CHAPITRE PREMIER
HSftoîre.
Découverte.— Voyages de Mendana, Gook, Marchand , Hergest, Robeirtft,WiUoii. — Arrivée des missioDiiaires anglais dans les Iles Marquises. -— Histoire de M. Grook. — Voyages de Fanning, Krosenstem , Porter. — Histoire de rétablissement américain an port Taiohae. — Voyages de Finch, Dupetit- Thouars , d'Urviile.— Prise de possession an nom de la France.
L'Espagne avait planté son étendard sur presque tous les rivages delà vaste Amérique; sous sa domination de riches et puissantes colonies s'élevèrent sur les débris encore sanglants des villages des premiers habitants, et celles-ci, imitant l'exemple de la métropole , envoyèrent à leur tour de grandes et nombreuses flottes pour explorer l'océan Pacifique, à la recherche des terres où , suivant les idées reçues à cette époque , devaient se trouver de grands amas d'or et d'argent.
Le 9 avril 1595 ^ l'adelantade Alvaro Mendaiia de Neira quitta le Càllab âyéb 4uairë navites i là cftpitane Saint- jférôme, l*almirante Sainte-Isabelle, la galesta te Saint- Philippe et la frégata Santa-Catalina. Après avoir achevé ses approvisiotinements dans les vallées de Truxillo , db Sénâ et à Pàîta^ la flotte recueillit quatre cents passagers des deux sexes , embarqués de gré ou de force , pour former le noyau d'une nouvelle colonie aux îles Salomon, découvertes vingt-huit ans auparavant par ce même capitaine. Sur le pont de ces navires, plus d'un aventurier, attiré par l'appât du gain ^ jetait à l'horizon un regard scrutateur, et cherchait déjà quelques jours après le départ les terres inconnues qui devaient désormais devenir la patrie. Pour ces hommes élevés dans la croyance des richesses immenses enfouies ati delà Aei ftlers j l'exil; lès datigëH et l'ittcertitude d'iinë navigation hasardeuse n'étaient plus des obstacles: Lès débits de lèlîhs prédécesseur^ oU de leurs contemporains enflammaient leurs désirs. L'appât de l'dr lès entassait j honimes et femtfaes, vieillards et enfants , sut de frêles navires , errant au gré des vents inconstants vers des terres problématiques; ifeur imagination excitée Créait partoili; des minei à exploiter ; et , sous cette impulsion , iU livraient avec une effrayante audace leur etistence et souvent celle de leurs familles aux flots changeants dés mers ea[lriciéuses.
Le2i juillet de la mèinë année; envirbti pSr 40° 50' de latitude sud, à cinq heures dû soit*; h teri*e;
db NOU&A-HIVA. S
Une tertre iiiboiinue eilcbre, apparût aux yeiix ravis des Ëst)agholâ. La partie méridionale de l'arbliipel des Àtarquises venait de se révéler pour la première foi^ â dè^yeux européens. Plus d'Un cdfeUr tressaillit eh coiitemplant les forilies iudéeises de ces lies ; et eîi songeant <{iië là se trbutait peut-être la fiil de la traversée. PlviA d'Une espérance prit tlaissance dâus les ëmotioiis de cette Jjremière vUe.
Bien tjue Mendaiia reconiiût que ces terres n'apparteniiiént pas aux lies Salomon qu'il cherchait, la flottille s'en ài^procUa^ et bientôt quatre cents saiiva* ge^ environ j pKortéspar soixante^dit pirogues, motités sur dés radeaux j ou venus simplemeiit à la hage^ entourèrent les bâtiments^ et montrèrent à leurs visiteurs dnè riche (^institution \ de robustes membres ^ deé tnuâcles vigoùretix sous une pisau cuivrée. Letir taillé était élevée, lëUr tjorpà était bien fdit. Ilà àtâieiit; dît Ife tiahrsiteiir> surtout dés yeii*i deé dentà et déé bouches adtnirablës; les Ibmmes avaient des iliàiiiâ belles et délicates ^ elles portaient letlrs cheveux flottant aieb grâce isuT leurs épaliles, et quelques-uns dé bed tiâàgès bruhis montraient des cbtilëurs sur leiirs joues: Les enfanta étaient magnifiques^ et les hommes avaient les bras^ les jambes et même la figure peintâ coinmè che2 les Bissayas de Manille.
Cette troupe apportait des cocos, des bananes, et uhe pâte enveloppée dans des feuilles vertes; quarante hdttimes environ montèrent hardiment à bord lorsqu'on les engagea à s'y introduire j d'abord leur
curiosité fut excitée^ puis à la vue de tant d'objets nouveaux pour eux ik commirent un grand nombre de larcins qui lassèrent la patience en général peu endurante des Espagnols de cette époque. — On leur enjoignit de s'en aller , mais ils s'y refusèrent ouvertement; on donna Tordre de les effrayer par une décharge de mousqueterie ^ mais si à ce bruit plusieurs s'élancèrent à la mer, d'autres résistèrent et ne furent rejetés au dehors que par la violence. Un vieillard surtout se fit remarquer par son obstination, Accroché aux porte-haubans, il ne lâcha prise qu'après avoir été blessé à la main d'un coup de sabre. Ce fut aussi le signal du combat: tous les sauvages saisirent leurs armes déposées dans les pirogues, et ils tentèrent, avec une audace qui naissait de leur ignorance, de remorquer le navire de l'amiral à la côte. Les armes à feu répondirent à cette agression; cinq ou six sauvages, parmi lesquels se trouvait le vieillard courageux des porte-haubans, furent tués et huit ou neuf furent blessés. Le carnage eût été plus grand si la poudre n'eût pas été humide , et si les sauvages, qui venaient d'être initiés aux effets des mousquets, n'eussent pas cherché à se mettre à l'abri lorsqu'ils en voyaient les canons s'abaisser vers eux. Un seul soldat espagnol fut blessé.
Cette première rencontre dut avoir lieu près de la pointe sud de l'île Fatou-Hiva , à laquelle Mendana avait imposé le nom de Magdalena. Les navires continuèrent leur route , et il& s'éloignaient rapidement lorsqu'ils aperçurent une pirogue se dirigeant sur
ou NOUKA*BIVA. 5
eux. Trois individus la montaîont et poussaient dos cris étourdissants. Chacun d'eux portait à la main un rameau vert et un morceau d'étoffe blanche qui , après ce qui venait de se passer, devaient être un signe de paix, et peut-être une invitation à descendre sur leurs terres.
Sans s'arrêter , l'amiral poursuivit sa route vers trois nouvelles Iles qu'il appela San PedrOj êonla ChriS" iîna et la Dominica] puis Tescadre passa sans accident dans le canal qui sépare Ghristina de la Dominica (Hiva-oa de Taouata), et louvoya le jour suivant pour atteindre un mouillage convenable. Les indigènes accostèrent de nouveau et se comportèrent à peu près comme ceux de Magdalena. Un vieillard de bonne mine vint engager l'amiral , un rameau vert dans une main et une étoffe blanche dans l'autre, à descendre sur son île ; pendant ce temps-là quatre naturels s'introduisirent dans le vaisseau; paisibles spectateurs d'abord, ils finirent par saisir un petit chien de Mendana; et, sautant à la mer, ils l'emportèrent à la nage vers leurs pirogues.
Le lendemain, jour de la Saint-Jacques (25 juillet ) , le maestro de campo fut envoyé dans une chaloupe pour chercher un port. Il trouva celui de la Madré de Dioêf situé sur la partie ouest de l'île Taouata et débarqua au son du tambour à la tête de vingt hommes. Une ligne de démarcation fut tracée sur le rivage, elle fut respectée par les sauvages; les femmes seules eurent le privilège de la franchir; elles s'approchèrent des soldats qui les trouvé-
6 ÎLES M4BQIHSES
rent très-sociables de prime abord; lUnapression qu'elles produisirent sur eux dut être bi^p forte, car, à leur retour, en raconts^nt h leurs cqippagnons} les événements de Icinr fioqrse, ils î^ dépejgn^leijl; comme étant aussi belles qqe les |qmme§ dq Lima quoique moins roses. Blanches comm^ ^\\^^ , elles avaient la même manière ^e parler. Leurs maips délicates, leur çQrp? graqieu?^, ^ peine voilé par fln^ tunique, surpassaient même, disaient-ils, les at^r^jts dn be^u qeye du Pérqp. Us avaient aussi conçu la p|u8| hante idéq de la salubrité du climat , à la yue d^ \^ sftnté, de |a force et de la corpulence de, ce peHple.
Cette première descente ue pe termina pa§ non plus sans effusion de sstug; qu?ftre jarres employées à faire de Teau à j'aiguade, aygfnt été yolées, oi^ employa l'argïjmeut du fusil pour faire rendre les objets ^o]istraits. Ainsi le premier çoptact des européens d^vai| être fatal à ces m^lb(sureui^ s^uvîiges plus igpoyants que coupables. L'explosiou des armes à feu, leurs gffets terrifiants, le spectacle ipaposant des vîjisseîfux dans le lointain, l'aspect ^Hrpreuîfut des étr^ingers, contribuèrent ^ les jeler d^ns la stupéfactiou et l'effroi le plus profond.
Cependant l^ paijj: suivjl de près cefte escarmoucbe, e\ lorsque le 28, l'escadre gagnant le mouillage, s^rya ses grandes ailes et laissa tomber l'ançye, ui^ grand nombre de pirogues entourèrent les navires, e^ les naturels restèrent paisibles spectateurs de la scène quj se passait sous leurs yeuf . Quiros
ou NOUKA-BIVA. '
rapporte qne ces habitants parurent plus noirs que çem ^e la Magdalena et surtout moins beaux.
Vn des premiers soins de Mendana, fut d'ordonnw qn'upe grande mess^ serait célébrée; à cet effet il çondni^it ii terre sa femm^ Qona Ysabel Befreto^ aiosi que la majeure partie de son mûi|de. Rendant le ^r^ice di^in» lea naturels imitèrent le recueillement fle^ PspagPQla et s-ageuouillèrent comme eux; uqe «uperl>ê femme s'assit auprès de Pona Ysat^el , elle YQuliit pendant tout le temps de la cérémonie l'éventé ayep m éventail curieux, de la fabrique ^ sauvages; cette femme ayajt de si beaux cheveux qu'ft» voulut en avoir une mèdke, mjua on y renonça )>i^ntA(«n yqyant son déplaisir.
^ |a iin de la pqère» Meodapa prit poas^sion des t^rea qu'il venait d^ découvrir» au nom de $a Mar jesté ÇathoUque. Bigarre usage qui, oomfue le dit Af. de l'ieurieu» eM fort étonné les naturels, ^'ils vivaient pu i^mprendre le but de l'acte qui s'accomplis^t devant eux* Mendana fft le tour xlu village près ^uquel il «e trouvait j et y sema du maïs. Cp yjUage était composé de case^ disséminées au. milieu (]es arljres, et réparées par des espaces pavés. Pep habitations parurent être autant de petites cowiuHçfauté§ (lans lesquelles demeuraient i^n grand nqmr bye d'individus, à en juger par la disposition de leur
4 B^ne l'adqiantade fut-ii retourné % bord» que ^esj dïspntgft survinrent entre l^ss Espaçpfllset les inr d^n^s. Çeux-rçi lancèrent leurs armes et parvinrent
8 ItGs mauquises
à blesser un soldat au pied; mais poursuivis bientôt à coups de fusil, ils durent ehercher leur salut dans la fuite et ils se réfugièrent avec leurs femmes au sommet de trois hautes montagnes derrière des retranchements^; probablement peu d'heures après le moment où les Espagnols avaient rendu grâce au ciel de leur découverte, les malheureux Noukahiviens suppliaient leurs divinités tutélaires de les débarrasser de la présence de leurs terribles visiteurs. Soir et matin ces malheureux, dans leur retraite, poussaient en chœur des clameurs sonores et harmonieuses, qui retentissaient au loin ; puis ils continuaient à lancer des projectiles, rendus inofl^nsifs par la distancée laquelle se trouvaient les Espagnols. Cependant ceuxci avaient établi des postes pour garder le village qui leur avait été abandonné, l'aiguade et le lieu destiné à la promenade des femmes de la flotte. Les corps de garde faisaient un feu continu sur tous les sauvages qui sortaient de leurs retranchements. Bientôt ceuxci reconnaissant le peu de succès de leurs armes et effrayés des terribles effets de celles des Européens, tentèrent d'opérer un raccommodement. Ils firent connaître leurs intentions en offrant des présents de fruits à pain aux soldats maraudant dans les bois, et en portant des paniers de bananes et de fruits près des trois détachementsplacés par le maestro decampo. Us semblaient éprouver le besoin de rentrer dans leurs cases et demandaient avec instance quand l^s redoutables étrangers s'en iraient. Un individu de bonne mine se fit surtout remarquer; il contracta une étroite
ou NOUKA-HIVA^ 9
amitié avec le chapelain qui lui apprit à dire Jésus- Maria. Il fut conduit auprès de l'amiral qui Taccudllit de son mieux, lui offrant des douceurs et du vin, mais il ne voulut goûter de rien, quoiqu'il montrât la plus grande confiance. Au départ des navires il parut même désirer de les suivre; les soldats avaient aussi acquis des amis très-intimes, mais ceux-ci ne cessaient, tout en leur prodiguant leurs caresses, de les prier de quitter leur lie. Bientôt, à leur grande joie, le pavillon espagnol cessa de flotter dans la baie; Mendana partit le 5 août et poursuivit ses desseins dont on connaît Tissue fatale ; mais avant de quitter ces lieux ou ses navires avaient canisé une si grande surprise et laissé de si terribles traces de leur passage , il imposa au groupe entier qu'il venait de découvrir le nom de Marquises de Mendoça, en l'bonneur du vice-roi du Pérou, marquis de Ganete, qui avait favorisé et protégé ses projets; puis il fit ériger , en divers endroits , trois croix , signes de la rédemption , sur le sol baigné par le sang de tant de meurtres; enfin il fit graver une inscription sur Fécorced'un arbre , avec la date du jour de son arrivée -sur ces terres.
Cent soixante dix-neuf ans s'écoulèrent avant qu^un autre navire vînt attérir sur ce groupe. Déjà sans doute l'apparition de Mendana s'était transformée en mythe dans les traditions de la génération qui vit surgir dans les brumes du soir, le 6 avril 1772, les blanches voiles de la Révolution. Gook arrivait à son tour pour convaincre ces peuples de la réalité
iO ÎLBS MARQUISES
du premiec passage; à son aspjsct, la population effrayép crut sans doute que la vengeance des diirinitésmalfaisantesleurenvoyaitdenouveauxmalheurs.
Après avoif ajouté aux qufitre lies découvertes; par llendana, l'île Hood, rocher inculte et escs|rpé auquel il donna le nom du jeune volontaire qui le découvrît le premier , Cook se dirige vers le port de la Madré de pios. poussé par cet esprit jaloux inhérent au caractère anglais » il voulut enlever le nom donné à ce port par soq prédécesseur et le nomma b^ie de la Révolution.
Trente ou quarante naturels s'aventurèrent aupoè^ du navire anglais , mais ils montraient une crainte non équivoque ;on pouvait deviner qu'ils appréhen* datent les scènes du siècle précédent. Après avoir offert des plantes de poivre, symbole de paix, ils se hasardèrent à monter à bord ; mais leurs pirogues chargées de pierre^, les frondes dont 1^ hommes étaient armés , indiquaient une ipéfiance qui ne fut dissipée que par de nombreux cadeaux. Le len^e** maiq la confiance éf^itrevenu^, mais avec elle la convoitise; des échanges eurent U^u d'îibQrd, des vols ensuite; enfin, pour mettre qn \evme ^ l'aud^ç^ dfi l'un dps W^stuçels, so^stpapteu^ mfatigatile, on tira un ppyp d^ fqsil ^ pftiidçf>; Ifi^ bpftnci fp» jev^t s^vec )a p^ijr; q^endai^t 4u mpiqeptrÇifi l'pn tou^^t^e oayirs au mpuillagfi, m vol a^flaçifilix ^uf \m, un
phapfi^lier en fer fqt emporta, et d^ps ï? prw^r piQHypm^nt 4e çftlfiïfi m cpup de fi^sij tva te cpiipaWe.
ou NOUKA-HIVA. H
Gook se rendait i terre dans cet instant. 8qr sa route il trouva la pifogue qui contenait le cadavrq; deux hommes la conduisaient; Tun d'eiix, déjà sqr le déclin de la vie , riait aux éclats en vidant Teau sanglante contenue daqs la pirogue; Tautre, plus jeune , fils de l'hqmme tué, avait l'air triste etabattu* Le bruit des tambours retentissait » sur le rivage, les sauvages accouraient en armes et se préparaient an combat. Toutefois quelques présents suffirent ppur les calmer. Mais les tentations étaient trop fortes pour la nature inculte de ces hommes; peu de temps après, ils essayèrent encore d'enlevfir la bouée d'une ancre en la tirant à terre, h^ sifflement d'une balle à leurs oreilles lepr donna un effroi salutaire, et, jusqu'au jour du départ, leur conduite fut plus tranquille.
Le chef du pays, nommé Honoou, vint visiter Gook; il ^vait l'aie intelligent , 1q grand nombre de ses vêtements indiquait son rang, il portait le titre d'Hekaï.
kn reboqrs de ce qui avait été remarqiié par Ips Espagnols, les femmes fuyaient l'approqbp d^s étraftgers; MM. Sparman et Forsfer fil3 voulurent suivie l'upe d'elles, mais les naturels tén^oigpèrent un mécpntentemçi^t qui les força i y renQpç^r lL.e séjour des Espagnols avait-il laissé des trape§ d'^^reusQs maladies faites pour effrayer ce peuple prdiiiairefppnt si libre? Cette conjecture hasardée peut ^tre vr^fi, et l'on <)pit gémic ^^v 1^ conduite 4^ ç^s l^oiumes q|f} portent dp m^\f jje çœp up ppisoii sj^^îs rfimp4ç
i2 Iles marquises
chez des populations saines et heureuses. Ce n'est que dans la partie sud de Tîle que les femmes furent moins farouches. M. Hodge, dessinateur, parvint ù faire le portrait d'une jeune fille.
Enfin, le 12 avril, les Anglais s'éloignèrent en emportant une triste idée de la propreté de ces sauvages. Gook avait vu l'un d'eux manger dans le même plat que des cochons.
Peu d'années après Cook, les navires du commerce commencèrent à se montrer dans ces parages.
A un mois d'intervalle (en 1791), le capitaine Ingraham , de Boston , et notre compatriote Marchand , de Marseille , visitèrent les îles déjà connues de l'archipel , et découvrirent d'autres terres dans le nord. Le premier de ces navigateurs n'ayant donné aucune relation de son voyage, tout l'honneur de la découverte revient à Marchand, bien qu'il ne l'ait faite que quelques jours après le capitaine américain.
Notre infortuné compatriote Lapérouse venait de visiter la côte N.-O. d'Amérique (en 1790); il avait attiré l'attention du commerce français sur ce point où se passait une traite de pelleterie,, exploitée par les Anglais et les Espagnols. La maison 6aw, de Marseille, mue par le désir d'entreprendre cette nouvelle branche de commerce, équipa le brick le Solide y dont elle confia le commandement au capitaine Etienne Marchand. Six mois après , le 12 juin 1791 , à dix heures du matin, le pavillon français flottait, pour la première fois, en
ou NOUKA-HIVA. 13
vue du groupe des tles Marquises. A l'exemple de ses devanciers, Marchand chercha d'abord à mouiller au port de la Madré de Dios. Une foule de pirogues, parties de la Dominica et de l'île Gbristina, enveloppèrent bieàtôt le navire. Des scènes bizarres et variées accompagnèrent cette première reconnaissance. Dans une grande pirogue double, un guerrier soufflait dans une conque, dont le bruit rauque se mêlait aux clameurs de ses compagnons. Ceux-ci chantaient en frappant le coude de leur bras gauche replié sur la poitrine, avec la paume de la main droite; puis tout à coup un vieillard, après avoir prononcé une harangue incomprise, attacha aux haubans du grand mât un rameau vert et un morceau d'étoffe blanche; c'était sans doute un emblème de paix , la branche d'olivier des anciens, car aussitôt, tous le^ sauvages crièrent : Tajro^ tayo (ami, ami); l'équipage charmé répondit à son tour : Tajro, UgrOy et la paix fut définitive.
Ces démonstrations amicales furent suivies naturellement d'une distribution de verroterie, de couteaux , de miroirs, qui furent reçus avec un étonnement joyeux; les naturels, amoncelés dans les pirogues ou à la nage, semblaient indiquer qu'ils connaissaient les besoins du bâtiment, en montrant l'eau de la mer. Ils montèrent sans crainte à bord; mais leur foule s' étant accrue, au point de devenir gênante, on les invita à quitter le bâtiment, ce qu'ils firent sans opposer de résistance ou témoigner de l'humeur.
i4 Iles bAilQtiisES
Le iëiidëmigiiil U, le Solide éisiit etitiré datis le bon Maclt*e de Dîbs; plus de cinq cents Sauvages rentduraiént, ei Ife ribmbre s'augmentait dé mOfaient en moment, pàt l'arrivée de nouveaux visiieilri^ tie l'île Donllilica; Sans inontret des intention^ hoétilës, cépéndadi ils 'dérobaient ; avec une gi^atjdé elfrbnterîe; tbtii fee qui leur tbttiBait sous la liiaîn. La ifaâu^àiSè foi avait rëthplàcé la îbyatité des préihiéi's éfchàtigësi^ et 11 fût facile de rëniarquer tjUe les ndlurelâ de l'île Dominica; étrangers à la b^le, étaiëtit les pluà tiirbulëtiis. Un coup de catloil à pdtidre; Ibiii de leâ ëterayer, né fit qu'eicitër leur àtidàce*, ÙlorS lin cdiip de canon â bbiilet fut tii*é pkr-dessb^ leurs tètës, bontre leà rbchëriS du Hvage. L'effet dti projectile lès frappa un Inslaiit d'é[ioutarite san^ cë^eildant les faire f\i\t; ils saisirent lëiiirs ahiiie^; et lahbërent contre le havire des lailbes et des écalës de cocb. Pour tépririier ënflii ce désordre, le cafJîtaine Mâi^bhafad fit paraître tobt isbîi ét)ui|iage àrniê; qùelquèà botliià dé fbsilà furëht tirés ëii rdii*, he voulant pas user de Hglifeur envets bes sauVâgës , qu'il bdhsidërâit bofiim^ des eûfaàts voûtant battre iteà ÀOthnies: brâce i cette conduite pleine d'humanité et toute française; M paii ne fut point trbubiëe^ et les ébhanges rëcoiiimeticèreiit.
Dés fetiimes, dès jeunes filles, iremarquables pair leur jëùtieése et leurs forifaes gracieuses, se trou- Ydient en grand nombre dans la foule. Elles montérëiit âur le pont sans Hésitation; on en ^it falèmë pousser la confiance jusqu'à tenter de gHmpei* dâfas
lei^ Htiiles par lei ëdflëbhùl^es; et rivaliser d'agilité a^ec les jëdtiës iiiarihs qu'elles suivaient:
Eh âëbàriludUt à là tête de hUit Hommes ariiiéé, Mdrchand fUt sufr le ehâtn{) cbriduit k Taigudde; les indigëtieé !se âëtîvëhaient d'jr avbir vti llliré l'eau du navire de tobk , et ils y conduisirent dé leur propre moutëttiënt leur Ubiivëdu tiâitëtir: A l'odibtë d'tih bel at*bré; dàtis tm ëiicltis eiltbiîré de riiurâ éli [iferrë^ fhtnchi pair ^^elqtles hbniineâ seulement; bil lui ptësentii tid vieillard de fietîtë statlitë, prdbàblëhleril le chef tië l'endrbit dliquël oti dohnàit le nom db Otoou; àanS ddutë c'est le même ddtit Cbok pâ^lë sods ië nblii de fiaiibbtl. Ce vieillard était tdùt trëtiibiddt; il ofibit t^dâtré cbchoils â Mâi^chdiid, l:)iii; aptêà dvdir ëiltëlldU le long di^eoiirs ^îili abbbinpdg&aitle |)résëut;fit en retbdr une amjile distributidd d'objets de peu de valetiK
tin accident vint tl^odblët la bdtihë hàrttloriie (jftii rëgna les jblirè i$dîf antè ; iûàk h mé^ihtëiligënbë hë fut lias de lorigue dlit'éë: Un iiiateldi; pté{)bsé â la garde de ràigbadë Oïl iihë pâirlië de l'ëqùipagé fai^^it dé l'ëad, fit partit^ ilivblbtiiâii^èiilëHt Tespingôle dbiit il éidil armé : h balle cassa ië bras d'uiî jëUhë idsdlaire. La foulé; ëfi^àjréëd'tibbrii; se rassdrâ biëiitdt; niais elle disait tristement; en réponse dtik dlècodrs des ^i*dnçàis : Ttiyd^ iayà. Les eiplicàtiôhs données pbtir feiirë cbhnattré )[|uë Ië inal était le résultai d'tth accident ; parurent a^oir été cbm(iriâëâ ; cependatit ili$ i^épétaieilt lâdUvent t tûyo "eio, mate btà, Yddà étéb iibs dliiis^ et Vdtis hoUs ïixéi.
Le médecin Roblet s'empressa d'aller panser le blessé; il trouva sur la blessure un appareil ingénieux qui prouvait que ces sauvages étaient accoutumés à traiter des fractures. Après Topération , le malade, comblé de caresses et de cadeaux y oublia tout à fait le tort involontaire des Français et ne leur témoigna aucun ressentiment.
Cependant la confiance du capitaine Marchand faillit ensuite lui devenir foneste : guidé par plusieurs naturels dans une excursion qu'il faisait dans l'intérieur, il n'eut d'abord qu'à se louer de leurs soins; tous à l'envi lui donnaient le bras, le soutenaient et le portaient presque dans les pas di^ciles : néanmoins l'aspect de leur physionomie trahissait un mauvais dessein. Le capitaine songea à retourner sur ses pas, et dès lors ses conducteurs ne montrèrent plus le même empressement à l'aider dans sa marche, ils le laissaient surmonter tout seul les obstacles de la route; bientôt ses soupçons se trouvèrent confirmés. Il hâtait le pas, lorsqu'on lui enleva son fusil. Il allait atteindre le voleur l'épée à la main^ lorsque les cris de son domestique^ assailli par cinq ou six antagonistes, l'obligèrent à accourir à son aide ; son approche mit en fuite les agresseurs.
La nouvelle de cette attaque était déjà parvenue au rivage lorsque Marchand y arriva ; les naturels effrayés fuyaient de toutes parts; ils craignaient sans doute de terribles représailles. On tâcha de les rassurer, mais en même temps on réclama à un des chefs les objets volés. Celui-ci les rapporta
ou NOUKA-HIVA. 17
en effet plus tard , et , montrant un casse-tète en morceaux , il prétendit l'avoir Inrisé sur la tète des coupables. Sans croire à son récit, on récompensa néanmoins son zélé simulé.
Ne pouvant obtenir, dans ce mouillage, un nombre suffisant de cochons, on alla, à l'imitation de Cook , en cherdier dans les baies du sud de l'Ile. Cette recherche fut fructueuse, et donna lieu d'examiner un sol plus favorisé par la nature que celui du port Yaitahou.
Avant de quitter définitivement cette Ue, les Français eurent cependant l'occasion d'éprouver le bon caractère de ses habitants. Le i9 juin, ayant voulu faire une excursion dans l'anse du sud de leur, mouillage, ils tentèrent, à leur retour, de franchir un mondrain qui sépare cette anse presque inhabitée deTanse du nord où se trouvait le village et l'aiguade^ Ils ne tardèrent pas à reconnaître qu'ils avaient commis une imprudence; à mesure qu ils s'élevaient sur cette colline dont la pente est très* diffi:cile, ils ne trouvaient plus, sur les bords escarpés des rochers, que d'étroits sentiers, rendus glissants par la pluie ; suspendus sur des pointes aiguës, ils chancelaient; le bras de leurs guides plus aguerris et plus robustes assurait seul leurs pas incertains ; il eût été facile alors de les dépouiller de leurs armes et des objets qui excitent si vivement la convoitise des sauvages; mais, loin de là, leurs guides ne cessèrent de les aider , et les conduisirent à bon port. On remarqua que le jeune homme blessé par
18 iLEfi^ MARQUISES ^
Fespingole, aidait, de sa main saiae» la marche de ceux dont l'imprudence avait failli lui être fatale. Aussi» les Français s'éloignèrent en exprimant un sentiment de réprobation contre les Espagnols qui avaient versé le sang de leurs faôtes , et quile» pour- I
suivaient à coups de fusils dans le» bois* 1
Nous touchons enfin à la découverte de la partie •
septentrionale de l'archipel; une remarque, faite à bord, y conduisit > Solide. On avait (^serté au mouillage , ^r ^un temps clair , au coucher du soleil) une tache Qxe qui présentait l'apparence d'un pic élevé daai^ le N*-0. 1;4 0, L'air continuant à être pur, on ^vit cette tache le lendemain qciiatin ^ et de» Jors» on s^up^onna dans cette direction l'eiûst^ice d'une terre encore inconnue. Parti le 20 juin^ èmidi, de File Taouata, le capitaine Marchand eut la sati^r» faction de voir, le 21 , au point du jour, tous les doutes cesser, par l'apparition de la terre, et à dix heures et demie , il se trouva à quatre milles de la pointe la plus méridionale d'une lie qui reçut le nom de Marchand* La côte se montrait oniée de jolies anses sablonneuses, sur le contour desquellea des bananiers, des cocotiers, l'arbre à pain, et divers autres grands arbres, formaient des touffes ver* doyantes abritant les cases éparses des naturels* Ceux-ci s'empressaient d'accourir au rivage pour contempler de plus près la merveilleuse apparitbn qui étonnait leurs yeux.
La narration des premiers visiteurs d'un pays porte toujours Tempreinte de l'enthousiasme du mo-
W NOUKA-WVA* 19
ment; k description de Tile Marchand nous paraît avoir subi cette influence. Nous la donnons toutefois, quoiqu'elle ne rende pas tout à fait nos propres impn^orn*
« L'a^iect de l'Ile, dit le découvreur, est, dans » cette partie, aussi agiéable que varié» Des oollines, » dont une verdure aminée courre les pentes douces > ^ les sommets; des vallées ombragées par des » plantations diversifiées, plusieurs ruisseaux qu'on » diMii^luait du navire, et qui rendent à la teire, » desséchée par les feux du soleil, la fraîcheur et » l'humidité néœssaires à la reproduction des planr » les; enfin une belle cascade, dont les eaux écu- » niantes se précipitent dans un vallon , tous ces ob« » jets, réunis sur un petit eqpcp, attiraient tour à » tour, et fixaient agréablement les regards. De » hautes montagnes, dont les sommetfi sont arides » et hachés, et qui doivent se refuser à tout genre » de culture, occupait le centre de l'Ile; mais ces a» montagnes cessent de paraître élevées , quand on » porte les yeux sur des pics de rochers nus et inac- » cessibles, dont les flèches aiguës sembleut appar- » tenir à des clochers, b
£a continuant de ranger la côte occidentale de l'île , on aperçut à midi une seconde pointe et une ouverture qui semblait promettre un abri sûr et commode ; le capitaine en second Masse fut envoyé avec dix hommes pour reconnaître cçtte baie, tandis que k Solide louvoyait pour ne pas perdre sa position.
Sur ces entrefaites une pirogue s'approcha du brick ; un seul des trois insulaires qui la montaient osa se fier aux signes d'amitié de Féquipàge et se hasarda dans les porte- haubans , mais aucune instance ne put le déterminer à entrer dans le navire. Il semblait flotter entre la surprise et la crainte ; les cadeaux qu'on lui fit furent reçus d'un air indifférent; sans doute l'ensemble des choses extraordinaires qu'il voyait absorbait toute son attention^ les détails n'excitaient pas encore son admiration. Qu'on se figure, en effet, quelle dut être la stupéfaction de ces hommes si peu élevés dans l'é* chelle des connaissances devant des prodiges d'industrie; leur imagination frappée dut se trouver éblouie par une magnificence et un pouvoir dont elle n'avait aucune idée; c'est ainsi que les navigateurs arabes retracent leurs impressions dans les voyages merveilleux de Sindbad el Baharî.
Un mouvement précipité de l'équipage effraya ce sauvage; il s'élança brusquement dans sa pirogue et s'éloigna promptement. Dans l'après-midi d'autres naturels s'approchèrent : leur nombre les encouragea sans doute à se confier aux étrangers, plusieurs d'entre eux montèrent sur le pont. Un miroir produisit un singulier effet sur l'un d'eux ; il se mit à rire aux éclats en voyant son image. On jugea que les clous, les couteaux et autres bagatelles qu'on leur distribua étaient des objets entièrement nouveaux pour eux, et on>n conjectura qu'ils n'avaient pas de rdations habituelles avec l'autre groupe, quoique peu éloigné.
ou l«OUKA*QIVA. 21
L'enfoneenient tiské par Fembarcation renferme deux anses 9 mais aucune des deux ne parut propre à abriter un navire. Cent cinquante naturels environ s'étaient rassemblés dans Tanse du nord; à Fapproefae du canot une pirogue se détacha du rivage et vint à sa rmeontre. Sur son avant se trouvait une espèce de siège sur lequel était assis le dief du lieu; il viot recevoir des cadeaux en retour desquels il offrit du poisson ei des coquilles polies d'huîtres perliéres. Le débarquement s'opéra sans difficulté, et l'entrevue se termina paisiUement. Les indigènes parurent moins bien faits que ceux de l'île Taouata et surtout moins tatoués, mais on remarqua les mêmes usages. Au premier abord les femmes par* tageant; Tétonnement général , se tinrent à l'écart, mais dles bannirent toute méfiance . lorsque des vieillards les prenant par la main les conduisis* rent; auprès des étrangers. Cette baie hospitalière reçut ie nom de Ban'Accueit.
Le capitaine Marclmnd allait quitter cette île, lorsque, à l'instar de ses devanciers, il voulut, par un acte authentique, prendre, possession de ces
terres découvertes par H- *
Dans ce but, il descendit dans la première anse de la. edte nordH)uest de l'île, située à peu de distance de. la partie septentrionale de. la baie Bon- Âccueil. Il prit terre sur une plate-forme de rochers séparée dé la côte par un petit bras de mer. Les natures, assemblés sur le rivage au nombre de deux cents, s'empressèrent de venir l'aider ainsi que ses gens à
22 ÎLXS MARQUISES
traverser le canal; parmi eux se trouvaient quelques femmes déjà familières et le chef qu'on avait vu la veille; ce qui fit supposer que cette troupe provenait de la baie déjà visHée, et qu'elle avait fait le tour en suivant le bâtiment. L'aspect des lieux justifiait cette conjecture : aucune case n'existait dans les en« virons, et ce point, dénué de verdure, ne présentait qu'un sol stérile. On distribua quelques bagatelles à ces insulaires, qui se pressaient sans confusion en évitant de se rendre incommodes, et qui ne sem* blaient avoir d'autre tlésir que celui de satisfaire leur curiosité. Ils donnèrent en retour divers objets, tels que des lances, des éventails, des touffes déplumes, etc. Une inscription portant le nom du navire et du capitaine, sa nation et la date de la prise de possession, fut ensuite clouée sur un arbre; puis trois copies de cette inscription furent renfermées dans des bouteilles qui furent remises en dépôt, à un chef 9 à un homme d'un âge mûr et à une jeune fille. Par suite de cette bigarre combinaison , trois générations étaient choisies pour conserver ce document, fort probabtemwt anéanti peu de temps après*
Cette prise de possession, qui reçoit aujourd'hui une sanction inattendue, a cela de lamarquable qu'aucune effusion de sang ne l'a accompagnée. Le régime français a toujours été plein d'humanité et de inenveillanoe : ftiisons des v<nux fK>ùr qu'il en soit toujours ainsi, quand mèttie oe seteit w détriment de ses intérêts*
Le groupe entier du nond, dont Manband^mni-
00 NomA-mvA. 33
pléia fai découverte par celle des Iles Maise, Chanal , Baux, Solide et enfin les Deux-^Frëres, fiit nommé groupe delà Révolution; puis le capitaine s'éloigna le 96 juin, ne songeant guère que, cinquante ans plus tard , ses découvertes deviendraient une posses* sion française. A lui revient Thonneur d^avoir donné des documents importants sur des terres qu'il avait découvertes simultanément avec le capitaine Ingraham que nous avons déjà mentionné, événement dont la vanité américaine s'est emparée pour tenter de i^pouiller notre compatriote d'une gloire qui lui est due.
La découverte du groupe des fles Marquises ne fut complète qu^après lepassagedu Solideeicelui du Hope, navire d'Ingraham ; ces terres conservèrent le nom primitif imposé par Mendana (tles Marquises), que ceux qui les visitèrent ensuite étendirent au groupe entier.
Lé lieutenant Hergest, commandant le DicdalnSy succéda au capitaine Marchand. Chargé de porter des approvisionnements à ^expédition anglaise commandée par Vancouver, Hergest se trouva dans une situa^ tion très-épineuse , dès son entrée dans le port de la Madré deDîos t le22mars 4792, il eut d'abord à lutter contre dé violentes raffoles descendant du haut des collines dominant le rivage, et le 25, son cAble ayant cassé sous l'impulsion violente d*un grain, il fut entraîné hors du mouillage. Dans ce moment même, un incendie se déclara à bord; l'équipage eut& lutter â la fois contre le feu et le mauvais temps ; son
24 tLES MARQUISCS
ardeur s^accrut sans doute à la pensée. que la perle du navire aurait aussi inévitablement compromis son existence; il n'aurait trouvé qu'un refuge bien précaire parmi les tribus de Ttle, dont les penchants nuisibles n'étaient bridés ^pie par raq[)ect de la force.
Le soir, le navire anglais, après avoir échappé. au double danger couru dans la journée, fut entouré d'une multitude de naturels qui ramassaient sur l'eau les débris à moitié consumés des hamacs, pr^ mières sources de l'incendie. Le lieutenant Hergest débarqua ensuite avec le second et trois hommes, pour reconnaître l'aiguade et s'approvisionner d!eau. Il eut beaucoup de peine à prendre pied, à cause du ressac, et, dès le premier abord, il put apprécier quel eût été le sort de son équipage, si le navire avait péri. Un grand nombre de naturels assemblés sur la (Uage, voyant la faiblesse de ce détachement, volèrent sans scrupule tout ce qu'ils purent atteindre; il ne resta même plus un seul seau pour remplir les barriques qu'on avait apportées. Un jeune matelot fut tellement ému des espiègleries des naturels qu'il se jM^it à pleurer; Hergest le gourmandait et lui reprochait son manque de fermeté, lorsque à son tour il fut en^ touré et son fusil de chasse lui fiit enlevé. U ne restait plus qu'un mousquet dans l'embafrcation : la prudence exigeait de patienter; aussi le lieutenant anglais s'éloigna du rivage , tandis que , pour couronner leurs larcins, les sauvages enlevaient le graf^in du canot* La sûreté des Anglais demandait une prompte ré*
oc Not)KA*imrA. 25
|>res8icm de ces attentats. Voulant, toutefois, concilier Thumanité avec l'emploi de la force, Hergest dirigea ses embarcations armées vers la eôte , et fit tirer des décharges de mousqueteriepar-dessus la tète des naturels. Tous se sauvèrent, àTexception d*un seul homme qui eut la hardiesse de conserver son poste, la fronde à la main, et qui ne cessa de lancer des pierres inoffensivès contre les assaillants. Son courage inspira une admiration qui lui sauva la vie. Quatre coups de canon tirés par-dessus le village achevèrent de porter la terreur parmi les bandes nombreuses qu'on voyait fuir dans les montagnes. A la nuit, un naturel vint à la nage jeter sur fe Dœdatus un rameau vert enveloppé d'une étoffe blanche : il réclamait la paix. Du reste, la peur avait été plus grande que le mal, car le lieutenant Hergest suppose que personne n*a été tué ou blessé, à Texeeption d*un seul individu atteint par une balle dans le mollet. Le 24 mars, la bonne harmonie étant entièrement rétablie, les indigènes apportèrent diverses provisions. Ils étaient plus tranquilles, mais non moins voleurs; bientôt leur nombre sur le navire devint si gênant , qu'il foUut les expulser : un pavillon rouge, hissé en tète du mât , servit àindiquer un tabou (1) qui arrêta les hommes seulement. Les femmes ne voulurent points'y astreindre : il fallut tirer des coups de fusil à poudre, pour engager
(1) Tabou signifie, dans le langage noukahîTieni défense. Quand un objet est tabou « il est défendu dV toucher.
cm iiambr«u«ds nmà» à regagner la cûte qu'eUas avaient qaittéeà la nage*
Vainement enipleya«t*K>n des cadeaux et des pro^ messes pour obtenir la restitution des objets "volés ^raiguade, legrappinseul fut rapporté» Le 89 mars, au moment d'appareiller, des chefs qui avaient reçu diveri dons pour rendre le fusil, se trouvante bord, on les saisit : l'un d'eux fut mis dans la grande chMii«bre, sous la garde d'un factionnaire, et Ton déelara qu'il partirait avec le navire si l'objet réclamé n'était pas rapporté. Une 'demî^heure plus tard , une pirogue portant des emblèmes de paix vint satisfoireaui^ conditions imposées. Le prisonnier, rendu à la liberté, laissa couler ses larmes en serrant dam Ms bras son libéiataur. Tous deux reçurent de nouvwiik présents qui leur fire»t oublier leurs angoisses pas*sées. Hergest exprime une vive satisfaction d'avmr quitté paisiblement un port où des vois multipliés et audacieux étaient toujours sur le point de faire nattre de graves querelles*
Ignorant la priorité de découverte des capitaines Isf^abam et Marcfaand, Hergest à son tour donna des noms aux ties septentrionales de l'Archipel. En passant devant la partie ouest de Ttle quil nomma tle Tcevenen, il remarqua plusieurs anses, entre autres une qu'il nomma Àn$e dêt Amis, en raison de la visite de pluSide cent insulaires qui accoumrait pour lui offrir des bananes et des cocos. Enfin il prolongea la grande île Nouka-hiva ( sir Henry Martin ), depuis la pointe sud^^st, qu'il nomma pointe
ou NoraA«flnnk« 97
Martin , jusqu'à réxtirémité la plw'oMSt. IlraMftr» qua aussi la baie du Ck)m|itMUer, qui lui parut former un port sûr M oraimode. U leta lé plan du port Àana*Maria (Taio«lme). Ce èàne présente tout les ajutages qu'on peut désirer dans une relâche. Quinze cents naturels ( n(nnb» bidn fort ) f se trouvaient assemblés sur le rivage et lui firent bon accueil.
Jusque-là , Taspeet de Tile était celui d'une terre très-<mltivée et tràs*peùplée; mais à mesure que les Anglais avancent dans l'ouest, le rivage devint une véritable côte de fer , sans anses, sai» abris, dépourvue de verdure et de fertilité, et ne montrant ni ha* bitations, ni habitants.
Les deux tles Masse et €haiial apparurent bientôt; on leur donna le nom d'tles Boborts, ^Npés quoi on y débarqua. Entièrement inhabitées» ces lies offrirent cependant un nombre considérable de noix de coeôs, précieux rafraîchissement pour l'équipage; cette dernière station termina le s^our de cet officier dans ce groupe ; il continua sa route veris les rives des Iles Sand^rich, où, comme son illustre prédécesseur Cook, il devait trouver la mort ainsi quesoacompagw>n, l'astronome Gooôh.
Au retour de sa mission, le DaMb» reparut, au commencemeat du mois de février 1793, dans le port Taio^hae, si fiivorablement décrit dans le premier passage. Les relations avaient encore débuté, d'unç.&çûn tout amicale, lorsqu'un matelot, *ayant>étq.fmppéLpar un naturel , tua d'un coup de
38 tues MAiiQinsKs
fusfl son adversaiFe au momrât où il plongeait dans la mer. €et événement mit la population en rumeur, un grand nond>re de pirogues de guerre s'assemblèrent et attaquèrent le navire à coups de pierres. Le lieutenant Hanson^ qui avait succédé à Hergest au commandement du Dœdalug^ fut obligé d'almndonner ce mouillage après un court séjour: d'un jour et deux nuits. 11 allacbercber les raffratchissements dont il avait besoin à Taîti, Ue fortunée dont l'éloge se trouvait alors dans les récits de tous les navigateurs des mers peu connues de l'océan Pacifique.
Nous avons anticipé sur Tordre chronologique en mtentionnant le retour du Dèedabu; Roberts commandant le navire du commerce le Jeffersany vint montrer pour la seconde fois le pavillon américain dans ces parages. Lé 25 juin 1702 , suivant Porter, au mois d'août, d'après M. La Rochelbucauld- Liancourt , le capitaine aborda sur Tile Taouata. Son long séjour, le fait de la construction d'un petit navire dans ces lies font regretter de n'avoir aucune narration bien précise à consulter. Tout ce que nous avons pu recueillir se résume aux faits suivants.
Roberts destiné à aller faire le trafic des fourrures sur la c6te N.-.O. d'Amérique , construisit , dans le port Vaitahou où il séjourna pendant quatre mois» un navire de quatre-vingt-dix tonneaux dont il avait apporté avec lui les principaux membres. II vécut longtemps en bonne intelligence avec les naturels; seulement uli jour il fut obligé de dé-
ÙO NOUKA*HITA. 29
fendre son petit navire à moitié construit dont ils voulaient s'emparer. A la tète des trente-six hommes qui composaient son équipage, il fit feu sur ses ennemis, ^i tua plusieurs, œ blessa beaucoup d'autres, et les mit tous en déroute.
Le lendemain ils vinrent demander la paix et lui apportèrent leurs blessés à panser; peut-être le souvenir du pansement qpéré par le chirurgien du Solide, avait«il engagé les naturels à cette dernière démarche, si toutefois la véracité du récit du capitaine américain est admise, car {dus que tout autre , les voyageurs de cette nation sont enclins à donner un trop libre cours à leur imagination.
Une autre fois, une vingtainede piroguesde^ftioirevingt-d&x pieds de long viùrent d'une lie voisine (Hiva-oa sans doute) avec le projet de prendre le Jefferson. Quelques coups de canons chargés à mitraille dissipèrent cette flottille, une pirogue fut brisée , et les autres se retirèrent promptement pour ne plus reparaître.
En quittant l'tle Taouata Roberts fit voile avec ses deux navires pour les lies Sand^vich ; sur sa route il reconnut les lies que son compatriote, Ingraham, n'avait fait qu'apercevoir. Le capi« taine Roberts se crut donc le droit de nommer ces terres qu'il voyait de plus près que son prédécesseur, et il leur imposa le nom d'Archipel Washington.
A son retenir le Jeffenm déposa sur Nouka-Hiva un
30 ihRn IIAItQUlSC;S
vieillard qu'il avait pris au port Vaîtahou et qui était originaire d'une ile du nord de l'Archipel. Les noms indigènes donnés par Roberts sont d'ail* leurs exoessivement incorrects» peut*^tre ont-ils été altérés en passant sous la plume de lauteur déjà cité qui relate ce voyage.
Quoi qu'il en soit , le Jefferson fut le quatrième navire qui crut xléeouvrir les îles septentrionales des Marquises» Ingraham et Marchand presque simultanément en 479i) Hergest ensuite, puis Roberts , tous quatre imposèrent des noms à ces terres, qui fort heureui^ment en ont de plus authentiques donnés pso* leurs babitante, ce qui tranche toute difficulté.
A cette époque, ce point du globe commençait déjà à être fréquenté par divers navires; on peut mentionner, au mois de mars 1792, ie Prince WUr- Uam Bknrjr , dont la navigation offre un exenq>le de célérité remarquable, ce navire n'ayant mis que quatre mois pour se rendre d'Angleterre aux îles Sandwich, après avoir touché à Taîti et à Taouata. Ce dernier passage fut môme effectué en courut directement au N.-Ë*, route praticable, mais qu'on ignorait alors, personne ne l'ayant encore tentée. Nous ne ferons que oiter non plus k ButUrworih^ capitaine Brov^n, qui, en compagnie de deux petits bâtiments, visita aussi l'ile Taouata, et y fit une station de deux jours. Ces doux navires qui, du reste, ne rappellent aucun événement digne d'intérêt dont las Um Marquiaes aient été le théâtre, furent
ou NOliiU-HIVA* 31
des dôrniers qui visitèrent cet archipel avant l'app»* rition des mlMonnaires anglais dans TOcéanie.
liO 34 septembre 1790, le navire /e Duff^ commandé par Wilson , quitta la rade de Portsmouth , pour se diriger dans les mers do Sud. La société des missions faisait tous lesf rais de cotte expédition, des* tinée à porter trente missionnaires protestants sur les différents groupes de f Océanie. Plusieurs de ces apôtres évangéliques étaimit mariés, et leurs femmes l6s suivaient dans un exil qui devait durer toute la vie*
Il fl^llait un grand dévouement pour leur religion, à ces ministres qui abandonnaient à jamais la terre natale pour aller prêcher la parole de l'Évangile au milieu de ces populations sauvages, dont les mœurs n'étai^t guère encourageantes. Il est vrai que ces hommes , d'abord artisans avant de prendre la robe évangélique, étaient peu fortu** nés, et ils avaient peut^re à gagner dans, ce pè» lerinage. A voir la manière dont, aujourd'hui, ils exploitent les populations conquises par leurs pa^ rôles, on serait tenté de croire qu'ils n'avaient pas entièrement oublié les intérêts matériels de ce monde, lorsqu'ils allaient prêcher à ces malheureux sauvages les pmnes et les récompenses promises dans la vie éternelle
Ce fut le 5 juin 4797 que ie Duff atterrit dans le port de la Vaitahou. Une seule pirogue vint à sa rencontre , un des deux naturels qui la conduisaient giimpa lestement à bord , à Taide d'une corde qu'on
32 iL£S lURQUlSES
lui jeta ; cet homme, presque entièrement nu , était tellement couvert de tatouages noirs, qu'ils cachaient presque la couleur de sa peau. Son compagnon le suivit bientôt, et tous deux donnèrent pour le louvoyage à Tentréedu port, des conseils qui indiquaient des connaissance& nautiques assez étendues. Sur ces entrefaites, la pirogue qu'on avait prise à la remorque se brisa , ses propriétaires ne firent qu'une médiocre attention à cet acddent, absorbés qu'ils étaient par les manœuvres du bâtiment. Des ra^Tales impétueuses , descendant des hautes montagnes de l'ile, ren^dirent difficile l'approche du mouillage , et ce ne' fut qu'à la nuit qu'on put laisser tomber l'ancre.
Déjà cependant les habitants connaissaient l'arrivée du navire; au milieu de l'obscurité deux femmes s'ap* prêchèrent à la nage du vaisseau , et demandèrent d'y être admises. Pendant une demi-heure , elles ne cessèrent de crier : Wahine, Wahine ( nous sommes des femmes) ; puis, désespérant de se faire accueillir, ces malheureuses créatures reprirent le chemin de la plage, bien étonnées probablement , de la dureté de ces étrangers, dont la conduite était si différente de celle de leurs devanciers. Au jour, sept femmes vinrent encore à la nage crier autour du navire : Wahine, fFahim^ mais ce fut en vain, on n'admit que la fille d'un chef présent sur le pont. Cette jeune et jolie personne à peau jaune, avait les joues colorées par le violent exercice qu'elle venait de prendre; la symétrie de ses membres, la beauté de son corps en eussent fait un beau modèle pour
ou N0UKA*niyA. 33
les sculpteurs et les peintres. Une simple ceinture de feuilles formait son unique vêtement; déjà , les chè- Tres dubfttiment l'en avaient presque dépouillée, lorsqu'une Taitienne, venue k la suite des missionnaires, la prit en pitié et lui donna des effets pour secouvrîr. Dans ce costume, la jeune Noukahivienne était iMen plus attrayante que sa charitable compagne.
Le chef de la baie, nommé Tena!, était le ffls aîné de Honoou, connu par Gook ; il vint à bord dans une assez belle pir^^e, et offrit au capitaine un bâton orné à son extrémité d'une touffe decheveux. Voyant un iusil, dont il avait sans doute pu apprécier les terribles eff^, il pria qu'on fit dormir cette arme, expression naive et toute naturelle. Le son d'une clocherétonna beaucoup : « Il était triste, ditl^ilson, » devoir un homme, qui avait toute la dignité d'un » chef et d'un fête, ému par un bruit si peu di- » gned'attartion; cette inféricmté d'intelligence fai- 9 sait mal à vmr chez un être qui pouvait, avec de f faibles études, sortir de cet état de dégradation. »
Du reste les parents de ce chef et tous les sauvages présents parur^t avoir l'air pensif aux yeux des missionnaires, quoiqu'ils éclatassent de rire , et qu'ils parlassent avec une grande volubilité par moments. Us demandaient surtout des vivres qu'ils mangeaient avec avidité.
Malgré la décriée rigide qui régnait sur la nef évangélique, on tolâra cependant que les matelots profitassent de la bonne volonté des femmes i les aider dans leurs travaux } c'était un curieux spectacle de voir ces
34 ÎLfiS MARQUISES
rudes marins recevoir des mains des jeunes filles qui les entouraient les instruments de leur travail^ les seaux pleins de goudron, les pelottes de bitord et les épissoirs. -*- Bientôt les naturels cédant à leur penchant pour le vol, dépouillèrent l'équipage de presque tous les menus digets q«'il possédait; pour y obvier, les rniH^lots orgamsàrant un aysr tème de précautions qui eut un plan succès.
Chacun d'eux fit choij: d'un ami| d'un Tm^ dévoué auquel il confiait ses iustruments de travail » maia en même temps, ils le rendaient responsable de leur conservation} on voyait tous ces bénévole» assistants porter suspendu à leur cou le couteau de leur ami, ou tenir leur mailloche à fourrer, et les suivre dans tous leurs mouvements; cependant le penchant inné des indigènes pour le vol, penchant bien excusable lorsqu'on considère les tentations qu'ils devaient éprouver» amena une scène touchante. Plusieurs, objets ayant été dérobés avec une grande audace, un des coupables fut saisi et attaché. On lui fit croire qu'on allait le tuer avec un fusil. A cette menace» tous les naturels sautèrent i la mer dans un désordre complet, et peu d'instants après un sauvage arriva en toute hâte» offrant deux cochons placés au fond de sa pirogue» pour obtenir la libération de son père, qui était le voleur. Ce petit drame se dénoua comme celui qui avait eu lieu à bord du Dasdalus. On refusa de recevoir les cochons» mais on délivra le coupable^ le père et le fils s'embrassèrent tendrement puis ils se retirèreutf laissant les européens profon^
09 N4Wft4»IUV4* d$
déoMsnt émus de la «oène qui venait de se passer aoos leurs yeux.
Le but de la mission fut communiqué au chef Tenu» flui conwmtit immédiatement à recevoir deuiL misBÎoiinairssi il leur céda une case et un t^rain pour leur demeure. On «omatt trop l'hisloire du missionnaire Harris pour h répéter im H). La disse*» lutkmde ce peuple effraya ses cliasles habitudes. Ce motif qui» dit Wûêm^ auraitdft rencourager i tenter plus que jamais une coQversi<m utile, engagea cette âme timorée à s'^igner avec le Duff qui l'avait amené. Le missionnaire Crook resta seul dans les Iles Marquises pour poursuivre l'osuvre qu'il devait accomplir avec son collègue Barris. MaiSi après un an de séjottr, voyant totis ses «ff<Hrts infructueux, il dut à son tour absoodonner ces lieux c& il ne corn* ptait pas encore de prosélytes.
Voici comment le capitaine Fanning rend compte de cttte circonstance. Le 23 mai 1798, il se trouvait avec le brick ta B$tsey qu'il commandait, sur la ofttede l'tte Taouata; déjà diverses pirogues l'avaient accosté, et avaient engagé avec instances le capitaine à venir au mouiUage; il le désirait aussi, mais il hésitait, ne connaissant en aucune façon les ports de rtle. De violentes averses de pluie étant survenues, le navire fut abandonné m un clin d'œil par ses nom«» breux visiteum, et,aussit6taprésleur départ, on vit unepetite pirogue, montéeswlementpar deux indivi*
<l|rspisasCal«
dus, s'avancer rapidement; on l'attendit, et ce fut avec un profond étonnement qu'on entendit un homme, nu comme les indigènes, presque aussi coloré qu'eux, s'écrier : « Monsieur, je suis un anglais, et je viens me confier à vous pour me sauver la vie. » ^ Cet homme si semblable à un sauvage; c'était le révérend William Pascoe-Crook, Â peine était-il arrivé sur le pont du navire que , cédant à son émo* tion, il inclina sa tête pour remercier la Providence du secours qu'il recevait; revenant à lui, il déclina sa qualité de missionnaire et raconta que, dqrais plusieurs semaines, les dispositions des naturels à son égard étaient de la nature la plus alarmante. Deux fois il n'avait dû la vie qu'à l'interventicm du chef qui l'avait accompagné à bord; sans lui il aurait sans doute été depuis longtemps tué et probablement dévoré.
Lé révérend Grook désignait pour son persécuteur tin italien, déserteur d'un navire de commerce qui avait relâché sur l'Ile peu de temps après le départ du Luff. Cet homme astucieux et perfide , avait emporté avec lui un fusil, de la poudre et un certain nombre de balles. Â l'aide de cette arme il avait acquis utie grande influence sur l'esprit des chefs; il les excitait à combattre pour augmenter son crédit, et ce fut sur sa proposition qu'une guerre atroce et impitoyable fut faite aux habitants de Hiva-oa. Â la fin de celte guerre, l'Italien fit attaquer une tribu située dans r île même. Il était venu jouer en quelqyie
sorte le rôle d'un mauTais gàaie^ en excitant Jes indigène» déjà si enclins au mal à conunettre les actes les plus barbares. C'est en vain que le. missionnaire iroulut s'opposer à de pareilles calamimités , son opposition ne seridt qu'à, lui; susciter de nondiireux ennemis, dont les embâehes menaçaient à chaque instant sa ne. L'Italien chercbait d'autant plus à le faire massacrer que sa provision de poudre tirait à sa fin, et avec elle il voyait sa supériorité lui échapper. Pour renouveler ses munitions, il avait formé le projet d'enlever, avec l'aide des naturels, le premier navire qui serait venu relâcha dans ces Ues.
Aucun etime ne répugnait à ce misérable ; il n*avait qu'une seule appréhension ,. celle de voir ses plans déjoués par M. Grook : cette crainte le poussait vivement à consommer son attentat le. plus tôt possible. L'arrivée de ta BeUey^ faible bâtiment de cent tonneaux, secondait les dessins des conspirateurs.
Le missionnaire aurait inévitab^pent été massacré par ses ennemis, sans la protection du chef auprès duquel il avait trouvé un refuge; toutefois défense lui fut ^itede quitter le rivage, tous ses mouvemeoits furent surveillés, et il désespérait presque de pouvoir avertir à temps le capitaine Fanning du complot qui se tramait contre lui, lorsque, à la foveurde la pluie qui le cachait aux yeux des na^urelSj il put accoster laBeUey. L'insistance des deux chefs à vaincre l'héutation du capitaine à aller au mouillage,
98 tus HARCfOtSEB
apparat al(Hrg sous un Mmreau jour. Toutes les dé» monstratious amicales qu'on awik intarprélées A fevorablem^nt dotaient ôter , toute méfianceaux JSm^ pèem.
Le plan dé rattanûè était connu ; on dotait peu* dant la nuit attacher une oorde au natire, tandis qu'un plongeur aumit coupé wms brait les cables qui le tenaient au fond; la foule rassemblée sur le ritiage aurait alors, insensiblement» tiré à elle la éêrde tendue /jus^u^à ce que le nàtire eût été échoué. Dafis cette position critique, l'équipage n'aurait pu se servir des canons redoutés, et tout entier il aurait péri sous les coups des assaillants, dirigés par un homme civilisé, plus barbare que les sauvages eut-mémes. Pour ef&oer toute trace de cet acte de piraterie, l'Italien avait déterminé les chefs i n'accorder aucun quartier et à brûler le navire sitôt après le pillage.
Le capitaine Fanning n'eut plus la moindre envie de séjouràer dans un port de cette lie ; le récit du missionnaire av«^ éveillé toutes ses ^^préhensions.
n reconnut, par* de nombreux présents, la bdle conduite du chef qui avait amené M. Crodk, peut** être au pérfl de sa vie. La «^uiration de ces deux hommes, si éloignés par les oonnaissanees, ai prés par les sentiments d'une profonde amitié ^ fut tou^ chante. Le chef partit en priant son ami de revenir un jour lui donner le bonheur de le revoir, et promit d'avertir toutnavirequi passéraitàsa portéedu danger qu'il courmit en abordant sur cette oôte inbospita^
00 IfOUEA-QlfA* 39
liàre. En pwUml, U témoigna plutieurs fois le désir de revoir son protégé. L'affection de oe sauirage ne le cédait en rien à c^e des honunes d'une éducation plus raffinée.
Heureux d'avoir échappée undanf^ imminent, le capitaine Fanning se dirigea , d'après les indications de sou passager, vers les Ues nord du groupe. Il arriva le lendemain devant Houa-poou.
Un grand nombre de pirogues rentourèrent pendant qu'il j cherchait un lieu sûr d'ancrage ; un oanot fut envoyé sonder; mais bientôt M« Grook entendit dans la foule de sinistres paroles. Les sauvages, jetant un regard de amvoUise sur le bâtiment , rêvaient aussi le meurtre et le pilbge; ils groupèrent bientôt leurs pirogues entre la BtUey et son embarcation. Heureusement on avait compris leurs discours : un coup de fusil fut tiré en l'air, les canons fureaU poussés aux sabords et les sabres reluirent hors du fourreau. Cet appareil intimida les sauvages} en voyant l'ex-plosion du fusil et lechattaement des armes blanches, ils s'étaient écr^ 1 1 Ce bAtiment vient des misgss, il pwte la foudre avec lui; ses armes proviennent du soleil, elles brillent oomme lui* » Gqpeidwt ils avaient répondu i cette démcMustration par de longues clameurs et le bruit de leurs conques de guerre; il fallut une exhortation de IL Crook pour «npdeber une collision sanglante.
Le 25 tnai, (e JBiM^ arHva sans encombre dans une baie qui doit être celle de Taio-hae (ou Anna- Maria d'Hergest). Des 'relations tellement amicales
s'établirent pendant la relâche, qui se prolongea jusqu'au 30 du même mois, que M. Crook^ malgré ses précédentes épreuves, demanda à rester dans cette lie pour continuer l'œuvre de son ministère. Le capitaine Fanning, admirant le dévouement de cet homme à pane sorti de périls imminents, ne voulut pas le laisser dâ>arquer sans lui donner tous les objets dont il pouvait disposer, c'est-à-dire quelques eflfets et un fusil de chasse.
Cette tentative du saint homme ne fut pas plus heureuse que la précédente; la persévérance du révérend Crook n'aboutit à rien : il fut obligé d'abandonner aussi c^te lie , et, profitant d'un navire qui passa plus tard, il se rendit à PortJackson et y résida longtemps avant de se fixer à Taiti , où il se trouve établi encore maintenant.
Pendant que la France débutait dans la glorieuse lutte qu'elle a soutmiue si longtemps contre l'Europe entière, une expédition scientifique russe parcourait l'océan Pacifique. Krusenstern , navigateur dont le nom est devenu une autorité dans le monde géographique, eut connaissance de l'Ile Fetou-houkou, le 6 mai 1804 , au pœnt du jour.
A cinq heures du soir, Mouka-Hiva trahit ses formes sous l'envdoppe de ktime qui la voilait, et te lendenudn , dans la matinée, une pirogue amena un Anglais qui résidait dans ces ties depuis neuf ans, et qui provenait d'un navire de commerce dont l'équipage s'était révolté. Roberts, c'est le nom de c^ Anglais , tout en offrant ses services &a commandant
ou NOUKA-fltVÀ. Ai
i^usse, s'empressa de l'eng^w à se méfier d'un Français , déserteur d'un na\ire anglais» qui demeurait aussi dans ces lies d^uis plusieurs années. Il le dépeignit comme un ennemi cruel , saisissant toutes les occasions pour le noircir aux yeux des chefs, et qui avait mèmeplusi^irs fms attenté à sa vie. Id, encwe, ajoute Krusenstwn, apparaît la haine innée entre les deux nations; leurs dissensions trouUent la paix du monde civilisé, et même les halûtans de ces îles récemment découvertes éprouvent l'influence de leur rivalité sans ea connaître la cause , tandis qu'il semblerait qu'au milieu d'un peuple dont le mode d'aûstence est si cruel, le seul instinct de leur conservation aurait dû faire naître ime étroite unicoi entré deux hommes civilisés.
Dans le port Taio-hae, chœsi par Krusenstwn pour y abriter son navire, plimeurs coitaines de naturels vinrent offrir des firuits qu'ils échangàrrat contre des morceaux de fer. Us manifestaient une joie d'eqfants en recevant ce métal prédeux pour eux, et montraient, avec un air de triomphe et de longs éclats de rire, leursrichesses nouvellement acquises, à leurs compagnons moins f<Mrtnnés. Cette expression de plaisir prenait sans doute naissance dans le peu d'oc^ casions qu'ils avaient encore eues de se procurer ces objets de l'industrie européenne; Roberts assura que, dans l'espace de sept ans, deux petits navires américains avaient seuls relâché dans ce port.
Tapega Keatanoui, chef de l'endroit, fut seul admis avec sa famille dans l'intérieur du navire russe
48 11.88 HàROVISES
Nade$hda ; im tatouage noir couvnût toutes les fiarties de 80B corp$ et a^éteodait mètne jusqu'aux parties de aa tête qui étaient rasées ; ces dessins formaient la seule diatinction apparente de ce chef, dont la pui»aance paraissait bien précaire sur aes sujets*
Le navire avait été rendu uAmi pour tous les na«> tiirels ; au coudier du soleil, tous les hommes, sans exception, gagnèrent leurs demeures, mais une centaine de femmes persistèrent à demander Thospi*talité ; pendant cinq heures , elles n'avaient cessé de nager, en implorant qu'on leur accordât l'objet de leurs désirs. A la fin, KrusensterA, touché par les prières de ces pauvres créatures , leva la consigne qu'il avmtimpcnée.
Le lendemain, une visita oiiicieUe fut faite au chef, un détaobernoott armé accompagna les officiers; la foule , assemblée sur le rivage , conserva une tranquillité et un ordre d'autant plus remarquablea, qu'auoun chef ne s'interposait pour les maintenir.
A quelque distance de la case royale, l'onde de Keatanoui, qui était aussi son beau-^père^ reçut les étrangers. C'était un vieillard, d'environ soixantequinee ans , dont la contenance indiquait encore le vaillant guerrier de l'&ge viriK 11 tenait un long bâton, avec lequel il tàohait en vain d'écarter la foule, tandis qu'il conduisait Krusenstern par la main auprès de la femme du chef,' entourée d'un cercle de ses parentes* Keatanoui fit aussitôt son en*trée, et reçut les visiteurs avec amitié.
Assis au milieu des Ibmmes, Tamiral russe eut
ou NOfItA-flItA. 43
beaucoup de peine A satidUre leur oorfonté* Toutes examinaient, touchaient , retournaient aea broderies, son chapeau, ses habits; panû dles la fille do chef, jeune femme d'entiron iringt^qoatre ans, et sa belle fille plus Jeune eneore, atai^nt une beauté qui n'eût pa« été disputée mèoie en EurqM* La moitié de leurs bras était tatouée, oe qui imi<* tait assez bien ces gants de sole que les femmes portaient autrefois.
Un malentendu vint dans la suite trmibler la pai« sîble conduite des naturels. Un bruit répandu sans motif fit croire aux indigènes que leur dief avait été mis aux fers à bord de ia Nûdêêhda\ ils a'armè* rent, et, sans l'intervention de Roberts, ils saaeraient emparés d'un canot de ta ffê»a (second navire de Texpédition), qui était arrivée depuis deux Jours. Une nouvelle visite à Ke^tanoui eut lieu pour oe motif et dès lors toute crainte fut diasipéie.
Avant de quitter Nouka«*Iiiva, Krusenstern alla faire une visite dans une baie à cinq milles dans r<mest de celle de Taio-hae; Faspeet pittMesque de ce bassin parfaitement abrité rendit cette course fort agréable. De nombreux niiàaeaui, un anorage teK lement sûr qu'un navire pourrait parfaitement s'y réparer, devraient d'après Krusenstern faire donner la préférence à ce port sur edui de Tai<i<*bae. Une disposition particulière du terrain mat à Tabri des attaques inattendues dés naturels et donne toute facilité pour l'établissement d'un hôpital à terre j le })ays aussi eet plus beau et ph» finrtiie» les cochon»
44 Iles MARQtiisG$
I>lus abondants et même les habitants parurent plusr attrayants.
Quelques officiers revinrent par terre à travers les montagnes, dont les vues agrestes compensèrent la fatigue de la route ; Roberts conduisait ces messieurs, qui reçurent partout sur leur route un accueil amical de la part des habitants. Cette excursion termina le [séjour de Texpédition russe ; le il mai elle appareilla ; mais loin*^ d'avoir conçu comme les anciens navigateurs une idée favorable de ces sauvages, Krusenstern les représente comme des êtres perfide et féroces, dans la dégradation morale la plus complète; il leur donne le nom de sauvages comme étant le titre qui représente rhomme dans la plus basse condition , celle qui le met à pmne auniessus de la brute.
Les guerres de Tempire, qui jusqu'en 1815 ébran« lèrent toute TEuropé et absorbèrent tous. ses efforts, eurent du retentissement jusque sur les lointains rivages du groupe des lies Marquises.
Le but du capitaine Porter était de mettre en sûreté les prises quHl avait faites sur les Anglais et de procurer quelque repos à son équipage, lorsque le 23 octobre 1813 il vint former un établissement temporaire dans la baie Taio-hae. Les vaisseaux CEssex et VEssex^Junior commandées par le capitaine améncain, ses nombreuses prises, les forces imposantes qui composaient les équipages ne laissaient rien à redouter de la imrt des naturels, mais la division de Porter avait besoin de réparations : elle
devait se prémttmrjcoobretoiijteaggressidii inopinée de la part des Anglais, et sous ce rapport, Tlle Nouka- Hiva servait admirablement les projets du capitaine. Le secret de sa relâche et rexcéUent abri qu*o£Qrait la baie Taio-hae donnaient toute la sécurité désirable pour ces opérations*
Keatanoui vivait encore, mais ce n'était déjà plus le chef robuste de Krusenstern : l'homme dans toute, sa vigueur était devenu un vieillard débile. Il accueillit assez bien les Américains. Pouvait-il agir autrement? La force était là, et une force imposante. Autour de lui se groupait une nombreuse fomille, parmi laquelle Patini, sa fille ^ ai^raissait plus belle et plus majestueuse que ses compagnes*
Elle reçut les avances de Porter avec une hauteur et une dignité qui Fétonnérent} elle semblait fière de sa beauté et de sa naissance. Toutefois, plus tard , elle donna la preuve .que ,son cœur n'était pas insensible.
Trois Européens setrouvaient sur les lieux; deux d'entre eux s!y étaient établis pour récolter du bois de sandal , marchandicie précieuse sur Içs marchés chinois; le troisième était un maraudeur anglais , qui inspira d'abord de la m^anoe, mais qui, finit par être ^uployé en qualité d'interprète dans les relations avec les Noukahiviens. Par son entremise. Porter leur expliqua ses intentions d'établir une espèce de camp .à terre sur un point éloigné du village, et déc}araqu'il çon^idér^f^itcgm^meun ennemi
4$ tLES MARQUISES
tout individâ qui se {H^ésenterait en arme» ddvaui lui. Ces premières dispositions eurent prompletnent leur effets une ligne de démarcation fut établie i puis un atelier futimproviséà terre, et sur-le-champ les toiles des bâtiments y furent envoyées pour âtrd réparées.
Sur ces entrefoites, Porter apprit que la guerre était déclarée entre les Tms, nom collectif des habi* tants de cette vallée, et les Happas, tribu voisine} cette circonstance pouvait amaier des débats dan*« gereux dans le voisinage des Américains. Pour y obvier, le capitaine profita de la présence de quel^ ques guerriers Happas q<ii , en raison de leurs liai« sons de fiuniUa avaient la liberté de circuler libres ment entre les deux partis belligérants , pour laîre signifiera leur tribu de cessw la guerre immédiatement et pendfiyat tout le temps de la présence à» la division sur la rade, sous peine d'être punis sevéreBtônt. En outre, le capitaine les engagea à venir faire, à bord des navires, des échanges de cochons et de fruits , dont les équipages avaient grand besoin. On leur garantissait en même temps toute sécurité dans leur voyage aux vaisseaux , et on promettait de maintenir Tordre parmi les Tais pen^t leur pré« senee, s'il en était besoin.
Keatanoui se trouvait dans 06 moment dans una espèce de fort bâti sur le sommet de la montagne qui sépare les deux tribus ; à son retour 5 il accabla Por« ter de témoigmtges d'amitié* 11 changea de nom avec lui, eC^insista pour qu'il l'aidât dans sa guerro
ou NOCILA-BIVA. 41
contre les Happas..... Puis voyant que toutes ses instances étaient inutiles et ne pouvaient vaincre la résistance de son ami, il s'écria en s'adressant à Porter : « Mais les Happas ont maudit les cendres de ma m^ ; tu es Keatanoui maintenant^ c'est donc aussi ta mère! »
Cependant, dés le lendemain|, les Happas, peu soudeux d'obtempérer aux désirs qu'on leur avait exprimés, descendirent des montagnes et ravagèrent les arbres à paio. ils en avaient déjà détruit envimn deux cents, lorsqu'on leur envoya un messager; message et messager furent fort mal reçus par les guerriers Happas. «Malgré les menaces des orangers, dirent-ils, noUs avons ravagé les possessions de nos ennemis, les étrangers n'ont pas osé nous attaquer ; ils ont peur , bientôt nous viendrons nous emparw de leur camp et des objets qu'il renferme, t
La tournure qu'avaient prise les événements exi** geait des précautions extraordinaires; aussi chaque soir, le quart des équipages descendit i terre en armes pour veiller à la sûreté du camp»
Tous les matins, les jours suivants, les Happas provoqument les Américains du haut des sommets limitrophes des deux vallées. Les Tais commencèrent i douter du pouvoir de Porter en voyant son inaction après les injonctions qu'il avait faites; il devenait nécessaire de prouver qu'il pouvait punir comme il l'avait avancé.
Mouina, principal guerrier des Tais, demandait iiHtaimiient à voir les effets tant vantés désarmes à
48 tLES MARQUISES
feu; on résolut de le satisfaire. Un arbre voisin fut choisi pour but, et bientôt les morceaux de soa écorce volèrent en éclats. Quelques guerriers Happas assistaient aussi à cette expérience^ mais rien ne put ébranler leur courage, et lorsque les Ân:iéricains, essayant encore les voies de la conciliation pour faire cesser la guerre, leur dirent que ce serait folie de leur part de vouloir affronter de pareilles armes, tandis que la paix serait faite s'ils voulaient abandonner les crêtes des monts voisins, ils répondirent avec hauteur, que les fusils ne sauraient effrayer les belliqueux Happas*
Dès lors la guerre était devenue inévitable, les Américains s'y préparèrent. Bientôt un canon fut débarqué, et après en avoir fait Fessai devant les Tais^ on leur proposa de le porter, sur un point culminant pour déloger leurs ennemis des hauteurs. Transportés de joie, ces hommes bondissent aussitôt, embrassent le canon, comme s'il pouvait sentir leurs caresses, pilis, poussés par l'instinct de la haine, ils se rassemblent, le soulèvent, et contre toute attente, le transportent sur un piton presque inaccessible; précipices, escarpements, murs taillés à pic, rien ne peut arrêter leurs efforts. Il y avait une œuvre de destruction à accomplir et , dans ces cas, les forces humaines triomphent des plus grands obstacles. En visitant les lieux plus tard , les Américsdns ne purent réprimer leur étonnement; la position leur paraissait déjà inaccessible à des hommes seuls, et, à bien plus forte raison, impraticable à ceux qui
ou NOtlKA*BIVA. 49
étaient chargés d'on pareil fardeau. Us n'auraient pas cru à la réussite d'une pareille entreprise, direntils, s'ils ne l'avaient pas vue.
Le moment d'agir était enfin arrivé; les soldats de marine , accompagnés d'un détachement de matelots , se mirent en marche, sous la conduite du lieut^ nant Dovvnes. A peine étaient-ils partis, que Keatanouî accourut annoncer l'arrivée d'une de ses filles , femme d'uii chef happa, chargée de porter des pa* roles de paix; mais il était trop tard, l'heure de la punition avait sonné. On avait déjà enduré trop longtemps les bravades et les provocations de l'ennemi sans y répondre; il gardait, du reste, toujours les hauteurs dominant la vallée; il fallait s'affranchir de la crainte d'une attaque inopinée; il n'y avait plus à reculer.
L'insistance de £eatanoui le rendit suspect; le détachementpréposéàla garde du camp était faible ; armes, munitions, approvisionnements, tous ce$ objets étaient, en quelque sorte, à la merci d'une trahison; par mesure de prudence , on garda ce chef comme otage. Sa frayeur fut grande; malgré toutes les protestations contraires , il demandait souvent si on no voulait pas le tuer.
Une jeune fille, errant dans les buissoqs, accourut peu après, tout effarée, annoncer que les Happas s'approchaient du camp. Sur-le-champ, le canon d'alarme fut tiré, chacun des dix ou douze hommes présents s'arma comme il put, et tous, abrités par un rempart de barriques, attendirent avec une cer-
50 iLt}» tHAtlQtlSfiS
taîne anxiété, tes forces probablement bien supé*^ rletires dé l'ennemi. Après quelques instants d'attente , on aperçut en efltet une troupe de sauvages se glissant au travers des hautes herbes de là colline, pour s'approcher du camp sans être vus , inais le feu d'une pièce dé Sit les dispersai bien vite.
Il était 6Me heures lorsque le détachement amé^ rlcaiiî paiput Sur la fcrèté des niohtagnes , pottKsd- Vant les ennemis, de sommets en somniets. Môuina , IHntrépîde Taï , marchait en atant en agitant lé pavillon amèricaîn; la victoire était complété. Vdoi ëomment lés opér ations de la journée foreût raeontééSparTofficier qui les a^ît dirigées-, lorsqu^à quatre heures du soir il fut de retour. En arrivant près dés positions gardées par Tenriemi, te détachement fut accueilli à coups de pierres et de lances; une pterre ayant frappé te lietitenant Downésau Ventre, Il ftit renversé. Cet ineident arrêta toute progressiott pendant quelques Instants, mais reprenant bientôt ses sens, cet officier continua de marcher en avant* Bîenque tes Happas n^eûssént eu encore personne de ttré ttî mèfflè de blessé, ilsn'osérentpâsen venir aux maîns j iotïB [i) «^enfuirent dans un de leurs forts, espéeô de rempart de pierres , n'offrant qu'une étroite éntocée. Là, se croyant en sûi-eté, ils insultafent â leurs ennemis par des gestes méprisants, qui Semblent avoir la même trcc^ptîon chez tous les peuples. Cet obstacle
(1) Au nombre de deux ou trois mille , chiffre évidemmeiit
M MOUL-a»4. SI
m^l^éMiiefdMfttit ^ërsyrdeur des Amëricaint; i tant qu^il fallait néœssmroiBeiit &gir wec vigueur^ ût {MHiMèreât tto» hourras^ pvis s'éfamcèreot k lra« >n^^ «mé ^^ do {irojoelifeB wré les fortifieaftkms «tuimigesà LM/gii«mers hupfn ne bsÊûreùt eà n* traile isp^ lot^im d^à leurs murs âaîeat cavaUsi tWk â^mi mmîbMà Iwqpi'à « iiq'm coiqi defuaii^ tiré à bout pMttM', M eût iNrisé fe ««lie. AtttsitAt umd¥éfiiBttiâlAMtMi,eiiiq tieliaBWMStémitsitrle cbAfistMlélMttàail;1rai»i»ktrês ftamt «osatM mus |MirlM l^ig) «fiehluilés d'ïiwir ime si IkUs «ubune «»M àiioir is^ittiilis iftifim dti oaubal; ibies attan- «M^reai ê d» iMgsfcftfMS pow les tnmsiporter pins ^oMifl^éÉMiiil V puis «nelMaide des leansa précipita ^Amssuii isâli^e «Mewpm âbi^» qm'eik i^la éa ^feiid en ^fmkAe^ ^t winM chargés de dépouittes^ ififies <)^4èsliiidkMm) Aes MMes^ iléseaiebassis^ ^ «sômë des 'dscbMis^
Les acâMis de «es salifiées so&t repoussantes 4 ¥6^, disait te MèijASOaiM do^vm^s; ils se hâtat^tt if tebÈfy^rya^eis «n fèmce attomenent) leshoaames blessés ^ fe ftisiliads; ils les iMîefit «ans pitié , et iblM^ua dViât «^^Éïpait «a imm dum le sang de k ^âfiÉl^^ fis «Msar^atent «vec soin «ette irace de neuftfS'Si^ lettf^ ^rmes; lesors lanoes acquéraient abrs une >aletof plus grandis^ elles recevaieaft le nom ée rtiommre ttté. fjes pertes, du côté de ^iMler, se réduifflrent à deu^ hommes Messes; en ontre, un Taî avait eu la mâchoire cassée d'un coup de pierre.
Keatamiai, dj^wé 4è em ^e/mpAsmims^iAy au
retour de rexpédition, n'était pas enoore revenu de la frayeur qu'il avait éprouvée; on lui dit que maintenant les propositions des Happas seraient écoutées s'ils les renouvelaient , mais le pauvre vieux chef ne paraissait plus songer qu'à une seule chose , celle de pourvoir à sa sûreté. Le voisinage de ses blancs amis lui inspirait une profonde crainte , son arrestation pesait douloureusement sur ses pensées.
Curieux de connaître ce qui allait être fait des cinq cadavres|rapportés en triomphe par ses alliés, Porter, suivi seulement d'un soldat de marine, se dirigea vers le village. En arrivant à la case de Keatanoui, il trouva les femmes rassemblées, et dans les plus vives transes. L'arrestation de ce chef avait jeté une vive alarme dans la vallée; sa femme se précipita aux pieds du capitaine en versant un torrent de larmes; elle lui dit, par l'entremise de Wiison , que maintenantqu'il avait vaincu les Happas, il allait, sans doute, tourner ses armes contre les Tais. Elle le supplia de l'épargner, ainsi que sa £aimille, offrant de devenir ses serviteurs. Porter parvint à la rassurer ; et bientôt cette femme, reprenant courage, adressa un long discours aux personnes de son sexe qui l'entouraient. Elle leur exposa avec énergie les avantages qu'on retirerait, en vivant en bonne intelligence avec les étrangers, puis, toujours en proie à l'émotion qu'elle venait de ressentir, elle les exhorta à ne pas heurter ces chers amis, dont elle avait tant peur.
La fille de Keatanoui, épouse d'un chef happa,
00 NOUKA-dtVA. 53
dont nous a^ons déjà parlé, étsât aussi là, dans une attitude désolée ; die dépeignit la terreur dé sa tribu, depuis ses revers, et témoigna un déur sincère de feire la paix ;- eHe reçut sur le champ Tassurance ipie la paix serait accordée dès qu'on la demanderait, et que les calamités de la journée n'auraient pas eu lieu sans les provocations multipliées des siens.
Se dirigeant ensuite vers une de ces places carrées et pavées, destiui^^s aux réunions du peuple,^ Porter rencontra en route Keatanoui, qui venait à sa rencontre en mangeant un poisson tout cru , dont il trempait les morceaux dans une pâte de fruits à pain et de bananes, contenue dans une noix de coco. Puis il arriva au milieu d'une assemblée de cinq ou six c€»ts guerriers dont il entendait, depuis longtemps, les cliants de guerre, accompagnés par la bruit des tambours. Les cadavres ennemis, encore attachés aux perchés qui avaient servi à les transporter, gisaient auprès des tambours ornés d'étoffes pour la circonstance; quelques indigènes faisaient retentir ces instruments en les frappant avec les mains, tandis que d'autres 9 armés de leurs lances, chantaient à tue^ète. Un ]Mrétre, nommé Taiivataa» semblâitprésider cette cérémonie lugubre.
L'aspect de Porter occasionna une confusion ex- \ êmedaM la troupe; de bruyantes clameurs s'élevèrent de toutes parts^ et lea corps furent cachés subitement iBOus des buissons. Ces démonstrations, dit . Porter, lui firent réellement croire que ces sauvages étaient anthropophages. Le fait avait été affirmé par
Wilson V d'AHIirora il était 4^ liOi»do^Oi||P»4<ïett» époque. Porter exigea <(i»'4l» fmttih^euxtpB, m fim^i ee ne Ait qu 'aiMic répiigafUEw^ qn'ot» «bt^wpér^ h a». deœazkde; «t koraqu'oa le» fftffioytiit > il» éN^Ot coutertt de feniltet. tt les fit dé^wb» 0( f^poKrqu»' qu'ils étaàent «adiers et lwp«H«l^t <|'fl!ltr(» 1^9ft9 que celles oecâesiomnéek |mr les bletâtHKis qui »im«»% donné la mort.
Leoapitahieréolaiiiâ alors ees côrp&pburlô^fMi^ enterrer; il demanda aui$&i aux a(Steiirs de Qet^ sîngu-^ Hère fête s'ils avaient l'intention do se r^att^e de cas cadavres, en leur exprimant toute son horrettr paw cette action. Soit que œtté ma«îlefitatî$Q Qôt )i^^ fluencè leiir répome^ aûit qu^ellëfÀt sinç^rt», ^ qui est peu probable, tous liii ttsûràreût qq'ite m Je proposaient pas de se livrer à vtxt t^p^ aussi fé^f^U tant; mais, en môme temps, ils le supplièri^iit d4 leur laisser les corps eneoie un jûtir ou deui^f pour accomplir les rites de leurs cérémonief;^ 6% 09 l^ur en abandonner deux , qui devaient élrd ûfSvrt» comâoe uii sacrifice à la mémoire d'un de leurs pti^ très, tué précédemment) ib ajôutèfent qii-il psiWf rait envoyer, plus talrd^ asaisler à iMr eftt^^MmenU qui aurait lieu k telle prdfonctettv qu'il jOgoriit eoo^ venable. Keatanoni et Tavrataa se joi^itenft èee^ instances, etrepréseniérent que ce S0rait un bi«p gffmd triomphe pour leqrs enncimis d'appreodre q^'^u leur avait enlevé ces oadavres, et ^u'On oeleup ftlb^t^ buerait, en conséquence, aucune jimrldatij h yifU^vt^ remportée* Vaincu par des sollicitations Misât 9P^
ou NOUIA-HIYA. 59
demandés y à la condition que les autres seraient mn voyps au camp.
U remarqua aussi que tous oas oatuf ois a¥aient io ploagiand soin do ne pas If uctiey cas poUm iu^nimést •t mèraequ^i]séiritaio|it Iç coalacldusangiiui feignait les penahes, Cetto circonstanee était sans doute la suite de qqdqqa ta))ûq superatitieui» tandis que le plrili^thrape aniéricain la oonsidérait oomnoune dé^ lieatesso toute partioulière qui lui fit gmmi l^isir« n en tira un heureux augure pour les mœurs do ses alliés, qq'il no pouvait eroire asso^ dépravés pouF a'adonner à Taffireuso coutumo du oanniboi
liSBSO.
C'est on nfiu que Port^ veut plaidev on faf ^ur do . eelte raee : le &it du eannibali^me est trop bienét^T tdi* U &it vemarifiie» que les mots do leur langue ne sont pas toujours eompris, et que c'est pwt-^étrf à une méprise qu'on doit de eroire qu'ils amuent ^ penehant i kiiUétâ, qui signifie mangeo, veut dire aussi sacrifier i il est notoire, dit^il, que des corps sont offerts «s saer ifico, qqe les crânes, sont eonserr vés commo do^ trophées» et que les qs gravés arec art forment des ornements pour le cou ou dtt| Mtaur menta de péohoT Kaatano^i ni sa fiunillQ no possédaienl aiumn oanemont de oe. genre, ot c'est pautt ètro 00 qu'il ontondait , ou qu^on a cru comprendre qu'il voulait eicprimer, en disant que ni lui ni les siens 110 mangeaient le ^9ps d^ eonomis. Ces «spit^tiQOi ne détruisent nullement Tass^rUon da cannibaiisnte,
66 tLES MARQUISES
qui j cMàme nous rayons déjà dit , a été entièrement prouvée.
Porter, désireux d'assister à la cérérnooie qu'il avait interrompue, demanda qu'on la continuât malgré sa présence. Alors, le prêtre Tawataa monta sur une espèce d'estrade , et, après avoir seooué. la branche sèche d'un palmier, à laquelle pendait une touffe de cheveux, il prononça que^ues paroles qui furent suivies de trois acclamations spontanées, pojissées av$c un grand ensemble par tous les guerrieirs : toutes ces voix réunies ne semblaient former qu'un son. Chaque acclamation était ac(^pagnéede,fqrts battements de nuûns. Après ce dàrot, lès tambours vibrèrent sous une rapide impulsion. Ce concert sauvage dura environ cinq minutes, pendant lesquelles les personnages de ce sombre tableau chan-^ tai^t à pleine voix en faisant des gestes très-animés ; puis le bruit des tambours et des chants cessant graduellement^ le silence se rétablit.
Par trois fois la même scène fut recommencée^ et à chaque fois avec plus d'animation. A la fin de cette troisième répétition, le prêtre demanda à Porter si cela était mofofct^ bien ; et, sur sa réponse affirmative, il parut fort satisfait.
Wilson^ au fait du langage et des coutumes du pays, expliquait cette cérémonie en disant que les Tais chantaient la défftite de leurs ennemis et, remerciaient leurs dieux d'avoir ravoyé à leur ai<te les puissants alliés dont les prouesses avaient amené un triomphe aussi complet.
ou NÔI7KA-B1TA. 67
CFn guerrier happa se trottimtprte de là; à la vue de -Porter, il «e mit à trembler, il te ratsun cependant kfrsqa'il vit ecdui-ci loi tendre la main, signe amical dont il avait appris la signification. U éauméra les pertes de sa tribu : an grand nombre d'individus avaient élé blessés par les armes à feu , etle trouble le jJus grand régnait dans la vallée; les résultats de la démonstration de la v^le avaient frappé tout lé monde de stcq>eur. En toyant les balles du fosil de Porter frappera trois reprises dans le tronc d'un arbre, à hauteur de cos» d'homme, il atoua que les flbndes ne sauraient soutenir la lutte, et promit d'engager les siens à demander la paix. Il reçut dans ce but un mouchoir blanc , signe qui devait le faire reconnaître comme parlementaire.
Le chef des Happas, Môwataeh^ gendre de Keatanoui, arriva quelque temps après en compagnie de plusieurs individus de sa tribu. Gomme ngnede paix, il portait à la main le mouchoir blanc du parlementaire ; la contenance de ces hommes indiquait leurs intentions, ils venaient témoigner les plus grands regrets de leur conduite passée, et exprimèrent l'e^f^ir qu'on voudrait bien leur accorder de vivre à l'avenir dans les mêmes termes d'amitié que la tribu de Keatanoui. Cette démarche fut accueillie favorablement. Touteibis , la paix ne fut accordée qu'à la 4X>ndilion que les Happas apporteraient une fois par semaine des cochons et des fruits à l'établissement américain, où on lenr en délivrerait la valeur en morceaux de fer ou autres objets
4« lailr Qhûix» QgU^ mtsmm m% \m fm»h tmte
UiVHri f^n élit detm«9uilUtéf rp^î^^ fiy^pt PMMv^ivé 4|ue Porter »'9V«itp»siiffrt S4 màn m f^^iymm^ p^r nmmmvmiHNitqu'QQ craiyftit bi^n l^ûi 4oia#9
mam et ternît dAn«MU^<}««>Ageii4i«^«âmn^ en gage da ralliwQQ propmée. Un aeurt «iln^w 9m\% omet étra»nt€i ai»ifif^}«} pyip Mowat^ajb qlMWrw f Pfl k» Américain» dev^t^t Um imQmmoàéê pir la pluiû MUS l€wr» ahri^^de inii^^^Oui, repHt ^\pn K^dtanoui t te p4ni« doit 6ltr#r ju8qu'àL ii§| amwt WM dj^YûDfi ymdM tew (léjfi^ur pif mi mw »WH agréfthie qpt pMitbte} qw toutes tes tribufl sm»îs4 se réuniftiml po^ teu^ édifier dM d^îm^^h; \» T0tedûiiiieHMt|'e;mttpl#an bAtÎJ^f aiit A^lte de Potî (Fiûftâr)-
Si eottopûteA«rt QMtfi^mmt décrite, eombiffli tes smitifiietttft da oaa Mpes à i'éttut de nature prè« Mot^t de eofttiwte». di^giièpe, m 1^ YQyaot m péjeuir sur 1^ eftdavrM da lem^s adversaires, qui eût dit qufi peit d-^iirefl plus tard » ils devaiQQt tâ<? meigner lui vif ptekir de voir te paix «nméder è teao triomphe, et que par une ÎDapiratioa spentende ite érigeriîeftt eomme un mottument uUle de teiip aaliafactiûii nutu^e, miesérie^de oaaefi, pour abrit ter leq ikmngfm enduits par te basait d^fia ieuri qoerellea doioe&tiquea*
La f^Qpoattion de KeataDoui fut adeptéa aurrte^ ehamp ; sur^etchamp ausai on procéda à oe travail.
on moiMmiAà 9IB^
qui t'aônnpKt «leq «MMpidM ip«Pi*iiteiM»«^ hm mtxéB tnims de l'ile tinraik mm » in»k% W»
Tm et Ml Happas, en iqpportaBt Mq\i^ des pravisiofis i ée|ia«gv, Lee Taitib, ii|Pte el W4 imiMase peoplade ètabUe dens um giiede «Ué04 «t ane autre triba dent le lidm <|8t dtraegMMPl W^vçh pié pal* Porter ( HéitiûÊÊakeQtlwHm ), t'abitîftMa^ aeab de suhre Teioemple g^iérel t les preinio?» a^ confiaient daei leur millanee qui e'ttvflit JAmAÎa été ^aineue, lés seoÔQds dans leuF élotgn^menl e( dans lenp nombre. Ces deux tribus étaient d-aîl)^urs étroitement unies; les Taipis n*awent jaiBaîi «IHSQrs subi d'ééhde, ils se vantaiat d'àiéir toiq^urs défendu leur vallée de toute agression étrange i «t leurs prêtres leur aTaîent af^npts àei^trt que jftiAMV ils n'éprov^rateilt de reKms dans teuifi guérie.
Le chef de la Tallée^oenie( Hoipi prabaUemenl)» nommé Temaa«>Ta{pî , s'tobsthil àmû plnsiènps fais d'apporter son contingent aii «(^rché de i'étàUisser ment. Lorsqu'on lui en demanda la raison, il eq^pti^ qua qu'étant obligé de passm» «nr le terviteire lïss Taipis, ceux-ci l'avaient insulté plusieufk filîsen l'appelant poltron , et que mdme ils |ui aiment /été des pierres ; il réelsma la proieetiende ftspter eentre les insultes des Taipfs : sa joie fyA espiessive lorfr qu'il reçut la promesse qu'im téprtroiàrait toute a^ taque tentée contre nù ailié, surtout des attaquai faites parce qu'il venait apporter dés comestibles ay camp. 11 pria aussitôt Porter de mettre le soaau à sa promesse en changeant de nom avec lui; maU te cas
devenait ici fort embarrassant » pour pen qu'on eût voulu mettre une certaine valeur à cette formalité : Keatanoui avait déjà obtenu le privilège demandé*^ Porter ne pouvait plus disposer que de son prénom, David; Tamaa-Taipi s'en contenta &ute d'autre. Gè chef était un des plus beaux hommes de l'île, et sa femme avait aussi la réputation d'être fort belle, ce qui n'empêcha pas son époux de vouloir conférer tous ses droi^ conjugaux, en même temps que son nom, à son gracieux ami le capitaine Poti ; une seule condition était mise à cette concession souveraine : c'était un simple collier de verre.
Le camp primitif des Américains était devenu une espèce de village assez confortable : cinq grandes maisons, un four, une boulangerie le composaient; un fort ou plutôt une batterie fut aussi placée sur un morne voisin qui dominait la rade et ]es alentours de la baie. Le 19 octobre fut le jour choisi pour arborer le pavillon étoile des États-Unis. Dix-sept coups de canon, tirés par ce fort et répétés par les bâtiments sur rade, saluèrent la prise de possession de l'île Nouka^Hiva.
Tout en se plaignant des procédés des autres nations qui avaient, imposé à ces terres d'autres noms que ceux donnés par les Américains, premiers dé- <K>uvreurs , Porter cependant se crut le droit d'en conférer de nouveaux à son tour. Non content d'appeler le village et la batterie village et fort Madison, il nomma encore la baie, baie Massachusetts, et File, île Madison.
ou NOUKA-&IVA. 6i
La déclaration de prise de possession (1) ayant été lue et signée par les témoins de cette solennité, elle fut nàturélleniént suivie d'une libation à la prospérité de la nouvelle domination. Le but de la cérémonie avait été expliqué auparavant aux indigènes ; ils parurent en comprendre le sens et témoigner leur joie d'être désormais unis à la grande famille des Moullikis ( Américains ) ; ils désiraient surtout savoir si leur nouveau chef était un aussi grand hoinme que Keatanoui.
Cependant les Tais, les Happas et les sujets de Temaa-Taïpiy vinrent se plaindre de nouv^u des insultes et de la conduite hostile des Taîpis. Les tribus les plus éloignées prenaient prétexte de cet état de choses, pour ne plus apporter de viyres, ou pour n'en apporter que fort peu* < Nos provisions sont » épuisées, disaient-ils} nous sommes pauvres, tan* » dis que les Taïpis regorgent de vivres. Vous avez » promis de nous protéger, et cependant vous souf- » frez qu'ils nous insultent sûr notre passage. Faites » la guerre aux Taipis, nous vous aiderons en vous » suivant dans nos canots de guerre. >»
Ces motifs, joints aux sollicitations de plus en plus pressantes des tribus alliées, déterminèrent enfin Porter à agir. Des messages avaient été déjà envoyés aux Taipis pour les engager à changer de conduite , m^is leur réponse avait été des plus insultantes. « Les Happas ont été battus, disaient-ils,
(1) Fair note 3.
» pxtcé <}uë 11» Happai sotat des pbltroliÀi aussi » bieâ quB les Tais et Keaianoui leur cbef« Quant j» aux [ AméricaÎDS) ce sont des léiards Uaims, » une inérilabte iioue^ • Le messa^ contenait des tsomparaisons bien plus insultaïUes enccHne^ que] WMii ne poatons eq>roduire«*«^« Les jiné- » rioains, pourauivaient ies guerriers Tai^is, seni é îuMpables de stif^rier la fatigue; a^eaUés par a la moindre n||alenr et ipair le manque d'èa»^ » ils ne peuvent grimper sur les montagnes sans a aMDÎr de» au:itltaûis6 pomr les aider et pour porter » )ettm unees^ ^^ £t {leurtakit , ils ménaoent de 1» «hâtler M 3'alpift) u3Mfe tribu qui n'a jamais été # vsanétm par l'enuenû^ et à qui les dieux mil Il p^N>inis um luecàa constant à k guerr^^ ^^ Mous a les d^&àottS Ai ¥enir <kns noire tailée, nous leur ^ preui^émni ^è nous ne^eraignôaspas leurs fosAie^ ^ ( fusils )5 ^setntne tes ltel»es tribus des Taïs, des > Hap]^ el^MSlM^iiie» a
G^te déi^miM était tg^plidie^ les Taïpis vou^ laieût la guerre ^ elles tribus 4|iinies ne désiraient pas moins de v(At irtiver le <!onimeneenient des fa^stilltjés.
Le ST ne^penibre^ eommunleatiôn tat donnée aux taiti et au:& Ra|ppas de rintenti<»i du oommnmlaiit d'attaquer les Taïpis le lendemain^ Keatanoui et deu![ autres eheft s'einbarquéreM sur VS^sexMÊmr^ peur feire ¥<Mm d'ambâissadeurs^ t^ bâtiment devant se rendre devant la baie ennemie pour assurer l'attaque.
ou II0IIIULHIIV4. B8
Qe navire partit en ôfifet dans rapris»mldi« DatM la ttUit^ PdHe^qutlMlsibiyd à idti fjk>ur$ à la tète de tâmi embafâaUottô «t d» dit pirogin» de guerre^ chargéed^de ^lêfriël^ tais 5 raia«itiblés au son des eént|lieéi de giieffé. AU le^fer da êdhHi, dix pirogues des mppks «e jéigni^eiit à eux, et peu après ils atteigfii^éttik plage des Talpii», théâtre futttr du t^ombat. Les hauteurs étaient surmontées d'une couronne dé gu^l'i^^ti amto$ ai^ttiésdehinees, derafisé^ètes et de fi^ndes^ Iki rendideht toute retraite imposeible par terï^, tattdis que IM ^oit^es afi&érieainesetles vingt pi^ rëguesde guerre barraiient laJi)a^. Touseespréparatifti tl'a^^M paséohappéà k^igilaneé des taï^; cepeti^ dant Àucun d'eUï ne paraissait* Le ta^rain plat q\A s'étefid du rivage à une centaine de tnètrei dans l'in^ térieur^ les fourrés épais ^ aMmentés par una^dma*fécageuk, <in étroit sentier serpentant au milieu de ees buissons 5 tout était sileneteui, et rien ne trahis^ sait la préseneë des combattants.
A^nt de eommeneer leè mouvement», le déjeuner des bomnies Ait distribué} ils eomniençaient à pren^ di^e eé repa^$ lorsque quelques pi^^es^ lancées par dés mains]^invisiUéd^ annoncèrent enfin la proximité de renneini. en deë naturels attielié$ pour jouer le rôle de parlementaires partit alors pour porter une dernière «ommaibU) mais il revint bientM eourant à toutes jamb6», la terreur pente sur le visage, ra** éontek* que les Taîpis embusqués Tavaient maltraité iM^ns vouloir Tentendire, le menaçsmt d'une mort «erittiitië s'il^ a'aventursdt enobre p^ml euji^ malgré
son pavillon blanc. Une grêle de .pierres s'éleva un instant après du sein des buissons; les hostilités avaient commencé, un Taïpi en fut la première victime. Un mouvement le découvrit aux yeux du dé^ tachement) il devint le but de plusieurs coups de feu, mais une seule balle traversa sa jambe. Il tomba au milieu de ses compagnons qui rempor-térent.
Suivi des trente^cinq marins qui composaient le détachement, Porter entra bravement dans les fourrés; alors les pierres et les lances tombèrent sans interruption autour de lui; oh entendait le claquement des frondes, le sifllement des pierres, le bruissement des lances, sans pouvoir entrevoir ceux qui r^s lançaient. Partout l'ennemi était soigneusement caché ; aucun cri ne se faisait entendre.
Cette guerre faite par des assaillants invisibles rcAdait la position difficile. S'arrêter eût donné plus de chances fatales aux armes ennemies, battre en retraite eût amené les résultats les plus funestes, non-seulement en augmentant l'assurance des Taïpis, mais encore en détruisant la confiance des alliés. Dans cette espèce de guêpier, il n'y avait qu'un parti à prendre, celui d'avancer le plus promptement possible, afin de quitter les dangereux taillis.
On fit un mille sans avoir reçu de blessures, mais sans en avoir fait non plus. Bfouïna, le brave guerrier Tai, marchait, selon son habitude, en tète du détachement qu'il guidait; une rivière se présenta bientôt et barra la route, ses bords couverts d'arbustes
ou noukâ-uivâ. 65
serrés vomirent encore des pierres sans nombre; une d'elles vint malheureusement briser la jambe gauche du lieutenant Downes.
Ce fâcheux incident compliquait encore la situation désagréable des Américains. Les Happas et les Tais étaient restés simples spectateurs du conflit^ leur conûerce blessé eût été une grave imprudence. Le caractère mobile de ces peuples pouvait , d'un instant à l'autre, changer leurs dispositions; leur amitié dépendait peut-être du succès de la guerre; retourner, eût été aussi une calamiteuse nécessité ; on ne pouvait donc adopter qu'un seul parti, celui de désigner quelques hommes d'un détachement déjà faible, pour conduire cet officier à bord de VEssex Junior. En effet, quatre hommes l'emmenèrent, pendant que leurs compagnons continuèrent leur marche en avant, pour traverser la rivière. Le nombre des lances et des pierres lancées s'accrut tellement sur ce point, que Mouina, si intrépide jusque-là, commença à se tenir de l'arrière. La rapidité admirable de son coup d'oeil avait été d'une grande utilité ; plus d'une fois il avait prévenu et détourné des dangers réels. La rivière n'était pas facile à traverser ; ses rives escarpées, son courant rapide et profond, rendaient le passage hasardeux sous les traits des ennemis, et auraient empêché une retraite précipitée.
Il était urgent cependant de ne pas rester dans l'inactivité. La mousqueterie n'ayant pas pu éclaircir les fourrés du bord opposé, une décharge générale fut
commandée; puis, en poussant trois hourras ^ la troupe se précipita d'un seul trait dans le gué, et parvint, sans perte, à gagner le bord opposé»
Le terrain marécageux se prolongea un quart de mille encore ; la marche était embarrassée, à chaque pas, par Içs buissons épais épars sur la route ; il fal« lait parfois ramper pour avancer*
Enfin, on arriva à la limite des marécages; la végé^ tation n'entravait plus le passage; chacun se sentit un nouveau courage et de nouvelles forces. D^à on espérait arriver sous peu près d'un village voisin, lorsqu'une nouvelle difficulté vint encore une fois arrêter les Européens.
En face du chemin, un mur fortement construit et assez long, élevé d'environ deux mètres au-dessus du sol, flanqué par des arbustes impénétrables, met^ tait le comble aux contrariétés de cette journée. D'horribles hurlements, des décharges plus fournies que jamais prouvèrent que là se trouvaient les prin^ cipales forces de l'ennemi, et qu'elles opposeraient au passage de cette barrière la plus grande résis*» tance qu'on eût encore rencontrée.
Placés à l'abri d'un arbre, i^itué là fort heureusement, le lieutenant Gamble, le docteur Hoffmann et Porter lui«même, abattaient avec leurs fusils ceux des Taïpis qui montraient leur corps au^lessus de leurs remparts. Ces fusils furent les seuls qu'on put employer avec avantage ; cependant leur eSet était si minime, qu'on résolut de monter à l'assaut; mais>au moment d^ tenter ce coup de vigueuri on acquit la
ou noi}ka*hiva; 67
triste certitude que la plupart des marins avaient brûlé toutes leurs carlouches, et que quelques-uns seulement en avaient encore trois ou quatre. Cette cruelle vérité abattit un peu Tardeur de la troupe ; car, sans munitions, les fusils devenaient inférieurs Mix armes sauvages.
Depuis le début, la position des Américains était devenue de plus en plus équivoque ; maintenant, elle se trouvait plus embarrassante que jamais. Dans Tincertitodeoù il se trouvait, Porter détacha le lieutenant Gamble avec quatre hommes,, pour aller chercher des immitions fraîches, abord àeVEisex Junior. Une resta plus alors avec lui qu'une vingtained'hommes; de tous ses alliés, Mouina seul ne l'avait pas abandonné, mais déjà celui-ci l'invitait à s'en aller, en lui disant : « MatiCf matte; on vous tuera. « Trois hommes blessés par des pierres, depuis le départ du lieutenant Gamble, firent entendre aussi leurs plaintes et supplièrent de battre en retraite.
Il fallait à Porter un succès qui en imposât à ses alliés, dont il se méfiait beaucoup, et il n'avait presque plus l'espoir de réussir contre les Taîpis, protégés par leur muraille. Il employa unstratagèmequi, pourétre très-connu dans l'art de la guerrCj ne fut pas moins efficace. Il feignit de fuir, et se plaça en embuscade derrière un rideau de buissons épais; les ennemis donnèrent dans le piège, ils se précipitèrent hors de leur enceinte en poussant des hurlements affreux; ils croyaieni courir au massacre des blancs, lorsqu'un retour offensif les arrêta. Une décharge, à
quelques pas de distance seulement, éclaircit leurs rangs, ils se dispersèrent en abandonnant leurs morts.
Loin de poursuivre cet avantage, Porter en profita pour repasser la rivière avec ses blessés. Des pierres partirent encore du milieu des fourrés, mais leur nombre diminua rapidement. Bientôt même on n'aperçut plus de projectiles et le détachement atteignit avec joie le rivage protecteur. Les hommes étaient harassés, et n'avaient plus pour les sauvages le mépris que donile la conscience de la supériorité des armes. Bien au contraire, ils avaient conçu, dans cette journée, une haute opinion de la force des en* nemis.
La fatigue et le découragement qui pesaient sur le détachement, sa faiblesse, non moins que les obstacles qu'il fallait surmonter, et d'ailleurs te nombre des blessés, ne permettaient pas de songer à recom» mencer une attaque. Lé capitaine Porter résolut de quitter les lieux et de remettre à plus tard une nouvelle tentative plus heureuse. Malgré Téchec qu'il venait de recevoir, il crut cependant qu'il était politique d'en imposer aux Happas, qu'il commençait à redouter, et dans ce but, prenant l'air et le ton d'un vainqueur, il fit porter aux Taïpis les paroles suivantes:
« Avec une poignée d'hommes , je vous ai con- » trâints de vous cacher derrière vos murailles , je » vous ai tué deux guerriers, et vous avez, en outre, » de nombreux blessés. Si je voulais, je pourrais
ou NOUKA-HIVA. 69
» VOUS chasser de votre vallée, et détruire vos villages » de fond en comble, mais je n'ai pas envie de vous ^ faire plus de mal. Réfléchissez ; il est Picore temps » de vous soumettre aux conditions de paix que je » vous ai déjà offertes. »
La réponse des Taîpis ne se fit pas attendre. « Que » sont nos pertes, dirent-ils, comparées à celles des » Américains? Notre nombre nous permet de rem- » placa:^ nos morts, mais nos adversaires peuvent-iis » suppléer à leurs pertes? N'avons-nous pas tué un » de leurs chefs (M. Downes; ils croyaient qu'il était » mort)? Nous avons compté leurs embarcations, nous » savons de quelle force ils peuvent disposer. Nous » ne les craignons pas, nous méprisons leurs fusils, » que la moindre pluie rend inutiles, et dont les » blessures sont moins douloureuses et plus rare- » ment mortelles que celles des pierres et des lances. » Quant à la menace de nous chasser de la vallée, » nous n'y crolirons qu'en la voyant mettre à exécu- » tion. Nous défions qu'on essaye une nouvelle aita-* » que, et dans ce cas, nous promettons de ne pas » nous retirer plus loin que le lieu où se trouvent les » fortifications. »
Cette déclaration ne pouvait influer sur la décision du capitaine Porter, de Quitter les lieux; sur-lechamp, il s'embarqua; mais à peine fut-il arrivé à bord, qu'une charge des Taîpis contre les pirogues auxiliaires, le força de retourner à terre. Aussitôt les Taîpis s'enfuirent, laissant un homme tué aux mains des Taîs. Ce cadavre fut emporté par eux en
70 ILES MARQmSEf
triomphe; c'était le seul trophée de cette laborieuse journée.
La forfanterie que Porter avait dfS^ctée »*avaU oa» pendant pas aveuglé I^ Happas ; de nombf eu^e» bandes armées descendues des montagnes se répé* taient la réponse des Taïpis , et la conclnsipQ de leurs discours était : « Les Taîpis ont battu le$ blancs. » L'alliance des tribus était chancelante, un nouveau revers aurait pu jeter sur les bras de Porter tous ses auxiliaires , dont il portait le nombre à cinq mille, nombre qu'il est permis de réduire con* sidérafalement.
Il était évident que les Happas ne tarderaient pas à se ranger du côté du plus fort, ainsi que font tous les sauvages. Le salut des Américains dépendait d'une prompte vengeance, l'intérêt de leur dignité l'exigeait aussi. Dès le retour do rJE^^e;» dans la baie Taiohaé, tous les préparatifs d'une nouvelle incursion , fixée au lendemain matin ^ furent faits dans le fiilence le plus profond \ deux cents hommes furent désignés pour aller par terre fondre sur les Tsapis enorgueillis de leur succès. On renonça à faire une descente sur le rivage, soit en raison dea obstacles du terrain, soit à cause du mauvais état des embarcations. Aucun avis de ce mouvement «e fut donné aux sauvages, afin de ne pas être gêné par une suite embarrassante et peut-être dangereuso; Keatanoui , dont la conduite avait toujours été parfaite, fut seul ïivertis afin qu'il n'é|>rouv&t pas d'alarmes d'une marche nocturne, Dea guides s&rs
ou NOUKA-HII^À. 71
eondiiisirent cette noutelle expédition vert les soin* mets des montagnes limitrophes par des chemins d^flScilesy an travers des ruisseaux, des roseaux, des fourrés , sur la pente la plus escarpée des roohers. Le bruit du passage avait attiré quelques naturels, mais on leur imposa silenoe; puis on prit les plus grandes précautions pour traverser le village des Happas sans réveiller personne : dès ce moment on put espérer que le secret des opérations ne serait pas trahi , et que les Taipis les ignore*raient«
A minuit , on pouvait entendre le bruit des tam«bours et les chants retentissant dans la vallée ennemie; diverses lumières, fixées dans différents endroits , indiquaient les lieux où la population s'était réunie* Les guides annoncèrent que les Taipis célébraient par des réjouissances publiques leur vietoire, et imploraient leurs dieux de leur accorder la pluie si fatale aux fusils; ils étaient là dans toute Teffervescence d'une orgueilleuse joie, ne se doutant pas que de nouveaux dangers allaient fondre sur eux.
Au point culminant des montagnes^ un seul sentier livre rentrée de cette vallée ; mais sa pente presque perpendiculaire, son accès périlleux même en plein jour, le rendaient, de Ta vis des guides, impraticable p^adant la nuit* On résolut d'attendre le jour, en donnant andétaebement un repos nécessaire après la longue nutrche qu'il venait de faire. Ce sentier étant soigneosemem gardé, on avait l'assuranee
que les Taïpis ne poupraient recevoir aucun avis de la présence des Américains.
Porter sommeillait , lorsqu'un cri , un cri de mauvais augure, réveilla; un sauvage lui répétait, en montrant un nuage noir : « Voilà la pluie, voilà la pluie, matteboukiSj les fusils sont perdus. » Les Taïpis avaient aussi aperçu le fatal nuage qui s'avançait avec rapidité; les cris de joie, le bruit des tambours retentissaient de toutes parts : leurs dieux les avaient exaucés. La pluie, une pluie abondante comme on en voit sous les jtropiques, tomba bientôt à torrents.
Immobiles sur l'étroite crête où ifs étaient postés, ne pouvant se mouvoir sur des rochers rendus glissants par l'eau , les Américains eurent à supporter un froid très-vif, produit par un vent violent; ils mirent tous leurs soins à préserver leurs fusils, et leurs munitions , mais , au jour, on reconnut que plus de la moitié des cartouches étaient perdues. Les guides et quelques sauvages s'écriaient que les fusils étaient désormais sans valeur, et qu'il fallait se retirer le plus vite possible.
Cet avis était prudent : il était urgent de le suivre, malgré le danger qu'il y avait à montrer sa faiblesse. Pour atténuer autant que possible l'impression qui devait nattre dans l'esprit des indigènes, et pour leur laisser une idée plus favorable des armes à feu , Porter fit faire une décharge générale, espérant que les coups perdus ne seraient pas remarqués dans l'ensemble. Cette décharge réussit au delà de ses pré-
ou NOUKA^HIVA. 73
\isions, elle releva de beaucoup la valeur des fusils; les échos répétèrent le bruit de cette explosion et le portèrent aux Taîpis. A cette détonation répondit le son des conques de guerre ; les tambours résonnèrent de plus belle, et de longs cris se firent entendre d'un bout de la vallée à Fautre. Un brouhaha confus s'éleva de la plaine jusqu'aux Américains , ils distinguèrent les grognements des cochons qu'on mettait en lieu de sûreté, les voix des femmes effrayées, les intonations élevées des hommes se préparant au combat. Cette agitation, ces cris, arrachés par l'approche du danger, formaient lin contraste pénible avec le riche paysage enveloppé des vapeurs de la pluie. Porter se félicita de la tournure des choses, car il était sûr du succès et il était bien aise d'avoir terrifié par la vue de son nombreux cortège , ses orgueilleux ennemis. Réduit à les attaquer, il voulait cependant leur faire le moins de mal possible ; en leur donnant connaissance de ses intentions, il les mettait à même de soustraire leurs propriétés au pillage des tribus voisines.
Après cette décharge généi^le, oïi descendit dans le village des Happas pour y attendre un temps plus favorable. Le chef du lieu, prévenu de cette visite, avait fait vider plusieurs cases, situées sur une place carrée, sous lesquelles la troupe fut casernée après avoir établi une garde.
Le mauvais vouloir des Happas commençait à se manifester; outre les cases. Porter avait demandé des vivres, mais rien ne parut. Pendant que ses habits séchaient, il pria qu'on lui prêtât une pièce
74 tLE» MARQUISES
d'étofie pour se vêtir, une natta pour se couchev; mais on ne lui accorda sa requête qu'après une longue attente, et avec une répugnance marquée. Le prestige du pouvoir des étrangers était décidément en baisse. Les heures cependant s'écoulaient, les soldats commençaient à se plaindre d'avoir faim et de ne pouvoir la satisfaire, les indigènes n'apportaient aucune provision, quoique la vallée fut pleine de cochons et de fruits. Enfin les Happas s'assemblèrent en armes autour du logis des Américains; leurs femmes, qui affluaient un moment auparavant, disparurent petit à petit, et les Taîs, toujours fidèles, conseillèrent de redoubler de vigilance.
Il eût été difiScile de se méprendre sur les intentions des sauvages. La position était alarmante et cet état de choses ne pouvait durer longtemps; l'ordre fut donné de disposer les armes de manière à les avoir sous la main, en attendant l'arrivée du chef des Happas qu'on avait envoyé chercher*
£n le voyant. Porter lui reprocha sa conduite inhospitalière; puis, d'un ton ferme, il ajouta qu'il lui fallait des provisions pour ses gens bon gré malgré, et qu'il exigeait que tous les Happas déposassent à l'instant leurs armes. Aucun, résultat n'ayant suivi ce discours, Porter fit sai^r plusieurs casse-têtes et plusieurs lances et les fit briser sous ses yeux; puis, il envoya de petits pelotons tuer des cochons, abattre les. bananiers, les arbres à pain et les cocotiers du village pour en recueillir les fruits. Cet acte de vigueur intimida les Happas, ils se hâ-
ou H0I3KA«B1VA. 75
tèreot do protestep de leurs intentions amicales, et d'apporter aux Àmérioaîns des approvisionnements dé toutes espèces afin d'éviter la destruction complète de leurs arbres fruitiers, et à la nuit, la bonne harmonie paraissait tout à fait rétablie. Alors les Happas se retirèrent, tandis que les Tais restèrent groupés autour des fénx allumés près des sen-* tinelles* Au jour, le détachement, frais et dispos, prépara ses armes, partagea les munitions et se mit en marche; en atteignant le faite où il avait passé une si mauvaise nuit, il fit une courte halte pour contempla la scène délicieuse que présent tait la vallée des Taîpis aux premiers rayons d'un beau jour.
Qu'on se figure une verdoyante étendue de terres d'environ neuf milles de long «ur trois de large (1), encaissée de toutes parts par de hautes montagnes escarpées, dont les parois, coupées souvent i pic, laissaient entrevoir de profonds précipices. Une chute d'eau de plusieurs cents pieds d*élévation , versait ses ondes écumeuses k travers la vallée, et conduisait à la m^ qui bornait l'horizon les replis ondulants d'une jolie rivière. Une douce lumière remplissait d'harmonie Tensemble de ce tableau majestueux. Porter éfHrouva de vifs r^rets en songeant qu'avant peu il allait porter au milieu de ce paisible paysage la destruction et la mort; il déplora la nécessité qui
(1) Ces dim^aakMis de la rallétt no«M paralteAi » comme toat le r^it de ForCer» fort eies^rëet.
76 tLES MARQUISES
Tobligeàit à faire la guerre à un peuple héroïque dont il admirait la résistance.
L'ordre de descendre dans la vallée interrompit le cours des pensées dés Américains : un à un ils se glissèrent dans l'étroit sentier ; Mbuina) toujours lé premier dans le chemin de la guerre, marchait en tête. Un moment de repos fut nécessité par la fatigue excessive de la descente ; puis on se dirigea vers le pied de la montagne où coulait la rivière , dont les bords étaient défendus par un corps nombreux de guerriers couvrant un village fortifié par des murs. L'action commença dans cet endroit , la rivière fut traversée malgré une vive opposition ; tous les hommes du détachement n'avaient pas franchi ce passage que déjà le village fortifié était pris. Ce premier succès coûta aux ennemis leur chef principal ;'un autre homme fut tué et le nombre des blessés fut considérable.
Le village servit momentanément de centre^ d'où rayonnaient des pelotons chargés d'éclairer les bois environnants. Après quelque résistance , un nouveau point fortifié fut enlevé par les Américains , mais ont dut l'abandonner bientôt après, à cause de l'insuffisance du détachement chargé de le garder. Divers autres postes furent établis ; ils devinrent bientôt utiles^ dans un mouvement ofiensif que firent les Taïpis. On les laissa approcher à portée de pistolet ; alors le feu croisé de deux postes les arrêta d'abord» et les mit ensuite dans une déroute complète. A l'approche de cette charge impétueuse de l'ennemi, les
ou NOUKA-HIVA^ 77
Tdîs et les Happas, qui, comme alliés, avaient accompagné les Américains, prirent le large en toute hâte ; il ne restait plus dans ce moment, que les Américains pour faire face à ces nombreux assaillants, aossi prompts à se débander que rapides dans Fagression.
D'après le nombre de projectiles lancés derrière les buissons, dans toutes les directions, il était évident qu'une résistance opiniâtre serait rencontrée sur tous les points de la vallée. Il fallut prescrire de ne pas dépenser inutilement les cartouches déjà réduites à moitié par la pluie de la nuit précédente. Mais avant d'explorer le reste du pays , on déposa les blessés dans un local convenable, sous la garde de quelques marins. Mouina était déjà prêt à conduire la troupe vers un autre village, lorsqu'on trouva le moyen de communiquer avec les Taipis. On leur fit dire que les hostilités cesseraient dès qu'ils viendraient à composition; mais que s'ils continuaient à lancer des pierres, le village serait détruit. Les ennemis n'ayant point accueilli ces paroles de paix , Porter finit par s'emparer du village, après avoir gagné le terrain pouce à pouce. 11 trouva, dans cette cité sauvage, une place publique entourée d'un pavage en pierre, et qui était plus grande et plus belle que toutes celles qu'il avait déjà vues.
Le feu détruisit toutes ces belles cases, enrichies d'un grand nombre d'idoles bizarres, ainsi que les pirogues de guerre, qui se trouvaient en grand nom-
78 ii^£S MARQUISES
bre dans le village. Les auxiliaires se chargèrent dd quelques dépouilles , et tout le reste Ait consumé par les flammes. La marche des Amérioaini» Ait dès lors jalonnée par des ruines, ils arrivèrent jusqu'au pied de la cascade en laissant partout derrière eux des traces de dévastation. Après quatre heures d'abseoce y ils étaient de retour près des fortifications où avait commencé l'attaque , et qui se trouvai^t justement placées au milieu de la vallée^ Les blessés qu'on y avait déposés n'avaient cessé d'être harcelés par l'ea» nemiy mais le poste était parfaitement à l'abri des projectiles de& sauvages > et il n'avait pas tiré un coap de fusiL
Ce fut là que Porter rassembla tout son mcmde; puis voyant que la fatigue de la journée avait été trop grande pour tenter de reprendre le chemin des mon^ tagneS) il se décida à choi»r un passage plus facile situé près de la baie. Plusieurs villages furent encore détruits dans ce mouvement ^ mais les Tsapis ne cessèrent de combattre jusque sur les ruines emlNra*> sées de leurs batNitations.
Enfin les Américains atteignirent l'enclos témoin 4e leur déconfiture dans la première tentative. En voyant l-épaisseur et la disposition des murailles^ le capitaine dut se féliciter d'avoir pris la route de terre pour sa nouvelle excursion ^ car en venant dan« les embarcations, il eût fallu nécessairement comment cer par se rendre maître de ces fortificaticms, capa«* blés de résister à tous les efforts des Américains 4» côté 4s la mer« Celte citadelle formait la prin*
ou NOUKA«*HIVA. 79
cipale force des Taipis : leur vallée n'a que trois issues; la première, celle suivie le matin , est dangereuse , parce qu'elle empêche toute retraite en cas d'échec. La seconde conduit^ chez des tribus alliées des TaîpiB, dont la coopération leur était assurée dans toutes leurs querelles. Il ne restait donc plus de praticable que la troisième, celle de la mer ; aussi, le champ de bataille ordinaire dans les guerres intestines de l'Ile, était-il situé dans la plaine qui aboutit au rivage. Jamais encore les Taipis n'avaient eu besoin de s'abriter dans leurs murs; jamais, non plus, ils n'avaient été obligés de reculer même jusqu'aux bords de la rivière, située à un quart de mille du rivage; la puissance des étrangers avait seule pu affiiiblir leur confiance et abattre leur orgueil.
Porter voulut détruire ces fortifications , mais il ne put y réussir; il aurait fallu de l'artillerie. Le temps lui manquait; elles restèrent comme un monument du génie militaire de cette peuplade. Sur le terrain qu'il avait déjà reconnu à Tépoque de son débarque^ ment, il trouva des troncs d'arbres coupés récemment, obstacles pénibles à surmonter, et qui prouvaient qu'on s'attendait à un nouveau débarquement sur le rivage de la baie. Tavi , chef des Happas, suivi de fdusieurs membres de sa tribu , vint à la rencontre des Américains, un mouchoir blanc à la main. 11 avait changé tout à fait de rôle, ce n'était plus Thomme de la veille. Il offrait des préswtsau capitaine, en lui demandant de continuer à vivre en paix avec lui ; il
insistait même pour que les Américains voulussent bien passer sur ses terres, où il comptait leur offrir l'hospitalité la plus dévouée. Il rappelait à Porter qu'ils avaient fait échange de noms ; enfin ses protestations d'amitié étaient d'autant plus vives, que sa conduite envers ses alliés avait été déloyale. Ainsi , chez ces sauvages, la victoire avait (comme du reste partout) complètement changé la face des choses.
Keatanoui, qu'on croyait plus sincère, fut aussi plus démonstratif dans sa joie. Ce vieillard était plein d'émotion; il s'accroujHt en plaçant les mains de Porter sur sa tête , il appuya ensuite sa tète sur les genoux du capitaine , puis se levant graduellement , il posa ses mains sur la poitrine du chef américain, en le nommant doucement Keatanoui; lui-même se désigna sous le nom de Poté , pour rappeler qu'ils avaient échangé leurs noms.
Sur le point le plus élevé du sentier, on s'arrêta encore pour jeter un dernier coup d'oeil sur cette vallée naguère florissante, maintenant couverte des ruines de dix villages saccagés. Aux splendeurs qui avaient suivi le lever du soleil, succédaient les ombres funèbres des fumées de l'incendie. Le matin encore, une douce quiétude était répandue sur cette belle plaine qui le soir se trouvait plongée dans la désolation et la douleur. Quelques heures avaient suffi pour produire ce changement, et pour mettre aux abois les fiers guerriers taïpis. Porter, auteur de ces désastres, éprouva un sentiment de pitié.
ou NoukA-mvA. 81
surtout en voyant les autres tribus se réjouir du malheur des membres de leur propre famille.
On passa encore cette nuit chez les Happas , mais on y fut l'objet de prévenances sans nombre , au lieu d'y recevoir un accueil froid et hostile; le lendemain on avait rejoint Madisonville, après une absence de trois nuits et deux jours, pendant lesquels on avait fait environ soixante milles de marche sur des sentiers qui n'avaient été encore foulés que par les indigènes; sept hommes parmi les plus forts de l'équipage furent longtemps malades des suites de leurs fatigues : un d'eux, le caporal Mahan, y succomba.
Un nouvel ambassadeur fut envoyé aux Taïpis, mais cette fois sa mission eut un plein succès ; attérée par ses revers, cette tribu s'empressa d'accueillir cette ouverture de paix; elle supporta une contribution de quatre cents cochons à titre d'indemnité de guerre. L'île entière se trouvait ainsi pacifiée; toutes les peuplades environnantes vinrent, sous l'impression des derniers événements, renouveler à Porter l'assurance de leur amitié; les chefs et les prêtres, à défaut de l'échange de leurs noms, se disputèrent des titres de parenté avec le vainqueur. On voyait parfois des vieillards à barbe grise, solliciter d'être appelés ses gendres, fils, petits-flls, etc., etc. Le nom de fils était surtout recherché , et lorsque les titres dévolus aux hommes furent épuisés, on vit plusieursL^ de ces chefs réclamer le singulier hon-
82 ÎLES MAUQUISES
neur d'être appelés ses filles, belles-filles, ou petites* filles.
Porter avait atteint le but de sa relâche, il devenait temps de reprendre sa croisière contre les Anglais. Après un séjour d'un mois et demi, il mil à la Voile le 13 décembre; mais en partant, il voulut assurer à ses vaisseaux un abri dans ces Iles. Dans ce but, il laissa dans la baie trois prises anglaises, le Sir Andrew Hammond^ le Greentvich et le Seringapatnam] les équipages réunis de ces navires for^ maient un total de vingt hommes, placés sous les ordres de deux midshipmen et du lieutenant Gamble, chargé d'occuper et de commander le poste. Il avait en outre quinze prisonniers de guerre confiés à sa garde.
L'esquisse du caractère noukabivien apparaît & travers les amplifications de la narration de Porter ; le récit des événements survenus pendant le séjour du lieutenant Gamble, complétera l'idée qu'on a pu se former à cet égard , et c'est dans ce but que nous croyons devoir le donner.
Aussitôt après le départ de la division américaine, dès le 15 décembre, les indigènes, malgré des défenses réitérées, mirent le feu aux herbes sèches qui àvoisinaient le camp. Cette action pouvait avoir les plus funestes résultats : pour les intimider, on tirades coups de fusil à poudre, qui produisirent d'abord Feffet attendu. Mais bientôt la crainte cessa d'arrêter ces sauvages, qui se livrèrent de nouveau à leurs penchants destructeurs. Les Happas et les
ou NOUILA-HIVA. 83
Taîpis demandaient avec persistance des informatioDS sur le nombre des hommes laissés en garnison; sans nul doute, s'ils avaient connu la vérité, ils n'auraient pas hésité à les attaquer, pour venger leurs défoites passées.
Les difficultés de la position ne provenaient pas seulement de l'esprit hostile des sauvages, mais aussi d'un relAcbement dans la discipline des équi*^ pages. Le nommé Coffin déserta; il fut heureuse-^ ment ramené par les deux Américains trafiquants de bois de sandal, dont on a parlé et qui se trouvaient dans rtle à l'arrivée de la division. Cetév^ nement était d'un funeste présage pour Tavenir, lorsqu'on songeait surtout à la grande quantité de prisonniers anglais qui se trouvaient mêlés aux Américains.
Un insulaire de Taïti , embarqué sur l'Essex, ar<riva sur ces entrefaites. Son histoire est surpre*^ nante , nous ne la donnons que sur la foi du narrateur américain ; la voici : ce Taïtien, nommé Tamàha, ayant été frappé par un maître de l'Essex, à vingt milles de la côte environ, se jeta à la mer, dans un beau mouvement de désespoir ; après avoir plongé sous la quille du bâtiment , il resta un jour et deux nuits. sur l'eau, jusqu'à ce qu'enfin une lame en déferlant le jetât sur la plage des Taîpis au mo*^ ment où il était à bout de ses forces. En revenant à lui, il reçut les soins d'un Taïpi, qui , abjurant toute inimitié, et malgré la guerre récente, l'abrita, l'aida à se rétablir et le conduisit enfin à Madi«
sonville. Le lieutenanl Gamble admira l'humâ« nité déployée par ce sauvage , et récompensa largement cet acte de générosité. Mais Tamaha avait pris goût à la vie des champs : au bout de peu de temps , il déserta et fut sans doute rejoindre son ami le Taïpî.
Porter lui-même avoue que deux jours et une nuit passés sur Teau sont un fait extraordinaire ( on peut, nous le croyons, tomber facilement d'accord avec lui sur ce point ) ; mais , quant à plonger sous la quille d'un navire, ajoute-t-il, rien n'est plus facile à ces insulaires. On trouva à plusieurs reprises des Noukahiviens qui, pour une bagatelle, allaient amarrer un câble à l'organeau d'une ancre à cinq brasses sous l'eau.
Un jardin avait été défriché près de l'établissement ; on y travailla toutes les fois que le temps le permettait , car de fréquentes averses, des vents impétueux du sud-est avaient succédé au beau temps qui régnait précédemment; à peine un jour se passat-il sans pluie depuis le 17 décembre jusqu'au 13 mai 1814, qui fut celui du départ.
Le troupeau des cochons appartenant aux Américains, fruit des contributions de la guerre et des échanges, excita bientôt l'envie des habitants delà baie. Ces sauvages , sans respect pour les droits de la propriété , poussaient l'audace jusqu'à venir enlever ces animaux tout auprès du camp, bien que les Américains eussent menacé de punir sévèrement les soustracteurs. Ces méfaits demandaient une
ou NOUKA-HIVA. 85
répression, mais il était bien hasardeux de se mettre en campagne avec si peu de monde. Cependant, un beau jour, une expédition fut résolue, et Ton marcha en masse sur le village des déprédateurs. La vue de la garnison en armes produisit un bon effet : un chef vint demander qu'on épargnât la population, en proie à une vive frayeur. Guerriers et voleurs avaient gagné les montagnes, leur refuge habituel dans les moments de dangers. Le lieutenant Gamble voulait qu'on lui remît les voleurs pour en faire un exemple : ne pouvant les obtenir, il emmena cinq chefs et deux guerriers en otage. Le soir même, il envoya un de ces guerriers réclamer les voleurs, ou, à défaut, une contribution de quarante cochons, menaçant de fusiller ses prisonniers le lendemain matin , si on n'accédait pas à ces conditions. Au point du jour, les cochons étaient sur la plage, car les voleurs n'avaient garde de se montrer. L'Anglais Wilson servit d'interprète pour recevoir, des prisonniers qu'on venait de rendre à leurs concitoyens, l'assurance qu'ils feraient tous leurs efforts pour arrêter toute déprédation à l'avenir.
Cependant, avec les mœurs guerrières et tracassières de ces peuples, la paix générale établie dans l'île ne pouvait être de longue durée. Une querelle survint entre deux tribus ; dans la rixe, un homme fui tué. Persuadé que le système de paix pouvait seul donner quelque sécurité à son établissement, le lieutenant Gamble se rendit sur les lieux, se posa
86 il.ES MARQUISES
en médiateur et arrangea Taffaire, Ne voulant pas non plus pousser les choses trop loin à l'égard des voleurs de cochons, qui n'osaient plus reparaître, depuis que l'un d'eux avait été tué par un des otages rendus prisonniers dans cette affaire ; Gamble fit proclamer qu'il iQur pardonnerait s'ils bâtissaient une étable pour ces animaux • Cette offre fut acceptée avec un joyeux empressement; en deux jours la cabane était achevée.
Les approvisionnements fournis par les naturels devinrent de plus en plus rares. On ne pouvait les obtenir qu'en les échangeant contre des dents de cachalot, objets d'une grande valeur chez ce peuple. Il fallut aller en chercher dans les îles voisines. Le Sir Andrew Hammond- fut destiné à remplir cette mission. Après neuf jours d'absence, il revint, le 16 février , avec trente cochons , un grand nombre de fruits recueillis sur Taouata et Hiva-oa, plus une douzaine de poules. Ces ressources ne devaient pas durer longtemps, et le jardin ne donnait pas encore des résultats suffisants. Cependant, le 19, on put y recueillir un premier plat de laitue; plus tard, il produisit des navets et des concombres.
L'indiscipline prenait un caractère déplus en plus alarmant, l'état de la petite colonie n'était pas rassurant. Les factionnaires s'endormaient pendant leur garde ; des femmes étaient introduites à bord, malgré les défenses les plus expresses ; ces transgressions devenaient très-graves ; lesnaturels ne pouvaient manquer de connaître, à la fin, la faiblesse des Amé-
ou NOUEA-HIVA. 87
rioains, faiblesse accrue par plusieurs malades at-* teints de diarrhées et d'enflures monstrueuses des membres» maladies qui cédèrent toutefois aux premiers remèdes qu'on employa.
Isaac Goffîn ayant déserté de nouveau, le lieutenant Gamble, guidé par une jeune fille, le fit saisir dans une case, a deux milles dans l'intérieur, puis il le fit frapper publiquement de plusieurs coups de corde, ce qui n'empêcha pas le même individu de déserter une troisième fois, en compagnie de trois autres marins qu'il avait débauchés. Avec ces éléments de dissolution, l'avenir se montrait sous de sombres couleurs ; un matin , il y eut une chaude alarme; deux ou trois cents sauvages entourèrent le camp ; on crut à une attaque, tandis que cette troupe n'avait d'autre intention que celle de porter à l'établissement un grand nombre de fruits à pain et debananes. Depuis le départ de l'i^^- 9eXj on n'avait pas reçu de si abondantes provisions. La seule explication qu'on put avoir de cette dé-» marche, c'est que Wilson avait fait circuler le bruit que Jes Américains allaient partir et que Porter ne reviendrait plus.
Bientôt après, un autre incident prouva qu'une machination s'ourdissait dans l'ombre. Depuis quelque temps, on avait remarqué que les naturels n'allaient plus à la pêche. On apprit, lorsqu'on s'informa de la cause de ce changement dans leurs habitudes, qu'une vieille femme avait eifrayé les pêcheurs, en leur affirmant que les Américains allaient
partir, et qu'ils les emmèneraient avec eux en les mettant aux fers.
Unegrande réunion, pour laquelle on faisait des préparatifs depuis plusieurs semaines, allait aussi avoir îieu.Unefouled'indîgènesarrivaientdetousles points de l'île; une grande pirogue munie d'une \oile de vingt-cinq pieds de hauteur , amena de Houa- Houna un grand nombre de conviés. Sachant que, pendant cette fête solennelle nommée Koika, un tabou inviolable défendait toute attaque, Gamble permit à ses hommes d'y assister. Il y prit part luimême et il n'eut pas à se repentir de sa confiance.
Mais le moment de la catastrophe approchait à grands pas ; le vol d'une embarcation précéda la révolte ouverte de l'équipage du Seringapainam, composé en grande partie d'Anglais faits prisonniers de guerre par les Américains.
Le lieutenant et les deux midshipmen sous ses ordres, furent saisisetgarrottés, pendant que le pavillon britannique s'élevait sur l'arrière du bâtiment , salué par trois hourras. Une portion des mutins descendit à terre pour enclouer les canons de la batterie, l'autre portion s'occupa de s'emparer des approvisionnements des deux autres navires. Vers huit heures, le bâtiment mita la voile et sortit de la baie. Un instant après, un des gardiens du lieutenant Gamble lui déchargea involontairement son pistolet dans le pied; aussitôt plusieurs fusils s' abaissèrent sur la poitrine de cet officier, il allait être sacrifié sans les cris de l'homme qui l'avait blessé. A neuf heures, on le jeta lui et ses
ou NOUKA-HIVA. 89
compagnons, quatre en tout, dans un canot, avec deux fusils et un petit baril de cartouches. Souffrant de sa blessure, affaibli par la perte de son sang, il dut encore s'occuper de gouverner une embarcation coulant bas d*eau. Après deux heures d'efforts , il eut le bonheur d'atteindre le Gremwkhy à bord duquel venaient aussi d'arriver les deux marchands deboisde sandal, stationnés dans la baie. Ceux - ci confirmèrent les soupçons que le lieutenant avait conçus depuis longtemps, en lui affirmant que 1/Vilson était le principal instigateur de la révolte. Déjà cet Anglais, à la tète des indigènes, avait commencé le pillage de l'établissement formé à terre.
Tout l'équipage ne s'était pas joint aux révoltés, il restait encore une douzaine d'hommes fidèles à leur devoir; ils furent employés aux préparatifs du départ , car il était impossible de songer à rester plus longtemps dans ces lieux. Incapable de quitter le bord, Gamble envoya les deux midshipmen à terre pour mettre en sûreté les principaux objets contenus dans l'établissement; ils avaient déjà fait un voyage, lorsqu'un des trafiquants américains, Burdenelle, vint annoncer qne Wilson était rentré dans sa case , et que les indigènes avaient assuré ne vouloir le défendre en aucune façon. Le désir de punir cet homme de ses méfaits s'empara des Américains : le midshipman Feltus, accompagné de deux hommes, courut en toute hâte pour le saisir , mais il arriva trop tard; Wilson s'était déjà enfui. Se confiant
00 tus MAROUISES
dans Tapparente neutralité des sauvages» ce mèina midshipman revint prendre un surcroît de forces pour aller détruire la oase de Wilson, et aussi pour reprendre les effets qui avaient été volés la veille. Malgré la répugnance de Gamble à les laisser partir» Burdenelle et quatre hommes accompagnèrent Fel-^ tus y lorsqu'il quitta le bord à on^^e heures et demie. Ils n'avaient en tout que trois fusils, Gamble leur recommanda d'être prudents, et de m pas s'exposer à une attaque des naturels ) car il commençait à connaître le véritable caractère de ces sauvageSt ^^ il ^^^^^ acquis une triste expérience dans les événements de la veille.
Ses appréhensions étaient trop bien fondée$ : à midi et demi , un canot apparut sur la barre , entouré par une foule de sauvages. On saisit à la hâte un paquet de cartouches avec une mèche allumée, et l'on se rendit sur le Sir Andrew Hammùndf mouillé plus prés du rivage; dans ce mouvement précipité, on fut obligé d'abandonner un malade impo* lent sur l'autre navire. A bord du Sir Jndrew Hawr mondf on aperçut distinctement les sauvages pillant le canot dont ils avaient pris possession ; on chargea les canons qui n'avaient pas été encloués par les séditieux, et on fit feu. Au second coup, on distingua deux hommes du détachement commandé par Feltus, jetant leurs armes en signe de détresse sur la plage; un moment après, ils nageaient de toutes leur forcer vers le bâtiment. Leurs compagnons valides coururent immédiatement à leur aide dans une embar*
ou NOUKA*H|VA» 91
cation à moitié pleine d'eau, laissant le lieutenant Gamble seul à bord.
Cet officier, en proie à une fièvre ardente » souffrant de sa blessure, eut cependant assez de for^ ces pour sauter sur un pied d'un canon à l'autre , et y mettre le feu afin de protéger cette tentative de sauvetage, U tira avec assez de justesse pour écarter les pirogues qui venaient attaquer le canot; grâce à ce secours, la vie de cette poignée d'Américains fut épargnée : les eflets de l'artillerie mirent seuls un obstacle au massacre général projeté par les anciens amis des Blancs.
Les deux hommes sauvés apportèrent la fatale nouvelle du meurtre de leurs compagnons \ tous deux avaient échappé miraculeusement à la mort qui les menaçait, l'un d'eux même était grièvement blessé d'un coup de pierre à la tête. Cette déplorable catastrophe réduisait l'équipage à huit hommes tout compris, parmi lesquels on comptait quatre blessés. Il n'y avait pas de temps à perdre pour quitter le port, car déjà Wilson, à la tête d'une troupe nombreuse, cherchait à remettre en état les canons encloués de la batterie de terre.
A quatre heures, le feu fut mis au Greenwich. Le Sir Andrew Hammond appareilla tant bien que mal, mais il fallut couper son câble , l'ancre étant trop lourde pour les forces de l'équipage. La seule embarcation du bord se brisa aussi en la hissant. C'est ainsi que les Américains, fuyant sur un navire désemparé, faisant de l'eau, sans ancres et sans embar-
cations, quittèrent une rade où leur pavillon flottait naguère triomphant, tandis que les lueurs de rincendie du Greenwkh guidaient leur route et donnaient à ce tableau une teinte sinistre en harmonie avec leurs pensées.
Ce malheur ne fut pas le dernier ; en arrivant aux lies Sandvnch, le 5tr Andrew Hammond fut pris par la corvette anglaise le Cherub : en montant sur le pont le lieutenant Gamble apprit encore la capture des navires de Porter par les Anglais. — Telle fut la triste fin de l'expédition américaine, et de son établissement à Nouka-Hiva.
La traite des fourrures sur la côte nord-ouest d'Amérique, signalée par Lapérouse , avait conduit quelques navires de commerce aux îles Marquises; le commerce du bois de sandal, l'industrie des baleiniers en amenèrent d'autres encore. Malgré les guerres incessantes qui, de 1790 à 1815, préoccupèrent l'Europe entière, dès l'année 1810, l'Américain Rogers, après avoir reconnu la présence du bois de sandal sur File Nouka-Hiva, à l'odeur agréable de la fumée d'un feu allumé par les sauvages, parvint à se procurer plus de deux cent soixante tonneaux de ce bois précieux qu'il alla porter sur les marchés de Chine. Sa cargaison entière lui avait à peine coûté mille piastres en objets de peu de valeur distribués aux sauvages, ses fournisseurs ; il la revendit à raison de vingt piastres le pikle et s'assura un bénéfice énorme. Bientôt il eut des imitateurs; les navires européens fréquentèrent annuellement le groupe des
ou NOt'kA-HIVà. 03
Marquises. De nombreux déserteurs, préférant une yie aventureuse aux r^les des sociétés civilisées, se répandirent dans ces lies et vécurent comme les habitants. Dés lors les sauvages, accoutumés à vivre avec des hommes blancs, s'habituèrent à voir leurs vaisseaux fréquenter leurs rivages. Leur mœursdurent se modifier devant cecontact de la civilisation. Toutefois, ils conservèrent plus que jamais une salutaire crainte des armes européennes et de leurs terribles effets. En effet, peu d'événements sinistres marquèrent le passage aux iles Marquises des navires marchands qui s'y succédèrent et qui, du reste, n'ont laissé que peu de documents sur leurs voyages aventureux.
Le capitaine Roquefeuille, commandant le Bordelais de Bordeaux, dans un séjour de deux mois qu'il fit pendant l'année 1818, aux lies Nouka-Hiva et Hiva-Oa, nous a laissé quelques données intéressantes sur le commerce du bois de sandal qui se faisait alors sur ces lies. Il y rencontra le navire américain la Res" source, commandé par le capitaine Sowles de New- York, et qui, comme le Bordelais, cherchait un chargement pour les marchés chinois.
Déjà, à cette époque, les naturels ne voulaient plus recevoir, en échange du bois précieux qu'ils récollaient sur leurs iles, que de la poudre et des fusils, marchandise dangereuse qui devait, à la longue, mettre de terribles armes entre les mains des sauvages , qui ne connaissaient d'autre frein que celui de la peur. Aussi Roquefeuille ajoute-t-il qu'il eut constamment à se garantir des nombreuses embû-
ches des naturels, jusqu'au moment où, ses opérations commerciales étant terminées, il put mettre a la voile et abandonner ces terres dangereuses.
Jusqu'en i825, les documents relatifs à cet archipel sont de peu d'intérêt; les navires marchands continuèrent à fréquenter ces parages, mais ne recueillirent dans de courtes relâches aucun fait digne d'attention. Divers navires de guerre mouillèrent encore sur les rades de l'Archipel. Parmi ceux-ci, nous devons citer le brick américain le Dolfin, commandé par le lieutenant Paulding.
Le 7 janvier 4825, le missionnaire Crook, dont on a vu déjà les périls et le dévouement, quitta Taïti, sur le Lynx, capitaine Sibrill, pour renouveler ses tentatives sur Tesprit des indigènes. Il emmenait avec lui quatre Taïtiens, espèces d'avant-coureurs qui, plus au fait des habitudes et du langage des peuples de rOcéanie, 'facilitent leur conversion et préparent l'arrivée des ministres évangéliques.
Le24 février, M. Crookatterrit sur l'île Fatou-Hi va; il eut plusieurs entrevues avec les indigènes, mais il les trouva mal disposés. Le 27 , il atteignit la baie Yaitahou, où il avait séjourné un an en 1799, et, trouvant plus de facilités, il y laissa ses quatre acolytes, connus sous le nom de Teachers. Deux se fixèrent à Hanatetena, sur la côte est de l'île, et un autre resta dans la baie Vaitahou. Le 4 avril, M. Crook ayant trouvé une occasion favorable, quitta rile et retourna à Taïti sur le navire 5ara-i4rtn, eapi* taine Philips.
ou NOliKA-HIVA. 05
Les espérances de ce missionnaire furent encore une fois déçues : au bout de deux mois, les teachers ne voyant aucune chance de succès retournèrent à Taiti. Toutefois, le projet de fonder une mission sur ces lies ne fut pas abandonné , et le 23 octobre i837 , les teachers , Haamaino , Mareore , Faaroaou et Teahou partirent de rechef sur la Minerve y navire commandé par le ca[Mtaine Sibrill, beau-fils de ll« Henry, un des missionnaires de Taiti.
Mais, cette fois , les teachers avaient emmené leurs familles avec eux, dans l'espérance d'acquérir plus d'influence. Les deux premiers débarquèrent encore à Taouata, et fixèrent leur résidence auprès du chef Yotete, le même qui a depuis accueilli les missionnaires français. Les deux autres teachers s'acheminaient vers Nouka-Hiva , lorsqu'ayant ap« pris que deux Européens, venaient d'être assa^ sinés dans cette tie , ils préférèrent s'arrêter auprès d'un chef nommé Teato, sur Ttle Houa-Poou. Ge chef bienveillant différait de ses subordonnés en ce qu'il n'était orné d'aucun tatouage; avant le départ de la Minerve, il avait déjà donné aux teachers et à leurs femilles une maison et un terrain assez grand. Ces dispositions favorables ne furent cependant pas de longue durée : les teachers de Taouata furent obligés de quitter Tile au moment où les habitants allaient les sacrifier à leurs idoles , et ceux de Houa-Poou, quoiquebien traités par le dief , demandèrent aussi a retourner à Taiti, à cause du peu
06 ÎLES MAtlQUlSES
de succès de leur mission et des ennuis que la population leur occasionnait.
Toutefois , et nonobstant les essais infructueux qui avaient eu lieu, les missionnaires anglais de Taîti n'avaient pas perdu de vue l'archipel Nouka-Hiva ; dans une assemblée générale, en considération, sans doute, de l'âge avancé de M. Grook, ils avaient désigné MM. Pritchard et Simpson pour aller s'établir dans ces lies. Peut-être y avait-il, dans cette désignation, un motif particulier à M. Pritch^ird, dont le caractère a été mis au jour dans la narration du voyage de la Vénus. Quoi qu'il en soit, au commencement de 1829 , ces deux messieurs trouvèrent une occasion favorable de visiter leur nouveau poste, mais l'aspect des lieux ne leur sourit pas. Ils n'y virent pas de chances favorables pour l'établissement d'une mission, et revinrent promptement reprendre leur position première à Taïti.
Dans la même année, un ancien missionnaire américain des lies Sandwich, devenu depuis chapelain de la marine militaire des États-Unis , vint étudier le pays et les mœurs des habitants. Le 26 juillet 1829, la corvette des États-Unis, le Yincennesy sur laquelle il était embarqué, vit apparaître l'île Houa* Houna, la plus est du groupe nord. En contournant la pointe sud-ouest dans la mèm^ journée, on aperçut soudain, sur un morne escarpé, des groupes de naturels accourus pour voir passer le navire. On distinguait leurs corps nus, on les voyait agiter des étoffes blanches et leurs manteaux au bout de leurs lances,
oc M)tJRA-HIVA. 97
on entendait leurs cris sauvages. La voilure du Vincmneê était trop considérable pour pouvoir arrêter subitement la vitesse de son sillage , mais tandis que les sauvages suivaient sur une crête opposée la progression du navire, la musique s'assembla sur le pont et répondit par des airs américains aux cris du rivage. Au moment où les sons harmonieux parvinrent à la foule éparse sur les rochers dont on s'était beaucoup approché, on vit tous ces hommes saisis d'étonnement se coucher à terre, pour ne rien perdre de cette mélodie inconnue ; sans doute ils se croyaient sous l'empire d'un charme, en éprouvant une sensation suave qu'ils ignoraient encore.
La nuit, une nuit calme et pure, couvrait la terre de ses ombres, la musique s'affaiblissait de plus en plus par la distance ; mais on put voir, tant que dura le jour, les groupes de ces sauvages rester immobiles sur les rochers, comme s'ils étaient absorbés dans une silencieuse admiration.
La vue de la nature abrupte des monts boisés et des rivages verdoyants, l'aspect de ces sauvages nus comme leurs rochers et jetant au vent leurs clameurs confuses, leurs gestes hardis, formaient un singulier contraste avec ce navire splendide, le plus beau chef-d'œuvre de l'industrie humaine , passant majestueusement sur une mer aplanie, et produisant une douce harmonie. D'un côté se trouvait l'homme dans toute sa dégradation primitive, de l'autre on le voyait au plus haut degré de l'intelligence et de la puissance.
dS ÎLES MARQUISES
Le letideftiaiti , îe Vintennes mouilla daûft. la baie Taïohae, en fece du camp de Porter, maits on éii ehercha eti vain les vestiges : toute trace avait dis^ paru , aucun indice n^ndiquait l'emplacement de cet établissement temporaire.
Bientôt, au milieu des nombreuses pirogues àc^ courues de toutes les parties de là baie^ arriva ccUb dei^ chefe. Moana, jeune enfant de huit ans, auquel revenait par droit d'hérédité le titre de chef principal de la vallée, fiaape, sou tuteur, espèce de régent pendant le temps de sà minorité, etPairoroouI^aAou, chef des Happas, vinrent recueillir les cadeaut des Américains; ils reconnurent le pavillon, et nommèrent fe Yinùennès bâtiment de Porter. Moana était un enfant d*un aspect charmant 5 Haape portait Texpression d'un caractère doux et bienveillant iur sa figure ridée par Tàge, tandis que Païrôro avait une apparence de dignité et de fiorce, justifiée par les admirables proportionsde son corps noir de tatouage*
Le capitaine Finch avait feit comprendre à ces clïèfs que le navire serait fa6ott, toutes les Ibis qu'un pavillon blanc ne serait pas hissé en tète du mât. Celte restriction les étonna un peu, surtout tors* qu'au coucher du soleil le pavillon ftit amené et tout le monde congédié sans exception. * Ctiu tut ikHbnmt eàottaoréinùirèy » dirent'ils en s'en allant, car ils avaient été habitués à recevoir une hospitalité beaucoup plus libre à bord de presque tous les uu« très navires.
Le lendemain^ le capitaine Finoh, MrSteivurt»
00 NOUMA-HIVA. 99
et qudqaes officiers descendirent à terre^ pour aller rendre une visite ofiBcielle aux chefs de la baie. Un Anglais, nommé Morrisson , établi dans ces lies depuis nombre d'années, ea qualité de trafiquant de bois de sandal, leur servit d'interprète, et les guida vers la d^toeure d'Haape , qui habitait avec Moana ; cette case se trouvait dtuée sur le sommet d'une petite colline; elle était parÊiitement visible du mouillage, qu'elle dominait.
Après avoir reçu un accueil d'autant plus cordial qu'ils apportaient des cadeaux, ces messieurs allèrent se promener dans les alentours. Au sortir de la maison de Moana, on leur montra un homme de petite taille, mais de formes athlétiques ; on le dé* signa comme le Toa guerrier le plus vaillant de la tribu* Ses traits avaient, en effet, uneexpression dure et féroce. Contre l'habitude du pays, sa tète était recouverte de tous ses cheveux ; leur épaisse fri* sure était, sans doute, calculée pour ajouter à la terreur du regard ; cet homme, qui était peut-être le &meux Mouina de Porter, tenait à la main une lance. Sur la demande des Américains, il leur donna la représentation d'un combat simulé. Il montra tant d'agitation dans ses mouvements, varia tellement ses poses menaçantes, ses grimaces et ses contorsions , il poussa de tels hurlements, qu'à la fin on aurait pu croire que l'action était réelle, et que, d'un moment à l'autre, sa lance redoutable irait percer quelque spectateur.
Afô^avoir viaiAé la plaoe pavée, qui , dans chaque
village, est destinée aux assemblées du peuple dans les grandes solennités, le chapelain Stewart se fit conduire dans une case à moitié ruinée qui contenait naguère des idoles et divers objets du culte. La ruine dé cet édifice avait été la suite d'une guerre récente avec les Happas ; ces derniers avaient été victorieux, leurs guerriers avaient saccagé et pillé toute la vallée, et, depuis lors, on n'avait pas songé à remplacer les images sacrées qui avaiaat été enlevées; Haapé et toute sa tribu étaient soumise à une espèce de vasselage envers leurs vainqueurs. Le chef happa, Paîroro, semblait avoir été préposé par les siens pour surveiller et recevoir les impôts de la vallée soumise.
L'arrivée des Américains avait fait naître l'espé* rance qu'ils prêteraient leur appui aux anciens alliés de Porter , encore en guerre avec les Taîpis. Dans une course faite dans une vallée voisine , M. Stewart et ses nombreux compagnons furent accompagnés par les cris de joie des guerriers tais , qui les regardaient comme des auxiliaires : ils bondis* saient sur le passage de la troupe , brandissaient leurs armes et prenaient des attitudes menaçantes en jetant des regards de défi vers les montagnes de leurs ennemis, et en criant : « Taipi, te mate % te Taipi î les Taîpis , mort aux Taîpis ! *
Dans cette promenade , qui avait pour but d'assister à une fête chez les Happas , on revit l'emplacernent où avait été porté le canon de Porter. Les précipices qui avoisinent ce point, rendent ce
ou N0UKA*H1VA. 404
fiiit presque inèroyable; c'est à peine si les officiers du Vincetmeê purent atteindre eux^mâmes cette crête escarpée, d'où la vue embrasse un vaste horizon et les sinuosités de la côte et des vallées, pendant que les fraîches brises des vents alises modifient agréablement la température si chaude de ces contrées.
Le Toyage du Vmcennes n'avait d'autre but que celui d'engager les chefs à empêcher la désertion des matelots des baleiniers américains, désertion qui laissait quelquefois ces bâtiments sans équipage. Gepmulant, ayant appris qu'en 4844, à la suite de Tassujétion des Taîpis, Keatanoui, chef des Tais, avait été considéré comme le chef de Tlle entière, et qu'à sa mort, son fils, père du jeune Moana avait conservé le titre de grand chef, le capitaine Finch voulut tenter de s'interposer entre les tribus, belligérantes et de ramener l'union parmi elles ^ en faisant reconnaître le jeune Moana comme chef principal de l'Ile. Cette tâche paraissait d'autant plus facile, que toutes les tribus reconnaissaient la suprématie de Moana, surtout celle des Taïpis, d'où était issue son aieule. Dans ce but , le Vincenr nei se rendit, au commencement du mois d'août, dans la baie de Homi.
Les Taipis, en voyant arriver ce navire, furent saisis d'une crainte d'autant plus grande, que déjà de fausses nouvelles de guerre avaient été répandues chez eux par les Happas, ils crurent qu'on venait les attaquer, et ils s'occupaient des moyens de défcase, torsqu'ils reconnurent qu'on n'avait à leur
402 tLES HAROOlSfiS
égard aucune intention hostile. La baie, déaerte à l'arrivée, se remplit de monde lorsque l'àtauramoe delà paix fîit donnée; les armes furent déposées pour faire place aux démonstrations les plus ami* cales. La confiance des Taïpis devint si grande, que plusieurs d'entre eux demandèrent à passer la nuit à bord.
L'origine de la guerre entre les tribus provenait d'un de ces enlèvements de victimes humaines, fré* quents dans l'histoire des habitants : trois homiiieSy trois femmes et un enfant des Taïs^ surpris dans leur sommeil , avaient été faits prisonniers par une bande de Taïpis et avaient été offerts en sacrifice aux Inàaes d'un chef renommé, mort depuis peu. Cette atrocité avait amené de& représailles, et dès lors les hostilités n'avaient pas cessé.
Diverses conférences furent tenues à bord du Vmcennesj et le capitaine Finch eut la satisfaction de voir un résultat favorable couronner ses eiforts conciliateurs. Moana fut considéré comme chef supérieur de l'île , et la réconciliation des tribus fut opérée.
La conduite des Taïpis continua à être amicale pendant le temps que le Vincennes passa au Jtfouil* lage, M. Stev^art put se promener en sécurité dans toutes leurs vallées ; cependant il eut le soin dô se faire escorter par un détachement dans presque toutes ses courses. Au moment de partir, des vois nombreux, tentés. souvent ouvertement, (urei^t les adieux adresses par les indigènes aux Américains.
00 NOUKA^-mVA. 408
Les mmiclK^ dispamissaieat comiqe par enchante*meQt, leg poignards des midschipm^D eurent aussi à souffirir du contact des mains tatouées* Toute crainte ayant été dissipée» les penchants sauvages raparaissaientt Après la peur, la convoitise.
M. Stewart s'élève avec raison contre la déplora*ble insouciance des navires du commerce, qui fournissent k\i% sauvages des fusils et de la poudre pour en obtenir des vivres. Ce commerce imprudent procure à chaque guerrier des moyens de destruction plus sûrs, plus prompts, et les meurtres se multiplient parmi les naturels; souvent aussi ces armes tournent au détriment de ceux qui les ont mises aux mains des sauvageSt Les embarcations des bâtiments ont été plus d'une fois exposées à recevoir des coups de fusil tirés par des ennemis embusqués dans les broussailles*
Mais on doit Tavouer, la conduite des ï^uro*péens amène souvent des représailles. D'après un grand nombre de renseignements pris sur les lieux, il paraît certain queplusieurs capitaines baleiniers se sont emparés des naturels qui, trop confiants, venaient à bord de leurs navires, et qu'ensuite ils les ont emmenés de vive force pour suppléer aux bras qui leur manquaient. Quelquefois, après avoir choisi les plus robustes de leurs prisonniers , ils forçaient les autres à se jeter à la mer, à quinze ou vingt milles de la côte; étrange cruauté, qui surpasse celle des sauvages qui tuent, mais qui ne font pas souffrir une longue agonie à leurs victimes* La plupart des insu-
i04 tLGS MARQUISES
laires soumis à cette presse illégale, mouraient au bout de quelque temps , en proie aux maladies oceasionnées par le changement des climats, et peut-être aussi par les mauvais traitements.
M. Stewart, dans une de ses incursions , visita une famille privée d'un de ses membres enlevé par un bâtiment américaine A la vue du missionnaire, un sentiment de douleur se peignit sur toutes les physionomies , des pleurs coulèrent pendant qu'on lui ra* contait le cruel événement qui privait un chef de son unique fils. On lui montra une corde sur laquelle on avait fait des nœuds, à chaque nouvelle lune survenue depuis le passage du navire ravisseur ; il y avait déjà cinq nœuds marqués.
Pendant le séjour du Vincennes, non-seulement aucune arme, aucune parcelle de poudre ne fut délivrée , mais le capitaine Finch offrit au bâtiment français , ta Duchesse de Berry , capitaine Moite , qui, en se rendant du Callao à Manille, faisait une courte relâche dans cette île, de Taider de tout son pouvoir dans ses transactions, s'il voulait suivre son exemple. Le capitaine français s'empressa d'obtempérer à cette demande.
En quittant le port de Homi, le Vincennes, soulevé par de fortes lames , faillit se briser sur les rochers de l'entrée. Au moment du danger , les chefs taîs montrèrent une grande consternation. Un d'eux prenant le prince Moana dans ses bras comme pour le sauver, s'écria: Mate, mateoaKepahinouimanawa] mort, mort va être le grand navire de guerre. Heureu-
OV N0DKA-*11?A; .105
sanent, une bouffée de veut arracha la eonrette au danger ) etdélitra les passagers de leur frayeur d'être dévorés par les Taipis.
Quelques heures furent encore consacrées aux adieux des Tais, puis le 13 août 1829, le capitaine ' Finch quitta son ami et son protégé , le jeune chef Moana, pour se diriger vers les lies Sandwich.
C'est ici le lieu de mentionner le passage, stérile ^1 résultats, du capitaine Wald^ave, commandant le navire anglais \e Seringapainamj qui visita cet ar* chipel en 1830, ainsi que le départ de Portsmouth, ( le 24 octobre 1834), de MM. Stallworthy et Rodgerson, missionnaires, envoyés par la Société de Londres, malgré les nouvelles du peu de succès des tentatives précédentes. En 1835, rUeNouka-Hiva fut encore visitée par un Français, le baron Thierry, qui se proclama roi de File , et qui , pour toute marque de sa royauté passagère, laissa entre les mains d'un jeune sauvage, Yavanouha, la singulière pièce suivante, recueillie ensuite par le capitaine Jacquinot , lors du passage des corvettes l* Astrolabe et la Zélée.
c Nous, Charles, baron de Thierry, chef souve- » rain de la Nouvelle-Zélande, roi de l'île Nouka- » Hîva, certifions avec plaisir que Vavanouha , chef » de Portua, est l'ami des Européens, et qu'il s'est » toujours conduit, à notre égard, avec décence et » bienveillance. En conséquence de quoi, nous le » recommandons aux bons soins de tous les naviga-
406 tLKfl MARQinSES
» tettrs, qui peov^t demeurer ici en toute aéeu^ » rite.
» Donné à Port-Charles (Anna-Maria), île Nouka- » Hiva, le 23 juillet 1835,
n G8AAI.S8, baron de Thierry , » Par ler<H9 » Ed. Fergus, colonel, aide-de-camp. »
Heureux roi! heureux gujet^I ajoute M» Jacquinot, >Sa Majesté le baron Thierry avait fait» dans le cours de son règne, une courte apparition à Nouka^'Hiva, sans doute pour percevoir quelques tributs de cochons et autres rafraîchissements I à l'aide d'objets d'échange.
La frégate la YénuB^ commandée par M, Dupetit- Thouarg , alors capitaine de vaisseau, et les corvettea VAêtrohbe et la Zélée , sous les ordres de M. d'Urville^ élevé depuis au grade de contre^miral, firent ensuite une apparition presque simultanée . dans les eaux de cet archipel.
U 2 août d838, la frégate la Vénus ^ pilotée par deux Anglais, GoUins et Robinson , établis depuis longtemps sur l'île Taouaia, atteignit d'abord la baie à^Jmmoa, située au nord de celle de FoiftiAou. Le chef d'Àmanoa arriva sur»«le<hamp à bord, accompagné de deux autres chefs et d'un enfant, son fik, qu'il offrit de laisser en otage.
Ce chef, nommé Yotété, était d'une taille coloaaie et d'un embonpoint non moins remarquable; la
couleur de sa peau diaparaisnit aoiis une teinte noire, produite par un tatouage compliqué, tandia que sa figure, ouverte et pleine de honte, inapirait la confiance. On avait peine à croire, en le voyant , que cet homme était un chef d'anthropophagea*
M. Dupetit-Thouars avait reçu à bord de aa frégate^ deux miaaionnairea firançais, qu'il devait déposer dans ces lies; ces deux messieurs purent entrer de suite en communication avec leurs futures ouailles, auprès desquelles se trouvait encore M. Stallwortby, un des missionnaires anglais partis d'Angleterre en 4834. Le second, M. Rodgerson, avait été forcé d'abandonner son troupeau après trois années d'inutiles efforts; les difficultés de la position de ce darnier étaient considérablement augmentées par la présence de sa femme qui F avait accompagné. Il eut beaucoup i souffrir du caractère guerrier des babitantSi de leur penchant au vol» et de leurs mœurs trop licencieuses. Ses livres étaient dérobés pour faire des cartouches; le peu de meubles qu'il possédait, les vêtements de sa femme, chaque objet qui pouvait tenter la cupidité des naturels, étaient enlevés peu à peu, d'abord avec adresse, puis avec violence. Une fois, la mai* son de ce missionnaire fut incendiée; pour obtenir des vivres , il fallait aller chercher des firuits à pain dans les vallées voisines, car il ne pouvait pas en acquérir dans la baie même. Une fois surtout, ces privations furent d'autant plus pénibles que madame Rodgerson était sur le point d'accoucher. Son mari put à peine obtenir pour elle, dans cet état ma-
iOft tus MAnOVISM
làdif, une nourriture grossière qu'on lui refusait partout; Téloignenient dés indigènes pour les missionnaires était extrême ; ceux-ci , cependant, n'éprouvèrent aucun mauvais traitement, mais souvent des troupes de jeunes gens vinrent les insulter et même les menacer. Il parait aussi que plusieurs fois la présence d'une Europiéenne fit naître des débats désagréables. Les chefs, accoutumés à une liberté excessive i^z les femmes, trouvaient fort extraordinaire que les Européens ne suivissent pas, à cet égard, les habitudes générales dans
nie.
A la fin, M. Stallworthy, qui n'était pas marié, engagea son confrère à s'éloigner, et resta seul en butte aux railleries des Mauka-Hiviens. < Donnez- moi de » la poudre, disaient-ils, et je vous écouterai ; que » me reviendra-t-il d'entendre vos leçons ? Vous pa- » raissez désirer me faire des discours; eh bien, » donnez-moi de la poudre; j'irai me battre, et je » vous écouterai après. »
Au moment où Yotété quitta la fi*^te française, on le salua de quatre coups de canon. C'était, sans doute, la première fois qu'un pareil honneur lui était rendu; il exprima le désir de voir les canons faire feu, tandis qu'un des chefs qui le suivaient sollicitait, à son tour, de mettre le feu aux pièces. Dans la nuit du 4 au 5, de violentes rafales, venant des montagnes, firent chasser la frégate. Le lendemain, on changea ce mouillage pour celui de Yaitahou, où le même temps fit éprouver encore le même ac-
ou NaUEA-HlVA.^ 109
cideat; une aacre fut cassée, et ce ne fut que le 7 que l'ancrage fut enfin définitif.
A peine/a Féims eut-elle atteintsa nouvelle relâçhei que déjà Yotété arrivait abord. Convive exact, il venait, aux heures des repas, prendre place à la table du capitaine dont il savait apprécier la bonne chère. Le salut qu'on lui avait fait avait tellement flatté sa vanité, qu'il demanda qu'on le répétât, afin que tout Yaitahou fût aussi témoin des honqeurs qu'on ren* dait à son rang ; on se prêta volontiers à son désir, et pour l'accomplir entièrement, on y ajouta quel* ques fusées et quelques chandelles romaines. La femme de Yotété vint aussi rendre visite à la frégate, et parcourut ses batteries en entier; toutefois, ce ne furentpas lescurieux eomiénagementsd'un navire de guerre qui arrêtèrent ses r^^ards. Le four fixa plus fiarticulièrement son attention \ on en retirait juslement la ration, du pain de l'équipage; elle témoigna le désir d'j goûter, et elle fut promptement satisfaite. Elle se retira ensuite, en emportant un pain entier , ce qui était pour elle une rare friandise.
Selon l'usage commun à toutes les lies de l'Océanie, YjOtéjiré avait changé de nom avec M. Dupetit^ Thouars : par cette cérémonie^ le chef sauvage concédait au commandant français non-seulement tous ses droits politiques, mais il lui abandonnait en outre tous ses droits conjug||iix; il faut ajouter qu'on n'abusa pas de tant de générosité.
. Le chef et sa femme avaient fait toilette complète pour cette visite d'étiquette ; un msmte^u rouge
itO ÎLES MARQUISES
Constituait le costume de cérémonie du premier ; quant à la seconde^ elle avait relevé soigneusement SCS cheveux sous une enveloppe d'étoffe de mûrier, et avait revêtu une robe européenne qu'elle avait reçue en cadeau des missionnaires français. M. Du* petit-Thouars se rendit à son tour dans la demeure de Tauguste famille; les cadeaux qu'il apportait avec lui furent reçus avec Tempressement le plus naturel. La femme du chef ne fut pas oubliée : un rideau rouge servit à la rendre heureuse au possible.
Les bonnes dispositions montrées par Yotété, engagèrent MM. Bevaux et Borgella , passagers de la Vênnsy à fixer leur résidence près de lui. Cette offre fut accueillie avec beaucoup d'empressement; ce chef offrit une partie de sa demeure pour les loger ^ en attendant qu^ls eussent un abri à eux; il leut donna aussi un terrain assez grand pour y bâtir leur ftiture maison et pour y faire un jardin.
Le d août, taVénw appareilla, laissant derrière elle de nombreux souvenirs parmi les habitants qui voyaient avec peine le départ de ces jeunes marins, prodigues de verroterie et d'autres objets de la môme importance. Yotété vit arriver Theure fittale de la séparation avec émotion ; convive exact du commandant , il perdait à là fois un généreux ami et des re« pas dont il avait reconnu le mérite. Il ne put s'empêcher de verser d'abondantes larmes... Quel a dft être son ravissement en retrouvant dernièrement les deux bonheurs qu'il croyait avoir perdus sans retour.
ou NOUftà-UIVàt 111
En quUtâiit te ruMi»^ il emporta ua patiUon qu41 â^t demandé; il en connaissait remploi et voulait aiiOBi arborer aeè eouleura; il avait choisi le damier riHige et bléAùi après avoir reçu rasattranoe qu'au* ettne autre nation n'avait adopté eea couleurs : il eûl été au-^essoua de sa dignité de commettre une uaurpfttion de ce genre* A un chef auaai puissant il Ail* lait une enseigne particulière.
MM. Devant et Borgella éprouvèrent un serrement de coeur réel en voyant le pavillon national ftiir à rhorizon ; un bâtiment est encore la patrie* Seule déaormaia au milieu d'une peuplade de cannibales dont ilaneconnaisaaientpasle langage^ iU ignoraîeni le aort qui leur était réservé; ils avaient besoin de tOQt leur courage pour aurmonter les regrets d'une pareille aéparacîon .
La baie de Taîo^hae devint ie théâtre d'une scène dijgn<i des anciens navigateurs ^ lorsque , le 26 août au aoir; t'Am^take et k EilM y laissérenl tomber rnncre* â peine les voiles AirentrOllas serrées^ qu'un nombre conwlérable de pirogues se détachèrent de di'vers points de la baie; des bandes de jeunes fenn meS) la tète ornée de fleurs ou de feuilkn^ portant au boni d'nn bâton b^rs vétemenis, vinrent à la nage entourer les corvettes. Toute cette foule poM>« sak de longs édais de rire et de grands «ms de Joie.
C'était bien là un spectacle extraordinaire» Qnwt se êf^nt^ trois cm quatre cents sauvages prenant leurs éhm»y <en poussant des cns aaaoutdissairts. fo«i 4 i'cnvi> en nageint avnc|;flm^ déptoysîMt
leur agilité et la souplesse de leurs membres ; la mer calme écumait, eu quelque sorte, sous les efforts de tant de bras. A chaque instant, d'interminables cris, Ouohy ouoh, auoh, empêchaient presque le comman* dement de l'officier de quart de se faire entendre.
Pour éviter l'envahissement du navire par une troupe aussi nombreuse, qui aurait immanquablement gêné la manœuvre, les filets d'abordage, vaste réseau qui enveloppe le contour d'un navire, opposèrent leur barrière infranchissable à l'introduction d'un ennemi de nouvelle espèce.
Bientôt les navires se trouvèrent entourés d'une ceinture vivante, formée par les baigneurs, qui avaient envahi les moindres saillies des corvettes. Les actionnaires ne pouvaient suffire à contenir tant de jeunes femmes perchées sur les rebords étroits des bastingages, ou négligemment appuyées sur la flexible muraille qui les excluait si brutalement. Toutes imploraient du geste et de la voix une hospitalité plus complète , et plus d'une tenta de violer la consigne des sentinelles. Pendant plusieurs heures, elles attendirent patiemment qu'on permit leur introduction, témoignant parfois leur mécontentement par des murmures; mais, le plus souvent, elles tâchaient de charmer les étrangers par des chants sans art, mais prononcés avec ensemble; le lendemain la scène changea d'aspect : réunies le soir sur le rivage, ces femmes entonnèrent un chant menaçant , bien différent de celui de la veille, en l'aocompagnaot de gestes animés. Elles s'étaient présentées
ou NOUlCA*fllVA. 113
aui embarcations des corvettes pour se rendre à bord; mais on avait refusé de les recevoir^ et, dans leur fureur, elles lançaient, sans doute, des imprécations sans nombre contre le commandant français^ auteur du tabou prohibitif.
Au milieu de cette agitation bruyante , on pouvait aussi remarquer un peu de défiance et d'inquiétude; bien souvent le mot Hoana avait été prononcé par les sauvages, sans qu'on pût en comprendre le sens. Hutchinson, Anglais successeur des Roberts, des Gabri et autres aventuriers errants dans ces lies, vint donner le mot de l'énigme: Moana est le nom du jeune chef mentionné par le chapelain Stewart. Avec l'âge, il avait justifié les espérances de ce missionnaire ; non-seulement ii s'était converti , mais encore il avait voulu engager son peuple à embrasser le christianisme. Mais l'aversion des Noukahiviens pour les miissionnaires était bien prononcée: < Laissez-nous comme nous sommes, » répondaient-ils aux exhortations de leur chef; les » missionnaires ne peuvent-ils pas demeurer parmi » nous sans détruire nos usages? Les Happas et les » Taîpis ne nous attaqueraient-ils pas, s'ils nous » voyaient abandonner nos coutumes ? » L'opposition lut si manifeste, au dire d'Hutchinson , que le pauvre Moana, ayant à opter entre son peuple et ses croyances, préféra aller vivre près des missionnaires des îles de FOcéanie : Rarotonga fut, dit-on^ le lieu de refuge qu'il choisit.
Avant de partir cependant , il avait menacé haule-
lii ÎLEg MARQUISES
ment ses sujets endurcis de revenir un jour, à la tète de plusieurs navires de guerre, pour les contraindre par la force à se convertir. Cet adieu n'avait pas beaucoup effrayé la population ; mais, en voyant deux navires de guerre entrer à la fois dans la baie, on se souvint des promesses de Moana ; aussi les naturels demandaient-ils si leur ex-roi était à bord* Cette question d'abord incomprise resta sans réponse , et ces pauvres sauvages ne parurent rassurés que lors* qu'ils eurent la conviction que Moana n'était point sur les corvettes.
Les chers iVta-Htiott, VoviA-^NotU et Pdtofto avaient succédé au pouvoir de Moana en son absence; P»tini , cette fille de Keatanoui , qui avait tant séduit Porter il y avait vingt*<inq ans , jouissait aussi d'une grande influence, en sa qualité de tante de Moana. Belle encore, quoique déjà âgée, elle justifiait la mention particulière que Porter avait faite de ses attraits dans sa narration. C'est à cette beauté te* marquable, disaient lés Anglais établis sur Ttle, que les Taïs doivent l'état de paix qui règne entre eux et les Happas; cette histoire est assez romanesque^ du reste, pour qu'on puisse en douter , malgré Tas* sertion de ces colons indépendante.
Un jeune chef des Happas, ayant beaucoup entendu vanter la beauté de Patini , prit un beau jour la ré* solution d'aller la voir. Par une nuit obscure, il franchit les montagnes et mit son projet à exécution. Bref, l'entrevue eut lieu, ils se plurent mutudle^ ment^ et le chef des Haf^m devint m des époux
ou NOUKA^HIVA. il5
de'Patini : car, à Nouka^Hiva, les mœurs sont tom à fait l'opposé de celles des Turcs ^ ei les femmes ont le pri^lége d'avoir plusîenrs époux légitimes^ Ainsi^ la beauté de la fille de Keatanouî, au rebomrs de celle d'Hélène, a arrêté l'effusion du sang, au moins pendant quelque temps.
Les Français trouvèrent à NouluHHiva un grand nombre d'Européens, la plupart Anglais, déserteurs des bâtiments ou condamnés édiappés des cokmies pénales de l'Australie, fixés, parmi les sauvages; leur existence était assurée en quelque sorte par les concessions de terrains qu'ils avaient reçues des chefs. La culture des patates douces, des igna-* mes et du Tare, suffisait non -seulement i leur nourriture, mais leur permettait encore d'en appro* visionner les navires marchands qui fréquentaient ces parages. D'après Hutchinson, une douzaine de navires étaient venus relâcher dans ce port depuis le commencement de l'année ; il s'en trouvait encore deux sur la rade, tous deux baleiniers et américains. Les navires de guerre paraissaient plus rarement; le dernier avait passé en 1835', c^étaitfe Yincennes^ qui était revenu voir les lieux qu'à avait déjà visités en 4829.
L'expédition , après avoir accompli d'intéressants travaux, partit à son tour, mais le pavillon français ne devait pas tarder à reparaître dans les mêmes lieux qu'il devait ensuite abriter pour toujours.
Le brick ie Pytade, commandé par M. Bernard, vient dote la liste des bàtinmits do«rt les voyages
offrent quelques détails intéressants. Ce brick arriva à Taouata le 29 avril 1840, et, dés Tabord, il reconnut que le chef Yotété n'avait plus pour les missionnaires français la bienveillance qu'il avait manifestée pendant la présence de la Vénus. Flottant entre les missionnaires anglais et français, son rôle paraissait se borner à recevoir leurs cadeaux sans se soucier le moins du monde du but de leurs religieux efforts; Yotété ne croyait plus à la loi du Tabou ^ mais il n'en voulait suivre aucune autre; de sorte que la vallée de Yaïtahou continuait , comme par le passé, à présenter le spectacle d'un peuple peu disposé à changer ses mœurs et ses croyances ; Maheono jeune chef de la vallée considérable d'Hanatété, située dans l'est de l'île Taouata, parut en revanche mieux disposé en faveur du nouveau culte. La vallée dé Poussy paraissait aussi dans les mêmes dispositions; M. Caret y avait établi sa demeure; mais en consul* tant les Annales de la foi, publiées par l'association des missions, on voit que le résultat des efforts des missionnaires sont à peu près nuls encore; on citait en 1841, trente-cinq baptêmes dans tout l'archipel. Le 2 mai , l'équipage du Pyhde descendit à terre pour célébrer la Saint-Philippe. La première pierre de l'établissement des missions fut posée, il reçut le nom de la reine Amélie de France. Un Te Deum fut chanté ; l'autel placé dans les bois donnait à cette cérémonie un cachet particulier; le bruissement des feuilles, le brui( sourd d'une cascade, le fracas des lames déferlant au rivage, les détonations de l'artil*
ou NOUKA-HIVA. il7
lerie du Pyladey se joignirent aux chants religieux. Yotété qui n'avait jamais encore assisté à pareille fêle était tout éperdu; il s'écria que lui et son peuple moufxdeai dadmvroÉkn.
La fin de cette cérémonie fut surtout de son goût; conirié à dîner à bord « il retrouva les mets savoureux qu'il connaissait déjà, et qu'il n'avait pas goûtés depuis longtemps.
Le Pylade, n'ayant pas aperçu de mouillage sûr, communiqua sous voiles avec les missionnaires de Houapoou. Le chef de l'Ile, nommé Heato, avait nouHseulement bien accueilli les missionnaires, mais encore, il les avait nourris et logés. Une maison venait d'être achevée, sur le plan qu'ils avaient donné, et le commandant du Pylade leur acquit^ moyennant six livres de poudre, cinquante-six toises carrées de terrain autour de leur demeure.
Le 5 mai , te Pylade atteignit le mouillage de la baie Taiohae; il reçut immédiatement à bord la visite des prêtres français établis sur cette tle, qui annoncèrent que le chef, Moana, était de retour de ses pérégrinations lointaines. Il était, en effet, revenu prendre possession de son titre de chef, qu'il avait abandonné pour aller se réfugier près des missionnaires anglais^ à Rarotanga, et de là en Angleterre.
Malgré les dispositions de Moana à imiter Tamea- Mea, le chef redouté des lies Sandwich, les indigènes n'avaient pas changé d'habitudes. L'enceinte de la maison des missionnaires était constamment violéç.
ils tLfiS MARQUISES
et leurs effets mis au piliâge. Pour réprimer ees abus, le commandant Bernard fut s'embosser à deux encablures de la case de Moana , et exigea de ce chef la restitution des objets volés* On accorda la naît aux chefs pour délibérer, et le lendemain Tétatmajor alla chercher la réponse, alors on vit descendre les habitants armés des montagnes environnantes* Le son des conques de guerre, le bruit des tambours, les explosions d'armes àfeu retentissaient de toutes parts. Oiieut bientôt la certitude qu'un guet-à-pens avait été projeté pour enlever les officiers et les-garder en otage dans l'intérieur; mais les dernières dispoi^tions de ce complot n'avaient pas été prises, et l'étatmajor put retourner à bord sans obstacles. On accorda jusqu'à cinq heures du soir pour se soumettre aux injonctions qui avaient été faîtes , et pendant ce temps, la mer fut déclarée uém^ afin d'empêcher l'arrivée de quatre cents Taïpis qui devaient venir, par mer, pour faire irruption dans la vallée. A quatre heures et demie , Moana vint à bord faire la restitution exigée, et le 4 mai, les Taipis arrivèrent paisiblement au nombre de trois cents, portés par dix grandes pirogues. Un même dtner réunit à bord du Pylade les chefs de ces tribus différentes; dans cette réunion, une paix générale fut cimentée entre toutes les tribus. Des exercices à feu et des fusées qui excitèrent, à bord et à terre, des cris prolongés d'admiration, célébrèrent, en quelque sorte, cette journée solennelle. Le grand prêtre des Taïpis ne put s'empêcher de dire ,
ou NOCKA-VIVà. 449
dau l'état de profond élonnement où il se trouvait, que les étrangers étaient des homuies, tandis que les Noukahiviens n'étaient que des rats et des souris auprès d'eux.
Le chef Maheatété, de la tribu des Ta!oas^ accom* pagna le brick jusqu'à l'entrée de la baie Akani , qui fait partie de ses domaines ; il fit alors ses adieux au PyUuky qui retourna à Vaîtahou où il retrouva tout en bon ordre.
Le Rapport qui contient les détails de la prise de possession , au nom de la France , de ces terres si peu connues naguère, vient clore le résumé de leur histoire, telle qu'on la trouve dans le récit des voyageurs. Nous croyons devoir le reproduire textuel!»* menti car ce document signale le commencement d'une nouvelle ère pour l'archipel Moukahiva y et doit former la base de son histoire future.
Rapport adressé par le contre amiral du Petit-Thouars à M, te ministre de la marine et des colonies, sur la navigation de la frégate la Reine-Blanchey après son départ de Valparaiso, et sur la prise de possession de l'archipel des îles Marquises.
Baie de Taipkâe, IM^nte ia B8inê*Btmmk§ , le 19 joln lf42.
« En partant de Valparaiso, pressés d'arriver aux Marquises, nous gouvernâmes directement sur l'Ue Fatou-fiiva (la Madeleine), la plus méridionale da groupe sud-est de cet archipel. Nous arrivâmes en vue
de celte tie, le 26 avril ; le 27, nous en visitâmes toute la côte occidentale et nous eûmes quelques relations avec les indigènes. Cette lie qui contient , assuret-on , de quinze à dix-huit cents habitants, n'offre qu'un mouillage en pleine côte, toujours dangereux et fréquenté seulement par les baleiniers que lebe^ soin de provisions force à y relâcha. Le 28 au matin , nous étions sur la côte occidentale de Ttle Taouata(la Christine), où nous fûmes contrariés par des calmes qui se prolongèrent assez avant dans la journée; ce ne fut qu'à trois heures que. nous atteignîmes le mouillage de la baie de Ysutahou.
» A peine étions-^nous à l'ancre sur cette rade, que nous reçûmes la visite de M. François de Paule, supérieur de la mission établie en cette île; mais ce ne fut que le lendemain que le roi Yotété vint à bord , accompagné du révérend supérieur de la mission , qui voulut bien nous servir d'interprète. Le roi parut enchanté de me revoir, et me dit qu'il serait venu à bord la veille, dès que la frégate avait été aperçue, s'il n'avait pas craint que nous fussions Américains. Il m'apprit alors qu'il y avait environ quatre mois qu'une baleinière, appartenant à un bâtiment de pêche des États-Unis, ayant perdu son bâtiment en chassant une baleine, était venue, après plusieurs jours de mer et de souffrances , étant sans vivres , relâcher à l'île Fatou-^Hiva, où elle avait été accueillie à coups de fusil , et où elle avait perdu un homme par suite de cette attaque imprévue. Repoussés de l'île Fatou-Hiva, ces marins avaient repris le
ou NOUKA-HIVA. 121
large et étaient arrivés à l'tle Taoaata, où le roi ne les avait pas beaucoup mieux reçus; car il les avait dépouillés de leurs vêtements, et leur avait même en« levé leur baleinière.
» Depuis cette époque, les marins américains ayant trouvé à s'embarquer sur un baleinier venu en relâche, iMTOtestèrent, avant leur départ, contre les actes de piraterie dont ils avaient été les victimes, et menacèrent Yotété de la vengeance de leur gouvernement. Yotété, éclairé depuis par les missionnaires et par les capitaines venus en relâche dans la baie de Yaitahou, coi^^ut de vives inquiétudes sur les suites que pouvait avoir pour lui cette mauvaise affaire , et !1 était encore sous l'impression de ces alarmes lorsqu'il vint me voir. II me pria de le protéger et de débarquer, lorsque je partirais, une partie de mon équipage et des canons de la frégate. Je lui répondis que j'y consentirais, s'il voulait reconnaître la souveraineté de Sa Majesté Louis- Philippe et prendre le pavillon français. Il accepta avec empressement ces propositions, et nous convînmes que la déclaration de prise de possession aurait lieu le 1" mai, jour de la fête dé Sa Majesté Louis-Philippe, et qu'aussitôt le pavillon français serait arboré sur l'Ile Taouata. . f Toutes nos dispositions furent promptem^it faiteSy et le l^^mai, à dix heures , je me rendis à terre, accompagné de l'état-major général et d'une partie de celui de la Reine-Blanche. Une garde de soixante hommes nous avait précédés pour rendre les honneurs à nos couleurs nati(males, lorsque, après la
422 tLE8 MARQUISES
déclaration de prise de possession que j'allais foire au nom du roi en présence du roi Yoteté, des principaux chefs et d'un grand concours d'indigènes^ elles seraient déployées , pour la première fois , sur le groupe sud-est des lies Marquises.
» Arrivé sur les lieux, je Ûs ouvrir un ban, et ayant pris la parole^ au nom du roi, je déclarai la prise de possession de Ttle de Taouata et du groupe du S.-E« des îles Marquises. Le pavillon f\it hissé aussi* tôt; nous le saluâmes de trois cris : Vive le rai! ^ive la France! qui furent suivis de trois décharges de mousqueterie faites par la garde d'honneur et pat* des fanfares exécutées par toute la musique. La fré> gâte la Reine-Blanche^ mouillée à petite distance du rivage et entièrement pavoisée, prit également part à cette cérémonie, en répondant à nos acclamations par une salve de vingt et un coups de canon.
» Les habitants, réunis en grand nombre, manifestaient également leur joie par des acclamations bruyantes et répétées^ et tous me demandèrent de mettre des canons à terre. Nous nous rendîmes en** suite chez le roi, où l'acte de reconnaissance de la souveraineté de S. M. Louis-Philippe et celui de la prise de posssession furent immédiatement signés*
t^ Le môme jour, nous fixâmes, avec le roi Yotété, le lieu de la baie où notre établissement serait fondé, et nous entreprîmes, sans perdre de temps, les tra* vaux nécessaires à la construction des logements et magasins. De jour en jour, depuis cette époque, ces travaux prirent une plus grande activité; les marins
ou lfOUKA-4IIVA. 4513
de ta Beine^BUmdkey enwyéi à terre pour prendre part à nos opérations d'établiMement, rÎTaiisèrent de séle atec les marins dek 130* compagnie destinés former la garnison.
» Le 23, la baraque destinée au logement de la garnison et eelle des Titres, qne j'avais fait construire k bord, pendant notre traversée, en venant de Yalparaiso, étaient achevées» ainsi que le four et un magasin à poudre; rétablissement commença à s'administrer par lui-^mème*
» Dans une course que j'ai faite, le 5 mai, à la baie de Haaamanou, Ile Hivaoa (la Dominique), j'ai obtenu la reconnaissance de la souveraineté du roi par les chefs principaux de l'île, qui nous ont demandé à preùdre le pavillon français et à recevoir une garnison^ ce que j'ûi promis d'accorder lorsqu'ils auraient construit pour nous une case de vingt mètres de long sur huit mètres de large. Ayant tracé cette case, les trois tribus qui occupent la baie se sont immédiatement mises à l'œuvre pour satisfaire à ma demande.
» Tout semblait prendre, à Vaïtahou une tournure favorable à nos intérêts et nous promettre un prompt succès, lorsque, le 22, au moment où je me disposais à quitter la baie pour me rendre à l'île de Nouka-Hiva, un homme qui passe pour être l'instrument aveugle des volontés du roi menaça de tuer, s'il ne quittait pas aussitôt la baie de Vaïtahou, un Espagnol que j'avais ftiit venir d'une baie située au vent de l'tle pour nous servir d'interprète à l'éta-
blissement. Instruit de ce fait par l'Espagnol luimême, il me parut que cette menace avait été faite pour voir jusqu a quel point nous étendions notre pouvoir.
» Je me rendis aussitôt chez le roi, où ayant fait venir l'homme coupable,. je lui déclarai en présence du roi Yotété que si, à l'avenir, il se permettait la moindre insulte contre les hommes de l'établissement, ou même contre ceux que je pourrais employer, je le ferais embarquer, et qu'il ne reverrait jamais son île. Il ne me parut pas très*effrayé de ma menace, et deux jours après, il poursuivit un Anglais que j'avais fait venir de l'île de Hivaoa pour faire de la chaux,, et l'attaqua. dans le jardin même du supérieur de la mission, qui, étant survenu, empêcha qu'il ne fût tué. Cet événement se passait au moment du coucher du soleil ; je n'en fus informé qu'un peu tard ; mais, dès le jour, je me rendis chez le roi, que je ne trouvai plus : il était parti avec toute sa famille pour aller pleurer un mort, me dit-on ; mais, bientôt, j'appris qu'il s'était caché^dans une baie voisine, ce qui me confirma dans l'opinion où j'étais que ces insultes répétées avaient été provoquées par lui.
» J'envoyai une embarcation à la recherche du>oi; elle revint sans l'avoir trouvé où on assurait qu'il était allé. Je fis venir alors son neveu , jeune homme qui parle bien l'anglais, et je l'engageai à aller dire à Yotété que s'il ne paraissait pa3, je ne le considérerais plus comme roi, et que je me ferais roi moi-
ou NOUKA^HIVÀ. 125
même à sa place. Cet indigène alla en effet à la recherche de Yotété , qu'il trouva caché tout près dans le ravin boisé de h petite baie d'Hanamiliai , située sur la même rade. Le roi cependant refusa de raccompagner, et me fit dire qu'il ne consentirait à revenir qu'autant que le révérend supérieur de la mission irait lui-même l'y engager, ce qui eut lieu aussitôt; M. François de Paule ayant bien voulu s'exposer à remplir cette mission , il nous ramena le roi , sa femme et son fils aine. Le roi Yotété confessa ses torts et dit qu'il s'était caché parce qu'il avait eu peur. Je lui reprochai son manque de confiance en moi , et lui dis que la faute d'un homme tel que celui qui était coupable ne devait nullement ' l'inquiéter , à moins qu'il n'eût agi par son ordre.
» Je lui déclarai alors que j'exigeais .qu'il me le livrât et que je le garderais quelque temps à bord pour le punir, mais qu'il ne lui serait fait aucun mal ; j'annonçai ensuite au roi l'intention où j'étais de garder son fils en otage jusqu'à ce qu'il eût rempli cette condition. Il parut alors trés-affligé de ma résolution , mais il se rendit à terre avec l'intention apparente de me satisfaire. Nous devions appareiller le même jour, je retardai notre départ pour lui donner le temps d'envoyer le nommé Panaau, ce qu'au bout de deux jours il n'avait pas encore fait. Alors 9 pressé par le temps , craignant que quelquesuns des bâtiments de ma division ne fussent déjà arrivés à la baie de Tàiohae (ileNouka-Hiva), j'appareil* lai pour venir ici, emmenant comme otage le jeune
Timao, fils aîné du roi. 11 était essentiel pour moi d'avoir cette garantie , le nommé Panaau étant un très-mauvais sujet, très-dangereux, et capable de commettre toute espèce de crimes.
> Je ne me suis point éloigné de Yaïtahou sans éprouver quelques regrets d'être obligé de partir si promptement; cependant je laitoais M. le capitaine de oorvette Halley dans un poste suffisamment fortifié contre un coup de main, avec des hommes bien armés et capables de battre à eux seuls tous les habitants de Taouata. Cette lie qui , encore en 1838, contenait de onze à douze cents habitants , n'en a pas aujourd'hui plus de sept à huit cents en tout; il y a cette diflérence pourtant , c'est qu'en i838 , il n'existait' que trèshpeu d'armes à feu sur cette lie, tandis qu'aujourd'hui il n'y a pas un indigène qui ne possède au moins deux ou trois fusils. H n'y a point à craindre avec ces habitants une attaque de plein jour ni à force ouverte , mais on peut redouter un assassinat par surprise , ou le feu , si une surveillance active n'empêche pas une tentative de ce genre de réussir.
» En partant de Yaïtahou, nous emmenâmes avec nous le révérend père supérieur delà mission, qui, depuis plus de quatre mois, était sans nouvelles de» missionnaires de Nouka-Hiva et de Houapoou, qu'il savait d'ailleurs très-exposés aux brutalités des indigè* nesdeces deux lies; ildésirait vivement savoir ce qu'ils étaient devenus; et, d'un autre cdté, j'étais con* vaincu , par l'influence morale qu'ont déjà acquise nosmissioiinaîres parmi les natorelg», que la préeetiw
de M. François de Paule à bord de la frégate ne pouvait qu^être favorable au succès de la mission que j'avais à remplir ; et en effet je ne me trompais pas^ comme le verra Votre Excellence par les détails qui vont suivre.
» Nous allâmes^ en premier lieu^ nous présenter de*" vaut la baie de Hakaliaou, où demeure le roi de Houapoou} j'expédiai un canot à terre , et j'appris, à son retour, que M* Caret et les missionnaires qui étaient avec lui sur cette ile, avaient été forcés de s'embarquer, il y avait à peu près trois mois , et qu'au mo<« ment de leur départ ils avaient été pillés ; enfin, que ce n'était qu'avec peine qu'ils avaient pu s'échapper sains et saufs. Nous apprîmes encore que leur mis* aion n'était cependant pas restée sans succès , qu'ils avaient fait dix ou douze prosélytes que leurs com«« patriotes ne pouvaient arracher à la foi qu'ils avaient embrassée, et que, parmi eux , se faisait surtout re« marquer une ancienne grande prêtresse.
A Pressé de suivre ma mission , je ne pus pour le moment porter secours à nos coreligionnaires, et j'a« journal ce, projet à l'arrivée du premier bâtiment qui BOiis rallierait.
» Le lendemain 31 mai, nous mouillâmes dans la baie de Taïohae, où aucun des bâtiments que j'atten-^ dais n'était encore arrivé. Je fis aussitôt dire au roi de venir à bord, et il arriva sans se faire attendre. Après avoir causé quelques instants avec lui par l'intermédiaire de M. François de Paule, je lui proposai de recofifiaitre la souveraineté du roi im Français «
128 iLES MAUQUlSfiS
et je lui promis démettre une garnison dans sa baie s'il y consentait; de plus, je m'engageai à forcer la tribu de Taioas à faire la paix , et à lui rendre sa femme qu'ils lui avaient enlevée par surprise. Le roi s'empressa d'accéder à mes propositions ; il fat convenu que j'enverrais le lendemain chercher les chefs principaux de Taioas; que la paix se ferait à bord en ma présence, et qu'aussitôt tous déclareraient ensemble par un acte authentique la souveraineté de Sa Majesté Louis-Philippe. Ayant en eifet envoyé un canot inviter les chefs de Taioas à venir faire la paix sous ma médiation, ils se rendirent à mon invitation , et arrivèrent à bord de très-bonne heure le 1®' juin.
» Tous les chefs principaux des deux baies ayant consenti à faire la paix, se donnèrent la main en signe de réconciliation , et on rédigea aussitôt Facte de reconnaissance et de la souveraineté de Sa Majesté Louis^Philippe, roi des Français , que tous signèrent avec nous, il fut ensuite convenu que la déclaration de prise de possession aurait lieu en grande cérémonie dès le lendemain , à onze heures du matin , et que la pavillon serait aussitôt arboré sur le mont Touhiva, situé au sud de la baie de fiakapéhi. Le roi s'empressa alors de me céder en toute propriété pour la France, par un acte authentique émané de sa volonté, le mont Touhiva pour y faire un port, et toute la baie pour y fonder les établissements qui nous seraient utiles, et il me demanda avec instance que je lui fisse délivrer un pavillon , pour l'arborer
ou NOUKA-HIVA. i29
sur sa maison au moment même où nos couleurs nationales seraient déployées sur le mont Touhiva, lors de la déclaration de prise de possession.
» Le 2 juin, à dix heures, je quittai laReine^ Blanche^ accompagné de Tétat-major général et d'une partie de celui de la fr^ate, et nous nous rendîmes à terre, où le roi vint se joindre à nous. Il était suivi des chefs principaux de la baie, de ceux des Taioas et de la tribu des Happas. Arrivés sur le mont Touhiva, nous y fûmes reçus par M. le capitaine de corvette Collet. Ayant fait ouvrir un ban, je prononçai , au nom du roi , la déclaration de prise de possession de Nouka-Hiva et des îles du groupe nord-ouest qui en dépendent. L'acte authentique de la prise de possession fut dressé immédiatement après la cérémonie, et signé par tous les chefs.
» Les transactions terminées , les chefs des Taioas me prièrent de leur donner un pavillon pour arborer sur leur baie, où ils demandèrent à être reconduits. Je leur accordai un pavillon , et je leur fis distribuer quelques présents. Ils partirent ensuite très-satisfaits de l'accueil qu'ils avaient reçu, pour la baie d'Hakapéhi , où ils résident. En témoignage de leur reconnaissance, ils m'envoyèrent, par le retour du canot, des cochons en présent.
» Dès le même jour , nos tentes furent dressées dans la baie d'Hakapéhf; au pied du mont Touhiva, où doit être placé un fort dont j'ai ordonné la construction , et auquel j'ai donné le nom de Collet^ en commémoration du contre-amiral de ce nom, père
idO tLE9 llJklIQtlISfiS
dû capîtàitie de corvette Collet, deMiûé & \fè ftmtl^ H à le txmmamler , ainsi que le groupe du nord^ ouest des îles Marquises;
» La deuxième section de la 120* compagnie fut îhimédîatement débarquée pout y tenir garnison. Les travaux d'établissement tîommencèrent aussitôt, et depuis ils ont été continués avec une ardeur qui ne s'est pas ralentie un instant.
» L'équipage de la frégate la Reine-'Bîancke envoie thaque jour tous ses ouvriers de chaque profession et les corvées d'hommes nécessaires pour employer îepend'outilsdont nous pouvons disposer ponr hâter les travaux.
% Le roi Moana nous a accueillis avec un empressement remarquable ; il a changé de nom avec M. Collet ; espèce de contrat en usage parmi les Polynésiens, qui fait de celui auquel on donné son nom un autre soi-même. Nous lui avons fait présent d^un uniforme roug:e, d'une paire d'épa\ilettes de colonel, de chemises, d'un pantalon. Il porte tous ces vêlements avec aisance, et s'est montré trèsreconnaissant de nos bons procédés. Il nous a donné en échange douz^e arbres à pain magnifiques et «î^ cocotiers. Avec ces matériaux , que nos charpentiers sont occupés à mettre en œuvre, j'espère quebîentôt nouspourrons disposer d' une baraquede vingtmètres de long sur sept on huit de large; on continuera â augmenter les constructions à mesure que les malëriaux nous arriveront; des indigènes nous fabriquent de la chaux, et le commandant Cottet ayant trotivé
une argile propre à faire des briques , j'ai Tespérance fondée que nous pourrons arriver à £ure des tuiles et des briques en quantité suffisante pour les besoins de rétablissement. Le 4, la corvette la Triom* flumÉe est arrivée ist a mouillé en rade, venant de Valparaiso, et, en dernier lieu, des lies Gambier, où elle est allée porter les présents de la reine; ils ont été accueillis avec enthousiasme et reconnais*- «ucepar le roi et tcmtes les populations de ce groupe; le commandant et rétat-major de la Triomphante ont assisté à l'inauguration de la cathédrale d^ Iles ^mbier; ils racontent des choses merveilleuses de ces îles on, en effiet, il parait que les efforts de nos MÎ6m<»inaires ont été couronnés du succès le plus «osiplet.
» Dès l'arrivée de la Triomphante ,> qui, comme vous le savez. Monsieur le Ministre, a perdu soa commandant, M. Baligot, dans sa traversée de Bvesi k Rio-Janeuro^ j'ai nommé à ce commandement M. Postel, second de la Reine-Blanche ^ et j'ai embarqué M» Cellier de Starnor sur la frégate , ou H <îommande la batterie de la 160° compagnie des équipages, qui précédemm^fit était eommândée par M. Sevin, lieutenant de vaisseau, aujourd'hui devenu second de la frégate par suite du débarquement de M. Posiel.
• Le détachement d'artillerie arrivé sur la Triom-pbante est dans la meilleure situation possible et est animé d'un très-bon esprit ; M. Rohr, qui le com^ nande, montre un grand zèle pour son service.
» Conformément à vos instructions, j'ai divisé ce détachement en deux sections, composées chacune de la moitié des canonniers d'artillerie de la marine et de la moitié des ouvriers de la même arme ; la première section, commandée par M. Rohr, est placée ici sous les ordres de M. Collet ; la deuxième est partie sur la Triomphante pour se rendre à ceux de M. Halley, à Yaïtahou.
» Le 7, nous avons reçu le navire le Jutes-César, expédié par M. le commandant Buglet, en vertu des ordres que je lui avais laissés; il nous apporte huit mois de vivres pour le personnel des deux établissements, ce qui me permet d'en assurer la subsistance jusqu'au 1" janvier prochain, et d'aligner jusqu'au même jour les vivres des deux corvettes la Boussak et l'Embuscade^ qu'il est urgent de laisser ici au moins jusqu'à ce que tous les logementset magasins d'approvisionnement soient terminés.
» Le 9 , voulant consolider la paix entre le roi Moana et les chefs des Taioas, qui, malgré le traité conclu à bord de la Reine-Blanche, retenaient toujours la femme du roi, je m'embarquai un jour, accompagné de Moana et du révérend supérieur de la mission del'ile de Taouata, et nous allâmes à la baie d'Hakapéhi, où ils résident. A notre arrivée, nous aperçûmes le pavillon français qui flottait sur la maison du vieux chef Mahéatité. Nous fûmes trèsbien accueillis, non-seulement des chefs qui déjà avaient passé deux jours à bord de la frégate, mais encore de toute la population; elle nous accom-
ou NOUKA-HIVA.
pagna dans notre promenade au milieu d'une ma* gnifique vallée d'une largeur variable de 2 à 3^4 de mille environ, et d'une profondeur de cinq à six milles au moins. Cette vallée est encaissée entre deux inmienses montagnes à pic comme des murs, de mille à douze cents mètres d'élévation. Le sol, en s'éloignant de la plage, va en s'élevant par une pente si insensible qu'il parait presque uni ; au milieu de la vallée, coule un ruisseau abondant, et de chaque côté, jusqu'aux montagnes, le terrain est couvert d'une forêt d'arbres à pain entremêlés de cocotiers et de pandanus, de bananiers et de quelques champs cultivés en patates douces et en tabac.
t De distance en distance, nous trouvions des cases où on nous engageait à nous arrêter et où l'on nous offrait des cocos. Nous trouvâmes enfin la reine Moana dans une de ces cases; on nous la fit connaître. Je l'engageai à nous accompagner à notre retour ; elle me le promit d'abord, mais un indigène qui était auprès d'elle la fit se rétracter. Nous la quitta* mes, et nous continuâmes à nous enfoncer dans la vallée, pour aller voir un vieux chef nommé Toumée, qui, étant malade, n'avait pu venir au-devant de nous. Nous le rencontrâmes dans sa case, couché et souffirant beaucoup d'un rhumatisme aigu. Nous n'étions là que depuis peu d'instants, lorsque la reine vint nous y rejoindre; je Itû fis de nouvelles instances et lui donnai quelques présents, mais tout fut inutile, elle persista dans son refus. Nous retournâmes alors vers la plage, et nous nous arrêtâmes de
134 !les marquises
nouveau à !a case où nous l'avions rencontrée la première fois. Elle y revint bientôt; mes instances réitérées n'eurent point un meilleur succès ; mats M. François de Paule, lui ayant parlé pendant que^ que temps, parvint à la décider à revenir avec Sûft mari ; Moana s'approcha alors de sa femme à laquelle il n'avait encore rien dit : dans ce moment , toute la population fit un cri qui nous donna treu de penser qu'elle s'appM)sait à leur réunion ; c'était tout le contraire. M. François nous expliqua qu'ils avaient voulu , par délicatesse, qu'on laissât le roi seul avec sa femme, afin qu'il lui parlât en toute liberté y peu d'instants après, la reine se leva; elle fut smvie par son mari , et tous deux , la femme marchant la première dans le sentier, prirent le chemin de la plage. Dès cet instant, tous les indigènes se levèrent et suivirent, en jetant des cris d'approbation et en manifestant leur joie par mille démonstrations étranges : c'était une véritable fête improvisée. Cet événement , dont le succès est dû à notre révérend missionnaire, est en lui-même extrêmement heureux, en ce qu'il consolide la paix entre les Taioas et les Taïs, dont Moana est le roi; déplus il assure également la paix de toute l'île : car la princesse, Taïpi par naissance, est chez les Taîpis l'héritière du pouvoir suprême, par l'adoption quelle a faite du fils du chef de cette tribu. Sa réunion avec Moana assure donc è ce dernier la souveraineté entière de Ttle, et à nous la tranquillité et le temps nécessaires pourdcee«umef ces peuplades à liotre domination , & notre «h
vîlUiitlon et à nmmo^my ce m Moana nom ^ut |04U dévoué.
Ces tram^tiom tenninèas» nous i^vtno^ à 1^ Ime de Taiobae, oà > le leadeaiain , 4e$ tribus eatiè* res Ytnrent de TîntéFieur naus appori^er des présent^ en eochoAft et m eûoes. Ces BG^festatii¥i9 sont, i»'a assuré M. François, les signes les plus certains de la feeannaiManee de notre souveraineté, d'où il suivrait que nous sommes établis ici de la manière la plus eonplète possibb ei la plus rassurante pour Favenif de Qotre colonie.
» Le MeÊrCéiar m'ayant amené un étalon et deui jmBCffltts pleines, j'ai cru devoir faire présent de Yéy talon au roi Moana, qui continue à se montrer g^éreux-ot dévoué à nos intérêts; je suisoonvainou d'aiHeurs que ce titre de proi^ciété nie portera aucun préjudice au projet que j'ai formé d'établir la race chevaline daiiscesiles. J'ai également fait venir des âneg et des ân^iaes pleines, pour servir au tranfi|)ort de i'aMi des ruisseaux à nos œmps, service qui, sous eette latitude, est beaucoup trop pénible pour nof hommes, ^surtout à l'établissement de Yaitahoii, qui «alheureusement est très^V>igné.de ia seule source ^i existe dans la haie, fàefaeux inconvénient 4{U^S «'a pasété possiblie d'éviter.
j» Le dl, la 'MfVBUBiaTriûmpktmle a mie à la voile pour dler A ^aitahou porter le détachement de^af tionaieM «td^ouvriers d^tHl^e Aq marine, destiné ji HrwirrSWS^fais ordres^ M« le eoHonandaat Halley • We^étaîtégfldemeut^^fffée d6iiii£ûi|e/Ui\3fï»9emai$
de deux mois de vivres, à cent hommes, et celui de quelques animaux nécessaires à rétablissement, pour y commencer un troupeau capable, lorsqu'il sera plus complet, de parer aux graves inconvénients qui pourraient résulter de la perte d'un des bâtiments chargés de vivres pour l'approvisionnement de la garnison.
» En se rendant à Yaïtabou, laTriomphaniedoit ramener le révérend père François, dont le dévouement nous a été si utile jusqu'à présent. Elle a encore pour mission, d'après la demande de M. François, d'essayer d'enlever de l'Ile Houapoou les prosélytes que le révérend père Caret n'a pu enlever avec lui en s'en allant. Je n'ai pas cru devoir refuser de rendre ce service à la mission. Le succès peut avoir d'importants résultats pour son progrès, et par suite pour notre établissement lui-même. J'ai en conséquence donné l'ordre au commandant Postel de se présenter devant la baie de Hakapoou, déjà visitée par nous, et de tâcher d'embarquer les prosélytes qui s'y trouvent, pour les porter ensuite à Vaîtahou, d'où je lui ai recommandé de revenir du 20 au 25 au plus tard.
f Le meilleur appui que l'on puisse donner à nos établissements, et le seul nécessaire, est de faire séjourner sur rade des bâtiments de guerre ; il est môme urgent d'en maintenir constamment un à Vaitahou^ et un second à Taïohae, jusqu'à ce que nos établissements soient achevés et que nos mœurs aient commencé à faire impression sur ces populations , ce qui , je l'espère, ne peut être très-long , surtout ici ; le roi
ou NOUKA*UIVA. 137
se montrant fort enclin à la civilisation, ilsuflira de l'entretenir dans ces bonnes dispositions , chose facile eo lui faisant de temps à autre des présents, surtout de ceux qui peuvent favoriser son penchant pour nos goûts et nos mœurs, tels que des meubles pour orner une petite maison à Feuropéenne qu'il vient de faire bâtir, des vêtements pour lui et pour sa femme. Déjà le roi est vêtu en colonel et porte des souliers ; étant resté à bord avec sa femme, après le coucher du soleil, pour assister à la représentation d'une petite pièce que l'on jouait, il a vu des matelots habillés en femmes, et aussitôt il nous a priés de faire faire des robes semblables pour sa femme, ce que nous nous sommes empressés de faire, convaincus que ces moyens sont les plus puissants sur eux pour nous les attacher : en leur créant des besoins, nous nous rendons nécessaires.
» Je suis, etc.
» Le contre-amiral commandant en chef la station navaledeFocéan Pacifique.
1 A. Dupetit-Taoùars. »
138 Iles iiARwisEg