C.WiUon. J
vr. Ellis. ) Partis en janvier 1816 snr VAUat^ capitaine
Trelked. f Meriton.
C.^Barff. ^Partis en juillet 1816 snr le 5i»rrey, capitaine M .Orsmond, ) Raine.
R« Boome. \ • D. Darling. (Partis en novembre 1816 sax le Borriet^ ca- G. Platt. 4 pitaine Jones.
J.Williams. )
1 TvIm ) Cultivateur, parti en juin 1 SI 7 sur le F\rien^ j. oyics. j ^j^j^^ capitaine Amet.
BSQOISBfi
Méfaiti ^et conricts.
pour la plupart ont déserté ou laissé leur navire •t ont continué à vitre ou à résider parmi tes ha<* bttants de ces îles; les crimes cohimis dans les lieux déjà mentionnés » et dans tous lieux hors de la juridiction des états européens, dont des su-^ jeta anglais seraient coupables « seront jugés et punis dahs les lies, les plantations, les colonies ^ les dodiaines, les forts ou comptoirs de S. M« (i)^ Cet acte important devait contribuer à consolider la sécurité et la paix dans ces lies ; mais il est à re« marquer que les déprédations et les violences des marins anglais, n'étaient pas le plus grand mal dont les arehipels de l'Océanie avaient à souffrir* Le voi-> sinage des colonies pénales était une autre source d'inconvénients bien plus graves. Les convicU^ échappés des rives de T Australie , inondaient déjà les mers du Sud de criminels endurcis et déterminés, ftiyant les rigueurs de la condamnation qu'ils subissaient; leur présence au milieu des peuplades sauvages produisait les plus déplorables effets. En guerre avec la société civilisée, ils étaient Tâmedes complots contre les navires européens et incitaient les chefs à commettre les attentats, si fréquents dans Thistoire de ces mers.
Au commencement de Tannée 1818 , Taîti côm* avee^er^l^oies itietiçait déjà à échanger quelques produits avec
ang^iMs. ji^^ Nouvelles-Galles du Sud: les missionnaires,
dit ti. Ëllis , éprouvaient le regret de voir que les
Premiers
(1) Ellis , Polynesian reieorcKei^ tome I , page 101.
HlStOHlQUË. 687 '
(irais de léUr ëteblîftseiiieiit dans ces Iles > restaient en entier à la charge de la Société des missions de Lon^ dres^ dans le but de diminuer ces dépenses, ils aTaient de temps en temps disposé des produits de leur propre travail, en faveur des capitaines des na-* ▼ires touchant à Taîti > et ils en avaient même fait de petites expéditions dans les colonies anglaises de r Australie » pour obtenir, en retour, des articles dont ils éprouvaient le plus grand besoin (4)»
A la même époque, la Société des missions de Diminauon
». . , ■ dei revenu» doit
Londres éprouva une dimmution dans ses revenus, de^^lufons
soit que ses dépenses se fussent accrues par lenvoi «ï^^^nd"»-
de nouveaux missionnaires à Taiti , soit que les re«
cettes eussent été moins abondantes que par le
passé. Ce déficit fit naître des appréhensions pour
l'avenir ; on trouve dans le compte rendu de la So«
ciété, pour l'année i818, qu'il devenait nécessaire
de diminuer les dépenses , ce qui n'était guère poa-
ûble , ou d'accroître les revenus en faisant un appel
aux souscripteurs; la nécessité dé réclamer une aog»
mentation des produits de la contribution publique
était d'autant plus urgente , que les missionnaires
tte trouvaient que peu ou point d'aide dans les lieui
où ils exerçaient leur ministère, et que leurs be*
soins grandissaient avec l'accroissement de leurs
familles (2).
Dans cet état de choses » les missionnaires de Taiti Projet
defmiMionMirci
pensèrent que la mesure la plus emcace à prendre ^^ t*^^-
(1) EUis , Polynesian researches , tome I , page 434.
(2) Misntmarff ffkUfr far CA# f mt ISIS, ptge 2S2.
pour obvier à la pénurie de la Société , était d'appeler les indigènes convertis, à former une association auxiliaire de la Société de Londres , pour répandre la connaissance de l'Évangile dans le monde, plutôt que de réclamer d'eux, immédiatement*aprés leur conversion , de donner des moyens d'existence aux ministres du nouveau culte. Les indigènes savaient que les approvisionnements envoyés de temps à autre à leurs missionnaires provenaient de leurs amis d'Angleterre et de la contribution volontaire de ceux qui avaient décidé la formation de cette mission^ et qui l'avaient maintenue jusqu'alors. On pensa qu'en appelant les nouveaux convertis à se joindre aux souscripteurs de la Société de la métropole, on atteindrait ainsi un double but, car tandis que les émoluments des missionnaires de Taiti continueraient à leur être payés par la Société de Londres , les nouveaux convertis s'identifieraient aux efforts des chrétiens anglais, pour propager les connaissances évangéliques et contribueraient en même temps à subvenir aux besoins de leurs propres instituteurs. Une pareille mesure, continue M. Ellis, à une époque où les habitants de l'Archipel n'étaient encore que partiellement instruits du but et des véritables préceptes du christianisme, a pu faire supposer aux personnes flottant entre deux opinions, que les missionnaires étaient mus par des motifs d'intérêt pécuniaire dans leurs travaux religieux (1).
(1) Ellis y Polyneêian researches , tonte I , pa^c 435.
En effet, les missionnaires eurent un tort réel Tortdet
de poser en quelque sorte, aussitôt après la réussite de leurs efforts , la question du salaire. Ils eurent un nouveau tort , celui de se livrer à des échanges du produit de leur travail avec les colonies voisines; quoiqu'on se fasse une idée de leurs besoins et de leurs privations, et qu'on sache qu'à la distance 011 ils se trouvaient de tout secours, ils avaient de rares occasions de se procurer les objets nécessaires à leurs habitudes , que souvent leur détresse était arrivée au point qu'ils avaient été réduits à marcher nu-pieds# ainsi que leurs femmes, à se vêtir d'étoffes du pays et à n'avoir d'autre nourriture que les aliments grossiers des indigènes (i ), on ne saurait approuver leur détermination. Le caractère sacré dont ils étaient revêtus leur imposait Tobligalion de ne dgnner aucun prétexte à l'insinuation que leurs travaux évangéliques avaient pour but un intérêt personnel. Malgré la pénurie de leurs ressources, ils auraient dû accomplir jusqu'au bout leur œuvre d'abnégation et suivre les traces de leurs
(IjEn 1827, dix uu après rarrivëe da niiasionnaire Williams, il n^a^ait pas encore pu obtenir un morceau de TÎande fraîche de bœuf; lorsque des bâtes à cornes furent introduites à TaTti , plusieurs missionnaires se réunirent pour dîner ensemble , mais , à leur grand étonnement, ils aTaient tous perdu le goût qu'ils avaient autrefois pour le mets fondamental de la cuisine anglaise ; aucun d*eux ne put en supporter la saveur, ni même Todeur. La femme d^un missionnaire se prit alors à pleurer en songeant avec amertume qu'elle avait perdu dans ces pays sauvages , jusqu'à la faculté d'apprécier le goût d'un bœuf anglais. —.Williams » Aiiiiionary tnter^^es , page 350.
nisiioniiAiref*
«90 ICSQUISSK
prédéceseegrs^ les premiers missionpaires du Dnff. Peut^ôtre ne songèreot-ils pas qu'ils nuisaieqt à leur cause aux yeux de leurs élèves, qui dès lors pou-* vaient ne plus voir en eux des hommes exclusive^ ment dévoués à une œuvre religieuse, et supposer à leur conduite des motifs de spéculation. Ils don* liaient aussi prise à une juste critique , car si on peut excuser les intentions des missionnaires^ on ne peut çn pallier les fâcheux résultats, que nous aurons à mentionner plus loin, dans Tesprit de la population, £n se tivrftpt à des échanges ils ne pouvaient échap^ per au reproche de faire une sgrte de commerce, et comme il n'y a point de limites posées aux entreprises commerciales, ils pouvaient arriver un jour à une position déplorable, celle d'avoir des intérêts opposés j^ ceux de la population. Les hommes qui , sous l'impulsion d'un esprit religieux, entreprennent la pénible tâche de convertir les peuples sauvages , doivent subir les conséquences de leur dévouement et rechercher d'autre compensation à leurs souffrances que dans le succès de leurs efforts de réforme* Us ne doivent jamais surtout, laisser planer le soupçon qu'ils peuvent retirer un avantage personnel de leur dévouement , sous peine de perdre la considération qui leur est due. A nos yeux, il n'est point d'alliance possible entre la robe du prêtre et les entreprises du commerçant.
Le projet des missionnaires fut soumis sur-le^
m?s8!raDSifô. champ à Pomaré II et à différents chefs influents ;
tous l'approuvèrent et Tembrassèrent avec enthou-
Adoption
HlftfORlQUE. BAI
fiiawie* Pornapé aurtout s'en occupa activeiprat , et bientôt il fut adopté; il ne restait plus qu'à le mettre à exécutiop. Le missionnaire Nott se rendit à Afaréi** tou pour prendre part aux délibérations et pour com** pléter le plan proposé. Le 93 avril 1818 , MM. Nott , Davies, Orsmond et EUis se réunirent dans la maison de la mission et conférèrent avec Pomaré II , sur les bases de cette nouvelle institution ; le jour suivant la délibération fut terminée^ et le 13 mai , jour anni*» yersaire de la fondation de la Société des missions de Londres, fut désigné pour constituer définitivement celle de Tdîti(l).
Un ou deux jours avant, Pomaré II se rendit à la R*""*«»^J""** cbapelled'Eiméo, et à la fin du service il s'adressaaux assistants pour leur recommander de venir le jeudi suivant entendre un sermon de M. Nott y après lequel il ferait aussi un petit discours : paraou iti pota. Cette recommandation excita la curiosité des indigènes , qui accoururent au jour désigné , au nombre de deux mille environ , pour entendre ce que Pomaré avait à leur dire (2). La réunion eut lieu en plein air près de Téglise de Papeotai, sous l'ombrage des arbres , à trois heures de Taprès-midi. Un échafaudage de quatre ou cinq pieds d'élévation, appuyé sur le Ironc d'un cocotier, servait de chaire au missionnaire Nott ; en face de lui se trouvait Pomaré II assis dans un fauteuil » ayant k sa droite Tati, chef de
(l)£lli8, Polyneêian researche$^ tome I, page 436, (2) Misiionary regiiter for ihe year 1820, page 311. Lettre dea i d|l 18 Biai 1S19.
Papara, et à sa gauche Oupàparou, chef pourvu d'une dignité de récente création, celle de secrétaire du gouvernement ; autour d'eux , les parents de Pomaré, les divers chefs d'Eiméo, ceux de Taiti , et enfin la population entière de TUe » se pressaient comme à une fôte.
depîïïîrtii. Après un service religieux de courte durée, le missionnaire Nott prononça un discours adapté à la circonstance. Pomaré se leva ensuite } il s'adressa à la multitude pour développer les bienfaits du christianisme et les avantages que les Taïtiens en retiraieqt. Il termina par la proposition d'imiter l'exemple des peuplades de l'Afrique , qui , n'ayant pas d'argent à donner pour coopérer à l'œuvre des missions, offrirent leurs troupeaux ou des portions des produits de leur travail. « Donnons aussi, s'écria-*t- » il, les productions de nos. îles, des cochons, de 1 l'arrow-root, de l'huile de coco ; maisquece don soit » volontaire et qu'il ait lieu sans contrainte aucune. » Que ceux qui désirent que la parole de Dieu » croisse dans les champs où elle a été semée, et » qu'elle soit portée dans les pays aussi malheu- » reux que le nôtre l'était naguère; que ceux-là » viennent apporter une libre et généreuse con- » tribution ; mais que ceux qui ne connaissent pas » encore l'influence du christianisme, qui sont in- » sensibles à ses avantages , ou qui hésitent de se » joindre à nous, que ces hommes s'abstiennent; » que leur conduite ne soit pas un sujet de répro*
> bâtion, et que les chefs ne leur soient pas hostiles (1)».
Nous avons mentionné cette partie du discours de Pomaré, tel qu'il est rapporté par le missionnaire Ellis, car elle fait preuve d'une grande modération et d'une grande tolérance. Mais si on doit des éloges aux sentiments qui y sont exprimés , cette approbation est loin de justifier la mesure en elle-même. Avant qu'un peuple sauvage ait atteint un degré sufsuffisant de civilisation, pour ne pas céder aveuglément à la contagion de Texemple, une pareille proposition émanée des missionnaires, appuyée par le chef suprême , et , à son instigation , par les chefs ses subordonnés, devait être adoptée avec l'ardeur que les peuples à l'état de nature mettent dans leurs entreprises, sans trop réfléchir aux conséquences de leurs actions ; mais elle ne devait avoir non plus que la consistance d'une œuvre produite par un engouement passager, et son résultat le plus certain devait être désavantageux non-seulement aux ministres du nouveau culte, mais encore à la religion eli^méme.
A la suite des paroles prononcées par Pomaré , d^JUJ^Joi-îy^ deux ou trois mille mains se levèrent spontanément d^iuîlJns. en signe d'assentiment. Les règlements de la Société ms. furent lus et approuvés sur-le-champ ; la séance se termina par la nomination d'un secrétaire et d'un trésorier de la Société, chargés d'inscrire les noms
(f ) Ellis, PolfMiian ruearch^, tome I , page 440.
584 E«Qiiisa«
408 sou8cpipt6QPfl et de reoeveir leurs dons. L'assemblée se retira sous l'impression d'un vif enthousiasme f au moment où le$ ombres du soir succédaient au court crépuscule qui , dans ces climats , précède plutôt qu'il ne suit l'irnmersion du soleil dans la mer.
L'impulsion imprimée à Taïti et à Eiméo fut promptement siuivie par les autres lies* Mahine et divers autres chefs avaient assisté à l'assemblée de Papéotaî ; ils se soumirent au^ mêmes obligations* Le 6 octobre 1818, une première réunion eut lieu à Ouahine ; une société auxiliaire se forma sur-le^ champ, et cette institution se propagea de proche en proche. Chaque souscripteur s'engageant à livrer un cochon, cinq bambous d'huile, trois ballots ^ d'arrow-root ou quatre paniers de coton , était considéré comme membre de la Société ; oh Feoevait les dons d'une valeur inférieure, mais ils ne constituaient pas de droit au titre de sociétaire. Enroi Dès Taunéo 1813, les missionnaires s'étaient oc-
des contribations » j i ^ .• ji x«* • -i p *
de la Société oupes da la construction d un petit navire; il fut terminé en 1817 , et mis à l'eau au mois de décembre; ce petit navire fut appelé le Haweys^ pour consacrer le nom du promoteur de l'envoi de la mission des mers du Sud, II servit d'abord à transporter les uouve^ux missionnaires dans diverses lies du groupe; en 1818, il fut expédié pour les Nouvelles-Galles du Sud, chargé des produits de la contribution de la Société auxiliaire formée à Taîti , et de divers objets appartenant aux chefs, surtout à
auxiliaire.
Pomaré , dans le but de les vendre sur les marchés anglais.
L'année 1818 avait vu la formation d'une société Désir dw chefs* auxiliaire des missions ; Tannée suivante devait ap* porter des institutions encore plus importantes. Dès l'introduction du christianisme, dit M. Ellis, les chefs furent les premiers & s'apercevoir que la constitution de la société ancienne n'était plus compatible avec l'esprit et les préceptes de l'Évangile , et désirèrent de substituer aux anciennes pratiques, des mesures plus en harmonie avec les nouvelles idées dont la société était imbue (i).
Pomaré demanda des conseils aux missionnaires, peu de temps après le grand changement survenu en 1815, et ceux-ci lui conseillèrent d'appeler en conseil les principaux chefs de l'Ile , et de délibérer avec eux sur les moyens les plus convenables à adopter. Pomaré se refusa d'abord à convoquer une pareille assemblée, soit qu'il se souvînt de la fin tumultueuse et ordinairement sans résultat des anciennes assemblées des chefs, soit qu'il ne voulût souffrir aucun empiétement sur le pouvoir dont il avait été revêtu jusque-là.
Les missionnaires , dans une lettre écrite en com- Pro^ition mun dans Tannée 1819, racontent les événements de la manière suivante : < Au milieu de tant de sujets » de satisfaction, il existe, dans la situation politi- 9 que de ces lies, aussi bien que dans la situation
(f ) EUto , Poîynêsian risêarches , tome II , page 884).
mi ssiuii mires.
> particulière des missionnaires, des circonstances » qui ont été des sources d'ennui et d'anxiété pour » eux; non-seulement les habitudes sociales et les » coutumes de ces insulaires , mais toutes leurs in- » stitutions civiles dérivaient des rites superstitieux
> de l'ancien culte, de sorte que lorsque le christia- » nisme fut établi , leur système politique subit un » dérangement total; ce changement affecta plus » ou moins chaque usage de la population , et s'éten- » dit à toutes les règles qui présidaient à la vie parti- » culière ou publique des individus. Les mission- » naires se sont alors trouvés placés dans une position » délicate et difficile; ils considéraient comme leur 9 devoir de s'abstenir de toute intervention directe » dans les débats politiques de la population. Ge- » pendant , comme on s'adressait à eux de tous côtés » pour demander des conseils et même une direc- » tion , non-seulement dans ce qui concernait la » religion , mais aussi pour toutes les affaires poli- » tiques et civiles, ils résolurent de suivre la ligne de » conduite qu'ils avaient adoptée jusque-là , et in- » formèrent Pomaré II et les chefs que leur but, » en résidant à Taiti , était uniquement de se con- » sacrer à la prédication de TÉvangile, et qu'ils » devaient décliner toute proposition de s'interposer » dans les affaires du gouvernement, mais que néan- » moins ils étaient toujours prêts à donner des con- » seils lorsqu'on leur en demanderait. Aussitôt une f correspondance s'établit sur ce sujet entre Pomaré » et les missionnaires ; ceux-ci lui proposèrent de
» convoquer une assemblée générale des chefs de » rUe, et de décider, avec leur assistance, quelles » seraient les meilleures lois à adopter pour le bien » de l'État, pour la stabilité du gouvernement et w le bien-être de la population. En faisant cette » proposition, ils offrirent de nouveau de donner » leur avis sur les points où on appellerait leur atten- » tien , et sur lesquels leur connaissance des écri- » tures saintes, des lois anglaises et de la constitu- » tion des autres nations civilisées pourrait être de > quelque utilité (1). »
Cette proposition ne fut agréable en aucune façon RéDognance à Pomaré II , qui , habitué à l'exercice d'un pouvoir ^'^ arbitraire, ne se souciait pas de hasarder les prérogatives de son autorité dans une convention avec les chefs; dans sa réponse aux missionnaires, il témoigna cependant le désir de recevoir toutes les informations qu'ils pourraient lui procurer, sur les améliorations réglementaires projetées , et sa conduite vis-à-vis d'eux ne fut ni moins cordiale ni inoins amicale , depuis qu'ils lui avaient fait cette proposition intempestive.
Si l'on consulte M. Moerenhout, on trouve qu'a- ^^ *^**iituon \ec la destruction de l'ancienne religion, l'empire des chefs, le gouvernement dans ses différentes branches , comme dans son ensemble , l'ordre des classes, les règlements de la société, des familles, tout s'écroulait en même temps. Le peuple perdu,
(1) Aliêtianary rtgiiter for ihe year 1819, page 382.
étourdi^ eourait bien aux églises, aux écoles f mais désormais sans règle de conduite i dans son trouble, il fit pendant quelque temps tout ce qu'on lui disait de faire, sans plan , sans but, comme par égarement , et ignorant en effet ce qu*oti voulait de lui. Revenu de cet état d'enivrement moral, il dut tomber dans un autre qui fut comme le moment de la crise ; rendu graduellement à lui-même , sortant en quelque sorte d'un songe , la première chose qui rétonna fut de reconnaître que les chefs n'étaient que des hommes , et que tout ce qui jusqu'alors lui avait inspiré crainte et respect, était sinon méprisable, du moins indifférent et nullement sacré. Cette découverte fut la cause première d'un premier désordre; et pour la première fois dans ces iles^ des homines du peuple osèrent, en regardait en face leurs chefs, prendre bientôt avec eux un ton qui n'indiquait rieo moins que de la condescendance. Quand ces derniers voulurent soutenir les missionnaires et la nouvelle religion, et réprimer la conduite des indigènes, ils trouvèrent une opposition à laquelle ils ne s'étaient point attendus, et s'aperçurent à leur tour que leur autorité était détruite. Comme les mission* nairesi les chefs politiques sentirent la nécessité de prendre des mesures capables de prévenir le mal et d'en arrêter les progrès ; mais la diiQculté était dans l'établissement ou plutôt dans le choix de ces nouvelles institutions; n'ayant pas la moindre idée d'une constitution ou de lois écrites, ils durent avoir recours aux missionnaires, qui| par-là , devinrent les
législateurs de FArchipel et établirent des lois ibndamentales qui devaient désormais régir ce peuple # et décider de son malheur ou de sa félicité. Le tout était simple pourtant, et aurait pu convenir si les administrateurs n'avaient fait des règlements que sur des crimes et des actions punissables; mais ils en flrent aussi contre le moindre désordre, et contre le tatouage , contre la danse et autres exercices ou plaisirs anciens, contre le tort de ne s'être pas rendu au service divin le dimanche, contre la non observation du jour du sabbat, etc. (1).
Ce qui précède indique le mouvement opéré dans les idées de la population , et laisse présumer qu'au milieu de l'état de paix qui avait succédé aux troubles de l'ancien régime, il existait cependant des causes de division et peut-être même des conflits d'autorité, entre les ditTérents chefs de l'ile et Pomare II. Â la faveur de la nouvelle religion, Tariirahi avait acquis une autorité incontestée sur tous les chefs de nie, qui, accoutumés depuis longues années à une vie turbulente et indisciplinée, de- Taient souvent se sentir froissés par la domination absolue et souvent despotique de Pomaré, qui avait déjà pris à cette époque le titre de roi^ titre pompeux accordé par les missionnaires et par les navigateurs au chef à peine reconnu d'une peuplade à demi civilisée. Divers documents, trop longs pour être transcrits ici , confirment cette idée.
(1) Moerenhoat, Foyage aux iU$ du gnmd Océam^ tome II, page4S0.
do projet &tm
codedetoû fparPMurélL
600 ESQcisse
miâ^n Quoique les recommandations des misdonnaires au sujet d'une convocation des chefs de Ttle eussent iiît. été mal reçues de Pomaréau principe , il revint bien* tôt à d'autres sentiments; dans une lettre qu'il écrivit le 3 octobre 1818 au docteur Hav?eis , après avoir mentionné la formation d'une société pour amasser divers produits , dont la valeur devait être envoyée à la Société des missions de Londres pour la propagation de l'Évangile, il dit : < Les chefs » de Taîti ont été faits gouverneurs; nous avons un » secrétaire et un trésorier , et quand nous aurons f atteint l'ordre qui règne chez vous, tout ira bien, f Au mois de mai prochain , toute la population s'as* » semblera à Pari pour assister à l'établissement B d'un code de lois (i). » Ce premier code de lois fut préparé par Pomaré et un petit nombre de chefs, sous la direction des missionnaires, et particulièrement de M. Nott , qui en avait presque entièrement donné le plan. Ce code était très-bref, et ne contenait que dix-neuf articles : c II n'était peut-être pas dans son » ensemble , dit M. Ellis , tel que les missionnaires » l'auraient désiré ; mais il était peut-être mieux » adapté au peu de lumières que le peuple possédait » à cette époque et aux dispositions particulières de » Pomaré. Excessivement jaloux de ses droits et de » ses prérogatives, il ne voulait pas que les chefs de » rile pussent exercer le moindre contrôle sur ses » actes, ou participer à son pouvoir; sa volonté de-
(1) MUêiomry regisUr for the year 1820, page 86.
» vait continuer à faire loi dans tous les sujets dont » le code ne faisait pas mention , et quant à la rede- » vance que le peuple élait tenu de lui payer, il ne » voulut admettre aucune autre règle que ses be- 9 soins, et ne voulut donner d'autres limites à ce » tribut que son bon plaisir. Les missionnaires » auraient préféré rétablissement d'une division du » pouvoir dans le gouvernement , comme la base des » relations qui devaient exister entre les chefs et » le roi, ainsi qu'une fixation légale de l'impôt » prélevé au nom du chef suprême, afin que le reste » des produits du sol fût assuré aux cultivateurs ; » mais après avoir recommandé ces points à l'at- B tention des législateurs, ils ne pensèrent pas B qu'il fût de leur devoir de désapprouver le code, » malgré son imperfection (1). »
Ce premier code de Taiti, document à peu près Aniiyse inconnu en Europe, est analysé, dans lùMissionary "'d^Tàîu. registerj de la manière suivante :
Introduction. — Pomaré, par la grâce de Dieu y rai de Tmti^ de Mouréa et des terres environnant les , etc. , etc. A tous ses fidèles sujets , au nom du vrai Dieu , ja/til.
Dieu , dans sa miséricorde , ayant envoyé sa parole parmi nous, nous avons cru à cette parole, afin d^ètre sauvés, et nous désirons de suivre les commandements que Dieu nous a donnes; c'est pourquoi , afin que notre conduite soit semblable à celle de
(1 ) EUk , Poljfnsiian retearchiSj tome 11 , page 383.
ceux qui aiment Dieu , nous faisons connailrclcs lois suivantes deTaili.
Les dix-neuf articles du code portaient les titres suivants :
V Du meurtre ; S"" du vol ; 3* des déprédations commises par les cochons; 4* des objets volés; 5"* des objets perdus; 6"* de l'achat et de la vente des objets; 7'' de l'inobservance du jour du sabbat; S'^de Texcitation à la guerre ; 9* des hommes ayant deux femmes; 10'' des femmes abandonnées avant l'introduction de l'évangile ; 11'' de l'adultère; 12* des femmes ou des maris délaissés ; 13* au sujet de Fobli* gation de fournir des vivres à sa femme ; 14^* du mariage ; 15'' au sujet des faux rapports ; 16'' des juges; IT^'de la forme des jugements^ 18* des cours de justice ; 19* des lois en général. L'article 16 contenait les noms des juges institués par Pomaré, au nombre de quatre cents. Les articles 18 et 19 prescrivaient que des cours de justice seraient établies autour de Taiti et d'ËiméOy et qu'elles seraient uniquement chargées de la dispensation de la justice y qu'une copie imprimée des lois serait affichée dans chacune de ces maisons de justice , et que les chefs de districts seraient préposés au maintien de leurs prescriptions. Le meurtre était puni de la peine de mort.
Les trois extraits suivants donnent une idée de
l'esprit général du code.
Art. «da code A.rt. 6. De tùchai et de la vente des objets. Si une
personne achète un objet, on doit la laisser réfléchir
avant qu'elle échange sa propriété contre celle
deTaVti.
d'un autre. Si l'échange est conclu , et qu'elle ait emporté l'objet échangé , mais que peu de temps après elle désire rompre l'échange, son désir ne sera pas accueilli, à moins que l'autre partie contractante n'y consente. Si on trouve quelque défaut dans l'objet qui n'ait pas été vu au moment de l'échange , il ne pourra pas être rendu. Si quelqu'un opère un échange au nom d'un malade , le malade aura la fa« culté de voir l'objet reçu en échange, et s'il ne l'a* grée point , il pourra le rendre; personne ne doit déprécier la propriété d'autrui ; ceux qui vendent ou achètent doivent opérer sans l'intervention des personnes qui n'ont aucun intérêt dans la matière.
Art. 7. De t inobservance du jour du sabbai. C'est Art.7duçode un grand péché aux yevlk de Dieu de travailler le jour du sabbat; il faut faire ce que la parole de Dieu prescrit, et s'abstenir de ce qu'elle défend. Aucun travail de construction, aucune culture de terres, aucune occupation ne doit être entreprise le jour du sabbat , et personne ne doit entreprendre de iongaes courses. Si quelqu'un désire entendre la prédication d'un missionnaire, il pourra y aller, quoique ce soit à une grande distance; mais il ne faut pas que le prétexte d'aller entendre la parole de Dieu soit une excuse pour satisfiiire à d'autres int^ fête; ceci ne doit pas être, ce serait mal. Que ceux qui désirent entendre les missionnaires prêcher le jour du sabbat, se rapprochent de leur résidence le samadi , car ceci est bien. Les délinquants seront ré- |»iBiandé8 à la première infraction , mais s'ils s'obs-
de TaTU.
tinent et persistent , ils seront condamnés à tra«vailler pour le roi ; les juges indiqueront le travail à faire.
^Ve aîiiiu^* Art. 15. Au sujet des faux rapports. Si quelqu'un fait des faux rapports sur le compte d'autrui, et qu'il porte une accusation de meurtre, de blasphème , de vol ou de toute autre action coupable , cette personne commet un grand péché. La punition de ceux qui agissent ainsi sera de faire un sentier de quatre milles de long et de quatre yards de largeur; ils devront enlever toute Therbe , etc. , et en faire un bon sentier. Si quelqu'un fait un faux rapport moins injurieux que le blasphème , etc., il sera condamné à faire un sentier de un à deux milles de longueur et de quatre yafds de largeur. Si un faux rapport est sans importance, il n'y aura point de punition infligée. Quand les sentiers seront faits , les propriétaires des terrains sur lesquels ils passent seront obligés de les entretenir. Ces sentiers devront être hauts dans le milieu, afin que Teau, dans les temps pluvieux , tombe de chaque côté. Si les parents du condamné veulent l'aider dans ce travail, ils en auront la faculté. Les chefs du lieu où le condamné doit accomplir ce travail pourvoiront à sa subsistance. 11 ne doit pas être maltraité , et on ne doit pis le forcer de travailler sans relâche du matin au s;>*r ; mais quand il sera fatigué , il pourra cesser pour recommencer le lendemain , et quand il aura fini le travail auquel il a été condamné, sa punition sera accomplie. Les juges devront faire connaître aux
faux rapporteurs la punition qu'ils auront encourue (!)•
Des modifications de ces lois seront, continue le rédacteur du Missionary register^ continuellement nécessaires, pour les mettre en harmonie avec rétat de la société à laquelle elles doivent s'appliquer. L'intelligence des missionnaires sera, sans doute , appelée à participée* à ces changements, de la rôème manière (|u*eltc a déjà été employée à édifier la charpente de ce premier code.
Aussitôt après la constitution de la Société auxi- ^"JJ^JJ"* lîaîre des missions en 1818 , Pomaré avait conçu le ^de'C^lJjs^on* projet de faire élever à Papaoa , dans le district de ,i m^isiy. Pari , un grand bâtiment destiné au culte et en même temps à la réunion annuelle des souscripteurs de I*œuvre. On mit tant d'activité dans les travaux qu'au commencement de Tannée 1819 , cet édifice, auquel les missionnaires imposèrent le nom pompeux de chapelle royale de la Mission (2), était sur le point d'être terminé. On fixa son ouverture au mois de mai, à l'époque anniversaire de la constitution de la Société auxiliaire, et en même temps il fut décidé qu'on profiterait de la réunion de la population sur ce point, pour promulguer le code. Le lundi lOmai 1819, une réunion préparatoire de la Société auxiliaire des missions eut lieu. Pomaré ouvrit la liste des contributions en souscrivant pour huit cochons; il inscrivit ensuite les noms du principal gouverneur
(I) Missionary registsr for the ysar 1822, pages 531 et 53?. (?) Foir plus haut a la pa?c ?6I .
de l'tle , de son secrétaire et du trésorier ; il invita ensuite les missionnaires à apposer leurs noms et leurs souscriptions, et enfin, il remit la liste aux principaux chefs présents; en même temps 'on décida que le règlement dressé par M. Nott pour la Société, serait imprimé et affiché dans tous les édifices destinés au culte (1). Le lendemain, la chapelle royale fut ouverte a la foule accourue de toutes parts, pour assister aux solennités qui se préparaient. Les campements de la multitude , dit M. Ellis , s'étendaient sur les bords de la mer, des deux côtés de la chapelle, à une distance de quatre milles. Dans cette occasion > trois sermons différents furent prêches à la fois, à trois portions distinctes de rassemblée réunie dans cet immense temple ; autour de chacune des trois chaires occupées par MM. Platt, Dar^ ling et Grook, se pressaient plus de deux mille
(1) LeToici traduit littéralement :
l^lAL Société pre&d le nom de Société auxiliaire pour la profMigation de l^ÉTangile ; littéralement : pow faire fructifier la parole de Dieu ;
2o L'objet et le but de la Société sont de rassembler des denrées pour les euToyer k la Société des missionnaires de Londres , afin de Taider à expédier de nouveaux missionnaires aux terres lointaines, à Tefiét d'y enseigner la parole de Dieu ;
3^ La Société nomme des officiers , ceux-ci comprennent son président Pomaré , roi de Taiti,et]es gouverneurs. Chaque officier devra prendre le nom des souscripteurs et la quotité de la contribution ;
40 Pour être souscripteur, il faudra payer par an :
Un bambou d'huile de coco ( en 1 8!?3 la contribution a été fixée à 5 bambous) ; quatre paniers de coton ; trois balles de fécule d'arrow-root , ou un cochon. ( On ne peut être membre de la So-
HistoniQUE. 607
auditears , dont le nombre total » réuni dans la même enceinte, pouvait s'élever à sept mille individus; malgré ce nombre considérable , il existait encore des espaces libres qui séparaient les trois auditoires entre eux. D'après les missionnaires , la distance des chaires entre elles, était suffisante pour empêcher la confusion qui pouvait suivre les discours des trois orateurs, prêchant sous le même toit ; pour tout individu placé au-dessus de la foule, et poudrant embrasser Tensemble du coup d' œil, la vue des trois chaires et de leurs prédicateurs , la variété des formes et des couleurs des vêtements de cette immense réunion , devaient offrir un spectacle imposant et digne d'intérêt (1).
Pomaré était vêtu d'une chemise blanche , pardessus laquelle il portait un tipouta, vêtement national orné de franges ; une natte ornée de diverses
ÔM qn*a& payant cette contribution. Toat membre est libre de oontriboer k ion choix en telle ou telle denrée ) ;
5* LeionBcriptenr est libre de porter sa contribution, ou k Taseemblée générale du mois de mai « ou k toute autre époque comjDode au gouTemenr du district, qui la recerra et marquera an nom du souscripteur le montant de la souscription ;
6* Une assemblée générale sera tenue chaque année dans la cbapelle du roi , a Pari ; à cette occasion , les missionnaires prêcheront à la fin du serrice. Une réunion des membres s^assemblera pour les affaires de la Société , après quoi chacun retournera chex lui ;
7* Une copie de ces statuts sera imprimée et placée dans les lieux d'adoration pour que chacun puisse être instruit du but de la Société. — tesson , Foyagt auttmr au mondt 9wr la eartêUe la CoptiUê , tome I, page 436.
(1) EUia , Polynêêian retearehes , tome O, page 104.
couleurs ceignait ses reins et complétait son costume. Il occupait la partie orientale de l'édifice, qui, d'après les usages du pays, était considérée comme la place d'honneur. Les femmes de sa famille , celles des chefs étaient revêtues des plus beaux vêtements du pays , et portaient aussi quelques ornements de fabrique anglaise. L'ordre le plus parfait ne cessa de régner dans cette réunion , quoiqu'on eût l'appréhension de voir éclater des troubles ; Pomaré avait été informé que certains individus avaient comploté de venir tirer des coups de fusil sur l'assemblée, par les fenêtres de la chapelle; il avait, par mesure de précaution , placé à chacune de ces ouvertures deux ou trois individus, qui devaient surveiller l'extérieur ; mais la cérémonie se termina sans la moindre manifestation hostile.
Promulgation Le jcudi 13 mai 1819, la foule se pressa de nou-
d'on code de lois. . iii i«ii«.
veau dans 1 enceinte de la chapelle royale de la Mission, pour assister à la promulgation du codedeTaiti; à midi, Pomaré, les chefs de l'ile, et les missionnaires, occupèrent leurs places réservées ; aussitôt Pomaré II désigna le missionnaire Grook, et le pria d'ouvrir la séance par une prière et par la lecture d' une portion des écritures saintes; il monta ensuite luimême en chaire, et regarda pendant quelques instants la foule de ses sujets répandus au-dessous de lui ; puis s'adressant à Tati , le chef pieux de la partie méridionale de l'ile, il dit u Tati, quel est votre désir; que puis- » je faire pour vous? » — Tati, qui était assis presque en face de la chaire , se leva et répondit : «Ce que nous
13 mai 1819.
» désirons se trouve dans les papiers que vous tenez » dans votre main ; donnez-nous des lois , afin que » nous puissions les tenir dans nos mains, les res- » pecter et faire notre devoir. » Pomaré II s'adressa alors à Outami y le chef des Oropaas, et lui demanda d'un ton affectueux : < Outami, quel est votre dé- » sir? » Outami répliqua : cTati a exprimé la seule » chose que nous désirions tous, les lois que vous » tenez dans votre main. » Pomaré fit des questions i peu près semblables à Arahou , chefd'Eiméo, et à Ve-Ye, chef de Tairabou, el il reçut les mêmes réponses ; aussitôt il commença à lire et à commenter les différentes lois du code; après la lecture et Texplication de chacun des articles , il demandait aux chefs s'ils l'approuvaient; ils répondirent à chaque fois : < Nous approuvons de grand cœur. » Pomaré II réclama aussi l'approbation du peuple, qui leva instantanément la main droite en signe de consentement; ce mouvement unanime produisit un frémissement général dans l'assemblée, levant à la* fois des milliers de bras. Quand Pomaré arriva à l'article relatif à l'excitation à la guerre et à la rébellion , il parut disposé à passer outre; cependant, après un moment d'hésitation, il continua. Tati ne se contenta pas d'exprimer son assentiment comme on l'avait fait jusque-là , mais , s'adressant avec chaleur aux gens de son district, il leur demanda de lever une seconde fois la main et même les deux mains, pour témoigner de leur approbation, et il leur donna l'exemple; tous les
des missions* 14 mai 1819.
610 ESQUISftK
articles du code furent ainsi votés et approuvés. Le missionnaire Henry termina la séance par une courte prière et la bénédiction. Pomaré entreprit aussitôt après de faire, de sa propre main, une copie du code pour le livrer à l'impression , et écrivit une circulaire à tous les chefs désignés désormais sous le titre de gouverneurs, au sujet de l'utilité de l'éducation et des avantages qui résultaient pour les enfants de fréquenter les.écoles (1).
Séance Dabiiqua ^^ lendemain « la population se réunit de nott- ^^lùim^re^ ^eau pour assister à la séance publique et annuelle de la Société auxiliaire des missions, présidée par Pomaré II; le missionnaire Bicknell ouvrit la séance par une prière adaptée à la circonstance ; le missionnaire Nott , prenant ensuite la parole , proposa au chef Tati et à rassemblée de remercier Po*maré de sa protection royale comme président de la Société , et de le prier de s'asseoir sur le siège de la présidence. Outami se leva sur-le-champ et appuya la proposition. Tati, s'adressant à l'assemblée, mit cette motion aux voix ; elle fut unanimement approuvée. Pomaré ayant pris le fauteuil de la présidence, prononça un discours pour exhorter le peuple à rester attaché à l'œuvre des missions , et tous les auditeurs témoignèrent leur assentiment en levant les mains.
Le missionnaire Darling fit ensuite la motion suivante : « Que le trésorier de la Société auxiliaire de
(i) MiuUmary regMer fut ik9 f aor 182Q, page S14.
HlgTORIQUE. 6ii
9 Taiti confierait les produite de la contribution au » capitaine du premier navire convenable, qui reU* » cherait dans les ports de Tlle , afin de les envoyer » sur le marché le plus avantageux à leur vente ; en » outre , que le secrétaire écrirait une lettre au révé- » rend G. Burdett, secrétaire de la Société des mis» » aions de Londres , pour lui annoncer que le net » produit de la vente de la contribution des Taïtiens » devra être remis au trésorier de la même Société de » Londres. » Après divers votes de remerciemente adressés k divers membres de la Société» Pomaré leva la séance et fut diner chez les missionnaires ; il leur recommanda de publier en Angleterre sa conduite dans rétablissement d'une Société auxiliaire des missions, et aussi de faire connaître qu'il avait choisi Tlle Palmerston pour en faire un lieu de déportation pour les condamnés de Taîlit afin qu'aucun navire ne vint les enlever de cette tle (1).
Le mois de mai 1819 devait voir une nouvelle so- iBaptém«
1 ', • •»»«•<«•#» de Poniart IL
lenniiè; le baptême de Pomaré, qui avait été difleré d année en année, eut enfin lieu le dimanche 46 mai 1819. Depuis sa conversion , malgré la ferveur chrétienne qu'il déployait , Pomaré ne donnait pas l'exemple d'une conduite exemplaire ; outre son penchant avoué pour les liqueurs fortes, il continuait de vivre avec deux femmes, au moment où il proscrivait la polygamie. Sa femme légitime, nommée Terrhmoï'mdi (2) , fille du chef de Raiatea, était
(1) MUiionary register for the year 1820 , page 314.
(2) Bcechey, Narrative of a voyage to tkê PaeifUy pag* 203.
16 nui 1119.
6i3 ESQUISSE
presque délaissée, tandis que sa sœur, Pomaré Wahine, mieux partagée, avait donné naissance, comme on Ta déjà vu , à une jeune fille du nom d'Aîmata. Cependant Pomaré, paraissant vouloir s'amender, et ayant exprimé un vif désir de recevoir le baptême , en prenant l'engagement de suivre désormais une autre ligne de conduite et d'éloigner de lui toute apparence de mal, les missionnaires accédèrent à ses instances. L'assemblée ne fut pas aussi nombreuse ce jour-là que les jours précédents , cependant elle se composait encore de quatre ou cinq mille individus ; trois sermons furent encore prêches dans cette circonstance en même temps; quand ils furent terminés, les missionnaires se réunirent autour de Pomaré. M. Bicknell accomplit la cérémonie en versant l'eau baptismale sur la tête de l'arii-rahi ; aussitôt après , Pomaré prit affectueusement la main des missionnaires, qui , d'après ses désirs , s'étaient placés à sa droite et à sa gauche , puis il se retira dans son campement (i). Sociétés anxiiiai- Daus les événements qui viennent d'être décrits,
res des Missioiu . -, • , # « i « i
(hîîhliTe * ^^ ^^** esprit de reforme marcher à grands pas , et iiaïatea. ]a trausformation des usages s'opérer comme par enchantement; mais en même temps on acquiert la conviction que la rapidité de cette transmutation devançait l'intelligence des naturels. L'influence de Pomaré, celle des chefs, entraînaient la population entière dans une voie nouvelle, mais il y avait
(i) MUiianary regUter farthe year 1820, page 315.
tout lieu de craindre que cet élan une fois arrêté , il n'advtnt ce qui est arrivé en effet , c'est-à-dire que les principes inculqués aux indigènes, loin d'avoir fait naître d'une profonde conviction , n'eussent été adoptés uniquement que par esprit d'imitation. Le mouYcment religieux qui se manifesta sur Taîti se propagea immédiatement dans les lies nord^uest. Des sociétés auxiliaires s'établirent partout. Celle d'Ouahine se réunit le 18 mai 1810 sous la présidence du chef Mahine; l'assemblée contenait plusieurs chefs des lies voisines, entre autres , Tapa, chef de Raiatea ; on y remarquait aussi Tana, Aouna, Totoro et Tamairia. Le produit général des contributions de cette société fut dans cette année de 3,985 ohemorij bambous d'huile, 98 bouaa^ cochons, et 95 balles de taamm pia, arrow-root. A la même époque, on ouvrit sur Taha une nouvelle chapelle; déjà cette lie possédait un temple presque entièrement achevé dans le district dePaieoj le plus grand et le plus populeux del'tle. ARaîatea, la mission auxiliaire comptait ao nombre de ses membres le chef Tapa , connu précédemment sous le nom de Tamatoa; Pouma, homme d'une haute considération ; Touahine,Uoto, guerrier renommé, Wawer et Paoumona- (1).
Les missionnaires pensaient que lorsque le temps AWndoo des ira
. , . , ▼•uidoM.GiIef.
aurait consacre les mesures prescrites par les nou* velles lois , et que les indigènes auraient acquis une instruction plus uniforme, il n'y aurait plus à désirer
(1) MiêtUmarf r$giiî$r for ihe yeor 1820, pagw 317 et Zt9.
H mai 1819.
pour eux qu'une extensioa des moyeus d'industrie, afin querindolencenatureliedes insulaires des mers du sud ne les replongeât pas dans la barbape d'où ils venaient de sorlir. Cependant, malgré leurs efforts vers ce but, ils eurent le déplaisir de voir la rois* sion de M. Gyles rester infructueuse; ce cultivateur atteignit Taïti au mois d'août 1818; peu de temps après, il se fixa à Eiméo» où il commença à dresser un appareil pour la fabrication du sucre , et à clôturer une considérable étendue de terrain » dans la vallée ferlile placée à la tète de la magnifique baie Opounohou. Les événements qui retinrent Pomaré à Taiti pendant plusieurs mois, après l'arrivée^ de M. Gyles à Eiméo , retardèrent considérablement les progrès de cette entreprise. Ce cultivateur parvint, toutefois, à se procurer des cannes à sucre dans les districts adjacents, et à produire du sucre , en présence des indigènes, qui furent charmés de découvrir qu'un aliment aussi e»timé pouvait être obtenu aussi facilement du pro** duit spontané du sol. Cependant les dépenses faites par les directeurs de la Société de Londres , pour introduire celte branche d'industrie et de travail dans ces iles^ furent presque entièrement perdues* Au commencement de Tannée 1819, le capitaine de l' Indus 9 que des affaires commerciales avaient amené à Taiti, insinua à Pomaré que la mission de M. Gyles n'avait d'autre but que de faire l'expérience de la valeur des produits du soi , et que, si cet essai de fabrication de sucre réussissait, des Européens,
historique:. 615
possédant une grande influence et d'immenses ressources^ accompagnés d'une force armée, à laquelle il serait impossible de résister , détruiraient les habitants ou les réduiraient à Fescla^vage. Ces avertissements alarmants étaient confirmés par des exemples tirés de l'histoire des colonies anglaises, où M. Gyles avait éié employé. Ils firent une impression profonde sur Tesprit de Pomaré, qui était d'ailleurs extrêmement méfiant à l'égard des mesures ayant poar but d'aliéner la moindre portion du territoire, oo qui auraient pu amener l'établissement permanent de propriétaires étrangers. Pomaré s'abstint alors de donner à cette entreprise l'aide qu'on attendait de lui ; aussi , quoique le travail des indigènes fût payé i un prix trés-élevé , il était souvent impossible d'obtenir des ouvriers. Après la promulgation du code, en 1819, au moment où les missionnaires réunis allaient se séparer pour retourner dans leurs différentes stations, Pomaré les informa que, pour apaiser les bruits Acheax qui circulaient parmi les chefs et le peuple , il ne pouvait plus permettre de continuer la fabrication dii sucre que sur une petite échelle ; les misakmnaires furent tellement influencés par la cornmonication de Pomaré, qu'au lieu de combattre ses abjections, ils résolurent d'abandonner le projet mis à exécution à grands frais par la Société des missions; en conséquence , le 14 mai 1819 c pour satisfaire le roi et calmer les inquiétudes de la populatMMiy » dirent-ils, ils engagèrent M. Gyles à retourner
Travaux indiulrielf.
aux Nouvelles-Galles du Sudpar la première occasion. Cependant, la présence de M. Gyles ne fut pas entièrement infructueuse, car plusieurs missionnaires ayant assisté à ses travaux , continuèrent son œuvre dans les îles du groupe nord-ouest; M. Ellis fit élever un moulin à sucre , où tous les habitants vinrent faire presser leurs cannes et apprendre à fabriquer le sucre, qui, souvent, était d'une qualité supérieure. Âla même époque, des plantations de coton furent faites dans toutes ces lies; mais elles ne réussirent pas d*abord; plus tard, elles donnèrent de beaux produits, qui auraient pu devenir une source de richesse pour les habitants , s'ils n'avaient pas été désappointés en voyant le peu de valeur que les capitaines des navires marchands attachaient à leur petite récolte. Ils préférèrent nourrir des cochons et cultiver des légumes, qu'ils échangeaient plus facilement et avec plus de profit. Le capitaine du Haweis rapporta des iles Norfolk un certain nombre de plants de café qui furent répandus dans toutes les stations des missionnaires. Presque tous ces plants périrent , prol)ablement faute de soin; ils ne réussirent qu'à Ouahine, d'où ils se sont répandus depuis dans presque toutes les autres lies. Le tabac , introduit par le capitaine Cook, avait été cultivé depuis lors par les indigènes en petite quantité pour leur usage. Le missionnaire ITVilliams encouragea sa culture sur une grande échelle à Raîatea , où il montra en même temps aux indigènes à le préparer pour les Nouvelies^Gallesdu
sud; ce tabac était fort bon et promettait de devenir une branche lucrative de commerce, ouverte à l'industrie des habitants , lorsqu'un droit pesant fut imposé par le gouvernement anglais sur l'importation de cet article , afin de favoriser sa culture sur la Nouvelle-Hollande. Ce droit fit abandonner en grande partie les travaux des indigènes de Ralatea(l).
Le commerce de ces îles commençait cependant à prendre de l'extension , et le gouvernement anglais l'encouragea en faisant la remise des droits de douane sur le premier chargement envoyé dans les colonies de l'Australie : c'était un chargement d'huile de coco provenant de la souscription des indigènes pour venir en aide aux fonds de la Société des missions de Londres. Ces droits montaient à la somme de quatre cents livres sterling (10,000 fr.) , et leur abandon éleva le produit net versé dans la eusse de la Société, à la somme de 1 ,800 livres ster^ Kng ( 45,000 fr.) (2).
D'après M. Moerenhout, vers cette époque ^ des difficultés assez sérieuses s'élevèrent entre Pomaré et les chefs des iles occidentales du groupe, difficulté qui prenaient naissance dans les opérations commerciales, et qui, si Pomaré eût vécu , auraient ^^' amené non-seulement la guerre, mais encore l'exil de quelques-uns des missionnaires. Plusieurs bâ-
( I ) ElliB , Po/ynettan researchet^ tome I , pages 45 1 et 465. (1) MfiUiams, ji narrative ofmitsionary enierpriêes^ page 36.
Refoi des eheCi
des Iles
do groupe N.-O.
de s'associer
aux Tues
eoraramerciales
de Pomaré.
tiibents venaient saler de la chëir de cdt^hoh â Taïti , pour la transporter à Sidfaey où on avatit bdiistamment besoin d'approirlsionnemerits. M. Henry j fils d'Uh missionnaire de Taiti^ s'était litre â ke eommetbe\ il j intéressa Pomaré et acheta à WH- Jackson pour le compté de ce cher, lin bridk qui devait être payé en cochons salés, bès Tal^rivée de ce bâtiment, Pomaré envoya des ordres dans tes lies occidentales pour prévenir les chefs de livrer leur part de la cargaison , en leur promettant Un intérêt dans le bâtiment. Il s'attendait d'autant moins à un refus 9 que ces îles avaient payé jusqu'alors une espèce de tribut en cochons , en arrow-root ou eu huile de coco ; elles refusèrent cependant , et l'on appritbientôt que c'était de l'avis des missionnaires, qui| disait-on 9 avaient voulu rendre indépendants les chefs des îles qu'ils habitaient. A cet effet, ils les avaient invités à secouer le joug de Pomaré et à ne plus lui payer de tribut. Quand Pomaré apprit cette nouveÙe en 1821 , il paraît que son premier mot fut guerre !.... Il commença même, quoique indirectement , des préparatifs qui annonçaient qu'il voulait la pousser avec vigueur; et comme les menées des missionnaires des lies sujettes ne lui étaient pas inconnues, sanè nul doute, il en aurait tiré ven* gêance (1).
Le missionnaire Ellis mentionne ces faits de la msinière suivante :
(1) Hoerenhont , Fo^agB atks He9 du grand Océan , tohie II , f>a«e0 484et48S.
HISTORIQUE. 0i9
Au oolnitaenceineht de 1821 , le brick te Mà^ittaHe y iitubda refus. qui avail été acheté dans les Nouvelles-Galles du Sud pour le compte de Pomaré, arriva à Taiti; aussitôt après il envoya un messager dans les lies du groupe nord-ouest avec une touffe de niaxms y emblème de l'autorité souveraine ^ pour proposer aux chefs db prendre un intérêt dans la propriété de ce navire et de fournir une certaine quantité de produits indigènes y pour en effectuer le payement. Levea remplit sa mission sur Ouahine et passa ensuite sur Raiatea ; un ou deux jours après son arrivée, les mis^ sionnaires eurent connaissance des ordres qui avaient été donnés aux chefs, de ne disposer d'aucUn objet de commerce, ni de permettre à leurs subordonnés de faire des échanges avec les navires ou même avec les missionnaires , mais de réserver tous les produits du sol pour le chargement du bâtiment royal. MM. Barff et EUis , missionnaires résidant sur Ouahine , représentèrent Hnjustice qu'il } avaitde ne pas permettreaux indigènes de dispose^ librement des fruits de leur travail. Les chefs donnèrent aux missionnaires Tassurance que le principe de la liberté des échanges serait maintenu dans ces lies, quelle que fut d'ailleurs la règle imposée à la population de Taili. Ils observèrent aussi, que la résidence sur Taiti de Teriitaria, sœur de la fbiume de Pomaré II , la soumettait à T influence de ce chef, ce qui étaitsouvent une sourcede perplexités. Le 14 avril 1821 , le messager de Pomaré quitta Raiatea où Tamatoa , chef de cette lie et les chefs des lies envi-
ronnantesy avaient aussi refusé de recevoir les niaous et de s'associer aux spéculations commerciales de Pomaré. Ils avaient en même temps résolu de s'unir pour se procurer eux-mêmes un navire , afin de transporter leurs denrées à la colonie des Nouvelles- Galles du Sud , et ils envoyèrent une invitation aux chefs d'Ouahine de se joindre à eux dans cette en<treprise ; mais ceux-ci, après en avoir délibéré en assemblée générale , et quoiqu'ils fussent beaucoup plus inclinés à seconder les vues des chefs de Raîatea plutôt que celles de Pomaré, déclinèrent d'accepter aucune des deux offres pour le moment et envoyèrent des déclarations à ce sujet en réponse aux communications qui leur avaient été faites. Ils déléguèrent en même temps les chefs Aouna et Matapououpouou pour exprimer à Teriitaria le vœu de ses subordonnés, qui désiraient son retour parmi eux, ou , dans le cas contraire, qu'elle déléguât son autorité aux chefs d'Ouahine^ indépendamment de tout contrôle étranger. M. EUis accompagna ces envoyés, car on avait jugé, dit-il , sa présence utile à cette mission. Ces envoyés, qui parvinrent le 22 avril à Taïti , en demandant que Teriitaria revint résider sur leur ile, exprimèrent en même temps l'espoir que Pomaré approuverait leur démarche. Celui-ci leur répondit : Oua lia iaia oti ra tnay e taï aï , « c'est » accordé, mais attendezquele mois de mai soit passé » pour vous en aller, » en faisant allusion aux solennités qui aurait lieu à cette époque de l'année (1).
( 1 ) ËilU , Polynman ntearehes , tome II , pages 391 à 400.
HiSToniQUE. 62i
Pour la première fois depuis rétablissement du laoueM» christianisme , la division éclatait entre les différentes ^°'^*''^,^''^ lies de TArchipel; depuis i8i5, elles semblaient avoir subi , sinon la suprématie , du moins Tinfluence du gouvernement de Taîti. Tant que Taîli seule posséda des missionnaires, elle prédomina sur les autres lies de TArchipel , mais dès que celles-ci eurent atteint le môme niveau dans la réforme qui s'était opérée, elles aspirèrent à se rendre indépendantes et à se dégager]de Tinfluence qu'elles avaient subie jusque-là. L'intention manifestée par les chefs de constituer leurs Iles en autant de petits états distincts, ne nous paraît pas ici le fait de leur propre inspiration. Malgré les déclarations des missionnaires que nous avons enregistrées , leur intervention dans la politique de cette époque nous parait flagrante, et, d'après les termes et la démarche de M. Ellis, on doit leur attribuer la plus grande part de l'opposition apportée à la volonté de Poroaré II. D'ailleurs les bases sur lesquelles la mission était fondée devaient conduire à ce résultat. Les premiers missionnaires étaient constitués en une société dirigée par un président; mais à l'époque dont nous nous occupons, ils n'étaient plus astreints à une stricte dépendance et ils avaient individuellement une grande liberté d'action. Les travaux des missionnaires étaient bien plus l'œuvre des personnes que celle de la mission. Les missionnaire reconnurent eux-mêmes les inconvénients de ce système; ils sentirent, vers l'année 1820, au moment d'administrer lo bapt<^ine aux ntH)ph>tes,
quç leur^ actes devaiwt pvoir une grande Influence sur les convictions et sur la conduite , non-seulement (^çs indigènes qui les entouraient, mais peut-être afissi sur les générations futures; qu'il était nécessaire dç ppsef les b^se^ ^ur lesqneUçs, sous |e rapppr| ^e la discipline et ^e l'ordre , qq devrait édifier uqe église chrétienne dans ces )|çs , afiq d'^issurer s^ durée ; liases^qui devraient affecter les points les plus ifnpp|rt^nt§ ^e spn organisation* Dans çp but, ils c|)erchérent leu^s inspirations dans la parole de Pieu, 1^ pilule fqt leur guide. % Mais il était toutefois diffîè çile, ajoute M* EUis, que nous pussions nou^affran- » chir entièrement, des opinions que qou^ avions » puisées sur ce svfjet dans les écrits des homiqes (4). » Ep Angleterre, les missionnaires appartenaient à des branches dissidentes du culte , connues sous différentes dénqniinations, et, malgré leur accord de n'en prendre aucune pour modèle, il devait naturellen^ent résulter de leurs précédents une certaine division d'opînion , qui devait réagir sur les fractions de la population dont ils dirigeaient l'instruction. Cett§ grande latitude accordée à l'action individuelle des fnissionnaires, ^ laissé des traces dans presque toutes les institutions civiles de ce peuple, et particulièrement dans le texte des lois promulguées dans chacune des îles, à l'exemple de Taîti. Préparation Pendant lé séjour à Taiti des envoyés, Aouna et
du code ' .1. ,' •' '
d'ouahino. Ilatapououpouou , M. Ellis s occupa, dé concert (1) Ellin , PolynêHam rêi$areh$s, tome II , page 103.
qiSTOMQVE. USB
^veç M. Jioitf 4? Id préparation d'un code de lois pour rtle Ouabii^e. I|^ s'ocpupèrept, conjointement avec |in ou deui: phefs de pet^e lie, de réviser ce qu'il y avait 4e défectueux dans les codes de Taiti et deRaïatea , j(léj4 en vigueur. I^a connaissance que M. Mo^ avait dp caraptpre d^s indigènes, et ses remarques sur )(38 effets des lois promulguées par Pomaré à T^iti e^ ^ lEiméQ, rendaient sor) concours précieux; il ;fvait remarqué que les plus grands défauts qu'il avait ol)servés , pfoyenaippt de la latitude accordée aux fpagistrals, de punir les coupables au gré de leur volonté. Il en résultait que le môme délit subissait diOërentes punitions , selon les endroits où il avait été jugé et les magistrats qui avaient prononcé la sentence. Un autre inconvéuient important, provenait des mesures relatives au revenu du chef saprêipe et des chefs secondaires : sur ce sujet Pomaré avait refusé de tracer aucune règle, préférant demander des subsides selon Tétendue de ses besoins et de ses désirs, plutôt que de s'astreindre à recevojr une porlipp déterminée des produits du sol. Il en résultait que la propriété ne jouissait pas d'une entière sécurité , et qu'un cultivateur laborieux n'était pas sûr de recueillir les fruits de ses peines. Ce ^jce fondamental des lois se manifesta, surtout à l'époque où Pomaré, dans son anxiété de payer le navire acheté en son nom, multiplia les réquisitions pour obtenir un grand nombre de cochons et prohiba toute vente d'objets à d'autres qu'à lui; dans ce cas même f il ne donnait en retour des inarchés qu'il
concluait avec ses sujets, que des articles d'une valeur insignifiante. Pour obvier aux défauts de cette organisation, plusieurs nouvelles dispositions furent ajoutées aux lois préparées pour Tlle Ouahine; les pénalités à infliger furent annexées à la nomenclature des délits, et une taxe ressemblant à une sorte de capitation, indiqua dans quelle proportion des produits du sol chaque individu devait contribuer , pour alimenter les revenus du chef suprême ; le reste devant être une propriété inviolable. Le traitement des coupables, entre leur arrestation et leur jugement, fut aussi réglé. Telles furent les principales additions faites à ce code. Le jugement par un jury était déjà consacra par les lois de Raîatea; il fut aussi adopté dans celles d'Ouahine. Mais celles-ci proscrivirent en outre l'application de la peine de mort écrite dans les codes de Taîti et de Raîatea , pour les crimes de meurtre, de trahison et de révolte. Dans le code d'Ouahine, la peine de mort fut remplacée , à la recommandation expresse de M. Ellis , par la déportation à vie sur l'île Palmerston ou toute autre ile inhabitée (1).
AdoDUondacode Ce codc ayant été approuvé par les chefs de Oua- ** TSîlîiïria^' hine présents à Taïti , ils le présentèrent à Teriitaria qui l'adopta ; elle les informa en même temps qu'aussitôt après la fin des assemblées annuelles du mois de mai , elle se rendrait parmi ses sujets , mais que son absence ne devait pas empêcher la pro-
(1) EUis, IPiA^iM^iaifi researckeSf tome H, pages 404 et 441.
mSTOMQUE. 625
mulgation des lois, si les chefs de File la jugeaient nécessaire.
Nous avons déjà donné les titres des dix^neuf ar- code deRtratea. Ucles composant le code des lois de Talti. Le code de Raiatea imprimé sur une grande feuille in-folio, signé par huit chefs de Raîatea, cinq de Taha et neuf de Bora-bora , fut publié sous le titre suivant : Tamaioa et les principaux chefs de Rmaiea , Taha et BanHbaraf ayant, par ta grâce de Dieu , trouvé canve^ nabte de publier les lois suivantes pour être observées dans ces îles; nous souhaitons à vous tous grâce , merci et miséricorde au nom du vrai Dieu. — Il contenait vingt-cinq articles, parmi lesquels on remarque, sur la traduction qui en a été donnée par M. Lesson, des dispositions relatives aux missionnaires, qui ne se trouvent point dans le code de Taiti. Si la traduction est exacte, quelques-uns de ces articles méritent de fixer l'attention. Ainsi , l'article II condamne à la peine de mort toute personne coupable de blasphème et d'idolâtrie, de quelque genre que ce soit, dans ses adorations , en retournant en quelque manière aux coutumes idolâtres et méchantes. L'article IV porte que les cochons égarés, n ayant point de marques qui indiquent leur propriétaire, deviendront la propriété des chefs princil>aux ou de la caisse des missionnaires (1). L'article V
(1) Par U catMe des mi«îoimairef, M. Lctfon entend aant doute, le dépdt dea objet recueillis ponr TœnTre de la Sticiëté «nxiliair^ àeê mtasiona de Londres.
636 Bf QUISSB
est ainsi mq«u : Toute pepsonne qui sMra sédition , de tentatives ayant pour but de paix des tics, ou de trahison contre legouveri sera punie suivant les lois anglaises , les missioQi étant consultés, puisqu'eux seuls peuvent les quer convenablement. L'article VIII consacre un délit toute espèce de travail le jour du sabUt enjoint à tout le monde, d^assisterà Tadoration que, et tous les parents qui permettront à leurs fants de se promener en liberté le.dirnancbe coupables d'une infraction à la loi. L'article X, aii] que l'article VII ^ relatifs à la prostitution et à Yû^ tère, donnent aux missionnaires le droit de décbrer le contrat de mariage annulé ; l'article XII puni^ tout homme qui conseillera ou qui consentira q« sa femme se rende à bord d'un navire, sans un mot légal, et sans le consentement des missionnaire e^ des juges. Il condamne aussi toute femme qui $ rendra secrètement à bord d'un navire ou qui aur* des relations particulières avec quelque Européen, h la peine des ceps ou à un travail pénible , suivant qu< les juges et le jury le trouveront convenable. Toul personne recelant de tels coupables est soumise à I: même punition. Les articles XIII et XV traitent d l'action de diffamer le caractère des missionnaire 4 sans cause spéciale ou d'essayer de prouver qu'il es
contre la loi d'aider les missionnaires, soit de sa per sonne, soit avec une partie des objets dont on peu ' être en possession , ainsi que de toute personne qu
entendra injurier le nom ou le caractère des mis
HiSTORiotn:. 637
sionaaires par un indigène ou par un étranger et qui n*cn donnera pas avis à rassemblée publique : dans le premier cas la punition est laissée à la discrétion des juges; dans le second le coupable est puni par un travail pénible, s*il appartient à j'église, il en doit être exclu et enfin déclaré une personne indigne. Les articles XVI et XVII sont ainsi conCMs • ^i quelqu'un adoptait quelque nouvelle doctrine autre que la vraie religion apostolique , eqsejgpée p£(r les missionnaires, il serait déclaré coupable d'hé^^ésie, et puni d'après |a décision des missionnaires, per* sonne autre n'étant juge compétent, et ce cas étant hors des limites des lois civiles. 3i quelqu'un .fait attention à quelques écritures ou traductions, d'un étranger résident qui n'appartient point à la Société des missionnaires, s'il recèle ou fait receler de pareilles écritures, sans les porter apx missionnaires df's la pic. i'tro connaissance qu'il en aura, et si ces écritures ne sont pas la parole sacrée de Dieu , elles seront brûlées publiquement, et les coupables punis selon la loi et les décisions des missionnaires. L'article XVIII prescrit à tout individu allait à bord dun navire, de faire connaître k la conférence publique la quantité et la qualité des présents, la personne de qui il les a reçus et ce qu'il a Tintention de donner en retour, autrement la conAscation de C(»s présents sera prononcée; car ils doivent être considérés comme des instruments de corruption , à moins qu'ils ne soient faits aux rois et aux princes. L'article XIX défend aussi de porter des marchan-
dises à bord d'un navire sans la permission des principaux chefs et des juges, les missionnaires étant consultés, sous peine de confiscation. L'article XSI prescrit que les juges et les membres du jury doivent ètr^ baptisés et appartenir à l'église. L'article XXII fait connaître qu'aucune personne ne sera jugée digne d'une place de confiance, ou d'occuper un emploi du gouvernement, ou d'avoir un vote, si elle n'est souscripteur d'une contribution pour la Société des missionnaires ; mais en cela il n'y a pas de contrainte, chacun doit agir d'après les conseils de sa conscience. L'article XXIII condamne toute personne coupable de s'élre fait tatouer quelque partie du corps, à faire pour la première fois un chemin qui n'excédera pas cinquante brasses de longueur; il proscrit toutes chansons, jeux, ou divertissements lascifs; il défend aux femmes de paraître dans la maison de Dieu avec la tète ornée de fleurs, sous peine d'être condamnées à un travail pénible. Il rend passibles des peines portées par la loi tous les parents ou chefs de famille, qui négligeraient Tadoration particulière du soir et du matin ; ainsi que toutes les personnes qui cacheraient de semblables coupables. L'article XXIV engage les indigènes à porter à la connaissance des chefs ou des missionnaires, les pratiques illégales des pêcheurs avec des preuves en règle. L'article XXV condamne les vagabonds incorrigibles, que ni la peine des ceps, ni les travaux n'auront pu réduire, à être publiquement fouettés à la dis-
crétion du roi, des juges et des principaux chefs de rile (1).
Nous hésiterions presque à croire aux dispositions monstrueuses de ces lois, si nous n'avions l'ou« vrage de M. Lesson sous les yeux. Il est possible qu'elles aient emprunté une nouvelle rigueur dans les difficultés de la traduction ; mais , dans tous les cas 9 les principes sur lesquels elles sont basées ne doivent pas avoir subi d'altération et ils méritent un bliroe absolu. Ce n'est certes point par de pareilles dispositions qu'on initie un peuple aux bienfaits de la civilisation. Ce n'est point non plus ainsi qu'on le moralise. La rigueur de ce code inspiré par les missionnaires de Raîatea, a été désapprouvée même par les missionnaires des autres lies de l'Archipel. Déjà le code d'Ouahineest moins sévère; il laisse surtout une moins grande part à l'intervention des missionnaires : les amendes sont attribuées aux chefs de VUe,etla société auxiliaire des missions n'a rien à démêler avec leurs produits ; mais il punit aussi l'inobservation du jour du sabbat à l'égal d'un crime; il défend le tatouage et encourage la délation.
L'étendue de ce document nous empêche de le cod« dooabine. donner ici en entier; nous nous bornerons à indiquer l'énoncé des trente articles quî le composent , sous le titre de Code des lois dOuahine som le goitvemement de Teriitaria; Haulia et Mabine élant les deux principaux cliefs de Vile.
(I) P. Lesson, Foyage autour iu fKwnde sur la earveUe la
Art; i^. Du meurtre, puni par la déportatioa à vie. — 2. Du vol, puni par la reslitution de quatre fois la valeur de l'objet volé. — 3. Au sujet des troupeaux de cochons. — 4. Du recel, — 5. Des objets perdus. — 6. De la vente et de l'achat des objets. — 7. De l'inobservation du jour du sabbat, délit puni pour la première fois par la réprimande , et la seconde par la construction d'une route de cinquante brasses de longueur. — 8. De la rébellion , punie par le bannissement. — 9. De la bigamie, punie par la construction d'une route de quarante brasses de long pour les. hommes, et par la confection de deux grandes nattes pour les femmes.— 10. Au suje| des femmes abandonnées à l'époque où l'idolâtrie régnait. 11. — Du mariage et de l'adultère. Des compensations pécuniaires sont accordées aux personnes lésées. — 12. De la séparation des époux. — 13. Au sujet des provisions à fournir par le mari pour l'entretien do : :• femme. — 14. Des actes concernant le mariage. — 15. Des fausses accusations. La punition pour les faux accusateurs est celle que l'accusé aurait encourue s'il avait été trouvé coupable. — 16. Des crimes contre nature, punis par sept ans de travaux forcés. — 17. De la séduction. — 18. Du viol. *— 19, De la fornication. Ces trois délits sont passibles des travaux forcés à temps. — 20. De l'ivresse , punie, pour les hommes, par la construction d'une route de cinq brasses de long, et , pour les femmes , par la confection de deux grandes nattés oU de quatre petites nattes d'hibiscus.
— 9i . Des dégradations commises par les cochons et par les chiens: —22; Au sujet des cochons errants à Tétai sauvage. — 23. Des complots. — 24. Des hommes qui dénoncent les complots. Le dénonciateur échappe à la punition des coupables s'il n*a pas été instigateur du complot. — 25. De la maraude. — 26. Des revenus du roi et des gouverneurs.— 27. Du tatouage; punition : dix brasses de route à construire pour la première fois , et vingt brasses pour la seconde. — 28. Des voyageurs voyageant en troupe.— 29. Du devoir des magistrats ou juges. — 30. Au sujet de la promulgation des nouvelles lois. Cet article prescrit une réunion annuelle des chefs pour réviser ou modifier le code (1).
A la suite de ce code se trouve un règlement relatif aux fonctions des juges, des jurés et des messagers; nom donné aux surveillants chargés de la police. Ce règlement est important; car il indique la consti* tution du pouvoir à cette époque; il porte en substance, que le roi ou les chefs suprêmes , pourvus du tfire de gouverneurs , nomment les juges ou prononcent leur interdiction , et fixent les émoluments que le roi leur paye. Toutes les confiscations et toutes les amendes appartiennent au roi , et tous les jugements doivent être portés sur un registre soumis k rinspection du roi et du peuple. Le roi ou les chefs suprêmes qui nomment les juges, les envoient aussi dans leurs districts. Aucun homme accusé d'un grand
(1) £llb,Pk»lfiMitimrfMardUf,tDaiaU,|M0s4t6«tniiTâiiiif.
crime nepeut être eondaidné que par un jury , composé par des membres de la fam ille régnante ou des mdividHS d'un rang analogue, si l'accusé est un membre de la famille royale ; si c'est un propriétaire , par des propriétaires , et par des fermiers si c'est un fermier ; en outre Taccusé a le droit de récuser les jurés jusqu'à la concurrence de trois. Les messagers étaient char*gés d'amener les accusés devant la barre du tribunal, de les garder et de veiller à l'exécution de la sentence ; leurs fonctions étaient aussi rémunérées par le roi.
Etat politique de Lcs titrcs qui précèdent ces différents codes de tm ^^^^ indiquent la division du pouvoir dans l'archipel de Taïti de la manière suivante : vers l'époque où les propositions de Pomaré furent rejetées par les chefs du groupe nord-ouest, Taîti et Eiméo subissaient la domination de Pomaré II d'une manière absolue ; les lies Ouahine et Toubouai-manou étaient gouvernées par Teriitaria, fille de Tamatoa ; Raiatea , Bora-bora et Maouroua reconnaissaient l'autorité de Tamatoa , chef de Raïatea, dont l'influence s'étendait sur les chefs de toutes les îles voisines.
NaiMance Commc nous l'avous déjà dit, malgré ses appa*-
de Pomaré lU. J > O ff
rences de ferveur chrétienne , la vie intérieure de Pomaré II n'était pas très -régulière; il avait deux femmes ou plutôt une femme et une maltresse : la première nommée Terimoîmoî, moins belle que I sa sœur, avait été délaissée pendant longtemps,
[ tandis que Pomaré Wahine , nommée Aripaïa par
\ M. Moerenhout et Ariipaea par M. Stewart, avait
captité le monarque réformaleur. Cependant^ après son- baptême, il parut se rapprocher de sa femme légitime, qui donna naissance à un garçon vers la fin de Tannée i820. Certaines dispositions contenues dans les différents codes de lois analysées plus haut, relatives à la polygamie et aux liaisons matrimoniales coQlractées antérieurement à la conversion au christianisme, semblent avoir été inspirées par la position particulière du chef suprême , qui , tout en étant le ferme soutien de la nouvelle religion , n'en suivait pas tous les préceptes. L'intempérance était surtout un de ses grands défauts; son penchant pour les boissons enivrantes , dit M. Ellis, était une des taches de son caractère, et eut pour résultat de le conduire à Tabrutissement . Vers les dernières années, dit d' Urville, un défaut grave vint entacher le règne de Pomaré : il s'adonna à l'ivrognerie, il abusa des liqueurs fortes au point d'abrutir son esprit et d'altérer sa santé. Quand il se rendait le matin dans le petit kiosque où il traduisait les Écritures , il emportait avec lui sous un bras sa Bible , sous l'autre sa bouteille de rhum ; puis, quand il se sentait la tète alourdie par des libations copieuses: « 0 Pomaré, » s'écriait-il en se disant justice à lui-même, « ô Pomaré, ton cochon est maintenant plus en état de régner que toi (1). »I
Ces excès ne tardèrent pas à altérer la santé de ^ Jfon
"^ de Pooaré II
l'arii-rahi et à le conduire à une mort prématurée. Depuis le mois d'octobre 182i , il ne pouvait
(l)D*UrTille, Fo^Ofe ^'IIotm^im, etc., tome I» page &S1.
liai.
miMonnaire, quoique le rroni soil trop proémi- DeDt(i). Le caractère de Pomaré différait tout à bit décelai de son père, qui était un homme entreprenant, laborieui et persévérant, travaillant à V^ lévation de sa famille et à ramélioration de son pays en défrichant de vastes étendues de terre , en les couvrant d'aiiires et en occupant la population à des travaux publics. Pomaré II ne prenait aucun plaisir à de pareilles occupations qu'il avait au con* traire en aversion ; ses habitudes étaient indolentes, ses dispositions paresseuses; au premier abord, il était loin de produire une impression favorable sur les étrangers. Le capitaine Wilson avait une telle idée de sa stupidité et de son incapacité , qu'il le désignait comme le dernier individu de Tlle, sur Tintelligence duquel on pouvait fonder quelque espérance. Le capitaine TurnbuU n'avait pas non plus conçu une opinion avantageuse sur son compte. Lorsque, dans le mois de septembre 1802 , Pomaré visita (e Margareî , on lui trouva Tair stupide et renfrogné} il resta longtemps dans un silencieux étonnement, observant avec attention tout ce quil voyait autour de lui. La pesanteur de son regard^ la nonchalance de ses gestes firent penser qu'il était ivre d'ava. Dans les entrevues suivantes , il montra plus de vivacité et devint plus loquace; il adressa plusieurs questions aux Anglais, auxquels il demanda entre autres choses, dans quelle direction se trouvaient la
(1) BlUi , MwmUm tmntckm, tome U , psge 6?€.
Grande-Bretagne, Botany-Bay, le pays des Espagnols, TAmérique et les lies Haouai , les seules contrées dont il connût les noms. Son caractère était léger et irrésolu, naArellement porté à être la dupe des sycophantes qui l'entouraient; et comme cela arrive ordinairement en pareil cas, ses mauvaises qualités prenaient un plus grand développement sous l'influence de son entourage. Sa cupidité n'avait pas de bornes : il invitait souvent le capitaine Turnbull à venir le trouver dans sa demeure , pour pouvoir fouiller à son aise dans les poches de ce marin , et tâchait alors de s'approprier tous ses objets qu'il y trouvait (i).
Traits saiiianto Quoiqu'il fût d'un caractère indolent, il était de Pomîré II. Cependant curieux, attentif et peut-être plus observateur qu'aucun autre individu de ces ties; il remarquait avec perspicacité tout ce qui se passait autour de lui, sans avoir Tair d'y faire attention; il n'était pas seulement curieux et patient dans ses recherches, mais quelquefois il fit preuve d'esprit, malgré son apparence épaisse. Souvent , par des saillies et des reparties plaisantes, il excitait un rire sans fin chez les chefs rassemblés chez lui; il n'aimait cependant pas les grandes réunions , il se complaisait plutôt dans la société intime d'un ou deux chefs favoris. Sous le rapport do l'application et de l'étude, Pomaré dépassait tous ses sujets, et il est probable que s'il avait été libre des influences pernicieuses qui retar-
(l)Tarnbnll, Foyage iraund the World ^ pages 149, 379, 280, etc.
dérent ses progrès» el s'il avail pu jouir d^une édu* calîon libérale, le développement de son intelligence aurait atteint un niveau très- élevé. Il avait beaucoup entendu parler par les Anglais , du roi Georges, et dans plus d'une occasion il montra le désir de prendre pour modèle le souverain anglais. Un jour qu'il marchait en grande pompe dans le district de Pari, en compagnie des missionnaires , il s'arrêta soudain et leur demanda : « Le roi Georges marche-t-il ainsi? » Un autre jour, en voyant les livres des missionnaires , il remarqua une Bible écrite en hébreu; il demanda aussitôt # si le roi Georges connaissait cette langue; » il manifesta même l'intention d'apprendre à lire dans cette Bible, et commença en effet cette étude, mais il ne persévéra pas jusqu'au bout. Il mit plus d'ardeur à étudier l'anglais et parvint à pouvoir lire et à comprendre les portions les plus faciles de la Bible. MM. Nott et Davies filrent ses précepteurs; le dernier surtout passa bien des heures à lui apprendre l'alphabet, en traçant les lettres sur le sable du rivage. Grâce à ses soins, Pomaré fit de grands progrés dans récriture de la langue de son pays; il était plus habile dans cet art qu'aucun autre indigène. Vers la fin de sa tie, son écriture était même plus belle que celle d'aucun des missionnaires; sa première lettre fut écrite en i805. Dqpub cette époque , il avait entretenu une correspondance suivie avec la Société des missions et différentes personnes en Angleterre. Il Signait ses lettres Pomaré^ roi de Tm6.
Les occupations et les amusenients sédentaires » convenaient bien plus à Pomaré que des travaux plus actifs. Il aimait surtout beaucoup) à écrire. Au commencement, il fit ériger une case pour pouvoir se livrer sans interruption à son occupation favorite; mais plus tard, il renonça à ce cabinet de travail, et n'écrivait plus que couché sur des nattes en ayant devant lui un pupitre. Il tenait avec régularité uo journal quotidien , et il écrivait dans un registre destiné à cet usage, tous les textes de l'Évangile qu'il avait entendus, ainsi que toutes ses prières. Il écrivit de sa main le premier code de lois, et fut d'un grand aide aux missionnaires pour la traduction de l'Évan* gile en taïtien, dont il transcrivit plusieurs portions avant qu'elles fussent livréesà l'impression. Pomaré II aimait beaucoup les gravures et il demanda dans unp lettre au missionnaire Ellis de lui apprendre à dessiner, et sans aucun doute il aurait réussi s'il avait pu recevoir des conseils et des soins appropriés à son désir.
^ Esprit Le gouvernement de Pomaré II se distinguait plu-
do gouvernement ^ , i.« . 1
de Pomaré II. tôt par unc prudeutc délibération que par la promptitude des décisions. La plupart des mesures adoptées , avaient bien plus en vue des résultats ultérieurs sur Tesprît de la population , qu'un effet immédiat. Le réformateur taitien modifiait fréquemment ses projets et il subissait facilement l'ascendant de ses conseillers. Il était plus rapace que desposle, et il ne se serait pas sansdoute livré àautantd'exactions, s'il n'y avait été incité par son entourage qui trouvait
dans ces désordres une occasion de satisfaire à des peDcbanls injustes et tyraoniques. Quoique Pomaré fût privé des qualités qui font les grands princes, il n'en était pas moins respecté généralement et même irès-aimé par sa famille et divers chefs qui avaient contracté de grandes obligations envers lui; cependant il ne possédait pas Taffection de la aatîon entièfre\ le sentiment qu'il inspirait était plutôt une crainte respectueuse qu'un sincère attachement. Excessivement jaloux de sa dignité, il était surtout intraitable sur tous les sujets qui touchaient à ses ittléréts ; dans les derniers temps de son régne il avait attiré près de lui un certain nombre d'indigènes des îles Pomotou , qui constituaient une espèce de garde royale; le choix de ces hommes considérés comme des étrangers par la population , avait soulevé le mécontentement d'un grand nombre de chefs (i). Pomaré^ dit M. Moerenhout, était certainement doué d'avantages extraordinaires. C'était sous tous les rapports un homme distingué, un grand orateur, le plus instruit parmi les siens ; mais il s'en lallait
de beaucoup qu'il fût parfait; au contraire
Outre rbabitude de boire, on peut lui reprocher d'autres vices plus blâmables encore ; mais il connaissait son peuple et savait le conduire; tyran par principe, beaucoup plus que par inclination, sa
perte était irréparable Heureusement, des lois
avaient été établies, car sans elles, dus cet instant,
(1) Ellis, Polyneiian researche» , t. II, pages 529 , 530 et 531.
tout était perdu. Tati^ quoique chef seulement d'un district, etd' autres chefs moins puissants, pouvaient veiller à leur maintien , en exiger l'exécution, et les hommes bien intentionnés avaient ainsi un point d'appui qui leur permettait de soutenir l'État, malgré l'absence d'un chef principal.
*""umo*tde ^* ^^ ^^^^ ^® ^ ^^^^ distingué fut un coup fu«- Pomiréii. neste pour ces îles. Elle arrêta leur marche vers la civilisation et la fit rétrograder si rapidement qu'elles menacèrent, quelque temps, de retomber dans leur ancien état de barbarie. Lorsqu'il mourut son enfant mâle n'avait qu'un an. Inquiet du sort de son peuple, parce. qu'il connaissait trop bien ceux qui devaient lui succéder, il n'hésita pas à offrir le gouvernement à Tati , qu'il savait être seul capable de prendre la direction des affaires , de maintenir l'ordre , et peut-être de déterminer de nouveaux progrès vers un état d'amélioration. Cette proposition ne fut pas appuyée par les missionnaires, qui , dans des vues particulières sur l'enfant roi comptaient l'élever à leur manière et craignaient qu'une fois à la tête du gouvernement, Tati ne voulût pas s'en dessaisir. D'autres chefs partageaient cette opinion. La chose en resta là. Pomaré , quoique calme et causant jusqu'à son dernier soupir, mourut sans avoir rien décidé sur ce qu'il y aurait à faire après sa mort; et quand il n'y eut plus d'autre remède, sa veuve fut nommée régente (1).
(l)Moerenhont> Foyageaux iUs du grand Océan f tomQlI, pages 486 et 487.
Mais, Teremoîmoï, mère du petit prince , jeune femme inhabile aux affaires et livrée à la galanterie , d'après H. Lesson , se démit du pouvoir en faveur de sa sœur Pomaré Wahine ou Âripaia, renommée par son courage. Elle gouverna au nom de son neveu Pomaré III, enfant en bas âge, fantôme de roi qui ne devait pas tarder à mourir. Les deux femmes de Pomaré , nées à Ouahine et par conséquent étrangères à Taiti , n'étaient pas aimées par la population qui les voyait avec déplaisir (1).
Les lamentations de la population furent trèsgrandes à la mort du monarque. Une tombe fut préparée près de la grande chapelle de Papaoa. MM. Nott, Davies et Henry, les plus anciens missionnaires de nie, accomplirent les cérémonies religieuses des funérailles; ils furent suivis par tous les missionnaires et par un immense concours de peuple. Cette mort prématurée était surtout regrettée par M. Nott) qui, depuis longues années, avait contracté avec le défunt des liens de grande intimité, et qui, plus que tout autre, connaissait les défauts et les qualités de son caractère (2).
Nouvean
Rouvernement
d« T«ru.
Fanérâilles de PooMre 11.
L'état des esprits, dit M. Moerenhout, devait KuidM0»priu. amener de nouveaux désordres et enhardir ceux qui étaient mécontents des institutions établies sous la
(1)P. Lsaon, roraf«aiifoiir*i«iOMl«,eCc.,tom6l,|Mge24. (?) EUk , PoffiMifM r$ê$ar€h9$ . Ioom U, ph«535.
direetion des inissi<»iiiaires. Ces derniers reconnaissaient chaque joar, que le plus grand nombre des indigènes n'avait embrassé la religion que par l'influence de Poraaréy que pour rimiter et pour lui âtre agréables , ou du moins ils se conduisaient de manière à faire croire qu'il en était ainsi. Les4ran8gressîons devinrent si nombreuses, que quoique les juges y déjà moins vigilants, en laissassent échapper plusieurs , il y avait pourtant sans cesse des procès. Il est vrai que c'était le plus souvent pour des mé&its dont ni les lois , ni les juges n'auraient dft jamais se mêler, de simples écarts de conduite, des liaisons illicites contractées par de jeunes filles avec des gens du pays ou des étrangers. Le tatouage, la danse étaient punis comme des crimes. 11 en résultait que chaque jour te nombre des mécontents augmentait; ils se livraient & tous les excès et ils devinrent les ennemis delà religion chrétienne et de ses ministres. Ce rigorisme intempestif aurait peut-être conduit à la dissolution totale de la société , si quelques chefs déjà âgés n'eussent soutenu les institutions de Pomare et ne fussent parvenus à maintenir Tordre, malgré l'exemple de quelques personnes du premier rang et une nombreuse classe du peuple qui ne demandait que l'anarchie. Tel était l'état de Tile presque immédiatement après la mort de Pomaré II. Partout augmentait le nombre de ces gens qu*on appelait (outuwre, ou ceux qui vivaient sans religion, sans lois, et dès lors il ne resta d'espoir aux missionnaires que daas le ùl$ au bu wii mais à pcîne ^é
nsTORi«iiE. 643
d*an an à la mort de son père, ils afaient encore longtemps à attendre (i).
La licence des mœurs , qui airait suivi la mort de ueenea Pomaré^ était encouragée par Texemple de la famille ^^^^i^ d« royale. Tererooïmoi, dit M. Lesson, n'était âgée lîî*^"* »•»•»•• que de trente ans environ lorsqu'elle vint visiter ta Coquille en mai 1823 ; c'était une Océanienne de touche pure, faisant de la galanterie sa principale affaire, et coquette comme serait la femme la plus civilisée de la sage Europe. Sa beauté n'est pas de celles que nos idées conventionnelles puissent citer avec éloge , et cependant elle était incontestable pour les Taîtiens , qui aiment psrkiessus tout l'embonpoint exagéré des chairs. La reine mère n'avait cependant pas cette obésité que d'autres femmes présentent ; elle était fort grasse , sans doute, mais assez bien prise dans sa taille épaisse : si ses traits avaient trop d'ampleur, ses épaules, en échange, gagnaient dans œt embonpoint des beautés peu communes.» Sa démarche était empreinte de noblesse, et ses traits remarquables par leur expression de bonté. On voyait même sur son visage qu'elle craindrait de faire souffrir des malbeureux , et sa compassion senn blait surtout fort vive pour les peines du caour; mais il est vrai de dire qu'à Taiti ces peines ne sont jamais de longue durée (i).
(1) MocroiilKNa, yofogê aux Heê eu granàùeéam , Corne 11 ,
IMges487, 488et489.
(?) LeMon , f^oyagê autimr du monde , li>me I , pAget 37} et
opposiuon Gen'étaitpoÎDtseuIcmentà Taîtiquese manifestait
'^grouS^Nf-a'* ^^^ antipalhie prononcée pour les nouvelles règles 1821. imposées par les lois de Pomaré , les îles du groupe nord- ouest participaient aussi à des démonstrations d'insubordination. Déjà, au mois de juillet 1821, la prohibition du tatouage avait soulevé la résistance d'une partie de la population. Quarante-six individus, malgré la défense proclamée , s'étaient rassemblés pour se couvrir le corps de dessins. Les principaux chefs vinrent demander ' Tavis des missionnaires sur le parti qu'ils avaient à prendre. Auparavant, disaient-ils, la désobéissance d'un aussi grand nombre d'individus aurait été considérée comme une déclaration de guerre , et à la suite des hostilités les coupables auraient été tués ou bannis ; mais maintenant était- ils convenable que tous les coupables fussent jugés et punis simultanément? Les missionnaires conseillèrent aux chefs de traduire • tous les délinquants devant le jury ; ce qui eut lieu enelTet, le lendemain, dans toutes les formes voulues. Le jugement les condamna à construire un quai sur le bord de la mer. Cette condamnation n'arrêta pas la perpétration du délit. Deux jours après, Taaroarii , fils de Mahine , principal chef de l'Ile, se fit aussi tatouer pour témoigner sa désapprobation de la conduite de son père, auquel il était appelé à succéder. Mahine fut profondément affecté de cette . infraction à ses ordres, et le combat entre ses affections et les exigences de sa position fut des plus violents; cependant, sa fermeté triompha de la fai*
niSTORlQUE. 645
blesse de ses sentiments paternels ; il donna Tordre de mettre son fils en jugement et assista à la séance où il le réprimanda affectueusement, en lui recommandant de mettre à profit l'épreuve qu'il allait subir ; il avertit en même temps les spectateurs de ne pas commettre l'erreur de supposer que les lois par lesquelles ils avaient consenti à être gouvernés, seraient impunément violées. En effet, Taaroarii^ chef des lies Toubouai-manou , fut obligé de plonger dans la mer pour en retirer les coraux qui devaient servir à l'érection d'un quai ; ses amis et ses serviteurs accomplirent la plus grande partie du travail, mais par un sentiment d'orgueil il ne voulut pas rester oisif; il témoigna le regret d'avoir commis l'action qui l'avait conduit devant le tribunal , mais il ne paraissait pas vouloir considérer le travail forcé auquel il avait été condamné comme une punition. Cependant, plusieurs jeunes gens des deux sexes suivirent encore l'exemple qui leur avait été donné ; ils furent aussi condamnés sans exception à des punitions semblables. Mais bientôt le tatouage ne fut plus qu'un prétexte d'une résistance ouverte aux lois. Deux personnages importants de l'Ile, le iils du chef de Raiatea qui résidait à Ouahine et sa sœur qui avait épousé un membre de la famille de Mahine, se joignirent k ce parti , qui, dès lors, devint très-puissant sous le double rapport du nombre et de l'influence; les missionnaires conçurent alors le soupçon que l'opposition manifestée était le préliminaire d'un dessein plus vaste.
R|bemon de Dans le mois d'août ^ Taaroarii et la plupart des Aoûri83i. condamnés abandonnèrent leurs travaux subitement et se rendirent à Parea, dans la partie nord de Tile, où ils appelèrent les méeontents à se joindre à eux, en leur donnant Fassorance qu'aussitôt après le triomphe ils aboliraient les lois; que Taaroarii prendrait les rênes du gouvernement et que sous son règne, chacun pourrait suivre ses inclinations et les usages que les lois défendaient. Ce rassemblement avait proûté, pour se former, de l'absence de Mahine, qui était allé passer quelque temps sur Raiatea. Mesons . Malgré les efforts des missionnaires et des chefs , ^^uB^S^!^* Taaroarii persista dans ses desseins. Dès que le chef i9M^^t9 Hautia, député gouverneur de l'Ile, apprit cette détermination , il donna Tordre à la population fl« dèle d'aller s'emparer de ces jeunes gens et de les conduire à leurs travaux. Le 10 septembre , au point du jour, une assemblée des chefs se réunit pour délibérer sur les mesures à prendre dans cette circonstance , et il résulta des rapports qui furent faits & cette assemblée, que la plupart des jeunes mécontents , et particulièrement les flls des chefs , n'avaient pas seulement pour but d'acquérir la liberté de se ta« touer, mais encore de rompre les obligations qui leur étaient imposées par les lois , et qu'ils avaient adopté ce moyen pour montrer leur aversion pour les nouvelles institutions et leur détermination de ne pas s'y soumettre. En outre, ils avaient témoigné que si on leur accordait de suivre leurs inclinations , sans les molester, ils ne donneraient lieu à aucun trouble;
nisTcmiouE. 647
mais qoe si les lois étaient appliquées et leur pénalité mise à exécution , ils résisteraient} plusieurs autres rapports annoncèrent aussi , que les insurgés étaient armés et qu'ils ataicnt l'intention de résister à toutes les mesures qu'on prendrait pour les amener à Tobéissance. Après une courte délibération, les chefs résolurent de s'adresser aux mécontents avec bonté , mais aussi avec fermeté , en les invitant k rentrer dans le devoir ; et s'ils refusaient de se rendre à cette invitation, de tAcher de les lier et de les ramener par la force, mais de n'employer les armes que dans le cas où ils seraient les premiers attaqués. Aussitôt les hommes valides s'armèrent; ils se mirent en marche sous la conduite de Hautia et divers autres chefs ; non pas en une seule colonne , mais par petits détachements. La femme de Hautia et diverses autres femmes accompagnèrent cette expédition.
A la fin du jour, Hautia rentra dans ses foyers Jogeprai de« ramenant avec lui Moeore , fils du chef de Raïatea , et ses adhérents; ce jeune chef, Agé à cette époque <>»-^ d*cnviron vingt«six ans , s'était rendu sans coup férir et revenait captif avec lessiens. Deux jours après, le jugement des rebelles eut lieu dans une cour ouverte, et comme la plupart des accusés ne furent pas containcus de rébellion, ils furent acquittés; M. Ellis n'indique pas quelle fut la punition des coupables ; mais il ajoute que plusieurs foisde légères insurrections avaient eu aussi lieu a Taiii depuis la promulgation des lois ; que de pareils mouvemenls s étaient maniiSasiés également à Raïatea et A Bora-
Bora , et même , une fois , le missionnaire Williams avait failli devenir la victime d'une tentative d'assassinat; cependant, depuis lors, les lois semblaient bien établies, quoiqu'il y eût plusieurs individus dans toutes les lies qui les considéraient comme un fardeau pénible et qui désiraient , si Toccasion s'en présentait , de les abroger. Ces ^individus souhaitaient surtoutle retour du temps où il n'y avait point de lois , où chacun pouvait suivre sa propre inclination. A Ouahine, quoique les lois aient été souvent violées , aucun mouvement n'a éclaté depuis celui dont il vient d'être question (1). Maladie Taaroari i avait entendu prononcer sa sentence avec
Taâroarif. uuc indifférence apparente, mais il fut si exaspéré 25 octobre it2i. contre son père qu'il menaça plus d'une fois de le tuer. Si jamais il était parvenu au pouvoir sur ces tles, il aurait été certainement un adversaire déclaré des nouvelles institutions et du christianisme^ dont il avait embrassé cependant la cause un des premiers à Eiméo, à un âge voisin de l'enfance; mais il ne devait pas survivre longtemps à sa condamnation ; quelques mois après, au milieu des rudes travaux qui lui avaient été infligés et qu'il voulait accomplir sans aide, il se rompit un vaisseau dans la poitrine. Il cessa alors son travail pendant quelque temps, et ses subordonnés Tauraient accompli pour lui, s'il ne s'y était pas refusé , car il voulait subir la peine qui lui avait été imposée à l'égal des individus
(1) Eliift , Polynesian researehes^ tome I , pages 466 à 477,
qui formaient le parti dont il était désormais la lète. bientôt après, de rapides symptômes de phthisie altérèrent la santé da jeune chef et prirent le caractère le plus alarmant; il reçut , sans succès, tous les soins possibles; il fit preuve de résignation pendant sa maladie, mais toutes les fois que' la conversation roulait sur des sujets religieux, il témoignait son mécontentement par un silence prolonge. Il mourut dans ces disposition d'esprit , le 25 octobre 482), dans sa dix-neuvième année. Sa femme, fille de Hautia, premier chef de File après Mahiné, était sur le point de devenir mère. Les funérailles eurent lieu d'après le cérémonial européen : divers chefs , revêtus de vêtements de deuil anglais, conduisirent le cortège devant la tombe , sur laquelle une inscription en langue taitienne consacra la mémoire du défunt- Vers la fin du mois de décembre suivant, la MaiuaM
' deTamarii,
femme de Taaroarii donna naissance à une fille qui wtodeTatroani. reçut le nom de Tamarii ; elle était destinée à suc- '>*»■*« **^»céder, probablement , au gouvernement de Tlle k la mort de son grand-père. Madame Ellis se chargea d'abord de son éducation; elle fut remplacée à son départ par madame Barff, femme du missionnaire de ce nom(i).
L'issue malheureuse des travaux de M. Gyles ne dé- Nouvel mmi
-' de la Sociale dea
couragea pas les directeurs de la Société des missions d^uodwi. de Londres, qui considérèrent comme un devoir d'améliorer la conditîpndes peuplades converties, en leur
(1) BIlit , Polynuim tutartkêi^ tome I , pages 5(M à SIS.
donnant les moyonci d'abcroUre leur pr04pérUé9 et d'aequérir les cQDQ^issances industf^ielles f}|3c^^$$air^ ^u progrés delà civilisatioA. A çesuj^t , M. Ellis expose des vues qii'on p0 saur^tit Ipop appfpuver ; f l^f» (lirepteurs d0 1» Société de |4ondrfiSf 4lt ce n Pll^ioqnaire, w prenant d^ r^solutipp^ qui dé- D passaient les bornes de Tobj^t premier c|f) l^Uf asfi sociation , ont obéi, nop pas ^ leurs propres (tésifs, » niais à des obligations imposés par l'état d^p pei)- .9 pies convertis; et, en s'oqcupapt d'introduire la ^ copnaissance des arts industriels daps ces ilps éloi- )» gnées, ils se sont trouvés entraînée à deii dépenses ^ qu'ils n'ont pu combler qu'avep di^c^lté. Ces enn treprise^ accessoires do l'oeuvre des naissions, ont n souvent été une source de grande einbarr^Si et il » serait bieii utile qne d'autres associations fqi^^ent » instituées pour entreprendre cett^ tâche importante, » mais qui est plutôt secondaire au but principal des » efforts des missionnaires. Si les ressources des soif çiétés formées pour la diffusion universelle de TË;- » yangile f et si les moyens des sociétés bibljques » permettaient d'entreprendre entièremept l'éduca- » tion des idolâtres , la transcription e( la circulation » des Écritures , l'extension du christianisme serait » bien plus rapide. Si, à côté des sociétés déjà exisf tantes , on formait une association pour introduire » au milieu des tribus grossières et barbares, la con- » naissance des travaux de l'agriculture, des arts ma- » nuels , des principes d'ordre secial et de civilisa- » tion générale, elle accomplirait une œuvre utile et
HISTOBIQUË. 651
» bicnraisanie , qui , 6n agissant simultanément avec
I » les sociétés des missionnaires, leur permettrait de
» suivre plus efficacement l'objet simple et primitif
i n de leurs travaux (I), % QetM opipion d'up bcmme
L éclairé, qui a passé une grande partie de sa vie
sur le champ des travaux des missionnaires > oorro?-
bore ce que nous avons dit à la page 38 de 00 volume :
.j elle laisse entrevoir suffisamment quelle est la limita
des atiributions des missionpaires, et, jusqu'i up
certain point , lep inconvénients de l«iur action direp^
dans les qi^estions de civilisation hors d« cercle pu?
rement teligieui*
^ En 4821 , la Société des missions de Londres en- deox^îJîiecîeuw
de la SM;ie(«
voya à Taîti deux inspecteurs, les révérends Tycrmann et Bennett , qui avaient pour mission de s'enquérir des améliorations i apporter dans Tœuvrc des missions, et des besoins de la population dirigée par les missionnaires. Cette résolution avait été prise en grande partie surjes réclamations des missionnaires de Taiti et sur les détails fournis par M. James Uayvirard , missionnaire d'Eiméo, qui était revenu en Angleterre au mois de novembre 1819, dans le but de rétablir sa santé altérée, et surtout pour consulter les directeurs sur la conduite que les missionnaires devraient tenir dorénavant, dans la nouvelle situation du peuple après Tintroduction du christianisme. Déjà les directeurs avaient nommé à Port-Jackson un agent permanent de la Société, et un superinten*
(1) EUit , F^ffn0$km reêeareheg , tome 1 , page 469.
des missioDs
dantdc l'œuvre; l'envoi des deux inspecteurs complétait les dispositions prises pour aplanir les difli* cultes qui avaient été signalées.
ArriTée à Taïu MM.TyermanetBennettemmenèretitaveceuxdeux
de MM. noMom ____ . . . , ...
et Armitage, artisaus, MM. Blossom et Armitage; le premier était Septembre 1121. charpentier; le second devait apprendre aux indigènes à filer et à tisser le coton. Tous deux étaient trèshabiles dans leur ar t, et le second sacrifia une position déjà faite en Angleterre pour entreprendre la mission qui lui était confiée, sans autre compensation que les émoluments accordés aux missionnaires ; rémunération qui suffisait à peine aux besoins delà vie. Us arrivèrent dans le mois de septembre 1821 à Taîti ; tous les instruments et les machines de travail furent débarqués au port de Toanoa, et furent remis à la garde du chef Païti , dans le village voisin de Pirae. Mais la manufacture de coton éprouva les mêmes difficultés qui avaient arrêté les travaux de M. Gyles; Pomaré, qui vivait encore à cette époque, et les principaux chefs de l'Ile , pénétrés de l'idée que ces entreprises industrielles auraient un résultat fâcheux pour Tindépendance de ces lies , réclamèrent que cet établissement fût placé dans une position plus centrale où ils pourraient surveiller plus facilement ses opérations. En même temps les chefs du district de Pari cl des districts environnapts, s'opposèrent au déplacement de la manufacture. Ces débats firent retarder, pendant quelque temps, le commencement des travaux. Les machines subirent de grandes détériorations 9 et la rouille détruisit la plupart des
BISTORIQUB* 653
ferrures. Cependant, après la mort de Pomaré, l'établissement fut transporté à Eiméo , où il ne fonctionna qu'avec une grande lenteur.
Les machines de cette manufacture furent con- bum de Sidérées comme appartenant a la Sociele des mis- ^^'^'{^^"^"eI^^Jj^ sionnaires; dans une assemblée publique tenue à Manm. Eiméo dans le mois de mai i824 , on posa les bases suivantes des futures opérations de cet établissement. La députation établit en principe, et les missionnaires reconnurent que : < la Société n*avait
• en vue en introduisant une manufacture d'étoffes ,
> que le bien des habitants de ces lies ; qu'il ne serait
• prélevé aucun profit sur la vente des étoffes, au » delà du prix destiné à couvrir les dépenses de l'é-
> tablissement , et que tous les habitants des lies de » r Archipel seraient admis à participer également aux
• avantages de cette manufacture. » En môme temps, on décida que deux jeunes gens et deux jeunes fem mes de chaque lie , seraient envoyés pour apprendre les procédés de cette fabrication. Le travail commença avec du coton appartenant à la Société auxiliaire des missions. On fabriqua promptement deux ou trois pièces d'étoffe ; mais bientôt les insinuations de divers capitaines du commerce, et l'indolence naturelle des indigènes , rendirent les travaux de plus en plus languissants. M. Armitage fut plus tard obligé , pour vaincre la répugnance de ses élèves de payer leur tmvail, et enfin l'entreprise fut abandonnée au bout de 4|uelques années.
Efl-etsde La présénde des dériutés de la Sëciété des
la présence des *■ *
di"irsoïléié ïû'ssîoiis de Londres f à Taîtij né parait avbir ^^*âTOu?"* aucune amélioration sefosible; MM. Tyermann et Bennett , enthousiasmés à la vue des changements isurrehus danâ Tétat i*elig{ëil!t àtê li ^pillâtic^n i ne tarirefat pa^ d'éloges ddtiS lëtli'â k*àppOMd. Ldrquë la cbhvfettë la ÙkiuiUè tint^ ëh 18S8^ kiiotitre^ le t)avill()h Hhàii^is sûr ces riveé où il n'aVàit pas apparu depuis Bougâittvilié^ e'est-â-dlinBde|luisuti laps dé cirtquante-^binq ans, lés detix députés afaglâid se trouvslierit encore à Taiti'; i\i eut^etlt dëd i*âppôt*ts ft^éqùents àVéc les d£Bciei*s de ce liavite; iqui rël^utrent des imprésâiorié différentes & là suite de fees cntrëvueè. Le fcobimaudant^ M. DUpe^rëy, ttianifeSta une opihioti eiilièrement fâVorable^ tatidis que M. Lesson exprimé ttfaè désa^iprdbatioii botnplëte des travâtix bpë^és par les hlissidhtiairé^. Il dit en propres termes , que son opinion eât fort différente de celle émise dans la lettire adressée ati ministre de la mariiië ^ ^ar le commsindarlt Dil];)eri^ëjr. NbUs n'avons pas, du resté 9 à tlbus occuper dé ëes détails j qui n'ont aucun rapport bien direct avec l'histoire de Taiti, et qui dépasseraient lé cadre déjà trop étendu de notre travail ; mais ce que iious ne saurions passer sous silence , c'est la tendance des misisionnaires anglais à changer dans leurs écrits de cette époque les dénominations teltiennes des lieux , pour leur substituer des noms anglais. Ainsi ^ nous voyons apparaître dans le Missionary regisier les noms de Wilk's Harbour, au lieu de Papeili) ceux
niSTORIQVE. 655
de BnrdeK^point^ de Hàweié-toim, de Rcbj-^làcei et plus tard, de Yaugh-town^ Hankey-to^n et Bogue-toirn , pour indiquer diters lieux de la côté; on ne peut déduire de cet indice, que T intention deë missionnaires était de dénationaliser^ en quelque sorte ) le pays et de Tamener sous la domination anglaise; mais lorsqu'on rapproche cette circonstance des faits dont nous aurons à nous occuper plus loin ; et qu'on médite sur certains passages de Toutrage de M. Lesson (1)^ on est porté à supposer que le voyage de MM. Tyermann et Bennett ; à. côté d'un re^ ligieux , pouvait bien atoir un tnotif politique.
La pensée que l'Angleterre voulait asseoir sa do- Désir atiriboéaui mination sur 1 archipel Taiti. ou peut-être même ^ , dappeier
' ' ■ la donimalion
que les missionnaires anglais avaient le désir d'appe- «ngiaiw. 1er cette domination, sg trouve aussi reproduite vaguement dans différents autres écrits. A la mort de Pomaré, la force du gouvernement avait considérablement décru; la régence n'avait plus l'énergie nécessaire pour maintenir Tordre comme par le passé; le mécontentement des basses classes de la population se manifestait ouvertement, par l'abandon
(1) M. Lenon » en parlant de Mil. î^ermann et Bennett , dit : L^nnet Pantre nous parurent d'une grande crédulité, et le premier, qaestionneur infatigable, était en revanche d'un laconisme étonnant quand nous lui adressions la plus simple demande. Son refrain étemel était : Hesnenra, ceci devient poittiqne. Les Anglais meCtraieat-ili de la politique jusque dans la religion ? La conduite étrange des missionnaires d'Otaïti, à une exception prés (M. Ellis) , et celle de MM. Tyermann et Bennett me porteraient â le penser. — P. Lesson , Voyage aulour du snonde , etc., tume O , {m^o 753.
des églises et par des désordres qui approchaient de l'anarchie. L^œuvre des missionnaires se trouvait incontestablement placée sur une pente rétrograde. En même temps, leurs succès précédents avaient fait sortir leurs travaux de l'obscurité à laquelle ils paraissaient condamnés dans le principe; un moment d'arrêt dans leur progression était déjà un échec, et, pour continuer à suivre la voie ascendante où ils étaient engagés, il était nécessaire de chercher des points d'appui plus efficaces que ceux sur lesquels ils pouvaient se baser. Il n'est donc pas étonnant qu'on leur ait attribué le désir de voir leurs efforts fructifier sous l'égide de la mère patrie. Us avaient fait pousser des fruits hâtifs à la population avec l'aide de Pomaré; et, maintenant, privés de ce puissant auxiliaire, ils devient souhaiter d'obtenir des moyens actifs pour empêcher l'étiolement des plantes humaines dont ils avaient entrepris la culture. Pourtant leur influence personnelle n'avait pas décru; ils agissaient même plus directement dans les affaires publiques que par le passé : car si Pomaré s'aidait de leurs conseils, il manifestait quelquefois une volonté qui lui était propre, tandis que les autres chefs de l'Ile suivaient implicitement leurs avis dans les décisions à prendre. « Toutefois, » dit d'Urville, un désappointement attendait les » évangélistes : les missionnaires espéraient régner » moins contrôlés eV plus absolus. Envoyés par la » société métropolitaine , deux inspecteurs MM.Tyer- • mann et Bennett venaient d'arriver a Taili avec
HISTOEIQUE. 657
des pottfoirs spéciaux : ils décent régler la na* lure des attributions des corps de ces pasteurs, régulariser leurs rapports atec les Européens résidant sur ces lies, hommes dangereux, presque tous déserteurs de navires ou réfractaires de la colonie de Botany-Bay; ils devaient traiter de puissance à puissance avec les autorités dû pays si malléables jusque-là. La régente Pomaré-M^ahine, dont ils n'avaient attendu qu'une soumission passive, se révolta tout d'abord contre l'exigence de leurs volontés; elle déclara qu'elle ne subirait point une tutelle onéreuse, et qu'elle s'abriterait derrière ses privilèges pour résister aux lois qu'ils avaient fait établir. Cette prétention révolta au dernier point les chefs des missions; mais ne pouvant ^lutter contre une déclaration si formelle, ils résolurent de patienter et d'attendre l'heure des représailles (i). » Un an après la mort de Pomaré, dans le mois de ^J^^^ décembre 1822, sa fille Aîmata épousa le jeune chef de Taha, fils d'un guerrier célèbre dans tout l'Archipel, d'après M. Lesson, neveu, héritier et successeur du célèbre Tapoa, d'après M. Moerenhout (2). Ce jeune chef portait le nom de Pomaré , qui lui avait été donné comme un témoignage d'affection par le feu rot de Taiti, dont il était le bvori. A ce nom M. Lesson joint celui de Néharaî (3), qui est la corruption
(1) DUrrille, Fayoge fiUoruqm , tome I , pftge 561. (?) Hoerenhont , Fanage aux il$i éufrfmA Oeéam , tome II, pafceSlG.
.\ P. LcMon, Foyage mrlaeoneîîf ta CoquiUit t. u, p. 289*
un.
6B8 BSQViSSE
saits douté $ àe eeiuî d'Ahm-rMi gros renire^ sobriquet déeerné à ee jeune chef en raison de sa corpulence peu comnlunë (i). Quoique sa tournure n'eût rien de martial et que son humeur ne fût pas citée pour être belliqueuse $ ce prince taitien accueillît avec une grabde satisfaction un sabre qui lui fut donné par le commandant de la Coquille ; il ne cessait de faire ajuste)* cette armé sur le côté » et de faire serrer son énorme abdomen par le cuir trop court d'un ceinturofa^ destiné à une taille plus svelte. La cérémonie du mariage eut lieu à Ouahine , point intermédiaire entre les domaines des deux époux. Aimata^ accompagnée par sa mère et sa tante ^ arriva, une semaine après son futur ^ à Ouahine sur le brick la Reine^Charloite i qui appartenait au gouvernenlenl de Taîti. Dans l'après-midi du jour de rarrivée^ le débarquement de la fiancée eut lieu et elle fut conduite par ses parents dans la maison où Pomaré Abou-rahi l'attendait en silence « entouré de ses amis. Ils restèrent tous deux immobiles; Pomaré non-seulement fae se leva pas pour complimenter les parents de sa femme ou sa future , mais il ne se découvrit même pas à leur présence. Aîmata^ qui le voyait pour la première fois, lançait des regards fur tifs sur celui qui devait être son mari et qui était assis devant elle avec l'immobilité d'une statue. Au bout de cette singulière entrevue, qui dura plus de vingt minutes^ les deujc partie se retirèrent sans
(1) Beechey» Foyage to the Pacifie , ete.^ piige 201.
a^oir échangé une seule parole. Peu dé temps aprèb , les formalités du mariage furent aceotnplies, et lèb deux époux fixèrent leur résidence à Talti (1).
A celle époque Âîmata n'avait pas i'èspci ance de régner un jour sur Taïti , car son frère était vivatit, et son autorité avait été limllée à H possession d'un seul district , dans les dernières dispositions de son père (2). Cependanl, des apprêts considérables eurent lieu pour la célébra tibii de fce tnariage. Leâ deux époiix ée rendirt^nt dahs loUt ra|[)pareil dii poUvôiir àlàchat)€illebu MD). karltet Ëllis dtDciërent. Une gardé ârihée léë accompagna , et les j[)riticipatit chefs formèrent un di^mi-cerde danâ réglisë , dont toutes Itis autres portions ëtalëtlt t^hvdhids pdr la foule. La plupart des assistants étaient ^cvettjs d'habits européens : Aïtnata portait Une robe ahglaise, Tcremoîmoï, t'omaré-Wâhîrie, et toutes les femmes de la famille royale étaient habillées de bidhc ; les raatiras portaient IcUrs )pfus beaut vètetnbiits, et Pomaré était couvert de vêtements éclatants, mais de fabrication indigène. Il était âgé de seize ans à peu près à cette époque; Aîmata était un peu plus jeune; il était d*un caractère taciturne et réservé, à l'opposé de sa femme ^ dont les manières étaient engageantes, Tesprit léger et la conversation gaie. Elle n*était ni forte, ni corpulente; sa contenance était ouverte et pleine de vivacité, ses yeux noirs ctlhcelaient dMn-
Gérémonies du mariage.
Caractère' des êpoui.
(f}EnM, Polyneiian renearche» y tome n , pa<;e 562. (2) Jfmtonaff register for tk^ year 1822, page 398.
telligence , et ils se remplirent de larmes au moment d'accomplir les derniers rites du itiariage. Elle donna de bonne heure des signes d'une intelligence supérieure, dit M. Ellis, et si ses facultés mentales avaient été cultivés convenablement, ses connaissances auraient probablement dépassé celles de la plupart des personnes de son sexe, dans la société où elle devait exercer la plus haute influence. Cependant la contrainte et l'application, ne convenaient pas aux dispositions enjouées de son caractère et aux habitudes d'indépendance qu'elle avait contractées. Elle avait assisté fréquemment aux leçons des missionnaires, et pendant tout le temps qu'elle continua ses études^ elle promettait d'être un bon élève et lit de rapides progrès. Sa conduite était con* forme aux principes du christianisme qu'elle avait embrassé, et elle s'est toujours montrée invariablement, bienveillante pour les missionnaires (i). Aimata n'avait que douze ou treize ans quand elle vint visiter notre corvette, dit M. Lesson , ses formes étaient grêles et délicates, et sa coloration d'un jaune très-clair tirant sur le blanc. Sa physionomie intéressante avait une expression fine et spirituelle ; ses manières plurent à tout le monde d'abord par ses terreurs gracieuses, ses bouderies mutines et tous ses caprices d'enfant. Vêtue d'une étoffe trèsblanche , sa chevelure nouée sur la tète n'avait pour ornement que des fleurs naturelles de gardénia,
ll)'£lii8 , Polynesianreêearcfmj tome II', page 561.
fleurs qui étaient aussi passées dans les trous de ses oreilles. A son départ, Aîmata était couverte de colifichets rapportés de France , tels que colliers en verroterie, pendants d'oreilles en or faux , que chacun s^empressait de lui offrir. Princesse par naissance , belle entre les jeunes insulaires ^e son âge, l'influence de Cfes deux puissants moteurs agissait sur le cœur de chacun , et c'était à qui se piquerait de la plus grande libéralité (1).
Malgré les promesses qu'elle avait faites aux dépu- ''^•{SH^uî^^ tés de Ouahine, Teriitaria n'était pas retournée dans «n^thbmiai. ses Étals; elle ne revint à Ouahine que vers le temps consacré aux cérémonies du mariage d' Aîmata. Et , pendant ce temps, elle éprouva, dit-on , la rigueur des lois qu'elle avait fait promulguer en son nom. M. Ellis mentionne le fait dont nous nous occupons^ mais il l'attribue à Teremoîmoi. Il arriva que les serviteurs de Tune ou l'autre des deux sœurs , ayant coupé un arbre à pain dans le jardin d'u npauvre homme nommé Teouhe, une plainte fut portée par-devant le magistrat de l'endroit : soit que Mahiné, chef de nie voulût faire acte d'indépendance vis-à-vis du gouvernement de Taili, soit qu'il voulût établir par une démonstration publique, que personne ne pouvait réclamer le privilège de l'impunité, la reine, comparut devant le juge Ori, et les missionnaires assistèrent à cette séance. Le juge , s' adressant à la reine , lui
(1) p. LeMon, Voyage autowr êmmo/nàe #ur la carteile la CoquilU , tome 1 , page 290.
66a E^QUIS^e
demanda si elle avait donné Tordre dp coupi^r Tarbre : elle répondit afQrmalivemeni. Ensuite il demanda si elle ne «avait pas qu'il eiislat des lois : elle répondit, f oui> ^ maisqu'^lle ne croyait pas qu'elles lui' fussent applicables. Le magistrat demanda encore si| idans ces lois dont il tenait un ei^emplaire à la main, il y avait quelque rapeption en faveur des chefe, dep rois ou des reines : elle répopdit , « non , i et envoya aussitôt un de ses serviteurs cb6rch0r un sac d'argept qu'isl}e jeta deyaqt le pauYr^ homme, coipine une compensa(ipq fie 1^ perte qu'il avait éprouvée. « Aprêt^^^ ^'écrja le juge, nous n'avons » pas encore fini. ^. La reine alqrs commença a pleurer- r Pgpsp^-vqus qu^ vous avez bien agi en fai- » sant cpuper l'arbre s£|ns dems^nder {a permission
> 4^ propriétaire? » « C'était mal, » dit la reine. Ajprç, poursuivit le juge en s'adressautà Teouhe, quelle satisfaction demandez-vpus? Il répondit : « si » la reine p^t cpnvaincue qu elle a eu tort de prendre » l'arbre d'un pauvre homme sans soq agrément, je n suis sûr qu'elje n'agira plus ainsi, et jesuii^ content ;
> je ne4omande pas d'siutre récompeuse. »0n applaudit 4 son désintéressement ; Tassemblép se dispersa ; et plus ^rd 1^ reine lui envoya un présent éc|uivalent à la valeur de l'arbre coupé (1).
Gp spul fait îndtqup Ips changements survenus dans Te^prlt dp la pppulation sous l'influence (}p l'établissement des nouvelles lois , et dans le régime
(1) EUis y PolyneHan reiearches , tome il , page 15^.
social de cette époque, mieux qu une longue ili^sertalion ; cependant , on ne doit pas attribuer à cet événement un caractère purement légal , par il est aussi bien lo feit de l'ambition politique d^s (chefsda Ouahiae^quiy en bumili^Q^ la yww do Pom^ré/fair saient preuve d'un pouvoir éga} OM WU* Il 0«t plus que probable que jamais on n'aurait osé, du vivant de Pomaré II, conduire sa fenune sur 1» sellette qm elle vint s'asseoir.
Les officiers de la corvette ta Comité assistèrent ^^"nSïlo'' aux séances des assemblées générales des Taîtiens en ^ ^''1^*' 4833 i Papaoa. Les impressions qu'ils reçurent en assistant h cette réunion ne sont pas favorables, lip extrait du journal de D'Urville et Touvrage de II. Lessqn, dépeignent sous un point de vue désavantageux les circonstances qui accompagnèrent ces réunions. La séance où des questions politi(iues furent soumises k l'assemblée populaire, dura plusieurs heures, pendant lesquelles les chefs prirent tour à tour la parole. Le plus brillant orateur de cette foule était le chef Tati ; la principare question fut une capilation annuelle à établir» à raison de cinq bambous d'huile par homme; ensuite on traita des impôts qui devaient être perçus soit pour le compte du roi, soit pour le compte des missionnaires; on sut plus tard que la première question avait été résolue dans la sens affirmatif i mais que la seconde, celle qui concernait les missionnaires, avait été ajoiirpé^ p^ eux dans U prévi^joi) 4'uq échec.
Quatre mille personnes environ assistaient à celte espèce de congrès national (1). M. Lesson complète les indications qui précèdent, en disant que les missionnaires avaient convoqué à Papaoa les principaux personnages de Ttle, pour présenter à leur sanction une loi qui aurait imposé des tributs à la population. Mais, comme des chefs influents des autres districts, s'opposaient vivement à ce nouvel empiétement, les missionnaires se concertèrent entre eux pour ne pas exaspérer les esprits déjà fort échauffés , car une scission était imminente. La prédication se réduisit à un texte vague, dont l'épigraphe résumait le but , car le ministre débuta par cette phrase : Rendez à César ce qui appartient à César. MM. Bennett et Tyermann décidèrent leurs collègues à renoncer pour le moment, à un projet qui soulevait contre lui une aussi virulente opposition. Les naturels , partisans de la mesure comme ceux qui la combattaient, s'étaient rendus à la séance, armés de leurs fusils, et on avait remarqué la veille que les habitants des alentours du mouillage, avaient fondu des balles , et qu'ils avaient apporté un grand nombre de porcs pour obtenir en échange de la poudre de guerre, seul prix auquel ils voulussent les céder. En se désistant avec souplesse de cette demande, les missionnaires firent preuve de tact, et lorsqu'on interrogea, le soir, ceux qui revenaient gais et folâtres du temple où s'était tenue Tassem-
(1) BUrnUe , Voyage piUoreêque , etc., tome I , page 563.
UISTORIQUE. 6G5
blée générale , ils dirent que tout s'élait bien passé Moilat, MaUm (1).
Le Misêitmary réguler se tait sur ce sujet; il men- MMum tionne seulement que le montant delà souscription à ^'**^;;Y">^*^ Tait i, pour la société auxiliaire des missions, en 1 823, "^m mÎMioDt. s'éleva à 10,804 bambous d'huile, 180 balles d'ar- ••»• row-root, 105 paniers de coton et 47 cochons. Ce produit différait peu de celui de Tannée précédente, qui ava^ été de 9,226 bambous d'huile, 267 balles d arrow«root, i91 paniers de coton et 24 cochons (2).
Le montant des souscriptions se maintenait aussi , à peu prés au niveau des années précédentes dans les autres lies de l'Airchipel. La contribution de Ttie Ouahine pour Tannée 1822, monta à 5,853 bambous d'huile, 40 balles d'arrow-root, 22 cochons; et la valeur des souscriptions des trois années précédentes clait évaluée à432 liv. sterl. (environ 10,700 fr.) (3). Cependant M. Lesson ainsi que M. Moerenhout indiquent qu'après 1822 les Taîtiens se lassèrent de ce tribut imposé à leur zèle. Le premier ajoute qu'ils employèrent alors toute sorte de subterruges pour tromper les missionnaires; c'est ainsi qu^ils dimi^ nuèrent la grandeur des bambous contenant Thuile et la grosseur des paquets de coton; de sorte ({ue » quoique les chiffres restassent les mômes, la valeur des contributions était bien moindre. Et c'était pour
(l)LeHon, Fa^f amtmr 4m momi$ pêt la eorvHU la CoquiUê^ tome I , ptgw 30S et 304.
(3) MUiionary rtgiiUr far îh€ ymr 1825, {Mge 106. (3) ANiil(marf f^gîilMr for iJbt yMT 1824 , piise 81.
subvenir à ce déficit qu'on devait demander un surcroit d'impôt. Ce projet, comme nous l'avons dit plus haut, fut accoeilii avec une défaveur marquée et fut dès lors abandonné.
ObsenraUons
défaforables
du capilaine
KoUebae.
Après la Coquille , parut à Taîti le capitaine Kot* zebue ; ce navigateur russe a consigné dans la publication de son voyage, des observations très^é^ favorables et même exagérées de Tétat de la^ société à Taïti. Il a constaté dans sa relation quelques exemples de la rigueur des missionnaires, dépeints à la fois comme les surveillants des consciences et les redresseurs des torts. Un indigène ayant volé une chemise à r un des marins russes, fut garrotté malgré le pardon du capitaine, malgré son désistement , et envoyé au travail des routes malgré ses instances; on lui fit grâce seulement du fouet. La pénalité n'était pas moins rigoureuse pour les faiblesses de la chair; on infligeait des punitions exemplaires aux Taïliennes qui se livraient aux marins (1).
(1) Au snjet da pasiage du capitaine Kotzebae , on trouve dan^ une publication récente une note provenant des papiers de M. Tyermann , après la mort de cet inspectenr de la Sodétë des missions de Londres, qui eut lien pendant son yoyage.
« M. Nott , écriTait-il, a eu une longue conversation avec le
capitaine sur les raf^orts de ces îles avec PAngleterre. La Russie semble aspirer a Pinsignifiant bonneur d'igouter ces petits pointa verts des tropiques, aux immenses déserts de neige de son empire ; mais les naturels ne sont nullement enclins a accepter une telle dépendance, sons prétexte dHme alliance avec ^autocrate. »
Cette note nous a paru un document à citer. Les missionnaires anglais vonlaient*-ilB se prémunir d^avance contre les attaques du
Il est évident, qu'en i823, l'ancienne ferveur de Manifesution»
, * ' des jeunes gens
la population se ralentissait de plus en plus. Des ^^'^^ i^'^TilÎ!;*''"* manifestations non équivoques d'aversion pour le ijj;,. culte avaient lieu. Une grande partie des jeunes gens appartenant aux districts de la partie nord de Taiti, s'efforçaient de faire revivre les anciennes habitudes de rUe, et surtout le tatouage ^ signe indélébiïe qui marquait , d'une manière ineffaçable , les % mécontents. Ces tendances, dit leMissionary regisîery ont été vues par les missionnaires et les habitants pieux, avec un juste sentiment d'alarme. Des mesures ont été adoptées avec la sanction de l'autorité , pour arrêter les progrès du mal. Quelques membres de réglise, cédant aux tentations offertes par le voisinage des bâtiments mouillés dans le port de Papéiti, se sont aussi adonnés à Tivresse. Un jour de jeûne général et de prières a été désigné à la suite de ce Âcheux événement (i).
Ce fut dans cet état de choses qu'on songea à con- prépar^tir^ sacrer lavenement du jeune Pomaré III comme chef de pomare m.
navigateiir nuse , on bien celni-ci avait-il laiaw percer réellement l^intention qn*on lui attribue ? G^est ce que noua ne pouTons décider ; on ne voit pas trop comment il eût été possible à la Rnssie d^ëtablir une colonie à une si grande distance de son territoire , sons on climat si différent et sans aucun arantage apparent ; d^on antre côté , les missionnaires anglais , tout en connaissant le mauTais Touloir du capitaine russe , qui pendant sa relâche se montra Tadversaire décidé de leurs doctrines , ne deraient pas y attacher aasez de gravité pour chercher à le combattre avant même qn^il M traduit en attaques publiques, (t) MUtionary réguler for ike year 1825, pages 105 et 106.
suprême de Taïti , trois ans environ après la mort de son père. Sans nul doute, c'est à l'instigation des missionnaires qu'il faut attribuer cette intronisation anticipée, ainsi que les formes nouvelles de la cérémonie du couronnement. Ceci, dit M. Moerenhout, était contre l'usage des insulaires; et on peut le regarder comme l'œuvre des étrangers, de , même que la froide cérémonie qui eut lieu à cette occasion; ceux qui la dirigèrent ne manquèrent pas de faire de leur mieux pour lui donner tout Téclat possible, afin d'attirer à ce jeune prince la considération et le respect , d'où dépendait seul , désormais, le pouvoir des chefs (1).
instiiation Préalablement à la cérémonie , le code avait été
d'une assemblée ^ ., -^ • .# i • .• « j
législative, revu , et 1 on y avait ajoute plusieurs articles du consentement des principaux chefs. Une loi importante fut introduite , elle donna à la nation pour la première fois ce qu'on peut appeler un gouvernement constitutionnel, qui changea le pouvoir absolu de la monarchie taitienneen celui d'un gouvernement représentatif. Il fut alors décrété que des députés élus dans chaque district, à la pluralité des voix, s'assembleraient annuellement, dans le but de discuter et de promulguer de nouvelles lois ou d'amender les lois déjà existantes. La durée de la session était limitée aux travaux à accomplir par l'assemblée. Les habiianls des districts devaient procéder à de nou-
(1) Moerenhout , Foyn^ aux ile$ dm grtmd Océans tomell, page 490.
5«lles élections tous les trois ans. Il fut d*abord décidé que chaque district enverrait deux députés ; cependant, la même loi autorisa à accroître le nombre des députés au chiffre de trois ou de quatre par district, si cela était jugé nécessaire. Aucune loi ne devait être reconnue comme loi du pays, si elle n'avait été approuvée ou proposée par le parlement et si elle n*était revêtue de b sanction du roi (i).
Cette assemblée, à laquelle on peut donner le nom de parlement taîtien, 6xa aussi au 21 avril 1824 le couronnement du jeune Pomaré III. Ce jour-là plus de deux mille personnes se réunirent à Papaoa, où la cérémonie devait avoir lieu. L'assemblée se composait principalement des habitants de Taiti et d*Eiméo, des chefs de ces lies et des lies dn groupe nordouest , qui y avaient été tous invités. Tous les chefs de Taiti jouaient un rôle, et figuraient d'après leur ii^uenceet leur autorité relative; ik faisaient, par leur seule présence, profession de reconnaître ce jeune enfant pour leur légitime souverain (2). Pour que tous les spectateurs pussent apercevoir les détails de b consécration, on éleva une plate -forme en pierre de soixante pieds carrés environ, sur laquelle on érigea une autre pbte-forme plus petite où devait se passer la scène du couronnement. La cérémonie commença vers wpl heures du matin; on
(l)Cllit , Poiffn$$Um mmnim, toma n, pige 4S5. (2) HoOTOiliom, Fajiagê mo; Ib» 4» itmi (Mm^ tome H, ptss490.
^•PwMffé m.
SI avril itM.
670 £8QUISM
parût procesaioDuelldinent de la maimn de la reine pour se rendre au lieu désigné» qui sa trouvait dans une plaine, à environ un mille de distance. Deux jeunes filles marchant en avant» semaient la route de fleurs. Mahinoi cbefd'Ouabineet juge nominal de Taîti, ouvrait la marche, en portant une grande Bible; il était accompagné par les inspecteurs de la Société des missions de Londres et par MM. Nottet Henry; le reste des missionnaires les suivait , puis venaient les juges supérieurs de Tile sur trois rangs; Outami ou Otomi, chef d' Attahourou , portait une copie du code des lois, Tati, chef de Papara, tenait la couronne ; immédiatement après, on voyait le jeune Pomaré porté sur une chaise par quatre jeunes chefs , tandis qu'un nombre égal de fils de chefs supportaient un dais sur sa tête ; sa mère , sa tante et sa sœur marchaient à ses côtés ; son beau-frère marchait immédiatement derrière lui et précédait Tamatoa, chef de Raiatea et les autres membres delà famille régnante. Les gouverneurs, les juges des districts et les magis^ trats inférieurs, marchant par quatre de front, terminaient la procession. Adoption Quand on atteignit la plate-forme, les femmes,
d'an supplément .« .1 •« •• • ••
au code des lofs les cnfants et les amis des missionnaires, qui avaient
de Taïil, . • ' .
aussi accompagné la procession, s assirent; le jeune roi resta assis sur son fauteuil, tandis qu'on posait devant lui ^ sur deux petites tables^ la couronne, la Bible et le Code. Tous les assistants s'assirent alors autour et derrière le roi. Le jeune Pomaré , âgé d'un peu plus de quatre ans, était naturellement passif dans
les opérations de cette journée importante. M. Davies, un des plus anciens missionnaires, pnria en son nom , et la cérémonie commença par le chant des hymnes et par des prières; après quoi, dit M. Moereohout, M. P(ott entreprit d*expliquer & la multitude ce que c'était que le couronnement, chose fort nécessaire, car jusqu'alors le plus grand nombre des assistants ignorait ce que tout cela signifiait. M. Moerenhout ajoute encore , que M. Nott lut ensuite un supplément au Code des lois , auquel il demanda que le peuple donnât son approbation en levant la main ; puis ce Code fut mis entre les mains du jeune prince par un missionnaire, qui en même temps lui adressa ces paroles : « Promettez -vous de
• gouverner votre peuple avec justice et avec bonté , 9 conformément à la parole de Dieu et d'après ces » lois, ou telles autres que les représentants du peuple » pourront faire, avec votre consentement?» A quoi, d'après la leçon reçue, il répondit: • Je le promets; » et qu'ainsi Dieu me soit en aide. »
Un autre missionnaire prit alors une petite fiole , ^ p^nuSS m. et Ton apprit, sans toutefois savoir ce que cela voulait dire^ qu'elle contenait l'huile de l'onction. Il en versa un peu sur la tète de l'enfant; alors M. Nott prit la couronne et la posa sur la tète du roi en pro* nonçant ces mots : « Pomaré , je vous couronne roi
• de Taiti, Morea, etc.; » formule à laquelle il ajouta ces paroles plus convenables dans la bouche de ce vénérable vieillard : « Puisse Dieu vous accorder la » prospérité^ la santé, une longue vie, et la grâce de
Amnistie des condamnée.
Education de Pomaré III.
» gouverner avec justice et dans la crainte de Dieul » Et le peuple fit, à plusieurs reprises , retentir l'air du cri officiel : « Vive le roi ! vive le roi (1) ! »
Le missionnaire Ellis ne mentionne pas ces détails ; il dit seulement que M. Nott plaça la couronne sur la tète du jeune roi et prononça une bénédiction sur lui, et qu'on remplaça la cérémonie du bain auquel était soumis autrefois l'arii-rahi, par Fonction, cérémonie, ajoute-t-il, dont on aurait tout aussi bien fait de se dispenser (2). M. Darling présenta aussi une Bible au roi en prononçant un discours de circonstance, après quoi un héraut proclama une amnistie de tous les condamnés de l'tle. Chaque exilé reçut l'autorisation de rentrer dans son district, et fut exhorté à devenir un membre exemplaire de la société. L'assemblée se rendit ensuite à la chapelle royale des missions où la solennité fut terminée par un service divin.
Peu de temps après son couronnement le jeune Pomaré III , qui avait été confié aux soins de M. Nott, à Papaoa (3), fut conduit à Eiméo, où on le remit entre les mains de M. Orsmond, directeur d'une école spéciale pour les enfants des missionnaires, désignée sous le titre d'Académie des mers du Sud. Cet établissement fut fondé au mois de mars 4824 , par les députés de la Société des rois-
Ci) Moerenhout, Voyage aux îles du grand Océan ^ tomel), page 493.
(2) Ellis, PolynesianresearcheSf tome II , page 537. (3) Misiionary regUUrforthe year 1825, page 105.
sion8 de Londres et les missionnaires résidents dans ces lies, dans le but de procarer aux enfants des missionnaires et aux enfants indigènes les plus intelligents, une éducation libérale , propre à les préparer à occuper des positions élevées dans la vie. Cette institution, placée sous la direction d'un comité, était aussi une espèce de collège ou de séminaire ^ destiné à faire l'éducation des indigènes qui voulaient se consacrer à l'enseignement ou au sacerdoce, dans les différentes stations des mers du sud. Une des plus pénibles privations des missionnaires, était l'impossibilité où ils se trouvaient de donner à leurs enfants une éducation en harmonie avec celle qu'ils auraient reçue dans les pays civilisés. Placés au milieu d'une population rude et grossière, ils avaient à craindre de voir leurs familles contracter les habitudes et les mœurs des indigènes, sans pouvoir apporter aucun remède à cette dégradation morale; malgré la plus grande surveillance, ils ne pouvaient espérer de les préserver de ce con* tact dangereux, et n'avaient, en même temps, aucun moyen de leur donner une instruction indispensable. Leur anxiété était très-grande à ce sujet , et il est facile de la comprendre. L'établissement de l'Académie des mers du sud devait remédier aux inconvénients redoutés , et dès le principe elle reçutenviron soixante élèves, enfants ou orphelins des missionnaires(l).
(1) EUis, PolynêtiM n$$ard^j lomell , pigeMl et mhraatof.
674 MQDUISft
Arrivée A Taïtida Eq 1824, (UveTiM mutations eurent lieu dans le
missionnaire '
pritchard. per^oMiel des ibt«ionniiret de Taiti. Neus ne men- 25décembrei824. tionneroDs que l'arrivée d'un homme qui, dans ces derniers temps, a joué un grand râle dans lesévén^ ments dont ces lies ont été le théfttre. Nous voulons parler de M. G. Pritchard. Nous ne savons sur quelle autorité on l'a dépeint, dans quelques publications, comme un homme de basse extraction ; le Misrionary regisier ne le désigne que sous le titre d'étudiant du séminaire de Gosport (1). Nommé missionnaire le 22 avril 1824, il fut en même temps destiné pour les mers du sud. Il partit, accompagné de sa femme^ le 27 juillet suivant , sur le Fox-Haundj commandé par le capitaine Emments , profitant d'un passage gratuit concédé par l'armateur Birnie, et le jour de Noël de la même année il arriva à TaUi; quelque temps après il occupa la station de Papéiti, qu'il ne parait pas avoir quittée depuis lors.
Opinions Dsns la même année, on commença en France à
enFrVïicfaafnjet sc préoccupcr de l'œuvrc dcs missioHS auglaiscs. Le deTaïii. rapport favorable du commandant de la Coquille ^^'^*' au ministre de la marine, inséré dans le Moniteur du 1* avril, attira Tattention publique, et bientôt les organes de la presse s'en emparèrent. Un des principaux journaux d'alors , le Drapeau Blanc^ attaqua ouvertement, dans son numéro du 19 mai, les missions protestantes en général ; cet article , en préconisant les résultats obtenus par les jésuites,
(1) Mi$tUmaryreginêr fùf the yMif iS24, page 278.
HISTORIOUE. 675
daii$ la méntd voie de propagande religieuse 9 se terminait par des doutes sur la réalité des progrés opérés à Taiti par les missionnaires anglais, désignés sous le nom de puritains. A cette époque d'opposition générale contre les tendances du gouvernement en France, les moindres débats prenaient un caractère politique. La question si insignifiante alors du succès des missionnaires protestants, critiquée par Forgane du parti royaliste, n'échappa pointa cette influence; diverses publications françaises et anglaises s'emparèrent de ce sujet de polémique , et même il attira l'attention de quelques sociétés savantes. Le rapport de la Société Asiatique de Paris pour l'année 1824, lu par M. Abei Remusa t, en séance publique sous la présidence de S. A. le duc d'Orléans, contenait un long paragraphe relatif aux serfices que les sociétés bibliques rendent à la science, et accordait un éloge complet i\ leurs travaux. Plus tard, des hommes éniinents, et particulièrement MM. Guizot et Hyde de INeuville ont proclamé les opinions les plus favorables à legard des missions protestantes. Nous avons fait volontiers le rapprochement de ces manifestations des dernières années de la restauration, au moment où le même sujet préoccupe de nouveau quelques esprits, car il nous parait utile à lu coni{iaraisou de Topiaic^ publique, à vingt ans d'intervalle.
Sans pouvoir fixer de date précise, il parait que le Tnbot imposé premier démêlé du gouvernement de Taïti avec les irti^rw. puissances européennes date de l'année 1825. La n^,.
régente, Poinaré-^Wahine, connaissant la iraleur que les Européens attachaient à la nacre des huîtres perlières, résolut d'imposer un tribut sur cette pèche aCn d'augmenter ses revenus. Des ordres furent donnés, en conséquence, à toutes les tles tributaires de Tarchipel Pomotou, de s'emparer de tout bâtiment qui ne serait pas porteur d'une permission du gouvernement taitien de se livrer à cette industrie.
c«p^oj[« d^Mek Les habitants de l'Ile de la Chaîne, qui, à cause ie Dngom. ^^ leur csprit entreprenant , et leurs habitudes de maraude, peuvent être considérés comme les boucaniers de ces archipels, furent trop heureux de trouver un prétexte qui justifiât des tentatives de spoliation ; ils envoyèrent deux pirogues doubles à rtle Tiokea où ils trouvèrent le brick anglais le Dragon , et s'en emparèrent , après avoir attendu patiemment qu'il eût complété son chargement ; ils garrottèrent le capitaine et l'équipage , et pillèrent de fond en comble le navire et son chargement. Par une singulière anomalie, ces insulaires, après avoir accompli cet acte de spoliation, se rendirent, d'après le capitaine Beechey , à l'église pour remercier Dieu de leur succès; et pour rendre leurs prières plus solennelles , ils transportèrent la cloche #u navire dans le temple. Pendant plusieurs jours ils conservèrent le capitaine pieds et mains liés sur le rivage; ils débattirent s'ils devaient le tuer et le manger, sort qu'il aurait probablement subi sans l'intervention d'un chef, car les habitants de Tiokea
àTaiu:
avaient la réputation d'être encore cannibales, quoiqu'ils eussent embrassé en apparence le, christia* nisme. L'équipage, plus heureux que le capitaine » obtint d'être mis en liberté à la condition de mettre le brick en état de rqnrendre la mer. Le capitaine obtint aussi la permission d'aller à bord, où s'étant entendu avec son équipage » il coupa les câbles et parvint à s'échapper , mais en abandonnant toute la cai^[aison du navire dont le pillage avait été complet.
Lorsque ce capitaine arriva à Taiti , il s'adressa au séetamiuoM consul anglais qui était établi depuis peu de temps ^*^|/;?'*^ dans ces Ues, pour obtenir réparation(l).Get agent, d'aprésM. Moerenhout, se nommait Chariston ; il était consul général deS. M. Britanniqueaux lies Sandwich et aux lies de la Société, et l'homme le plus propre à remplir un pareil emploi dans un pays neuf. Cependantlaprésencedecetagentétaitpresqu'inutile,d'aijh tant plus qu'il y avait peu d'harmonie entre lui et les missionnaires. M. Moerenhout ajoute : € J'ignore de
• quel côtéétaient les torts, mais il parait qu'ily avait f un peu de jalousie de la part des missionnaires, » seules autorités locales depuis longtemps, il quitta » Taiti après un court séjour, y laissant un vice»
• consul qui, pour ces mêmes raisons, ne fit guère » plus de bien , et partit ^jalement très-peu de V temps après (2).» Quoi qu'il en soit, les représentations du consul au sujet du Dragon furent sans ré-
(1) Beechey, Fùfogê to the Padfep page 207. (2)lloerenlioot» rofOf» mu6 Uê$ émtrmé Oeém, Corne n, 4SI.
perliéres.
Ma» 1836.
sultats. Il avait déjà réclamé sans succès contre le décret du gouTerneinenl , relatif à la pèche des perles ; ses nouvelles plaintes n'étant pas appuyées à cette époque par la présence d'un navire de guerre, il ne put pas atteindre lebutqu'il se proposait. La régente lui répondit qu'elle ne pouvait accueillir ses représentationsy quoiqu'elle sût d'ailleurs , qu'elle n'était pas en position de se défendre contre le moindre déplacement des forces britanniques.
Reirait de» ordraf Sur CCS entrefaites, le navire de guerre anglais le ^^^I^^^ ^^<^^^j commandé par le capitaine Beechey, arriva à Taiti , où il vint prêter main-for<(e aux réclama* tiens du consul ; on saisit cette occasion pour faire rapporter un décret qui mettait en danger non-seulement les propriétés, mais encore la vie des personnes attirées par le commerce sur ces ties. On réclama, en même temps, la restitution des objets volés sur le Dragon y et une indemnité pour les propriétaires. On profita de la présence des principaux chefs pour terminer cette affaire. Pomaré-liVahine était trèscontrariée d'être obligée d*abandonner cette source de revenus, et soutint avec vivacité quelle avait le droit incontestable d'imposer des taxes dans ses do< maines; elle présenta ses arguments avec ténacité, et en appela finalement à la décision des chefs présents. Lorsqu'elle les vit disposés à accéder à la demande du consul , elle fondit en larmes ; cepen* dant, à la fin, elle consentit, sur leur avis, à envoyer une circulaire dans les lies Pomotou , pour inviter les chefs à ne molester en aucune façon les
pécheurs de perles et les navires qui relâcheraient dans ces lies pour obtenir des rafraîchissements » mais au contraire , de leur donner l'aide et les secours dont ils pourraient avoir besoin, et dans le cas d'une discussion, d'en référer aux autorités de Taiti. Cette concession arrachée à la régente détruisit sa bonne humeur pendant quelque temps ; elle reprit cependant, dans l'après-midi du même jour, son enjouement habituel et toute sa sérénité en entendant le son du tambour du bâtiment. Pour satisfaire à son goût prononcé pour cette bruyante musique , on envoya un tambour exécuter les plus brillants morceaux de son répertoire à l'ombre des arbres où la famille royale avait cherché un refuge contre les ardeurs du jour. La foule se rassembla bientôt sur ce point et témoigna le plus grand plaisir en entendant les sons de l'instrument guerrier. Les spectateurs les plus éloignés grimpaient même sur les arbrespour apercevoir l'exécutant , dont le talent fut mis à l'épreuve jusqu'à ce qu'il fût exténué de fatigue (1).
Les observations du capitaine Beeçhey sur l'état di/ca"iu?ne de la société à Taïtî, consignées dans la relation de ^f ['/'"ci son voyage, quoique plus modérées dans la forme, * ^**'*' ne sont guère plus favorables au fond à l'œuvre des missions, que celles de MM. Lcsson et Kotzebue. Le navigateur anglais, après avoir rendu justice au mérite de l'ouvrage publié par le missionnaire Ellis,
(1) BMchc(7, Fanage iQtk$Pa€iH€^ pi«M 200 elSOS.
l'eut ocielé
SOUS le titre de Poltfnenan Te$earcheSj fail remarquer que cette publication , parfaite sous certains rapports, est cependant dérectueuse sous d'autres points de vue. • L'auteur, dit-il, mu par des sentiments de charité inhérents à son ministère, a , de son propre aveu, omis les traits fâcheux du caractère de Pomaré pour s'arrêter sur les côtés avantageux de sa biographie. Il a suivi cette marche dans tout Fouvrage , et a donné au lecteur une idée favorable de la condition morale de ce peuple, et de son état de civilisation, que la réalité, ou du moins que les faits parvenus à notre connaissance ne justifient pas. Sans aucun doute, il a esquissé ce tableau tel qu'il s'est présenté à ses yeux , mais il est tombé à son insu dans les erreurs inséparables de sa position ; car sa présence au milieu des indigènes inspirait la retenue et le respect, qui sont dus à son ministère et à wn caractère personnel, tandis que, plus libres dans leurs contacts avec les officiers anglais , ils agissaient plus ouvertement ; sous l'impulsion de leurs sentiments naturels, ils exprimaient leursopinions avec plus de liberté, et permettaient ainsi d'obtenir un aperçu plus correct de leurs véritables dispositions et habitudes.
» Le Code de lois, continue le capitaine Beechey, institué par Pomaré II, avec l'assistance des missionnaires, a reçu de temps à autre de grandes extensions; depuis 4825, un parlement, composé des représentants élus par le peuple des di-
9 vers districts de Ttle, a été établi ; les limites im- » posées par ce pouvoir à l'autorité arbitraire du f monarque, la sécurité qu'il accorde aux pro- B priétés et aux libertés du peuple, sont à la » louange des missionnaires, qui furent les instrut ments de rintroduction de ces lois: mais, en f même temps , s'ils avaient mieux lu dans l'histoire » de l'humanité , ils auraient été moins rigides sur » certaines particularités, et ils auraient plus faci- » lement atteint les avantages qu'ils se proposaient. » Des magistrats sont délégués pour juger les délits » et tiennent leurs séances publiquement, au grand » air; la police est continuellement sur l'alerte jour » et nuit, pour empêcher les amusements du peu- » pie, qui, par des vues religieuses erronées, est » réduit à vivre d'une vie d'austères privations (1) . *
Une visite faite par les officiers du Btassom à yisiiedM la régente, fut la cause d'une infraction aux ^iT^ptâS^'' lois en vigueur, car, pour fôter leur présence, elle «uulii.* donna Tordre d'exécuter une danse nationale , action défendue sous les peines les plus sévères , appliquées non-seulement aux acteurs, mais encore aux spectateurs de ces amusements profanes. Pour échapper au châtiment, l'orchestre, composé d'un seul vtro, espèce de flûte , joua à la sourdine afln de ne pas attirer l'attention du garde de la police, qui paradait sur la baie, couvert d'un habit de soldat anglais et armé d'un sabre rouillé. Aucun des officiers
(1) Beechey, f^oyo^f fo îhe PacifU , etc.. pn^ 199 el 200.
68a ESQUISSE
anglais n'anit assisté aux danses des indignes avant qu'elles eussent été prohibées par les lois i mais, dans cette occasion, ils ne trouvèrent rien qui pût justifier cette proscription* Cç qu'ils virent confirma l'opinion qu'Us avaient conçue, que Pamaré» ou quiconque avait conçu le Gode taitien, aurait mieux atteint le but proposé, si au lieu de supprimer eotièrcmaent ces divertissements, on leur avait seulement imposé des limites convenables. Cependant^ pendant que ce divertissement avait lieu,, dea scènes d'une nature différente se passaient dans le même apparteoneitti qui auraient convaincu rboinme le plus sceptique de l'extrême immoralité de la population i car, cm réfléchissant qu'elles sQ pai^ saient dans la résidcoee royale , en présence de la personne placée à la têle de l'État et de l'Eglise, il aurait été forcé de conclure, soit, ainsi que TurnbuU l'avait fait plusieurs années auparavant, que le contact des indigènes avec les Européens avait plutôt abaissé qu'élevé leur condition , ou bien, qu'ils violaient volontairement et tournaient en dérision des lois qu'ils trouvaient sévères jusqu'au ridicule* Plus tard,rimpression produite chez les oŒiciers anglais par cette soirée, devint un peu plus favorable, lorsqu'une plus longue fréquentation des chefs et des rapports plus fréquents avec la population , effacèrent ridée qu'ils avaient conçue d'abord de leur caractère. Les chefs en général étaient une classe d'indi«« vidus bien élevés, ayant matériellement profité de la résidence des missionnaires. Us savaient lire et
uiSToniQUE. 683
écrire dans leur langue et se piquaient d'imiter les usages européens. Plusieurs d'entre eux avaient élevé de petites maisons dans le style européen , crépies à la chaux et meublées avec des chaises, des tables et descoflres. Malheureusement, un penclmnt prononcé pour Tivrognerie était manifeste parmi eux. Leur goût pour les liqueurs fortes paraissait un vice incorrigible, et on devait considérer comme un grand avantage qu'ils n'eussent que des moyens très*limités de satisfaire ce penchant. Les chefs Pafai et Outomi demandèrent avec instance, et reçurent avec joie, du rhum à bord du Blossam; M. Lesson mentionne des demandes analogues adressées à bord de la Coquille par le chef Itoti , désigné sous le titre de gouverneur de Pomaré III (1) , qui laissent hors de doute la propension de ces hommes pour les liquides ardents , propension qui est partagée d'ailleurs par presque tous les peuples sauvages,
Pomaré III visita le Bbssam de la même manière vitiie qu'il avait visité la Coquille précédemment. Il débarqua à Taiti , le 3 avril 1826 , au milieu des acclamations enthousiastes de ses sujets , et le lendemain il se rendit à bord du navire anglais, où il fut salué de neuf coups de canon au grand plaisir de la population. M. Prilchard^ principal missionnaire de rUe y dit la narration , accompagna le jeune roi y qui , aux rudiments d'une éducation européenne , joignait
de Ponuré 111 à bord
laTrillCM.
(t) Umo» r9tê§ê QUÊkomt im mm4#, etc. , tome 1 , pige 27^
684 ëSOUisse
beaucoup de pénélralion indigène. Touâ les chefs paraissaient lui porter le plus grand intérêt, car ils espéraient que son éducation lui donnerait des avantages dont ses prédécesseurs avaient été privés, et que son accession au pouvoir enlèverait les rênes du gouvernement aux mains de la régente , dont les mesures n'étaient pas toujours les plus désintéressées ou les mieux adaptées au bien du pays; et qui, en raison de son inOuence sur les Boue-raaHraj le corps le plus puissant de Tile , mettait à exécution des projets qui n'avaient pas l'assentiment des principaux chefs. Le capitaine Beechey ne mentionne pas que Pomaré III fût accompagné dans cette visite, d'une garde armée, ainsi que M. Lesson le fait en rendant compte de l'arrivée du même personnage à bord de la Coquille y qui le salua de six coups de canon. La garde du jeune roi , d'après M. Lesson , se composait de cinq hommes d'élite, vêtus à demi à l'européenne , sous le commandement d'un chef étalant avec orgueil, sur le drap rouge de son habit, les galons sans nombre d'un tambour anglais. Cette garde s'empara du gaillard d'arrière de la corvette, d'où elle chassa impitoyablement et à coups de crosse de fusil , les pauvres naturels qui s'y étaient blottis , dans l'intention de ne rien perdre de ce qui pourrait se passer dans ces régions privilégiées. Aîmata était à la même époque, et d'après le même auteur , pourvue de gardiens vigilants et robustes, qui ne la quittaient plus depuis qu'un chef d'un parti scissionnaire opposé aux Anglicans , avait essayé de la
HISTORIQUE. t>B5
faire enlever pour utiliser Tinfluence de sa naissance et la faire coopérer au retour des anciennes coutu* mes nationales (1).
Le développement espéré des travaux industriels ■'îK'ti^iÏÏ'* encouragés par les missionnaires, s'était arrêté en to<*«^^»||«"**» i826, et au lieu de voir comme à Raiâtea, la culture du tabac et du sucre , les travaux des forgerons , des tourneurs, des charpentiers faire des progrès sensibles (2) , la population retournait à ses habitudes nonchalantes et ne se livrait à aucune occupation qui n'avait pas pour but de préparer les objets de première nécessité, ou de produire des ornements réclamés par la vanité. L'indolence des Taïtiens avait toujours été manifeste; elle avait toujours été un grand obstacle aux succès des tentatives des missionnaires, et leur dernière entreprise pour introduire une manufacture de coton échoua complètement. Au commencement , la nouveauté de cette fabrication produisit beaucoup d'élèves, mais aucun n'accomplit ses engagements jusqu'au bout. La portion du travail qui devait revenir au roi fut achevée, mais peu après les ouvriers abandonnèrent leur tâche, c Pourquoi travaillerions -nous, disaient-ils? » n'avons -nous pas assez de fruits à pain , de cocos » et de bananes pour nous noiirrir? C'est bon pour » les Européens de travailler ; ils ont de beaux habits » et de beaux navires , tandis que, ajoutaient-ils en
(I ) P. Lemm, yayage autour du numde, etc., tome I , page 274. C2) ilfiiitdfMiiif regUUr for th0 yeor 1824 , ptf{;e 81.
• jetant un regard de satisfaction autour d'eux, » nous nous contentons de ce que nous possédons. » La seule interruption qu'on remarquait dans cette sérénité du caractère des indigènes provenait de la prohibition apportée par les lois à leurs amusements ; ils témoignaient surtout des sentiments de répulsion pour ces prescriptions lorsque le nom des missionnaires était prononcé; cependant ils professaient en général un grand respect pour eux » et re* doutaient beaucoup de les offenser.
Apatbte L'Ile ne manquait pas de productions propres à
du peuple, former un commerce suffisant pour procurer aux indigènes les objets de luxe qui étaient en cours d'introduction, et pour attirer les bâtiments marchands sur ce point. Les obstacles ne naissaient point de la pauvreté de l'ile y mais bien de la négligence des habitants à tirer parti de ses productions. Il semblait que ces hommes n'avaient jamais eu la connaissance de ces avantages naturels du sol , ou qu'ils étaient tombés dans l'apàtbie, et qu'ils subissaient un profond découragement en voyant chaque année augmenter les restrictions imposées à leurs joies et à leurs plaisirs, sans apporter de compensation qui pût adoucir le cours de leur existence. « Je ne puis » éviter, continue le capitaine Beechey , de répéter » ma conviction » que si les conseillers de Pomaré » avaient limité le code pénal dans le principe , en se » réservant de lui donner plus d'extension à mesure » qu'il serait devenu plus familier au peuple; s'ils » avaient posé de simples restrietions au lieu de
mSTORIQUE.
» supprimer les amusements , ei s'ils s'étaient bornes » à enseigner les portions de là religion chrétienne f les mieux adaptées à la simple intelligence des in-» > digènes, et les plus propres à améliorer leur con-» 9 dition morale et leur bien->ëtre, ces hommes dignes » d'éloges auraient plus sûrement atteint leur but. » En publiant ces remarques , je donnerai peut- » être lieu de penser que J'ai jugé avec sévérité le« » défauts du peuple ou la conduite des mission-^ » naires. Je dois dire à cet égard qu'étant appelé à » dire la vérité, je crois l'avoir fait sans éprouver » l'influence d*aucun sentiment d'inimitié pour per- » sonne. Je n'ai, en vérité, eu aucune raison » pendant mon séjour de concevoir un pareil senti-
• ment, mais bien au contraire, mes ofliciers et 9 moi nous avons reçu de continuelles marques de 9 bienveillance. Et si j'ai esquissé plus particûliùre-
• ment, les vices de cet état social plutôt que ses «vertus, je Tai Tait dans le but de montrer que » quoique la condition de la population soit bien
• améliorée, elle n*a pas encore atteint un état d'in- 9 nocence et de bicn-ëtro domestique , tel que nous » l'avions lu. Il aurait été bien plus agréable de ne « retracer que le beau coté de ce tableau , mais cela » a déjà été fait , et en suivant cet exemple j'au- 9 rais seulement accru une erreur généralement 9 répandue (1). • Ce fragment achevé de peindre l'état du peuple & cotte époque ; il corrobore les ob-
(1) Beecliey, Foyage to îKe Pacifie^ etc., page î?6.
servatioDs consignées précédemnient et rend incontestable Tassertion que depuis ia mon de Poniaré I**, sous le gouvernement de la régence, la condition morale du peuple avait considérablement périclité. Les beaux temps de la conversion n'étaient plus; la ferveur des néophytes diminuait de plus en plus 9 en l'absence d'un pouvoir fort et respecté, et surtout sous le poids des fausses mesures prises par les missionnaires, mesures adoptées d'abord avec enthousiasme par la population , mais dont le poids devenait de plus en plus lourd avec le temps.
intro luetton  cettc époquc, l'usagc de l'argent monnayé common lyé. mcnçaît à se répandre dans ces lies. La monnaie la plus appréciée était la piastre espagnole à double colonne, mais les habitants ignoraient la valeur de l'argent à un tel degré, qu'il n'était pas rare de les voir offrir deux piastres ternies pour une seule bien brillante, et tous les objets en leur possession, quelle que fût leur valeur, étaient évalués un dalla ou tara, un dollar. Un coco , un régime de bananes , des coquilles , une lance , un cochon , étaient proposés pour le même prix. Les vêtements européens, dont l'adoption était recommandée par les missionnaires , avaient aussi une grande valeur aux yeux des ignorants insulaires , qui prenaient avec le même empressement les défroques des marins de toutes les nations; on se figure aisément la bizarrerie des accoutrements des chefs et des individus assez opulents pour obtenir ces dépouilles, qui leur enlevaient la primitive simplicité de l'ancien co3tume, pour les
Pin raineaie des spécula lions
transformer en un peuple couvert de haillons bariolés. Ces vêtements , loin d'être un indice de civilisation, semblaient , aux yeux des voyageurs , transformer ces hommes en autant de mendiants, dont ils prenaient d'ailleurs les allures en sollicitant sans trêve, les ornements inutiles qu'ils convoitaient et qu'ils ne pouvaient obtenir que par la voie des échanges ou par des demandes importunes.
L'introduction de l'argent et l'habitude des échanges avaient pris naissance dans les entreprises com- ^S^Imè!^ merciales de Pomaré II, et aussi dans les efforts des missionnaires pour importer des goûts industriels dans la population. Ces efforts ayant été infructueux, il en résulta que le peuple avait déjà contracté le désir d'obtenir des objets de manufacture européenne sans posséder aucun produit à offrir en échange; il présenta bientôt, le^fôcheux spectacle d'une société avide d'objets dont elle ne pouvait offrir une valeur équivalente. Les denrées les plus communes prirent alors un prix excessif, ou bien les individus sans propriétés aliénables, imploraient de la bienveillance des étrangers , comme au temps de Gook et peut-être plus que dans ce temps, le don des objets qu'ils convoitaient, et présentaient ainsi le tableau déplorable d'un peuple aux prises avec les convoitises qu'il ne pouvait satisfaire que par des moyens illicites. Dès lors il fallut ajouter celte cause puissante à celles qui , déjà , le faisaient rétrograder sur la voie de la civilisation.
Les spéculations commerciales que Pomaré avait
tentées d'après les conseils d'individus mal informés^ se terminèrent par des embarras de toute nature et des pertes. Ces opérations furent une source de grands ennuis qui hâtèrent probablement la fin de ce chef. Un ou deux navires furent achetés pour son compte à des prix exorbitants , et les produits de Tile entière furent monopolisés pour en effectuer le payement , ou pour défrayer les dépenses de leur équipement. Le Rahoui ou Tabou fut imposé sur Tlle* Les droits des propriétaires furent méconnus, et ils furent contraints de remettre les productions de leurs terres aux mains des agents du roi , qui devint le seul facteur de Tile ^ ou plutôt l'instrument de ceux qui s'étaient associés à lui pour priver le peuple du droit d'achat et de vente. Ces individus considéraient comme un gain légitime tout ce qu'ils obtenaient^par ces moyens de spolfatton. Le bien-être de la nation , les droits naturels du peuple , l'éta*blissement du commerce sur des bases justes et honorablt'Si furent considérés comme des mesures contraires à leurs intérêts personnels, auxquels, par conséquent, on ne devait accorder aucune considé* raiion. Un des navires achetés, fort probablement le Macquarie^ fut saisi, et fut l'objet d*un procès soutenu à Port-Jackson. Le Haweii, navire con-^ siruit par les missionnaires à Eimôo, fut d'abord destiné à faire la pêche des huttres perlières dans les lies Pomotou et à les vendre a Port^Jackson , doù il aurait rapporté des mardbandises pour les indigènes et des provisions pour les mis-
HISTORIQIie. 691
sionnaires. Il servit aussi A transporter les nil8<^ stonnaires et leurs femilles dans les différentes sta« ttons de rArchipe! , puis il fit un ou deux voyages lucraiifs aux Nouvelles^alles du Sud \ mais plus tard, à cause des dépenses excessives auxquelles il donna lieu , on jugea à propos de le vendre à Port» Jackson , où il fut employé pendant longtemps au cabotage entre ce port et la Tasraanie (i). Il restait encore au gouvernement de Taîti une goélette, la Queen Charlotte^ et Tamatoa , chef de Raiatea , possé^ dait en commun avec leschefedes lies euTironnantes» un petit brick i CEndewHmr^ commandé en 1823 par le capitaine anglais Deps ; mais ces armements de la marine taitienne ne devaient pas prospérer , au gré des espérances des intéressés.
En même temps, le nombre des navires du com- AeeroUwiMac
• • Mt«* •••• » § w d^ siri vases
merce visitant Taiti croissait d année en année. Les ataiu. baleiniers surtout venaient chercher dans leur longue et périlleuse navigation des rafraîchissements dans les ports de cette lie , où on les accusait d'apporter avec eux le désordre et des germes de corruption qui augmentaient la dissolution de la population des baies où ils relâchaient , et particulièrement de Pa« pôiti| leur rendez -vous habituel, k ce sujet, le Misêionary regiêier contient les lignes suivantes :
c La démoralisation éprouvée par les habitants » résidant près de Wilk*s harbour ( Papeîti ) ^ à 1.1 f suite de leurs relations avec les équipages des na«
(1) EUm, Pohfn€9im mearete, tooMil «t H, pifSi 4M et IM.
» vires qui ont relâché dans ce port , est bien déplo- » rable. M. Pritchard s'est établi dans cette résidence » avec l'aide des frères, le 22 novembre 1825(1). > Son début dans le saint ministère coïncida à l'duverture d'une nouvelle chapelle qui venait d'être construite. Le même volume continue , à l'opposé de l'opinion manifestée par divers navigateurs, à faire Téloge des dispositions de la population; mais il est évident que si ceux-ci, préoccupés uniquement de l'apprécia tiop de l'œuvre des missionnaires sous le point de vue de la civilisation , l'avaient jugée avec sévérité; les missionnaires, de leur côté, étaient tombés dans une grave erreur en ne reconnaissant pas les dangers de la mauvaise direction imprimée à leurs troupeaux; s'étant trompés sur l'état de ce peuple, dit M. Moerenhout, ils n'avaient pas dans le principe trop exagéré le bien du changement opéré; quand ils découvrirent leur erreur, ils voulurent arrêter le cours des désordres naissants , et dans ce but, ils conseillèrent aux chefs l'emploi de mesures coercitives. Les missionnaires disent qu'ils n'ont pas établi ces lois tyranniques, cela est possible ; mais il est difficile de croire qu'à cette époque , ils n'aient pas eu le pouvoir de les abolir ou d'en empêcher Texécution. On a dit en Angleterre, qu'ils ne se mêlent point des affaires politiques ; il n'y a rien de vrai dans cette assertion ; ils s'en mê^ lent en effet en toute occasion, et le plus souvent ils
(1) Miuionaryregiiterforthe year 1827, page 123.
ISM.
font très-bien de s'en mêler : mais ils devraient, ne rûtrce que par prudence , le faire avec plus de ma» dération , de circonspection , ou plutôt moins impérieusement, se bornant à donner des avis en particulier, et non pas des ordres publics. Leur présence trop assidue aux assemblées, la part souvent trop active qu'ils prennent dans les discussions, ne paraissent être ni dans leur mission , ni de leur compétence. Ils se sont fait par là un tort considérable; car on leur attribue de suite , la plupart du temps avec raison, rétablissement des mesures quelles qu'elles soient (1).
Au mois de mai 1826, le parlement taitien s'oc- uieMiro , cupa de la révision du code : deux lois furent modifiées, et quatre nouvelles lois furent discutées et promulguées. La première de ces nouvelles lois était relative aux marins déserteurs : elle est remarquable, car elle est la première qui inflige une pénalité aux étrangers; elle imposait aux délinquants le payement d'une amende en dollars, disposition qui devait plus tard s'étendre à la plupart des autres lois. Cette loi est ainsi conçue:
Lot PÊr\e% marine qui abandament leur$nmire$.
V Le capitaine d'un navire qui débarquera un homme de son équipage, pour le laisser à terre sans le consentement du gouverneur du district, est cri- Ci) Moerenboot , Voffage aux iU$ ém grwiU Océam , tome I , %iS et Ub.
minel ; il sera eondamné à payer trente dollars : vingt au roi , six au gouverneur et quatre à rhomme qui reconduira le marin débarqué à son bord.
2* Tout homme qui abandonnera son bâtiment et se cachera à terre, sera appréhendé immédiatement. L'homme qui trouvera et appréhendera cha-> que déserteur, recevra huit dollars, si la capture a eu lieu dans le voisinage, et quinze dollars si elle a eu lieu à quelque distance.
3^ Toute personne qui aura provoqué la désertion d'un marin, ou qui lui aura donné un asile et qui l'aura caché, sera jugée, et si elle est coupable» la sentence la condamnera à faire quinze brasses de route ou à bfttîr un quai ou un mur de huit yards de long.
4* Le marin qui se sera caché à terre et qui sera trouvé après le départ de son navire, sera jugé et condamné à faire quinze brasses de route (i),
f Ce règlement, dit M. Ëliis, est d'une nature si • juste et si salutaire dans ses tendances vis-à-vis des M étrangers qui visitent l'Ue, et vis-à-vis des habi- » tants, qu'on doit s'attendre à un prompt acquiesce- 9 ment de la part de tout le monde. » Nous ne sommes pas de cet avis« L'assemblée législative taitienne fut mal guidée dans ses résolutions ; elle dépassait déjà les limites du droit public en condamnant la simple désertion des sujets européens, par dos travaux forcés; et bien certainement, si cet acte avait été
(1) EUis y Polffneiiam researeheê , tome n » pag«s 455 et 456.
mitxLX connu, ou ai les individus soumis à cotte condamnation n'oussent pas été sous le coup de la loi dans leur pays, pour le fait de la désertion, elle aurait été rapportée sur les réclamations du premier bâtiment de guerre qui aurait passé dans ces parages avec des instructions à ce sujet. An fimd cette loi était avantageuse aux bâtiments du commerce, dont die maintenait Téquipage dans le devoir) elle mettait aussi obstacle à la désertion des convicts { c'est pour cela, peut-*étre, que le gouvernement des Nouvelles -Galles du Sud en a toléré le maintien) mais esk imposant des sommes très-fortes â payer pour droit de capture , elle entraînait rinconvénieni de ne pas être exécutée, car le gouvernement taitien D*ayant à sa disposition aucune force pour oon« traindre les délinquantsau payement, les navires du commerce étaient encore assea forts pour résister aux sommations do Tautorité* On ne pouvait pas non plus conserver le déserteur comme garantie du paye* ment, car alors on aurait commis une infraction à Tesprit de la loi } et même dans ce cas, le gouverne^ ment se soumettait aux réclamations des oapitaines des navires privés de leurs bommes« Cette loi mal conçue est un exemple des procédés du gouverne^» ment taitien qui, sous l'impulsion de bonnes inten* tiens, produisait souvent des oeuvres détestables. La tolérance du gouvernement anglais, si jaloux de la liberté et des droits du moindre de ses sujets , ne peut être expliquée que par les raisons que nous avons données plus haut , ou par la détermination do
ne contrarier en rien l'œuvre des missionnaires; car après s'être attribué le droit de haute justice sur les crimes commis dans ces parages , il paraissait accepter pour les déserteurs » des pénalités qui ne sont écrites dans aucun code des nations civilisées. On devait cependant prévoir que de pareilles mesures seraient un jour une cause de conflit, sinon avec la marine anglaise, du moins avec les marines étrangères, conflits dont le résultat ne pouvait être douteux. Le capitaine Beechey s'exprime, en parlant de Taiti, delà manière suivante : c Dans l'événement de » guerre entre l'Angleterre et d'autres puissances , » cette lie pourrait subir les plus grands ennuis de la » part des forces les plus insignifiantes ; et même d'un » seul bâtiment armé, qui jugerait convenable d'in- » vestir l'île, en raison de son alliance supposée avec » l'Angleterre; carelle ne possèdeaucune fortification » pour s'opposer à une pareille entreprise, et les ha- » bitants se trouvent sans aucun moyen de résistance. » Un certain nombre de mousquets distribués parmi » les habitants crée une sûreté imaginaire, que la » mauvaise qualité des armes et le manque de poudre » ne justifient pas. Dans tous les cas, il manque un 9 corps d'hommes organisés militairement, genre de » force qui semble nécessaire à la sécurité de tout » pays qui désire préserver ses rivages d'une invasion 9 étrangère, ou maintenir sa tranquillité intérieure à » Tabri de divisions intestines, divisions qui ont sou- » vent eu lieu à Taiti, et qui, fort probablement , se » renouvelleront, soit à la suite des dissentiments
• d*opinton8 dans les aRaires du goavarnement, soit » à cause de la jalousie qui existe entre les chefs et les M Boue-raatiraSy les grands propriétaires. La tranquU- » lilé de nie, jusqu'à présent, a dépendu de ToImcii- » rite dans laquelle elle est restée , et de l'état de » civilisation également inoflensive de ses voisins;
• mais l'extension de la navigation a tiré cette Ile de » son obscurité, et des progrès de civilisation et de » pouvoir ont détruit l'équilibre qui existait vis-à-vis » des autres peuples (i).»
Ces paroles contiennent presque une prévision de l'avenir. L'archipel Taiti, doté d'un gouvernement presque régulier , pourvu d'un parlement et d'un code de lois , se trouvait en même temps , dans un éuit d'infériorité complète sous le rapport de l'industrie, du commerce et de l'agriculture; ce gouvernement agissait comme s'il dirigeait un état reconnu et constitué sur des bases normales, tandis qu'en réalité , ses mesures dépassaient de beaucoup rîntclligence du peuple et les droits de sa position* Cette curieuse société présentait le spectacle d'une tète sans corps; et dans le tableau de ce mélange bizarre, on reconnaissait Talliauce des conceptions d*une intelligence supérieure, imposées à la nature inférieure d'un peuple enveloppé encore dans les langes de l'ignorance et presque de la barbarie. Les missionnaires, dans leur zèle, n'avaient pas mesuré le temps , et avaient cru pouvoir transformer
(1) Bosehqr, Fayflftf lo liU P«c4lc , pi«e m.