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CHAPITRE IV

Considérations générales.

A l'époque où l'art de la navigation vint doter le monde de nouveaux continents, et le commerce et l'industrie européenne denouvelles terres à exploiter, chaque puissance lança à l'envi des flottes à la mer, des milliers de passagers quittèrent le sol de la patrie pour aller demander des richesses à ces pays nouveaux. Déjà le cap de Bonne-Espérance avait été franchi, et le grand archipel d'Asie se couvrait de ces riches comptoirs, qui à eux seuls disposaient de toutes les ressources de l'Inde, lorsque les pavillons de tous les états de l'Europe vinrent marquer la prise de possession des rives américaines , dont les pauvres peuplades sauvages furent refoulées ou totalement détruites. Presque toutes ces colonies naissantes réussirent , et bientôt un nouveau peuple surgit sur les rivages du nouveau monde, dont les premiers habitants peuplèrent l'intérieur. Combien en effet, à cette époque , ces établissements nouveaux durent réunir de causes puissantes de succès , malgré l'état peu avancé de la navigation et les ressources bien inférieures du commerce. Les guerres civiles, les guerres religieuses,

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qui désolaient les royaumes les plus puissants, le paupérisme et la servitude qui pesaient encore de tout leur poids sur la masse générale des peuples par suit6^ des lois féodales, toutes ces causes réunies rejetaient dans la migration une fouie immense de pauvres cultivateurs, qui , sachant que sur une terre étrangère ils pouvaient avoir des champs et des troupeaux à eux, espérant même pos- 'séder, à leur tour, des esclaves qui travailleraient à leurs propriétés, partirent avec joie et se mirent à l^irvre avec courage.

Et puis, ces cohortes déjà nombreuses vinrent se grossir de tous les aventuriers, de ces hommes qui, riches seulement de leurs bras et de leurs épées, ne peuvent vivreheureux, ou au moins dans Tabondanee, qu*au milieu des combats et des rapines que la guerre eutraîne nécessairement après elle. Tous les embaucheurs, si adroits pour recruter des soldats, ftirent> mis en mouvement, et bientôt des chefs improvisés traînèrent leur troupe sur l'Amérique, en promettant aux vainqueurs les propriétés et les biens des vaincus. L'occasion, en effet, était belle; d'immenses terres étaient à quelques centaines de îieues de l'Europe, n'attendant que des bras pour se couvrir de riches cultures. Elles attirèrent bientôt tous ces cadets de famille, dépossédés par les lois contre nature de l'époque, et dictées par une politique injuste; ceux-ci n*avaient sauvé de leur héritage paternel que la morgue et Tinsolence de Faristocratie européenne; ils obtinrent des terres et des anpiois

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dans ces oolonies, sur lesquelles ils transportèrent nos mœurs et nos habitudes avec leurs pénates,

A cette époque aussi, T Europe ne voyait que rarement sur 86$ marchés toutes les denrées coloniales dont elle est si riche aujourd'hui. Ces nouveaux colons, en fouillant la terre, lui firent produire des richesses immenses qui vinrent s'échanger contre celles de la mère patrie. Tout l'avenir de ces colonies était dans l'agriculture. Si les travaux, sous un ciel de feu^ étaient pénibles, les débouchés étaient assurés à leurs produits , dont les colons avaient peine à fournir les marchés d'Europe, malgré leurs prix élevés. De grandes fortunes s'édifièrent alors; chaque coin de terre devint un trésor pour la métropole, qui avait nécessairement sa bonne part dans les bénéfices. Maisen« Miite,une espèce d'équilibre s'établit; l'étendue des terres cultivées prit un accroissement immense ; les arrivages des denrées coloniales multiplièrent la concuf rence qui, à son tour, vint faire tomber les prix et tarifer, pour ainsi dire, les gains possibles du planteur. Alors les fortunes se firent moins rapidement; en ne vit plus, parmi les émigrants, que les jeunes cadets de famille ou ces aventuriers qui, n'ayant rien, espéraient s'enrichir sur la terre étrangère. Mais, pour eux, les travaux des champs étaient trop pénibles, et le peu d'artisans et de cultivateurs laborieux qui allèrent essayer d'arriver par le travail il la ricbeâse et à l'aisance, allèrent aussi chercher des climats moins chauds et plus assortis à leur vie habi- ,tueUe que ceux du Mexique et des Antilles. Aussi,

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bientôt les coîons, dont la concurrence a\aît abaissé le prix des denrées, manquèrent de bras pour exploiter les terres qu'une végétation active couvrait encore d'arbres majestueux, maisinutiles. Par un motif dephilanthropie bien dirigée or alla chercher les habitants de r Afrique qui, destinés à une mort certaine, échangèrent leur sort contre celui de la servitude dans la terre d'exil. Alors naquit l'esclavage, qui vint donner la vie et l'activité aux colonies ; puis les races se mélangèrent, un peuple nouveau surgit sur une nouvelle patrie, et oubliant bientôt les liens qui ne le retenaient plus que faiblement à la métropole, le cri de liberté retentit, et l'Amérique fut couverte de républiques.

Tandis que refoulant loin de leurs établissements les peuples primitifs qui ne voulurent point rester condamnés à labourer , comme esclaves, les champs de leurs vainqueurs, les européens se transplantaient sur les rives américaines ; tandis que , à la suite des travaux des champs , leur industrie y enfantait des prodiges , et que les vastes ports de cette immense terre se couvraient de vaisseaux qu'y attirait le commerce , d'autres colonies grandissaient aussi en puissance et en richesses dans l'Inde , dans l'archipel d'Asie, et dans les Philippines. Mais là , les conquérants rencontraient des peuples plus avancés dans l'industrie, qui vivaient du produit de leur terre, et qui, déjà courbés aux pénibles travaux des champs , n'attendaient plus que les ressources d'un commerce plus étendu pour devenir nations. De

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longues et sanglantes guerres établirent les Euro* péens sur ce sol fécond ; ils se posèrent en maîtres , venant exploiter le peuple conquis. Alors s'élevèrent les comptoirs opulents de l'Inde où vinrent s'échanger contre les produits européens les étoffes de l'industrie indienne et les denrées particulières au sol de ces vastes archipels. Les relations qui s'établirent entre les vaincus et les vainqueurs assoupirent peu à peu les haines; les Malais et les Indous s'habituèrent à travailler pour leurs maîtres, et, sous le monopole du commerce, de grandes richesses vinrent et viennent encore enrichir les métropoles. Ainsi, deux systèmes pour ainsi dire de colonisation différente s'établirent aux deux points opposés du globe; dans l'un les Européens prirent possession du sol et l'exploitèrent tout entier après en avoir expulsé les habitants; dans le second, ils ne firent qu'imposer leur domination et leurs lois à des peuples qui conservèrent une apparence de liberté, tout en se soumettant aux conditions commerciales des vainqueurs. Toutes ces colonies durent leur puissance et leur grandeur aux travaux de l'agriculture; et si , dans le premier cas , les colons durent être agriculteurs et commerçants, dans le second cas les Européens trouvèrent toutes leurs ressources dans le commerce.

Les colonies de l'Inde et de l'Amérique durent leur accroissement rapide à la législation de l'époque, au malaise de la dasse labori^ise , et surtout au desr

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potisme des gouvernements existants. La rareté des marchandises coloniales, leur nouveauté et leur uti-» lité amenèrent de prompts débouchés, et ce fut pour les établissements européens d'outre-mer des sources d'immenses richesses.

De nos jours, sur les rivages sauvages de l'Australie, se sont élevées, comme par enchantement, des villes européennes, des; villes avec tous les accessoires de la civilisation la plus avancée ; d'abord ce fut un point occupé par quelques misérables condamnés jetés au hasard sur un sol inhospitalier , et puis cette famille s'est agrandie et a couvert de ses rejetons les rivages presque entiers de cette nouvdle partie du monde^ Là, tout était à créer; les pauvres peuplades qui parcouraient ces tristes forêts n'étaient susceptibles d'aucun travail ; le sol ne produisait que peu de ces denrées enviées par le monde civilisé ; les éléments de cette société nouvelle furent ces mômes hommes que tout peuple cherche à bannir de son sein comme une lèpre hideuse qui corrompt la société qu'elle touche.

Dans ces derniers temps , les résultats obtenus par les Anglais dans leur système pénitentiaire appliqué aux colonies américaines d'abord, et ensuite aux établissements de l'Australie, ont occupé tous nos philanthropes. Bien des fois déjà on a soulevé la question de savoir, si le système employé par l'Angleterre pour rendre à la société le plus de criminels possible, était le meilleur; celui mis en expérience par les État6«Unis d'Amérique et une partie de la Suisse a

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fait naître plus d*un doute , k question est loin en» core d'être \idéej l'état actuel de la France, sa lé-* gislation, ses idées toutes populaires^ Tesprît caractéristique de ses habitants j eniin les charges de son trésor, l'étendue de son sol, dont les sept huitièmes seulement sont en culture, sont autant de considérations puissantes qui arrêtent une comparaison directe entre ce que pourrait faire la France et ce qu'elle Yoit pratiquer par l'Angleterre. Mais queL que soit le résultat du jugement de nos philanthropes, j'enregistre les faits. Un nouveau peuple a choisi l'Aus-* trah'e pour patrie; déjà la Nouvelle-Hollande, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, sont liées par un commerce actif et prospère ; l'avenir de ces établissementa repose en entier sur les produits du sol» et tout doit faire croire à une prospérité sans cesse croissante« Je sens ma voix trop faible pour oser aborder la question morale des colonies pénitentiaires, ques« tion qui a été déjà tant de fois traitée par des hommes supérieurs^ doués d'Un talent d'observateur et d'écrivain que je suis loin de me reconnofître. Mâi4 si jamais une des opinions émises prévalait) si la France pensait à former un établissement lointain j qu'elle ne perde pas de vue qu'elle possède dans ses bagnes une force qui , prudemment dirigée , peut assurer le succès de toute colonie agricole.

Déjà , toutes les zones habitables ont été paroourues dans tous les sens; il ne reste plus de terre végétable qui n'ait été foulée par le pied ôurop^tti et c'est dai^s lés glaces éternelted que nos intrépidM

navigateurs doivent aller braver la mort s'ils veulent encore faire des voyages de découvertes et arborer le pavillon de leurs nations sur des terres nouvelles, mais inutiles. Il n'y a plus de ces régions où l'or, l'argent se trouvent répandus à profusion comme naguère le croyaient nos pères ; les denrées de toutes les parties du monde abondent sur nos marchés d'Europe, à des prix qui font oublier que pour les obtenir il a fallu traverser les mers et remuer une terre lointaine , dont souvent aujourd'hui le consommateur ignore le nom. Aussi', toute spéculation basée sur les richesses prodigieuses des pays lointains est terminée, et l'homme qui s'expatrie pour aborder sur une terre vierge sait que, si le sol doit un jour suffire à ses besoins, il sera longtemps avant arrosé de sa sueur. Une seule considération pourrait aujourd'hui jeter le gouvernement dans une voie de colonisation d'agriculteurs : ce serait celle d'un surcroit rapide de la population qui amènerait un trop plein qu'il faudrait verser loin de la mère patrie. Tel est l'exemple donné par l'Angleterre et dont nous devons faire notre profit.

Si nous cherchons à reconnaître les sources où l'Angleterre a puisé pour fonder de nos jours ces établissements agricoles, nous retrouvons chez elle un trop-plein dans la population que ne présentent encore nulle part les États de TEurope. Là , en effet, la population déborde^ le paupérisme étale partout sa misère et ses besoins, que font

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r689ortir encore le luxe et les richesses des seigneurs possesseurs ou propriétaires des trois royaumes. Là, encore, nous retrouvons ces lois monstrueuses qui accordent aux aînés des familles nobles les vastes propriétés foncières, qui réunissent toujours en peu de mainS|la force politique qui estinbérente à la possession du sol. Les cadets de famille sont destinés à composer l'armée, et souvent ils vont demander à une terre lointaine une fortune dont ils ont été dépossédés dans la mère patrie. Là, enfin, règne en* core avec tous ses préjugés exclusifs, avec tous ses privilèges, cette aristocratie orgueilleuse et égoïste que deux révolutions sanglantes ont pu seules faire disparaître en France. Là, enfin, nous trouvons la puissance dont le commerce est le plus étendu Ju inonde, et dont les nombreux comptoirs ont dû nécessairement beaucoup aider les nouveaux établissements.

Et cependant, si nous étudions quels ont été les moyens d'action du nouvel établissement , quelles sont les causes de sa grandeur et de sa rapide extension, nous aurions le droit de demander encore si les établissements de l'Australie auraient pu exister réduits aux simples ressources d'une émigration volontaire. Je me garderai, je le repète, d'examiner si les colonies de la Nouvelle-Hollande ont été heureuses comme établissements pénitenciers , si les philanthropes ont vu couronner de succès une entreprise conseillée par eux pour ramener à la société des houunes qu'ils ne. considéraient que conune égarés;

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si enfin U régime pénitentiaire app.li<}ué sur c« Hvâge lointain a pu diminuer cette pldie de toute nation civilisée , celle dont nos bagnes présentent le hideux spectacle* Mais je vois le premier noyau de la oolo-* nie agricole de Bùtany-^Bay, formé d'hommes actifs et intelligents j condamnés à des travauiL pénibles , auxquels la loi impose Une taché que, bon gré^ mal gré; il faut accepter; je Vois dans ces bommes condamnés et réduits au)t fonèttorïS de machines ^ bras tout trouvés pour cultiver le soi* C'était là une compagnie d'ouvriers difficile ft dirigea, il est vrai ^ mais qu'avec des règlements à part , avec toutes les ressources que donne la forée de la loi envers des hommes qui en sont en dehors, on pouvait avanta* geùsement utiliser.

Après avoir cherché à former Un établissement uniquement composé dé eondamiftéS) l'Angleterre ouvrit la colonie à des hommes libres^ qui justifièrent dé moyens suffisants d'existence^ et qui par cela même donnèrent une nouvelle vie ft ces établissements, eitrêmemenl onéreux k la métro*' pôle. L'argent, en effet, ce levier de tout pays agricole et industriel , devait être singulièrement rare avec ces premiers éléments de colonisation ; môis> grâce à ces nouveaux arrangements, grâce surtout à cet excès de population britannique et à la grande quan<» tité de numéraire qui circule dans les transactions anglaises et qui rend les placements si difflcilM, on vît accourir, de la métropole, de nombreuses caratattes dô peitts ptopriétaird* ou de petit» vtùtiwê

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qui y apportèrent leurs fortunes; ils vinrent atec des capitaux entreprendre des spéculations qui leur offraient des chances bien autrement avantageuses que ce qu'ils auraient pu tenter dans la patrie.

A,lors , les villes de TAustralie furent des villes européennes, avec tous leurs établissements industriels. Et puis, peu à peu, une génération nouvelle remplaça celle qui connaissait la patrie; il y eut des fortunes faites et défaites ; les enfants nés sur ce sol et qui eurent besoin du travail pour subsister, s'habituèrent facilement aux rudes épreu-. ves de Tagriculiure; dès lors il y eut des ouvriers libres qui prodiguèrent leur sueur à la terre; le grand pas, Tépreuve, suivant nous,' critique de la colonie était franchie, et là, en face de TAnglelerre où se trouve accumulée une si grande population, une extension rapide devait avoir lieu; car le récit de ce qui se passait sur les terres australiennes devait désormais amener de nombreuses émigrations parmi toutes les classes de la population, même parmi celle des fermiers agriculteurs.

Plus tard enfin la population de Botâny-Bay dut présenter les éléments les plus divers, et réunir, comme celle d'Europe, des ouvriers de toute nature qui y transplantèrent leur industrie; alors des cris s'élevèrent contre les déportations des condamnés; tant que les colons avaient eu besoin de leurs services, ils les avaient désirés, mais, dès que chcK eux la maind'oeuvre ne fut plus rare, ils repoustëretit de toutes

leurs forces ce dépôt qui souiUe toute société. Tel est l'état actuel des colonies anglaises; certainement si le but de la Grande-Bretagne était de peupler l'Australie entière avec des condamnés qui, par leur conduite, auraient mérité leur liberté, ce but est manqué; certainement si la plupart des philanthropes avaient cru, par ce système, détruire en entier le viceet le crime, ils sont loin d'un succès complet ou même satisfaisant ; mais je le répète, V Angleterre a utilisé par là avantageusement la population de ses bagnes; elle s'est créé des colonies]qui recevront pendant des siècles encore le trop-plein de sa population ; elle a satisfait à un besoin urgent, et enfin elleagrandi sa puissance d'un peuplenouveau,et qui bientôt commandera peut-être à l'hémisphère austral. Enfin elle a jeté une nouvelle vie dans son commerce de l'Inde, qui déjà va échanger dans l'Australie ses riches produits contre les cuirs et les grains de la Nouvelle- Hollande.

Enfin la colonie anglaise de Sincapour , créée de nos jours et à peine née d'hier, semble. former un type à part et être le modèle des colonies purement d'entrepôt. Là, en effet, les ressources du sol semblent devoir être peu appréciées; le peuple Malais que les Anglais y ont trouvé implanté , ne livre que peu des produits de la terre; c'est un simple comptoir, où se tient un des marchés les plus importants du monde. C'est à sa position sur le globe, à la vaste étendue du commerce et des possessions de ses maîtres, aux franchises dç son port, que

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cet établissement doit toutes ses richesses et toute son importance. C'est à Sincapour que se donnent rendez-vous les nombreuses flottes de jonques chinoises et de praos malais qui se confient volontiers aux tranquilles eaux des mers des Moluques^ mais qui hésiteraient à se lancer dans les vastes mers de rinde. Un comptoir européen ^ placé là, à la limite que peuvent atteindre les vaisseaux de ces peuples, chez qui l'art de la construction des navires est encore dans l'enfance, ce comptoir, dis-je, doit devenir le dépôt assuré des transactions de ces peuples. Mais ce qui ajoute encore ici aux avantages déjà si grands de la position de Sincapour, c'est cet immense commerce britannique qui possède à lui seul presque tous les marchés du monde. Sincapour est le dépôt des marchandises que la Chine envoie dans l'Inde pour ensuite se répandre dans le monde.

Acôtéde Sincapour , s'^ève le pavillon hollandais, et cependant l'établissement de Rhio, occupé par les Bataves , semble végéter à peine à côté de cet essor rapide de la colonie anglaise; c'est que Sincapour est admirablement placé pour servir d'intermédiaire entre la Chine et les maîtres de l'Inde, tandis que Batavia, le centre du monopole hollandais, est le véritable entrepôt où se font les échanges des denrées d'Europe contre toutes leis productions asiatiques.

D'après ce que nous venons de dire , nous sommes naturellement amenés à diviser lea colonies établies en deux classesdistinctes, d'après le bat qui « préatdé

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à leur établifi$eineQt, Elles sont agricole^ ou commerciaks. Le$ colonies agricoles peuvent èb e formées eatièrement par des colons libres, ou bien elles sont composées d'un mélange d'hommes libres et de condarouéSi régis par des règlements particuliers; ou enCn , êUûs ne oontiennent que des condamnés. Les colonies total^nent pénitentiaires n'ont point encore été essayées } sans aucun doute^ si» suivant les idées de quelques philanthropes « elle^ peuvent devoir avantageuses pour les condamnés, elles doivent être extrêmement onéreuses à la métropole. Du reste, pour nous qui> sans nous occuper de la question morale des prisonniers, ne les considérons que comme un moyen puissant de fonder le noyau d'une colonie, en fournissant des bras propres à la culture » ces demiers^établissements ne différent^ en aucune ma<nière , des colonies mélangés de condamnés et d'hommes libres.

Im établissements commerciaux peuvent être inir imposés par la conquête à des peines vaini&us , ou ils sont formés par une réunion de négociants spéeulant sur les arrivages dans leur part » bien plus 4pie sur les prodints du soL

Enfin 9 arrivent les colonies militaires qui se trouvant dans une calégor te tout à fait partieuttàre. Leur but en effets est non-*seulement de servir de lieu de défense , et d'abri aux vaisseaux de guerre. Ml Moment de la lutte de la puissance fondatrice ; mais elles doivent avoir une- grande influenee ^pmUmt^ 4IH le eonmeroe d'une nation loinlaiiie

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mt MUYeiM ^ ]buttQ à <k9 mewres odieuses, pir le seul fait que la proiection 4u payiUoa est trop ébtg]iée. Pour toitte puissance maritime, une oolonie militaîfe est une iiéoessité, là où des intérèta commerciaux oonduisent ses flottes mareli^iida6« Le monopole du commerce exercé par certains peuples , a créé aussi des colonies militaires^ eUes deyiennent les postes armés> chargés de ééfefidre les intérêts des vainqueurs contre les tenlatiyes d'indépendance des peuples vaincus. C'est ainsi ^ue le poste militaire, établi a Ternate, veille sur la conduite des sultans, chargés d'interdire à leurs sujets tout eommerce d'épiées avec les étrangers. Hais le plus souvent une pensée d'avenir a présidé à ees espèces de châteaux forts, placés au milieu de l'Océan comme pour y régner en maîtres et y cornmsuider; et si le pavillon britannique flotte sur les roebers stériles de Sainte-Hélène et de l'Ascension, €-681 que la politique de l'Angleterre fut toujours toute de prévoyance et de domination.

Une colonie agricole ne devient une nécessité pour un peuple , que lorsque sa population déborde, 6t que le sol lui manque pour nourrir ses nombreux habitants* Dans l'état actuel, la France est loin eneore d'avoir à songera dépeu|]to san sol et éolaircir le acdfnbre de aes enfanta, L'Afrique , Qel;te belle .«wqttête^ dont eUe s'est glorieusement ex^ichie, en d^Muvassant k iMnde d'im foyer de pirates, voit encore s«a kinguM plaînas diéaertdsu 11 ost vr^ qu'une Ijoepra déwsMibrioa promèiie «nonra la âiui; aiir fifs

terres fécondes ; mais la lutte aura sa fin plus ou moins prochaine. Quand nos économistes calculent» d'après la superficie de la France, quel peut être le nombre de ses habitants, leur esprit se tranquillise, car toute la terre cultivable n'est point encore sillonnée par la charrue , et cependant la France peut encore fournir bien au delà de la nourriture à ses enfants. Mais qu'elle y prenne garde , un autre danger la menace ; l'homme voué aujourd'hui aux travaux des champs, occupe le dernier degré de l'échelle sociale ; courbé sous les fatigues les plus grandes , il sufiit à peine à sa nourriture et à celle de sa famille, aussi les laboureurs sont loin de s'accroître dans nos campagnes ; à peine un fils est-il né , que poussé par cet amour qui impose au père de famille les plus durs sacrifices, le laboureur cherche à donner un état à cet enfant qu'il chérit , et à qui il voudrait éviter les rudes épreuves de la vie champêtre* Pour le laboureur , l'ouvrier de nos manufactures est un homme heureux ; en eiTet s'il travaille , il peut vivre aisément, se vêtir avec luxe, et enfin jouir quelquefois de ces douceurs de la vie inconnues au paysan. Aussi la population de nos villes croit rapidement, et la moindre épreuve commerciale, en arrêtant l'élan de nos manufactures, laisse sans pain et dans les plus fâcheuses conditions , de longues et tumultueuses cohortes ouvrières. Le désœuvrement, l'entratn^nent de ceux qui déjà sont plongés dans la débauche, les poussent rapidement à l'inconduite et au désordre, puis ces hommes deviennent les ennemps d'une société qu'ils

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haïssent, ils lui deviennent à charge et souvent fort nuisibles. C'est en vain que nos économistes se créent mille systèmes pour donner à l'ouvrier un avenir assuré, et des moyens suffisants d'existence; qu'ils voient dans quelle proportion effrayante croit le nombre des petits marchands et des ouvriers manufacturiers, et qu'ils établissent la balance avec celui des consommateurs? En vain les tarifs s'élèvent dans les ateliers. Il faut encore du travail à chacun, et pour cela il faut ou diminuer le nombre des producteurs ou accroître celui des consommateurs. Et si enfin le tor^ rent débordé , si jamais on doit songer à créer un débouché à cette population des villes, qui commence à abonder, une colonie agricole sera-t-elle possible avec de pareils éléments ? La migration viendra peut-être purger nos villes de tous ces spéculateurs malheureux qui n'ont rien, mais qui veulent courir à la richesse, sans passer par les travaux manuels qui doivent seuls commencer la fortune qu'ils ont rêvée; on verra affluer dans nos ports une foule nombreuse , s' expatriant pour aller exploiter des terres nouvelles ; mais pas un homme d'ordre ne prendra cette route pour y chercher, par le travail , une vie non moins active que celle qui fournit à ses* besoins dans la patrie, mais qui peut aussi lui offrir plus d'occasions de s'enrichir. Et puis, au milieu de ces bandes d'industriels , dont nos villes regorgent ^ et qui se transplanteront les premiers sur le sol de la colonie, on verra naître l'agiotage qui élèvera d'abord les prix des terres à

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des taux exorbitaDts , et lorsque viendrai le moment de la réalité) lorsqu'il faudra faire produire à ces terres de quoi payer l'intérêt de l'argent empoclié par les brocanleurs, les bras manqueront; oar tous les colons se seront expatriés pour être maîtres et chefs d'établissements, et ncm point pour se livrer eux-mêmes à des travaux manuek (1)» Avec nos lois toutes populaires, les propriétés foncières vont constamment en se divisant; chaque ihmille partage la terre de ses pères en autant de parties qu' il y a d'enfants; et, dans cette classe laborieuse et intéressante des laboureurs, chacun s'attache teUementà ce coin de terre que lui a légué son père, ou qu'il a gagné au prix de ses sueurs , que rien ne saurait l'en détacher , quand bien même il peut à peine vivre sur son sol, auquel il consacre ses travaux et ses peines. Telle est notre conviction , que de nos jours une colonie purement agricole serait infiniment lente à se former , si toutefois elle pouvait exister. L'époque ou cette nécessité pèsera sur la France, est encore loin de nous; mais nos villes grandissent en population , nos campagnes restent stationnaires , nos ma* nufkctures, pourvues de machines puissantes qui les font mouvoir presque sans le secours de Thomme , ne

(1) Au mois de mai 1840, la baie des Îles (Nouvelle-Zélande) offrait tin exemple frappant de cet agiotage r à Korot^-Héka , k) terrain prèa du rivage, presque sans valeur d^abord , s^étaît élevé e& trois mois, à $ livres sterling (I2j( fr.) le pied de façade; et à quelques cents pas dans rintérieur la mémejmesure valait encore une livre sterling.

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peuvent plus utiliser tous les bras qui se sont Youés à l'industrie. Lçs ouvriers laborieux comprendront vite, il est vrai, que les consommateurs manquent pour les objets que peuvent enfanter leur génie. lU retourûeront peut-être vers les travaux des champs, qui seuls assurent l'existence, et la pi^ulation ira en grandissant rapidement, heureuse, la France , st cette réaction arrive, et si elle a lieu sans ébranlement ! mille fois heureuse, la France, si elle n'éprouve la nécessité d'établir descolonies agricoles, que lorsqu'elle sera d^c^ée par la population des campagnes. Heu-> reuse surtout, si avant elle n'éprouve pas le besoin de donner un écoulement à ce trop-plein des villes, et de jeter sur des rives lointaines ces hommes qui, pour n'être pas nuisibles à leurs semblables, ontbesoin de vivre loin des sociétés où ils trouveraient toujours des exemples pervers , et un fatal entraîne^ ment.

L'établissement d'une colonie commerciale d'entrepôt nous semble aussi difficile à établir pour le» Français qu'une colonie agricole libre. Avec tes moyens d'émigration dont dispose la France, avec cet attachement pour le sol qui entre dans le caractère de ses habitants, quels seraient les colons d'un établissement de ce genre? Les négociants qui jouissent à juste titre d'une considération bien acquise et qui honorent notre commerce, auraient-ils intérêt à s'expatrier lot*squ'ils vivent heureux et tranquilles dans leur patrie dont ils sont les soutiens ? Les premiers éléments de colonisation ne seraientrils pas ,

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au contraire, les hommes qae l'inconduite laisse sans ressources sur les pavés de nos villes, les gens sans aveu , qui , après avoir tout perdu , le plus souvent par leur faute, iraient tenter de s'enrichir sans s'inquiéter des moyens qui doivent les conduire à leur but? On verrait accourir dans nos ports , prêts à réclamer leur passage pour un pays neuf à exploiter, tous ces aventuriers qui vivent au jour le jour, et pour qui la terre d'exil n'est qu'un lieu de passage qu'ils doivent fuir aussitôt qu'ils auront réalisé une fortune, sans s'occuper de la réputation d'honneur et de probité qu'ils laissent derrière eux. Consultons à l'étranger les hommes respectables qui, fondateurs de nos grandes maisons de commerce, se glorifient d'être Français, et nous comprendrons leurs plaintes sur la conduite de plusieurs de nos nationaux , qui chaque jour encore vont tenter la fortune dans les pays lointains. C'est sans doute à ces derniers , dont les torts heureusement disparaissent derrière la réputation irréprochable de nos négociants à l'étranger, que s'adressent les paroles sévères consignées dans l'ouvrage de M: Laplace (1) : « Les escadres, les comptoirs, les traités et de meilleures lois de douanes pourront bien ouvrir un champ plus vaste aux opérations de notre commerce , mais non lui inspirer cet esprit d'ordre et d'économie , cette probité dont il manque entièrement et sans lesquels il ne fleurira jamais.Tel je l'ai vu dans l'Inde et

(1) Foyagt die la Favorite.

ou N0UK4-&1VA. ^5

à la Chine, tel je l'ai retrouvé àValparaiso et à Lima^ où pourtant les produits de notre sol et de nos manufactures se vendent en plus grande quantité que partout ailleurs; aussi la plupart des Français qui trafiquent sur les côtes occidentales du nouveau monde, n'inspirent que fort peu de confiance aux habitants et aux étrangers. Ce sont généralement des pacotilleurs que de mauvaises affaires, ou l'inconduite, forcent à quitter l'Europe, et qui, pourvus de quelques ballots de marchandises achetées le plus souvent à crédit , et par conséquent à des prix exorbitants, comptent, dans leur inexpérience, les vendre en Amérique avec des bénéfices assez élevés pour remplir sans peine leurs onéreux engagements* Mais, à peine sont-ils arrivés à leur destination, que leurs beaux projets subissent peu à peu des modifications notables ; d'abord ils éprouvent mille difficultés à placer leur pacotille , ensuite ils la livrent beaucoup au-dessous du prix d'achat ; pour se consoler de tant de désappointements , nos brocanteurs courtisent les belles Limaniennes, sirènes bien dangereuses pour la bourse des jeunes Européens, et oublient auprès d'elles leuurs créanciers; puis quand ils sont complètement ruinés, de dupes qu'ils étaient peut^tre , ils deviennent de déterminés fripons. D'autres , plus sages ou plus heureux , courent de port en port, de ville en ville, pour débiter leurs marchandises, et font assaut de ruse et de mauvaise foi avec les marchands indigènes ; lorsqu'enfin , à force de peine , ils ont réalisé leurs capitaux, ils retournent en Fraïioe, et

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un second voyage les coule à fond ou en fak des personnages importants. »

Nous avons déjà dit que le su€cès d'un établisse* nent commercial d'entrepôt dépendait noQ*seule-< ment de sa position sur le globe, mais encore du plus ou moins grand nombre de colonies déjà établies par la puissance fondatrice, et qui se soutiennent entre elles par de nombreuses transactions commerciales ; or , les possessions coloniales de la France sont telle* ment isolées et clair-semées sur la surface de la terre, que si elle songeait à former un établissement d'en* trepôt, cdui-ci ne devrait spéculer presque que sur le passage des navires étrangers et sur le voisinage des colonies de ses voisins ; il est vrai que la fran* ebise du port est sans contredit la première condition d'un établissement de ce genre, mais elle n'est point la seule. Aujourd'hui le commerce, et surtout celui d'entrepôt, ne saurait exister sans une garantie de bonne foi et de probité de la part des comniettaats; et si une colonie commerciale devait être tentée par une compagnie française , elle aurait besoin de règlements particuliers pour se prémunir contre toutes chances d'insuccès. Du reste, disons-le franchem^tit, un établissement de ce genre doit être le résultat {HK)gressivem0Qt amené par un commuée actif, dont les longues ranoifications ont besoin d'un centre plus rapproché que la métropole pour s'y ù&acentrer; et alors combien la Frsmce est loin eaoore d'avoir à y songer ! Sans doute, quaad la France vouera] coloniser dledevraaussLyéaiisle doû ée la

ou NaUKA-HlVA. 327

position du lieu destiné à recevoir ses oolons y oedr culer la poi^ibilité d'y oréer un centre commereial dans un avenir plus ou moins éloigné. Mais cette ooqsidération isolée ne saurait la fixer ^ car il faut du temps pour gagner la confiance des coinmerçants, et ce ne sera que lorsqu'on leur accordera des garanties, que Ton verra s'expatrier ces négociants qui foqt l'honneur de tous les pays où ils vont s'étabttr.

Au point où en sont aujourd'hui les nations civilisées de l'Europe, à voir les principes de philaathropie qui y sont professés , et tous les succès assurés^à ses apôtres, on devrait croire à l'impossibilité de foo^ der une colonie imposée par la conquête; mais, n'avons^DOtts pas vu l'Angleterre persister à êtesdre sa domination dans l'Inde, et chaque jour encore imposer ses lois à des peuples nouveaux; enfin la guerre injuste feite à la Chine est-elle terminé»? Aurait*on pu croire, il y a quelques jours à peine, que la nation dont les relations sont les plus étendue^, celle qui se vante d'être la plus philanthropique, et d'occuper le premier rang par sa force'et ses lumières, que l'Angleterre, enfin, déclarerait la guerre à une nation qui, à elle seule, a presque poussé les arts et la civilisation au niveau de l'Europe, parce que la Chine refusait de recevoir dans son int^ieurunedeorée nuisible à sa population , mais qui assurait par son débit de grandes richesses aux maîtres de Finde. Quelqnes lambeaux de l'empire céleste, arrachés p»* k force des armes, doivent être le prix de la paa; le monde comptera mae colonie de plus poitr l'Angte-

terre, et le pavillon britannique, flottant sur ces plages nouvelles , sera là pour dire ce que peut un peuple puissant guidé par l'égoîsme et Tambition.

Naguère encore, l'île Sumatra , cette rivale delà féconde Java , obéissait à des sultans indépendants et dont TEurope connaissait à peine le nom. Aujourd'hui, c'est après des combats sanglants, après une lutte qui n'est point encore terminée, que le pavillon hollandais vient de couvrir ses rives , afin d'exploiter , par le monopole odieux et exclusif qui pèse sur l'archipel entier de l'Inde, les richesses sans nombre de cette grande terre.

Enfin l'Algérie, il faut l'espérer, sera bientôt soumise et régie entière par des lois françaises; et alors, comme l'Angleterre et la Hollande , la France aura une belle part dans les colonies imposées par la conquête à des peuples actifs et industrieux.

C'est ici le lieu d'attirer l'att^ition sur cette propagande religieuse qui, en atteignant les limites orientales de l'Océanie, menace de l'envahir d'un bout à l'autre.*

Il est difficile au voyageur qui visite encore aujourd'hui ces îles naguère habitées par des peuplades sauvages, de ne pas chercher à prévoir l'avenir de ces archipels fortunés, semés au milieu du vaste océan Pacifique. La première chose qui l'affecte, c'est de voir ces hommes, voués à un service tout religieux, s'immiscer dans les affaires temporelles de ces peuples libres, auxquels ils ont imposé leur domination , sous prétexte de diriger des consciences.

ou NOURÀ-HIVÀ. 829

A Dieu ne plaise que je m'élève ici contre la pen* sée première qui a présidé peut-être à l'établissement des missions lointaines! Plus que tout autre, j'admire le zèle et le dévouement de ces hommes inspirés qui les premiers allèrent essayer d'unir à la grande famille des nations civilisées, ces peuplades barbares et anthropophages, par le seul moyen de la morale et de la religion.

Un point, un point inaperçu sur l'étendue du globe, le petit archipel Gambier (Manga-reva) connaît et vénère le nom français, et réunit à lui seul toutes les vertus. Quatre missionnaires de la patrie y ont en effet porté la parole de l'Évangile et ses préceptes, mais ils n'ontpointcessédeprêcheràcette nombreuse famille, dont ils sont devenus les pères, les principes de eharité et d'humilité dont ils ont été les premiers à donner l'exemple. Heureux les Marigareviens, s'ils peuvetit connaître ces douces lois de la société civilisée, tout en conservant leurs droits et leur liberté ! Heureux nos prêtres catholiques, s'ils savent résister aux charmes du pouvoir! Heureux enfin si, fidèles aux devoirs que leur impose leur caractère, ils savent conserver le titre de pères de cette famille , sans jamais mériter le sort des oppresseurs!

A peine lé voyageur a-t-il quitté l'archipel Gambier qu'il rencontre les îles Taïti, Samoa, Tonga, Viti, où partout l'Angleterre domine. Ce sont, il est vrai, ses missionnaires qui gouvernent pour elle; mais , si un de ces rois sauvages , qui ne conserve de sa faible royauté qu'un titre trop pompeux, voulait

agir par lui-même et repousser tout conseil pour yeiller sur ses intérêts , on verrait le pavillon britannique se fixer, et dominer sur ces terres où ta similitude de croyances religieuses lui ménagerait toujours un parti fort puissant. En voyant la progression rapide dans laquelle chaque peuple de l'Europe multiplie et s'éiend au delà de ses premières limites , il n'est pas permis de douter, qu'un jour peut-être. non éloigné viendra, où une colonie européenne s'élèvera sur chacune de ces innombrables îles qui forment l'Océanie. Sous ce point de vue, l'œuvre des missions mérite toute l'attention du gouvernement ; car si , aujourd'hui , c'est une conquête morale faite par quelques hommes dont on doit admirer la constance autant que le dévouement, ce n'en est pas moins une conquête véritable, qui déjà monopolise le peu de commerce de ces pauvres peuplades, grâce au caractère avide et peu libéral de certains ministres méthodistes. Les îles Sandvi^ich, les plus importantes comme position, comme terres et même comme population» lesUes Sandv^ieb, difr-je, sont aux États-Unis d'Amérique; les ministres anglais sont déjà sur presque toute rOcéanie ; sur un seul point à peine visible on parle le langage français. Totalement dévoués jusqu'ici à leur ministère, qui ne doit pas s'occuper des choses d'ici-bas, nos missionnaires prêchent la morale chrétienne dans l'Asie et dans la Nouvelle-Zélande , et, quelle que soit la nati<m à laquelle appartiennent les peuples idolâtres I nos prêtres poursuivent égale-

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ment leur œuvre religieuse et toute d'abnégation. Une haute direction, au contraire, semble diriger les apôtres dissidents, et , sous le masque religieux , il est facile de s'apercevoir que l'Angleterre poursuit son système colonisateur, qui n'a plus que quelques chaînons à forger pour former une vaste ceinture autour du globe, qu'elle semble s'être adjugé. Au premier coup de canon qui retentira dans la vieille Europe, on verra un pavillon protecteur surgir sur chacune de ces iles aujourd'hui si paisibles. Dieu veuille que les trois couleurs nationales s'y montrent avec honneur!

J'ai souvent entendu dire que l'Angleterre était souveraine dans l'art de créer des colonies, et je suis loin de le contester ; mais ce que je repousse , c'est que la France soit totalement incapable de faire aussi flotter son pavillon sur de riches comptoirs posés au delà des mers. Certes, je suis loin d'assurer que si la France eût, comme l'Angleterre, planté son drapeau sur le vaste continent de l'Australie, elle eût produit des établissements qui eussent grandi aussi rapidement queceux de Sydney et d' Hobart-town j je sais que, pour la prospérité d' une colonie, il faut des rapports possibles et fréquents avec la métropole. Sous ce point vue, la Nouvelle-Hollande, pas plus que la Nouvelle-Zélande, ne nous aurait convenu 5 car leur position est celle des antipodes ; presque aucun lien ne les eût réunies à la France, et les communications de nos navires commerçants sont loin d'être aussi nombreuses que celles de la Grande-Bretagne^*

Je sais encore que le caractère national est loin d'aider les migrations volontaires ; je sais que chez nous , Ton ne verra que bien rarement des hommes déjà fortunés , abiandonner le sol de la patrie, dans le but d'agrandir leur fortune et d'en faire profiter leurs enfants; je sais encore que ce qui fait surtout la prospérité des colonies britanniques, c'est cette longue suite d'étabhssements transatlantiques, qui établissent entre eux et avec toute société naissante d'Anglais, des relations commerciales continues.

La France, il est vrai, n'a pour elle aujourd'hui aucune de ces chances de succès que l'Angleterre réunit toutes; mais quelle est la cause première du mal? Si on se reporte aux époques où chaque peuple commençait à se jeter dans ce système de colonisation, qui a gagné tout l'univers, verra-t-on les colonies de cette époque, fondées par les Français, moins riches et moins puissantes que celles de leurs voisins? Maurice et Saint-Domingue n'ont-elles pas été les deux plus belles colonies du monde, et n'ontelles pas commencé sous le pavillon de la France? Mais ensuite, pendant que la France concentrait ses efforts pour maintenir son indépendance, on a vu la Russie étendre ses doigts de fer pour joindre l'Europe à l'Asie sous un même gouvernement despotique ; tandis que l'Angleterre, tranquille dans ses limites infranchissables, a continué à étendre ses conquêtes maritimes. Naguère encore, sous l'empire, combien de millions, combien de milliers d'hommes n'auraîton pas sacrifiés pour posséder une province de plus

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sur le Rhin, tandis que Ton reculerait peut-être encore aujourd'hui devant quelques dépenses ef l'envoi d'une flotte pour conquérir un royaume entier, mais séparé de nous par une longue nappe d'eau.

Par suite, la France, exclusivement occupée d'étendre ses possessions en Europe , a pour ainsi dire abandonné sa puissance sur mer, et aujourd'hui, lorsqu'elle porte ses regards en dehors de ses frontières, lorsqu'elle voit les envahissements de ses rivaux, et que justement effrayée de la puissance qu'ils y ont acquise, elle mesure les sacrifices qu'il faudrait s'imposer pour ressaisir la prépondérance qui lui échappe et qui lui est due , elle recule et semble croire à son incapacité , sans songer qu'il a fallu des siècles à l'Angleterre pour assurer sa domination dans toutes les mers ; et que cette longue série d'établissements britanniques, qui assurent le succès de toute colonie anglaise naissante, est comme une longue chaîne dont chaque anneau a été forgé séparément à force de temps et de sacrifices ; mais qui , une fois commencée, n'exige plus que de la constance pour s'étendre et envelopper le globe entier.

J'admets qu'une colonie purement commerciale, ou qu'un colonie agricole libre, serait longue à établir, et peut-être impossible à la France avec les éléments qu'elle peut donner à la migration ; mais ne pouvons-nous pas former une colonie agricole pénitentiaire? ne reste-t-il pas des lieux à exploiter? n'avonsnous pas des forçats dans nos bagnes ? manquonsnous d'hommes et de vaisseaux? Nos ressources

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financières sont-elles tellement épuisées, que nous ne puissions encore disposer de quelques millions pour débarrasser nos ports du redoutable Toisinage des chiourmes, et créer quelque puissante colonie où notre armée navale puisse trouver un abri, lorsqu'il faudra disputer à notre rivale l'empire des mers qu'elle s'est adjugé. Nous ne sentons point encore chez nous, il est vrai, ce trop-plein delà population, qui chez nos voisins a besoin de déborder ; mais nous y marchons rapidement, et peut-être lorsque le moment en sera venu , il ne restera plus de terre cultivable qui ne soit abritée par un pavillon; et la France verra alors ^ mais trop tard , qu'elle a perdu à jamais toute possibilité de se créer des colonies.

Que l'on jette les yeux sur une carte : partout, à nos côtés, nous voyons la puissance britannique avec des forces imposantes. Deux peuples semblent, pour ainsi dite, vouloir se partager l'empire du monde : la Russie étend ses conquêtes et promène ses étendards sur deux parties du globe; l'Angleterre couvre la mer de ses vaisseaux, et fait flotter son pavillon sur toutes les parties de la terre.

La mer des Indes, limitée par l'Afrique à l'ouest, au nord les riches possessions de l'Indoustan, et à l'est le grand archipel d'Asie et la Nouvelle-Hollande, présentent^ sur tous ces alentours , les plus riches comptoirs du monde. Partout le pavillon anglais flotte avec orgueil : sur le cap de Bonne-Espérance, dans rinde, dans l'Australie, il ne trouve point de rivaux. Un point isolé au milieu de ce vaste

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océan, un point qoi était trop français poar devoir jamais être abandonné, Tilé Maurice, semble devenir le point central d'où l'Angleterre surveille et prot^e toutes ses possessions. Là encore, dans ce vaste archipel d'Asie, un drapeau qui longtemps fut le roi des mers, celui dés Hollandais, couvre de vastes et belles terres ; Java , Sumatra, qui vient de recevoir des chaînes, seraient à peine suffisantes pour équilibrer la puissance anglaise, si elles appartenaient à une grande nation, qui possédât de nombreuses et puissantes flottes de guerre ; mais déjà l'Angleterre a pris pied sur ces terres qu'elle convoite , et la presqu'île de Malaca, sur laquelle die a bâti Sincapour, lui a servi à jalonner sa roule vers la Chine. L'île Bourbon vient seule rappeler, dans ces me^, l'existence de la France ; car c'est à peine si j'ose mentionner nos possessions de l'fnde , qui se réduisent à ce que l'Angleterre n'a pas voulu nous enlever. Quelques mètres de terrain affermés par les dominateurs de l'Inde, sont tout ce qui rappelle le pavillon de la France à la génération actuelle, qui cependant le vit flotter plus d'une fois avec orgueil, sur nos escadres souvent victorieuses, avant de succomber dans les derniers combats qui nous coûtèrent l'île de France. Si , lors des guerres de l'empire, même après nos revers maritimes, nos frégates dans l'Inde purent lutter avec autant d'avantages, en possédant pour tout point de refuge l'Ite Maurice, ce rocher au milieu de la mer; que ne devrionsnous pas espérer de notre marine , si la France po9-

sédaitdansces mersune colonie puissante, présentant des ports nombreux à nos bâtiments en croisière? Dans l'état actuel , Bourbon ne saurait manquer de succomber à la première guerre, et, aviec elle, le peu de possessions qui nous restent dans l'Inde, et qui dans tous les cas, ne sauraient résister à l'armée imposante que les Anglais possèdent dans ces parages. Bourbon est une belle colonieagricole et industrielle, fournissant^ il est vrai, du sucre, du café à la métropole, mais demandant du riz et des troupeaux à Madagascar, dont elle ne peut se passer pour nourrir ses habitants. Du reste, sa côte inhospitalière n'offre point d'abri à nos vaisseaux : ainsi, pas un seul port ne nous est ouvert dans les mers de Tlnde, et si la guerre venait à éclater, de* quel poids dans la balance pourrait y être la marine française?

A côté des mers de l'Inde où l'Angleterre est si riche et la France si pauvre, se présente un autre bassin bien plus vaste , l'océan Pacifique , qui est destiné à devenir peut-être avant peu le théâtre de grands événements. Au nord, la Russie traversant les mers a étendu sa domination sur l'Amérique, les îles Aleutiennes et toutes les lies septentrionales. Les possessions nouvelles de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, les Moluques, les Philippines^ puis la Chine, sur laquelle l'Angleterre ne s'est point encore prononcée, limitent ce bassin vers l'ouest, dont l'Amérique avec toutes ses républiques que dominent les États-Unis , forme les rives orientales.

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« Dans ce partage de richesses et de puissance , écrivait M. Laplaceen 1835 (1)^ où se feront admettre bien certainement les États-Unis, et auquel l'Espagne même voudra participer, lorsqu'ayant renoncé fout à fait à Tespérance de reconquérir ses colonies, elle se contentera d' exercer sur elles Tinfluence du langage, des mœurs, et d'une ancienne domination; quelle part s'est réservée la France, qui en Europe sert de contre-poids à la Russie, et peut rivaliser sur mer avec l'Angleterre? elle ne parait même pas y avoir songé. Ses hommes d'état trouvent ces régions trop lointaines pour s'en occuper, ils les dédaignent parce qu'ils ne les connaissent pas : comme si la Nouvelle-Galles du Sud et Van-Diémen, dont les progrés rapides les étonnent, étaient moins ignorées à Paris au commencement du siècle, que ne le sont aujourd'hui les archipels de la Polynésie ou le nord-ouest de l'Amérique-

» Au lieu de s'emparer dans les mers de la Chine ou dans l'océan Austral d'un point qui puisse offrir par la suite un débouché à ses manufactures et un abri à ses escadres, elle se borne à faire doubler le cap Horn ou celui de Bonne-Espérance par quelques bâtiments armés, trop peu nombreux pour paraître dans tous les lieux où l'intérêt de son commerce exigerait leur présence, et trop feiblespour inspirer du respect à des peuples en proie aux révolutions, et à peine sortis de la barbarie. Dans quel coin du

(1) Voyage de la Favorite, tome IV, page 83.

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globe «dat née établUsemenU milîtabi^ <iu ^mmeroUux¥ Sur quelle terfe, ou seuleipent mr quel rocher flotte le pdviUon tricolore » au milieu de ceti^ immense tner du Sud parsemée d'Ile» presque toutes occupées actuellement par les uatious maritime$nos rivales, qui, plus prévoyantes que noua, se préparent à une luUe commerciale et politique beaucoup moins éloignée que Ton ne le croit généralement ?

» Quand cette lutte commencera , la France se trouvera sans moyens de défense , comm^ iW»^ aucun moyOT d'agression dans l'océan Pacifique. Au premier bruit d'une guerre maritime, ^es atations, privées d'un port de rc^icbe et de ravitaillement, seront obligée», pour échapper aux croisière$i ennemies , de fuir précipitamment vers l'Europe, en laissant nos négociants à la merci des autorités locales-

M Dq)uis la paix de 1814, le mal a augmenté oonr tinuellement, et vingt années de tranquillité semblent n'avoir diminué en rien l'inexpérience de nos gouvernants m fait de Qomn)erce;ie§ intérêts de nos armateurs aont sacrifiés à la politique intérieure du moment, ainsi qu'à la crainte de mécontenter les prppri^aires fonciers et le§ manufacturiers ; des discours prononcés légèrement à 1^ tribune, et do<it probablement les suites n'ont pa* été calculées, jettent l'inquiétude parmi nos concitoyens trafiquant enpaysétrangeis, ébranlent leur crédit, et parfois le ruinent complètement, P'un autre côté, le gouvernement, toujours restreint dans ses dépenses même les plus nécessaires, et ne pouvant assurer

^ticun avenir finaucier à ses prpjets, est obligé de réduire chaque anuée lq$ armemeuta de la marine inilitaire , et de renoucer à la formation d'aucuu établissement d'eutre-mer*

» Cette pénurie d'armements est cause que les côtes de la presqu'île de l'Inde, celles de la Chine, le grand archipel d'Asie, Yan^DiéqDen, et la No4YeIle- Galles du Sud, toutes contrées que fréquentent nos marchands , ou qu'ils fréquenteraient si des traités leur en ouvraient l'accès, ne sont visitées qu'à de longs intervalles par les bâtiments de l'État. Il y a même d^s points sur ces côtes , tels que San-Blas et les autres ports d'Amérique au nord de Panama^ oji bien rarement notre station 4^ Pérou et du CUiili a pu étendre sa surveillance.

« Un tel état de choses est e&trêm^ept £acheux, et s'il se prolonge plus longtemps, pos relations maritimes et notre influence sur les peuples d'Asie et 4' Amérique tomberont tout à f«iit^ Hais il feut espérer q^e les chambre» adopteront enfin , k l'égard de notreeommeree, les mesures d'amélioration dont presque toutes les puissances leur donnent l'exemple, et qu'elles abandonneront ee principe exagéré d'égoisme national, qui, en empêchant d'ét«d>Ur un bon système d'échange avec les autres pays, nuit eonsidérablement à la prospérité de nos proyinoes frontières. Alors, si elles comprennent biw leur mission, elles n'hésiteront pas d'accorder les iwd^ néesaaaitsB au dèvekippeinent de c» système , et le ^MYfirneoiâat petok ainsi à nème <

ment ses engagements envers les armateurs ; nonseulement en leur procurant les moyens de débiter leurs cargaisons , mais encore en entretenant sur toutes les mers des forces imposantes qui , présentes partout au moment du danger , repousseront l'ennemi , ou qui , succombant avec honneur , répandront sur le nom français un éclat bien préférable au prix de quelques frégates qu'une excessive prudence aura conservées. »

Depuis quelques jour» à peine le pavillon national flotte sur les îles Marquises , et semble annoncer que la France ne veut plus rester étrangère à ce partage du globe entre les puissances rivales. Quel est l'avenir de cette colonie naissante? quelles sont ses ressources pour notre commerce? de quel poids peut être cet établissement , si jamais la patrie avait besoin de recourir aux armes pour repousser ses ennemis ?

Suivant nous, la colonie des Marquises est un point militaire, un poste avancé de la France pour veiller sur son commerce et défendre ses intérêts. Le peu de terrain cultivable qui reste sur ces terres déjà si petites, le climat brûlant de ces contrées, ne permettent pas de supposer que ce nouvel établissement puisseavoir une grande importance comme colonie agricole, libre ou pénitentiaire; placé à une distance immense de la métropole, il ne se trouve dans aucune des conditions de position nécessaires pour devenir un dépôt important de marchandises, un établissement commercial ou puissent se teoir

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des marchés nombreux. Le bois de sandal, jadis si recherché par les navires de commerce pour l'exporter en Chine, semble s'être perdu sur ces îles, et peut-être il faudra l'y replanter. Du reste, la population de cet archipel , faible et livrée par goût à une inaction complète, ne présente dans son industrie aucun objet que l'Europe puisse envier. Pour amener au travail ces hommes insouciants, il faudrait d'abord leur créer des besoins. La nature, si riche sous ces zones torrides, semble avoir prévu cette tendance qu'ont tous les peuples des tropiques à vivre dans l'indolence et l'oisiveté. De nombreux arbres fruitiers assurent, sans culture, une nourriture abondante à ces hommes si sobres et si limités dans leurs désirs. La guerre , qu'ils ne cessferont pas de faire, car elle est essentielle à leur nature, la liberté licencieuse des femmes , si caractéristique à ce peuple, et qui ne peut qu'arrêter la procréation, puis l'abus des liqueurs fortes , dont ils seront avant peu très-avides, enfin les maladies dont plusieurs îles sont déjà infestées, toutes ces causes réunies doivent tendre rapidement à diminuer la population. Si on consulte les récits des voyageurs qui seulement depuis Krusenstern visitèrent ces peuples et cherchèrent, dans leur .passage, à estimer le nombre des habitants, on reconnaît déjà une tendance vers un prompt décroissement de la race. Naguère encore M. Dupetit-Thouars n'a-til pas constaté une diminution sensible dans la population, diminution qui, il faut l'espérer, ne sera

31^ tLES MÀRQUI^E^

point encore augmentée par là présence définitive des Français sur ces terres , mais qu'ils fte pourront pas arrêter, car les mœiirs de Ces peuples ne sauraient 9 suivant noiis, éprouver un changement avantageux , sans une transition lente , si . jamais elle doit avoir lieu. Aussi, Suivant toute probabilité, et malgré tôùtè la bienveillante sollicitude qui, nous en sommes certains, formera le caractère dii nouveau gouvernement qui vient de prendre possession de ces terres, les habitants primitifs diminueront leur nombre actuel , et peut-être disparaîtront totalement de ces lies, dont nous resterons les paisibles possesseurs.

Des explorations hydrographiques de détail manquent encore sur ces côtes, si souvent tisitées, pour en faire connaître toutes les ressources maritimes, comme ports pouvant donner abri aux flottes de commerce et même de guerre. Cependant, â ihoiiis que plus tard, ce qui est peu probable, on né trouvé des baies bien fermées et défendues de tous les vents, qui eussent échappé aux reconnaissances sous voiles déjà exécutées, on peut, dès aujourd'hui, croire que la grande île Noiika-Hiva deviendra le dépôt central de tous les établissements maritimes du gouvernement. Sur sa côte méridionale se trouve en effet le port Taiohae , capable de recevoir et mettre à l'abri de tous les temps, des escadres et de grands vaisseaux. A peu de distance de là s'ouvre la baie Akani où Tchitchagoff, la seule qui jusqu'ici

6\i NbufcA-HtVi^. ft43

})aràis6éoffTif Une mer assez tranquille petit* y former des établissements de construction, où Ton puisse exécuter en toute sécurité les opérations de carénage qui exigent toujours un abri partit. Enfin c'est en-^ core sur Ttle Nouka*Hiva que se trouve la taste baie des Taipis, qui jusqu'ici n'a pas paru offirir un port sûr aux navires de passage ^ mais qui aurait besoin d'une exploration complète pour en foire connaître tous les contours et les ressources maritimes; suivant certains auteurs , il est vrai d'une opinion douteusèi elle présenterait des mouillages sûrs et des bassins parfaitement abrités ; quoi qu'il en soit , c'est sur cette baie que s'ouvre la vallée la plus vaste et là plus féconde du groupe, et «ous ce point de vue , c'est encore là que s'établiront par la suite Uh grand nombre de colons, destinés peut-être à devenir leà fournisseurs des havires en relâche. Sur toutes les autres iles on ne trouve jusqu'ici que des anses offrant de très-médiocres mouillages, que les navires ne peuvent fréquenter que suivant l'époque où ils se trouvent^ et la direction des vents régnants.

Suivant nous^ donc, Ttle Nouka-Hivâ est destinée à devenir le centre ou la capitale de l'établissement^ Ce sera contre l'Ile Nouka-Hiva que se dirigeront tous les efforts de l'ennemi qui, en temps de guerre^ cherchera à s'emparer ou à détruire notre établissement. L'Ilé Nouka-Hiva, entourée de tous côtés par Une côté élevée et accore sur laquelle la mer déferle avec force et ne permet point un débarquement ^ puise sa première force dans cette disposition ttièmë

de ses côtes qui ne sont abordables que sur peu de points; la hauteur des montagnes de l'île, leurs falaises ardues qui ne permettent que difficilement les communications entre les différents points de la côte^ rendraient aussi pénibles et peu fructueux les débarquements qui seraient tentés par F ennemi sur tout autre point que ceux occupés par les Français. Sur la côte méridionale où, je le répète, sera probablement le siège principal de rétablissement, la côte est inabordable sur tout le littoral, excepté dans les baies Akani, Taio-hae et des Taïpis; les deux premières baies se* ront faciles à défendre, grâce à leur entrée étroite et aux hautes montagnes qui les dominent de toutes parts. Toutefois ce ne sera point sans des difficultés nombreuses et de grandes dépenses que les batteries françaises pourront couronner les hautes et dures falaises qui limitent ces ports. La vaste baie des Taïpis sera probablement lé point où l'ennemi commencerait l'attaque à cause des facilités qu'auraient les navires de guerre à y entrer avec vent sous vergues et d'en sortir au cas de non réussite. Un point sur la côte est, l'anse de la Néva^ et un autre signalé sur la côte nord par M. Dupetit- Tbouars comme pouvant offrir mouillage , sont les seuls connus jusqu'ici sur tout le reste du pourtour ^de File Nouka-Hiva. Enfin, comme colonie militaire, les îles Marquises semblent réunir toutes les conditions nécessaires pour la défense en cas d'attaque; mais s'il s'agissait de s'établir solidement sur chacune des lies de l'archipel, la garnisop de^*

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vrait y être Bombreuse et les travaux d'art con»dérâbles.

Après Nouka-Hîya, les îles Taouata et Hivaoa sont celles qui offrent les plus grandes ressources. Leur étendue dépasse, il est vrai, celle de Nouka* Hiva ; mais, nulle part, leurs côtes abruptes ne présentent des abris assurés en tous temps pour les grands navires, et faciles à défendre ; cependant, il ne faut pas perdre de vue que le port de Yaitabou, assez tranquille pendant la mousson d'est, peut envoyer les navires qui fréquentent sa rade , passer le temps de rhivernàge sur la côte méridionale de Hivaoa, oùsetrouvent desportsà petite distance et abrités des vents d'ouest.

Gomme position^ les navires de guerre mouillés aux Marquises seront appelés à commander tous les archipels de l'Océanie, où les vents d'est, qui soufflent régulièrement pendant huit mois de l'année, peuvent les porter en quelques jours- L'AustrsJie, la Nouvelle-Zélande, toutes les Moluques , les Philippines, la Chine, le Japon, auront, en cas de guerre, constamment à redouter un coup de main tenté par nos escadres embusquées dans les Marquises. Toutefois, ne perdons pas de vue que, jusqu'ici, les Marquises ne sont qu'un point isolé pour la France; que de là, s'il est vrai qu'elle peut envoyer ses vaisseaux' sur toutes les possessions occidentales de nos rivaux, elle n'a pas un seul port sous le vent pour les recevoir en cas de besoin ou de non réussite; aussi, espérons que la France ne s'arrêtera pas dans ce sys<-

346 ihtà MARQUISES

ièmé rêgéttémteur pour faotre marine et notre commerce , et que bientôt , dans ces vastes mers , on verra son pavillon flotter sur d*autres points qiie sur les deux pochent de Bourbon et des Marquises.

Depuis longues années, la P'rance avait sèntî la nécessité d'entretenir une Station nombreuse sur le§ côtes occidentales d'Amérique; là, en elTet, nos na-* vires de commerce ont encore des relations nombreuses ; et toutes ces petites républiques , flères de teur indépendance, orgueilleuses même de leur faiblesse, ont besoin d'iine surveillance active, dans ^intérêt de nos nationaux. Les nouvelles possessions des États-Unis, dont le port dq Columbiâ semble devoir être le centre principal, iîiéritent Une attention toute spéciale du gouvernement. Les îles Marquises sont destinées à devenir le Centre de notre station; c'est de là, désormais, que nos vaisseaux iront s'échelonner sur cette vaste côte, prêts à appuyer la justice des réclamations de nos nationaux, et à Ihire respectier notre pavillon, s'il devait jamais y être exposé à des insultes. Sans doUte, douze cents lieues encore séparent nos colonies nouvelles du continent; un point plus rapproché de cette vaste terre eût été préférable ; mais la mer dans ^es parages est pauvre de ces archipels aux rives découpées dont elle est sî rîcheehsuite. De toutes les îles de l'Océàriie réunissant les conditions nécessaires pour y former un établissement durable, les îles Marquises se présentent les premières sur la ligiie; et à ce titre ^ îiOUS devons

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nous féliciter tfy voir flotter le pavillon de la patrie.

L'utilité des îles Marquises, comme possessions françaises, ne saurait être limitée à Tinfluence qu'elles sont destinées peut-être à exercer dans le cas d'une guerre, dont le théâtre serait l'océan Pacifique ; nos navires de commerce, dont le nombre augmente toUs les jours, n'auront-ils pas un immense avantage à trouver dans ces mers un établissement français qui puisse leur prêter secours et assistance, lorsque, après avoir doublé les mers toujours si tempétueuses du cap Horn , ils débouquent dans l'océan Pacifique, souvent avec des besoins urgents qu'ils ne peuvent satisfaire dans les ports américains ; et puis nos baleiniers qui aujourd'hui , pour se livrer à leur louable industrie, viennent parcourir toutes les côtes d'Amérique et les mers qui baignent la Nouvelle-Zélande et rAustralièJ, la poursuite du cachalot, si peu pratiquée par les Français , qui se fait dans les archipels de l'Oicéanîe , la pêche des holothuries , celle des perles et de la nacre, enfin la récolte de Técaîlle, toutes ces industries réclamaient un point central dans ces mers , où nos nationaux pussent réparer leurs pertes , refaire les vivres qui souvent leur manquent, enfin retrouver là protection efficace dû pavillon. Aujourd'hui, cette lacune est comblée, et la colonie des Marquises doit être d'autant plus utile, qu'elle sera abondamment pourvue de tous les objets que nécessitent ces industries.

Le commerce futur des îles Marquises sera prô-

hal)lcnieQt limité aux fournitures qu'elles pourront faire de vivres frais et de campagne, aux navires passagers qui, dans leur trajet à travers TOcéanie, viendront y relâcher. Mais là encore, dans ce commerce, nos possessions françaises auront à lutter contre la^ concurrence que ne manqueront pas.de leur faire les îles Taïti, Samoa, Tonga, munies comme elles de bons ports placés sur la route des navires, et qui possèdent encore des plaines plus vastes et plus fécondes que les vallées noukahiviennes. Le capitaine Roquefeuille, qui nous a laissé des renseignements détaillés sur le commerce français dans ces parages, dit, en parlant des îles Marquises, qu'elles sont une bonne relâche pour les bâtiments qui , après avoir doublé le cap Horn , seraient appelés par la nature de leur expédition dans quelque partie de l'Australie, pour les baleiniers qui fréquentent le Grand-Océan méridional , pour les navires allant à la côte nord-ouest d'Amérique, et à qui des besoins urgents ne permettraient pas de pousser jusqu'aux îles Sandwich en tout préférables (à l'époque du passage du capitaine). Enfin, les Marquises sont la relâche naturelle des navigateurs destinés pour les ports de l'Amérique méridionale, et de ceux qui , partant de la côte nordouest, vont doubler le cap Horn.

Il suflSt de jeter les yeux sur une carte pour réduire à leur juste valeur tous les avantages énumérés par Roquefeuille en l'honneur des Marquises. Ce serait nécessairement vrai, si la côte du Chili était sans ports

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et sans ressources ; si, à côté des Marquises, ne s'élevaient pas les îles Taïti , des Navigateurs, etc. Pour les navires qui; après avoir doublé le cap Horn , vont dans r Australie ou à la côte nord-ouest d'Amérique, pour les baleiniers surtout qui vont poursuivre leur pêche le long de la côte américaine, nous nous rangerons à l'avis de Krusenstern, lorsqu'il dit qu'il sera préférable pour eux de toucher à un port du Chili : le Chili, en effet, si jamais il tombe entre des mains de plus en plus industrieuses et animées par le travail, offrira des avantages nécessairement bien plus précieux queles Marquises. Sa température permetd'y récolter de la farine, les troupeaux y sont abondants, les salaisons ne peuvent manquer d'y être à bon marché, ses ports sont vastes et sûrs, et , au moins tout autant que les Marquises , ils se trouvent sur la route des navires qui vont là chercher le souffle favorable des vents alises. Un seul avantage pour les îles Marquises peut momentanément leur valoir la préférence; mais il dépend des habitants du Chili de le faire cesser, aussitôt qu'ils voudront tenir leurs magasins au niveau des besoins de la navigation. Les Marquises, aujourd'hui couvertes par le pavillon de la France, vont avant peu se couvrir de jardins; les légumes y seront abondants; c'est peut-être le point où les cochons, cette ressource de l'Océanie, sont le plus nombreux ; les poules et les chèvres ne peuvent tarder d'y multiplier de manière à pouvoir offrir des approvisionnements aux navires. he^ Ue$ Marqui$e$ ^çnt en effet sur la route d'une io-

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fînité de pavires j ceux qui vont de l' Ainérique méridionale en Chine y aux Philippines, au)^ Moluques Qt dansF Australie; ceux qui de la côte nord-ouest auront pour point d'arrivée quelques-uns desporlsde laNouvelle-Galles du Sud et de la Nouvelle-Zélande, même ceux qui vont du cap Horn à la côte nord-ouest, pourront toucher aux Marquises, si leurs ports ofTrent des avantages réels \ mais il ne faut pas perdre de vue que les îles delà Société, les îles des Navigateurs, ainsi que celles des Amis et une foule d'autres, jouissent des mêmes avantages, que déjà la civilisation y marche avec rapidité, que les troupeaux commencent à y être nombreux» Si, jusqu'ici , la relâche des Marquises a été préférée par un grand nombre de navires à celle des autres archipels , c'est que les cochpns et les poules y ét^iept encore abandonnés pour quelques bagatelles, tandis que, à Taiti, ces mêmes rafraichissepieats avaient une valeur d'autant plus élevée que le prix en est fixé par les missionnaires qui, à peu deçho^ près^ y monopolisent le commerce.

En résumé, la colonie de& Marquises ne peut avoir aucune importance comme colonie agricole; comme établissement commercial, ses r^ssourcos seront celles qui sont le partage de tput point de relâche où les vivres frais sont abondants, et la condition pour qu'elle conserve cette source de richesse, sera que ses produits puissent toujours lutter par leur qualité, leur ^boud^nce e| leur hqn marché, avec les îles s^^ riyM^i quiQompe ell^sp^uleront

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$iur le pQSS^ge flç^ naviraç. Ajoutons à cela^ que les îles de l'Océanie, $i riches par leurs végétation , ont sur les lies Marquises Tavantage immense de posséder des plaines vastes et fertiles j que les îles Taïti , des Navigateurs et autres i «i elles étaient exploitées par un autre peuple que la race cuivrée sauvage qui Thabite, et qui partout décroît rapidement, que ces îles, dis-je, pourraient avec le secours de l'agriculture, prendre dç Tipaportançe comme colonies agricoles et donner lieu à des transactions nombreuses,

L'isthme de Panama, si jamais il vient à être percé, e» ouvrant une route nouvelle, suivie bientôt par tous l^s navires qui visitent TOcéan, viendra offrir un nouveau débouché à toutes les îIqs de rocéanie , mais les conditions restent toujours l9s mômes, pour que le commerce des Marquise* aie plus à y gagner que celui de ses rivales.

Comme point militaire, la colonie dos Marquises nous paraît utile et avantageuse. Plus de cent navires de commerce français parcourent aujourd'hui l'océan Pacifique} ils avaient besoin d'un point de refuge, d'un point où ils pussent trouver protection et assistance; d'un autre côté, l'intérêt national comme aussi l'honneur du pavillon , exigeaient impérîeuspment que la France entretînt dans ces mers éloignées, des forces imposantes qui manquaient d'un centre d'action et d'un abri assuré en cas d'événements qu'il est souvent difficile de prévoir. Les îles Marquises remplissent ce double but.

Dans l'état aetuel, avec le peu do possessions qui

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restent à la France en dehors de l'Atlantique, le poste militaire des îles Marquises parait appelé à rendre plus de services dans un coup de main ou dans une guerre peu animée avec quelqu'une des petites républiques de FÂmérique, que dans le cas d'une* lutte avec une des grandes puissances maritimes du monde ; dans ce dernier cas la France senti- . rait bien vite l'insuffisance de ce poste avancé, de cette sentinelle perdue qui ne saurait être soutenue immédiatement par le corps d'armée.

C'était un beau projet que celui qui semble avoir été conçu à l'époque où une colonie firan-çaise allait essayer ses forces sur la Nouvelle-Zélande; c'était là , en effet, une belle terre sur laquelle toutes les conditions autres que celles de la distance, se trouvaient réunies pour fonder des établissements durables, pouvant après peu de temps résister aux flottes européennes, et devant avec les Marquises rétablir la puissance française dans ces mers, où aujourd'hui elle compte à peine. Mais, il faut l'avouer , au milieu des vastes ports de la Zélande , des riches plaines qui les entourent , et dont les Anglais aujourd'hui semblent tirer un si beau parti , le lieu choisi par la France pour les colons qu'elle y envoyait, était peu propre à rassurer l'opinion publique sur le succès futur de l'établissement. On aurait dit que la beauté du port , les facilités de le défendre étaient les seules conditions nécessaires pour cet établissement' lointain; comme si la nature du terrain , la fécondité du sol , la facilité d'éta*

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blir des communications , enfin la possibilité de s'y nourrir n'étaient pas la base d'un établissement durable, qui aussi doit afoir soin de sa défense et posséder des ports et des citadelles. I^our quiconque a parcouru lesnombreusesbaiesde la Nouvelle-Zélande, il sera facile de comprendre que le choix ne fut point heureux; et quand bien même nous fussions restés les seuls et paisibles possesseurs de cette vaste terre, il n'est pas douteux poul* nous que le pavillon de la France, si on avait dû solder à l'y lixer définitivement, n'aurait dû commencer par flotter sur d'autres pointe autrementrétribués paria nature de leur sol et par leurs ressources maritimes, que le port d' Akaroa. De même ici> s'il eût été loisible à 1^ France de choisir parmi les JUes deTOcéanieppur y faire flotter ses couleurs, le choix des ttarqpjses à côté de la riante Taiti serait loin d'être heurçux. Mais ce choix n'était pcHUt possible; les îles IMtarquises sont et doivent rester fran^ais^. Sans doute., la prise de possei^sion de cet archipel , qui a suivi de si près les navires qui portèrent jnos premiers colons à la Nouvelle-Zélande.^, n'e^t- que le commencement d'un projet plus vaste et digne de la grandeur du nom français. On n'a pas spéculé sur le percement futur de l'isthme de Panama, pour, en cas de guerre « assurer une route à nos vaisseaux. On sait que les eolonies sont comme des forts qui , souvent sans importance par eux-mêmes, en prennent une immense en croisant leurs feux avec ceux du voisin ; notre colonie des Marquises ne doit pas rester seule,

isolée au milieu de TOcéan, à cinq mille lieues de la patrie.

A ces conditions , la prise de possession des Iles Marquises nous parait comme un événement heureux qui semble annoncer à la France que son gouvernement songe à l'avenir. Espérons que le pays, reçon<* naissant ses besoins et fier de sa dignité, prêtera un appui ferme et solide au ministre d'état qui a fait entreprendre cette noble tâche ; espérons surtout que l'œuvre se terminera, que la possession isolée des Marquises ne viendra point dans l'océan Pacifique, comme le rocher de Bourbon dans l'fnde, attester seulement notre faiblesse.

Pour nous, voyageurs, nous considérons d'abord comme un devoir de foire connaître nos réflexions sur les pays que nousavons visités, ainsi queles ressources que chacun d'eux présente comme colonie future; mais nous savons que la jalousie de nos rivaux est facile à exciter ; nous savons que la presse française, toujours si empressée de fahre connaître les actes du gouvernement, a donné la Nouvelle-Zélande à l'Angleterre, lorsque celle-ci ne songeait point encore à y planter son pavillon ; aussi, nous croyons devoir taire ce que nous avons pu voir, pour avant tout servir notre pays.

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