‹ Îles Marquises, ou Nouka-HivaChapitre 7 sur 27 · MOU-HIVA · texte numérisé non relu

MOU-HIVA

Divers lieux de la haie Tato-haé.

Akapehi chef Paetini (tante de Moana).

Ikohei id.

BaTaon chef : Moana.

Pakiou. • . • • • clief : Pakoko«

IM IlBS MARQmSBS

Onià ; chef :in{ë4i<»s»

Otoméaho. • • • • id*

Peka id.

Paatéa, Oata chef : Vayahenna.

Haotoupa^ Méaho chef : Niëhiton.

Bûit» ttpmpkà tmiâ ût$ TaU.

Happas

Akapaha chef : Pakoko.

Akapouhauhae

Takatea (peuple Matiake). . . ehef : Kohontini.

Akaoui (peiq>le Taïoa) chef : MiJlë-afété.

Anamehoi (haut de la baie Akaul).

Atioka chef : Anoiai.

Baies et peuples ennenm (Tàipis).

Tahii» vallëe la pliu ];)roeh€.

Hixmû , peuple ÀTaaki.

Hanao , reine Paeakoua , son fils Aoménimi.

p2£r; ) reine et espagnol Manon.

Hakaehoui pei:^le Poua.

Ouatouatoaa, petite baie près d'Atiebou.

Noms des principaux chefs de la^ haie TaUhhaé.

Te Moana (ce mot signifie hantô mer ) , fils de Teatanoui. Paetini , chef de la vallëe Akapehi , actuellement déserte , et où

Porter avait bâti MttdSsonville.

Pakoko ou Manon (le premier nom signifie guerrier, le second

oiseau ) , chef des vallées Havaouet Pakiou.

Niehitou, oncle et père adoptif du chef Moana, chef des vallées

Mehao et Haotoupa , le plus influent avec Pakoko. YavahennA , chef de« vallées Paatea et Oato*

OV NOUIA-qiVA« 196

Sut rtla Hiva-Oa, M« Lesson ne connaît qu'une baie^ celle Anapahoa, dont le chef est Patihii.

Il résulte des détails géographiques qui précèdent^ que l'archipel entier ne contient que sîil îles habitées^ trois dans chaque groupe, savoir : Hiva-Oa, Taouata et Fatou-Hiva, au sud, Nouka-Hlva, Houa- Poou et Houa-Houna, dans le nord. Le reste des terres ne se compose plus que d'Iles inhabitées, d'Ilots sans ressources ou de rochers exigus. On peut indiquer cependant les lies Hiaou, dans le nord-ouest de Nouka-Hlva, et Motane, située au sud de Hiva-Oa, comme étant susceptibles de recevoir une population dont elles sont privées maintenant.

La superficie de ces lies, d'après des mesures approximatives, assez peu certaines du reste, peut se répartir ain§i ;

lUi habitéeê.

Noiika<4MTa 43,900 hectares.

HivaHMi 44,590

Hoiia«poou . . . 8,570

Fatou-biv* , . . . . 8,230

Taouata 7,540

Hona-hoima ^ • • • Gfi^

Tot^l, , . , UM90

Ilet désertes flnsceptiblef dç rec^Ypî^ des habit^ii(s.

Hiaon. 5,480

196 il^£S MARQUISES

[■.:. :. ;^ IteporU • 127,170 hectares.

Rocheri et ilote inhabitables.

Feton-ouhou. . • • • tfiZO

Feton-houkon • • « • ^^0

Motou-itî 340

Total général 128,880

La population présumée, qui se trouve répandue sur les 120,000 hectares qui forment la superficie approximative des lies habitées , peut être évaluée ainsi qu'il suit , en tenant compte des deux diminutions mentionnées pour les lies Faouata et Fatou-Hiva, dans le dernier rapport de M. le contreamiral Dupetît-Thouars.

Nonka-hiva 8,000 âmes.

Hiya-oa. ...,..- 6,000

Taouata 700

Fatou-hira. ..... 1,600

Hona-poon 2,000

Houa-hoima 2,000

Tolal. ..... 20,200

Le chiffre de File Nôu-Kahiva, a été fixé par nousmêmes; il est possible que les ravages occasionnés par l'introduction des armes à feu aient déjà produit une diminution sensible. Toutefois, {nous pensons rester encore aujourd'hui dans les limites du vrai en donnant cette quantité.

Le chiffre 6,000, appliqué à la population de Hiva-Oa, nous parait aussi assez rapproché de la

ou NOUKA-BIYA. 197

vérité, mais les lies Houa-Poou et Houa-Houna noud semblent avoir été trop bien partagées ; notre opinion individuelle serait de réduire à quinze cents le nombre deux mille fixé pour chacune d'elles.

Quoi qu'il en soit, on peut évaluer aujourd'hui la population générale à 19 ou 20,000 habitants.

L'amiral russe Krusenstern fait remarquer que les mœurs des indigènes influent sur le nombre de leurs enfants, au point que peu de femmes en ont plus d'un ou deux, et qu'on ne rencontre pas fréquemment des hommes d'un âge avancé; nous croyons que cette dernière opinion n'est pas irréfu-* table, le tatouage ayant la propriété de cacher en grande partie les traces de vieillesse. Cependant , nous adopterons la base indiquée, à défaut d'autre plus plausible, d'autant plus qu'elle nous parait plutôt au-dessous qu'au-dessus des rapports réels. D'après cela, on pourrait à peu près présenter ainsi la division des sexes et des âges :

Vieillards des deux sexes. . . • 2,500 Hommes et femmes adultes. . • 10,000 Enfants 7,500

Total 20,000

Le chiffre de vingt miUe habitants de tout âge et des deux sexes , donné le rapport de 16 individu . pour 100 hectares de terre actuellement habitée.

En admettant que la moitié seulement de la superficie des îles habitées soit susceptible de culture, le

198 tLEs Marquises

rapport sera de 33 habitants pour 400 hectares de terrains productifs.

Si on abaisse cette base au tiers de la totalité de la superficie, le résultat produira 50 habit^nt&i pàf iOO hectares.

Enfin, en prenant pour point de eompàraîôôtt le quart de la superficie, chiffré qui ïious parait être rationnel, on obtiendra la proportion de 66 habl* tants par iOO hectares.

Évidemment, Une population bien plus nombreuse pourrait trouver sa subsistance sur cette èlettdue de terres. L*arbre à pain, eette ressource protidentîelle de toute rOcéanie, letaro, Tignàme, la patate douce, racines qui croissent presque ^àUs culture, lès produits de la pèche, déjà considérables, sî Ton a ^rd aux instruments grossiers qu*on emploie pour leS r^ cueillir; en outre, les poules et lès eoehons, qui errent aujourd'hui en libert?é dans îes bois, suffin^nt à l'alimentation d'une aggîottièràliott d'homines dîk fois plus grande.

Et si quelquefois on à remarqué des disettes de vivres qui ^ a-t-on dit, conduisent forcément les naturels à Tanthropophagie , on doit les ^attribuer à l'imprévoyante oisiveté des sauvages, à leur prodigalité aux époques de certaines fêtes, ou à leurs guerres dévastatrices, qui détruisent non-seulement les hommes^ mais encore des plantations entières d'arbres fruitiers^ base principale de la nourriture. On doit ajouter que les calculs qui précèdent sont purement hypothétiques ; on ne parviendra à bien

ou NOUKA-HIYA. 199

Ids établir que lorsqu'un séjour prolongé sur les lieux aura fourni les moyens de vérifier leur exactitude, et de les rectifier au besoin^ car ce n'est pas dans une courte relftche que les navigateurs peuvent recueillir des documents irrécusables.- Un simplq coup d'œil jeté sur un pays , ne donne jour qu'à des suppositions plus ou moins fondées, mais toujours incertaines. Toutetbift, nous avons lieu de penser qu'avant peu , de nouveaux détail! officiels ^Tiendront oorroborer ces évaluations.

Nmiffatlm.

La navigation des lies Marquises, si accores et si hautes , ne semble offrir aux navigateurs que peu de dan^rs sous l'eau; on y rencontre peu de ces récifs de coraux que les madrépores, si chétif^ et si fr^es en apparence , élèvent comme des murailles solî4e& ) capables de résister aux mers les plus fortes, et de briser les malheureux navires qui viennent s'y heurter» Le travail de ces polypes qui doivent nécessairement s'appuyer sur des fonds solides, et qui ne sauraient exister à une profondeur par trop gvande de la mer , semble , par son absenee aux Iles Marquises, annoncer que partout, A peu de distance des terres, l'eau est profonde, ou bien encore que le sol de cd; archipel ^t nuisible au développement de ces animaux» Aussi ne rencontre-t-on nulle part, comme dans les autres lies de l'Océan, de ces ports en pleine côte, mais auxquels les vastes récifs ooraiU

200 1l£S marquises

leux qui entourent les terres, assurent des esiux parfaitement tranquilles et tout à fait à Fabri des lames élevées de la haute mer.

Tous les navires qui atterrissent sur les tles Marquises, viennent prendre connaissance des hautes terres de Fatou-Hiva et Houa-Poou. Cette dernière lie, suivant quelques voyageurs , présenterait quelques dangers vers l'est, mais trop près de terre pour être redoutés par les navires qui ne chercheront pas à hanter un point de cette côte. A l'exception de Nouka-Hiva, sur toutes ces îles, on ne trouve que des rades foraines et des mouillages peu abrités. Toutefois ceux qui se trouvent sur les côtes orientales de ces grandes terres, offrent quelques ressources, comme mouillage, pendant le règne de Talisé. Tels sont les ports de Yaïtahou et Amanoa, sur l'île Taouata. L'atterrage de toutes ces baies ouvertes ne présente aucune difficulté; comme les côtes sont saines, on doit les ranger de fort près lorsqu'on arrive sous le vent de l'île où l'on veut mouiller, car on doit s'y attendre à trouver des calmes, et les faibles brises qu'envoient les terres souvent par risées, permettent seules d'approcher. Toutes les Iles du groupe sud-ouest paraissent accores et sans dangers. Marchand seulement signale un banc de roches, probablement de corail, au sud de l'île Motane, sur lequel le capitaine du Bardelms n'a pas sondé moins de sept brasses. Cependant on doit éviter d y passer jusque après des reconnaissances plus minutieuses.

ou NOUKA*HIVA. 201

Un banc au large des terres, dans le nord de Houa- Houna, a été encore signalé; il est connu sous le nom de Clark; mais sa position est encore douteuse, car la Vénus l'a cherché sans le trouver ; du reste, il parait assez profond pour n'offrir aucun danger. Cependant, jusqu'à plus amples informations, on doit s'en méfier. Fatou-Hiva est le point d'atterrissage naturel des navires qui doivent s'arrêter sur l'archipel du sud , et aucune difficulté ne se présente pour arriver au port désiré. On peut sans craintes approcher Fatou«Hiva, en évitant, toutefois, si on passe sous le vent, de ranger assez près la côte pour être abrité des vents régnants, puis les terres de Hiva-oa se montrent, et l'on peut choisir sa route. Le canal qui sépare Hiva-oa de Taouata, et que M. Dupetit-Thouars appelle canal du Bordelais, nous ne savons pourquoi , puisque Gook et bien d'autres le traversèrent avant Roquefeuille, ce canal , disonsnous , est sain et profond ; toutefois il sera toujours préférable pour les navires qui ne veulent pas s^arr^ ter dans ces îles, et qui font route pour Nouka-Hiva, de passer au sud de Taouata, et éviter, par là, les calmes auxquels on est exposé durant les vents d'est, à l'abri des terres du détroit. Les navires qui suivent cette route reconnaîtront toujours les terres de Nouka-Hiva, qui paraissent de très-loin, ainsi que les lies Houa-Houna et Houa-Poou. Dès-lors ils peuvent porter hardiment sur Nouka-Hiva , jusqu'à ce qu'en l'accostant par l'est, on rencontre la pointe Martin, si remarquable par sa forme déjà décrite. On peut

ensuite ranger de très-près la côte méridionale de nie, car elle est sans dangers, jusqu'à ce qu'on arrive au port où Ton a projet de mouiller. La description des baies Taiohaé et Akani, a été donnée assez complètement, pour faire reconnaître aisément les entrées , et guider dans la manière d'y ancrer.

La baie du ComptroUer, d'après Krusenstern qui du reste ne Ta pas visitée, contiendrait aussi d'excellents mouillages.

Les coraux ne semblent exister que vers les tics du nord Hiaou et Fetou-ouhou et l'île de Corail; du reste ces îles, sans ports, et inhabitées, sont peu importantes; leurs bords, surtout vers l'est de l'Ile de Corail, pourraiertt être dangereux, on doit les éviter jusqu'à nouvelles informations.

Les marées sont peu importantes, les eaux ne donnent pas plus d'un mètre de différence entre le niveau le plus élevé et celui des basses eaux* Elles ne semblent pas beaucoup influer sur les courants qui généralement portent à l'ouest, surtout à répo«* que du règne de Talisé*

Les vents régnants aux tles Marquises , sont les vents réguliers de l'alise qui soufflent du nord^esl au sud-est par Test; l'époque de l'hivernage commence vers la fin de novembre et amène de fort grandes pluies chassées par des vents de nord-ouest. Toutefois ceux-ci ne sont pas réguliers ; ils sont sou* vent inteiTompus par des calmes et de faibles brises de toutes directions. Gomme dans presque tous les pays tropicaux^ les brises de t^re et de mpr suivant

ou NOUKA-HIVA« 203

les heures de la journée semblent être établies aux Marquises, surtout dans les bassins fermés des ports de Nouka-Hiva; toutefois elles ne paraissent point régulières^ et la plupart du temps , des calmes incessants laissent les eaux parfaitement tranquilles.

CRmat, température. '

Le climat des îles Noûka-Hiva est telaî tdte presque tous les pays î nier tropicaux, bien que, comme nous l'avons déjà dit, de grandes pluies et d«s coups de vent se succèdetit pendant la saison éQ rhivcrnage qui règne de novembre en atrîl. Cependant quelque^ fois il arrive qu*une longue sécheresse vient ntiîre i la récolte des fruits à pain. Kï*u^nistem rapporte^ sur la foî de l'Anglais Roberts, qu'une de ces sècheresses a duré dix mois , ce qui est tout i feh anormal et exceptionnel. A Mangarev«i , des coups de vent de nord-ouest viennent parfois dan$ cette saîsôû de mousson contraire, détrtiire les fftlîts à paîn; à ÏJoulia-Hïva, c^tle calamité est évitée eti gratide partit^ par la disposition des montagnes qui abrittrui empiétement lès vîfllées cultivées.

Le lieutenant Gamble, qui est ^e Seul trarrateit' qui soit demeuré près de six mois à Nouka-Hiva, mentionne dans son journal que , depuis le 17 décembre 18.13 jusqu'au 13 mai 1814, il s'est rarement écoulé un jour sans pluie oû sans vent frais du nord-est. Mais ce temps dure pariîcnlièrement de la fin de décembre à la fin de février, qui BSt

aussi répoque de la mousson d'ouest, mousson qui ne se fait pas sentir régulièrement dans ces parages. Au contraire 9 les brises douces et fraîches du sudest soufflent la majeure partie de l'année, et avec elles règne toujours un temps magnifique; le ciel est pur, le soleil brillant , trop brillant peut-être dans certaines expositions qui ne sont pas rafraîchies par l'influence des vents du large.

La température de l'air remarquée à bord de la Nadeshdaj pendant son séjour dans la baie Taiohaé, était de 23^ à 25'' Réaumur; on supposait que cette température devait être de 2* plus élevée à terre. Les observations exécutées à bord de l'Astrolabe à la fin du mois d'août 1838 , ont donné 25« à 27** centigrades pendant le jour. L'exposition du bâtiment aux brises de la mer modifiait la chaleur, qui devait atteindre, dans certaines portions de la baie, jusqu'à 30^

Pendant le séjour de la Vénus dans les ports de l'île Taouata, elle a éprouvé une chaleur de 26*' à 29""; pendant la nuit, la température n'éprouvait qu'un léger abaissement. En résumé les moyennes des vingt-quatre heures donnent de 25* à' 26*.

La température de la mer a été à peu prés la même que celle de Tair.

Nature et productions du sol.

Nousdevonsàl'obligeancedeM. Jacquinot, chirurgien de la marine, les documents suivants sur la na- |;ure du sol et ses productions dans l'Ile Nouka-Hiva.

ou NOUKA-HIVA. 205

Comme la plupart des terres del'Océanie, la charpente des lies de l'archipel Nouka-Hiva est entière* ment volcanique ; les montagnes présentent à leurs sommités plusieurs rangées de colonnes basaltiques nues et dénuées de verdure; mms partout ailleurs leurs flancs revêtent une verdure luxuriante. C'est surtout dans les vallées qu'une admirable fécondité se déploie. On voit tous les végétaux serrés, pressés, qui vieillissent , meurent et se décomposent depuis des siècles, et déposent une épaisse couche d'humus, qui, s'augmentant sans cesse, assure au sol une richesse encore stimulée par l'action d'un grand nombre de frais ruisseaux. On éprouve un sentiment d'admiration, lorsque après avoir dépassé les limites des habitations, on entre sous de^belles voûtes de feuillage, de formes et de nuances si diverses et si gracieuses.

D'épais buissons, des plantes gigantesques, gazons de cette végétation grandiose, obstruent les sentiers à peine tracés, et arrêtent parfois la marche ; bientôt les broussailles s'épaississent de plus en plus sur la pente des collines : ce n'est pas sans peine qu'on ar-* rive sur les hauteurs. Mais là, un magnifique point de vue dédommage des efforts fatigants de l'ascension; l'œil charmé de la perspective délicieuse qui s'étend devant lui, embrasse tout à la fois le contour de la baie, déployant sur une plage de galets sa brillante ceinture d'écume ; les bâtiments, paresseusement endormis sur une mer à peine ridée, réfléchissant leur ombre en lignes noires; tandis que plus

206 ll^CS MARQUISES

haut) la brise dans toute sa vigueur incline le (&aiU lage et murmure à travers les rameaux souples des cocotiers, A l'horizon , la mer bleue, infinie, se confond avec le ciel, et dans les vallées qu'on surplombe, le luxe de la végétation se révèle dans tout son ensemble et toute sa beauté. De§ plantations, entourées quelquefois d'enceintes protectrices, disséminées çà et là , témoignent de la fertilité du sol , qui, presque sans culture , supplée abondamment aux besoins des habitants.

En première ligne , dans ces productions nourricières, se place l'arbre à p^nÇinocarpus edulis ), reconnaissable à son tronc élevé, à son écorce lisse et blanchâtre, à ses feuilles larges , digitées , d'un vert foncé, au milieu desquelles tranche la teinte plus jaune, plus mate, de gros fruits recouverts d'une écorce épaisse et ciselée , et contenant une pulpe blanche, base principale de l'alimentaîion de^ indigènes, qui la mangent, soit à l'état frais après l'avoir fiait griller, soit à l'état de pâte fermentéei conservée pendant plusieurs mois.

Partout le cocotier^ ce roi des palmiers, élèye ses bouquets ondoyants et procure de grandes ressources a l'industrie sauvage : la noix contient jusqu'à un litre d'une eau limpide et délicieuse , so«l émfce fournit des filaments propres à la confeçtipn d^ toute espèce de cordes et de liens, et spp amande peut fournir une grande quantité d'huile qu'on s'occupe déjà d'extraire dans plusieurs îles; mais les pro^ cédés défectueux qui sont en usage ne donnent en-

ou NOUU-RtVA» 207

corê qu'une huile rance qui est oouuue eu France sous le nom d'iiuile de palme, et qui n'est guère employée que dans la fabrication du savon. Sans nul doute, par des procédés meilleurs et une extraction plus soignée, on obtiendrait une huile susceptible d'être employée à d'autres usages, surtout pour ceux de la table, dans son état de fraîcheur.

Dans la colonie espagnole des ties Mariannes, on obtient aussi, par la distillation de ce fruit, un alcool d'une pureté remarquable et d'un goût agréable , qui supplée au vin, boisson rare dans ces pays éloignés.

Les larges feuilles du bananier (m usa Paridisiaca) abritent plusieurs variétés de bananes, fruit sucré, nourrissant, et qui se mange à l'état frais ou cuit; c'est un des fruits les plus exquis des climats chauds, ressource précieuse pour les Noukahiviens, qui les mélangent avec h pâte aigrelette et fermentée du fruit à pain. Souvent, près des bananiers, le^mdias Cyiherm, grand arbre au port majestueux, couvre le terrain à ses pieds d'une ombre circulaire, et orne ses branches de fruits ronds, verts , semblables à la pomme pour la forme, mais d'un goût aigrelet; e'est i cette ressemblance qu'il doit le nom de spon^ diasy pomme de Gythàre, qui lui fut donné par les navigateurs qui l'avaient vu pour h premiéro fois à Taïti, où on le nomme evu

Le goyavier, chargé de fruits semblables aux citrons et jaunes comme eux, est un arbre de jolie apparence^ Les goyaves, à l'intérieur rouges et pleines de graines^ ont un suc nfratchissant $ on peut fes

âl08 ÎLES^MAHQUlSEâ

comparer à la pulpe de la figue de Barbarie. Dans nos colonies, à la Martinique, on en fait une excellente conserve dont la qualité astringente produit uu excellent effet dans certaines affections du tube intestinal.

Sur le pourtour de la baie, dans certaines expositions de la vallée, on reconnaît plusieurs espèces de y^qxxois ( pandanus odoratissimus ), dont les feuilles serrées, longues , effilées et armées de piquants, recèlent, à dix pieds de hauteur environ, un fruit dur et coriace dont les naturels font quelquefois usage. Les racines de cet arbre présentent une disposition particulière : elles rayonnent du tronc à un pied du sol dans lequel elles s'enfoncent.

A côté des arbres fruitiers, l'arbre des Banians {ficus Indiens) projette ses vertes branches, et augmente son tronc de nouvelles pousses, qui, toutes les années , accroissent son volume. Cet arbre, souvent immense, ne produit qu'un petit fruit, utile tout au plus aux oiseaux qui en font leur nourriture.

Le filao (casuarina) montre sur les hauteurs son tronc effilé comme le peuplier, et ses branches chevelues , qui ressemblent à celles du saule pleureur; l'aspect de cet arbre est triste, sa base est dénuée d'ombre, mais son bois, d'une dureté admirable, connu sous le nom de bois de fer, sert à la confection des armes des sauvages, malheureusement remplacées aujourd'hui par des armes plus destructives. Plus bas, le barringtonia , arbre grand et imposant, se pare de belles et larges

ou NOUKA-HIVA. 209

fleurs blanches, ornées de nombreuses étamines, auxquelles succèdent des fruits inutiles, mais d'une forme qnadrangulaire et bizarre, qui leur a fait donner le nom de bonnet d'évèque ; enfin, V Hibiscus riliaceuSy qui emprunte son nom à la ressemblance de son feuillage avec celui du tilleul, étale, à Tépoque de la floraison, de larges fleurs jaunes. C'est avec son écorce que les naturels fabriquent leurs vêtements. On remarque encore le Gardénia fiorida , VAleurites trihba, qui produit une noix huileuse, connue sous le nom de noix de bancoul, et diverses autres espèces d'arbres.

Des végétaux plus humbles, mais non moins utiles tapissent les alentours des lieux habités, c'est auprès des cases qu'il faut aller les chercher, et on les dé* couvre bientôt dans la moindre promenade à travers la vallée. Ces plantes, dont le nombre est malheureusement restreint, sont : la patate douce {Qmvolvulus patatas)j liseron à fleurs rouges en forme de cloche , pourvu d'excellents tubercules, qui, outre leur usage immédiat pour la table, pourraient donner beaucoup de sucre ; l'igname {Diosco^ rea) , dont les racines atteignent souvent un développement considérable , et qui contient une très* grande quantité d'excellente fécule.

Le taro {Arum esculenium), plante de deux pieds de haut, à feuilles larges et terminées en pointe, dont le pied a besoin d'une constante humidité pour développer un tubercule assez gros , et fort bon lorsque la cuisson lui a enlevé ses qualités acres. Le

aïO tus MiUlQUfSB»

taro oeotientauaaî iraeabdndatitofécid»^ «i o^âstdiM les lieujt marécageux que sa culture réussit le liirai*

Le fMipayer t)reiicl en quelque sovte piaGe^ par sei ff uitS) parmi ees plantes petagèrefli Cet arbre pôrle^ par unedîspositioil singulièrcf ses fruits attacliés ad tronc } verts d'aborà^ Us jatinisitont en vieillissant^ ei sent un mets très-agi^éable leraqu'ils floot euiis \ ili ont le goût dea jeunes doUrges, qu'ils remplacent avantageusement»

ËBfin> le Tacca fntiaiifida porte lineraeinea^eléé ;ikiparles insulairesdèTaîti^qui produit une féuule fort belle , qui tient lieu de celle de VÀrrmo^l^fÊiH^

Outré ces planlês prineipate^) 6n peut meutiénner encore le Calw^lvmlM brètsUietuiê y ptalitu rem»* pante , dont les jeunes poussée peuvent servir d'ali»* ment^ et Vjànun rumphu^ qui, daûs les temps de disette^ devient une derbière ressource pdto les ki-* digènes, qui mangent ses racineSà

Sur les bords des ruisseaux , on trouve auSsi une espèce de cresson et du pourpier, propres à filtre des salades^

Les autres espèces de plahtes oonaisteni daAs quelques fougères etpoljpodes^ la rose de Chine ( HUftFscm rosa ohmeiàêii)^ variété rouge et bknchlB^ VAtr» precaiùrius , petit arbrisseau qui piN>d«U les pelitea graines rouges^ connues sous le oom de pois d' Alnéihique, dont les indigènes font des orneaieilts^ uHeUgu^ mineuse, dont les gousses entourées de piquants cou»' tiennent de grosses graines jaunes^ domt l^ceroe est d'uneextrêmedureté* Des gntfuinébaquidoiiueraaent

00 nowA-HitiL. 24 1

un pâturage assuré aux troupeaux ; quelques solanées, parmi lesqudlesoQ remarque le tabac, uouvellemefil introduit et cultivé, dans quelques expositioiis ^ psur les naturels, qui en sont très-aTÎdes. Une grmiAt kn biée à odeur très*ar(Mmatîque ; ses fleurs yioieltes ornent les cheveux des jeunes fiiUes; lerieem^on PeUtna'-christi, qui atteint ici une éiétatioii de plus de dix pieds, et dont l'huile est employée en nédecine, le CalophtfUnm inophylliÊm , plante avec lacpsdle tes naturds enivrent le poissott; le D^aioûsmi ternit^ natisy elc«, etc., etc«

La canne à sucre ciroit spontanément ,, et il est probable que les autres produetkws des Antilles», telles que le calé, le coton, etc., etcv^ véusaifaienl parfaitement sur ces iles. Déjà le coton a: été tccm^ à rétat sauvage dans Tarefaipel; Mangweva^ ou: il areift très-^bien ; à l'aide àes ruisseaux, oa pourrait &ire des marais artificiels, où des récoltes de riz sersâenfc assurées en même temps que celte du^ tare. L'oraor ger, le citronnier, atteindraieoi à Moukalitjva le: même développement qu'à Taiti, où le capitaine Bligh les a importés.

U n'y a point de mammifères propres au pays y, ceux importés sont : le cochon , acquisition' pré* cieuse dont les natureib ne pf enaent aucun* soin. Us laissent errer ces animaus çà^etËi^ sans s'en inquié*^ ter autrement. Leur efaair,. dépourvue de l'épaissecoucha de graisse^ qui recouvre eeUe dôs> eochons d'Europe, est meilleure sous tous les rapports. Leeh^ el lervt Gonfdèlent b sédedèsqimdBt^pédiSide'l'tte,

îiâ Iles MAtiouiSBs

Le bœuf, le cheval , prospéreraient ici comme à Taïti, les chèvres et les brebis comme à Gambier. Il serait facile d'en élever de nombreux troupeaux dans les pâturages incultes de l'ile.

Dans toutes les lies de peu d'étendue, les productions naturelles sont nécessairement restreintes. On a déjà vu que le nombre des plantes n'est pas considérable ; le règne animal est encore plus faiblement représenté : on ne trouve que quatre ou cinq espèces d'oiseaux. Ce sont , la jolie colombe kurukvru, un peu moins grosse que celle d'Europe ; elle a tout le dessus du corps d'un vert vif et mat^ le dessous est jaune avec une tache rouge sur la poitrine, et la tète est recouverte d'une calotte du plus beau carmin ; la perruche Goupil y charmant oiseau de la grosseur d'un moineau; le dessus du dos est d'un beau bleu, le dessous du corps d'un bleu verdâtre, le bec et les pattes d'un rouge de corail. Sa langue est terminé en pinceau, aûn de sucer le miel des fleurs de cocotier, son unique nourriture.

On voit aussi un petit moucherolle , dont le plumage ofire un contraste des plus frappants : la femelle est de couleur fauve ; le mâle jeune est noir, et, lorsqu'il est vieux, ses plumes deviennent d'une blancheur éclatante. Ces jolis oiseaux voltigent çà et là, jetant leur petit cri à l'approche des promeneurs, se poursuivent en fuyant, puis reviennent se poser sans crainte à quelques pas de ceux qui ont troublé leur repos.

On remarque encore, surtoutdans lesalentours d'un

ou NOUKA-HIVA. SIS

immense arbre des banians , situé prés d'un ruiaseau non loin du rivage, de petites salanganes, hirondelles agiles, dont le vol décrit d'incessantes spirales à la poursuite des moucherons, qui deviennent leur proie; des mouettes blanches, au vol gracieux, aux ailes frêles et délicates, passent aussi parfois sur la sombre verdure de cet arbre.

Il existe plusieurs espèces d'oiseaux de mer dans les environs de l'archipel; mais ce sont les mêmes qu'on rencontre sur les plages de FOcéanie : de petits hérons gris et blancs, des sternes, des chevaliers, etc. Le paille en queue ( phaéton) est très* commun au-dessus des vallées et des gorges profondes, où il plane sans cesse ; les naturels font des aigrettes avec les plumes de sa queue.

Les poules, ce volatile si précieux pour les navigateurs, sont assez rares encore et ne s'obtiennent d'ailleurs que difficilement, à cause d'un superstitieux tabou qui défend aux naturels de s'en repaître. Il est étonnant que les Anglais qui sont établis sur l'île n'aient pas encore songea élever des basses-cours qui prospéreraient parfaitement, et qui assureraient aux bâtiments des vivres frais, dont ils sont presque toujours dépourvus.

En reptiles, on trouve un petit boa long à peine de deux pieds, et qui doit former un genre nouveau; un scinque dont la queue, d'un bel azur, reluit au soleil d'un éclat remarquable, et enfm , sous les pierres , un petit jecko de couleur sombre. Aucune de ces espèces n'est nuisible.

La baie Taïohae est peu poissonneuse ; on y prend à la ligne quelques poissons de roche, entre autres des batistes et des acanthènes. Les requins sont fré* quents dans la baie. La mer nourrit un petit nombre de mollusques à coquilles ; ce sont, entre autres, un grand triton qui forme la conque de guerre des indigènes, les porcelaines, œufs de Lèda, têtes de serpent, tigrines et cauris^ mais en petite quantité; quelques strombes, de petites vis, des pourpres et des cônes.

Les insectes de tous les ordres sont rares; on rencontre deux ou trois espèces de lépidoptères, et à peu près autant d'orthoptères et de coléoptères.

Les ruisseaux contiennent une petite chevrette et deux espèces de coquilles /des néritines et des navicelles.

Nous ajouterons à l'exposé qui précède les remarques consignées dans la relation du voyage du capitaine Marchand dans la baie Vaïtahou. La mer y fournit d'excellents poissons de roche ; les naturels en approvisionnèrent fe&>/i(ie en abondance et de toutes les qualités. La bonite y est très-commune.

Marchand , Forster et le docteur Sparmann décrivent le terrain de cette ile , comme étant composé d'un mélange de productions volcaniques, noires et ferrugineuses, recouvertes d'une couche d'un terreau tantôt noir, tantôt rouge, très-propre à la végétation, dont l'exubérance témoigne de la fécondité du sol.

M. le contre-amiral Dupetit-Thouars a décrit différemment la nature du terrain concédé aux misr

ou NOUKA-fllYA. 213

sionnaires français par le chef Yotété : il trouva le sol jonché de pierres volcaniques , arrondie$ par le frottement , et dont on se débarrasse avec peine pour pouvoir cultiver la terre végétale, encore assez peu profonde au bord de la mer.

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