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MM>. A. MnjePy 11. Imuversur, €K. Cilnutd et li. BeYAlel,
(PEIftTCES DE LA COMMIESIOX Wl KOM«
Comme toutes les autres sciences , celle des voyages a eu •es phases diverses, ses révolutions et ses progrès; au temps où les croyances du pays natal étaient fantasques et bizarres , le voyageur y rapportait des récits étranges : c'étaient des hommes à taille de géant ou de nain , des espèces intermédiaires d'une structure inattendue, des animaux de formes et d'habitudes fabuleuses» des plantes et des minéraux dé^ sonnais introuvables. Partout enfin , sur la terre, dans Tair, au sein des flots, naissaient par myriades les phénomènes extraordinaires, produits de notions incomplètes et de rameur du merveilleux.
W>T4* Voir • U page 3i, pour In âiVifioai Je l'ouvrage
Cette disposition à idéaliser dépassait toutes les limites raisonnables de la poésie et de la peinture ; car, s'il est réellement de nécessité pour les arts d'idéaliser les objets de l'observation , jamais ils ne doivent l'être à côté de la vérité.
Rien de pltts intéressant que de parcourir les annales des voyages, d*y voir par degrés disparaître devant le flambeau de la science les apparitions extravagantes de l'imagination. Lisez les récits des premiers naturalistes; au milieu d'observations tout empreintes de génie , vous trouvez les descriptions les plus incroyables : auprès des Scythes septentrionaux, anthropophages 9 les Arimaspes, remarquables par l'œil unique qu'ils ont au milieu du front. « Ce peuple , dit « Pline, est continuellement en guerre avec les Griffons , es- « pèce de monstres qne Ton représente ordinairement avec « des ailes. Tirant l'or des mines, ils metteiit à le conserver < autant d'ardeur que les Arimaspes à le leur enlever : tel « est du moins le récit d'Uérodote et d' Aristée de Proconèse. »
Les Sauromates , à dix journées du Borysthène , ne prennent de nourriture que de trois en trois jours.
Les Androgynes, suivant Galliphane, réunissent les deux sexes, dont ils usent tour à tour. Aristote ajoute que chez tous le sein droit est celui de l'homme , et le sein gauche celui de la femme. Phylarque cite la race des Thibiens, dans Id Pont, et plusieurs autres, comme caractérisées par une double prunelle dans un œil et une figure de cheval dans l'autre; Cicéron d'ailleurs nous enseigne que partout le regard des femmes à double prunelle est funeste. Non loin de Rome, au territoire des Falisques, les Ilirpiens marchaient sans se brAlcr sur un bûcher embrasé. C'est dans l'Inde et l'Ethiopie surtout que fourmillent les merveilles : les plantes, les animaux, tout y est prodigieux. Certains hommes sont hauts de huit coudées ; d'autres ont les pieds tournés en arrière et huit doigts à chaque pied.
Ctésias parle do plusieurs montagnes habitées par des hommes à tète de chien; leur nombre, selon l'hiatorien^
s'élevait à pias de cent vingt mille. Il parle encore d'une espèce d'hommes, nommés Monocoles, qui n'ont qu'une jambe, et qui sautent avec une légèreté surprenante ; ils sont voisins des Troglodytes^ Un peu à l'occident de ceux-ci , on trouve des hommes sans tête ; ils ont les yeux aux épaules.
Nous remplirions des volumes nombreux d'histoires de cette espèce, en suivant pas à pas les voyageurs et les naturalistes des premiers âges ; nous verrions les faits de toutes sortes ainsi dénaturés , transformés par une prédominance singulière des sentiments de merveilleux et d'idéalité. Cette ma* nière de procéder, commune à tous les peuples à la même époque de civilisation , prouve que l'homme a toujours vu les objets du monde extérieur par une vue interne , par la pensée bien plus que par les yeux. Cette idée-là , pour le dire en passant, est une clef intéressante des lois, de la nature et des degrés fort divers des certitudes humaines.
Aussi, à mesure que nos méthodes d'observation se sont perfectionnées, que nos connaissances se sont étendues et que les sciences ont pris une assiette plus solide , les récits des voyageurs ont présenté un caractère plus prononcé do vérité et d'intérêt positif : la fantasmagorie d'un monde idéal a cédé par degrés la place aux merveilles de la nature , aux phénomènes réels.
Aujourd'hui , toute expédition entreprise par des hommes d'un mérite reconnu rapporte aux différentes branches de nos connaissances de précieux accroissements, d'importantes confirmations : le naturaliste recueille les minéraux, les plantes et les animaux encore inconnus ou mal étudiés ; il les décrit, non plus d'après la fantaisie de son esprit, mais d'après leur caractère d'organisation , d'aspect et de stïncture ; il les classe dans les espèces, les genres, les familles que lui indique l'analogie ; il dépose ces hôtes nouveaux au milieu de nos riches collections.
Le physicien , l'astronome et le météorologiste constatent les phénomènes célestes , suivent leur développement , et
s'efforcent d en saisir les lois ; ils étudient les influences , variables selon les contrées , des grands agents de la nature, calorique » électricité , magnétisme , lumière. Leurs nombreux ses observations sur les longitudes et les latitudes» sur les déclinaisons et les inclinaisons de raiguille aimantée, snr les intensités magnétiques, sur les variations du baromètre , du thermomètre, des vents et des marées, viennent prendre place etvse coordonner à côté des observations de leurs devanciers, les confirmer ouïes infirmer, et de la sorte hâter le temps où le système entier du monde se déroulera au regard de rhomme.
Au médecin philosophe est départie une tâche plus limitée, mais non moins importante : c'est à lui qu'est remis le soin d'étudier l'homme dans ses organes et dans ses manifesta* lions, à l'état sain et à l'état malade , de déterminer ses rapports de race, les modifications si diverses que lui font éprouver les milieux où il vit ; c'est au médecin qu'il convient de recueillir les collections de crânes et d'empreintes destinées plus tard à révéler les conditions et les lois de production des phénomènes physiologiques, à diriger leur développement vers le but le plus utile à l'individu et à l'espèce.
Le littérateur, l'historien , nous transmettent les traits caractéristiques du langage et de la pensée , leurs beautés , leurs défauts ; ils portent à notre connaissance les progrès des sociétés, les grandes actions des peuples et de leurs chefs ; ils enrichissent nos bibliothèques des travaux qui révèlent l'activité de l'esprit et l'état do la civilisation dans les pays qu'ils ont parcourus.
Le peintre , enfin , fait passer sous nos yeux les aspects infiniment variés du sol et de ses produits, des animaux, des hommes, du ciel, de tous les ohjets , en un mot, qui peuvent frapper les regards ; son œuvre est comme le résumé matériel de l'œuvre de tous. Les richesses encyclopédiques d'expéditions ainsi conduites ont donné à la cosmographie une importance incontestée.
Dan» les quatre expéditions au nord de l'Europe exécutées de 1835 à iS^^O, plusieurs circonstances spéciales sont venues attacher aux travaux de la Commission un intérêt tout particulier : jamais programme plus vaste n'avait été dressé, jamais questions plus précises , plus variées , n'avaient dirigé le zèle et l'activité des voyageurs : les académies , les sociétés savantes » les administrations publiques » l'élite des savants français et étrangers, avaient fourni les instructions ; un volume de six cents pages leur fut consacré et restera comme le guide précieux de ceux qui exploreront ces contrées. Plusieurs des membres de la Commission scientifique avaient acquis dans des excursions précédentes une longue expérience des voyages. Le président, M. Gaimard, avait accompagné M. Freycinet et l'infortuné Dumont d'Urville dans deux voyages de circumnavigation ; déjà préocupé de la pensée de ces expéditions , il avait parcouru la Hollande , la Belgique , la Grande-Bretagne , explorant les musées , à la recherche de documents propres à diriger les travaur à venir ; il avait visité la Russie, la Prusse et diverses contrées de l'Allemagne pour étudier et combattre le choléra , dont il fut luimême frappé deux fois. Investi de la confiance du ministre, H. Gaimard a été chargé de désigner au choix de l'autorité le» personnes qu'il croyait le pl^s capables de concourir au •ttccès de l'entreprise ; il est résulté de cette unité d'influence dans la composition de la Commission un ensemble , une harmonie véritable entre tous les membres ; chacun voyait avec joie les travaux de ses collègues, et, comme il arrive d'ordinaire dans une réunion d'hommes qui s'entendent, les difficultés si nombreuses d'une telle exploration n'étaient qu'une occasion de redoubler de zèle , de persévérance et d'activité. Une idée grande et heureuse a été celle de faire concourir les savants du Nord aux recherches et aux travaux de nos voyageurs ; d'établir ainsi par anticipation entre les hommes de science le lien de fraternité que rêvent certains cerveaux précurseurs pour l'humanité tout entière. Ainsi ,
tandis que MM. Gaimatd, Lotlîn , Marmier, ISraraU, Delaro** che, Maycr, Lauvergne, Giraud, Bevalet, Biard, Robert, Durocher, Martins et Angles représentaient la France, MM. Lil* liehôôk , Siljestrum , Sundevall , Ulric de Gyldenstope et Lsestadius s'associaient de la part de la Suède à la Ckrnimis* sîon ; la Norvège envoyait MM. Boeck , Meyer et Due ; le Danemark , MM. Krôycr et Vahl ; l'Angleterre et la Saxe étaient représentées par MM. Thomas et Ihle , qui spon* tanément s'étaient joints à la Commission.
Un dernier fait qui nous parait avoir puissamment concou* ru aux brillants résultats de l'expédition , c'est le caractère du président , son dévouement , l'oubli de soi qu'il porte en toute chose : avec un tel compagnon , les questions de personnes , ordinairement si irritantes, les susceptibilités , Teilvie , rien de tout cela ne peut entraver la marche. Sa réponte à des objections contre un collaborateur qu'on lui présentait comme trop personnel et passablement jaloux le peint soui ce rapp<îrt : Laissez-le venir , disait-il v et au bout de peu de temps il saura qu'il ne peut être plus dévoué à ses propres intérêts que je ne le serai moi-même.
En voyage , d'ailleurs , M. Gaimard est un homme entreprenant , peu soucieux du danger , mais aventureux pour lui seul. Son savant collaborateur, M. Quoy, nous a souvent raconté de lui des actions pleines de courage : là il savait tenir en respect pendant six jours les sauvages insulaires de Vanikoro ; ici le calme ne Tabandonnait pas au milieu des ^ périls qui menaçaient tout l'équipage.
Et dans ce dernier voyage encore , prévoyant des dangers sur les côtes du Groenland , il les réclamait pour lui seul.
« Dans le cas où nous obtiendrions quelques renseîgne- « ments sur la Lilloise, écrivait-il au ministre do la Marine « ( amiral Duperré), je vous prie , Amiral , dô vouloir bien « 'm 'autoriser à me porter , au besoin , de ma personne , sur « le point qu'on nous indiquerait , soit par terre, soit sur la
toc cAte f dans un de ces bateaux d*£squifnaiix qui sont montés a par des femmes: De cette manière je serais seul exposé, « dans le cas où il y aurait du danger , et l'expédition elleu même ne courrait aucun risque. »
Bien que nous éprouvions un véritable plaisir à mettre en lumière le courage, le dévouement et l'abnégation qui caractérisent notre ami , nous ne l'eussions point fait , s'il ne nous eût été démontré que ces qualités sont autant d'éléments avantageux. L'hospitalité touchante, la sincère cordialité des gens du Nord, savaient apprécier ces heureuses dispositions. Partout où les voyageurs de la Recherche se sont arrêtés , ils ont vu venir à eux les hommes du pays , ceux-ci pour leur offrir l'appui du pouvoir , ceux-là le fruit de leurs travaux. « Partout, dit M. Marmier, ils ont reçu cet accueil entrat- (c nant qui vient du cœur et qui laisse dans le cœur une pro- « fonde impression. A les voir assis à la même table avec les a fils de la Scandinavie, célébrant mutuellement leurs gloires <c nationales, leur patrie, on eût dit des hommes d'uno « même nation, des frères qui se retrouvaient après une lon- « gue absence, et se racontaient dans leurs joyeux épanche- « ments leur vie passée et leurs émotions. C'est que c'étaient « en effet des frères , des membres de cette grande commune nauté que l'amour de la séience unit d'un bout du monde « à l'autre, qu'un même désir anime, et auxquels une même « poésie donne sa langue universelle. »
La nature de ce recueil, et les limites qui nous sont imposées , nous empêchent de sui>Te chacun des voyageurs dans ses recherches, dans ses excursions. Aussi laisserons-nous physiciens, naturalistes, astronomes, météorologistes et médecins accomplir leur mission , pour nous attacher aux pas des peintres de l'expédition. MM. Mayer, Lauvergne et Giraud ont mis à la disposition du président leurs riches collections ; nous les avons parcourues avec un vif intérêt , dirigé par les renseignements, par les anecdotes qui se rattachaient à chaque localité, à chaque personne.
. La quantité des dessins, leur belle exécution, disent mens que nous ne saurions le faire le mérite et Tinialigable acti* vite des artistes. M. Maycr, seul » compte » sur l'Islande» deux cent sept dessins pittoresques à la mine de plomb, à la aépîa et à raquarclle, et de plus douze études à Thutle. Sa manière est d*un bel effet, animée et naturelle ; elle offre une grande précision dans les détails et un fini qui se rencontre rare* ment dans ce genre. Ses paysages , ses vues ont une frappante analogie, pour la finesse, la gracieuse perspective, avec les dessins des artistes anglais.
Mais que représente cette première partie du voyage pitloresque ?
V Islande et ses habitants ; Vlslande avec ses montagnes , ses glaciers, ses volcans, ses plaines de lave; son aspect sauvage et désolé est d un effet tout nouveau pour nous. « Là est le Jôkull , superbe avec sa robe de neige et sa*cime de glace ; là est le cratère aux flancs rougis encore par la flamme qui la torturé ; là les colonnes de basalte debout Tune contre l'autre , ou gisant sur le sol comme des vestiges d'un édifice gigantesque ; là les grottes profondes aux voûtes de cristal, aux parois ornées de stalactites; les sources d'eau bouillante qui s'élancent en mugissant avec des tour* bi lions de va][>eur ; les crevasses où la terre apparaît béante; tout autour des champs incultes et diserts ; les longues plaines poudreuses où le vent d'orage soulève des trombes de cendre jaune ; les collines aux couches irrégulières, à la crête dentelée. » Toute cette physionomie étrange, imposante» d une nature à peine sortie de révolutions violentes , a pio* duit sur l'artiste une impression qui se retrouve visiMemeAt dans son œuvre. L'habitant de cette terre a Texpressioa de calme et d'assurance qui caractérise les hommes accoutumés à vivre au milieu des dangers ; les portraits que noua avons sous les yeux disent que les éruptions de l'Hekki, les tempo* tes de la mer et ses mille montagnes de glace ont donné à rislandatâ, au simple paysan, une sorte de stoïcisme en-
ihMtfaisle. C4»t dans ces émotions pnSssanteii, qui ont affermi MA cœur, qu'il faut aller chercher la source de l'amour passionné qu'il a pour son pays. D'où lui viendrait» en efFet, cet amour? Cent fois assailli par la foim , le froid et la misère » il a vu sa population décimée ; cent fois envahi par les flots de lave, il a vu autour de lui la désolation et la mort. Les an* nées ne sont pas rares dans l'histoire de ce peuple où plusieurs milliers d'individus sont morts de feim à la suite d'un hiver rigoureux. Que dire des désastres produits par l'éruption des volcans ? Sans aller au delà du dix-huitième siècle , quelle suite de catastrophes épouvantables de 1720 Â 17851...
De 1720 à 1730 , il y eut dans la partie méridionale de l'Ile des tremblements de terre et des éruptions de volcans près* que perpétuels. Au nord-est , le Krabla vomit un lac de feu de deux lieues de largeur et de quatre de longueur ; au sud » le Kotlugia verse un torrent d'eau qui inonde un espace de huit lieues de longueur. Puis , la terre tremble , un bruit pareil à celui du tonnerre résonne dans les entrailles de la montagne; le sommet du cratère s'enflamme , et Ton en voit tour à tour jaillir des masses de matière fondue , des boules de- feu et des lames d'eau.
De 1753 à 1755 , le Ske'idarar et le Kotlugia vomirent toute sorte de matières volcaniques. En 1766, Tllekla ouvrit de nouveau ses entrailles ; mais la plus terrible de toutes ces éruptions fut celle du Skaptan et du Jôkull.
C'était en l'année 1783; l'hiver avait été très-doux; l'année s'annonçait sous les auspices les plus favorables ; vers la fin du mois , une légère fumée , flottant à la surface de la terre, attira le regard des gens qui connaissaient les traditions du passé. . . Quelques jours s'écoulèrent, et alors on commença à ressentir des tremblements de terre qui devenaient de plus en plus violents. Le 8 juin , le ciel était encore beau à voir , et l'atmosphère pure ; mais à neuf heures du soir , à l'heure où » les jours précédents, les secousses souterraines devenaient plus sensibles, on vit s'élever du cèté du nord une colonne
— iode fumée qui grandit , ee déploya et finit pir s'étendre ivr le district de Sida. A mesure qu'elle s'arançait , le district de* venait de plus en plus sombre» et, quand elle s'éleva vers le ciel , la terre fut tout à coup inondée d'une quantité de een« dres pareilles à celles du charbon de terre. Le lendemain, un vent du sud arrêta cette trombe de sable» mais on enten* dit tout le jour des craquements souterrains semblables an bruit du tonnerre » et vers le nord on distinguait un autre bruit qu'on eût pu prendre pour le mugissement d'un fleuve ou le bouillonnement d'une chaudière.
Le 10 juin, la Skapta, qui était une large et puissante rivière descendant du Skapta-Jôkull et arrosant le district de Sida , parut très-enflée ; le 11, elle avait complètement disparu.
Le lendemain , à la place des vagues profondes , on vit bondir un torrent de feu que le lit même de la rivière ne pouvait contenir. Dans la nuit du Ik au 15 juin , les habi« tants du district furent réveillés par des éclairs et des coups de foudre , et par un bruit si effroyable qu'on eût cru voir les rochers éclater. Le matin , le fleuve de lave continuait sa route, inondait la vallée de ses flots brûlants et dévorait les habitations.
Au delà d*une ferme qu*il venait de consumer, il se divisa et continua pendant trois jours sa marche terrible ; arrivé dans un certain endroit, il tomba tout à coup Sur une couche de lave amassée depuis longtemps, mais celte masse froide ne Tarréia pas ; il la fondit de nouveau et l'entraîna dans ses vagues.
Le 19 juin, un troisième torrent de feu jaillit du sein de la montagne, se précipite sur les flots vomis par la dernière éruption et qui commençaient à se refroidir, emporte dans son cours des quartiers de roc, des cabanes et des églises, puis se divise en deux branches et répand de tous c6tés la mort, la misère et la désolation.
Pendant plus d'un mois, presque chaque jour le cratère
•'ouTrit , la lâve bouillante jaillit de la foomaise* descendit dans la plaine et inonda la contrée. Chaque jour, une couche de matière enflammée tombait sur une aatre couche, et, à la place où le regard du passant contemplait naguère un vallon vert et fleuri, on vit s*élever des tourbillons de cendres et des montagnes de pierres calcinées. Souvent le fleuve embrasé se précipitait si vite du milieu du volcan » et se déroulait avec tant d'impétuosité , que les pauvres gens avaient i peine le temps d'emporter à la hâte les choses les plus néces* saires et de se sauver. Jusque-là cependant on n'avait eu à déplorer que les ravages produits par le cratère à l'ouest de Sida. Au mois de juillet, une autre éruption éclata à l'est, une rivière se dessécha dans son lit, comme la Skapta, et fut remplacée par une rivière de feu. L'explosion de ce volcan dura plus longtemps que celle de l'autre ; elle se renouvela en 1784.
Voici donc pour un siècle seulement le tableau fort abrégé des calamités produites par les volcans ; qu'on y ajoute les influences d'un froid intense et prolongé, les atteintes d'épidémies meurtrières, et l'on verra comment une population de plus de cent mille individus s'est trouvée , par degrés, réduite à cinquante, assujettie d'ailleurs aux exigences d'un système commercial entièrement ruineux.
Mais revenons à notre objet, l'étude pittoresque de la nature , de l'homme et de ses œuvres en Islande.
Après avoir reproduit dans une suite de dessins les aspects dont nous venons de parler, et qui tiennent à l'effet général, M. Mayer a pris les détails : là, c'est la vue d'une ville ; là , celle d'une maison de campagne au milieu d'un petit vallon qui la ceint ; là , une station de voyageurs ; plus loin , quelques cabanes éparses; une cascade; une cataracte; le paysan islandais qui rappelle ses chevaux à moitié sauvages , ses chevaux , fidèles compagnons de ses fatigues.
Cette seconde partie de l'album offre assurément pour nous moins d'effets insolites que la première : l'Islandais est un
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peuple d*ttne civilisatioif ancienne; ses habitations, se» mœurs , ses usages , bien que pleins d'originalité , ont pourtant de Tanalogie avec ce que nous connaissons déjà.
La terre n'est pas partout désolée » puisqu'elle porte des hommes et des animaux. On n'y voit, il est vrai, ni champs ensemencés ni forêts, seulement quelques frêles tiges de bouleau , traînant à terre leurs branches sans vigueur ; mais çà et là l'herbe , l'herbe fraîche et abondante nourrit des troupeaux de chevaux et de moutons.
« De toute cette surface de terre , plus grande que le Danemark et le Holstein réunis , dit M. Marmier , un tiers seulement est occupé y la côte surtout, le fond des baie^ et quelques vallées posées au pied des montagnes. Toutes les habitations sont dispersées à une longue distance l'une de l'autre : lorsqu'il s'en trouve trois ou quatre réunies, on leur donne le nom de village ; s'il y en a plus , c'est une ville. Reykiavik, capitale de l'ile, renferme environ huit cents habitants ; Hafnarfiordur , Eyrarbacki , Eskifiordur , en renferment soixante ou quatre-vingts. Au delà de cette ceinture , souvent brisée d'habitations qui bordent la mer, on ne trouve plus que de loin en loin un de ces verts enclos où le pécheur bâtit sa cabane. On peut voyager des jours entiers sans apercevoir une trace de vie humaine; là, point de chemin, le che- . val guide son maître avec un instinct admirable. »
Après ses excursions (de huit ou neuf cents lieues), le président de la Commission écrit au niinistre de la marine : a Nous avons eu à traverser des fleuves nombreux, larges, rapides et à fond mouvant; des plages de sable, situées entfe d'issumenses glaciers et la mer, qui ne présentaient pas un bria d'herbe pour nos chevaux; de hautes montagnes, de vastes plateaux sans habitations, quelquefois sans un seul être animé, entièrement couverts de neige, sur lesquels nous étions obligés de camper; des champs de lave coupés de pro« fondes fissures; des marais fangeux et profonds. Plusieurs
des beaux dessins pittoresques de M. Mayer ont été faits par une température de 0*". »
Ainsi y nous le voyons , partout où le pays a présenté quelle aspect remarquable , Tartiste s'est armé de ses crayons ; il Teut ne nous laisser ignorer de cette terre rien de ce qui peut nous intéresser. Revenu sur les points habités , il prend avec le même soin tout ce qui peut donner une idée exacte de la civilisation , des arts et de l'industrie en Islande : instruments, sculptures, ornements, détails de costumes, tapisàeries , il ne néglige rien ; il comprend toute la portée de Texclamation du naufragé qui voit sur le rivage quelques figures de géométrie.
Ce que foit l'Islandais , le point où il s'est maintenu malgré tant de circonstances contraires, malgré tant de calamités, nous prouve ce qu'il eût pu faire, le degré de perfection qu'il eût pu atteindre , aidé par un milieu plus favorable. Les costumes, ceux des femmes surtout, sont pleins de grâce , ils auraient même parmi nous un caractère de bon goAt et d'élégance. L'intérieur des maisons , quoique d'une disposition simple, révèle une connaissance nette des lois de l'arehitecture. Quelle énorme distance de Thabitation de l'Islandais à celle du Lapon, par exemple I L'une atteste la confraternité avec l'Europe civilisée ; l'autre , sorte de taupinière éventée , ne rappelle aucune des formes de l'habita* tion humaine.
L'expression de la figure est celle de l'élite des peuples du Nord : tous les portraits de la collection ont un caractère remarquable de candeur et d'intelligence. Le jeune Islandais, Gudmundur Sivertsen, ramené en France par M. Gaimard et aujourd'hui médecin militaire, serait dans tous les pays un homme d'une organisation remarquable. Plusieurs fois, bous avons examiné sa tète, elle nous a paru de proportions har* moniques ; le développement des parties antérieures et supérieures, siège de l'intelligence et des sentiments moraux , est de nature à recevoir largement les lumières de la scienee et
d'une noble éducation. Ce jeune homme nous a eemblé capâ« ble d'inspirer l'estime et la sympathie pour ses compatriotes et le désir de connaître son pays ; il sera plus tard , nous n'en doutons pas, un lien entre les deux nations. Son portrait fait partie de la publication du gouvernement ; ce grand travail, presque entièrement terminé, reproduit la plupart des dessins de M. Mayer , et nous nous trouv<ma ainsi dispensé de suivre Tartiste pas à pas. Les dessina recueillis pendant le voyage au Spitzberg , dans la Laponie et la Scandinavie , sont encore inédits ; nous allons tâcher» en suivant l'expédition , d'en &ire ressortir le mérite et Tia* térét.
, Spitzberg* — Ici la scène change : point d'homme à étudier, aucun des animaux , compagnons ordinaires de se» travaux et de ses plaisirs ; c'est le séjour des glaces, des noirs frimas ; l'homme y passe parfois , mais ne s'y arrête jamais. Le navire baleinier y dépose de loin en loin la dépouilla mortelle de quelque pécheur et la surmonte 4'une croix.
Sn 1838 et 1839, la corvettiç la Recherche , commandée par M. le capitaine Fabvre, et portante son bord U Commis Mon scientifique, s'en alla explorer ces régions polaires; elle pénétra jusqu'aux SO"" de latitude, et jeta l'ancre à MagdakiM^ baj/f dans une des parties les plus tristes, les plus, sanvages, les plus pittoresques de tonte cette terre désolée» Tandis que de nouvelles explorations allaient , de la sorte , cQBHJiléter nos connaissances sur les régions^ du pôle nord , le contreamiral d'Urville explorait le p61e sud , et découvrait la terre Adélie : do part et d'autre, au même instant, nos hardis navigateurs demandaient aux deux points extrêmes du globe des lumières nouvelles sur le système du monde.
L'ancre est jetée dans la baie de la Madeleine : quel spec^ tacle s'offre alors aux yeux étonnés 1 De tous eûtes des mon* tagnes taillées à pic, des cimes dentelée^s , des rocs noirs et humides traversés par de larges ruisseaux de neige qui tomr bent de la montagne; des glaciers dont les parois» battues
par les flots, labourées par ie vent et crevassées par là chaleur, ressemblent à des remparts ouverts et sillonnés par le canon ; des plateaux de neige fuyant comme une route lointaine entre les montagnes; puis alentour, comme un immense encadrement, la mer aux vagues soulevées par Torage, aux blocs de glace emportés par le vent.
Trente ou quarante dessins ou peintures à Thuile reproduisent les aspects divers du ciel, des rochers, des montagnes, de la grève et des masses flottantes que le froid a condensées. C'est assurément la peinture de ce que la nature a de plus sombre et de plus terrible , de ce que la mer et le ciel renferment de plus menaçant.
Parmi les dessins recueillis par M. Mayer an sud du Spitzbérg, nous nous bornerons à indiquer le panorama de la baie de BelWSound , la montagne de l'Observatoire, plusieurs vues de la baie de Bell«Sound, une vue générale d'un grand effet, Vnn dès flancs du Spitzberg parsemé de petites éminences au-dessus desquelles s'élèvent des croix en assez grand nombre : c'est un étrange cimetière où des ossements char-^ gés de quelques pierres sortent épars des fosses qui les renfermaient. La fonte des neiges, les torrents qui tombent sans direction de la montagne, ont emporté les parties les plus légères du sol, et des débris humains s'élancent comme une menace du sein de cette terre maudite...
La collection de M. Lauvergne, au Spitzberg, est un autre aspect de ces étranges contrées ; c'est, au nord, la baie de la Madeleine, des glaciers, de la neige, des rochers, des montagnes de glace d'une immense étendue. A mesure que l'œil parcourt ces solitudes, l'esprit est saisi de tristesse et frémit d'une telle désolation. C'est alors un repos agréable de sui* vre, dans un charmant dessin, les mouvements et les efforts de nos voyageurs, qui gravissent la montagne, armés de longs bâtons ferrés; ou bien de contempler sur un sommet nu les tMtes des savanU, robservatoire magnétique où» malgré les
rigueurs du froid , nos couri^eux compatriotes poursutYonl le cours de leurs expériences.
Remercions aussi M. Giraud d'avoir semé çà et là , dans ses vues, quelques souvenirs de la nature vivante» le renard, habitant afEsimé de ces rives, et le phoque pacifique. Les points de vue si variés rapportés par nos trois artistes ont un caractère d'analogie qui dit éloquemment combien leur est apparue sévère cette nature du pôle nord.
La pensée, après cette station, se porte avec regret vers rislande ; elle, au moins, montre parfois de vertes prairies ; mais là , rien de pareil : une mousse noire et humide , sans racine dans le sol, se détache dès qu'on y pose le pied; quelquefois une renoncule à 4ète jaune, un pavot blanc, une saxifrage débile , un lichen dont la racine est entourée d'une couche de glace , apparaissent comme jetés là par hasard.
Cette terre , pour la possession de laquelle tant de marins intrépides, tant de braves soldats ont péri, nous est enfin connue sous ses aspects divers, son souvenir nous reste comme un monument de l'avidité et de la foli^ humaines; que nos voyageurs reçoivent le juste tribut de notre admiration pour leur courage et leur persévérante activité.
Avant de poursuivre notre examen , revenons en arrière ; nous avons négligé sur la route deux points où la Commission scientifique a recueilli des faits intéressants : ce sont les lies Ferôe et la côte septentrionale de Norvège.
Iles Ferôe. -- Partie de France, la corvette alla mouiller aux Iles Ferôe. Cette première rel&che était un acheminement aux émotions du Spitzberg : nos artistes ne devaient pas, par une transition brusque , passer de nos sites vivants aux aspects sombres et terribles d'une nature désolée. Le» lies Ferôe leur offrirent déjà , réunis anx traces grossières de civilisation parmi des pécheurs, aux scènes de la vie pauvre et rude des habitants, les vastes amphithéâtres de rocters nus,
de montagnes aux flancs âpres et sans végétation. La lotte qui, sur ce point du globe, est incessante entre les deux règnes, devient pour Tartiste, tout comme pour le naturaliste médecin , une source puissante de contrastes : au «econd, elle déroule la série des lois invariables qui régissent tout être , toute substance ; au premier » elle présente la source d'une infinité d'effets qui se heurtent et se combinent. Et, nous le demandons, qu'on né prenne point ce que nous di-^ sons là pour de vaines oppositions de mots ; qu'on ouvre les livres des membres de la Commission » ou les cartons de ses artistes , c'est l'expression simple et naïve des faits : la vue de Thorshàvn et de ses pécheurs , celle des environs de là ville, rapprochées l'une de l'autre, montrent aux prises là vie et la mort dans un combat qui ne doit pas finir. Voyez dans les albums de MM. Giraud et Lauvergne, d'une part', le village de Siaou, les ruines de Kirkeboe, des habitations éparses , entourées d'une végétation qui résiste , le» portraits des enfants , des femmes , des hommes ; et , d'autre part , la ceinture sans mouvement de masses organiques qui semblent vouloir étouffer ce coin de vie sur la terre.
Le mont Skaëbling , qui s'élève au-dessus de tous , apparaît comme un monument indestructible de la domination de la nature inanimée ; il est là pour rappeler à l'homme quo jamais ni lui-même , ni ses animaux , ni ses végétaux ne ré^ cevront dans ces parages leur entier développement.
N'abandonnons pas toutefois les Iles Ferôe sans rappeler un gracieux souvenir que nous a conservé M. Giraud ; c'est le portrait d'une fille de pécheur , en costume de mariée.
Venez étudier l'expression de cette figure, vous autres, enfants d'une vieille civilisation, qui rêvez des femmes libres, qui transformez une union sainte en un accouplement animal, et dites-nous si jamais , dans aucun des jours de sa vie, là femelle de votre choix eut cette expression profonde de calme, d'espérance et de joie.
Hambourg^ Danemark , Suède, Norvège, — • À son preintèr
royfige au SpiUbcrg, la Commission scientifique avait chargé quelques-uns de ses membres de parcourir le Nord, d'y recaeillir des matériaux^ tandis que les autres iraient affronter les glaces du pôle : un rendes-vous général avait été donné d'abord à Drontheim , puis à Hammerfest, ville de la Lapo«- Aie sepleiitrionale* M. Mayer était au nombre des collabo» rateurs qui devaient s'avancer du sud au nord pour rejoin^ été Hammerfest. Il reprenait la route que» quarante années auparavant» le roi des Français avait parcourue. A chaque pas il pouvait constater combien étaie^t restées vives au •ouY^nir du roi les impressions de sa jeunesse ; les villes , les sites » le caractère général des habitantSi quelques ren- •eignenents particuliers donnés au président de la Commis- •ion sur des individus encore vivants» tout fut repris et vérifié.
A son pas«age dans la ville libre de Hambourg » dans le Danemark et la Norvège i M. Mayer ne laissa échapper aucune occasion d'enrichir les belles collections de la Commisêioti.
La vue générale de Hambourg et le canal de Binnen-AIster, lesdessinsde l'intérieur et de l'extérieur de la Bourse» des études d'architecture» de costumes» furent les fruits de sa première station. Celte ville commerçante et riche était un point de départ plein d'intérêt pour un artiste qui voulait» d'un regard philosophique» étudier du sud au nord la décroissance Mccessive et lente de la civilisation : des quartiers modernes de Hambourg à la hutte du Lapon de l'ile de Mageroe, que de degrés nombreux et variés I Artiste» il faisait pour la civilisation du nord de l'Europe ce que fait le naturaliste pour les hautes montagnes , lorsque» de la base au sommet » il obs^ve kprogression décroissante de la végétation. M. Mayer» continuant sa route» recueille Bailerup » les monuments Scandinaves d'Udleire, la vue de la Bourse de Copenhague» le château de Kroneborg, la ville de Gotheborg» plusieurs vnof deChristiania et de ses environs» la citadelle d'Aggerhaus .
De Christiania à Drontheim, il ne laisse passer aucun point digne de quelque intérêt : ce sont les rochers de Krog-Kleven, Klekken sur la même route, la cascade de Honefoss, les deux chapelles romanes de Gran^ des paysages pittoresques $ Braadstad , près Lund ; la cascade impétueuse dû Storœmi près Lillehammer ; le cimetière de Rlngeboe^ lê tumulus de Hundtorp ; le monument élevé en mémoire de la défaite du colonel écossais Sinclair ; la chapelle de Dovre ; le portrait de Paul P, Tofte, descendant de Harold Harfager ; les montagnes de Sneehàtten , cinq ou six vues admirables deLaurgaard, des costumes, des portraits de la même ville t ces nombreux matériaux , réunis au même point , sont le produit d'une nouvelle station. Dans cette vaste galerie, où chaque dessin porte sa date » on s*aperçoit que chaque Jour a donné son œuvre , et que bien rarement le repos en absorbe quelqu'un. Au sortir de Laurgaard, de nouvelles descriptions indiquent la route qui conduit à Drontheim : une suite de rochers pris de Kongsvold s'élèvent comme des jalons conducteurs ; puis viennent Kongsvold et Drivstuen ; celle-d avec ses costumes, ses morceaux d'architecture; enfin Droih theim apparaît dans uiie vue générale avec ses nombreux édifices, 4a splendide cathédrale. Ce monument est pour M. Mayer l'objet d'études nombreuses, de détails où se développent aux yeux les aspects divers des feces, les Yues intérieures, les ornements partiels d'architecture, des statues, tout ce qui peut , en un mot, donner Vidée des parties et de leur ensemble. La précision apportée dans la reproduction de la masse de Tédifice rappelle les plus beaux dessins de Touvrage de Landon (Description de Paris).
Laissons H. Mayer à Drontheim. Après de nouvelles études de la ville et de ses environs» il reprendra ses crayons en chemin toutes les Fois iiu*un monument, un paysage, un phénomène naturel appelleront son attention ; ses collègues , partis de Drontheim sur la Recherche, vont l'attendre à Hammerfest; c'est de ce point que, réunis» après avoir visité le
cap Nord , l'ilc de l'Ours et le Spitzberg, ils doivent partir pour étudier la Laponie , la Finlande , la Russie et la Pologne , mais en se rendant de Drontheim à Hammerfest sur le bateau à vapeur , M. Mayer nous retrace successivement le passage de Stoksund , Hildringer et ses chalets , Bindal* Fiorden, Heilhornet, le rocher et la caverne deTorghat, Syv-Soster , Bodôe , Sandtorv , la ville de Tromsôe , Kaafiord , Kaerring-Fiord , sur Ttle Seiland.
Laponie norvégienne, russe ^ suédoise. — Hammerfest» une fois déjà, a reçu nos navigateurs, lorsqu'ils se dirigeaient vers le pôle; c'est une ville de six cents âmes, qui, sous bien des aspects, leur rappelle les villes <le l'Islande : ainsi l'a voulu la nature. Plusieurs dessins des trois artistes nous conservent les souvenirs de ce point de départ et de ses environs : des habitations laponnes nous offrent , bruts et rudimentaires , les développements de l'architecture au point de vue où l'abstraction saisit la statue, chef-d'œuvre de l'art , dans le bloc de marbre informe. Si , après avoir mûrement observé l'homme et les influences extérieures auxquelles il est incessamment soumis dans ces parties extrêmes du Nord» l'esprit se porte vers les contrées du Sud , aux points qui virent naître toute civilisation , il s'illumine de masses de faits, et, comme dans une révélation, il voit clairement le secret de la loi providentielle qui fit marcher la lumière du sud au nord, la civilisation de l'Egypte, de la Phénicie, de la Chaldée , vers les glaces de la Laponie, par un mouvement de progression décroissante; et la force d'impulsion une fois admise, il se dit : Si la civilisation n'eût pas eu ce berceau, la civilisation ne serait point.
Cette vaste perspective ouverte à l'esprit humain , loin de le disposer à l'orgueil , à l'oubli de la cause première, le ramène nécessairement à conclure en toute humilité que ce qui est devait être ainsi ; c'est aussi la conclusion de la foi dans toute sa ferveur. La connaissance donc , loin d'exclure le sentiment religieux , l'épure et le fortifie.
De Hammerfest, les dessins de rexpédition nous transportent à Havôe-Sund. Ce pays fut , pour les voyageurs et pour les habitants , le théâtre d'une cérémonie touchante.
A son premier voyage, en 1838, M. Gaimard avait rencontré M. Ulich , ancien hâte du roi ; à son retour , il rapportait à rhabitant de Havôe-Sund le buste en bronze du souverain , ofFert en mémoire d'une bonne hospitalité. La seule excursion au cap Nord , sur Tile Magerôe , a fourni à M. Mayer des dessins très-intéressants : Raalsoe , Havôe- Sund , Stappen (vis-à-vis Giesvâer), deux vues de Test et de Touest du cap Nord, la baie de la Corne, Kielvig, Ovnene ^ où se trouvaient des Lapons avec leurs troupeaux de rennes.
Suivons, en revenant du nord au sud, les développements de la civilisation : de nouveaux faits, sans doute, nous apprendront l'importance du sentiment religieux , et la place qu'il doit occuper dans l'histoire des peuples. Nous découvrons d'abord Kaafiord et de nombreuses perspectives de roches ; le sommet de l'une d'elles est couronné d'un édifice religieux : c'est une église surmontée de sa flèche élancée. Comme expression simple du sentiment religieux, elle se montre au-dessus de la contrée, telle qu'appas rut à Constantin la croix lumineuse, et semble répéter aux habitants ces paroles propres à fortifier contre toute espèce d'ennemis : In hoc signo vinces. Plusieurs dessins donnent la vue d'un édifice d'une tout autre nature , les mines de cuivre de Kaafiord, C'est un^établissement anglais où, comme dans la mère patrie et sur tous les autres points du globe, ce peuple industrieux assure, par une infatigable activité, la puissance de déclin que donnent les richesses. A Talvig , paù vre village où le voyageur trouve un pasteur rempli de zèle et d'instruction , succède l'observatoire magnétique de Bossekop ; là, physiciens, météorologistes, astronomes, ont passé l'hiver tout entier, sans que la rigueur de la saison interrompit un instant leurs travaux.
Les bords de TAIten et Kautokeinoi dans la Laponie nor* Yé{penne; SuYajàrvi , dans la Laponie russe; Earasuando, Mnonioniska » les cataractes d'Ayanpaïka, Kilangi, Kolare, Kengîsbruk, Turtula, Mattarengi, Haparanda^ dans la La* ponie suédoise , ont fourni de nombreux dessins à H. Lan** Tergne. Cette contrée est d'un effet attristant : intérieurs dé çasesi habitations bourgeoises, haltes en plein air» tout y porte une empreinte sombre. On est étonné de rencontrer dans ce désert des constructions de quelque caractère , et pourtant les faits sont là; l'église de Mattarengi offre des réminisceneee du style gothique. Nous approchons des limites qui séparent la Finlande de la Laponie. Ayant d^aller plus loin, il nous parait convenable» au point de vue de l'histoire de Tart, de si« gnaler des contrastes qui s'appliquent aux deux pays. Ils sont frappants, ces contrastes, lorsque sons les yeux se présen* tent, d'une part, les habitations misérables , dénuées , des Finlandais et des Lapons ; et d'autre part, leurs temples » d'un aspect majestueux, d'une exécution caractérisée, aveo mille ornements intérieurs et extérieurs d'architecture et de dessin. Alors il est facile de comprendrela puissance du sen* timent religieux, son influence magique sur des peuples en* core grossiers ; et comme il est d'observation générale que partout et toujours Thomme a construit à ses dieux des mai* sons magnifiques, avant même de songer au bien*étre de ton habitation, il faut reconnaître que ce sentiment fut, de tout les temps, le premier instigateur des grandes conceptions artistiques.
Aux dessins précédents delaLaponierecueillis par If. Lanvergne, il faut s^oùtér d'autres vues également intéressantes dues à M. Giraùd, et quinse à vingt toiles, études remar* quables de physionomies, de costumes et d'intérieur. Parmi les portraits, il en est un que nous ne pouvons passer sons silence, celui du pasteur Lrstadius. Cet homme éminent a voué sa vie entière à une mission dont la gloire est sapé* rieure à toutes les gloires de ce monde : il répand la civIU*
dation paraît ses compatriotes » il les éclaire et tes aide dane leurs afflictions.
M Giraud a su conserver an portrait refpressfon de te bienveillance» de la tendre sympathie qui anime ce mlnistrt de l'Évangile ; Texpédition devra au pasteur Lmtaéim UM histoire exacte de la mythologie laponne (1).
Finlande. — Lorsque de la Laponie on passe dans la ¥kk^ lande, on a peine à s'imaginer que des aspects si différente appartiennent à des contrées voisines Tune de l'autre : d*uii cAté, des cases jetées çà et là sans ordre, sans goAt, autour d'une église, des maisons sans symétrie, sans proportion» dans leurs parties ; de Tautre, des groupes bien alignés d'ha« bitations, aux effets d'ensemble pleins d'unité et d'agrément, surmontés d'édifices religieux imposants* Partout où l'œil et l'esprit se dirigent en Laponie, ils cherchent, mais ils ne m reposent pas ; ils veulent l'analyse et ne la trouvent que con^ fuse ! en Finlande , au contraire, l'action simultanée de l'cBil et de l'esprit tend à la synthèse, au regard d'ensemble , car tout parait net et distinct. C'est ainsi que se déroulent devant nous les vues de Tornei , de Kemi, d'Uleâborg, de Brahea* tad, de Ny-Garleby, de MustajArvi, de Tammerfors, de Ta* vastehus, de Helsingfors, de Lovisa, de Hogfors, deFre» drichshamn, de Frugârd, deBorgâ et de Viborg. -—De cette perspective pleine de charmes, il ne fout pas pourtant se hâter de conclure au bien*ètre intérieur, à la douceur do la vie dans les habitations ; car là , surtout, est frappant le contraste dont nous avons parlé.
Le soin qu'a pris M. Lauvergne de réunir dans une suite de charmants dessins l'aspect de toutes ces villes ne l'a point détourné des sites pittoresques, des effets naturels, ou grands, ou gracieux. La cascade de Nokia, aux environs de Tammer»
(I) M. Gaîmaril a déjà m|u, d* M. I« paittnr Laesudiu, h premik» |Mrti« dt U %l&«/o^*f laponne ; elle u\ fvtrfl ici OMÎai <1m tr*<lilfl*nr et on la publiera (rîs-iiirrtseaiinfai.
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fort; telle de Rirô, près du village du même nom; les neiges, à Frugârd; le Pont du Diable, des études de rochers, k# edionnes granitiques de Pyterlax, la cataracted'Imatra, font aussi partie des vues de la Finlande. Pour Ilelsingfors, nouvelle capitale du pays, il ne s*est pas contenté d'une vue d'ensemble ; sur jdo rouleau d'une vaste dimension , il a fait passier, dans un panorama, l'apparition successive des édifices. Lorsque la capitale de la Finlande fiit ainsi développée tons les yeux du second fils de l'empereur de Russie , il reconnaissait et indiquait les monuments publics, les maisons qu'il voyait au passage, tant avait été exacte l'étude qu'il avait sous les yeux.
Ici , comme dans tous les autres pays parcourus par la Commission, H. Giraud a joint à quelques vues des toiles nombreuses où sont fixés les caractères généraux d'expressioa et de forme des habitants, plusieurs portraits de paysans el de paysannes finlandais ; à Helsingfors , ceux de la jeune el belle comtesse Armfeld, du savant professeur Hàllstrôm, du minéralogiste Nordensklold , du docteur Haartmann et de sa charmante fille ; à Borga , du poète Runeberg ; à Viboi^ , du zoologiste comte Mannerheim , du poète Judén, ainsi que de nombreuses études de costumes anciens et modernes.
Pour le naturaliste, pour le philosophe, cette peinture d'individus appartenant aux diverses classes de la société est une source abondante de rapprochements, de comparaisons, de connaissances de toute sorte et de méditations. La collection des portraits de savants rapportés datons les points du Nord a produit sur nous une vive impression. A voir toutes ces tètes apxquelles une même activité de la pensée a donné , malgré des formes infiniment variées, un caractère de famille, on ne peut s'empêcher de reconnaître la profonde, l'ineffaçable influence de l'éducation sur l'homme. A rencontre donc des philosophes qui voudraient renfermer la liberté humaine dans un cercle trop étroit, on est forcé de conclure que, bien que retenu par les limites sensibles de son organisation , il peut
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8*y flionvoir et donner à ses manifestations des modifieatiM» sans nombre*
Russie , Lithuanie tt Pologne. — Si nous jetons nn regard en, arrière» et qac des sommets glacés du Spitzberg notre esprit auive la marche des membres de la Comiqissi(m scientiiiquet nous verrons dans un ordre inverse, et comme confirmation de ce que nous avons avancé , la vie se développer et grandir par degrés» les ouvrages de Thomme suivre la même progrèssion y depuis la mousse appauvrie jusqu'au chêne à la cime , élevée, depuis la demeure informe du Lapon jusqu'aux palais du czar. Toutefois encore, à ce point le plus avancé de notre marche, les efforts partiels de la civilisation n'ont guère fait qu'ouvrir la carrière. A Viazma, ville de quinze mille âmes, l'aspect extérieur est séduisant; mais pour qui jugerait par cette apparence, la réalité serait trompeuse : Tun des mem<bres delà Commission, atteint dans cette ville d'une maladie passagère, eut toutes les peines du monde à trouver un lit pour reposer son corps fatigué. Ainsi donc, le Finlandais et le Russe, s'ils puisent dans l'observation de leur état présent, comparé i celui du Lapon, un juste sentiment d'orgueil, doivent aussi diriger leurs regards vers le Sud, pour se pénétrer de l'émulation qui doit hâter le perfectionnement de leurs sciénees, de leurs arts et de leur industrie.
Les premiers souvenirs de la Russie qui ouvrent l'album de M. Lauvergne sont d'un effet tout local. Au marché de Sennoï, à Saint-Pétersbourg, des milliers de moutons, de veaux, de bœufs, dépouillés et vidés, sont plantés sur leurs jambes tout roidis par le froid ; le paysan, monté sur le devant de son traîneau, amène, pour les vendre, quelques tètes de bétail dans la môme attitude. Par un froid de 15 àâO degrés, l'étude de cette place fournifBes physionomies et des costumes qu'il était intéressant de rapporter; ils font partie de l'histoire du pays. L'amour de son art, l'ambition honorable de prendre ratig par des travaux distingués, a soutenu M. Lauvergne pendant tout le cours de son voyage en Russie. La tempéra-
ttirei MMiftiMBèiit aâMl rigoureaie, m Té point empêclié de rapporter les rues des yilles, des monuments, ou des paysa» ges que des béantes naturelles on de grands sonyenin re« oommandaient à notre attention.
Après qnelqnes tnes de Salnt^PMersbonrg et de l'Obser* ratoire de Pouikova , il arrive à Mosoon. Il ta r^rendro là réplsode le pins dramatique assurément de la rérolution française; aucune des positions signalées par It bravoure et la persévérance des soldats de la grande armée» par la présence de leur chef, (^orienx même dans sa défisite ; aucun de ces beaux souvenirs d'une puissance sans égale ne passera inaperçu. Le 21^ juin 1813, cinq cent mille hommes commandés par Napoléon avaient passé le Niémen; après les victoires d'Ostrowno, de Polotsk» de Mohiiev, de Smolensk, de la Moskowa, cette armée qu'an« cune autre année n'avait pu vaincre, ce général qu'aucnn autra général n'eût osé affronter, feiiaient leur entrée dans Moscou. Le 19 octobre, ils commençaient une retraite que le froid et la faim, bien plus que l'ennemi, transformèrent en nn affreux désastre. Alors l'artiste s'attache à leura traces. Plusieurs vues de Moscou et de ses édifices, des jardins d'A* lexandre, du Kramlin , se groupent autour du point élevé d'où l'empereur observait les progrès de l'incendie. £n ce jour fatal, il comptait trop encora, sans doute, sur la paix que l'ennemi paraissait désirar ! Mais pourquoi ces vains re* grats? le sort a décidé. Saluons en passant la tour du grand Ivan , la porte Sainte et l'église de SaintrBastle. La grande armée opère son mouvement rétrograde : voici Mojaisk; le couvent de Kolotskoï, où les blessés français de la Moskowa avaient été portés ; Borodino, Viaxma, Semlowo, Yalontina, Dorogbbouje , Smolensk, Fomino, célèbre par la perte de l'artillerie française. L'empereur se trouvait encore au milieu de ses vieux soldats; les privations de toutes sortest les horribles souffrances du froid, les attaques incessantes de l'ennemi, les décimaient sans les disperser ; à chaque
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f ida dant lai ranes, ils se serraieiit et oontfiitiaieiil m ofdré leur rouie difficile; Merlinot Krasnoô, Sirokoreaié, Hoosi* 1104 9 Korithnia, Liadi , Dnbrovna , Orscha , Borisow» tes ▼«rronft encore défiler militairement. Us y seront reçus comna les hommes qui furent pendant quinze ans les maîtres do TEurope,
Mais yoici Studianka et Brill, sur les bords de la Bérésina; et bientôt la retraite n'est plus qu'une yaste déroute. Hâtons* nous de parcourir Minsk , Smorgoni » où Vempereur quitta Tarmée , Wilna et Ko\^no » nos regards se reposeront sur les bords du Niémen et de la Vilia, sur le paysage charmant de la vallée de Mickiewicz : nous y verrons les sites frais, les ombrages à travers lesquels l'esprit rêveur du poète semblait poursuivre sa pensée.
Au milieu des vues de la Lithuanie et de la Pologne» nous ^remarquons les bords de la Vistule , à Varsovie ; les églises et les nombreux monuments de l'antique ville de Cràcovie » mais il en est une surtout dans les caveaux de la cathédrale de Cràcovie, qui arrête l'œil et remplit le cœur de sentiments solennels; le souvenir des grands citoyens qui sont dans ces tombeaux est encore palpitant ; Sobieski, Kosciusko, Poniatowski, vos noms, prononcés en ce lieu, paraissent y ramener la vie!
Tandis que M. Lauvergne accomplissait cette t&che doa« loureuse, et que dans une excursion en Gallicie il reprodui* sait l'intérieur vraiment féerique des mines de sel de Wie^ liçzka , M. Girard réunissait les physionomies variées des diverses classes de la société en Russie et en Pologne : le Cosaque de l'Oural et le prêtre russe revêtu des insignes de son caractère saint; la paysanne de Viazma et la juive de Kras* noé ; le cocher russe et le paysan de Smolensk ; la paysanne de Kalouga et les laveuses de Saint-Pétersbourg ; et de plus, att milieu d'un grand nombre de portraits, ceul des amiraux Krusenstern, Wrangell et Lûtke, gouverneur du prince grand amiral; de H. Struve, astronome; de M. Baer, naturaliste;
deM.'OBtiH)gradsky, mathématicien ; déM. lacobi^ chimiste ; de M. Fisch^» naturaliste; du jeune Ghamille» en otage à la cour de Saint-Pétersbourg , et que , par ordre de l'empereur Nicolas t on élève avec soin dans le premier corps de Cadets de Moscou.
Cet enfant circassien, à peine âgé de douze ans, combattait les soldats russes à la tète de ses compatriotes ; le courage, la résolution et la ruse dont il porte sur la figure l'expression combinée , l'avaient rendu plus d'une fois redoutable aux ennemis de son pays.
Le portrait du métropolitain Philarète (le seul de toute la collection qui ne soit point d'après nature ) et une famille bulgare prise à Moscou sont de petits tableaux de genre d'un effet, fort agréable.
En Pologne , les généraux Thomas Lubienski ( le même qui 9 à la tète du 8* régiment de cbevau-légers de la brigade Corbineauy passa le premier la Bérézina à Studianka» au moment de la construction du pont en 1812 ), Chlopicki, et Sunin Wonsowicz (qui, dans la retraite, accompagna fidèlement Napoléon depuis Smorgoni jusqu'à Paris) , un paysan, né sculpteur, d'une habileté remarquable, relèvent la physionomie d'une douzaine d'autres toiles , telles que le C(Msaque de la mer Noire, le paysan, le voiturier et le cocher en grand costume de la ville de Cracovie. Cette galerie si riche dit assurément beaucoup sur l'aspect général, la structure et l'expression de l'habitant de chaque pays ; elle donne des usages , des habitudes , de la vie, des costumes et des mœurs une idée assez complète ; mais pour les jfiaturalistes qui, dans ce moment, recherchent les différentes formes de la face et du cr&ne en rapport avec les manifestations, elle laisse à désirer des voyages futurs une collection de têtes et d'empreintes. Cest au savant président de la Commission qu'il appartiendra de combler ce vide, tout en dirigeant les travaux de la Commission, en se livrant, comme il l'a fait
— Ï9 — déjÂy à réunir tout ce qui peut éclairer la médecine, la zoologie, la statistique et l'histoire des voyages.
Bohême, Saxe, Danemark. — En Bohême, en Saxe, comme dans toutes les autres contrées visitées par nos compatriotes, les objets dignes d'intérêt ont été conservés ; la seule ville de Prague a fourni d'admirables dessins à M. Lauvergne , et le portrait de l'astronome Kreil , à M. Giraud qui, à Dresde, a enrichi son album des portraits du docteur Carus et du poëte Louis Tieck ; mais le Danemark, plus que ces autres pays, a fixé Tattention des artistes. Sur ce point spécialement, aux devoirs des membres de l'expédition s'ajoutait pour chacun d'eux un devoir plus doux encore, dicté par la reconnaissance. Depuis quatre années , nos compatriotes avaient été , de la part du gouvernement , des autorités et des savants danois, comme précédemment en Suède et en Norvège , l'objet d'une sympathie , d'une bienveillante sollicitude qui ne s'était pas démentie un instant. Tous, et particulièrement M. Gaimard, avaient été à même de constater à la cour de Danemark combien était vraie encore aujourd'hui la peinture que M""" de Staël nous a faite de la simplicité de mœurs, de l'aménité bourgeoise des souverains du Nord.
Comme souvenir de ces bonnes relations, les portraits du roi de Danemark, Christian YIII, du poète Oehlenschldger, du ministre d'État Âdler , du physicien Oersted , de l'antiquaire Rafn, de l'astronome Schumacher, etc., resteront à côté des vues de Copenhague, de Forgenfri , et du château de Fredericksborg (1).
Il sera bon de trouver dans les albums des artistes, comme dans les sentiments de tous les membres de la Commission, cette mémoire du cœur pour une hospitalité cordiale et franche.
Histoire naturelh, médecine, anatomie, aurores boriaUs.'^
(1 ) Lea poi tratu de TUorvalctsca et de Finn Magouscn oui déjà |)artt dans le f^ojuge en Islande 91 au Groenland. '
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Parvenusitt terme de nos excursionsdansles ooniréesdu Jiotày noas ne pouvons omettre les travaux d'un homme de mérite; eomme naturaliste et dessinateur» il a partagé les fotignes, lei dangers de MM. Mayer, Lauvergne et Giraud; il doit aussi recevoir ici la part qu'il a dans notre reconnaissance.
M. Bevalet a enrichi la partie pittoresque de la collection de deux cents dessins environ, plantes» animaux inconnus ou mal définis dans leur espèce. Les dessins que nous avons sous les yeux prouvent que Tartiste a senti combien ont d*impor* lance dans cette partie de Tart les détails les plus minatieut de forme» de couleur et de structure.
Quatre-vingt-quinze sujets des deux règnes et des planches de Lépreux appartenant à llslande sont déjà publiés; la partie inédite se rapporte au Spitzberg, à la Laponie et à la Scandinavie. Parmi les poissons s'offrent le Cottus tricuspù doré; le Cyclopterus spinosm brun ; une nouvelle espèce de Cottus du Spitzberg; le Cottus groenlaniais surtout» noir» orange et blanc» avec des couleurs remarquablement vives pour un poisson de la mer Glaciale. Une nouvelle espèce de funu avec ranimai est une admirable coquille qui, par ses brillants reflets , paraîtrait devoir appartenir aux mers équatoriales. Huit planches entières sont consacrées à des champignons de Couleurs extrêmement variées; Thisloire pittoresque des champignons , tracée par lé savant phytographe J. Roques» n*offre pas de dessins d*un plus bel effet.
Quarante et un sujets du professeur Boeck» de Tunirersite de Christiania, d*une exécution brillante, donnent, pour plusieurs espèces d^animaux, des détails anatomiques complets^ résultant d'observations microscopiques suivies avec autant d'habileté que de persévérance.
Tandis que MM. Lottin et Bravais» pour la France»
MM. Lilliehoôk et Siljestrôm » pour la Suède, constataient les influences des aurores boréales sur les instruments magnétiques et météorologiques» M. Bevalet s'efforçait de fixer»