‹ Iles de la GrèceChapitre 4 sur 31 · XI · texte numérisé non relu

XI

détrôné Cinyras (1). Le premier établissement des Grecs en Cypre est celui de Teucer, fils de Télamon, qui, chassé de Salamine pour n'avoir pas secouru son frère Ajax ou ven^é sa mort, alla fonder dans rfle la Salamine Cyprienne. On dit

2u'il épousa Euné, fille de Cinyras. Im rrecs tirent alliance avec les Phéniciens, et leurs émigrations dans l'Ile de Cypre s'accomplirent sans violence et sans guerres. Le continent de l'Attique, dont Salamine n'est qu'un fragment détaché, envoya dans le même temps de nombreuses colonies, dans l'île de Cypre»

sous la conduite d'Acamas, de £)emophon, de Phalérus, d'Alédrus, de Chjrtrus. C'était la race de Thésée qui émi-

Srait, entraînée sans doute à son tour ans la disgrâce qui avait firappé Thésée lui-même. Les colonies athéniennes couvrirent la côte septentrionale de Ftle et la plaine de la Messarea. On attribue la fondation de Lapathus et Céronia à Praxandre de Thérapné , ville de Laconie. Des Argiens, sous un chef inconnu, s'établirent a Curium ; Céphas conduisit des Achéens d'Olénum et de Dyme, et s'établit en Cypre avec Praxandre. Des Asinéens Dryojpes, chassés par les Doriens, prirent la même route, et se réfugièrent dans cette île, où l'existence d'une ville d'Asine atteste la réalité de cette émigration (2). Agapâior, qui commandait tes Arcadiens au sié^e de Troie, fonda la nouvelle Paphos, où le culte de la divinité phénicienne de Palse-Paphos commeni^ a se combiner avec celui de l'Aphrodite grecque. Enfin, la fondation de la ville de Golgos était attribuée à une colonie de Sicyoniens.

£tat de l'Ile de Cypbe pendant

LA PÉRIODE d'indépendance. — Du

douzième au septième siècle avant l'ère chrétienne, l'île de Cypre, divisée en petits royaumes indépendants et peut-être confédérés, devient florissante et riche, et se place parmi les puissances maritimes de la Méditerranée. Cest la seule période où, ne relevant que de ses propres lois, elle vécut libre de toute domination étrangère; et c'est aussi letemp»

où son histoire est le moins connue. La

(i) RaouURochette, Histoire des Colonies grecaues, II, p. Sqo.

(2; Engel, Kypros, I, 234.

Milité avec laquelle les Grecs s'étaient établis et répandus en Cypre semble indiquer que la domination phénicienne commençait à y tomber en décadence.

Il y a?ait peut-être entre les cités phéniciennes de nie de Ç]rpre et la métropole des dissensions qui devinrent fatales à ces premières ; car, d'après une tradition fort vraisemblable (1), Teueer avant de débarquer dans TUe séjourna quelque temps à Sidon , où r^ait Bélus , qui Taida de toutes ses forces dans son expédition en Cypre. Ce fait nous révèle sans doute la cause principale de la ra-

Sidité avec laquelle s opéra Finstallation e la race grecque dans ce pays : les Hellènes prirent le dessus, occupèrent le nord, le nord-est et l'ouest de Tile, et les Phéniciens furent resserrés an sud dans les trois villes de Paphos , d'Amathonte et de Citiam. Dans ces temps anciens on ne coniiaissait que la forme du gouvernement monarchique. Les chefs qui avaient conduit les colonies grecques restèrent rois, et fondèrent des dvnasties qui se partagèrent Tîle en plusieurs royaumes. Les anciens divisaient Cypre en neuf royaumes, oui étaient les suivants (2) : Salamine, le plus puissant de tous, Soli, Chytri, Curion, Lapathos, Cerynia , la Nouvelie-Paphos , Citium et Amathonte. Ainsi de ces neuf royaumes il n'y en avait que deux gui avaient conservé le caractère phénicien, les sept autres étaient d'origine grecque, ou étaient devenus helléniques par la colonisation.

Puissance mabitime et colonies DES Cypriens. — Ces deux peuples libres, les Phéniciens et les Grecs, rivaux sans être ennemis, établis dans cettefle, si importante par ses richesses naturelles et sa position géographique , déployèrent toutes les ressources de leur génie commercial , et Cypre devint une puissance maritime de premier ordre. Elle eut un instant l'empire de la mer, au neuvième siècle avant l'ère chrétienne, l'an 846 d'après les Tables de Castor; et elle conserva pendant trente-trois ans sa domination (3). Alors rtle de Cypre envoya à son tour des colonies au dehors, sur les

(i) Serrins, Ad JEn,, 1, 6a3.

(i) Pline, Hist, Nat., V, 35 , i ; Pomp. Mda,n, 7; Diodor.,XVI, 42.

(3) Engel, Krpros, I, a38 ; Diod., VII, i3.

2* Livraison. < Ile de Chypre. )

c6tes de la Macédoine, à Cyme, en Asie Mineure, en Syrie, à l'endroit où s'éleva plus tard la ville d'Antioche, en Sicile, où le Rhodien Dinomène , ancêtre de Gélon, etd'origine cynrienne, jeta les fondements de la ville ae Gela. Mais , en somme, les indications que l'antiquité nous a conservées sur le aéveloppement maritime et commercial des- Cypriens à cette époque sont bien insuffisantes , et ne nous permettent pas de donner une juste appréciation de cette tkalassocratie de l'île de Cypre, placée par Castor au neuvième siècle et attestée également par Eusèbe et le Syncelle. Ce qui paraît certain , c'est que la ville de Citium , malgré la propagation des Grecs dans l'Ile, était restée le centre principal du commerce de Cypre, grâce, sans doute, à ses relations avec les cités phéniciennes et surtout avec celle de Tyr, dont elle reconnut la suprématie, et dont elle partagea jusqu'à un certain point toutes les destinées.

Relations des Cypriens avec l'Assyrie. — En effet, au huitième siècle avant l'ère chrétienne, Tyr était parvenue au comble de sa prospérité, et c'est alors que l'île de Cypre paraît être tombée sous sa dépendance. D'après l'historien Ménandre, cité par Josèphe, Salmanasar, roi de Pïinive, ayant envahi la Phénicie, les Citiens s'adressèrent à ce prince pour obtenir des secours contre Élulée, roi de Tyr, auquel ils venaient de refuser obéissance. D'autres villes phéniciennes en firent autant, et fournirent une flotte au roi assyrien. Les Tyriens la dispersèrent ; et Salmanasar fut obligé de renoncer à l'espoir de s'emparer de Tyr. Mais les cités phéniciennes s'affaiblissaient par ces dissensions, et le moment n'était pas éloigné où elles devaient reconnaître un vainqueur. En effet Nabuchodonosor le Grand, au commencement du sixième siècle, renversa l'ancienne Tyr, et força ses habitants à se construire une nouvelle cité, sur un îlot voisin de la côte. Un grand nombre d^entre eux se réfugia dans Tîle de Cypre, qui subit peut-être la loi du conquérant chaldéen. Dans Jérémie, Tyr, Sidon et Cypre semblent enveloppées dans la même catastrophe quand le prophète s'écrie : « J'ai reçu la coupe de la main du Seigneur, et j'en ai fait boire à tous les peuples vers lesquels le

LUNIVERS.

Seigneur m'a envoyé, à tous les rois de I^r et à tous les rois de Sidoa, et aux rois de la terre des îles qui sont au delà de la mer (1). » Cette terre des îles ne peut être que Tîle de Cypre , divisée en

Setits États qui s'empressèrent tous sans oute de désarmer par une prompte sou* mission le courroux du roi de Baoylone. Conquête de Cypbepar les Égyptiens. — Déjà les cités commerçantes de la Phénicie et de Hle de Cypre défendaient bien péniblement leur indépendance contre les agressions des rois assyriens et chaldéens , lorsqu'un nouvel ennemi parut qui vint encore accroître les dangers de leur situation . Au milieu du septième siècle, Tavénement de Psammitichus au trône de TÉgypte marque une ère nouvelle dans l'histoire de cette contre. Ce prince, oui avait soudainement passé de la persécution et de Fexil à la possession du souverain pouvoir, grâce aux secours d'aventuriers grecs venus des Iles et de l'Asie Mineure, les récompensa en leur permettant de s'établir prés de Bubaste, et FÉg^ pte cessa d'être fermée aux peuples navigateurs de l'Occident.

Plus tard Amasis leur céda Pïaucratis.

Les Cypriens proGtèrent avec empressement de l'ouverture de ce nouveau marché, et la^énus de Paphos fut bientôt comptée au nombre des divinités adorées dans la ville de Naucratis (2). A la suite de ces événements, qui avaient créé à l'É^ypte des intérêts nouveaux, les rois égyptiens de la vingt-sixième dynastie, dont Psammitichus fut le fondateur, s'engagèrent dans une lutte acharnée et sanglante avec les rois chaldéens de Babylone. Us leur disputèrent la possession des provinces maritimes de la Syrie, sans lesquelles il n'est point de domination possible dans la Méditerranée orientale. I^ résultat de ce conflit retomba sur l'île de Cypre, qui devint la proie des Égvptiens. Apriès , fils de Nécao, petit-fils de Psammitichus, marcha, dit Diodore de Sicile (3), à la tête d'une nombreuse armée de terre et d'une flotte considérable contre l'île de Cypre et la Phénicie. Il prit d'assaut Sidon, et

(i) Jérém., XXV, 17, aa.

(a) Voir Athénée, XV, 676; Eogel, iCjvros, I, aSo.

(3) Diod., 1, 68.

porta la terreur oans les autres villes de la Phénicie. Il vainquit , dans un grand combat naval , les Phéniciens et les Cypriens, et retourna en Egypte chargé de leurs dépouilles. Les Cypriens, afifaiblis par ces premières défaites, furent subjugués par Amasis, successeur d'Apriès. Ce prince, dit Hérodote (1), est le

Sremier qui se soit rendu maître de Ifle e Cypre, et qui l'ait forcée à payer un tribut (vers 550). Quelques années auparavant, Solon avait visité le roi d'yEpia , Philocyprus , ou Cypranor, et l'avait engagé à transporter son séjour dans une ville qu'on appela Soli en l'honneur du sage Athénien. Avant de quitter le roi cyprien, Solon lui adressa dans une élégie les adieux suivants :

Poisses-ta régner ici dans Soi! de longnes années,

Paisible dans ta ville, toi et tes descendants!

Poar moi , qae mon rapide vaisseau k>ln de cette fie célèbre

M'emporte sain et sanf , protégé par Cyprls à la couronne de violettes.

Puisse cette fondation me valoir par la déesse reconnaissance, gloire

niustre, et heureux retour dans ma patrie!

Ce fut peu de temps après que \Ule célèbre perdit son indépendance. ]\Iais les Athéniens n'oublièrent pas que les descendants de Thésée l'avaient couverte de colonies , que leur législateur l'avait chantée , et ils firent des efforts héroïques pour la reconquérir et la rattacher à la grande famille hellénique.

L'ÎLE DE CyPBE passe SOUS LA DO- MINATION DES Pebses. — C'est à tort assurément que Xénophon place l'île de Cypre dans l'empire de Cyrus. Cette assertion, répétée plusieurs fois dans la Cyropédie (2), où les contingents de Cypre figurent toujours dans les armées du roi de Perse , est contredite par le témoignage positif d'écrivains plus soucieux que Xénophon de l'exactitude historique. Hérodote et Thucydide (3; marquent bien clairement que Cyrus, uniquement occupé par ses vastes conquêtes sur le continent, ne put faire d'entreprises maritimes, et qu'il laissa à ses

(i) Hér., II, i8a.

(2) Xén., Cyrop,, I, i, 4 ; VH, 4, i ; Vin, 6,8.

(3) Hérod., m, 34; Thuc, I, 16.

ILE DE CHYPRE

successeurs la gloire de s'emparer de Feinpire des mers. Lorsgue Gambyse déclara la guerre à Psamméuit, fils d'Amasis, Tan 525 avant Tère cbrétiemie, les Phéniciens et les Çypriens , lassés de la domination ^ptienne, et attendant quelque avantage d'un changement de maître , se donnèrent à la Perse, et mirent leur marine à la disposition du fils de Cyms (1). C'est là le fait que XénophoD a transposé par un anachronisme sans doute volontaire, et de peu d'im|)ortaoce eu égard au plan et a l'intention de son roman historique. Il est probable qu'à l'origine les Çypriens et les Phéniciens , considérés par. les Perses comme alliés et non comme sujets, jouirent d'une liberté qui fut la récompense de leur défection à l'égard de r£gypte. Ils ne furent pas soumis à des gouverneurs persans ; mais Darius , qui donna une administration uniforme et régulière à son vaste empire, fit entrer la Phénicieetllle de Cypre dans la cinquième satrapie (3). îl paraît néanmoins que les petits rois de Vile de Cypre conservèrent leur autorité sons la suprématie de la Perse, dont ils se reconnaissaient les vassaux. D est fait mention dans Hérodote (3) d'un roi de Salamine, appelé Éveltbon, qui consacra à Delphes un très-bel encensoir, qu'on voyait dans le trésor des Corinthiens. Pendant le règne de ce prince , qui avait commencé vers le milieu du sixiènae siècle, Aroésilas HI , roi de la ville greeque de Cyrène, que les Doriens de Théra avaient fondée en Afrique, fat chassé de ses États par ses sujets révoltés. 11 se réfugia à Samos, où ré-

fnait Polyerate, et sa mère, la vincÇcative hérétîme , se retira à Salamine, auprès d'Évelthoa , auquel elle demandait avec instance des secours pour se rétablir à Cyrène, elle et son nls. Éveltbon se montrait plein de générosité à son é^rd, mais ne lui donnait ni vaisseaux ni soldats. A cha(iue présentqu'elle recevait de lui, Pbérétime , tout en assurant qu'elle les trouvait très-beaux, répondait qu'il ferait bien mieux do lui accorder des troupes. A la fin Éveltbon , fatigué des

(i) Hérod., in, 19.

v») Hcrod., m, 91; Engel, KfproSf

(3) Hérod., IV, i6a.

sollicitations et des reproches de cette princesse, lui envoya un fuseau d'or»

avec une quenouille chargée de laine , et il accompagna ce présent de ces paroles ironiques : « On donne aux femmes un fth seau et une quenouille, on ne leur donne pas une armée. »

PBfiMIBR SOULÀYEMENT DES Cy> PRIENS CONTRE LES PeRSBS, PENDANT LA RÉVOLTE DE L'IONIS (502-501 avaut

J.-C. ). — La révolte de rionie, excitée par l'ambition et les intrigues d'Aristagoras et d'Histiœe de Milet, ne détacha un instant les villes grecques d'Asie de l'empire des Perses que pour aggraver leur servitude. L'île de Cypre fut entraînée dans ce mouvement, où les Grecs déployèrent un grand courage et succombèrent par leur désunion. Au moment où cette guerre éclata, Gorgus régnait à Salamine. U était fils de Chersis, rtit-fils de Siromus, lequel avait succédé^ Évelthon, son père. Gorgus avait un frère /nommé Onésilns, jeune homme remuant et hardi, qui exhortait souvent son frère à secouer le joug. A la nouvelle de la révolte des Ioniens, Onésilns l'en pressa encore davantage ; mais n'ayant pu l'y engager, il épia le moment qu'il était sorti de Salamine, et, réunissant ses partisans , il s'empara du pouvoir. A son retour, Gorgus trouva Salamine soulevée; il se retira chez les Perses. Alors Onésilus excita les villes cypriennes, qui toutes prirent les armes, excepté les habitants d'Amathonte. Il mit le siège devant cette place.

Pendant que Darius renvoyait Histiœe de Suse à >lilet pour apaiser les Ioniens , il dépédia le Perse Artybius avec une armée, pour comprimer le soulèvement d'Onésilus. Ce dernier était encore occupé au siège d'Amathonte, quand on lui apprit le danger qui le menaçait. A l'instant il s'adresse aux Ioniens, les conjure de le secourir, et ceux-ci lui envoient une flotte nombreuse, qui arriva à peu près en même temps que l'armée d'Artybius et les vaisseaux phéniciens qui devaient la soutenir. Avant d'agir, les rois de Cypre et les commandants ioniens se réunirent en conseil, et délibérèrent sur le plan de défense qu'il convenait d'adopter (1). « Ioniens, dirent

(i) Hérod., V, 109, trad. de Iurcher.

ao

L'UNIVEUS.

les Cypriens, nous vous donnons le choix d'attaquer les Perses ou les Phéniciens. Si vous voulez essayer sur terre vos forces contre les Perses, il est temps de quitter vos vaisseaux et de vous ranger en bataille ; et nous, après être montés sur vos vaisseaux , nous combattrons contre les Phéniciens ; si vous aimez mieux attaquer les Phéniciens, faites-le. Mais, quel que soit votre choix, songez que de vous dépend la liberté de Cypre et de llonie. » « Prinoes de Cypre, répondirent les Ioniens , le conseil commun de rionie nous a envoyés pour garder la mer, et non pour remettre nos vaisseaux aux Cypriens, et pour combattre nousmêmes à terre contre les Perses. Nous tâcherons de faire notre devoir dans le poste où Ton nous a placés. Pour vous, rappelez-vous le dur asservissement où vous ont tenus les Mèdes , et combattez en gens de coeur. » 11 fut résolu qu'on livrerait bataille aux Perses, pendant que la flotte ionienne en viendrait aux mains avec les Phéniciens.

Bataille de Salamitve ; mobt d'O- NBsiLUs. — Artybius avait établi son camp dans la grande plaine de Salamine. Les alliés marchèrent contre lui. Quand on fut en présence , ils rangèrent leurs troupes de manière à opposer les gens de Salamine et de Soli, réputés les plus braves de Tîle, aux bataillons perses. Onésilus se mit à leur tête, et se plaça juste en face d' Artybius. « Artybius montait un cheval instruit à se dresser contre un homme armé. Onésilus, qui en fut averti, en parla à son écuyer, Carien de nation, homme plein de courage, et très-entendu dans Fart de la guerre. « rapprends, lui dit-il, que le cheval d* Artybius se dresse, et que des pieds et des dents il tue celui contre lequel on le pousse. Faites sur-le-champ vos réflexions là-dessus, et dites-moi lequel vous aimez mieux observer et frapper du cheval ou du maître. — Seigneur, répondit Técuyer, je suis prêt à faire Tun et l'autre , ou l'un des deux , et absolument tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner. Je vous dirai cependant ce qui me paraît convenable à vos intérêts. Je pense qu'un roi et un général doivent combattre contre un roi et un général. Si vous tuez un général, il résulterapourvous une grande gloire; s il vous tue (ce qu'aux dieux

ne plaise), il est moins triste de mourir de la main d'un homme de marque.

Quant à nous autres serviteurs , il rout que nous combattions contre d'autres serviteurs. A l'égard du cheval d' Artybius , ne craignez point son manège , je vous garantis qu'il ne se dressera plus contre personne. >» Il dit, et bientôt après les deux armées de terre et de mer en vinrent aux mains (f ).

Les vaisseaux ioniens dispersèrent la flotte phénicienne. Mais la bataille de terre eut une autre issue. D'abord tout alla bien pour les Grecs : Onésilus et Artybius se rencontrèrent dans la mêlée. Tandis qu' Artybius poussait son cheval contre Onésilus, celui-ci le frappe, comme il en était convenu avec son écuyer. Le cheval drçsse en même temps ses pieds sur le bouclier d*Onésilus , le Carien les lui coupe avec une faulx; le cheval s'abat et le général perse tombe avec lui. Mais la défection de quelques chefs c}'priens, qui s'étaient sans doute concertes avec les Perses, enleva la victoire à Onésilus. Stésénor, tyran de Curium, et le chef des chariots de guerre des Salaminiens passèrent à l'ennemi, et la déroute des Grecs commença. Oiésilus fut tué pendant cette déroute ainsi qu'Aristocypros, Ois de Philoc>'pros, roi des Soliens, l'hote et l'ami de Solon. Ces deux princes étaient les plus compromis de tous les tyrans de lile. Leur mort mettait fin à La révolte. Les habitants d'Amathonte, irrités contre Onésilus, quiles avait assises, lui coupèrent la tête et l'exposèrent sur une des portes de leur ville. Quelque temps après cette tête étant vide , un essaim d abeilles la remplit d'un rayon de miel. Cet événement leur paraissant un prodige, les habitants d'Amathonte consultèrent l'oracle , qui leur ordonna d'enterrer cette tête et d'offrir tous les ans des sacrifices à Onésilus comme à un héros. « Ils obéirent, dit Hérodote, et de mon temps ils lui sacrifiaient encore (2). »

L'Île de Cypbe betohbe sous le JOUG des Pebses. — A la nouvelle de cette défaite, les Ioniens, jugeant que les affaires de Cypre étaient perdues sans ressource, remirent sur-le-champ à la voile, et regagnèrent l'ionie. Toutes les

(i) Hérod., V, m.

(2)Hérocl. V U.

ILE DE CHYPRE

SI

Tilles de Cypre furent assiégées, excepté SalamiDe, qui avait rappelé Gorgus,soD ancien roi. Soli fit nne longue résistance. Elle arrêta Tennemi pendant cinq mois, et ne fut prise que par la mine. Les Cypriens retombèrent sous le joug, après avoir joui de la liberté pendant un an. Alors les Cypriens furent obliaés d'aller combattre leurs anciens alliés. Darius les fit marcher contre les Ioniens (1), et ils contribuèrent à la défaite de Lada et à la prise de Milet. Les Cjrpriens suivirent aussi Xerxès dans son expédition en Grèce. Leurs chefs, selon la remarque d*Hërodote, portaient la mitre, à l'imitation des Perses, Ils fournirent cent cinquante vaisseaux (2). Gorgus de Salamme, qui devait aux Perses le recou* vrement de son trône , prit rang parmi les commandants supérieurs de la flotte. Son frère Philaon , estimé pour sa bravoure , lut fait prisonnier dans un des combats de J'Artémisium , ainsi que PentbiJus, iiis de Démonous, tyran de Paphos. Pentbilus était venu avec douze vaisseaux paphiens : il en perdit onze brisés par la tempête au cap Sépias, et il tomba entre les mains des Grecs avec le seul navire qui lui restât (3). La flotte des Perses fut détruite par Thémistocle à la bataille de Salamine, et Mardonius attribua cette défaite à la mauvaise volonté et à la lâcheté des peuples qui avaient fourni les contingents maritimes. Phéniciens, Égyptiens, Cypriens, et Ciliciens (4). Il parlait ainsi pour tirer Xerxès de la consternation ou il était plongé, et rengager à lui confier le soin de continuer la guerre avec Tarmée de terre. On sadt comment Mardonius (479) succomba, sous les efforts des Grecs, à la bataille de Platée.

Expéditions des Grecs dans l'Ile DE Cypre. — Les Grecs d'Europe avaient glorieusement repoussé Finvanon des bordes asiatiques que les Perses entraînaient à leur suite. Emportés par Télan de la victoire, ils prirent Toffensive, et commencèrent une série d'expéditions hardies, dont le résultat devait étred'arracberà la domination des Perses

(i) Hcrod., Vr, 6.

(a) Hérod., VU, 90.

(3) Hérod., VH, 98, igS; VIII, 11.

U) Hérod., VIII, 100.

les îles dé la Méditerranée et les villes grecques du littoral de l'Asie. Atbènes, qui avait eu la plus grande part à la délivrance de la Grèce proprement dite, devait aussi jouer le principal rôle dans cette guerre exclusivement maritime.

Cependant, Sparte resta encore quelque temps à la tête de la confédération bellénique, et son général Pausanias prit le commandement de la flotte des Grecs et poursuivit les Perses dans les mers de l'Asie. Sa première expédition fut dirigée contre l'Ile de Cypre (1). 11 parut dans cette île avec quatre-vingts navires, dont trente athéniens, sous la conduite d'Aristide; et il délivra une partie des villes cyprjennes des garnisons- qu'y entretenait le grand roi.

Exploits de Cimon. — La trahison de Pausanias, qui s'était laissé corrompre par l'or des Perses , ayant fait perdre à Sparte le commandement général des forces de la Grèce, l'hégémonie fut transférée aux Athéniens dont les généraux Aristide et Cimon s'étaient concilié la confiance et l'attachement des alliés. Tandis qu'Aristide administrait les affaires de la confédération, Cimon s'illustrait par ses exploits dans les îles et sur les âtes d'Asie, a Personne autant que Cimon, dit Plutarque (2), ne rabaissa et ne réprima la fierté du grand roi. I^on content de Ta voir chassé de la Grèce, il s'attacha à le suivre pied à pied, pour ainsi dire , sans donner le temps aux barbares de respirer et de s'arrêter. Il ravageait des provinces, il soumettait des villes, en détachait d'autres et les faisait passer dans le parti des Grecs : au point que toute l'Asie , depuis l'Ionie jusqu'à la Pamphylie, fut aélivrée des armées des Perses. »

Bataille nayalede Cypre. — La campagne de l'an 470 fiit une des plus glorieuses de Cimon (3). Ëtant parti du Pirée avec deux cents navires athéniens, auxquels se joignirent cent vaisseaux des allié, il cingla vers l'Asie, et en souleva toutes les cités maritimes de nation grecque. Les Perses lui opposèrent une flotte considérable, fournie par les Ciliciens et les Phéniciens. Gmon vainquit

(r) Diod. Sicul, XI, 44; Tbucyd., I, 94-

(a) Plu!., C/m., la, 14, »8.

(3) Diod. Sien!., Xï, 60 ; Thucyd., I, «oo-

L'uravERS.

cette flotte dans les eaux de Cypre , et Tacheva à Fembouchore de FEurymédon , fleuve de la Pampbylie , sur des bords duquel il vainquit égaleront Farmée de terre. Thucydide ne parle que des deux victoires de FEurymédon. Dans Plutarque et Diodore il est fait mention, quoique avec peu de clarté, d'une bataille navale près de Cypre, oui ne peut être confondue avec celle de FEurymédon, et de quelques autres opérations militaires dans le voisinage de File et dans File ellemême, dont on se disputait vivement la conquête; car la possession de File de (^pre assurait la domination de la Méditerranée orientale. Entre les mains des Perses Cypre couvrait les côtes de Phénide, de Cilicie et d* Egypte, et observait, comme une sentinelle avancée, toutes les tentatives des Athéniens contre ces provinces. Entre les mains d'Athènes elle devenait le point d^appui de toutes ses opérations sur les contrées maritimes des Perses, qu'elle avait juré d'expulser pour toujours de la Méditerranée.

Nouveaux bfports des Athéniens

POUfi DÉTACHER CYPRE ET L'ÉGYPTE

DE l'empire des Perses (462) . — Malgté Fexpédition de Pausanias et d'Aristide et tes victoires de Gmon , le roi de Perse maintenait son autorité sur une partie des villes de Cypre, celles surtout -de la région sud-ouest, qui étaient d'orifiine phénicienne, etqui se rangeaient volontiers sous les lois des Perses pour disputer aux Grecs la domination des mers.

Les Athéniens, d'un autre coté, devaient trouver de nombreux adhérents et des alliés dans les villes fondées autrefois par des colonies sorties de FAttique et du Péloponnèse. L'Ile de Cypreétaitdonc partagée entre ces deux puissances, qui se tenaient en équilibre, sans que l'une pût entièrement prévaloir sur Fautre.

En 462 les Egyptiens, soulevés par le Libyen Inarus, appelèrent les Athéniens à leur secours (1). Athènes avait envoyé en Cypre une flotte de deux cents galères. Sur Finvitation d'Inarus, ordre fut donné à cette flotte de se rendre en Egypte pour y soutenir cette révolte, qui pouvait puissamment contribuer à la conquête de File de Cypre. Les Athéniens entrèrent dans le Nil , le remon-

(i) Thuc, I, io3;Diod. Sicul., XI, 74.

tèrent jusqu'à Memphis, s'emparèrent de deux quartiers de cette ville , et assiégèrentle troisième, qui se nommait le Mur Blanc. Mais les Perses firent une vigoureuse résistance. Artaxerxe envoya deux généraux, Artobaze et Mégabyze, avec une armée considérable, et une flotte qui comptait beaucoup de vaisseaux cypriens. Les Athéjùens, assiégés à leur tour, conclurent un traité qui leur permettait de retourner dans leur patrie. Cet échec interrompit pendant dix ans les tentatives des Atnéniens sur File de Cypre.

Dericibrs expédition de Cimon EN Cypre ; sa mort (449). — Dans cet intervalle, l'exil de Cimon et les dissensions par lesquelles les Grecs préludaient à la guerre du Péloponnèse permirent aux Perses de se ranermir dans l'île de Cypre. Ils l'avaient entièrement recouvrée quand Cimon, de retour dans sa patrie, après avoir réconcilié les Grecs, dirigea de nouveau leurs efforts contre Fennemi commun. Il partit avec deux cents navires ( 450), et voguavers Cypre,

Su'Artabaze et Mésabyze furent chargés e défendre. Il mit le siège devant Citium. Informé de Fapprocbede la flotte enne»

mie, il marcha à sa rencontre, la dispersa, et la poursuivit jusque sur les côtes de Phénicie. Puis, cinglant vers la Cilicie, oiî campait Mégabyze , il lui livra bataille, le vainquit , et revint dans Fîle qui, livrée à ses propres forces, devait bientôt succomber. Salamine avait dans ses murs une forte garnison de Perses, et elle était abondamment pourvue de munitions de guerre. Gmon investit cette place. Alors, selon Diodore de Sicile (1), Artaxerxe, effrayé, demanda la paix et subit ce traité si glorieux pour Qmon , qui y attacha son nom, si humiliant pour la Perse, qui signait ainsi l'aveu de sa défaite. « Toutes les villes grecques, selon ce traité, se gouverneront par leurs propres lois. Les satrapes perses ne descendront pas avec leurs troupes à plus de trois journées de marche vers la côte de la mer, et aucun de leurs vaisseaux longs ne naviguera entre Pbasélis et les roches Cj^anées. » Du reste, la realité de ce traité a été contestée avec raison. Plutarque le place vingt ans plus

(i) Diod., XII» 5.

ILE DE CHYPRE

tll après la Tietoire de rEnrymédon. Ni Thucydide ni Cornélius Népos n'en font mention (t). En général les faits de cette époque sont peu connus : la mort de Gimon est rapportée de diverses manières : selon les uns, il mourut des sui* tes d'une blessure , pendant le siège de Qtium. Selon d^autres, une maladie remporta au moment où il stationnait dans les mers de Cypre, prêt à conduire sa flotte en Éçypte pour y soutenir Amyrtée contreles Perses. Selon Thucydide , il avait déjà dépéché soixante navires au secours du roi é^ptien. Après la mort de Cimon, la fammesurvint, et les Athéniens abandonnèrent leur double tentative sur Cypre et sur l'Egypte, qui retombèrent bientôt sous le soug des Perses, a Depuis cet événement, aucun des généraux srecs ne se signala désormais contre les narbares par quelque éclatant exploit. Les Grecs s'acharnèrent les uns sor les autres, excités par des démagogues et des artisans de querelles , sans que personne se mît entre eux pour les séparer. Ces guerres intestines laissèrent respirer le royaume des Perses, et frappèrent la puissance des Grecs de coups urréparables (3). »

HlSTOIBE d'ÊYAGOEAS; SA NAIS- SAIfCS ; SES COMMEIIGEKENTS. —

L'oeuvre dont le ^nle de Omon , dont la politique d'Athènes avaient poursuivi l'exécution avec tant de persévérance, fiit reprise à la fin du cinquième siècle avant l'ère chrétienne par un Grec de nie de Cypre , qui osa seul se mesurer contre toutes les forces du grand roi, et qui déploya dans cette lutte inégale une habileté , une énergie et un courage à toute épreuve. Il se nommait Ëvagoras.

Ëvagoras naquit à Salamine l'an 445, guatre ans après l'expédition et la mort de CimoD. Il descendait des anciens rois de Salamine ; le sang de Teucer coulait dans ses veines , et son panégyriste Isocrate, transportant dans rblstoire de son héros d'anciennes fictions poétiaues, fait remonter sa généalogie jusqu'à Jupiter (3). Le descendant de Jupiter et des Ëaddes fut réduit d'abord à une condition

(i) Cf. ED^el^Kypros,!, aSi.' (i) Plutarq., Cimon., inà. Pierron, t.^IIT, p. 3i.

(3) IsocnU,£pag,, la.

privée dans la ville où avalent régné ses ancêtres. Peu de temps auparavant la race de Teucer s'était vue dépossédée du trône de Salamine. Grâce sans doute à l'appui de la Perse, un Phénicien, nommé Abdémon, s'était emjmré du pouvoir dans cette ville, l'avait remplie de soldats barbares, et travaillait à soumettre toutes les autres cités à la domination du grand roi, son protecteur (1).

Ëvagoras était de sang royal. Il avait de l'ambition et toutes les qualités brillantes qui subjuguent les hommes. Il devint suspect au tyran , conspira ou fut accusé de le faire , fut contraint de s'expatrier pour sauver sa tête, et se retira à 5oli> ville voisine de Cypre , située sur la côte de Cilicie. Loin de Tabattre , la

Sersécution aiguisa son courape ; il jura 'affranchir Salamine ou de périr, et, reparaissant à l'improviste dans Tile avec cinquante partisans dévoués, il parvint, soutenu par les bonnes dispositions de la population grecque , à chasser le tyran étranger et à détruire le parti des Perses (410).

PaOGRÈS DE LA PUISSANCE d'ÊYA- OOBAS ; SES BELATI0N8 AVEC ATHÈ- NES. — Le succès de cette entreprise , les progrès de la puissance d'Évagoras , qui travailla avec persévérance à s'emparer de l'Ile entière, montrent assez que Cypre ne tenait que par de faibles liens à l'empire persan, qui commençait à se dissoudre. Darius Nothus et Artaxerxès- Mnémon , oui lui succéda , absorbés par les emnarras de la politique extérieure et les révoltes du dedans , laissèrent Ëvagoras s'affermir et s'étendre.

Il paraît même, par ses relations avecles satrapes perses , qu'il n'était plus considéré comme un ennemi , et que la cour de Suse s'était résignée à son élévation. Isocrate remarque qu'Ëvagoras consolida son pouvoir par son exceUeute administration. Il rendit le commerce et l'agriculture très-florissants dans son petit royaume, et créa une armée et une marine respectables. La guerre du Péloponnèse durait encore. Ëvagoras prit parti pour Athènes , qui lui avait accordé le titre de citoyen et qui avaittant combattu pour l'indépendance de Tlle de Cypre; et,

(i) Engcl, Kfproi, I, aSS; Diod., SicuL, XIV o8.

L'UISIVERS.

après la bataille d'iEgos-Pçtamos, ce fut auprès d*Évagoras que TAthénien Conon se retira avec les débris de sa flotte, moins pour sa sûreté, dit Plutarque (1) , mie pour attendre quelque changement dans les affaires, comme on attend pour s'embarquer le retour de la marée (405). Conon et Évagoras contractèrent une étroite amitié, et se rendirent de mutuels services. Conon avait quelque crédit à la cour du roi de Perse : il parvint, par Tentremise de Tbistorien Ctesias, médecin d'Artaxerxe, à apaiser les mécontentements de ce prince contre Evagoras, qui rentra en grâce auprès de lui. Tranquille de ce c6té , les deux amis conçurent le ^rand dessein d'abattre ou du moins d'affaiblir la puissance de Sparte, tyrannique pour la Grèce, menaçante pour la Perse, et de relever la gloire et le nom d'Athènes, leur commune patrie. Les victoires d'Agésilas en Orient facilitèrent la réussite de leur projet. De tous côtés, les satrapes de l'Asie Mineure adressaient des plaintes à Artaxerxe contre les Lacédémoniens , qui ravageaient leurs provinces, et auxquels ils ne pouvaient tenir tête. Alors les Perses, qui avaient soutenu Sparte dans le temps qu'Athènes était puissante, songèrent à relever Athènes pour l'opposer aux projets des Spartiates, formidables à leur tour. Recommandé au frand roi, soutenu par Ëvagoras et *harnabaze, Conon équipe dansles ports de Phénicie et de Cilicie une flotte de trois cents voiles. Puis, pour vaincre l'indécision de la cour du grand roi, Conon, dans son impatience de réparer la honte d' j!)gos-Potamos , quitte sa flotte, traverse la Syrie, passe FEuphrate à Thapsaque, se rend a Babylone, obtient une audience d'Artaxerxe, qui lui accorde des subsides et le nomme au commandement de sa flotte. Ses efforts De furent pas sans récompense. Conon remporta sur Pisandre , trère d* Agésilas , sa célèbre victoire de Cnide , qui porta à la puissance de Sparte un coup mortel (394). En reconnaissance des services importants que leur avaient rendus Conon et Évagoras, les Athéniens leur érigèrent des statues (2).

(i) Plut., Ârtax.f c. XXI.

(a) Isocr., in Evag,; Paus., I, 3, i.

ËYAGOBAS EST ATTAQUÉ PAR Lit

Pebsbs; siège dbSalamine. — Encouragé par les succès de Conon et la restauration de la puissance athénienne, Ëvagoras , qui songeait toujours à faire de rtle de Cypre un seul royaume, reprit l'exécution de ce grand projet. Employant tour à tour la force ou la ruse, il s'empara de presque toutes les villes de Cypre, excepté Amathonte , Soli et Citium. Ces trois cités , vivement pressées par Ëvagoras, implorèrent l'appui d'Artaxerxe. Le roi leur fit une réponse fovorable , ordonna aux gouverneurs des provinces maritimes d'équiper une flotte, et 11 chargea Hécatomnus, satrape de Carie , du commandement de la guerre contre Évagoras. Mais, occupé ailleurs par des soins plus importants, Artaxerxe ne put donner a cette affaire une sérieuse attention. La guerre, mollement conduite , languit pendant six ans (392-387), et cette résistance d'un petit

Ïirince d'une île grecque couvrait de conusion le nom persan^ déjà tant compromis par le succès de la retraite des Dix-Mille. Enfin, quand Artaxerxe eut conclu le traité d'Antalcidas , quand il fut libre du côté des Grecs, il se tourna tout entier vers la guerre de Cypre, et attaqua Évagoras avec toutes ses forces (386) (1).

Une armée de trois cent mille hommes , sous la conduite d'Oronte, cendre du roi, une flotte de trois cents trirèmes confiée à Téribaze, partirent de la Cilicie et abordèrent à l'île de Cypre. Évagoras avait une flotte de quatre-vingt-dix trirèmes , dont vin^ étaient fournies par les Tyriens, qui lui obéissaient, et soixantedix parles Cypriens. Son armée de terre se composait de six mille hommes et d'un plus grand nombre de troupes alliées.

Il avait pris à sa solde un grand nombre de mercenaires. Il avait fait un traité d'alliance avec Achoris, roi d'Ëg}'pte, dont il obtint des secours considérables. Il entretenait des intelligences secrètes avec tous les ennemis du grand roi ; un chef de tribus arabes et d'autres souverains mécontents lui fournirent des corps nombreux d'auxiliaires. La réunion de toutes ces forces était peu de choses en comparaison du formidable

(i) Diod. Sicul., XV, a.

ILE DE CHYPRE

appareil des Perses. Mais Ëvagoras comptait sur son courage et sur sa fortune. Il couvrit la mer de bâtiments légers, qui arrêtèrent les convois de vivres envoyés aux Perses, qui souffrirent beaucoup de la famine. Une sédition éclata dans leur camp , et ne s'apaisa qu\à V arrivée des blés de Cilicie. Quant à Évagoras , il avait reçu des approvisionnements considérables de son allié Achorîs.

Cependant Évagoras, ayant porté sa flotte à deux cents navires, attaqua les Perses , pour décider son sort par une grande oataille. Victorieux dans une première action , il en vint une seconde fois aux mains, et fut vaincu. Bientôt Salamine fut investie par mer et par terre.; et réduit à ses seules forces , Evagoras ne pouvait tenir longtemps. 11 le sentait bien : aussi, laissant à son fils Protagoras le soin de défendre Salamine, il s^échappa de nuit arec dix galères, et se dirigea yers l'Egypte. Il pressa vivement son aJIié Achorîs de le soutenir contre un ennemi qui était aussi Je sien.

Evagoras n'obtint pas d'Achoris tout ce qu'jl en avait attendu (1). A son retour, il trouva Salamine vivement pressée par les Perses ; et, se voyant abandonné de ses alliés, il demanda à capituler. Téribaze lui imposa pour condition d'évacuer toutes les vi lies de Cypre, à l'exception de Salamine, dont Évagoras resterait souverain en payant un tribut annuel an roi de Perse, en lui obéissant comme un serviteur à son maître. L'extrémité où Évagoras était réduit l'obligea d'accepter les autres conditions, quelque dures qu'elles fussent; mais il ne put jamais se résoudre à consentir à la dernière , et persista toujours à déclarer qu'il ne pouvait traiter que de roi à roi. De son coté, Téribaze ne rabattait rien de ses prétentions ; et il paraissait inévitable qu'Évagoras devait céder ou périr, lorsque la nasse jalousie d'Oronte, l'autre général , fit retirer le commandement à Téribaze. 11 écrivit secrètement à Artaxerxe que Téribaze songeait à se révolter ; et le roi, trompé par cette calomnie lùbilement présentée, charge Oronte luimême d'arrêter Téribaze, et lui confie le soin d'achever seul la guerre. Pendant

(i) Diod. Sicnl., XV, 8.

cesintri^es, le siège languissait. Évagoras repnt courage ; il romf^it les négociations, et se remit à résister vigoureusement. Oronte se vit bientôt dans un cruel embarras : l'ennemi le bravait, ses soldats, mécontents du départ de Téribaze, se débandaient et refusaient de lui obéir. Alors il désira un accommodement. Il £alt parler sous main à Évagoras : on reprend la négociation au point où l'avait laissée Téribaze , mais on en retranche la condition humiliante qui avait empêché la conclusion du traité. Évagoras conserve le titre de roi de Salamine, en payant un tribut annuel et en se soumettant comme un roi qui obéit à un roi qui ordonne. Ainsi, après dix ans d'hostilités et un déploiement de forces immenses, Artaxerxès n'avait pu renverser du trône un petit pnnce pec qui l'avait bravé. Évagoras restait roi, et Artaxerxe n'obtenait qu'une incomplète satisfaction (885). C'était pour les Grecs un nouvel encouragement à tout entreprendre contre l'empire des Perses.

Après cette guerre, Évagoras régna encore treize ans à Salamine. 11 fut assassiné , selon Diodore , par un eunuque, appelé r^icodès, oui usurpa le pouvoir.

Théopompe appelle cet eunuque Tbrasydée , et il clonne pour raison de ce meurtre l'outrage fait par Evagoras à la fille de Pïicocréon, autreroi de Cypre (1). Si telle fut vraiment la fin d'Évasoras, on doit singulièrement rabattre de 1 éloge pompeux qu'en fait Isocrate dans son panégyrique. Il est vrai que ce discours était un éloge funèbre commandé et payé à Isocrate par Nicoclès, fils d'Évagoras, et un panégyrique d'isocrate n'est pas plus de l'histoire que la Cyropédie de Xénophon.

RÈONE DE NiGOGLBS (374). — Évagoras eut deux fils, dont l'alné s'appelait Protagoras et l'autre Nicoclès , qui lui succéda. 11 nous reste encore deux harangues d'isocrate à Nicoclès, l'une qui traite de la royauté et de la politique des princes, et l'autre où l'écrivain présente Nicoclès comme le modèle des rois, et où il trace les devoirs des sujets envers le souverain. On sent dans tous ces écrits

(x) Diod., XV, 47; Arist., Poiit., V, 8, 10; Theopomp., an, Phot.y 176; frag.

Hisi, Grœc, coll. Diaot, l, p. 395.

L'UNIVERS

rinfluence des munificences du prince cyprien ; mais il faut savoir gré a Iso« crate de les avoir remplis de sentiments honnêtes et d'idées justes, capables de tourner au bien un jeune prince qui avait été son disciple. Nicodes avait été envoyé à Athènes par son père, et il avait fi-équenté récole d'Isocrate, avec lequel il entretint toujours d'amicales relations. On peut juger du caractère de Nicocl^ d* après ce que rapportent Théopompe ( l ), Anaximène et Ëlien de la singulière émulation de plaisirs, de luxe et de débauches qui s'établit entre le roi de Salamine et le roi de Tyr, Straton, prince

alement magnifique et voluptueux, tcun s'efforçait aéclipser son rival par la rechercne et la somptuosité de ses fêtes et de ses réjouissances. Au plus fort de cette lutte épicurienne, la mort les surprit violemment et à Fimproviste. Le rèçne de Nicoclès avait toujours été fort agité , comme le fait assez comprendre le second discours qui lui fut adressé par Isocrate. On lui imputait le trépas de son

gère, et ses sujets lui contestaient le droit e régner. A la suite de longues agitations, qu'Isocrate essaye vainement de calmer par ses harmonieuses périodes, une insurrection éclata. Nicocles tomba du trône, et fut mis en prison, où il mourut (351). Évagoras II lui succéda.

Évàgoràs II (352); Pbotàgorâs;

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