I.eAa
Lefka.
Morpbo.
Morpbo.
180à200Maron.
Lapittao et Kérinla.
Kérinia.
1,000 id.
Orini et TiUyrgha«
LitbrodoDda.
KTtbréa.
Kythréa.
ao
Mestorée on Mecsorga.
Vatlli.
Karpaa.
Famagooste.
200 Arméniens.
Nicoeie.
Nicosie.
100 Blaronites.
RÉSUMA ; CONCLUSION. — On voit par ce tableau de Tétat actuel de Hle de Chypre dans quelle décadence morale et matérielle elle est tombée. C'est à ce misérable résultat qu*est venue aboutir
cette longue existence historique , dont nous venons de représenter en résumé toutes les vicissitudes. Peuplée d*abord par les Phéniciens et les Grecs , les deux peuples les plus commerçants et les plu»
ILE DE CHYPRE
iDdastrieiix de Vandea monde, cette t\e, jâ £a?onsée de la nature, était paireoue à on haut degré de prospérité, qu'elle sut «onser^er sous les différentes conquêtes cpill lui fallut subir. Sous les Égyptiens, Jes Perses, les Grecs, les Romains, qui la jpossédèrent tour à tour, elle ne cessa pas 2'étre florissante par son industrie, son «commerce et son agriculture. Mais en même temps le caractère de ses habitants, adomiés au luxe et à la mollesse, leurs moeurs relâchées, empêchèrent llie de Chypre d'obtenir dans Fantiquité une grande importance politique, et de figurer dans riiistoîre aussi honorablement que d'autres tles, moins considérables par leur étendue et leurs ressources naturelles.
Les Grecs de Chypre restèrent toujours en
Ênéral au-dessous du niveau commun de ir race, et cela à toutes les époques de l'histoire, au temps des luttes contre les Perses comme pendant l'insurrection contre les Turcs. Au moyen âge la dégradation de la race grecque était UDi?erselle ; et llfe de Chypre , comme toutes les autres parties du Bas-Empire, marchait visiblement à une décaoence complète , ]ors(]ue la conquête de Richard Coeur de Lion , en la raisant passer sous la domination franque, la rekva de son abaissement et lui rendit une vie nou- ▼eUe. Elle traversa alors avec gloire une période de trois siècles, pendant laquelle eQe acquit une grande importance politique, comme boulevard de la chrétienté contre l'islamisme, où elle jette un vif éclat par ses arts , son industrie, son commerce, et où elle atteignit à une opulenee et à une splendeur qui surpassèrent peut-être celles qu'elle avait eues aux plus beaux temps de son histoire ancienne. Mais le fléau qui s*abattit sur les contrées autrefois si florissantes de VAaeetde TEurope orientale, au quinxièmeet au seizième siècle, étendit aussi ses ravages sur cette île, que Venise fut impuissante à garantir. Elle devint la proie des Turcs, et tomba dès lors dans le domaine de la barbarie. Voilà cependant que cette société musulmane, qui se laissait nonchalamment mourir avec lés peuples enchaînés à son sort, semble disposée à conjurer l'heure fatale, etconiçat à se laisser appliquer tous les reflndesquela politique de l'Occident met à sa disposition. Le hatti-schériff de 1839
a inauguré une ère de réformes et de progrès pour Tempire ottoman; une nouvelle organisation administrative fonctionne aujourd'hui d'un bout à l'autre de ses vastes frontières. Les publicistes (1), les hommes d'État, les voyageurs semblent d*accord pour constater et célébrer les heureux résultats de cette courageuse tentative, et expriment des espérances que je ne veux certes pas contredire, mais que le temps seul pourra confirmer, en les réalisant. Le paysan chypriote commence à respirer sous un régime plus régulier, où les exactions et les avanies ne sont plus que des exceptions ; il ne sonse plus à quitter son île. il cultive, il défriche. « J'ai vu sur le mont Olympe, dit M. de Mas-Latrie (2), des vallées d'une et deux lieues d'étendue mises en valeur depuis peu d'années et couvertes déjà de beaux plants de mûriers. La confiance, en ramenant le travail , facilitera le payement de l'impôt, augmentera peu à peu l'aisance des habitants. En môme temps le gouvernement se régularise: la perception de i impôt étant plus facile, ses procédés seront moins violents, moins arbitraires, et le raïa comprend que dès temps meilleurs commencent à venir pour lui. » Sans doute, j'aime à le croire, ces temps viendront ; les Grecs de lUe de Chypre ont assez souffert depuis trois siècles
pourquelaProvidence leur ménage enfin des jours plus heureux ; maisil faut qu'ils sachent s en rendre dignes, il faut qu'ils comprennent bien qu'il ne suffit pas de quelques réformes administratives de leurs maîtres pour les régénérer, que cette crande entreprise n'aboutira pas slls 07 travaillent eux-mêmes. Le gouvernement turc a fait son devoir en améliorant la situation de ses sujets et en allégeant le joug qu'il leur avait imposé ; c'est à ceux-ci, maintenant que la main des conquérants pèse moins lourdement sur leur tête, à faire des efforts énergiques pour se relever de l'abaissement où ils étaient tombés, à sortir de la mi-
(x) Fcf, riotéressant ouvrage publié récemment par M. Ubicini, sons le titre de Lettres sur la Turquie, Le premier volume seul a paru.
(a) Voir le Correspondant, numéro du lo août 1847, p. 37a.
L'UNIVERS
lait Rhodes, et elle était fllie de Neptune et d'Halia, sœur des Telchines , que la \&
Sende rapportée par Diodore de Sicile oDoe comme la plus ancienne famille qui ait habité ce pays (1). Rochart veut
Sue le nom de Rhodes soit phénicien *orî^e, qu'il vienne de Géiirath'Rod, ce qui signifie dans la langue de ce peu-
{»le île des serpents. Contentons-nous de 'étymologie grecoue, qui fait dériver le nom de Rhodes du mot grec ^6Sov ; les Rhodiens la préférèrent à toute autre, et prirent la rose pour emblème, comme on le voit sur leurs monnaies, oui représentent d'un côté le soleil et ae l'autre une rose épanouie (2).
Position, étshdue de l'Ile db Rhodes. — Llle de Rhodes est située dans la mer Carpathienne, sous le 36^ degré de latitude, et entre le 25^ et le 26* defré de longitude à partir du méridien de aris. Elle forme un ovale, qui s'allonge dans la direction du nord au sud, et dont la pointe septentrionale n'est séparée
3ue par un canal d'environ trois neues e largeur de la côte d'Asie dont llle de Rhodes semble n'être qu'un fragment détaché. Sa longueur est d'environ vingt lieues de Franoe, et sa plus grande largeur de sept à huit (3). Du reste, ses <U » niensions n'ont jamais été bien rigoureusement établies ni par les géographes anciens, ni même par les mcâernes. La côte d'Asie ^ fait face à Itle de Rhodes était autrefois la Doride ; elle appartenait à l'ancienne Carie , d'où se détachaient les deux presquHes que les anciens appelaient. Tune la péninsule deCnide. l'autre la péninsule Rhodienne. Cette dernière s^avance dans la direction du sud, et correspond exactement au cap Saint-Étienne ou des Moulins, qui termine au nordl'tle
ri) Diod.,V,56.
(a) Au reste, cette conclusion n^est qu*uoe hypothèse. U v en a qui voient dans la fleur des médailles rnodiennes la fleur du grenadier sauvage, appelée ^/ai&f/ir/m, dont on tirait une teinture de pourpre. D'autres la prennent pour l'héliotrope. En réalité elle ressemble plutôt à la fleur du grenadier domestique. yoy, Dapper, Descript,, p. 5a 6, dans un appendice sur les médailles des iles.
(3) Pline (HUt. Nat„ V, 36) lui donne xa5|Ooo pas de tour; il la place à 578,000 pas d'Alexandrie, et à 166,000 de llle de Chypre.
de Rhodes. L'autre s'écarte au loin vers l'ouest, et semble se confondre avec l'tfe de Cos, oui paratt en être le prolongement. A I orient et au sud de I tle s^éteod une mer vaste et solitaire , où Toeil se fatigue vainement à chercher à Thorizoa les rivages de la Syrie et de l'Afrique. Au nord et à l'ouest le spectacle est plus varié; on aperçoit les cimes édatantet des montagnes de la Doride et de Ii Lycie, et, au milieu des flots bleus de la merdeCarpathos, le groupe d'îles sur lesauelles Rhodes a longtemps régné, et aont plusieurs ne sont que des écueûs stériles et inhabités. Les plus importantes d'entre ces tles, dont Rhodes a été comme la reine , sont Simia, l'ancienne Syme, qui touche presque à la Doride , Ctialcis, Télos, Misyros, aujourd'hui Chaici, Piscopia, Misara;cesîles8e^ocè> dent les unes aux autres dans la directioa de llle de Cos, uni borne au nord-ouest l'horizon. Vers le sud-ouest, on voit se détacher du sein des flots l'île de Carpatbos avec les îlots qui Tenvironnent, et au delà les pics élevés du mont Ida de l'Ile de Crète, qui forme vers le sud la barrière de l'Archipel.
AlB, CLIMAT. NÀTUBB DU PATS.
— Le climat de l'île de Rbod^, tiède en hiver, rafraîchi pendant l'été par des brises r^ulières, son ciel si pur et si brillant, en.îont auiourd'hui , comme autrefois , le plus délicieux séjour (f ). L'air y est extrêmement sain ; rarement le ciel y est couvert de nuages, et on n'y voit jamais un jour entier sans soleil. Aussi nie de Rhodes avait-elle été consacrée par les anciens au dieu de la lumière. Le culte d'Apollon y tenait la première place, comme celui d'Aphrodite en Cypre.
Phœbus y avait des temples magnifiques ; on y montrait son char, on y admirait son fameux colosse, qui était rangé parmi les merveilles du monde. Les poètes latins lui ont souvent donné Tépithète de Clara, que l'on put entendre aussi bien de sa célébrité nistorique, 2 ne de la clarté du soleil qui Féclaire. e vers d'Horace
Landabant alU daram Rhodon..,.
était peut-être compris dans ce dernier sens par Lucain, quand il écrivait à son
(i) M. de Marcellus, Soupenirs de tOrient, II, a6S. •
ILE DE RHODES
loor ees inols^ qui semblent compléter Ja peniée du célèbre lyrique :
Qaniniqae réUngnit SoleKhodon.
Malgré Véclat de sod soleil, Hle de Kh<âes n'est pas exposée à Finconvément des sécheresses et des chaleurs extraordinaires. Aussi , grâce à la douceur du dimatfla végétation D*y est jamais iuterronipue; et la nature semble raroir dotée d*un printemps perpétuel. Ses coteaux , boisés , offrent an feuillage presque toujours verdoyant. De tout tem()s rtlea exporté une grande quantité de bois de ebauffage et de construction (1). Les plaines sont couvertes d'arbres fruiti^ ; on y recueille en abondance des raismis, des olives, des citrons, des oranges, des grenades , des figues et même des dattes. Le terroir, quoioue fertile, est peu propre à la culture des céréales (3). X^es p&turaçes v sont excellents, et peuirent nournr dfe nombreux troupeaux.
]L.'île abondait autrefois en plantes médicinaJes et potagères; et il ne faudrait qu'un peu de travail et de culture pour nu'renare la prospérité qu'elle avait sous te anciens et sous le gouvememeut des grands mattres.
HalgT^ rétat misérable de la population actuellede Ttlede Rhodes, et ledépîorable abandon de ses campagnes , la nature y est si belle de ses propres œuvres, qu'on ne peut voir Rhodes sans admiration ni la quitter sans regret. C'est le le double sentiment exprimé dans presque tous les livres récemment punliés sur la Grèce et l'Orient par nos touristes noodemes, et où, à défaut de ces études solides qui demandent du temps et de la science, se trouvent racontées de vraies et spirituelles impressions de voyage. « En découvrant cette He cbarmante, dit M. d'Estourmel, je ne dirai pas que mon attente fut surpassée; car ce que j*attendais et ce que j*ai vu
(x) Vocockty Description de t Orient, t. IV, f . ^oS.
(2) L'île ne fournissait pas assez de blé foor la consommation de ses habilants. « 7/7eluM se insulœ parvœ et sterilis agris littori» eus, quœ nequaaumm aUre tantôt urbis pO' jmûm posset, » Tite-Live, XLT, a5. Le commerce éuit indispeotable à l'existence de sa nombreuse population.
n'ont aucun rapport. Mon œil, encore attristé de la nudité du sol de la Grèce, pouvait-il se flatter de rencontrer ime si belle et si riche végétation! Toute l'enceinte d'Athènes ne m'avait offert que trois palmiers ; ici ils croissaient en nombreux bouquets» couronnaient les hauteurs, et formaient une ceinture verte autour des murs de la ville Je suis de
plus en plus enchanté de Rhodes. « Que « serait-ce si vous l'aviez entendu !» disait Eschine, dans cette même tle, quand on lisait en sa présence la harangue de Démosthène, qui l'avait fait exiler d'Athènes. Que serait-ce si vous aviez vu Rhodes ! suis-je aussi tenté de dire chaque fois que j'entreprends de donner une idée de cet agréable et curieux séjour (1).» Chez M. de Marcellus Fadmiration est encore plus vive, et s'élève Jusqu'à l'enthousiasme. « Rhodes est l'Ile que j'aime. Scio, triste victime des révolutions, n'est plus qu'imséjourdedeuil.Lesbos, oubliée des voyageurs, est froide et sauvage; Chypre et Candie sont des royaumes plus oue des tles : mais Rhodes est la rose de l'Archipel. Située vers la grande mer, comme une fleur détachée du rivage, Rhodes touche presque aux belles montagnes de la Cilicie, et s'avance dans les flots telle qu'une sentinelle vigilante ; elle est asiatiuue et européenne à la fois ; les vents familiers à ces parages ^ amènent de toutes parts , et elle devient la relâche obligée de tous \^ vaisseaux
qui cinglent vers la Syrie ou TËgy pte
Je le répète , Rhodes est ma terre favorite :
nie terranim mltii pneter omnes Angolos ridet.
Cest là que vont mes vœux et mes reffrets. Cest là oue je voudrais aborder, si le flot des révolutions doit me jeter loin de mon pays; et quel homme depuis cinquante ans n*a pas chaque jour mêlé cette triste prévision à ses rêveries! Cest là même sans révolutions que je voudrais revenir; il est si facile et si doux d'y vivre ! Après tant d'années , je songe encore avec bonheur à la maison que j'y habitais > et que je n'hésitai pas à acheter, tant Rhodes s'était associée à mes chimères et me semblait devoir jouer un
(i) Journal tCun Voyage en Orient, par le comte Joseph d'Estourmel, t. Il, p. i53, x66.
L'UNIVERS
tôle dans mon avenir! Qui donc ne m*eût envié un tel asile (1). » — « Je ne connais au monde, dit M. de Lamartine, ni une pins belle position militaire maritime, ni un plus beau ciel , ni une terre plus riante et plus féconde.... Je regrette cette belle tle comme une apparition qu'on voudrait ranimer, je mj fixerais si elle était moins séparée du monde vivant, avec lequel la destinée et le devoir nous imposent la loi de vivre! Quelles délicieuses retraites aux flancs de hautes montagnes et sur ces gradins ombragés de tous les arbres de T Asie! On m'y a montré une maison magnifique appartenant à Tancien |)acha, entourée de trois grands et riches jardins baignés de fontaines abondantes, ornés de kiosques ravissants. On en demande 16,000 piastres de capital, c'est-à-dire 4,000 francs; voilà du bonheur à bon marché (2). » On le voit, tous les témoignages les plus récents sontunanimes ; ^acunexprmieàsa manière Fadmiration que lui inspire cette tle fortunée, et certes u n*y a rien de convenu on de factice dans cette admiration. C'était aussi le sentiment des anciens euxmêmes , qui vivaient cependant sous un si beau climat, dans des contrées beHes encore, malgré leur désolation actuelle; pour eux Tiie de Rhodes était Tobjet des plus vives prédilections. Alexandre le Grand voulait y établir sa mère Olympias ; les grands de Rome aimaient à y vivre; on la choisissait pour lieu d'exil; Tibère y passa huit années, qui furent, sinon les plus heureuses, au moins les plus tranquilles de sa vie. Cet accord des anciens et des modernes à célébrer la beauté et les agréments de cette île , et cela à la distance de tant de siècles et dans des conditions si dissemblables, prouve que Rhodes est réellement un des points de la terre les plus favorisés de la nature et les plus heureusement disposés pour le séjour des hommes.
Tremblements de tebbe bt inondations. — Malgré tous ces avantages, 111e de Rhodes n'a pas toujours été à l'abri de ces grands fléaux naturels qui bouleversent un pays et consternent les
(x) Souvenirs de l'Orient, par le ficomte de Marcellus, t. Il, p. 268.
(1) M. de Lamartioe, F'ojrage en Orient, OEiivr., t. VI, p. i5a.
nations. Elle fut ravagée à différentes reprises par des tremblements de terre et par des inondations. Rhodes semble avoir été le produit d'une des dernières agitations volcaniques qui remuèrent le fond de k Méditerranée et qui donnèrent à ses fies et à ses rivages leur forme et leur âat définitifs. Les anciens se souvenaient d'avoir vu naître l'île de Rhodes ; et Pindare a recueilli l'antique légende qui racontait comment cette île s'était âtvée du sein des flots pour venir ofiGôr ses campagnes encore humide anx rayons fécondants du soleil. On a remarqué que les rochers voisins de la ville de Rhodes n'étaient qu'un amai de coquillages marins, incrustés dans un sable fin (l), preuve certaine que llle, formée lentement par l'agglomération de ces coquilles au fond de la mer, a été ensuite lancée à la surface par une éruption volcanique. La même force qui a Sroduit rîle de Rhodes pourrait bien la étruire, et l'histoire a conservé le soavenir des grands tremblements de terre qui en ont ébranlé les fondements. L'an 332 avant Tère chrétienne, l'île fut vio* lemment secouée par une agitation souterraine. Les murs de la ville s'éoroulèrent, le colosse tomba et fut brisé, les vaisseaux s'entre-cboquèrent dans le port, et plusieurs y furent eneloutis (2). Le désastre fut grand, mais 1 activité des Ahodiens et les dons de tous les princes gre<s de l'Asie, qui avaient intérêt à relever cette ville, si nécessaire à leur eommeree, le réparèrent promptement. Le second tremblement de terre dont cette île fid affligée éclata sous le règne d'Ântonin. Rhodes , Gos, plusieurs villes de la Carie et de la Lycie furent renversées et relevées aussitôt par la libéralité de l'empereur (3). Sous Constance, sooi Anastase V le même fléau se renouvda encore, et causa ses ravages ordinaires. Depuis le cinquième siècle il n'est pks fait mention des tremblements de terre de l'île de Rhodes (4).
(i) Voyez Revue des Deux Mondes^ 1S44, p. 809; L'ile de Rhodes, art. de M. Gottirt. (a)Polyb.,V,88.
(3) Pausao., VIII, 43> 4*
(4) Au moment où j'écris œs lignes on lil dans les Journaux du Levant, et surtout l'Impartial de Smyrne, en date du 6 ■
ILE DE RHODES
Les aoejeimes inondations ont laissé aussi de terribles sonvenirs. « Au temns des Telchines, dit Diodore de SlciJe, lile était entièrement oonverte par les eaux; le soleil la dessécha , la rendit féconde, et y établit les en£ants qu'il aralt eos delà nymphe Rhodes. » L'historien^ rapporte cette i^ende en donne aussi la ▼eritable explication, quand il aiouteque le vrai sens deoerojthe est que le terrain de rile était primitivement marécageux ,
Î[ue le solél le dessécha, et qu'il rendit e nays fertile et habitable (1). Depuis ce aéiuge primitif, contemporain de la naissance même de file , Roodes a subi plusieurs inondations , qui ont été pour elle de véritables calamités. La troisième et la plus désastreuse est celle de Tan 816 avant Tère cbréUenne. Elle fut produite par un oraçe effroyable qui s'aoattit sur rUe au printemps de cette année. Il tomba des torrents de pluie et une grêle d^une prodigieuse grosseur. Les grêlons étaient du poids d'une mine (436 grammes) et même plus gros ; en tombant ils détruisaient les maisons et tuaient les hommes et les animaux.
Comme la ville de Rhodes était bâtie en amphithéâtre , les eaux se réunirent en un point et toutes les parties basses furent inondées. On était sur la fin de rhlver, et on avait négligé de nettoyer les canaux pratioués pour l'écoulement des eaux. Aussi la viUe se remplissaitelle comme un vaste bassin ; les habitants, épouvantés, se réfiigiaient sur les navires, on dans les édifices des hauts quartiers. Lorsque tout à coup la pression des eaux renversa un vaste pan de muraille, et cette ouverture favorisa leur écoulement. Rhodes fut dégagée en peu de temps, et tout rentra dans rétat habituel ; mais an grand nombre d'édifices avaient été endommagés, et ce désastre avait coûté la vie à plus de cinq cents personnes (3). Telle est la force terrible des orages qui fondent quelquefois sur vue deRhodes.
éa détaib drconstintîéi rdatib à un trembleiieiit de terre qui vient de causer de pands désastres dans File de Rhodes et sur le coDiinent, à Macri. La secousse principale a en lieole aS février iS5i.
(i) Diodor., ▼, 56.
(«) Diod., XIX, 45.
Un autre fléau, non moins funeste, vient encore de temps en temps s*abattre sur ses campagnes. Ce sont des sauterelles, que le vent du sud lui apporte d'Afrique. En 1815 elles dévorèrent presque toutes les récoltes. Du temps des chevaliers , quand la population de File était nombreuse, à l'approche du fléau, que l'on apercevait de loin comme un nuage noir, on s'assemblait sur la côte en poussant des cris et en frappant sur des ustensiles de cuivre. On parvenait quelquefois à épouvanter les sauterelles, qui évitaient d'aborder au rivage, et passaient à côté deFîle ; ensuite, épuisées ae fatigue et toujours poussées par le vent, elles allaient s'abîmer dans les flots (1). Aujourd'hui, que rtle a moins d'habitants, les sauterelles la dévastent tout à leur aise.
PBINCIP4LSS PBOnnCTIONS DE RHO- DES. — Lile de Rhodes n'était ni aussi étendue ni aussi féconde que l'île de Chypre. £Ue dut son importance et sa œlâ>rité plutôt au courage et à l'actirité de ses habitants qu'à ses richesses naturelles. Cependant on recherchait avec empressement quelques produits qui lui étaient particuliers.Certaines denrées rhodieAnes , comme on les appelait, étaient préférées à toutes les autres du même genre. La colle de Rhodes était la plus recherchée des peintres et des méaecins. Selon Pline, le cyperus de Rhodes était fort estimé. On appelle cyperus (souchet, cyperus lowçpAS) une sorte de jonc dont la racine ressemble à une olive noire et est d'un grand usage en médecine. Le cyperus le plus recherché chez les andens était celui du Says d'Ammon, en second lieu celui e Rhodes, en troisième celui de Théra, en quatrième celui d'Egypte (2). Pline et Athénée font mention d*un certain onguent de Rhodes qu'ils appellent unguerUum croci»ttm,eest-à-aire onguent safrané. L'tle de Rhodes produisait une espèce de raisin fort renommée, que VirgUe a chantée dans ses Géorgiques (8),
Non ego te, dis et mensis accepta secundis, Transieriin, Rhodia, et tumiois, Bumaste,
[racemis.
(x) Rottiers, Monuments de Rhodes^ p. 33. (a) PUne, Hist, Ao/., XXI, ?• » 5 ^eursius, Rftod,, p. 76 et suiv.
(3) Virg., Georg,, IF, loé.
L'UNIVERS
Le fin de Rhodes était estimé Tégal da vin de Gos ; il flattait aeréablemeDt te goût et l'odorat. La poix de Rhodes était aussi recherchée que celle du mont Ida ; les fruits de cette tie étaient excellents. Elles produisait des figues noires et trèssucculentes (1). Le caroubier y est trèsabondant. Le pécher y fleurissait, selon Pline et Théophraste , mais sans produire de fruits. Théophraste parle des palmiers de nie de Rhodes , que l'on entourait de fumier et au'on arrosait avec soin. Parmi les produits empruntés au rè^e minéral, on remarquait le vert de gris, la céruse, la craie, des marbres de diverses couleurs et des agathes. On V trouvait une terre bitumineuse appelée ampelites. On la détrempait dans de l'huile, et on en frottait les ceps pour détruire les vers qui rongent la vigne. On y péchait des huttres , des éponges, plus douces que celles d'Afirique, et le coquillage qui fournit la pourpre. La mer qui l'environne était ti%s-alH)ndante en poissons ; un ancien auteur, cité par Athénée , donne à cette île l'épithète de poissonneuse. On recherchait surtout l'élops , que Pline met sur la même ligne que les loups du Tibre, qu'on péchait entre les deux ponts, le turbot de Ravenne, et la murène de Sicile (2). Mais la plupart de ces poissons ne se prenaient que sur les côtes ; car l'île ne possédait qu'une petite rivière , qui n'était pas même navigable, et des ruisseaux souvent à sec. PUne nous apprend que les coqs de Rhodes étaient extrême^ ment bravés, et ne naissaient aue pour la guerre et de perpétuels combats. Ils étaient grands et forts,chargés de chairs et de graisse, peu propres à la reproduction. Les poules de Rhodes pondaient rsu, et étaient fort lentes et paresseuses couver et à élever leurs poussins. On ne voyait point d'aigle dans l'île du Soleil. Aussi Suétone a-t-il mentionné comme un prodige l'apparition d'un aigle qui vint se percher sur la maison qu'habitait Tibère, dans l'île de Rhodes, quelques jours avant son retour en Italie (3). C'était, dit-U, comme le présage de 83* i>rocbaine élévation à l'empire.
<i) Pline, XV, ig,».
(a) Id., IX, 79, a.
(3) Suél., TiSer,, 14.
GéOGRÀPHIB PHYSIQUE DE l"ÎLS
DE Rhodes. — Rhodes est la phis grande des îles grecques voisines de VAsie, après Cypre et Lesbos. Elle se ter* mine au nord vers la côte de Carie, par une pointe basse et sablonneuse <^ui est le prolongement du mont Saint-Etienne, et que les géographes modernes ont nommée cap des moulins (1). A côté, vers l'ouest, se trouve le promontoire de Pan, aujourd'hui cap Samt-Antoine. A Fextrémité méridionale de l'île était le cap Milantia aujourd'hui cap Tranquille, qui touche presque à la petite Ue de âordylusa , appelée maintenant île de Sainte-Cathenne. Dapper et Coronelli placent sur la côte orientale de l'île le cap Ro, à trois lieues au sud de Rhodes, le cap Lindo et le cap Saint-Jean , et à l'ocadent le cap Canaura on Cavallero.
L'intérieur de llle est couvert de montagnes qui courent dans la direction da nord au sud, et qui forment deux versants tournés l'un à l'ouest, Tautre à l'orient. Le sommet le plus élevé de llle est le mont Atabyrius, sur lequd Altbémène, contraint acquitter la Crète, éleva un temple à Jupiter Atabyrien. On y voyait aussi un temple de Minerve. Do haut de cette montagne on aperçoit non-seulement la Crète , mais même .
dit-on, llle de Chypre (2). Une tradition rapporte qu'on voyait sur le mont Atabyrius deux bœufis de bronze, l'uo tourné vers l'orient, l'autre vers l'occident, dont les mugissements se faisaient entendre auand llle était menacée d'un grand malneur; ce qui nous fait comprendre qu'il y avait un oracle dans le temple de Jupiter Atabyrien. On fait venir le nom de cette montagne d'Atabyrius, ancien roi telchine de nie ; d autres en font un mot phénicien, sem* blable à celui du mont Thabor. La plus haute montagne qui s'élève au centre de l'île s'appelle aujourd'hui Artèmira, C'esttrès-probablement là qu'il faut chercher le mont Atabyris. On se trompe évidemment quand on le place au mont Philerme. Artémira est fort escarpée ,
dit Savary (3) ; on ne peut y monter à
(i^ Coronelli, Isola di RoM, p. i3.
(1) Meursius, Rhodut, c vui, p. aa.
(3) Savary, Lettres sur ta Grèce, p. 86,
ILE DE RHODES
dieval ; il faut la gravir à pied pendant quatre beares de marche pour arriver a sa eime. Lorsqu'on y est parvena, on jooit d*un coap^ d'ceii magnifique. On découvre aox bords de Tborizon, vers le nord-est, les sommets du Cragus, au nord la côte élerée de la Caramanie, au Dord-onest de petites tles semées dans r Arehipel , qui paraissent comme des
Joints lumineux, au sud-ouest Ja tête u mont Ida, couronnée de nuages, au midi et au sud-est la vaste étendue des eaux qui baiRoent les côtes de TAfrique. Au nord de rtle, non loin de la ville de Rhodes, est le mont Phiierme, nom qui dérive de phileremos, qui aime la soli* tnde; cette hauteur est voisine du village de Trianda. On y voit une église consacrée à T^otre-Dame de Phiierme et on souterrain orné de fresques représentant des sujets relîgiMui, dont la description se trouve dans la relation du colonel Kottiers (1). Au sud-est delà tUIb est la hauteur du Simboliy où la tradition place i'éoole de ces rhéteurs rhodiens dont renseignement eut tant de célébrité chez Jes anciens. L'Ile de Rhodes n'a pas de cours d'eau navigable : le seul des ruisseaux qui l'arrosent auquel les anciens aient donné im nom est le Physcus, auiourd*hui la Gradura on la Fiscs , qui eoule du nord au sud, et se jette dans la mer vers la oAte orientale de Ffle (3)« Mais on voit dans les plaines et sur les coteaux de nombreuses sources tr^ abondantes, qui entretiennent la ferti< lité du sol et tont croître autour d^elles des bois toufifus. La ville de Rhodes recevait les eaux de la fontaine Inessa, en Fhonneiir de laauelle les Rhodiens fondèrent une ville de ce nom en Sicile.
Alf CIENlf ES VILLES ET LIEUX CÉLB- BBfiS DE I«'ÎLS DE RHODBS. — LeS
trois premières villes de Ttle de Rhodes lurent Lindos, Camiros et Jalyssos, dont Strabon attribue la fondation aux trois fils de Cereaphus. Celle d'Achœa, attribuée à Cereaphus lui-même, n'est attestée que par des traditions incertaines.
On connaît l'emplacement des trois autres dtés. Lindos était située sur la cdte mentale, dans la région la plus âpre de nie. Les campagnes environnantes
(i) Monuments de Rkodét, p. 369.
(a) DtW Isola di Rodi., p. 14.
7* Livraison. ( Ile de Chypre. }
étaient couvertes de rochers. La vigne et le figuier y prospéraient; mais on ne pouvait ni labourer ni ensemencer ses champs rocailleux. Lindos était célèbre par son temple de Minerve, dont la construction est attribuée à Cadmus ou à ses filles. Ce temple fut détruit sous le règne de Tempereur Arcadins, fils de Théodose le Grand. On en voit encore les ruines sur une colline élevée qui domine la mer. Les débris de ces murs sont composés d'énormes pierres, et appartiennent au style cyclopéen. Sur la eime la plus élevée du rocher on remar-
2ue les restes de la citadelle, ou acropole, e Lindos. Au temps des chevaliers il y avait à Lindos un château fort appartenant aux grands maîtres; on l'appelait Castello di Lindo. Sous les Turcs Lindo resta un village habité par des chrétiens fort riches, qui faisaient un grand commerce et avaient de très-bons navires.
Cette prospéritéa disparu depuis le temps deDapper (1). Lindos est situé au pied de la montagne qu'occupait l'ancienne ville. Une baie spacieuse, qui s'avance au loin dans les terres , lui sert de port. Les vaisseaux y trouvent un bon mouillage,
Î)ar huit et douze brasses. Os y sont a 'abri des vents du sud-ouest, qui régnent dans la plus rude saison de l'année. Près de Lindos était la région appelée Ixla et le port Ixus, où l'on adorait Apollon Ixien.
Camiros était située dans la partie occidentale de rile; c'était une ville ouverte, non fortifiée; Strabon l'appelle un bourg,et Thuc}[dide dit positivement que les Lacédémoniens s'en emparèrent sans peine au temps de la guerre du Péloponnèse, parce qu'elle n'était pas environnée de muraules. Les anciens donnaient à Camiros Tépithète d'Arsilieuse.
La divinité tutélaire de la ville était Junon Telchinienne. On y adorait le héros Althémène. Camiros n'est aujourd'hui qu'un misérable village.
Jalyssos a aussi presque entièrement disparu. Elle était située au nord de Camiros. C'était une ville forte,domiDée par une acropole appelée par Strabon Ochyroma (3). On y avait élevé un tem-
(i) Dapper, Description de t Archipel,
p. 9»- (a) MeursiuSy Rhodus, p. a5> c. iz.
LTJNÏVERS.
pie à JUDOD, et aux Nymphes Telcbinienties. On y retroore (les massés de pierres renversées, derniers restes d'une des portes de l'antique Jalyssos, €t çà et la, sur l'emplacement qu'elle occupait, on voit des blocs de marbre, des nrâgments de colonne et quelques débris oe bas-reliefs dont le colonel Rot« ders a donné les des8ins(l) . Les chevaliers de Rhodes ont exploité les ruines de cette Tille et Pont fouillée comme mie «arrière. Hs en ont enlevé de belles colonnes, qui ont servi à la décoration de l'église Saint-Jean. Ils y ont trouvé des statues, des inscri ptions qu'ils envoyaient à leurs parents et a leurs amis d'Europe; les Téoitiens en ont fait autant dans tout rArchipel. Peut-être y aurait4l encore à faire en cet endroit des fouilles productives.
DeSCBIFTION de l'an ÇIBimE VILLE
DE Rhodes. — La ville de Rhodes fut fondée bien longtemps après les trois anciennescités de Jalyssos, Camiros et Lindos.Vers la fin de la guerre dnPéloponnèse les habitants de ces trois villes, réunis par l'iiltérét commun, renoncèrent à former trois cités distinctes, et fondèrent la ville qu'ils appelèrent Rhodes, du nom de l'tle. Elle eut pour architecte Hippodamus de Milet, le même qui avait tracé le plan de la ville du Pirée (2). Strabon lui donne quatre-vingts stades , ou environ trois beues de circuit. Le terrain était en pente, et la ville présentait l'aspect d'un amphithéâtre, d'où la vue s'étendait sur la mer et les côtes d'Asie. C'était une des phis belles villes de l'antiquité; et l'on admirait son emplacement, ses mu* railles, ses édifices publics, l'habile disposition de ces rues, la grandeur et la commodité de ses ports. « Dans l'intérieur de Rhodes, dit le rhéteur Aristide, on ne voyait point une petite maison à côté d'une grande. Toutes étaient d'une ésale hauteur, et offiraient le même ordre d^architecture, de manière que la ville entière ne semblait former qu*un seul édifice. Des rues fort larges la traversaient dans toute son étendue. Elles étaient percées avec tant d'art, que de chaque coté que l'on portât £es rôgards, Tinté-
(i) Monuments de Rhodes, p. 384, et atlas y pi. 75.
(a) Meursîus, Rhod,, c. x, p. 37.
rieur paraissait superbement décoré. Les murs, dont la vaste enceinte était entrecoupée de tours d'tme hauteur et d'une beauté surprenantes, excitaient surtout l'admiration. Leurs sommets élevés servaient de phare aux navigateurs. Telle était la magnificence de Rhodes, qu'à moins de Tavoir vue, Xh magination ne pouvait en concevoir 11dée. Toutes les parties de cette immense cité, liées entre elles par les plus belles proportions , composaient un ensemble parfait, dont les murs étaient la couronne. C'était la seole ville dont on put dire, ou'elle était fortffîée comme une
Êlaee de guerre et ornée comme on pans. »
La ville de Rhodes était située au nord de rtle, sur la pointe d'un promontoire qui s'avance vers l'orioit. Elle était dominée par une vaste acropole, dont l'enceinte renfermait des champs cultivés et des bois. On y voyait une statue en or du dieu de la richesse, Plutus, à qui l'artiste avait donné des ailes et des yeux. Rhodes possédait encore d'autres temples magnifiques ; celui du Soleil, primâpaledivmitéde la ville; oeluide Baochus, que décoraient des peintures de Protogè- Be; le temple d'Isis, voisin des murailles. Ces trois temples que mentionnent les anciens n'étaieùt pas les seuls , puisque Dion Chrysostome prétend que les Kbo* diens en avaient élevé à tous les dieux, avec un grand nombre de chapelles consacrées aux héros. Il y avait à Rhodes des théâtres, des gj^mnases pour renseignement de la philosophie et des lettres, des stades pour la course et les exerdoes du corps. Tous ces édifices étaient ornés de peintures et de statues, dont Plme porte le nombre à trois mille. Rhodes avait plusieurs ports et de ^ands arsenaux. « Le navigateur qui y abordait dit Aristide (1), voyait avec âonnement plusieurs ports formés par des môles de pierre jetés bien avant dans la mer.
L'un recevait les vaisseaux d*Ionie, l'autre ceux de Carie. Celui-ci ofodt son abri aux flottes d'I^pte, de Cby-
Sre et de Phénicie, comme si cbacitn 'eux eût été fait exprès pour telle ville. Près de ces ports s'élevaient des arse-
(i) Dans ses Rliodiaca, cité par Meursâusy p. 35.
ILE DE RHODES
naux dont rimposante majesté étonnait les mards; si Ton considérait l'immensité de leors toits d'un lieu élevé, ils ressemblaient à un vaste champ dont le terrain est incliné. » Il y a de rexagération et de Temphase dans le langage du rhéteur asiatique. Des historiens plus exacts et plus précis ne parlent que de deux ports, un grand et un petit, dont il est lait mention dans le récit du siège ^ue la* ville soutînt contre Démétrius Poliorcète. Cependant on reconnaît au sud de la ville remplacement d'un troisième port, qui est aujourd'hui presqu'à sec.
L'entrée de quelques-uns de ses arsenaux était interdite sous peine de mort. On reconnaît dans cette terrible prohibition Pesprit des grandes républiques commerçantes. Carthage et Venise avaient clans leurs codes des rigueurs semblables, lia ville étût entourée de faubourgs, queles balntants détruisirent quand m furent menacés d'un àégd par Mithridate. (Tétait dans l'un d'eux que Ton admirait le célèbre tableau d'Ialysus du peintre Protogène dont nous reparlerons plus loin en détail. Toute la ville était remplie des chefs-d'œuvre de Fart antique, que les riches Rhodiens savaient généreusement payer aux grands artistes de la Grèce. « Pétais logé dans le quartier du temple de Bacchus, dit le voyageur de Lucien, et dans mes moments de loisir je parcourais la ville pour en examiner les monuments. De temps en temps je goûtais un plaisir exquis en me promenant sous les portiques du temple, et en contemplant les peintures admirables qui les décoraient.
Ce spectacle avait d'autant plus d'attrait pour moi que je comprenais les sujets et oue fe repassais dans ma mémoire les fiables héroïques qu'ils représentaient. » Là tille actuelle de Rhodes. — La nouvelle ^ille de Rhodes occupe l'emplacement de l'ancienne; seulement elle est moins étendue. On n'y retrouve plus de vestiges de la cité grecque; temples , portiques , gymnases , statues, tableaux, tout a été enlevé ou détruit; tout a disparu* Et cependant cette ville est encore, telle qu'elle est, un intéressant débris du passé. Ce n'est plus la Grèce uu'elle rappelle; c'est une autre époque, déjà vieillie par les siècles, mais qui a laissé dans tons les souvenirs autant de
traces que l'antiquité elle-même. La ville actuelle de Rhodes date du temps des croisades et a été bâtie par les chevaliers de Saint- Jean, a Le moven âge, dit M. d'Estourmel, est reste à Biiodes avec tout son appareil guerrier, ses tourelles , ses créneaux , ses ogives , ses armoiries. Nous possédons chez nous quelques maisons ae ce genre ; mais une cité tout entière , c'était un spectacle complètement nouveau pour moi. Le port où nous descendîmes est bordé de quais en grande partie ruinés , et de longues murailles hérissées de meurtrières; une belle et haute tour carrée, crénelée, flanquée à son sommet de quatre tourillons, s'élève au-dessus des autres fortifications. Lors du siège elle s'appelait la toiit Saint-Nicolas, et elle fut vaillamment défendue par un Castellane.
Une fois les portes franchies, on pénètre à travers un assemblage de maisons bâties en pierre, à petites croisées carrées , à portes basses et cintrées , avec des trottoirs qui ne laissent entre eux qu'une voie étroite. Quelques rues mieux percées forment le quartier noble» le faubourg Saint-Germain de Rhodes.
Une d'efies, la plus droite et lapins large, a conservé le nom de rue des Chevaliers ; elle traverse la ville, aboutissant d'un côté à la mosquée, près de la porte du port, de l'autre à rancienne ^ise patronale de Saint- Jean; les hôtels qm la bordent sont tels qu'ils étaient à la fin du quinzième siècle, dont la plupart portent la date. Seulement quelques balcons fermés ont été ajoutés aux fenêtres pour empêcher le jour et surtout les regards de s'introduire du dehors dans rintérieur des chambres. Des créneaux, des petites tourelles, des gouttières en pierre s'avancent en saillie sur les façades; de longs câbles sculptés mar- ?uent la séparation des étages. Dans architecture des noms se sont conservés , qui maintenant ne représentent plus rien. Qu'est-ce dans nos maisons modernes qu'une croisée autour de la-
Suelle règne un cordanf Un assemblage e vitres et des moulures alentour ; mais les anciennes croisées représentaient exactement une croix, comme leur nom l'indique. La forme en fut adoptée à l'époque des croisades, et ce qu'on appela alors un cordon est bien réellement ce
L'UNIVERS
câble que je retrouve ici dans les encadrements. Ce qui contribue surtout à Tornement , c^est la profusion d'armoiries en pierre et en marbre blanc, qu'on aperçoit jusque sous les toits ; quelquefois on voit réunir jusqu'à sept de ces écussons. La croix de l'ordre est partout, mais jamais seule ; la croix ancrée des d'Aubusson lui est accolée sur toutes les portes et les lieux les plus apparents, preuve évidente que la ville fut en grande INirtie reconstruite après le premier siège. On rencontre aussi fréquemment nos fleurs de lys. Les maisons ainsi décorées présentent à Tœil un blason complet, souvent avec des devises et des inscriptions en caractères gothiques (1). »
La ville actuelle de Khoaes a deux ports : celui qu'on rencontre le premier, en abordant par le nord , est Je port des Galères, ainsi nommé parce qu'il servait d'abri aux sept galères que le pacba de l'île entretenait autrefois pour le service du ffrand seigneur. L'entrée de ce port est défendue par le fort Saint-Elme. Le grand port est appelé le port des Vaisseaux. Il est détendu par la tour Saint- Nicolas; au delà d'un môle couvert de moulins et terminé par la tour de Saint- Michel , on aperçoit l'enceinte presque ensablée d'un troisième port qui doit avoir été abandonné depuis bien des siècles. La ville est encore entourée des fortifications derrière lesquelles les chevaliers soutinrent le si^e de 1522. Sans doute cette enceinte avait grandement souffert par l'effet des mines et du canon des Turcs. Mais Soliman la fit rétablir dans l'état où elle était avant le siège ; de sorte que l'on ne retrouve en aucun autre pays du monde une ville du quinzième siècle aussi bien conservée. Rhodes est là encore debout, telle qu'elle devait être lorsque les Turcs s'en emparèrent. Elle a dû à rinaction et à l'indolence de ce peuple d'échapper à toutes les causes de transformation qui tous les jours métamorphosent les villes d'Europe.
Elle est restée intacte sous le gouvernement inerte des musulmans, comme Pompéi et Herculanum sous la lave et les cendres du Vésuve (2). A part le dé-
( I J Journald'un Fojr. en Orient, 1. 1, p. 1 53. (a; Mickaud et Poujoulat, Correspondance d'Orient, t. IV, p. i3.
labrementde ces remparts, que le t^nns augmente tous les jours, rien n'a âé chansé dans leur construction ; on n'y a pas aérangé une pierre ni comblé on lossé. Chaque bastion a conservé son nom. Ici c'est le bastion d'Angleterre, là celui d'Espagne et de Portugal , plus loin ceux de France, d'Italie, d'Auvergne, de Provence. Tout autour de la ville règne une longue suite de dmetières, hérissés de pierres levées, de dalles de marbre blanc , fichées en terre, quelques-unes chargées de versets du Coran et terminées par un turi)an grossièrement sculpté. Comme les Tores ne renouvellent pas les sépultures dans leurs cimetières, Us s'étendent de jour en jour, et occupent autour de leurs villes d'immenses emplacements. La mort saisissant tous ceux qui ont vécu, la nécropole de Rhodes est bien plus vaste que la cité des vivants.
La ville se divise en deux parties , la ville haute vers l'orient , et la ville basse à l'ouest. Partout les rues sont teoites et tortueuses. La haute ville était le quartier réservé aux chevaliers. Le quartier des Juifs est à l'extrémité de la viUe basse. Les ruines du palais des grands maîtres sont dans le haut de la rue des Chevaliers, près des fortifications. « Ce château, qui dominait autrefois la ville, la mer et les campagnes, dit un vovageur (1), n'est olus qu'un amas de décombres, du muieu (lesquelles s'élèvent des murs flanqués de tourelles, dont les débris obstruent les cours et les salles; des restes de galerie, des arcades que le lierre enlace et soutient encore, servent d'abri à de tristes oiseaux qui s'échappent en criant et se replongent dans leur sombre repaire dès que le voyageur s'est éloigné ». «Çà et là on a|>erçoitIes restes de ces grands édifices où les chevaliers de la même langue vivaient en commun, et qui portaient le nom d'auberge. Elles étaient jadis au nombre de huit, à cause des huit nations dont se composa l'ordre des Hospitaliers. Non loin des ruines du palais des grands maîtres on trouve celles de la loge Saint-Jean, qui occupe l'emplacement d'un temple ae Jupiter- Sauveur, où l'on recevait avec honneur
(x) M. CoUuty Revue des Deux Mondes,.
les étrangers de distînetion et les ambassadeurs des États arec lesquels Rhodes entretenait des relations amicale (1). « Cest la partie la plus élevée de la ville , qui de la descend en pente douce }usqu au port. La loge Saint- Jean fut construite par Hélion de Villeneuve. C'était là que se réunissaient les dievaliers pour les conseils de guerre, les grandes délibérations : c'était là que se rendait le grand maître pour communiquer avec Tordre, ou diriger les travaux dans les grands sièges que Rhodes eut à soutenir. Endommagée dans le dernier siège, la loge Saint* Jean a été de plus en plus dégradée par le temps, et dans quelques années il n'en restera plus nen. L'église Saint- Jean, ancienne cathédrale oe la ville, est aujourd'hui la grande mosquée. Elle est de beaucoup inférieure pour la beauté et la richesse à i'^lise
?ue le même ordre édifia plus tard dans île de Malte. Autrefois les Turcs en interdisaient l'entrée à tout étranger. Le colonel Rottiers prétend être le premier chrétien qui y ait pénétré depuis la conquête. Cest en 1825 au'il visita l'île de Rhodes. Aujourd'hui l'antique église de Saint-Jean n'est plus ferma aux voyageurs. Elle a cent soixante pieds de long et cinquante-deux de large; les colonnes out presque toutes des chapiteaux différents; leur diamètre est d*environ vingt-deux pouces. Elles ont été enlevées aux ruines d'anciens temples naîèns, et sous la chaux blanche dont les Turcs les ont recouvertes, on reconnaît qu'elles sont en beau granit oriental. La charpente qui soutient la toiture de la nef est toute parsemée d'étoiles d'or sur un fond d'azur. Cette ^lise a été bâtie sur les plans d'Arnolfe , architecte de Florence : sa construction commença peu de temps après rétablissement des chevaliers dans nie, car on rapporte que la première pierre en fut posée solennellement par Foulques de Yillaret en 1810, le jour de la nativité de Saint-Jean-Baptiste, patron de Tordre (2). Les autres églises de la ville, Sainte-Catherine , Saint-Pantaléon, Samt-Sauveor , Sainte-Marie-de-la-Vic-
(x)Rollien, Monuments de Rhodes, p. a85. (a) Roltiers, /</., p. Soi.
toire, Saint-Gosme et Damien, Saint- Jean de la Fontaine sont tombées en ruines ou converties également en mosquées. Les couvents de Saint-François et de Saint- Augustin subsistent encore.
On retrouve dans la rue des Juifs un vieux couvent de religieuses, la maison du grand commandeur, et le palais de justice de l'ordre. T^ porte qui donne accès dans la ville du côté du port s'appelle la porte Saint-George ou de Sainte-Catherine. A l'occident, vers la ville basse, est la porte Saint-Jean , et à Torient. à la ville haute, la porte Saint-Michel, appelée aussi porte d'Amboise.
Les Turcs ne souffrent pas qu'aucun chrétien habite dans l'enceinte de Rhodes. 11 en est de même à Constantinople. Le Pera de Rhodes est un grand village ouvert, situé au nord-ouest de la ville, dans le voisinage de la mer, et qui s'appelle Neochorio. Les Grecs y sont également relégués, ainsi qu'à Paximada, qui est le prolongement de Neochorio.
Ce faubourg est adossé à la hauteur factice élevée par 1^ musulmans lors du siège qui mit Rhodes en leur pouvoir, et au delà de laquelle on aperçoit le sommet du mont Saint- Nicolas. Les consuls européens y ont tous leur résidence. En sortant de la ville par le côté opposé, on arrive au site de Simboli, dont le nom vient du mot turc zambulu, gui signifie hyacinthe. C'est une plateforme ombragée de beaux platanes, arrosée par une fontaine qui entretient en cet endroit une délicieuse fraîcheur. Là est le plus ioli site des environs de Rhodes , qui généralement ne sont pas sans beauté. A l'ouest du mont Saint-Ëtienne s'étend la vallée qui servait de retraite au monstre que combattit le chevalier Gozon^ et dont on voit le prétendu squelette suspendu sous la porte Sainte-Catherine. Au sud-ouest de la ville , à deux ou trois heures de chemin, sont les ruines qu'on appelle le vieux Rhodes.
La route en est agréable ; on suit longtemps le bord de la mer, puis on chemine entre de gros arbres touffus, chênes verts , oliviers, figuiers ; on traverse le joli village deTrianda, dont les maisons sont en pierre et presque toutes uniformément ornées cl'une petite tourelle à cul de lampe délicatement sculptée, genre de construction qui dénote une
L'UNIVERS
origine féodale. Plus loin, sur une émiiience,est remplacement d*une aDcienne ville, quelques restes de tour et un couvent ruiné. Le vieux Rhodes n*est
Sas une ville grecque, mais firaoque; ses ébris sont de construction gothique, car à Rhodes comme dans llle de Chypre la plupart des ruines appartiennent aux édifices construits par les Latins à l'époque des croisades. Les vestiges de rantiquité ont presque entièrement disparu, mais partout se retrouvent la trace des Francs et les souvenirs de leur'ffloire.
L'fie de Rhodes a cent quarante milles de superficie, quarante-quatre villages, une capitale et un bourg, celui de Lmdo. Dans le siècle dernier sa population était encore de quatre-vingt mille âmes, et la ville conservait quelque prospérité. Mais la fiscalité des gouverneurs turcs a tout ruiné : outre les impôts arbitraires et excessifis dont ils frappaient les habitants, Us s'attribuèrent les monopoles de presque toutes les denrées, soie, cire, miel, huile, oranges, raisins, etc. Us ont accaparé toutes les productions du sol. Appauvri par leurs exactions , le cultivateur a renoncé au travail ; les jardins ont disparu, les moissons ne couvrent plus la terre. Reaucoup de cantons fertiles et autrefois bien cultivés sont devenus des solitudes, et selon le témoignage de voyageurs qui ont visité cette tle après 1880, le clénombrement qu'on venait de faire par Tordre de la Porte n'avait donné pour toute l'île que seize mille habitants (1).
HISTOIBB ANCIENNE DE DE BHODES.
l'Île
Ses pbemiebs habitants, les Telghines, les Ionètes, les Hi- LUDES. — Les plus anciennes traditions relatives à l'histoire primitive de Rhodes ne sont que des Iq^endes poétiques et des fables incohérentes, où l'imagination a la plus grande part, et dans lesquelles il est bien difficile de distinguer la fiction de la vérité. Cétait une opinion généralement reçue dans
(i) Michaud et Poujoulat, Correspondance f Orient, t IV, p. a6.
la Grèce que llle de Rhodes était née du sein des eaux de la mer. laissons parler Pindare, l'historien, le cbantie •de cette origine merveilleuse. « Les vieilles traditions des hommes racontent qu'au temps où Jupiter et les im- * mortels se partagèrent le monde , Rhodes n'était pas encore visible sur la plaine humide; llle se cachait dans les profondeurs de la mer. Le soleil absent, personne n'avait tiré son lot ; aucun pays n'avait été assigné au chaste dieu. Cependant Jupiter, qu'il avertît, voulut établir un nouveau partage ; mais lui ne le permit point, caru dit aux dieux qu'au fond de la mer blanchissante il voyait grandir une terre féconde en hommes et favorable aux troupeaux.
Sur-le-champ il exigea que Lachesis au fuseau d*or étendît les mains et gue les dieux ne refusassent pas de prêter le grand serment; mais qu'avec le fils de Cronos ils lui promissent que llle oui montait à la clarté du ciel serait à Pavenir placée sur sa tête. Ces paroles souveraines s'accomplirent selon la vé> rite. Du sein humiae de la mer germa rtle que possède le dieu générateur de la lumière radieuse, le roi des coursiers au souffle de feu. C'est là qu'il s'unît à Rhodo, qu'il engendra sept enfants, dont la sajB;esse éclata parmi les hommes de& premiers temps ; l'un d'eux engendra Camire, Jalyse l'alné et Linous.
Mais ils vécurent séparés, après avoir &it trois parts des terres et des villes paternelles : leur séjour porta leur nom (1). » Selon Pindare, les premiers habitants de Rhodes sont les fils du SoleD, les Héliades, race d'hommes née de l'union de l'astre du jour avec la terre de Riiodes qu'il avait fécondée. Les traditions recueillies par Diodore remontent plus haut, et avant les Héliades il nomme les Telchines comme étant les premiers qui peuplèrent Rhodes (2). U leur donne le titre de fils de la mer: ce <iui les fait regarder comme des Pnéniciens (3) par la plupart des critiques. Conune inventeurs et propagateurs des arts utiles, les Telchines peuvent encore être avec
(i^ Pindare^ Olynu)., VU, Ep. 3.
(qS Diodor., V, 55.
(3) Baoul Eochette, ffUtoire des Grecques, I, p. 33S.
HE DE RHODES
Tnisemblanoe rattachés à ce peuple in- JDstrîeax t|uî oouvnt de ses colonies les Oes de la Méditerranée , alors que les Giecs étaient encore dans un état ?oisia delà barbarie. I^es Telchines passaient pour avoir les premiers Dabriqué les statues des dieux, et toutes les villes de Khodes rendaient les plus grands honneurs à celles qui étalent sorties de leurs mÛDS. Us étaient de puissants endianteurs, et savaient par la magie assembler les nuages, attirer ou repousser les orages. £nnn ils prenaient à leur
fné toutes les formes qu'ils voulaient, videmment les Telebmes étaient des étrangers savants et habiles, que les populations grossières des tles de l'Asie Occidentale et de la Grèce regardaient comme des magiciens et des sorciers.
La lâble raconte que ces Telchines avaient été chargés par Rhéa du soin d'élever r^eptune. Ce dieu, devenu grand, aima Halia , sœur des Telchines, et en eut six fils et une fille appelée Rhodes, qui donna son nom à file. Quelque temps après Yénus aUant de Cythère en Cjpre voulut aborder à Rhodes; les fils de rïeptuoe Ten repoussèrent : la déesse 8*en vengea en les rendant furieux ; ils outragèrent leur propre mère Halia , et Neptune les punit en les enfermant dans les profondeurs de la terre. Halia , désespérée de son déshonneur, se préci- §ita dans la mer, et reçut des honneurs ivers sous le nom de Leuoothoé. Ce mythe est susceptible d'interprétations bien diverses; mais il est certain aue 8*n n'est pas une invention fàïxe h plaisir, il ne peut avoir été suggéré que par le souvenir ccmfus des événements variés de la vie aventureuse d'un peuple ou d'une colonie de navigateurs établis dans Vue de Rhodes.
Le mythe des Héliades est plus clair, et les anciens eux-mêmes en ont plus facilement saisi le sens. Les Telchines, selon Diodore, prévoyant un déluge, quittèrent nie, et se dispersèrent. (Quelques-uns périrent surpris par l'inonoation; d^utrés échappèrent sur de hautes montagnes. Mais le Soleil (Hélios), épris dellbodes, dessécha llle, lui donna le nom de celle qu'il aimait, et y établit ses sept fils, Ochimus, Cercaphos, Maear, Adis, Ténagès, Triopas et Caodalus. Évidemment la mythologie
exprimait ici , dans son langage Gguré, l'influence bienfaisante du scMeil sur une terre auparavant marécageuse, qu'il avait rendue nabitable en la desséchant. Les Héliades, comme les Telchines, avec.les»
quels 11 faut peut-être les confondre^ se distinguaient par la connaissance des arts, des sciences et surtout de l'astrologie. Ils réglèrent les saisons, et firent des découvertes utiles aux progrès de la navigation (1). Il est bien certain qu'il s'a* git encore id d'un peuple navigateur, et,
Îfuelle que soit la tbrme que prenne la étende, on voit que dans le fond elle n'a fait que conserver vaguement le souvenir des anciens établissements phéniciens.
Ténagès, qui était le plus habile des Héliades, périt par la jalousie de ses frères» Le crime ayant été découvert, tous les coupables prirent la fuite. Macar se retira à Lesnos, et Candalus à Cos; Actis aborda en Égvpte, et y fonda Héliopolis; Triopas s'établit en Carie, au promon*' toire Triopium. Quant aux'autres Héliades, qui n'avaient point pris part au crime, ils demeurèrent à Rhodes, et construisirent la ville d'Achaia, dans la Jalyssie* Ochimus , l'atné , en fut le premier roi. Cercaphus lui succéda : il fut père de Jalysus, Camirus et Lindus , qui partagèrent rtle en trois régions et y fondèrent chacune une ville.
Deux indications très-concises d'Hésychius et d'Etienne de Byzance donnent pour successeurs aux Telchines, comme habitants de llle de Rhodes, les Gnètes ou Ignètes, que Bochart conjecture, avec assez de raison, être le même peuple que le précédent (2). 11 n'en est nullement fait mention dans Diodore.
Au Diodore vint aborder Bien accueilli des habitants, il éleva un temple à Minerve , et lui consacra une statue. A quelque temps de là, Cadmus aborda aussi a l'tle de Rhodes après une tempête, pendant laquelle il avait fait vœu d'élever un temple à Neptune.
Il construisit ce temple dans l'île de Rhodes, et y laissa des Phéniciens pour le desservir. Ces Phéniciens obtinrent
^i^ Dîod., y, 56 et sulv.
1%) Eaool Eodietle, Cohmes Grecques, tl,^ p. 338.
L'UNIVERS
le droit de cité à Jalyssos, et la facilité avec laquelle ils se confoDdirent avec les habitants du pays semble prouver une communauté a*origine. Cadmus en passant à Rhodes avait honoré les divinités locales et consacré à la Minerve de lîndos un ma^iflque bassin d'airain.
Peut-être Danans avait-il reconnu une déesse phénicienne dans la Minerve de Lindos.
Expulsion des Phéniciens , colonies PÉLÀSGiQUES ▲ Rhodes. — Jusque là toutes les colonies établies dans Rhodes, Telchines, Ignètes, Héliades, compagnons de Danaûs, avaient une ori-
Sne orientale, et se rattachent à F Asie ineure ou aux contrées maritimes de la Syrie (1). Sans doute Texamen critique de toutes ces traditions pourrait fiaiire ressortir bien des contradictions , susciter de nombreuses difficultés, et contredire, à certains égards, les conclusions générales que nous en avons tirées, principalement en ce qui concerne les béliaaes, dont Torigine asiatique est moins évidente que celle des deux autres tribus. Mais le fond de ces assertions demeure toujours, et Ton ne peut nier que Ttle de Rhodes, comme la plupart des autres tles de la mer Egée , n*ait été occupée par la race phénicienne avant de Tétre par la race grecque. Ce fiait n'avait pas échappé aux anciens euxmêmes ; il est attesté par la grave autorité de Thucydide (2) , et deux Rhodiens, Polyzélus et Ergéas, qui écrivirent sur rhistoire de leur patrie, avaient recueilli les traditions relatives à;rexpulsion des Phéniciens de llle de Rnodes (3). D'après leurs récits, Phalantus, chef des Phéniciens, vigoureusement attaqué par un certain Iphiclus, s'était renfermé dans une place forte, où il faisait une bonne résistance. Ayant consulté l'oracle , il lui fut répondu que l'ennemi ne se rendrait mattre de la place que lorsque l'on verrait des corbeaux blancs voler
(i) M. Raoul Eochette conteste Tongioe phéiucienne des Héliades, admise par Clavier, «t les regarde comme issus de la colonie pélasgique de Phorbes. Foxez les preuves de ceUe assertion, 1. 1, p. 340.
(7) Thucyd., I, 8.
(3) Ap. Aihénée, I. VIII; Dapper, Description de tjirclùpel, p. i5i.
dans l'air et des poissons nager dans lei coupes. Phalantus, croyant que œs prodiges ne se réaliseraient jamais, se crut imprenable, et se relâcha de sa vigilance. Cependant Iphiclus, informé de cet oracle qui avait rassuré Phalantus, eut recours à la ruse pour accomplir les singulières conditions qui devaient lui Uvror la place qu'il assiégeait. Selon le récit d'Ergéas, s'étant emparé de Larca, un des serviteurs de Phalantus, au moment où il allaitchercher de l'eau à la source voisine, Iphiclus ne le relâcha qu'à condition qu'il s engagerait à verser dans la coupe de son mattre l'eau qu'il lui rapportait, et où il avait jeté lui-même une quantitéde petits poissons ; ce que Larca exécuta fidèlement, comme il s'y était engagé. Quant à l'autre difficulté de l'oracle, Iphiclus sut également Téluder en envoyant à Phalantus des corbeaux qu'il avait enduits de chaux. Selon Polyzélus, il fut aidé dans Texécution de ces deux stratagèmes par la propre fille de son rival, qui avait conçu pour lui une violente passion. Quoiqu'il en soit, Phalantus, voyant l'oracle accompli , perdit l'espoir depouvoir sedéfendre, et abandonna l'iIe de Rhodes, qui fut pour toujours enlevée aux Phéniciens, auxquels les Grecs succédèrent. On ne sait à quelle époque placer cet événement, dont les détails sont loin d'offrir le caractère de la vérité historique. Mais cette tradition n'en est pas moins curieuse, comme étint le seul souvenir conservé par Thistoire de la lutte qui dot nécessairement s'engager entre les deux nations qui se disputèrent dans ces temps reculés la possession de Itle de Rhodies. Cette victoire d'Iphidus sur Phalantus et les Phéniciens ne peut s'expliquer que par rétablissement dans rtle de Rhodes de colons grecs ou pélasgiques , qui y vinrent en assez grand nombre pour obtenir enfin la prépondérance. La
Êremière decescolomes,selonM. Raoul lOchette , est celle de Leucippus, fils de Macar, qui était venu de Lesbos arec une troupe nombreuse. La population de Rhodes, selon Diodore (I), était alort fort réduite ; Leucippus et ses compa* gnons furent accueillis avec joie, et ne tardèrent pas à se confondre avec les anciens habiUnts. Or, il î»ut se sou-
(0 Diod.,V, Sr.
ILE DE RHODES
Tenir que Macar étût hû-mtee an Héliade, qui aTaît (miné Kbodes pour s'établir à L«bo8. Son fils abandonna Lesbo8 àson tour pour revenir, avecles Péia»
S;, de cette Ile au berceau de sa ÊinilDe. elque temps après, il se forma à Rhodes un nouvel établiasemenl pélasgique, sous ia conduite de Pborlias, fils de Triopa» , selon Hjgin , et de Lapithus , selon Diodore. La mythologie paraît s*é1re exeluslYement emparée de ce fait. S*il faut en croire Ihodore, Ifle était ravagée par des serpents d'une grandeur prodigieuse, qui dévoraient un grand oombre d'hamtants. Pour se dénvrer de ce fléau, ils consultèrent l'oracle de Délos, qui leur conseilla d'appeler à leur secours Pborbas, qui vint deTbessalie, purgea le pays des monstres qui l'infestaient , et fonda une colonie dans Ttle qui loi devait sa délivrance. Il est assez singulier, aioute M. Kaoul Rochette(l), de trouver a une époque aussi ancienne l'origine des fables qui reparaissent dans rbistoîre moderne de Rhodes, lorsque cette Tîiie était au pouvoir des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ces fables avaient sans doute un fondement réel, eiagéré par l'imagination des Grecs.
Comme Leucippus, Phorbas était encore ori^aire de rue de Rhodes. Son père, Tnopas, avait émigré en Carie et tonde un établissement dans la presqu'île de Cnide, que Pborbas fut onligé d*abandonner lors de l'invasion des Cariens.
a était en Thessalie, ouand les Rhodiens le rappelèrent dans l'fte natale, où il revint avec une colonie pélasgique.
COIX>lClS CaÉTOISE d'Althémènb.
— Altbémène , fils de Catrée , petit-fils de Minot, ayant reçu de l'oracle une ré* ponse qui lui prédisait qu'il tuerait son père, s exila volontairement de l'Ile de Orète. II vint à Rhodes, aborda à Ca- Bûros, et introduisit dans ce pays le culte de Jupiter, auquel il éleva un temple sur le mont Atabyrius, d'où l'on apercevait l'Ile de Crète. Cependant Catrée, désolé du départ de son fils , fit voile pour Rhodes , afin de le revoir et de le ramener en Crète. La fatalité rapprocha ainsi le père et le fils, pour assurer l'exécution des arrêts du destin. Catrée dé* barqua de nuit dans l'fle de Rhodes.
(i) Coioniês Grecques, I, 339.
Les habitants se crurent attaqués par des pirates. Ils marchèrent en armes à leur rencontre. Altbémène accoumt aussi pour repousser cette prétendue agression, etsonjavelotfirappason père, qu'il n'avait pas reconnu. Apollodore ajoute oue, désespéré du crime involontaire qu il avait commis, ce malheureux fils pria les dieux de permettre à la terre del'engloutir, et que son vœu fiit exaucé. Mais Diodore explique historiquement cette fable, et prétend que s'étant banni de la société et du commerce des hommes, il trouva dans la solitude le terme de ses chagrins et de sa vie (1). Un autre Altbémène conduisit plus tard dans l'tle de Rhodes la colonie dorienne qui donna un caractère définitif à la population de cette tle, composée d'éléments si divers.
Colonie abgibnne de Tlbpolèmb (1292 av. J.-C.).—Tlépolème, fils d'Hercule, établi à Argos, forcé de s'expatrier pour un meurtre involontaire , émigra avec une nombreuse troupe d'Argiens.
Ëtant allé consulter l'oracle de Delphes, le dieu lui ordonna de conduire une colonie à Rhodes. Un des descendants de Cadmus, forcé de se bannir de Thèbes, à cause du meurtre d'un de ses parents, se réfugia à Athènes , d'où ses descendants accompagnèrent Tlépolème à Rhodes. Quelques Athéniens prirent également part à cette colonie , qui rebâtit et agrandit les trois villes de Lindos , Camiros et'Jalyssos, dont l'existence au temps du siège de Troie est attestée par Homère. La même colonie de Tlépolème s'étendit aussi dans l'Ile de Cos, qui au temps de la guerre de Troie était, ainsi que 111e de Rhodes, dominée par les Héraclides. « L'Héraclide Tlépolème, dit Homère (2), grand et fort guerrier, amena de Rhodes neuf vaisseaux montés par les courageux Rhodiens. » Il périt sous les murs de Troie de la main de Sarpédon, fils de Jupiter. Voici comment Homère raconte la mort du chef des Rhodiens (3). « La cruelle destinée poussa le malheureux fils d'Hercule, le grand Tlépolème, contre le divin Sarpédon. Quand ces deux
(i) Diod. Sic, V, 59; R. Rochelle^ Coio* n'tes Grecques, t. II, p. a6a.
(a) Hom., //.. II, 653.
(3) Id., //., V, 628.
L'UNIVERS
héros , Ton fils et l'autre peti^fils do dieu qui lance le tonuerre, furent tous deux en pressée et prêts à se charger, Tlépolème parla le premier, et lui adressa ces paroles : « Sarpédon , conseiller des Lvciens , quelle nécessité de venir trembler ici, toi qui ne connais pas la guerre? Ils mentent ceux qui te disent fils de Jupiter Porte-Égide ; car tu es de beaucoup inférieur à ces héros anciens qui naquirent de Jupiter. Tel fut, dit-on, Hercule, mon vaillant père au cœur de Lion, qui, venu ici avec six vaisseaux seulement et un petit nombre d'hommes pour enlever 1^ chevaux de Laomèion , saccagea la ville de Troie et d^la ses rues. Mais toi, tu n'es qu'un lâche , et tes peuples périssent. Et je ne pense pas aue ta venue en ce pays soit désormais d un grand secours aux Troyens , quand même tu serais trèsrobuste; car, terrassé par moi, tu vas franchir les portes de renfer. — Tlépolème, reprend Sarpédon, il est vrai qu'Hercule ruina autrefois la ville de Troie par la faute et par l'imprudence du grand Laomédon, qui lui refusa ses chevaux qu'il lui avait promis, et pour lesquels ce héros était venu de fort loin. Ce roi parjure ne se contenta pas même de les lui refuser ; il le traita indignement, quoiqu'il en eût reçu de très-grands services. Pour toi , je te prédis que tu n'auras pas le sort de ton père. Ta dernière heure t'attend ici, et, terrassé par cette pique, tu vas me couvrir de gloire, et enricnir d'une ombre l'empire du dieu des enfers. » Comme il achevait ces mots, Tlépolème lève son javelot, et le lance. Dans le même instant ï^ traits de ces deux guerriers partent de leurs mains. Sarpédoh donne du sien au milieu du cou de son ennemi , et le perce. La mort ferme ses paupières et le couvre d'une éternelle nuit. Le javelot que Tlépolème avait lancé atteignit Sarpédon à la cuisse gauche, et le fer avide , poussé avec une violence extraordinaire, entra dans l'os, et s'y attacha. Jupiter garantit son fils de la mort. »
Établissement des Dobiens dans iIle de Rhodes. — A Tépoque de la guerre de Troie, Rhodes, débarrassée des Phéniciens, qui l'avaient occupée d'abord , des Carions, qui y dominaient au temps de Minos, était devenue une île
grecoie. Une dernière émigratâoo èait une île dorienne (1). Le cbâTde œ iiotvel établissement fut un seeoiid Altfaémène, fils de Cisus, petit-filsde Téfnénv; qui dans la eonquête du Pélopoonèse par les Héraclideset les Doriens avait oi^ tenu en partage le royaume d'Araos (3). Althémène était le plus jeune des fib de Cisus. Il quitta l'Argolide, à la suite d'une querelle avec ses trères, aceompagné d'une troupe de Donens, aiixqiids s'étaient joints quelques Péia^ges. A cette époque les agitations dont la Grèce était le théâtre, par suite des invasioos des Cadméens, des Arnéens et des Dorions, avaient déterminé parmi les anciennes populations de oe pays un mouvement d'émigration très-actif vers l'Asie Mineure et les lies. Au moment oà Althémène s'apprêtait à quitter la Grèce, des Athéniens sous la conduite de ^élée, des Lacédémoniens sous cette de Del* phus et de Polis , lui proposèrent de se joindre à lui et de se placer sous soa commandement. Mais il devait être impossible à ces peuples si différects d'oïlg*ne et de caractère de s'entendre sv direction à donner à leur entrq)Hse.
Les Ioniens voulaient aller en Asie Mineure, leur terre de prédilection ; les Doriens poussaient Altnémène à se rendre en Crète. Celui-ci, rejetant les offiresqu'oB lui fusait , alla consulter l'oracle de Delphes , qui lui ordonna de se diri^r vers Jupiter et le Soleil , et de s'établir dans les pays qui les reconnaissaient pour proteeteurs et dieux tutélaires. Étant (woe parti du Péloponnèse, Althémène fiit aborder en Crète , qui était particulièrement consacrée à Jupiter. Il labsa ooe partie de sa troupe ; à, poursuivant soo voyage avec le reste des Doriois, qui Favaient accompagné, il vint prendre terre dans rile de Rhodes. A partir de cette époque les Doriens dominèrent dans cette île, dont, ils occupèrent les trois villes, Ohmiros , Jalyssos. Lindos, fliri avaient déjà reconnu tant de maîtres mfférents. Ils s'établirent aussi dans FOe de Cos , et sur le continent, à Gnide et à Halicamasse. Les Doriens de ces six villes des îles de Cos, de.Rhodes et de la
(i) Fof . sur rusage deU Ungoe doriflHMà Rhodes Meunius, wunLt L n, c m.
(a) Gonon ap. Meurs., £hod,fp. i5.
ILE DE RHODES
ffle réimireot en une eonfédértCioD [Appela THexapole Dorique.
ianriQiTB PBOspBBiri MABimcx Bhouishs; lbu&s coloribs. — ftotnditioos, toutes coufiiees et iDoom- B qa*ell€8 sont, ne laissent pas de i donner de précieux renseignements ■K leR OTÎ^nes de la population de lUe is Khodcs. Msis après rétablissement lie la colonie dorienne Thistoire ne nous tansni^ pffos rien sar les destinées de cette fie, mit les annales offrent une laeone êem siècles environ. On sait seulement, par des indications éparses çà et là dMSMS anciens auteurs, que lUe de RfcedcB j^âera à un haut degré de prospérté, et qu'elle dut au courage, au génie " et entreprenant de ses habitants importance supérieure aux ressourct aux forces dont la nature l'avait
Dès le temps d*Homère la rides Bhodiens était déjà célèbre :
« liB fila de Satirne, dit le poète, a aoeotdé aux Bhodieos de grandes riches^
Amai Pîndare a-t-il imaginé de dire K qa» te puissant roi des immortels avait tmÊédrime pluie d'or Itle de Rhodes ,
SM Minerre, avec Taide de Vnlcain , de sa iiacbe de bronze, s*élança du itiuujiu ée Jupiter en poussant un cri irlw^liiiinl <^) >. Penoant toute Tanti- ^pdté, ce lot la destinée de Rhodes d'éttt KBOOMmée pour son opulence. I^es TJrffcemtdes sîèctes postérieurs Aristide, PUÔetrate, libanius, Himérius rép^ teot tous la ùUe de la pluie d'or, qui n'avait pas cessé d'être vraie, et un seoliaste d^Honère en donne une ezplicatioQ noytholeçqoe, qui, prise au sens moral, offire on bd enseignement, qui s'adresse i toos iei nenples. On rapporte, dit^, qae Jupiter fit pleuvoir de l'or sur Plis de Rliodes, parce qu'elle fut la preqoi offirit des sacrifices à sa fille ~ Ainsi le dieu récompensait les de leur culte pour la sagesse en leor accordant des richesses proverbialîs. I^'oraele sibyllin avait dit au sujet isniede Rhodes : « Et toi, Rhodes, fQle è^ dïe« du jour, tu seras pendant longiHiips une terre io^iépendante, et tu posséderas d'inmoenses trésors. » Que la
prédiction ait été faite après coup, ou qu'elle ait devancé l'événement, elle n'en reproduit pas moins avec conci* sion et exactitude les deux (prands traits fiénéraux de cette période mconnue de 1 histoire de Rhodes, oui sut, par un rare bonheur et par sa conduite parfaite, conserver penoant des siècles deux choses qu'il est bien difiBdle d'acquérir et de ' 1er simultanément, la richesse et
posséda l'indëD
(x) Hom^ IL, H, 670
{1) Piodar., O/L, VII, ep. a.
l'indépendance (1).
L'oracle de la Sibylle avait dit encore
3 ne rtle de Rhodes aurait la domination e la mer; et elle fut en effet de toutes les fies grecques la plus puissante, par sa marine et son commerce. Bien avant l'épooDe où Tite-Live célébrait la supériorité de la marine rbodieone , la rapidité de ses vaisseaux, l'expérience de ses mlotes et Tadresse ae ses rameurs , les Rhodiens passèrent pour les meilleurs marins de la Grèce. Ils se vantaient que diacun d'eux pouvait à lui seul conduire un vaisseau ; de là ce proverbe 'Hiafc ^a *P6^t, Zixa va9< , dix Rhodiens , dix narires. La puissance maritime des Rhodiens, dit Strabon, précéda de beaucoup la fondation de la lille actuelle de Rhodes. Bien des années avant l'institution des jeux Olympiques, ils fondèrent de lointains établissements. Une colonie nombreuse s'établit en Ibérie ou Espagne, etT fonda la ville de Rhodes (Rosas ), que les Marseillais occupèrent plus tard, bans la terre des Opiaues, c està-dire en Campanie, ils etaDlirent une colonie à Parthàiope, qui fut plus tard la ville de Naples. Le Rhodien Elpias, mut émigré avec des habitants de Rhodes et de Cos, fonda la ville de Salapie en Apulie. D'autres Rhodiens allèrent , après la guerre de ïroie, coloniser les Iles Gymnasiennes ou Baléares. Les Grecs de Rhodes, qui s'étaient déjà établis dans leur Ile sur les débris de la domination des Phéniciens, profitèrent de la décadence de leurs colonies des Gaules, et s'emparèrent du commerce de la Méditerranée occidentale. Us construisirent quelques villes , entre autres Rhoda et Rhoaanousia , près des bouches libyques du Rhône, qui leur dut son nom. vers l'an 600 avant l'ère chré-
(i) F'ofe* pour toutes ces citations Meur^ dus, Mhddusp c xvu, p. 5z et fuiv
L'UNIVERS
tienne, ils furent remplacés dans ces parages par les Phocéens, qui y établirent la puissante cité de Marseille (I). En Sicile , des Cretois et des Rhodiens réunis fondèrent la ville de Gela, qui à son tour devint la mère patrie d'Agrigente (2).
« Antiphème de Rhodes et Entime de Crète, dit Thucydide (3), amenèrent des habitants à Gela, et la fondèrent en commun, quarante-cinq ans après la fondation de Syracuse. Le nom de cette ville lui vint du fleuve Gelas; l'endroit où elle est aujourd'hui, et qui fut le premier entouré d'un mur, se nomme Lindie, et ses habitants eurent les institutions doriennes. Environ cent huit ans après leur établissement , ceux de Gela fondèrent la Tille d'Agrigente , à laquelle ils donnèrent le nom du fleuve Acragas ; ils charfèrent de sa fondation Aristonoûs et ystilos, et y établirent les lois et coutumes de Gela. » On mentionne encore des établissements rhodiens en Macé* doine, à Téos en lonie, à Soli en Cilicie, en Lycie, en Carie, et enfin dans les tles voisines de Rhodes, telles que Carpathos, Casos autrefois Achné, rïisyra, Calydna, Cos, Syme, Chalcia et quelques autres, sur lesquelles Rhodes établit son empire, et qu'on appelait les Des Rhodiennes.
Tel fut le développement commercial et maritime des Rnodiens , du dixième au sixième siècle avant l'ère chrétienne, pendant la période inconnue de leur histoire. Les oeux points extrêmes de leur navigation étaient l'Espagne, où nous avons vu qu'ils fondèrent des colonies, et l'Egypte, où sous le règne d'Amasis ils s'établirent à Naucratis, et où ils contribuèrent à la construction de l'Helienium avec d'autres cités commerçantes de l'Asie et des tles (4). Ainsi leur commerce s'étendit sur toute la mer des anciens, et ils s'étaient assurés sur toutes les côtes, dans les tles, en Asie, en Macé-
(x) Anu Thierry, Hist. dtt Gaulois, 1. 1, p. &3.
(i) Meursius, RfunL, p. 6o.
h) Thuc, VI, 4.; Her., VU, i53.
(4) Her», n, 17S : « Les villes qui firent bâiir THeUénion à (rais communs furent : du côté des lonieni, Chios, Téos, Phocée, Clazomènes; du côté des Doriens, Rhodes, Cnide, Halicamasse, Phasélis; et de celui des Éoliens la seule ville de Mitylène. »
dolne, en Sidle, en Italie, en Gaule, é Espagne, des comptoirs et des statioia Pendant le long intervalle de teroos oé s'accomplirent toutes ces choses, Rhoda resta divisée en trois cités , goaveraéei d'abord par des rois, comme on le toîI dans Homère (1), puis transformée ei république, comme tous les autres États gre€S , a une époque inconnue. De os trois cités, Linaos parait avoir étélapla considérable. C'est d^elle dont il est k plus souvent fait mention dans les nm femoignages relatife à cette paitiede l'histoure de Rhodes.
L'ÎLE DE Rhodes àu temps de li OUEBEE MÉDiQUE. — Rhodes, comme toutes les îles de ces parages , comme tous les États maritimes de TAsie occidentale, perdit son indépendance à la fia du sixième siècle, et se vit contrainte de reconnaître la domination des Perses.
Dans sa grande expédition (480) Xerxè fit marcher les Grecs d'Asie contre les Grecs d'Europe; les Doriens habitaot dans le voisinage de la Carie, unis à ceux de Rhodes et de Cos, fournirent qo»rante vaisseaux au grand roi (3). L'entreprise de Xerxès ayant échoué, il en résulta de grands changements dans l'état du monde grec. Les Grecs d'Etnrope, qui avaient su repousser une doroinatioe que ceux d'Asie avaient reconnue, vireot commencer pour eux une nouveiie ère de puissance et de gloire. Us à^^mat rèrent de la suprématie inteUectnelie.
commerciale et politique qui jusque là avait appartenu aux cités grecques d'Asie. Athènes, qui avait tout sacrifié paff la défense de la Grèoe, eut la plus grande part aux honneurs et aux Bénéfices de la victoire. Elle affranchit les Grecs d'Asie du joug du grand roi , mais en se les assujettissant, et les trois cités rhodiennes furent contraintes d'entrer, à titre d'aï- Gées, dans cette vaste confédération maritime dont Athènes fiit le centre et la tâa.
ËTA.T DE lIlB DE RHOBBS PSIT*
(i) Meursins, Ekod,, p. 6a. Au tempiâc la guerre de Troie Tlépolème régnait à Rhodes. Sa veuve Polyxo gouverna au nom de aoo fils. Frontin fait mention d*un Meranon, roi rhodien, et Pausauias d'un Damagèle, roi dlalysos, qui épousa la fille du hérot nien Àristomène ; 1. IT, c. *xxui.
(1) Diod., Xly 3.
ILE DE RHODES
DIHT LA eCBEBBDU VÈLOfOKKÈSE, —
Cependanl la haine que se portaient mntuelleiDent les Athéniens et les Spartiates ayant éclaté j toute la Grèce sW gagea dans cette longue et sanglante querelle appelée la guerre du Péloponnèse. Apres que les Athéniens eurent été défaits au si^e de Syracuse (412) , on grand nomlNre de leurs alliés les ahandonnèrent Les Rbodiens suivirent ee oDouTement de défection, et s'entèrent dans le parti des Laeédémoniens, ▼ers lesquels ils inclinaient en qualité de Doriens. Mindare, chef de la flotte de Sparte, jeta dans l*tle deux exilés rbodiens, Doriée et Pisidore« qui s'étaient retirés à Thurium à la suite de troubles
2 ai les avaient forcés de s'expatrier (1). ;*étai»it sans doute les chets du parti aristocratique et dorien, opposé à la démocratie et à l'influence d'Athènes. Leur retour prépara le changement d'alliance que VarriTce de la flotte laoédéoionienne rendit définitif. Pendant fbiver de l'année 31d, le gûiéral Spartiate Astjrodius s'embarqua de Cnide, et fit voile sur RÎiodes, que le grand nombre de ses marins et son am^ de terre, dit Tbucy- ^e (2), rendaient déjà importante. Il vint toucber à Camiros avec quatre-vingt-
rtorze vaisseaux. D'abord la terreur ffrande à Camiros. La ville n'étant pas fortifiée, les habitants s'enfuirent. Mais les Lacédémoniens les rassurèrent sur leurs intentions, et déterminèrent les trois cités à accepter leur alliance. £lles s'unirent à eux , et payèrent une contribution de trente^eux talents. Les Athéniens firent de vains efforts pour ressaisir cette importante possession. Us se portèrent à I1le de Chalcia (Carchi) en vue de Rhodes, firent des descentes dans nie^ remportèrent <]uelques avantages, mais sans réussir dans le but pnndpal de leur entreprise (3). Quelque temps apr^, Aldhiade ayant momentanément relevé les afibires des Athéniens, leur flotte descendit dans les lies de Ces et de Rhodes , les mit au pillage, et en emporta quantité de vivres et de provisions de toute espèce (4) (408). Ce fut le
(i) Diod., Xm, 38 ; PausaD., VI, 7.
(a) Thoeyd., VIII, 44*
(3) Id., xm, 55, 60.
(4) Diod., TUI, 69, 70.
dernier exploit des Athéniens. Sparte plaça Lysandre à la tête de ses forces navales : celui-ci fit voile pour Rhodes , réunit à sa flotte tous les vaisseaux que les villes de cette lie purent lui fournir, et alla vaincre Antiochus, lieutenant d'Alcibiade, sur les côtes del'Ionie.
Cette année même la première de la quatre-vingt-treizième olympiade, en 408 avant 1 ère chrétienne, les habitants de rtle de Rhodes , dit Diodore (1) , qui occupaient làlyssos, Camiros et Lindos, se reunirent dans une seule ville a laquelle ils donnèrent le nom de Rhodes.
Aucun historien ne nous rend compte des motifs qui déterminèrent les Rhodiens à prendre ce parti ; Strabon , Aristide, Eustathe mentionnent ce fait, comme Diodore, avec la plus grande brièveté , et nous laissent réduits à nos conjectures sur les causes qui ont pu le produire. La cause probable de cette détermination , c'est que les Rbodiens , se voyant, par leur dispersion en trois cités, à la merci des deux villes de Sparte et d'Athènes, qui leur imposaient tour à tour leur alliance, comprirent qu'ils trouveraient en se réunissant plus de forces et de nouvelles garanties d'indépendance. £n effet , la ville de Rhodes devint une des plus importantes cités des derniers temps de Thistoire grecque. Quelques années après la fondation de Rhodes , Athènes succomba sous les coups de Sparte, qui fit peser sur ies cités grecques d'Europe et d'Asie un joug 8 luspesantqueceluides Athéniens. Rhoes tut une des premières à s'en lasser; et lorsque l'Athénien Conon parut dans les mers de l'Asie à la tête d'une flotte que lui avait fournie Artaxerxès, les Rbodiens, fermant leur port à la flotte lacédémonienne(2), y reçurent Conon et ses navires. Bientôt on vit paraître en mer un grand convoi de blé que le roi d'Egypte envoyait pour l'approvisionnement des forces navales de Sparte , son alliée. Profitant de l'ignorance où étalent les conducteurs de ce convoi de la défection des Rhodiens , ceux-ci et Conon le.firent entrer dans le port, et s'emparèrent aisément de ce riche butin (896).
(1) Diod., xm, 75; MeaniuSfJRkôd,, c. x,
(a) Diod., XIV, 79.
L*UNIVERS
11 est éTident que le peu|4e rhodien était diWsé en deux partis qui domiDaieDt tour à tour, et qui se portaient tantôt vers l'alliance de Sparte, tantôt vers celle d* Athènes. Cest la ce qui explique les brusques variations de la politique extérieure de Rhodes à cette époque. Cinq ans après ce retour des Rhodiens au parti d'Athènes, en 391, les partisans de Lai^émone reprirent le dessus, fi«rent soulever le peuple, et expulsèrent de la ville ceux qui tenaient pour les Athéniens (!)• n y eut guerre civile, du sang versé et des proscriptions. Puis, craignant une réaction et des représailles, le parti vainqueur demanda du secours aux Lacédémoniens. Sparte, enchantée de cette occasion qui s'offirait de rétablir ses affoires en Asie, envoya sept trirèmes commandées par trois cheÉ. Ceuxci, après avoir détaché Samos des Athéniens , affermirent à Rhodes l'autorité de leurs amis , et chassèrent les Athéniens de ces parages et des côtes voisines.
La domination de Sparte, un instant ébranlée, avait été ranermie par la bravoure d'Agésilas et la politique d'Antedcidas, qui avait su, comme autrefois Lysandre, procurer à sa ^trie l'alliance du roi de Perse. Mais le joug des Lacédémoniens étant devenu de nouveau insupportable à force d*orgueil et d'insolence (3) , une nouvelle défection se déclara. Athènes était redevenue poussante; Thèbes commen^it à se faire connaître sous la conduite de ses deux grands hommes, Pélopidaset Épaminondas, et engageait avec Sparte une lutte qui devait lui assurer momentanément rempire de la Grèce. Encourage par ces circonstances favorables , les habitants de Chio et de Byzance d'abord , puis les Rhodiens, les Mityléniens et d'autres Iles abandonnèrent Sparte, et revinrent à l'alliance d'Athènes. Une assemblée générale fut convoquée dans cette ville. Chaque cité confédérée y envoya ses réorientants et y obtint le droit de sunrage : l'indépendance de chaque cité fut reconnue, et Athènes placée à la tête de la confédération.
Ainsi se reforma l'empire maritime des
i) Diod., XIV, 97.
;•) Id., XV, aS.
Athéniens, en 377, vingt-six ansaprètli prise d'Athènes par Ly8andre,et la àtt truction des murailles du Pirée.
En peu d'années la situation géoéraU des États grecs subit de grai^ modtfcations. Thèbes avait numiiié Spaite par ses victoires, et lui enlevait la àniif matie sur terre. A Tinstigatiim d'Epi* minondas, elle entreprit ausâ de dé-
E)uiller Athènes de l'emphre maritioie 'après les conseils de ce grand homme, les Thébains décrétèrent l'équipeinat d'une JDottedecent trirèmes (1). Puis Épi* minondas fut envoyé à Rhodes, à Cb», à Byzance pour les détacher d'AtbèDes et les intéresser à la réussite de ses desseins. En vain Athènes envova mu flotte sous la conduite de Lâches poor retenir ces villes dans son alliance. Ëpa* minondas força les Athàiieos à quitta ces paraees, et ât passer ]UK)des et Jet autres villes dans le parti des Thâ»is (864). Enfin, ajoute Diodoie, si eoi homme avait vécu i^s longtemps, les Thébains , de l'aveu de tout le monde, seraient devenus les maîtres sur tem et sur mer.
GUBBRE sociale; LES RHOnUHSSI* GOUBNT LE JOUO D'AtHÀETBS. — Apfè
la mort d'Épaminondas, Rhodes et les autres colonies grecques d'Asie letombèrent sous la dommatio» d'Atbènef, contre laquelle elles ne tardèreot pasà se révolter. En 868 édata la guerre sociale, ou guerre des alliés, a laquelle Rhodes prit une part active avec C(B, Chio, Ryzance (2). Athènes emploj^ pour les réduire et de grandes forces, et de grands capitaines, Chabrias, lf)|ù* crate, Timothiée, qui furent avec Phoooi les derniers généraux athéniens doit les talents firent honneur à leur patrie Mausole, roi de Carie et tributaire de b Perse, encouragea le soulavemeat dtf Rhodiens et des autres insulaires. B ^ pirait à conquérir lestles voi^oes de ses EUts , et pour y parvenir il fallait ^ soustraire a l'influence d'Athènes. I^ affaires des Athéniens furent fort m conduites dans cette guerre impartante^ Chabrias périt dans le port de Chio; ^ dénonciations de Char&, général cher a la multitude, firent écarter du commaD*
(i) Diod., XV, 79.
(a) Id., XVI, 7 j Meursius, 1. II. c. i'-
ILE DE aHOD£S.
Tlœotiiëe et Ipfaierate, qui foen aceasatioD. Chargé seul de h fireetion de la guerre, Charès, ou- HMt le soin de réduire les alliés, soutint h ién>lte du satrape Artabaze contre «Almattre. A. riDStant Ochos mena^ Ici Ath^iiens de faire marcher une Istlt)' de trots cents ?oilcs au secours des InsQlairos soulerés contre eni. U £dl«t soDger à la paix ; Isocrate y iatrita ses coneiiefeBS dans le discours mç\ c^ p4^f«2ç, oà if déclare que si Athènes ?ent tee heuruise et tranquille, il faut go'ells railenne son domaine dans de josCes ternes, et qu^eile renonce à rempage de la mer et à la domination uni- TeneUe; qn'eUe consente à une paix qui hÉBW ctogne ville, chaque peuple dans la jsoissande d'une pleine liberté, et onlfce se déelaie rennemie irréconci* nable 4e quiconque osera troubler cette nis si itBseiser cet ordre (1). La paix Mt ea efiél conclue à ces conditions, et il fiit srréié tptt Rhodes, Bjrzance, Chio el Cos «BtRraient dans la jouissance de lev liberté (306).
DÉMÉMjàs J>ES Rhodixns aysc Mabsoilb xt Abtbmis£; iivtbbtbn-
nos DBS AtHXEI IBIfS EN FÂTBUm nES
BBaoïSHS.--* La guerreaodale avait eu Is sésnhat que Mausde en avait espéré.
Hhodes était libre, mais sans protection, die paîneecarien qui Ttvait aidée à seeewr le joug d'Athènes ne tarda pas à Un îipeser le sien. Sous l'influence atfaémcasA, le parti démocratique était maftve des affûres. Mausole favorisa le parti desiieliesetdes grands, qui ressaisit le pouvoir et opprima la faction contraire. Rhodes, qui avait cru s'afiranchir des Aibéniens, ne fit que changer de mattr»; eUe toisba dans la dépeodance d*iin satrape du grand roi, et après la mort de Mausole (S54) Artémise, sa veov«, soutenue par la Perse, maintint son autorité sur ces îles nouvellement aequases. La mort de Mausole avait renda aux Rhodiens l'espoir de se relever de kvr abaissement. Pleins de mépn poor Artémise, qu'ils croyaient sans (Mienae, ils entreprirent de fa détrôner side s'emparer de la Carie. Mais Artésise n'était pas tellement occupée à
(i) Isocrate, Or, tU Pace, colL Didot, t.XXIIIyp, xoo.
pleurer son époux, qu'elle ne songeât aussi k conserver les conquêtes qu'il lui avaitlaissécs. Il parait, par une harangue de Démosthèue, qu'on ne la regardait point à Athènes comme une veuve dé* solée et inconsolable, abîmée dans les larmes et la douleur (1). On savait an contraire quelle était son actiTité, et combien elle était attentive aux intérêts de son rovaume. En effet, les Rhodiens, croyant la surprendre, mirent leur flotte en mar, a entrèrent dans le grand port d'HalicamasM. La reine, arertie de leur dessein , avait ordonné aux ha* bitants de se tenir sur ks murailles , et quand les ennemis seraient arrivés , de leur témoigner, par leurs cris et leurs battements de mams, qu'ils étaient prêts à leur livrer la ville. Les Rhodiens des* oendirent tous de leurs vaisseaux, se rendirent avec hâte dans la place, et laissèrent leur flotte vide. Pendant ce tempslà, Artémise fit sortir ses galères du petit port par une ouverture qu'elle avait fait pratiquer exprès, entra dans le grand port, se saisit de la flotte ennemie, qui était sans défense, et y ayant fait monter ses soldats et ses rameurs, elle sortit en pleine mer. Les Rhodiens enfermés dans Halicarnasse furent tous égorgés. La reine cependant s'avança vers Rhodes. Quand les habitants aperçurent de loin leurs vaisseaux ornés de couronnes de lauriers , ils jetèrent de grands cris, et reçurent avec des marques de joie extraordinaires la flotte victorieuse et triomphante. Ils ne furent détrompés qu'après qu'Artémise se fut rendue maîtresse de la ville. EUe fit mourir les principaux citoyens, et fit dresser un trophée de sa victoire, avec deux statues de bronze , dont Tune re- .présentait la ville de Rhodes et l'autre Artémise oui marquait cette viUe d'un fer chaud. Vitruve, à qui nous devons ce récit (2^ , ajoute que les Rhodiens n'osèrent jamais fliire disparaître ce trophée, parce gue c'était un objet consacré par la religion, mais qu'ils Venvironnèrent d'uu édifice qui en dérobait la vue. Dans cette triste et humiliante extrémité , les Rhodiens députèrent vers
(i) Demoith., Orat. de Rkodiorum Hier" iate, coll. Didot, t. XTI, p. zoo.
(a) Yitruv., De Archit,^ l. II, c vui.
Il est évident que I était dirisé en deux pan tour A tour, et qui ee ven l'alliauce de Sparti d' Athènes. Cest là et brusques variations de rieure de Rhodes à ce 3DS après ce retour < parti d'Athènes, en 3' de Laeédémone reprir rent soulever le peuple, la rille ceui qui tenaie iiieDB(l).ll f eut guei versé et des proscript gnant une réaction et le parti vainqueur den aux Lacédémoniens. S decette occasion qui s' ses aflairesen Asie, c mes commandées par i ci, après avoir détaché niens , affermirent à de leurs amis , et chaj iiiects de ces parages sines.
La domioatioD de S ébranlée, avait été ra£ voure d'Agésilas et la cidas, qui avait su, cor sandre, procurer à si du roi de Perse. Mais démonieos étant devei supportable à force d' lence (3) , une nouvelli Clara. Athènes était santé; Ilièbes commt connaître sous la con< grands hommes, Pélopi das, et engageait avec oui devait lui assurer I empire de la Grèce, ces circonstances favn tants de Cbio et de I puis les Rhodiens, Il d'autres lies abaudonr revinrent à l'alliance assemblée générale fu cette ville. Chaque dté voya ses représentant droit de suffrage : 1' chaque cité fut recon placée à la tête de I Ainsi se reforma l'emj
ILE DE BHOD£S. 111
"".I^BOIhte et Ipbicnta, qni fil- pttanr md époui, qu'elle ne Boamàt
^.J^" Mcuaatioii . Cbargé Mal de ansd à conserver les conquêtes qu'iTlui
^"™^ <tela goerre, Charès, ou- avaitlaisgées.Upiralt, paruneturaneue
■^■iHiiideTéâHuelMalUés.aoutiiil de Démoatbèue, qu'on ne ta regatdait
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>>°uit. A. riaAant Ochos menaça n\ée et ÎDeonsolable, aUmée due (te
■ AUKùeiu de laîre marefaer une larmet et la douleur (1). On sarait au
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> uKuliirei souterés contre enx. 11 eombten elle était attentite aui intérêts
""'raitr à I» paix ; Isooale y innta de son rovanme. En effet, les Rhodiens,
f '"t'^'^ '^^ 's diseoun mpl d- croyant la surprendre , mirent leur
V^ 00^ dédan que si Athènes vent flotte en mer, et entrèrent dans le grand
-1^ wiKuse et tranquille, il but port d'Halicamaase. La reine, arertù
" "JB 'tnferroe son domaine dans de de leur dessein , avait ordonné am ha-
uiB boTDu, et qu'eUe renonce à l'em- bitants de se tenir sur les murailles , et
1* De la mer et à la donûnation uni- qnand les ennemis seraient arrirés , de
^"'Çjqu'eUe consente à une paix qui leur témoigner, par leurs cris et leun
■^ çtia^ ville^ chaque pcupledans battementsdemaios^qu'ilsétaientprlts
' ,l«uiunCe d'noe pldne liberté, et à leur Urrer la Tille. Les Hhodiens dee-
hi j^ d^eliare renoemie irrécond- cendirent tous de leurs vaisseaux, ae
loie de ^uioi&qiie osera troubler cette reodiieol arec bdte dans la place, et laîs-
°^ '^J^'^^'^K* cet ordre (I). La paix sèrentleurflottevide. Pendanleeleavs-
Qtui«aHcDndueicesnHidilions, et là, Artémise flt sortir sa gaUra du
lutarTétéq»BI)odM,Bwance, Chio petit port par une ouiotare qu'elle
L^""P*™™'''^^"J®>'"*»*«*> *™' ''^' pratiquer enrèi, ««ra daas
'"rîi^i»»'' le grand pbrt. M sarttdTto flotte «-
L'UNIVERS
les Athéniens, contre lesquels ils s'étaient récemment révoltés, et implorèrent leur protection ( 351 ) . On était fort animé contre eux à AUiènes, à cause de la part qu'ils avaient prise à la guerre sociale. « Cependant Démosthène ne laissa pas que de parler au peuple en leur faveur. Il met d'abord leur foute dans tout son jour; il exagère leur injustice et leur perfidie ; il semble entrer dans les justes sentiments de colère et d'indignation du peuple, et l'on dirait qu'il va se déclarer fortement contre les Rbodiens. Mais tout cela n'était qu'un artifice de l'orateur, qui cherchait à s'insinuer dans l'esprit de ses auditeurs et à y exciter des sentiments tout contraires, de bonté et de compassion pour un peuple qui reconnaissait sa foute, qui avouait son indignité, et qui néanmoins venait avec confiance implorer sa protection. Il étale les grandes maximes qui dans tous les temps ont foit la
gloire d'Athènes, d'oublier les injures, e pardonner à de^ rebelles, et de prendre la défense des malheureux. Aux motifo de gloire il ajoute ceux de l'intérêt, en montrant combien il importe de se déclarer pour une ville qui fovorise la démocratie, et de ne pas abandonner aux ennemis une tle aussi puissante qu'est celle de Rhodes. Cest ce qui fait le sujet du discours de Démosthène intitulé : Pour la liberté des Rhodiens (1). » La mort d'Artémise, qui arriva cette année-là même, et sans doute l'intervention d'Athènes, rendirent la liberté aux Rhodiens. Ce peuple comprit enfin que son véritable intéiêt était de rester attaché aux Athéniens etde les soutenir contre les aggressions de Philippe, roi de Macédoine.
ÉTAT DE Rhodes au temps de Philippe et d'Alexandbe.— En 340 Phihppe. assiégea Byzance. La possession de cette ville l'eût rendu maître du Bosphore, c'est-à-dire du commerce du Pont-Euxin, qui était une abondante source de richesses pour Athènes, Rhodes et les autres îles de l'Asie. Les Athéniens prirent des mesures énergiques, et envoyèrent une flotte commandée par Phocion au secours de Byzance. Les
(i)Rollin, Histoire Ancienne, 1. XIII, t V, p. 471.
Rhodiens, redevenus leurs alliés, que ceux de Chio, de Cos et d'autres iosulaires , envoyèrent aussi des reolbitB. Cette démonstration des cités coaunorçantes de la Grèce arrêta Philippe, qu lâcha sa proie et fit la paix avec les Atbéniens et leurs alliés (1).
Deux ans après, la liberté de la Grèce succombait à la bataille de Cbérooée, et en 386 le royaume de Macédoine passait aux mains d'Alexandre le Grand, qm entreprit aussitôt la conquête de l'Asie. Les historiens d'Alexandre remarquent l'empressement avec lequel les Rhodiens se soumirent au héros maoédonien (3).
C'était cependant un Rhodieo, le brave et habile Memnon engagé au serrioe dn roi de Perse, qui parut un instant capable d'arrêter Alexandre, A Alexandre avait pu être arrêté. Biais Isl ehote de l'empure des Perses était décrétée dans les conseils éternels ; un enii»re grec et macédonien s'éleva sur ses débris, et Rhodes n'eut qu'à ^applaudir de es grands événements, qui la délivraient de la crainte des Perses et qui la débarrassaient du fâcheux ptronage des Athéniens. Alexandre, dans l'inteotioo peutêtre de ruiner le commerce d'Athène et de lui susciter une rivale, traita U ville de Rhodes avec une attaitM» et des égards tout particuliers. U Tbonora entre toutes les yiUes en la eholsissast
Sour y déposer son testament. A partir e cette époque ius^'à la conquête romaine, Rno(£es devient le premier 1^ maritime de la Grèce, et socoède à Athènes, qui avait été frappée à mort dans sa lutte avec la Macédoine.
Conduite des Rhodiens apbss la MOBT d'Albxandbe (323). — La mort d'Alexandre fut suivie d'un souleiement général des villes grecques. Peadant qu'Athènesi* donnait le signal delà guerre lamiaque, Rhodes chassait d€ ses murs la garnison macédonienne, et recouvrait son iadépendance (3). Reo* dus à eux-mêmes, les Rhodiens se livrèrent avec plus d'activité que jamais ao commerce, et s'efforcèrent de rester ffî dehors des agitations politiques de ces temps malheureux. Leurs affaires pros-
(i) Diod., XVI, 77.
(2) Meiirsius, /{/W.^ p. 1x4.
r3)Diod.,XTin,8.
ILE DE RHODES
pérèrent an niîUea de la confusion tmiverselle. ils augmentèrent leur marine; ils eoncentrèrent dans leur tle ie commerce de rOcddent, du Pont- Eoxin et de l^fgypte; ils réprimèrent la piraterie, firent la police des mers, acquirent de grandes richesses, et affectèrent de ^irder entre les différoits princes çoi se disputaient Pempire la plus stricte neutrakté. Aussi chaque roi recherchait leur alliance et les honorait de ses fareurs. LesRhodiens paraissaient tenir la balance égale entre eux tous, mais ila inclinaient plus particulièremeBt pour Ptolémée, roi d'Ég]^te, car i'était ayec l'Egypte qu'ib faisaient leur plus grand commerce, et c'était à ce royaume , où elle s'approvisionnait selon Diodore, que Rhoaes devait en quelque sorte son existence (1).
KuPTUBB A.TBcAwTieoifE. —Cependant les Rhodiens paraissaient paiement bien avec ABtîgone, qui r^ait en Asie Mineure, qoi possédait les ports de la Pbënide, et qu'ils avaient aussi le plus grand intérêt à ménager. Ils ne négligeaient aucune occasion de lui être agréables , tant qu'ils pouvaient le faire «ans compromettre leurs autres alliances, et en 313 ils lui fournirent dix vaisseaux, qui se joignirent à la flotte mi'il envoyait en Grèce pour l'enlever à 1 influence de Cassandre ()). Mais quelque temps après Antigone, avant rompu avec Ptolémée , voulut entruner les Rhodiens dans son parti et les contraindre à mettre leurs vaisseaux à la disposition de son fils Dén>étriQS. Geux-a refusèrent; Antigone fit capturer kurs navires de commerce; les Rnodieais se défendirent, Antigone les menaça d'an siège. En vain les Rhodiens essayèrent-ils de l'apaiser par leurs CTOtestations de dévouement et leurs nommages; comme ils refusaient toujours , avec autant de fermeté que de modération, de prendre part à la guerre contre Ptolémée, Antigone ne pouvait leur pardonner ce refus. Il resta in>placat^e, et, chassant leurs députés d'auprès de loi, il chargea son fils Démétrius du soin de prendre Rhodes et d*en châtier les habitants. Informés des ^nds préparatifs que Démétrius faisait contre
(i) Diod., XX,*8i.
(a) I4L, XIX, 77.
8« Livraison. ( Ile de Rhodes. )
eux, les Rhodiens prirent l'alarme, et consentirent alors à seconder Antigone dans sa guerre contre Ptolémée. Mais Démétrius ne se contenta pas de cette concession tardive; il exigea qu'on lui livrât cent otages et qu'on lui ouvrit tous les ports de l'tle. De telles exigences rendirent aux Rhodiens le courage qui les avait un instant abandonnés, et, reconnaissant que Démétrius en voulait à leur indépendance, ils prirent l'héroïque résolution de périr plutôt que de se rendre.
SiBGB DE Rhodes pab Démbtbius
POLIOBGÈTB (805-304); PBÉPÂBÀTIFS DE l'attaque et DE LA DÉFENSE. —
L'tle de Rhodes est célèbre, entre toutes les tles grecques , par les sièges mémorables qu'elle a soutenus, tant dans l'antiquité qne dans les temps modernes. Cette particularité de son histoire prouve à la fois la force et l'importance de sa position militaire et le courage de ses habitants. Démétrius, déjà renommé par ses exploits et par la prise de Salamine, capitale de l'île de Cypre, rassembla une flotte considérable dans le port de Loryma, situé en face de 111e de Rhodes, à l'extrémité de la péninsule méridionale de la Carie. Cette flotte se composait de deux cents vaisseaux de ^erre, et de pins de cent soixante bâtiments de transport, sur lesquels étaient embarqués environ quarante mille hommes, sans compter la cavalerie et les pirates alliés. Indépendammmt de ces navires, armés et équipés par Démétrius, il était venu de tous côtés un nombre considérable d'embarcations, évaluées à près de mille par Diodore, que montaient des aventuriers qui comptaient sur le butin de la ville et de rtle de Rhodes, dont on connaissait l'opulence.
Car depuis longtemps elle n'avait point été ravagée par aucun ennemi. Cette flotte traversa le canal qui sépare Rhodes du continent, s'avançant en bon ordre, couvrant un immense espace, et déployant ses vastes lignes en face de la ville , d'oOi les habitants, montés sur les murailles de l'enceinte ou sur les toits de leurs maisons, contemplaient à la fois avec crainte et admiration l'imposante arrivée de l'ennemi (1). Ils ne pou-
(i) Diod., 1. XX, c. 82-100 ; Plut., Demetr,
VJJJXPfERS.
TaieDt s'opposer an débarquement, qui se lit sans obstacle. Démétrius envoya à rinstant des soldats et des pirates pour piller l'intérieur et les cdtes de l*Ue. Il établit son armée dans un camp , qu'il entoura d'une triple enceinte de retranchements palissades, et il fit travailler ses troupes de terre et de mer à une digue , qui fut achevée en quelques jours, et qui formait un port assez spacieux pour contenir la flotte (1).
De leur côté les Rhodiens se préparaient à une vigoureuse défense. Ils en- Toyèrent des députés à tous les rois alliés, à Ptolémée, à Lysimaque et à Cassandre pour solliciter leurs secours. Ils enrôlèrent comme volontaires tous les étrangers domiciliés à Rhodes et capables de porter les armes. Ils renvoyèrent toutes les bouches inutiles. Le nonobre des défenseurs de la place était de huit mille hommes, tant citoyens qu'étrangers. Par un décret du peuple , les esclaves les plus vigoureux mrent rachetés, mis en liberté, armés comme les citoyens , parmi lesquels on promit de les admettre s'ils servaient avec bra- Toure et fidélité. On déclara de plus que la ville ferait enterrer honorablement ceux qui seraient morts en combattant; qu'elle pourvoirait à la subsistance et à rentretien de leurs pères, mères, femmes et enfjmts; qu'elle fournirait aux filles une dot pour les marier ; et que quand les garçons seraient en âge de servir dans l'armée, elle leur donnerait en public, sur le théâtre, dans la grande solennité des Bacchanales, une armure complète. Ces dispositions et l'imminence du péril excitèrent au plus haut degré le patriotisme de tous les nabitants de Rhodes. Toutes les classes de citoyens rivalisaient entre elles de zèle et de dévouement; les riches apportaient leur argent, les pauvres offraient leurs bras pour la fabrication des armes. Les uns travaillaient aux balistes et aux catapultes, les autres réparaient les brèches des murs. Tout était en mouvement; tous cherchaient à se distinguer et à se surpasser les uns les autres. Les assiégés commencèrent par faire sortir du port
(x) Ce port de Démétrius est peut-être le port ensablé que Ton voit aujourd'hui au luidi de la vîUe de Rhodes.
trois navires, fins voiliers, qui eDlererent un convoi de vivres destiné à Tennemi. Les bâtiments qui le composaient furent coulés à fond ou brûlés , les prisonniers retenus jusqu'à ce qu'ils payassent rançon ; car on était convenu de part et d'autre que le prix du rachat des prisonniers serait, par tête, de 1000 dradimes pour un homme libre et de 600 pour un esclave.
PnBMiàBBS OPBBÀTIOHS BU SIX6B; ATTAQUES DU CÔTÉ DE LA MER. — Dé-
métrius commença l'attaque du oôlé de la mer, pour se rendre mattre du port et des tours qui en défendaient rentrée. D avait fait âbriquer différentes miirfifayf propres à seconder les efforts des assiégeants, toutes ingénieusement oo&çœs et exécutées. C'étaient d'abord deux tortues [)lacées chacune sur deux bâtiments plats joints ensemble : l'une, plus forte et plus massive, pour garantir sessoldatsdes masses énormes que les assiégés lancent du haut des tours et des murailles avee leurs catapultes ; l'autre, d'une oonstmction plus'l^ère, pour les mettre à Fabri des flèches et des traits lancés par les balistes. Puis venaient deux tours à quatre étages, qui surpassaient en hauteur les tours qui défendaient l'entrée du port, et qui étaient posées sur deux bâtiments joints et liés ensemble. Devant ces tortues et ces tours il fit élever une espèce de barrière flottante, soutenue par des solives équarries douées enaenu^le, et destinée a protéger les bâtiments ^ supportaient les machines de siège eoi* tre les éperons des navires ennemis.
Ensuite Démétrius rassembla un grand nombre de barques; il y fit dresser des remparts de planches, derrière lesquds il plaj^ toutes sortes de machines propres à lancer des traits. Ces iNu^ues fit* rent montées par d'habiles arcneis et surtout par des Cretois.
Les Rhodiens , voyant que les assiégeants tournaient tous leurs efforts da oité du port , mirent aussi tous leois soins pour le défendre. Ils dressèrent deux machines sur la digue, et trois autres sur des bâtiments de chiarse piès de l'entrée du petit port. On disposa aussi tous les navires du grand p<Hrt de manière à les faire servir à lancer des traits contre l'ennemi.
Tous ces préparatifiB étant terminés de
ILE DE HHOIHFJS.
nSh
p»t et d*8iiitre, Bém^rius fit a?aiicer Kft machines contre les deux ports; mais le f eut sontOa ^olemment , et la mer deviBt si honieose, qu'il lui fiit impossible de Tien foire pendant tout ]e ioar« Sur le soir la mer se calma ; Démârius 8'appTOcba secrètement du riyage, s'établit sur une éminence Toisine du mtfle gui domine le grand port, s*y retrancha immédiatement et y logea quatre cents soldats. Le jour étant yenn, il introduisit ses machines dans le port, fît jouer ses belistes, et pratiqua plusieurs brèches dians J'eneeinte du mole. Cependant la garnison de la Tille se défendit vaillamraent, les pertes furent égales des deui edtés , et le soir Démétrius fut obligé de se retirer et de mettre ses machines hors de la portée des traits de Tennemi. Dans la nuit qui stniift cette première attaque, les Rbodiens firent sortir de leur port, à la faveur des ténèbres, maûtité de brûlots, dans le dessein d'aller mettre le fea aux tortues et aux tours de bois de Démétrius. Mais ils ne purent forcer la barrière flottante qui les couvrait. Le lendemain Démétrius ordonna un nou* vel assaut : le ognal en fut donné au son cte la trompette, auquel ses soldats répondirent pao* de grands cris. Mais les assiégés tinrent bon , et résistèrent heareosement à toutes les attaques que 1^ asdéoeants firent sans interruption pendant nuit jours.
Cependant, de la hauteur où ils s'étaient postés, les soldats de Démétrius lançaient sur l'enceinte du môle des
Eierres d'un poids énorme qui brisèrent m machines des assiégés, ébranlèrent les tours et firent brècbe à la muraille. Alors les assiégeants attaquèrent avec furie pour s'emparer du môle. Ce poste était ce la dernière importance ; les khodiens n'épargnèrent rien pour le défendre, et ils rassirent à forcer Tennemi à ae retirer. Cet échec ne diminua rien de Tardeur d^ assiégeants. Plus animés eneoie qtfauparaYant contre les Rbodiens, fls montent à l'escalade en même temps par terre et par mer, et donnent tant d'oecapation aux assiégés , qu'ils ne savent à quel endroit courir. Partout on attaque aree fiirie, et partout l'on résiste avec intrépidité. Plusieurs, renversés de dessus leurs échelles, tombent par terre le corps brisé ; quelques-uns des princi-
paux commandants t arrivés Jusque sur le mur, sont blessés et pris par \ea Rbodiens. U fedlut enfin que Démétrius , malgré sa valeur, penrat à la retraite^ pour aller raccommoder ses machines endommagées et les vaisseaux qui lea portaimt.
Démétrius, rentré dans son port, employa sept jours à réparer ses machines et ses embarcations. Pendant ce temps ^ les Rhodiens rendirent les derniers honneurs à leurs morts. Ils consacrèrent aux dieux les armes et les éperons en* levés à l'ennemi , et ils réparèrent les brèches de leurs murailles. Après ce repos forcé, Démétrius recommença le siège, et s'approcha de nouveau du grand port, par où il voulait s'emparer de la place. Des qu'il fut à portée, il fit lancer des brûlots contre les navires des Rho^ diens , tandis qu'on battait les murs à coups de pierres lancées par les catapultes sans interruption. Les assiégés eurent beaucoup de peine à garantir leurs vaisseaux de Fincendie. L'ardeur de cette attaque fut telle , que les Prytanés, ou premiers magistrats de ia ville, craignant de voir le port forcé, appelèrent tous les habitants aux armes; tous répondirent à c^ appel. Trois des plus^ forts navires , montés par les meilleurs marins et commandés par le navarque Exéceste, forent envoyés contre les barques de Démétrius , pour tenter de les couler bas avec les machines qu'ellee portaient. Cet ordre fut exécuté avec une promptitude et une adresse merveilleuses. Les trois galères, après avoir brisé et franchi la palissade bottante, donnèrent de leurs éperons avec tant de violence dans le flanc des bâtiments qui portaient les machines, qu'on y vit aussitôt I eauentrerde touscôtés. Deuxdecesma- ^ chines périrent, la troisième, traînée à la remoroue, fut sauvée. Mais les Rhodiens, . enhardis par ce succès^ se laissèrent em-^ porter trop loin : enveloppés par les na* vires ennemis, leurs bâtiments furent brisés à coups d'éperons. Cependant des trois vaisseaux qui avaient fait cette au* dacieuse sortie, deux rentrèrent au port. Le troisième, monté par le bcaveËxéceste, tomba seul au pouvoir de l'enneinr.
L'opiniâtreté de Démétrius à attaquer égalait la persévérance des Rhodiens à se défwidre. Malgré son dernier échec,,
LUNITERS.
il ne 86 découragea p«s. D inventa nne madiine qui avait trois fois plat de hauteur et de largeur que eelles qu^il venait de perdre. Des qu'elle fut achevée, il la fit dresser du cdté du port qu'il avait résolu de forcer. Mais au moment de s^en servir une tempête furieuse s*étant élevée, les bâtiments ^ la portaient furent désunis, remplis d'eau, et la machine mise hors de service. Les assiégés, attentifs à profiter de toutes les occasions, allèrent, au milieu du tumulte et de la confusion produits par cet orage, attaquer le poste qui depuis le commencement du siège occupait cette hauteur voisine du mâle. Ils furent repoussés plusieurs fois; mais les gens de Démétrius, accablai par le nombre, et ne recevant pas de secours» mirent bas les armes, et se rendirent au nombre de quatre cents. Ce Ait au milieu de cetendiaînement de succès, que les assiégés recurent des renforts de leurs alliés; savoir, cent cinquante hommes envoyés de Gnosse, ville de Crète, et cinq cents fournis par Ptoiémée^ roi d'Éc^te, dont plusieurs mercraaires rhodiens qui servaient dans son armée.
SEGOIfBBS OPSnATIONS DU SléOB ; ATTAQUES DU GÔTB DB LA TBREB. —
Quoique le slég^ n'avançât pas, Déniétrius s'opiniâtraît à le continuer ; mais, t>bligé de renoncer à ses attaques par mer, il tourna tous ses efforts du côté de la terre. U inventa une machine qui surpassait toutes celles qu'il avait déjà fait construire, et que l'on appela l'hélépole. « La base était carrée, dit Diodore ; ehague côté , formé de poutres équarries jointes ensemble par des crampons de ter, avait à peu près cinquante coudées de long. L'espace intérieur étaitdivisé par des planches, laissant entre elles environ unecoudéed'intervalle, etdestinéesà porter ceux qui devaient faire jouer la machine. Toute la masse était supportée par des roues, au nombre de huit, grandes et solides. Les jantes des roues, garnies de cercles en fer, avaient deux coudées d'épaisseur, et pour pouvoir imprimer à la machine toutes sortes de directions, on y avait adapté des pivots mobiles.
Les quatre angles étaient formés par quatre piliers de cent coud^ de hauteur, et légèrement inclinés en haut.
Toute la bâtisse était partagée en neuf
étages, dont le plus bas se composait de
Suarante-trois planches et le plus élevé e neuf. Trois côtés de cette machine étaient recouverts extérieurement par des lames de fer, qui les garantissaient contre les torches allumées. Sur le quatrième côté, faisant face à l'ennemi, étaient pratiquées, à chaque étage, des fenêtres propiurtionnées a la grosseur des projectiles qui étaient lances sur la ville. Ces fenêtres étaient garnies d'auvents, fixés par des ressorts, et derrièce lesquels se trouvaient à l'abri les hommes qui lançaient les projectiles. Ces auvents étaient formés de peaux coures ensemble et bourrées de lame pour amortir le choc des pierres lancées par les catapultes. Enfin, à chaque étage étaient deux échelles larges; l'une servait pour monter et apporter les munitions nécessaires, et Tautre pour descendre, afin de ne pas troubler la régularité du service. Les hommes les plus vigoureux de l'armée , au nombre de trois mille quatfe cents , furent choisis pour mettre en mouvement cet immense appareil de guerre. Les uns, placés en dedans , les autres, en dehors et en arrière, donnaient l'impulsion au mécanisme qui ùisût avancer l'hélépole (1). » On construisit encore des tortues pour protéger les terrassiers, des galeries où les ouvriers pouvaient travailler en sûreté. On nivela le sol dans une étendue de quatre stades, par les équipages de la flotte. Trente mille hommes avaient été employés à ces divers travaux, qui furent achevés avec une étonnnante rapidité et qui méritèrent si justement à Démétrius le surnom de PouoncàrB, preneur de villes, qu'on lui donna.
A U vue de ces formidables préparatifs, les Rhodiens n'étaient pas restés inaetifs. Ils travaillèrent à élever un contre-mur à l'endroit où Démétrius devait foire jouer l'hélépole; et pour construire ce mur ils employèrent des matériaux enlevés au théâtre, aux édifices voisins et même à quelques temples, en promettant de réparer le dommage qu ils faisaient aux dieux. Puis ils envoyèrent en course neuf de leurs meilleurs vaisseaux, divisés en trois escadres, dont ils donnèrent le commandement à leurs
(i) Diod., XX, gi.
IL£ DE RHODES
trois plus braves officiers, Dainophile, Ménédème et AmjDtas. Ceux-ci reviorent chargés d* un nehe butin, emmenant avec eux Quelques galères et plusieurs barques enlevée à l'ennemi et un grand nombre de prisonniers. Ménédème captura, entre autres, un navire ayant à bord des lettres, des vêtements, des ornements royaux que Phlla, femme de Démétrius, Disait passer à son mari. Ménédème envoya tous ces objets à Ptolémée, roi d'Êgjrpte, action qui manquait de délicatesse, et bien différente de la conduite honnête et loyale des Athéniens , gui, selon Plutarque, ayant arrêté les courriers de Philippe, avec qui ils étaient en guerre, ouvrirent toutes les lettres qu*Hs portaient, mais ne touchèrent point à celles d'Olympias, qu'ils renvoyèrent sans les avoir décachetées.
Quelque temps après , on proposa dans rassemblée au peuple, à Rhodes, de renverser 1^ statues élevées aatrefois à Antigooe et à Démétrius; mais le peuple, n'écoutant que ses sentiments naturels de respect pour Jes règles de hiensàince et d'honneur, repoussa unanimement cette proposition. Une résolution si équitable et si prudente, ouelle que fût l'issue du si^e, faisait infiniment d'honneur aux Rhodiens; et dans le cas où la ville serait prise, elle pouvait leur servir beaucoup aupr^ du vainqueur.
On travaillaitaussi très-activement, du côté de Démétrius, à creuser des mines, du côté des Rhodiens à les éventer. Pendant que ces travaux souterrains s'exécutaient secrètement de part et d'autre, quelques agents de Démétrius entreprirent de corrompre le Milésien Athenagore, chef de la garde des Rhodiens.
Celui-ci feignit de se laisser gagner, et s'engagea à introduire l'ennemi dans la place; et en même temps il dévoilait toute rintrigue an sénat de Rhodes. Sur la foi des promesses d'Âthénagore, une troupe de soldats commandée par le Macédonien Alexandre, ami de Démétrius, s'engagea dans la mine et se laissa surprendre. Le peuple décerna à Athénagore une couronne d'or et un pr^nt de cinq talents.
Enfin , Démétrius ordonna un grand assaut, ^'hélépole, garnie à tous ses étages de batistes et de catapultes, flanquée de deux béliers de cent vingt coudéi» de
longueur, fut approchée des murailles, et à un signal donné , les troupes poussèrent le cri de guerre, et l'attaque commença sur tous les points. Pendant que Jes béliers et les catapultes ébranlaient la muraille, une députation de Cnidiens se présenta à Démétrius, le priant de cesser le siège et lui promettant d'obtenir des Rhodiens tout ce qu'on pourrait exiger d'eux. L'attaque fut suspendue ; on négocia, mais on ne put s'entendre, et le siège recommen^ arec plus d'ardeur. Démétrius parvmt à abattre une des plus grosses %tour8 de Fenceinte; mais la résistance des Rhodiens fut si vigoureuse, qu'il fut impossible aux assiégeants de pénétrer par la brèche. Sur ces entrefaites les assiégés, qui commençaient à manquer de vivres, reçurent un convpi de vivres envoyé par Ptolémée.
11 ne montait pas à moins de trois cent mille artabes (188,000 hectolitres) de blé et de légumes. De son côté, Gassandre leur envo}[a dix mille médimnes d'orge, et Lysimaque quarante mille médimnes de froment et autant d'orge.
Ranimés par ces renforts , soutenus par les témoignages d'intérêt qu'ils recevaient de tous cotés , les Rhodiens prirent l'offensive , et résolurent de mettre le feu aux machines de l'ennemi. Pendant une nuit obscure, ils font une sortie, attaquent impétueusement la garde du camp ennemi , et accablent les machines de projectiles enflammés. Quelques plaques de fer étant tombées de Ihélépole, les Rhodiens essayèrent de mettre le feu au bois; mais les gens de service l'éteignaient aussitôt au moyen de l'eau contenue dans des Téservoirs dont chaque étage était pourvu, et les Rhodiens furent obligés de renoncer à leur tentative. Ainsi ni les Rhodiens ni Démétrius ne réussissaient dans aucune de leurs attaques, et de part et d'autre on avait toujours le dessus dans la défense. Au lever du jour, Démétrius fit ramasser par ses serviteurs les traits qui avaient été lancés par les Rhodiens. On compta ainsi plus de huit cents projectiles enflammés, et au moins quinze cents traits lancés par les ballstes. Ce nombre étonna Démétrius, qui ne croyait pas que les Rhodiens eussent des moyens de défense si redoutables. Il fit inhuoaer ses morts, panser ses blessé* et réparer
us
L'UNIVERS
les iiiaebin«â <rai avaient été démontées ^ mises bon de service.
Dans la prévision d*un nouvel assaut, les Rhodiens mirent à profit ce temps de relâche [K>nr construire un troisième mur d'enceinte f dans la partie la plus «xposée aux attaques de Tennemi. Puis, 41s creusèrent un fossé large et profond, derrière la brèche, pour empêcher le roi de pénétrer par un coup de main dans Fintérieur de la ville. Encouragés par le succès de leurs dernières tentatives, ils ordonnèrent de nouvelles courses en mer. Le navarque . Amyntas prit les meilleurs navires de la flotte, et allacroi- «er sur les côtes de TAsie, où il captura des pirates au service de Démétrius, des navires marchands et des bâtiments chargés de blé. Il rentra heureusement, pendant la nuit, dans le port de Rhodes avec tout son butin.
Cependant, les machines étant réparées , les hostilités avaient recommencé avec la même vivacité qu'auparavant.
Mais le siège ne fiadsait aucun progrès ; Rhodes recevait de nouveaux renforts.
Ptolémée lui envoya un convoi de blé, aussi considérable que le premier, et un secours de quinze cents nommes commandés par Antigone le macédonien.
En même temps arrivèrent auprès de Démétrius plus de cinquante députés, envoyés tant par les Athéniens que par les autres villes de la Grèce. Tous ces députés vinrent solliciter le roi de faire la paix avec les Rhodiens. Un armistice fot accordé; mais après de longs pourparlers entre le peuple de Rhodes et Démétrius, on ne put s'entendre, et les députés partirent sans avoir rien obtenu.
Démétrius tenta encore un dernier effort» Voulant diriger une attaque nocturne contre la brèche ouverte, il choisit quinze cents soldats d'élite, en confia le <sommandement à Alcime et à Mantias, et leur ordonna d'approcher en silence de l'enceinte vers l'heure de la seconde veiUe, de forcer les retranchements éle- T^ derrière la brèche et de pénétrer dans la ville. Pour faciliter l'exécution d'un ordre si important , mais si dangereux, il fit en même temps sonner la charge, et mena toutes ses autres troupes à l'attaque des murs tant par mer aue par terre. Il espérait que les assiégés , <>bligés de se défendre sur tous les
points, ne pourraient repousser la troupe d* Alcime et de Mantias; cette feinte eut d'abord tout le succès que le
f>rince en avait espéré. A la faveur de a confusion générale, le détachement des quinze cents franchit la brèche « renversa tous ceux qui défendaient les retranchements , et vint occuper les environs du théâtre. L'alarme fut grande dans la ville; mais les chefs firent face au danger avec sang- froid et courage : ils ordonnèrent à tous les officiers et soldats de rester chacun a leur poste et de repousser les assaillants. Apres cela, prenant l'élite de leurs troupes et celles qui étaient arrivées tout récemment d'Egypte , ils vinrent fondre sur le détachement qui s'é^ tait avancé jusqu'au théâtre. Cependant le jour parut, et Démétrius donna le signal d'un assaut général. Aussitôt toute son armée poussa le cri de guerre, et l'on se battit sur tous les points et dans l'intérieur de la ville qui retentissait des clameurs des combattants et des gémissements des enfants et des femmes, qui s'imaginaient que la ville était prise. Les remparts et le port furent si bien défendus que l'ennemi ne put les forcer.
On se battit vivement auprès du théâtre, et les soldats de Démétrius gardèrent longtemps leur poste. Mais enfla les Rhodiens , qui combattaient pour leur patrie, pour leurs familles, pour leurs temples, firent des prodiges, etécrasèrent les troupes du roi. Alcimus et Mantias périrent pendant l'action. La plupart des soldats restèrent sur le terrain, les autres furent faits prisonniers. Un petit nombre seulement parvint à s'échapper.
Il y avait plus d un an que ce siège était commencé, et il n'était pas plus avancé <]u'au premier jour. On paraûsait toujours déterminé des deux cdtés à se battre, et Démétrius se préparait à un nouvel assaut, quand on vint lui apporter des lettres u'Antij^one, wm père, qui lui mandait de traiter avec les Rliodiens à la première occasion favorable. D'un autre côté, Ptolémée^ tout en promettant aux Rhodiens des secours encore plus considérables que les premiers, les avaient exhortés à traiter dès qu'ils pourraient le Caire honorablement. Ils sentaient l'extrême besoin de faire finir un siège où ils auraient fin succombé. De sorte que les deux
ILE D£ RHODES
tis indinai«Dt également yers la oaix.
Sor œs entrefiaites arriTèrent des députés de la ligue éloUenne, qui senrireot de médiateurs. L.a paix fat enfin conclue aux conditions suivantes : la ville de Rhodes gardera son indépendance et ses revenus; les Rbodiens fourniront à Antigène des troupes auxiliaires, excepté dans le cas où il marcherait contre Ptolémée* Ils donnèrent cent otages comme garants du traité, après lequel Démétrios mit à la voUe, et passa en Grèce où son père renvoyait contre Cassandre.
Pline (1) raconte qu*au moment où Démétrius assiégeait Rhodes le célèbre peintre Protogène de Caunus composait alors un tableau représentant quelques traita de Vbistoire du héros Jalysus. L'atelier de Protogèiie était dans un petit jardin situé dans un faubourg de la ville dont s'était emparé Démétrius. La présence de r ennemi et le tumulte de la fuerre ne troublèrent point Protogène; i resta dans sa demeure, et continua son travail. Démétrius en fut surpris; il le fit Tenir, et û lui demanda comment il restait avec tant d'assurance hors des mors : * Je sais, répondit l'artiste, que vous faites la guerre aux Rbodiens , et non aux arts. » Démétrius était capable de comprendre un si noble langage. Touché de la confiance que loi témoignait Protogène, il lui donna des |;ardes pour le protéger, afin qu'au miUeu du carao même if fût en repos ou du moins en sûreté, il allait souvent le vohr travailler, et ne se lassait point d'admirer son application à l'ouvrage et son extrême habileté. Plutarque ajoute que les Rbodiens, craignant d'abord que Démétrius ne détruisit ce chef-d'œuvre , lui avaient envoyé des députés pour le supplier de i'éparçner. « Je brûlerais plutôt tous les portraits de mon père, avait répondu le prince, que de dé&uire un si bel ouvrage. » Cetteconduitefait infinimentd'bonneur à Démétrius, en ce qu'elle montre qu'il araitunespritdélicat et un caractère généreux. Mais il eût poussé son goût pour les arts jusqu'à un excès ridicule si, comme le prétend Pline, ils'était abstenu de prendre Rhodes par respect pour cç tableau, et s'il eût mieux aimé renon-
(i) Pline, HUt. Jfai.p 1. XXXY ,c. xxxvi,
cer à la victoire que de s'exposer àfaire
Sérir par le feu un si précieux monument e l'art. Nous avons vu les véritables raisons qui obligèrent Démétrius à lever le siège ; le tableau de Protogène n'y fut pour rien. Une autre circonstance, que Diodore de Sicile n'a pas rapportée, et qui se trouve dans Végèce (1), contribua |)eut-étre réellement à disposer Démétrius à la paix. Ce prince, se prépa« rant à approcher de nouveau l'hélépole contre les murailles, un ingénieur rhodien imagina un moyen de la rendre tout à £ait inutile. U ouvrit une galerie souterraine, qui passait par dessous les murs de la ville, et il la poussa sous le chemin par où la tour devait rouler jusou'aux murs. Cette mine fut pratiquée à 1 insu des assiégeants, qui conduisirent l'hélépole jusqu'à Tendroit où le terrain était creusé; le poids de la tour fit fendre la terre , dans laquelle elle s'abtma sans qu'on pût jamais la retirer. Yégèoe et Vitruve, qui semble confirmer ce récit en en changeant néanmoins quelques circonstances, disent que cet accident détermina Démétrius à accorder la paix aux Rbodiens. Il est au moins certain , dit Rollin , qu'il eut beaucoui) ^^ P^ « lui faire prendre enfin ce parti.
£n Quittant Rhodes, Démétrius laissa aux Rbodiens toutes les machines qu'il avait fiabriquées pour s'emparer de leur ville. Ils les vendirent pour 800 talents^ et consacrèrent cet argent à faire ce fameux colosse que l'on comptait parmi les sept merveilles du monde, et qui était consacré à Apollon. Les Rbodiens témoignèrent aussi leur reconnaissance envers les princes qui les avalent secourus. Us élevèrent des statues à Cassandre et à Lysimague, et à d'autres alliés moins célèbres. Mais ils se surpassèrent pour honorer Ptolémée, dont ils avaient reçu le plus de secoiurs. Après avoir consulté l'oracle d'Amraon, pour savobr s'ils devaient honorer ce prince comme un dieu , et obtenu de l'oracle une réponse affirmative, ils élevèrent dans leur ville un. temple auquel ils donnèrent le nom de Ptolémeum (3). Ce temple était de forme carrée, et chaque côte, d*un stade de long, avait un portique. On n'oublia
(i) Teget., De Re MilU., c xv.
(a) Diod. de Sicile, 1. XX, c. xoo.
LOJNIVERS.
λas de récompenser le zèle des particuiers par de flatteuses distinctions, et les services des esdaves en leur donnant la liberté et le rang de citoyen. Puis on reconstruisit le théâtre , on répara les murailles et tous les points qui avaient souffert pendant le siège. En peu de temps on fit disparaître toutes les traces de la
fuerre, et Rhodes sortit de cette terrible preuve plus puissante et plus glorieuse que jamais.
ÉTAT DB Rhodes au tboisièmb siècle AYANT J.-C. — Il en est d*un peuple comme d*un homme ; une grande action le rehausse et Tennoblit. Après avoir repoussé Démétrius , les Rhodiens devinrent un État considérable et une puissance maritime de premier ordre. Leur commerce ne fit que s*étendre et prospérer de plus en plus, et tous les rois de r Asie, tous les États grecs recherchaient leur amitié et vivaient en bonne intelligence avec eux. Rhodes éprouva bientôt les effets de cette bienveillance générale qu'elle avait inspirée, après le tremblement de terre de Tan 222, qui faillit la bouleverser de fond en comble. Dans leur détresse, les Rhodiens députèrent à tous les princes, leurs alliés, et aux cités greajues pour implorer leurs secours (1). Chacun s^empressa de contribuer, selon ses ressources , au soulagement de cette ville infortunée. Hiéron et Gélon en Sicile, et Ptolémée Evergète en Egypte se signalèrent entre tous les autres. Les premiers fournirent plus de 100 talents en argent, des vases de prix, des machines, des matériaux, et firent dresser sur une place de Syracuse deux statues représentant le peuple Rhodien et le peuple Syracusain qm mettait au premier une couronne sur la tête. Ptolémée, sans parler de beaucoup d'autres dépenses ,
gui montaient à des sommes considérales , envoya 300 talents , un million de mesures de froment, des matériaux pour construire dix navires à cinq rangs de rames , et autant à trois rangs , des architectes pour relever la ville , et en particulier la somme énorme de 3,000 talents pour rétablir le colosse qui avait été renversé par le tremblement de terre. AntigoneDoson,roi de Macédoine, et sa femme Chryseis, Séleucus roi de Syrie,
Prusias de Bithynie, MithridateV, roi de Pont, tous les aynastes de TAsie , aussi bien que toutes les villes , signalèrent leur lioéralité. Outre les présents qu'on leur faisait, on accordait aussi aux Rhodiens des immunités et des firanchises, qui accrurent encore leur prospérité commerciale, de sorte qu'en peu de temps Rhodes se retrouva plus opulente et plus magnifique qu'elle n avait jamais été. Il n'y eut que le colosse qui ne fut pas rétabli. Les Rhodiens prétendirent
?|ue l'oracle de Delphes leur avait déendu de le relever, et ses débris restè^ rent gisant à la place où il s'était abattu, pendant près de neuf siècles.
Pendant la plus grande partie du troisième siècle avant l'ère chrétienne, on manque de renseisneroents sur iiiistoire de l'tle de Rhodes. Cette lacune, qui est de près de quatre-vingts ans, ne cesse qu'avec Polyoe, dont les écrits nous rendent la suite interrompue des événements relatifs à cette île. L an 221 Philippe III montait sur le trône de Macédoine. La Grèce était partagée en deux ligues, celledes Achéensetcâledes Étoliens, qui s'affaiblissaient l'une l'autre par leur rivalité. Au milieu des conflits qui s'élevèrent entre ces différentes puissances, les Rhodiens, dont l'intâ^t suprême était de Caire respecter la liberté du commerce, devaient intervenir en faveur des Achéens, peuple paisible et ami des lois, contre la li^ étolienne, adonnée au brigandage et a la piraterie, et contre Philippe, qui prétendait à l'empire de la mer. TeUe est la politique des Rhodiens à cette époque , dans tous les événements où nous les voyons mêlés : assurer la liberté des mers et combattre toute puissance qui aspire à y dominer. Une marine considérable protège leur commerce, qui sert à Tentretemr, les fait respecter de tous les États voisins et rivaux , et assure la ga» rantie de tous leurs intérêts eomnm'ciaux et politiques.
Ainsi rlllyrien Démétrius dePliaros, s'étant ligué' avec les Étoliens et Sparte^ ennemis des Achéens, et ayant armé en course cinquante légers navires, vint parcourir et piller les Cjrdades (1). En agissant ainsi, Démétrius de Pharoe
(x)Polyb.,y,88.9i.
(i) Polyb., Hist,, 1. IV/17, 19.
ILE DE RHODES
▼iolait la traité de paix que lui avaient imposé les Romains, et qui loi interdisait de naviguer au delà de File de Lissa. Les Rhcxliens réprimèrent ee brigandage, et forcèrent Démétrios à fuir devant leur escadre, qui dominait dans la mer Egée C 821 ).
Gububb sutbs Rhodes bt Bt- ZATtcE. — Quelque temps après, la libre navigation du Pont-Euxm fut me- Dacée par une tentative des habitants de Byzanee, ^ui exigèrent un droit de tous les navires qui franchissaient le Bosphore (1). Le8 intérêts des négociants de Rhodes étaient lésés par cette mesure, qu'ils essayèrent vainement de faire révoquer, ies Byzantins, qui avaient de lourdes dépenses à supporter pour se défendre contre les Thraces, ne voulurent pas renoncer à Texploitation de cet impôt lucratif. On ne put s'entendre, et la guerre fut déclarée (2i0). Les Rbodiens entraînèrent dans leur parti Prusias, roi de Bithynie, à qui Byzanoe avait refusé des statues; et les Bvzantins obtinrent l'appui d*Achsus, beau-frère de Seleoeus 111, roi de Syrie, qui, profitant de la jeunesse du nouveau roi Antiochus III, venait de se déclarer indépendant en Asie Mineure. Tant que Bvzanee put compter sur l'appui dAc&aeus , aie fit bonne contenance; elle suscita un prétendant au trône de Bithynie, et soutint viffoureusement la guerre. Hais les Rhomens détachèrent Acbaeus de leur allianee en lui rendant son père ikndromachos , qui était prisonnier en Egypte, et que le roi Ptolémée fbilopator renvova sur la demande des ambassadeurs de Rhodes. Gagné par ce bon oflice, et charmé des honneurs que la dté de Rhodes lui décerna, A ehœas refiisa sas secours aux Byzantins. Ceox-ci, trop faibles pour continuer seuls les hostilités, demandèrent la paix, dont les RlKkIiens leur dictèrent les conditions. Byzance renonça au droitde péage qu^elle avait voulu pereevoir, et le passage du Bosphore resta libre. Le succès de cette guerre ajouta encore à la puissance de Rhodes : les rois la traitaient avec la plus mnde considération ; bon nombre oe viTleB recherchaient son patronage. Cest ainsi que les habitants
(i) Polyb., L nr, 46-5a.
de Cnosse demandèrent son appui contre les autres villes Cretoises, et que ceux de Sinope implorèrent son secours contre les agressions du roi de Pont MithridateY(l).
RBL4T10N8 nS RhODES AVBC LA
Màcbdoinb. — C'était Je temps de cette lotte engagée entre les Adriens et les Étoliens que Ton appelle la guerre des deux ligues. Les Achéens avaient été obligés de se placer de nouveau sous la protection de la Macédoine, et Philippe m, vainqueur des Étoliens, marchait rapidement à la conquête de toute la Grèce. Les Rbodiens et leurs alliés s'inquiétaient des progrès de cette puissance macédonienne, qui prétendait toujours à |a suprématie sur tout le corps hellénique, tandis que celui-ci s'épuisait et se livrait par ses dissensions. Des députés de Rhodes et de Cbio vinrent trouver Philippe à Corinthe (2) et l'engagèrent à accorder la paix aux Etoliens. Le roi feignit d'y consentir, et se débarrassa d'eux en les envoyant chez les Etoliens pour qu'ils travaillassent à les amener a un accommodement. 11 n'en continua pas moins la ^erre avec viffueur, et ne se réconcilia avec les Êto- Tiens qu'au moment où il se préparait à attaquer Rome. C'était l'usage parmi les États grecs que les cités neutres s'interposassent, par leurs ambassadeurs, pour rapprocher les États qui se faisaient la guerre et faire cesser des conflits contraires à l'intérêt général.
Les dtés maritimes étaient toujours les plus empressées à offrir leur médiation, parce qu'elles avaient toujours plus à sagner à la paix qu'à la guerre. Ainsi, dans le même temps les Rbodiens, aidés de ceux de Byzanre et de Cyzique, faisaient tous leurs efforts pour réconcilier l'Egypte et la Syrie (8). Ce genre d'intervention n'avait pas toujours le résultat qu'on se proposait, et les puissances belligérantes pouvaient bien n'en pas tenir compte. Mais les députés qui
(i) PolyK, iSTûf., L IV, 53, 56.
(9) Polyb., T, a4. ^OfM dans Tite-Iive, XXTII, 3o, XXVm, 7, d'autres ambassades des cités de Rhodes et de Chio pour mettre fin à celle guerre entre Philippe et les Étoliens.
(3) Polyb., V, a3.
LUNlYEâS.
86 présentaient à eet efifet étaient tonjours reçus, écoutés et congédiés avec beaucoup d'égards. En trompant les Rhodiens, Philippe commença à les in* disposer contre lui. Loin de travailler à ôftlmer le mécontentement et la défiance de ces insulaires, fiers et jaloux de leur liberté , Philippe les irrita de
Elus en plus par ses hauteurs et son am* ition. u s*en fit des ennemis déclarés , et les poussa à se jeter dans raliiance des Romains, qui eurent Tadresse de faire croire aux Grecs du continent et des Iles quMls ne combattaient la Macédoine que pour les affranchir de sa domination.
GUEBBB BUTBB LB8 RHODIBNS BT
Philippb m. — Ce ne fiit qu'après Tan 205 que Philippe rompit définitivement avec les Rhoaiens. Débarrassé des Romains, avec lesquels il était en guerre depuis dix ans, ce prince, au lieu de se faire des alliés , dans la prévision d'une nouvelle lutte avec ce peuple, au lieu de simplifier sa position en accommodant tous les démêlés qu'il avait av«c ses voisins, devint plus provoquant et plus agressif que jamais. Il oublia qu'il avait à fBÙre à une puissance redoutable , qui ne faisait que suspendre ses coups; il attaqua tous ceux dont il aurait dâ s'assurer l'appui, et en cherchant partout à acquérir il trouva partout des ennemis.
Les Rhodiens, menacés par ses intrigues (1) et ses violences dans leur domination sur les tles asiatiques et sur les côtes de la Carie, firent alliance avec Attale, roi de Pergame, à qui Philippe disputait quelques villes de rÉolide ; et comme le roi de Macédoine était encore un ennemi trop redoutable pour ces deux États réunis, ils s'adressèrent aux Romains, et leur dénoncèrent les projets de Philippe contre la liberté des villes ffreoaues de TAsie (2). Attale était déjà rallié de Rome. Les Rhodiens ledevin-
(z) Polyb. , 1. XYn, 3-e. On ne peut se faire qu'une idée bien incomplète, d'après le récit mutilé de Polybe, des desseins de Philippe contre Rhodes et de la fourberie dont l'intrigant Héraclide devait être le principal agent Foy. dans Polyb., XT, a3, Poccasion de la rupture définiiive des Ehodiens avec Philippe.
(a) lite-Uve, XXXI, a«
rent alors par l'entremise da roi de Pergame, et à la suite de leur hosdlité contre le roi de Macédoine. Toutefois, avant que Rome eût vaincu Carthage et terminé la seconde guerre punique, Attale et les Rhodiens soutinrent seuls tout le poids de la guerre contre PIblippe Ul, de l'an 205 à l'an 200 avant Tère chrétienne, et ils livrèrent à ce prince, oui s'était créé une marine imposante, aenx grandes batailles navales. La première rencontre eut lieu près de Ladé, petite tle située en face de la ville de Milet. L'action fut très-vive et meis^ trière, et l'issue parait en avoir été docteuse. Les Rhodiens prétendirent avoir remporté la victoire ; mais Polybe, da» une digression sur deux historiens de Rhodes, Zenon et Antisthène , leur reproche d'avoir altéré la vérité sur et point; et il établit d'après leurs propres aveux, et surtout d'après la lettre de l'amiral de la flotte rhodienne aux piytanes et au sénat, qu'on pouvait lire enoore aux archives oe la ville, que le roi de Macédoine avait eu l'avantage daas cette bataille (1).
Ce qui le prouve encore, c'est qu*àU suite de oe combat les Rhodiens battirent en retraite , et Attale fut réduit quelque temps à l'inaction. La mer était libre, et Philippe, dit Polybe, aurait p« se rendre sans obstade à Alexandrie. B ne le fit pas , et se contenta d'assiégv Chio (2); mais le siège trahia en Vxt gueur, et l'ennemi reparut. Attale et famirai rhodien , Théophiliscus. livrerez à Philippe une seconde bs^ille navak en vue ae Chio. On avait réuni de part et d'autre des forces considérables. Li flotte macédonienne se composait de cinquante-trois bâtiments de guerre, de quelques navires non pontés et de eak cinquante esquifs, avec des fustes. Les allies avaient soixante-cinq vaisseaux de guerre, y compris ceux des Byzantins, neuf gafiotes et trois trirèmes. Le vaisseau monté par Attale commença le
(i) Pdyb., 1. XVI, c xm. Tite-LÎT« {ail allusion à ces deux batailles, et il admet ki assertions des historiens rhodiens, « Rex... jam cum Ehodits et Attalo navaliboa minibus, neutro féliciter prceUop vires tus. » L XXXI, c. XIV.
(a) Poljb., L XYI, a, 9.
tn
it, et tons les antreB , sans même hreleai^al, se heurtèrent. Les ma- «Taatrerois , i déÊiat de oette forflidabie artUlerie dont noos arroons nos nineaiiz de fçnerre, avaient aBssi Mové des procédés très-expé(titi& et tiès-iiuîssants doot s'entre-détraire. Les ■«flres lancés I toute vitesse, se prédpîtaÀeiit les uns sur les autres, se per- ^îenA de leurs éperons, se brisaient les rames, se fracassaient les flancs, le phis fort cooint le plus faible , quelquefois s'abffiiaoc tous les deux, et le cboc prodninit quelquefois plus vite ce résultat gJmeoz ooe nous obtenons aujourd'hui parfempioi du projectile fulminant Souj^ËBUTi i ce n'était pointa la force qu*on dnmidait la victoire , mais à Tadresse «t à Tagilité des manœuvres. Polybe BOQi donne une idée bien exacte de la tae^que navale des anciens. « Toutes les fois qu'un engagement avait lieu de front, dit-il, ks Rhodiens remportaient par ime manoeuvre fort habile : abaissant autant que possible la proue de leurs navires, ils recevaient des coups liors de l'eau et en portaient à l'ennemi au-dessous de la ligne de flottaison , lui trisant ainsi des blessures sans remède. fls eurent rarement recours à cet L Us évitaient les combats de cette , à cause du courageque mettaient les Macédoniens à se défendre du haut de tours ponts, dans une lutte réglée.
Cottrant de préférence au milieu des navires macédoniens, ils en brisaient les nones et rendaient pmr là tout mouvemoit impossible; ils se portaient à droite, à gauche, se jetaient à la proue de tel vmaseaa, frappaient tel autre dans le liane au moment où il se tournait, entamaient I tm, enlevaient à l'autre quelque partie de ses agrès. Une foule de Mlimaits macédoniens périrent deœtte
Cette fins Philippe éprouva une dé- Cnte complète : il perdit vmgt navires, soixante- cinq esqum, un grand nombre de matelots et de soldats. Attale fiit Migé de se faire échouer sur la côte l'Asie et d'abandonner le vaisseau royal ; 1» Rbodiens eurent à déplorer la mort ds Tbeophilisctts , leur amiral , qui ne anécot qu'un jour à sa victoire. « Cé-^ tait un honmie, dit Polybe, dont la bravoure dans les condwts et la sagesse
dans les conseils sont dignes de mémoire. S'il n* avait pas osé en venir aux mains avec Philippe, ses concitoyens et les autres |)euple8 , intimidés par l'audace du pnnoe, eussent négligé Toceasion de le vaincre. En ouvrant les boatUités , il força sa patrie à proflcer des circonstances favorables, et contraignit Attale à ne plus différer sans cesse de préparer acUvement la guerre, et à la raire avec énergie et courage. Aussi, ce ne fut oue justice quand les Rhodiens lui rendirent, après sa mort, des honneurs assez éclatants pour exciter au dévouement envers la patrie et leurs contemporains et leurs descendants (1). »
Les Rhodiens sb placbrt sous
LB PROTBCTOBAT DB ROMB. — Malgré
cette défaite Philippe était toujours redoutable ; les Romains venaient de terminer la seconde guerre punique ; le sénat se mit alors à la disposition de ses alliés grecsd'Europe etd*Asie,qui l'appelèrent contre la Macédoine. Ce fut à Athènes que se forma Torase qui devait fondre sur Philippe. Attale se rendit en personne dans cette ville : il y vint des am> bassadeurs rhodiens et des oommissabres du sénat (2). Enhardi par la présence d'alliés si puissants, le peuple athénien décréta la guerre contre Philippe, plaça Attale parmi ses bienfaiteurs et ses héros, et fit aux Rhodiens une réception magnifique. Ainsi Rome avait soulevé et lancé tous ses alliés contre Philippe;
3uand il voulut agir contre eux, elle lui éfendit de les combattre ; sur son refus d'obéir, die lui déclara la guerre (200). Kous ne devons rechercher dans cette grande lutte , qui fut le prélude de l'abaissement de la Macédoine et de l'assujettissement de la Grèce, que les fedls relatifs aux Rhodiens et la part qu'ils y
E rirent. L'intervention romaine n étaitsi ien accueillie de ces insulaires que par ce qu'elle leur procurait immédiatement de grands avantages. 11 devait en résulter
3ue Philippe, occupé du soin de défenre son royaume contre les Romains, renoncerait à ses projets d'agrandissement maritime, et que de ce côté les Rhodiens auraient le champ libre. En
(i) Poljb., XVI, 9 ; tnid. Bouchot, t II p. 3o4.
Ta) Xite-Iive, XXXI, x4 ; Polyb., XTI, ai.
L'UNIVERS
effet , le premier résultat qu'ils obtinrent de cette eoalition , fut d'entraîner dans leur alliance toutes les Cyclades, excepté Andros, Paros et Cythnos, qui étaient occupées par des garnisons macédoniennes. Mais en n^ligeant d*agir avec vigueur contre Philippe , ils lui permirent de leur enlever plusieurs places de la Carie, de prendre Aoydos, et de se rétablir dans ruellespont ; il parut bien évidentalorsqueles Romains étaient seuls capables d'arrêter ce prince et de l'abattre.
Pendant cette guerre, qui dura quatre ans (200 à 197) toutes les forces des Rliodiens furent constamment à la disposition du sénat. Uamiral rhodien, Acésimbrote, prit part à toutes les tentatives faites par les Romains contre IfUibée et les autres possessions maritimes de Philippe. En vain les Achéens , qui étaient restés d'abord fidèles à Philippe, essayèrent-ils de détacher Rhodes du
Earti romain (1), ce fut au contraire la gue Achéenne qui se laissa entraîner à changer d'alliance, et les députés rhodiens (2) assistèrent au congrès où fut prise cette détermination à laquelle ils contribuèrent pour beaucoup (198).
L'année suivante on parla du rétablissement de la paix entre Philippe, les Romains et leurs alliés. L'amiral rhodien Acésimbrote parut aux conférences de Nicée près des Thermopyles. Il réclama la restitution de la Péree , province de la Carie, que Philippe avait enlevée aux Rhodiens : il le somma d'ôter ses garnisons de Jassos , de Bargylis et d'Eurome, de replacer Périnthe dans l'état de dépendance où elle était autrefois à l'égard de Byzance, d'abandonner Sestosy Abydos, tous les marchés et tous les ports de l'Asie (3). Philippe consentit à rendre la Pérée; mais il ne voulut pas céder sur les autres points. On rompit les conférences; la guerre recommença.
Bientôt Philippe fut vaincu à la bataille de Cynocéphales, les Rhodiens reconquirent la Pérée, excepté Stratonicée, où s'enferma le général macédonien Dinocrate. Le traité que les Romains dictèrent au roi de Macédoine donna aux
(x) Polyb., XVI, 35.
(a)Tite-Live,XXXII, 19.
(3) Polyb., XVn, a.
Rhodiens la complète possession de eeli province, et assura la liberté de toutes la cités maritimes que les Rhodiens avaiau voulu soustraire à son influence (1).
Philippe avait cessé d'être redoutabte, mais Antiochus le Grand devenait menaçant à son tour. Ses tentatives e^ Asie Mineure et contre l'Egypte loquië^ talent les Rhodiens. L'Egypte, leur ancienne alliée, déclinait tous les jours.
Antiochus aspirait aussi à la dominatioa des mers : Rhodes entreprit de l'arrêter, et de défendre les villes alliées do roi d'Egypte. Grâce à leur activité, Caune, Mynde, Halicarnasse et Samoi échappèrent aux tentatives du roi de Syrie, et restèrent dans l'alliance de Rhodes et del'Égjrpte (2). Mais les choses n'en devaient pas rester là. Andochus, opposant aux prétentions des Romains des prétentions non moins bautes, se déclara leur rival, et descendit sur œ champ de bataille où la Macédoine itnait d'être vaincue. Rhodes et Eooiène, successeur d'Attale au trône de Pergame, déployèrent encore plos de zèle dans cette guerre que dans la précédente. Antiochus avait couvert la mer Egée de ses vaisseaux; les Rhodiens aidèrent Rome à anéantir cette marine puissante qui gênait leur commerce. Leurs amiraux Pausistrate, EudémuSt Pamphylidas combattirent avec les préteurs romains aux batailles de Sida, d'Éphèse et de Myonèse contre Annibal et le Rhodien exilé Polyxénidas, dont les talents ne purent empêcher la destroctiou des flottes d' Antiochus (3) . La mer une fois libre, les Romains passèrent en Asie; Antiochus fut défait dans une grande bataille près de Magnésie, et les Rhodiens eurent une large part à ses dépouilles.
Ëumène obtint tous les pays en deçà du Taurus et de THalys. Les Rhodiens
Xent la Lycie et la Carie jusqu'au dre. Toutefois, les deux alliés étaient en désaccord sur un point im-
(i) Tile-Live, XXXm, 18, 3o.
(a) Tite-Live, XXXIII, ao.
(3) Titc-Uve, XXXVI; PiAyh,, XUff tim. Dans ceUe gaerre Polyiéaidas détnuw* i la hauteur de Samot, une floile rbodieBser commandée par le navarque Pausisiral^* Tite-Live, XXXTII, 10.
ILE DE RHODES
, la liberté des Tilles greeqaes Eumène les demandait en ré* de ses services. Les Rhodiens t leur cause dans un lan^ge ma pioiiTe combien ils se faisaient illo- MB sur le earactère et les conséquences êm événements qui s'accomplissaient alsrt, et auxquels ils avaient pris une si |;nnide part « La fin que vous marquez a vos actions, dirent les députés de Rhodes polant dans le sénat , est bien aotre qwedle du reste des hommes.
DPordmaiie, ils ne se jettent dans les
Sn«B que pour conquérir et ffagner lîlJèSy des munitions et des flottes.
Lei dieux vous ont épai^é cette nécessMen plaçint Funivers sous votre obéis- OBce- De quoi donc avez vous besoin ?
De moi vous &ut-ii maintenant avoir iè pRis de soin? De cette gloire, de cette reoommée universelle qu'il est si fijÉdle d'acquérir et plus encore de eonaerver. Vous allez reconnaître ce que BOUS vous disons ; vous avez combattu Philippe, vous avez tout bravé pour renéte b liberté aux Grecs : tel a été votre ba^ teiie a été la récompense que vous YOOi êtes promise de cette expédition ; il if j en avait pas d'autre, et cependant voos en avez plus joui que de tous les tributs imposés aux Carthaginois. Cela ctt trèi^naturel : l'argent est une pro* pnélé commune à tous les hommes; mais la réputation, les hommages, la fononge, ne sont faits que pour les dieux ei «eux qui leior ressemblent Oui, votre ceovre la plus belle a été l'affranchissement des Grecs. Si vous la complétez aajoordTbm, cette oeuvre, Tédifice de votre renommée ^ à jamais élevé ; sinon , votre g^cMre sera bientôt abaissée. Sénateiiis, après avoir participé à cette entreprise et, avec vous, soutenu pour la poortnivre de ^nrands combats, bravé de véritables périfs, nous ne voulons pas aajomnf btti trahir le devoir d'un ^uple ami. Anssi nous n'avons pas craint en ^et de vous dire franchement la couémte que nous croyons la seule vraiment diene de vous, nous l'avons fait nns arrière-pensée, en hommes oui ne MUent rien au-dessus de f'hoa- (1). » Ce discours parut digne de la
grandeur romame, dit Ute-Live, et les villes grecques qui avaient été tributaires d'Antioehus furent, conformément aux vœux dea Rhodiens, déclarées libres. Peu s'en fillut que les Rhodiens n'obtinssent aussi la libcnrté de Soles, Tille de Cilicie, ou'ils disaient éM, comme eux, une colonie d'Argos. Le sénat paraissait disposé à leur accorder tout ce qu'ils voulaient, pourvu que cela fût préjudiciable à Antiochus, et il fut même sur le point de contraindre ce prince à évacuer toute la Cilicie.
Après avoir vaincu Antiochus, les Romains châtièrent les Étoliens, qui avaient appelé ce prince en Gtèee. Quoique le châtiment fût mérité, Rhodes voyait avec regret un peuple grec frappé par les Romains. Cétait un précédent fâcheux , et qui faisait concevoir des inquiétudes pour l'avenir. Les députés niodiens travaillèrent très-activement à faire conclure un traité. Ils parurent au camp de Fulvius, qui assiégeait Ambracie (1), et désarmèrent son courroux. Le consul permit aux Étoliens d'envoyer à Rome des députés, pour oui les Rhodiens obtinrent une audience du sénat. Néanmoins, le peuple étolien fut traité avec ri^eur, et il n'y eut aucun peuple grec qui ne pût prévoir que le sénat, qui n'était encore ou'un protecteur et un allié, deviendrait bientôt un maître impérieux.
Conduits équitoque des Rho-
niBIfS PENDANT LA ODBBBE CONTBB
Pebsbb. — Les Rhodiens ne devaient pas tarder à en faire l'expérience. En leur donnant la Lycie, le sénat leur avait fait un cadeau embarrassant. Les Lyciens n'obéissaient qu'à contre-cœur, et Rhodes se fatiguait à les faire obéir.
Enfin des députés de Xanthe, capitale de la Lyde, vinrent à Rome se pendre au sénat de la tyrannie des Rhodiens ,
3ui était beaucoup plus cruelle, disaients, que celle d^Antiochus. Les Rhodiens s'aperçurent alors qu'ils étaient à leur tour justiciables de cette juridiction du peuple romain qu'ils avaient in* voquée autrefois contre Philippe et Antiochus. Le sénat écoutait toujours les plaignants; d'ailleurs les Rhodiens ne montraient plus le même zèle , ils fai-
(i)Poljb^ XXn, 6; Tile-Live, XXXTII, 54. • ApUmagnitadiai romanae oratio yisa est. »
(i)Polyb.,XXII,ia;Titc-Live XXXVIÏI,
lO.
IM
L'UNIVERS
salent des avances à Persée , roi de Ma* cédoine, successeur de Philippe III. Le sénat lança contre eux un décret sévère, qui leur enjoignait de traiter les Lyclens en alliés et non pas en sujets (1). Ceux-ci, enhardis par cette protection, où se manifestait rintention d'humilier les Rhodiens, prirent les armes pour secouer le Joug. Polybe avait raconté cette guerre dans les parties perdues de son histoire. Tite-Live se contente d'y faire allusion, et de dire que les Lydens, accablés par Rhodes, eurent de nouveau recours à l'intervention protectrice du sénat (3)
(174av. J.-C).
Les Rhodiens commençaient donc à devenir suspects au moment où éclata la guerre contre Persée (173). Eumène avait été seul à provoquer cette guerre, que les députés rhodiens essayèrent vainement de détourner, parce qu'ils commençaient à comprendre que Rome était devenue plus redoutable que ne l'avait jamais été la Macédoine (3). Cette atti* tude nouvelle prise par les Rhodiens ^ qui autrefois avaient montré tant d'ardeur contre Philippe et Antiochus, ins^ pira quelque inquiétude au sénat » et donna des espérances à Persée. De part et d'autre on envoja des députés, le sénat pour maintemr Rhodes dans son alliance, Persée pour l'entraîner dans la sienne. Quoique l'enthousiasme qu'avaient inspiré autrefois les Romains fût bien refroidi, cependant les magistrats rhodiens hésitaient à se jeter dans un nouveau parti, et le prytaneHégésiloque montra aux légats une flotte de quarante vaisseaux prête à combattre pour le service de Rome. D'un autre côté, on reçut les ambassadeurs de Persée avec distinction; mais on fit répondre à ce prince que dorénavant il s'abstfnt de rien demander qui exposât les Rho*diens à paraître contraires aux désirs de Rome (4).
Cétait ce qu'il y avait de mieux à faire, et les pr^rtanes travaillèrent de tout leur pouvoir à maintenir la république
(i)Tile-Live, XU, 6; Polyb., XXTI, 7 et siiiv.
(a) Tite-LiTC, XLI, a5.
(3) Tile-Live, XLH, x4, a6.
(4) Polyb., XXVII, 3, 4;Tite-Live, XUI, 45, 46.
dans cette voie; mais dans tout ÉtH^ il se trouve toujours des hommes ambitieux, qui ne sont pas aux affaires, qi veulent y parvenir, et qui paussent le peuple du côté où il leur plaSt de le faire aller. Dinon et Polyarate se miras à la tête du parti hostile aux RomaiBS. Le chef de la flotte romaine, SpaiiB Lucrétius, avait écrit aux Rhodiens pour leur demander des vaisseaux (171).
Dinon et Polyarate essayèrent de fùn refuser le contincent; mais le jpr]itaBe Stratodès réussit a obtenir dans rastaii' blée du peuple la sanction du décret q« ordonnait renvoi des vaisseaux. « Di reste, dit Polvbe, ces deux homises n'étaient si zélés pour Persée que para que Polyarate, homme vain et ostueni, avait engagé tous ses biens , et que Dinon, avare sans pudeur, avait toujooB fait métier de s'enrichir des largi^ses dei rois et des puissants (1). » A la findt cette campagne, Persée envoya Antéior à Rhodes pour traiter du rachat des prisonniers. Les magistrats ne voulaieot aucune relation avec ce prince; DiooB et Polyarate étaient de Favis contraire: ils l'emportèrent, et l'on convint de h rançon des captifs*
CTétait un échec grave pour le parti romain. Cette décision indiquait la te&< dance des Rhodiens à se rapprocher de la Macédoine. Cependant Je. sénat ne s'en plaignit pas, rt^nouveJa J'alllanoeit permit aux Rhodiens d'exporter des bks de Sicile (2). Dans ce temps-là parut m décret du sénat qui prescrivait aux aliià grecs de ne plus onéir désormais aax ordres des généraux, mais seokment «x sénatus-consultes. Cette meenre eidn une grande joie en Grèce, où Ton soQffrait déjà beaucoup des exactions dei consuls tt des préteurs romains; 1»
Rhodiens y applaudirent » et le parti romain s'en trouva fortifié. Profitant di ces bonnes dispositions , les magistcats firent envoyer une députation à Mardis Philippus et à Caîus JPigulus , qui eooH mandaient cette année-là l'armée et U flotte envovées contre Persée (169). La deux généraux reçurent les députés avec les plus grandes démonstrations d'amitié. Le consul, prenant à paît
(i) Polyb., XXVU, 7, (a) Id., XXVIII, 2.
ILE DE RHODES
ikoèsîpoUs, dief de Fambassade , lai dit f»l s'éCoonait que Rhodes n'essayât (Tempécher la guerre qui venait aéentre Ptolémée et Antioehus , an de la Cœlé-S^^rie , et que ce rdie convenait parfaitement. Pourquoi » insinnation ? se demande Polybe.
£ust-ce par crainte d' Antioehus, avec lequel QfQ voulait éviter toute contestation tant qu*on aurait encore Persée sur les bras, OB pour enUatner les Rhodiens à quelgae àute dont on profiterait contre leur liberté? Il n'est pas facile de le dédder, ajoate-t-il: mais je crois la seconde supposition pins vraie, et ce oui se peu après a Rhodes semble la MinDer(l).
Eb effet , envoyant tous les m^agedont on usait à leur égard , les emrent que les Romains peur, et que leurs affaires allaîen^ mal. Encouragés p^ar la résistance inespérée de Persée, qui depuis quatre IBS soutenait iagoerre sans désavantage, esàtés pa Dînon et Polyarate, dont Tes diseours étaient sans cesse dirigés contre les Romains , après avoir intervenu éaBê la querelle des rois d'Egypte et de S^^, ils s'aveuglèrent au point de s'énger en arbitres entre les Romains et Forsée. Les partisans de Rome ne pumt arrdter ce mouvement. Les amis de Peisée eurent le dessus , ils recurent les aobaHadents de oe prince et de son allié Geortîns, roi dlllvrie , et firent décider dans Tasiembiée du peuple qu'on D^oderait un accommodement entre les deox puissances, et qu'on prendrait des mesures pour garantir lindépendmoe des vittes grecques (2). Une ambassade partît à Finstant pour Rome, afin d^iofomer Je sàiat des nouvelles dispositioas'da people rhodien. D'autres dépotés forent envoyés à Persée et à Gen* tins, avec des instructionsayant pour but le rétabUssanent de la paix. On savait à Rome l'objet de l'ambassade rhodienne ; DO lui il attendre l'audience du sénat, et cfle ne foc reçue qu'après la défaite de taséeà Pjrdna. Les députés, dont le chef «tait Ag^polis, dirent qu'ils étaient ve- «■ afui de terminer la guerre; que
(x) Polyb., XXVni, 14.
(a) Polyb., XXIX, 4; TilcLive, XLIV, U,i9;XLy, 3.
les Rhodims avaient résolu d'intervenir, parce que cette lutte, qui traînait en longueur, était également funeste pour tous les Grecs et pour les Romains, par les dépenses qu'elle occasionnait, et que la guerre étant terminée comme les Rhodiens le désiraient, ils n'avaient qu'à témoigner combien ils se réjouissaient avec Rome de cet heureux succès (1). Mais le sénat ne se laissa pas prendreà ces dernières paroles ; il répondit aux députés que Rhodes n'avait en vue dans sa conduite ni l'intérêt de la Grèce, ni celui des Romains, mais bien celui de Persée, et on congédia sèchement l'ambassade.
Rhodes était tombée dans une disgrâce complète et bien méritée. On ne voulut pas recevoir au sénat la députation envoyée pour féliciter le peuple romain de sa victoire sur la Macédoine; on lui refosa les présents d'usage et le logement dans la Gréoostase, en un mot tous les devoirs de l'hospitalité. Le préteur Ju- Tcntius Thalna excitait le peuple à déclarer la guerre à Rhodes, et il espérait eh être chargé. Mais les tribuns Antonius et Pomponius firent repousser cette proposition, et obtinrent que les Rhodiens seraient reçus dans le sénat.
Quand il eut obtenu la permission de parler, Astyroède , chef de l'ambassade , prononça une longue apologie de la conduite de sa patrie, que Polv&e trouve maladroitement composée , bizarre et choquante; car cette défense, dit-il, se composait bien moins d'arguments en faveur des Rhodiens que d'accusations contre autrui (3). Mais le discours d' Astymède ne se trouve pas dans Polybe. On voit
(i) Polyb., XXIX, 7. Tite-Live raconte une première réception de cette ambassade , 1. XLiy, 14, avant la défaite de Penée; mais au livre XLY , ch. ui , il parait revenir au sentiment de Polybe, qui rejette Taudience après la bataille de Pydna. Le langaee qu*il prête aux députés Rhodiens est bars de vraisemblance. Leur démarche était déjà bien asseï compromettante par elle-même sans qu'ils y joignissent encore Finsolcnce do langage. Tite-Live aura puisé ce récit à de mauvaises sources. Le témoignage de Polybe est de beaucoup le meilleur pour tous ces temps, et ordinairement Tite-Live ne fait que le reproduire.
(a) Tite-Live, XLV, ai-a6; Polyb., ,4.
LUwnnERS.
dans celui oue Tite-Li? e lui attribue qu'il essayait d'établir que Rome n'avait aucun acte hostile à reprocher aux Rbodiens , que si le langage de l'ambassadeur chargé de proposer au sénat leur médiation a été assez hautain pour déplaire , il serait trop rigoureux de le punir par la ruine entière de la république; que les fautes de Dinon et de Polyarate ne sont pas celles de la cité tout entière ;
3ueles Rhodiens sont d'anciens alliés, ont les services peuvent racheter une erreur passagère , et que si Rome veut leur fiaare la guerre , ils sont bien résolus à ne pas se défendre et à se résigner (t).
Cependant rien n'apaisait le courroux du sénat; maisCaton le censeur prit la parole en faveur des Rhodiens. « On accuse, dit-il, les Rhodiens de se montrer trop orgueilleux. C'est un défaut sans doute, et je serais fftché d'entendre faire ce reprocheà moi ouaux miens. Mais que les Rhodiens soient orgueilleux,que vousimporte? seriez -TOUS blessés de voir au^il y a au monde un peuple plus orgueilleux que TOUS (2)? » Caton était un homme d'une grande éloquence et d'une grande autorité , son discours modifia les dispositions du sénat : on se contenta d'anaisser les Rhodiens, on ne les détruisit pas. Quand ils surent qu'on ne les traiterait pas en ennemis, les Rhodiens ressentirent la joie la plus vive ; ils votèrent l'envoi d'une couronne de dix mille pièces d'or, qu'ils firent porter à Rome par Théétète, à la fois amiral et ambassadeur. Théétète était chargé de conclure avec les Romains un traité d'alliance.
Des liens d'amitié, dit Tite-Live, avaient existé depuis longtemps entre les deux républiques, sans stipulation d'aucun genre , et Rhodes n'avait eu pour s'abstenir de tout engagement d'autre motif
(i) On ne voit pas ce qu'il y a de si bllarre et de si choquant dans ce discours. Il est évident que ce n*est pas l'original dont Poiybe fait une si amère critique.
(9) Ce discours de Caton se trouvait en entier dans le cinquième livre de ses Origines. Aulu-Geile nous en a conservé 'de beaux fragments dans un chapitre où il réfute fort sensément la critique de ce discours par Tullius Tiron, affranchi de Cicéron. Aul-Gell., Noci, Att,^ VII, 3.
Sue de ne pas dter aux rois Fespératt 'être secourus par elle au besoin, et de ne pas se priver elle-même des frôiti de leur générosité , el d'une part à kiff fortune. En ce moment les Rhodiensseatalent le besoin de rechercher fûnnellement l'alliance des Romains non pour se créer un appui vis-à-vis des autres, car ils ne craignaient plus que les Romaiia, mais pour devenir moms suspects an Romains eux-mêmes (l).
Le sénat ne se hâta pas de rassarer les Rhodiens par la concession d'oie alliance définitive. Il valait mieux piplonger cet état d'incertitude et d'angoisses, pendant lequel Rhodes, touioan tenue dans la crainte du plus grand di^ timent, était insensible aux coups doot on la frappait. A toutes les ambassado, à toutes les supplications des Rhodiens, le sénat réponuait par des éd&ts de spoliation. Non-seulement on leur enleva la Lyde et la Carie , que Rome leur avat données, mais encore Gaune et Stntonicée , qu'ils avaient acquises d'euxmêmes. On frappa leur revenu dans ses principales sources ; on leur ôta la perception du péage du mardié de Doos; leurs douanes, qui rapportaient un million de drachmes, tombèrent à cent ôdquante mille. Enfin , ouand on sut que les Rhodiens avaient ooél à tous les ordres du sénat , qu'ils avaient condamné à mort les partisans de la Macédoine, on leur accorda le traité d'alliance tast désiré (2) ( 167 av.J. C).
Telle frit l'issue de ce fiicheux démâé des Rhodiens avec Rome , la perte de leurs plus belles possessions sur le continent, l'humiliation de leur dté , el bb commencement de sujétion. On pourrait être tenté de plaindre les Rtiodiees, mais' il ne faut pas les croire dienes d'un meilleur sort. Il n'y avait rien dans ce mouvement contre Rome qui ressemblât à ces grandes et généreuses tentatives d'un peuple qui voit la servitude s'avancer vers lui à grands pas et qui se dévoue pour la repousser. Ce ne fut qu'une ridicule intri^e, tramée par des misérables, qui n'agissaient que par va-
(i) Tile-Live, XLV, a5, a emprunté c« réflexions à Poiybe, L XXX, 5, qu'il ne fait ici que traduire.
(a) Polyb., XXXI, 6.
ILE DE RHODES
irité et pour desordides intérêts. (Test ce gue Polybe fait parfaitement oomprenare dans une appréciation calme et élevée de la conduite et des sentiments de tons les chefs grecs qui se compromi* rent vis-à-vis des Romains pendant la guerre contre Persée. Dans ce l)eau fragment de son Histoire^ û montre Dinon et Poijarate, qu'un certain prestige de courage et d'audace avait entourés jusque Û , s'abaisser pour sauver leur vie à toutes sortes de subterfuges et de bassesses, eî se dépouiller aux yeux de la postérité de tout droit à la pitié et au pardon. Qu'on ne dise pas que PoJjbe, ami de Sdpion rAnricam, comblé de faveur à Rome, ait voulu poursuivre jusqu'à la mémoire de deux nommes qui avaient encouru la colère du peuple romûn, puisqu'il rend un si bel nommage à la noble résolution des chefe épirotes, qui dans une situation semblable surent mourir résolument les armes à la main. Folybe est l'ami des Romains, il n'en est jamais le courtisan. « Si j'ai insisté si longtemps sur Poijarate et Dinon, dit-il en terminant, ce n'est pas certes que j'ai prétendu insulter à leur malheur; rien ne serait plus inconvenant. Mais j'ai voulu mettre en évidence leurs erreurs, afin de préparer ceux qui se trouveraient dans des circonstanees pareilles à se conduire avec plus de prudence et de sagesse (1). » Dans tout ce morceau , Polybe n'a tort qu'en un senl point, c'est quand il reproche aux deux malheureux dont il juge les actions de n'avoir pas su échapper à l'infamie par une mort volontaire. Sans doute ce n'est pas toujours par courage ^'on recule devant le suicide ; mais il importe de ne pas laisser croire aux hommes, et Polybe aurait dû le savoir, que c'est un acte de vertu que d'y avoir recours (5).
Etat db Rhodbs àpbès ljl soumission j>B LA Macbdoine. — Sortis enfin de cette rude épreuve, les Rhodiens comprirent qu'il rallait se résigner à voir la souveraineté du monde
(i) Polyb., XXX» 6, g.
(a) Eo géDéral, les historiens anciens regardeot le suicide comme une action légitime, et ils ne le blâment jamais. Fojr. Diod. Sicul. L XXXVII, a7 ; Cic, £p, ad Fam., VII, 3.
9* Uvraison. ( Ilb de Rhodes. )
passer entre les mains de Rome; ils consentirent à vivre paisibles à l'ombre de la protection romaine , en restant fidèles a l'alliance oui leur avait été imposée, heureux de conserver encore quelque liberté d'action dans la sphère de leurs intérêts commerciaux et jusqu'à un certain point dans leurs relations politiques. Grâce à la sagesse de ses magistrats , Rhodes se remit peu à peu de ses malheurs, et regagna la faveur du peuple romain, à qui elle fit élever un colosse de trente coudées dans le temple de Minerve. Elle obtint du sénat la concession de Calynda, et pour ceux qui avaient des propriétés en Lycie et en Carie l'autorisation de les conserver aux mêmes conditions qu'autrefois. Les Rhodiens se réconcilièrent avec Eumène, qui avait, comme eux, obtenu difficilement son pardon, et ils en reçurent un présent de quatre-vingt mille médimnes de blé (1). Quelque temps après une guerre acharnée éclata entre les Cretois et les Rhodiens. Ceux - ci demandèrent du secours à la ligue achéenne. Les Cretois en firent autant ; l'assemblée penchait pour les Rhodiens, mais Callicrate, le chef du parti romain en Achaïe , s'écria qu'on ne devait ni faire la guerre ni envoyer du secours à qui que ce fût sans l'agrément des Romains (2). Cette guerre était ruineuse pour Rhodes, qui en confia la conduite à des chefs malhabiles. Il fallut , bon gré mal gré , recourir aux Romains pour en être débarrassé. Astvmède fut envoyé à Rome, exposa au sénat la situation des affaires. Le sénat prêta à ses discours une sérieuse attention, et aussitôt un légat partit pour mettre un terme aux hostilités (3) (154 av. J.-C).
Les Rhodiens besistent a Mi- THBiDATB. — AU temps de Mithridate les Grecs d'Asie et d'Europe firent une dernière tentative pour secouer le joug
(i)Polyb.,XXXI, 17.
(a) Id., XXXUI , x5.
i (3) Id., XXXin, 14, ne désigne ce légat que par son prénom de Quintus. Cette guerre de Crète est le dernier des renseignements fournis par ce précieux auteur sur 1 histoire de rUe de Rhodes, Cf. Diod. Sicul., XXXI, 38, 43. Foyez sur cette guerre l'article de la Crète dans ce volume.
LUIVIVERS.
des Romains. Les Rbodiens ne cédèrent pas à Tentraînement général, et se conduisirent en alliés fidèles et dévoués. Ils donnèrent asile à un grand nombre de Romains échappés au massacre ordonné par le roi de Pont, et entre autres à Lucius Cassius, proconsul d'Asie (88). Mithridate résolut de réduire les Rbodiens, qui presque seuls lui résistaient. Il réu* Dit une flotte considérable, et passa dans rtle de Cos. Les Rbodiens sortirent audevant de lui avec courage. Mais Tinégalité du nombre était si Rrande , que tout ce que put faire rbabileté des Rbodiens, ce fut d*empécber la flotte de Mitbridate de les envelopper. Rentrés dans leur port, sans grandes pertes , ils le fermèrent avec des cbatnes, détruisirent les faubourgs de la ville, et s'apprêtèrent à soutenir un siège.
Cependant Mitbridate n'avait pas encore ses forces de terre. Les troupes navales qu'il débarqua furent battues dans plusieurs rencontres autour des murs. Le succès de ces combats enbardit les assié-
Î;és à tenter une bataille navale. Malgré eur petit nombre, ils furent vainqueurs. Quelques jours après Farmée de terre arriva ; un vent violent rendit le débar-
Suement difficile, et permît aux Rbodiens e couler bas plusieurs navires et de faire quatre cents prisonniers. Mitbridate, ayant toutes ses forces de terre et de mer, tenta l'attaque des deux côtés. Des feux allumés sur le mont Atabyrius donnèrent le si^l d'un assaut général , pendant la nuit. Les Rbodiens repoussèrent les assaillants. Une sambuque placée sur deux navires s'approcha des murailles près du temple d Isis, pour les battre en brèche. Mais elle s'affaissa sous son propre poids, et devint la proie des flammes. Mitbridate ne pouvait s'arrêter plus longtemps à ce siège, qui menaçait oe se prolonger comme celui de Démétrius ; il abandonna l'entreprise, et les Rhodiens eurent la gloire d'avoir rendu service aux Romains en arrêtant les premiers ce torrent qui s'était répandu sur toute l'Asie (1). Rientôt Sylla enleva à Mitbridate toutes ses conquêtes , et , pendant qu'il châtiait rigoureusement les cités qui s'étaient données à lui, il renouvela
(i) AppiaD., De Bello Mtthridatîeo, 22-27; Diod. Sicul.yXXXVn, aS.
avec les Rhodiens Fancien traité d'alliance ( 1 ). Les Rbodiens. bien traités par Sylla, suivirent son parti dans la guerre civile. Norbanus, l'un des chefs du parti populaire, s'était réfugié dans leur Ile. Le peuple s'assembla pour délibérer sur son sort, et Norbanus, s'apercevaat qu'on allait le livrer, se poignarda ao milieu de la place publique (2).
Rhodes pendant les guebbbs civiles DE Rome. — Le signal des gu«res civiles était donné; Rliodes n'avait plus à choisir entre Rome et ses enaemis, mais entre les partis romains qui se disputaient l'empire. A l'exemple de tous les autres insulaires , de toutes les |vovinces maritimes de l'Orient, elle fournit des vaisseaux à Pompée , (49) avant la bataille de Pbarsale. Elle lui en donna encore pour favoriser sa fuite (8), mais aucun des fugitifs du parti pompéien ne fut reçu ni dans la ville ni dans le poit; et quand César poursuivant Pompée arriva dans leurs murs, les Rbodiens le traitèrent en mattre, et mirent leur flotte à sa disposition (4). Les yaisseaux rhodiens, commandés par Euphranor, suivirent César en Egypte, et y combattiroit avec une bravoure et un dévouement auxquels il est hautement rendu justice dans le livre de la Guerre d^Jkxandrit, Après la mort de César (44) les troubles recommencèrent. Le monde romain se partagea entre ses meurtriers et ses Teih geurs. Rhodes resta fidèle au dernier
êarti , qu'elle avait embrassé; et auand lolabella passa dans 111e pour aller eo Syrie disputer cette province à Cassios, les Rhodiens contribuèrent à lui fomier une flotte (5), tandis qu'ils refusèreolde fournir des vaisseaux a Cassius, et gu'Ms repoussèrent toutes les avances qui lev furent faites par les chefs du parti républicain (6). Cassius jura de se venger; et
(i) Appian., B, MUhr,^ 6x.
(a) Id., De Bell. CiviL, 1,^1.
(3) Id., 16., U, 71» 83; Ces., Dm BelL Ch,, III, X02.
(4) Appiaa., l5Ui,, 89; Hlrt, De 3eSû Alex., z3.
(5) Appian., I. lY, c. So, 81.
(6) Vorez la lettre du proprétear Lentuhtf sur tous les torts des Rhodiens à l'égard dt. soQ parti, dans la oorrespondance de Cicéron, Ad Fam., XII, i5.
ILE DE RHODES
qoand il eut soumis la Syrie , qu'il eut nus à mort Dolabella dans Laodicée, il se ocmeerta avecBnitiis, qui se chargea d'aller châtier les Lydens, tandis qu'il devait marcher loi-méme conUe les Rbodiens.
SlBOS ET PBISB BB RHODES PAB
Cjlssigs(43). — Cassius réunit sa floUe et sou année dans la Tille de Myndus en Carie, et il exerça ses vaisseaux à la manœuvre avant de les mener contre les Rhodiens, qui étaient toujours des marins redoutables (1). « 11 y avoit dans Rhodes un parti qui vouloit au'on se soumît à Cassius. Cétoit celui des plus sensés, qui trop ordinairement est le plus Mble. Le gros de la multitude, animé par quelques esprits téméraires et &ctieux, prétendoit taire résistance, et ne doutoit point du succès. La gloire de leurs ancïêtres leur en réjpondoit : ils se rappeloient avec complaisance Démétrius et Mithridate, pnnees tout autrement puissants que ne J'étoit Cassius, obligés de se retirer honteusement de devant Rhodes. Ils persévérèrent dans cette résolution, et lorsque Cassius approcha , au lieu de lui promettre satisfaction, ils lui firent la proposition insultante d^attendre les ordres du sénat siégeant actuellement à Rome, c'est-àdire les ordres des triumrirs.
« On peut juger de quel air Cassius, le ^U8 fier des hommes , reçut un pareil discours. Il n'y répondit que par des menaces, dont les Rhodiens ne furent pas aussi touchés qu'ils dévoient l'être. Seulement, ils firent une tentative pour le fléchir, en lui députant Archélaûs , letur concitoyen, qui avoit été son maître dans les lettres grecques. Car Rhodes étoh une éeole de toutes les belles connaissances , et Cassius y avait été instruit pendant sa Jeunesse. Archélaûs s'acquitta de sa commission de la manière la |du8 tendre et la plus pathétique. Mais Casshis . content cravour fait beaucoup d'amitié à son ancien maître, demeura inexorable sur le fond delà chose. Il fallut en vennr aux mains : et les Rhodiens &rent assez téméraires pour risquer par drax fois le combat naval. Dion rapporte
S'ils poussèrent l'insolence jusqu à éta- ' aux yeux des Romains les chaînes
(x) Appian., 1. IV, 65-74.
gu'ils leur préparoient. Mais cet excès de lolie et d'aveuglement paroît peu vraisemblable. Ce qm est certain, c'est que deux fois vaincus les Rhodiens s^opiniâ^rent encore à souffrir l'approche des troupes romaines , et se laissèrent assi^er par terre et par mer. Alors néanmoins ceux qui vouloient la paix prirent le dessus, et commencèrent à n^ocier avec Fannius et Lentulus. qm commandoient l'armée de terre des assiégeants. Mais pendant qu'ils parlementoient , Cassius, qui montoit Im-méme sa flotte , et qui gouvernoit l'attaque du côté du port, parut tout d'un coup an milieu de la ville avec un nombre de sens d'élite , sans avoir fait brèche à la muraille, sans être monté à Tescalade. Les poternes du côté de la mer lui avaient été ou* vertes par quelques-uns des principaux citoyens de Rhodes, gui, frappés de la crainte de voir leur ville prise d'assaut , n'avoient pas cru pouvoir trop se hâter de prévemr un tel malheur.
« Un mot de Cassius sembloit d'abord promettre de la modération : car comme plusieurs le saluoient des noms de maître et de roi, il rejeta bien loin ces titres, en disant que sa plus grande gloire étoit d'avoir tue celui qui avoit osé se faire maître et roi dans Rome. Le reste de sa conduite ne répondit pas à ce dé* but. Il fit ériger un tribunal au milieu de la place , et planta à côté une pi(][ue, comme un signe qu'il prétendoit traiter Rhodes en vule prise oe force. Il condamna à mort et fit exécuter en sa présence cincruante des principaux auteurs • de la rébellion, et prononça contre vingtcinq autres, qui s étaient' enfuis ou cachés, la peine du bannissement. Il est vrai qu'il assura au reste des habitants la vie et la liberté , ayant fait défendre à ses troupes sous peine de mort d'exercer aucune violence contre les personnes. Il leur interdit de plus le pillage; mais ce ne fut que pour piller lui-même cette ville , l'une ues plus opulentes de l'Asie, car il mit la main sur tous les trésors et sur toutes les choses de prix qui appartenoient au public , sans épargner ni les offrandes consacrées dans les temples, ni les statues mêmes des dieux.
Et comme les Rhodiens le prioient de leur laisser au moins quelqu'une de leurs divinités, il leur répondit qu'il leur lais-
tst
LUNIVERS.
soit le soleil. En effet, U ne toucha point au simulacre ni au char de ce dieu, qui étoit singulièrement honoré à Rhodes. Mais il jouoit sans doute sur l'ambiguïté de cette expression, qui pouvoit signifier qu'il ne leur laissoit que la jouissance de la lumière. Et par un troisième sens , que l'antiquité superstitieuse a remarqué, on jugea lorsqu'il eut été réduit à se priver de la vie peu de mois après à Philippes, qu'il avait en parlant ainsi annoncé lui-même sa mort prochaine. Cassius publia aussi une ordonnance pour obliger les particuliers à lui apporter tout For et tout Targent qui étoient dans leurs maisons , avec menace du dernier supplice contre les désobéissants et promesse de récompense aux dénonciateurs. Les Rhodiens ne s'effrayèrent pas beaucoup d'abord, et crurent qu'ils pou- Toient cacher leurs trésors sans courir un grand risque. Mais lorsqu'ils virent par quelç(ues exemples que l'ordonnance s'executoit à la rigueur, ils connurent
3u'il £alloit obéir; et Cassius ayant tiré e Rhodes par ces différentes voies 8,000 talents en imposa encore 500 à la viUe par forme d'amende (1). »
Après le pillage de cette opulente cité, Cassius se retira chargé de butin , laissant dans Rhodes une g;amison sous le commandement de Lucius Varus. Cassius de Parme, qui avait aussi trempé dans le complot contre César, resta en Asie, pour surveiller le payement des contri- Dutions dont elle avait été frappée. A la nouvelle de la mort de Cassius, craignant un soulèvement des Rhodiens , il Tes dépouilla de leur flotte. Il s*empara des trente meilleurs navires ; il brûla les autres, excepté la galère sacrée, et rejoignit l'armée navale qui croisait sur les côtes de la Macédoine. Brutus envoya Clodius avec treize vaisseaux pour contenir les insulaires exaspérés de tant de mauvais traitements (2). Mais quand Brutus eut péri à la seconde bataille de Philippes, il fut impossible à Clodius de contenir les Rhodiens, et il partit en emmenant la garnison, qui était de trois mille légionnaires. Il rejoignit Cassius de Parme , Turulius et d'autres chefs d'escadre du parti vaincu, qui allèrent
i) Rollin. But. Rom,, t. XV, 1. XLIX.
'%) Appian., Bell, Civ,, V, a.
jpresque tous se ranger sous le commai^ dément de Sextus, fils du grand Pompée.
Quelque temps après Antoine vint en Asie pour replacer cette contrée sous l'autorité du triumvirat. Il loua les Rhodiens de leur fidélité à sa cause, et pour réparer les dommages Qu'ils avaient éprouvés il leur donna les ues d'Andros^ de Tenos, de Naxos et la ville de Myndos en Carie. C'était un riche présent, mais les Rhodiens n'en eurent pas long^mps la jouissance ; on révoqua cette concession pour le même motif qui leur avait fait retirer autrefois la Carie et la Lycie ^ c'est-à-dire à cause de la dureté de leur administration (1). Antoine les avait aussi exemptés de toute espèce de tribut; il leur rendit leurs anciens droits, immunités et privilèges, et replaça la cité de Rhodes sur le pied d'État libre, afiié du peuple romain (2).
État db Rhodes sous l'eiipieb;
BÉDUCTION EN PBOTINCE BOMAlIf B. —
Mais la liberté n'était plus qu'un vaia mot pour tout le monde. Sujets ou non^ tous les peuples de l'empireromain obéissaient au même despotisme. Qu*on ea juge par quelques détails conserrés rar Suétone sur le séjour de Tibère dans lile de Rhodes (8). Tibère, en revenant d'une expédition en Arménie, avait séjourné quelque temps dans cette île, qui loi avait plu singulièrement par la douceur et la salubrité de son climat. Lorsque, entraîné par les caprices et les jalousies de son ambition, il s*éloigna de Rome et d^ Auguste, ce fût nie de Rhodes qu'il choisit pour le lieu de sa retraite. Il habita dan& la ville une maison fort modeste, et dans la campagne une villa qui ne Tétait pas moins. Il vivait comme un simple citoyen, visitant parfois les gymnases sans licteur et sans viateur, entretenant avec les Grecs des relations de politesse, presque sur le ton de l'égalité. Mais s'il voulait quelque chose, il était obâ à l'instant avec tout l'empressement de b servilité. On crut un Jour, par une singulière méprise , qu'il voulait voir tous les malades de la ville. A l'instant on s'empressa de satisfaire cette fantaisie, qu'on lui supposait, et on transporta
(i) Apptan., V, 7.
(a) Sen., De Bene/., V.
(3) Suet., Tiber,, XI.
ILE DE RHODES
Itl
toas les malades dans «ne galerie pubUque, où on les rangea par ordre de naladie. 'nbère tilt dans on grand étonnement quand on hii offirit ee speetade ioatteikUi; il ne sut d'abord ce qu*il defait faire , puis» s'approdiant ou lit de ehacon d*enx, il leur fit à tous des excuses de cette merise , même aux plus pauvres et aux piQS ignorés. L'ayenture fait iionneur à Tibère; mais elle donne une triste idée de oe au'étaient devenues rindépeodance et la dignité du caractère rbodien. Quant à la liberté civile, elle s*efraçait aussi d^elle-méme devant la volonté du redoutable réfugié qu'Auguste avait associé à la puissance trinunitienne. Tibère était fort assidu aux écoles et aux leçons des professeurs : un jour qu'il s'était élevé une vite altercation entre des sophistes opposés; l'un d'eux, croyant qu^il fevorisait son adversaire, s'échappa contre lui en propos injurieux. Tibère retourna à sa demeure sans rieo dire, reparut tout à coup avec ses appariteurs, fit citer à son tribunal l'insolent qui l'avait outragé, et le fit traîner en prison. Rhodes conservait encore, dans cette situation dépendante, uneçande prospérité eommereiale. Sa position en faisait toujours une ville très-fréquentée par les négociants. De plus, tous ceux qui allaient au delà des mers de Grèce prendre possession d'un commandement militaire ou d'une ma^strature s'arrêtaient presque toujours a Rhodes, qu'enrichissBÔent les visites de tous ces ^ands
Sersonnages (1). Cette ville continuait onc à me opulente, recherchée pour 1^ agréments de son séjour et la celé* brité de ses écoles. La liberté municipale, qu'elle avait conservée, si res« freinte qu'elle fût , y entretenait encore un reste d'activité et de mouvement intellectuel. Mais sous le règne de Claude elle fut pour la première fois réduite à la condition de sujette. Les Rhodiens a? aient osé mettre en croix des citoyens romains; ils furent privés de leur liberté(2) (44 ap. J.-C. ). Quelque temps après, fiéroo, qui venait d*étre adopté et oépouser Octavie, intercéda en faveur de Rhodes, et la fit rétablir en sa première
(i)Ttcit., y4nn„ II, 55; Hut., Il, a; Suét, Tiher.f XII.
(a) Dio. Cas»., 1. LX.
indépendance (1), Fan 14. Enfin, Vespa* sien la pla^ définitivement sous l'administration impériale, et forma delà réu* nion de cette Ue avec Samos et toutes les autres de ces parages une province connue sous le nom de province des fies (2), dont Rhodes fut la capitale. Cette province fit toujours partie de l'empire d'Orient. Plus tard, quand cet empire subit une nouvelle division administrative, et que les thèmes furent substitués aux provinces, Rhodes fit partie du thème de Cibyrrba.
Cependant le christianisme s'y était introduit de bonne heure. Les autels des dieux du paganisme avaient été renversés ; la vieille statue telchinienne de la Minerve de Lindos avait été transportée à Constantinople et placée comme un simple ornement à la porte de la Curie, et Rhodes était devenue une métropole du patriarchat de Constantinople. L'évéque métropolitain de la ville de Rhodes avait pour su&agants tous les évéques des Cydades, qui étaient au nombre de dix-huit. Les Eglises qui relevaient du siège de Rhodes étaient, selon le P. Lequien (8), celles de Samos, de Chio, de dSos, de Naxos, de Paros, de Théra, de Ténos, d'Andros, de Mélos, de Léros. de Caipathos , de Ténédos , de Sipbnos , d'Imbros, de Lemnos, de Mitylène et de Méthvmne. Le premier éveque connu de Rnodes est Eu phranon, qui condamna une secte de gnostiques qui s'était répandue dans son île. 11 est antérieur au concile deNioée, où l'on voit figurer, comme évéque de Rhodes, Hellamcus. Au reste, à cette époque et pendant plusieurs siècles, l'histoire ecclésiastique et profane perd complètement de vue l'tle de Rhodes, qui vit obscure, mais tranquille, à l'ombre de la paix que les Romains ont donnée au monde en échange de la li« berté qu'ils lui ont ravie.
(i) Tacit., jénn,, XII, 5S.
(a) MennluBf Rhod,, 1. II, c. xti ; Suet., F'êip., 8 ; S«xt. Kuf. Breviar.
(3) Le P. Lequien, Oriens chrisiianut, t I» p. 9a4.
iu
UUWVERS.
ÉTAT BBLIOlSnX, POLITIQUE, 80CIÀI.
BT INTBLLBCnJBL DE L'ÎLB DE BH0DB8 PENDANT L' ANTIQUITE.
RBUGION: DITINITBS; CULTE. —-
L'tltf de Rhodes, comme celle de Chypre , comme la Crète et tant d'autres points de l'Archipel, avait été le rendezvous des dififérents peuples qui, dans l'antiquité, s'étaient adonnés au commerce et à la navigation. A l'origine des temps, tout nous atteste l'existence dans nie de Rhodes d'une population d'ori-
Éne orientale, et la prépondérance de nation phénicienne, à laquelle succède peu à peu rinfluence de la race hellénique, qui s'établit dans cette tle d'une manière plus complète et plus exclusive qu'en Chypre , et qui en nt disparaître tous les vestiges de l'occupation asiatique. Cependant la religion , qui conserve mieux que tout le reste les traces des influences primitives et des antiques traditions, resta chez les Rhodiens empreinte d'un caractère particulier analoffue , à certains égaras , à celui des omtes orientaux, et dont la persistance prouve oue l'état de choses antérieur aux Hellènes dans cette contrée n'a pas été entièrement aboli par eux. C est donc avec raison qu'on a pu dire que « à Rhodes, comme en Gliae et en Cypre, les cultes grecs ne furent oue dès rejetons entés sur une tige plus ancienne, et ^ue tout annonce avoir été sémitique, à commencer par le culte du soleil, qui avait là son char, comme à Hiérapolis, son autel et sa statue colossale, dans le goût babylonien. Saturne y réclamait, comme en Phénide et à Carthage, des victimes humaines ; et le mont Atabyrien ou Tabyrien était un autre Thabor, avec un temple de Jupiter du même nom, auquel des taureaux d'airain étaient consacrés. Des Phéni* dens paraissent , en outre, avoir apporté à Lindos le culte de la Minerve ^ptienne, reconnue pour telle par le Pharaon Amasis. Cest à ce peuple encore qu'il feut rapporter, selon toute apparence, et les Telchines et les Héliacies. au nombre de sept, qui jouent un si
grand rAle dans l'histoûre de la tion de Itle (1). »
Les habitants de Rhodes adoraient trois divinités principales, le soleil. Minerve et Hercule. Toutes ces divinités étaient d'origine orientale, et remontaient au temps des Telchines et des Héliades, familles mythiques qu'il est bien diffidle de distinguer l'une de l'autre, et qui désignent la première population venue de l'Asie Mmeure ou de la Phénide dans l'île de Rhodes. Or , quelle que soit l'époque où l'on prenne l'histoire d'un peuple , on voit toujours que la reli^on y occupe une grande place.
C«tte importance de la relisioD apparaît comme (fautant plus considérable qp'aa se rapproche plus del'origine des nations, et il est même à remarquer que les sodétés se constituent toujours sous l'empire des idées rdigieuses, et qu'elles se désorganisent sous l'influence des idées oontraires. A Rhodes, comme partout ailleurs, dès qu'il y a des hommes on vdt s'élever un sanctuaire, lindos , la plus considérable des trois dtés primitives, eut les temples les plus renommés. Où y adorait surtout Athéné ou Blinerve.
Cette déesse y avait une idole appelée rAthénéTelcbinienne. Cette statue dek Minerve de Lindos est dtée parmi les plus andens monuments de Fart, si Ton peut donner ce nom à un objet de forme grossière, ressemblant, selon quelgoesuns, à une colonne ou à une pierre conique (3). C'était au fond le même mnboleque l'Aphrodite de Cjrpre. Les filles de Danaûs poursuivies par les fils d'Egyptus, comme des colombes par des éperviers, dit Eschyle, ayant abordé «a
Ï)ort de Lindos élevèrent un temple en 'honneur d' Athéné : Cadmas consacra à cette déesse une chaudière d'airain.
Plus tard Amasis, roi d'Egypte, envoya à la Minerve de Lindos deux statues de pierre, et une cuirasse de lin d*un admirable travail, dont les fils étaient compo-
(i) MM. Grenier et Guigniant, R^igions dt r Antiquité, t. H, 3* pirt.,p. S3a. Ce pawigf exprime Topinion émise et développée pv M. Moven dans le premier volume de soa saTtnt ouvrage sur les Phéoicieiis : X>îe nisier, Bonn., iS4x.
(a) Religion de tJntiq.f t. U, a* p. 73a.
ILE DE RHODES
Béi de trois cent soixante-diiq brins (1). Om hommages rendus par les Orientaui à la déesse de L.indos attestent assez son origine et sob caractère asiatiques. Mais dte n'échappa pas pins que TAphrodite de Cypre à cette transformation que la mythologie ^recqoe fit subir à toutes les dÎTinités miportées de l'Asie, et après aToir étéy dans rorigine, une déification de quelque grande force de la nature, elle devint, eommela Minenre d'Athènes, la déesse de rinteliigence, là chaste et sage divinité sortie du cerveau de Jupiter.
H y avait aussi à Lindos une statue d'ApoIion Telchînien : le dieu et son coite avaient la même ori^e qu'Athéné. Tous les pays de l'Asie Mineure voisins de Itle de Rhodes avaient pour divinité principale le soleil. Cest de la Lycie que vint en Grèce Olen, le plus ancien prêtre qui ait rendu un culte à Apollon , et c'est à cause du pays d'où les Grecs le reçurent qu'ils donnèrent à ce dieu l'épithete de Lyden. Dans son passage d'Asie en Grèce, Apollon se fit adorer dans les anciennes vules de Rhodes, et ii devint la divinité protectrice de la nouvelle dté, où se concentra plus tard la population rbodicnne. Néanmoins le sanctuaire de Minerve, dans la citadelle de L4ndos, resta toujours en grande vénération , et l'on conUnua à y offirir à la déesse des sacrifices sans feu (l). Le cuhe d'Hercule, à Lindos,
f présentait ausâ des particularités singnières, au sujet desquelles on racontait la légende suivante, que Lactance nous a conservée. « A Lindos, dit-il, il v a des sacrifices en l'Iionneur d'Hercule, qui sont bien différents de tous les autres sacrifices usités partout, car au lien de ces bonnes paroles , <5fi){i(a comme disent les Grecs y qui accompagnent les prières, on n'y entend que des injures et des impréeations. On regarde le sacrifice comme manqué si pendant sa célébration il échappe à quelqu'un un mot fevorable. En voici la raison, continue Lactance, si toutefois Ton peut appeler raison de pareilles puérilités.
(i) Diod. Sicol., Y, 5S; Hérod. , n , iSa ; rime, Hisi. Kat,, X.IX, a, 3; Meurt., Rhod.,
{%) Pind., Olymp.y VII.
Hercule étant arrivé dans ce pays, et ayant faim, demanda à un laboureur qui travaillait ou'il voulût bien lui venare un de ses deux bœufs. Gelui-d refusa, car, disait-il, toute l'espérance de sa récolte reposait sur le travail de ses deux bœufs. Hercule , voyant qu'on lui refusait l'un de ses bœufs , eut recours à la force, et les prit Tun et l'autre, et il les immola au milieu des injures dont l'accablait le malheureux laboureur. Hercule s'en amusa fort, et mangea les deux bœufs avec ses compagnons, en riant beaucoup des imprécations qu*on lui lançait. Plus tard Hercule ayant obtenu des honneurs divins, à cause de sa vertu, les habitants de Lindos lui élevèrent un autel , qu'il appela lui-même ^6ÇuYov , le joug des bœufs , sur lequel ils immolèrent un couple de bœufs en souvenir de ceux qu'il avait enlevés au laboureur. Hercule voulut que ce laboureur devint son prêtre, et il ordonna qu'on célébrerait ses sacrifices avec des imprécations, comme celles qui l'avaient tant diverti pendant son repas (1). »
De là le proverbe récité chez les Grecs , A(v8toi T^v Oudfov, offrandes lindiennes, pour désigner tout présent fait dans une mtention perGde et dissimulée.
A Gamiros l'institution des fêtes religieuses remonte aussi au temps des Telchines. Hésychius signale les sacrifices des Mylantéens, descendants de Mvlas, Pun des héros de cette race. LesRhoolens avaient aussi établi des cérémonies religieuses en l'honneur de Phorbas, fils de Triopas.dontlavaleuravait délivré leur Ile d'un affreux serpent qui la dévastait. Tlépolème était encore un des héros vénérés parmi eux. Au reste lesRhodiens céléoraient des fêtes nombreuses en l'honneur des dieux etdes héros, et ces fêtes étaient
(i) Lact., Inst, Dh,, I, ai. Pbotius répète la même l^ende, Narrât,, XI, Cf. Meurs., Mhod,^^. 19. Tévite de m'eogager dans tous les développements aue comporte le sujet, ce résumé historique étant déjà bien chargé, et ie me contente de renvoyer à un ouvrage spécial de Heffter, intitulé: />/« Gotterdiensie auj Rhodus im Alterthume. Zerbst^ 1827- iS33. Ce livre sur la religion des anciens Rhodiens est divisé en trois parties : la première est consacrée au culte d'Hercufe à Lindos, la seconde à la Minerve de cette ville, et la troisième aux autres divinités de l'Ile.
L'UNIVERS
décritc^ar deux aneiens aateura, Georgus et TDeogDis , dont Athénée nous fait connaître l^xistence. Outre les temples des anciennes cités, qui subsistèrent même après la réunion des Rhodiens dans une seule ville, outre le sanctuaire de Jupiter Atabyrien, et celui d'Apollon Ixien, près du port d'Ixus, la ville de Rhodes vit s'élever un grand nombre d'édifices religieux en Phonneur des principales divinités de l'Olympe Grec, Jupiter, Junon, Minerve, Apollon, Diane, Gérés, Neptune, Mercure, sans compter les chapelles ou édicules consacrk aux demi-dieux ou héros , et les temples d'isis et de Sérapis, qui s'y introduisirent à la feveur des relations politiques et commerciales des Rhodiens avec les Lagides. Mais à cette époque, la religion rhodienne avait perdu sa pnysionomie primitive et orientale ; elle était devenue tout hellénique, comme la population même, et c'est le caractère qu'elle carda jusqu'au moment où à une époque incertaine , et par des missionnaires inconnus , Rhoaes tùt convertie au christianisme.
Gouvehnement; Màoistbàtubb.
— Au temps de la guerre de Troie l'île de Rhodes, comme tous les autres États grecs, était gouvernée par des rois. Le régime monarchique s'y maintint au moins jusqu'à l'an 668 avant l'ère chrétienne, puisqu'à cette époque Aristomène se retira auprès de Damagète, roi de Jalyssos, après la prise d'Ira et la seconde guerre de Messenie. On ne sait ni quand ni comment la royauté fut abohe chez les Rhodiens, mais ils étaient déjà constitués en république lorsqu'ils se réunirent pour fonder la ville de Rhodes. Les républiques grecques étaient ou aristocratiques ou démocratiques, selon le caractère , les habitudes et les besoins de leur population. Les plus sagement
Ï gouvernées étaient celles où l'on savait e mieux conserver la paix publique , et maintenir l'union entre les différentes dasses de citoyens, entre les riches et les
Pauvres, entre les grands et les petits, que on retrouve partout en présence, et dont les dissensions font de l'histoire de toutes les cités grecques un combat perpétuel.
A ce compte, Rhodes fut peut-être celle de toutes les républiques de la Grèce qui approcha le plus de Tidéal d'un bon
gouvernement. Sans doute elle ne lut
Sas à l'abri de toute agitation, et penant les temps qu'elle a duré on aperçoit des traces oe divisions et de chai^ ments intérieurs. Mais ces mouYemeots sont toujours maintenus dans une mesure qu'on ne trouve pas ailleurs. Les Rhodiens surent éviter de tomber dans aucun excès, soit de la tyrannie, soit de la sédition; heureuse modération qui était plutôt un effet de leur caractère et de leurs vertus que de leurs lois , et qui conserva leur republique prospère et respectée à une époque où tout le reste de la Grèce était tombé dans la décadence et le mépris.
Aussi de tous les États grecs il n'ea est aucun que les Romains traitèrent avec plus d'égards, et qui conserva tant d importance au milieu de l'abaissement général du monde hellénique.
C'est toujours avec estime, pour l'Etat et les particuliers, qu'il est parlé de Rhodes dans les écrivains romains et dans les auteurs postérieurs à la conquête de la Grèce. « Les Rhodiens, dit Salluste (i), n'ont jamais eu à se plaindre de leurs tribunaux, où le riche et le Sauvre indistinctement, et d'après la ki u sort, prononcent sur les plus importantes comme sur les moindres affaires. > Polybe, un historien si grave et si peo laudatif, rend souvent hommage a la sagesse des Rhodiens, à leurs bonnes Èois^ à leur excellente conduite, qui ne s'est démentie qu'une fbis de son temps, dans la guerre de Persée, et à laquelle ils se sont hâtés de revenir. Deux siècles plus tard, Strabon (2) trouvait encore en vigueur les excellents règlements établis autrefois par l'aristocratie rhodienie pour subvenir aux besoins de la classe inférieure, que la république avait toujours eu soin de mettre a l'abri de la misère. « Ils font aux pauvres, dit-U, des distributions périodiques de blé; et les Grecs riches , se conformant à ua usage ancien , soutiennent ceux qui ne le sont point. Il existe même certains ser vices publics que ces derniers sont cài^gés de rendre, moyennant un salaire fixe et assuré qu'ils reçoivent de TÉtat, de
(i^ Sallasle, Lettre à César, c. vu.
(a) Slrab., I. XIV, c. ii; Taucli., L III, p. 194.
ILE I)£ RHODES
i^amète qd^en vnème tem^ les pauTres «Dide ((Qoi subsister, et la Tille ne mao- ^ pas de bras jfoxrt ses besoiiis, surtout pour \a mamie. » De telles mœurs et de telles înstiUitioDS témoignent assez du bon sens et de la sagesse de ceux qui
CTemaient cette république, et justi- . t plrâienmit cet éJ<^e, si pr&is et si juste, aue Strabon fait des Rhodiens quand il oit de ce peuple : « Le gourernement des Rbodiens est ami du peuple, mais non pas démocratique (f). »
Le gonvemement de Riiodes n'avait pas toojoars été aristocratique, comme il Tétait devenu dans les trois derniers siècles de la liberté grecifoe, et jusqu'au temps de fempire romain. Quoique dorîenne d'origine, la population de l'Ile de Rhodes s'âait engagée dans Vaillance d'Athènes. Celle-ci avait placé sous son protectorat tous les l^ts maritimes de la Grèce, et s'était attachée à développer partout les instituti<ms démocratigues.
IDans le cours du quatrième siècle avant 3 .-C., après l'abaissement de Ja puissance ath^enne, la démocratie rbodienne se compromit par ses excès; des démagogues s*emparèrent de la confiance du peuple, disposèrent des revenus publics, et excitèrent la multitude contre les grands. Le parti des grands ne se laissa pas intimider ; il sut se grouper et s'entendre : une coalition se lorma entre tous les intérêts menacés ; le pouvoir fut enlevé à la multitude, et, par de nouvelles dispositions, Vin&uenoe de l'aristocratie devint prépondérante. Une révolution semblable avait eu lieu à Cos à la même époque (2), ainsi qu'à Chio et à Lesbos , conune le remarque Démosthène , dans son discours De la liberté des Bhodiens. Ce fut au milieu de ces changements que le Rhodîen flégesiioque entreprit d'assufettir sa patrie , avec le secours de Mausole roi ae Carie, et qu'il parvint à occuper quelque temps le pouvoir, jusqu'au moment où ses vices et son ivrognerie le rendirent si méprisable aux yeux des Rhodiens, qu'ils le chassèrent (3). Sortie
(i) Toid U phrase de Strabon, qui est d'une précision presque intraduisible : Ay)- |&oxf}8cX<d' floiv ol 'P63ioi, xaCiCEp qO dif](to- «(MTov|uvoi; 1. XJV, c. IX.
(a) Arislot., Polit., I. V, c. xi, c. v.
(3) Meursios, Rhod., I, 19.
enfin de cette crise, qui faillit être fatale à sa liberté, Rhodes vit s'affermir ce régime aristocratique qui devait lui assurer encore une nouvelle période de prospérité et de grandeur, et qui était en vigueur au temps de Polybe , dont les récits nous en montrent l'action et les ressorts.
Toutes les jprandes questions d'intérêt public, les aUiances, la oaix ou la guerre étalent décidées à la pluralité des suffrages dans l'assemblée du peuple, dont la composition nous est mconnue et dont le lieu de séance était ordinairement le théâtre (1). Les premiers magistrats delà république étaient les prytanes, qui étaient nommés par l'asseranlée du peuple, pour su mois seulement, mais que l'on pouvait proroger dans leurs fonctions. La prytanie formait un conseil de plusieurs membres; elle se réunlssaitoansunédificeappelé le prytauée, qui paraît avoir été le chef-lieu de TÉtat, et ou étaient déposées les archives (2 ). Plutarque compare les prytanes aux généraux à Athènes et aux béotarques, ce qui prouve qu'ils réunissaient aux attributions politiques à l'intérieur le commandement des armées, comme les consuls romains. C'étaient les prytanes qui présidaient les assemblées publiques et qui en dirigeaient les délibérations. Ce n'est qu'au temps de Dinon et de Polyarate qu'on voit l'influence leur
chius nous révèle l'existence d'un sénat dont les membres auraient porté le nom de MioTpot (3), mais il n'en est fait mention nulle part ailleurs, et le silence de Polybe à ce sujet autorise à conjecturer que ce corps avait peu d'importance politique, ou qu'il ne fut qu'une institution temporaire. Les fonctions les plus im-
(1) Polyb., "XVI, i5, S; XXIX, 4, 4. Cette circonstance nous montre que rassemblée devait être assez restreinte. Cependant Polybe ne rappelle pas seulement h Sy){toc, mais aussi t6 itXîîOoc, la foule, la multitude. Après tout, la valeur de ce terme n*est toojow que relative.
(a) Polyb., XXV, a3 , 4; XXVH, 6, a ;
(3) Meiirs., Rhod.f p. 65: Mà<jTpoi irapà *Po5t'oic pouXevTripe;.
LUNIVERS.
portantes à Rhodes, après la charge de prytane, Paient celles d'amiral et d'am- Dassadeur (vaôapxoç, 7:pto6«uTiiç), que l'on Toit souvent réunies dans les mêmes mains. Ainsi Tbéétète et Rodophon^ qui commandaient la flotte, furent aussi députés au sénat par un décret du peuple, qui voulait par là, dit Polybe, éviter l'éclat d'une vaine ambassade. D'ailleurs une loi spéciale conférait au navarque le droit de nésoder (1).
Cabagtebb, hœubs, coutumes DBS Rhodibns. — Ce qui nous paraît distinguer la constitution rhodienne de celle des autres cités doriennes gouvernées comme elle aristocratiquement , c'est la forte organisation du pouvoir exécutif, c'est-à^ire l'importance des jorrandes magistratures, qui eurent toujours réellement , sans entrave et sans contrôle, la direction des affaires publi-
?|ues. Au reste, ce n'est pas seulement à la orme de son gouvernement que Rhodes a dû la conservation de sa prospérité et de son importance politique. Un peuple ne se soutient pas uniquement par sa constitution et par ses lois, mais beaucoup plus par son caractère, ses bonnes moeurs et par les hommes qu'il produit. Aussi est-ce une vérité de tous les temps et de tous led pays, trop méconnue des cités et des nations qui tombent en décadence , celle que le poète latin a exprimée parce beau vers :
Moribos anUqnis stat res romana vlrisque !
L'histoire de Rhodes nous montre un peuple industrieux, patient, laborieux, brave, constant dans ses alliances, fidèle, sOr, commode à tous les étrangers, très-appliqué aux arts utiles du commerce et de la navigation, aimant à s'enrichir, mais non à vivre dans l'oisiveté, et à la tête de ce peuple d'habiles hommes d'État, de courageux marins, de prudents ambassadeurs , sortis la plupart de familles enrichies par le commerce et où la pratique des grandes af&ires se transmettait par la nature et l'éducation. En faut-il davantage pour comprendre comment Rhodes est devenue une cité«ussi célèbre et aussi puissante, et comment cette petite île s'est élevée par la vertu de son peuple au-dessus de
(i) Polyb., XXX, 55 ; XVn, x, 4.
ses moyens (1)? Au premier siède de l'empire romain Rhodes résistait encore à cette corruption qui avait dissous les mœurs de l'ancienne Grèce, et elle conservait les coutumes d'autrefois. Les Rhodiens portaient toujours la longue chevelure; ils marchaient grarefneot dans les rues. « Vous connaisseE les Rhodiens, dit Dion Chrysostôme (2), ce peuple qui vit auprès de vous en liberté et en une tranquillité parfaite : il est inconvenant chez eux de courir par les rues de la ville, et ils ne permettent pas même aux étrangers de le £aire« * Aa théâtre même gravité : ils écoutaioit en silence et sans applaudir, ^ le silence était un signe de satisfaction. Dioo loue encore leur convenance , leur sobriété, leur simplicité dans les repas. Ûs avaient aussi de l'éloignement pckar le luxe des vêtements, et ne soaffiraient Gue l'usage de bandes de pourpre Uèsétroites et qui auraient passé pour ridicules ailleurs. « Enfin, ajoute DioB, toutes ces choses vous rendent nne dté vénérable, et vous placent au-dessus de toutes les autres villes; c'est là ee <{Di vous fait admirer et chérir, et votre cité brille plus par la conservation des anti-
Sues mœurs grecques que par la brauté e ses ports, de ses murs et de ses antnaux (3). »
Lois des Rhodiens; codi kabi- TiM b. — On connaît trois lois des Rhodiens. Elles ont toutes un caractère particulier. La première défendait qu'on se fît raser. Athénée ajoute, il est vrai, qu'on n'observait plus cette loi de son temps , c'est-à-dire sous les Antonins ; mais elle témoigne du désir qu'on avait eu de conserver le vieil usage de porter
(i) Bartbélem., jénach,^ c. lxxiii. Fc^^tt réloge fait par Tacite des moeurs de U otê grecque de Marseille^ Vie (CAgrieoU^ c ir. Un peuple commerçaDt ne prospère <ni*i la condition d'être tel que furent Rhodes et Marseille.
(a) Ap. Meurs., Rhod,, p. 66.
(3) On trouve ^pars çà et là dans Ffatarque, Anacréon et Juvénal quelques traitt de satire contre les vices et les travers des llbodiens; mais ils ne peuvent détruire letéoio»gnage de toute lliistoire en faveur du earac« tère et des mœurs de ce peuple. Vof, Menrsius, hc, cit.
ILE DE RHODES
fe barbe et les cheveux longs. La seaOBfc loi est admirable, et ne peut avoir Âf portée que par les plus honnêtes
rm da monde : elle ordonnait au fils paver les dettes de son père, même as le cas où il aurait rencmcé à ThérilA tKÛâènae était empreinte d'un seaUment tigoareux et peut-être outré de la digmté de TÊtat : elle interdisait au bourreau d^entrer dans la ville.
Aussi toetes les exécutions capitales se faisaient hors des murs (1). Ce qu'il y arait de ^us célèbre dans la législation des Rhoikens, c'était leur code maritime, à la sagesse duquel les Romains rendirait im éclatant hommage en TadoptattHont entier. « Je suis, il est vrai, aitàt Antonîn , d'après le jurisconsulte Vidusius Marcianus, je suis le seigneur do iBonde, mais ce sont les Rbodiens qai oui écrit la législation des mers. Et cela le divin Auguste Tavait lui-même reconnu» • On lit aussi dans Constantin Hemiéiiopale : « Toutes les affaires maritimes, tous les différends relatifs à la navigation sont décidés par la loi rhodienne. Cest d'après elle qu'on établit la |0océdure et qu'on rend les juge- Bieats, à moins qu il n'y ait une loi contiaire qui s'y oppose formellement. Les lois des Rbodiens sont le plus ancien de tons ks codes maritimes. » On retrouve en grande partie ces règlements sur le commerce et la navigation dans les compUations des jnrisconsuKes romains et dans ks éd&ts et ordonnances des empereurs , qui n'avaient fait que les traanire du grec en latin. C'est en puisant à ces sources oue le savant Leunclavius est parvenu a reconstruire le code commercial et maritime des Rbodiens, dont ii a donné un recueil divisé en cinouaote et an chapitres, la plupartextraits des onze livres du Digeste (2).
(x) MeunîaSy Jtftod,^ 1. I, c. xxx, p. 70.
(a) Lennclafiiu, Juru Graco-Romani, tam Caaonu quam Chilis^ Tond duo, in-fol. Francof»^ 1590. A k £0 du t. II, p. 365, se trooTe ee recueil des lois rfaodieimes, avec le titre MTant ; Jus navale Jthodiorum, quod impe" mtores sacratUthni Tiberîus, Hadrianus , Àmiominus, Pertinas, Lucius Sepiirmus Se- VM» sanctverunt. C'est un document fort iirtiiMaDt et le plus complet sur le droit mritimejdcs anciens. Mais les limites de mon lil ne me permettent pas d*en rendre
Les beaux -abts à Rhodes; pein- TUEE ; SCULPTURE. — Lcs Rbodieus aimaient les beaux-arts. Les ricbesses qu'ils avaient acquises par une prospérité commerciale non interrompue pendant plusieurs siècles les mirent en état d'embellir leur ville des chefe-d'œuvre des plus grands artistes de la Grèce, dont ils savaient magnifiquement récompenser le talent. Pleins d*amour pour la dté dans laquelle Os vivaient libres et beureux, les Rbodiens s'étaient fait un point d'bonneurde lui donner un aspect splendide, en la remplissant de grands et beaux édifices , que la peinture et la sculpture furent appelées à décorer. Il y avait dans la ville de Rhodes, dit Pline l'Ancien, plus de trois mille statues. Les porti* ques de ses temples étaient ornes de peintures d'un pnx infini, et la possession d'im seul de ses ouvrages , gisait le rhéteur Aristide, eût suffi pour rendre une ville illustre. Ce n'est pas que Rbodes ait donné naissance à aucim de ces artistes de premier ordre qui font tant d'honneur au génie grec; mais elle savait dignement apprécier leurs oeuvres, elle les attirait dans son sein, et n'épargnait rien pour se procurer les productions de leur génie.
Protogène, qui vivait à Rhodes au temps du siège de cette ville par Démétrius , était né à Caune en Carie. Cétait une ville sujette des Rbodiens, qui. à ce titre et à cause de l'accueil qu'ils firent à son talent, peuvent revendiquer ce peintre comme l'tm des leurs. Protogène resta longtemps pauvre et méconnu. Ses compatrioteSi qui recherchaient avec tant d'araeur les tableaux des mattres étran-
§ers, ne savaient pas apprécier les chefs- 'œuvre que Protogene faisait sous leurs yeux. Alors Apelle, qui était dans tout l'éclat de sa gloire, vint a Rbode8(l).
compte. Je me contente de dire, comme Meur^ sins : lUic videat tnd voUt, Yoy. aussi Dapper, Descr.f p. z4o.
(x) Pline , Hut, Nat., XXXY , 35, tS.
Pline abonde en anecdotes sur Apelle et Protogène. C'est lui qui nous a conservé la suivante : A peine débarqué dans l*ile de Rhodes, Apelle coarut à Tatelier de Protogène. Celui-ci était absent , mais un grand tableau était disposé sur le chevalet pour être peint, et une rietUe femme le gardait. Cette TÏeille répondit que Protogène était sortie
L'UNIVERS
Ce grand peintre, qui ne connut jamais la jalousie , et qui tut toujours généreux envers ses rivaux, vint à 1 atelier de Protogène, admira son talent, et résolut de forcer les Rhodiens à Tadmirer. Il lui demanda combien il vendait les tableaux qu'il venait de terminer : Protogène les mit à un prix très- modique. Apelle en offrit 50 talents (346,000 francs), et répandit le bruit qu'il les achetait pour les vendre comme siens. Par là il nt comprendre aux Rhodiens le mérite de leur peintre, et il ne leur céda les tableaux qu'après qu'ils y eurent mis un plus haut prix.
Dès lors Protogène eut toute la réputation qu'il méritait , et Apelle put le traiter en égal. Cependant Protogène n'atteignit jamais à la même hauteur que le peintre de Cos , et Apelle exprima un jour lui-même, quoique d'une manière fort délicate , le sentiment qu'il avait de sa supériorité. « Protpgène, dit-il, a autant de talent que moi et peut-être plus ;
et elle demanda quel était le nom du visiteur : « Le voici » répondit Apelle; et saisissant un pinceau, il iraça sur le tableau une ligne d*une extrême ténuité; Protogène de retour, la vieille lui raconte ce quis*e(ait passé. L'artiste , ayant contemplé la délicatesse du trait, dit aussitôt qu' Apelle était venu, nul autre n'étant capable de rien faire d'aussi parfait. Lui-même alors dans cette même ligne en traça une encore plus déliée, avec une autre couleur, et sortit en recommandant à la vieille de la faire voir à l'étranger, s'il revenait, et de lui dire : « Yoiià celui que vous cherchez. » Ce qu'il avait préiu arriva : Apelle revint , et , honteux d'avoir été surpassé, il refondit les deux lignes avec une troisième couleur, ne laissant plus possible même le trait le plus subtil. Protogène , s'a- Touant vaincu, vola au port chercher son hôte (Pline, iéid., aa, traduction de M. Littré). On garda cette toile sur laquelle les deux artistes avaient lutté d'adresse et de savoir-fure, et Pline assure l'avoir vue à Rome, où elle était plus regardée que les plus beaux tableaux. On raconte à Rome quelque chose de semblable sur une visite de Michel- Ange à Ra- Iibad. Celui-ci travaillait à la décoration de a Famésine ; Michel-Ange vint le voir, et ne le trouvant pas, il crayonna à la hâte une tète dans laquelle Raphaël reconnut à Tinstant •la main de son rival. On voit encore cette tête 4 la Famésine, sur le plafond de la salle où se irouve la Galatée.
mais J'ai un avantage sur lui , c'est ne sait pas ôter la main de dessvis uni bleau. » Mémorable leçon, ajoute Pi qui apprend que trop de soin est soa^ nuisible. En effet, c'était là le seul tàut de Protogène, de viser à trop ses ouvrages , et par là de n'ai fiiiir mais avec eux, ee oui leur dtait de grâce et du naturel. Cependant c' assurément im grand pemtre que dont Pline raconte oue tant qu'il vailla à son tableau d lalysus, il ne que de li>pins et d'eau, afin de soui et d'exciter son talent par 1* ' Cest pousser bien loin sans doute r mour de Tart et le désir de la ~ mais il n'y a qu'un bomme pasdÔBné réellement supérieur qui puisse i^imp^î ser de pareils sacrifices.
Les deuxchefe-d'oeuvTede Piotoçèn étaient son tableau d'Ialysus, et edui qi\ représentait un satyre appuyé contMj une colonne sur laquelle était percbée une perdrix. Quand ce tableau fiit ex* posé aux regards du public, roêeai causa une admiration universelle, ao point (|ue Ton négligea le satyre , que Protogene avait travaillé avec le plus grandsoin. L'enthousiasme s'accrut esicore lorsqu'on eut ap|>orté devant ce tableau des perdrix apprivoisées, qui se mirent à chanter dès qu'elles aperçureot la perdrix peinte. Protogene, indi^ que Ton oubliât le prindpaf pour admirer l'accessoire, obtint des eaidkens ds temple où était posé son tableau la per mission d'effacer la perdrix, et il ïmàça (1). On sait tout le soin qu'il mit à composer son lalysus, qui devait être son principal titre de gloire et auquel il travailla sept ans (3). Pour rendre ee tableau plus durable et le défendre d^ décradations et de la vétusté, il y mit quatre fois la couleur, afin qu'une couche tombant l'autre lui succédât. Cest pendant qu'il travaillait à ce tableau qu'u arriva a ce peintre , si soigneux et si appliquée d'obtenir par le hasard un effet que m son art ni ses efforts n'avaient pu rendre. Il voulait réprésenter un chien haletant, la gueule blanchie d'écume ; il s'y toit repris à vingt fois, toujours mécontent de ce qu'il avait fait. Enfin, irrité de son
(i) Strah., 1. XIV, c. ii.
(a) Cioér.> OraL^ c, ii.
ILE DE RHODES
impais^nce, il jeta de dépit Téponge contre le tableau, comme poar reâacer.
C^te brusquerie réussit mieux que tout son travail ; l'éponge déposa d*eJle-méme les couleurs comme il le désirait, et cette lois le hasard reproduisît exactement la nature. Pline dte encore de Protogène un Cydippe, un TIépolème, le poëte traâque Pbfliscos en méditation, un atnlète, le roi Antigone , la mère d'Aristote. Ses derniers ouvrages furent un Alexandre et le dieu Pan. Protogène faisait aussi des figures en bronze. Au temps de Pline le tabl^u dlalysus avait été transporté à Rome et consacré dans le temple de la Paix, construit sous Vespaden, et dont on voit encore les ruines imposantes le long de la voie Sacrée. Les Rhodiens possédaient aussi de belles peintures de Zeuxis, d'Apelle et des plus srsnds nràttres de Tantiquité, et elle i^avait pas été tellement dépouillée par les Romains qu'elle n'edt eocsore conservé de nombreux oeuvres d*art, dont Lucien parie avec admiration.
La ville de Rbodes renfermait une véritable population de statues. Elle en avait encore trois mille à une époque où Rome lui en avait déjà fait perdre quelques-unes. Les Rhodiens avaient en Sculpture un goât particulier, plutôt asiatique que grec. Ils aimaient les colosses, et ils en avaient lait élever un grand nombre. Le plus célèbre de tous était celui du Soleil , qui avait été coulé en bronze par Charès de Lindos , élève de Ljsippe. Ce eolosse avait soixantedix coudées de hauteur (1). Charès et
(x) Phnc, Hîst. Nat., XXXIV, x8, 3. a. Meurs., RhotL, p. 41. On a souvent discuté sur remi^acement occupé par le colosse de Ehodes. On s'est trompe en le mettant à l'eutrce du grand port, Tecartement des jambes do colosse ne pouvant être que de trente-cinq à trente-siz pieds. D'ailleurs s'il eût été en cet endroit, le tremblement de terre l'eût précipiié dans k» flots. Son véritable emplacement était en face de l'entrée du port, et devant le bassin des Galères. Les deux tours <Iu*on voit an fond du port furent bâties sur Ms bases qui soutenaient jadis ses jambes écartées, et sous lesquelles passaient les bâtinents que l'on retirait dans un bassin que le ffind oâaltre d'Aubtisson fit combler en 1478. '^oy, tes MonttmenU de Rhodes du colonel bottiers, p. 5o et 81.
son disciple Lâchés y travaillèrent douze ans; on y dépensa 300 talents (1,476,000 francs), produit des machines de guerre abandonnées par le roi Démétrius , ennuyé de la longueur du siège de Rhodes. Cette statue fut renversée cinquante-six ans après son érection par le tremblement de terre de Tan 282 , qui ébranla Rhodes, la Carie et toutes les îles voisines. Tout abattue qu^elIe est, dit Pline, elle excite Fadmiration : peu d'hommes en embrassent le pouce ; les doigts sont plus gros que la plupart des statues. Le vide de ses membres rompus ressemble à de vastes cavernes. Au dedans on voit des pierres énormes^ par le poids desquelles l'artiste avait affermi sa statue en rétablissant. Les débris de ce colosse restèrent gisant sur le sol jusqu'au moment où les Arabes s'étant emparés de rile. Tan 656, ils en vendirent le bronze à im marchand juif, qui y trouva la charge de neuf cents chameaux. Rhodes avait encore, dans l'antiquité, cent autres colosses plus petits, mais dont un seul aurait suffi pour illustrer toute autre ville» On y voyait aussi cinq colosses de dieux faits par Bryaxis. Mais ce qu'il y avait de plus précieux à Rhodes en sculpture, c'était le char du soleil, ouvrage de Lysippe, le seul objet d'art que respecta Cassitis, après qu'il se fut emparé de Rhodes.
L'antiquité produisit des artistes trèshabiles à ciseler l'argent. Les plus admirés après Mentor, qui fut le plus grand maître en cet art , étaient Acragas, Boethus et Mys. Au temps de Pline (1) on voyait à Rhodes des morceaux très-estimés de ces artistes : de Boethus , dans le temple de Minerve à Lindos ; d' Acragas , dans le temple de Bacchus, à Rhodes, des coupes représentant en ciselures des bacchantes et des centaures, d'autres coupes représentant des chasses; de Mys, dans le même temple de Bacchus, un Silène et des Amours.
LiTTÉRATUBE ; PHILOSOPHIE ; SCIEN- CES. — La ville de Rhodes fut aussi le centre d'un mouvement intellectuel trèsactif et très-fécond. On y cultivait avec ardeur et succès les lettres , les sciences et la philosophie, et elle fut pendant longtemps , selon l'expression de Dap*
(0 Pline, HUt. Nat., XXXIII, 55, x.
L'UNIVERS
per, comme un magasin des sdences et une pépinière de sens de lettres. Quand Ptolemée Philadelphe fit chercher de tous côtés des livres pour augmenter la bibliothèque fondée par son père, ce fut à Rhodes où il en trouva le plus. Plus tard, quand les Romains eurent soumis les Grecs à leur domination politique , Rhodes attirait les principaux d'entre eux à ses écoles, comme Athènes, comme Alexandrie, entretenant ainsi le seul genre de supériorité que le ^énie grec eût conservé, et forçant les vainqueurs à y rendre hommage. Cétait surtout pour ses écoles d'éloquence que Rhodes était fréquentée pjàr les jeunes Romains des grandes familles , qui allaient s'y préparer aux luttes oratoires de la Curie et du Forum. Rhodes était restée un Étit libre, à l'abri de toute tyrannie intérieure , et de toute servitude étrangère, et par conséquent le talent de la parole
Î' exerçait encore une grande influence; e pouvoir appartenant toujours dans les républiques bien réglées à ceux qui possèdent rart de bien dire.
C'est la nature qui rend les hommes éloquents; mais c'est Tart seul qui peut former un orateur. L'étude de réloquence était déjà en grand honneur chez les Rhodiens, lorsqu'Eschine, apr^ la condamnation qui le fit sortir d'Athènes, se retira chez ce peuple, qu'il initia à tons les secrets d'un art que les Athéniens avalent porté au comole de la perfection (]). Il charma les Rhodiens par ses improvisations, par la déclamation de ses discours, ^r la lecture de ceux de Démosthène; il fonda une école, qui devint la plus célèbre de toutes, et ou il forma de nombreux disciples. Nul doute que l'autorité et les leçons d'Eschine niaient contribué pour beaucoup à éloigner de Rhodes ce genred'éioquence empnatique et boursoumé (3), très-prise à Cnide, à
(i) Philostr., Kit, SophUt,, If <» xS; Cicer., De Orator., III, 56.
(a) Cic, Orat., YUI. Toici comment Cicéron reconnaît dans le Brutus , c. xoi , tout ce qu*il doit aux leçons du rhéteur rhodien : « Je Tins i Rhodes , où je m'attachai de nouveau à ce même Molon, que j*avais entendu à Rome. Habile avocat, excellent écrivain, il savait en outre critiquer avec finesse , et donnait avec un rare talent de savantes leçons.
Halicamasse et dans les autres villet d la Carie, d*où il n'avait qu'un bras i mer à firanchir pour pervertir le nylh de Rhodiens. Eschine rarréta par Ta diga insurmontable de l'atticlsme, qa*ii nati ralisa dans 111e de Rhodes, où Teoseiçu ment de l'éloquence resta florissant jos qu'au premier siècle de l'empnre rooiaia voilà ce qui attira dans cette fle tons le grands orateurs des derniers temps deii rîépublique romaine, Mare- Antoine, O céron, César, Rrutus et Cassivs et d'astres encore. C'était le rhéteur ApoUoeiai Molon, dont les leçons étaient alors tes plus recherchées. ApolloninsMokm^â né à Alabanda en Carie , mais il n'avst pas donné dans le goût de ce détefltaUe s^le asiatique, contre lequel il inspira k Cicéron tant d'éloignement. Cet habik rhéteur avait d'abord enseigné à Romii où il s'était fait avantageusement cosnattre; et quand il se fut éubli à Rhodes, la jeunesse romaine l'y suivit, et partagea le temps de son séjour en Gr^ entre cette ville et Athèncî.
Ce serait une bien longue étude que de rechercher tous les titres de Rhooei à la célébrité littéraire, et de passer ee revue les hommes illustres qu'e&le a produits dans tous les genres, sdences, ustoire, poésie, philosophie et éloquence.
Meursius en énumère environ soixantedix : de quelques-uns d'oitre eux on m connatt que les noms; de la plupart os ne sait que les titres de leurs écnts , oo les sujets dont ils se scmt paiticiilièioment occupés. Il n'y en a qu'un très-p^ tit nombre dont le temps ait épargné » ouvrages ou le souvenir; et, rejetant de ce résumé historique le catalogue de tous
Il réprima, ou du moins il fit tona tes eAirt pour réprimer tona les éoifts où m'enminit la fougue d'un âge impunéoient aodacîeiiit et pour resserrer dans de justes limiies le ter rent débordé d'une élocutioQ redondante Aussi lorsque après deux ans je ravina à Reiv, j'étais beaucoup mieux exerce, on poaraùflox dire je n'étais plus le même. Ma aédamat»! était moins vénémente, mon stjle nioîiM ioi> pétueux. » Il est évident par ce paange que Molon avait conservé dans son enseâgnoDcoi les traditions de l'éloquence attiqoe. Foya dans l'ouvraee du colonel Rottiers la deacfiption de Sumbuln et de la Fontaine Kodiai, oà la tradition place l'école d'ApoUonius MoIod. p. iy6. Cf. Cic, Ep. ad Jn., H, i.
ILE DE AEEODES.
UZ
BS autres aoteun à pea près mconnos, i me contenterai de ùire meotion de eux dont oa peut raoooter quelque bose.
Cléobule , Vuu des sept sages de la irèee, était de Liiidos. Il flohssait à la n da septième siècle. Ce qae Ton sait tir sa vie se réduit à quelques renngnements ooiiser?és par Diogène de .âerte (t). Quelques auteurs prétendent [u'il se donnait pour descendant d'Hernie. Il étudia la philosophie égyptienne, t il reconstruisit le temple de Minerve andé par D^iaâs. Il eut des relations iTce 5oioo, à qui il écrivit la lettre suivante:
ClMuUàSohH.
Tu »a de nombreiix amis, et partoat on i'empreesera de te recevoir. Je vois cepenlant q«e n«l s^oor n'est préférable pour So- OB à ccïai de Lindos. Cest une ville libre , lanft one tie baUoe de tous côtés par les flots, et di tu D'auras rieo à redouter de Pisistrale; sans compter que de toutes parts tes amis pourroiit 7 accoarir vers toi.
Il mourut à l'âge de soixante-dix ans, et fou mit sur son tombeau l'inscription suivaole:
lindtay qui brille au mlliett des Jlofs, pleure la tnort du sage Cléobule, auquel tUea donné lejeur,
Cléobule avait composé trois mille vers de chants lyriques et d'énigmes [ dt<j(iana, i(pi^i V On lui attribue l'érnsme mivante, dont le mot n'est pas difficile à deviner : « Un père a douze enfants, qui ont chacun soixante filles, mais d'aspect différent; les unes sont blondes, les autres sont brunes ; elles sont immortelles, et cependant toutes périssent tour à tour. » Des jeux d'espnt de cette nature ont peu de portée, et sont au moins inutiles ; mais quelques-unes des sentences de Cléobule mdiquent une certame âévationd'flme, beaucoup de modération et justifient suffisamment sa réputation de sagesse : «Que votre langue soit toujours chaste. — Soyez familier avec la vertu et étranger au vice. — Fuyez l'injustice. — Maîtrisez vos passions. — I^'ayez jamais feooursà la violence.^— Calmezies naines.
— Ne vous laissez ni enorgueillir par le fiooeès ni abattre par l'adversité. — < Ap*
. (i) Dio§. Laert.^ I, 6.
prenez à supporter courageusement les vicissitudes de la fortune. » U avait souvent cette maxime à la bouche : « Le bien, c'est la mesure. » Le sage Rhodien laissa une fille, appelée Cléobuline, qui a aussi composé des énigmes en vers hexamètres.
Panétius, l'un des plus célèbres phiiosojphes de l'école stoïcienne, était né à Rhodes, vers l'an 190, d'une fiaîniille qui avait fourni des prytanes et des navarques à la républiaue. « Antipater de Tarse fut son maibre. Il l'écouta en homme qui connaissoit les droits de la raison; et malgré la déférence aveugle avec laquelle les stoïciens recevoîent Tes dédsions du fondateur du portique, Panétius abandonna sans scrupule celles qui ne lui parurent pas suifisamment établies. Pour satisfaire son désir d'apprendre, qui étoit sa passion dominante, il quitta Rhodes, peu touché des avantages auxquels sembloit le destiner la ffrandeur de sa naissance. Les perspnnes les plus distinguées en tout genre de littérature se rassembloient ordinairement à Athènes, et les stoïciens y avoient une école fameuse. Panétius la fréquenta avec assiduité, et en soutint dans la suite la réputation avec éclat. Les Athéniens, résolus de se l'attacher, lui offrirent le droit de bourgeoisie : il les en remercia. « Un hooime modeste , leur dit-il , au rapport de Proclus, doit se contenter d'une seule patrie. » En quoi il imitoit ^non, qui dans la crainte de blesser ses concitoyens, ne voulut point accepter la même srâce. Le nom de Panétius ne tarda pas a passer les mers. Les sciences, depuis quelque temps, avoient fait à Rome des progrès considérables. Les grands les cuUi voient à l'envi, et ceux que leur naissance ou leur capacité avoit mis à la tête des affaires se faisoient un honneq;r de les protéger efficacement. Voilà les circonstances dans lesquelles Panétius vint à Rome. Il y étoit ardemment souhaité. La jeune noblesse courut à ses leçons, et il compta parmi ses disciples les Lélius et les Scipion. Une amitié tendre les unit depuis, et Panétius, comme le témoignent plusieurs écrivains, accompagna Scipion dans ses diverses expéditions. Les liaisons de Panétius av^ Scipion ne furent pas inutiles aux Rhodiens, qui employé-
LUNIVERS.
rent souvent avec succès le crédit de leur compatriote. On ne sait pas précisément l'année de sa mort. Cicéron nous apprend que Panétius a vécu trente ans après avoir publié le TYaité des Devoirs de VHomme que Cicéron a fondu dans le sien; mais on ne sait point en quel temps ce traité a paru. On peut croire qu*il le publia à la fleur de son Age (1). » A en juger par les éloges qu*en donne Cicéron et le parti qu'il en a tiré, ce traité était un ouvrage de premier ordre, dans lequel Panétius avait su éviter non-seulement les excès de la doctrine des stoïciens, mais encore la sécheresse et la dureté habituelles de leur style qui rebutait les lecteurs. Il avait réduit la morale de l'école à des propositions raisonnables, l'avait exposée dans un langage clairet intelligible , et avait rendu ses leçons aimables par la grâce et l'élégance de son style (3).
L'école stoïcienne de Rhodes devint célèbre. Panétius avait formé de nombreux disciples : le plus illustre est Posi donius, à la fois philosophe, historien,
féo^aphe, grammairien et savant (3).
osidonius était d'Apamée en Syrie; mais il vint s'établir à Rhodes, y passa la plus grande partie de sa vie, y enseigna la philosophie avec succès , et fut emplové dans les affaires publiques. Son caractèreluiavaitattirérestime et la considération générales , et quand Pompée revenant d'Asie, vainqueur de Mithridate l'an 62avantJ.-C., visita Rhodes, il traita Posidonius avec les plus grands égards.
11 alla chez le philosophe, qui était alors retenu au lit par un cruel accès de goutte. Le voyant dans cet état. Pompée expriniait combien il regrettait de ne pouvoir l'entretenir et l'entendre. Mais, reprit le philosophe : « II ne sera pas dit que la nouleur soit assez puissante pour faire qu'un aussi grand nomme m ait rendu visite inutilement. » Et aussitôt il entama un long discours pour prouver que
(x) Rollin,i7/x/. Anc^X. XII, p. 4i8. Cf. t. IX, 258.
(a) Cicér., De Fin., IV, aS. Voir, sur les autres ouvrages de Panétius, Meursius, Âhod., p. ICI, et un mémoire de Tabbé Sévin, Acad. des Inser,, t. X.
(3) yoyez la liste de ses ouvrages dans Meursius, Rliod,^ p. xo5.
rien ne mérite le nom de bi^i que il vertu. De temps en temps les pointes d< la douleur devenaient si perçantes, qoi Posidonhis était obligé de s'interrompR, et qu'il répéta souvent : « Non, douleur, tu n'y gagneras rien. Quoique tu sots incommode, Je n'avouerai jamais que te sois un mal. » On doit savoir bon gré s ce philosophe , dit Rollin , d'avoir ca le courage, malgré ce qa'il souffrait, de discuter des matières de raisoBnemeot avec une sorte de tranquillité. Mais n'e^^ ce pas une subtilité puérile, que de r^ fuser d'appeler la douleur un mal, pea* dant qu*elle fait jeter les hauts cris (1).
L'Ile de Rhodes a produit des poètes : Nous passons Homère, dont âk ^prétendait aussi être la patrie, mais qu appartient à toute la Grèce ; nous passons Aristophane, que certains aoteuri ont fait naître à Gamiros ou à Lindos, mais dont Athènes s'est approprié la glcme, et Pisandre et Idéus et beaucoup d'antres, tout à fait oubliés, mémedes andeas. Timocréon est mieux connu par ce passage de la Fie de Thémistode de Ptntar(|ue : « Timocréon le Rhodien, poète lyrique, fait, dans une de ses chansons, un reproche bien mordant à Tbémistocle ; il l'accuse d'avoir rappelé les tennis pour de l'argent, tandis que pour de l'argent il l'avait abandonné, fui, sos ami et son hôte : « Loue, si tu veux, « Pausanias, loue Xanthippe, loue Leo- « tvchide ; moi, c'est Aristide que je loue, « rhomme le plus vertueux qoi vint ja- « mais d'Athènes, la ville saarée. Pour « Thémistode, ce menteur, cet homme « injuste, ce traître, Latone le déteste; « lui, l'hotede Timocréon, il s'est bisse • corrompre par un vil aident, et a ^^ « fusé de ramener Timocréon dans la- « lysus sa patrie. Oui, pour le prix de « trois talents d*argent , il a mis à k « voile, l'infâme ! Ramenant injustement «f ceux-ci d'exil, bannissant ceox-là, « mettant les autres à mort; du resie « repu d'argent. Et à l'isthme il tenait a tanic ouverte; avec quelle lédavie « il servait des viandes froides; et Tod « mangeait en souhaitant que Thémis- « tocle n'allât pas jusqu'au printemps. > Mais Timocréon lance contre Tbémi^
(i) RolliOi HUt Rom,, 1. XXXYI, t. XI, p. a5a.
ILE DE RHODES
toele des traits plus piquants encore, et le ménage moins que jamais, dans une chanson qu'il fit après le bannissement de Thémistocle, et qui commence ainsi : « Biuse, donne à ce chanta parmi les « Grecs, le renom qu'il mérite et que tu < loi dois. » On dit que Timocréon fut banni pour avoir embrassé le parti des M^es, et que Thémistode opina pour la condamnation. Aussi lorsque Toémistocle subit la même accusation , Timo- (atéon fit contre lui les vers suivants : « Ti- « mocréon u*est pas le seul gui ait traité « avec les Mèdes; il }[ a bien d'autres a pervers, et je ne suis pas le seul boi- « teux : il y a d'autres renards encore. » Ce poète, qui passa sa vie au milieu des querelles politiques et littéraires, dut surtout s'exercer à l'invective. On voit par ces fragments qu'il s'en tirait assez Deareusement, et que sa poésie, quelque peu rude et brutale , ne manquait ni de verve ni d'esprit (1}.
Il nous reste un ouvrage entier d'un poëterbodien : cesonlles jérgonautiques d'Apollonius. Apollonius était né à Amandrie. Il étudia sous Callimaque ; à vîn^ ans il publia son poëme sur l'expédition des Argonautes. Callimaque, irrité de voir nmtre une réputation qui édipsait lasienne, persécuta son disciple, et le for^ à s'exiler. Apollonius se retira à Rhodes, où il obtint le droit de cité. Il jr enseigna la rbétori<joe, la grammaire ; il y remania son poème, et le mit dans l'état où nous le possédons. Rappelé plus tard à Alexanarie, il y devint un personnage considérable, et y mourut, à l'â^ de quatre-vinet-dix ans, dans les premières années ou deuxième siècle.
« Les ArgonauUqueSf dit M. Pierron, sont le oief-d'œuvre de la littérature alexandrine. Apollonius abuse peu de son savoir my tholc^que ; il fait des récits agréables*, il trouve quelquefois d'assez heureuses images; mais il manque de vie et de force. Son poëme appartient, en somme, au genre ennuyeux (2). » On ne peut caractériser ni apprécier le talent d'Anaxandride, d'Anthéas, d'Antiphane et d'autres poètes rhodiens dont les noms seuls nous sont parvenus, ni le
(i) A. Pierron, Histoire de la Liliéralure grètque, c. xii, p. 173.
(a) Iii., ib.^ c. xuLviii, p. 389.
10* Livraison. (Ile de Rhodes.)
mérite desnombreux historiens que cette fie a produits , et qui sont cités çà et là dans les anciens auteurs. Tous ces écrits ont disparu, comme tant d'autres ; mais il n'y a que les historiens que je regrette, si médiocres qu ils pussent être, car un livre d'histoire apprend toujours quelque chose à son lecteur. Les poètes ordinaires peuvent disparaître sans grand inconvénient : or ceux de Rhodes n'ont jamais eu un bien grand renom dans l'antiquité, et si le coup d'oeil que nous venons de jeter sur 1 histoire littéraire de cette ville nous montre un peuple studieux et ami des lettres et des arts, il ne nous y fait pas découvrir un seul homme de géuie , Protogène excepté. Les Rhodiens avaient pour dons et qualités spéciales d'être aptes au commerce, habiles dans les affaires, inteUigents et coura-
Î;euz dans la politique , et cela sufBt à eur gloire. Ils eurent aussi le goût du beau dans les arts et dans les lettres, mais ils n'en eurent pas le génie. Il n'^ a pas deux peuples dans l'antiquité qui aient reçu, comme les Athéniens, le don d'exceller en toutes choses.
HISTOTBB DE l1lE DE BHODES FEN- DANT LE MOYEN AGE ET LES TEMPS MODEBNES (1).
L'ÎLE DE Rhodes sous la domination I>ES EMPEREOBS BYZANTINS.
— Devenue sous Constantin la capitale du thème cibyrrhatique, et le siège d'un archevêché, dont relevaient quatorze évéques, Rhodes occupait dans rempire d'Orient un rang digne de son ancienne importance et de tous ses souvenirs historiques. Mais elle avait perdu depuis longtemps cette indépendance et cette activité qui avaient fait autrefois sa dignité et sa grandeur, et elle devait encore continuer pendant plusieurs siècles à
(i) Ouvrages spéciaux sur lliistoire des chevaliers de Rhodes ; x® G. Bosio, Istoria délia sacra rellgione delT tlltistrisslma Militia di Son-Giovanni GierosoUmitano ; dernière édition, Verona, 1 7o3, 3 vol. in-fol. — a» J. Baudoin et F. A. de Naberat, Histoire des Clievaliers de tordre de Saint- Jean de Jerusalem; Paris, i643, a vol. in-fol. — 3* R. A. de Verlot M'Auhœuf), Histoire des Cliava-
LTNIVERS,
n'être qu'un membre inerte de ce vaste corps de Tempire d'Orient, où )a vie et Faction avaient abandonné les provinces pour se concentrer dans la capitale.
Aussi l'île de Rhodes disparaît-elle presque entièrement de Tbistoire pendant le moyen âge. Il en est fait surtout mention dans les auteurs byzantins à l'occasion de la construction de Sainte-Sophie, sous Justinien , pour la coupole de laquelle on employa les briques blanches et légères qui se fabriquaient à Rhodes. Douze de ces briques, dit-on, ne pesaient pas plus j^u'une brique ordinaire. On les composait avec un ciment de jonc pilé , mêle avec d'autres matières , et pétri avec de la farine. Ce ciment avait la propriété de durcir et de devenir extrêmement léger; aussi l'emploi de ces briques et de la pierre ponce a-t-il singulièrement diminué le poids du vaste dôme de Sainte-Sophie. La fabrication de ces briques était particulière à Rhodes , et elle y a été tellement oubliée que j'ignore, dit le colonel Rottiers (1), si un seul habitant en conserve aujourd'hui le souvenir.
L1le de Rhodes dut à sa position, plus centrale, d'être moins exposée que les lies de Chypre et de Crète aux incursions des Sarrasins. Chypre la couvrait du côté de la Syrie, et la Crète du côté de l'Airique , de sorte que les expéditions
tiers hoipitaliers de Saint^Jean de Jérusalem ; PariSy 17*6, 4 vol. in-i®. — 4» S. Paoli, Codice diplomatio delsaneto Ordine Gierosolunitano ; liUoca, 1733, 9 ToL in-fol. — 5** J. G. DieDemann, Naclwichtvom Johanniterorden, nebst beigejfugten Wapptn und Ahnentajeln der Bîtter, herausgtgeben y von. J. E. liasse; Berlin, 1767, in-4». — 6<» P. M. Pacciaudi, Memorîe di Gran-Maestri delmiiitare Ordine Gierosolimîtano ;VdJcmà, 1780, 3 vol. in-4**. — 7^ G. Caoursinus, Descripiio Obsidionis urbis Rhodîm a Mahomete II, anno x48o; Ulmie i4g6, in-foL — S» G. Fontani, De Bello nhodio Zibri très ; "Biomn, i5a4, in-fol., dernière édition, fiasiies, 1 538, in-80. — 9° Jean de Bourbon, La grande et merveilleuse Oppugnation de la cite de Rhodes, prise par sultan Soliman en i5aa; Paris, i5a5, in-fol. — io« De Tilleneuve-Bargemont, Monuments desGrands Maîtres de VOrdre de Saint-Jean de Jérusalem; Paris, 1829, a vol. in-80, elc., etc.
(i) Monuments de Rhodes, p. 6x. Cf. Gibbon, Décadence de t Empire Romain, c. xl.
maritimes des Arabes se dirigèrent le (dns souvent surces deux tle6,qu] étalait plus à leur portée. Cependant Rhodes ellemême et toutes les autres fies de Tardiî- Sel ne restèrent pas entièrement à l'abri e leurs aggressions. Déià même , avant l'apparition des Arabes, elle avait été rava-
?;ée par les Perses, à l'époque de la grande nva'sion de Chosroès , sons le r^ne de remperemr Héradius, Fan 616. Chosroès avait commencé la dévastation des antiques monuments de la ville de Rhodes, dont les dépouilles allèrent orner ta ville de Hamadan, qu'il faisait alors eonstruire pour être sa capitale. Les Perses y reparurent encore en 632, Tannée même de l'Hégire, et en emmènerait nn grand nombre d'habitants en esdavage.
Peu de temps après la Perse suoeomu sous les coups des musulmans, et l'empire d'Orient se trouva en face d'un ennemi nouveau et plus terrible. Vers le milieu du septième siècle , sous le calife Omar, Moawiah, encouragé par les succès qu'il avait obtenus dans lile de Chypre, résolut de faire de nouvelles courses sur la Méditerranée. Il équipa une flotte considérable toute en petits bâtiments ; et il transporta une armée sur douze / cents barques. Abou' Lawar la commandait. Il attaqua d'abord 111e de Cos, qui lui fut livrée par trahison; il v tua beaucoup de monde, fit un ^rand botiii , et détruisit la forteresse qui s'y trooTait. Il se porta de là dans l'tle de Crète, pvôs il pa^ dans celle de Rhodes, et s^empara de la ville et de l'tle. Rien ne causa pim d'admiration aux Sarrasins, encore grossiers et ignorants dans les arts , me les débris du fameux colosse du Soleil, ont étaient restés sur le rivage du port depuis près de neuf cents ans. Les mnsirimans considéraient avec étonnement les vastes cavités qui s'ouvraient à Tendroit des fractures, et les prodigieuses masses de pierres dont on avait rempli f imérieur du bronze pour lui donner une assiette solide. Un marchand juif de la ville d'Émèse acheta de Moawiah ces énormes débris, qui firent la charge de neuf cents chameaux : ce que Muratori, ajoute Lebeau, traite de fable (1) sans en
(z) Lebean, Histoire du Bas-Empire, éd.
Saint-Martin, t. XI, p. 354- Gibbon parait avoir adopté Topinion deMuratori» oa dm
ILE DE RHODES
apporter de raison suffisante (65 de l'ère enrétienne, la douzième année du règne de Constant II).
L'histoire byzantine ne fbit pas l'époque à laquelle les Arabes furent chassés de rtle de Rhodes. Mais , suivant toute probabilité. Us durent eo partir l'année suivante (654), lorsque leur flotte eut été battue dans la baie de Phoenica. Toujours est-ff qu'au siècle suivant, sous le règne de l'empereur Anastase n (713), Rhodes était de nouveau le point de ralliement des escadres byzantines. Du reste, tant que le califat aOrient fut redoutable, et dans le fort de la lutte qu'il soutint contre l'empire grec, llle nit constamment menacée par les courses des Arabes, qui insultèrent plus d'une fois ses rivages. En 807, sous le règne de l'odieux Kicéphore V^ une flotte sarrasine ayant abordé à cette lie, au mois de septembre , massacra les habitants, et saccagea tout le pays. La capitale , défendue par une bonne garnison, échappa seule à la fureur des musulmans (1).
Après la conquête de l'empire grec par les Latins (1204) , Rhodes ftit le lot d'un prince italien, dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom. Le second empereur de Nicée, rhabile Jean Ducas Yataee, rétablit la domination des Grecs sur la plupart des lies des côtes d'Asie. Il reprit Rhodes, Lesbos, Chio, Samos, Icarie, Gos et plusieurs autres îles de r ArchiDel. Vatace avait accordé toute sa faveur à un seigneur grec, nommé Léon Gabaias, qu'il avait élevé à la dignité de eé^r. On lit dans George Acropoiite que cet ingrat favori prit les armes contre son bienfaiteur, et s'empara de l'île de Rhodes. Vatace envoya pour la reprendre Andronic Paléologue, grand domestique du palais , déjà ifiustre par ses ancêtres , et qui le devint plus encore par sa postérité. Andronic, à la tête d'une flotte et d'une armée, passa dans l'île de
moîiis il croit comme loi que le poids du colosse a été exagéré ; mais lui*meme exagère l>ieQ davanUge quand il ajoute que ce poids lui paraît bien grand, « lors même qu on y eoffipreodrait las cent figures colossales et les trou mille statues qui décoraient la ville du Soleil aux jours de sa prospérité. » Décadence de t Empire Rtmam^ c. Im (f ) Lebeaa, uist, du Bas-Empire, XII, 43o.
Rhodes, en plein hiver, et combattit le rebelle (1238). L'historien se contentede dire que tout réussit au gré de Vatace,. sans entrer dans aucun uetail. Il nou»
apprend seulement que cette expédition de Rhodes, quoique heureuse pour l'événement, coûta grand nombre de sol* dats , qui périrent dans les combats ou. par la rigueur de l'hiver (1).
Quelque temps après nous voyons legouvernement de l'île de Rhodes confiéa Jean Gabaias , frère de ce Léon qui> avait soulevé cette île quinze ans auparavant. L'an 1249, pendant une absence du gouverneur, une flotte génoise, ayant, abordé de nuit, surprit la ville, et s empara de l'île entière. Aussitôt, par ordre de l'empereur Vatace, Jean Cantacuzène,.
Gouverneur de Lydie et de Carie, passeans llle avec le peu de troupes qu'il avait, combattes Génois, et reprend plusieurs places. A^ant reçu un renfort considérable, il assiège la ville de Rhodes ,^ où les Génois, abondamment pourvus de ~ vivres , étaient en état de résister longtemps. Opendant la vigueur de Cantacuzène, ses attaques vives et continuelles les auraient bientôt réduits , sans un secours imprévu qui leur arriva. Guillaume de Villehardouin, prince d'AchaiCr et Hugues, duc de Rourgogne, qui allaient en Terre Sainte avec une flotte bien garnie de troupes , passèrent par Rhodes, et consentirent volontiers à laisser aux Génois plus de cent de leurs meilleurs cavaliers. Ceux-ci commencèrent par une sortie qui obligea les Grecs, fort maltraités, à lever le siège et à se retirer dans Philérème. Les cavaliers , laissant ensuite les Génois à la garde de la place, . se chargèrent de battre la campagne , pour amener des convois et enlever ceux de l'ennemi. En sorte qu'en peu de temps les Grecs, comme assiégés euxmêmes, dirent réduits àla disette. Cepen-^ dant Vatace. étant venu à Nymphée, fit en diligence équiper à Smyme une grande flotte et embarquer trois cents chevaux. Il en confia le commandement à Théodore Contostéphane , qui était revêtu de la dignité de protosébaste ; et non content de rinstruire de vive voix, il lui donna par écrit les détails de l'opération
(i) Georg. Àcropol., c. xxvn, xxviif.
yay, Lebeau, id., t. XTR, p. 867.
LDNÏVERS.
qu*il devait faire. La fidélité du général à suivre les instructions d'un maître si expérimenté le rendit vainqueur. Les cavaliers auxiliaires furent tous taillés en pièces. Les Génois, renfermés dans la place, s'y défendirent pendant quelques jours ; enfin, perdant courage, ils se rendirent, à condition d*avoir la vie sauve. On les conduisit à Tempereur, qui était très-disposé, par son humanité naturelle, à leur faire grâce, même sans conditions. L'tle de Rhodes rentra ainsi sous la puissance de Vatace (1). Bientôt après les Grecs reprirent Constantinople aux Latins , sous le règne de Michel Paléogue (1261 ) ; mais leur empire était plus chancelant que jamais. Un seigneur de la Qualla. gouverneur de Rhodes, se déclara indépendant, sans que Fempereur pût étoufter cette révolte, et des pirates turcs dévastèrent impunément cette île ainsi que celle de Chio,de Samos et d'autres dans rArchipel.
CONQUÉTB DE l1lB DE RhODBS PAB LES CHBVALIEBS BB SaINT-JBAN DB
JÉEUSALEM (1309). — A la fin du treizième siècle le royaume de Jérusalem avait succombé sous les coups des soudans d*Égypte. La prise de Saint* Jean d' Acre par Kalil-Ascraf (1 29 1 ) avait forcé les ordres militaires et religieux de la Terre Sainte à abandonner cette contrée, que leur valeur n*avait pu défendre (2). Pendant quelques années les chevaliers de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem résidèrent dans Tîle de Chypre, où les avait reçus le roi Henri II de Lusignan. Mais ce n*était là qu'une situation provisoire, qui ne convenait ni aux chevaliers, qui avaient besoin d'indépendance, ni au roi , pour lequel ils étaient des hôtes trop puissants. Depuis Tan 1800 les hospitaliers avaient à leur tête Guillaume de Yillaret ou de Villars, vingttroisième grand maître de Tordre. Mécontent de Thospitalité ombrageuse du roi de Ch}i)re , Guillaume de Yillaret résolut de donner à son ordre une r^idence où il ne dépendrait d'aucun souverain temporel et où il pourrait continuer la guerre contre Tlslamisme. U jeta
(i) Lebeau, Bist. du Bas-Empire, t XVH, p. 433.
(a) roy. plus haut rhisloirc de nié de Chypre, p. 58.
les yeux sur Tlle de Rhodes, dont la position géographique offrait tous les avantages aésirabies , et dont Tétat précaire promettait une facile conquête. En effet, Rhodes ne reconnaissait plus que de nom la souveraineté de 1 empereur de Constantinople, Andronic II, qui n'y possédait alors qu'une forteresse. Elle était occupée en partie par des seigneurs grecs indépendants , en partie par des Turcs, et cette anarchie où elle était plongée donnait des chances à (juiconque se présenterait pour la conquérir. Guillaiime de Yillaret, sans rien communiquer à personne de ses desseins, vint à Rhodes, en parcourut toutes les côtes , en examina les fortifications , et de retour à Limisso il se préparait à agir, lorsque la mort le prévint. Tan 1306.
Foulques db Yillaast , vihgt-
QUATaiÈMB GEAND MAÎTBB (1 306-1^19).
— Le nouveau grand maître , homme de grand entendement et de grand cœur (1), hérita des projets de son prédécesseur, et se mit aussitôt à Tœuvre.
Mais, ne se sentant pas en état de £adre la conquête de Tîle de Rhodes avec les seules forces de Tordre, il passa en France, et alla trouver à Poitiers Clément Y et Philippe le Bel, auxquels il fit approuver l'entreprise. Le pape seconda le grand maître avec beaucoup de zèle; iï fit prêcher la guerre sainte, il accorda un jubilé et des indulgences plénières à quiconque concourrait à l'expédition*, dont le but était toujours tenu secret. Biemôt une flotte se rassembla à Brindes, d'où Foulques de Yillaret s'embarquaau printemps de Tannée 1808. Il conduisit son escadre à Limisso, d'où, après avoir rassemblé le restedeses forces, il fitvoilevers le port de Macri, sur les côtes de la Lycie. On rapporte qu'avant son voyage en France, Yillaret était passé secrètement à Constantinople, où l'empereur Andronic lui avait donné Tinvestiture de llle qu'il s'apprêtait à conquérir. Outre Tinvraisemolance du fait, ce témoignage est contredit par d'autres historiens, qnoii
f prétendent que ce fut de Macri que Yilaret s'offrit à reconnaître la suzeraineté de Tempereur grec , à condition quii en recevrait Tinvestiture de Rhodes, et
(i) Baudoin, Histoire des Chevaliers, etc. l. I, p. 59.
que cette proposition fat rejetée avec mépris. Quoi au^ii en soit, des que les espions envoyés pour explorer lile furent revenus à Macri , la flotte des chevaliers s* approcha de Khodes, et le débaronement eut lieu après un léger oombat. Les Turcs et les Sarrasins s étant réunis pour repousser cette agression, Yillaret les dispersa, et vint mettre le siège devant la ville. Après plusieurs assauts inutiles , il convertit le siège en blocus. Alors le découragement commença à se répandre parmi les croisés qui 1 avaient accompagné. Emargent manguait ; la désertion menaçait de disperser son armée, les musulmans avaient re-
{iris Fofifensive et établi leur camp non cm de celui du grand maître. Mais Yillaret rétablit la confiance par sa constance et son courage. Les assauts recommencèrent, plus fréquents et plus terribles, et la vdle de Rnodes fut em- |K>rtée le 15 août 1309, jour de TAssoroption. On raconte que quelques chevaliers s'étant recouverts de peaux de mouton , se glissèrent parmi des trouj)eaux prêts à entrer dans Rhodes ; qu'arrivés sous la porte ils se relevèrent, massacrèrent les sentinelles et s'emparèrent ainsi de ta ville. Ce singulier stratagèmeétait représenté sur de magnifiques tapisseries que le grand maître Pierre d'Aubusson fitexé^ enter à grands frais en Flandre , sur les dessins de Quintin Messis, surnommé le maréchal d'Anvers. Les Turcs s'emparèrent de ces tapis après le siège de Rhodes en 1532, et depuis il n'en a plus été qnestfoD ((). La prise de la capitale entraîna la soumission de 111e entière, et la conquête de Rhodes fut suivie de celles des sept Iles adjacentes Nisara, Pis- ^ia, Calchi ou Carchi, Limonia, Simie, Tîlo et Saint-Nicolas, qui suivaient presqiie toujours la fortune de Rhodes.
Quatre ans après, les galères de Tordre, qui avait quitté Chypre pour s'établir dans sa nouvelle conouête, sortirent en mer et s'emparèrent des îles de Lango , Lero et Caïamo, autrefois Cos, Léros et Claros. Lango était la plus importante de toutes Tes dépendances de Tordre. Fouloues de Yillaret la fortifia d'un efaâteaa Aanqué de quatre tours car-
(i) Rottiers, Monuments de Rlwdes, p. 6i; GoioiieUi, Uola di Rodi, p. 71.
rées , et ses successeurs embellirent cette ville de magnifiques édifices en marbre. Lango possédait aussi un évéché, et devint un bailliage de Tordre.
Obigine et oeganisation de l'obdee des cheyaliebs de Saint- Jean de Jérusalem. — Ainsi Tlle de Rhodes fut définitivement détachée de Tempire grec, et enlevée aux musulmans , qui en étaient déjà presque les maîtres. Pendant plus de deux siècles elle fut la capitale d'un État chrétien fondé par la valeur de ce glorieux ordre de Saint-Jean de Jérusalem, créé pour la défense du saint-sépulcre , et dont les chevaliers, forcés d'abandonner la Terre Sainte, leur premier poste, allaient fournir dans Tlle de Rhodes une nouvelle carrière d'héroïsme et de dévouement.
Sans contredit aucune des lies de la Grèce n'offre dans son histoire le spectacle d'une aussi singulière transformation; non pas même l'île de Chvpre, qui, tout en partageant avec Rhodes 1 honneur de couvrir la chrétienté du côté de TOrient , reste un royaume séculier, et ne devient pas, comme elle, le poste avancé , la forteresse de la religion contre Tislamisme. Comment donc s'était formé et accru ce merveilleux ordre de Saint-Jean de Jérusalem , dont Thistoire montre si visiblement tout ce que peut la religion chrétienne pour associer les hommes et les faire agur, et dont il serait peut-être téméraire de dire que les destinées sont accomplies ?
Un Provençal, Gérard Tune des Martigués , s'était dévoué au service des malades dans Thôpital que des marchands d'Amalfi avaient construit auprès du saint-sépulcre, Tan 1050. L'ardente charité de uérard Tune se communiqua aux autres serviteurs des malades de Thôpital ; ils prirent Thabit religieux , firent vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et en 1113 le pape Pascal II, approuvant le nouvel ordre, adressa à Gérard Tune une bulle qui le nommait fondateur et chef des Hospitaliers, et conférait aux frères seuls, après sa mort, le droit de lui élire un successeur (1),
(i) Toir dans les sUtuts de Tordre, tit. 3LIII, la forme de Nlectîon du Grand- Maisù-e de V Hôpital de Hiérusalem^ Baudoin et Naberat, a* partie, p. 11 5.
L'UNIVERS
Jnsqae là les hospitaliers avaient dépendu des moines du monastère du saintsépulcre. Cette bulle de Pascal II les rendait Indépendants de toute juridiction étrangère. Alors Gérard Tune fit bâtir une église sous l'invocation de saint Jean- Baptiste, et autour de l'église s'élevèrent les vastes bâtiments de l'hôpital. Son zèle ne se borna pas à doter la Terre Sainte de ces utiles établissements. En Provence, en Andalousie, dans la Sicile, dans la Pouille , il fonda des hôpitaux et des maisons de charité où Ton recueillait les pèlerins, les pauvres, les malades, et qui donnèrent naissance aux commanderies. En 1118 Rajmond du Puy, gentilhomme du Daupbmé, succéda à Gérard Tune par Télection libre et unanime des frères hospitaliers. Raymond du Puy était un homme de guerre.
Blessé dans un combat il avait été guéri
Sar les frères de THÔpital ; il était entré ans leur ordre , il en avait accepté l'esprit de charité, et bientôt il le remplit de son esprit guerrier. Il proposa aux frères hospitaliers de joindre aux trois premiers vœux qui les avaient réunis celui de prendre les armes pour la défense de la religion. Cette proposition fut accueillie avec transport , et l'ordre fut sur-lechamp classé en trois divisions : les prêtres, ou aumôniers ; les frères servants, ui devaient demeurer auprès des malaes ; enfin, les chevaliers, qui portèrent l'épee sous le froc de religieux. Dès que l'ordre eut revêtu ce nouveau caractère, une foule de jeunes chevaliers vinrent s'enrôler dans cette milice sacrée. On les sépara d'après les royaumes ou provinces d'où ils arrivaient, et ils formèrent des corps distincts, qui prirent d'abord ie nom de langues , et plus tard celui 4i*auberge8,
Raymond du Puy donna à l'ordre ses premiers statuts, qui, développés et complétés par ses successeurs , forment un ensemble considérable de règles, de préceptes (1) et d'ordonnances dont voici les principaux traits : « L'habillement commun des chevaliers était dans l'origine une longue robe noire descendant ju8qu*aux pieds, recouverte en haut d'un
(x) J^creM dans VHtstoire de Baudoin et de Ifaberat les Statuts de tordre de Saint'Jean de Bierusalem, t. II, p. 3-x7si.
manteau noir auquel était attaché capuce pointu, ce qui le fit nommer manteau àbecla croix blanche y étak cousue et placée sur la poitrine, dfa côté du cœur. Ce fut Alexandre IV qui, en 1259, jugea à propos d'établir une différence entre Tbabit des servants et celui des chevaliers. D'après ces statuts, ceux-ci eurent seuls le droit de porter le manteau noir en temps de paix ; quand ils allaient à la guerre, ite se reooavraient d'une soubreveste rouse (iopra veste) y toujours décorée delà croix de la religion.
« Pour être admis dans l'ordre il fallait prouver sa descendance de pa^ rente nobles de nom et d'armes (1).
Comme autrefois à Sparte, on rejetait ceux qu'une oomplexion faible, un corps énervé, ou quelques difTormiléi readaient impropres aux fatigues de la guerre. On avait fixé l'âge de seize ans pour faire ses vœux, mais on ne recevait qu'à dix-huit ans T habit de chevalier, et l'on était obligé de passer un aa entier dans la maison des hospitalien avant la réception définitive. « ^ous « voulons , avaient dit les anciens de « l'ordre, que de chacun on puisse eon- « naître la vie , les mœurs et la suffi- « sance. « L'année d'épreuves écoulée , le récipiendaire se comessait, et ▼enait, revêtu d'une robe séculière, se pr^enter à Tautel , un cierge allumé à la main. Après avoir entendu la messe et communié, il s'approchait du grand mattre, ou d'un chevalier délégué par lui, et demandait humblement « qu'il lui pidt l'admettre en compagnie des autres f^ res de la sacrée religion de l'Hômtal de Jérusalem. » L'aspirant, auquel le grand maître exposait la noblesse et l'étendue des devoirs qu'il allait contracter, jurait ensuite guMl n'était engagé dans aueun ordre, ni esclave, ni poursuivi pour dettes , qu'il n'avait ni promis ni contracté mariage ; alors on le faisait apprcxâier, et les deux mains jointes sur 1 Evangile il prononçait ces paroles. « Je fais voeu et « je promets à Dieu tout* puissant , à la « bienheureuse vierge Marie , et à sainl
(x) "Voir les Instructions pour faire Us preuçes de noblesse des chevaUers de Maltke, par le commandeur de Naberat, 3* partie de VHtstoire de Baudoin et de NabeTtt , p. x6S-
ILE DE RHODES
« Jean-Bapiisie , de rendre toujours , « avec Taide de Dieu, une vraie obéîs- « sance au supérieur qui me sera donné « par Dieu et par notre ordre ; de vivre « sans rien posséder en propre et d'ob- « server la cnasteté. »
Bientôt, et après une nouvelle profession de foi^ le néophyte était revêtu du manteau de Tordre, et en lui appliquant la croix sur la poitrine : « Au nom de la très-sainte Trinité, de la bienheureuse vierge Marie, et de saint Jean- Baptiste , disait le grand maître, reçois ce signe pour 1 accroissement de ùi foi, la défense du nom chrétien, et pour le service des pauvres; car c'est pour cela, chevalier, que- nous te pla-
?Dns la croix de ce coté, afin que tu aimes de tout ton coeur, que tu la défendes de ton bras droit, que tu la conserves après l'avoir défendue. Si jamais en combattant pour Jésus- Christ, contre les ennenus de la foi , tu abandonnais Tétendardde la sainte Croix, si tu voulais t'échapper d'une guerre sacrée et juste, tu serais privé de ce signe glorieux comme parjure aux voeux que tu as proférés, et retranché du milieu de nous comme une branche infecte et pourrie. » En achevant s paroles, le ^and maître attachait le manteau du récipiendaire^ lui donnait te baiser de paix et d'amour , et tous les chevaliers présents venaient embrasser le nouveau frère.
« Des lois sévères et nombreuses régissaient ces religieux guerriers, et elles n'étaient point abrogées encore lorsque j iïans des temps plus modernes, un relâchement général affaiblit la piété de l'ordre, et que la prise d'habit devint moins on acte de dévouement qu'un calcul : souvent alors on fut contraint d'ar^ racner «rhabit à des chevaliers qui s'en étaient rendus indignes en le déshonorant par leurs vices et leur conduite coupable. U fallait néanmoins des causes graves pour encourir un tel acte de rigueur : telles étaient le parjure de ses vonix, la rébellion envers le grand maître, et surtout l'opprobre d'avoir fui devant rennemî. Comme dans une calamité publique ce n'était plus le conseil seul, mais tous les chevaliers qui se réunissaient au son des cloches, et la honte des eoupahles y était proclamée de la
manière la plus solennelle. Amené entre deux haies de gardes par le maître écuyer, on instruisait les assistants du crime quilui était imputé; un jury, composé des baillis de l ordre, s organisait sur-le-champ, et le procureur du grand maître soutenait l'accusation. L'accusé pouvait répondre et se défendre. S*il avouait sa laute en implorant le pardon, les juges reparaissaient devant rassemblée, et par trois fois imploraient en faveur du criminel la clémence du ^rand maître et des chevaliers ; si , persistant à tout nier, il demeurait convaincu par les faits et de nombreux témoignages , la sentence était d'abord prononcée; toutefois le droit d'implorer sa grâce restait encore au criminel, et les baillis , joignant ordinairement leurs voix à la sienne, se trouvaient jusqu'à la fin juges et protecteurs.
« Mais lorsque d'accord avec les chevaliers, le grand maître avait par trois fois rejeté les supplications du conseil et des naillis, on taisait mettre le coupable à genoux pour entendre sa sentence, et dès qu'il était déclaré à haute voix infâme et corrompu, le maître écuyer déliait les nœuds du manteau, l'arrachait, et les gardes reconduisaient ignominieusement en prison le chevalier dégradé ; cette privation de l'habit était rendue plus terrible par la perte entière de tous les droits, de tous les bénéfices, et l'oiÀU de tous les services qu'il avait pu rendre. Une prison perpétuelle devenait la demeure de PîTifdme, oui ne communiquait plus qu'avec les geôliers.
« Cependant tout espoir n'était point enlevé aux malheureux que .leur jeunesse ou des erreurs passagères pouvaient avoir entraînés; un statut ordonna que s'ils se convertissaient et changeaient totalement de conduite, les prisonniers pourraient non-seulement recouvrer leur liberté, mais même être admis de nouveau dans Tordre. Os fliisaient alors amende honorable, la corde au cou, les mainsjointes et liées, tenant un cierge allume, en robe séculière ou en chemise, suivant la gravité de Toffénse; ils se prosternaient aux pieds du grand maître, faisant le serment de mieux vivre à l'avenhr, imploraient leur grâce, et s*ils l'obtenaient, admis dans les rangs des chevaliers, il était défendu
L'UWIVERS.
à tous les frères de leur reprocher, de leur rappeler même leur condamnation (!)• »
Il paraît, dît Vertot (2), que la forme du gouvernement de cet ordre était dès Torigine purement aristocratique : Fautorité suprême était renfermée dans le conseil, dont le maître des hospitaliers était le chef, et en cette qualité et en cas de partage il y avait deux voix. Ce con« seil avait la direction des grands biens que Tordre [>ossédait tant en Asie qu*en Europe; Torigine de ces grands biens était les donations et fonoations faites par les rois, les princes et les seigneurs en faveur des hospitaliers de Saint- Jean, qui, après en avoir tiré ce qui était nécessaire à leur subsistance, consacraient tout le reste à nourrir les pauvres ou à soutenir la guerre contre les inGdèles.
Jacgues de vitry, évêque d'Acre en Palestme , au douzième siècle , rapporte que de son temps les hospitaliers et les templiers étaient aussi puissants que des princes souverains, et, selon Mathieu Fâris , autre auteur contemporain, les hospitaliers possédaient dans retendue de la chrétienté jusqu*à dix-neuf mille manoirs, terme par lequel on entendait communément le labour d'une charrue à deux bœufs.
Les propriétés de Tordre étaient partagées en prieurés, qui se subdivisaient en bailliages et en commanderies . D'abord Tadministration de ces domaines était donnée à des chevaliers qui avaient le titre de précepteurs : c'étaient de simples économes , dont la commission ne aurait qu'autant que le grand maître et le conseil le jugeaient à propos. Sous le magistère d^Hugues de Revel (1260) on réorganisa l'administration des biens de Tordre. Les précepteurs furent remplacés par les commandeurs; la division en prieurés prit sa forme définitive. Chaque prieur dut réunir les contributions ordinaires de chaque commanderie de son prieuré appe\éesresponsions, qui pouvaient être augmentées selon les besoins de Tordre, et en conséquence des
(x) De yilleneuve-BargemoDt, Monuments des Grands Maîtres de 1^ Ordre de Saint-Jean de Jéntsalem, t. I, p. a8 el suiv.
(a) Yertoi, Histoire de f Ordre de Malte, t. I, p. 59.
ordonnances et décrets du chapitre général.
Le chapitre général était la grande assemblée de Tordre , où assistaient tons les chevaliers présents , et où se déddaient les grandes affaires de la commonauté. La convocation en était déterminée par les circonstances , et n'avait lieu quelquefois qu'à de longs intervalles. A Texception des statuts organiques et des décrets de réformation, qm étaient toujours délibérés et arrê^ en chapitre général , le reste du gouvernement appartenait au grand maître et au conseil , qui se composait des hauts officiers de Tordre, savoir : les prieun, les baillis, le maréchal, le grand coromandeur,le drapier, l'hospitalier, et leturcopolier (1).
Dès l'origine de Tordre on vit accourir en foule la jeune noblesse de ta chrétienté pour s'enrôler sous les enseignes de la religion. Alors on sépara les chevaliers d'après leur nation , et on en forma sept langues, savoir : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne et Angleterre. Dans les premiers siècles de Tordre, les prieurés, bailliages et commanderies , étaient communs indifféremment à tous les chevaliers , ao lieu que ces dignités ont été depuis affectées à chaque langue et à chaque nation particulière. Plus tard le nombre des langues fut porté à huit, par la créâttion de celle de Castille et de Portoîial. Mais après le schisme d'Henri VIÙ la suppression de la langue d'Angleterre en ramena de nouveau le nombre à sept
Cette organisation de Tordre de Saint- Jean de Jérusalem ne fut pas Tœuvre d'un jour. Elle se développa et se compléta successivement, selon les circonstances et les besoins du moment, pendant toutes les vicissitudes de Texisteoce
(i) Les turcopoles, dit Vertot, 1. 1, p. to6, d'où a été formé le nom de tureopolier, étaient ^DcienoemeDt des compagnies de chevaolégen. L'origine de ce terme venait des Tvêcornant, qui appelaient en général Turcopoles les enfants nés d'une mère grecque et d'un père turcoman , et qni étaient destinés à b milice. Ce fut depuis un titre de dignité oflitaire dans le royaume de Chypre, d*oà il était passé dam Tordre de Saint-Jean. Mais les hospitaliers ne s'en servaient que pour désigner le colonel général de l'infanterie
ILE DE RHODES
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â ^Ttée de cet ordre, que la fortune de b goerre avait déjà forcé plusieurs fois I manger de résiaence. En effet, après la prise de Jérusalem, en 1187, les chefi&rs s* étaicDt retirés à Margat, une de tars forteresses de Palestine. Le neufième grand mahre de Tordre, Enneneaid f Aps , alla s'établir à Saint-Jean o^cre, qui était devenue la capitale du royaume cfaréden de la Terre Sainte. Un instant, de 1136 à 1344, les hospitaliers parent re^raftre à Jérusalem, d où Tin- Tasion des Turcs Kharismiens les chassa de nooreao. Ils revinrent à Margat et à SalDt-Jeao d^Acre, où ils restèrent jusqu'à la prise de cette ville par le fils de Kélaoun. Jean de TilUers , vingt et unième grand oiattre, se retira dans Hle
sa récente conquête. L'ordre de Saint- Jean de Jérusalem resta à Rhodes de Fan 1309 à Fan 1S23 sous le gouvernement de dix-neuf grands maîtres depuis Foulqpes de yillaret,le vinst-quatrième, jusque Yilliers de TUe Adam, le quarantedeuxième. Cette période de Tnistoire des chevaliers de Rhodes, comme ils s'app^èrent alors, fut une croisade cMttinnelle contre les Turcs , dont ils retardèrent longtemps les conquêtes dans TArcbipel , alors que toute TEurope orientale leur était déjà soumise.
D£&TtltSSS AiméES DB FOULQUBS
BB ViixABfiT. —An moment où l'ordre de l*Hdpita] s'âablissait dans Tlle de Rhodes , la Méditerranée était déjà pareoome par des pirates turcs, qui en dérBStèreDt les fies depuis le Bosphore Jusqu^à Gibraltar. Les historiens byzantins font mention des diverses descentes des flottes turques et de leurs ravages dans les tles des Princes , de Samos , de Carpathos<, de Lemnos , de Lesbos, de Candie, de Malte, de Rhodes, et dans les autres Çfclades. Céuit même aux Turcs plutôt qu'aux Grecs que Rhodes avait été enlevée par les chevaliers de Sônt-Jean. Mais il n'est nas probable fills aient en déjà pour adversaires les nrts Ottomans. Otnman, fils d'Erdonl, araît déjà, il est vrai , jeté les fonioDents du puissant empire qui devait j^os tard réunir toutes ces contrée&sous a domination. Mais àeette époque, 1 810,
il ne s'était encore agrandi que dans l'intérieur de T Asie Mmeure ; son territoire s'étendait à peine jusqu'à la mer, où il n'avait conquis que la position de Kâlolimni; aussi peut-on conjecturer avec raison que ces flottes turques dont il est fait si souvent mention dans Bachymère et dans les historiens byzantins de ce temps-là appartiennent non aux Ottomans, mais aux princes turcs de Rarasi, de Saroukhan, d'Aîdin et de Mentesehé, qui occupaient les côtes de l'Asie Mineure depuis le golfe de Modania jusqu'à celui de Megri (Telmissus) (1). Si donc l'an 1810 Rhodes eut à se défendre contre les attaques des Turcs, ce ne fut pas l'émir ottoman qui dirigea cette expédition , comme le raconte Vertot et presque tous les historiens de l'ordre, mais l'un de ces princes turcs qui s'étaient élevés sur les débris de l'empire des Seldjoucides,et le dernier historien des Ottomans, M. de Uammer, se garde bien d'attribuer au fils d'Erdogrul cette prétendue expédition maritime.
Outre le succès de leur établissement dans Rhodes, les chevaliers de Saint- Jean fir^t bientôt un héritage inat* tendu, qui leur procura d'immenses richesses. L'ordre des templiers venait d'être aboli; le pape, en frappant cet ordre pour complaire à Philippe le fiel, conserva une partie de ses biens à la religion , en les donnant aux chevaliers de Rhodes , qui en firent prendre possession par neuf commissaires nommés par le grand mattre et le conseil.
« Mais, dit Vertot (3), ces différentes sources derichesses, si avantageuses dans un État purement séculier, affaiblirent insensiblement cet ordre religieux. La puissance temporelle, poussée trop loin, causa depuis sa faiblesse : et les grands biens, surtout des particuliers, introduisirent parmi les plus jeunes chevaliers le luxe, la mollesse et les plaisirs. » Assurément c'est trop tôt annoncer la décadence d'un ordre à oui étaient encore réservés plusieurs siècles d'une histoire
(i) De Hammer, Histoire des Ottomans , t I, p. 9».
(2) Yertot, Histoire des ChepaHers kospitaliers de Saint' Jean de Jérusalem, etc., t. Ily p. a.
L'UNIVERS
Êorieuse, et on peut reconnattre à cette gèreté de langage combien sont justes les reproches adressés à Vertot sur Tinexactitude de ses jugements et de ses récits dans cette histoire des chevaliers de Saint-Jean, qui pourtant lui avait été commandée par Tordre lui-même. La vérité est que Foulques de Villaret, enorgueilli par le bonheur de ses entreprises et les grands accroissements de Tordre sous son
fouvernement, se laissa aller à la fougue e son caractère et à Tentratnement de ses passions. InGdèle aux anciennes mœurs de Tordre, il s'adonna au luxe et h la mollesse, sacrifia les affaires aux plaisirs, et, affectant des manières absolues et despotiques, rejeta dédaigneusement tous les conseils et viola ouvertement toutes les règles. Mais les torts du grand maître étaient si peu ceux de Tordre entier, que le plus vif mécontentement se manifesta bientôt. Le conseil somma le grand maître de rendre compte de son administration, qui était si désordonnée, que les dettes de Tordre augmentaient tous les jours ; sur son refus oe répondre à cette sommation, quelques chevaliers, ayant à leur tête le rigide commandeur Maurice de Paenac, formèrent le coupable dessein de s emparer du grand maître et de le traîner devant le conseil. Averti à temps. Foulques s'échappa, et vint se retrancher dans le château de Liudo, d'où il protesta contre ce que pourrait décider le conseil, et fit appel au souverain pontife (1317).
La fuite de Foulques de Villaret irrita Tordre entier. Le grand maître fut déposé et Maurice de Pagnacélu à sa place. un schisme déplorable allait déchirer Tordre de Saint-Jean, lorsque le pape Jean XXII évoqua Taâaire à son tribunal , suspendit les deux g^rands maîtres, «t chargea Gérard de Pins d'administrer pendant l'interrègne. Bientôt les deux compétiteurs arrivèrent devant leur juge. Un accueil bien différent leur avait été fait en France. On ne connaissait au loin que la gloire et les exploits de Foulques : on le traita en héros; Maurice de Pagnac, qui portait un nom obscur, fut regardé comme un chef de séditieux. Il se retira à Montpellier, où il mourut, en 1318. Foulques restait grand maître ; mais le pape reconnut dans Tordre une répugnance si invincible et
d'ailleurs bien fondée à lui obéir, gu'ji le détermina à abdiquer, Tan 1 3 1 9, à (W dition qu'il jouirait sa vie durant d^ prieuré indépendant de toute redevanoi et de toute responsabilité. Puis les eh»» valiers réunis h Avignon procédèrent i l'élection d'un nouveau grand maîtrei et, sur la recommandation du pape, il élurent le Provençal Hélion de Ville> neuve , grand prieur de Saint-Gilles.
Ainsi Thabileté et Tesprit conciliant de Jean XXII avaient prom|)temeDt terminé une querelle qui pouvait dégénérer en guerre civile et entraîner les plus Ûcheuses conséquences pour les intérêts de Tordre et de la chrétienté ; et ce n'est pas la seule fois que nous signalerons l'intervention des souverains pontifes comme arbitres des actions de l'ordre.
« Les chevaliers de THÔpital étant uni-
• quement destinés , comme le dît Ray* « mond du Pu^^ dans sa règle, à conabattre « pour la gloire de Jésus-Christ, pour
• maintenir son culte et la religion eatbo- « lique, aimer, révérer et conserver la jus- « tice, favoriser, soutenir et défendre cew
• qui sont dans l'oppression , sans né^- « ger les devoirs de la sainte hospitalité, ■ « il était naturel que des liens étroits rattachassent ces soldats - religieux à la chaire apostoli(^ue, d'où émanent pour le monde chrétien les sublimes exemples et les paroles d'encouragement du serviteur des serviteurs de Dieu ; il existait donc une sorte de filiation entre Tordre de THÔpital et le souverain pontificat. Indépendamment de ce motif, le pouvoir moral du pape s'élevait, dans ces siècles de foi , au-dessus même de celui des rois et des empereurs; dans Tintérét de Tunité religieuse, que Te»!
confondit trop souvent avec Tunité politique acquise au profit de Rome, le successeur de saint Pierre concentrait à son tribunal la connaissance de toutes les matières qui avaient trait au bien de la religion, et propageait sur tous les points de Tumvecs catholique Taotorité de ses décisions. Or, par leur nature même , les ordres rdig^eux et militaires, tels que celui de THÔpital, se trouvaient placés dans une dépendance plus 'mtné* diate du saint-siége , et devaient, V^ conséquent, subir d'une manière plQ9 directe son action toute-puissante. C^ oe qui fait qu'à considérer les chevalied
iSê
Us Saint-Jean de Jéfnsalem , même abs- Taetion faite des rap(K)rt8 nécessaires [ui unissent au saûnt-siége un ordre reigieux, il faut convenir que lear înstitaion , quoiqu'elle eût son existence à »art et sa vie politique, n*auraât jamais Kl s*affranchir, comme tant d autres Ëtats , de la tutelle de Rome, ni se développer d'une manière aussi forte qu'à *abn de sa vivifiante influence (I). *
HKI.TOH DE yiLLSNBUTB, TTlfOT- :nfQUliMXGBÀin>]IAÎTBS(18l9-f$46).
— A peine le nouveau grand maître fut-il Sa, gue le pape le féOcita de. son élévaion par une bulle datée d'Aviron , le 19 juin 1319, où il s'exprimait en ces termes : « En notre présence et en celle Ae nos frères, réunis dans un consistoire secret, nous les exhortâmes avec instance à choisir et à nommer pour grand maître celui qu'ils jugeraient le plus propre à cette haute dignité. Après en avoir mûrement conféré entre eux, chacun se retira à part, et prenant en eonsidâ^Cimi le zèle religieux , la pureté de vie , la gravité de moeurs et la sagesse de conseil qui vous ont toujours distingué, ainsi que la valeur extraordinaire one vous avez constamment déployée dans la Terre Sainte contre les nations infidèles; ayant également égard aux nombreux services que vous avez rendus à Tordre dans les différentes administrations qui vous ont été confiées, et où vous n*avez pas montré moins de désintéressement que de prudence et de sagesse; enfin, n'oubhant ni votre rare droonspection, ni votre esprit de prévoyance, ni toutes les autres vertus dont vous avez donné tant de preuves, le conseil vous a déclaré unanimement le plus
digne de la grande maîtrise Nous
espénms qu'après avohr été trouvé fidèle dans la puissance terrestre que Dieu vous a remise, vous serez digne de régner encore dans les tabernacles de la vie étemelle. »
L'administration d*Héllon de Tilleneuve Justifia toutes les espérances et tous les éloges du pape. Apres quelques ^luiées de s^our en Europe, employées \ régler les araires de l'ordre sur le contine&t et à terminer tous les différends
(i) De ViUeoeave-BargemoDt, Monumemts ^^ Grands Mattres^ etc., 1. 1, p. 8x
relatifs à la succession des templiers, Hélion de Villeneuve partit pour Rhodes , attaquée cette fois par les Turcs Ottomans. Avant de quitter la France , il convoqua à Montpellier un chapitre généra], où Ton prit des mesures importantes. Cest là que Tordre fut divisé par langues et que l'on créa huit baillis conventuels, ou grands-croix, qui en étaient les plus hauts dignitaires après le grand maître, dont ils devaient former le conseil. L'Hôpital étant alors accablé de dettes, on augmenta les responsions, c'est-à-dire les sommes que chaque commandeur était tenu de faire verser au trésor, et des peines ^ves furent établies contre ceux qui différeraient de s'en acquitter (1829). Arrêté au moment de s'emnarquer à Marseille par une maladie à laquelle il faillit succomber, de Villeneuve ne put arriver qu'en 1833 dans rtle de Rhodes, où il était impatiemment attendu.
En effet, la situation devenait difficile. Après les troubles qui avaient signalé la fin du gouvernement de Foulques, Tabsence prolongée de son successeur avait encore relâché les liens de la discipline. Les commandeurs s'étaient dispersés dans leurs provinces et détournaient les revenus de leur destination ; la earnison de Rhodes, mal pavée, se débandait, les fortifications tombaient en ruines. La lieutenance de Gérard de Pins avait été marquée par quelques exploits contre les Turcs ; mais ce brave chevalier n'avait pu arrêter les progrès du désordre. Le retour du grand maître remit toutes choses en bon ordre : dès son arrivée il fit travailler à la réparation des remparts. Il fit construire a ses frais un bastion crénelé et un boulevard qui conservent encore aujourd'hui le nom de château de Villeneuve; il augmenta la flotte, et fit respecter dans tout l'Archipel les pavillons de l'ordre. 11 rendit des règlements utiles aux habitants de l'Ile; par ses soins la mendicité fut extirpée; l'industrie et le travail, encouragés, ramenèrent l'abondance; et un vaste hôpital s'éleva pour recevoir les malades et servir d'asile aux vieillards sans ressources. Cependant l'ordre avait une dette considérable à amortir. On avait dépensé des sommes énormes pour ie recouvrement des biens des templiers :
L'UNIVERS
quatre vingt-dix mille ducats avaient été empruntés au pape à l'époque de la conquête de Kbodeâ; on devait soixante mille florins d'or à Florence et presque autant à Gênes. Foulques, par prodigalité, Gérard de Pins, par nécessité, avaient eu recours encore à de uouveaux emprunts. L'habileté et l'économie d'Hé- Uon de Villeneuve réparèrent tout. Il commença par se libérer de la créance du pape 'en lui vendant quelques biens de l'Hôpital et en lui pavant le reste. On obtint aussi du pontife l'autorisations d'aliéner d'autres possessions [>our la valeur de deux cent mille florins.
Insensiblement tout fut acquitté, les finances se rétablirent, le trésor s'augmenta , et Tordre, à son tour, se trouva créancier de plusieurs banques de l'Europe.
C'était le temps où le royaume de Chypre parvenait à son plus haut point de prospérité sous le règne de Hugues IV ; mais c'était aussi le moment où la dynastie ottomane grandissait pour la ruine de tous les États ciirétiens de l'Orient. Orkhan, fils d'Othman, avait étendu ses conquêtes dans la partie occidentale de l'Asie Mineure, et commençait à atta-
2uer l'Europe. Les émirs d'Aîdin et e Saroukhan n'avaient pas cessé d'être redoutables. La chrétienté d'Orient était environnée de dangers: et par malheur rÉgliseétaitdivisée par legrand schisme.
Néanmoins , excités par les énergiques remontrances de Clément VI, les âievaliers de Rhodes et les Lusignans soutenaient vigoureusement la lutte, et en 1845 la flotte de Tordre, conduite par Jean de Biandra, chevalier, prieur de Lombardie, fit une brillante expédition sur les côtes de PAsie Mineure, et s'empara de la ville de Smyrne , acauisition importante pour la ^erre et le commerce. Ce fut le dermer événement du long et glorieux magistère d'Hélion de Villeneuve, qui avait eu pour résultat de rétablir la discipline dans Tordre et d'y ranimer l'esprit guerrier qu'un long repos avait engourdi. De Villeneuve mourut à quatre-vingts ans, en 1346, et fut, dit Naberat, méritoirement surnomm^ Theureux gouverneur (1).
(i) Butoire des Cftevalters de l'Ordre, etc., p. 67.
DlBUDONNÉ DE GOZON , YlflGT- SIXIEME GBAND MAÎTRE (1346-1353).
— Sous Hélionde Villeneuve, en 1342, un chevalier, nommé Dieudonné de Gozon, tua un serpent énorme qui répandait Tépouvante dans Rhodes et aux environs.
Déjà plusieurs chevaliers avaient succombé dans cette entreprise, et le grand maître avait formellement défendu aux autres d'attaquer le monstre. Malgré cet ordre, Gozon, n'écoutant que l'inspiration de son courage, avait tenté Taventure et en était sorti vainqueur (1) ;
(i) Voici comment le combat est raconté dans V Histoire de r ordre de Saint- Jean ^ de Pîaberat et Baudoin. Par sa simplicité, ce récit est bien préférable à celui de Yertot, auquel il sert de base :
« £n ce temps, dit Naberat , il y avoit en nie de Rhodes ung grand dragon en une caverne, d*où il infectoit l'air de sa puanteur, et tuoit les hommes et les bestes qu'il pouvoit renconstrer, et estoit défendu à tous religieux soubs peine de privations de Tiiabit, etc., et à tous subjects de passer en ce lieu qui s'appeloit Maupas, Ce dragon ctoit de la grosseur d'un cheval moyen , la teste de serpent, les oreilles de mulet, recouvertes de peau fort dure et d'escailles , les dents fort aiguës , la gorge grande, les veux caves, luysans comme feu avec ung regard esfroyable. Quatre jambes comme ung crocodile ; les griffes fort dures et aiguës; sur le dos deux petites aisles, dessus de couleur d'ung dauphin , dessoubs jaunes et verdes comme estoient le ventre et la queue comme ung lezart. H courroit, battant de ses aisles , autant qu*ung bon cheval avec ung horrible sifQement.
« Le chevalier de Gozon ayant entrepris de le combattre , s'en alla à Gozon , chez son frère , où il fist ung fantôme qui représentoit naifvément le dragon, et accoustuma son cheval et deux chiens à l'ap|)rocher et l'attaquer courageusement sans cramte.
« Après retourné à Rhodes, fist un jour porter ses armes à l'esglise Saint-Estienne , près Maupas, et y envoya son serviteur, et luy, avec un seul serviteur, s'y en allast, sans qu'on recognust son dessein. Il laissa ses serviteurs sur le costeau , et leur commanda qu'ayant veu le combast , s'il estoit vaincu et tué, ils s'enfuissent, si non qu'ils vinssent à luy pour le secourir. Et lui armé de toutes piè(^, la lance sur la cuisse, marcha vers la caverne, laquelle il trouva suivant contre le courant d'ung ruisseau qui en sortoit. Dans un peu de temps, le dragon vint à lui la teste levée, et bastant des aisles avec son baste-
BLE DE RHODES
lorsque après son triomphe, il vint frésenter an grand maître, celui-ci H demanda d*un ton sévère « si c*é- HH msi qu'il observait ses défenses n ? hmdit, le vainqueur ne put répondre; 9 se laissa sans résistance conduire en frison, puis traduire devant le conseil «Bemblé, qui le condamna à la perte de niabit.Mais, après avoir donné cette satisfacdon à la discipline, Hélion, admirateur do vrai courage , brisa les fers de Gozon« Je combla d'éloges et de bienfûts; e^ Tooiant montrer qn'il savait récompeiiser comme punir, il le nomma nn des premiers commandeurs ; enfin, il râeva a la.ebai^e de son lieutenant géoénL II n*y a aucune raison sensée de douter de cette aventure, qui n'offre rien qw de vraisemblable dans son fond et dams ses détails , sauf peut-être la desoiptitm du monstre, qui a été chargée de traits ârançes par la terreur et le goût du merveilleux. Le sculpteur du tombeao de Dieudonné de Gozon, en représentant l'exploit de ce grand
BCDt aecoustumé. Le chevalier luy courust eoungeosement contre, baissant la lance, r^tleigoit à une espaule , qu'il trouva couverte d'escailles si dures, que la lance se ait en pièces sans rien Toffenser. Cependant ks chiens assaillant vivement le dragon <k toos costés, ei Tun d'eux l'affera soubs le ventre , dioae qui vexa et retarda aulcuoonent le dragon; de sorte que le chevalier eosl Voisir de mettre pied à terre, et retourna Tespée an poing contre le dragon , et la lui plongea dans la gor^, où la peau se trouva tendre, et la maniant et l'enfonçant toujoun de plus en plus, luy trancha le gosier et soiiblîni ainsy son espée , et soi-même butté contre le dragon jusqu'à ce qu'il eust jecté et perda tout son sang. Et lors le dragon, se sentant iaiUir, se laissa tomber à terre et accoeîHît dessoubs soy ce chevalier, à qui la force foilloit de lassitude et de la puanteur et pe&anlcnr de ceUe espouvantahle charogne. Ses servilenn voyant le dragon par terre , y aeooamrenty et voyant qu'il ue boiigeoit plus, née grand peine et travail Tostèrent de des- ■slenr maistre, qu'ils trouvèrent tout pasmé. Usvojant que le poulx lui battoist encore, it nfreachirent promptement avec de l'eau en nnsean , et incontinent il reprit ses espihet ses sens. Ses serviteurs le désarmèrent ettsTemireut à cheval, et s'en retourna plein ^aligreise, telle qu'on peut penser, ayant mis À hevrensement fin à si haultt entreprise. »
maître, a donné à ranimai tons les traits qui rappelaient la chimère de Belléro-
Shon (1). Mais le colonel Rottiers a vu ans une maison de la rue des Chevaliers une firesque antique représentant le fait d*armes de Gozon, et ou le monstre qu'il combat n'est antre chose qu'un véritable crocodile. Cette maison, qui est aojotud'bui la propriété d'un Turc, appartenait autrefois à quelque prieuré d'Allemagne. « La fresque est peinte au-dessus d'une vaste cheminée, et occupe une étendue de dix-huit pteds environ, sur sept ou huit de hauteur. L*animal représenté dans ce tableau doit avoir été de la plus grande espèce des reptiles sauriens , un crocodile enfin du seul genre connu des anciens, dont les Égyptiens avaient fait un demi-dieu, et à qui ils avaient consacré la ville d'Ar-
sinoé Sur la firesque en question on
voit le monstre renversé et expirant ; contrairement au récit deVertot (et à celui de Naberat), la lance est rompue dans sa poitrine; un des deux dogues est écrasé à ses.cdtés; Dieudonné de Gozon, cuirassé et jeté à terre, parait vouloir se relever tenant toujours sa longue épée à la main. On aperçoit dans le lointam un écuyer courant après son cheval , qui , tout effrayé , s'enfuit au ^nd galop.
Sur le premier plan on voit nne grotte d'où s échappe un ruisseau; le peintre aura voulu sans doute figurer parla l'antre qni servait de retraite au monstre. Il est certain que le héros est représenté tout à fait tnomphant, et paraissant n'avoir besoin de personne, tandis que Yertot raconte le foit différemment (2). »
(i) Les archives de Mllte renfermaient une collection de dessins des tombeaux des grands maîtres. Cette collection a été détruite dans un incendie : mais le comte de Bloise, commandeur d'Hannonville (mort en x8a4, à l'âge de quatre^vingtquatre ans), avait fait auparavant une copie çxacte de ce recueil. Ce sont les dessins du commandeur d*Uannonville que M. Villeneuve-Bargemont a publiés , en accompagnant ces monuments des grands maîtres de notices historiques, exactes et succinctes , auxquelles nous avons souvent recours dans celte partie de notre travail.
(7) Rottiers, Monuments de Rhodes, p. 241; Atltu, pi. a 8 .Yojez encore la fresque du caveau de N.-D. de Philérème, où le combat de Gozon est encore représenté d*une manière naturelle.
iSH
LUNIVERS
Quoi qu'il en soit de ces différences , le témoignage de la fresaue de Rhodes est précieux , en ce qu'elle nous montre le chevalier Gozon aux prises avec un animal possible et véritable. La présence d'un crocodile dans Itle de Rhodes n*en reste pas moins un fait extraordinaire; mais il est ridicule de rejeter un fait uniquement parce qu'il est ou qu'il paraît extraordmaire. D'ailleurs cet animal a pu venir à Rhodes de plus d'une manière^ et quoique son arrivée en cette tle ne nous soit pas expliquée , sod séjour et sa lutte avec Gozon sont des faits trop bien attestés pour qu'il soit permis de les révoquer en doute.
Après la mort d'flélion de Villeneuve, « ce fut Gozon qui parut le plus digne de lui succéder. A peine fiit-il élu, au'il eut les Turcs à combattre. Ceux«ci s étaient
{'étés en grand nombre. sur lUe d'Im- )ros. La flotte chrétienne, composée des galères de Rhodes et des autres États maritimes de la chrétienté , se réunit à Smjnrne, sous le commandement du prieur de Lombardie, Biaudra. La flotte musulmane fut surprise à Imbros, et presque entièrement brûlée. On fit cinq mille prisonniers (1) ». La retraite du roi de Chypre Hugues IV, les dissensions des Génois et des Vénitiens ne tardèrent pas à dissoudre la ligue chrétienne, et tout le poids de la guerre retomba sur les chevaliers de Rhodes, qui n'avaient aucun intérêt de commerce ni aucune rivalité politique qui pussent les détourner de leur noble destination. En 1851 le pape Clément VI les envojra au secours de Constant, roi d'Arménie, contre lequel le Soudan d'Egypte préparait un grand armement.
« Quoique ce prince suivît le rit jprec, dit Vertot, et fdt même schismatique, Gozon, plein de zèle et animé de l'esprit de son institut, ne crut pas devoir abandonner des chrétiens à la fureur de ces barbares. L'armée des chevaliers, trans-
Ï>ortéesur les galères de l'ordre, vainquit es Sarrasins. Le roi d'Arménie, secondé de ces puissants auxiliaires, reprit toutes les places dont les musulmans s'étaient emparés, et les débris de l'armée du soudan regagnèrent péniblement TÉgypte.
Cependant ces guerres continuelles
(i) Vertot, 1. V, t n, p, 46; Nabent, p. 70.
épuisaient les revenus de l'ordre, dont les finances étaient toujours assez irrégulièrement administra. Si à Rhodes le grand maître donnait à tous l'exemple du plus actif dévouement, les commandeurs, retirés dans leurs domaines d'Europe, paraissaient oublier les intérêts de la cnrétienté. Les responsions ne se payaient pas ou se payaient mal. On voit par une lettre de Gozon aux commandeurs des royaumes de Suède, de Danemark et de Norvège, que depuis la
f>erte de la Terre Sainte on n avait reçu de eur part aucune contribution. Dâsouragé par le peu de succès de ses remontrances , Gozon offrit au pape sa démission du titre de grand maître. Le pape refusa d'abord de l'accepter ; mais, pressé de nouveau par Gozon, Innocent VI envoya à Rhodes la permission d'élire un autre grand maître, quand Gozon mourut subitement, le 7 septembre 1353. Il avait employé les derniers temps de sa vie à fortifier la ville de Rhodes. Il fit entourer de murailles tout le faubourg qui regarde la mer, et construire le môle du port où depuis abordèrent les navires.
« On enterra le grand maître Dieudonné de Gozon dans l'église Saint-Etienne au mont, dit le manuscrit d'Éleuthère (1),
(i) Éleuthère, moÎDe grec de Saint-Basile . était à Rhodes lors du siège de iSin ; il mourut en i545. Il reste du moine Éleuthère une histoire maouscnte de Rhodes. En i8a5 ce précieux manuscrit était en la possession du papas Euphémio, de Trianda, oui le communiqua au colonel Rottiers. « C'était, dit ce voyageur, un manuscrit en grec moderne, d'uo petit format in-quarto, contenant environ quatre-vingts pages d*une éaiture très-lisible; ce qui me fit faire la remarque que ce devait être une copie faite d'après l'original ou même d'après une autre copie. Le bon vieillard me répondit ingénument qu'effectivement c'était une copie, mais c^u'eile datait d'un siècle et demi ; et là-dessus il me montre sur la couverture une inscription portant que ce livre d'Éleuthère, moine de Saint-Basile, sur les événements qui se sont passés à Rhodes durant le s^our des chevaliers avait été fidèlement copié en 1676 par un Grec de Rhodes,
de Rhodes, p. 359. Sait-on, depuis le colonel Rottiers, ce qu'est devenu le manuscrit d'Éleuthère, qui parait un document d'impor-
ILE DE RHODES
IM
Jloàil avait fait voeu à Dieu, la Vierge et WàA Etienne, arant d'aller combattre le , de fonder une messe s*il revenait Irimphant.... Sa mort, dit-il plus loin, te désolation à Rhodes et dans llle; tous les habitants en état de , tant rîdies que pauvres, assissent à son eolenrement, et restèrent cunpés, en grande partie, autour de eeœ église et dans les environs pendant trois jours qœ durèrent les cérémonies fiin^ires, dorant lequel temps on distribua do paÎD, do vin et d'autres vivres aux paoms, aux frais du trésor de Tordre. ■
Le mont Saint -Etienne a environ cent mètres de hauteur. De son sommet on Mçoit toutes les lies rhodiennes.
Uéftfe oà fot enterré Gozon est Tun des phuandena monuments de la chrét)eaiè*,€fledate du sixième siècle. La façade et h partie latérale du nord ont le \ka souffert, celle du sud est encore en issez bon âat. A l'intérieur, ses murs offriieot encore en plusieurs endroits, &k colonel Rottiers, des traces d'anoeones peintures à fresque. An-dessus des pilastres qui soutiennent le dôme on vyfm assez distinctement les quatre éraigâisteB, et sur une autre partie du mur BOUS trouvâmes les restes d'une assomption. Lors de Tarrivée des die- ▼aliers cette église était déjà délaissée par les Grecs depuis le séjour des Sarrasias; etBélion deYilleneuve Tayant fait restaurer, èUe fut consacrée au culte romain. BUe a servi dlidpital pour les officiers tores bleoséf codant les deux siégitt,etanjoonflrai les dominateurs de Rhodes l'ont abandonnée à la destruction do temps. Les sites [Httoresques de ces lirax, les points de vue charmants qu'ils oŒraieot oevaient en faire du temps des àitfàika le séjour le plus agréable de iHe (1). » Aussi les chevaliers v avaientils des tardins et des villas, qnoccupent ttjonrd'hui desTbrcs et des Grecs.
t^ i en jnger d*aprèt les indicatioiis qii*en I tiées le vojrageur be^P Ce serait là une 'vinte recherdie à fiure dans cette ile de ^Wes qui est encore toute i étudier de oouj>QB. Et qui empêcherait quelqu'un des mem- ^dePéoole française d'Athènes d^eutreprendften inléressant voyage de découvertes?
(0 Kouiers If on. de Rhodes, p. 34 1.
PlSBlE DS CoaNILLAN, VIll6T-aXP- TIÈME GBAIfD MAtTBB (1854- 1165). —
Pierre de Comillan, chevalier de la lan-
gie de Provence et prieur de Saintilles, était di^e de succéder à Gozon, par la régulante de sa vie , et même la sévérité de ses mœurs. Il fut élu en 1364. Son premier soin à son avènement au pouvoir fut de convoouer un chapitre général, afin de remédier à une partie des ahus qui affaiblissaient la vigueur du grand corps dont il était le chef. L'ordre avait des hiens par toute l'Europe, et cette situation, en le mettant en relation avec beaucoup de souverains, lui créait aussi beaucoup de difficultés. Les mé« mes princes qui reprochaient à l'ordre de ne pas assez défendre la chrétienté en Onent travaillaient à lui disputer ses revenus, et principalement l'héritage des templiers, qu'on avait vu avec regret passor dans les mains des chevaliers de Rhodes. Innocent VI se laissa prévenir contre eux. Les progrès des Turcs Ottomans commençaient à efifrayer PEurope.
Delà ils avaient passé en Tnrace et pris Gallipoli. Que nisaient donc les hospitaliers ? Ils oubliaient, disait-on, les combats pour les plaisirs, et le pape, s'associant au blame général , adressa au grand maître de sévères remontrances^ avec Tordre d'abandonner ille de Rhodes et de transporter son siège au milieu de Tennemi, soit.dans l'Anatolie, soit dans la Palestine.
Évidemment la crainte ou la prév^tion rendaient tout le monde, même le pape, injuste et aveugle. Envoyer l'ordre en Asie, c'était l'envoyer hautilement à la mort. Le grand mature s'alarma d'une si fâcheuse perspective. Il répondit en termes respectueux qu'il allait convoquer un chapitre général, afin de lui communiquer la lettre du saint-père. Innocent YI, voulant diriger les délibérations de ce chapitre, ordonna qu'il se réunirait à Ntmes ou à Montpellier. Au milieu de ce conffit, qui l'abreuvait d'amertume, Pierre de Comillan mourut, après avoir gouverné environ dix-huit mois.
ROOBB DB PlliS, YINOT-HVITIÈMB
GBAND maItbb (1355*1 365.) — Lc nouveau grand mettre était de la langue de Provence et de cette illustre maison qui avait déjà donné à Tordre Odon , son vingt-deuxième grand maître, et ce Gé-
LUMVERS.
rard de Pins qui avait vaincu Orcan.
La mort de Pierre de Comilian n*avait rien changé aux résolutions du pape.
Loin de la, Innocent VI, plus décidé que jamais à transférer les chevaliers hors de Rhodes, voulut que le chapitre convoqué sous le précédent magistère se réunit sous ses yeux, à Avignon; et sans attendre la réunion de cette assemblée générale , il décida que la Morée deviendrait le séjour de Tordre. Mais il fallait, avant de Vy établir, obtenir au-
Saravant des princes chrétiens la cession es droits qu'ils faisaient valoir sur cette contrée. Des difficultés imprévues entravèrent les négociations ; le pape les abondonna , et les chevaliers restèrent dans rtle de Rhodes.
Ce pape si peu favorable aux hospitaliers était cependant gouverné par un chevalier de leur ordre , nommé frère Jean-Ferdinand d'Hérédia , de la langue d'Aragon et châtelain d*£mposte. Hérédia menait à son gré Innocent VI, qui lui avait donné le gouvernement d*Avignonet du Comtat Venaissin, et les plus riches propriétés de Tordre, telles que le prieuré de Castille et celui de Samt- Gilies. Hérédia était plus puissant que le grand maître, dont il bravait Tautorité. Ce fut en vain que Roger de Pins députa à Avignon deux chevaliers qui demandèrent au pape la permission de faire le procès à Hérédia comme usurpateur des biens de Tordre. Innocent VI détourna le coup qui menaçait son favori, en faisant examiner Taflairepar deux cardinaux. Hérédia fut renvoyé absous , et Timpunité accrut son insolence. Ne (>ouvant frapper le coupable , Roger de Pins voulut au moins s'opposer à la contagion du mauvais exemple. Il convoqua a Rhodes même un chapitre général, et y fit décider que les pneurs ne pourraient être pourvus d'autres oommanderies aue de celles qui composaient leur chambre prieurale ; que dans chaque prieuré il y aurait des receveurs particuliers des revenus de Tordre, qui n'en seraient comptables qu'au trésor commun. Cette importante réforme arrêtait le cumul des commanderies, et assurait le passement des responsions.
Roger de Pins mourut un an après la tenue de ce chapitre, le 28 mai 1305.
« L*ordre perdit en sa personne , dit
Vertot (1), un chef plein de zèle poant manutention de la discipline, et res j vres de Ttle un père très-charitable, remarqua que dans le temps que la ç infesta cette fie comme tout TOri et fut suivie d'une famine affreuse , employa d'abord tous ses revenus , gu'il vendit ensuite son argenterie
Cii'à ses meubles pour subvenir a ins des pauvres : ce qui lui mé dans Tordre et devant les hommes titre d'aumônier, et dans le ciel juste récompense, et le centuple pr si formellement par celui-là seul d les promesses sont infaillibles. »
Raymond Bbbbnoeb, tingt-hb yièmb gbând maîtbb (1365-1374; — Raymond Béranger, chevalier de langue de Provence, originaire du Dai phiné, était commandeur de Castel^ Sarrasin, quand il fut élu grand maître. Depuis Dieudonné de Gozon, Tordra s'était endormi dans la paix ou afiaibli
f)ar ses divisions : Bérenger lui remit es armes à la main , et recommença la guerre sainte avec une nouvelle vigueur. C'était le temps où Pierre 1*% roi de Chypre, s'illustrait par ses exploits. Depuis plusieurs années ce prince soutenait seul et avantageusement la guerre contre le Soudan dTgypte (2). Le nouveau grand mattre seconda ses efforts, et les deux princes ayant rassemblé une flotte de plus de oentnavires firent voiJe secrètement vers Alexandrie, et Tattaquèrentà Timproviste (8). «Les Alexandrins furent surpris; mais, outre une nombreuse garnison, il y avoit tant de
d'habitants, qui fiiisoient pleuvoir une grêle de flèches sur les chrétiens. Ces assiégés, appuyés sur le parapet, à grands coups de piques et de hallebardes, renversent les assiégeants, les poussent dans le fossé, et les accablent de grosses pierres. De nouveaux assaillants prennent la place des morts et des blessés, et sans s'étonner du sort de leurs ooffl-
(i) Hist, des Chepaliers HospitcUten, t II, p. 66.
(a) Voyez plus haut, p. 64.
(3) Vertol, Histoire des Hospitaliers, t. U, p. 63.
ILE Dfi RHODES.
fMgDons, tAchent de gagner le haut des murailles. Les uns sont percés à coups 4% flèches , d*aatres précipités ou reo- ▼ersés avec les échelles. Les assises répandent de tous côtés de Thuile bouillante , et des feux d'artifice embrasent les machines des chrétiens, s'attachent même à leurs habits, passent jusqu'au corps , et forcent le soldat tout en feu d'abandonner Tattaque pour chercher des secours dans Teau, où il se précipite. Jamais assaut ne fut plus furieux et plus meurtrier; mais, malgré l'image de la mort gui se présente de tous côtés , les chevaliers de Rhodes, animés par leur propre courage, et soutenus des regards mtiepides du ^rand mattre, reviennent au combat, s'attachent de nouveau aux murailles, et, se faisant une échelle des corps morts de leurs compagnons, s'élèvent jusqu'au haut, gagnent le parapet, se jettent dans b place, et tuent tout ce qui se présente devant eux. De là les victorieux se répandent dans la ville, pénètrent dans les maisons voisines des remparts, massacrent les hommes dans les bras de leurs femmes , pillent les plus riches meubles, et font esclaves tout ce qui échappe à la première fureur du soldat. Quoique le roi et le grand mattre eussent perdu beaucoup de monde dans les difrarentes attaques, cependant ils «uroient bien souhaité de pouvoir se maintenir dsmsleur conquéte.Mais, ayant appris que le sultan faisoit avancer toutes les forces de l'Egypte pour les en diasser, et d'ailleurs se voyant dans une place encore remplie d'un nombre infini ababitants qui s'étoient retranchés dans la basse ville, ils résolurent de se retirer ; et, après s'être chargés d'un butin inestimable. Us mirent le feu à tous les vaisseaux des infidèles qu'ils trouvèrent dans le jwrt , et se rembarquèrent avec leurs prisonniers. Le roi reprit le chemin de son isle , et le grand maître celui de Rhodes, où ils arrivèrent l'un et l'autre heureusement (1365). »
Deux ans après (1367) , les chevaliers et le roi de Chypre se remirent en campa- ^e, fortifiés par les Génois, qui s'étaient joints à eux. Ils firent des courses heur^tses sur les côtes de la Syrie, et s'empaièrent de Tripoli, de Tortose, de Laodicée, et de Bellinas. Bientôt la mort de Pierre V de Lusignan suspendit l'acti-
11* Livraison, (Ile dr Rhodes.)
vite de la guerre. Chypre commença à tomber en décadence; l'Arménie, livrée sans défense aux attaques du Soudan, se vit abandonnée de la plupart des familles chrétiennes, dont quelques-unes cherchèrent un asile à Rhodes. Rhodes,à son tour , se vit menacée par les forces de l'Egypte. Le bruit ayant couru que le Soudan préparait une expédition contre cette île , Raymond Bérenger fit acheter des chevaux et des armes en Italie, et les commandeurs furent invités à envoyer leurs responsions au trésor. Mais la plupart désobéirent, et le grand maître, indigné, serait sur-le-champ passé en France pour se faire rendre justice, si ses infirmités, son ^nd fige et le salut de Rhodes ne l'avaient arrêté. Cependant, dégoûté du commandement, affligé de l'indifférence et du relâchement qull voyait autour de lui , il prit un parti extrême , et supplia le pape de recevoir sa démission. Grégoire XI, désirant remédier par lui-même aux abus dont l'ordre était travailié, convoqua une assemblée de chevaliers à Avignon, en 1874. Il avait déterminé le grand maître à garder sa charge, et, jugeant son séjour à Rhodes néâssaire, U le dispensa d assister à ce chapitre d'A-' viffuon; peu de temps après , Raymond Bérenger mourut, au mois de novembre
ROBBBT DE JULLIAG, TBBNTIÈME GRAND MAÎTRE (1874-1876). ~ Robcrt
de Julliac, grand prieur de France, était dans son prieuré quand le chapitre de Rhodes le nomma grand maître. Il quitta la France aussitôt, et le premier acte de son gouvernement fut de révoquer tous les receveurs qui négligeaient de verser leurs recettes au trésor. Jusque là la ville de Smyme avait eu des gouverneurs qui ne relevaient que du saint-siége ; mais l'archevêque et les habitants de cette ville s'étant plaints que leur gouverneur Ottoboni Castasleo , qui était un marchand plutôt qu'un homme de guerre, négligeait les soins de la défense pour les affaires de son commerce , le pape annonça au grand mattre qu'il avait l'intention de réunir Smyme aux autres possessions de Tordre. £n vain Julliac objecta-t-il le danger d'une garnison entourée d'ennemis, perpétuellement en état de siège; Téloignement de Rhodes, qui ne lui permettait pas d'y faire pas*
L'UHIVERS,
fier de prompts seeourg; enfin toat oe qu'une telle responsabilité aurait d*onéreux et pour les chevaliers et pour le trésor : il fallut y consentir, moyennant un revenu de mille florins annuels que paya le saint-siége. Cette nouvelle aoquifùtion mettait les d^evaliers de Rhodes en présence des. Turcs Ottomans, qui n'avaient oessé de s'agrandir en Asie Mineure, et qui sous Amurat I^, fils d'Orcan, s'étaient emparés de la principauté d'Aïdin, où Smyrne était située.
Les immenses préparatifs que faisait oe prince au moment où Robert de Julliac arriva dans 111e de Rhodes inspiraient au grand maître de vives inqmétudes.
Rhodes était presque sans défense ; beaucoup de chevaliers avaient péri dans les dernières expéditions ; le reste s'était dispersé dans les commanderies. Le pape, informé par le grand maître du danger de la situation , ordonna aux chevaliers de se rendre à leur poste, et bientôt cinq cents hospitaliers accoururent à Rhodes, guivis chacun d'un frère servant faisant TofiQce d'écuver. Rhodes était donc en état de se détendre ; mais l'ennemi ne se présenta pas. Amurat se jeta sur l'Europe, et 1 ordre jouissait d'une paix profonde lorsque Robert de Julliac mourut, vers le milieu d'août de l'an 1876.
Ferdinand D'HénéDiA, tbbnte-
m IXME OBAND MAItRE (1 376-1 396). —
Depuis que Ferdinand d'Hérédia était entré dans Tordre, il s'était montré avide de pouvoir, d'honneurs et de richesses ; mais il avait de la fermeté, de Tintelligence, du courage ; d'ailleurs, l'âge avait amorti la fougue de ses passions , sans /ien dter à ses talents, et dans les circonstances difficiles où Ton était, « il étoit de la politique de l'ordre de mettre à sa tête un homme aussi puissant et aussi autorisé que Fétoit Héredia, et qui dans cette place ne pourrolt plus distmguer les intérêts de la religion des siens propres (1) ».
Jean-Ferdinand d'Hérédia était issu d'une des plus nobles maisons d'Aragon.
Son frère aîné, Velasco d'Hérédia, était
§rand justicier de ce royaume , c* est-àire, comme l'explique très-bien Vertot, qu'il faisait à lui seul la fonction dont les éphores étaient autrefois chargés à La-
(i) Veiîot, 1. II, p. 79.
cédémone contre leurs rois. Comme >e grand justicier n'avait pas d'enfants, ei qu'il désirait perpétuer son nom et sa maison, il détermina son frère à se mmrier; mais Ferdinand Q*eut que deox filles, dont la seconde coûta la vie à a mère. Cédant encore aux voeux des âeos, Ferdinand se maria une seocmde foo, et la naissance d'un fils paraissait lui assurer l'immense héritage du grand ieticier, quand, après une loo^e sténoté.
la femme de ce dernier devint sueecssvement mère de deux enfants mâks.
Alors, trompé dans ses espérances, devenu veuf de nouveau, d'Hérédia confia ses enfants à son frère, et résolut et changer de voie pour arriver au pouvoir et à la fortune. Il partit pour Rbodes, reçut l'habit des chevaliers des mains di grand maître Hélion de Villeneuve; ^, cachant son ambition sous un exténesr modeste, afifectant des mœurs sévères, il trouva bientôt l'occasion de &ire vakii son habiletéet son courage, et il ne tarda
Sasà s'acquérir l'estimeoe l'ordre entier, lientôt il est nommé commandeur d'àiambro et de Villet, bailli de Capse, enfin châtelain d*£mposte, la plus haute dignité après celle de grand mtftre.
Bientôt le grand prieuré de Catatom vint à vaquer. Deux prétendants se le disputaient, Tun appuyé par le pape, Tantit soutenu par les chevaliers. D'Hérédia fut chargé de porter au saint-siége ki représentations du grand m^tre ; mais Fadroit Aragonais, ayant su s^insiniaer dans l'esprit de GémentYI, demandai obtint le grand prieuré pour lui-mèaM.
Depuis, nr osant retourner à Rhodes, il demeura à la cour d'Avignon , où soi crédit ne cessa de s'accroître. Le pape l'employait dans les; circonstances les plus délicates et les plus importantes. 11 fut chargé de recenser Phuippe de Valois et Edouard HI, et de lesempecheitf es venir aux mains. Mais, n'ayant pu per^ suader le roi d'Angleterre, il passa dans le camp du roi de France , combattit à ses côtés à la bataille de Crécy, 1846, et lui sauva deux fois la vie. Il se retira d« champ de bataille couvert de blessures, et Edouard lU, loin de s'irriter contre le médiateur du saint-siége, qui avait eombattu contrelui, n'en conoitque plusd'estime pour d'Hérédia; et le grand pneu fit signer aux deux rois une trêve d*uo
ILE DE RHODES
an. Sons Innocent YI d^érédia devint enoore plus puissant. lïommé gouverneur de la viue et da comtat d'Avignon, il fit entourer la résidence papale de fortes tours et de hauts remparts, et il reçut en récompense les riches prieurés de Castille et de Saiot-GiUes. Cette insatiable aviditéd'Hérédia, son ambition démesurée, excitèrent dans l'ordre de vives réclamations. Poursuivi par le conseil et par le grand maître, Roger de Pins, il fut absous par la protection du saint- 8i^ ; toutefois, sous Urbain V et Grégoire XI , successeurs d'Innocent VI , il n'eut plus la même influence. On oublia peu à peu les scandales de sa conduite passée, et à la mort de Robert de Julliac, comme il était le plus capable et le plus puissant de tous les membres de l'ordre, il fot élu grand mattre (1).
A peine élu , d'Hérédia équipe à ses frais uneescadrede neuf galères, ramène à Ostie le pape Grégoire XI, qui s'était laissé persuader de revenir à Rome. Puis, continuant sa route vers Rhodes, il rencontre sur les cdtes de la Grèce une flotte vénitienne , dont l'amiral le détermine à se jomdre à lui pour reprendre Patras, que lesTuros venaient d'enlever à la république. Les deux chefs marchent ensemble contre cette ville, et s'en emparent ; mais la dtadelie résiste, et la longueur du si^e impatiente d'Hérédia , qui, malgré son âge avancé, ordonne et dirige Vassaut. Il va le premier aux remparts, saisit une échelle, l'appuie contre la brèche, et, sans regarder s'il était suivi, se Jette dans la place. Le gouverneur turc vient à sa rencontre : le combat s'engage: d'Hérédia est vainqueur, coupe la tête de l'ennemi, et la montre aux siens, qui accourent et s'emparent de la forteresse.
Animés par ce succès , les alliés tentent de nouvelles conquêtes en Morée.
Mais le eraad maître tombe dans une embuscade, tandis qu'il examine la position de Corinthe , et il demeure prisonnier des Turcs. Pour obtenir la liberté du fand mattre, les chrétiens s'engagent restituer Patras : les Turcs refusent; on ajoute à cette offre celle d'ime grosse somme d'argent; les grands prieurs de
(i) TiHeoeave-Bargemont, Monuments des Grand j Maîtres, t. I, p. 167.
Saint-Gilles, d'Angleterre et de Rome s'engagent à rester comme otages jusqu'à son entier payement. Les Turcs allaient accepter ; mais d'Hérédia refusa à son tour : « Laissez, mes chers frères, « répondit-il aux trois prieurs , laissez « mourir dans les fers un vieillard inu- « tile, et qui ne peut plus vivre long- « temps : pour vous, qui êtes jeunes, ré- « servez-vous pour servir la religion. » Il ne voulut même pas que l'ordre tirât du trésor l'argent de sa rançon. «Si on la doit « payer, ajouta-t-il , ma famille a reçu « d'assez grands biens de moi pour me « donner cette marque de reconnais- < sauce. » Ces nobles refus coupèrent court aux négociations , on ne put rien conclure: d'tiférédia resta prisonnier, et fut transféré du château de Corinthe dans les montagnes de l'Albanie. • Il fut enfermé dans une étroite prison : et, au lieu de jouir à Rhodes de sa nouvelle di^ité, il se vit retenu pendant plus de trojs ans dans un rigoureux esclavage , où il eut tout le temps de faire de sérieuses réflexions sur le peu de solidité des grandeurs humainei(l). »
En 12^81, le grand maître, racheté par sa famille, vit se terminer enfin cette dure captivité, par laquelle il expiait si cruellement les torts de son ambition. Pendant ce temps le grand schisme avait éclaté. Clément VU et Urbain VI se disputaient le gouvernement de l'ÊgUse. Le grand mâtre et une partie des chevaliers se déclarèrent pour Clément Vn. Le reste reconnut Urbain, qm déclara d'Hérédia déchu de sa dignité, et nomma pour le remplacer Richard Carraccioli, prieur
attaché à l'obédience de Clément VU et soumis au gouvernement d'Hérédia. A la faveur de ce schisme funeste, qui menaçait de diviser et de dissoudre toutes les institutions de l'Éelise , l'insubordination des commandeurs restait impunie; et le désordre devenait plus difficile ^1 réprimer. Le grand mattre d'Hérédia, de retour en Europe, tint plusieurs chapitres à Avignon, et parvintà ramener ses subordonnes à l'obéissance. Il pourvut aussi à la défense de Rhodes et de
(i) Vcrlol, 1. V, t. n, p. 98.
L'UNIVERS
Smyrne, que Bajazet menaçait d'un siège, et y fit passer à plusieurs reprises , et à ses frais, des vaisseaux chargés d'armes, de munitions et d'argent. Il ifonda aussi, peut-être, ajoute Vertot, par un motif de pénitenee et de restitution, une commanderie en Aragon , et une collégiale de douze prêtres; et il mourut à Avignon, en 1896 , après avoir gouverné son ordre pendant dix-neuf ans et huit mois. « Depuis son élévation à la dignité de grand mattre, ce fut pour ainsi dire un autre homme ; et il auroit été à souhaiter, ou qu'il n'eût jamais entré dans l'ordre, ou que la condition humaine lui eût permis de n'en quitter jamais le gouvernement (1). »
Philibbbt de Naillac, trentedeuxibmb gband mattbb (1396-1421).
— Richard Carraceioli était mort l'année précédente , et le pape Boniface IX avait annulé toutes les charges conférées par ce prétendu çrand maître. L'ordre avait retrouvé l'umté de ffou vernemen t, et Philibert de Naillac, crune ancienne fomille du Berry, grand prieur d'Aquitaine, fut élu par les suffraces de Tordre entier pour succéder à cTHérédia. A peine le nouveau grand mattre eut-il oris possession de sa dignité, qu'il fut sollicité d'entrer dans la ligue que formaient alors les Ëtats chrétiens pour arrêter les progrès eârayants du sultan Bajazet. L'empereur grec, les Vénitiens, les chevaliersde Rhodes réunirent leurs vaisseaux, et la flotte confédérée, commandée par Thomas Mocenigo , se tint en croisière à l'embouchure du Danube. En même temps le grand maître, suivi des principaux commandeurs et d'un grand nombre de chevaliers de son ordre, allait rejoindre en Hongrie le roiSigismond. Il combattit à ses côtés à la désastreuse bataille de Nicopolls, qui se livra le 28 septembre 1 896, et où toute l'armée chrétienne fut taillée en pièces. Les principaux chefs furent faits prisonniers ; le roi Sigismond et Philibert de Naillac n'échappèrent aux vainqueurs qu'en se jetant dans une barque que le hasard leur offrit aux bords du Danube. Ils s'éloignèrent rapidement,
Eour éviter les flèches dont on les accalait, et se laissèrent aller, en suivant le courant jusqu'à l'embouchure du fleuve ,
(i) Verlot, 1. V, i. U, p. xia.
OÙ ils trouvèrent la flotte cfarétieniie. Une galère de la religion ramena à Rhodes le grand mattre et le roi ne Hongrie.
Après avoir vaincu les Latins, Bajazet se tourna contre les Grecs , dévasta la Morée, dont le despote Thomas Paléolo-
Sue, frère de l'empereur Manuel, se hâta e chercher un asile à Rhodes. Dése&> pérant de pouvoir défendre sa prind-
Sauté, Paléolosue vendit la Morée à Terre de Saint* Jean, et convint avec le grand maître et le conseil de leur livrer Corintbe, Sparte et les principales \-illei de cette province, dont il re^t le prix. Mais la résistance de Sparte, qui ràusa d'ouvrir ses portes aux commissaires de l'ordre, l'éloignement de Bajazet, qœ rinvasion de Tamerlan appelait ^i Asie, empêchèrent la conclusiondeee marché, et la Morée retourna à son ancien maître (1399).
Bajazet était sur le point de s'emparer de Constantinople, lorsqu'il fut attaqué
f)ar Tamerlan. Timour-lenc ou Tameran , descendant de Gensiskhan par les femmes, s'était mis à la tête des Tartares de la Transoxiane, et avait établi à Samarcande le siège d'un empire qui comprenait la plus grande partie de TAsie.
A force de s'étendre vers l'occident , ks Mongols vinrent toucher aux frontières de la domination des Ottomans. Alors la guerre éclata entre Tamerlan et Bajazet; les deux rivaux vidèrent Veut querelle dans les plaines d'Ancyre (1403), en Phrygie; et le fier Bajazet, vaincu et fait prisonnier, acheva sa destinée dans les ters. Après sa victoire, Tamerlan marcha contre Smyrne, position importante, que les grands maîtres avaient f6^ tifiée avec soin , et où ils entretenaient une nombreuse garnison. Frère Guillaume de Mine, gouverneur de la plaee, avait tout préparé pour une vigoureuse résistance. Sommé par Tamerlan de le reconnaître pour maître, il répondit par un refus énergique, et aussitôt la place ', fut investie. Après quelques assauts bvrés sans succès, Tamerlan fit combla les fossés, élever des tours en bois jusqu'au niveau des remparts, sur lesquels il lança ses nombreux bataillons. « Le dernier assaut qu'il donna alors, dît l'historien persan Cherefeddin - Ali , dura du matm au soir et du soir au ma-
ILE DE RHODES
tin. 9 Smyrae fut emportée, le massacre devint généra), ettoat y périt, hors quelmies cheTaliers, qui s'âant jetés à la mer firent sauvés par la flotte chrétienne, venue trop tara à leur secours ( 1403). L'année suivante Tamerlan retourna dans la haute Asie : sa retraite permit aux Ottomans de relever leur empire et au grand maître de réparer la perte de Smyrne. Philibert de Naiilac s'empara d*un ancien château situé sur la cdte d'Asie, en face Hle de Lango(Cos), et occupant l'emplacement des ruines de la ville d'HaJicarnasse. Maître de cette position, le grand maître fit élever un nouveau fort, à la construction duquel le chevalier allemand Pierre Schlegelhold employa les débris du mausolée de la reine Artétnise. Cette forteresse, appelée château de Saint-Pierre par les chrétiens, reçut des Turcs le nom de Bidrou ou Boudroun, qu'elle porte encore aujourd'hui.
Non content de défendre les possessions de Tordre, Philibert de Naiilac consacrait aussi une partie de ses forces à protéger toutes les possessions chré« tiennes en Orient. Le royaume des Lusignans , déjà en pleine décadence , ne devait sa conservation qu'aux flottes et aux armes des chevaliers. Le maréchal de Boudeaut et le grand maître mar* dièrent an secours du roi Jean II, menacèrent les côtes de la Syrie et de TÉgrpte, et forcèrent le Soudan à respecter vile de Chypre.
Au dedans le gouvernement de Philibert de If^Uae ne fut pas moins heureux qu'an dehors. Par ses soins et sa prudence, il sut garanthr Tordre des divisioos dont le grand schisme avait jeté les germes dans toute la chrétienté. Au eoDolede Pise (1409) il fut déclaré seul et l^gitime^rand mat^ ; et au concile de Constance il dbtint la soumission de tous les chevalien dissidents (H 14). Après un téiour de près de dix ans en Europe, pendant lequel il s'efforça toujours de rapprocher les princes chrétiens pour les toomer contre les Turcs, de Naillac retooma enllnà Rhodes , Tan 1419, où on le rerat avec les témoignages de la plus nre allégresse. Deoxans après (1431), il un ehapître général, dont les eurent poiur effet de maintenir, de la paix et Tunion dans Tor-
dre. Ce fiit au milieu de ces soins que Philibert de Nailiac mourut paisiblement, entouré et regretté de tous les chevaliers qui s'étaient réunis pour le chapitre.
ANTOINB FlUTIAN, TBBnTS-TBOI- 8IBMB GBAND MAÎTBB ( 1421-1437 ). —
Antoine Fluvian ou de la Rivière était chevalier de Catalogne, drapier de Tordre, frand prieur de Chypre et lieutenant de hiiibert de Naiilac. Il fut à Tunanimité élu successeur de ce vénérable srand mattre, qu'il secondait activement depuis plusieurs années. Quel que fût le grand mattre, la situation extérieure de lx»rdre ne changeait pas. Cétaient toujours les mêmes dangers à conjurer, les mêmes ennemis à combattre. D'un côté, Mahomet V rétablissait en Europe et en Asie la domination ottomane, qu'on avait crue anéantie par Tamerlan. II attaqaait de nouveau les côtes de la Grèce, et dirigeait ses flottes contre l'Archipel et les possessions de Tordre de Saint-Jean. De l'autre, le Soudan d'Egypte, Seifeddin, envahissait TOe de Chypre , s'emparait de la personne du faible roi Jean, et ne trouvait de rénstance sérieuse que dans l'intervention des chevaliers de Rhodes.
Dès lors Seifeddm médita la ruine de Tordre , et il prépara secrètement une expédition contre Rhodes. Mais Antoine Fluvian, prévenu par des agents fidèles, rassembla ses chevaliers, remplit la capitale de vivres, d'armes, de munitions, et le Soudan, qui vit ses projets découverts, ajourna son entreprise (1426).
Ces guerres continuelles, Tinfidélité de Jean Stari^es, lieutenant du grand mattre, qui livra au roi d'Aracon cent mille florins du trésor, épuisèrent les finances de Tordre. Pour remédier à la détresse présente, on convoqua un chapitre général à Rhodes le 10 mai 1438; en y prit de sages mesures pour réta* blir le trésor de Tordre, et on y réforma de nouveau certains abus déjà combattus bien des fois, mais jamais entièrement extirpés, et qui renaissaienttoujonrsdans cette grande institution, comme les mau- Taises plantes dans une terre féconde.
Après avoir réparé les maux de la guerre et les désordres intérieurs, Fluvian gouverna paisiblement jusqu'à sa mort, oui eut lieu le 26 octobre 1437. Cest à lui qu'on doit Tagrandissement do quartier
L'UNIVERS
des Juifs à Rhodes et la oonstruction d'une superbe infirmerie, que le grand mattre dota à ses dépens. Avant de mourir, il légua au trésor public La somme de deux cent mille ducats, qu'il avait épargnés pendant son administration.
Je4N Bonpar de Lastig , tbbnte-
<)UATElà]IE GRA.NDMAtTEB(1437-1454).
— Aussitôt après la mort de Fluvian « le chapitre s'assembla pour lui nommer un successeur ; les capitulants prirent la voie de compromission. On élut d'abord treize cnevaliers, auxquels le chapitre remit le droit d'élection. Ces treize électeurs s'y préparèrent par Tusage des sacrements de pénitence et d'eucharistie; ils entrèrent ensuite dans une chambre séparée du lieu du chapitre , et , après avoir examiné avec soin les mérites des prétendants, leurs qualités personnelles, €t celles surtout qui étoient les plus convenables au gouvernement, tous les suffrages se réunirent en faveur de frère Jean de Lastic, grand prieur d'Auvergne, ^uifut reconnu partout le chapitre pour ^rand mattre de Tordre (1). » A la nouvelle de son élection, Jean de Lastic, qui était alors en France, se hâta de passer à Rhodes, où l'on prévoyait une prochaine expédition de Dgemaieddin, Soudan d'É-
Sf pte. Le grand maître s'occupa immélatement d'ajouter de nouveaux ouvrages aux fortifications de Rhodes, tout en négociant avec le Soudan d'Egypte et avec l'Ottoman Amurat. Ce dernier consentit à une trêve ; mais l'autre, se fondant sur les anciens établissements des Arabes dans les tles de Chypre et de Rhodes, les déclara sa propriété, et envoya une flotte de dix-huit galères pour appuyer ses prétentions. Cette flotte s empara de la petite tle de Castd-Rosso, sur laquelle les chevaliers avaient bâti un fort, et fit une descente dans 111e de Rhodes, le 15 septembre 1 440 ; mais elle fut obligée de se retirer avant d'avoir pu mettre le siège devant la capitale.
Quatre ans après, au mois d'août de 1 année 1444, une armée égyptienne aborda à Rhodes , et assiégea la ville pendant quarante-deux jours sans pouvoir s'en emparer. Après cette lutte glorieuse, qui aiUustré le magistère de Jean de Lastic, l'ordre de Saint* Jean n'eut
(i) Verlol, t, U, p. loS.
plus rien à craindre de l'Egypte. Mau alors Mahomet II succédait à Amurat (1451 ), et Constantinople tombait au pouvoir des Turcs (1458). Après cette importante conquête, le sultan envoya un héraut demander tribut et hommage ao grand mattre. « A Dieu ne plaise, répondit Lastic, que j'aie trouvé mon ordre libre et que je le laisse esclave; je serai mort auparavant. » Cette réponse devait faire éclater la guerre. Le grand maître envoya demander des seooan aux princes chrétiens d'Europe, qsi malheureusement ne savaient plus s^eotendre pour combattre l'ennemi comnmji.
Il mit Rhodes en état de défense, ramassa des munitions, convoqua les chevaliers.
La mort le surprit au milieu de ces soins, le 19 mai 1454, après un gouvernement glorieux de dix-neuf aas.
Jacques db Milli, TBsim-CTii-
QUIÈMB GBAIfD MAStBB (1454-1451).
— Dès que Jacques de BÀilli, grand prieur d'Auvergne, eut été élu grand maître, il se hâta de se rendre à Rbodes, où l'on s'attendait chaque jour à voir paraître la flotte de fiiahomet IL Ai reste, non-seulement Rhodes et toutes les îles de l'Archipel , mais la chr^enté tout entière se sentait menacée par les progrès du conquérant de ConstantinopTe . et le pape Calixte III était parvenu a former une ligue destinée à dé> fendre l'Europe contre lesOttomans. Les rois de Hongrie, d' Aragon, le duc de Rourgogne, les républiques de Venise et de Gènes, la plupart des princes italiens en faisaient partie, et le nouTean grand maître y accéda immédiatenaent (1454). Déjà une flotte turque, de treiM navires, avait ravagéles côîesde Carie et nie de Lango ( Cos) , non sans poussa ses incursions jusqu'à Rhodes, d où die ramena un butin considérable et un grand nombre de prisonniers. Ce n^était que le prélude (Tune expédition plus considéiâble. En 1455 Hamzabeg parut dans les eaux de l'Archipel , avec om flotte de cent quatre-vingt-cinq ToUes. Il attaqua successivement Lesbos, Que, Cos, Simia; il échoua partout. Il oe lÉt pas plus heureux contre Rhodes. Les Ottomans avaient abordé près du villa^ d'Archangelon; ils enlevèrent quelques habitants, ruinèrent les campagnes enirironnantes, commirent des oéprédattons
ILE DE RHODES
«emblables à Leros, à Calamos et à I9isyra, qui appartenaient toutes trois aux cneraliers ae Rhodes. A son retour Hamza fut disgracié. « Si tu n*avais pas été si cher à mon père, je t'aurais tait écorcher ¥if » , lui avait dit Mahomet d'un ton menaçant ; mais il se contenta de le reléguer dans le gouvernement de Sattalie.
Après la retraite des Turcs, Jacques de Milli fît fortifier les côtes de Rhodes et élever des châteaux forts, où U plaça des garnisons. Les ^lères de la religion, redoublant d'activité, parcouraient les mers, pillaient les cotes des Turcs, et ^Lisaient le plus grand mal à leur cornmeroe. En même temps Tordre de Saint- Jean avait sur les bras une ^osse guerre avec les mamelucks, et de violents démêlés avec Venise à propos de Jacques le bâtard, qui s'étaitadrâsé au Soudan Aboulfath- Ahmed pour obtenir l'investiture de nie de Chypre. Le grand maître soutint le parti de la princesse Charlotte. Un instant la guerre fut sur le point d'éclater entre Rhodes et Venise. Les Vénitiens firent une descente dans Itle , y commirent d'aftreux dégâts ; et, pour appuyer une réclamation de captifs sarrasins pris à bord des vaisseaux de la répubbque, ils vinrent bloquer le port de Rhodes. Quelques chevaliers proposaient de leur répondre à coups de canon ; mais le grand maître, trop prudent pour augmenter le nombre de ses ennemis, traita avec les Vénitiens, et rendit les prisonniers. En même temps il entamait des négociations avec Mahomet II, etpréparait la conclusion d'unetréve, qm ne fut signée que sous son successeur.
Au d^ans l'ordre était déchiré par ses dissensions intestines. Au chapitre de i*an 1459 les chevaliers d'Espagne, d'Italie, d'Angleterre et d'Allemagne se plaignirent hautement que les Français envahissaient toutes les dignités. Ceux-ci avaient de bonnes raisons à faire valoir; c'étaient eux qui avaient fondé l'ordre et qui y avaient admis les autres nations : à eux seuls ils en composaient la moitié; chaque nation avait ses droits et ses titres; Tamiral était toujours de la langue d'Italie ; celles d'Aragon , d'Allemagne et d'Angleterre fournissaient constamment le ffrand conservateur, le grand bailli et le turcopolter; il était Juste
que celles de France, de Provence et d'Auvergne se réservaient les dignités de grand hospitalier, de grand commandeur et de grand maréchal. Malgré ces bonnes raisons, les mécontents persistèrent, et le procureur d'Aragon , en plein chapitre, interjeta appel à la cour de Rome, et sortit suivi de ses partisans. Le conseil voulait les poursuivre, le grand maître s'y opposa ; sa modération toucha les rebelles , les fit peu à peu rentrer dans le devoir et rétablit la concorde intérieure. Jacques de Milli mourut le 17 aodt 1461.
PiEBAs Raymond Zacosta, tbeii-
TS-SIXIÈMB GBÀND Mà!t&£ (1 46M467).
— Pierre Raymond Zacosta, Castillan de naissance, étBdt châtelain d'Emposte. A son avènement, l'opposition des quatre langues étrangères menaçant de se renouveler, on ne put terminer cette affaire que par la création d'une nouvelle langue en faveur des Castillans et des Portugais, qui furent séparés des Aragonnais, des Navarrais et des Catalans.
On attacha à cette nouvelle langue la dignité de^and chancelier, et par cette augmentation il se trouva depuis huit langues dans la religion (1462). Ce fut dans le chapitre où cette innovation fut décrétée que l'on donna pour la première fois au grand maître le titre d'émlnentissime.
On ne savait pas encore au juste ce qu'il fallait attendre des négociations entamées par Jacques de Milli, pour conclure une trêve avec Mahomet II. On n'avait pu obtenir du sultan qu'il donnât des passeports au commandeur Sacconay, que' le grand maître avait chargé de traiter cette affaire , et l'ordre pouvait se croire menacé par les immenses préparatifs de l'ennemi. Mais Mahomet II, ayant destiné cet armement à la conquête' de Trébizonde, voulut s'assurer la paix dans l'Archipel, et il accorda les passeports en question. Dès au'il les eut reçus, le nouveau grand maftrei Raymond zacosta, s'empressa d'en vqyet à Constantinople Guillaume Maréchal, commandeur de Villefranche, qu'il fit accompagner de deux Grecs de Rhodes* Guillaume conclut en 1461 le premier armistice entre les cfaêtallèrsetlesTuros. Mahomet le signa pour deux ans » et se désista de sa demande d'un tribut.
L'UNIVERS
A la faveur de cette trêve, le grand maître fit élever pour la défense de la ville de Rhodes et du port un nouveau fort , qui fut construit sur des rochers fort avancés dans la mer. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fournit douze mille écus d'or pour contribuer aux frais de ce travail, qui fut exécuté avec le plus
{;rand soin. On appela cette forteresse a tour Saint-Nicolas, à cause d'une chapelle dédiée à ce saint, et qui se trouva enclavée dans la nouvelle enceinte. Mal-
fré la trêve, les corsaires turcs faisaient es courses dans les domaines de l'ordre, et les chevaliers usaient de représailles sur les côtes de l'empire Ottoman. Mahomet, irrité, menaça de rompre l'armistice, et exigea pour sa continuation que l'ordre entretînt on député à sa cour, qu'on lui payât annuellement quatre mille écus, qu on lui rendit les esclaves chrétiens fugitifs, et qu'on l'indemnisât des dégâts commis dans ses États. Les chevaliers repoussèrent avec indignation ces propositions déshonorantes. La guerre éclata, et la flotte turque se répandit dans l'Archipel, et vidt attaquer Lesbos, afin de s'emparer de toutes les positions voisines avant d'assiéger la ville de Rhodes. Des chevaliers accoururent à la défense de Mitylène ; ils y firent des
I)rodiges; mais, lâchement trahis par es Grecs, ils périrent tous les armes a la main (1) (1463). Lesbos fut prise, Rhodes plus menacée que jamais, et le grand maître, dans la prévision d'une attaque imminente, fit un appel à tous les chevaliers dispersés en £urope, et ordonna à tous les receveurs d'envoyer les annates et les responsions au trésor. On
Sourrait croire que tous les membres e l'ordre s'empressèrent de mettre à la disposition du grand maître leurs bras et leurs richesses et de courir avec enthousiasme à la défense de leur lointaine capitale. Loin de là ; au lieu d'obéir au grand maître, on l'accusa d'avarice et d'avidité; les commandeurs s'autorisaient de l'appui de leurs souve« rains pour désobéir. On accusa Raymond Zacosta devant le pape Paul II. Le grand maître consentit a se justifier : il vint à
tp
. (j) Teftot , Bistoirê dtt ChepaiUrs Hot» pitaùers, t. H, p. a58. — Hammar, Histoire des Ottomans, t. III, p. 9a.
Rome , malgré la cavité des cireoostances; il confondit ses accusateurs, prouva Gue son administratioa avait été irréprocnable, et fut comblé de caresseï et d honneurs par le pape. Mais comme il se préparait à s'embarquer pour Rhodes, une pleurésie l'emporta, le 21 février 1467. Il fut enterré dans Té^ de Saint-Pierre au Vatican.
Jean-Baptiste des Ubsiiis,trb5-
TB-SBPTIÈME GEAND MAItBB (1461-
1476). — L'élection du successeur deZaoosta se fit à Rome, le 4 mars 1467. La suffrages se partagèrent entre Jean-Baptiste des Ursins, de l'illustre £amille de ce nom, grand prieur de Rome et Raymond Ricard, Provençal, prieur deSaint- Gilles. Des Ursins ne l'emporta que d'une voix, et se hâta, après avoir reçu la bénédiction du pape, de se rendre à Rhodes, où la présence du grand maître était plus que jamais nécessaire. Â. sod arrivée, des Ursins s'entoura des hommes les plus habiles et les plus estime de l'ordre : on se sentait à la veille d'une crise terrible ; on ne pouvait pas, sans risquer de périr, ne p^^ confier les char-
fes aux plus dignes. Pierre d'Aulrasson, rave guerrier, habile ingénieur, fut alors nommé surintendant des fortifications de Rhodes; ce fut par sou conseil et par se% soins qu'on creusa et qu'on élargit les fossés de la ville , et qu'on éleva du cdté de la mer une muraille gui avait cent toises de longueur, six de hauteur et une d'épaisseur.
Déjà l'ennemi s'était présenté. En 1467 trente galères turques débarquèrent à Rhodes des troupes nombreuses, et le pillage commença. Mais depuis longtemps 111e était pourvue de cbâteaox forts. Les habitants des campagnes se retirèrent avec leurs bestiaux dans les forteresses de Lindos, d'Héradée, de Trianda, d'Arcbangelon et de Tilleneuve; les chevaliers, partagés en différents corps, harcelèrent l'ennemi , et le forcèrent à se rembarquer. De nouveaux armements de la marine turque, destinés en apparence contre Khcàes, vinrent jeter une seconde fois U teneur dans l'Ile; mais l'expédition se diri^ surrïéçrepont, au secours de laquâle des Ursms envoya quelques galères, sous le commandement de Cardone et d'Anbttsson. Mais la présomption et la là-
ILE DE RHODES
eheté de l'amiral vénitien Ganale rendirent inutiles le courage des chevaliers de Rhodes . Llle de ?ïégrepont succomba ; les Tores y exercèrent d'horribles cruautés, et le sultan, irrité d'avoir vu parmi la flotte vénitienne les galères de la religion, envoya à Rhodes signifier une déclaration de guerre à outrance , faisant jurer par son ambassadeur de tuer désormais le grand maître et d'exterminer tous les chevaliers qui tomberaient en son pouvoir (1471).
Ces menaces n'effrangèrent point les braves hospitaliers, qui n'en continuèrent ipas moins de combattre avec leurs aJiiés jes Vénitiens. Le fameux Mocenigo avait remplacé le timide Canale comme cheif de la flotte de saint Marc. De concert avec les hospitaliers, Mocenigo attaqua Satalie, dont ils prirent et ravagèrent les fauboui^. D'autres courses sur les côtes de la Pamphylie signalèrent cette heureuse expédition. Ce fut alors
3n'on ambassadeurd'Ussum-Cassan, roi e Perse, passa à Rhodes pour se rendre à Venise, afin d'y conclure une alliance contre Mahomet. Cette guerre engagée entre les Turcs et les Persans donna quelque répit aux chevaliers de Rhodes, et leur permit d'ajouter encore aux fortifications de leur ville. Le commandeur d'Aubosson fit construire sur le rivage deux tours du cdté de Limonia^ et une troisième qui regardait le village de Sainte-liartne. Devenu grand prieur d'Auverçie, dTAubusson, dit Vertot (1), conduisait ces ouvrages avec une attention digne de son zèle et de sa capacité; ri^ n'échappait à sa vigilance. Le grand mattre et la reUgion écoutaient ses avis comme des lois; i^était pour ainsi dire l'âme et le premier mobile du conseil ; loi seul était o'rdinairement chargé de l'exécution des projets qu'il avait proposés : gperre, nuances, fortifications, tout passait par ses mains. On le voyait environné en tout temps de gens de guerre, d'artisans et d'ouvriers, sans que Te nombre et la différence des affaires rembarrassassent : son zèle pour le service de Tordre, l'étendue et la facilité de son esprit suffisaient à ces différents emplois.
Le grand mattre Jean des XJrsins,
(x) Histoire des Hospitaliers, t. IIi p. 979.
parvenu à une grande vieillesse , et atteint d'hydropisie, restait à peu près étranger aux affaires. Cependant il présida encore un chapitre général qui se tinta Rhodeslefi septembre de Tan 1475; mais le 1 2 avril 1476 il tomba subitement en syncope ; on le crut mort, et on allait l'ensevelir, iorsqu*il revint à la vie; mais le 8 juin suivant l'hydropisie dont il était atteint le conduisit réellement au tombeau.
PiBBRB n'AUBUSSON, TBEI9TB-HUI- TIBHB GBANDMAtTBB(1476-]503). —
On peut dire que déjà longtemps avant son élection Pierre d'Aubusson était le grand maître de l'ordre; on sentait qu'il était le seul homme capable d^arréter \e& progrès du terrible Mahomet II, et son avènement causa une grande joie dans l'ordre et dans toute la chrétienté. Issu des anciens vicomtes de la Marche , et d'une famille dont l'existence remonte au neuvième siècle, Pierre d'Aubusson, né en 1423, s'était fait avantageusement connaître de Charles Vil et du dauphin Louis pendant la guerre de Suisse. Il pouvait arriver à la gloire et aux honneurs en restante la cour; il renonça au plus brillant avenir, par besoin de dévouement et d'héroïsme, pour prendre, à r^ de vingt-deux ans, rhabit desimpie hospitalier. Son mérite et son zèle rélevèrent rapidement aux plus hauts grades, et neuf jours après la mort du grand mattre des Ursins, d'Aubusson fut élu à l'unanimité par le conseil. A peine investi du souverain pouvoir, d' A ubusson adressa une touchante et énergique citation à tous les membres de l'ordre, qu'il appelait auprès de lui. Après leur avoir retracé les périls dont Rhodes était menacée: « Nous sommes perdus, ajoutaitil, si nous ne nous sauvons nous-mêmes. Les vœux solennels gue vous avez faits, mes frères, vous obligent à tout quitter pour vous rendre à nos ordres. Cest en vertu de ces saintes promesses, faites au Dieu du ciel et au pied de ses autels ,
3ue je vous cite. Revenez incessamment ans nos États, ou plutôt dans les vôtres : accourez avec autant de zèle que de courage au secours de la religion. Cest votre mère qui vous appelle, c'est une mère tendre qui vous a nourris et élevés dans son sein, qui se trouve en péril. Y aurait-il un seul chevalier assez dur pour
LUNIVERS.
rabandonner à la fureur des barbares ?
Non,me8 frères, je ne Tappréhende point:
des sentiments si lâches et si impies ne s'accordent point avec la noblesse de votre origine , et encore moins avec la piété et la valeur dont vous faites profession. »
Pendant que le grand mattre ranimait par son exemple et ses paroles le zèle dans tous les coeurs, il négociait avec le sultan pour gagner du temps et assurer les libres traversées des mers à tous les chevaliers qui accouraient en foule d'Europe pour la défense deRhodes. Mahomet consentit en 1479 à la conclusion d*une trêve qui lui était aussi nécessaire ; mais ce nouveau délai ne devait servir qu*à rendre plus formidables les préparatifs de la guerre. Dans un chapitre assemblé à Rhodes, il fut décidé que le ffrand mattre aurait pendant la guerre la direction suprême et absolue de toutes les forces militaires et du trésor de Tordre. D*Aubusson choisit pour ses quatre lieutenants : le mattre de Thôpital, Tamiral, le chancelier et le trésorier; il nomma son frère Antoine d* Aubusson , vicomte de Montheil, général en chef des troupes ; il donna le commandement de la cavalerie au grand prieur de Brandebourg, Rodolphe de Walenberg. Il fit abattre les maisons et les, arbres qui environnaient la ville , et raser les églises de Saint-Antoine et de Sainte-Marie de Philérème. Le 4 décembre 1479, avant rentier équipement de sa flotte, Mahomet envoya une escadre pour reconnaître Tétat de Ttle. Mesih-Pacha, oui la commandait, essaya vainement de prendre terre à Rhodes; il en fut repoussé ainsi que de File de Tilo, et il se replia dans la baie de Fenika ( autrefois Physcus ) pour attendre le printemps et l'arrivée de la grande flotte ottomane. Vers la fin du mois d'avril de l'année 1480 , elle sortit des Dardanelles forte de cent soixante navires, longea les côtes de Rhodes, en se dirigeant vers la baie de Fenika pour y prendre des troupes de débarquement, et reparut devant llle le 23 mai 1480.
Pbbmier siboe db Rhodes par les TuBCS ( 1480). — Le grand vizir Mesih- Paeha, qoi commandait cette expédition, était un prince grec de la maison impériale des Paléologues. Né chrétien , il s'était fait musulman à la prise de Goûs-
tantinople, pour échapper à la mort i laquelle Mahomet avait condamné tous les héritiers de l'empire. Sa valeur , ses services, son adresse et une complaisance entière pour toutes les ▼olontés du sultan l'avaient élevé depuis à la dignité de vizir ; et pour ne laisser aueun soupçon sur son changement de religion, il atfôctait une haine implacable contre tous les princes chrétiens, et surtout contre le grand maître et les chevaliers de Rhodes. Pour faciliter à son maitie h conquête de Hle, Mesih- Pacha, qoe Vertot appelle Misach Paléologue, ataà introduit à la cour trois ren^pts qa avaient levé des plans de la ville et de rtle de Rhodes : run d'eux, Antoine M^ ligali, était un Grec rhodien; le second s'appelait Démétrius Sophian, et le troisième était un Allemand, appelé maître Georges, qui possédait de profondes connaissances en mathématiques et ei artillerie. Les plans de ce dernier fur»t jugés les meilleurs, et ce fîiî diaprés eux qu'on arrêta les dispositions de rattaque.
« Pour donner un récit fidèle de ce siéee, dit l'historien de Hammer, f ai ^• site les lieux en 1803 , rhistoire à la main, bastion par bastion, rempait par rempart, et j'espère qu'une exacte aescription topographique servira à rectifier les erreurs dans lesquelles ontpu tomber VertotetGouffier(l). »
On sait déjà que la ville de Hhodes est située à la pointe la pins septentrionaJe de Ftle, dont elle est la capitak. Deux langues de terre qui se projettent dans la mer, et dont les extràmtés se rapprochent en s'arrondissant ea courbe , forment un port sûr, vaste et profond , dans lequel on a élevé une digue qui sépare i*anse des barques de b rade des vaisseaux. La langue de terre à gauche des navires entrants est sitnée hors des fortifications de la ville, baissée dans toute sa longueur de mouUns à vent et défendue à son extrémité par une tour qu'on appelle le château Saint- An§e ou Saint-MicneL La langue de terre
(i) De Hammer, Histoire tfe tempirt Oitoman, t m, p. aSo. Remprunte à cet oie Trage le récit de ce nége, en le modifiant p«^ quelques rectifications ou additions que je dois à d*auires auteurs.
ILE DE RHODES
opposée, éffalement couverte de moulÎDs à yent à rextrémité de sa courbe, est eomi^rise dans les murs de la ville, et se termiDe par la plus importante et la plus célèbre de toutes les tours de Rhodes, construite d'abord par les Arabes, réparée, agrandie,consacrée ensuite à Saint- Nicolas sous le magistère de Zacosta :
aussi cette tour est-elle encore appelée par les Turcs la tour Arabe, et par les chrétiens la tour Saint-Nicolas. A l'extérieur des deux langues de terre, dont Fintérleur forme le port principal, le rivage se replie en déerivant une courbe, et forme à gauche des vaisseaux entrants une baie comblée par les sables, et à leur droite un second port, appelé port des galères, dont l'entrée est défendue d'un côté par une tour et de l'autre par le fort Salnt-Elme. Au fond du port principal s'élèvent immédiatement les doubles remparts de la ville, qui sont baignés par la mer; au fond de celui des galères est un faubourg, où se trouve aujourd'hui la maison du gouverneur, hors de l'enceinte des fortifications.
Comme dans ce premier siège il n'est pas ùùt une mention particulière des sept bastions que défendaient les chevaliers des sept langues de Tordre, non plus que des portes de la ville , nous en omettrons l'^umération, qui serait ici suparflue , et qui est mieux à sa place dans rhistofare du second siése.
K une Ueue à l'ouest de Ta ville s'élère non lo'm de la mer le mont Saint- Étienne. C'est là que vint aborder la flotte ottomane, et que le pacha Paléologue, mal^ la vigoureuse résistance de la ffamison du tort Saint-Êtienne , opéra fe débarquement de son armée et de son artillerie. Les troupes ottomanes prirent aussitôt position sur les hauteurs et au pied de la montagne. Deux jours après • le {général turc dressa une batterie de trois canons monstrueux contre la tour SainMVicolas, sur la place même uà se trouvait l'élise de Saint-Antoine. L'artillerie était dirigée par maître Georges, le seul des trois renégats qui vécût encore , Meligali étant mort pendant la traversée, et Sophian ayant ||éri dans une action dès les premiers jours du siège. Quant à maître Georses, une juste punitiou Pattendalt dans rintérieur de la ville. Jouant le rôle de transfuge re-
pentant , il parut au pied des murs , et supplia qu'on lui ouvrit les portes. Conduit devant le grand maître, il avoua franchement son apostasie , protestant de son sincère repentir. Mais il éveilla les soupçons par les détails exagérés qu'il donna sur les forces et l'invincible artillerie des assiégeants. Le grand maître confia le transfuge à la garde de six soldats qui ne devaient pas le perdre de vue un instant, et lui donna le commandement d'une batterie à son choix sur les remparts. Les Turcs avaient déjà tiré plus de trois cents coups de leurs énormes canons contre la tour de Saint- Nicolas, et cet ouvrage admirable, comme parle le grand maître d'Aubusson dans une relation du siège adressée à l'empereur Frédéric III , qui paraissait devoir résister à mille attaques, s'écroulait en grande partie après quelques jours d'une canonnade continuelle.
Le 9 juin les janissaires montent à l'assaut par les ruines fumantes de la forteresse en poussantd'horribles clameurs.
Mais le grand maître les reçoit sur la brèche, Tépée à la main, et arrête leur élan. Un éclat de pierre vient briser en pièces le casque d'Aubusson; il prend sanss^émouvoir celui d'un soldat voisin.
En vain le commandeur italien Fabrice Garetti le conjure de se retirer : « C'est à votre grand maître, répond le héros, qu'appartient le poste d'honneur! » Et il ajoute en souriant: « Si j'y suis tué, il y a plus à espérer pour vous qu'à craindre pour moi ; » lui faisant entendre par là qu'il était digne de lui succéder. Un tel exemple électrise les chevaliers. Le péril disparait à leurs yeux, et les mahométans, frappés de terreur, foudroyés par les canons de la ville, fuient éperdus, et se précipitent dans la mer, poursuivis par les flèches, les mousquets et Fartil* lerie. L'ennemi avait perdu sept cents hommes. Le grand maître célébra sa victoire dans 1 église où Ton avait placé l'image miraculeuse de samte Mane de Philéreme.
Le jour suivant Mésih^Pacha , chan-
Séant son système d'opérations, abanonna l'attaque par mer, et la transporta du côté de la terre. Il fit battre en brèche le quartier des juifs par huit de ses plus gros canons ; un neuvième fut braqué de rextrémité de la digue contre les mou-
L'UNIVERS
lins à vent de la lan^e de terre. D*Aubusson ordonna aussitôt de raser les maisons des juifis, et d'en employer les matériaux à la construction dun second mur intérieur, qu'il fit entourer d'un fossé. Chevaliers et paysans, négociants et bourgeois, femmes et enfants, rivalisèrent de zèle à élever ce nouveau rem- ' part, taudis que Tartillerie turque foudroyait le mur extérieur avec un tel fracas, que le bruit du canon s'entendit jusqu'à Cos, située à cent milles à l'ouest de Rbodes, et jusqu'à Castel-Rosso, distante de cent milles à l'est.
Les bombes lancées par les Turcs dans la ville firent peu de mal aux habitants : les femmes et les enfants s'étaient réfugiés dans le château, que ces projectiles n'atteignirent que fort rarement ; la garnison, de son côté, les évitait, abritée dans les souterrains des églises ou les casemates. Les Ottomans dirigèrent une seconde attaque sur la tour de Saint-Nicolas , au moyen d'un pont de bateaux. Ce pont, assez large pour que six hommes pussent y marcher de front, s'étendait depuis l'angle de la langue de terre, où se trouvait naguère l'église de Saint- Antoine, jusqu'à la tour de Saint-Nicolas. Les Turcs, au moyen d'un câble fixé sur le rivage par une ancre, étaient parvenus à faire remonter le pont jusqu'au nied de la tour. Le matelot anglais uervasius Roger se jeta pendant la nuit dans la mer, coupa le câble, et le pont, abandonné à lui-même, fut repoussé loin du rivage; mais les Turcs le remorquèrent avec des barques et l'adossèrent de nouveau à la digue.
Dans la nuit orageuse du 19 juin 1480 commença l'assaut de la tour Saint-Nicolas. Une canonnade terrible s'engagea des deux côtés : le pont de bateaux se rompit ; une grande partie des assaillants et quatre chaloupes canonnières furent englouties; les barques d'abordage furent pour la plupart brûlées. La lutte dura , sanglante et acharnée , depuis minuit jusqu'à dix heures du matin; les Turcs durent enfin se retirer, après avoir perdu deux mille cinq cents nommes , parmi lesquels Souleiman, le sandjakbeg de Kastenaouni.
Repoussé dans cet assaut, Mesih- Pacha réunit t^ute son artillerie sur un seul point. Cette immense batterie fut
dirigée tout entière contre la partie deii ville voisine de la tour de Saint-Nieolas, c'est-à-dire contre le bastion des Italiens et le quartier des juifs. Trois mille cinq cents boulets ne tardèrent pas à j ouvrir de laides brèches ; mais les Rbodiens opposèrent à cette batterie uae machine qui lançait au loin des (Herrs d'un volume prodigieux. Cette machiae, aui renversait les ouvrages des Tons et écrasait leurs travailleurs, reçut des » si^és le nom de tribut, par une alluâs dénsoire à celui que Mahomet a?ait demandé ; on chargeait cette macbiDeane les énormes boulets de pierre que les Turcs lançaient dans la ville, et a?Mici fragments de rochers dont ils oomblaiot les fossés ; les Rhodiens les enleraiesteichés sous des cryptoportiques, de sorte que les Turcs ne pouvaient s'expli(|oer comment ces fossés venaient à se nder tous les jours. Pierre d'Aubussoa, s'attendant à un assaut général, fit porter sur les remparts du sou^ de la poii^ de la cire et d'autres matières inflâmioablés, des cylindres en pierre, et de petits sacs remplis de poudre et de fer lâché , qu'on devait lancer sur FeDDeflii. Il fit venir devant lui maître Georiges, et le consulta sur ce qu'il convenait de faire dans cette extrême nécessité :
Georges proposa une nouvelle catapulte qui devait détrijdre les travaux des assiégeants; mais comme les coups de celtt machine , au lieu de porter sut les d»iteries turques , portaient sut ks mors même de la ville, on soupçonna de pi« en plus la connivence de Georges am l'ennemi, et le soupçon devint bientôt une certitude, après les aveux que la arracha la question. Maître Georgaa*
Sia toutes ses trahisons par le supputt e la potence.
Le général en chef de l'armée assiégeante, voyant échouer toutes ses attaques, tente la voie des négociations pov obtenir la reddition de la place, et envoya à cet effet on Grec auprès w grand maître. Mais celui-ci revint sass avoir pu rien conclure. Mesib-Padu,® fut d'autent plus irrité que son aian^ aurait voulu enlever aux soldats, paroB^ capitulation, le riche butin auquel 1^ donnerait droit la prise de la vil» * main armée. Cependant bon nomlxe iw chevaliers étaient décidés à accepter la
ILE DE RHODES
eapItolatioD ; ils se ooncertèrent pour y amener le grand mattre , qoi, prévoyant le mauvais effet de eette disposition , fit Tenir ces cbevaUers , et comme s'il les eût déjà bannisdeFordre: «;Si quelqu'un de TOUS , leur dit-il d'un ton courroucé, ne se trouve pas en sûreté dans la place, le port n'est pas si étroitement bloqué,
Sie je ne trouve bien le moyen de l'en îre sortir... Mais si vous voulez demeurer avecDOus, qu'on ne parle jamais de composition , ou je vous ferai tous mourir. «Ils comprirent alors que d'Aubusson était encore plus terrinle que feonnemi, et le courage rentra dans feurs cœurs.
Alors Mésib-Pacba ordonna un assaut général, et promit le pillage ; outre les preparatà^ ordinaires en pareille circonstance, les Turcs se munirent de sacs pour y mettre leur butin, de cordes pour lier les jeunes filles et les jeunes garçons, et de huit mille pieux pour empaler le grand maître et les chevaliers. Le camp turc retentit des cris d'Allah! pendant toute la nuit qui précéda le jour de l'assaut. La batterie des huit canons avait la veille tellement battu le quartier des Juifs, que les murs de la ville étaient en cet endroit entièrement détruits et les fossés comblés jusqu'au bord. Le vendredi 28 juillet 1480, le même jour où une flotte ottomane abordait à Otrante, un coup de mortier donne le signal de l'assaut , au lever du soleil. Les Turcs s'élancèrent avec une irrésistible impétuosité sur la brèche, où trois mille cinq cents d'entre eux engagèrent un combat terrible; derrière eux se pressait une armée de quarante mille hommes, qui attaqua la ville par tous les points a la fois. De part et d'autre on nt des prodiges de valeur ; les assiégeants se précipitèrent sur la ville , dit Seadeddin, « comme des lions déchaînés sur leur proie, » et les assiégés combattirent, suivant l'expression de Breidenbacb, « comme les Machabées pour leur religion et leur liberté ». Déjà 1 étendard de Mésib-Pacha était arboré sur les créneaux , déjà quatre échelles adossées à l'intérieur du mur, haut de vingt pieds , qui fermait le quartier des Juifs, livraient passage aux assiégeants, lorsque Mésih- Pacha fit crier sur les remparts, « que le pillage n'était pas permis , et que les tré-
sors de l'ordre ap(>artenaient au sultan. » Cette proclamation refroidit tout à coup le zèle des assiégeants ; les troupes encore au dehors de la ville refusèrent de marcher au secours de celles qui s'y étaient déjà engagées. Dans le même temps le grand mattre, averti que l'ennemi pénètre dans la place , se précipite à sa rencontre à la tête de ses chevaliers. Il repousse les Turcs au delà du premier mur, et montant avec eux sur le rempart , il engage un combat furieux , plus acharné que tous les précédents. Le pacha, debout au pied de la muraille , voit les siens plier; il frémit d'indignation, s'élance contre les fuyards, et les ramène au combat à coups de cimeterre. Animés par ses promesses, douze janissaires cherchent le grand maître au milieu de l'épouvantable mêlée, et, l'apercevant
{»armi ses chevaliers, ils fondent sur lui, e fraopent tous à la fois, et tombent aussitôt massacrés. Mais d*Aubusson, atteint de dnq larges blessures, est inondé de sang. On l'entourre, on veut le forcer à se retirer; mais l'héroïque grand maître résiste aux instances des siens. « Mourons ici , mes chers frères , dit-il, plutôt que de reculer. Pouvonsnous jamais mourir plus fflorieusement que pour la défense de la foi et de notre reliffion. » Désespérés de l'état de leur chef, exaltés par son dévouement , les chevaliers et les soldats chrétiens fondent avec ftirie sur les bataillons des infidèles , et y répandent partout le carnage et la terreur. Ceux-ci prennent enfin la fuite; le pacha lui-même est entraîné, poursuivi jusque dans son camp , et son étendard reste aux mains des chevaliers, comme un trophée de leur victoire. A ce dernier assaut les Turcs laissèrent sur les brèches et dans les fossés trois mille cinq cents cadavres, qui furent brûlés. Pendant les trois mois que dura le siège , Mésih-Pacha eut en tout neuf mille morts et quinze mille blessés. Il retourna avec les débris de son armée dans la baie de Fenika; puis, après avoir assiégé sans succès le fort de Petronium, à Halicarnasse, il ramena sa flotte à Constantinople. Dans le premier mouvement de sa colère , Mahomet voulait le faire étrangler ; mais il se contenta de le reléguer a Gallipoli. Quant à d'Aubusson, dès qu'il fut guéri de ses
LUNrV'ERS.
blessares, il se rendit dans l'église Saint- Jean pour remercier Dieu de la Tictoire qu'il lui avait accordée; il fit bâtir plusieurs ^lises, et il récompensa généreusement les braves guerriers qui Tavaient si bien secondé. Pour soulager les paysans et les habitants de rtie. dont les campagnes avaient été dévastées, il leur fit distribuer des grains pour les nourrir jusau'à la prochaine récolte, et il les décnargea pour plusieurs années des tributs qu'ils payaient avant le siège.
Irrité de l'échec subi par son armée , Mahomet II résolut de ne plus s'en rapporter qu'à lui-même pour diriger ses nouvelles entreprises. 11 rassembla une puissante armée de trois cent mille hommes, et il allait en prendre le commandement pour marcher, soit contre Rhodes, soit contre l'Italie, lorsque sa mort, survenue le 3 mai 1481 , délivra la chrétienté du danger de cette invasion. Alors la guerre civile éclata dans l'empire ottoman ; les deux fils de Mahomet, Bajazet et Djem ou Zizim, se disputèrent le pouvoir. Ce dernier, vaincu et poursuivi par son frère, demanda un asile au grand maître de Rhodes, qui l'accueillit avec empressement et distmction. Mais la présence du prince musulman à Rhodes ayant suscité beaucoup d*embarras et de difficultés à Pierre d'Aubusson, il le fit transporter en France , sous la conduite de son neveu Guy de Blanchefort. Zizim reçut pour résidence la commanderie de Bourgneuf en Poitou , oi!k les sicaires de Bajazet ne purent l'atteindre. Cependant de longues négociations s'en^^èrent entre 1 ordre et la Porte au sujet du prince réfugié. Elles se terminèrent à l'avantage des chevaliers ; car Bajazet, craignant que Zizim ne redevint son rival s'il était mis en liberté et soutenu f>ar les chrétiens, s'engagea à payer à 'Hôpital un tribut de 45,000 ducats , à condition que Zizim resterait toujours prisonnier. On a justement reproché à d'Aubusson d'avoir violé la- foi jurée à un malheureux fugitif en signant cet article qui le privait de sa liberté. Cependant Guillaume de Jaligni, historien de l'ordre, prétend que le grand maître n'avait aucun engagement envers Zizim ; oue ce prince était simple prisonnier ae guerre, et non un fugitif protégé par un sauf-conduit, et que le
grand maître put disposer de sa Vbaà comme il le jugea à propos pour Ym^ rét de son ordre. Peu de temps aprèi, le pape Innocent VIU envoya àtams au grand maître qu'il lui uv^âtlape^ sonne de Zizim , pour entretenir les ioquiétudes de Bajazet. Les instances di pape furent si vives que d'Aubusson k obligé de céder ( 1484 ), et leprioeeZiàs fut transféré à Rome , où il mooniteBpoisonné dix ans après.
Innocent YIII était Génois de m sance, de la maison de Cibo , mais oiicinaire de l'île de Rhodes, où son pèreéUtf né. Pour reconnaître la déférence de Tordre à ses volontés, il confirma sesaoeieai privilèges , en accorda de nouTeau, et réunit au chapitre de Rhodes eein di Saint-Sépulcre et de Saint-Lazare. Le grand mattre reçut le chapeaa de cardinal. En 1495 le piape Alexandre VI lyait organisé une ligue contre les Turcs, a nomma d'Aubusson généralissime. Mais la tiédeur et la négligence des alliés mpéchèrent de rien entreprendre. SeoISt les chevaliers de Rhodes en vinrent aux mains avec l'ennemi , et remporterai une victoire sur une flotte de Turcs «t de Sarrasins, dans les mersdelaSjne.
Ce fot le dernier exploit du grand oûitre d'Aubusson. La paix ayant été rétab!i^ il se livra tout entier au gonTememeat intérieur de l'ordre; il fit rentre ksjt» somptuaires, et chassa les juiâ usori^ de Rhodes. Mais ne pouvant id^|^ biens et les dignités de son ordre à Tabn de l'avidité et des exac^ons d'Alexaadre VI , il en conçut une telle doul^ qu'il tomba gpravement malade ; le ^ grin et la vieillesse réunis en^i^i il ne tarda pas à succomber. H mounit le 3 juillet 1503 , âgé de {{lus de quatre vingts aas, après en avoir régné nogt* sept.
ÉMEBT d'AMBOISB, TBBICT1-î«ï^ YIÈMB GBAND MAtTBB {I508-15U)- •"
Émery d'Amboise était fils de ft«TJ d'Amooise , chambellan de Louis XI ^ de Chartes VU, et l'un de ses frèrtf^ le célèbre Georges d'Amboise, archfcque de Rouen, cardinal et légat du saujt' siège, et premier ministre de Louis aU- A son avènement la guerre aveclesTw** paraissait imminente. Bajazet avait cob* serve le plus vif ressentiment de la conduite de l'ordre de Saint-Jean dans «s
ILE DE RHODES
démêlés avec son frère. Enhardi par la mort de d' Aubusson , dont le nom seul servait de défense à Rhodes , le sultan recommença la guerre. Une première Kcadre turque avait été repoussée Tan 1503. L'an 1505 Bajazet aonna au fameux corsaire CamaJj ou Remal-Réis le H)mmandement d*utte expédition contre Khodes et les autres fies de la religion. Mais les cbevaJiers faisaient si bonne 2;arde, que Fennemi ne put aborder nulie part dans file de Rhodes. Repoussé de rtle capitale, Camali remit à la voile, et sounit les îles de Simia, de Tilo, de r^is- »ro, à l'attaque desquelles il ne fut pas ilus heureux. Il n'osa pas même toucher à celle de Lango, gue défendait une twnne garnison d'hospitaliers. Il croyait m moins surprendre rOe de Lero , qui Q'aTait point de défenseurs. Mais au moment et Tassant il voit apparaître sur la muraille une double baie de chevaliers revêtus de cottes d'armes rouges, la croix blanche sur la poitrine. Camali crut qu'il était arrivé du renfDrt , et prit la fuite. Ce n'était ^e les pauvres nabitants de Ftle qu'un jeune cnevalier piémontais, ap[>elé Paul Siméoni, avait revêtus d'habits de guerre.
L'année suivante, 1506, le chevalier de Gastineau, commandeur de Limoges, s'empara de La Mogarbine. C'était une grande caraque, dit Vertot (1), qui partait tons ks ans d'Alexandrie pour porter d'Emile en Afrique, à Tunis, et jusqu'à Constantmople des soieries, des épiceries et toutes sortes de marchandises , que les sujets du Soudan tiraient des Iodes par la mer Rouge. « Ce vaisseau étoit d'une grandeur si extraordiaaire, qu'on prâend que la cime du Srand mât des plus grandes galères , n'approchait pas de la hauteur de la proue de cette àiorme machine. A peine nx hommes en pouvaient-ils embrasser le'mftt. Cebâtimoit avoit sept étages, dont deux alloient sous l'eau ; outre son &ret, les marchands et les matelots nécessaires à sa conduite , il pouvoit encore porter jusqu'à mille soldats pour sa dtfense. Cetoit comme un château flottant, armé de plus de cent pièces de canon; les Sarrasins appeloient cette ca-
(0 Vertot, But, de t Ordre, etc., t. H, p. 4oo, L TIU.
raque la reine de la mer. » Cette importante capture fut suivie de la prise de trois autres vaisseaux égyptiens sur les côtes de Syrie.
Effrayé de l'audace et des succès des hospitaliers, le Soudan, Kansou-el- Gauri , mit en mer vingt-cmq vaisseaux qu'il envoya sur les côtes d'Asie Mineure. Ces navires allaient chercher les bois qu'il destinait à la construction d'une flotte qui devait être lancée sur la mer Rouge, pour disputer aux Portugais le commerce des Indes. Vingt-deux navires, la Mogarbine en tête , sortirent des ports de Rhodes sous la conduite d'André d'Amaral et de Villiers de l'île Adam. Malgré la mésintelligence de ses deux chefs, la flotte chrétienne détruisit réscadre ^yptienne au fond du golfe d'Ajazzo. On apprit alors que Bajazet venait de faire alliance avec le Soudan d'Egypte ; aussitôt le grand maître appela tous les chevaliers à la défense de Rhodes , et, malgré son grand âge , prépara tout pour soutenir un siège. La mort le surprit au milieu de ces soins, le 13 novenibre 1512, àl'âgedesbixantedix-huitans, « dont il avoit employé la meilleure partie dans la pratique des vertus chrétiennes; prince sage, habile dans le gouvernement, heureux dans toutes ses entreprises , qui enrichit son ordre des dépouules des infidèles, sans s'enrij(^r lui-même (1) », et q^ui mourut sans biens , avec la consolation de ne laisser aucun pauvre dans ses États.
Guy db Blanchsfobt , quabàih-
TlàMB GRAND MAItBE (1512-1513). ~
Le souvenir impérissable du glorieux gouvernement de Pierre d'Aubusson fit élever à la dignité de grand mattre son neveu, frère Guy de Rlanchefort, grand prieiur d'Auvergne , qui diurant le magistèire de son oncle avait pris une grande part au gouvernement ae l'ordre et surtout à la garde et à la conduite du
? rince Zizim. Mais au moment de son lection Guy de Rlanchefort tomba malade dans son prieuré. Jugeant sa présence nécessaire à Rhodes, le grand mattre se mit en route malgré sa faiblesse, n s'embarqua à Villefranche près de Nice. La mer augmenta encore son mal, et de Rlanchefort rendit le dernier
fï) Vertot, t. n, p. 4oS.
LirniVERS.
soupir afant d'avoir achevé son voyage.
Il mourut dans Ttle de Prodaoa, en face de Zante, le 24 oovembre 1618, un au et deux jours après son élection. Il était à craindre que le pape Jules II ne voulût disposer de la grande maîtrise , et n'atp t^tât à l'indépendance temporelle de l'ordre. Aussi les derniers ordres du
frand maître mourant avaient eu pour ut de détourner ce danger. Une caravelle légère , servie par <Pexcellents ranMurs, courut à Rnodes annoncer la nouvelle du trépas de Blanchefort, et Ton procéda immédiatement à Télection de son successeur, avant que le pape ait eu le temps d'entreprendre sur la iioerté des suffrages.
Fabbicb Càbbbtti, quabant^-
ONIÈMB GBAND MAItBB (1513-1521).
— La caravelle qui annonçait la mort du grand maître était arrivée à Rhodes le 13 décembre. Le chapitre s'assembla le lendemain, et le 15 on proclamait grand maître Fabrice Carretti, commandeur de la langue d'Italie, de la famille des marquis de Final en Ligurie. Au siège de 1480 Carretti avait déployé la plus grande va* leur et le grana maître d'Aubusson lui avait prédit son élévation. Nommé depuis amiral et procureur général à la cour de Rome , u s'acquitta dignement «les devoirs de ces différentes charges , et au moment de son élection <^était sur lui que reposait le soin de pourvoir à la déiense et à Tapprovisionnement de Rhodes. Son magistère fut continuellement inquiété par la crainte d'une ex- Sédition des Turcs. Sélim , successeur e Bajazet, en 1512, nourrissait, comme son père, une haine profonde contre les chevaliers de Saint- Jean. Mais ses guerres contre la Perse et l'Egypte le forcèrent à ajourner Texécution de ses
{projets contre Rhodes. De son côté, 'ordre s'alliait avec le sophi Ismaîl, avec le Soudan Toman-Be^, et, sans retarder leur chute, il fournissait amsi de nouveaux griefs au sultan Sélim.
Ce ne fut qu'après son retour d'Egypte
Sue Sélim ordonna l'armement o^^une otte de cent navires destinée à marcher contre Rhodes. Ses vizirs, ses généraux étaient impatients d'attaquer enfin cette <âté contre laquelle la valeur des Turcs avait toujours échoué. Mais le souvenir de l'humiliante retraite de son grand-
père Mahomet II , inspirait à Sâim de justes défiances, et il hésitait à s'aventurer dans une entreprise où il poaratc compromettre sa gloire. « Vous om poussez, dit-il un four à ses vizirs, à la conquête de Rhodes; mais savez-voiLs ce qu'il faut pour cela , et poavez-voQS me dire quelles sont vos provisioDs de poudre. » Les vizirs répondirent au siltan qu'ils avaient des manitions snftsantes pour un siège de quatre mois.
« Que raire avec un approvisicmneoNa:
de quatre mois , s'écna Sélim avec Inmeur, lorsque le double ne suffirait pis? Voulez-vous voir se renouveler à oa honte l'échec de Mahomet II ? Je n'ratreprendrai point la guerre , et je ne ferai pas le voyage de Rhodes avec de tds préparatifs; d'ailleurs, je crois que fe n'ai plus de voyage à ùire que celui de l'autre monde (1)* » Cependant il cœtinuait ses préparatife, tandis que F^ brice Carretti augmentait ses moyess de défense. Mais la mort les surprit tous deux en 1521 , et la vieille mierellecks Turcs et des chevaliers de Rhodes devait- se décider entre leors successeurs (2).
VlLLlBBS DE l'Ile- AD1.U, QU4- RjLNTB - DEUXIÈME 6BAND MAhU
(1521-1534). — A la mort de Fabrke Carretti, trois chevaliers se reeommaih daient par leur renommée aux sufiVages du chapitre. Céudent André d'Amaral, chancelier de l'ordre, grand prieur de Castille, Thomas d'Ocray, grand prieu d'Angleterre, et enfin le graid prieur (k France, Philippe Viiliers de riIe-Adaii Mais d'Amarai indisposa le chapitre pa; ses hauteurs et ses prétentions ; il U écarté tout d'abord, et bientôt le cboii des électeurs se fixa sur la peraonne <k l'Ile- Adam , alors absait de Rhodes, mais que recommandaient suffisammeot son habileté, son courage et ses vertus. La nouvelle de cette électioxi excita b
(i) De Hammer, Histoire de CXmmrt Ottoman, t. IV, p. 356.
(a) Le colonel Rottierg a retrouré le kmbeau de ce grand rnaiu^ dans l'église SaÎBt- Jean. C'est le seul monument de ce genre qù ait été préservé de toute dévastation. To^ei Monuments de Rhodes, p. 3oo cl Alûs.
pi. XLI. Le prieuré d'Italie porte une ûfi* cription qui atteste qu'il fut rebâti en i5:9 MUS Fabrice Caretti. Ibid., p. 3»4.
ILE DE RHODES
HÀe de tous les habitants de Ffle de Bhodes. Seul , d'Amaral en conçut un violent diagrin : il Jura de se venger des refus de Tordre , et dans les premiers transports de sa colère il lui échappa de dire que rile-Adam serait le dernier grand mattre qui raierait à Rhodes.
Cette sinistre prédiction ne devaitétre que trop tdt réalisée. Villlers de rile- Adana s*etait bâté de prendre oon^é de François P' et de gagner sa capitale.
Après une traversée ou il faillit périr plusieurs fois, par le feu, parla tempête, et par les emndcbes de Tamiral turc Kourdoghii, il arriva à Rhodes, le 19 septembre 1521. Cependant Soliman, successeur de Sélim, venait d'inaugurer son règne, le plus glorieux de la dynastieottomane par la conquétede Rel^prade, devant laquelle Mahomet H avait échoué autrefois. Apr^ avoir renversé un des remparts de la durétienté, Soliman résolut décidément d'attaquer l'autre ^ c'est-à-dire de s'emparer de Rhodes, qm tenait en échec la puissance musulmane sur mer et en Asie. Jamais les circonstances n'avaient été si favorables à Texécutîon d'un pareil projet (I). Charles- Quint et François I^ partageaient et gisaient l'Europe par leur nvalité politique. L'unité relieuse de la chré' tienté venait d'être bnsée par l'explosion de la réforme luthérienne. Soliman comprenait qall pouvait tout oser contre les Etats chrétittu, et qu'il n'avait rien à en craindre. 11 avait pris Relgrade, et il s'était ainsi ouvert la Hongrie, aue la minorité de Louis U livrait sans défense à ses arm^; il hii restait à prendre Rhodes, pour dominer dans l'Archipel et assurer de libres et faciles communications entre Constantliiople et les deux provinces récemment conquises par Sélim, la Syrie et rÉgy^. Indépendamment de ces raisons, qui étaient plus que suffisantes pour entraîner Soliman, il était encore poussé à la guene par les exhortations de son vizîr Moostspha, de son grand amiral Kourdoghli, qui échauffaient son ambition et son amour de la gloire. Enfin à tous ces motifs s'ajoutaient aussi les communications de deux traîtres, un docteur juif et le vindicatif André d'Amaral,
(i) De Hanuner, Histoire de tJSmpire OttomoM^ t. Ty p. a5 ii 43*
13C livraison, (Ile de Rhodes.
qui lui démontraientropportunité d'une attaque contre Rhodes, en lui représentant cette place comme mal approvisionnée et démantelée en plusieurs endroits.
L'expédition fut donc r^lue; mais avant de commencer les hostilités, Soliman, pour accomplir la formalité prèscrite par le Coran, envoya au grand mattre une lettre dans laquelle il le sommait dese rendre, et jurait comme à l'ordinaire, par le Créateur du ciel et de la terre, par Mahomet, son prophète , par les autres cent vingt-quatre mille prophètes de Dieu, et par les quatre hvres sacrés envoyés du del, gu'il respecterait, dans le cas d'une soumission volontaire, la liberté et les biens des chevaliers (1). Peu de temps après, la capture d'un brieantinde Rhodes par un navire turc donna le signal des hostilités. Le 18 juin 1523 la flotte ottomane, forte de trois cents voiles, sortit du portdeConstantinopleetsedirigeasurRnodes. Elle portait une immense quantité de provisions, et elle avait à bord dix mille soldats de marine, sous les ordres du vizir Moustapha, nommé séraskier de l'expédition. Cependant l'armée de terre, commandée par Soliman lui-même, et forte decentmille hommes, marchait à travers l'Asie vers le golfe de Marmaris (l'anden Phiscus }• Après une traversée heureuse, la flotte commença son débarquement dans la baie de Parembolus, près de la ville de Rhodes, le jour de la Saint-Jean, patron de l'ordre des Hospitaliers. Un mois se passa à débarquer les troupes , les provisions et rartulerie, à dresser un camp et à attendre le sultan, à qui le séraskier ne pouvait enlever l'honneur d'ouvrir lui-même le siège. Le 28 juillet 1522 Soliman quittait Marmaris et débarquait à Rhodes, au milieu des salves de l'artillerie de siège, composée de plus de cent bouches à leu. On v remarquait douze énormes canons, aont deux lançaient des boulets de onze à douze palmes de circonférence (2). On en retrouve encore
(x) Vertol, HùL des Chepai. de Saint-Jean, t. II, p. 4^6. M. de Hammer regarde cette letU^ comme la leule authentique. Tout le reste de la correspondance entre Soliman et Tilliers de Tlle-Adam lui parait supposé. For. t y, p. 4x6, not. f 5.
(a) c J*ai moi-même mesuré , dit M. de
1 is-
L'UNIVERS
^luelques-uns dans les murs et dans l'enceinte de la forteresse.
Le ^and mattre n'avait pu s'opposer au débarquement des Turcs. Abandonné par les princes chrétiens, réduit aux ressources de son ordre, il n'avait pu réunir ({ue quatre mille cinq cents soldats et six cents chevaliers. Toutefois, pour ne laisser aucune ressource à l'ennemi, il avait feit incendier les villages , il avait abattu tous les édifices extérieurs et reçu dans la ville tous les habitants des campagnes pour les employer à la réparation des brèches. Les Grecs de Rhodes et des tles s'étaient attachés à la domination des chevaliers, et en général ils leur restèrent fidèles, malgré les avances et les séductions de Soliman (1).
Quant aux chevaliers^ enflammés par le dévouement , le courage et la piété du grand mattre, ils se montrèrent tous disposés à le seconder jusgu'au dernier soufur. L'fle-Adam distrioua à différentes angues de l'ordre la défense des sept bastions de la ville. Lui-même se plaça à la Porte des Vainqueurs, près de réglise de Sainte-Marie de la victoire. Gstte porte était au nord delà ville, à l'opposite du port Mandraocio et de celui des Galères ; à gauche de cette porte était le bastion de la langue allemande, puis la porte d' Amboise et le bastion de la langue espagnole: à droite, les bastions des langues d^Auvergne et de France. Ces quatre bastions défendaient la partie nord de la ville. A l'est, où se portaient principalement les attaques des assiégeants, s'élevait le bastion de la langue anglaise. Les murs, au sud de la viUe , étaient confiés aux chevaliers de Provence et d'Italie ; ceux de la lanfl;ue portugaise avaient la défense de Ta porte maritime. Guyot de Castellane, vieux bailli provençal, eut la garde de la forte tour de Saint-Nicolas, avec vingt chevaliers et six cents soldats. De fortes chaînes et la tour Saint-Michel complétaient la défense du port.
Les Ottomans enveloppèrent la ville du nord au sud dans l'ordre suivant : à l'aile droite en Caoe des bastions des lan-
Hammer, plusieurs de ces boulets pour m*assurer de l'exactitude de Tassertion des historiens du temps. » T. y, p. 416, not 18. (i) Foy, Vertot, l. VIII, t H, p. 458.
gues française et allemande était plae Ayaz-Pacha, béglerbey de Roumâie <, ei à ses côtés, en face des bastions d^ paene et d'Auvergne^ le troisième vizir, Acnmet-Pacha. Au centre, et parallèlement au bastion de la langue anglaise, se trouvaient le séraskier et le second vi dr, Moustapha-Pacha. Le camp du sui.
tan fot établi devant la positiou de Moghtapha, sur la colline de Saint-Cdmeet de Samt-Damien, et près de la ehapèUede la Vierge d'Élemonitra. Au sud-est delà Ville, c^-à-dire à l'aile gauche de l'armée assiégeante, Kasimbeg, béglerbej d'Anatolie, devait conduire Fattaqu contre le bastion de la lan^e de Pio> venoe, et plus loin encore, a rextrén^ de cette même aile gauche, le grand mir, Piri-Pacha , était opposé aux cbevaiien d'Italie.
Le 1^ août le béglerbey de RoumâK ouvrit le sié^ en attaquant le poste de chevaliers allemands, que oommaodiit Christophe de Waldner. Vingt ^ un fanons foudroyaient le bastion allemand et vingt-deux la tour de Saim-Nkoltf.
Quatorze batteries de trois canons chacune étaient dirigées contre les bastions d'Espagne et d'Angleterre, et dii-snt autres semblables contre le bastion dltalie. Les assiégeants et les as8i^;és employèrent le mois d'août en traraox de mines et de contre-mines. Mal|^ k grand nombre de bras dont pouvait disposer Tennemi, les travaux, de la défense conservaient l'avantaj^ , gr&oe 2 l'habileté de l'ingénieurvâiitieD Gabriei Martinengo, que, d'après l'avis du cbevalier deBosio, le grand maître avait faî venir de llle de Candie. A peine arrive à Rhodes, Martinengo s'était enflamoK au contact de l'enthousiasme ffuerriv et religieux qui animait les cbevauiâs, ei il s'était enrôlé dans cette milice sacrée, dont il fut un des plus vaillants d^enseurs. La bravoure héroïque du grai^ mattre et les talents de Martiaeqgo firent échouer toutes les premières tstatives de l'ennemi.
Le 4 septembre deux mines renter sèrent une partie du bastion aittlais- Plusieurs bataillons dejanissaires^aSDcèrent sur la brèche ; et déjà ils gagaaied le sommet de la muraille et ils y plaotalent leurs étendards. Mais le grand mattre accourut l'étendard do Ja cnÂ
ILE DE RHODES
tn-
-déployé , et les força k »e retirer après une perte de près de deni mille bommes. Un second assaut, Uni mx jours plus lard par les Turcs, leur fit éprouver aoe perte aussi forte ; les asslégeanU n'eurent que trente bommes tués , pnml lesquels le gén^l de l'artillerie et le porte-diapean du grand maître. Le 18 septembre, â lasuite d'une première at taffue, les Tnrcs forcèrent le bastion anglais, sttr leipid ils arinièrent dnq drapeaux. Le eommaodeur Waldner les arrfta , et le grand maître aebera leur déTahe. Quetaieajoun après le docteur Juif qui trahissait l'ordre et correspondit ■ne le camp ottoman, surpris au moment où il allait lancer à l'emiemi uoe lettre aa moyen d'une flècbe, fut ëcartelé.
losquo li il n'y avait en que des aasauts partiels-, mais le 34 septembre on anmôqu ou attaque générale smr toute la ligne des fntiScatioBS. Depuis midi jusqu'à minuit, des hérauts paroourtirent la camp ea criant : • Demain il y aura aesant; la pierre et la territoire sont au Padîsehah, le sang et les biens des babitanta s«it le butin des vain*
quaors. > Au poiotdu jour les Ottomans se potièrent an nord, a l'est et au sud de la ville -, cependant leurs efforts te eoneentrètûit surtout contre les bastions de« langnss an^aisc et espairnole ; l'aga det jmlssaiiM parrint même à Burprendve ce dernier bastioa et i y planter son drapeaa. Hais ce triomphe ne Alt que de «RUte durAe : le grand mattre irai avait d^à repoussé l'attaque do bastion aiqtlaiE, engagea avec les ianiaaaim on combat acharné. Lca Turea fureiU npoustés de toutes parts, laiainnl quiose mille des leurs sur la brèdM et dans lca fossés. Dans cet assaut, le pina tarriUe de tous cens qui se lîrrèrentpendantleooura du siège, toute la populaâonde File seconda bravcDwnt la râleur des cberahen. Les femmes eUev-inémss prirent une part glorieuse au succès de eatteaanglaatejoumée. Sans •"«Éfrayer des erls, du tumulte et du car- B^e, dlcs portaient les unes des maaitîs« M des rafralehissemenU aux guer> rins qui ewnbattaient sans relflcbe, les amvm de la tam pour en remplir les brt«iiea, et des pierres pour les jeta sur
Le eoltao. Irrité du mauvais snceèa de cette entreprise, s'en prit an b^lerbey de Roumélie, Ayaz-Pacba.II led^wsa.etla fit emprisonner; miùs il le rendit i li liberté et à se* fonctions dès le lendo' main(l). Il songeait, dit-on, k lever 11 siège, knrsqu'un transA^, envoyé peul être par d'Amaral. vint lui faire sur la situation déplorable delà ville des révélations qui déterminèrent Soliman à persévérer. Le iSoctobre, à la pointe do jour, Adunet-Pacha, ^ avait remplacé Moustspba dans la direction du sié^, tente de surprendre le bastion andais; les remparts étaient d^ an pouvoir des Turcs, lorsque l'aga dés janissaires fot blessé et ses soldats forcés de battre en retraite, y • ~ ■ ■ nouvel as!
tions dit assiégeant combat i nengoava dantlesti maladie 1 les opérati plus de rc
paraissant derêao, ainsi que ses cbevaliera, insensible h la &tigue comme aux
Sur ces entrebites la trahison de d'Amaral fut découverte. Son domestique Biaise Diez, fut surpris en commumcation avec l'ennemi. On le mit à la question, etil révéla toutes les intelligences de son maître avec les Turcs. Un prêtre grec, chapelain de l'ordre, conflnnasa déposition. D'Amaral, confronté avec ses deux accaiateurs. nia tons les faits qui lui étaient imputés, et la torture ne lui arracha aucun aveu. Mais la conviction des juges résista à toutes ses dénégations, et d'Amaral fut condammé à mort arec son valet. Avant l'exécalion , il fat d^dé dans féglise de Saint- Jean, en présence de tout l'ordre assem-
(i) Toir le Jaurnal d» f*^ii£tteit dt Soliman eonirt CU» d* Rhodêt, dam HtmiMr^ I. T, p. 411. Cette anwUtion. ajoute l'iû^ lorien, ■ donné luiMkoce à U fuile que Bourbon, et d'aprèi loi BoMo, Terlol, KnoUei, Héienij , Sagredo , Mignol et Alix oal rapportée n lujet de UouaUb-Picht que la aultin taraiE bit mourir k coup* de flicbei. D* HuBBcr, L T, BoL ai.
tso
LUNIVERS.
Aie : conduit enwite ftur la gnmde plaœ de Tordre, il y subit la mort avec fermeté. Bourbon, Fontanus, tous les historiens de Tordre, ont flétri la mémoire du ffrand chancelier d'Amaral. Cependant vertot remarque qu'on ne Taurait pas traitési rigoureusement, si quand il 8*agit du salut public le seul soupçon n*était pas pour ainsi dire un crime que la poutique ne pardonne guère (1). (80 octobre 1522. )
La plus grande partie du mois de novemore se passa en travaux et en en-
i;agements partiels, qui ijoutaient touours à la faiblesse des chevaliers et aux progrès des Turcs. Le 23 novembre un nouvel assaut donné au bastion d'Italie coûta aux Ottomans cinq cents hommes sans aucun râiultat.Le 30,jour deSaint- André, les bastions d'Espiagne et d'Italie furent impétueusement assaillis par les Ottomans. Les chevaliers, exténués de fatigue, plièrent d*abord, et Tennemi se répandait dans les retranchements.
Jamais Rhodes ne s'était vue si près de succomber. A Tinstant toutes les cloches sonnent Talarme, de tous côtés on voit accourir chevaliers , bourgeois , paysans : les Turcs sont arrêtés; la brèche est reconquise : la pluie qui tombe par torrents entrame les ouvrages des Musulmans. Ils^se dispersent tous.en laissant trois mille des leurs sur le champ de bataille.
Cette nouvelle perte détermina le séraskier à ne plus tenter d'attaques ouvertes et à se réduire aux tranchées et aux mines. Le siège avait coûté à Soliman environ cent mille hommes, dont la moitié avait péri les armes à la main , l'autre moitié par suite de maladies. Malgré ces pertes immenses, Tarmée du sultan se trouvait toiyours recrutée, tandis que chaque jour la mort faisait dans les raujgs des défenseurs de Tordre des vides irr^arables. Aussi Soliman, sachantles chevaliers réduits à la dernière extrémité, et croyant leur courage abattu, fit proposer le 10 décembre une entrevueau
grand mattre, et offrit une capitulation onorable, souslaconditionderendrela ville dans le délai de trois jours. La reddition de la place avait déjà été résolue dans le chapitre des grands -croix de
(i) Vertot, Hiit. de tOrdr; etc., c II, 5o3,
Tordre, et dans celui où chaque laope était réprésentée par deux ehevaboi.
Cependant cette résolution, hlâmée vilement par les plus intrépides , fîit lévo- 2uée, et Ton fit demander à S<diman »
élai plus long que celui qu^il proposait Pour toute rejranse Soliman ordonna à ses généraux de recommencer le mé^ (18 décembre ). Biais il avait rémsi par des n^ociations à jeter la division dau la ville; les populations grecques, M»
guées du siège, effirayées des inenaees des Turcs , séduites par l'espoir d'oie capitulation, se détachent des chevalien, qui, réduits aeux-mémes,8ans muoitioiB et presque sans vivres, se virent enft» dans l'impossibilité de prolonger ph»
longtemps leur résistance. D'amml Vdliers de TIsle-Adam, ne pouvant « lésgœr à Taveu de sa défaite, osa encore garder une attitude supérieure à sa €w> tune. Il envoya au séraskier l'écrit par lequel Bajazet II avait jadis garanti au grand mattre Pierre d'Aubusson la libre possession de Rhodes, en son nom et m celui de ses descendants. Dès qu'il fit cette pièce entre ses mains, Achmec-Pacha la déchira et la foula aux pieds, et il répondit au grand mattre une lettre pleine de grossières injures. Bienlài Villiers de TIsle-Adam, réduit à Iml dernière extrémité, se vit contraint à chan> ger de langage, et il députa à SoÛman un chevalier et deux bomgeois de la ville pour négocier la reddition de Khodes ( %2 décembre }. La capltalation fiât aussi honorable que pouvaient Fespénr des vaincus. Elle portait que les é^ses ne seraient point pro&mées, que Texercice de la religion chrétienne serait libre,
Sue le peuple serait exempt d'impdts peoant cinq ans, que tous c^a qui voudraient sortir de Ttle en auraieoc la permission, que lescbevaiiers pourraient se retirer avec tout ce qui leur apparte* naiten meubles, en armes, reliques et vases sacrés; auetous lesforts de Rhodes et des autres lies qui appartenaltet à h religpon et le château ae Saint-FÏene seraient remis aux Turcs ; que Tarmésoltomane s'éloignerait de quelques nûlks; que Ta^a et ouatre nulle janissaiies viendraient seuls prendre possesston de la place; enfin que Tcurdre donnerait comme otases vingt-cinq chevaliers ci vingt-cinq des principaux bouxgeotf.
ILE B£ RHODES
A peine eette cafntnlatioii eot-eUe été i^éd de part et d'antre, qa'ette fot violée dans tes danses prinopales. Le eingoième jour après la signature, c'est* à-dure le 25 décembre X^n , les janissaireB échappèrent à lenrs chefs, et s'approchèrent de la ville sans antres armes que des hâtons. Ils forcèrent une des portes , pillèrent les maisons des piin* âpaux habitants , et commirent tontes sortes d'excès. Lear fbreur se décbalna surtout contre l'église Saint- Jean; ils raclèrent les peintures à fresque repré« sentant les saints, brisèrent les statues, oavrirent les tombeaux des grands maîtres, renversèrent les autels, traînèrent les crucifix dans la boue, et mirent au inllage les ornements sacrés. Du haut du clocher de l'église Saint- Jean on app^ les croyants à la prière. C'était dans la matinée du jour de Noël que s'accomplissait k pillage, au moment même où le pape Adrien d'Utrecht célébrait le service divin dans Téglise de Saint- Pierre ; pendant l'offîce, une pierre, se détachant de la corniche, vint tomber à ses pieds, circonstance qui fut regardée oomme le présage de la chute du premier boulevard de la chrétienté (1).
Le lendemain, le 7 du mois de safer, 36 décembre, Villiers de risle-Adam, informé que le sahan désirait le voir, se rendit, malgré sa répugnance, à cette entrevue. H vint au camp ottoman , accompagné seulement de quelques chevaliera- « Comme tétait un jour de diiran, il resta longtemps devant la tente de son vainqueur, exposé à la neige et à la phii^ en attendant le moment d'être introduit. Enfin le grand mattre» après avoir été revêtu d'nn kaftan d'honneur, fut conduit en présence de Souléiman.
Ces deux princes, qui étaient arrivés ensemble au pouvoir deux ans auparavant, et qui se trouvaient maintenant face à face dans des positions si diverses, gardèrent lonj[temps le silence et s'examinèrent réciproquement. Enfin le sultan, Creoant la parole, s'efforça de consoler i Kraod mattre de sa défaite en lui re* prâentant que c'était le sort des princes de perdre des villes et des royaumes, et lui renouvela l'assurance d'une libre re-
traite. Deuxjonrs après Souléiman, étant allé voir le tûistion d'Espagne et la tour de Saint-Nicolas, voulut visiter ^alem«it Rhodes et le palais do grand mattre avant de retourner à son camp. Accompagné seulement d'Achmet- Pacha et d'un Jeune esclave, il se rradit au réfectoire des chevaliers, et demanda Yil- Uers de l'Isle-Adam. Achmet-Pacba disant fonction d'interprète et traduisant les paroles du sultan en grec, assura de nouveau au grand mattre que la capitulation serait de tous points strictement exécutée, et lui ofiâitun terme plus Ions pour l'évacuation de Rhodes. Le grand mattreremercialesultan,etsebomaà lui demander de rester fidèle aux clauses du traité. Le 1^ janvier lS2d, le grand maître, avant de s'éloigner, vintbaiser la main du sultan, et lui ofi&it quatre vases d'or. « Ce n'est pas sans en être peûaé moi-même, dit Souléiman à son lavori, Ibrahim, que je force ce chrétien à abandonner dans sa vieillesse sa maison et ses biens (1). » Après cette dernière entrevue le çrand maître et les débris de l'ordre quittèrent pour toujours l'Ile de Rhodes, où les chevaliers de Saint- Jean- de- Jérusalem réffnaient av^ tant de gloire depuis près de deux cent vingt ans. Plus de quatre mille habitants de 111e les accompagnèrent dans leur re»
traite, et l'escaore se composait de cinquante bâtiments. Leur retour en Europe fut désastreux : battus par de violentes tempêtes, décimés par desmaiadies après avoir successivement relâché à Candie, à Gallipoli, à Messine , ce ne fut que six mois après qu'ils abordèrent à Civita-Yecchia, le port principal des États de l'Église. Au mois de janvier 1524, Villiers de llsle-Adam vint sa fixer àViterbe, que Clément VU, successeur d'Adrien IV , lui assigna pour résidence provisoire. Enfin en lôdO Charles-Qmnt conclut avec le conseil de l'ordre le traité deCastel-Franco, parler quel il cédait aux chevaliersMalte, Gozzo et Tripoli. Rendu ainsi à sa destination, l'ordre de Saint-Jean prit possession de l'île de Malte au mois d'octobre 1530. Il recommença dans ce nouveau poste sa lutte héroïque avec l'islamisme,
(i) De Hammer^ Hist. du Ottomans ^X. V, P. 39.
(i) De Hammer, HUt, des Ottomans, t. V, p. 4o.
L*UJKITERS.
^1 D6 éesia de eembittn qu'après ««e eet ennemi «ot ctssé lai*méiDe dratre radontablo è la ofarétienté.
Ospendant Soliman, après le départ de Tordre, aefae?a la eonqoéte d« petit empire mariUme dont 11 avait emporté la capitale. Les tles qoi dépendaient de Rhodes furent entraînées par sa chute.
Leros , Gos, Calvmna , Nisyros, Télos, Ghaice, Limonia et S?me furent occupées par des postes d'Ottomans. Les femmes ffreeques de Sjnie, q«i par leur habileté a plonger, avaient rendu de grands services aux Turcs pendant le nége , obtinrent du sultan le privilège de porter un tuitan d'étofife blanche.
Le fort de Boudroun, bâti sur les ruines de randenncHalicamasse, ouvrit aussi ses portes , et compléta le nombre des dix conquêtes de Soliman. Quant à ce
Cace , il avait quitté Rhodes peu de irs après le grand mattre. Il s'était embarqué un vendredi, après avoir assistée la prière publique dans l'église de Saint Jean, et avoir dooné les ordres nécessaires à la reconstruction immédiate des fortifications de Rhodes. Un mois après le vainqueur célébrait son entrée triomphale à Constantinople.
ÉTAT DB L'IlB de RhODBS APRÈS LA GOnQUÉTB DBS TURGS. — Quaud
Soliman eut réuni Ule de Rhodes à son empire, il prit toutes les mesures nécessaires pour assurer la conservation de cette importante conquête. Des n^ociations s'étaient engagées entre Charles- Quint et le grand mattre pour replacer Rhodes sous le gouvernement de la rellffion (1). Mais u était encore plus difficile de recouvrer cette tle qu'il ne l'avait été de la défendre; et Ton ne put rien tenter de sérieux pour sa délivrance.
Rhodes resta donc et reste encore sons la domination des Turcs; le croissant y remplaça l'étendard de la croix ; la barbarie musulmane y succéda à la civilisation chrétienne, et depuis trois siècles elle en efface les vestiges et elle en dé* tniit les oeuvres. A partir de cette époque Rhodes n'a plus d'existence individuelle, plus d'activité politique; son histoire est terminée, et u ne nous reste plus qu'à montrer à quel degré de décadence et d'abaissement elle est tombée, ainsi que
If) GoroneQi, Isoia diRodi, p. ai6.
presgoe tontes les tles qui ontéléoomns elle nappées du mêmeiéan.
Rhodes fut placée, comme toutes les autres provinces de l'empire ottoman, sous le gouvernement d'un pacha , q« avait une autorité iÉ>soltte. Un eadi érat chargé de l'administration de Injustice; im mophti y dirigeait le sennee rdiffieux. Tous tes Latins furent expulsés d& rtle. Les Grecs et les ju^ BEUxquels les Tores permirent la résidoioe, étaiot
Ëacés sous l'autorité d'un chef appdè outeveli , qui percevait le haracn oo capitation, mbut imposé par les vainqueurs, et qui jugeait leurs différoids.
Les troupes qui formaient la garnison dp la place étaient commandées par un Aga. « Tels sont, dit Savary, les priDcipeux officiers de Itle; ils senâ)lent touscoos ptrer sa ruine (1) ». Et le t2J>leaa qu'il trace de l'état de l'tle à la fin do dix-huitième siècle montre que cette mine était déjà consommée.
Toutefois, cette déoadenœ des provinces de l'empire ottoman ne se fitpas immédiatement sentir. Au seizième et pendant la plus grande partie du dixseptième siècle, cette puissanœ conserva encore l'apparence d'une grande prospérité. Sans doute , die contenait éats son sem les fermes de sa destruction future; mais us n'avaient point encore fait les effroyables ravages gne nous constatons de nos jours. La situation de Rhodes, autant que nous permet de l'açprécier la pénurie des documents bistoriques (2), reste encore quelque temps
(i) SaTar^, Lettres sur la Crècë, p. So.
(a) Depuis le tempt des Tincs 1^ et Ehodes a été très-peu connue. Les Turcs eoi toujours surveiUéaTee soin cette oonovèley qnâ leur «Tait coûté si cher. Le colond Rottio» n'a pu k parcourir entièrement An dîx-eeptième siède, Thévenot disait : « Nous dcncnrâmes dans le port de Rhodes treize jmbs» pendant lesquels je considérois oetle pbce autant que je pus , n'osant pourtant pas j rien regarder trop attentivement ; car aussitel que je m^arreslois les Turcs me regirdoient, et en même temps un gentilhcnir chiot , avec qui j'estois, me pooasoit, poor me retirer de mon attention, oui me pouvoil être dommageable, principaJemeot ca et temps-là , auquel on craignoit par toutes ka lies de la I^uie mie les Témtieot tCj fissent descente. » Retation eTim vojrogtfui
ILE DE RHODES. 183
assez satisfaisante. « Après la conquête traire la prospérité de cette Ile énergique
les Tores, toujours soutenus par Tesprit et vivace. Il fallait que la décadence ait
fanatique et guerrier qui fit longtemps commencé depuis longtemps , que déjà
leur force , utilisèrent les belles forets toutes les sources du commerce , de
de chênes et de pins qui couvraient les l'agriculture et de l'industrie aient été
montagnes de nie. Des galères cons- entièrement taries , pour qu'à la fin du
truites à Rhodes allèrent grossir les dix-huitième siècle un voyageur ait pu
flottes musulmanes, ou sortirent en constater à Rhodes une dépopulation et
course contre les chrétiens. La popula- une misère dont le tableau suivant don-
tion grecque elle-même profita d'abord nera l'idée.
des ressources immenses qu'offrait i'ex- L'tle de Rhodes , dit Savary (1), con-
ploitation de ce prodigieux empire, alors tient deux villes ; la capitale et l'ancienne
dans toute sa splendeur. Dociles à leur Lîndos. La première est habitée par des
fénie national, qui depuis ne s'^est pas Turcs et un petit nombre de juifs. Elle
émenti, les Grecs devinrent les facteurs a de plus cinq villages occupés par des
de l'Asie, des villes de Syrie et de TÉ- musulmans, cinq bourgs et quarante et
fypte ; leurs petits bâtiments couvrirent un villages occupés par des Grecs. On
archipel , et en même temps que se com- y compte en tout 7,500 familles, ainsi ré-
blaient le Pirée et les autres ports de la parties :
Grèce soujnfee les sacolèves arrivaient j^^ Tores. ,...?. 4,700 familles,
en foule à Rhodes , qui devmt comme j^gs Grecs ,*•.,» îlôoo »
l'entrepôt des différentes échelles du Le- Les juifs. '. ! . ♦ * » . 'soo »
Tant. En ddiors de cette navigation gé- Tïqq
nérale, qui procurait de grands bénéfices '
aux armateurs, les principales exporta- En supposant dncr personnes par fa-
tioDS de Rhodes consistaient dès lors mille,c'estune population de 37,500 ha-
en vins du pays, en bois de construction, bitauts. Le tableau des revenus de l'Ile
Les oranges , les citrons , les figues , les est en rapport avec le nombre et la pau-
amandes , tous ces fruits que l^ntiquité ^eté des habitants,
allait chercher à Rhodes , et qui Y sont -, t» j ^i »>. ^ »« .
Sara renommés, étaient âp^iés à ^''"«'"' ^ «"«"" * "'« '^ «»««'"•
Sn^e , à Beynmth , partout où af- Droiu de carach ou capiu- .
fluaient les Vénitiens. De riches Turcs , ^"um^J .:,: iL'i',' **'**•** 1 „•
des pachas exilés affermaient leur^ " "^'""""' *"''** '^"•'" „ ono U
terres aux cultivateurs grecs, qui ven- dédouane ». 3,500 1 5
daient à la ville les grains que leurs com- — sar les maisons. . . » « e,2ôo I ^
patriotes savaient diriger vers les con- — sur la ferme de ladre. « lo,30ol'o
trées où la disette se faisait sentir (I). » — sur le bétail »oo } 1
Malgré toute son activité et ses heu- — «««portes. . • . ^- • • 200 MS
relises dispositions pour le commerce , - |"„; \^%^^ ^^ »>*"^- * *»^^ i S
la forte race des Grecs de Rhodes ne ^^^ i^^ vignobles*. ! \ ! 60o|
put tennr longtemps contre la désastreuse fvouveau droit sur la tête de |
mQoence du despotisme musulman. Les chaque Grec et juif. 4 « 900 !
avanies, les exactions, les corvées, tous Wôôô/
les excès de la fiscalité brutale des pa- '
chas turcs durent promptement dégra- Voilà donc 90,000 piastres que l'île pro-
der eette population industrieuse , et dé- duit au grand seigneur. Il faut retrancher
de cette somme celle de 55,500 piastres^
T M' ,« t%^« nat * w«.o«c qui sont employées à payer les gardiens
auLePoni «H»; 1^8^664, p. a 14. En 18^ ^ , jj, Ses^iHag^s, les inspecteurs
le colonel Rotuers écnvait cea : « Je ne jL u:™ Ml i/^oJ«««V»«a r^nt^fi^m
voulais pas quitter Rhodes sans faire une ^es biens de la campagne, lentreU^
excorsio^a^ l'Ue ; mais on m'en détourna, àes mosquées , le pain et la SOupe que le
m-aasuraot qu'il y allait peut^ire de ma vie. - sultan fait distribuer aux pauvres^msi ,
Man. de Rhodes^ p. 38o. il u'cutre réellement dans ses coffres que
(x) Cottu , Rewue des Deux Mondes, x 844 ,
p. S33. (i) Lettres sur la Grèce , p. 81.
LIJiaVEBS.
34,500 piastres. En somme, eette ^ande île produisait moins aa grand seigneur qu*un domaine médiocre en France ne rapporte a son propriétaire.
Etat actobl db Rhodes. — De nos jours, les événements politiques qui ont rendu à la liberté une partie •de Tancien monde grec ont encore contribué à augmenter la misère etàaggraver rassujettissement de Tlle de Rhodes.
« En 1822 (1), peu de temps après l'insurrection de la Grèce, l'île de Rhodes avait pour gouverneur Youssouf -Bey . Depuis dix ans, les musulmans et les Grecs vivaient tranquilles sous son administration. La révolution qui venait d'éclater troubla cette harmonie, et les Turcs de Rhodes ne tardèrent pas à intenter de nombreuses accusations contre les Grecs, soupçonnés par eux de prendre partà la révolte der leurs coreligionnaires. Ces imputations tf étaient qu^un prétexte. Le nombre' des Girecs, oien supé* rieur à celui des Turcs dans Ttle, leurs travaux, une certaine aisance qu'ils avaient acquise , tout excitait la cupidité de leurs ennemis (2). Le sage Toussouf le comprit, et ne voulut pas servir d'instrument à des persécutions iniques. »
Irrités de la résistance du gouverneur, les musulmans formèrent un complot contre lui-même. Il fut dénoncé à Constantinople comme traître envers son souverain, infidèle à sa religion , et protecteur exag;éré des rayas. Il n'en fallut pas davantage plour que le rappel du bey nlt décidé, fort de sa conscience et de son caractère, Youssouf se rendit au divan, y expliqua sa conduite; et, loin de marcher a réchafoud, comme s'y attendaient ses accusateurs , il acquit l'estime du sultan, qui l'éleva à la dignité de pacha et lui.coima le gouvernement de
La Porte envoya à Rhodes pour lui
(r) Rottiert, Monwn, de Rfiodes, p. 69.
(a) Ces renséignemeots oe s'accordent pas tout à fait avecrceux que donne Savary. Mais la situation de Tile avait pu changer dans l'intenraUe de son voyage et de celui du colonel RoUiers. La pénurie des documenU me met dans Timpossibilité de critiquer ces assertions contradictoires. Ceci , du reste, est une histoire toute nouvelle, et qui pourra être mieux connue plus tard.
succéder Méhémed-Sdiukur-Bey, i^ lard de soixante ans , Grec , Maniote de naissance, et firère de Piétro-Bey- Schn-. kur-Bey avait été esclave ; ses tal^U et ses vices l'avaient tiré de l'obscurité ; Use distingua comme marin. Tour à tour ea faveur ou en disgrâce, il avait mené une vie aventureuse, pendant laquelle il avait acquis et dissipé une fortune considérable. L'île de Rhodes , relevée »ar Tadministrationde Youssouf étaitredevenoe assez prospère; c'était une riche proie pour un gouverneur rumé. Schukur-Bcy ne songea qu'à refaire sa fortune dâibrée; et son insati2d)le cupidité se fit sentir également aux Grecs et aux Turcs, km Grecs, dit M. Rottiers, qui visita rSe sous ce gouverneur, il reprochait leur esprit séditieux , et il leur attribuait de prétendus projets de conspîratioa. Aux Turcs il annonçait que les circonstances étaient difficiles, et au'il fallait de foites contributions et dénormes sacrifiées pour soutenir la guerre contre les ravas révoltés. En vain ces derniers se plaignaient d'être mis sur le même rang ou les Grecs; la seule satisfaction quib obtinrent fut de voir ceux-ci sans cesse vexés pour le plus léger prétexte, et punis de mort au moindre soupçon de complot.
Dans la ville de Rhodes, dans les village les moins peuplés Schukur-Bey anit répandu des agens secrets , presque tous juifis, dont le perpétuel espionnage finstruisait des actions de tous les particuliers, des secrets de toutes les (anùlks. Turcs et Grecs, tous tremblaient éga* lement devant la menace de leurs redoutables délations; et cette tyrannie, motivée, protégée par les circonstances, fit évanouir pour toujours les demièRS chances que les Rhodiens avaient eues de reconquérir une certaine prospéritt Rhodes retomba plus épuisée que ja^ mais ; et quelque temps après (16S0) ai voyageur irançais recueillait ce renseignement, qui dispense de tout aatit « Dans les lieux les plus renommés pov leur fertilité il ne reste plus que le sa; et ce qui montre jusqu^où va la décadeace de toutes choses, le dénombrement quon vient de faire par ordre de la Porte w donné pour toute 111e que seize mifii habitants (1). »
(x } Bdichaud et Poujoulat» CorrespandoMct
ILE DE RHODES
las
Enfin le dernier témoin de la mîtère et de la décadenee de Tile de Rhodes, «n officier de notre marine militaire, M. Cotto, nous en retrace ainsi le lamentable tableau dans un intéressant artide inséré dans la Bévue des Deux»
M ondes j en 1844. c On ne saurait, di^il, établir par des chiffres le r^ultat d'un commerce qui ne se réfèle nulle part.
Le port mihtaire est désert, les vagues yiennent mourir le long des grèves sur lesquelles il ne reste plus de vestiges d'atdiers; les sables arides s'étendent au pied des remparts; quelques barques de pécheurs halees sur la plage , leurs filets étendus au soleil, des matelots couchés à Tombre des bordages, un silence éternel, ce silence de mort ^i pèse sur toute la Turquie : tel est l'aspect de ce lieu si ammé autrefois, et qui retentirait bientôt des cris des marins si un gouvernement intelligent pouvait mettre à profit les élémrats de prospérité de ce beau pays.
« S'il n'y a rien à dire du commerce actuel deRbodes, onne peut méconnaître du moins les ressources que présente cette terre fertile, dont les moissons, autrefois si abondantes , ne suffisent plus à nourrir vinet-einq mille habitants. Les
{productions les plus importantes sont es vins. Quoique justement estimés, ils De donnent cependant pas lieu à des exportations considérabies. Les vins du Levant sont doux ou capiteux , et ne peuvent servir àl'usage ordinaire des Francs; celui de Rhodes seul, mitigé avec de l'eau comme ceux de France, remplacerait avant^eusement, surtout par le prix, les vins d'Europe. La vigne crott sans efforts et n'exige qu'un lé|B;er travail; mais si elle était mieux cultivée, et si les principes les plus simples de la fabrication éâdent connus des ignorants vendangeurs, Rhodes fournirait des vins précieux, aussi recherchés que ses fruits savoureux, qui en ce moment sont à peu près les seuls produits envoyés par Fne sur les côtes voisines.
« De temps en temps arrive un navire qui vient chercher des bois de construction pour l'arsenal de Constantinople.
Alors le gouverneur loue des Grecs, qui ▼ont abattre sans choix dans l'intérieur
^Orient, t. lY , p. i5, d'après le» indicttions de M. Joliani , consul d'Autriche à Rhodes.
des arbres encore debout; et comme personne ne surveille les ouvriers, ils ravaffent les collines charmantes, dont les dbénes et les sapins auraient une valeur incalculable pour les petites marines des Sporades et des (>aades, où le sol est complètement déboisé.
c L'tle est remplie d^oUviers, d'arbres à mastic et à térébenthine; ses vallées profondes, les versants des montagnes, sont couverts de ces arbustes que l'absence du maître ou sa pauvreté empêche de soigner. Quelques Grecs possèdent de grossiers pressoirs, où ils jettent pèle-méle les olives honnes et flétries ,
Îiu'ils pillent, comme les oiseaux, dans es champs abandonnés. L'huile épaisse est consommée par les habitants, et ne sort guère de Rhodes. Toutes les tles , toutes les rives d'Orient possèdent ainsi des forêts d'oliviers, qui croissent et meurent au hasard dans les campagnes dépeuplées. Le mastic sert principalement à parfumer une liqueur fort agréable, à laquelle on'donne son nom, et que les Grecs et les juifs livrent aux Turcs. « En résumé, les exportations de Rhodes consistent en bois de construction, en fruits secs, en olives, en éponges fort belles, qui se trouvent aux abords de rUe. Les importations se réduisent aux grains nécessaires à la population , qui ne sait pas tirer de son territohre le blé et le maïs, qui pourraient y venir avec facilité. Une trentaine de barques suffisent à ce commerce : les Grecs seuls naviguent; ils vont et viennent, partent avec quelques caisses, et rapportent un chétif chargement de ^ains; mais ces bateaux, qui partent tristement du port et qui reviennent s'échouer sur les sables, ne peuvent s'apoeler une marine. Ces échanges misérables, faits par des matelots voleurs, ne sauraient usuroer le nom d'opérations commerciales. Il ne reste rien à Rhodes de la puissance de l'tle lortunée qui avec ses galères résistait aux successeurs d'Alexandre et aux barbares :
il n'y a plus de traces de cette prospérité de deux siècles qui s'abritait sous le fier étendard de la croix. L'tle n'est maintenant qu'une savane magnifique, où la nature verse en liberté tous les trésors d'une sauvage v^étation, que l'homme ne vient jamais ni diriger ni contraindre. Dans le pâle fanal qui vdUe pendant la
L*UMIVERS*
nuit sur la tour des Arabes , les na?igateurs ne voient aujourd'hui qu'un point de reconnaissance pour éviter cette terre, où depuis lon^emps ne germent que des fleurs inutiles. Cependant les bateaux à vapeur autrichiens ^ui vont de Smymeà Beyrouth font maintenantescale à Rhodes, et plusieurs navires marchands viennent y purger leur quarantaine avant de se rendre dans le Nord.
Peut-être cette nouvelle navigation donnera-t-elle plus de mouvement à Ttle, peut-être les passagers j les vovageurs des paquebots , les capitaines de Mtiment, trouveront-ils à vendre et à acheter dans ce port silencieux. Il feut Tespérer ; mais une secousse violente peut seule tirer cette lie de la léthargie profonde où elle est plongée comme l'empire tout entier (1). »
RÉOBOANISATION DB l'ADHINIS- TBÀTIOIf EN TUBQUIB ; IDÉE OÉNÉBALB DU TXRZIMAT. — MlCUX qu'uUC SC-
cousse violente , une réforme administrative sagement conçue et énersiquement appaquée pourrait rendre a l'Ile de Rhodes, comme aux autres provinces de l'empire ottoman, quelque chose de leur ancienne prospérité. Cest dans cette espérance, et avec le louable désir d'améliorer la condition de ses sujets et de rétablir un Ëtat qui s'en aUait en dissolution, que le gouvernement de la Porte travaille depuis le commencement de ce siècle à donner à la Turquie une unité politique et administrative orga-
grande révolution administrative qui s'accomplit en ce moment dans l'empire Ottoman, et dont les souverains, par une inspiration de sagesse qui malheureusement a manqué à bien d'autres, ont eux-mêmes donné le si^l. Je crois qu'il est à propos, dans l'histoire de ces îles grecques, dont les plus considérables appartiennent à la Turquie, de faire connaître le mouvement oe régénération qui s'accomplit dans cet empire , et dont les îles doivent tôt ou tard ressentir les influences.
(x) Ch. Cottu, VUe de Rhodes / Kevue des deux Mondes, 1844, p. S34.
(2) Voyez pins haut, p. 89.
Vm la fln du âix-hiiitièœe âMe la domination des Osmaniîs, si foitane&] organisée dans l'origiiie , était en plôae décadence. Le pouvoir impérial avail perdu ses droits et son action; et Imdis que dans tous les États de l'Eniopecfar^ tienne l'autorité centrale àttindt Imtt à elle, chez les Ottomans Tancienne mâé n'existait plus, et la Torqme marebût à grands pas vers un démknbremeiit. If sultan Mahmoud arrêta ce nMKtrenwMde dissolution , et il consacra son rigae i renverser tous les pouvoirs locaux œ gênaient l'exercice du sien et à îetier la fondements d'un nouveau système et centralisation . Cette œuvre, dont il posh suivit racoomplissement avec ODe coostance et une énergie infatigabteSf ae fut point interrompue par sa mort Sat jeune successeur, le sultan adael Abdul-Medjid, trouva les obstadei renversés et le terrain aplani ; guidé par ki ministres formés à 1 école oe son père, il put enfin décréter mie nonvdk oipnisation politique et adoiinistrative, qà fut appliquée à tout Tempire sous le non de iamimat {tansUmaU khoMé, llieih reuse organisation).
« Conséquence ou plutôt appScatioB directe des principes proclamei park hatti-chérif ae Gnl-Hané ( 8 novembre 1889), dit M. Ubicini (i), le TanzimA comprend l'ensemble des amâioracioiii introduites depuis onze ans dans les diverses branches de radmimstration, d dont la plupart, comme les q[uanataines , les postes , l'abolition w monopoles , la réforme monétaire , la création de l'université, etc., furent préparées ou exécutées par le grand vizur aetod, Réchid-Pacha. Ce fut le 8 novembre, jour mémorable dans l'histoire de laïf
génération de la Turquie, que par sote 'une ordonnance rendue le J6 de li lune de Chaban , en présence du soltan et de toute la cour, dn corps i»
ulémas , de tous 1^ fonctionnaires wàL et militabres , des emi^oyâi des fites bureaux de l'empire, des reprfeentaats de toutes les puissances amies résidait à Constantinople , des châ<^ , hatibs et imans de tout rang et de toute lliéra^ ehie, des patriarches des trois nations
(i) Ubidni, Lettret sur la Tur^tàe, t, I, p. II.
ILE DE KHODES.
;reegue, arménienne-catholique et arfDénienne^sehismatiqne, du rabt)in des Qifs, de tous les notables et chefis des nrporations de la capitale, réunis dans a vaste plaine de Gul-Hané, située dans 'intérieur du palais de Top-Kapou, Ré- ^id-Pacba, alors ministre des affaires itrangères, donna lecture à haute voix tu hatti-chérif , émané de la volonté louveraine, qui jetait les bases de la K>uvelle constitution de l'empire Turc.
« Le préambule de cette charte, comme m Ta appelée , est remarouable. « Tout e monde sait, y est-il dit, que dans es premiers temps de la monarchie otomane les préceptes glorieux du Koran !t les lois de Fempire étaient une règle oujours honorée. En conséquence, Tem- )ire croissait en force et en grandeur, !t tous les sujets sans exception avaient icquis au plus haut degré l'aisance et la prospérité. Depuis cent cinquante ans une succession d accidents et des causes diverses ont fait qu'on a cessé de se conformer an code sacré des lois et aux règlements qui en découlent, et sa force st sa prospérité antérieures se sont changées en faiblesse et en appauvrissement; f est qu'eu effet un empire perd toute stabilité quand il cesse d'observer ses lois. O» considérations sont sans cesse présentes à notre esprit; et depuis le |our de notre avènement au trône la pensée du bien public, de Famélioration le rétat des provinces et du soulagement les peuples n'a cessé de nous occuper aniquement. Or, si l'on considère la pontion géographique des provinces ottonoanes, la fertilité du sol, l'aptitude et rintelligence des habitants, on demeurera convaincu qu'en s'appliquant à trouver les moyens efficaces, le résultat qu'avec le secours de Dieu nous espérons atteindre peut être obtenu dans Tespace de queraues années. Ainsi donc, plein le confiance dans le secours du Très- Baut, appuyé sur l'intercession de notre [prophète, nous jueeons convenable de sfaereber per des institutions nouvelles h procurer aux provinces (foà composent Tempire ottoman le bienfait d'une oonne ftdmmistration. «
« Ces institutions, comme il est dit dans le texte même du hatti-chérif, devaient porter sur trois pwnts principaux, à savoir : 1*^ les garanties propres
à assurer à tous les sujets de Tempire, musulmans ou ralas , une parfaite sécurité quant à leur vie, leur honneur et leur fortune ; 2<^ un mode régulier d'asseoir et de prélever les impôts; 8^ un mode également régulier pour la levée des soldats et la durée de leur service. Le sultan s'engageait par serment nonseulement à observer scrupuleusement les prescriptions de son hatti-chérif, dont l'original fut déposé dans la salle qui renferme le manteau du prophète, mais même il sanctionnait à l'avance toutes les mesures quf seraient décrétées plus tard pour assurer l'exécution de ces trois points principaux, gui devaient être la base et comme le point de départ de toute la réforme. En effet, le tanzimat, qui fut établi bientôt après , et dont le
gouvernement du sultan n'a pas cessé ejpuis lors de poursuivre l'application diibcile, avec une persévérance digne de tant d'éloges , ne s'est pas borné a améliorer râat politique, civil et adminis»
tratif de l'empire, en coordonnant et ré^larisant l'action des différents pouvoirs ; il s'est étendu au personnel même du palais impérial , qu'il tend à réduire chaque année en se débarrassant d'une foule de charges inutiles , reste du Bas- Empire , qui contrastaient avec la simplicité des premiers temps du kalifat. » Je ne puis entreprendre de reproduire, même en résumé, les intéressants renseignements donnés par Tautenr des Lettrès swr la Turquie, au sujet de ce tanzimat, vaste code administratif et politique, qui touche à tous les points du gouvernement et qui comprend quatre parties différentes : 1« Le gouvernement ou conseils de l'empire ottoman; 2® l'administration ou division administrative et financière de l'empire; S® les emplois
livre qui nous a révélé la transformation soudaine et presque magique que la Turquie vient de subir. Les aperçus que je uii ai empruntés, et notamment le
Eiêambule du hatti-chérif, suffiront pour lire comprendre quelles sont les nobles et généreuses dispositions de la Porte à l'égard des peuples qu'elle avait trop longtemps soumis à une oppression qui n'était ni constante et systématique.
LTlinVERS.
mais violente et irrésistible. Ce changement de principes et de conduite de la S art du gouvernement turc doit prouire un changement de langage à son é^ard. Il faut renoncer aux déclamations SI fort à la mode au siècle dernier^ et dans le nôtre encore, contre un gouvernement et un peuple qui travaillent à se r4;énérer sans Caire de révolutions. C*est un spectacle trop rare pour qu'on ne radmire pas , une entreprise trop difficile pour qu*on ne Tencourage pas par de bonnes paroles.
Toutefois, je voudrais mettre le lecteur en garde contre toute illusion. Rien n'est si beau ni plus séduisant aue le plan d'une réforme dans la tête ae celui qui la conçoit, dans les ordonnances où on la décrète, dans les ministères où on croit qu'on rappli9ue, dans les livres où on la raconte. Mais en toutes choses il faut distinguer entre ce que l'on veut faire et ce ^ue l'on peut exécuter. Jamais cette distinction n'a été plus nécessaire qu'en ce qui concerne l'application du tanzimat. Ici surtout, ce qu on Ut et ce qu'on voit ne se ressemble guère. Au lien de la belle et régulière ordonnance qu'on admire dans l'exposition officielle du tanzimat, le voyageur qui parcourt les contrées soumises à la Turquie a trop souvent encore l'occasion de constater combien les anciens abus et les vices d'autrefois y conservent d'empire ; et il lui semble que , par la force invincible des moeurs, elles resteront toujours en proie à l'inertie, au désordre et a la violence. On se prend alors à douter du succès de l'entreprise des sultans , à la condamner à Tavance. M'a-t-on pas déjà été trompé au sujet d'une des contrées de l'empire ottoman , de l'Egypte , dont on avait si pompeusement annoncé la résurrection? Qui ne croyait il y a douze ans, en entendant raconter les exploits d'Ibrahim et les travaux gi-
{;antesiques de Méhémet-Ali , en voyant es flottes , les armées qu'ils avaient à leur disoosition; qui ne croyait, au moment ou ces deux hommes s'ouvraient le chemin de €k>nstantinople et tenaient en suspens la politique de toute l'Europe , que l'Egypte ne fût remontée au rang des nations et n'eût recouvré quelque chose de la splendeur et de la torce qu'elle eut au temps des Pharaons et des
Ptolémées? Gette illusion, qui a étésétéraie, en France surtout, t'est diinpéi bien vite; on a reconnu , mais un ps tard, combien l'effet était loin de répondre aux promesses qu'on anooDÇi^ aux espérances au'on avait conçues, rar moi, j^i visité 1 Egypte dans la dcnièR année du règne de Méhémet-Ali; j'ai n de mes propres yeux l'afifaissement des grand corps , que les entreprises de m audacieux pacha avaient acnevé d^éfâser ; j'ai vu l'impuissance de toutes m tentatives de régénération industrietti, commerciale et scientifique , et il 0*1 semblé , pour rappeler un mot céièbn, que j'avais alors devant moi on cadine un mstant galvanisé, encore deJioit, mais ne demandant qu'à se reooocfaer dans la tombe (1).
Ce n'est pas que cet exemple (ameux.
qui nous a été donné en spectacle à nos jours , doive faire préjuger de IV venir réservé à l'empire ottoman. Usituatîon du sultan, souverain légitiiK de la Turquie, réformant radmintftration pour le bien de ses peuples, ai ressemble en rien à celle du pacba rbelle qui innovait dans l'intérêt de va ambition. Il serait facile de mootrec combien , à côté de certaines analogies, il y a de profondes différences entre oa deux tentatives , si l'on considère la ^ sition, le but, les moyens et l'exécutioa; et cette comparaison pourrait fournir plus d'une pr^^mption favorable m succès de l'œuvre des sultans. Mais s l'on sonee qu'il s'agit de régénérer m empire dont le territoire est de cetf vingt et un mille lieues carrées, oa comprend trente-cinq millions dlia»
taats partagés en treize races dllférenlef, en autant de langues , et en quatre Rlîgions, sans compter les sectes ; que ce» population se compose de oooqoérai^ et de rayas ou sujets ; que ceux-ci soK d'anciennes races depuis longtemps ca décadence, que ceux-là y sont tooM à leur tour ; que l'abus du pouvoir a €0^ rompu les uns, que la servitude a dégradé les autres, alors on se trouve rejeté dans le doute, et l'on s'aperçoit, à Pegalité des chances contraires , que le pour
(i) Cett le mot d^Alboroni à propos de rEipagMy au connieiiGciDenl da dix-àniticBi
tiède.
ILE DE RHODES
lat
et le contre peuYent être paiement soatenus. Conduons donc qu'en pareille question le mieux est de 8*abstenir de tout jugement téméraire, de tonte espérance précipitée^ d*applaudir aux bonnes intentions, au bien qui s*est déjà feit^ d*attendre pour le reste la consMration du temps et de l'expérience, et de se persuader surtout que de si grands chan< gements dans un si grand empire ne a'accomplissent pas sans quelque secret dessein de Dieu sur les destinées et pour le bonheur des peuples (1).
IlBS DB là MSB BB LTCIB.
Les cdtes de la Lycie depuis le golfe de Telmissus jusqu'au défilé du mont Climax, au-dessus de Pbasélis, sont bordées de petites Oes,qui toutes sont très-rapprocbees du ri vage, et qui étaient bien mieux connues des anciens qu'elles ne le sont de nos jours. Les Grecs en effet, dans leur grande activité commerciale, ne s'étaient pas contentés de visiter fréquemment ces parages ; ils y établirent aussi des
(r) La tanzimat a diriié Tempire ottomaiiy MNis le rapport administratif et financier, en êjraleis , oo gontemementt fénérani, qoi te partagent en Uptu , ou proTineet. Lat litas comprennent les cczat, on diitriclt, et ceuxci les nahiyèt, oo villafet : ce qoi répond à nw départeneoti , airondinementi, cantona et commune». Les goovemeors des eralets portent, selon Vimportanoe des localitei, le titre de val* (fke-roi) ou celui de mutêssarif ( goinremein' général ). Les gouyemeurs des livas sont ou des kaimakans (lieutenants gouverneurs) ou des mohassils (préfets). Les fies forment deux eyalets de la Turquie d'Europe, qui en compte quinze. L'eyalet de TArchipel avait formé jusqu'à ces derniers temps un gouvernement à part , donné en apanace au capitan-pacha. Une oidonnance de Tannée dernière 1*a rangé sous la loi du tanzimat, et en a fait on département ordinaire dont le gouverneor actuel est Ebagoub-pacha. L'ejalet de r Archipel du Djizaîr comprend six livas, savoir:
Jtados (Rhodes), Bosé^a Ada (Ténédos), lÀmni ( Lemnos }, afiV;^(Blitylène), Sakr% (Ghio), Qybryi (Chypre).
La Crète forme à elle seule un eyalet divisé an trois livas.
colonies nombreuses, et oecnpèreot tous les points afantageux de la côte continentale et des Ues. Les Rbodiens, dans le temps de leur grande amitié avec les Romains, nossédarent tous ces établissements. Alors , cette mer de Lyde , aujourd*bui déserta et silencieuse, était sillonnée par le passage de nombreux navires : il y avait Ui im grand mouvement d'hommes et d'affaires : les riche» Khodiens allaient visiter leurs propriétés de Lyde, les administrateurs allaient et venaient, selon les besoins du service public; les sujets lydens étaient sou» vent appelés à la capitale par leurs affaires ou par la curioBité; de tout temps, d'ailleurs, les villes de la Lyde avaient su se créer par le commerce et la navigation d'abondantes ressources , et les petites lies du voisinage, quand elles étaient habitables et qu'elles offraient . quelque commodité pour le négoce, recevaient une population et acquéraient quelque importance.
Ces Ues , que les géographes andens ont énimiérées avec soin, et dont la nlunart sont sans nom aujourd'htii , étaient, en suivant la côte de l'ouest à l'est (1) :
Lâgousa ( Âiyouoa ), au fond du golfe de Telmksus , à dnq stades de la ville de ce nom.
DoucHiSTB ( Ào^ixCcTi) ) (aujourd'hui Karava), Ptolémée la mentionne oomma la plus importante de toute cette côte, mais il n'en indique pas précisément la position. Le colonel Leake (3) y a trouvé les ruines de l'andenne ville. Elle possédait un théâtre. Ainsi on représentait les tragédies d*Eschyle et de Sophode stir ce rocher maintenant inhabité.
Les tles de Xbnaooras (a( Ssvorr^pou v^ooi ) ; c'est un groupe de huit tlots , situé à soixante stades à l'est de* Patare, en face la baie de Phénicus, aujourd'hui baie de Kalamaki.
Khopb (Poinil), selon Ptolémée, ou Rhoge^^^ihyri), dans Etienne de Byzance, à dnquante stades des précédentes.
MÉGiSTBv^Me^totT)); aujourd'hui CcU' tellorizo ou Castel-Rosso (8); Strabon
(i) Forbiger, Handbuch der aher Geogrct" phie^ t. n, p. i6o et suiv.
ia) Leake, Tour in Asia âiin,, p: 117. 3) Leake, Tour, p. 184 ; Fellows, Lyeia,
ISO
L'UNIVERS
Vappette Cisthène. Elle a un port ca* paole de contenir toute une flotte ; on y trouve de Teau douce ; aussi les matelots s'y arrêtent souvent, et cette lie est plus visitée et mieux connue que les autres de la même côte. On y voit des restes de la cité antique. Au moyen âge cette tie eut une bonne forteresse, que les rois de Chypre, les chevaliers de Rhodes, le Soudan d'É^pte et les Turcs se disputèrent et occupèrent tour à tour. Après la chute de Toidre de Saint Jean, un certain nomhre de Grecs se réfugièrent dans rtle de Gastel-Rosso, que les Turcs dédaignaient d'habiter. Le grand seigneur leur confia la garde du château; ils s'y livrèrent au commerce, vécurent tranquilles et libres ; et il y avait peu de Grecs plus heureux que ces insulaires, sous la domination des TurcB(l}.
Us avaient une espèce particulière de bâtiments , appelés carcanoussats, avec lesquels ils transportaient le coton et la laine d'Asie Mineure dans les ports de l'Italie. La prospérité de ce petit établissement donna l'éveil aux Turcs; on retira aux Grecs la garde du château, et une garnison d'Ottomans vint l'occuper.
Toutefois les Grecs ne furent pas troublés dans leur commerce. Les choses restèrent dans cet état jusqu^à l'an 1659. Alors les Turcs et les Vénitiens se faisaient une guerre acharnée. Au mois de septembre 1659 une escadre vénitienne, commandée par Grémonville, vint assiéger la place de Castel-Rosso, et s'en empan. Mais , reconnaissant qu'ils ne pouvaient conserver cette importante position , les Vénitiens firent sauter la rorteresse. La ville fut saccagée ; la plupart des Grecs, qui s'étaient montra trèshostiles aux Vénitiens, furent faits prisonniers de guerre. Il n'en resta qu'un petit nombre, qui furent assujettis à un tribut A partir de cette catastrophe l'tle de Gastel-Rosso tomba dans une grande misère. Au dix-huitième siècle, quand Savary la visita, ce n'était qu'un chétif village. M. Poujoulat lui donne trois mille habitants. « Castel-Rosso, moutet-il, tire toutes ses provisions de la Caramanie par le port d' Antifilo. L'île n'est
p. 189 ; Dupaty, Lettres sur la Grèce, p. iS et suIt.
(i) Oapper, Iles de VJrchipel, p. 169,
qu'un rocher stérile . et n*a pour touu ressource aue la pêche des épon^ Quelques oliviers et quelques fîguieQ croissent sur cet écueil; les [>Ius richei fiancées de Gastel-Rosso reçoivent, di^ on, pour dot un pied d'ouvier ou de figuier, ou même la moitié , le quart da revenu d'un de ces arbres. Sur ces rochers sans végétation et sans veidim un pied d'olivier est im trésor (1). •
Les lies Chbudoniennes ÇLùMvtat v^ooi) sont trois flots, ou grands rochers, situés à six stades du continent de l'Asie Mineure , eo face le promonton Hiéron, qui termine le mont Olyi^ l'une des branches du mont TaunisTus tles séparent la mer de Lf de de la mer de Pamphylie, appelée aujourd'hui goift de Sattalie. Elles sont entourées de brisants et d'écueils, qui rendent la navigation très-dangereuse en ces parag^(2).
n semble de lom, dit Dapper, quind os est en mer, que ces roches cfaélidDniennes sont le pied du mont Taunts , et qu*elles se rattachent au côté de cette montagne qui regarde la 01er (S). D est certain qu'on peut regarder ces tles et ks écueils qui les entourent comme les soidmets du prolongement sous-maiin de la grande chaîne du Taurus. Les Ues Chélidoniennes furent la limita que Qmon imposa aux Perses par le ^orien traité qui porte son nom , et oui intetdisait au grand roi le droit d^envoyer un vaisseau de guerre au delà de \a ma de Pamphylie. C'est probaUemenl à ce traité, dont on a contesté à tort feiîstence, que Lucien fait allusion quand â appelle ces tles les heureuses frontières de l'antique Grèce (4). Pline raconte longuement par quels singuliers procédés on venait dans ces parages pédis l'anthias, espèce de poisson qui porfô sur le dos des piquants en forme de scie. Ce poisson , qui était très-comnimi su ces côtes, est inconnu anJouid*hm (iS)*
(x) Michaud et Poujoulat , it Orient, t. IV, p. 4a.
(a) Pline dit de ces tles qa*^tt «ODt jmsàferœ na»ti(antibus : HisU Nat,, V, 35, sT
(S) Description de tjérehipei, p. z6S.
(4) ToO; «Otuxsk tyIc iroXouac *E2XdiStC 5pou;. Amores, 7, coll. Didot, t. "Vin, p^ JS7.
(5) Voy. le récit de Pline, Hist. Nmi^ 1. JX, c. 85.
Les aneiens géographes énomèrent Doore quelques autres Iles de la mer de yde , dont ils se bornent à nous indiœr les noms; c^est à savoir : lllyris, 'élendos « Attélébussa, les Gypriennes, ai sont trois tlots incultes et stériles; lionysia , appelée auparavant Caretha.
butes ces îles sont situées à Test des bélidoniennes , dans la direction de la
Paa][)hylie et de la Cilicie (1). Strabon mentionne sur les côtes de cette dernière contrée les deux îles de Crambusa et d'Élusa (2), mais sans rien en dire qui mérite d*étre rapporté.
(i^ Forbiger, Handbuch, etc., II , p. 963 . (a; Strab., XJYy 5 ; Dapper» Description^ p. 169;
LES SPORADES
Mbb Ëeis. — L*tle de Rhodes est fers rOrient commela barrière de la mer Egée. Quand on a franchi cette terre , en Tenant de l'Asie , on voit se dresser devant soi les côtes et les sommets dlles nombreuses, qui ne présentent ordinairement à la Tue que des rivages rocailleux et stériles, mais dont Taspectest acréableroent diversifié par les mille aoddents d*une belle lumière. Ce groupe dlles , qui remplit tout le vaste bras de mer situé entre la Grèce et l'Asie Mineure , porte aujourd'hui le nom d'Archipel , et ce nom , emprunté à la langue grecque, est aussi celui de la mer où ces Iles sont situées. Ce grandgolfe, que les anciens appelaient mer Egée (1), baipait les cotes de la Grèce, de la Macédome, de la Thrace , de l'Asie Mineure ; et sa limite au sud était marquée par Itle de Crète , qui la fermait au coté de l'Afrique, comme l'île de Rhodes du côté de l'Asie. Les anciens géographes assignaient à la mer Egée les dimensions suivantes :
quatre mille stades de long , deux mille de large et vingt-trois mille de circuit en suivant les sinuosités des côtes. Elle avait été subdivisée en plusieurs parties , qui avaient différents noms ; c'étaient : 1<> la mer de Thrace au nord; 2<> la mer de Myrtos au sud-ouest, ainsi appelée d'une petite tle située à la pointe méridionale de l'Eubée : dans la mer de Myrtos étaient compris les golfes Saronique et d'Argos ; 9!^ la mer Icarienne , qui s'étendait au sud-est , et qui baignait les côtes de la Doride et de l'Ionie. On disait que cette mer devait son nom à Icare, fils ae Dédale, qui avait péri dans ses flots. La mer de Crète et la mer de Carpathos, ainsi nommées à cause des deux
(i) Les Grecs disaient 6 Alyoîtoc itévTOç, t6 Alyotov icéXorfoc, ou Vj *£XXT)vix9i OàXaTta, ou ^ xocO' :^(&âc OàXaTTtt. Toy. Forbiger, Uandb,,!!, p. 19.
tles qu'elles entouraient , peuvent Hr consiaérées comme frdsant partie de h mer Egée , dont elles sont au sud fatréme umlte.
Les anciens Grecs avaient partacée& deux groupes principaux la niasse oHes situées entre PEurope et FAsie dans h partie méridionale de la mer Egée : c'étaient les Cyclades à l'ouest etlai Sporades à l'est; les premières aioâ nommées du mot x^xXoc, cerde, parce qa'oo les considérait comme formant on eerde autour de Délos.; les secondes deomlp*, parce qu'elles paraissent comme setiéa sans ordre sur la côte d'Asie. Il est assez difficile de reconnaître la ligne dedémarcation que les anciens avaient écabfie entre ces deux groupes dtles. On foit dans Strabon, Pline et les autres géograpnes quelques-unes de ces lies nngées tantôt parmi les Cyclades , tantôt parai les Sporades, surtout celles oui aïoisinent la mer de Carpathos, ou les dem ffroupes sont tout à fait confondus (1). Ceoendant on peut affirmer qœ \e noa oe sporades est généralement donné î toutes les îles comprises entre Samoi et Rhodes, et qui sont séparées des (> dades par une ligne qui partirait de b pointe occidentale d'icaria et qui vieodrait aboutir h Casos en passant parlebinthos et Astypalée. Toutes les aotm tles , plus rapprochées de la Grèce et comprises entre la pointe de l'Eubée d la mer de Crète , forment le groupe des Cyclades. Conformément à Ta marcbs géographique que j'ai adoptée dans ce tr^ vail , nous continuerons à avancer (Te* rient en occident, en parcourant sœeessivement toutes les petites Sporades elles autres ^andes tles asiatiques qui lesavoisinentjusqu'à l'Hellespont. tid là passant en Europe, nous visiterons rapidemeotles tles éparses et peu nombreuses des eM
(i)WaL,Hist.Nat.,Y a3.
LES SPORADES
de Thrace et de Maced^ntc', croa nous atteindrons Ttle d*Eubée, les Cyclades, qui lui sont contiguës , la grande Ile de Crète, qui clôt tout i* Archipel , et enfin les fies Ioniennes, situées à roocident du Péloponnèse, par Tétude desquelles nous terminerons ce tra?ajl historique et géographique sur les lies de la Grèce.
fLB DE SYME.
Cette fie, appelée aujourd'hui Siir h ou Simmi, est placée par Pline à moitié chemin entre Cnide et Rhodes, tout près du continent de la Carie, dans le golfe que forment la pointe de Cnide et celle au mont Phœnix. Cest une île de trente milles de circonférence, autour de laquelle s'élèvent des rochers , des écueils, de nombreux îlots, qui lui avaient valu autrefois le nom d*île des Singes ( Isola délie Simie\ par la singulière raison, à ce qu'on prétendait, que ce petit groupe d'tles singeait les Çyclades autour de Délos (1). En réalité cette dénomination n*était qu'une altération de Tancien nom de SjD)e, dont les légendes grecques expliquent l'origine d'une manière confuse.
Tantôt Syme est fille de Jalyssus , en* levée parGlaucus, dieu marin, et transportée dans la petite île à laquelle elle donne son nom. Tantôt elle est femme de Neptune, et c'est son fils Chthonius qui donne à l'île le nom de sa mère.
Êhthomus était un des compagnons de Triopas, ce héros héfiade si célèore dans les lies et sur les côtes de ces parages ; ee qui prouve que Syme a reçu ses premiers habitants de la même émigration qui a peuplé Rhodes.
Au temps de la guerre de Troie, Syme figura parmi les Etats grecs énumérés dans Homère. « Mirée, dit le poète (3), menait trois vaisseaux de l'île de Syme, nirée, fils de la nymphe Aglaia et du roi Caropus , Nirés le plus beau de tous les Grecs qui allaient à Troie, si l'on en excepte le divin Achille, gui était d'une beauté accomplie; mais Nirée était peu vaillant et avait peu de troupes. »
D'après Diodore ou Sicile (3), Nirée poflséaait aussi une partie de la pres-
(i) Celte poérililé se trouve dans Coronefli , Isola dt Rodi , p. a54 • (i) Hom., //.y II, 671.
(S) Diod.Sic.,Y,53.
18* lÀvraUon, ( les Spoeades. )
qu'île de Cnide. Après la^erre de Troie, ajoute rhistorien, les Canens occupèrent rîle de Svme, à l'époque où ils étaient maîtres de la mer. Ils furent forcés de l'abandonner après une longue sécheresse.
Syme resta déserte jusqu'au moment où elle fut repeuplée par la colonie des Lacédémomens et des Argiens qui vint sous Althémène fonder l'Hexapole dorique. Hippotès, l'un des chefs de cette émigration , prenant avec lui ceux qui avaient été oubliés ou traités peu avantageusement dans le partage , les conduisit à Symé , et la leur abandonna.
Quelques années après, d'autres Doriens, venus de Cnide et de Rhodes, et conduits par Xuthus, abordèrent à Syme, et furent admis par les premiers habitants au partage des terres et des charges publiques.
An temps des chevaliers, Syme fut une dépendance de 111e de Rhodes. Elle fut conquise en 1309 parViliaret. S^s habitants furent assujettis à payer une contribution, que l'on appelait /e mortuaire ^ et dont on leur fit remise en 1352; on remplaça cet impôt par un tribut annuel de cinq cents aspres, et tous les biens des caloyers durent retomber après leur mort dans le domaine de l'ordre. En 1373 l'île de Syme devint un domaine magistral, c'est-à-dire que ses revenus furent assignés au grand maître, comme ceux des lies de âint-Nicolas et de Piscopia. Les chevaliers avaient bâti dans l'Ile délie Simie un château fort, et un poste de signaux dont on retrouve encore les ruines (1). De ce poste on était en communication avec le corps de garde appelé la Vedette des Chevaliers, qui avait été établi sur le mont Saint-Étienne à Rhodes, et d'où l'on pouvait surveiller tout l'archipel qui entourait l'île capitale (2). La chute de Rhodes entraîna celle deSimia, qui depuis 1528 est réunie à l'empire ottoman.
L'île deSimia a deux ports, dont l'un, situé au nord, est fort large d'entrée, et peut commodément contenir les plus grands vaisseaux. Cette île produisait de très-bons vins, et nourrissait une grande quantité de chèvres et de boucs (3). Il
x) Rotliers , p. ai et 342.
(a) Yoy. plus haut, p. 159.
(3) Dapper, Deser. de tjirehipel, p. x63.
L'UNIVERS
paraît qu'elle était autrefois fertile eu grains; car ses aDciennes monnaies, dont on a retrouvé quelques pièces, représentent des javelles de blé et une tête de Cérès couronnée d'épis. Au temps des chevaliers les Grecs de cette fie construisaient de petites fustes , fort légères, qui allaient à la voile et à la rame, •et qu'aucun navire ne pouvait atteindre. Les Turcs appelaient ces bâtiments simbequirsy doù l'île a été souvent nommée lie de Simbequir ou de Sumher' chi, mot composé, qui semble signifier barque de Simie. Encore aujourd'hui on fabrique à Simie de très-jolis mistics.
De tout temps les habitants de Simie ont été pécheurs et plongeurs. Ils vont chercher au fond de la mer des éponges d'une excellente qualité, qui se trouvent en abondance sur les rochers de ces côtes. Dès l'enfance ils s'habituent h ce rude exercice , et ne peuvent se marier qu'ils ne sachent plonger à vingt brasses et rester sous l'eau un certain espace de temps. Ltle de Syme parut fort misérable à Savary, qui y fut retenu pendant quelques Jours (1). « Je suis allé visiter le village qu'habitent les plongeurs, ditil ; tout y annonce la pauvreté et la misère. Les rues sont étroites et sales ; les maisons ressemblent à de misérables cabanes , où la lumière du jour entre à peine. » La population est triste, silencieuse; les nommes et les femmes y étaient vêtus de la même manière. Tous portaient la longue robe , la ceinture et le châle autour de la tête. Le visage seul les faisait reconnaître. Le voyage , plus récent , de M. de Prokesch nous montre
3ue les choses sont restées à peu près ans le même état (3).
tLB DE CHALKIÀ.
Cette petite île (aujourd'hui Chalki on Caravi) est située à l'ouest de Rhodes, dentelle est comme une annexe, ainsi que les petites tles deTentlusa (Limonia), Gordylusa ( Sainte-Catherine) et Stéganusa (Saint-Nicolas), qui entourent Rhodes à l'ouest, au sud et à l'est. Chalkia avait une ville du même nom , un port et un temple d'Apollon, dont on voit des
(i) Lettres sur la Grèce ^ p. 07.
(2) De Prokesch, Denkwur£gk, t III, p. 43a.
vestiges (1). < Dans 111e de Chalkia, qm appartient aux Rhodiens, dit Pline (3), est un lieu tellement fécond, cju'apfés y avoir récolté l'orbe semée à Tepoque ordinaire, on en fait immédiatement une nouvelle semaine, qu'on récolte en niêoM temps que les autres grains. » Ces grains devaient aller à Rhodes, dont la production de céréales était insufiSsaate pour les besoins des habitants.
Chalkia n'a pas d'autre histoire que celle de Rhodes. Conquise par \ts Tares après l'expulsion des chevaliers , elle iaX attaquée par les Vénitiens en 1658. Morosini, qui les commandait, y porta kfo et la flamme , et plongea cette île daas une misère d'où elle ne se releva jamais (3). Ce fut là le sort de beaucoup d'îles grecques pendant la lutte acharnée des Vénitiens et des Tures. Elles étuent ravagées par les deux puissances rivales
3ui se les disputaient ; et après les fléaoi e la guerre, elles eurent à subir ^a^ tion, tout aussi malfaisante, d'une grossière t3rrannie.
ÎLE DE TÉLOS.
Télos, 'H TijXo; (auj. Dilos ou EpUcopi, Piscopia)^ est une petite Ile, de trente-cinq milles de tour, située à quatre-vin^ stades nord-ouest de Chaukîa et à huit cent vingt stades de Bhodes (4). £lle est longue et étroite, assezéfevée audessus de reau. Son extrànité ooddentaie forme une pointe basse, qui s''ayaner dans la mer. Elle a trois ports, où l'oa trouve de bons mouillases. Aui^té oriental se trouve une grande baie, au-devant de laquelle est un petit Uot. Cette biie a vingt-quatre et vingt-six brasses d'eao sur un fond très-propre à Tancrage (S)> Cette tle était autrefois célèbre, par um espèce de baume qu'elle produisait ce abondance (6). Du reste, elle n'eut aucune importance historique. 11 en est fait mention dans Hérodote (7) à propoi du célèbre Gélon, tyran de Syracuse,
. (t) Leake, Tour in Asta, p. 224.
(a) Plin., Hist. Nat,, 1. XVn, 3, 6.
!3) DappcTy p. 104.
4) On compte ordintiremeat vîngt-qn&i sUdes à la lieue.
(5) Forbiger, HaiMuek^ elc, U n, p. «40; Dapper, Deser,^ p, i6i,
[6)lMin.,ir«/.iV«r.,nr,a3.
[7) Hérod., VU, i$3.
LES SPORADES
<nii était originaire de Télos , et dont rancétre Télinès était venu s'établir à Géia, en Sicile. U y avait exercé la charge d'hiérophante de Gérés et de Proserpine ; et cette dignité ayait été déclarée héréditaire dans sa famille. Télos était une tle ibodienne.
Au moyen âge Télos prend le nom de Pisoopia, peat-étre d'une tour de vigie niacée sur ses hauteurs (1). Elle était alors défendue par deux châteaux forts , celui de Saint-Etienne et celui de Zuchalora ou Cauealora. Car au moyen âge il n'y avait de sécurité nulle part sans forteresse. Au quatorzième siècle, un bourgeois de Rhodes, Barello Assanti, s'en empara an nom de l'ordre des Hospitaliers, et en reçut l'investiture du grand maître, à la charge de payer deux cents florins d'or, 1866. En 1878 Piscopia devint domaine magistral. Elle tomba sous la domination oes Turcs après Texpulsion des chevaliers de Rhodes.
tUBl NISYBOS.
Nisyros, *HN(<r>poç (auj. Nisiro, Ni' sari, NUatHa\ est située entre Cos et Télos, à ^ale distance de toutes deux et juste en &ce du promontoire Triopium (auj. cajp Crio)^ qui termine la presqu'île de Cniae. Elle a quatre-vingts stades de tour. Cestuneîie élevée, formée de rochers dont le désordre atteste de violentes commotions volcaniques. En effet , on racontait que cette île, autrefois appelée Porphyns (2), avait été détachée de Cos par un tremblement déterre, phénomène Daturel, que la mytholo^e grecque avait transformé en merveilleuse légende. C'était Neptune, qui, poursuivant un géaat appelé Polybotes, détacha d'un coup de son trident un morceau de l'île de Cos, qu'il lança à soixante stades de là, et dont le géant ftjt accablé. Ainsi fut formée rUe de Nisyros, que te géant qu'elle opprimait agita fréquemment de ses secousses. Cet exploit de Neptune rappelle celui de Minerve écrasant Encelade sous le mont Etna (3) ; et l'un et Tautre se rattachent à ce grand combat des dieux et des géants par lequel l'i-
(i) C'est l'explication de CoroDcUi Isola di RoM , p. a6a.
(a) Plin., Hîst, Ifat., V, 36 , 3.
(3) ApoUod.,^i^/i0/A.,I,S.
magination des Grecs racontait d'une manière figurée les chocs des éléments et les révolutions physiques , encore récentes, qui avaient donné naissance à la partie du continent et au groupe dlles
3u ils habitaient. Nisyros est entourée 'écueils qui semblent avoir été lancés avec elle par la même éruption souterraine qui l'a formée , ou , comme dirait Apollodore, par la main de Neptune. Au centre de l'île est un pic qui a dû être longtemps en éruption. Son cratère, aujourd'hui éteint, est devenu un lac d'eau salé. De ses flancs, encore incandescents à l'intérieur, sortent des sources d'eau chaude et sulfureuse d'un effet tràsalutaire pour la santé. La vigne croît très-bien sur ses coteaux brûl^. Le vin de Nisyros était célèbre, et pourrait le redevenir. Cette île fournissait avec Mélos et les îles Ëoliennes, de nature volcanique comme elle, les meilleures pierres-ponces connues des anciens (1).
Pline dit qu'on trouvait à Nisyros , ainsi qu'à Rhoaes, un arbuste épineux appelé erysisceptrum {genisia acanlhockida) dont on faisait un usage fréquent en médecine.
Cette île fut primitivement habitée par des Cariens (3). Plus tard les Grecs leur succédèrent ou se mêlèrent à eux. Us vinrent sous la conduite de Thessalus , fils d'Hercule, q[ui s'établit à Cos, et soumit les îles voisines Nisyros, Calydna ou Calymna , Carpathos et Casos. Phidippus et Antiphus . fils de Thessalus^ et che& de ce petit État maritime, con* duisirent trente vaisseaux au si^ de Troie (3). A une époque incertaine, mais postérieure à la guerre de Troie , un tremblement de terre détruisit la population de Nisyros. Elle fut repeuplée par ceux de Cos ; et plus tard un nouveau fléau ayant encore désolé cette île, elle reçut une colonie de Rhodiens, et dès lors Nisyros partagea toutes les destinées de sa métropole.
Nisari fut enlevée à l'empire grée en 1204, comme toutes les îles de ces parages (4) : recouvrée par Jean Yatace ,
(i) Plin., Eut. Nai,, XXXYI, 4a;
xxrv , 69.
(a)Diod.Sicul.,V,54.
(3} Hom., lUad., II , 678.
(4) Coronelli , Itola di MoM, p. SsS.
LTJWIVERS.
elle fut reconquise par les chevaliers de Rhodes, qui rinféodèrent aux frères Assauti d*l5chia, 1316. En 1840 Ligorio Assanti , Tun des seigneurs de Ttle', cédant à uue tentation bien puissante sur les insulaires de ces parages , arma une ^ère, et se fit pirate. Il pilla plusieurs navires marchands, entre autres des Chypriotes. Le roi de Chypre, Hugues IV adressa ses plaintes au grand maître, qui réprima par un jugement rigoureux les désordres de son vassal. Les Assanti furent obligés dès lors d>ntretenir une galère au service de la religion. Cette famille s'étant éteinte en 1385, Fîle de Nisari revint à Tcrdre, qui n*en aliéna plus Tadministration. En 1433 on trouve cette tie sous le gouvernement de Fantino Querini, amiral, prieur de Rome, bailli de LangOy seigneur de Nisari, qui outre Ten* tretien d*une galère payait une redevance de six cents florins, et avait à sa charge l'entretien des forteresses de l'île. Nisari avait cinq châteaux , dont les plus forts étaient ceux de Mandrachi et de Paleo- Castro. Elle était le siège d'un évéché. Souvent attaquée par les Turcs, elle repoussa toujours leurs tentatives , et ne succomba qu'après la prise de Rhodes.
PANAIA, 9V LE BOGHBR DBS G ALOTBBS.
< On découvre, dit Dapper (1), à près de vingt milles d'Italie ou cinq lieues d'Allemagne, à l'occident de l'tle de Nisaria ou Nisyros, un rocher fort éJevé, appelé Caloiero et autrement Panaîa, qui est entièrement inaccessible , comme étant escarpé de tous côtés. Un caloyer ou ecclésiastique grec, d'où sans doute elle a pris son nom, avoit autrefois choisi ce rocher pour v aller passer ses jours sous la rigidité d'une discipline fort sévère , comme elle se pratique ordinairement parmi ces ecclésiastiques, avec deux autres religieux de son ordre. Il avoit eu pour cet effet l'industrie de trouver moyen d'y élever, à l'aide d'une bascule ou poulie, un fort petit bachot, où seulement deux personnes se pouvoient mettre, avec beaucoup d'adresse et de facilité.
Mais il y fut enfin massacré par deux Turcs , qui le surprirent en cette manière. Ses confrères, les deux autres caloyers, étant descendus pour quelques
(i) Detcripûon de F Archipel, p. 170.
affaires dans le petit bachot, à la manière accoutumée, ils furent tu^ par ces deux Turcs, qui vêtirent ensuite leurs habits, et se présentèrent sous cette figure pour être élevés au haut du rocher par l'autre caloyer, qui , les prenant pour ses confrères, ne balança pas un moment à faire ce qu'ils soubaitoient ; de sorte qu'y étant arrivés, ils massacrèrent aussi celui-là , et ayant pris le peu de leurs rffets qu'ils y trouvèrent, ils descendirent de nouveau du mieux qu'ils purent du haut du rocher , qui depuis ce temps est demeuré inhabité. On peut du haut de ce rocher découvrir une grande partie de l'Archipel. •
XUL DB CARPATHOS.
Il ne faut point quitter ces paracn de l'île de Rhodes sans parler de nie de Carpathos, qui a donné son nom à cette partie de la mer Egée où sont situées toutes les Sporades méridionales et Rhodes elle-même. Carpathos, aujourd*b«i encore Scarpanto ou Zerâinto, est située entre les lies de Crète et de Rhodes, à quarante milles de la première et à cinquante de la seconde (1). Strabon ne lui donne que deux cents stades de tour, ce qui fait environ vingt-cinq milles d'Italie ou huit lieues de France ; mais en réalité sa circonférence est de soixante milles, qui font vingt lieues. Cest une fie assez élevée au-dessus de Peau , de forme un peu longue, étroite, et qui s'étend du nord au sud. Elleadehants sommets,queronaperçoitde fort loin en mer.
Carpatnos possède de bons pâturages, et peut nourrir une grande quantité de gros et de petit bétail ; on y trouve des cailles , des perdrix et beaucoup d^autre gibier en abondance. On y mange les meilleurs lièvres de l'Archipel. < Os excellents lièvres n'ont pas toujours habité nie. Ce sont les insulaires «ixmémes qui les introduisirent chez eux; et, « bien que les lièvres, comme dit Hé- « rodote, trouvent des ennemis partout ' ft parmi les animaux, les oiseaux et I» . « nommes » , ceux-ci se multiplièreat î tellement , qu'ils dévorèrent toutes ks récoltes. D'où le proverbe appliqué a«x gens punis par leurs propres tantes : k9
(i) Dapper, p« i7x;Slnib., X, 5; t. n, p. 393 5 PUd., IV. aS; V, 36.
LES SPORADES
lèvres de Carpathos (1). » On trouve aussi dans cette tie des mines de fer et des carrières de marbre. La mer de Carpathos est semée d*écueils : elle était fort redoutée des andeus; de là cette touchante comparaison d'Horace :
ut mater Jareoeni , quem Notas inYido FlaiU CarpathU (rans maris equora Canctaotem spaUo loogias anoao Dald delinet a domo, etc. .. (2>*
De son côté, Pline a, célébré le scare de la mer de Carpathos (scartts cretensis), excellent poisson , très-recbercbé de son temps pour la table des riches. « On dit que c'est le seul poisson qui rumine et gui se nourrisse dlierbageet non de poissons. Très-commun dans la mer Carpathienne, jamais il ne dépasse spontanément le Lecton, cap de la Troade (3). » Sous le règne de Claude on réussit h Facclimater sur le littoral de ritalie. On pèche aussi aux environs de Carpathos de très-beau corail.
Dapper, qui fait, diaprés Porcachi, une description assez complète de la géographie de cette île, donne les noms des trois montagnes qui s'élèvent au centre de Carpathos; ce sont les monts Andiinata, Oro et Saint- Elias. Ses rivages sont hérissés de nombreux caps et creusés en ports et en baies, qui ofn'eut d'excellents mouillages. Les principaux promontoires sont au sud, du côte de Casos, le cap Sidro , le cap de Pemisa ; vers le nord , les caps Andemo et Bonandrea. Autrefois cette tle était très-fréquentée des marins italiens, qm. en connaissaient tous les ports y savoir : Agata, Porto di Tristano , que les anciens appelaient Tritomos et que défend l'écueil de Pharia, Porto Grato, Porto Malo Nato. Avant ia prospérité commerciale de Rhodes , Caipatbos dut être le point de relâche le plus fréquenté par les navires marchands qui allaient de la mer É^^ dans la Méditerranée orientale. Aussi devaiteile être florissante au temps où elle comptait, selon les iras quatre, selon les antres sept villes; ee qui l'avait fait surnommer Tetrapolis ou Heptapolis. On retrouve des ruines antiques sur pln-
(i) M. de Marcellus, Épisodes, etc., t. H, p. 196.
(a) Hor., Od.f 1. IV, 4, v. 9. (3) PUn., HUt. Nat,^ IX, 119.
sieurs points de Hle, à PhiantI, à Ménétès , à Teutho et à Arcassa. Phianti parait être l'emplacement de Tancienne Posideium, capitale de l'île ; non loin de là s'élève le bourg actuel de Scarpanto, que domine un château du même nom.
Llle n'est habitée que par des Grecs, dit Dapper; on n'y trouve point d'autre Turc que le cadi ou juge, qui se tient dans le château j et y gouverne au nom du grand seigneur.
Carpathos n'a pas d'histoire particulière. Dès Torigine elle paraît avoir subi rinfluencede la Crète et de Rhodes, dont elle dut toujours partager les destinées. On lit dans Diodore qu'elle eut pour premiers habitants quelques compagnons de Minos , à l'époque où ce roi eut, le premier parmlles Grecs, l'empire de la mer (1). Mais les poètes, qui remontent toujours plus haut que les historiens dans les antiquités des peuples, nous reportent bien au delà des temps de Minos, quand ils nous disent que Japet, fils de Titan et de la Terre, engendra dans Carpathos ses quatre fils qu'il eut de la nymphe Asie, savoir : Hesperus, Atlas, Ëpiméthée et Prométhée.
Ainsi , selon la mythologie , si la Crète fut le berceau des dieux de l'Olympe , Carpathos fut la terre natale de leurs adversaires, les Titans. Qu'est-ce à dire, si ce n'est une ces deux tles grecques , placées sur les confins des mers d'Asie, furent les premières à recevoir des Orientaux, des Phéniciens surtout, les noms et le culte des divinités qui plus tard formèrent roiympe grec. Nul doute qu'avant Minos, Carpathos n'ait reçu des colonies d'Asiatiques navigateurs. Plusieurs générations après lui, loclus, fils de Démoléon, Argien d'origine, envova, d'après l'ordre d'un oracle , une colonie à Carpathos. Cet établissement , dit M. Raoul Rochette (S) , dont Diodore nous laisse ignorer l'époque, doit appartenir au même ensemble d'émigration dirige par Althémène , et ne lui être postérieur
Sue de bien peu d'années. Déjà, au temps e la guerre de Troie, Carpathos, qui est appelée Krapathos dans Homère, faisait partie du royaume de Phidippps et d'Antiphus, descendants d'Hercule.
(i) Diod. Sic., V, 54,
(a) Colonies Grecques, III, 74.
L'UNIVERS
Elledeyint doneunetle dorieniie, comme la Crète, comme Rhodes, comme toutes les îles ToisiDes. Sa divinité principale fot Poséidon, ou Neptune, qui était le dieu protecteur de la confédération de rbexapole dorique. Virgile fait de cette fie le séjour du dieu Protée, d'où Ton peut conclure qu'elle arait un oracle de Neptune.
Est in Carpathk) Neplunl gargite vate»
Cœnileiis Proteus.... (i).
0kl voit que si Garpathos n'a pas d'histoire, elle a des antiquités; peut-être même qu'avec des recherches attentives et toutes spéciales on pourrait suivre ses destinées d'âge en fige , depuis les temps héroïques jusqu'à l^oque où elle passe sous la domination des Turcs. Feut-étre aussi cette étude a-t-elle déjà tenté la patience de quelque érudit allemand ; mais je n'ai rien pu découvrir à cet égard.
« L'île de Scarpanto est à présent, dit Dapper au dix-septième siècle, sous la domination du grand seigneur, qui la ait gouverner par un cadi. Il n y Mi pourtant pas son séjour ordinaire, se contentant d'y venir seulement tous les trois mois une fois , pour connottre les différends qui naissent entre les insulaires , exercer sur eux la justice , et punir les coupables suivant que les affismres le demandent. Ensuite il aen retourne à nie de Rhodes, où il se tient ordinairement, sous l'autorité du sangiac, qui en est le gouverneur. Ce sangiac y envoie tons les ans un nouveau receveur pour en tirer les tribus et les impôts que les insulaires grecs doivent payer à la Porte. On y envoie aussi un gouverneur de Constantinople; mais c'est un des moindres officiers de l'empire, qui ne laisse pourtant pas d'exercer une cruelle tyrannie sur ces insulaires. Quand il arrive que les galères de Malte y viennent aborder, ces insulaires sont en de grandes inquiétudes pour défendre et cacher leur gouverneur, étant obligés de ré-
(i) Georg,^ 1. lY, ▼. 384. Virgile a empranté cet épisode de êCêGéorgi^uei k VOdfsséê, l.Y, ▼. 349. Mais Homère place le séjour de Protée dans rilc de Pliaros, et en fait un dieu égyptien. L'Egypte était une des sources d*où la Grèce avait puisé sa mythologie.
pondre de sa personne au grand seigneur, sous peine de la vie on de U perte de leurs biens et de leur liberté. • Aujoud'hui Scarpanto est encore à la Turquie ; mais elle doit avoir changé de régime et se ressentir des amâioratîoi^ décrétées par le tanziroat.
ÎLE DE GASOS.
Llle que les géog^raphes anciens appelaient Casos était encore nomn»
Gasso ou Caxo par les Grecs et les Italiens. Les marms fran^is loi avaie^ donné le nom d'Ile du Gaz. Casos est située entre Garpathos et la Crète, 3 soixante-dix staaes de la première (fffès de trois lieues) et à deux cent Tînèt de la seconde. Elle a quatre-vingts staifesde circuit. Ges mesures, données par Strabon, ont été trouvées très-exactes par Savary (1). Selon Etienne de Byzanee^dW fut ainsi nommée de Gasos , père àt Gléomaque; et il ajoute que les habitants de cette petite île envoyèrent une colonie sur le mont Gasius en Syrie. Cette île est située dans une mer remplie d'écueils. Ses rivages ne présentent que rochers hérissés de pomtes menaçantes, que les flots mugissants blandiiss«it de 'leur écume. Gasos paraît inabordable , et en effet on ne pénètre dans le petit bassin qui forme son port que par un étroit passage, où les barques en temps de houle courent risque de se briser contre les rocs anguleux de cette passe. Dans l'antiquité , Gasos n'était connue que par son miel. Du temps de Dapper ce n^était qu'un rocher nu , qui serv^ de retraite à des pirates. QuaÂd Savaiy la visita, à la fin au dix- huitième siède, il y trouva une population active, industneuse, adonnée à ragricuhure et as commerce , vivant dans l'aisance et h simplicité antiques. Gharmé de l'hospitalité qu'il y reçut et des divertissements qu'on lui procura, le voyageur pl^osoi^ célèbre les vertus patnareales des Gask>tes avec cet enthousiasme exalté et systématique sifortàlamodeausièdedemii^ Îui pour la forme parodiait le style dm élémaque, et qui pour le fond reprod»
sait trop fidèlement les sophismes et les paradoxes de Rousseau. « Heureux peu* pie, medisois-je ! l'ambition et rînti^BS
(x) Lettres sur la Griee, p. xo6.
LES SPORÂDES.
B6 troublent point ta tranquillité ! la soif de Tor n*a point eorrompo tes mœurs!
les querelles, les dissensions, les crimes dont elle remplit la terre, te sont inconnus. On ne voit point dans ton tle le dtoyen enorgueilli de ses titres ou de ses Ticnesses fouler aux pieds son humble compatriote ; on n'y voit point un bas ▼alet encenser les vices de son maître. L^homme y est égal à l'homme; le Casiote ne rougit ni ne s'abaisse devant le Casiote, etc. , etc. » Toute Ja lettre, qui est de vingt pages, est sur ce ton.
Il est vrai de dire qu'à cette épomie le petit rocher de Casos commen^it a devenir une des îles les plus commerçantes de TArcbipel. Selon Pouqueviile, elle avait reçu une de ces colonies albanaises ou schypes qui Causaient au commencemet de ce «0010 la splendeur de la marine grecque Ci). Casos exploitait alors le commerce des côtes de Syrie ; mais la guerre de rindépendanee est venue étouffer, pour toujours peut-être, l'essor de cette prospérité.