CHAPITRE ra
Honn et eoutumef. 4
Origine.— Organiiation.—Hommeg^— Femmes.^ Tatooage.-*aa8se8.^Atoiias — AkaiîlLis. — Atepeïou. — TaouaB.— Taliounas. — Ouhou8.-Peïo Pekeïo. — Averia.— Hoki. — î^ohoua. —Propriété.— Émigrations.— Cnlte.— Cérémonie» religieases— Funérailles.— Antropophagie.— Guerre. — Trophées. -Tabou . — Koïka. —Tahoua.— Vêtements. — Parures. — Industrie,— Cases.— Pirogues.. — Armes. — Instruments. — Tapa. — Famille. — Mariage. — Enfants. — Aliments.— Décroissement de la population.— Langage.— Mode de compter le temps.— Calendrier.
L'opinion la plus accréditée de nos jours attribue la même origine à toutes les peuplades , à peau jaune, qui sont établies sur les îles sœurs de TOcéanie. Les Noukahiviens sont sans contredit le plus beau type de cette race, qui se dislingue, en général, par la beauté des formes du corps, et par des traits qui rappellent ceux des habitants de la côte orientale du grand continent d'Asie. Tous les navigateurs, sans en excepter le sévère Krusenstern, ont exprimé un juste sentiment d'admiration à la vue des proportions harmonieuses du corps et de la parfaite symétrie des membres, qui rendent les Noukahiviens de précieux modèles pour la statuaire.
Dépourvus de Tobésité assez commune aux insulaires de Taïti et de Hawai , ils possèdent un embonpoint modéré ; leurs membres, moins athlétiques peut-être qife ceux des indigènes de Tonga et de la
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Nouvelle-Zélande, sont plus élégants et tout aussi robustes j et Fensemble de leur conformation est de beaucoup supérieure à celle des habitants de l'archipel Samoa; la couleur de leur peau est même, en général, plus claire que celle des hommes qui peuplent les terres que nous venons de nommer.
Nous empruntons à une note de M» Hombron , chirurgien-major de l* Astrolabe , la plus grande partie de la description suivante, qui nous parait contenir un aperçu exact de la conformation des indigènes.
Les Noukahiviens sont de taille moyenne; un mètre soixante-dix centimètres , est parmi eux la stature ordinaire. Ils frappent tout d'abord, par l'élégance de leur. extérieur, leur démarche pleine d'aisance, leurs mouvements gracieux; leurs muscles ne sont pas très-fortement marqués, cependant l'œil peut en suivre facilement les contours ; il en résulte que leur apparence est plus agréable que vigoureuse ; cependant on ne saurait leur reprocher des formes trop arrondies, en un mot trop efféminées. Leur corps et leurs membres sont parfaitement proportionnés; leurs articulations minces semblent donner à leurs membres une prestesse , une facilité admirables. Un bassin étroit, dont les moindres saillies osseuses disparaissent, cette fois, sous des muscles véritablement très-vigoureux, ainsi que cela s'observe toujours chez les montagnards; une poitrine large , arquée, évasée supérieurement, arrondie inférieurement , contribuent à leur donner la taille la plus svelte
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possible et à répandre dans leurs mouvements une agilité qui décèle une respiration abondante. Leurs bras f peut-être un peu minces relativement à leurs membres inférieurs, ne les déparent point. Ils pren<« nent en effet une part constante aux délicieuses poses de leur corps libre d'entraves; leurs mains sotit pe« tites et bien faites» ieurs pieds méritend^il les mêmes éloges, si l'usage de marcher sans chaussure ne les déformait.
La figure de ces hommes porte aussi tou» les signes d'une race favorisée; elle est plus ovale que ronde, leur front est haut, leurs grands yeux noirs ornés de longs cils, sont pleins de vivacité; leur nea est bien fait , peu épaté , et souvent aquilin ; leur bouche^ leurs lèvres , leurs pommettes ont des dimensioni et un volume infiniment mieux proportionnés à la face, que ces traits ne le sont ordinairement dans la race Mongole. Leurs dents sont fort belles, blanches, brillantes, les incisives sont larges* L'expression de leur {visage est pleine de douceur et de gai^, lei hommes partagent avec les femmes un agréable jeu de physionomie , chose remarquable , et qui distiiH gue particulièrement ces insulaires* Les par<4es de Forster sont exactes, lorsqu'il dit que leajeuMS gens de ces ilessont d'ordinaire très^beaux^ et qu'ils fourniraient d'excellents mod^es pour l'art ém sta*" tuaires et des peintres*
Ils portent leurs cheveux noirs rdevés sur lesowHmet de la tête, dont la plus gsmkd^ pm^tÂe^est rasée, il» en forment ordin^ireiMiM' deux téuflSnu Gm»
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<x>iffure leur imprime un air étrange d'abord, mais l'apparente recherche de cet arrangement plaît vite; elle s'allie également bien à une jeune figure et à la figure sévère, et même un peu sauvage, des anciens.
La stature des femmes est moyenne , on peut l'é* valuer à un mètre soixante centimètres environ ; leurs cheveux noirs, un pen rudes au toucher , et quelquefois légèrement frisés , sont huilés et relevés derrière la tête , ou flottent sur les épaules et sont retenus alors sur le front par un cordon rouge de vaquois, ou par une bande de l'étofie qu'ils nomment topa. Leur regard esl doux, leur physionomie animée d'une expression de gaieté ; leurs yeux sont vifs , grands, et souvent relevés en dehors, de longs dis les abritent. Leur bouche serait qualifiée de bouche moyenne par les Françaises, elle est petite pour les Océaniennes. Le nez, ce trait ingrat qui défigure tant de jolis visages, n'est chez les Nouka^bivîennes ni trop gros, ni trop épaté. Un front déeoavcnrt, des pommettes modérément écartées, encadrent ces mobiles physionomies qui , grâces à cette dernière et heureuse modification, n'oflrent pas la grossièreté des traits que l'on retrouve parmi les Taitiennes elles-mêmes.
Ces femmes sont gracieusement potelées , leur tournure est ramassée et courte } l'embonpoint n'a chez elles rien d'exagéré; leur cou se fond parfaite* ment avec leurs épaules, leurs seins S(Mit bien placés, bien faits, leur développement se renferme dan* des limites parMtefr. Leur taille est ub peu gresse^,
ce qu'il faut attribuer moins à Textrême largeur de leur bassin , qu'au trop grand évasement de la base de leur poitrine. Cette organisation leur a conservé un peu de cette apparence pesante que Ton retrouve plus marquée chez les Taïtiennes , et plus forte encore chez les femmes de Tonga et de Samoa.
Les membres inférieurs des Noukahiviennes ne répondent pas au charme de leur ensemble. L'habibitude de se tenir accroupies et de marcher piedsnus, contribue beaucoup à la déformation des jambes et des pieds; leurs bras, leurs mains, leurs doigts, sont, au contraire, d'une beauté sans égale. Toutes les femmes de l'Océanie ont reçu de la nature cet agrément corporel , mais aucune d'elles ne le présente aussi complètement parfait que les insulaires des Marquises. Ajoutons que si ces femmes portaient des chaussures dès la plus tendre enfance, elles auraient les plus jolis pieds du monde.
La couleur 1de la peau de ces insulaires a de l'analogie avec celle des Arabes de l'Algérie; sa nuance brune, jaunâtre, ou cuivrée est plus ou moins foncée ; elle varie suivant les individus qu'on observe. Cette différence provient, sans doute, d'une exposition plus ou moins fréquente à l'action du soleil ardent de ces contrées, action si puissante, qu'elle rougissait, au bout de quelques minutes, l'épiderme des matelots de l'Astrolabe qui se baignaient au rivage. Les Européens établis dans ces îles ne tardent pas non plus, lorsqu'ils adoptent le léjjer costume du pays , à brunir au point de ne pas, pffrir dô dif-
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férence très-sensible entre la teinte de leur peau et celle des indigènes. Parmi ceux-ci, on remarque, parfois, des hommes et surtout des femmes presque aussi blancs que les Européens, mais cette coloration est factice ; elle s'obtient au moyen de la prépara* lion de la racine d'une plante nommée papa, espèce de safran ou de cucurma, qui donne à la peau un lustre dont elle est naturellement privée. Les coquettes de la localité, et quelques hommes destinés à remplir un rôle dans les représentations scéniqnes des grandes fêtes, se servent de cet ingrédient qui remplace, chez eux, les mille ressources de la toilette française.
Le plus souvent, la couleur de la peau, chez les hommes, disparait sous la couche noirâtre d'un tatouage compliqué qui étend ses spirales sur toutes les parties du corps. Soit que cette opération ail pour but de durcir la peau, de la rendre moins sensible aux piqûres des insectes ou aux intempéries de l'air, soit qu'elle serve de signe distinctif et d'ornements aux chefset aux guerriers renommés, elleest générale à tous les peuples del'Océanie, qui la désignent sous différents noms. Les Noukahiviens excellent dans l'art de tracer, au moyen d'une incrustation douloureuse, des dessins délicats, qui ont assez de ressemblance avec ceux en usage chez les Nouveaux-Zélandais; seulement, les lignes sont plus déliées et ne laissent pas, comme chez ces derniers, de profonds sillons dans la peau. Les chefs d'un âge avancé se font surtout remarquer par le nombre et la compli-
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cation dece genre particulier d'hyérogliphes, dont les signes paraissent avoir quelque signification. Tout leur corps en est couvert; des ronds, des spirales, des dentelures capricieuses s'entremêlent, se croisent, s^étendent parfois jusqu'aux extrémités rasées de la tête et sur les parties les plus délicate^ telles que les paupières, les lèvres, l'intérieur de la bouche, les narines. A la ceinture, au bas des jambes, autour des poignets, on voit habituellement de larges bandes noires, qui encadrent, en quelque sorte, les bigar* rures plus déliées qu'elles font res«K>rtir; mais ces bandas produisent un effet repoussant, lorsqu'elle» sont appliquées transversalement sur la moitié de la figure, au niveau de la bouche, ou deayeux qui puisent un éclat particulier par l'oppositioû des oou^ leurs.
Au premier aspect, cette curieuse peinture étonne, mais l'on s'y accoutume bien vite, et l'on finit par admirer la variété et la régularité qui président aux caractères qui la composent. On ne pourrait guère les comparer qu'aux dessins fantastiques de quelques vieilles armures, et encore la comparaison se^ rait loin d'être exacte.
Les femmes participent aux honneurs du tatouage, mais elles ne paraissent pas jouir du privilège de le porter sur tout le corps; les bras , les mains, le bas des jambes , les lèvres , le lobe des oreilles sont au"^ tant die points réser^ uniquement à ces ornements, dont les Coures diffèrent totalement de celles employéss pwr les liomtnest IJes fwiiMs (ia k famiàto
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des chefs jouisseat seules du droit de recevoir la marque indélébile de leur haute naissance; leurs bras, enrichis de dessins courbes , représentant des poissoi^, des. coquilles^ des ronds et des lignes ondulées comme la mer, font l'effet d'être revêtus de gants longS) en dentale noire»
L'opération du tatouage est longue et douloureuse; elle commence à Tadolesoenoe, à dix^iuit aAs environ^ et continue d'être pratiquée à différents intervalles, peut-être aux époques remarquables de la vie des individus ou à des saisons jugées propices, jusqu'à ce que le corps ne laisse aucune prise au la» lent des artistes tatoueurs. Nulle part Faxiome banal qu'il faut souffirir pour être beau» n'est plus suivi qu'à Noukalûva} c'est au prix de tortures inees* santés qu'un guerrier a<îquiert une apparmoe de plu& en plus imposante*, sa peau noircit à mesure qu'il grandit dans l'estimé de ses compagnons , et chaque figure nouvelle indique peut-être une action d'éclat.
Tout porte à conjecturer que les signes du tatouage ont des significations particulières aux yeux des nâituretoi fijiisiensCern cite l'exemple de Joseph Càfari et es Roberts, membres de «leux sociétés dif- Ckentes, qui seréimissa«e»t à ceriiaî^Ms époques d^n^s des repas commuas. Les matées drstîttctives ^es affiliés de cette association, dont le but n'est indiqué que vaguemenit^ étate&t un «arré et^ un ^1 tracés miiformémentsur la poitrine. Porter exprime aussi mm ^nion dnalegne sur la »%niâc«ti(m des âgtnres
ââ4 tLÉS NÀàQUtSËS
du tatouage, mais il a remarqué que ces caractères différaient de tribu à tribu.
Ces ornements pourraient bien être autant d'armoiries parlantes qui rappellent certains faits ou certains droits, qui tomberaient infailliblement dans Toublî chez un peuple qui ne possède aucun moyen sûr de conserver la mémoire des événements ; ce serait alors une sorte d'écriture grossière, dont les caractà[*es indécis retracent vaguement le résumé de l'histoire des individus.
Cette opinion prend quelque force lorsqu'on compare lies usages presque identiques des peuples de rOcéanie,
A la Nouvelle-Zélande, chaque chef a son moko^ tatouage particulier, bien connu, bien déterminé , qui lui sert de signature. A Mangareva, les insulaires, en mémoire du passage du capitaine Becchey, passage fatal à plusieurs d'entre eux qui perdirent la vie dans une rixe, tatouèrent des épaulettes d'officiers sur leurs épaules, et des points noirs sur la poitrine pour indiquer les blessures des balles.
Un instrument semblable à un peigne sert à pratiquer le tatouage ; un coup d'un petit marteau de bois implante dans la chair les pointes de ce peigne, enduites d'une matière colorante , qui y laissent l'empreinte indélébile de leur passage. Le sangcpuleà flots pendant cette opération, la partie tatouée enfle considérablement, et pendant plusieurs jours elle présente les signes d'une vive imflamma-
tîon, qui, du reste, ne paraît pas entraîner avec elle de graves infirmités.
Le titre de chef ne parait concéder, chez les Noukahiviens, aucune prérogative, aucune influence autre que celle que donnent les richesses dans tous les pays.
Toutefois, comme ces présomptions ne reposent que sur des doutes , on ne saurait affirmer que les décorations du tatouage, si complètes chez les vieux chefs , soient uniquement destinées à rappeler les hauts faits de leur existence. Peut être est-ce une distinction réservée à leur naissance ou à leur position , ou bien une conséquence naturelle de leurs richesses, qui leur permettent de rétribuer plus souvent les sauvages artistes de cette industrie spéciale. Une seule chose a été constatée, c'est que les chefs et les guerriers célèbres, sont ceux dont le corps est le plus recouvert par letalouage. La population ordinaire ne présente qu'un petit nombre de ces bigarrures, et beaucoup d'individus n'en possèdent pas du tout, ces derniers appartiennent toujours à la basse classe. Et , comme un des effets du tatouage est de voiler en quelque sorte la nudité des sauvages, il en résulte que ceux-ci paraissent beaucoup moins vêtus.
En complétant les renseignements que nous avons
recueillis nous-mêmes , par ceux donnés par le mis-
sionn^re Stewart, nous avons obtenu le tableau
suivant des différentes classes de la population.
' Âu premier abord on remarque deux grandes di-
visions: celle de la classe tabouée, ou des ehefe et des prêtres , et celle de la classe Aon tabouée ou du bas peuple.
Les éhsses iatfouées coiBprai«eiift Im Auma»^ noia dtmnë ^n génial à toutes les dixiattés Qookabîyiennes , et qui est aussi appliqué à certains kommes de la classe des Taowag, ctont nous parlerons plus bas, qui ont été divinisés de leur vivant. Ces dieux, qui rappellent à merveille les xlemi-dieux de la mythologie, enercent un pouvoir suroaturel sur les ébments; ils peuvent donner de riches récoltes ou frapper la terre de stérilité, ils infligent à leur gré les maladies et la mort,, et la crainte superstitieuse qu'ils inspirent est si grande, qu'on leur offre des sacrifices humains pour détourner les effets de leur colère,- heureusement lé nombre de ces hommesdieux est très-limité : il y en a tout au plus un ou deux sur chaque île ; ils vivent dans une réclusion et un mystidsme, faits pour en imposer;aux crédules sauvages. Les homieurs et le pouvoir atlrribués à cette classe ne sont pas toujours héréditaires, quoique cette transimssion s'opère quelquefois.
Les Akc^isoufKakinklSp senties chefseivils dc^la population; les femmes de cette^ classe portent le ti&e d'Atépéiou. Aucune marque extérieure de resfiiect n'est accordée à ces personnages; on les voit se mêler à la foule, diriger leurs pirogues et quelquefois pagaier, pêcher pour la subsistance de l6Udr*&miUe, travailler aux constructions comme les deraiers individus de leur tribu. Ik^epeuMnt pocievcr aucun
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impôt, aucune dtme sur leurs sujets; oe n'est que par la voie des échanges ou à titre de don volontaire, qu'ils obtiennent les objets apparteqant & d'autres naturels. Cependant, on leur reconnaît un droit héréditaire de possession des terres et de supériorité morale; leurs personnes et leurs maisons sont inviola-y blés, probablement à cause de l'origine sacrée qu'on suppose à leurs ancêtres. Le concours de la population leur est assuré aussi dans certains grands travaux; pour l'obtenir, ils donnent une fête et exposent leurs désirs aux conviés; leurs demandes sont presque toujours satisfeites, mais c'est entièrement par l'efflat du bon vouloir des auditeurs , et non par le feit d'une obligation forcée.
Les Toouoê sont une classe d'individus qui devien-* nent des divinités après }éur mort, qui possèdent, de leur vivant, la feculté héréditaire d'être inspirés parla divinité ou par les Taauas déjà morts ; on leur attribue la fecùlté de pouvoir indiquer la cause des calamités qui affligent la population, et d^annoncer les dangers qui la menacent. Leurs attributions sont un mélange de cdle^ des sorciers et des prophètes. Quelquefois, pendant la nuit, on les entend jeter d^s cris per^ çants et émettre des sons rauques et iniisités ; puis,' reprenant le son naturel de leur voix , ils feignent de eonverser avec unêtre invisible; Us prétendent se trou^ ver alors en communication avec Ja divinité qui leur F^èle ses volontés. Dans ces moments , iis sont en proie à de hideuses convulsioos, leurs regarda s'a^ ittittâi^, tour fiûrps frissûDue» kmvê fsmm ire»»bkiitf ;
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et, dans cet état d'exaltation, ils parcourent les environs en pronostiquant la mort, ou en demandant des sacrifices pur apaiser la colère des dieux.
Les Taouas agissent, en outre, comme médecins ou conjurateurs, dans les afTections intérieures des organes du corps, car chez les Noukahiviens, comme chez tous les peuples enfants, toute maladie dont le siège n'est pas apparent, est considérée comme une manifestation de la colère des dieux. Us appellent cet èXdXmalenoteatoua^ maladie donnée par un dieu. Les TaouaSy dans ces cas, cherchent le dieu malfaisant qui exerce en personne sa vengeance dans les entrailles du malade ; ils cherchent à l'apaiser en le caressant doucement avec la paume de la main, ils le pressent entre leurs. doigts, et si les douleurs s'apaisent, le Taoua a triomphé ; l'espèce de friction qu'il a pratiquée, a désarmé la divinité courroucée ; mais, lorsque les moyens ordinaires ne suffisent pas, le malade est placé dans de l'eau qu'on frappe avec des branches sèches pendant qu'on lui en verse sur la tète.
Cette classe a uiie grande influence sur l'esprit delà population qu'elle dirige à son gré. Non-seulement chaque Taoïui devient ^ioua après sa mort, et souvent de son vivant, comme on l'a vu plus haut; mais toutes les fois qu'un Taoua meurt, on sacrifiée ses mânes un nombre plus ou moins grand de victimes humaines, selon la vénération et la crainte qu'il inspirait; cette mort est le signal infaillible de courses nocturnes dans les vallées voisines, pour y faire des prison^
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niers destinés à jouer un triste rôle dans la cérémonie funèbre.
Les Tahounas ou Touhounas sont les véritables prêtres du culte noukahivien ; ils forment une classe plus nombreuse, mais moins redoutable que la précédente. Leur emploi n'est pas héréditaire, il demande un noviciat et consiste principalement à ofirir les sacrifices aux Atouas^ à accomplir les cérémonies du cuite, à chanter les hymnes sacrées , à battre les tambours dans les jours solennels, aux funérailles et dans les opérations chirurgicales , qui leur sont exclusivement dévolues. Ils diffèrent en cela des Taouas qui ne s'occupent que des maladies internes.
Ce sont eux qui pansent les blessures reçues dans les combats, qui font l'extraction des os cassés; et on dit même qu'ils poussent la science jusqu'à exécuter l'opération du trépan , à l'aide d'une dent de requin. Us font cette perforation à l'extrémité des fêlures du crâne , survenues à la suite des coups de massue , pour empêcher la fente de se prolonger.
Les Ta/touno^ ont un signe distinctif qui les fait reconnaître : il consiste dans une feuille de cocotier dont ils font une sorte de bonnet. La tige est placée devant le front, tandis que les feuilles sont attachées derrière la tête. Ils portent aussi un ornement du même genre autour du cou : ils fendent une branche de cocotier, jusqu'à un pouce des extrémités, et y passent la tête. Les côtes, dépouillées de leurs feuilles i pendent sur le dos et sur la poi-
&S0 thÈÈ HàROOisiS
triné; cet drttettiétit est pointé his^bltuèUëHtéht ))âr eux, et invariablement dans toutes lescérémotiiès Vé^ ligieusesi
Lés OttAou»^ ordre qui doit être l6 tfièmé que béitti des Mmis^ sont d^s hommes dont ïo&im «[^obsiistë à aider aux saOriÛces humains, présentés âUx divinité! par les Tahùunm. On n'admet à cet emploi qu% œuj^ qui ont tué un ennemi dans un combat âvei^ le casdé^ tète appelé ouhm^ d'où leur nom déritëi Les OitAetli ont le droit d'assister ant festins dès Tmuaê et ÛH Takomai^ ce qui est interdit aux dasâes inférieure» non tabouéesi
On ne sait pas trop qilel est le rang des TWs i nom donné aux chefs guerriers illustrés par leuri prouesses» Ce titre est tout à fait distinct de celui d'AkaUtiovL chef civil ^ quoique les mêmes individu» puissent porter ces deux désignations diffi^rentes. Qê titre paraît être aussi entièrement nominal : il tm concède aU<^un droit de suprématie, si ce n*est <^lui de donner Texemple et de marcher le premier ail combat. Il est possible que le Tm d'une tribu suit chargé de diriger les opérations contre les eUUemiSy quoique en général , dans ces conflits ^ (Chaque guer» rier paraisse avoir la liberté de Combattre ou de ftiir^ selon qu'il le jugé convenable, sans dépendre en au^ cune façon d'une volonté étrangère.
Led Nati'Kaha èont des individus qui ont le don de jeter des maléfices nommés Kaha; ils ont dés at^* tributions communes avec les Taoûas^ auxquels nous croyons qu'on doit les joindre.
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l>es dasses non tabouées contiennent to^s les individus de la condition la plus basse, ceux <j[ui ne possèdent pas de terres , qui n'ont pas la réputation de guerriers accomplis ou de constructeurs habiles. Ces classes sont naturellement bien plus nombreuses que celles qui constituent Tordre taboue; parmi elle$ on remarque :
Les Péio-Peketos^ qui reçoivent leur subsistance des chefs auprès desquels ils remplissent des fonctions serviles ; ils cultivent les terres , récoltent les friiits, préparent les alin^ents auxquels ils participent eux-mêmes.
L%^Averia$, dont les occupations sont d'une nature plus indépendÊ^nte , pourvoient à leurs besoins en allant 4 la pêche ; ils forment la populaion maritime par excellence, car ils n'exercent aucune autre industrie^ tandis que les autres naturels ne sont pêcheurs qu'accidentellement, et seulement Iqrsqu' il n'ont aucune autre ressource alimi^taire^
Lesffofcij ou Kcîioas sont une espèce de troubadours nomades , des chanteurs qui vont de tribu en tribu chercher fortune ; ce sont eux qui , dans les grandes fêtes, remplissent les rôles de danseurs. Soigneux de leurs personnes, qu'ils blanchissent comme les femmes avec le suc du papa , ils sont tout à la fois poètes, musiciens) improvisateurs et chorégraphes ; toutes ces qualités réunies ne parviennent pas toutefois à leur donner quelque considération. Leurs habitudes efféminées leur attirent le dédain d'une population qui apprécie peu les beaux-arts.
Enfin , les; Nohoms sont placés encore au-dessous des Hokis. Leur condition est la plus misérable de toutes : ils tirent leur subsistance de la terre, et c'est dans leurs rangs que se recrutent la plupart des \ictimes réclamées par les Taouas. .
La propriété des terres, entièrement dévolue à la classe tabouée, est cependant concédée quelquefois par les chefs aux individus qui excellent dans un art, tel que celui de la construction des pirogues , de la fabrication des armes de guerre , ou de la confection des instruments de pêche. Cette concession amène une espèce d'élévation dans la position de ces hommes ; ils participent alors aux avantages de la classe tabouée; probablement le nom de Tahauna qu'ils portent quelquefois, indique une espèce d'assimilation avec les prêtres qui sont réputés fort adroits dans Fart de raccommoder les membres fracturés. Il y a peut-être une liaison dans l'esprit des sauvages, dans les résultats de cette adresse manuelle différemment employée.
Ce que nous connaissons des traditions conservées dans le souvenir des Noukahiviens, se réduit à quelques faits recueillis ps^r les personnes à qui un long séjour a permis de comprendre la langue et de s'initier aux coutumes des lieux , coutumes qui échappent inévitablement aux navigateurs dont le séjour est toujours fort limité dans les mêmes endroits, et qui , d'ailleurs , ne peuvent comprendre le langage des naturels.
Slewart, d'après lesrécits du missionnaire Crook,
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indique que toutes les traditions de ces peuples sont contenues dans les hymnes sacrés des Tahoutms ; c'est ainsi que les peuples primitifs ont toujours cherché à conserver l'histoire des principaux événements historiques, et* à les transmettre d'âge en âge. L'origine fabuleuse des iles de l'archipel, les noms des autres îles, à l'existence desquelles ils croient, la généalogie des chefs, les hauts faits des héros, l'histoire des guerres , enfin tous les événements remarquables, sont contenus dans ces chants qui ont plus d'une ressemblance avec ceux de l'Iliade.
L'origine de l'archipel Nouka-Hiva y est présentée de la manière suivante. Les terres qui le composent étaient, dans le principe, enfouies dans « Havatki^ » (la région au-dessous), le lieu des esprits qui ont quitté la terre , et elles furent élevées à la place qu'elles occupent maintenant, par les efforts d'un dieu qui les souleva. A cette époque il n'y avait point de mer; ce fut une femme qui la produisit, ainsi que tous les animaux et toutes les' plantes. Les hommes et les poissons se trouvaient enfermés dans des cavernes , dans les profondeurs de la terre ; une grande explosion rejeta les hommes à la surface dumoYide, et précipita les poissons dans la mer.
Ces mêmes chants énumèrent les noms de quarante-quatre îles, outre celle de Nouka-Hiva. Dans ce nombre, plusieurs se rapportent évidemment à quelques-unes du groupe de Taïti , une autre est décrite comme possédant un lagon , description qui se rapporte évidemment aux îles Pomotou , aucune île
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des attti^es groBpeg ne préèentant une pareille c<Miformation*
tJn(3 des traditions relàliV€is à 069 lies étrangères dorine le récit de i'introduotiondes noix deoQeoseux lied Nouka-Hiva. -^ Ce fut le dieu TaH^ venu de YHq Oûta-Mêmuà du OïDtipciM, qui les trouvant dé&qées de cet arbre important) le leur apporta 4ans un canot de pierre. Les détails de cet événement sont décrits aVeo des particularités et une minutie in^ croyables. Les Takounm ont de semblables récite , des visites des dieui^ des autres îles^ et c'est dan9 ces traditions qu'on trouve la raison qui faisait appeler les premiers navigateurs des 4^iia«i nom donné maintenjiDt à tous les Européens > quoiqu'ils aient aujourd'hui considérablement perdu I aux yeux des Moukahiviens» de leur prestige passé.
Porter à recileilii les renseignements suivants de Keatanoui sur l'origine de la population^ *^Otala% ( aube dtl joUr ), et Ovfinow ou Anmovna , sa femmoi vinrent d'une* île appelée Vawo , peupler les t)es Nouka-Hivai. \\% apportèrent avec eux différentes es* pèces de plantes , qui donnèrent leur nom aux qua-^ rente enfants de ce couple fortuné» à l'exception | toutefois 5 du premier-né » qui fut non^é Pô^ ou la Nuit, ce qui signifie aussi noir i sombre.
Keatanoui plaçait le lieu où s'établirent Ot<m et sa femme I dans la vallée de Taîo-Hae, et se glorifiait d'avoir hérité des honneurs de ce premier fondateur de sa race» Get^ généalogie, qu'il faisait remonter à quatre-vingt-huit générations enr
ou ifoeK4HiiVA% 885
Tiron, lui attirait la cooftidératien dae chefs de toutiss les tribus de File; toUs reoharehaiebtdeft'allier à lui ^ et sa nombreuse ftimille lui avait donné las moyens de satisfait^e aux nombreuses demandas du mariage qu'on lui avait adressées.
D'après Porter, les indigènes n'tiuraieiàt eonservé aucun souvenir du passage de Meiidana» ce qui est hasardé 4 car son apparition avait eu lieu à l'ile Taeualày et Nouka-^Hiva peut bien ne pas s'ôtre émue d'un éVéniBment qui ne la touchait que très* secondairement. Kéatânoui expliquait ainsi Tin-' troduction des toehoûs» Une Vingtaine de généra^ tions ( 300 ou S30 ans ) avant l'arrivée de Porter | qui observe qu'un homme estgrand-pèi^e à dnquante ank, et que, par conséquent > quatre générations existent dé son vivhntj un dieu nommé Haii Visita toutes les Iles du groupe, et apporta avec lui defe cochons et des poules, qu'il y laissa i II apparut d'à*» bord dans lé baie Atao^oua ( peut*-être AumchAtûka^ Dieu-Dieu )^ sur la tôte est de l'tie ( Bi de la Neva ). Là , il creusa le sol pour trouver de i'eaU, entreprisé dans laquelle il réussit. L'arbre sous lequel il résida pendant son séjour, est considéré comme sacré par les indigènes qui, cependant, ne peuvent dire s'il est venu dans une pirogue oli daiis un bâtiment» et quel est le laps de temps de sa relâche.
Aucune relation de voyage ne remonte à une époque aussi élevée; de sorte qu'il faut admettre que le compte des générations des indigènes est erroné» Il est probable d'ailleurs que ce navigateur est un fis-
pagnol, à en juger par les rapprochements des noms du cochon dans les deux langues. Les Espagnols le nomment puerco et les indigènes pouaka ou pouarka. Cette conjecture prend une nouvelle force, lorsqu'on considère que les Espagnols sont les premiers navigateurs qui ont sillonné ces mers.
L'introduction du fer est ainsi'racontée : Plusieurs années après le passage d'Haïij des individus de. la même couleur que les Nouka-Hiviens, mais dépour< vus de tatouage , vinrent , dans un bâtiment à deux mâts, qui jeta l'ancre dans la baie de Anahau, sur l'autre côté de l'île; ils apportèrent des clous, qu'ils échangèrent contre des cochons. Les indigènes apprécièrent tellement les avantages de ce métal, qu'ils accoururent de toutes parts pour faire percer des coquilles et autres objets aussi durs, et donnaient, dit-on, un cochon pour avoir l'usage d'un clou pendant quelques heures.
Cette tradition peut, avec quelque vraisemblance, s'appliquer au passage du Solide , qui n'avait que 'deux mâts; d'autant mieux, que bien peu de navires de cette forme se sont aventurés dans ces archipels éloignés.
Au temps de Porter^ il y avait un ou deux chiens et quelques chats dans l'île; ces derniers étaient attribués à un dieu, appelé HitchHitay qui les apporta, il y avait quarante ans environ (ce qui conduirait à 1773). 11 vint dans une pirogue grande comme une île à Taouata, où l'on voyait pour la première fois un navire de cette dimension, ce qui étonna d'autant
plus la "population, qu'elle n'avait jamais entendu parler auparavant d'un pareil vaisseau. Ce dieu tua un homme pendant son séjour* Cette dernière circonstance et la date indiquée se rapportent parfaitement au passage de Cook, qui passa dans ces îles en 1774, et qui, en effet, y tua un homme. En outre, il venait alors de Taiti, nom qui offre quelque rapprochement avec celui de HUorHiia. Du reste, Tanalogie des noms est peu importante, car les sauvages dénaturent constamment les noms européens, dont la prononciation leur est difficile.
La traversée de l'île Vavao aux îles Nouka-iliva, qui embrasse une distance de 680 lieues marines, n'est pas absolument impraticable avec les vents alizés du sud-est, qui régnent la majeure partie de l'année, surtout quand on Considère que ces vents varient souvent au sud, et que cette route est semée d'îles nombreuses qui offrent des ressources aux navigateurs. En outre, les pirogues des îles Tonga sont infiniment supérieures à celles de la plupart des autres peuplades de l'Océanie; leurs doubles pirogues affrontent souvent de bien mauvais temps et ont une vitesse remarquable.
Les migrations des insulaires de l'Océanie sont des faits incontestables aujourd'hui ; des défaites dans les combats, l'oppression d'un voisin puissant, une disette passagère ou Tinsuflisance du sol à nourrir tous ses habitants, sont autant de causes qui poussaient des familles entières à partir sur la foi des prédictions de leurs jprèfares, pour découvrir des terres plus pro-
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pioes. Elles suiyaient l'impulsion du |)Qaoîi|, inm chez Thomme, de ohercher des aTenture^ au péril de sa vie , et marehant sur les traœa de leur a ^nçêtreg ,, qui avaient cherché et peuplé tant d'îles , elles se di-» rigeaient vers des rivages inconnus qu'elle^ aUei^* gnaient quelquefois; mais combien de fois ausisi la mer n'a-t-elie pas englouti dans son seiu lea débris de ces expéditions hasardeuses? — Cet esprit yqya^ geur explique comment les lies de l'Océaiiie se spnt successivement peuplées.
A Nouka-Hiva, la croyance de l'existenee de nom-» breuses terres dans les environs, avait, à plusieurs reprises, lancé des pirogues sur une mer qui ne le^ rendait plus. Le grand-père de Keatanoui partit lui-* même, un beau jour, avec quatre grandes pirogUet doubles pour rechercher ces lies tant prôuées par les TahounaSy plusieurs familles raccompagnèrent» emmenant avec elles des cochons, des poules et des plantes de toute espèce , et jamais on n'a su quel avait été son sort.
Vers l'an 48< 1 , Temaa-Taïpi , dief de la vallée de Houmi, craignant les résultats de la guerre, avait préparé plusieurs grandes pirogues pour abandoiir ner l'île, et aller chercher de nouvelles terres où la tribu entière se serait établie, L'Anglais Wilson asr sura à Porter que , pendant les dernières années, de 1807 à 4843, plus de huit cents hommes, femmes et enfants, avaient abandonné les différentes Ues de l'Archipel , pour aller trouver une nouvelle patrie. AueuM de c«s fflpédition« ne p^urut : une
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foissettleineiit, quatre pirogues étant parties ^ elles arrivèrent aux lies Hiaou et FetourHouhou ; une seule des pirogims y séjourna quelque temps, puis elle tenta de retemmeir à Noaka-Hiva où cdle n'arriva jamais. Un bomme et une femme restèrent seuls sur Hiaou, ilshfttirent une case; mais, au bout de quelques mois, Thûmme mourut et la femme fut rame* née par des chasseurs de phaétons i ce fut d'elle qu'on recueillit les détails qui préeèdwt«
Les prêtres sont presque toujours la cause de ces émigrations; quels que soient leurs motifs, ils en^ eouragent les indigènes à les entreprendre, et, plus lard , lorsque le départ a eu lieu , ils se glissent pen^ dant la nuit près des cases des parents de ceux qui soot partis; et là , en jetant des cris aigus., comme a'ils succombaient dans la lutte avec un pouvoir ooeulte, ils annoncent que les émigrants ont trouvé éd fertiles et riantes terres au bout de leur aventureuse traversée; ils dépeignent la beauté de ces îles, la richesse de leurs productions , 1^ avantages dont on y jouit, de manière à faire naître le désir de tenter une entreprise semblable pour atteindre le même but.
Ches tous les peuples à Fétat primitif , Tbomme n'entrevoit la divinité qu'à travers le prisme de sa propre faiblesse : Içs événements qui menacent son eiistenee sont autant de causes qui occupent sa pensée; il les redoute, et ne pouvant les expliquer natureliem^at, il en fait des sujets de superstitieuses appr^^ixsi^ns. U divinise a§ qu'il Qwnti «'««( un
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pouvoir terrible auquel il rend un culte, plutôt qu'une divinité bienveillante qu'il vénère.
Chez les Noukahiviens, les Atouas sont nombreux, soit qu'ils proviennent des hommes divinisés après leur mort, soit qu'ils existent encore, soit enfin qu'ils datent d'une époque reculée. Toutes ces divinités sont autant de pouvoirs suprêmes, jaloux, terribles dans leur courroux, redoutables dans leur vengeance, qui demandent un culte.
Le bruit des orages, le roulement du tonnerre dans les montagnes, le froissement des feuilles, les murmures des insectes dans l'herbe, sont autant de manifestations de la présence de VAtoua^ noïn donné dans toute l'Océanie aux êtres qui constituent un polythéisme grossier. Il y a des alouas dont l'empire s'étend sur les monts, et d'autres qui régnent sur les rivages ; des atouas des bois , de4'intérieur de l'île et de la mer ; des atouas qui président à la paix, à la guerre, à la danse et aux chants; leur nombre est considérable^ et chacun d'eux est honoré selon le degré de crainte qu'il inspire.
M. Crook a donné les noms suivants de quelques divinités principales : Opommanne, Okio, Oenamoe, Opi'Pîtaie, Onovko, OetanooUy Tati-Jltapou, Onœuâe. Aucun de ces dieux ne paraissait du reste avoir une supériorité marquée sur les autres.
Voici encore le récit que fait ce missionnaire d'une visite qu'il fit à un atoua vivant :
Cet atoua était un homme fort âgé ; il vivait depuis sa jeunesse dans la vallée d'Hana-tetena, dans une
ou NOUKA-HIVA. 241
grande <^se entourée d'un enclos, appelée Hae( maison. Dans cette maison était une espèce d'autel ; sur les poutres de cet édiûceet sur les arbres environnants étaient suspendus des squelettes humains, la tête en bas. Personne n'entrait dans cette enceinte , à l'exception des hommes attachés au service de Tatoua; l'introduction du peuple n'était permise que dans les jours de sacrifices humains. Cet atoua recevait plus de ces sacrifices qu'aucun autre dieu; souvent il s'asseyait sur une espèce d'échafaudage, établi devant sa demeure et réclamait deux ou trois victimes humaines à la fois , et toujours il était obéi : car la terreur qu'il inspirait était extrême. On l'invoquait dans File entière, et des offrandes lui étaient envoyées de toutes parts.
En 1829, il n'existait point d'atoua vivant dans la vallée de Taïohae; on montrait seulement la demeure d'un de ces êtres supérieurs, au pied d'un pic escarpé dans les montagnes •
Les Taouas y qui paraissent être les desservants titulaires des divinités , sont chargés de faire les offrandes : elles consistent en jeunes pousses, fleurs, fruits, poissons, chiens, cochons, et enfin en victimes humaines.
En principe, l'atoua parait être le pouvoir occulte et effrayant qui, dans ses jours de colère, demande des victimes pour expier de graves offenses : le sang humain apaise seul sa fureur; les dons de fleurs et d'animaux sont des offrandes pour le rendre propice. L'influence des Tçouas sur l'espritde la population
est en raisoil de la faveur qu'on leur suppose auprès des atouas ; ils apaisent le dieu lorsqu'il n'est que médiocrement en colère j l'irritation de l'atoua se manifeste par les maladies qui affligent la population.
C'est à l'intercession des Taouas que te mal eesse> mais aussi c'est à leur intercession qu'il arrive.
Les tahounas sont les sii!nples desservabtSy ieà hommes dévoués au service de la divinité, mai^ n'ayant qu'une moindre influence qui dérive particulièrement des sortilèges qu'ils peuvent jeter. L'office des Tahounas dans les cérémonies religieuses consiste en grande partie à chanter au son des tambours et des claquements de mains; ces chants sacrés sont variés et souvent intelligibles seulement pour ces prêtres. D'après M. Crook, un de ces chants est une espèce de litanie qu'un tahmna chante en frappant le grand tambour du temple, un aufre tàhauna la répète à l'autre extrémité de l'édifice smr le même ton. Les notes sont très-prolongées et vers la lin la voix dn lahouna se change en sons rudes et creux.
Un autre de ces chants est une espèce de récitatif déclamé par le prêtre avec la plus grande force possible de gestes et de voix , il se termine par un son aigu semblable à l'aboiement d'un chien, auquel l'auditoire répond en chœur.
Les tambours sacrés sont de deux espèces; les premiers sont semblables à ceux employés dans les fêtes publiques, ils ont environ deux pieds de haut, et neuf à dit |)ouce8 de diamètre, lis sont ibnnés*par le
ou NOUKA-HIVA. 243
tronc d'un arbre , le kaou (cordia) , creusé jusqu'aux deux tiers de sa longueur; une së{>aration ayant un petit trou au centre , sépare cette première excava-* tien de celle qui est recouverte par une peau de requin , attachée soigneusement avec des tresses de bourre de cocos ; le bas est percé de trous ovales pour accroître la force du son. Les seconds sont beaucoup plus grands ; hauts dequatreà cinq pieds , ils soot recouverts delà peau, plus dure, du poisson nommé par les Anglais éevU^sh. Tous les deux sont posés droii sur le sol, et sont frappés avec les mains et les doigts; mais [les petits sont frappés oontinuemeot, tandis que les grands produisent des sons moins pressés^ formant une espèce de mesure avec le bruit des petits; on pourrait assez comparer cela à aos tambours ordinaires dont le bruit serait accompagné par celui d'une grosse caisse.
Le claquement des mains qui suit ordinairement les chants, est exécuté dans le même mode; les mains frappées à pla>t produisent un son mat, qui alterne avec «n son plus profond lorsqu'on rassemble les doigts en creux et qu'on les frappe soit les uns contre les autres, soit contre le coude. Cet exercice produit une telle excitation chez les Noukahiviens, qu'on a vu quelquefois la peau du coude gauche enlevée par ces attouchements réitérés , sans qu'ils cessent poiur cela de frapper.
Les maisons destinées au culte ne diffèrent pas des autres ; seulement, l'entrée en est plus vaste. Dans la vallée des Happas, on voit un douces édifices,
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appelés Meae (peuMtre Mde^ qui signifie permis, consacré). 11 se compose de deux corps de logis; le premier, grand et vide, était, à l'époque où on le visita, rempli par un grand nombre de différentes offrandes; le second, plus petit, contenait deux idoles grossièrement travaillées. Une d'elles était à deux faces, semblable au Janus bifrons.
Une autre case, destinée aux mêmes usages, décrite par Stewart, dans la vallée de Haka-Happa, était faite pour inspirer un profond dégoût. C'est dans ce lieu que les sacrifices humains s'accomplissaient. Au centre d'une plate-forme de trois mètres carrés et d'un mètre d'élévation , entièrement obstruée par une épaisse végétation, se trouvait l'endroit où les restes des victimes étaient jetés; sur le devant, seul point accessible, on voyait encore, dans une auge grossière, un corps en putréfaction. Une tête imparfaitement sculptée, à l'extrémité de l'auge, ouvrait une large mâchoire, comme pour dévorer les victimes qui pourrissaient là, devant une idole toute contournée et tombant en ruine, sans qu'on parût s'en inquiéter.
Porter décrit aussi un endroit de ce genre, situé, de son tempjs, au haut de la vallée de Taïo-Hae, chez la tribu des Havouhs. Dans un grand et magnifique bosquet de cocotiers, de casuarinas et de beaucoup d'autres arbres, au pied d'une montagne escarpée, et près d'un ruisseau, sur une plate-forme pavée, était une déité sculptée sur une pierre dure, de la hauteur d'un homme; ses yeux et ses oreilles étaient
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grands, sa bouche très-large, ses bras et ses jambes courts ; auprès de ce bloc, se trouvaient plusieurs autres idoles semblables, mais en bois. Des faisceaux de roseaux étaient posés près de là ; leur sommité était décorée de longues banderolles blanches, et à leurs pieds étaient déposés des têtes de cochons et autres offrandes. A quelques pas de là, se trouvaient quatre canots de guerre, richement ornés de touffes de cheveux, de coquilles et de banderolles blanches; l'avant de la pirogue principale était tourné vers les montagnes ; et sur l'arrière, on voyait une statue tenant une pagaie , comme si elle dirigeait la course de l'embarcation. Une des plus belles pirogues étnit celle d'un prêtre qui avait été tué récemment par les Happas. Une odeur insupportable émanait de ce canot, dans lequel on avait placé en offrande le corps d'un des Taïpis tués dans l'excursion de Porter ; plusieurs autres carcasses humaines étaient entassées là , et les naturels disaient que cette pirogue était destinée" à conduire le 'prêtre en question au Ciel ; mais, que ne pouvant y aller tout seul, il lui * fallait un équipage de pagayeurs. Dix victimes étaient nécessaires pour effectuer ce départ, et il n'y en avait encore que huit. Dans un enclos voisin, on voyait les cochons et les provisions qui devaient subvenir aux besoins de ce voyage funéraire.
En voyant le peu de vénération des naturels pour leurs idoles , qu'ils prenaient par les oreilles et dont ils montraient le nez camus et les difformités de la bouche et des jambes^ Porter leur demanda pour-
quoi Us les respectaient si peu. On lui répondit que ces divinités n'occupaient qu'un rang très-secondaire dans la hiérarchie des AtouaSy et qu'elles n'avaient d'autre emploi que celui de servir de cortège et de remplir les fonctions de la domesticité auprès du dieu principal. On sortit bientôt ce dieu, renfermé soigneusement dans une case enfouie sous le feuillage du massif déjà décrit^ et on l'exposa au grand jour. C'était tout simplement un morceau de bois assez mince, enveloppé par des étoffes blanches et porté sur une branche de cocotier. Immédiatement la troupe des indigènes présents commença la représentation des cérémonies de leur culte.
Un naturel prit le dieu dans ses bras, pendant que ses compagnons chantaient en frappant dans leurs mains ; il agita ce paquet plusieurs fois , l'éleva en l'air, le jeta sur ses épaules en faisant des sauts continuels. Un moment de repos succéda à ce violent exercice, puis on entonna un nouveau chant sur un ton différent. Le dieu fut alors conduit successivement vers divers points de l'enceinte, où on lui fit faire de courtes pauses , et à la fin de cette prome» nade^ il fut replacé au centré de la place , sur sa feuille de cocotier. Alors l'homme qui avait exécuté tous ces mouvements, adressa, d'un ton très-animé, plusieurs questions à l'auditoire; les réponses qu'il reçut ayant paru le satisfaire, il termina la cérémonie en remettant le dieu dans la case. Porter ne put obtenir de Wilson , son interprète , aucun renseignement^ si ce n'est que les chants qu'il avait en-
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tendus, renfermaient des louanges en Thonneur de lAtQua.
Le missionnaire Crook avait aussi remarqué des cérémonies analogues dans l'ile Taouata. Il rapporte que, dans certaines solennités, un paquet, composé d'une pièce de bois enveloppép d'étoffes blapches, et orné de quatre conques de guerre , était élevé et abaissé successivement par les prêtres, qui adressaient avec vivacité des questions, auxquelles la foule répondait d'un commun accord. D^autres fois, les mêmes prêtres plaçaient en évidence , sur un vase curieusement sculpté, un crâne humain au milieu d'un bouquet de fleurs. Une branche de cocotier, attachée sur une perche , représentait, dans ces occasions, le corps d'une victime humaine ; et d'autres objets, tels qu'une petite pirogue garnie de touffes de cheveux, une ceinture, un morceau de bois coudé , étaient levés en l'air et montrés à l'assemblée, de la n)éfne manière que les Tahounas tendent leurs instruments vers le ciel, lorsqu'ils vont accomplir une opération chirurgicale. Cette élévation semble avoir pour but d'implorer l'assistance d'un pouvoir supérieur.
JLd crainte des sortilèges forme un des points saillants du caractère Noukahivien; une classe d'individus nommés NaU-KohoM, qui ne sont peut-être autre chose que des Tahounas, jouissent de la feculté de lancer le terrible Kaha sur leurs ennemis. Ge sortilège s^accomplit en enfermant dans une feuille de la salière, des cheveux, ^ même des excréments