extraction est joint dans les tines à celui de la première. Toute Thuile de Crète se
fabrique de la mène manière. On comprend combien ces procédés sont vicieux : ils ont pour effet de mêler ensemble les deux natures d'huile bien distinctes que l'olive contient, celle de la pulpe et celle des noyaux. La dernière communique au tout quelque chose de son âcrefté, et dispose l'huile à une prompte rancidité.
Tout se réunit donc pour foire de rhuiie de Crète une huile nauséabonde et à peu près immangeable : récolte des fruits déjà détériorés , insuffisance des moyens de conservation en attendant qu'ils soient portés au pressohr, grossièreté des procédés de fabrication ; aussi n'est-elle propre qu'à la fabrication du savon. Le paysan cependant s^n sert comme aliment ; il en fait une grande consommation, et jamais il ne lui est venu à l'esprit d'améliorer, quoique cela lui serait très-facile, la partie qu'il réserve à ses usages domestiques. Depuis quelques années, des habitants des villes , mais en petit nombre, l'ont tenté : ils font cueillir les olives à la main sur l'arbre avant qu'elles aient atteint toute leur maturité , et ils choisissent celles qui sont de plus belle apparence. L'huile un'elles donnent est de bonne qualité , déjà assez agréable au goût, quoique conservant encore quelque chose de l'âcreté et de l'amertume qu'elle doit au mode de sa fabrication.
Les fruits d'une variété d'olives sont spécialement destinés à être gardés confits, et les habitants de la Crète, les Grecs principalement, durant leurs nombreux et lon^s carêmes, n'ont souvent d'autre nourriture que ces olives conservées dans le sel marin. Elles sont désagréables au goût, et leurs propriétés malsaines occasionnent de nombreuses maladies. Cependant il existe des procédés simples et faciles de préparer pour les olives une bonne conservation, ceux entre autres qui portent le nom de picholènes.
Us sont inconnus ou du moins ils ne sont pas pratiqués en Crète , si ce n'est dans les maisons de quelques Européens, qui n'ont pas d'imitateurs.
Quelque nombreux que les oliviers * soient encore en Crète, cet arbre a, ainsi que toutes les autres productions de l'île, souffert de l'état de guerre et de dévastation qui a si longtemps ruiué le pays : l'immense plaine qui s'étend sous
UUmVERS.
les murs de Candie en était, dit-on , couverte autrefois ; il n*y en a plus un seul aujourd'hui : tous ont été détruits pendant le siège de la ville. D'autres parties de rtle en ont été de même plus ou moins dépeuplées. La reproduction serait aisée. Au sud de Ttle on trouve de très-grandes quantités d'oliviers sauvages , qui greffes avec de bonnes variétés , soumis à la taille et à des labours réguliers, donneraient en peu d'années de belles récoltes. Le pacna, il y a dix ans , a fait l'acquisition d'un terrain où l'on comptait vingt mille pieds de ces plants sauvages. On en grefie une partie chaque année, et le produit d*une seule récolte de la partie actuellement en rapport Ta couvert de la totalité du prix d'achat. Ailleurs, là où il n'y a pas d oliviers sauvages, on pourrait, soit par marcottes ou boutures , soit par semis , former des pépinières et multiplier les olivettes ; plusieurs l'ont fait et le font encore chaque année, mais en faibles proportions. 11 faut le redire encore, les bras manquent à la Crète, leur défaut arrête tout pro-
grès sérieux ; et puis l'olivier met près de uit à douze ans avant de donner une récolte véritable. Or, quels sont les hommes en Crète qui ont pris assez de confiance pour compter sur un avenir ajourné à douze années.
La production annuelle de l'huile est de dix à onze millions de kil., ainsi répartis : la province de Candie en produit quatre millions cinq cent mille, celle de Rétimo deux millions cinq cent cinquante mille, et celle de La Canée trois millions cinq cent mille. Le prix moyen peut être fixe à 71 francs les cent kil., c'est donc une valeur de 7 à 8 millions de francs que File retire annuellement du produit de ses oliviers.
Si la vigne ne tient pas après l'blivier le second rang dans les produits de la Crète, il ne dépendrait que de ses habitants de l'y placer; car dans toutes les parties de l'Ile le sol est merveilleusement propre à cette culture. La vigne réussit partout; elle donne partout des fruits excellents : dans certains cantons elle en donne d'une qualité vraiment remarquable, les uns pour être mangés à la main, les autres pour le vin que l'on en tire. Cependant, on lésait, la vigne, pour prospérer, exige des soins miatipli& et
intelligents. La fabneation àt fit, lait simple en elle-même quand iïie s'a^ que d'obtenir du vin, derient oaaitiÉa les peuple6industrieiix,el eetflt Uttas* forme. Ea Crèle la culture de b noe est à peu près attandonnée i e&e-fnéèe. si on la compare à celle de bewct^ d'autres pays; les procédés de bfakkh tion du vin surtout y sont gros9ai.iEs qu'on doit les attendre d^bommes à^ toute science est étraugère et ifimcm émulation ne stimule. Yienne le '^ où des ouvriers habiles preodroit ta main cette culture ettoules lesopénÉos
aui s'v rattachent, et hieatk les voê e la Crète acquerront âaas le Lenéi plus au loin peut-être, uœgnodeet juste réputation. Dès à préseai m j omhiU une vingtaine de crus difiérarts^tedMerchés parmi les autres. Ils sont toe ticsspiritueux, se bonifient beancnp m vieillissant; mais ce que Ton Bonaele bouquet leur manque presque tsej/maL On ne réussira ^mais a eo faire do râi légers propres a l'usage onbuiie de h table ; mais des gjens eoteodos es edk matière sont d'avis qu'ils ôenaén^ facilement des vins de dessert, dsat ir goût se rapprocherait de eesx de Matsala et même aes vins d'Espagne. Owoe TEspagne, la Crète produit des fias «ff et d autres doux et liquomu.
Les plants de vigiMs sont généakment placés à un demi-iDètre de dââanee l'un de l'autre ; ils fonncfH des Igaes parallèles d'un mètre de largeur. Le ce^ est tenu très-bas ; les sarments, abaaâanés à eux-mêmes, rampent Air le sol Cependant dans quelques parties de rSe b vigne est accolée a des platanes titsélevés, qu'elle couvre desesfeuffleet de ses nruits; la tige s'élance d^lt long du tronc de l'arbre à plosdetoaii pieds de hauteur et souvent b^ f»
moins d'un pied , un pied et deoi, à circonférence. Dans les en virons «kC»
die elle est liée à des treilles twtnhJiMfT à celles d'Italie, mais plus basKLU terrain destiné à être planté de i^ reçoit plusieurs labours à la ésm, mais nW pas défoncé. ChaqMJa^ ensuite, la vigne reçoit en mais émi labours à la boue très-supoidek et destinés seulement à détruire l0 BBaBvaises plantes plutôt qu'à dôflaer lae véritable culture. Aussi la ngnecnge'
ILE DE CRÈTE
telle près de sept à huit années avant d*en« trer en rapport. Mais quand elle a atteint son accroissement, elle dédommage amplement le propriétaire de Targent qu'elle lui a coûté : une bonne ?igne peut rendre de trois à quatre hectolitres de Tin par journée; et on compte trente-six journées par hectare. Une vigne dans ces conditions se vend jusqu'à \^h fr.
la journée, surtout dans la proximité des villes, où il se fait une très-grande consommation de raisin dans la saison.
La vendange se fait lorsque le raisin est arrivé à sa parfaite maturité. Les grappes destinées à faire du vin sont toutes cueillies en même temps, sans distinction des espèces, quelquefois mêlées ensemble dans le même champ et transportées dans les cuves en maçonnerie de deux à trois mètres de profondeur, et de cin^ à six de largeur. Ces cuves sont fabriquées en plein air, aux lieux les mieux exposés au sioleil. Quand le raisin , que Ton abandonne pendant dix à douze jours et dans lequel en Quelques lieux on mêle du plâtre et de la rîésine, a opéré sa fermentation, on le foule aux pieds, et le jus s*écouIe dans des jarres placées à demeure et enfoncées dans la terre au-dessous d*une ouverture pratiquée à la citerne. Le raisin est ensuite soumis à une presse portative trèsbasse, de petite dimension et ^xé^ par des écrous à une large pierre circulaire. Tout le jus obtenu est versé dans des tonneaux, d'où on le soutire après quarante jours. Le marc sert à laire des eaux-de-vie d'une qualité très-médiocre.
Tous les raisins de la Crète ne sont pas destinés à faire du vin. Outre ceux qui, comme on l'a dit, sont cueillis pour être apportés frais sur les marchés des villes et être mangés à la main , dans certaines provinces toute la récolte est employée à faire des raishas secs : on les exporte en quantités assez considérables à Tunis et a Alexandrie; ils servent à faire des sorbets, que l'on a l'usage de boire en Turquie pendant l'été. Les grains sont petits, peu charnus et trop desséchés. L'espèce de la vigne n'a pas été choisie d'ailleurs en vue de l'emploi que l'on voulait faire de son fruit; et quoiqu'il vienne ici dans les villes des caisses de raisins secs de Smyme, de ceux principalement dits sul-
tan! de RarabournoUf bien supérieurs assurément à ceux de Crète, personne n'a tenté de faire l'essai du plant qui les produit, personne non plus n'a songé à s informer du mode de leur préparation, pour la substituer à oelle, fort imparfaite , dont on a l'habitude.
La récolte annuelle du vin est de quatre- vingts à quatre-vingt-dix mille hectolitres, dont quarante mille dans la province de Candie , quinze mille dans celle de Rétimo, et trente mille dans celle de La Canée. La fabrication de l'eau-de-vie est de cinq mille hectolitres environ, deux mille dnq cents à Candie, mille trois cents à Rétimo, et deux mille cinq cents à La Canée. Le prix du vin est de 19 fr. l'hectolitre, et 50 fr. celui de l'eau-de-vie.
Le mûrier. En Crète, c'est le mûrier blanc dont la feuille sert à la nourriture des vers à soie. Dans un ou deux cantons on donne la préférence au mûrier noir, qui a une feuille très-épaisse. On a fait quel<]ue8 essais du mûrier multicaule ; mais sa feuille est trop délicate pour résister aux vents d'ouest, qui régnent une partie de l'année, et au printemps surtout, avec violence. Il n'y a pas de champs plantés en mûriers. On ne trouve même que fort rarement ces arbres formant bordure sur les lisières des propriétés, lis sont disséminés çà et là autour des habitations, où on les abandonne à leur végétation , sans les soumettre à une taille régulière. Aussi deviennent-ils de fort grands arbres ; et comme on ne se sert pas de l'échelle pour cueillir la feuille, et que l'on ne
f>rend aucune précaution que celle de 'instinct pour se garantir des chutes, elles sont très-fréquentes et dangereuses. Depuis quelques années on a planté en Crète beaucoup de mûriers ; et cette partie de l'économie rurale est un véritable progrès. Cependant la réussite de l'arbre est fort chanceuse ; car, outre la nécessité où l'on est de le préserver de la dent des bestiaux , il faut l'arroser souvent pendant l'été de la première année; et dans toutes les localités on n*a pas toujours de l'eau à sa disposition : beaucoup de jeunes plants se dessèchent ainsi sur pied. On ne greffe pas le mûrier; on le laisse croître tel qu'il a été rapporté de la pépinière.
LTJNIVEBS.
L'industrie sërieole, bieo que trèspeu importante encore, eu é^ird à ce qu'elle pourrait être, mais qui chaque année prend de Taccroissement, tient une grande place dans les travaux intérieurs des ménages en Crète. Les mceurs du pays astreignent les femmes turques à une réclusion absolue, et les femmes grecques elles-mémesàune vie sédentaira et retirée. Les unes et les autres trouvent dans rélève du ver à soie et dans la préparation de la soie une occupation lucrative et appropriée à leurs habitudes; aussi est-il peu de familles de paysans d*où il ne sorte pas chaque année Quelques écheveaux de soie. Jusqu'à pr&ent Pindustne séricoie n'a pas eu plus d'extension. Aucun établissement ne s'est formé où Ton s'y consacre exclusivement. 11 n'y a pas de magnaneries ; chaque propriétaire a deux ou trois mûriers au plus dans les champs; il élève chez lui autant de vers à soie que la récolte de ces mûriers peut le lui permettre. Voici quels sont les procédés en usage.
Dans les parties basses de 111e, et cest là où le mtïrier réussit le mieux, l'incubation des vers à soie commence au âl mars. Dans les parties élevées, elle n'a lieu que quinze ou vingt jours plus tard. Au jour fixé |j|ar l'usage, et toujours invariablement suivi, les femmes qui doivent s'occuper de l'éducation aes vers à soie placent et portent ensuite nuit et jour la graine entre leurs seins jusqu'à son éclosion totale, qui n'exige pas moins de quinze jours. Pendant les deux premiers âges , les vers sont nourris avec les feuilles les plus tendres^ entières et très-rarement coupées en morceaux ; au troisième âge à peu près, les vet^ sont distribués sur des canettes de quatre à cinq pieds carrés, formées de roseaux et recouverts de bouse de vache. Les canettes, disposées quelquefois en deux ou trois étages , sont placées dans une partie deThabitation que l'on sépare soigneusement du reste par une cloison de roseaux et de broussailles. Cette précaution a pour objet de priver, autant que possible, les vers d'air et de lumière ; mais on la grénd surtout, afin delessoustraire aux regards des curieux dont on redoute le mauvais œil. Ce qui n'empêche pas que l'on n'attribue à cette maligne influence, si appréhendée en
Crète , tous Iab acddents el tes que l'atmosphère viciée , remanast et la malprofireté produisent himm ment Lorsque les canettes reffifÉnas une chambre entière, on en tieet, jm les mêmes motifs , la porte â tes imtiies continoellenaen t iermées^fUfssomt autre que les femaies à qui FeâBoëifi des vers est confiée ne peut j estm
La nourriture ^t disttibn» am ^s deux fois par jour, sans înlenupciai « sans avoir ^ard à leur chïiHgfww d'âge : il en râulte que les voscpêsee: en mue sont quelqu^ns étouffis $om les feuilles, ou qu'au bmhbs Ss es ssdfirent beaucoup. £a géskéx^h femUe est donnée au moment mène oi eHf rmit d'être cueillie, et encore toiâs Mteafte du soleil qui la frappait. U ctttaRpe les canettes soient n^tojés . oa ne s décide à enlever Tépakse liticfefBiia couvre que quand Fétat mabiÉ as vers l'a rendue tellemem hum^fRla feuille se salit rien qv'à Itre pesée dessus. Cette méthode videuie a fm effet d'amener la mort de piés k h moitié des vers à Tépoque où ils otrent dans leur cinqui^e âge, et Mmven en deux ou trois jows Je ^efsai se voit privé du fruit de ses fOttBL D n'en renoncera pas plus pour eeb/asnée suivante à ses usa», et, as Jiea d'adopter des procédés émmtts et maileurs, il se contentera de tÙR fteac»cer des exorcismes par sou ma. Quelquefois , pour prévenir la maladie an vers, on les arrose de Yîn, mais tiès-lé§èrement. Enfin, quand les vos eonaMBcent à monter, on garait lei aatm de bruyères; et comme ks vus m sMt pas tous du même âge, on ea éùA un grand nombre, ou bteo on eea&té nourrir ceux qui sont plus jeunes, et qui alors ne filent qu'un cocon trèsoet.
On voit combien il y aurait é»cb»
fements et d'améliorations oéeesBiàtf introduire dans l'élève des vers à saè en Crète.
Quand kes cocons ont bien réosâ, m calcule que six kilogrammes de eoeeeik bien séchés au soleil, doivent dooW filage un kilogramme de soie. ^^ les cocons sont récoltés , on les ^ * un moulin établi à cet effet Mes va arbre aux environs du village. On net dans la bassine une assez gramàefUD-
ILE DE CRÈTE
tité de cocons; et le fllear prend avec une baguette le brin de vingt à vingt-cinq cocons pour eo former le fil. Les frais du filage sont de 1 fr. 50 h 3fr. le kilog. On choisit parmi les plus beaux les cocons destina à donner la graine, qui est reçue sur les feuilles de laurier-rose.
En général, une famille de paysans qui s^occupe de rers à soie récolte de aeux à quatre kilofframmes de soie par année ; rarement elle va au delà de six. Quelques riches agas turcs dans leurs tcbiffliks, où ils ont les femmes et les enfants des serviteurs attachés à la culture des champs , arrivent à produire de 3uinze à vingt kilogrammes, qui sont ivisés par moitié entre le propriétaire et les femmes qui se sont occupées de réducation des vers. Le propriétaire a dû fournir la graine, la nourriture et le local, qui généralement est celui où on emmagasine les olives.
La récolte de la soie, qui depuis dix années a augmenté de plus d*un tiers, est évaluée maintenant à vingt-six mille kilogrammes environ. La province deCandie en fournit seize mille , celle de Rétimo cinq mille, et celle de La Canée autant. Le prix du kilogramme est de 26 fr.
Le caroubier vit dans les plus mauvaises terres, au milieu des rochers, où toute culture serait interdite. Dans la province de Rétimo et dans celle de Candie surtout, il y a des plaines d'une et deux lieues carrées où Ton ne voit que des caroubiers. Ils y sont venus naturellement ; mais ils y sont clair-semés quoiqu'il serait très-facile de transformer ces plaines en véritables bois. Tout autour des arbres , en effet , la graine
3 ni en tombe fait pousser des trochées, ontilsufGraitde couper les branches en laissant la branche principale, qui deviendrait un arbre. On néglige cette simple opération ; sur trente trochées , sur cinquante peut être , on en châtre une à peine. Le caroubier pousse trop lentement; on serait trop longtemps a attendre ses fruits. Cet arbre cependant est d'un bon produit pour ceux qui en possèdent. Le rendement d'un bon arbre, année commune , est de soixante kilo, grammes environ; et il ne demande aucun soin,aucun entretien : seulement la peine d'en cueillir les fruits quand ils sont mûrs.
Il n'y a des caroubiers que dans deux provinces : celle de Candie, dont la récolte annuelle est estimée à un million trois cent mille kilogrammes, et celle de Rétimo, qui en produit un million cent mille. La récolte totale est donc de deux millions quatre cent mille kilogrammes.
Les cent kilogrammes se vendent au prix moyen de 5 fr.
Le ckéne-tHillonée , qui n'existe que dans les environs de Rétimo, mériterait ainsi que le carroubier d'être multiplié dans tous les lieux où il peut croître, et plusieurs parties de l'île paraissent être d'un terrain approprié à son essence.
Non plus que le carroubier, il n'exige ni soins de culture ni avances de fonds; et non-seulement son fruit, recherché pour le tannage des peaux, est d'un rapport considérable et certain, mais l'arbre par lui-même est, avec le* platane, le plus beau que l'île produise; sa taille élevée, son branchage touffu embellissent les lieux où il existe. Il fournirait, soit pour les savonneries , soit pour les usages domestiques, un bois de chauffage excellent, meilleur encore pour le char ronnage et la charpente, et cette ressource serait précieuse dans un pays on le bois manque et où l'on est obligé de s'approvisionner du dehors. La vallonée qu^un chéneen pleine vigueur peut donner va quelquefois jusqu'à huit cents et mile kilogrammes; communément elle est de deux cent cinquante à trois cents. La ré> coite annuelle est de cinq cent mille kilogrammes, tous fournis par la province de Rétimo. Les cent kilogrammes se vendent 24 fr.
Les amandiers existent dans toutes les parties de l'île ; mais ils ne sont en abondance que dans les cantons du sudest , dont ils constituent un des principaux produits. La qualité des trois espèces qui s'y trouvent est bonne ; mais celle à écorce tendre produit le fruit le plus estimé.
La récolte annuelle des amandes, écorce enlevée , est de soixante-dix mille kilogrammes ; les cent kilogrammes se vendent 120 fr.
Le poirier et le pommier doux ne sont à bien dire cultivés que dans les montagnes du canton de Lassiti. Us y sont très-nombreux ; leurs fruits , que Ton estime dans le pays, n'en sont
L'UNIVERS
pas moins d*ime qoalité fort médiocre.
La récolte amiuelle des pommes est de cent mille kil., et celle des poires de cinquante mille. Le prix moyen de Tun et de l'autre de ces fruits est de 5 fr. les cent kilogrammes.
Le châtaignier est Farbre des cantons de Sélino et de Kissamos. Grâce à ces beaux arbres et aux pâturages que Ton rencontre dans les provinces de Touest, les seules de 111e où il y en ait, la cam* pagne offre à Tœil des aspects variés et qui rappellent ceux de TAuvergne.
Les fruits du châtaignier y sontfort gros et d'une bonne chair. On en envoie dans toutes les ties environnantes et à Constantinople, mais surtout en Grèce. Le soi des cantons de Kissamos et de Sélino est arrosé par des sources nombreuses ; et Thutnidité qu'elles entretiennent est une des causes qui y font prospérer le châtaignier. Les cent kilogrammes de châtaignes se vendent 10 fr. : on évalue la récolte à neuf cent soixante mille kil.
Parmi les arbres des vergers, les seuls qui méritent d'être mentionnés sont Voranger et le citronnier. Ils sont en Crète d'importation rtonte. Les premiers y ont paru il y a , dit-on , seulement cinquante à soixante ans. De cette époque à oelie où nous sommes ils se sont fort multipliés, et chaque année leur nombre tend à s'accroître. Tout y sollicite la rapide croissance de cet arbre, qui commence à donner des fruits dès la cinquième année : sa gracieuse beauté et plus encore, pour les gens que ce charme touche moins que ne le font des avantages réels et positifs, les bénéûces dont il est la source. Un oranger en plein rapport peut produire de deux mille à trois mille oranges. Les variétés de Foranger sont Foranger de Portugal et l'oranger turc. Les fruits en sont aussi délicieux que beaux. Il n'est pas rare que deux ou trois oranges suffisent à former le poids d'un kilogramme. Il y a des oranges ber* gamottes , mais en petite quantité. Les divers citronniers sont le cédrat, le poncire , le calotin, et le limonier doux. Ces arbres sont cultivés surtout aux environs de La Canée et dans quelques villages près de Candie. Us font Tornement d<t ces lieux, où souvent ils couvrent des terrains de plusieurs ares d'étendue ; leur culture est très-soignée; c'est même en Crète Je
seul arbre qui aoit réellement cdtfté.
On taille les orangers; oo les sdk pour améliorer les eepèces, et oèter donne des arrosaees répétés, à Tûk k rigoles qui conouifleot l'eau dans k laraes fossés creusés aa pied des arhn.
Les oranges de Crète sont exportéa en grande quantité à Gonstaotiiiofle d à Athènes. Dans ces doix villes ks ■»
chandscrirat : Oranges deCrètel eomar à Paris on crie : Chasselas de Foulât blean! Les bateaux sur lesquels os ia envoie commenoeot à partir dès le mm de décembre.
La productioQ annuelle est tnàs aàlions de fhiits. L'oranger uaiste gain que dans la province de La Gaée. Le mille d'oranges se vend 13 fr. i9 ttaL
Les autres arbres àfruitssMAteprvnier, le cerisier à bigarreaux, le j%}ih 6/^ commun, Vabrico^er, \tfichgr^ le cognassier y le figtàer, le wnfer, le grenadier. Tous les fruits de ces aïkie, si l'on excepte ceux du figuier, n'ost à saveur ni goût. Ce sont bien phitôt ds fruits sauvages que des fruits cittivéï. On peut répeter a leur occasioa ttqoit été dit à l'occasion des tournes. Le> habitants de la Crète ne savent pas éstinguer un bon fruit d'un fniit mmfùi.
Pour ne pas être accusé d^exj^encisi, bien que la remarque soit mdièé, on ne dira pas qu'ils préfèreat cdm qui est mauvais à celui qui est bon, mû da moins dédai^ent-ils de prendre te pes de peine qu'il leur en coutenit pov se procurer celui-ci.
D'après l'énumération que Toa mt de faire des arbres qui existeat en Crële, arbres forestiers et arbres firtîtien, m voit que l'Ile manque du bois néœssaàv aux besoins des habitants. On peut en qu'il n'y a ni bois de cbaufbge, ni hm de charpente , ni bots de constnidiM.
Plus des deux tiers de ces diffémlfi espèces de bois qui se consommeat m Crète viennent en effet du dehors. 0pendant on construit de petits bâtinialt avec des chênes et des sapins du (His- Ces mêmes bois et le cvprès serrcai i faire des poutres et des'soNves. 11 ri également du chêne et du sapin qixtm emploie comme bois de chaufb^Oa trouve enfin à faire un peu de cteboa avec de l'yeuse, de l'arbousier <( du \asrier-rose.
ILE DE (31ÉTE.
Des animaux domestiques éle- TÉs EN Crète. — Aux chevaux, mulets, bœufs et ânes, qui ont déjà été nommés, il faut joindre les moutons, les chèvres et les cochons.
Les chevcntx de la Crète étaient en grande réputation dans les temps anciens. Bufron dit qu'on les estimait pour leur vitesse et leur agilité. Il fait la remarque que maintenant on s*en sert peu dans le pays même, à cause de la trop grande aspérité du terrain qui est presque partout inégal et fort montueux. En général Tobservation est vraie. Dans le pays on leur préfère en effet les mulets pour les voyages ; on ne se sert que très-
f>eu souvent du cheval lui-même. Quand e cheval est de bonne race, on se hasarde avec lui sur les chemins les plus scabreux et les plus difficiles : sa construction solide , rai)lomb de se$ extrémités sur le terrain lui permet de courir à travers les pierres sans danger pour le cavalier et sans fatigue pour lui; c*est que le cheval de Crète a de grandes qualiâs : il a de la franchise et de la liberté dans ses allures ; d'une taille un peu ramassée et de médiocre hauteur, il a des muscles prononcés, et il porte une vigueur soutenue dans Texercioe; la forme de ses jarrets est remarquable; on peut la jucer surtout quand le cavalier, ainsi que les Turcs en ont rbabitode, le lance et Farréte tout court sans qu'il bronche, et cela quelquefois sur un pavé inégal et désuni. Une allure fort recherchée en Crète, et qui doit être celle du moins de tous les chevaux que Ton peut appeler chevaux de luxe, est Famble. n est assez singulier que Tusage de cette allure, qui force le cheval araser la terre de très-près, et qui par là même avait toujours paru exilier un terrain parfaitement égal» ait été introduit dans un pays montueux et pierreux comme Test eeiui-ci. Quelque fatigante qu'elle soit pour Tanimal, les chevaux de la Crète la soutiennent avec persévérance. Seulement, à la différence de nos chevaux ambles, qui doivent allonger la jambe de derrière , ceux de la Crète la portent au point même où celle de devant est tombée; non plus] d'ailleurs que les chevaux ambles de nos pays, ils ne doivent posséder aucune autre dlure. Ils ne vont jamais au trot ni au galop. Les plus prisés et les plus es-
Z9* Livraison. (Ile de Crète.)
timés parmi les chevaux de cette allure sont ceux qui Pont de naissance : ceuxlà demandent beaucpup moins de peines , et de soins pour qu'on la leur développe. Avec tous ses avantages de vitesse et de douceur, les poulains qui ne la tiennent pas de race et auxquels on veut la donner sont soumis à des marches quotidiennes pendant lesquelles ils portent aux pieds de derrière des anneaux de plomb entourés de drap , ayant de plus cnaque pied de derrière attaché par ime forte corde au pied de devant correspondant.
L'écuyer chargé de les former les monte ainsi entravés, et, par tels ou tels mouvements du mors ou de l'éperon aue son art lui enseigne, il les assouplit à l'allure désirée. On envoie chaque année de Crète à Constantinople un certain nombre de chevaux ainsi dressés, et il y en a toujours de spécialement destinés aux écuries du grand-seigneur.
De temps immémorial il a régné dans tous les pays de l'Orient un prejugé bizarre, uaprès lequel on attache une grande importance à de certains signes ou marque* qui s'offrent a l'œil sur la robe d'un cheval. Cette opinion se retrouve en Crète ; et quoiqu'elle ne soit pas particulière au pays, il a paru qu'il n'était pas hors de propos d'en dire un mot, et d^autant plus que les propriétés attribuées à ces signes varient selon les lieux. On dira donc, mais fort brièvement» quels sont à cet égard les préjugés des Cretois. En Crète on ne tient guère compte que des mauvais signes, de telle sorte qu'un cheval qui ne porte aucun de ceux réputés tels n'est plus jugé que d'après ses qualités réelles.
Parmi les signes mauvais, et qui, quand ils existent, sont d'un funeste présage, non pas seulement pour l'animal , mais encore pour son maître , on distingue les trois suivants comme principaux : La balsane^ quand la marque alterne, c'est-à-dire se lait voir sur un pied | et point sur l'autre. La balsane encore, même quand elle porte régulièrei^t sur les quatre pied^, mais n'est pas dure, et se trouve cendrée ou tachetée de points noirs; enfin un double épisnx le firont, si surtout ces deux épis sont placés verticalement l'un au-dessus de l'autre.
On calcule qu'il y a en Crète six mille cinq cents chevaux environ : quatre
L'UNIVERS
mille dans ta proviDoe de Candie, cinq cents dans celle de Rétimo et deux mille dans celle de La Canée. Llle se remonte de chevaux en en faisant ? enir de PAnatolie au nombre de six à huit cents par année. Le prix nK)yen d'un cheval est de 135 fr.; les bons chevaux sont de 8 à 400 fr.; mais ceux qui ront Tamble mon tent jusqu'à 1,000 fir., et en général on peut dire qu'un cheval dressé h l'amble, toutes autres qualités étant égales d*ailleurs, se vend un tiers de plus au-dessus de ce ou'il se vendrait s il n'avait pas cette aUure.
Les mulets de Crète sont en (;énéral de très-beaux et de très-bons ammanx; leur pas est doux, aisé et rapide : beaucoup sont comparables aux mulets d'Espagne et de 111e de Malte ; leur corsage est gros et rond , la croupe est pendante Ters La queue, mais pleine et large, les jambes sont menues et sèches, Ta poi* trine ample, le col long et voûté, la tke sèche et petite. Les plus beaux mulets •du pays sont le proauit de l'âne et de la jument. Souvent la jument de bonne race amblée donne un mulet qui a na^»
, turellement cette allure ; on la tait prendre comme aux chevaux, et par les mêmes moyens, aux mulets qui ne l'ont pas. Les principaux parmi les Turcs, qui jamais ne font de route on peu longue qu'à dos de mulet, ont tous un mulet qui va l'amble.
Les mulets servent à la selle et aux transports des denrées. Cet animal est d'autant plus précieux dans ce pays, que les chemins seraient inaboirdables dans certains lieux à toute autre monture chargée : si l'on était privé de son aide, . les transports deviendraient souvent Impossibles.
Le nombre des mulets en Crète est de douze mille environ : cinq mille cinq cents dans la province de Candie, mille huit cents dans celle de Rétimo et cinq mille dans celle de La Canée. Le prix moyen d'un mvdet ordinaire est de 180 fr. ; quelques-uns des meilleurs se vendent 1,000 et 1,200 fr. 11 faut d'ailleurs appliquer au prix des mulets qui Tont 1 amble l'observation que l'on a faite sur le prix des chevaux.
On en tire de l'Anatolie environ 3 à 400 chaque année.
Les ânes sont abondants; on en
compte près de quarante nilt in l'Ile; leur prix mo3reQ«st7Sfr.Qiil de médiocre stature, et sonol, tm on l'a dit, au transport 4e pmi et fardeaux peu pesants.
La race des moutom de ûte et commune, petite, à laine grosÉrtlb trouvent leur vie dans dettenâosi»
que nus et pierreux, où cwiisej^»
herbe peu élevée et de eovts aibôMi dont ils broutent ks MeLUMiiR des troupeaux et la qnantilé de bèa fi les composent sont DéeesaraBatffr treints, dans chaque loeayié, par m du peu de noiBmtureqaUJffl"*/ prendre, elàcausedeUnrte»*^ bes, qu'ils ne trouvent à Mff?»?
brin à brin ; mais réuadoeéiid fB leur ett livré supplée à Tabo^to»; leur manque partout Cepeadaiw; l'été, alors que la cëalearadweieH terre, ces animaux pâtiaenï:»»
mène dans cette saiaoo «wj» P?
montagneuse! du pays, ^JJÎ''^ tes se couvrent de petite "Ç*J fournissent à l'animal w» peodei»
riture, mais très-insuffioD'»' ^^ lait m»nque-MI absotaœeot « 0»
pendant pris de huit mw *£fh Aux premières plaies de bo»wJ^ terre reverdit, les troupetf»"^ dans les plaines ; et ils y—fg tement une chair f?faai*|5ïri Le lait des brebis «5«*2l2 elles en donnent eo P^^^^ La beauté du elimatdeliCw^"^ comme on l'a dit, mea^ *"tL fait sentir, permet de »«sser »o»r
peaux dehors nuit ^i^\^^ pluies reviennent a««^*îi^|> mcommoder, on les coadail »«»!^ chers ; et ils s'abritent dans te PJ
qui y sont en fSf^^^J^!/^, ^»
saison on ne lesgardeaiewwf^
cnne saison ils tfent d'»«» "f^ que celle Qu'ils troumtàjj^^
Quand ie moment vient oc **J^ vrirlesbrebis,ooara»g«J^2; le troupeau, afin de àoixD^J^^ un espace plus étendu F^PÏÏ^ ment à leur nombre. A|^^ a agneaux sont sevrés ^^°2?Sl5 pouvoir vivre de ^^^^^^^mià^ paissent, on en forme, V^^^èn ou deux, un troisième troapwj^
mère?: au bout de oe temps
ieP*^
ILE DE CRETE
des agneaux est vendue ; et le reste rentre dans le troupeau commun.
La viande consommée en Crète étant principalement de la viande de mouton, les troupeaux sont élevés en vue de la consommation journalière du pays; leur chair est fade et sans goût, ainsi que cela est du reste dans tous les pavs chauds. La laine sert à fabriquer des draps gros* siers, qui se font dans chaque mâiage^et dont les paysans se vêtissent presque excluslvement; on en emploie une partie k faire des sacs pour les usages domes-^ tiques et surtout pour y renfermer le savon exporté au dehors.
Quant au lait, on en fait des ft'omstfes issez estimés en Turquie. Ceux de Spnada passent pour les meilleurs. Près des ailles, on vend le lait en nature, ou bien encore on en fait uae sorte de caillé, foughourt^ qui est fort recherché, soit i raison des qualité grasses qu'il renierme , soit à cause des procédés emiloyés pour le (aire , procède particuierâ à la Crète. La consommation de ce aitage ainsi préparé est considérable lans le pays, etonenfait des expéditions «squ*à Constantinople.
I/élève des troupeaux^de brebis est fort >rodnctive : un troupeau de cent têtes, ;tant calculé codter 650 fr., rapporte >n lait, jfh>mage, laine et agneaux dé [50 à 500 fr. environ par année. Ce pro* luit se partage par moitié entre le f;ro* métaire et le berger; et Ton voit* ainsi iu*en moins de trois aimées le propriélaire est rentré dans la somme débouN ée pour le prix d'achat.
Il y a en Crète près de six cents dn- [uante mille têtes de brebis ainsi réparies : trois cent soixante mille dans la trovince de Candie, dans celle de Rétimo [oatre- vingt-dix mille et deux cent mille lans celle de La Canée. Le prix moyen l'une brebis est de 6 fir. 50 cent.
La laine recueillie est de sept cent mille il. ; elle se vend 60 fr. les cent kil.
Le nombre des moutons élevés dans Ile ne suffit pas aux b^Moins des babiants ; il s'en importe du dehors chaque nnée environ douze à quinze mille, qm lennent de l'Anatolie et de la Barbane.
Les chèvres sont mêlées quelquefois ux troupeaux de brebis. Le plus souent elles forment des troupeaux isolés :
n'y a rien de particulier à en dire ; si
partout cet animal est destructeur, on comprend qu'il doit l'être beaucoup plus dans un pays où il n'existe aucune mesure d'ordre pour la garde des propri^ tés. Aussi les dé^ts causés parles chèvres ont-ils contribué pour beaucoup à la destruction des arbres de toutes sortes. Leur poil s'emploie à Cèdre des sacs et la plus grande partie des cordes dont les paysans ont besoin* Le prix ordinaire dNine chèvre est de 5 fr»
Leur nombre est de deux cent quarante mille : cent soixante mille dans la province de Candie, soixante-dix mille dans celle de Rétimo et dix mille dans celle de La Canée.
La quantité de fromage produite par le lait réuni des chèvres et des brebis est annuellement de deux millions cinq cent miUe kil. ; il |e vend 70 tt* leç cent kil.
Les Maux de. ces animaux se corroient dans le pays. D'une partie de celle des chèvres, oo ûil des outres pour le transport de l'huile et du vin ; enfin, on exporte au dehors pour Trieste et Smyme de vingt -cinq à trente mille peaux sèches d'agneaux et de chevreaux au prix de 40 à 50 fr. la pièce.
Les cochons s'élèvent dans de certains villages oiï d'ordinaire il n'y a que des Grecs pour habitants. Ils ne sontpas réunis en troupeaux. Dans les maisons qui en possèdent, on ne leur donne aucun som particulier : ils vaguent çà et là autour des habitations et dans la campagne, se nourrissant de toutes les ordures qu'ils rencontrent. Comme ils ne reçoivent aucun aliment approprié et fait pour bonifier leur chair, elle est ^ néralement flasque, d'un goût insipide et dépourvu de graisse : elle ne ressemble en rien à la âiair des cochons de nos contrées ; il est fort commun de la trouver affectée de ladrerie, ce qui n'empêche pas les habitants d'en faire usage.
Le nombre des cochons élevés en Ciete est estimé être de quarante à quarantecinq mille : dix-huit mille dans celle de Candie, dix-mille dans celle de Rétimo, et douze mille dans celle de La Canée.
Le prix moyen d'un cochon est ie 15 fr.
Les peaux de quelques-uns de ces animaux, mais en petit nombre, sont employées à frire des chaussures.
Pour compléter la nomenclature des
VUjmEES.
animaux étevés par les Cretois, il irat mentionner les abeilles.
Les abeUies sont ordinairement placées dans les enclos qui font partie de la ferme ou dans l«i champs voisins les mieux abrités eootre les vents ; elles ont pour ruches des paniers renversés eu des vases en terre cuite, semblables à de grands pots à fleurs^ qui ont à leur base un petit trou pour le passage des abeilles , et dont TouttertiH^ supérieure est fermée par une planche sur laqudle Va reposent.
Le miel de Crète était estimé dès les tam^ les phw andena, et ses qualités actuelles sont encore aujourd'hui celles
3ui lui ont valu sa grande réputation 'autrefois. La nourriture des abeilles se composant exclusivement du suc des herbes et plantes aromatiques, si abondamment répandues dans le pajs, leur miel en acquiert un goût trèflhparfumé, peut-être un peu trop prononcé. Quelques parties de 111e, parmi les montagneuses principalement, sont citées pour la supériorité de celui qu'elles produisent ; on en fait de» envois assez considérables à Constantinople*
La récolte du miel dans 111e, par année, est évaluée à cent cinquante mille kil. : soixante dix-mille dans la province de Candie, quarante mille dans celle de Rétimo et vingt-huit mille dans celle de La Canée : les cent kil. se vendent 70 fr.
La production de la cire est communément du dixième du poids du miei ; elle est donc de quatorze mille kil. environ par année; elle se vend 860 fr. les cent kil.
Il y a peu de choses à dire ds 19* lailles de la Crète, et les repsejgpcMd recueillis sur cxX obiet ne permettrai |MS que Fan en parlât avec quetee mtitude. A bien dire d'ailleurs , il aV a pas d'autres volailles que des peafas et des diudeê; ces domieres assez h»breuses et d'une chair exodiente, f»-
Sue l'on ne prenne auoon aoio pntieier pour les élever e^ pour les eogr»
ser. Les canards et les oies a'eiisiat pas, si ce n'est peut-être quelques ia£vidus de ces espèces que l'on tniuit isolés çà et là ; le dinoat et la teoe de Crète sont trop secs pourcoaraBÔ-àas animaux.
Mais un mollusjiiie que Fea doit cikr comme étant l'objet de qaéfwssaas et la source de quelques prolii pm les villageois de la province de CsMli» est le Hmaçon. On en ramasse des qnatités assez considérables, et chaque aa* née on en charge pUiaiears barbes f»
l'on envoie dans les lies de rAreh^id, où les Grecs en fout une grande uiiiim mation pendant leurs cartees : sa ki entasse dans de vastes pniiert, fibrimiés exprès pour ces expéoâipBS. QaaaaaB doit les manger, il est d^usage de les engraisser ^ les nourrissant, pesdut a»
ou deux semaines, de son etda tmB, Ils se dégorgent alors , et «igmènBl ^ dit-on, un goût assez agEédhkHqaiett fort prisé dans le pays. A y ea a es trois espèces, distinguées par U éîKroioe de leur grosseur; la raqyeaoe eil la plus abondante et la petite ot la plus estimée. ^
ILES IONIENNES <*
OBOeBAPRIB DBS ILKS lONiSNNSS.
Lorsque, venant de l*onent ou de l'oceldent et se dirigeant au nord vers le ca« nai d'Otranto, on quitte la Méditerranée pour s^engager dans TAdriatiaue, on aperçoit à sa droite la côte d'Italie , à sa gauche des masses confuses qu*on prendrait à distance pour les rochers du continent de la Grèce et de TÉpire, et qui n'est autre chose que le groupe , rallongeant irrégulièrement du midi au nord , des Iles Ioniennes. Il semble que ces îles, séparées du continent par une faible distance, aient été laissées là jpar les déluges antiques, impuissants à les submerger.
CoMPOU . — La première de ces îles, au nord , et la plus importante par son étendue et sa population est celle de Corfou , la Corcyre des anciens. Cette lie est d'une configuration à peu près triangulaire etsa circonférence est d'environ soixante lieues ; du nord au sud , sa longueur peut être de vingt lieues; et de l'est à l'ouest, sa plus grande largeur , de dix lieues. Elle uiit face, du côté de Vesif à la province turque appelée4)elvino,
(i) Je ne puis donner à Thistoire de iles Ioniennes tous les développements qu*elle comporte. L'étendue déjà considérable de ce volume m*oblige à abréger ce dernier chapitre. Je renvoie pour plus de détails aux principaux ouvrages qui traitent de Thistoire de ces iles: Andréa Marmora , Mutoria di Corfû, Yen., 167a, in-4*; Grasset Saint Sauveur, Voyage historique, etc, dansUt (tes et possessions ci-Se- 9ant 'vénitiennes du Levant, PariS| an vri, 3 voL in-S^; Mustoxidi, lUustrazioni Coreiresi^ Milano, 18x1-18x4, a voL in 8^; Christ. MuUer, Voyage en Grèce et dans les lies Ioniennes, trad. de Léon Astouin, Paris, 189a, in-8^; de Bos8et,i*ar^a and The lonian Jslands, London, i8aa, in-8^; Bory de Saint- Vincent, Histoire et Description des Iles loniennee^ Paris, i8a3, in-S»; Kendrick, T/ie loniaa Islands, i8aa, in-80, avec carte, etc., etc.
lui est comprise dans le gouvernement le l'Albanie; elle regarde à l'ouest la Terre d'Otrante, dont elle est séparée par le canal de ce nom. On trouve autour de Cofffou plusieurs tlots qui en dépendent , et qui n'ont aucune importance.
La capitale de l'île porte le même nom, et s^élève en ampnithéâtre sur la oôte orientale, vis-à-vis l'Albanie. Elle a une population d'environ quinze mille habitants, et l'tle tout entière en compte à peu près soixante-dix miUe. A l'exception de la ville de Corfou, on né trouve dansTlle que des villages.
Le climat, comme celui de toutes les Iles Ioniennes , est doux, mais variabloi et quelquefois malsain, à cause des vents violents de l'est et du nord. Plasieurs cours d'eau , dont le plus consi* dérabJe est le Mensogni , sillonnent l'U^ en divers sens.
On trœive dans Itle du marbre d'une qualité mférieure, du soufre et d'asseï mauvais charbon de terre. U y a aussi quelques salines d'un produit inédiocrew Le vin, le blé etTotive sont les princir paux produits de la culture,, ainsi que l'orange et le citron.
Pazo. — En s'éloignant de Corfou , et en continuant au sud, on rencontre Paxo, qui est plutôt une tlot, bien qu'elle compte parmi les Ioniennes; elle s'étend en longueur du nord-est ou sudouest, et peut avoir six lieues de tour. Sons les rapports du climat et des produits, Paxo n'offre rien d'intéressant.
Les habitations sont disséminées dans l'tle, à l'exception d'un groupe de mai* sons placé en face du port , que l'on nomme Porto-Gai. La population est estimée à dix mille âmes.
Saihtb-Maube. — En suivant toujoturs, dans la direction du midi, les côtes d'Albanie, on arrive à Sainte^Maure, lie à peu près ronde , et d'une circonférence de près de viiifft lieues. Saint-Maure est à l'entrée du golfe d'Arta, quiséparel'Albanie delà Grèce. La capitale oe l'Ile s'ap-
L'UNI VfiHS.
pelle Aroaxidii, petite ville dont le nom eft aqjoard'bni presqae abandcmné pour celui de Sainte-Maure; elle a une fortereaae qui domine la ville. En ûtce de cette nlfe 8*étend une vaste plaine, d'une
grande fertilité, produisant des grains e toute espèce, de Thuile , du vin , du lin eteouverte de ma^poifiques orangers et citronniers. Les habitants font le commerce do sel; la population de l'tie est d'environ vingt mille âmes. Cette tie est la Leucade des anciens.
Thiakt. -* Vient ensuite Thiaki, autrefois Ithaque, patried'Ulvsse. Sa figure est un carre long échancré et sa circonférence d'environ dix lieues. Cette île est environnée d'écueils et de rochers dangereux pour lanavigation. Elle a un port, 3 ni est d'un excellent mouillage. En face u port s'élève, aux flancs de la montagne, le village le plus important de rtiCt village dont les maisons, en amphithéâtre, viennent jusqu'au rivage. L'île produit du blé et autres grains et de beaux raisins de Corinthe. Elle est sujette, comme presque toutes les Ioniennes, aux tremblements de terre. La population est d'environ dix mille habitants, répandus dans six ou sept ag* ^mérations, dont la plus importante, située en face du port, se nomme Vathî. CÉPAALONro. — C'est après Corfou 1^ plus considérable des Iles Ioniennes. Elle est située à l'embouchure du gcAh de Patras, en face de la cdèbre place de Missolonghi. Elle a soixante lieues de circuit et une configuration à peuf près ronde. Son port est vaste, et une escadre entière y serait en sûreté; il s'appelle le port de Saint-Théodore. La ca|ntate de Vîle est Argostoli; il y a encore deux autres petites villes, Lixuri, et Axo, où se trouve une forteresse.* On compte dans cette île, outre ces trois petites villes, cent trente villages ou hameaux; et la population tout entière dépasse celle de Corfou, et atteint quatre- vingt mille ftmes.
L'île de Céphalonie est en grande partie couverte de rochers arides ; cependant il reste beaucoup de terrains cultivables, d'une extrême fertilité. Les principaux produits sont les raisins secs de Corinthe, dont on récolte pour la valeur de sept à huit millions de livres, et les huiles d'olive, donton fait commerce. Le
coton 7 est aussi caltivé sfeesMoMMi que la soie, qui est estimée.
Céphalonie est saiette an tnàt ments de terre; dans lespaeedeiôea del7S6à 17S3,il jeaeattni.pf firent des ravages considérablei.
Zantb. — L'île de Zante, raÔBie Zacynthe , située aosuddeOiAaiÉe, n'en est séparée que par mtuàk quatre Meoes; eUeûitlîo8,fatrori«t à la Morée, à randenne paitiediPâ»-
Ronnèse qu'on appdaitËb<le.Elkestdi gure semi-drcttlaircet tfooeàfto* rence de vingt lieues à pep près;cBe s'étend de quatre à eiaq lieses a ir geur; et de six à sept îieoes effcwjwr. La capitale de Itle porte leateeM; c'est une ville «tuée sur latteflwtaie de 111e : elle est (Tao bel ^^^ mieux bâtie que les autres iHlesioa»
nés et défendue par une fefto»
Elle a une population d'enfiwo jj* mille âmes, et lIletoutCDtièwwttnKi peu près cinquante^nq wikm'^ On compte dans llle uw doqiai»
de villages.
Zante, comme ses voifliw, *^ de terribles tremblements de ter», fc»
a de» sources de goudron , do ««^ nérales, des salines, des plifl»"*; dnales. Les autres produits JodL»
vin , le grain, l'huile d'oliw, ^ ^ deCorhithe, dont on feit oaiw* ^ terrain est très-fertile. . ^, Le climat est variaWe,flBiswj«i
il ressemble beaucoup ^J^^ Corfou. Zante est surooamw»r" du levant. . «^
OÈRioo. ^ La septième des '»
Ioniennes que l'on roieontre en »
rigeant au sud-est. après afwr^J:
le cap Matapan, à la pointe* "?:
rée, est l'île de Cérigo JarHsenjMJ thère, où l'on plaçait le séjour^ Elle a vingt lieues de àrwnfflefl»
A part la récolte du bleet J^w grains , lUe , qui est rod)«ifie, aei^J
nit presque aucune pw«"**'rXesi bitants en sont fort 9^^^^ sujette à des coups de vent irtt^ qui causent toujours de ff^L^ mages. Cependant le climat m f^ tempéré. La viUe de Ccngo» IC eussi Modara , située à rojw^.\î di colline , à environ une dern»;JJV.
rivage de la mer , est peu coDa(^
ILES IONIENNES
aile est défendoe par un fort. La population de la ville et des trente villages ou hameaux répandus dans File est évaluéeà dix mille âmes.
Telles sont les sept lies appelées aujourd'hui Ioniennes , auxquelles il faut johddre un grand nomhre aliots, moins importants, dont les principaux sont :
Merlera , Fano, Samoâiraki, Antipaxo, Meganisi, Gérigotto, etc., qu'il sufGra d'énnmérer en passant Ajoutons aussi quelques détails sur les Strophades ou Strivali , que nous avons déjà mentionnées plus haut, et qui font également partie de la république ionienne, placée aujourd'hui sous le protectorat de l'An* gleterre. Les Stropnades sont placées par Strabon (1) à quatre cents stades du continent, à Fouest Ce sont deux petites lies, qui n'ont de célébrité que par une légende des temps héroïques. EUesétaient le séjour des Harpyes. Ces monstres , oue la fable représente avec un visage de femme, un corps de vautour et des ongles crochus, étaient nés de Thaumas et d'Electre. Elles étaient au nombre de trois : Aello, Ocjpète et Celéno. Au temps de l'expédition des Argonautes , elles tourmentaient Phinée, roi de Thrace, en venant^ au moment de ses repas enlever les viandes à peine servies, et souiller tous les mets, d'une odeur infecte. Calais et Zétbès, fils de Borée, les forcèrent à fuir, et leur donnèrent la chasse jusqu'à ces deux petites îles , où ils les abandonnèrent pour rejoindre leurs compagnons. De là le nom de Strophades ou lies du Retour, qui leur fut donné (2). Virgile suppose qu'Énée et ses compagnons furent assaillis par ces monstres, en relâchant JiQX Strophades, après la prise de Troie, et que Géléno lui fit de terribles prédictions (3). On ne sait trop ce que les poètes ont voulu désigner par cette rapacité importune des narpyes : ils ont peutêtre personnifié ainsi les pirates, ou les vents violents et malsains.
(i) SU«b.,yni, p. 359., éd. Tquchn., IL, p. loS.
(1) Apolloo., jirg., U, 996.
(3) Yirg., -«/î. m, an.
BÉSUHB HISTOBIQUB SUB LBS tLBS lONlENNBS.
Les Iles Ioniennes ayant été longtemps séparées et indépendantes les unes des autres, surtout dans l'antiquité, il est impossible de mener de front leur histoire. Nous sommes donc obligé d*établir des divisions, comprenant Phistoire spéciale de chaque île jusqu'au temps où elles se trouvent réunies sous une domination commune.
Outre ces divisions d*espace, pour ainsi dire , nous sommes obligé d'établir des divisions de temps , comprenant les dominations successives sous lesquelles elles ont passé. Nous commencerons par l'histoire de Corfou.
COBCTBE.
Tbmps fàbulbux. — Temps wkboIqubs. — L'Ile de Corfou a eu plusieurs noms; elle s'est appelée successivement Drepanum, Scnéria et Corcyre ; ce dernier nom est celui qu'elle a porté dans toute l'antiquité. La mythologie grecque V a placé quelques-unes de ses scènes fenuleuses. C'est là que Jupiter et Neptune auraient vidé , I un armé de sa faulx , l'autre de son trident, une vieille querelle qui les divisait : Neptune fut vaincu. C'est là aussi qu'aurait régné glorieusement un fils de Neptune, appelé Phéace, qui donna son nom aux hanitants de l'île (1). Phéace régnait encore lorsque Jason , revenant de l'expédition de colchide avec Médée.
relâcha à Corcyre. U fut bien accueilli par Phéace, qui le protégea contre iEétès, roi d'Iolcos.
Plus tard^ après la guerre de Troie, Ulysse fut jeté par la tempête sur les rivages de Cforcyre, où régnait Alcinoûs. Homère raconte avec détails l'accueil que fit Alcinoûs au fils de Laerte (2). Nausicaë, fille d' Alcinoûs, s'étant éprise d'amour pour ce héros naufragé, celui-ci, dont la prudence égalait la sagesse , résolut de quitter l'île; il retourna à Ithaque, où il retrouva la vertueuse Pénélope et son fils Télémaque.
Les historiens commencent enfin à
(i) Diodorede Sicile, lY, 7a.
(a) Homère , Odyss., livres VI et VII,
LIJWIVERS.
donner quelques notions pins certaines sur 111e de Coreyre. Une colonie de Corinthiens vient s'y établir sous la conduite de Chersieratès , vers la dix-septième olympiade. Us bâtirent une ville dont parlent Thucydide et Xénophon, et qui était nommée Cbrysopolis.
Temps histomiques. — Les Corcyréens, comme toutes les peuplades grecques, eurent le génie de la conquête et de la colonisation lointaine. Ils fondèrent deux colonies Importantes, Épidamne et Apolionie. Leurs premières guerres eurent lieu contre les Corinthiens; ils les défirent dans une bataille navale , à la suite de laquelle la paix fut rétablie entre eux.
Lycophron, leur dernier roi, étant mort , les Corc3rréens substituèrent à la royauté le gouvernement républicain.
Cette révolution s'opéra en même temps
?ue celle qui renversa les Pisistratides Athènes.
Vers Tan 480, Xerxès , roi de Perse, menaçant TOccident d'une invasion , une ligue fut conclue entre tous les États crées contre le redoutable monarque.
Les Corcvréens entrèrent dans la ligue, et équinèrent soixante vaisseaux bien armés. Mais soit crainte de s'attirer les colères de Xerxès, soit espoir de profiter de la ruine des Grecs, ils restèrent neutres , s'avancèrent jusqu'à Pylos, où ils apprirent cette victoire fameuse remportée par Thémistocle sur la flotte des Perses. Cette conduite indigna la Grèee, et particulièrement le Péloponnèse, dont Coreyre , par sa position géographique»
semblait taire partie. Thémistocle ayant essuyé l'ingratitude de ses concitoyens, malgré ses services et sa gloire, se retira à Coreyre, où il fut accueilli avec de grandes démonstrations de joie et de respect. Tïéanmoins les Athéniens n'en garaèrent point rancune aux Corcyréens, et ceux-ci oientôt vinrent implorer leur secours contre la ligue de tout le Péloponnèse, qui ne pouvait leur pardonner leur neutralité dans la grande guerre contre les Perses.
GUEBBES DES C0BGYB£BI<9S AVEC
LES CoBiNTHiENS. — Cétaient les Corinthiens surtout qui montraient les dispositions les plus hostiles aux Corcyréens, et c'étaient eux qui avaient fomenté la ligue du Péloponnèse contre
ces insulaires. La guerre s^cop^ea a l'occasion de la ooionie d'Épirt mm ^ que les Corinthiens prétendues ysséder. Épidamne en effet se plaça mm la protection de Corinthe^ qui eomiài troupes et des vaisseaux à cette tmwk Soixante-quinze Taisseam et deaxidk hommes nirent mis à la disposilÎQB As Ëpidamniens.
De leur côté , les Corcyréens équipèrent soixante-dix Taisseaux, montés pm des hommes à qui la mer était famâiere, et quarante de ces vaisseaux s'avaeèrent au-devant de la flotte ooriDtfaiaae. Les insulaires , habiles à la nuacravre, battirent leurs ennemis, et I (a noaivUe de cette défaite, Ëpidamae se fcttfit aux vainqueurs. En ménoàre de ce triomphe, les Corcyréens tga^at leurs prisonniers, sur un cap âeviét son île.
Les habitants de 1>ueade (Saial^ Maure) et de Céphallénie, avaieat ^ parti pour les Corinthleus entre les Corcyréens : ceux-ci s^avaacèrent aiee leur flotte vers Leucade; mais les û»> rinthiens, réunis pour couvrir cette île, qui était leur alli^, refiisèieot leeoabat et temporisèrent. Alors les Coreyréens firent retraite; et comme il voyaiefli le sénat de Corinthe iake de aearena préparatfft, ils enroyèrentd» dépma a Athènes demander des seeovrs. Bêriclès détermina les Atbéoôensenfsff»
de leur demande ; une alliance fH oqb» due entre les deux peuples.
A cette nouvelle « Gorintbe met ci mouvement une flotte considéraM», composée de cent cinquante vaisseiai; les Corcyréens n'avaient que ceat et vaisseaux, et les secours d^Atbènes o^étaient pas arrivés ; néanmoins ils ne lefusèrent pas la bataille, et ils reropertèrent une nouvelle victoire, mais peod^ cisive ; et les Corinthiens se disposakai à ofTrir une nouvelle bataille, ionm l'arrivée de trente voiles athéniennes lo mit subitement en retraite.
Mais cette retraite cachait de DOtveaux projets. Us resserrèrent inr alliance avec les autres États du Pêt ponnèse, gagnèrent à leur cause lesl> cédémoniens, Perdiecas, roi de Mioédoine, quelques villes de Sicile et dlifie^ et firent révolter contre Athènes ^ws et Byzance. Mais les Atb^ens, oaii
ILES IONIENNES
aux Corcyréens, avaient en mer cent soixaDte-(fix vaisseaux , oui tinrent en échec les forces combinées de la ligue st battirent dans une rencontre la flotte isolée des Leucadiens.
TbOUBLES INTBBIEUBS ▲ COBCYBB
;427, 425). C'est à la suite de cette campagne que commencent à Corcyre les iivisions intestines; FÉtat se sépare en ieux £actions, celle du peuple et celle des nobles. On sème dans le peuple la défiance contre Athènes, et Pithias, le chef du sénat, qui était du parti d'Athèaes, est un jour massacré avec soixante- Jix sénateurs. Athènes était alors Tobet du ressentiment de toute la Grèce.
Les Corcyréens lui ayant témoigné de la léfiance, et ayant masisacré ses partisans, furent abandonnés par elle ; et comme Is lui avaient envoyé des députés , ces léputés furent reçus avec dédain et mis m prison.
Dans cette lutte on vît Lacédémone )rendre parti pour les nobles, et Athènes )Our le peuple. Athènes envoya cina cents lommes au secours du parti populaire ; nais les Lacédémoniens arrivèrent avec oute une flotte au secours des nobles. Une )ataille s'engagea en vue de Corcyre.
forcés à la retraite par Nicostrate, général athénien, les Lacédémoniens re- )arurent bientôt avec des forc^ supéieures, et assiégèrent Corcyre par terre il par mer. Mais , n'observant aucune iiscipline, ils se répandirent dans Ttle, M)mmirent des brigandages et détermilèrent la réconciliation des nobles et du )euple. En même temps, ils apprirent ju'une flotte athénienne, commandée )ar des chefs braves et expérimentés, {'approchait. Les Lacédémoniens se reirerent devant cette flotte , et abandonlèrent les nobles. Alors, malgré la réconciliation récente du parti démocraique avec le parti des nobles , le peuple le Corcyre, à la vue des Athéniens, ses )rotecteurs, ne chercha plus que la vengeance, et n'écouta que son ressentiment. Le parti des nobles fut massacré, les liaisons incendiées; de ce parti il ne s'échappa que cinq cents citoyens, qui se réfugièrent dans lÉpire.
Ces cinq cents, aidés parles Épirotes, Qrent tout à coup irruption à Corcyre ; malgré leur courage, ils sont faits prisonniers, et maigre les Athéniens, qui
voulaient les sauver, ils sont livrés au bourreau. On n'en épargna que quelquesuns , qui furent mis en esclavage.
Le calme se rétablit enfin à Corcyre.
Les Athéniens en profitèrent pour rassembler dans le port une flotte de cent trente-quatre vaisseaux, montée par cinq mille hcmmes, et destinée à opérer un débarquement en Sicile (415). Nicias, AJcibiadeetLamachus, la commandaient.
Cette flotte s'étant éloignée pour cette expédition , les Lacédémoniens se présentèrent en vue de Corcyre ; mais les Corcyréens, dans leur désespoir, firent des prodigesdevaleur,etbattirent leurs ennemis. Timothée, Athénien, venu à leur secours , rétablit le calme , et rendit le gouvernement au parti populaire.
Dans les guerres qu'Athènes eut en« suite à soutenir soit en Sicile, soit contre Lacédémone, soit contre les colonies révoltées, les Corcyréens se montrèrent ses fidèles alliés. A la paix conclue entre Athènes et Lacédémone sous la médiation d'Artaxerce, roi de Perse, les Corcyréens jouirent des bienfaits de cette paix , et se livrèrent au commerce.
Corcyre* servit de retraite à Aristote, qui, pendant son séjour dans cette lie, y reçut la visite de son élève Alexandre.
Corcyre dégénéra bientôt de son antique puissance. Elle fut assiégée et prise par Agathocle (317), tyran de Syracuse; mais le vainqueur abandonna cette possession pour tourner ses armes contre l'Ahrique.
Pyrrhus, roi d'Épire, ce redoutable ennemi des Romains, (280) attaqua Corcyre, dont il avait besoin pour l'exécution de ses projets sur l'Italie. Repoussé une première lois, il finit par s'en emparer. Dans la guerre contre l'Italie, il tira des secours de Corcyre, qu'il sut habilement ménager. La guerre, qui désolait à ce moment l'Italie et la Grèce, redonna aux Corcyréens du courage et à leur Ile de l'importance. Ils méditèrent une expédition sur rtle de Crète, v firent une descente, mais furent à la fin obligés de l'abandonner.
Alors les Corcyréens s'attachèrent à développer leur marine commerçante, el s'adonnèrent aux arts. Malheureusement ils eurent à lutter contre un ennemi nouveau , qui leur faisait en détail une guerre acharnée ; cet ennemi, c'étaient
L'UNIVERS
les pirates UlyrîeDS, sur lesqoeb régnait aloi^ une feuune avide et cruelle, du nom de Teuta. Réduits à leurs seules forces, les Coroyréens forent impuissaots dans cette lutte, où leurs hardis agrès* •eurs excellaient par la vélocité de leurs navires et Theureuse témérité de leurs attaques. Les Coreyréens virent souvent leurs navires, leurs marchandises, leurs richesses devoiir la proie de ces audacieux et infatigables pirates.
Alors les Coreyréens soufrent à imi* ter Texemplede toute la Grèce* Coreyre fit comme Athènes, son ancienne alliée; elle accepta la domination romaine. Elle envoya à Rome des députés chargés de demander au sénat sa protection. Le sénat ne savait jpas repousser de pareilles demandes ; les députés rapportèrent à Coreyre la protection du sénat et la domination de Rome.
ÉTAT oBNénA£. Nous avous peu de chose à dire des institutions pohtiques de Coreyre. Cétait le gouvernement ré-
Eublicain dans sa plus grande simplicité. i y avait chaque année une assemblée générale du peuple, qui élisait quatre che£i OQ prytanes chargés d'administrer et de rendre la justice ; les prytanes avaient chacun leur spécialité.
Les dieux particulièrement invoqués à Coreyre étaient Jupiter, Neptune, Mercure et Apollon. Sur lés médailles qui témoignent de leur culte, les insulaires gravaient d'un côté la tête du dieu invoqué, de l'autre des emblèmes significatifs, un trident, une galère, un trépied, une grappe de raisin, un cheval, une vâr 'Che,etc. Il reste un assez grand nombre de ces médailles dans les musées de Venise. Les moeurs des Coreyréens n'ont pas la politesse et l'élégance des mœurs grecques et surtout athéniennes ; elles restèrent rudes , et ces insulaires n'excellèrent généralement que dans leg exercices du corps : ils ont fourni beaucoup d'athlètes aux jeux olympiques.