ÎLE PB COS
DESCmiPTIOlV GSOGBAPHIQUE. —
Ltle deCos (^ Kfi^ ou K6(i>{), la plus considérable des Sporades, est située à l'entrée du golfe Céramiaue (auj. golfe de Boudroun ou de Stancno), à peu de distance du cap Termerion (aui. Termera), qui termine au sud la presau lie de la Carie, où se trouvaient Minous et Halicarnasse. Cot est désignée quelquefois chez les anciens parle nom de Méropis, qu'elle reçut, selon Hygin, de Mérops (2), premier roi de ce pays. Côa, sa nlle, substitua son nom à celui de son père , et ltle fut appelée Cos. Selon Pline, on la nommait aussi Cea, et enfin Nymphœa. De tous ces noms, celui de Cosest le seul m ait été communément employé par les anciens. Au moyen âge elle est app^ée ordinairement Lango, peut-être à eaose de sa forme allongée, et Standio
Syoyoge de la Grèce, t. VI, p. 3oa-3 lo. Forbiger, Handbuchy etc., t. II, p. i5o. Toyez inr l*fle de Cos un mémoire de Leake, dans The Tnuuaetions ofthe rojral Society of Lkeraiure qftfèe Vnked Kingdom, i* série, 1. 1, 1843. — Zaod«r, Beîtroge mut KunJe der buel Kom; Hamb., zS3x. — Kiuter, de Coinada. HaL, i833.
OU Stanchio, mot formé par les marins de ceux par lesquels les Grecs disent qu'ils vont a Cos (e{( t^v K(5}, et qui prononcés rapidement fontStinco. C'est par une altération du même genre que se sont formés les noms de Sâlimène, de Stamboul etdeSétines(l).
Phne place nie de Cos à quinze milles d'Halicarnasse (2). Il lui donne cent milles de tour ; et Strabon cinq cent cinquante stades , ce qui fait environ trente lieues. Cette tle est longue, étroite, print ci paiement dans sa partie occidentale, qui se recourbe vers le sud, et gui est montagneuse. Le reste de rfle of&e des plaines propres à la culture. Son pic le plus élevé était le mont Prion. Les anciens luiavaientreconnu trois caps : le cap Scandarionou Scandalion,au nord; le cap Drécanon, à l'ouest; et le cap Lacter, au sud. Le terroir de Cos est fertile ; ses vins étaient célèbres autrefois et sont encore excellents. Les habitants de cette île mélangeaient du vin avec de l'eau de mer, et en faisaient un breuvage fort recherché, appelé leucocoum (S). La principale industrie de ces insulaires consistait dans la fabrication de ces étoffes de soie, légères et transparentes, dont on faisait les vêtements appelés coa vestes. Il en est fréquemment flBiit mention dans les poètes latins. Voici ce que Pline nous apprend de Finsecte qm produisait la soie de Cos : « On dit qu'il natt aussi des bombjTx dans ltle de Cos, les exhalaisons de la terre donnant la vie aux fleurs que les pluies ont feit tomber du cyprès, du téréDinthinier,dufrêne,duchêne. Ce sont d'abord de petits papillons nus; bientdt, ne pouvant supporter le froid, ils se couvrent de poils, et se font contre l'hiver d'épaisses tuniques, en arrachant avec les aspérités de leurs pieds le duvet des feuilles. Ils forment un tas de ce duvet, le cardent avec leurs ongles, le traînent entre les branches, le rendent fin comme avec un peigne , puis le roulent autour d*eux, et s'en forment un nid qui les enveloppe. C'est dans cet état qu'on les prend; on les met dans des vases de terre, on les y tient chauds, les pourrissant aveo
(i) Choîseiil-Gouffier, Voyage ^ttonêquêp 1. 1, p. 171.
(a) Plin., But. Nat,, V, 36.
(3) Id., XIV, S , 10.
L'UNIVERS
dason : alors il leur natt des plamesd'ane espèce particulière; et quand ils en sont reïétus, on les renvoie travailler à une nouvelle tâche. Leurs coques, jetées dans l'eau ^ s'amollissent, puis on les dévide sur un fuseau de jonc (1). » On recber* chait encore la poterie de Gos, et surtout ses belles amphores, ainsi que ses parfums et onguents de coing et de marjolaine (2).
La capitale de Ttle de Cos portait le même nom et était située au nord, près du cap Scandarion. D*abord les insulaires avaient habité une autre ville, située dans un canton que Thucydide nomme la Méropide. Us abandonnèrent cette cité à la suite d*un terrible tremblement déterre, et ifondèrent la nouvelle Cos , Fan 366 avant Fère chrétienne. Le nom d'Astypalée resta à Tancienne ville, ^ui tomba bientôt en ruines (8). Cos était une cité bien bâtie, et très-agréable à voir quand on y arrivait par mer. Il y avait encore dans nie la ville d'Halisame, près du cap Lacter, et le bourg de Stomalimné, près du promontoire Drecanon , à deux cents stades de la capitale.
La ville moderne occupe le même emplacement que rancienne. Dapper en parle comme Strabon. « Elle est fort joliment bâtie et assez bien peuplée , » dit-il (4). Mais, malgré cet éloge, la simplicité agréable de Ta ville de Stancbio n'a rien de comparable à la beauté de rancienne Cos, dont la splendeur est attestée par les débris de ses antiques édifices au milieu desquels s'élèvent les bâtiments modernes. Le port, autrefois
grand et commode, est maintenant ensalé, et lesgrands navires restent en rade. On voit (Taprès les récits des derniers voyageurs que Ttle de Cos a moins souffert que beaucoup d'autres terres de r Archipel (5). « La ville de Cos est sur le rivage, dit Cboiseul-Gouffier ; son port est commode , et toute la côte est couverte d'orangers et de citronniers , qui
n PKn., Hist, Nat„ XI, «7.
W id.,xxxv, 46; xra, I, a.
(3) Sinib., XIV, p. 673; Tauch., t. HI, p. aoa j Thuc. VIII, 41.
^4) Descr, de ^ArcMpel, p. 176.
(5) Choiscul-Gouffier, 1. 1 , p. 170; Michaud et Poujoulat, III, p. 461 ; Prokesch, Denkmuvigk, III, p. 432.
forment l'aspect le plus séduisast. Maîi rien n'est aussi agréable que la place publique. Un platane prodigieux en occupe le centre, et ses branches étendues la cou vrent tout entière ; affaissées soos Iob propre poids, elles pourraient se briser, sans les soins des habitants, qui lui readent une espèce de culte ; mais oomme' tout doit oifrir dans ces ooDtrées des traces de leur ancienne grandeur, ce sont des colonnes superbes de marbre et de granit qui sont employées à soutenir b vieillesse de cet arbre respecté. Une fi»taine abopdante ajoute au charnue de ces lieux , toujours fréquentés par les habitants, qui viennent \ traiter leurs a&ira et y chercher un asile contre la cbaleor du climat. » Il est déjà fait mention de ce beau platane dans les voy^igam et géographes du quinzième et du setoéoe siècle. Une de ses principales braBches s*est brisée dans ces dernières anaées.
« Les branches qui lui restent, dit M. Michaud , affaissées sous le poids des aosi s'étendent horizontalement à une grande distance, soutenues pardescolonnesdoot le marbre a pénétré dans l'éoorce, et ad semblent faire partie de l'arbre qu'elks supportent. Le platane de Cos ou de Stanchio est révéré des Grecs et des Turcs, qui le mettent au-dessus de toutes les antiquités du pays, et qui ne manquent pas de népéter aux voyageurs quHippocrate donnait des cousultatioos sous son ombrage. »
Au moyen âge , Lango étml défendue par une citadelle, qui fut élevée par l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem. On voit encore sur la porte de cette forteresse les armes des nospitaliers , ainsi que sur plusieurs maisons voisines. Dans le mur extérieur du château est encastré un magnifique bas-relief antique , qui semble représenter les noces de Neptune ou de Bacchus. Les Grecs de Cos sont persuadés que dans l'intérieur de la citsuieUe on conserve un buste d'Hippocrate, et gu'on y trouve une petite chambre qui nit habitée par le ^re delà médecine.
A Cos le souvenir d'Hippocrate est encore vivant partout. Il y aa trois milles de Stanchio, sur une montagne assez élevée, une fontaine dont la construction remonte à la plus haute antiquité. Cet édifice est encore appelé la Fontaine d'Hippocrate. Le lieu d'où jaillit la source est
LES SPORADES
recouvert d*ane rotonde assez élevée qui a une ouverture par le haut; Teau coule ensuite par un lit de pierre creusé dans une galerie fermée des deux côtés par des murs cydopéens. Cette galerie est recouverte par une voûte angulaire de pierres également cydopéennes. Tout atteste une construction des premiers âges, contemporaine de la galerie de Tirynte ou des remparts de Mycènes. On retrouve encore sur les hauteurs de la partie méridionale de lile les débris des châteaux forts que les chevaliers de Rhodes j avaient fait élever. Ces forteresses dominaient et défendaient les villages de Pili, d'Antiphili et de Kephalo. Cette partie de rtle est peu connue , et ordinairement négligée par les voyageurs, qui se contentent oradmirer en passant le site de la capitale, son paysage, et le magnifique aspect qu*offi:e le voisinage des côtes d* Asie.
HlSTOIBB DB lIlB DB COS DANS
l'antiquité. — Cos reçut ses premiers habitants des mêmes émigrations qui peuplèrent *Rhodes et toutes les îles de ces parages. Mérops , Fun des fils de Triopas, s'établit (e premier dans cette île, qui prit d'abord le nom de ce chef. Ses compagnons, probablement Pélasgesd^origine, rappelèrent aussi les Méropes (1). Queloue temps après le déluge de Deucalion, des Éoliens ne Lesbos quittèrent cette île, où régnait Macarée, et vinrent s'établir à Cos, sous la conduite de Méandre, qui devint roi du pay8(3). On raconte qu'Hercule vint à Rnodes, qu'il y tua Eurypvle, t3nran odieux par ses cruautés et ses brigandages. Dès lors la race d'Hercule régna à Cos et dans les tles voisines. « Ceux qui habitaient, dit Homère, les îles de Ni- «yre, de Carpathus, de Casus, de Cos, où avait régné Einryi^lus, et les îles Calidnes étaient sous la conduite de Pheidippus et d'Antiphus , fils de Thessalus et petit-fils d'Hercule ; ils avaient trente vaisseaux. « Ainsi les Héraclides dominaient à Cos au temps de la guerre de Troie. A près l'extinction des Héraclides, vinrent les Asclépiades, ou fils d'Esculape. Machaon et Podalire, qui après la prise de Troie se fixèrent dans llle de
(r) Raoul Rockette, Coionitt Greeq,, I, p. 337.
(a) Diod. Sicul., V, 81.
Cos. L'insalobrité de cette île écartait de ses rivacefl les navigateurs grecs et étrangers; us la choisirent pour l'objet particulier de leurs soins, et y renouvelèrent en peu temps la population, f>resque éteinte (1). Depuis ce temps 'art de la médecine fut en grand honneur à Cos; Esculape en fut la divinité principale. On lui éleva un temple magnifique dans le feubourg de Cos.
Ce temple était rempli des offrandes de ceux que la puissance d'Esculape avait guéris de leurs maux; les prêtres d'Esculape tenaient registre de tous les remèdes reconnus par l'expérience (3).
Ce fut à cette école de médecine que se forma Uippocrate. Les derniers colons qui s'étaolirent à Cos furent des Doriens venus à la suite d'Althemène (3). Déi lors cette île fit partie de l'Hexapole dorique, qui avait w^ réunions politiques et ses fStes commîmes dans le temple d'Apollon Triopien.
L'histoire de Cos pendant l'antiquité se confond continuellement avec celle de Rhodes ; nous en avons indiaué les principaux traits dans l'article consacré à cette dernière (4). Pendant longtemps Cos fut une cité d'une importance secondaire. Mais la troisième année de la 103* olympiade (l'an 866 av. J.C) « les habitants de Cos se transportèrent dans la ville qulls occupent encore aujourd'hui, dit Diodore (ô), et rembellireut beaucoup.
Cette ville se remplit d un grand nombre d'habitants, fut entourée de fortes murailles; elle avait un port magnifique.
Depuis cette époque les revenus et les richesses de ses habitants sont toujours allés en augmentant; enfin elle put rivaliser avec les premières villes ». Cos était donc en pleine prospérité quand elle s'unit à Byzance, à Rhodes et à Chio pour s'affranchir du joug d'Athènes. Peu de temps après, elle reconnut avec empressement la domination d'Alexandre le Grand, et pendant les troubles
!i) Raoul Rochetle, II, p. 40 1.
a) Strab., XIV; Tauch., III, p. 201.
(3) Yoy. plus haut, p. 106; Strab., p. 653; Her., I, x44 ; Raoul Rochette, III, 71.
(4) Toyez plus haut, p. 108 , 109 , zio, lis, i3o, 137.
(5) Diod. Sicul., XV, 76.
L'UNIVERS
2 ai suivirent sa mort, elle entra d*abord ans le parti d*Antigone. Mais Ptolémée, neveu d Antigone, ayant trahi son oncle, yvra nie de Cos à Ptolémée, roi d'Éffypte, qui sut habilement attacher ces insulaires à ses intérêts par les avantages commerciaux qu*il leur procura.
Pendant son expédition de Tan 809 dans la Grèce et la mer Egée, Ptolémée Lagus fit de rtle de Cos le centre de ses opérations (1). Cest à cette époque et dans cette lie que naquit son fils Ptolémée Philadelpne , car Bérénice avait accompagné son éooux dans cette campagne.
Jusqu'à la nn, Cos fut toujours unie par des liens d*amitié très-éboits à la dynastie des Lagides.
Plus tard, lorsque l'Egypte fut abaissée, les habitants de Cos recherchèrent, comme les Rhodiens, la protection du sénat contre les rois de Macédoine et de Syrie, et, comme Rhodes, cette île rendit de très-grands services aux Romains dans leurs guerres maritimes (3).
Comme Rhodes aussi , elle fut ^andement maltraitée par les meurtriers de C^r, qui n^avaient pu déterminer ces insulaires à se joinare à eux. Turu* liu^, l'un d'eux, abattit le bois consacré à Ësculape, et en fit des navires. Sous l'empire, Cos devint tributaire, mais elle conserva ses droits de cité. L'empereur Claude proposa au sénat d'affranchir de tout tnbut les insulaires de Cos. Claude alléguait l'antiquité de cette ville, dont il faisait remonter l'origine à Cens, père de Latone, la crande célébrité de son dieu Esculape, les services qu'elle avait rendus en p»roduisant tant d'illustres médecins. Le sien, appelé Xénophon, était un Ascléplade; et c'était à sa demande que l'empereur faisait au sénat cette sin* gulière proposition. « Il n'est pas douteux, ajoute Tacite (8), que ces insulaires n'eussent rendu beaucoup de services aux Romains, et l'on pou* ▼ait citer des victoires auxquelles ils avaient contribué; mais Claude, avec son irréflexion ordinaire, accordant une grâce parement personnelle, né-
(i) Diod. Sioil., XX, 27 ; App», M'uhr,^ ft3 , 1 15.
(a) lit. Lit., XXXVII, 16, ai.
(3) Tac, Ann,^ XII, 6 r .
ffligeait de la justifier par des coasi* aérations d'utilité publique. » Sous V»
pasien, Cos perdit les damiers lotv de sa liberté , et fit partie de la pi» vince des fies , dont Rhodes devint h capitale. Sous Antonin, un Miaaàit ment de terre ayant bouleversé la cols de la Carie, de la Lycie et les îles ?» sines, l'empereur répara toat le ^ sastre, et nt reconstruire à ses tes les villes de Cos et de Rhodes ;i}.
A partir de cette époque Cos dbp»^ perdue dans l'immensité de renfit romain.
HOKVBS ILLUSTEBS DS lIlX fil
Cos.— Si rtle de Cos n'a qu'une pba médiocre dans l'histoire politiqie dt la Grèce, elle est à jamais iHnstm par la gloire immortelle des graoà hommes qu'elle a produits. Gos est b patrie du plus grand médecin et à plus grand peintre de l'antiquité, d*Hi^ pocrate et d'Apelle. Indépendammeii de ces deux grands génies, qm sd* fisent à sa gloire, elle donna aussi ssssance k quelques hommes célèbres, fi eurent une grande réputation de m temps, mais dont les noms ne taà plus évoqués aujourd'hui que par b curiosité des érudits. « Oa compte pans les hommes illustres de Gos, dit Stiabon, outre Hippocrate, Sùdus, aatii médecin; Philetas, poàe etgramm»
rien, qui fut le préeepCeor de Ptolémée Philadelphe; Sioas, chef * parti , qui devint tyran de Gos, ^ dort le nom se retrouve sur une médiA de rtle; Ariston le Philosophe, disdpii et héritier du péripatétiden de oe noo.' Cette ville a vu naître aussi Tbéisneste, célèbre citharède, qui a été à
Earti opposé aux entreprises de KidB>j l suffit d'énumérer ces penoniofi plus ou moins illustres; nais 4ik nous plus d'attention aux deux girait hommes de Cos, Hippocrate elt Ajifej HippocRÂTB ; ÉCOLE DB xinicna DE Cos.— Lavied'HippocrateeBti inconnue; les récits qu'on en surchargés d'inventions et d*< sements invraisemblables, qui la ressembler à une légende. Ce n*eA^ deux cents ans après la mort pocrate que les émdits aiexaodi
(i) Pausao., YIII,43.
LES SPORADES
oommencàreat des recherches sur la biographie de rbomme iUustre dont la ffloire grandissait toas les jours, et dont te écrits étaient deyenas comme le code de la médecine (1). Mais, comme la fie de ce médecin n*avait été recueillie ni par ses contemporains, ni par ceux qui Tout suivi unmédiatement, ceux qui plus tard ont voulu l'écrire n'ont trouvé aucun récit digne de f(H pour les détails personnels à Hippocrate; ils n'ont pu que recueillir quelques documents positife, ((oi fixaient sa patrie , son âge, le lieu où il avait exereé son art et sa célébrité. Toot le reste avait péri. Hippocrate naquit la première an* née de la quatre- vingtième olympiade , en 460 (3), dans la ville de Cos , où son père, iléradide, exm^t aussi la profession de médecin. Une généalogie contronvée le rattachait à Podalire et à Esculape, dont il aurait été le dixseptième descendant. Cependant c'est avec raison que Platon, dans le Frotagoras, donne à Hippocrate le titre d'Asdépiade ; car les Ascléniades n'étaient pias une famille^ mais des corporations sacerdotales, qui dès les temps les plus anciens avaient eu le priviléj^^ exclusif de la pratique de la médecine, et qui commençaient au cinquième siècle à le partager avec d'autres concurrents.
Ces corporations de prétres-médedns habitaient autour des temples d'Asdépins ou Esculape, dieu de la médecine, et dans ces édifices, appelés asclé' fions (iaxXi)xtrov), tout était disposé a la fois pour Je cuUe et la pratique de l'art, pour le service du dieu- et celui des mdades. 11 s'était fondé en Grèce, à l'origine de la société hellénique, un grand nombre de ces asclépions, dont les plus considérables réunissaient le triple caractère de temple, d'hôpital et d'école de médecine. Les plus renommés de ces Asclépions étaient, au temps qui précède Hippocrate, ceux de Cyrene, de Rhodes, de unide et de Cos. Les malades oui venaient se faire traiter dans les temples avaient l'habitude d'y laisser un témoignage de leur reconnaissance envers
(t) M. littré, OKuvriê complétée d'Hippocrate. Introduction , L I, p. 32.
(a) A. ^mTon^Littérature èrecque, p. a i a.
le dieu et une indication de la maladie dont ils avaient été guéris. « Le temple d'Épidaure, dit Strabon, est toujours plein de malades et de tableaux qui j sont suspendus, et dans lesquels le traitement est consigné. Il en est de même à Cos et à Tricca (1)». Les prêtres recueillaient ces notes , et en disaient sans doute une des sources de l'enseignement médical qu'ils donnaient à leurs élèves. Le livre intitulé Prén<h tions Coagues^ qui se trouve dans les œuvres d'uippocrate, n'est sans doute qu'un recueil de notes de ce genre.
Telle était l'école oiï Hippocrate commença son noviciat médical et acquit ce titre d'Asdépiade, par lequel il est désigné à plusieurs reprises dans Platon , son contemporain, c'était comme le diplôme de docteur de ces temps-là : et ce titre ne forçait pas le médecin qui le portait à s'enfermer dans le temple ou il l'avait reçu, puisque Hippocrate, qui faisait partie du sacerdoce médical aeCos, qui appartenait à une ftmiile illustre, qne l'on disait descendue d'Esculape, parcourut comme médecin périodeuie^ ou ambulant, différentes parties de la Grèce , et y exerça la médecine. Nul doute qu'Hippocrate n'ait beaucoup voyagé. Dans les écrits de la collection nippocratique , il est très-souvent question de l'tle de Tbasos. On y trouve aussi nommées Abdère et Périntbe en Thrace, Olynthe dans la Chalcidique, Larissa, Cranon et Phère en Thessalie, les tles de Délos , de Cos et d'Andros. Hippocrate parle des Palus-Méotides, du Phase, des contrées du Pont, des Scythes nomades, comme ayant vu ces peuples et parcouru ces contrées.
Il est évident qu'il avait aussi visité la liVbie et l'Egypte. De tout temps il a été utile de voyager pour apprendre à connaître la nature et les hommes ; mais dans l'antiquité, où les commnni-
(i) Strab.» 1. Ym. On t trouvé du» le temple d'Esculape à Rome une iDScriptioQ grecque, dont Toici le «ens : « Julien étant travaillé d*un flux de sang nar le haut et abandonné des hommes , le dieu vint k ion secourt ; de sorte que Payant nourri de miel pendant U'ois jours il le remit en sa première santé. Il lui en rend grâces devant le peuple. -
L'UNIVERS
cations entre les savants étaient nulles, où les peuples ne se connaissaient pas les uns les autres, c'était une nécessité de sortir de chez soi pour échapper à rignorance que produit Fisoleliaent. De nos jours c'est la science qui voyage ; autrefois il fallait que rhomme courût après elle; c'est ce que firent le grand rapporteur de la médecine antique et le père de l'histoire, flippo-' crate et Hérodote.
. ^Après ses voyages, Hippocrate revint a Ck)s, dans sa vieillesse ; et par ses travaux et ses écrits il éleva l'école de^a patrie au-dessus de toutes ses rivales. Il ne faut pas croire qu'à cette éjioque la fidenc» médicale fût à créer, et qu'Hippocrate ait été à proprement parler le père de la médecine. « Jadis il existait, dit Galien (1), entre les écoles de Cos et de Cnide une lutte à gui l'emporterait par le nombre des déœuvertes ; car les Asclépiades d'Asie étaient divisés en deux branches après l'extinction de la branche de Rhodes. A cette lutte honorable prenaient part aussi les médecins de l'Italie, Philistion, Empédocle, Pausanias et leurs disciples:
de telle sorte que trois écoles admirâbles se disputaient la prééminence dans la médecine. Celle de Cos se trouva avoir les disciples les plus nombreux et les meilleurs; celle de Cnide la suivit de près, et l'école d'Italie ne fut pas non plus sans gloire. » Ainsi, le mouvement scientifique était déjà trèsactif et très-têcond quand parut Hippocrate; mais l'expérience qu'il avait acquise dans ses voyages, la comparaison des différentes méthodes et doctrines quil avait étudiées, lui donnèrent des vues d ensemble et une étendue de connaissances qui manquaient aux autres médecins de son temps, asclépiades, philosophes et gymnastes, enfermés dans les traditions incomplètes d'un enseignement local et particulier. Hippocrate ne créa pas la médecine, mais il étendit, compléta et féconda ce qui existait avant lui. « Son mérite dans la science, dit M. Littré, à qui j'emprunte tous ces développements, la raison du haut rang qu'il y occupe, la cause de la puissance qu'il y a exercée, tout
(0 Gai., t. IV, p. 35, éd. Basil.
cela est dans la force des .^
doctrines qu'il embrassa, dévetopfa soutint avec talent, employa avec ' heur et transmit pleines de vie, de et de profondeur a la postérité (ïj. .
Les biographes alexandrins qoi cri travaillé si tard sur la vie du médid de Cos ont recueilli ou infeoté M histoires invraisemblables, qui ont Mt fortune, mais dont aucune ne fSÊ tenir devant l'examen d'une saine ok tique : telles sont les réciU sur le râ d'Hippocrate dans la peste d'Aftèss, sur l'invitation d'Artaxeree, sur le wfus du médecin de Cos, sur sooeoù^ vue avec Démocrite, sur la guerre 6te à l'île de Cos par les Athéniens. T»
ces faits n'ont d'autres garants qoe ia lettres et discours qui forment nn ^
gendice de la collection hlppocntique.
lais il est suffisamment démontré ss^ jourd'hui que toutes ces pièces «il ^ fabriquées par des foussaires et qa'dks sont entièrement controuvées (J).
La fin de la vie d'Bippocrate est
aussi peu connue que le reste. On &â
(|u 11 parvint jusqu'à un âge très-ataocé,
jusqu à quatre-vingt-cinq ans selon le
uns , jusqu'à quatre-vingt-dix sdoo kà
autres; selon d'autres encore, rnsmi
^nt quatre ou même cent neuf ans.
Son biographe anonyme iiit qu'il m»
rut non point dans sa rille natale,
mais près de Larisse, dans la Thessalie.
Au reste, les négations et les doutes é
la critique ne font que dégager du sm
de l'erreur et des febles les seules vraâi
nouons qui se rattachent à riiistoèi
d Hippocrate. Elles dissipent des ilk-
sions, sans rien diminuer de la grandes
et du prestige de son nom , et ete «
servent qu'à fbire ressortir davantage fas
seuls faits qui permettent daupréoexk
rôle qu'il a joué et la place qu'il a «•
cupée dans la science. Le personaaie
fantastique de la légende a dispare;
mais, ce qui vaut mieux, il reste n
^and homme , qui a fait de gmitffi
choses. On doit donc se tenir poer a-
tisfait, puisque l'on peut donner eomne
certames les conclusions suivantes, qd
sont celles du savant et habile tractee*
(r) QEuPm d'Bippocrate, Intr^im^um, t. I, p. a4.
(a) M. Littré, Introd., 1. 1, p. 4«6.
LES SPORADES
teor des oeufies hippoeratiqiies : « Praticien, professeur, écrivaiD, Hippocrate a joui de Testime de ses oontemporains; deseeadu d'une ûimille qui taisait remonter son origine jusqu à Fâge bàroîque , il lui a donné plus de gloire qn^il n'en afait reçu; attaché à une corporation qui desservait un temple d^£8culape» u a fait préraloir l'écble de Cos sur toutes les écoles médicales qui Font immédiatement suivie; et de bonne heure ses écrits étaient inédites et cités par Platon (1). »
C^est dans la lecture de ses écrits que Ton peut, du reste, achever de connaître flippocrate; sa haute intellisence, son noble caractère s'y révèlent à chaque page. La plus belle de toutes est celle du serment, oà il trace, en s*engageant à les remf^ir. tous les devoirs d'un médecin vmtablement honnête homme ft-v religieux : « Je jure par Apollon médedD, par Esculape, par Hygie et Panacée; je prends à témoin tous les dieux et toutes les déesses d'accomplir fidèlement, autant qu'il dépendra de mon pouvoir et de mon intelligence, ce serment et cet engagement écrit : de regsurder cooMue mon père celui qui m'a enseigné cet art; de veiller à sa subsistance; de pourvoir libéralement à ses besoins ; oe considérer ses enfonts comme mes propres frères; de leur apprendre cet art sans salaire et sans aucune stipulation, s'ils veulent l'étudier.... Je conserverai ma vie pure et sainte aussi bien que mon art....
Je garderai inviolablement la loi sacrée du secret... Si j'accomplis avec fidélité mon serment, si je n'y fais
Eoint défaut, puissé-je passer des jours etireux, recueillir les fruits dé mon art, et vivre honoré de tous les hommes et de la postérité la plus reoilée; mais si je viole mon serment, si je me parjure, que tout le contraire m'arrive (2). »
Apsllb. — Apelle naquit à Cos, comme Hippocrate, dans la première moitié du quatrième siècle avant l'ère chrétienne, pendant la 112' Qlympiade.
11 était fils de Pythius, et il eut pour maître Éphorus d'Ëpbèse et Pamphue d'Amphipolis. Il voyagea pour per-
(0 Littré, Introd.y 1. 1, p. 43*
(a) A. PifiTODy Lia, Grtcquê, p.ax5.
fectionner son talent, et il vint étudier à Véco\t de peinture de Sicyone, qui était alors la plus renommée de toute la Grèce. On lui donne quelquefois le surnom d'Éphésien, non pns que l'on ait cru qu'il naquit dans cette ville, mais parce qu'il y demeura longtemps et qu'il y re|^t sans doute le droit de cité (1). Au jugement des anciens euxmêmes, Apelie surpassa tous les peintres qui l'avaient précédé et tous ceux qui le suivirent A lui seul, il contribua presque autant que tous les autres au progrès de la peinture, et cela nonseulement par ses tableaux, mais aussi par ses écrits. U composa trois livres sur la théorie de la pemture, qui existaient encore du temps de Pline.
Apelle eut plus que tous les autres
Seintres la grâce en partage. Il y avait e son temps de très-grands artistes; il admirait leurs ouvrases, il les comblait d'éloges, mais il disait qu'il leur manquait lagrflce, qui était à lui; qu'ils possédaient tout le reste, mais que pour cette partie seule il n'avait pomt d'égal. L'ingénuité et le charme de son caractère n'étaient pas moindres que la grflce de son talent. U était au-dessus de toutes les mesquines passions oui trop souvent travaillent les artistes, il reconnaissait, il encourageait, il produisait les talents d'autrui; on sait sa conduite à l'égard de Protogène, qui cependant pouvait étreson rival (2). 11 était désintéressé, ' et conservait partout, devant le public comme chez les plus grands princes, une attitude pleine de convenance, de frandûse et de dignité. Deux anecdotes racontées par Pline et beauconiyd'autres auteurs montrent comment il savait parler aux petits et aux grands. Quand Apelle avait fsdt un tableau , il l'exposait devant le public; et, se tenant caché derrière un rideau , il écoutait ce qu'on disait , dans le dessein de corriger les défauts qu'on y pouvait remarquer. Un jour un cordonnier critiqua
(i) Voy. Fr. Juoius, De Pîctura yeterum Liiri 1res, Roterodami, 1694, in-fol.; Cataiom, p. 12. On trouve dans ce livre tons Tes matériaux de la biographie d'A.peUe, mais réunis tans critique. Pline, Hist, Hai,, XXXV, 56,17.
(a) Yoy. plus haut, p« iSg.
L'UNIVERS
la coaussure d'un de ses personnages; et comme il avait raison , Apelle corrigea la faute qu'il avait faite. Le lendemain le même cordonnier, tout fier d'avoir été écouté , se mit à reprendre la fa^n de la jambe ; mais cette fois le peintre, irrité, sortant de derrière sa toile, s*écria qu'un cordonnier n'avait rien à voir au-dessus de la chaussure. C'est à cette anecdote qu'on rapporte Taventure du proverbe ne sutor ultra crepidam^ qui se trouve paraphrasé dans RoUin delà façon suivante :
Savetier, Fais toD métier; Et garde-toi surtout d'élever ta censure Au-dessus de la cbaussare.
Une autre fois c'était Alexandre qui, étant allé visiter le peintre dans son atelier, se mit à parler de peinture à tort et à travers : « Prince, lui dit Apelle, prenez garde, ces jeunes garçons qui broient mes couleurs vous admiraient pendant que vous gardiez le silence ; maintenant ils rient de vous. » Malgré cette liberté de langage, Apelle fut toujours très-agréable au héros macédonien, qui le nomma son peintre officiel. Il détendit à tout autre artiste de faire son portrait. Avant à se plaindre de Ptolémée, roi d'Egypte, qui avait accueilli les accusations de ses adversaires , Apelle s'en vengea en exposant à Ëpbèse un tableau allégorique qui représentait le roi avec de très-granoes oreilles tendant la main à la Calomnie. Aux côtés du roi se tenaient deux femmes, représentant Tlgnoranoe et le Soupçon (&n6X7)<|'i(). La Calomnie était précédée par un homme, qui figurait l'envie (^06voc) , et qui était suivi de la Ruse et de la Trahison. A quelque distance de ce groupe marchait le Repentir, qui. tournant la tête en arrière, reconnaît dans le lointain la Vérité, qui s'approche environnée de lumière. Telle fut la vengeance utile et ingénieuse de ce grand homme. Apelle était fort laborieux, et, quelques occupations qu'il eût d'ailleurs, il ne laissait point s écouler un jour sans s'exercer la main en traçant quelques traits au crayon ou au pinceau. Il mourut après avoir joui de toute sa gloire, laissant un grand nombre d'ouvrages. Pline en a énu-
méré les principaux , tout en qu'il n'est pas radie de dire, an de tant de chefe-d'oeavre, qneis ceux qu'on doit déclarer les mcill ÉTAi: BB lIlb dm Largo
LA DOMINATIOir DBS GHBVALIBaS
Rhodbs. — Après leur réunion à ft pixe romain, lesmsulairesdeGoso'c rent plus d'autre destinée que de tous les autres sujets de Rome; tie vécut en paix, à 1 ombre d*un tisme longtemps bienfaisant; et vint la décadence de Tempire, sa part des maux qui vinrent foodiva toutes ses provinces. Les Sarra&is m firent éprouver de grands domaines (Q dans leurs courses à traTers raiând où rien ne leur résistait. Les âina souverains du bas-empire ne sanâeâ défendre que Constantinople. Gris anx croisades, l'Église latine vint n secours de la société grecque, qm d|i succombait au onzième 8iaele,etw elle retarda la chute en versait m\ l'Asie les bataillons des dtaétàas m l'Europe. Au quatorzième siècle, Goi.
désormais appelée Lango, devint m province de ee petit État mantîB tonde à Rhodes par les chevaliers à Saint-Jean, et où s'organisa, as nos de la foi chrétienne, une si énerçi^ résistance. En 1816 Lango lut oœ»
pée par Foulques de YUSrHf ie quérant de Rhodes (3); et cette tle di* vint un des fiefs les plus eon»dérabkf de l'ordre. En 1S66 des familks »
méniennes chassées par les Tiii»0 ramans demandèrent asile aux dti» liera. On les établit à Lango, sark territoire de Cépbalo; on poon* à tous leurs besomsj on lenr ta0 des bestiaux et des instrainents toires, et on leur permit d*élever église où l'on célébrait le cuite d^aarii leur rit, que reconnaît l'Ëgliae lalaii En 1889 le gouvemenaent de LaM»
appartenait à frère Pierre Sdbk|i*' hold , qui fonda plus tard le < de Boudroun, sur les raines carnasse. Bientôt, en 1891, on à la commanderie de SchlegelhoU 1»
de Calamo et de Lero. Voici les dr imposées au gouverneur de ces
(i) Voyei plus haut, p. 146, 147.
(a) Voy. plus haut, p. 147.
I ES SPORADES
par rînvestiture du ^rand mettre : Il deTait payer cent flonns d'or au trésor de Tordre; pourvoir à l'entretien de Tingt-cioq religieux, dont quinze chevaliers « équiper et solder dix hommes d'amoes latins nés au-delà des mers, et .de cent cinquante Turcopoles ; pourvoir la garnison de I^ngo d'un méde> dn ^ d^une pharmacie; ne vendre les denrées de nie que dans le marché de Rhodes; faire nettoyer tous les ans l'étang malsain qui est prèà de Lan^o; équiper une galère à vingt rames; faire toutes les dépenses nécessaires à l'entretien des ^lises , des forteresses , de tous les édifices publics de son gouvernement O)-
Après la mort deSeblegelhold, le fief de Lango changea de nature ; il devint un bailliage, et fut réuni au prieuré de Portugal. Cependant les fréquentes attaques des Turcs et des Sarrasins continuaient à épuiser les ressources de Ttle, qui ne pouvait plus se défendre ni entretenir ses forteresses. En 1444 l'amiral Quérini , bailli de Lango, à bout de ressources, s*adresse au grand maître de Lastic, et demande des renforts. Le conseil répondit par l'ordre d*abandonner les forts secondaires, d'évacuer le district de Karangia et de ne défendre que les principaux postes. Évidemment la puissance des dievaliers de Rhodes faiblissait; le temps de leur décadence était venu; Tordre n'avait plus qu'à se tenir sur une pénible défensive. A mesure qu'il perdait de sa force contre l'ennemi, il j}erdait de son autorité sur les insulaires qui lui obéissaient.
£n 1451 les habitants du district de Narangia, le meilleur canton de Lango, se révoltèrent. Cependant la valeur des chevaliers restait la même, malgré le mauvais état de leurs affaires; frère Jean de Château-Neuf repoussa toutes les attaques dirigées par Mahomet II contre Lango et les Iles voisines de 1454 à 1460.
Après ces luttes, qui avaient augmmté sa détresse, Lango fut placée directement sous l'administration du grand maître Zacosta, qui la fit gouverner par on lieutenant. On avait senti la nécessité d'augmenter les pouvoirs du chef de l'ordre à mesure que les dangers
(x) Coronelliy Isola dî Rodî, p. 399.
grandissaient et que l'ennemi devenait plus pressant. Lango était la seconde lie de la religion , la plus menacée par les Turcs, la plus importante à défendre après Rhodes. On la plaça donc sous Tautorité immédiate du grand maître.
En 1464, nouvelle descente des Turcs dans rtle de Lango : ils la ravagèrent, sans pouvoir s'y établir. Le 17 octobre 1403 un tremblement de terre bouleversa l'Ile entière; les habitants seraient morts de faim si le grand maître d'Aubusson ne leur eût envoyé des vivres. Il fallut reconstruire toutes les forteresses. En 1495 Lero et Calamo éprouvèrent le même désastre. D'Aubusson eut à faire d'énormes dépenses ; il pourvut à tout.
En 1500 les juifs, dont on suspectait les dispositions, furent bannis de Lango, comme de tous les États des hospitaliers (1). Ils furent tous transportés à Nice. Cette mesure ne sauva pas la domination rhodienne, qui succomba en 1523 sous les coups de Soliman. Lango se rendit après la prise de Rhodes. A partir de la domination des Turcs elle fut désignée de préférence sous le nom de Stanchio.
État actuel db Stanchio. — Llle de Stanchio a été moins maltraitée que beaucoup d'autres sous le gouvernement àes Turcs. En 18Z1, lors des troubles de la Grèce , le pacha de Stanchio n'eut pas de peine à maintenir l'ordre dans son petit gouvernement.
Stanchio fut le point central des opérations des Tmrcs contre Samos, qui était en pleine révolte » et elle traversa sans souurir cette époque si funeste à d'autres îles voisines. Aujourd'hui la ville a environ trois mille habitants : la population de toute Tlle est de vingt mille âmes. La campagne paraît assez bien cultivée; on rencontre sur les coteaux de nombreux troupeaux de moutons et de chèvres. Les principales productions du territoire sont les citrons, les oranges, les raisins secs. Les exportations faites dans l'année 1S30 ont été évaluées à plus de cent mille talavis (500,000 francs). Stanchio n'a pas bougé dans la guerre de l'Indépendance.
En 1881 elle était tranquille et heu-
(z) Corooelli, Isola d't Âftodi,^, !$•• ,
L'UNIVERS
reuse, sous le gouvernement modéré d*Ali-Bey, Turc instruit et bienveillant, qui disait qu'il était chargé de protéger et non de ruiner le peuple (])• On retrouve à Stanchio une singulière coutume, qui existe aussi à Mételin : les Olles ont seules droit à l'héritage de leurs parents; la coutume veut que ce soit la femme qui choisisse le mari ; quand elle a pris les informations nécessaires, le père transmet les intentions de sa fille à celui qu'elle a choisi; son mari n'apporte jamais rien en mariage, et ne &it aucun présent à sa nouvelle épouse. Quand c'est la fille atnée qui se marie, le père lui abandonne sa maison, et va s'établir ailleurs. Cet usage qui n'admet que les femmes à l'hér^ité subsiste encore, avec des modifications , dans plusieurs autres tles , telles Sue Naxos , Paros , Santorin. Qui peut ire la cause véritable de cette singu* larité de mœurs?